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10 septembre 2020 4 10 /09 /septembre /2020 20:27

 

La Ville-Mère

 

Chanson française – La Ville-Mère (chant 2) – Marco Valdo M.I. – 2020

 

Petit journal d’exploration, souvenir du Voyage en Laponie de Carl von Linné, du monde créé par Terry Pratchett à partir du travail fabuleux de son traducteur en français Patrick Couton.

 

 


 

 

Dialogue Maïeutique


 

Ainsi donc, Lucien l’âne mon ami, nous étions partis en voyage d’exploration d’un monde où « La Guerre n’est plus qu’un souvenir… une vieille attraction de foire ».


 

Oui, en effet, Marco Valdo M.I. mon ami, alors, je t’en prie continuons, je suis très curieux de le découvrir et de voir comment il est possible qu’existe un monde dans lequel la guerre est en quelque sorte hors-jeu.


 

Un voyage d’exploration, sans doute aussi étrange que celui que fit Carl von Linné en Laponie ; c’était au temps de Voltaire, en 1732 ; un voyage dans l’immense et très déroutant – à nos yeux de Globiques, d’habitants du Globe-Monde – Disque-Monde, ainsi nommé, car sa platitude sur laquelle reposent les océans, les montagnes et tout le reste, le fait ressembler à un disque. A contrario, il faut bien nommer notre Terre qui se présente – vue de loin, de très loin – sous la forme d’une boule, d’un globe ; de là viennent les appellations de Globe-Monde, globien, globique, globiste, etc. Comme il se doit pour un monde où sévit la vie et où l’évolution s’est suffisamment avancée pour créer ce qu’il faut bien nommer une civilisation, on y trouve des empires, des États, des villages et des villes et bien sûr, une d’entre elles, la plus grande métropole, où il n’y a pourtant pas de métro, mais des dames d’œuvres et des dieux bienveillants qui s’emploient à faire reluire toutes les facettes du bonheur, fait figure de capitale de référence, même s’il s’agit d’une Ville-État.


 

En résumé, dit Lucien l’âne, il y a dans ce monde plat une ville qui, sans l’être réellement et même sans vraiment le vouloir, prend des allures de capitale, disons virtuelle.


 

C’est cela, dit Marco Valdo M.I., si ce monde était un état unique, elle serait la capitale politique, économique et culturelle, à la manière de la Rome antique ou du Londres du temps où il y avait un Empire britannique. Cependant, comme par exemple Budapest, c’est une ville jumelle, une ville faite de sœurs siamoises, reliées par la tête, entre lesquelles passe le fleuve Ankh. C’est la ville d’Ankh-Morpork que nous allons explorer. Il faut aussi savoir que c’est chez elle que va rayonner dans ce monde une civilisation très imparfaite, mais porteuse d’innovations et de progrès et surtout, de paix. Ankh-Morpork déteste la guerre, mais nous y reviendrons.


 

Oui, dit Lucien l’âne, allons-y pas à pas ; c’est la devise des ânes. Pour le reste, tissons le linceul de ce vieux monde globulaire, guerrier, retardataire et cacochyme.


 

Heureusement !


 

Ainsi Parlaient Marco Valdo et Lucien Lane


 

Les visiteurs viennent de loin

Admirer les curiosités touristiques,

Les coutumes désuètes et fantastiques

Et les monuments de ce pays lointain.


 


 

Le cargo lourd accoste au quai,

Débarque le fret et le passager,

L’étranger arrivé dans l’inconnu,

Le visiteur de l’inconnu venu.


 


 

Voici les siamoises Ankh la Fière,

Et Morpork la putifère,

Ensemble, insubmersible ville-mère

Trébuchante et amère.


 


 

La cité double est souveraine,

La plus grande des villes riveraines

De la mer Circulaire

Et des terres qui l’enserrent.


 


 

Ankh-Morpork, ses places, ses rues arpentées

Par les badauds, les marauds, les escrocs, tous héros

Des contes, des chants, des chansons, des épopées,

Des légendes du monde et d’au-delà des flots.


 


 

Une ville pleine de bandes

De malfaiteurs, de guildes

De voleurs, de syndicats d’assassins

Et d’autres groupements malsains.


 


 

Une ville d’exécutions publiques

De duels, bagarres, querelles magiques

Et d’étrangetés ; une ville au train-train

Habituel dangereusement quotidien.


 


 

La fosse aux Catins est bien instructive

Par ses scènes lascives et récréatives,

Là, dans le temple se dresse en hauteur

Le Dieu de tous les bonheurs.


 

 

 La Ville-Mère
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Published by Marco Valdo M.I.
9 septembre 2020 3 09 /09 /septembre /2020 16:31

 

L’exploration du Disque-Monde

 

Chanson française – L’exploration du Disque-Monde – Marco Valdo M.I. – 2020

 

 

Petit journal d’exploration, souvenir du Voyage en Laponie de Carl von Linné, du monde créé par Terry Pratchett à partir du travail fabuleux de son traducteur en français Patrick Couton.

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Sans doute, Lucien l’âne mon ami, as-tu en tant qu’âne errant, un goût pour l’exploration du monde et peut-être même parcouru ce monde en long et en large depuis fort longtemps et contrairement aux touristes, ces pseudo-voyageurs, ces ersatz d’explorateurs, tu l’as fait le plus simplement du monde sur tes quatre pieds.

 

En effet, dit Lucien l’âne, et pour moi, l’exploration est un art très spécifique qui demande une grande disponibilité et beaucoup d’attention. Plus encore quand on visite un monde inconnu, un monde où on n’a jamais vécu, un monde où on n’a jamais mis le pied, on ne sait jamais ce qu’on pourrait y trouver, les obstacles que l’on pourrait y rencontrer, les dangers qu’on pourrait devoir y affronter, mais comme on dit de nos jours, j’ai une certaine expertise en la matière.

 

Oui, je l’imagine volontiers, répond Marco Valdo M.I. en riant. Cela dit, je nous invite à la visite d’un monde hors du monde, d’un monde imaginaire dont tout l’intérêt est d’avoir été pensé par un de nos contemporains. Il s’agit du Disque-Monde dont le créateur, comme je viens de le dire, n’est pas Dieu ou un dieu quelconque, une de ces entités insaisissables, inexistante et carrément, ineffable – ce qui signifie qu’on ne peut même pas exprimer. Assurément, le Disque-Monde est une création et il a un créateur sans l’œuvre duquel il n’existerait pas et ce créateur, comme tu le sais probablement déjà, n’est autre que Terry Pratchett, un homme plein d’imagination, doué pour l’humour et l’écriture. Vu l’ampleur de sa production, il a dû y consacrer une très grande partie de sa vie et de lui-même, on ne pourra qu’y faire écho de temps en temps, sans rien d’exhaustif, ni de systématique. Comme c’est notre habitude et notre méthode, nous procéderons en chansons, allant de l’une à l’autre, chanson après chanson, comme s’il s’agissait de consigner les étapes de notre exploration de ce monde :

 

« Un monde où la guerre prête à rire,

La Guerre n’est plus qu’un souvenir ;

Où désuète, la guerre foire

En vieille attraction de foire. »

 

Voilà qui est intéressant, dit Lucien l’âne, un monde où la Guerre n’est plus qu’un vieux souvenir. N’est-ce pas un mirage ?

 

Disons que c’est globalement vrai, répond Marco Valdo M.I., mais qu’il en reste des séquelles, l’une ou l’autre résurgence, vite éteinte cependant. Mais ce sont des choses qu’il nous faudra découvrir au fil du temps et de nos pérégrinations, ce qui, j’insiste, risque de prendre beaucoup de temps. Combien y en aura-t-il de ces étapes ? Je n’en sais rien ; comme pour la durée de la vie, on verra bien – à la fin. Cependant, il ne faut pas perdre de vue qu’un voyage peut aussi bien tourner court, prendre des raccourcis, se perdre dans des itinéraires de traverse.

 

Oh, peu importe, dit Lucien l’âne, on suivra notre nez, comme d’habitude. D’ailleurs, on a déjà vécu ça avec tes précédentes séries de chansons, dont il faut d’ailleurs considérer que chacune de ces séries n’est en fait qu’une seule et unique chanson ; c’était ainsi pour Dachau Express, Les Histoires d’Allemagne, Le Cycle du Cahier ligné ou Les Histoires lévianes, La Geste de Liberté, Les Lettres de Prison, L’Arlequin amoureux et Les Histoires albanaises. L’important dans un voyage, c’est de le faire et on ne sait trop ce que réserve le chemin. De même, je ne demanderai pas ici plus de détails, plus d’explications quant à cette expédition où l’on sera tels des Cyranos de fantaisie et cela pour la même raison que comme le voyage, comme l’exploration, la chanson se fait pas à pas. Mais dès lors, que dit cette première, celle qui ouvre la voie ?

 

Comme bien on peut le penser, Lucien l’âne mon ami, la chanson initiale présente le monde qu’elle propose d’explorer, mais elle ne dit ni quand, ni comment le faire. Elle ne précise pas non plus qui va le faire. C’est une invitation au voyage, voilà tout.

 

Eh bien, voyons voir, Marco Valdo M.I. mon ami, puis tissons le linceul de ce vieux monde sur lequel nous vivons rond, globulaire, quasi-sphérique et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I et Lucien Lane

 

 

 

 

Un jour, un matin, un soir,

Commence quelque part

Le grand voyage autour du monde,

L’exploration du Disque-Monde.

 

Un monde où la guerre prête à rire,

La Guerre n’est plus qu’un souvenir ;

Où désuète, la guerre foire

En vieille attraction de foire.

 

Où s’entendent les trolls avec les nains,

Les golems avec les gobelins,

Les loups-garous avec les chiens,

Les vampires avec les humains.

 

Monde de gnomes, d’orques et de morts-vivants,

De mages, de fées, d’elfes et de sorcières,

De dieux, de prêtres, de militaires,

Un monde multiple et mouvant,

 

Un monde plein d’océans et de continents,

Porté par A’Tuin la grande tortue,

Portant sur son dos les quatre éléphants

Aux pensées inconnues.

 

Nul ne sait rien au fond :

Ni d’où viennent, ni où vont

La tortue, les éléphants

Et tout le monde des vivants.

 

Tous traversent de part en part,

Pour les mages, de nulle part à nulle part,

D’une lente reptation continue,

Nage indéfiniment l’immense tortue.

 

Pour la religion, la tortue en rut

Fonce vers l’étreinte finale, vers son but :

Créer, par le Big Bang et la grande Secousse,

Les nouvelles étoiles qui poussent.

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Published by Marco Valdo M.I.
6 septembre 2020 7 06 /09 /septembre /2020 13:27

 
CHAQU’UN
Version française – CHAQU’UN – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson italienne – Chacun de nous – Max Altafronte – 2020


 

Johann Kaspar Schmidt, alias Max Altafronte,

alias Max Stirner

   

 

 
Dialogue Maïeutique
Il existe, Lucien l’âne mon ami, des hétéronymes. Oh, je sais que tu sais ce que c’est mais, il importe de le repréciser ici et maintenant.

 

 

D’autant plus, interrompt Lucien l’âne, que nous en sommes – toi comme moi.

 

 

Oui, certes, Lucien l’âne mon ami, nous en sommes : des hétéronymes, je précise, au cas où. Mais revenons aux hétéronymes et à ce que je voulais en dire et qui rejoint d’ailleurs ton interruption, car l’auteur de la chanson est évidemment un hétéronyme, c’est-à-dire qu’il s’agit d’un des noms multiples d’une personne réelle. Cependant, à la différence du pseudonyme, qui est aussi un nom multiple d’une personne réelle, l’hétéronyme n’a pas pour vocation de camoufler l’auteur réel, mais bien d’indiquer une de ses personnalités particulières. Le cas le plus connu d’hétéronymes est celui de l’inventeur du mot comme concept littéraire : l’écrivain portugais Fernando António Nogueira Pessoa, relayé par José Saramago. De cela, je ne dirai pas plus et je dénoncerai pas l’auteur hétéronyme – ci-devant Max Altafronte.

 

 

Oh, dit Lucien l’âne, un nom pareil ne peut être qu’un hétéronyme est un pseudo-auteur qui semble exister par lui-même et souvent son nom est calqué sur le nom d’un autre auteur – souvent au travers d’un subterfuge destiné à un peu – mais pas trop – égarer le lecteur.

 

 

Lucien l’âne mon ami, tu es digne d’Herlock Sholmes ; tes déductions sont admirables. Je prolonge ton raisonnement et j’en viens à une autre considération, c’est tout comme John Heartfield n’est autre que le peintre dadaiste allemand Helmut Herzfeld, dont le nom hétéronyme, la nouvelle personnalité en exil, comme on peut le voir, est une traduction anglaise de son nom d’origine. Ainsi, Altafronte qui se traduit en français par Haut Front ou Haufront, affublé du prénom de Max, n’est autre qu’un auteur prénommé Max et dont le nom dans sa langue d’origine signifie front. Précisément, c’est le cas du mot Stirn qui signifie Front et Stirner devrait vouloir dire celui qui a un grand front ou aussi, « celui qui fait front » ; c’est le pseudonyme que choisit Johann Kaspar Schmidt, quand il publia (en allemand) Der Einzige und sein Eigentum, traduit habituellement en français sous le titre : L’Unique et sa propriété ; mais selon moi, ce serait plus exact de dire « Seul » ou « Solitaire », un peu comme dans la chanson de Brel, intitulée elle aussi : « Seul ».

 

 

« On est mille contre mille

A se croire les plus forts

Mais à l’heure imbécile

Où ça fait deux mille morts

On se retrouve seul »

 

Donc, dit Lucien l’âne, si je suis ton raisonnement que j’avais amorcé, il s’agirait d’une allusion plus que directe à Max au Grand Front.

 

Évidemment, répond Marco Valdo M.I., et la chanson elle-même est comme une illustration de ce qui est conté dans le livre de Stirner. J’ajouterais volontiers qu’il y a pas mal de résonances avec La Guerre de Cent Mille Ans, en ce qu’au cœur de la vie de chacun, il y a principalement chacun. Par ailleurs, voici un peu de Stirner en direct, en français cependant, une citation qui pourrait commencer par le mot : Chacun ou Chaque Un ou Chaqu’un.

 

« (Chacun) se réalise en cela même qu’il vit sa vie jusqu’au bout, épuisant ses forces vitales, c’est-à-dire se dissout et s’écoule. Il ne réclame pas d’être ou de devenir autre chose que ce qu’il est ».

 

Oh, dit Lucien l’âne, cela, on ne peut le mettre en cause, on ne peut en douter un instant et même quand on en doute, c’est soi-même qui doute et qui le dit. Et il est tout aussi incontestable et fondamental d’affirmer la primauté irrémédiable du « un » de « chaque un » – sans lui, pas de vie possible et pas de mathématique non plus, pas de réel. Mais, je te le dis, il vaut mieux laisser parler la chanson elle-même et de loin, saluer son auteur ; sinon, on finirait pas être traités de philosophes, ce qui de nos jours est une appellation contrôlée et réservée. Et puis, reprenons notre marotte et tissons le linceul de ce vieux monde croyant, crédule, inféodé, massifiant et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Chacun a un silence à combler,

Chacun a une rumeur à répandre,

Chacun a une paix à perdre,

Chacun a une guerre à mener.

 

 

Chacun a ses dilemmes et ses certitudes,

Chacun a ses laideurs et ses béatitudes,

Chacun a une page vide,

Chacun a une page écrite.

 

Chacun a un présent et un passé,

Chacun a un avenir et un parfait,

Chacun a un passé ignoré,

Chacun est un imparfait.

 

Chacun est collodion et tungstène,

Chacun amour et haine.

Chacun étranger et frère,

Chacun pain et couteau.

 

Chacun est pareil et différent,

A le bien et le mal en lui,

Chacun grandit et étrécit.

Chacun bouge et attend.

 

Chacun va sous des noms de papier,

Chacun se fie à des noms étrangers.

Chacun fait partie d’une multitude

Pour cacher sa solitude.

 

Chacun a ses vivants et ses morts,

Ses résurrections et ses regains.

Chacun revit, se souvient, renaît encore

Dans le vent du tout et du rien.

 

Chacun est eau, terre et feu,

Désespoir et jeu,

Chacun est pisse, merde et vomi,

Chacun a des relents moisis.

 

Chacun est son aujourd’hui et son hier,

Chacun est un demain de lumière.

Chacun d’eux est l’obscurité et la nuit,

Chacun a du vin dans son muid.

 

Chacun a une lune rouge,

Chacun a ses astres lointains,

Chacun frissonne et bouge

En songes incertains.

 

À chacun, sa maladie.

À chacun, son médicament.

À chacun, sa vérité,

À chacun, sa fausseté.

 

Chacun est venu à son début,

Chacun délaisse son rebut.

Chacun a en lui sa folie,

Chacun a une mère et des mamies.

 

Chacun a ses quatre murailles

De pierre, d’argile, de paille.

Chacun a un pouvoir qui l’écrase,

Chacun a perdu sa face.

 

Chacun a sa cohérence et ses engagements,

Chacun est inconscient des avertissements.

Chacun est un géant et un nain,

Chacun est un être humain.

 

Chacun est lâche et intrépide ;

Chacun est fusil et fronde ;

Chacun s’embarque, et autour

Luit la multiple splendeur du jour.

 

Il y a l’ombre spectrale, il y a le néant,

Il y a le pleur, le rire et le berceau de l’enfant,

Il y a la fleur qui sourit dans le pré,

Il y a le visage du chien assassiné.

 

Chacun, pour l’essentiel,

Est morte et vive chair.

Chacun est mortel et éternel.

Chacun est été et hiver.

 

Chacun est son Hitler et son Gandhi,

Chacun se tient droit et se balance.

Chacun est idée et suffisance,

Chacun est un bateau d’organdi.

 

« Chacun est seul sur le cœur de la terre »

Mais la nuit ne vient pas aussi tôt.

Chacun vit à l’ombre et à la lumière,

Toute sa vie se tient en ces deux mots.

 

 CHAQU’UN
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Published by Marco Valdo M.I.
4 septembre 2020 5 04 /09 /septembre /2020 19:25

 

MARIO LE PRÉCAIRE

 

Version française – MARIO LE PRÉCAIRE – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson italienne – Mario il precarioFranco Trincale – 2005 (?)

 

 

 

 

 

La vie est un droit et pouvoir vivre est juste

 

Tableau de George Grosz - 1920

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

Mario le précaire est un personnage emblématique, une image, une figure de la tragi-comédie humaine et son destin – il a raison de la dire Mario est celui de millions de gens et encore, il a de la chance d’être né dans cette partie du monde en cette époque où depuis un certain temps – très court au regard de l’histoire, il existe des mécanismes qui amortissent – sans rien résoudre – les effets les plus calamiteux de la misère.

 

En somme, dit Lucien l’âne, on ne soigne pas le malade, on lui donne juste assez pour assurer sa survie et un peu de drogue pour calmer son angoisse et par la même occasion, l’anesthésier assez pour lui ôter toute envie et toute capacité d’agir.

 

C’est en effet, Lucien l’âne mon ami, la situation de Mario le précaire et on le tient ainsi à la laisse courte.

 

Cependant, reprend Marco Valdo M.I., il faut noter que Mario réagit encore ; d’une part, il se conforme aux règles du système et que faire d’autre dans son cas ? ; d’autre part, il tente d’en sortir en exposant son malheur. Ainsi, il vit encore, il fait connaître son existence. Sinon, qui penserait à lui ? Il espère et revendique un travail, n’importe quel travail, sinon menace-t-il, ceux comme lui, ils se rebelleront. On ne sait même pas si lui-même en sera. C’est une chanson de désespoir ; c’est la Guerre de Cent Mille Ans, que les riches font pour écraser les pauvres, pour les tenir en laisse, pour les contraindre à la juste misère, c’est la Guerre de Cent Mille Ans, vue par un de ceux qu’elle écrase.

 

Au fait, dit Lucien l’âne, comment en sortir puisque l’ambition générale des dominés est d’accéder au mode de vie des dominateurs, celle des pauvres de devenir riches, et ainsi de suite dans tous les domaines de la vie ? Que faire si on vit dans un monde affolé par l’avidité, l’ambition, l’apparence et l’arrogance ? Que faire d’un pareil monde qui instille son poison dans le cœur et l’âme des gens ? Comment extirper ce virus social, cette pandémie qui se passe de génération en génération ? Certains y arrivent pourtant. Mario le précaire, peut-être un jour, s’il continue à penser, découvrira une manière de vivre sa vie. Dans le fond, c’est tout ce qu’il demande et en cela, il a raison. Il y a d’abord pour lui l’impératif du ici et maintenant.

 

On ne saurait lui donner tort, reprend Marco Valdo M.I. ; surtout, en attendant que les désespérés finissent par se révolter. Et même en ce cas, il y a de quoi réfléchir avec tous les exemples qu’on peut examiner depuis Spartacus ou même encore avant jusqu’aux derniers grands mouvements. L’avenir de l’humanité est devant elle, mais on ne sait où. D’ailleurs, elle doit se construire, elle est encore à faire et ne pourra se faire tant qu’il y aura des hommes (ou des femmes) qui ambitionneront la richesse (car pour qu’il y ait un riche, il faut qu’il y ait des pauvres et le plus possible, pour que le riche soit plus riche, puisqu’il s’agit d’un phénomène relatif) ou le pouvoir (car pour être puissant, il faut obligatoirement des autres à dominer et plus y en a et plus la domination est forte, plus la puissance est plaisante aux yeux du puissant).

 

Certes, dit Lucien l’âne, il y a de quoi réfléchir. On voit assez bien l’objectif, mais comment y parvenir, la chose est beaucoup moins claire. On n’en sortira pas tant qu’il y aura des êtres pétris d’arrogance ou pénétrés de leur importance ou encore, imbus de leur apparence. Alors, tissons le linceul de ce vieux monde arrogant, ambitieux, avide, autosatisfait et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Voici l’histoire de Mario le précaire

Avec ses jambes en l’air et son cul par terre.

Il n’a pas eu de salaire depuis trois mois

Et à nouveau, il recommence son calvaire.

 

Il feuillette et refeuillette les journaux

Il hante les agences, les offices, les bureaux,

Le WWW, obstiné, rien ne l’arrête,

Il cherche un emploi sur Internet

 

Ses derniers euros, putain !

Pour le téléphone, le bus et le train.

Mais de travail, pas une trace ;

Il serre la ceinture et les jours passent.

 

Il triture son esprit et se force à penser :

Que pourrais-je inventer ?

Je ne suis pas capable de voler.

Je veux la paix, mais il me faut manger.

 

Je joue de la guitare, déjà ;

Et puis, j’ai une jolie voix.

Et je ferais n’importe quoi

Pour ne pas finir en croix.

 

Alors, il chante son histoire,

Son histoire et celle de millions d’autres

Sans travail, sans diplôme, sans salaire,

L’histoire de millions de travailleurs précaires.

 

Je suis au chômage, accroché à un rocher

Et ne me dites pas que je ne veux pas travailler.

J’accepte toute offre pour rester en vie,

J’attends sur le banc pour rentrer dans la partie.

 

Le diplôme, la réussite, papiers juste bons à jeter.

Je ne sais que faire et je ne veux pas voler.

Mon père et ma mère ne voulurent pas avorter.

Je suis donc venu au monde pour ne pas pécher

Et il y en a beaucoup, pleins de colère, de larmes et d’anxiété,

Qui se tiennent encore tranquilles, mais sont angoissés.

 

Payer son loyer comme travailler est juste ;

La vie est un droit et pouvoir vivre est juste.

Messieurs du gouvernement, entrepreneurs et patrons,

Donnez un travail à ces bons garçons.

 

Car si on continue encore de ce pas

Notre Italie au désastre va tout droit,

Et les chômeurs, maintenant encore posés,

Seront un jour tout à fait désespérés.

Ils demandent du travail, s’ils n’en trouvent pas,

Sachez avec certitude qu’ils vont se rebeller !

 

MARIO LE PRÉCAIRE
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Published by Marco Valdo M.I.
31 août 2020 1 31 /08 /août /2020 20:10

 

 

 

MONSIEUR G SUR LE PONT

 

Version française – MONSIEUR G SUR LE PONT – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson italienne – Il signor G sul ponteGiorgio Gaber – 1970

Paroles : Giorgio Gaber – Giuseppe Tarozzi

Musique : Giorgio Gaber

 

 

 

 

 

 

  Pont de Londres en soirée

d’après Claude Monet

 

 

 

 

 

 

 

Une insertion, je pense, particulière et un peu controversée ; mais qui n’est pas particulier et controversé ? En tout cas, elle va à la fois dans le sens du nouveau parcours sur le suicide et de l’euthanasie (également particulier et controversé), soit dans celui-ci sur les ponts, tout juste né. M. G, alors qu’il rentre chez lui avant « l’orgie du soir » à 22 heures devant la deuxième chaîne de télévision, passe sur un pont, repense à sa vie d’homme commun, ordinaire et à d’autres choses et a certaines pensées, parmi lesquelles celle de sauter dudit pont. « Mr. G », comme tout le monde le sait ou devrait le savoir, est l’un des jalons du « Teatro Canzone » de Gaber et Luporini. On lit dans Uichipedia :

 

 

« L’album est l’enregistrement en direct du spectacle homonyme (mis en scène pendant la saison théâtrale 1970-1971), réalisé dans les studios Regson à Milan le 6 octobre 1970 ; l’ingénieur du son est Gianluigi Pezzera, tandis que la réalisation est de Claudio Celli. Dans ce disque, pour la première fois, les chansons chantées alternent avec les monologues récités par Gaber lui-même, selon une formule typique de presque tous les albums qui rendront compte de ses spectacles dans les années 70 et 80. Les chansons sont toutes de Gaber et Sandro Luporini (même si dans le disque original, elles sont toutes signées par Gaber seul, car Luporini n’était pas encore membre de la SIAE – Société Italienne des Auteurs et Éditeurs), sauf Suona chitarra (de Gaber et Federico Monti Arduini) et Il signor G sul ponte (de Gaber et Giuseppe Tarozzi), Le nostre serate (de Gaber et Umberto Simonetta), et la prose Preghiera (de Tarozzi).

 

Que dire d’autre ? À propos du pont et du suicide, paraphrasant (mal) Leopardi, on pourrait dire que des frères furent engendrés en même temps. Sous les ponts ne coulent pas, ou en tout cas ne se trouvent pas, en général des choses faciles et rassurantes : des rivières plus ou moins profondes, assez souvent des lacs ou même des bras de mer, ou encore des ravins, des surplombs, des falaises, des voies ferrées, des quartiers de ville, etc. Et je soupçonne qu’un peu tout le monde, à certains moments de sa vie, a envisagé de faire comme M. G lors de cette fameuse soirée d’hiver avant de passer outre et d’aller regarder la télévision. Le pont reste vide et M. G, oui, finalement meurt. Toute une vie ; et, comme le disait le poète, la vie est cette chose dont personne ne sort vivant. [RV]

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Lucien l’âne mon ami, en ces temps de pandémie galopante, notre ami Riccardo a raison de rappeler que la vie est une chose dont personne ne sort vivant. Chez nous, on dit que la vie est une maladie mortelle qu’on attrape en naissant et pour rester dans le bruissement contemporain, pour laquelle il n’y a pas de vaccin.

 

Oh, répond Lucien l’âne, c’est du pareil au même. Cependant, moi, depuis le temps que j’erre du pas de l’âne sur les chemins tortueux de ce monde, je finirai par penser que je suis, tel Sisyphe, condamné à ne pas mourir. Il me semble, à te voir, que ce serait ton cas également.

 

N’y va pas si vite, Lucien l’âne mon ami, car il est toujours possible – à cœur vaillant, rien d’impossible – de mettre fin à ses jours volontairement et nul ne sait et ne peut dire, s’il n’y viendra pas un jour. Passons ! Pourtant, holà, rassure-toi, je n’en ai nulle intention – même à titre d’essai ou de volition, mais il est certaines gens, comme ce Monsieur G qui parfois, par exemple, quand ils se penchent du haut d’un pont vers les flots noirs – car c’est quasiment toujours au jour tombé que viennent de telles lubies – se laissent bercer par je ne sais quelle mélancolie et s’imaginent plongeant dans ce vide entre la rambarde et l’eau.

 

Je sais tout cela, dit Lucien l’âne et même, je sais aussi que souvent ils renoncent à cette intention et après un moment d’égarement spirituel, ils reprennent le chemin de leur vie et rentrent tranquillement chez eux. Ce sont souvent des personnes un peu distraites et certainement, discrètes, car elles gardent pour elles leurs escapades lunatiques.

 

Lucien l’âne mon ami, tu es un devin, car c’est là toute l’histoire que raconte la chanson. Je ne suis pas sûr que ce Monsieur G, alias sans doute, le sieur Gaberščik lui-même, n’ait pas évoqué certaine de ses propres heures de grises songeries. Cela dit, il arrive quand même que des gens se jettent du haut du pont – ici ou là, comme le fit le poète Paul Celan, ainsi que le raconte la chanson « Celan Sous Le Pont Mirabeau ». Il arrive parfois que la pratique se généralise et tourne à l’épidémie au point qu’en Allemagne, peu après 1920, on trouvait sur la rambarde d’un pont une pancarte qui disait : « Il est interdit de se suicider ». Personnellement, j’aurais ajouté « sous peine d’une sévère amende ».

 

En effet, dit Lucien l’âne, je me souviens de ce bout de la chanson Histoires d’Allemagne, qui disait :

 

« MAYENCE, DÉCEMBRE 1926 -

 

Près de Grosshesselohe, le pont sur l’Isar

S’appelle « Le Pont des Suicidés »

Trente mètres de haut, un tremplin

Son passé est tragique.

On a posé un grillage

Et une pancarte :

« Défense absolue de se suicider ».

 

On devrait généraliser cet écriteau plein d’auto-dérision. Enfin, suivons attentivement Monsieur G, lequel finalement rentre chez lui et regarde la télévision. C’est là que c’est vraiment tragique. Quant à nous, tissons le linceul de ce monde paradoxal, mélancolique, idiot et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

 

L’eau passe, l’eau coule,

Il pleut un peu, un grand vent souffle ;

Il fait nuit noire, il y a de la lumière.

Je me tiens sur le pont et je regarde la rivière.

 

 

À quoi pensez-vous, Monsieur G ?

Pensez-vous à la fin de votre vie,

À ce que vous avez fait, ce que vous avez dit,

À votre courage, à votre passé, qui est déjà passé !

 

 

L’eau passe, l’eau continue à couler

Dans l’obscurité, au-delà de l’obscurité.

Il fait très froid, c’est presque l’hiver ;

Je suis sur le pont en enfer.

 

 

En enfer, Monsieur G ?

Allons, ne dites pas de telles choses ;

« Tout va bien », telle est votre devise.

Vous oubliez. Vous avez toujours eu ce que vous avez donné.

 

 

L’eau passe, l’eau continue à couler

Comme une berceuse qui jamais ne finit

Et moi qui la regarde assoupi,

Je ferais le plongeon tout habillé.

 

 

Tout habillé, Monsieur G ?

Laissez tomber, partez de là.

Rentrez chez vous dans votre chez soi.

Chez vous, pensez à votre femme, rêvez !

 

 

L’eau passe, l’eau coule,

Elle ne reflète aucune étoile ;

Quelqu’un parle, quelqu’un répond

Et il n’y a plus personne sur ce pont.

 

 MONSIEUR G SUR LE PONT
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Published by Marco Valdo M.I.
27 août 2020 4 27 /08 /août /2020 17:19

 

NON, NON, NOUS NE VOULONS PAS DE

VOTRE MONDE !

 

Version française – NON, NON, NOUS NE VOULONS PAS DE VOTRE MONDE ! – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson allemande – Nein, nein, wir woll'n nicht eure Welt Klaus der Geiger – 1998

Paroles et musique : Klaus der Geiger [Klaus Christian von Wrochem]

 

 

Le Cirque du Monde

Marc Chagall

 

Dialogue Maïeutique

Cette fois, Lucien l’âne, je viens de terminer une version française d’une chanson allemande populaire de la fin du siècle dernier, dont le titre est en soi tout un programme : Nein, nein, wir woll'n nicht eure Welt Non, non, nous ne voulons pas de votre monde ! L’auteur exerce son art de musicien de rue depuis 1970 sous le nom de Klaus der Geiger – autrement dit, Colas le violoneux, mais c’est un violoneux virtuose qui a été formé à l’école classique à Cologne et ailleurs et à d’autres musiques (folk, jazz, rock). Dans sa vie, son art musical et dans les textes de ses chansons, il inscrit la protestation contre la société – contre la guerre, le racisme, la xénophobie et la pollution, une manière de protestation anarchiste ; il se dit lui-même anarchiste et il décrit l’anarchisme comme l’utopie vivante du XXIe siècle, à laquelle il offrait une voix.

 

Klaus der Geiger – Colas le Violoneux, tu dis, répond Lucien l’âne, ça me rappelle une chanson de Fabrizio De André, « Il suonatore Jones » que tu avais mise en français sous le titre de Jean le Violoneux. Mais au fait, comment s’appelle-t-il réellement ?

 

Voilà, répond Marco Valdo M.I., Klaus de Geiger est né Klaus Christian von Wrochem en pays saxon en 1940.

 

Pour en venir à la chanson, avec son titre, dit Lucien l’âne, il me semble que son titre est pour la plupart des gens du monde une antienne ancienne. En fait, c’est le refrain que l’on entend depuis la nuit des temps, que dure la Guerre de Cent Mille Ans.

 

C’est exactement ce que j’en ai pensé en la mettant en français, répond Marco Valdo M.I. ; à quelques détails près, elle aurait pu être écrite au temps de La Marseillaise ou de l’Internationale ; d’ailleurs son refrain dit quelque chose de similaire à celui-ci de l’Internationale :

 

« Debout, les damnés de la terre !

Debout, les forçats de la faim !

La raison tonne en son cratère,

C’est l’éruption de la fin.

Du passé faisons table rase,

Foules, esclaves, debout, debout !

Le monde va changer de base,

Nous ne sommes rien, soyons tout ! »

 

Évidemment, comme on peut l’imaginer, le violon (Geiger) – instrument facile à transporter et très apprécié en Europe centrale – accentue la coloration populaire du refrain.

 

En effet, dit Lucien l’âne, c’est une chose qui aurait pu être chantée à bien des époques et de bien des manières ; au moins depuis deux siècles. C’est d’ailleurs une chanson de protestation qui pourrait être utilisée aujourd’hui un peu partout dans le monde et sans doute aussi pour longtemps encore. Ce qui est bien, c’est qu’elle va droit au but et dit les choses sans fard.

 

On verrait bien, enchaîne Marco Valdo M.I., les nouvelles générations s’emparer de cette chanson de lutte pour continuer le combat tant qu’il y aura des riches et des puissants ou plus exactement, tant qu’il y aura des hommes avides d’argent et de pouvoir.

 

Certes, dit Lucien l’âne, et comme j’ai dit, ça risque de durer encore ; quant à nous, tissons le linceul de ce monde avide, arrogant, ambitieux, moralement aride et analphabète et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Non, non, nous ne voulons pas de votre monde,

Nous ne voulons pas de votre pouvoir

Et nous ne voulons pas de votre argent immonde.

Nous ne voulons pas entendre parler de votre bazar ;

Nous voulons réduire tout ce foutoir.

 

Votre progrès n’a de sens que s’il fait augmenter les prix

Et il nous faut payer le triple pour tout ce que vous donnez ;

Vous salissez la nature, vous tuez l’imagination, vous abîmez la santé,

Pour vous, tout ce qui compte, ce sont vos boni.

 

Non, non, nous ne voulons pas de votre monde,

Nous ne voulons pas de votre pouvoir

Et nous ne voulons pas de votre argent immonde.

Nous ne voulons pas entendre parler de votre cirque ;

Nous voulons détruire tout cette boutique.

 

Vous faites de grandes fêtes, vides de sens et pleines d’ennui ;

Vous construisez des tours et vous torturez l’humanité ;

Vous faites des contrôles de jour comme de nuit,

Vous êtes le pire fléau de l’humanité.

 

Non, non, nous ne voulons pas de votre monde,

Nous ne voulons pas de votre pouvoir

Et nous ne voulons pas de votre argent immonde.

Nous ne voulons pas entendre votre musique ;

Nous voulons abolir tout votre clique.

 

Vous pouvez nous frapper, vous pouvez nous chasser ;

Vous savez très bien que cela ne veut rien dire,

Car nous sommes la vie, hé hé !

Et vous, les fossoyeurs de l’avenir.

 

 

Non, non, nous ne voulons pas de votre monde,

Nous ne voulons pas de votre pouvoir

Et nous ne voulons pas de votre argent immonde.

Nous ne voulons pas entendre parler de vos affaires

Nous voulons liquider toute la misère.

 

 

NON, NON, NOUS NE VOULONS PAS DE VOTRE MONDE !
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Published by Marco Valdo M.I.
22 août 2020 6 22 /08 /août /2020 19:15

 

Après les Drapeaux

 

 

Chanson française – Après les Drapeaux – Henri Tachan1969

Paroles : Henri Tachan

Musique : Jean-Paul Roseau

 

 

 

 

 

L’Apothéose de la guerre

 

« Dédié à tous les grands conquérants anciens, actuels et à venir »

Vassili Verechtchaguine – 1871

 

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

« Après les Drapeaux » ?, demande Lucien l’âne. Qu’est-ce que ça veut dire ? Va-t-on voir un cortège commémoratif, une sorte de parade nationale ou un défilé nationaliste ?

 

Pas du tout, rassure-toi, répond Marco Valdo M.I., car d’abord, ce n’est pas le genre d’Henri Tachan et ensuite, laisse-moi te dire qu’il ne s’agit pas du sens habituel du mot « drapeau ». Peut-être, sais-tu qu’en français, « être sous les drapeaux » est une expression qui veut dire « faire le soldat », « être (requis, réquisitionné) dans l’armée », « faire son service militaire », « servir dans le contingent » et j’en passe. Enfin, bref, quelque chose du genre. De sorte qu’ « après les drapeaux » signifie tout simplement « après avoir été soldat », et ici, plus spécifiquement, « après avoir fait la guerre ».

 

Bon, soit, dit Lucien l’âne, mais quelle guerre ? Il y en a eu tellement.

 

Là, Lucien l’âne mon ami, vu l’année de la chanson (1969) et l’allusion dès le début au « djebel » et plein d’autres éléments dans la chanson, la réponse est claire et nette, il s’agit de la guerre d’Algérie, vue du côté d’un ancien soldat de l’armée française. C’est un récit d’après-guerre, une sorte de compte-rendu de campagne d’un troufion, un « obligé » du contingent, un zig contraint de crapahuter dans le djebel comme des milliers d’autres et ce bidasse, ce soldat démobilisé qui raconte la vie du campement, c’est Henri Tachan ; il détaille aussi les séquelles au retour dans la vie civile. Mais je te préviens l’érotisme miliaire réserve des surprises.

 

Ça ne m’étonnera pas trop, dit Lucien l’âne, j’en ai tant vu dans tant de guerres et de bien des armées. Cependant, c’est là un aspect, une face de la Guerre de Cent Mille Ans qui n’est pas souvent abordé sous cet angle de vue.

 

Tout juste, Lucien l’âne mon ami, d’habitude, comme pour Adèle, L’Histoire du Soldat, Quand un Soldat, ce sont toujours de braves, bons, gentils et vertueux gars qui s’en reviennent au pays tandis qu’ici, comme je l’ai laissé entendre, il est question d’autre chose : de l’activité érotique militaire pratiquée (par défaut) sur des chèvres et des canards tout au long des longues campagnes de chasse à l’indigène, au terroriste, au résistant, comme on voudra ; c’est selon le point de vue où on se place. L’ennui, c’est que les chèvres, à force, deviennent syphilitiques ou blennorragiques et leurs amants de passage aussi.

 

Oh, dit Lucien l’âne, voilà une belle illustration de ta légendaire antienne : « Les amibes de mes amies sont mes amibes. »

 

Pour tout dire, reprend Marco Valdo M.I., c’est une chanson réaliste tout comme celle de Jacques Brel : « Au Suivant ! » ; mais ce n’est pas tout, elle évoque également certaine conséquence aussi dramatique qu’insidieuse que l’on découvre plus tard : le profond désarroi, la blessure mortelle qui frappe pendant longtemps après et parfois, finit par tuer celui qu’on a forcé à pratiquer la tuerie patriotique. Le retour à la vie civile n’est pas nécessairement le retour à une vie pacifiée :

 

« Mais après les drapeaux,

L’autre vie recommence :

Si j’ai sauvé ma peau,

Ai-je vraiment eu de la chance !? »

 

Oh, dit Lucien l’âne, faut pas s’y fier ; j’entraperçois déjà ce mirage de suicide qui hante l’ex-militaire :

 

« Mais un soir en cachette j’irai dans le métro,

Prendre enfin mon plaisir sous le corps d’une rame. »

 

Il n’y a pas à dire, ce genre d’aventure, ça laisse des traces. Enfin, je vais prendre le temps de lire cette histoire en chanson. Maintenant, tissons le linceul de ce vieux monde armé, trop armé, guerrier, insensé et cacochyme

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

 

C’était en 1900 et plus, dans le djebel,

Au nom de la Patrie, promus artificiers,

Nous rêvions en silence aux gros culs de nos belles,

En violant quelques chèvres à l’ombre des figuiers.

 

Pardi ! Six mois de jeûne, ça vous titille un homme,

Et qui plus, des soldats, vainqueurs « in partibus »,

Si bien qu’en fin de compte, on se surprit, en somme,

Au bout de quinze jours, à baiser les cactus !

 

Hissez les drapeaux !

Une minute de silence !

Garde-à-vous les héros

Pour l’honneur de la France !

Mais après les drapeaux,

L’autre vie recommence :

Le retour des héros

Se passe sous silence !

 

On s’excitait parfois, entre deux gourdes d’eau,

Dévorés par les poux, bouffés par les moustiques,

Aveuglé de soleil et râlant sur le dos,

On cherchait l’ombre rare d’un mirage érotique !

 

Lucien qui l’avait fine mais de belle tenue,

Taraudait en expert de très jeunes canards,

Et s’endormait enfin, puant, goinfré, repu,

La chemise tâchée comme nos étendards !

 

Hissez les drapeaux !

Une minute de silence !

Garde-à-vous les héros

Pour l’honneur de la France !

Mais après les drapeaux,

L’autre vie recommence :

Le retour des héros

Se passe d’importance !

 

Quand la paix fut signée, que tout fut déconquis,

Qu’on nous réexpédia au pays des bordels,

Dans nos veines coulait le foutre des maquis :

Nous ne regardions plus passer les jouvencelles…

 

Mais le temps a passé, qui lave les cerveaux,

Aujourd’hui gentiment je contente ma femme,

Mais un soir en cachette j’irai dans le métro,

Prendre enfin mon plaisir sous le corps d’une rame.

 

Hissez les drapeaux !

Une minute de silence !

Garde-à-vous les héros

Pour l’honneur de la France !

Mais après les drapeaux,

L’autre vie recommence :

Le retour des héros

Se passe à contre-sens.

 

Mais après les drapeaux,

L’autre vie recommence :

Si j’ai sauvé ma peau,

Ai-je vraiment eu de la chance !?

 

 

Après les Drapeaux
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Published by Marco Valdo M.I.
20 août 2020 4 20 /08 /août /2020 18:18

 

Le petit Bonhomme de Foix

 

Chanson française – Le petit Bonhomme de Foix – Marco Valdo M.I. – 2020

 

 

 

 

L'Assassinat d’Henri IV

Charles-Gustave Housez - 1859

 

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

As-tu, Lucien l’âne mon ami, souvenance d’une comptine enfantine qui racontait dette histoire de l’homme de Foix ?

 

J’en ai entendu beaucoup de versions, dit Lucien l’âne en riant, mais à l’origine de ma mémoire, j’ai gardé celle-ci – assez cohérente, même si je pense qu’elle camoufle une autre signification plus ancienne et mystérieuse, liée à l’histoire de la ville et du Comté de Foix. La voici dans son intégralité :

 

« Il était une fois,
Un marchand de foie
Qui vendait du foie
Dans la ville de Foix.
Il se dit : « Ma foi ! »,
C’est la première fois
Et la dernière fois,
Que je vends du foie
Dans la ville de Foix ! »

 

Donc, Lucien l’âne mon ami, tu connais bien cette comptine et tu entrevois son passé tumultueux. C’est ce dernier que ma chanson – parodie de cette comptine et comptine elle-même, entend restituer, car c’est souvent ainsi avec les comptines : elles servent – sans le savoir – à transmettre une mémoire cachée, un sens crypté du fait qu’elles sont nées d’un événement généralement dramatique, d’un grand traumatisme ou qu’elles servent à mettre en garde les enfants et les futurs adultes contre certains aléas de la vie. Ce qui fait que hors de ce souvenir sous-jacent, elles ont souvent l’air un peu légères, un peu vides de sens et de passé réellement identifiable ; ce sont des paraboles, elles racontent autre chose au-delà de ce qu’elles racontent. Songe un instant aux contes pour enfants qui ont la même destination et la même fonction : par exemple, le petit chaperon rouge où le loup va se farcir la petite fille. Ainsi, la version que tu proposes où un marchand vient vendre du foie à Foix et une seule fois. En dehors de l’allitération, on se demande vraiment pourquoi une telle histoire à dormir debout. D’abord, s’il vend du foie (au temps où remonte la chanson, il n’y avait ni surgelé, ni frigo, ni conserveries), il ne peut venir de loin, ne fût-ce que parce que sa marchandise ne résisterait pas à de longs transports ; son foie arriverait pourri sur le marché ; sans compter que pour en vivre, il lui faudrait en écouler (et en transporter) de grandes quantités. S’il ne vient pas de loin, disons à une heure ou deux de marche, il ne peut négliger la ville dont il est proche. Il en ferait quoi de son foie ? De plus, s’il devait effectivement venir au marché chaque semaine, il faudrait considérer le régime alimentaire de la population de la ville ; ce serait peut-être l’explication du nom de la ville elle-même ?, pourrait avancer un farfelu.

 

En effet, dit Lucien l’âne, je me disais aussi que c’était bizarre qu’un marchand renonce ainsi à son marché, et puis, pourquoi ne vendrait-il que du foie ? Que ferait-il des restes de ses bêtes forcément mortes – cochons, canards ou oies, puisque sans foie ? Dès lors, est-ce un éleveur, un boucher ? À supposer qu’il vende tout le reste au marché, pourquoi pas le foie ? Et pourquoi seulement à Foix ? Dès lors, il me semble aussi que cette histoire cache quelque chose, en quelque sorte historique.

 

C’est à cette élucidation, répond Marco Valdo M.I., que s’est efforcée ma chanson. D’abord, quelle mémoire de foie ou de foi peut-on noter à Foix, ville située aux pieds des Pyrénées en plein pays cathare ; dans le Comté de Foix, la Foi, ce fut un temps la Foi cathare, celle des Parfaits qu’un horrible et incroyable croisade, lancée par un Pape au nom Innocent, on ne peut plus faux-cul, tenta d’éradiquer. Par parenthèse, elle commença comme la croisade contre Valdo et ses partisans. Elle dura longtemps et dit-on, elle finit à Montségur par un bûcher énorme où on carbonisa les derniers Bonshommes.

 

Oh, dit Lucien l’âne, je les ai vus, de mes yeux vus, ces croisés sur les chemins de France et de Navarre pillant, tuant, violant, torturant, incendiant, pires que les Huns d’Attila. C’est à Albi qu’on entendit « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens ! » Il en reste encore des traces aujourd’hui près de huit cents ans plus tard. L’Église catholique entendait conserver son pouvoir et ses privilèges. Ceci dit, ce n’est pas une spécificité catholique, car toute religion tend qui à étendre son influence, son pouvoir en vient nécessairement à opprimer et in fine, à massacrer, ceux qui ne se soumettent pas à ses ukases.

 

Plus tard, sans doute dans le prolongement de la résistance cathare, Lucien l’âne, le pays cathare ou l’Occitanie, c’est tout comme, se rallia à la Réforme. Et on recommença à les massacrer.

 

On comprend aisément un tel scénario, dit Lucien l’âne. À mon avis, il faudrait examiner ça comme un épisode particulier de la Guerre de Cent Mille Ans.

 

Cependant, la chanson n’en reste pas là, puisque, moment crucial dans l’histoire de France et de l’affrontement entre les sbires de l’Église romaine et les partisans de la Réforme, il y eut la tentative d’un Comte de Foix de mettre un terme à ces stupides querelles religieuses ; il y laissa sa vie. Il s’agit bien évidemment du roi de France assassiné Henri IV, dit le Vert Galant. C’est la clé de cette chanson : cette volonté de mettre fin à la guerre religieuse.

 

Eh bien, dit Lucien l’âne, voyons ça et pour notre part, tissons le linceul de ce vieux monde empêtré dans ses croyances absurdes, malade de la foi, délinquant spirituel et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Il était une fois

Un petit bonhomme de Foix

Qui mangeait du foie

Dans la ville de Foix.

 

Une fois, il eut une crise de foie ;

De foie, mais pas de foi.

Alors, il dit, cette fois,

C’est la dernière fois

Que je mange du foie

Dans la ville de Foix.

 

Il était une fois

Un petit bonhomme de Foix

Qui mangeait du foie

Dans la ville de Foix.

 

Dans sa tombe, il disait, ma foi,

Il se pourrait des fois,

Que j’aie mangé l’autre fois,

Une ultime fois

Bien trop de foie

Dans la ville de Foix.

 

Il était une fois

Un petit bonhomme de Foix

Qui mangeait du foie

Dans la ville de Foix.

 

Ce petit bonhomme de foi

Vivait tranquille autrefois

En la bonne ville de Foix.

Il était pur et de Bonne Foi.

L’Inquisition vint une fois

Tortura et brûla les Bonshommes de Foi.

 

Il était une fois

Un petit bonhomme de Foix

Qui mangeait du foie

Dans la ville de Foix.

 

Hommes de peu de foi,

Réfléchissez un peu parfois,

À la vérité et même, plusieurs fois,

Aux hommes de Bonne Foi

Qu’on tua autrefois

Dans la ville de Foix.

 

Il était une fois

Un petit bonhomme de Foix

Qui mangeait du foie

Dans la ville de Foix.

 

Et aussi de Navarre, Henri III 

Henri IV de France, Henri II de Foix

Comte, pour être roi deux fois,

Deux fois retroqua sa foi.

Mais la deuxième fois ;

Un fanatique de sa dernière foi

L’assassina à Paris et pas à Foix.

 

 

 

Le petit Bonhomme de Foix
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Published by Marco Valdo M.I.
19 août 2020 3 19 /08 /août /2020 18:04
 

La Foi

 

 

Chanson française – La Foi – Henri Tachan – 1976

Paroles et musique : Henri Tachan

 

 

 

 

 

Ulysse rencontre Leucothéa - 1865

Friedrich Preller d. Ä. (1804 ‐ 1878)

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Salut, Lucien l’âne mon ami, je suppose que le mot « foi » te dit quelque chose.

 

Oui, certainement, Marco Valdo M.I. mon ami ; d’ailleurs, je connais la chanson « Il était une fois, un petit bonhomme de foi… »

 

Oui, oui, bonne idée, Lucien l’âne mon ami, je n’y avais pas pensé, mais je vais en faire une vraie chanson de cette comptine enfantine dès qu’on en aura terminé avec celle-ci, car il faut battre son frère tant qu’il est chaud, comme disait Caïn. On y reviendra prochainement, je le promets une fois. Cependant, ici, il s’agit d’une chanson d’Henri Tachan, un de ces chanteurs-auteurs de leurs propres chansons, un de ceux qui ne tenaient pas leur langue dans la poche, comme, par exemple : Brassens, Ferré, Brel, Fanon, Béranger.

 

Et que raconte donc cette chanson de Tachan ?, demande Lucien l’âne.

 

Eh bien, comme tu peux l’imaginer à son titre, Lucien l’âne mon ami, toi qui as parcouru le monde et qui a croisé tant de peuples et tant de croyances, c’est une histoire de foi, mais pas de n’importe quelle foi, de celle qu’on inculque aux enfants selon l’ancienne éprouvée (et éprouvante) méthode du « Enfoncez-vous bien ça dans la tête ! » et de la réaction – salvatrice – qui en découle chez celle, celui, ceux qui réagissent à cette inoculation forcée…

 

D’abord, Marco Valdo M.I. mon ami, cette inoculation forcée de la foi et donc de la religion m’a tout l’air d’un viol de conscience enfantine.

 

Certes, Lucien l’âne mon ami, tu as parfaitement raison, c’est du viol de conscience et sur personne mineure de surcroît et par une personne qui a autorité sur la victime. Il y a donc une réaction naturelle salvatrice à cette inoculation comme on réagit à un virus malveillant en lui opposant des anticorps « fabrication-maison », de ceux qui protègent de cette infection à vie et même, bien au-delà.

 

En effet, dit Lucien l’âne, je vois très bien de quoi il s’agit et même, je confirme. Maintenant, pour ce que j’en ai vu, ces derniers temps – disons depuis un bon siècle, dans certains pays, rares d’ailleurs ; par chance, on vit dans un de ceux-là – ce pandémonium, cette pandémie théique et religieuse est presque complètement éradiquée et j’ai pu constater « de visu » que les gens s’en portaient fort bien ; beaucoup mieux même, car une cause (au moins) de haine et de délation méchantes a disparu. J’ai aussi noté que même pour ceux qui sont encore sous influence de cette peste mentale, la vie est plus libre et l’air plus respirable, car ici, nul ne songe à leur imposer d’abandonner leur croyance et moins encore, d’en adopter une autre.

 

Pour ce qui est de la chanson de Tachan et donc de sa « Foi », reprend Marco Valdo M.I., il faut absolument se souvenir de ce qu’il a enduré – comme bon nombre de ses contemporains – dans sa jeunesse religieusement encadrée ; catholiquement, en l’occurrence, même si la chanson dit « chrétiennement ». Pourtant – et c’est heureux – comme on peut le voir actuellement, on finit par s’en sortir quand même, à force de volonté et de foi en soi-même.

 

La foi en soi ?, dit Lucien l’âne, un peu surpris.

 

La foi en soi-même, bien sûr, dit Marco Valdo M.I., la seule qui vaille, car la foi n’est pas nocive quand elle s’applique à donner au bonhomme foi en lui-même. L’être humain n’a pas besoin d’orthèse. Cette foi en soi-même lui donne confiance et plaisir à vivre avec lui-même ; c’est cette foi : confiance et plaisir d’être et liberté, qui fait de l’homme unidimensionnel, tout courbé, tout obéissant, pour tout dire, béni oui-oui, un être humain à part entière, heureux malgré les récifs et les tempêtes, navigant à vue dans sa grande aventure unique, tel Ulysse traçant le retour à Ithaque. Évidemment, la chanson ne dit pas les choses ainsi ; elle tient plus du cri de révolte contre l’oppression et le mensonge religieux ; c’est un cri venu de l’enfance, un cri venu de l’adolescence et comme tel, ce n’est qu’un début. La vie fait le reste – au hasard des rues et des chemins, des gens qu’elle rencontre et des difficultés et des douleurs qui frappent ; elle est parfois dure, pénible, écrasant, mais avec cette foi en soi-même, elle se dresse fière face au néant – avant de le rejoindre. Pour un peu, elle lui dirait mieux ce que la Mort disait à Oncle Archibald et plus enthousiasmante :

 

« Si tu te couches dans mes bras,
Alors, la vie te semblera
Plus facile,
Tu y seras hors de portée
Des chiens, des loups, des hommes et des
Imbéciles,
Imbéciles. »

 

C’est la vie sans éteignoir.

 

Halte-là, Marco Valdo M.I. mon ami, sinon on y sera encore demain. Je m’en vais lire la chanson ; de cette manière, je te l’assure, je saurai en détail ce qu’elle raconte. Pour lors, tissons le linceul de ce vieux monde croyant, crédule, bigot, étouffant et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Voilà qu’en ouvrant les yeux,

Je me rends compte, crénom de Dieu,

Que j’avais la Foi, mais la mauvaise,

Le dieu qui me l’a refilée

Ne nichait pas dans le bénitier,

Ni sur la croix, ni dans l’ascèse :

C’était un petit dieu cornu,

Le poil noir, le pied fourchu

Et les quinquets couleur de braise.

 

Ah ! la belle foi, ma foi, la belle foi, la mauvaise,

Ah ! ma mauvaise foi vaut bien toutes vos fadaises !

 

Le curé qui m’a baptisé,

Ah ! si j’avais pu lui parler,

Lui faire, je ne sais pas, un bras d’honneur !

En gueulant : « Pour ma tétée,

Je ne veux plus du biberon de lait,

Refilez-moi un téton de bonne sœur !

Un gros téton bien dodu

Pour que je m’entraîne dessus

En attendant des jours meilleurs ! »

 

Ah ! la belle foi, ma foi, la belle foi, la mauvaise,

Ah ! ma mauvaise foi vaut bien toutes vos foutaises !

 

À ma première confession,

Quand le refoulé en jupons

M’a susurré derrière la grille :

« Dites-moi vos vilaines pensées,

Tous vos gestes impuretés,

Vos moindres péchés, peccadilles ! »

Je répondis au père Machin :

« Cause toujours, moi je n’y peux rien

Si vos anges ont des gueules de filles ! »

 

Ah ! la belle foi, ma foi, la belle foi, la mauvaise,

Ah ! ma mauvaise foi vaut bien tous vos diocèses !

 

« En joue ! Gauche ! Droite ! Demi-tour ! »

Gueulait le con dans la cour

À notre troupeau de militaires,

Moi je m’assois bien au mitan,

Sous le nez de l’adjudant

Qui devient rouge, qui devient vert,

Et je lui dis chrétiennement :

« Jésus était non-violent,

C’était marqué dans mon bréviaire ! »

 

Ah ! la belle foi, ma foi, la belle foi, la mauvaise,

Ah ! ma mauvaise foi vaut bien vos Marseillaises !

 

Le jour du jugement dernier,

Je ferai mon dernier pied de nez

Quand on me portera en glaise :

Devant le cureton de malheur,

Le bedeau, les enfants de chœur

Et les petites ailes de sainte Thérèse,

Je raidirai mon goupillon :

Ils ne pourront pas fermer le caisson

Et je partirai à l’anglaise.

 

Ah ! la belle foi, ma foi, la belle foi, la mauvaise,

Ah ! ma mauvaise foi vaut bien vos Père Lachaise !

 

 

 La Foi
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Published by Marco Valdo M.I.
15 août 2020 6 15 /08 /août /2020 17:48

 

 

LE RABIOT

 

 

Version française – LE RABIOT– Marco Valdo M.I. – 2020

d’après la version italienne RAZIONE SUPPLEMENTARE de Riccardo Venturi

d’une chanson polonaise – Repeta!Aleksander Kulisiewicz – Sachsenhausen, 1941.

Paroles : Aleksander Kulisiewicz

Musique : Anonymous (“Precz, precz od nas smutek wszelki!” 1824)

 

 

 

 

Au rabiot de soupe !

 

Denis Guillon

 

 

Ellrich, 19 juillet 1944, n° inv. 2019,1546,01-04

Musée de la Résistance et de la Déportation, Besançon

 

 

 

 

 

Kulisiewicz rappelait que les repas à Sachsenhausen offraient souvent aux kapos une occasion extraordinaire de tourmenter et de harceler leurs compagnons de prison. « Repeta ! » (« Portion » ou « ration supplémentaire ») présente un scénario typique : le maigre et répugnant repas du prisonnier affamé est servi avec des coups par l’assistant de cuisine. Kulisiewicz écrivit cette chanson alors qu’il était en quarantaine pour avoir attrapé le typhus, et nota à quel point elle était devenue populaire. Interprétée à la guitare, la chanson s’achevait par une « marche de parade », une sorte de promenade plaisante autour d’un chaudron rempli de soupe de navets pourris. Kulisiewicz a composé « Repeta ! » d’après une chanson d’étudiant polonais sur le thème de l’alimentation, de la boisson et du plaisir, « Precz, precz od nas smutek wszelki ! » (« Loin, loin de nous toute punition ! ») [Trad. RV]

 

Dialogue Maïeutique

 

Le rabiot, sais-tu, Lucien l’âne mon ami, ce qu c’est et sais-tu les rêves et les pensées qu’il inspire ?

 

Écoute, Marco Valdo M.I. mon ami, depuis le temps que je parcours le monde, souvent même, réquisitionné – contre mon gré – pour la chose militaire, pour suivre des armées, j’ai évidemment entendu parler de fameux rabiot, de ce rab, ce rabe, cette ration supplémentaire qui fait envie au soldat, au prisonnier, au vieillard tout comme à bien des enfants. C’est ce reste, ce fond de casserole, ce qui amène toujours l’expression « on ne va quand même pas laisser ça ». Chez certains, c’est une véritable et utile bénédiction ; chez d’autres, les bien nantis, c’est une gourmandise, quand ce n’est pas une indicible goinfrerie.

 

Dans cette chanson, comme on peut le voir, Lucien l’âne mon ami, on est loin de cette suave boulimie qui pousse souvent à finir les plats, à en reprendre jusqu’à se forcer, à mettre à mal son estomac et tout ce qui s’ensuit ; on est à l’autre extrême du spectre alimentaire, au milieu des affamés, au milieu du monde – était-ce encore un monde ? – concentrationnaire. Là où en plus d’une faim endémique, en raison du manque de nourriture et de l’exécrable qualité du peu disponible, viennent s’ajouter la discipline et son pendant, le sadisme, cette excroissance du pouvoir et de la domination.

 

Là, je ne suis plus, dit Lucien l’âne, j’ai dû être un peu distrait.

 

Soit, répond Marco Valdo M.I., c’est possible, tu avais les oreilles pendantes et le regard lointain. Donc, je disais à peu près ceci : « Dans cette chanson, comme on peut le voir, Lucien l’âne mon ami, on est loin de cette suave boulimie qui pousse souvent à finir les plats, à en reprendre jusqu’à se forcer ; en fait, on est à l’autre extrême alimentaire, au milieu des affamés du monde concentrationnaire. Là où viennent s’ajouter la discipline et le sadisme, cette excroissance de la domination. Maintenant pour te resituer l’affaire, on est en 1940 ou peut-être, juste avant 1945, dans le camp de Sachsenhausen où les nazis, dès leur arrivée au pouvoir, internaient les opposants politiques et par la suite, d’autres types ou catégories de prisonniers. En outre, au-delà du fait que, par principe en quelque sorte, la ration de l’interné était assez médiocre, il faut y ajouter la rapacité et la corruption de l’administration des camps et finalement, le pouvoir quasi-discrétionnaire des cuisiniers et des serveurs, sans compter le jeu trouble des kapos. Ainsi, on obtient un système d’extrême rareté d’où découle l’instauration d’un univers dominé par le besoin, rongé par l’envie ravageuse, la voracité inextinguible, nées de la disette et de l’inanition permanentes, qui travaillent au ventre le prisonnier. C’est là que le rabiot prend toute sa signification : celle d’une idée fixe, d’une monomanie obsédante.

 

Oui, dit Lucien l’âne, j’ai idée que ce contexte conduit à d’étranges et horribles comportements, à une concurrence féroce entre les affamés et à une exploitation honteuse de cette faiblesse collective.

 

Exactement, Lucien l’âne, et la chanson présente le prisonnier devant le responsable de la cuisine, nommément le kapo – mot dérivé de ce grade de base du militaire : le caporal, lequel kapo profite de la situation pour frapper au visage le prisonnier, qui ne peut évidemment pas répliquer et qui est ainsi contraint de ravaler sa colère et d’avaler son indignation et d’ignorer son humiliation, au moins en façade, car en lui-même, il sert au « glorieux Reich » un très expéditif compliment ; pour le repos et le bien de tes chastes oreilles, je dirai qu’il l’envoie lanlaire.

 

En effet, que cela est bien poliment dit, répond Lucien l’âne. Maintenant, nous aussi, tissons le linceul de ce vieux monde carcéral, pénitentiaire, emprisonneur, délirant et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

 

Un prisonnier debout attend

Le rabiot, le rab de supplément :

La faim retourne son estomac et le déchire,

Et ce navet pourri – bouffe de bêtes !

De ses yeux torves le regarde.

Et ce navet pourri – bouffe de bêtes !

De ses yeux torves le regarde.

Saleté de Boche !

 

 

Le prisonnier debout dodeline,

Il pense aux navets, ronchonne, gémit ;

Jusqu’à ce que le kapo de la cuisine,

Vil serviteur servile de l’ennemi,

Le frappe avec une louche !

Jusqu’à ce que le kapo de la cuisine,

Vil serviteur servile de l’ennemi,

Le frappe avec une louche !

En plein visage !

 

 

Mère de Dieu ! En plein visage !

Au moins, ce navet n’est pas le savoureux

Fond de l’eau de rinçage

Et son estomac ronronne cette petite marche :

« Ô Reich glorieux et victorieux ! »

Son estomac ronronne cette petite marche :

« Ô Reich glorieux et victorieux,

Va te faire foutre ! »

 

 

 

 LE RABIOT
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