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27 octobre 2023 5 27 /10 /octobre /2023 14:55

 

 

Le Clown sénile

 

Chanson française — Le Clown sénile — Marco Valdo M.I. — 2023


 

 

LA ZINOVIE

est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.

La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.


 


 

Épisode 165

 

 

 

GLOIRE AU GUIDE ET À LA PATRIE

 

Sergey Yackovlevich Dunchev - 1950

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

Cette fois, Lucien l’âne mon ami, la canzone nous laisse entrevoir une partie du passé du trouvère, personnage central de ce monde où nous voyageons depuis bientôt deux ans ; elle fait entendre d’où est venue sa pratique d’aède errant. Ainsi, au début, il avait commencé à écrire sans trop savoir où son pendant pour l’écriture l’emmènerait. Il voulait juste, comme il l’avoue ici, être écrivain. Il faut évidemment souligner toute l’ironie qu’il y a dans cette manière de dire qui est celle qu’exige tout juge d’un accusé contre son gré.

 

Je sais, dit Lucien l’âne, car je commence à voir quelle sorte de pays est la Zinovie. Et puis, de toute façon, je trouve qu’être écrivain est une ambition plutôt honorable. Enfin, tout dépend de ce qu’on écrit, de ce qu’on fait de ce métier. Il en est qui asservissent leur plume. Ainsi, il en va des écrivains comme des autres gens ; la boussole est l’éthique universelle.

 

Exactement, répond Marco Valdo M.I., et notre écrivain, malgré la banalité des choses qu’il rapportait et leur insignifiance, malgré qu’il se tenait ainsi à l’écart des affaires politiques et des critiques ouvertes de l’État et de ses dirigeants, fut mis au ban à partir du moment où un de ses pantins – « le clown sénile grinçant sur la scène de l’Histoire » – fut repéré par les Services comme étant l’incarnation du Guide et de ce fait, tout pantin innocent qu’il fut, dénoncé figure subversive et ennemie de l’État.

 

« Avec mon clown sénile grimaçant

Sur la scène de l’Histoire

Ont commencé mes déboires.

Ils ont reconnu le Guide, immédiatement. »

 

C’est en effet une interprétation possible, dit Lucien l’âne en riant. Comment a-t-il pu ne pas se rendre compte du danger qu’il y avait à mettre en scène un tel clown ?

 

D’abord, les Services n’étaient pas si idiots, dit Marco Valdo M.I., le « clown sénile » est bien entendu le Guide. Il n’est pas dit dans la chanson que l’écrivain ne se rendait pas compte de ce que son clown représentait comme danger, mais pour ce que j’en sais, la réalité est qu’on volait ses manuscrits au fur et à mesure, qu’on les photocopiait et qu’on les remettait à leur place, de sorte que l’écrivain ne savait pas qu’ils savaient ou faisait semblant de ne pas savoir en pensant que tant qu’il ne publierait pas ses textes à propos du « clown sénile » ou d’autres du genre, il ne pouvaient rien lui reprocher. On ne lui a même pas laissé le temps de le publier ; on a fait comprendre à l’écrivain certaines choses qui l’ont incité à disparaître et à se réfugier dans la peau d’un trouvère itinérant, personnage mouvant et insaisissable.

 

Oui, dit Lucien l’âne, insaisissable, mouvant et dont la voix isolé est condamnée à se perdre parmi les multiples voix du brouhaha quotidien. Aussi intéressante et critique qu’elle soit, la voix du trouvère ne touche que quelques personnes et on peut aisément suivre sa trace et interrompre son parcours. D’un autre côté, s’il fallait arrêter tous les gens qui brocardent le Guide et les dirigeants …

 

On lui a donc laissé une certaine latitude, poursuit Marco Valdo M.I. ; quant à ses déboires, ils ne sont pas précisés par la chanson. On sait déjà qu’il a perdu son emploi et qu’il est errant. Toutefois, il raconte ce qu’on a fait à sa fille – une petite gamine qui entre à l’école primaire – quand l’institutrice s’en aperçue que l’enfant n’était pas conforme aux exigences réglementaires.

 

« L’institutrice accuse la famille,

La mauvaise influence des parents.

L’école s’efforce d’écarter la fille

De ce milieu familial débilitant. »

 

C’est terrible, dit Lucien l’âne, ces systèmes et ces régimes et bien entendu, ces écoles qui veulent caporaliser les enfants pour les embrigader à vie. Depuis que je parcours le monde, j’ai acquis la conviction que c’est ainsi que font les religions, les nations et les partis ; il s’agit de coloniser l’enfance.

 

Oui, dit Marco Valdo M.I., de leur point de vue, le monde doit être uniforme et conforme. C’est la logique de l’élevage du troupeau, c’est une logique de berger. On élève, on surveille, on dresse, on conduit et on encadre de chiens de garde. La fin de la chanson montre que la même ambiance totalitaire et inquisitoriale s’appesantit sur les écolières de Perse auxquelles il convient d’inculquer la Loi, en l’occurrence celle édictée par le Guide suprême pour le compte du Prophète et d’instaurer un monde de suspicion et de terreur. Pour conclure, je signale que lla dernière strophe est tout à fait ironique et montre comment la résistance secrète se développe dans et par la transgression de la Loi, y compris dans ses plus infimes et ridicules détails.

 

Voyons ça, dit Lucien l’âne, dans la canzone elle-même, car on ne peut tout décortiquer ici. Il vaut mieux laisser chanter le langage poétique de la chanson. Alors, tissons le linceul de ce vieux monde moutonnier, oppressif, oppressant, absurde, religieux (La peste soit des religions et des religieux !) et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

Oui, dit le trouvère, j’avoue

J’ai écrit, j’ai été écrivain.

Au début, tout allait bien.

On ne me traînait pas dans la boue,

Je contais la vie, le quotidien,

Les riens, les petits événements

De personnages insignifiants,

De silhouettes, de pantins.

Avec mon clown sénile grimaçant

Sur la scène de l’Histoire

Ont commencé mes déboires.

Ils ont reconnu le Guide, immédiatement.

 

À la récréation, l’enfant raconte

Des histoires anodines en riant

Du vieux clown titubant.

Elle ne sait rien des contes

Et des légendes de Zinovie,

Elle ignore les chants d’honneur.

Et les poèmes à réciter par cœur

À la gloire du Guide et de la patrie.

L’institutrice accuse la famille,

La mauvaise influence des parents.

L’école s’efforce d’écarter la fille

De ce milieu familial débilitant.

 

De l’école, l’enfant est rentrée en pleurant.

Sous sa robe et son foulard sombres,

Ses yeux cachaient une ombre,

Quelque chose de terrifiant.

La directrice avait fait fouiller

Les cartables, les vêtements.

On avait pris leurs bracelets d’amitié,

Confisqué leurs livres, leurs romans.

On les avait fouillées au corps.

On avait emmené la nouvelle dehors.

On lui avait coupé les ongles trop à ras.

La fille saignait et punie, elle pleura.

 

En Perse, on connaît tous les bonheurs

Grâce à Dieu et ses censeurs.

Transgresser en secret leur Loi.

Un vrai festin de rois,

Plaisir pur, joie sauvage,

Repas coupable des dieux,

Ah, le clandestin croque-monsieur

Le sandwich jambon-fromage,

Rire entre copines et copains,

Manger des glaces à deux,

Tomber follement amoureux,

Marcher en se tenant la main.

 

 

 

 

 

 

 

LA ZINOVIE

 

Tous les épisodes précédents sont accessibles ici :


Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ; Épisode 38 : Les Puces ; Épisode 39 : L’Ordinaire de la Guerre ; Épisode 40 : La Ville violée ; Épisode 41 : La Vie paysanne ; Épisode 42 : La Charrette ; Épisode 43 : Le Pantalon ; Épisode 44 : La Secrète et la Poésie ; Épisode 45 : L’Édification de l’Utopie ; Épisode 46 : L’Ambition cosmologique ; Épisode 47 : Le Manuscrit ; Épisode 48 : Le Baiser de Paix ; Épisode 49 : Guerre et Paix ; Épisode 50 : La Queue ; Épisode 51 : Les Nullités ; Épisode 52 : La Valse des Pronoms ; Épisode 53 : La Philosophie spéciale ; Épisode 54 : Le Pays du Bonheur ; Épisode 55 : Les Pigeons ; Épisode 56 : Les Temps dépassés ; Épisode 57 : La Faute à la Contingence ; Épisode 58 : Guerre et Sexe ; Épisode 59 : Une Rencontre en Zinovie ; Épisode 60 : La Grande Zinovie ; Épisode 61 : La Convocation ; Épisode 62 : Tatiana ; Épisode 63 : L’Immolation ; Épisode 64 : Que faire ? ; Épisode 65 : Ni chaud, ni froid ; Épisode 66 : Le Congé éternel ; Épisode 67 : À perdre la Raison ; Épisode 68 : Les Sauveurs de l’Humanité ; Épisode 69 : L’Eau qui dort ; Épisode 70 : Le Régime en Place ; Épisode 71 : Un Conflit avec l’Étranger ; Épisode 72 : Petit Manuel de Survie ; Épisode 73 : La Banalité ; Épisode 74 : La Ligne de Conduite ; Épisode 75 : Les Femmes de Zinovie ; Épisode 76 : La Légende ; Épisode 77 : Le Devoir sacré ; Épisode 78 : Les nouveaux Soldats ; Épisode 79 : Bruit de Fond ; Épisode 80 : Une résistible Ascension ; Épisode 81 : La Zone interdite ; Épisode 82 : Les Pommes ; Épisode 83 : La Normalité ; Épisode 84 : L’Autorisation ; Épisode 85 : L’Exclusion ; Épisode 86 : Quelle Affaire ? ; Épisode 87 : Le Vase vide ; Épisode 88 : Introspection ; Épisode 89 : Le Pays gris ; Épisode 90 : Tout un Style ; Épisode 91 : L’État unique ; Épisode 92 : Le Veilleur de Nuit ; Épisode 93 : Le Questionnaire ; Épisode 94 : Le Roi des Rats ; Épisode 95 : Si tu veux la Paix ; Épisode 96 : Les Vieilles et la Guerre ; Épisode 97 : L’Étoile filante ; Épisode 98 : La Guerre nécessaire ; Épisode 99 : Les Méditations ; Épisode 100 : La Guerre des Boutons ;

Épisode 101 : Hurler avec les Loups ; Épisode 102 : Les Cantines éternelles ; Épisode 103 : L’Homme debout ; Épisode 104 : Les Nouveaux Cerisiers ; Épisode 105 : La Logique du Soldat Mort ; Épisode 106 : Les Fuites ; Épisode 107 : Les Ratures ; Épisode 108 : Les Lombrics philosophiques ; Épisode 109 : Les Réservistes ; Épisode 110 : La Logique de la Paix ; Épisode 111 : Le Citoyen et le Régime ; Épisode 112 : Les Ennemis extérieurs ; Épisode 113 : L’Oiseau de Feu ; Épisode 114 : Le Rêve du Guide ; Épisode 115 : Le Bourbier atomique ; Épisode 116 : L’Exilé ; Épisode 117 : La Journée ordinaire ; Épisode 118 : Les Commandeurs ; Épisode 119 : Sainte et Martyre ; Épisode 120 : La Patrie en Danger ; Épisode 121 : Les Églantiers sauvages ; Épisode 122 : Le Temps restant ; Épisode 123 : L’Invincible Armée ; Épisode 124 : L’Explorateur ; Épisode 125 : La Mémoire ; Épisode 126 : Souvenirs du Vieux Temps ; Épisode 127 : La Pauvreté chaleureuse ; Épisode 128 : Du Village à la Ville ; Épisode 129 : À l’École de la Capitale ; Épisode 130 : Le meilleur Élève ; Épisode 131 : Le Rire doux ; Épisode 132 : Les belles Jambes ; Épisode 133 : La Guerre et la Paix ; Épisode 134 : Le Moyen Âge ; Épisode 135 : Roman ; Épisode 136 : L’Aventure guerrière ; Épisode 137 : L’Âme de la Guerre ; Épisode 138 : Les Illusions perdues ; Épisode 139 : Contes et Mécomptes ; 140. Les Apories ; 141. Les Bâtisseurs de l’Avenir radieux ; 142. Les Écrevisses ; 143. La Fin des Ascèses ; 144. En aparté ; 145. Le beau Voyage ; 146. La Marche de l’Histoire ; 147. Les Morts froids ; 148. L’Industrie de la Guerre ; 149. Les Fruits mûrissent ; 150. Les Faux Pas ; 151. Les Soldats ; 152. Les Mamelles de la Guerre ; 153. Le Trouvère ; 154. Les Pillards ; 155. La sainte Reddition ; 156. Amiral, on coule ; 157. L’Art naïf ; 158. Les Filles de là-bas ; 159. Les Oies cendrées ; Épisode 160 : Les Grondements ; 161. L’État de Guerre ; 162. Comme autrefois ; 163. Traîtres à la Nation ; 164. Les Journalistes

 

 

GLOIRE AU GUIDE ET À LA PATRIE   Sergey Yackovlevich Dunchev - 1950

GLOIRE AU GUIDE ET À LA PATRIE Sergey Yackovlevich Dunchev - 1950

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Published by Marco Valdo M.I.
26 octobre 2023 4 26 /10 /octobre /2023 10:58
NUIT TRANQUILLE


 

Version française – NUIT TRANQUILLE – Marco Valdo M.I. – 2023

d’après la traduction italienne de Riccardo Venturi – Notte tranquilla -

d’une chanson polonaise - Noc spokojna - Grzegorz Paczkowski 2022


Paroles e musique : Grzegorz Paczkowski
Dans le vidéo en duo avec Matylda Stanejko.

 

 

 

 

VIE TRANQUILLE

Igor Pavlovich Obrosov - 1990

 

 

 

Blague à part, c'est vraiment une belle, très belle chanson qui exprime un concept aussi simple que difficile à faire entrer dans la calebasse des êtres humains : le pouvoir, n'importe quel pouvoir, n'a qu'une seule fin ultime : la guerre. Si dernière et si ultime qu'il parvient toujours, à intervalles plus ou moins longs, à convaincre ce qu'on appelle l'humanité que la paix est quasiment un un gros mot et qu’il faut forcément faire la guerre. La paix est une chose terrible, les armes ne se vendent pas, le sens de la nation s'affaiblit dangereusement ("guerre" et "nation" sont deux mots intimement liés). Trop peu de pollution capillaire, trop peu de familles où le "père" (ou le "mari") est appelé au front (mais, de nos jours, beaucoup de "mères" ou d'"épouses" sont aussi facilement appelées...), trop peu de changements climatiques causés par le vol systématique de toutes les ressources... comment pourrait-on survivre, après tout, sans la guerre ? La paix, disons-le franchement, est une véritable calamité ; et puis, à bien y réfléchir, quelle "paix" ?

 

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, des guerres il y en a eu par centaines jusqu'à nos jours. Il y a eu celles qui sont devenues importantes, et celles qui passées sous silence, oubliées. Les "Européens" sont donc particulièrement "cool" en cela : une guerre n'est pas une vraie guerre (à de rares exceptions près) si elle ne touche pas le continent de l'"Union", mais lorsqu'elle le touche, il suffit de quelques années pour les oublier (voir les guerres yougoslaves). La "Pax Europaea" est certes une émérite fiction : les "nations", et tous leurs partisans, ont hâte de retourner sainement à l'éviscération et à l'enrichissement immodéré de leurs maîtres. Ce fut longue nuit, et un long jour aussi, très tranquille et serein à l'exception de quelque averse ici et là, des prêtres, du football, des stars de cinéma, des jeux télévisés, des nains et des danseuses, et des médias sociaux. Grzegorz Paczkowski nous le rappelle opportunément, même si - permettez-moi le bénéfice du doute - qui sait si on y aurait pensé si à Vladimir Poutine n’était pas venue une envie de faire la guerre à l’Ukraine et de menacer la Pologne. [RV]

 

 

 

 

 

 

Il n'y avait pas assez de pleurs,

C’était encore un peu le chaos,

N’étaient pas assez clair les mots :

Immaturité, folie, douleur.

 

Trop peu de mères n’ont encore

Les photos de leurs fils morts.

Longtemps, l'hiver nucléaire

Fut trop difficile à comprendre.

 

Encore trop faible la contamination,

On respire toujours l’oxygène, à pleins poumons.

Les femmes ont leurs maris trop souvent

À leurs côtés, chez elles – oh, trop souvent.

 

La terre s'est refroidie depuis un temps,

Elle demande avec impatience à manger ;

Il en manque depuis des ans et des ans,

Depuis que le climat a commencé à se dégrader.

 

Ce fut une nuit longue et tranquille,

Un jour trop long, un jour tranquille.

Peut-être finalement, on aura une guerre,

Pendant longtemps, on n’a pas eu de guerre,

On n’a pas eu de guerre, non, pendant longtemps,

Il n'y a pas eu de guerre depuis longtemps…

 

Ici, on trouve des églises,

Des musées, des bibliothèques, des écoles ;

On a du plomb sous la main, heureusement !,

Et d’en user, les officiers sont impatients.
 

Et ça fait déjà un temps qu'une foule en délire

N'a plus couru en panique du soir au matin,

Et, en somme, un temps que d'autres

N'ont eu l'occasion d'aider leur prochain.

 

Trop de bonheur, trop de bien-être,

Trop de tables qui se plient et s’effondrent,

Trop peu d’odeur d’explosions...

Trop peu de camps, trop peu de prisons.

 

Encore trop peu d’uniformes brillent

De rubans, d'ordres et de médailles,

Et trop d’enfants ne savent encore pourtant

Combien la maison est inflammable maintenant.

 

Ce fut une nuit longue et tranquille,

Un jour trop long, un jour tranquille.

Peut-être finalement, on aura une guerre,

Pendant longtemps, on n’a pas eu de guerre,

On n’a pas eu de guerre, non, pendant longtemps,

Il n'y a pas eu de guerre depuis longtemps…

 

Ce fut une nuit longue et tranquille,

Un jour trop long, un jour tranquille.

Peut-être finalement, on aura une guerre,

Pendant longtemps, on n’a pas eu de guerre,

On n’a pas eu de guerre, non, pendant longtemps,

Il n'y a pas eu de guerre depuis longtemps...


 

VIE TRANQUILLE  Igor Pavlovich Obrosov - 1990

VIE TRANQUILLE Igor Pavlovich Obrosov - 1990

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Published by Marco Valdo M.I.
25 octobre 2023 3 25 /10 /octobre /2023 16:22
LES ENFANTS DE MUMBAÏ

 

Version française – LES ENFANTS DE MUMBAÏ (romance sans musique) – Marco Valdo M.I. - 2023

Chanson italienne - I bambini di Mumbaï - Kaballà - 1996

 

 

ENFANT DE MUMBAÏ

 

 

Les enfants de la rue abandonnés

À un destin inutile,

Leurs cœurs vides et piétinés

Par la solitude de la ville

Vendent leurs corps nus et sourient.

Cherchant l'espoir dans les déchetteries,

Les enfants de Mumbaï rient

En pensant à une autre vie.

 

Sans ailes et sans âge

Ils grandissent trop vite, anges

Victimes du dieu de la vengeance

Libres en cage

À l’obscur des gares, ils s’endorment

D’une vie de acteur, ils rêvent

Et dansent sous la pluie de l’été,

Les enfants de Mumbaï.

 

Déchets du monde, troupeau d’âmes

Tombées du ciel dans la vase,

Enfants d'un seul père "Grande Âme",

Enfants d'une seule mère toujours grosse

Trahis par le monde, leurs yeux en pleurs

Dans le vent, soudain sourient aux fleurs.

 

Orphelins d'amour errants

Au bonheur hésitant,

Voleurs de courage dérobé

À leur liberté,

Dans la rue, ils perdent l’innocence

Et rêvent de villes d'espérance.

Sur leurs lèvres, la chanson défaille

Enfants de Mumbaï

 

Déchets du monde, troupeau d’âmes

Tombées du ciel dans la vase,

Enfants d'un seul père "Grande Âme",

Enfants d'une seule mère toujours grosse

Trahis par le monde, leurs yeux en pleurs

Dans le vent, soudain sourient aux fleurs.

 

Quand la mort de blanc vêtue

Les voit tomber dans la boue des rues,

Elle remplit leurs mains de rêves

Et les enlève.

ENFANT DE MUMBAÏ

ENFANT DE MUMBAÏ

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Published by Marco Valdo M.I.
23 octobre 2023 1 23 /10 /octobre /2023 17:55

 

Les Journalistes

 

Chanson française — Les Journalistes — Marco Valdo M.I. — 2023


 

 

LA ZINOVIE

est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.

La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

Épisode 164

 

 

 

 

CRI DE FILLE DE PERSE

TÉHÉRAN – 2022 – 2023…

 

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

Au fur et à mesure que le temps s’écoule, Lucien l’âne mon ami, on voit se joindre au groupe informel qui se réunit ou se rencontre ou se croise plus ou moins accidentellement sur une place, dans un square, dans un petit parc, au coin d’une rue, dans une gare, sur un quai, à un arrêt de bus, dans un boui-boui ou un terrain vague, à moins que ce ne soit au marché, bref, quelque part en Zinovie, où nous circulons depuis des mois, des voix anonymes pour la plupart, hormis celles du trouvère, du soldat et de la Grand-Mère.

 

Oui, dit Lucien l’âne, je n’ignore rien de tout ça, mais dis-moi plutôt où tu veux en venir.

 

C’est simple, répond Marco Valdo M.I., j’introduisais la chanson et je voulais ainsi souligner que pour la première fois, la voix qui parle est celle d’un journaliste qui fait part de l’évolution catastrophique de son métier, j’allais même dire de son art. Car, tout comme on parle d’un art médical, de l’art du chirurgien, de l’art du menuisier ou du maçon, je parlerais volontiers de l’art du journaliste. Je peux assurer que c’est un art particulier et difficile et qui peut se révéler extrêmement dangereux.

 

Certes, dit Lucien l’âne, ce n’est pas un métier de tout repos.

 

En effet et alors, reprend Marco Valdo M.I., il y a donc un journaliste qui commence à parler avec un fond de nostalgie dans la voix du temps où il pouvait – même en Zinovie et sans trop de contrainte – exercer son délicat métier jusqu’à l’arrivée au pouvoir du présent Guide. Voici ce qu’il dit :

 

« Puis, le Guide est advenu,

Le charme de la vie s’est rompu.

Le pays est retourné aux anciens temps,

Au pays de la muette obéissance,

Au pays de l’inconditionnel silence. »

 

En résumé, sur une ligne de temps, en Zinovie, il y a eu – entre deux périodes de censure, d’intimidation et de pure et simple interdiction – un moment où il était possible de relayer la parole des gens et de décrire sans œillères la réalité quotidienne en Zinovie. Ce fut comme un printemps. On attendait l’été, on a eu l’hiver. Le Guide est revenu aux vieux usages, aux brutales coutumes et aux criminelles méthodes de ses prédécesseurs.

 

Un vrai retour aux sources, dit Lucien l’âne.

 

C’est vraiment ce qui se passe, dit Marco Valdo M.I., et la Grand-Mère enfonce el clou en rapportant le destin semblable des journalistes de là-bas en Perse, où les voix et les plumes libres finissent en prison et pour longtemps. C’est singulièrement le cas de deux jeunes femmes journalistes arrêtées pour avoir dit trop de vérité et jugées, après deux ans d’emprisonnement préventif, comme ennemies du pays et agents de l’étranger. Dans la foulée, on a condamné et mis en prison l’avocate qui les défendait.

 

Oh, dit Lucien l’âne, j’ai entendu qu’en Zinovie aussi, on punissait les avocats pour avoir défendu leur client. C’est odieux et c’est aberrant.

 

Et ensuite, continue Marco Valdo M.I., le soldat fait écho aux soldats de carrière, conscrits ou mercenaires que de sang froid et en toute connaissance de cause, le Guide envoie mourir par paquets entiers. Il y en aurait des milliers et des milliers. Il signale aussi leur retour « en morceaux » : morts ou amputés, handicapés, paralysés.

 

« Alors, dit le soldat, à toute heure

Nous, par lots de dix, on meurt.

Au mieux, on rentre en morceaux,

Et le Guide à la télé fait le beau. »

 

J’apprécie particulièrement la prestation médiatique continue du Guide, précise Lucien l’âne. Enfin, tissons le linceul de ce vieux monde médiatique, égotique, dramatique, liturgique et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

La voix dit : J’étais journaliste moi,

C’était un beau métier, j’aimais ça.

Par les rues de la ville, j’allais content

J’écoutais les gens, je contais les événements

Je disais les joies et les tourments

Et les reproches aux gouvernants.

C’était il y a longtemps.

Puis, le Guide est advenu,

Le charme de la vie s’est rompu.

Le pays est retourné aux anciens temps,

Au pays de la muette obéissance,

Au pays de l’inconditionnel silence.

 

Dans certaines gazettes,

La vérité fait des courbettes,

Elle ment opportunément

Selon l’avis du gouvernement.

Elle suit la voix du Guide des écrans.

Alors, tant que règne la vermine,

On a le choix : se taire, être vil,

Ou vivre une vie clandestine,

Ou en exil rester civil.

J’ai jeté ma plume au vent,

Et je trimarde en attendant

De dire à nouveau le présent.

 

De jour et de nuit, on nous espionne,

On nous suit, on nous bat.

On nous file, on nous passe à tabac.

On nous assassine, on nous empoisonne.

Comme nos sœurs de là-bas,

On nous accuse de haute trahison,

On nous mène de force en prison.

Nos consœurs de Perse à perte de vie

Punies d’avoir eu l’envie

De mettre au monde la réalité

Voient leurs avocats incarcérés

D’avoir aussi exercé leur métier.

 

Grand-Mère dit : Écoutez le slogan du jour

Perse – Zinovie, même combat,

Même folie à la tête de l’État,

Même bêtise, même discours,

Même mégaloguides

En proie à la fureur du vide

Traînant béates à leurs basques

Les foules coiffées de casques.

Alors, dit le soldat, à toute heure

Nous, par lots de dix, on meurt.

Au mieux, on rentre en morceaux,

Et le Guide à la télé fait le beau.

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

LA ZINOVIE


 

Tous les épisodes précédents sont accessibles ici :


 

 

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ; Épisode 38 : Les Puces ; Épisode 39 : L’Ordinaire de la Guerre ; Épisode 40 : La Ville violée ; Épisode 41 : La Vie paysanne ; Épisode 42 : La Charrette ; Épisode 43 : Le Pantalon ; Épisode 44 : La Secrète et la Poésie ; Épisode 45 : L’Édification de l’Utopie ; Épisode 46 : L’Ambition cosmologique ; Épisode 47 : Le Manuscrit ; Épisode 48 : Le Baiser de Paix ; Épisode 49 : Guerre et Paix ; Épisode 50 : La Queue ; Épisode 51 : Les Nullités ; Épisode 52 : La Valse des Pronoms ; Épisode 53 : La Philosophie spéciale ; Épisode 54 : Le Pays du Bonheur ; Épisode 55 : Les Pigeons ; Épisode 56 : Les Temps dépassés ; Épisode 57 : La Faute à la Contingence ; Épisode 58 : Guerre et Sexe ; Épisode 59 : Une Rencontre en Zinovie ; Épisode 60 : La Grande Zinovie ; Épisode 61 : La Convocation ; Épisode 62 : Tatiana ; Épisode 63 : L’Immolation ; Épisode 64 : Que faire ? ; Épisode 65 : Ni chaud, ni froid ; Épisode 66 : Le Congé éternel ; Épisode 67 : À perdre la Raison ; Épisode 68 : Les Sauveurs de l’Humanité ; Épisode 69 : L’Eau qui dort ; Épisode 70 : Le Régime en Place ; Épisode 71 : Un Conflit avec l’Étranger ; Épisode 72 : Petit Manuel de Survie ; Épisode 73 : La Banalité ; Épisode 74 : La Ligne de Conduite ; Épisode 75 : Les Femmes de Zinovie ; Épisode 76 : La Légende ; Épisode 77 : Le Devoir sacré ; Épisode 78 : Les nouveaux Soldats ; Épisode 79 : Bruit de Fond ; Épisode 80 : Une résistible Ascension ; Épisode 81 : La Zone interdite ; Épisode 82 : Les Pommes ; Épisode 83 : La Normalité ; Épisode 84 : L’Autorisation ; Épisode 85 : L’Exclusion ; Épisode 86 : Quelle Affaire ? ; Épisode 87 : Le Vase vide ; Épisode 88 : Introspection ; Épisode 89 : Le Pays gris ; Épisode 90 : Tout un Style ; Épisode 91 : L’État unique ; Épisode 92 : Le Veilleur de Nuit ; Épisode 93 : Le Questionnaire ; Épisode 94 : Le Roi des Rats ; Épisode 95 : Si tu veux la Paix ; Épisode 96 : Les Vieilles et la Guerre ; Épisode 97 : L’Étoile filante ; Épisode 98 : La Guerre nécessaire ; Épisode 99 : Les Méditations ; Épisode 100 : La Guerre des Boutons ; Épisode 101 : Hurler avec les Loups ; Épisode 102 : Les Cantines éternelles ; Épisode 103 : L’Homme debout ; Épisode 104 : Les Nouveaux Cerisiers ; Épisode 105 : La Logique du Soldat Mort ; Épisode 106 : Les Fuites ; Épisode 107 : Les Ratures ; Épisode 108 : Les Lombrics philosophiques ; Épisode 109 : Les Réservistes ; Épisode 110 : La Logique de la Paix ; Épisode 111 : Le Citoyen et le Régime ; Épisode 112 : Les Ennemis extérieurs ; Épisode 113 : L’Oiseau de Feu ; Épisode 114 : Le Rêve du Guide ; Épisode 115 : Le Bourbier atomique ; Épisode 116 : L’Exilé ; Épisode 117 : La Journée ordinaire ; Épisode 118 : Les Commandeurs ; Épisode 119 : Sainte et Martyre ; Épisode 120 : La Patrie en Danger ; Épisode 121 : Les Églantiers sauvages ; Épisode 122 : Le Temps restant ; Épisode 123 : L’Invincible Armée ; Épisode 124 : L’Explorateur ; Épisode 125 : La Mémoire ; Épisode 126 : Souvenirs du Vieux Temps ; Épisode 127 : La Pauvreté chaleureuse ; Épisode 128 : Du Village à la Ville ; Épisode 129 : À l’École de la Capitale ; Épisode 130 : Le meilleur Élève ; Épisode 131 : Le Rire doux ; Épisode 132 : Les belles Jambes ; Épisode 133 : La Guerre et la Paix ; Épisode 134 : Le Moyen Âge ; Épisode 135 : Roman ; Épisode 136 : L’Aventure guerrière ; Épisode 137 : L’Âme de la Guerre ; Épisode 138 : Les Illusions perdues ; Épisode 139 : Contes et Mécomptes ; 140. Les Apories ; 141. Les Bâtisseurs de l’Avenir radieux ; 142. Les Écrevisses ; 143. La Fin des Ascèses ; 144. En aparté ; 145. Le beau Voyage ; 146. La Marche de l’Histoire ; 147. Les Morts froids ; 148. L’Industrie de la Guerre ; 149. Les Fruits mûrissent ; 150. Les Faux Pas ; 151. Les Soldats ; 152. Les Mamelles de la Guerre ; 153. Le Trouvère ; 154. Les Pillards ; 155. La sainte Reddition ; 156. Amiral, on coule ; 157. L’Art naïf ; 158. Les Filles de là-bas ; 159. Les Oies cendrées ; Épisode 160 : Les Grondements ; 161. L’État de Guerre ; 162. Comme autrefois ; 162. Traîtres à la Nation

 

 

 

 

Ce genre de choses se passe réellement aux pays des Guides.
Aujourd'hui, je lis ce qui suit à propos d'avocats :

Être avocat en Russie: «Même dans le désespoir, il faut continuer à se battre»

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CRI DE FILLE DE PERSE  TÉHÉRAN – 2022 – 2023…

CRI DE FILLE DE PERSE TÉHÉRAN – 2022 – 2023…

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Published by Marco Valdo M.I.
20 octobre 2023 5 20 /10 /octobre /2023 19:06

 

 

Traîtres à la Nation

 

Chanson française — Traîtres à la Nation — Marco Valdo M.I. — 2023


 

 

LA ZINOVIE

est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.

La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.


 

Épisode 163

 

 

 

 

Baisser la tête, taire ses indignations :

La vie de fille est perpétuelle humiliation.

 

2023

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

Voici, Lucien l’âne mon ami, la dernière en date des canzones du voyage en Zinovie où on entend les voix récurrentes de la Grand-Mère, du trouvère et du soldat et d’autres voix anonymes. Un temps même, il y eut le veilleur de nuit. Toutes ces voix parlent de la vie en Zinovie, de la guerre que mène la Zinovie contre et dans le pays voisin et depuis quelques temps, à l’initiative de la Grand-Mère, elles évoquent les filles de là-bas, les filles de Perse et le traitement que leur fait subir le régime persan.

 

À vrai dire, Marco Valdo M.I. mon ami, tout cela, je le savais et même, j’ajoute qu’à mon sens, ce n’est pas un hasard si la Grand-Mère évoque les filles de Perse du fait que la Perse est un régime fort proche à bien des égards de celui qui pèse sur la Zinovie

 

Je ne doute pas un instant de ton savoir et de ta perspicacité, Lucien l’âne mon ami, mais si j’ai fait ce rappel, c’est pour réparer un oubli. Comme il a été dit que tout ce qui touche à la Zinovie est – en gros – inspiré des écrits d’Alexandre Zinoviev, je voudrais préciser que pour les filles de Perse l’ouvrage de référence est le récit « Lire Lolita à Téhéran » d’Azar Nafisi, dans la traduction française de Marie-Hélène Dumas. Voilà mon oubli réparé. Il me reste pourtant à préciser qu’Azar Nafisi est une dame née à Téhéran, professeur de littérature et vit en exil aux États-Unis.

 

Bien, dit Lucien l’âne, et maintenant, parle-moi de la chanson.

 

Comme à l’ordinaire, dit Marco Valdo M.I., on retrouve les habitués : Grand-Mère, le Trouvère et le soldat qui parlent des arrestations qui se multiplient en Zinovie, censément à cause de la guerre. Ce sont des propos séditieux et une voix anonyme celle-là appelle à la dénonciation des traîtres à la nation.

 

« Une voix crie : dénonciation, dénonciation !

Vous êtes des traîtres à la nation. »

 

Quelle ambiance en Zinovie, dit Lucien l’âne.

 

Et, dit Marco Valdo M.I., Grand-Mère enchaîne en indiquant que c’est pareil en Perse, les cadavres nageurs en plus. Au fil de la chanson, revient le soldat qui affirme :

 

« À l’armée, dit le soldat, pour l’argent,

On est des héros, on obéit au sergent.

En réalité, au fond, on attend simplement

La fin de la guerre, du Guide et de ses lieutenants. »

 

La dernière partie est dédiée à la voix d’une fille de là-bas qui par le de ce terrible destin qui la poursuit, comme les autres filles, jusque dans les plus petits recoins de leur vie quotidienne. Je t’invite à la lire pour découvrir les détails et ce qu’ils induisent du réel de là-bas en Perse.

 

Évidemment, je vais m’y mettre bientôt, dit Lucien l’âne. D’ici là, tissons le linceul de ce vœux monde infect, infecté, infectieux, tyrannique et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

Ils en ont encore arrêtés, dit le trouvère.

Ils font ça tous les jours, dit la Grand-Mère.

Ce n’est pas une chose nouvelle, dit le soldat ;

Depuis qu’ils sont là, ils font ça, dit une voix.

Ça fait un siècle, mais avec la guerre,

La mise en prison s’accélère.

Le soldat dit : La guerre a bon dos,

Elle sert à créer des héros

Et à étouffer toute critique

Contre le Guide, le régime et sa clique.

Une voix crie : dénonciation, dénonciation !

Vous êtes des traîtres à la nation.

 

Vous savez, dit Gand-Mère, c’est pareil

Pour les gens du pays du persan soleil.

Là aussi, on vide les cerveaux

De tout ce qui ressemble à des idées

Et tels les cadavres du fleuve, la pensée

Comme l’écrevisse s’en va à vau l’eau.
Les cervelles sont formatées.
Dieu et son Guide sont grands.

La femme, la fille, l’enfant,

L’individu ne comptent pas.

Une voix lance : Quel foutu embarras,

Là aussi, tout est laid, ennuyeux et navrant.

 

Une voix : Notre réalité est misérable,

Le Guide et ses séides sont méprisables.

Les gens guettent leur effondrement

Et se recroquevillent en attendant.

Comédie, tragédie, tout est néfaste

Et nul ne prévoit le sens du vent.

D’où qu’il vienne, il érode, il dévaste

Les monts, les forêts et les champs.

À l’armée, dit le soldat, pour l’argent,

On est des héros, on obéit au sergent.

En réalité, au fond, on attend simplement

La fin de la guerre, du Guide et de ses lieutenants.

 

Une fille de là-bas dit de son sort

Et des autres filles de Perse

Des mots banals et forts

Que la peur transperce.

Ici, la nuit règne en plein midi.

Baisser la tête, taire ses indignations :

La vie de fille est perpétuelle humiliation.

Se promener, parler avec un ami,

Laisser flotter une mèche au vent,

Laisser respirer son propre corps,

Plonger à l’eau le corps mourant,

Ici, tout est affaire de mort.

 

 

 

 

 

 

 

LA ZINOVIE


 

Tous les épisodes précédents sont accessibles ici :


Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ; Épisode 38 : Les Puces ; Épisode 39 : L’Ordinaire de la Guerre ; Épisode 40 : La Ville violée ; Épisode 41 : La Vie paysanne ; Épisode 42 : La Charrette ; Épisode 43 : Le Pantalon ; Épisode 44 : La Secrète et la Poésie ; Épisode 45 : L’Édification de l’Utopie ; Épisode 46 : L’Ambition cosmologique ; Épisode 47 : Le Manuscrit ; Épisode 48 : Le Baiser de Paix ; Épisode 49 : Guerre et Paix ; Épisode 50 : La Queue ; Épisode 51 : Les Nullités ; Épisode 52 : La Valse des Pronoms ; Épisode 53 : La Philosophie spéciale ; Épisode 54 : Le Pays du Bonheur ; Épisode 55 : Les Pigeons ; Épisode 56 : Les Temps dépassés ; Épisode 57 : La Faute à la Contingence ; Épisode 58 : Guerre et Sexe ; Épisode 59 : Une Rencontre en Zinovie ; Épisode 60 : La Grande Zinovie ; Épisode 61 : La Convocation ; Épisode 62 : Tatiana ; Épisode 63 : L’Immolation ; Épisode 64 : Que faire ? ; Épisode 65 : Ni chaud, ni froid ; Épisode 66 : Le Congé éternel ; Épisode 67 : À perdre la Raison ; Épisode 68 : Les Sauveurs de l’Humanité ; Épisode 69 : L’Eau qui dort ; Épisode 70 : Le Régime en Place ; Épisode 71 : Un Conflit avec l’Étranger ; Épisode 72 : Petit Manuel de Survie ; Épisode 73 : La Banalité ; Épisode 74 : La Ligne de Conduite ; Épisode 75 : Les Femmes de Zinovie ; Épisode 76 : La Légende ; Épisode 77 : Le Devoir sacré ; Épisode 78 : Les nouveaux Soldats ; Épisode 79 : Bruit de Fond ; Épisode 80 : Une résistible Ascension ; Épisode 81 : La Zone interdite ; Épisode 82 : Les Pommes ; Épisode 83 : La Normalité ; Épisode 84 : L’Autorisation ; Épisode 85 : L’Exclusion ; Épisode 86 : Quelle Affaire ? ; Épisode 87 : Le Vase vide ; Épisode 88 : Introspection ; Épisode 89 : Le Pays gris ; Épisode 90 : Tout un Style ; Épisode 91 : L’État unique ; Épisode 92 : Le Veilleur de Nuit ; Épisode 93 : Le Questionnaire ; Épisode 94 : Le Roi des Rats ; Épisode 95 : Si tu veux la Paix ; Épisode 96 : Les Vieilles et la Guerre ; Épisode 97 : L’Étoile filante ; Épisode 98 : La Guerre nécessaire ; Épisode 99 : Les Méditations ;

Épisode 100 : La Guerre des Boutons ; Épisode 101 : Hurler avec les Loups ; Épisode 102 : Les Cantines éternelles ; Épisode 103 : L’Homme debout ; Épisode 104 : Les Nouveaux Cerisiers ; Épisode 105 : La Logique du Soldat Mort ; Épisode 106 : Les Fuites ; Épisode 107 : Les Ratures ; Épisode 108 : Les Lombrics philosophiques ; Épisode 109 : Les Réservistes ; Épisode 110 : La Logique de la Paix ; Épisode 111 : Le Citoyen et le Régime ; Épisode 112 : Les Ennemis extérieurs ; Épisode 113 : L’Oiseau de Feu ; Épisode 114 : Le Rêve du Guide ; Épisode 115 : Le Bourbier atomique ; Épisode 116 : L’Exilé ; Épisode 117 : La Journée ordinaire ; Épisode 118 : Les Commandeurs ; Épisode 119 : Sainte et Martyre ; Épisode 120 : La Patrie en Danger ; Épisode 121 : Les Églantiers sauvages ; Épisode 122 : Le Temps restant ; Épisode 123 : L’Invincible Armée ; Épisode 124 : L’Explorateur ; Épisode 125 : La Mémoire ; Épisode 126 : Souvenirs du Vieux Temps ; Épisode 127 : La Pauvreté chaleureuse ; Épisode 128 : Du Village à la Ville ; Épisode 129 : À l’École de la Capitale ; Épisode 130 : Le meilleur Élève ; Épisode 131 : Le Rire doux ; Épisode 132 : Les belles Jambes ; Épisode 133 : La Guerre et la Paix ; Épisode 134 : Le Moyen Âge ; Épisode 135 : Roman ; Épisode 136 : L’Aventure guerrière ; Épisode 137 : L’Âme de la Guerre ; Épisode 138 : Les Illusions perdues ; Épisode 139 : Contes et Mécomptes ; 140. Les Apories ; 141. Les Bâtisseurs de l’Avenir radieux ; 142. Les Écrevisses ; 143. La Fin des Ascèses ; 144. En aparté ; 145. Le beau Voyage ; 146. La Marche de l’Histoire ; 147. Les Morts froids ; 148. L’Industrie de la Guerre ; 149. Les Fruits mûrissent ; 150. Les Faux Pas ; 151. Les Soldats ; 152. Les Mamelles de la Guerre ; 153. Le Trouvère ; 154. Les Pillards ; 155. La sainte Reddition ; 156. Amiral, on coule ; 157. L’Art naïf ; 158. Les Filles de là-bas ; 159. Les Oies cendrées ; Épisode 160 : Les Grondements ; 161. L’État de Guerre ; 162. Comme autrefois: [[66834]] ; Épisode 139 : [[66865]] ; Épisode 140 : [[66879]] ; Épisode 141 : [[66890]] ; Épisode 142 : [[66903]] ; Épisode 143 : [[66923]] ; Épisode 144 : [[66934]] ; Épisode 145 : [[66942]] ; Épisode 146 : [[66944]] ; Épisode 147 : [[66959]] ; Épisode 148 : [[66967]] ; Épisode 149 : [[66975]] ; Épisode 150 : [[66983]] ; Épisode 151 : [[67017]] ; Épisode 152 : [[67035]] ; Épisode 153 : [[67040]] ; Épisode 154 : [[67077]] ; Épisode 155 : [[67111]] ; Épisode 156 : [[67114]] ; Épisode 157 : [[67128]] ; Épisode 158 : [[67146]] ; Épisode 159 : [[67164]] ; Épisode 160 : [[67179]] ; Épisode 161 : [[67197]] ; Épisode 162 : [[67233]]

Baisser la tête, taire ses indignations :  La vie de fille est perpétuelle humiliation.   2023

Baisser la tête, taire ses indignations : La vie de fille est perpétuelle humiliation. 2023

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Published by Marco Valdo M.I.
17 octobre 2023 2 17 /10 /octobre /2023 17:09

 

Comme autrefois

 

 

Chanson française — Comme autrefois — Marco Valdo M.I. — 2023


 

 

LA ZINOVIE

est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.

La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.


 


 

Épisode 162

 

 

 

 

LA GUERRE

 

Enrico Baj – 1984

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

Comme on l’a dit ici une fois pour toutes, Lucien l’âne mon ami, la guerre dure cent mille ans.

 

Oui, dit Lucien l’âne, je sais bien ce que c’est que La Guerre de Cent Mille Ans.

 

Et c’est très long cent mille ans, dit Marco Valdo M.I. et il faut se rappeler que non seulement, cette guerre est très très longue, mais le pire, c’est qu’on ne sait pas quand elle a commencé, ni où, ni entre qui et qui, ni pourquoi, ni comment. Et pis encore, il n’est pas sûr qu’elle se limite à cette période. Ce pourrait aussi bien être la guerre d’un million ou d’un milliard d’années, ou plus encore. Mettons tant qu’il y aura des hommes – au sens générique.

 

Cela aussi, je l’imaginais fort bien, dit Lucien l’âne, et même, j’ai en tête que cette fameuse guerre peut revêtir toutes sortes de formes : de la guerre continentale à la guerre intra-familiale, sans oublier le conflit entre personnes ou celui qui dresse une partie d’une personne contre elle-même.

 

C’est un concept fort large, dit Marco Valdo M.I., mais tout ça, c’était pour dire qu’il s’agit cette fois de la guerre « comme autrefois », celle où on se tue bravement et en gros tas. Ce qui explique le titre de la canzone.

 

C’est un grand classique alors, dit Lucien l’âne, une guerre de soldats.

 

Exactement, reprend Marco Valdo M.I., c’est une guerre d’autrefois et aussi, une guerre d’autre foi. En tout cas, d’une autre foi que celle du trouvère dont j’ai cru deviner qu’il est athée et qu’il aime la paix et la liberté, une sorte de Villon ou d’Homère libertaire.

 

Moi, dit Lucien l’âne, j’aime beaucoup le trouvère.

 

Pour le reste de la canzone, dit Marco Valdo M.I., on découvre la réponse du soldat – un spécialiste en la matière, un professionnel désabusé, prêt à tomber l’uniforme et à se perdre dans la foule civile. Ensuite, la Grand-Mère revient parler des filles de là-bas qui sont poursuivies jusque dans leurs nuits par les gardiens, fidèles sicaires du Guide ou du Prophète en vue de découvrir leurs rêves illégaux. Dans ce pays, les nuits sont peuplées de songes interdits. Enfin, elle décrit assez abruptement la vie des filles de Perse et le vrai rêve interdit qui libérera – s’il se réalise – les gens du monde entier :

 

« Interdit de penser que demain,

Demain, sans dieu, ça ira mieux.

Qu’on ne verra plus au matin

Que des oiseaux dans les cieux. »

 

À le lire, dit Lucien l’âne, je me sens tout ragaillardi. Alors, reprenons notre effort et tissons le linceul de ce vieux monde bigot, religieux, crédule, croyant et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

 

Le trouvère dit : Je viens, je vas.

J’entends, j’écoute, je vois,

Non, je ne m’en vais pas.

Je chante, mais j’ai mal d’être là.

Pour la raison d’une autre foi,

Ils se battent comme autrefois.

Moi, à la santé de tous, je bois.

Ami, remplis mon verre !

Tout, à la fin, s’arrangera,

Un jour, elle finira la guerre.

Suffit d’attendre, ça ira, ça ira,

Cette guerre-ci finira.

 

Pareil pour le militaire, dit le soldat.

Tous les jours, on boit.

À la santé des vivants, à la santé des morts.

On boit et on boit encore.

C’est pas qu’on aime la guerre,

Mais il faut la faire.

C’est absurde ce métier,

Vaudrait mieux plombier ou infirmier.

Les gens simples comprennent ça,

D’autres traversent la rue, émus,

Ils font des gestes, ils agitent les bras

Et me font un vigoureux salut.

 

Ah, dit Grand-Mère, les filles là-bas,

La nuit font de sombres rêves,

Des cauchemars, leur cœur bat,

Sans voile, elles courent sans trêve.

Elles fuient vers la porte

Et elles n’y arrivent pas

Elles titubent, les gardes sont là.

Que leurs diables les emportent !

Ces lycaons aux poils en touffes,

Que leur dieu les étouffe !

Elles s’éveillent, elles tremblent.

Le silence au silence ressemble.

 

Pensez, dit Grand-Mère, là-bas,

Il est interdit de se suicider,

Il est même interdit de rêver

À des songes illégaux. C’est la loi.

D’imaginer des paysages vides

Où on peut marcher sans Guide,

Voir un corps sensuel qui affole,

C’est légalement un viol.

Interdit de penser que demain,

Demain, sans dieu, ça ira mieux.

Qu’on ne verra plus au matin

Que des oiseaux dans les cieux.

 

 

 

 

 

 

 

LA ZINOVIE


 

Tous les épisodes précédents sont accessibles ici :


 

 

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ; Épisode 38 : Les Puces ; Épisode 39 : L’Ordinaire de la Guerre ; Épisode 40 : La Ville violée ; Épisode 41 : La Vie paysanne ; Épisode 42 : La Charrette ; Épisode 43 : Le Pantalon ; Épisode 44 : La Secrète et la Poésie ; Épisode 45 : L’Édification de l’Utopie ; Épisode 46 : L’Ambition cosmologique ; Épisode 47 : Le Manuscrit ; Épisode 48 : Le Baiser de Paix ; Épisode 49 : Guerre et Paix ; Épisode 50 : La Queue ; Épisode 51 : Les Nullités ; Épisode 52 : La Valse des Pronoms ; Épisode 53 : La Philosophie spéciale ; Épisode 54 : Le Pays du Bonheur ; Épisode 55 : Les Pigeons ; Épisode 56 : Les Temps dépassés ; Épisode 57 : La Faute à la Contingence ; Épisode 58 : Guerre et Sexe ; Épisode 59 : Une Rencontre en Zinovie ; Épisode 60 : La Grande Zinovie ; Épisode 61 : La Convocation ; Épisode 62 : Tatiana ; Épisode 63 : L’Immolation ; Épisode 64 : Que faire ? ; Épisode 65 : Ni chaud, ni froid ; Épisode 66 : Le Congé éternel ; Épisode 67 : À perdre la Raison ; Épisode 68 : Les Sauveurs de l’Humanité ; Épisode 69 : L’Eau qui dort ; Épisode 70 : Le Régime en Place ; Épisode 71 : Un Conflit avec l’Étranger ; Épisode 72 : Petit Manuel de Survie ; Épisode 73 : La Banalité ; Épisode 74 : La Ligne de Conduite ; Épisode 75 : Les Femmes de Zinovie ; Épisode 76 : La Légende ; Épisode 77 : Le Devoir sacré ; Épisode 78 : Les nouveaux Soldats ; Épisode 79 : Bruit de Fond ; Épisode 80 : Une résistible Ascension ; Épisode 81 : La Zone interdite ; Épisode 82 : Les Pommes ; Épisode 83 : La Normalité ; Épisode 84 : L’Autorisation ; Épisode 85 : L’Exclusion ; Épisode 86 : Quelle Affaire ? ; Épisode 87 : Le Vase vide ; Épisode 88 : Introspection ; Épisode 89 : Le Pays gris ; Épisode 90 : Tout un Style ; Épisode 91 : L’État unique ; Épisode 92 : Le Veilleur de Nuit ; Épisode 93 : Le Questionnaire ; Épisode 94 : Le Roi des Rats ; Épisode 95 : Si tu veux la Paix ; Épisode 96 : Les Vieilles et la Guerre ; Épisode 97 : L’Étoile filante ; Épisode 98 : La Guerre nécessaire ; Épisode 99 : Les Méditations ; Épisode 100 : La Guerre des Boutons ; Épisode 101 : Hurler avec les Loups ; Épisode 102 : Les Cantines éternelles ; Épisode 103 : L’Homme debout ; Épisode 104 : Les Nouveaux Cerisiers ; Épisode 105 : La Logique du Soldat Mort ; Épisode 106 : Les Fuites ; Épisode 107 : Les Ratures ; Épisode 108 : Les Lombrics philosophiques ; Épisode 109 : Les Réservistes ; Épisode 110 : La Logique de la Paix ; Épisode 111 : Le Citoyen et le Régime ; Épisode 112 : Les Ennemis extérieurs ; Épisode 113 : L’Oiseau de Feu ; Épisode 114 : Le Rêve du Guide ; Épisode 115 : Le Bourbier atomique ; Épisode 116 : L’Exilé ; Épisode 117 : La Journée ordinaire ; Épisode 118 : Les Commandeurs ; Épisode 119 : Sainte et Martyre ; Épisode 120 : La Patrie en Danger ; Épisode 121 : Les Églantiers sauvages ; Épisode 122 : Le Temps restant ; Épisode 123 : L’Invincible Armée ; Épisode 124 : L’Explorateur ; Épisode 125 : La Mémoire ; Épisode 126 : Souvenirs du Vieux Temps ; Épisode 127 : La Pauvreté chaleureuse ; Épisode 128 : Du Village à la Ville ; Épisode 129 : À l’École de la Capitale ; Épisode 130 : Le meilleur Élève ; Épisode 131 : Le Rire doux ; Épisode 132 : Les belles Jambes ; Épisode 133 : La Guerre et la Paix ; Épisode 134 : Le Moyen Âge ; Épisode 135 : Roman ; Épisode 136 : L’Aventure guerrière ; Épisode 137 : L’Âme de la Guerre ; Épisode 138 : Les Illusions perdues ; Épisode 139 : Contes et Mécomptes ; 140. Les Apories ; 141. Les Bâtisseurs de l’Avenir radieux ; 142. Les Écrevisses ; 143. La Fin des Ascèses ; 144. En aparté ; 145. Le beau Voyage ; 146. La Marche de l’Histoire ; 147. Les Morts froids ; 148. L’Industrie de la Guerre ; 149. Les Fruits mûrissent ; 150. Les Faux Pas ; 151. Les Soldats ; 152. Les Mamelles de la Guerre ; 153. Le Trouvère ; 154. Les Pillards ; 155. La sainte Reddition ; 156. Amiral, on coule ; 157. L’Art naïf ; 158. Les Filles de là-bas ; 159. Les Oies cendrées ; Épisode 160 : Les Grondements ; 161. L’État de Guerre

LA GUERRE   Enrico Baj – 1984

LA GUERRE Enrico Baj – 1984

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Published by Marco Valdo M.I.
13 octobre 2023 5 13 /10 /octobre /2023 16:44
GHETTOLOGIE (Ghetto pour ghetto)

 

Version française – GHETTOLOGIE (Ghetto pour Ghetto) – Marco Valdo M.I. – 2023

Chanson italienne – Ghettologia Riccardo Venturi – 2023

 

 



 

 

LE MONDE EST UN GHETTO


 

 


 


 

On finit tous là abouliques,

Pour diverses raisons. L'une

Sans doute, la plus commune,

La plus drôle et tragique :

 

Vous avez tué notre dieu,

Vous avez tué celui de notre ghetto,

Sûrement, notre dieu est plus dieu

Que le vôtre. Tous dieux du ghetto !

 

Voici l'origine en très résumé.

Et des livres plus ou moins sacrés,

Et des terres promises, des peuples élus, d’augustes aïeux,

Des pommes, des miracles, des vierges et des pères vertueux ;

 

Des millénaires s’écoulent. Par hasard

Dans le ghetto, on naît

Un jour, sans même en savoir

La raison. Dans le ghetto, on est,

 

On vit et on meurt. Dans le ghetto,

On y reste même volontairement ;

Il rassure, le ghetto ; il donne le sentiment

D'une grande famille, le ghetto.

 

La famille, au fond, est un ghetto

Domestique, le fondement, la quintessence,

Le ghetto du ghetto dans des ghettos

De plus en plus grands ; et la course commence.

 

La course atavique à qui a le plus d'histoire,

De rituels, de mythes et de traditions.

Le ghetto reçoit alors un nom,

Un hymne inspiré, une bannière,

 

Jusqu'à devenir à la fin dernière :

Une boule ballottée dans l’univers,

Habitée d’êtres qui en ont fait

Un seul ghetto, immense et rondelet.

 

Du ghetto, on voudrait des fois

Sortir ; le ghetto d'à côté, parfois,

Dépasse un peu la barre –

Cela s'appelle l'Histoire.

 

Comment on sort d’un ghetto fermé ?

On en sort morts, détruits, brûlés,

À Varsovie ou dans un désert, tués,

À Gaza ou à New-York, assassinés.

 

Tués du ciel ou de la mer,

De près ou de loin.

Par la faim et la soif,

Par l’inconscience délétère.

 

On nous sort morts sous mille prétextes

Souvent curieux : terrorisme, guerres,

 

Révoltes. Tout ça pour, qu’ensuite,

 

Eux créent leur propre ghetto, et s’y terrent.

 

Araignées, enfermées, protégées

Par des murs solides et de plus de hauteur,

Des frontières si sûres, si barbelées

Traversées chaque jour, à chaque heure.

 

Ainsi on atteint le but ultime et éternel

De l'humanité. Ainsi, le veut l’Éternel :

Mon ghetto se doit d’être plus ghetto que le vôtre.

En vérité, mon ghetto est plus ghetto que le vôtre.

 

Dans mon ghetto, nous sommes tous des héros.

Mon ghetto a plus de héros que votre ghetto.

Mais voilà, le mot "héros", cette antienne

A une origine très ancienne :

 

Du grec serwos, venu,

Du latin servus, disparu,

Dans une lointaine antiquité,

C’était l'esclave désigné

 

Pour défendre l'enclos des porcs,

Pour défendre le ghetto des porcs,

Même au prix de sa mort,

Contre le voisin qui volait les porcs.
 

Héros et esclaves. Mon ghetto a plus de valeur,

Et plus d'importance que le vôtre. Unique,

Il a plus de raison d’être. Mon ghetto est le cœur

De Dieu. Les chansons et la musique

 

De mon ghetto sont les plus belles.

La langue de mon ghetto sonne mieux

Que la vôtre. Votre parler est vieux ;

Dans votre ghetto, on babelle.

 

Des borborygmes bizarres ;

Votre ghetto n'a qu'un objet,

Une raison d'être : le désir notoire

D'être anéanti pour être refait.

 

Dans votre ghetto, vous êtes des barbares.

Quand vous paradez certains soirs

Avec vos processions armées

De dieux, de saints, de chants et d'épées.

 

Vous mourrez et votre ghetto sera

Un tas de ruines. Allez donc le refaire

Ailleurs. Fiers, nous on se jouira

Alors, de notre ghetto millénaire

 

Que Dieu nous a promis. Si seulement

Vous y étiez venus, silencieux, obéissants,

Gardiens de porcs, esclaves

Comme nous étions esclaves.

 

Dans votre ghetto règnent toujours

La misère, la trahison et la mort.

Dans votre ghetto, il n'y a pas d'amour,

Et nous le savons trop bien encore.

 

On a créé le mot ghetto

Pour nous ; c'est un joli petit mot

Dans toutes les langues. C'est un cas rare,

Comme ceux de la malaria et de la peste.

 

Ainsi va cet immense ghetto

Qu’on aimerait sans frontières ;

Mais malheur si on laisse sans barrières

Les milliers et milliers de ghettos

 

Qui parsèment cette boule de Terre

Ballottée dans l’univers.

Et l'on comprend ainsi, à la fin,

Le pourquoi de notre solitaire destin.

 

Œil pour œil,

Ghetto pour ghetto.

LE MONDE EST UN GHETTO

LE MONDE EST UN GHETTO

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Published by Marco Valdo M.I.
11 octobre 2023 3 11 /10 /octobre /2023 16:18

 

 

L’État de Guerre

 

 

Chanson française — L’État de Guerre — Marco Valdo M.I. — 2023


LA ZINOVIE

est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.

La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

 

Épisode 161

 

 

 

 

 

L'ATTAQUE

 

Dmitrievsky V.K., Evstigneev I.V., Prokopinsky G.I. – 1950

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

 

Ah, demande Lucien l’âne, cet État de Guerre est un titre fort ambigu. S’agit-il de l’état, du statut dans lequel se trouve la guerre et donc, en quelque sorte, ce serait une façon d’analyser le phénomène de la guerre elle-même ou bien, s’agit-il d’un État particulier – par exemple, la Zinovie – dont la principale préoccupation, la principale caractéristique et le principal but est de mener un ou plusieurs guerres et de fonder son existence sur la préparation et développement de son tempérament guerrier ?

 

En effet, Lucien l’âne mon ami, ce titre est fort ambigu et je ne suis pas sûr que ma réponse pourra enlever pareille ambiguïté. Mais enfin, disons que c’est tout ça en même temps : la chanson s’interroge sur ce qu’est la guerre et elle montre que la Zinovie est un État aux fondements guerriers, toujours à tendre ses muscles militaires, à rouler des mécaniques, à promener ses chars sur les boulevards et à agiter devant le panel de ses chefs gonflés d’orgueil ses canons, ses missiles et ses uniformes chamarrés.

 

Eh bien, dit Lucien l’âne, voilà qui, au contraire, enlève toute ambiguïté et confirme le sens complexe du titre. J’ai d’ailleurs depuis longtemps, ans nos dialogues maïeutiques, eu cette impression de complexité du propos et de celui des chansons qui disaient plus qu’ils ne semblaient dire.

 

C’est tout à fait exact, répond Marco Valdo M.I., et s’il y a un dialogue maïeutique, c’est précisément pour faire ressortir que la chanson elle-même est une maïeutique.

 

Ainsi, dit Lucien l’âne, en riant, on aurait inventé la chanson maïeutique.

 

Pas vraiment, Lucien l’âne mon ami ; il me semble plus exact de dire que nous avons mis en évidence le concept de la chanson maïeutique. J’en resterai là. Pour ce qui est de la canzone, de cette chanson-ci, elle se partage entre les voix habituelles de l’interminable discussion anonyme entre citoyens de la Zinovie, dont nous nous efforçons de recueillir les échos. Ici, c’est le trouvère et le soldat qui discutent de l’état de la guerre et de son versant civil qu’est la paix. Ils montrent comment le Guide (et son régime) ont fait de la guerre le moteur du développement de la Zinovie. On peut d’ailleurs se demander ce qui se passerait si le régime cessait de promouvoir sa force guerrière.

 

Pourrait-il faire autre chose ?, demande Lucien l’âne. Enfin, n’épiloguons pas. Qu’en est-il du reste alors ?

 

Le reste ?, dit Marco Valdo M.I. ; l’autre moitié de la chanson, c’est une fois encore une intervention de la Grand-Mère qui fait état de la situation des filles de Perse, des filles de là-bas. Mais évidemment, il faut aussi prendre en compte la complexité du discours de Grand-Mère qui, tout en rapportant les voix des filles persanes, renvoie en miroir à la situation de tous les gens persécutés en Perse, mais également en Zinovie.

 

« Et puis, c’est pas une vie ça ce monde-là.

Comment oublier toutes ces polices ?

Avec dans le dos, l’œil de la milice ?

À force de craindre ces bandits,

On n’arrive plus à dormir la nuit.

Tout individu juste en son cœur,

En son intime chaleur, a droit à sa vie,

À sa liberté, à sa recherche du bonheur,

Même là-bas en Perse, même ici en Zinovie. »

 

D’une certaine manière, dit Lucien l’âne, un Guide en vaut un autre, une religion peut en cacher une autre et l’anathème frappe toujours l’individu et l’intelligence. J’insiste sur ces deux termes, car l’individu est pourchassé en ce qu’il est le lieu de production de l’intelligence et son réceptacle, laquelle intelligence ne peut que se révolter contre les régimes totalitaires des Guides aux devises ternaires semblables :

 

« Un Peuple, un Empire, un Guide »

 

Voilà que me rappelle quelque chose, dit Marco Valdo M.I., et m’évoque d’autres triptyques comme :

 

« Combattre, vaincre, mourir »

 

C’est bien la tonalité générale de la guerre, dit Lucien l’âne. Quant à nous tissons le linceul de ce vieux monde marchant, marcheur, pas de l’oie et pas de cœur et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Le soldat dit : Si on parlait de la guerre.

Bonne idée, soldat mon ami, dit le trouvère.

Le soldat dit : Elle est simple la question de la guerre.

Il suffit de distinguer la guerre de la paix ;

Il y a la guerre quand il n’y a pas la paix.

Elle est simple la question, dit le trouvère.

Il y a la paix quand il n’y a pas la guerre.

La guerre prend diverses formes :

Guerre en civil, guerre en uniforme.

Le soldat dit : Ici, il s’agit

D’un affrontement armé entre des pays.

Alors, on parle d’un mortel conflit.

 

Donc, l’attaquant attaquait,

Le défenseur se défendait.

Le soldat dit : On était au printemps,

Les oiseaux chantaient dans les champs,

Le soleil baignait un beau matin,

Quand sournoise, la Zinovie a attaqué

Le paisible et tranquille pays voisin.

Alors, tout ce cirque assassin a commencé.

Le Guide avait fait sortir ses chars du garage.

Le Guide mettait le doigt dans l’engrenage :

Le Guide heureux envisageait l’Empire ;

Le Guide dépité constate le pire.

 

Grand-Mère dit : Interdit de parler de tout ça :

On est ici comme les filles de là-bas,

Avec des cafards dans les jambes et les bras.

Et puis, c’est pas une vie ce monde-là.

Comment oublier toutes ces polices ?

Avec dans le dos, l’œil de la milice ?

À force de craindre ces bandits,

On n’arrive plus à dormir la nuit.

Tout individu juste en son cœur,

En son intime chaleur, a droit à sa vie,

À sa liberté, à sa recherche du bonheur,

Même là-bas en Perse, même ici en Zinovie.

 

Chez les filles là-bas, un triste Guide

Aveugle, rebouteux, piqué de religion

Impose au pays son rêve de vide.

Il a du prophète la bancroche complexion,

Il se dit l’unique représentant de son Dieu.

Son charabia par le ciel bien noté

Rend impossible à l’humanité

De contester les délires des pieux.

Ces dévotieux ferment les librairies,

Mais déjà, nous, on ne veut plus lire.

Pour fuir l’Empire du pire,

On se fera chiens de prairies.

 

 

 

 

 

 

LA ZINOVIE


 

Tous les épisodes précédents sont accessibles ici :


 

 

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ; Épisode 38 : Les Puces ; Épisode 39 : L’Ordinaire de la Guerre ; Épisode 40 : La Ville violée ; Épisode 41 : La Vie paysanne ; Épisode 42 : La Charrette ; Épisode 43 : Le Pantalon ; Épisode 44 : La Secrète et la Poésie ; Épisode 45 : L’Édification de l’Utopie ; Épisode 46 : L’Ambition cosmologique ; Épisode 47 : Le Manuscrit ; Épisode 48 : Le Baiser de Paix ; Épisode 49 : Guerre et Paix ; Épisode 50 : La Queue ; Épisode 51 : Les Nullités ; Épisode 52 : La Valse des Pronoms ; Épisode 53 : La Philosophie spéciale ; Épisode 54 : Le Pays du Bonheur ; Épisode 55 : Les Pigeons ; Épisode 56 : Les Temps dépassés ; Épisode 57 : La Faute à la Contingence ; Épisode 58 : Guerre et Sexe ; Épisode 59 : Une Rencontre en Zinovie ; Épisode 60 : La Grande Zinovie ; Épisode 61 : La Convocation ; Épisode 62 : Tatiana ; Épisode 63 : L’Immolation ; Épisode 64 : Que faire ? ; Épisode 65 : Ni chaud, ni froid ; Épisode 66 : Le Congé éternel ; Épisode 67 : À perdre la Raison ; Épisode 68 : Les Sauveurs de l’Humanité ; Épisode 69 : L’Eau qui dort ; Épisode 70 : Le Régime en Place ; Épisode 71 : Un Conflit avec l’Étranger ; Épisode 72 : Petit Manuel de Survie ; Épisode 73 : La Banalité ; Épisode 74 : La Ligne de Conduite ; Épisode 75 : Les Femmes de Zinovie ; Épisode 76 : La Légende ; Épisode 77 : Le Devoir sacré ; Épisode 78 : Les nouveaux Soldats ; Épisode 79 : Bruit de Fond ; Épisode 80 : Une résistible Ascension ; Épisode 81 : La Zone interdite ; Épisode 82 : Les Pommes ; Épisode 83 : La Normalité ; Épisode 84 : L’Autorisation ; Épisode 85 : L’Exclusion ; Épisode 86 : Quelle Affaire ? ; Épisode 87 : Le Vase vide ; Épisode 88 : Introspection ; Épisode 89 : Le Pays gris ; Épisode 90 : Tout un Style ; Épisode 91 : L’État unique ; Épisode 92 : Le Veilleur de Nuit ; Épisode 93 : Le Questionnaire ; Épisode 94 : Le Roi des Rats ; Épisode 95 : Si tu veux la Paix ; Épisode 96 : Les Vieilles et la Guerre ; Épisode 97 : L’Étoile filante ; Épisode 98 : La Guerre nécessaire ; Épisode 99 : Les Méditations ; Épisode 100 : La Guerre des Boutons ; Épisode 101 : Hurler avec les Loups ; Épisode 102 : Les Cantines éternelles ; Épisode 103 : L’Homme debout ; Épisode 104 : Les Nouveaux Cerisiers ; Épisode 105 : La Logique du Soldat Mort ; Épisode 106 : Les Fuites ; Épisode 107 : Les Ratures ; Épisode 108 : Les Lombrics philosophiques ; Épisode 109 : Les Réservistes ; Épisode 110 : La Logique de la Paix ; Épisode 111 : Le Citoyen et le Régime ; Épisode 112 : Les Ennemis extérieurs ; Épisode 113 : L’Oiseau de Feu ; Épisode 114 : Le Rêve du Guide ; Épisode 115 : Le Bourbier atomique ; Épisode 116 : L’Exilé ; Épisode 117 : La Journée ordinaire ; Épisode 118 : Les Commandeurs ; Épisode 119 : Sainte et Martyre ; Épisode 120 : La Patrie en Danger ; Épisode 121 : Les Églantiers sauvages ; Épisode 122 : Le Temps restant ; Épisode 123 : L’Invincible Armée ; Épisode 124 : L’Explorateur ; Épisode 125 : La Mémoire ; Épisode 126 : Souvenirs du Vieux Temps ; Épisode 127 : La Pauvreté chaleureuse ; Épisode 128 : Du Village à la Ville ; Épisode 129 : À l’École de la Capitale ; Épisode 130 : Le meilleur Élève ; Épisode 131 : Le Rire doux ; Épisode 132 : Les belles Jambes ; Épisode 133 : La Guerre et la Paix ; Épisode 134 : Le Moyen Âge ; Épisode 135 : Roman ; Épisode 136 : L’Aventure guerrière ; Épisode 137 : L’Âme de la Guerre ; Épisode 138 : Les Illusions perdues ; Épisode 139 : Contes et Mécomptes ; 140. Les Apories ; 141. Les Bâtisseurs de l’Avenir radieux ; 142. Les Écrevisses ; 143. La Fin des Ascèses ; 144. En aparté ; 145. Le beau Voyage ; 146. La Marche de l’Histoire ; 147. Les Morts froids ; 148. L’Industrie de la Guerre ; 149. Les Fruits mûrissent ; 150. Les Faux Pas ; 151. Les Soldats ; 152. Les Mamelles de la Guerre ; 153. Le Trouvère ; 154. Les Pillards ; 155. La sainte Reddition ; 156. Amiral, on coule ; 157. L’Art naïf ; 158. Les Filles de là-bas ; 159. Les Oies cendrées ; Épisode 160 : Les Grondements

L'ATTAQUE - Dimitrievsky V.K., Evstigneev I.V., Prokopinsky G.I. – 1950

L'ATTAQUE - Dimitrievsky V.K., Evstigneev I.V., Prokopinsky G.I. – 1950

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Published by Marco Valdo M.I.
6 octobre 2023 5 06 /10 /octobre /2023 15:19
PAUVRE MONDE

 

Version française – PAUVRE MONDE – Marco Valdo M.I. – 2023

Chanson italienne – Povero mondoBeppe Chierici – 2022


 

Texte : Beppe Chierici
Musique : Giuseppe Mereu (Doc Pippus)

Nuovo Cantacronache n°7

La ballata di Louise Michel - Parole vive - Mister simà - Siamo tutti lo stronzo di qualcuno - Il pescatore del 2100 - La ballata di Trumpolino - I rumori del mondo - La polvere del mondo - Povero mondo - Il mio tempo
 

 

PAUVRE MONDE

 

 

 

Beppe Chierici nous a habitués avec ses chansons rebelles, pleines d'intelligence, d'ironie et de regard sur le présent, à réfléchir sur ce que nous sommes, comment nous avons changé et dans quelle direction l'humanité navigue. Ce n'est pas un voyage pacifique, celui que nous racontent ces chansons. L'auteur nous restitue la réalité d’un monde dévasté par l’ignorance et la haine envers l’autre. Un monde vide de valeurs, gouverné par un consumérisme impitoyable, des guerres de conquête, la surpuissance sous toutes ses formes : physique, culturelle, idéologique. Un monde privé de fraternité et de dignité. Devenu toxique, sans solidarité, ni amour.

Un monde où la mer est une tombe. Elle a noyé rêves, hommes, cultures, désirs. Un jour, cette mer s'est vengée de l'horreur dont elle a été témoin. D'une vague, elle a englouti coupables et innocents, villes et palais. Mais c'est seulement une légende, pense le pêcheur de l'an 2100, qui jette ses filets et ne se soucie de rien. Cependant, il y a les décombres. Et sur leur poussière reste la marque de l'histoire, des grands et des petits événements. La poussière, seule survivante de la destruction des écosystèmes par les mauvais choix de ceux qui les habitent sans respect. Une humanité monstrueuse. Celle, fanatique, de Trump, dont la chanson se fait témoignage historique des actes innommables ; celle, trompeuse, de ceux qui ont imprégné de mensonges les esprits fragiles, obligeant les pauvres gens à construire des temples immenses au lieu de prêcher le respect et la coexistence. Celle, insultante, des opportunistes, de ceux qui font semblant de ne pas savoir, de ceux qui ne veulent pas voir et légitiment des actions horribles et misérables.

Une humanité irresponsable et vile dans laquelle nous sommes tous le con de quelqu'un, parce qu'il vaut mieux accuser le voisin de toutes les vilenies, plutôt que d'en assumer la responsabilité. Une humanité piégée par des messages dégénérés. Ceux de la publicité, qui déforment, manipulent, construisent des mensonges dans le seul but de transformer les gens en consommateurs. Sourds aux sentiments, aveugles à la vérité, impuissants aux choix. Des fantasmes. Mais c'est aussi un voyage où la musique bienveillante de l'ami et complice Giuseppe Mereu élève et apaise.

Un voyage dans lequel l'auteur, conteur contemporain, parle d'aujourd'hui en s'accompagnant des mélodies et des instruments du folklore le plus authentique. Il raconte des histoires qui enchantent, se moquent, raillent, incitent à la réflexion. Un voyage qui cherche un port sûr où accoster. Et mettre à l'abri ce qu'il reste de bon. La voix de l'essayiste français Jacques Lacarriére. Celle de Louise Michel, combattante anarchiste déjà chantée par Paul Verlaine, Victor Hugo. Condamnée, déportée en exil, toujours en lutte contre toutes les tyrannies. D'abord féministe, en faveur de l'émancipation, du divorce, du droit à l'éducation. Et puis la voix de l'Espagnol Blas Otero, évoquant le parler ancien, les dictons paysans, les expressions sincères et authentiques. Un monde de valeurs perdues. Enfin, la voix de l'auteur qui, dans "Mon temps", écrit son autobiographie. Une réflexion sur le temps d'une vie, le temps qui reste, un temps qui avance furieusement. Qu'en courant vite et loin, à chaque pas, il s'allège de quelque chose : les lourds vêtements du passé, les souvenirs d'hier et d'il y a mille ans, les histoires et l'Histoire. Elle se dépouille de tout pour aller à l'essentiel. Et ainsi affronter l'avenir.

Tiré et traduit de l’italien il cenacolo di Ares


 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

 

« PAUVRE MONDE » : il y a du Brel là-dedans. Je veux dire qu’on ne peut pas ne pas se remémorer que Brel dans « L’Homme de la Mancha » chantait déjà :

 

« Écoute-moi
Pauvre monde, insupportable monde
C'en est trop, tu es tombé trop bas
Tu es trop gris, tu es trop laid
Abominable monde
Écoute-moi

Un Chevalier te défie
Oui c'est moi, Don Quichotte
Seigneur de la Mancha
Pour toujours au service de l'honneur
Car j'ai l'honneur d'être moi
Don Quichotte sans peur
Et le vent de l'histoire chante en moi »

 

Oui, dit Lucien l’âne, du Brel et du Don Quichotte. Ce même Don Quichotte que vient de rappeler à la rescousse, notre dernière chanson : « Don Quichotte défend l’Europe ». Lequel dit aussi – je te cite de mémoire le début et la fin :

 

« Voyez ce qu'ils font aux Ukrainiens,
Ils le feront à tous demain.
Ô Sancho, mon serviteur, mon brave ami,
On ne peut laisser faire ces bandits.

...

Et chaque jour, avec Rossinante, mon plat à barbe et moi,
Sancho, son âne, les gens d'Europe, on viendra
Jeter aux Enfers le rêve d’Empire et de Grande Nation
Et nous tisserons le linceul de votre Grande Illusion. »

 

Cela dit, retournons à nos moutons et tissons le linceul de ce vieux monde insupportable monde, abominable monde, invraisemblable monde, inacceptable monde et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


 

 

 

Ici, il n'y a plus... ici, il n'y a plus... ici, il n'y a plus d'humanité !

Ici, il n'y a plus... ici, il n'y a plus... ici, il n'y a plus de civilisation,

Ni de fraternité, de dignité, d’amour, de solidarité...

Ni d’humanité, de complémentarité, de compréhension !

 

Voici maintenant l'infamie, la guerre, la haine et l'atrocité.

Ici, il y a l'abus et le mensonge, la violence et la bestialité,

L'ignorance méchante et la bêtise, l'égoïsme et l'avidité.

 

Ici, il n'y a plus de pitié, seulement de la cruauté,

Rien que perversité, exaction et rapacité,

Imbécilité, démence et toxicité ...

 

Ici, il n'y a plus de sincérité, il n'y a plus d'honnêteté !

Ici il n'y a plus d'amabilité, il n'y a plus de loyauté !

Il n'y a plus de culture, ni de vérité, ni de raison...

Ni d’exemplarité, ni de civilité, ni d’éducation !

 

Pauvre monde qui de lui-même en enfer s’en va,

Réduit à ce qu'il est, même s'il sait pourquoi

Et voici qu’il meurt déjà...

 

Ici, il n'y a plus que dépravation, imposture et vanité,

Banalité, vulgarité, rivalité et vénalité,

Méchanceté et mesquinerie, voracité et obésité.

 

Pauvre monde qui de lui-même en enfer s’en va,

Réduit à ce qu'il est, même s'il sait pourquoi

Et voici qu’il meurt déjà...

 

Ici, il n'y a plus de sincérité, plus de bonne volonté,

Ici il n'y a plus de pluralité, ni de justice, ni de moralité,

Pas de compassion, pas de tolérance, pas d'équité.

 

Pauvre monde qui de lui-même en enfer s’en va,

Réduit à ce qu'il est, même s'il sait pourquoi

Et voici qu’il meurt déjà...

 

Ici, il n'y a plus un homme qui survivra et qui racontera,

Ici, il n'y a plus une femme qui enfantera

Un homme nouveau ; personne ne survivra

Dans ce monde qui meurt déjà.

 

Pauvre monde qui de lui-même en enfer s’en va,

Réduit à ce qu'il est, même s'il sait pourquoi

Et voici qu’il meurt déjà...
 

PAUVRE MONDE

PAUVRE MONDE

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Published by Marco Valdo M.I.
5 octobre 2023 4 05 /10 /octobre /2023 10:49

 

 

Les Grondements

 

Chanson française — Les Grondements — Marco Valdo M.I. — 2023


 

 

LA ZINOVIE

est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.

La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.


 


 

Épisode 160

 

LES CHARS ET LES NAVIRES

 

Leonid Petrovich Baikov – 1971

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Pour le titre, Lucien l’âne mon ami, le mot m’en est venu en serinant une chanson d’amour.

 

Quoi ?, dit Lucien l’âne, une chanson d’amour ?

 

Mais oui, répond Marco Valdo M.I., une chanson d’amour. Et d’ailleurs, pourquoi pas ? Mais rassure-toi, pas n’importe quelle chanson d’amour. Une chanson un peu médiévale que fredonnait Brassens – elle s’intitule « À l’ombre du cœur de ma mie » a – dans laquelle on trouve ces mots :

 

« Tant de rumeurs, de grondements
Ont fait peur aux enchantements... »

 

Et à bien y penser, quand on la confronte à la guerre, on dirait qu’elle veut dire ceci que les mensonges de la propagande et les grondements des armées ont fait peur et fuir la paix de la vie des hommes et de toute la planète et obligent pour les défendre à recourir à l’arbalète.

 

« Et c’est depuis ce temps, ma sœur,
Que je suis devenu chasseur,
Que mon arbalète à la main,
Je cours les bois et les chemins. »

 

Voilà ce qui me trottait en tête et qui m’a donné le titre de cette chanson.

 

Fort bien, dit Lucien l’âne, mais encore ? Au fait qui serait donc cet oiseau de malheur ? Évidemment, tout le monde aura compris qui est cet étourneau, stupide oiseau piaillant, qui vole en nuages noirs au-dessus des plaines et ravage les récoltes.

 

Mais encore ?, reprend Marco Valdo M.I., c’est comme à l’ordinaire un peu difficile de donner une réponse satisfaisante et détaillée, tant la canzone est complexe. Cette complexité est d’ailleurs ce qui fait son intérêt ; elle oblige à s’arrêter, elle oblige à réfléchir, elle oblige à mobiliser la pensée. Mais je vais résumer : les deux premières strophes font une histoire de la guerre en partant du moment où règne la paix

 

« Une dignité et une volonté libertaires,

Une vie calme et bien rangée,

Sont des principes élémentaires

Et une guerre, déclenchée

Soudain, a tout fait crouler. »

 

et en terminant par l’effondrement et le règne de la moisissure.

 

« Le sang goutte, goutte après goutte,

On sent déjà venir l’inconcevable déroute,

L’insolite blessure, l’incurable déchirure.

Enfin, la décomposition se fait moisissure. »

 

Oui, dit Lucien l’âne, c’est une bonne description de l’histoire d’une guerre et du sort détestable qu’elle entraîne, surtout chez le fauteur. Et le reste alors ?

 

Le reste ?, Lucien l’âne mon ami, le reste est une intervention de la Grand-Mère qui entend faire connaître la voix des filles de là-bas, qu’elle tire du livre « Lire Lolita à Téhéran - récit » de l’écrivaine iranienne Azar Nafisi. Alors, que dit-elle cette fois ? Que là-bas, sans doute comme en Zinovie, tout le monde – filles, femmes, hommes, enfants, vieillards – tout le monde se doit de mentir aux gens du régime, tout le monde se doit d’entretenir au fond de soi la pensée solitaire qui « sous les cheveux, coule, coule, coule. »

 

Oh, dit Lucien l’âne, comme elle a bien raison cette chanson. J’ajouterais que pour être libre, la pensée se doit de se garder toujours solitaire. Oui, depuis que je cours le monde, j’ai constaté que la pensée libre ne pouvait survivre, se préserver et fleurir que solitaire. Cela dit, tissons le linceul de ce vieux monde rabougri, étouffant, trépassé et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Une dignité et une volonté libertaires,

Une vie calme et bien rangée,

Sont des principes élémentaires

Et une guerre, déclenchée

Soudain, a tout fait crouler.

On ne peut leur pardonner.

Grondements lourds des mécaniques,

Peur, colère, mouvements sismiques,

La terreur ancienne s’est réveillée.

La terre se trémousse effarée.

Perplexe, le monde regarde

Et la Zinovie se lézarde.

 

Le Guide a ressorti les vieux chars,

Perclus, de leurs hangars.

Vestiges des carnavals éculés ;

Les chars roulent, roulent, roulent.

Les chars hagards ont reculé,

Sur les routes du pays envahi.

Les navires coulent, coulent, coulent

Dans le vieux port endormi.

Le sang goutte, goutte après goutte,

On sent déjà venir l’inconcevable déroute,

L’insolite blessure, l’incurable déchirure.

Enfin, la décomposition se fait moisissure.

 

La voix sourde de Grand-Mère retentit.

La fille de là-bas dit : J’ai menti

À personne, je n’ai dit que je venais ici.

Toutes les filles libres de Perse le font

Pour vivre en ce pays infécond.

Et les hommes mentent aussi

Aux gardiens, aux nervis du régime

Qu’au fond de soi, personne n’estime.

Les gens cachent les antennes paraboliques,

Les livres, les alcools diaboliques.

On dissimule nos corps, on baisse la vue,

On s’enterre toutes vives dans les rues.

 

Pour sortir, on enfile la robe noire ;

Sur les cheveux, on met le foulard.

Ombres de ce pays de trépassés,

On ne regarde pas le passant passer.

Ils peuvent tout nous prendre,

Ils peuvent nous mettre à terre,

Ils peuvent nous pendre,

Ils peuvent nous faire taire.

Ils ne peuvent pas capturer nos idées,

Ils ne peuvent pas éteindre la pensée,

Solitaire au cœur de la foule,

Sous les cheveux, elle coule, coule, coule.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                   

LA ZINOVIE


 

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Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ; Épisode 38 : Les Puces ; Épisode 39 : L’Ordinaire de la Guerre ; Épisode 40 : La Ville violée ; Épisode 41 : La Vie paysanne ; Épisode 42 : La Charrette ; Épisode 43 : Le Pantalon ; Épisode 44 : La Secrète et la Poésie ; Épisode 45 : L’Édification de l’Utopie ; Épisode 46 : L’Ambition cosmologique ; Épisode 47 : Le Manuscrit ; Épisode 48 : Le Baiser de Paix ; Épisode 49 : Guerre et Paix ; Épisode 50 : La Queue ; Épisode 51 : Les Nullités ; Épisode 52 : La Valse des Pronoms ; Épisode 53 : La Philosophie spéciale ; Épisode 54 : Le Pays du Bonheur ; Épisode 55 : Les Pigeons ; Épisode 56 : Les Temps dépassés ; Épisode 57 : La Faute à la Contingence ; Épisode 58 : Guerre et Sexe ; Épisode 59 : Une Rencontre en Zinovie ; Épisode 60 : La Grande Zinovie ; Épisode 61 : La Convocation ; Épisode 62 : Tatiana ; Épisode 63 : L’Immolation ; Épisode 64 : Que faire ? ; Épisode 65 : Ni chaud, ni froid ; Épisode 66 : Le Congé éternel ; Épisode 67 : À perdre la Raison ; Épisode 68 : Les Sauveurs de l’Humanité ; Épisode 69 : L’Eau qui dort ; Épisode 70 : Le Régime en Place ; Épisode 71 : Un Conflit avec l’Étranger ; Épisode 72 : Petit Manuel de Survie ; Épisode 73 : La Banalité ; Épisode 74 : La Ligne de Conduite ; Épisode 75 : Les Femmes de Zinovie ; Épisode 76 : La Légende ; Épisode 77 : Le Devoir sacré ; Épisode 78 : Les nouveaux Soldats ; Épisode 79 : Bruit de Fond ; Épisode 80 : Une résistible Ascension ; Épisode 81 : La Zone interdite ; Épisode 82 : Les Pommes ; Épisode 83 : La Normalité ; Épisode 84 : L’Autorisation ; Épisode 85 : L’Exclusion ; Épisode 86 : Quelle Affaire ? ; Épisode 87 : Le Vase vide ; Épisode 88 : Introspection ; Épisode 89 : Le Pays gris ; Épisode 90 : Tout un Style ; Épisode 91 : L’État unique ; Épisode 92 : Le Veilleur de Nuit ; Épisode 93 : Le Questionnaire ; Épisode 94 : Le Roi des Rats ; Épisode 95 : Si tu veux la Paix ; Épisode 96 : Les Vieilles et la Guerre ; Épisode 97 : L’Étoile filante ; Épisode 98 : La Guerre nécessaire ; Épisode 99 : Les Méditations ; Épisode 100 : La Guerre des Boutons ; Épisode 101 : Hurler avec les Loups ; Épisode 102 : Les Cantines éternelles ; Épisode 103 : L’Homme debout ; Épisode 104 : Les Nouveaux Cerisiers ; Épisode 105 : La Logique du Soldat Mort ; Épisode 106 : Les Fuites ; Épisode 107 : Les Ratures ; Épisode 108 : Les Lombrics philosophiques ; Épisode 109 : Les Réservistes ; Épisode 110 : La Logique de la Paix ; Épisode 111 : Le Citoyen et le Régime ; Épisode 112 : Les Ennemis extérieurs ; Épisode 113 : L’Oiseau de Feu ; Épisode 114 : Le Rêve du Guide ; Épisode 115 : Le Bourbier atomique ; Épisode 116 : L’Exilé ; Épisode 117 : La Journée ordinaire ; Épisode 118 : Les Commandeurs ; Épisode 119 : Sainte et Martyre ; Épisode 120 : La Patrie en Danger ; Épisode 121 : Les Églantiers sauvages ; Épisode 122 : Le Temps restant ; Épisode 123 : L’Invincible Armée ; Épisode 124 : L’Explorateur ; Épisode 125 : La Mémoire ; Épisode 126 : Souvenirs du Vieux Temps ; Épisode 127 : La Pauvreté chaleureuse ; Épisode 128 : Du Village à la Ville ; Épisode 129 : À l’École de la Capitale ; Épisode 130 : Le meilleur Élève ; Épisode 131 : Le Rire doux ; Épisode 132 : Les belles Jambes ; Épisode 133 : La Guerre et la Paix ; Épisode 134 : Le Moyen Âge ; Épisode 135 : Roman ; Épisode 136 : L’Aventure guerrière ; Épisode 137 : L’Âme de la Guerre ; Épisode 138 : Les Illusions perdues ; Épisode 139 : Contes et Mécomptes ; 140. Les Apories ; 141. Les Bâtisseurs de l’Avenir radieux ; 142. Les Écrevisses ; 143. La Fin des Ascèses ; 144. En aparté ; 145. Le beau Voyage ; 146. La Marche de l’Histoire ; 147. Les Morts froids ; 148. L’Industrie de la Guerre ; 149. Les Fruits mûrissent ; 150. Les Faux Pas ; 151. Les Soldats ; 152. Les Mamelles de la Guerre ; 153. Le Trouvère ; 154. Les Pillards ; 155. La sainte Reddition ; 156. Amiral, on coule ; 157. L’Art naïf ; 158. Les Filles de là-bas ; 159. Les Oies cendrées

                                           

LES CHARS ET LES NAVIRES   Leonid Petrovich Baikov – 1971

LES CHARS ET LES NAVIRES Leonid Petrovich Baikov – 1971

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Published by Marco Valdo M.I.

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