Vois donc, Lucien l’âne mon ami, il y a soixante ans, Giorgio Gaber interprétait cette (sienne) chanson à la gloire d’un martyr inconnu de la civilisation.
Un martyr de la civilisation, demande Lucien l’âne, et un martyr inconnu, j’aimerais bien savoir de qui il s’agit ?
Oh, répond Marco Valdo M.I., de qui il s’agit, on ne le saura jamais, disons un célèbre inconnu, car comme le soldat du même nom, qui, à Paris, gît sous la flamme au cœur d’un giratoire, c’est une icône. À ce titre, il incarne dans son incorporéité une légende de la cité. Ce martyr, c’est le piéton inconnu qui est l’incarnation de tous les piétons en proie aux excès du trafic des engins de toutes sortes.
Ah, dit Lucien l’âne, c’est un piéton, en ville, le pauvre homme. Même les trottoirs sont parcourus de véhicules automoteurs. Et que va-t-il lui arriver ?
De ça, Lucien l’âne, je n’en dirai rien ; la chanson raconte cette fable très bien. Car, c’est une fable qu’aurait écrite un La Fontaine contemporain un beau soir doux d’août et sans entrer dans des considérations écologiques encore toujours à la mode, j’en resterai là. Sauf à souligner l’aspect moral du propos de Gaber qui dénonce, à juste titre, le manque de savoir-vivre endémique, la goujaterie systématique et l’embolie catastrophique de notre mode de vie.
Et, dit Lucien l’âne, c’était il y a plus d’un demi-siècle. Enfin, il faut bien dire que la Rome antique se plaignait déjà de la congestion de ses rues et au XVIIᵉ siècle, Nicolas Boileau se lamentait des embarras de Paris. Bref, la chose n’est pas nouvelle, même s’il me tarde de voir la façon dont Gaber tourne son affaire. Et puis, tissons le linceul de ce vieux monde encombré, embouteillé, engorgé, congestionné, serré, paralysé et cacochyme.
Chanson française —La Guerre des Boutons— Marco Valdo M.I. — 2023
LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.
C’est curieux, Lucien l’âne mon ami, comme parfois, on arrive au titre d’une chanson. C’est évidemment, car c’est le cas pour celle-ci — La Guerre des Boutons — que je t’en parle. Bien sûr, ce titre lui-même est déjà un peu étrange, mais il correspond à un argument traité par la chanson, même si on ne le trouve qu’à la fin, il est essentiel :
« Avant en Zinovie, on avait des lance-pierres ;
Puis, des arcs, des fusils, des canons.
À présent, on va faire la guerre,
Faire la guerre des boutons. »
De fait, dit Lucien l’âne, de nos jours, le monde à tendance à se couvrir de boutons, ce qui est un effet du progrès ; on commande presque tout en poussant sur un bouton.
Pour en revenir à mon propos, reprend Marco Valdo M.I., au début, la chanson devait s’intituler « Le pire Ennemi ». C’était certainement un bon titre, qui trouvait son argument au début du texte :
« En Zinovie, le pire ennemi du Guide
C’est son propre peuple. »
Mais la Guerre des boutons ouvrait des perspectives multiples en raison de sa polysémie. Suis mon explication. En premier, il a le sens déjà évoqué de « bouton de commande » ; ensuite, il y a l’idée des boutons que fait venir une maladie, une infection, un virus ; enfin, il y a que je me suis souvenu du roman de Louis Pergaud : « La Guerre des Boutons » ; un roman un peu ancien — il date de 1911 — mais toujours follement amusant et très riche de sens.
Voilà qui est dit, observe Lucien l’âne, mais encore ?
Mais encore ?, reprend Marco Valdo M.I., je résume :
— Strophe 1 : Elle examine le rapport du Guide au peuple et les moyens de « réguler » cette relation. Le Guide se rappelle les méthodes d’un ancien Guide.
— Strophe 2 : Elle fait état d’une catastrophe dans une usine et des mesures prises pour circonscrire l’« incident ».
— Strophe 3 : Face à l’inquiétude générale, amplifiée par le caractère « nucléaire » de l’incident, le Guide tente un discours rassurant qui ne fait qu’accroître la tension.
— Strophe 4 : C’est la strophe où apparaît la Guerre des Boutons ; une guerre qui — une fois de plus — sera la dernière, mais la voix anonyme (peut-être celle du veilleur de nuit), sceptique quant aux intentions du Guide et fondamentalement pacifique, pose la question de la résistance :
« Et si on refuse, qu’est-ce qu’il se passera ? »
Halte, s’exclame Lucien l’âne, car je vois que tu est prêt à nous faire d’autres développements et même, à gloser sur la glose. Il est vrai que ces chansons s’y prêtent et qu’il y a toujours quelque chose à en dire, mais il nous faut finir ici et reprendre notre tâche. Alors, tissons le linceul de ce vieux monde infernal, terrorisé, boutonneux et cacochyme.
Non seulement, dit Lucien l’âne, il faut prendre la liberté de rire de tout, de rien, car c’est une vraie liberté que de rire ; mais aussi, le rire est la liberté, d’autant plu si vous riez du rire de la liberté. Sans aucun préjugé, le rire a les dents blanches et de nuit, il phosphore ; et puis, le rire des têtes morts que chantait Léo Ferré dans une de ses chansons infernales : « Thank you, Satan ! ». Il est vrai que le rire et la liberté ont toujours eu une réputation satanique.
À ce propos, du rire, je veux dire, dit Marco Valdo M.I., il y a d’autres chansons qui s’en revendiquent ou qui y invitent. Celle d’Henri Tachan : « Rire » et celle de Pierre Dac et Francis Blanche, un fameux duo de rigolos, qui avaient pris « Le Parti d’en rire ».
Sans doute est-ce ta discrétion qui t’empêches de t’autociter, Marco Valdo M.I. mon ami. Alors, je vais le faire pour toi et signaler cette chanson où tu disais déjà :
« On peut rire de tout ;
Le rire rend heureux.
On doit rire de tout :
Ne pas rire, c’est mourir un peu. »
Elle s’intitulait « Le Rire de Charlie ». On n’en dira pas plus et tissons le linceul de ce vieux monde tristounet, mélancolique, raseur, brutal et cacochyme.
Chanson française —Hurler avec les Loups — Marco Valdo M.I. — 2023
101. HURLER AVEC LES LOUPS — 101. Hurler avec les Loups
Sur Blogger - 7 février 2023
LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.
Je pense bien, Lucien l’âne mon ami, que tu n’as pas dans ta caboche d’âne l’idée saugrenue que cette chanson « Hurler avec les Loups » va raconter l’histoire d’un monsieur allant tout nu les nuits de pleine lune dans une clairière au fond d’une forêt pour, à quatre pattes en levant la tête vers l’astre glacé se mettre à hurler avec des loups de passage en une sorte de sabbat épique.
Certes pas, répond Lucien l’âne, mais je me demande par contre de quoi il s’agit vraiment. Disons que je connais l’expression usuelle que je soupçonne venir de loin, d’un lointain passé où les loups étaient encore en balade dans les bois de nos contrées, et que j’en sais le sens. Hurler avec les loups veut dire se joindre à un groupe, une bande, un parti… qui s’en prend agressivement à une personne ou un groupe moins nombreux et a priori plus faible.
C’est bien ça, reprend Marco Valdo M.I. et comme le suggère (ironie !) George Orwell « Il faut toujours hurler avec les loups… C’est la seule manière d’être en sécurité. ». C’est plus sûr et on le comprend mieux encore si on relie cette réflexion au fait attesté par la sagesse populaire qui dit que les loups ne se mangent pas entre eux.
Oui, répond Lucien l’âne, mais ils essayaient de manger les ânes et mal leur en prenait d’ailleurs : les morsures les déchiraient et les coups de sabots et les ruades leur fracassaient les mâchoires. Les ânes sont des êtres pacifiques ; ils fuiraient bien, mais les loups les poursuivent. Alors, les doux équidés contraints à se défendre avec vigueur n’hésitent pas à user de violence. Mais je suppose que la chanson dit d’autres choses…
En effet, Lucien l’âne mon ami, il y a une voix assez philosophique qui s’efforce de faire saisir ce qu’est la vie en Zinovie, vue par le Zinovien de base. Comment est-elle ? C’est la première strophe. Ensuite, on trouve un discours shakespearien, une paraphrase d’Hamlet disant : « Être, ou ne pas être, c’est la question… Mourir, dormir ; dormir : par chance rêver ; oui, tel est le remède. », mais différente dans sa réponse ainsi :
« La question vivre ou ne vivre pas
S’impose à chaque moi.
Question de mort ou de vie :
Comment vivre sa vie en Zinovie ?
…
À ces infernaux combats,
Moi, je ne veux pas être mêlé.
Aussi vrai que la Terre est ronde,
Mon moi à moi, je veux le garder
Tant que je suis au monde. »
Et pour la dernière strophe, on retrouve les loups et la façon de les affronter quand on est un citoyen zinovien.
Maintenant, dit Lucien l’âne, il nous faut conclure. Alors, tissons le linceul de ce vieux monde tracassant, vide, triste, moche et cacochyme.
Chanson française — Les Hybrides de la Foi — Marco Valdo M.I. — 2023
LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.
Épisode 172
FEMME HOMME IRAN
Mural - Téhéran
Dialogue Maïeutique
Lucien l’âne mon ami, on en viendra à ce curieux titre un peu plus tard, car la canzone commence par une intervention de la Grand-Mère laquelle, à son ordinaire, relaie les propos des filles d’Iran qui, cette fois, font état du destin et du quotidien des hommes de leur entourage. Ces filles entendent montrer que si les filles de Perse subissent de plein fouet les brutalités grossières du régime, ce dernier n’épargne pas leur contemporains masculins.
« Les filles de Perse parlent du destin
Et du quotidien de leurs hommes
Surveillés de près comme elles... »
Excellente idée qu’elles ont eue, Marco Valdo M.I. mon ami, de mettre en avant le destin fait aux hommes dans ce monde théocratique et totalitaire, où l’impératif religieux écrase la vie humaine et la réduit à un long exercice de culte. Et même si le fondement de la dictature religieuse repose en premier lieu sur l’humiliation des filles et des femmes, ramenées à la posture d’animaux domestiques, ces filles d’Iran démontent ainsi le système où les femmes sont données en esclaves à des hommes eux-mêmes soumis aux exigences des barbus enturbannés, comme les dénomme la canzone.
Et maintenant, dit Marco Valdo M.I., j’en viens aux « hybrides de la foi et de la révolution » :
« ces barbus jamais rassasiés,
Ces fanatiques de la mort publique,
Ces nervis d’une république sadique.
Ces hybrides de la foi et de la révolution
Appliquent la violence etles exécutions. »
Ce sont les composants (au sens chimique) essentiels de cette république sadique, comme les décrivent avec netteté ci-dessus les filles de Perse. Ce qui est important aussi à remarquer, c’est ce qu’elles disent du « peuple » et de sa complicité avec le pouvoir et ses agents.
« Et le peuple avide de derniers supplices
Chaque jour est le complice
De ces assassins enturbannés... »
Oui, dit Lucien l’âne, c’est malheureux, mais il me faut confirmer cette ignominie populaire, car je l’ai constatée dans tous les régimes totalitaires. Les peuples fonctionnent en tant que masse, agissent en meute et hurlent avec les loups, participent volontiers aux curées. C’est d’ailleurs sur ce comportement collectif d’approbation, de soumission et de soutien inconditionnel que s’appuient tous les dictateurs, le tout baignant dans une sauce théologique ou idéologique, ce qui est finalement la même chose.
En effet, dit Marco Valdo M.I., et n’échappent à cette torpeur hypnotique que de rares individus qui s’efforcent de réveiller chez leurs contemporains le sens moral et le réflexe de dignité en démontrant les exactions et les escroqueries des gens du pouvoir. C’est ce que fait le trouvère :
« Sans pouvoir, sans protection,
Voué à l’obscurité, à la dérision,
Je suis à présent le trouvère.
Pas tout à fait inutile,
Je diffuse aux coins de la ville
Mes conceptions libertaires. »
Arrêtons là, dit Lucien l’âne, on n’est pas censé être des plus exhaustifs ; tout ce qui importe est de commenter un peu la chanson. Sinon, on n’en finirait pas d’aller de digressions en digressions. C’est le rôle de la pensée vagabonde, errante et de la rumination secrète de qui a écouté ou lu la chanson de réfléchir. Quant à nous, tissons à présent le linceul de ce vieux monde total, totalisant, totalitaire, brutal, idiot, sadique etcacochyme.
Heureusement !
Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane
Grand-Mère dit : Ce matin,
Les filles de Perse parlent du destin
Et du quotidien de leurs hommes
Surveillés de près comme
Elles et contraints à s’incliner,
À se plier aux rites d’autrefois,
À subir les méfaits de la foi,
À se mouvoir, à se traîner
Sans jamais laisser deviner
Leur hostilité aux gardiens de la loi.
Comme les filles, ils sont arrêtés,
Emprisonnés, torturés, éliminés.
Et le peuple avide de derniers supplices
Chaque jour est le complice
De ces assassins enturbannés,
De ces barbus jamais rassasiés,
De ces fanatiques de la mort publique,
De ces nervis d’une république sadique.
Ces hybrides de la foi et de la révolution
Appliquent la violence et les exécutions.
Les jeunes hommes de là-bas,
Eux qu’aimaient les filles,
N’en reviendront pas
De cet absurde jeu de quilles.
Nous aussi, on est réduit à ça
Et ça ne s’arrange pas,
Dit le soldat. Avec la guerre,
On peut tout juste se taire.
Trouvère, écrivain sans écriture,
Littérateur littéraire sans littérature,
À des auditeurs évanescents,
À quelques rares passants,
À un méli-mélo d’inconnus,
À des oreilles trop bien tendues,
Je conte ici, là, au coin des rues,
Par bribes, mes épisodes décousus.
J’aimais et je savais travailler,
J’aime toujours philosopher.
J’ai pratiqué la logique,
J’ai réfléchi en scientifique,
De mon métier, ils m’ont chassé.
Le temps des découvertes est passé,
Sans pouvoir, sans protection,
Voué à l’obscurité, à la dérision,
Je suis à présent le trouvère.
Pas tout à fait inutile,
Je diffuse aux coins de la ville
Mes conceptions libertaires.
LA ZINOVIE
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est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.
Épisode 171
LA FILLE
Vladimir Aleksandrovich Serov- 1958
Dialogue Maïeutique
Le trouvère, Lucien l’âne mon ami, a fait une chanson. Sans doute en avait-il fait beaucoup avant, mais pour celle-ci, il a volontairement ouvert une parenthèse – autrement dit, une insertion d’un développement complémentaire du récit du voyage en Zinovie. Pour ça, il s’en est allé chercher une chanson de Tonton Georges et en a fait une parodie. Revoici donc la parodie qui revient dans nos vies. Parodie, je le rappelle, est au sens premier, celui qu’il faut entendre ici, un couplet, une strophe – par extension, une chanson, un texte – fait , refait, développé, composé sur un air connu – et par extension encore, sur un texte, un discours, un discours, une épopée, une légende, une saga, un récit connu.
Je savais bien tout ça avant que tu le dises, répond Lucien l’âne, d’autant qu’on en a déjà rencontré souvent dans les Chansons contre la Guerre et que c’est même une tradition, un usage très ancien. C’est comme ça qu’on faisait dans le temps. On prenait une chanson, une musique, un air connu et on mettait un nouveau texte dessus ; et vogue la galère. J’en tiens pour mémoire L’Internationale faite sur l’air de La Marseillaise avant de recevoir sa propre musique, mais ça se faisait bien avant ; je me souviens de parodies dans la Grèce antique et même, aux temps des pharaons du côté de Memphis ou de Thèbes. Et puis, Riccardo Venturi, toi-même et d’autres avez commis un certain nombre de parodies, lesquelles sont en somme également des exercices de style et en ce qui te concerne renvoient à l’évidence à Queneau. En fait, le style, le genre ( Pop, rock, etc) est tout simplement une multiplication de la parodie. Un premier, un inventeur a fait ça, et tous les autres ont fait comme « ça » ; c’est quasiment darwinien, c’est le mécanisme de l’évolution. Et puis, ainsi, on pourrait même imaginer en Zinovie à l’intention du Guide une parodie de la chanson de Brassens intitulée « Le Fossoyeur ». En ne changeant qu’un seul mot, elle commencerait ainsi :
« Dieu sait que je n’ai pas le fond méchant,
Je ne souhaite jamais la mort des gens,
Mais si l’on ne mourait plus,
Je crèverais de faim sur mon talus,
Je suis un pauvre dictateur. »
Holà, Lucien l’âne mon ami, tu me donnes une de ces suggestions… Je te remercie beaucoup d’autant qu’il y a pas mal de Guides qui pourraient profiter de la leçon. Mais la canzone d’aujourd’hui, si elle est est de la même veine et emprunte au même auteur se réfère à une autre chanson de Georges Brassens, à savoir L’Orage, qu’elle parodie consciencieusement.
Eh bien, alors ?, demande Lucien l’âne.
Voilà, l’autre jour, Lucien l’âne mon ami, en écrivant La Régurgitation, j’avais indiqué que la dernière strophe était en grande partie une parodie de la première strophe de L’Orage de Brassens. C’est de cette première mouture que je suis parti pour faire cette parodie entière-ci. Sur le fond, elle peut se résumer ainsi : « Faites la paix, pas la guerre ».
Ho ho, dit Lucien l’âne, ça me semble de toute actualité. Cependant, tout le monde ou presque n’a plus que ça à la bouche ces jours-ci, mais c’est une sentence pour l’éternité – du moins tant qu’il y aura des hommes et des femmes. C’est ce que je retire de mon expérience millénaire. Je me souviens qu’il y a trois mille ans, c’était au temps d’Akhenaton ou de Ramsès, on faisait déjà le siège de Gaza et déjà, les habitants mourraient de soif et de faim. C’est une très vieille histoire et c’est dire si la question risque d’être longue encore à régler.
En effet, dit Marco Valdo M.I., depuis il y a eu les croisades et mille massacres religieux et du côté d’ailleurs, du côté où le soldat de la Zinovie dans la grande plaine à la terre noire est envoyé jouer les kamikazes, les massacres continuent depuis presque deux ans maintenant. Et que s’il faut entendre ce que dit la Grand-Mère du côté de la Perse, c’est principalement aux filles qu’ils s’en prennent ces déments. À ce sujet, tu as parfaitement raison en parodiant Molière : « La peste soit des religions et des religieux ». Cela dit, j’insère ici le texte complet de la chanson de Tonton Georges pour que tu puisses voir la différence entre l’original et la parodie.
Le beau temps me dégoûte et me fait grincer les dents,
Le bel azur me met en rage,
Car le plus grand amour qui me fut donné sur terre
Je le dois au mauvais temps, je le dois à Jupiter,
Il me tomba d’un ciel d’orage.
Par un soir de novembre, à cheval sur les toits,
Un vrai tonnerre de Brest, avec des cris de putois,
Allumait ses feux d’artifice.
Bondissant de sa couche en costume de nuit,
Ma voisine affolée vint cogner à mon huis
En réclamant mes bons offices.
« Je suis seule et j’ai peur, ouvrez-moi, par pitié,
Mon époux vient de partir faire son dur métier,
Pauvre malheureux mercenaire,
Contraint de coucher dehors quand il fait mauvais temps,
Pour la bonne raison qu’il est représentant
D’une maison de paratonnerres. »
En bénissant le nom de Benjamin Franklin,
Je l’ai mise en lieu sûr entre mes bras câlins,
Et puis l’amour a fait le reste !
Toi qui sèmes des paratonnerre’ à foison,
Que n’en as-tu planté sur ta propre maison ?
Erreur on ne peut plus funeste…
Quand Jupiter alla se faire entendre ailleurs,
La belle, ayant enfin conjuré sa frayeur
Et recouvré tout son courage,
Rentra dans ses foyers faire sécher son mari
En me donnant rendez-vous les jours d’intempérie,
Rendez-vous au prochain orage.
À partir de ce jour je n’ai plus baissé les yeux,
J’ai consacré mon temps à contempler les cieux,
À regarder passer les nues,
À guetter les stratus, à lorgner les nimbus,
À faire les yeux doux au moindre cumulus,
Mais elle n’est pas revenue.
Son bonhomme de mari avait tant fait d’affaires,
Tant vendu ce soir-là de petits bouts de fer,
Qu’il était devenu millionnaire
Et l’avait emmenée vers les cieux toujours bleus,
Des pays imbécile où jamais il ne pleut,
Où l’on ne sait rien du tonnerre.
Dieu fasse que ma complainte aille, tambour battant,
Lui parler de la pluie, lui parler du gros temps
Auxquels on a tenu tête ensemble,
Lui conter qu’un certain coup de foudre assassin
Dans le mille de mon cœur a laissé le dessin
D’une petite fleur qui lui ressemble… »
Si on arrêtait ici, dit Lucien l’âne, je pense qu’on a assez introduit cette chanson du trouvère. Maintenant, tissons le linceul de ce vieux monde pernicieux, périlleux, parodieux, parodique, parodiaque, parodial, parodif, partial, parturient etcacochyme.
Heureusement !
Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane
Parlez-moi de la paix et non pas des combats,
Les combats me dégoûtent et me trouent l’estomac,
L’odeur des bombes me met en rage,
Car le plus grand bonheur ici sur cette Terre,
On le doit à la paix et jamais à la guerre.
Je n’ai jamais aimé les carnages.
Par un soir de printemps, là-bas au-dessus des toits,
Un déluge de flammes, hors du ciel, éclata,
Alluma les feux d’artifice.
Sursautant dans sa couche au milieu de la nuit,
Le pays tout entier cria à l’ennemi :
« Le ventre de la mort vous compisse ! »
On est seul, on a peur, tout se met à trembler ;
On appelle au secours, le monde va s’écrouler.
C’est encore pire que le tonnerre.
Un chambard plus méchant que le plus mauvais temps
Assourdit et déchire les tympans,
On dirait un vieil ours en colère.
En maudissant le nom des cinglés assassins,
On rêva de lieux sûrs sous nos traversins
Et le destin fasse le reste !
Vous qui lancez des bombes et brisez les maisons,
Déversez donc chez vous votre propre poison,
Gardez pour vous votre peste !
Quand la guerre ira se faire entendre ailleurs,
La vie ayant enfin surmonté ses douleurs
Et redessiné tout son visage,
Revenue dans ses foyers faire sécher son pays,
Laissera derrière elle toutes ces intempéries
Et refera son paysage.
À partir de ce jour, tout ira beaucoup mieux,
On consacrera son temps à rebâtir nos lieux,
À remettre sur pieds nos maisons,
À refaire nos écoles, à resemer nos champs
À chanter en chœur le plus beau de nos chants
Et colorer nos beaux horizons.
L’ennemi hagard, égaré dans son enfer,
À court de conscrits et de bouts de fer,
Rentrera penaud en ses terres.
Il s’ira réfugier dans les pays lointains
Dans les espaces vides de ses confins
Où il entretient la misère.
Et notre complainte aille tambour battant,
Dire au monde notre paix, lui parler de la guerre
À laquelle on a tenu tête ensemble,
Conter comme les foudres de l’assassin
Au cœur de la mémoire, vont laisser le dessin
D’une sainte horreur qui lui ressemble.
LA ZINOVIE
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Chanson française — La Régurgitation — Marco Valdo M.I. — 2023
LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.
Épisode 170
FUIR L'ORAGE
Charles Cottet - 1904
Dialogue Maïeutique
Parfois, Lucien l’âne mon ami, il est difficile de voir et de comprendre en quoi une chanson est une chanson contre la guerre. Par exemple, les chansons patriotiques ou celles qui magnifient la résistance à un envahisseur. En fait, on pourrait résumer la position de ces dernières au slogan paradoxal de « Guerre à la guerre ! ».
Crier « Guerre à la guerre ! » est en effet paradoxal, dit Lucien l’âne. C’est une question délicate, un sujet périlleux comme celui de la « guerre juste ».
Pas vraiment, dit Marco Valdo M.I., car il faut d’abord délimiter l’espace, le type, le genre et pourquoi pas, le but – ouvertement avoué ou dissimulé par des euphémismes d’État – de la guerre dont on parle.
Qu’est-ce que c’est qu’un euphémisme d’État, demande Lucien l’âne.
Eh bien, rien ne vaut un exemple, dit Marco Valdo M.I. ; donc, par exemple, un pays envahit le pays voisin – c’est bien une guerre, mais il appelle cette guerre une « opération militaire spéciale » ou une action de police intérieure. C’est ça un euphémisme d’État.
En somme, dit Lucien l’âne, c’est un mensonge pur et dur, c’est une escroquerie.
En effet, dit Marco Valdo M.I., c’est une manière de margoulin. Donc, ici, pour les chansons contre la guerre, dans le slogan de « Guerre à la guerre », le sens de la guerre est clair, il s’agit de la guerre brutale et militaire. Elle se veut destructrice, assassine et conquérante. Dans ce cas, on sait de quoi il est question. La guerre est une déstabilisation d’une situation de vie plus ou moins équilibrée : des gens vivent tranquillement entre eux et avec leurs voisins et soudain, il y a rupture de ce pacifique consensus. Évidemment, une rupture unilatérale et armée d’un certain état de paix couvert par un certain accord. La ruine de la paix, de la paix commune, c’est là que commence la guerre
Et Dieu dans tout ça ?, demande Lucien l’âne.
Oh, dit Marco Valdo M.I ;, la plupart du temps, c’est un facteur aggravant, c’est un vrai boulet. C’est le prétexte et le dopant de la guerre. Certes, on invoque la paix en son nom, mais il convoque la guerre, il la promeut, il la sanctifie. Il renforce les élans d’agressivité. On a vu ça tout au travers de l’histoire.
C’est exact, dit Lucien l’âne, j’en ai souvent été le témoin et mes oreilles, qui sont longues, en vibrent encore.
Mais, reprend Marco Valdo M.I., pour en revenir à la canzone, c’est le soldat qui en chante le plus nettement. Il le fait d’une façon qui rappelle certaine chanson de Brassens, opportunément intitulée L’orage.
« Parlez-moi de la paix et non pas du combat,
Le combat me dégoûte, me retourne l’estomac,
L’horreur des bombes me met en rage,
Car le plus grand bonheur ici sur la Terre,
On le doit à la paix et jamais à la guerre.
Je n’ai jamais aimé l’orage. »
C’est normal que le soldat en parle, dit Lucien l’âne. C’est son quotidien de ces temps-ci. Et pour le reste ?
En premier, répond Marco Valdo M.I., la Grand-Mère relaie les propos de son amie qui détaille (un peu) la situation « là-bas », c’est-à-dire en Perse où l’oppression qui pèse sur les gens commence par la rigoureuse séparation, qui rappelle quasiment l’apartheid ou la discrimination raciale, qui est impose entre les hommes et les femmes.
« Le Guide bâtit le monde du désespoir :
Les hommes d’un côté, les femmes de l’autre ;
Les hommes en blanc, les femmes en noir. »
Toujours, dit Lucien l’âne, ce « diviser pour régner ». C’est un principe de terreur.
Tu ne penses pas si bien dire, Lucien l’âne mon ami, quand tu évoques la terreur. Voici ce dit l’amie de Grand-Mère :
« Là-bas, le Guide ordonne l’exécution publique
Des éléments opposés à sa République.
Là-bas, on liquide par milliers ces gens ;
On se débarrasse des mécréants. »
Ensuite, c’est le trouvère qui parle du fonctionnement de l’oppression en Zinovie, de comment on asservit – sans le dire ouvertement, par une ruse perverse – toute une population.
« Ces citoyens sont forcés à l’avilissement,
Complices des crimes et des reniements,
Spectateurs des procès et des condamnations
Que le pouvoir diffuse à la télévision.
La conscience, noyée par cette régurgitation,
Sombre dans le vide, poussée à la soumission. »
Puis, il montre la voie pour en sortir :
« Le seul moyen d’échapper à cette pourriture
Est de soigner la langue de la cité,
Et de préserver chacun sa personnalité,
Cette irréductible individualité
Qui fait croître en nous l’humanité. »
Par chance, dit Lucien l’âne, il y a toujours cette « irréductible individualité », sans quoi on n’aurait plus que des peuples-troupeaux. Dès lors, tissons le linceul de ce vieux monde caduque, cabot, cabotin, cabossé, chaotique, carnassier et cacochyme.
Heureusement !
Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane
Là-bas, dit mon amie, dit la Grand-Mère,
Le Guide bâtit le monde du désespoir :
Les hommes d’un côté, les femmes de l’autre ;
Les hommes en blanc, les femmes en noir.
L’homme enfermé dans la famille,
Hormis sa mère, ses sœurs, ses filles,
Ne peut toucher les mains d’une femme,
Encore moins l’embrasser sans psychodrame.
Là-bas, le Guide ordonne l’exécution publique
Des éléments opposés à sa République.
Là-bas, on liquide par milliers ces gens ;
On se débarrasse des mécréants.
Voyez-vous, la population de Zinovie
Se départage en deux catégories :
Les hommes du Guide, les geôliers
Entièrement dévoués au Président.
Les gens du commun, les prisonniers
Anesthésiés, hypnotisés par les écrans.
Ces citoyens sont forcés à l’avilissement,
Complices des crimes et des reniements,
Spectateurs des procès et des condamnations
Que le pouvoir diffuse à la télévision.
La conscience, noyée par cette régurgitation,
Sombre dans le vide, poussée à la soumission.
Alors, dit le trouvère, les affidés
Pour faire de chacun un des leurs
Pénètrent les espaces privés,
Formatent les cerveaux et les cœurs,
Imposent leurs gestes et leur manière,
Répandent les mots et les tournures
De leur langage vernaculaire.
Le seul moyen d’échapper à cette pourriture
Est de soigner la langue de la cité,
Et de préserver chacun sa personnalité,
Cette irréductible individualité
Qui fait croître en nous l’humanité.
Soudain, le soldat se lève et chante.
Ne croyez pas que la guerre m’enchante.
La mort rode là-bas ; là-bas, diffuse,
Comme les rats, la mort fuse et ruse.
Les gargouillements des combats
Remontent des senteurs d’abats.
Parlez-moi de la paix et non pas du combat,
Le combat me dégoûte, me retourne l’estomac,
L’horreur des bombes me met en rage,
Car le plus grand bonheur ici sur la Terre,
On le doit à la paix et jamais à la guerre.
Je n’ai jamais aimé l’orage.
LA ZINOVIE
Tous les épisodes précédents sont accessibles ici :
Chanson française — Les Chaussettes roses — Marco Valdo M.I. — 2023
LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.
Épisode 169
ÉMOIS
Mikhail Fyodorovich Nikonov – 1980
Dialogue Maïeutique
C’est à chaque fois, dit Lucien l’âne, une irrésistible tentation de t’interroger à propos du titre de la canzone. C’est évidemment encore le cas cette fois où « Les Chaussettes roses » forment un titre des plus énigmatiques pour une chanson contre la guerre, car le rose – surtout appliqué à des chaussettes – n’est pas une particularité de l’habillement et de la panoplie des militaires et des guerriers.
Ce n’est pas moi, Lucien l’âne mon ami, qui te contredirai sur ce point. Alors, pourquoi un tel titre ? Que viennent faire là ces chaussettes roses ? Un premier coup d’œil à la chanson n’éclaire pas trop. Il faut prendre le temps de lire et celui de réfléchir. D’abord, qui dit quoi ? Ce sont les voix des filles de Perse répercutées par la Grand-Mère ; elles disent :
« Nous sommes à vie des morts-vivants.
Que pensez-vous de nos chaussettes roses ?
Eh bien, dit Lucien l’âne, dans un monde, dans une société où les filles doivent se voiler la tête, dissimuler leur visage et se cacher le corps dans de longues, larges et informes robes, où les filles doivent s’annihiler en tant que telles, où la loi des mâles religieux les empêche d’être elles-mêmes, mettre des chaussettes roses est un acte de résistance, une marque d’insoumission, une affirmation de soi, une protestation colorée contre un destin d’indignité, une œillade à l’humanité.
Et le trouvère enchaîne, dit Marco Valdo M.I., dans une diatribe parallèle à l’encontre de tout univers totalitaire et il indique la manière de se comporter – semblable à celle que doivent adopter les filles de Perse – pour survivre dans un pareil capharnaüm de brimades. Il donne ainsi les raisons de son exclusion du monde zinovien et de sa volonté de n’y pas retourner et de poursuivre sa voie hors des grands chemins routiniers.
Et que dit le soldat, demande Lucien l’âne.
Oui, en effet, le soldat est à nouveau là, dit Marco Valdo M.I., et cette fois, il parle de la vie dans la tranchée :
« là-bas, sur place,
La guerre est d’un ennui mortel.
La tranchée n’a rien d’un hôtel,
Encore moins d’un palace.
C’est un trou au milieu de nulle part. »
Ce qu’il dit, Marco Valdo M.I. mon ami, me rappelle ce que disaient les poilus d’un autre temps, d’une autre guerre…
Oui, dit Marco Valdo M.I., j’en sais quelque chose, c’était la guerre de mes aïeux : un a passé la guerre dans une mine de sel en Silésie ; l’autre, dans les tranchées de l’Yser.
Halte-là, s’écrie Lucien l’âne , on ne va pas refaire La Guerre de 14-18. Tissons le linceul de ce vieux monde pieux, pervers, totalitaire et cacochyme.
Chanson française — L’Acide nostalgique — Marco Valdo M.I. — 2023
LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.
Épisode 168
LE GUIDE
Enrico Baj - 1972
Dialogue Maïeutique
Qu’est donc cet acide nostalgique ?, demande Lucien l’âne.
Eh bien, Lucien l’âne mon ami, tout d’abord, il faut prendre en compte le fait que c’est un acide. Un acide dans un sens général, commun, c’est-à-dire une substance qui détruit ou à tout le moins, réduit ce à quoi on l’applique. Ici, c’est un acide d’une gamme particulière, c’est un acide moral qui agit sur la pensée, la conscience, l’intelligence, la personnalité… On en connaît tout une série. Cette sorte d’acide peut être patriotique, nationalique, bellique, folklorique, cosmique, comique, humoristique et bien entendu, nostalgique.
Ce qui veut dire ?, demande Lucien l’âne.
Ce qui veut sire, répond Marco Valdo M.I., que la nostalgie (de la grandeur et de la puissance zinovienne d’antan) va détruire ou réduire la pensée, l&a conscience, l’intelligence, la personnalité… des gens de Zinovie. En gros, le Guide et sa propagande leur fait accroire à une Grande Histoire Patriotique, exceptionnelle, gigantesque, formidable, à un destin fantastique, universel, à une mission historique, à la nécessaire venue d’une Empire millénaire, une domination du monde qui durerait mille ans.
J’ai déjà entendu ça quelque part, dit Lucien l’âne.
Certes, dit Marco Valdo M.I., c’est un phénomène récurrent. Et donc, cela crée chez les gens de Zinovie, une dépression mentale profonde qui se mue en un sentiment terrible d’infériorité quand le rêve délirant se met en balance avec la réalité. C’est ce que le trouvère appelle la maladie historique. En clair, le gap est immense entre l’Histoire racontée et le réel. Il est aisé de comprendre que plus l’Histoire racontée est grandiose plus la réalité objective sera médiocre et choquante, plus le sentiment d’infériorité se développera. Plus ceux qui se laissent prendre aux sirènes du Guide et adhèrent à ses visions suivent ce chemin de la gloire, plus grande sera leur colère face à leur réalité médiocre et plus ils auront recours au mythe de leur grandeur pour compenser cet effondrement mental. C’est un système dynamique, une sorte de trou noir qui avale toute lucidité.
Cet autoillusionnisme est pervers et extrêmement dangereux, dit Lucien l’âne. En fait,, il égare, fait perdre les repères et rend fou. C’est le fondement du fanatisme.
C’est bien ça, dit Marco Valdo M.I., mais heureusement, tous les Zinoviens ne sont pas dupes. Ici, à la suite du trouvère, le soldat exprime nettement son désaccord avec ce genre de dérive patriotico-impériale.
Fort bien, dit Lucien l’âne. Mais que devient Grand-Mère ? Qu’en pense-t-elle ?
Rassure-toi, dit Marco Valdo M.I., Grand-Mère intervient dans le débat et elle aussi fait état de la guerre, la guerre comme processus infini.
Oui, dit Lucien l’âne, la guerre est sans doute une caractéristique de l’espèce humaine, tout comme son aptitude au génocide. Ce sont de vilains défauts.
Certes, dit Marco Valdo M.I., et pour en revenir à Grand-Mère, comme d’autres fois, elle fait passer le message à propos du destin effroyable des filles de Perse en butte à la loi inique : « le délirant règlement » qu’imposent les religieux.
Ah, dit Lucien l’âne, elle a raison Grand-Mère de ne pas lâcher le morceau, car la persécution des filles, dictée par les religieux – La peste soit des religions et des religieux - est à la base de tous les fanatismes viriloïdes. Suffit pour l’instant, tissons à présent le linceul de ce vieux monde viril, virileux, virilé, virilant, virilien, virilâtre, viriloïde, virilosé et cacochyme.
Heureusement !
Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane
Je cause, je cause, je cause,
C’est tout ce que je sais faire.
C’est la moindre des choses
Pour être trouvère.
Les gens de Zinovie pour la plupart
Sont drogués à l’Histoire.
Discours glorieux, slogans héroïques,
Ils souffrent de la maladie historique,
D’un ravageur sentiment d’infériorité,
De la nostalgie acide d’un passé
Grandiose, magnifique, inventé.
Leur Histoire est un produit frelaté.
Moi, dit le soldat, c’est comme ça.
La guerre, c’est pas mon affaire
Je déteste la guerre, je ne l’aime pas.
On m’a condamné à la faire.
Si je pouvais, je ne retournerais pas
La faire, cette putain de guerre.
Si le Guide compassé, ridicule,
Se pavanant comme à son ordinaire,
Vient ici, tempête et gesticule,
Nous, on l’attrape par le col
Et ni une, ni deux, on le bascule,
Tout Guide qu’il est, sur le sol.
La guerre, la guerre, la guerre,
Cent, mille fois recommencée !
Ces guerres, dit Grand-Mère,
Sont des absurdités légendaires.
Il y a là-bas une autre guerre,
Là-bas, la guerre est une destinée.
Depuis le temps des pharaons,
Ils ont la guerre à la maison
Tant leurs dieux sont méchants.
Et les vies des pauvres gens,
Les pauvres vies s’arrêtent là
Et nul n’y peut quoi que ce soit.
Les filles de Perse doivent être vierges,
Tel est le délirant règlement.
La milice arrête régulièrement
Et emmène les jeunes vierges
Subir des tests de virginité
Pour confirmer cette sotte pureté.
On les interroge, on les brutalise,
On les bat, on leur fait confesser
Des fautes pas commises.
Alors enfin, on les fait fouetter.
Les chanceuses fuient ce pays insensé,
Les autres sont contraintes de rester.
LA ZINOVIE
Tous les épisodes précédents sont accessibles ici :
Chanson française — Écoutez les Gars — Marco Valdo M.I. — 2023
LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.
Épisode 167
UN BEL ÉTÉ
Amir Nuriakhmetovich Mazitov – 1970 ca.
Dialogue Maïeutique
Écoutez les gars, commence Marco Valdo M.I., est une expression courante qui indique que celui qui réclament ainsi l’attention se trouve dans un groupe assez restreint où tout ce monde se trouve plus ou moins en pays de connaissance. C’est une manière de planter le décor. Ainsi, on sait que ce n’est ni un meeting, ni une assemblée, ni rien qui de près ou de loin aurait un caractère officiel ou d’une réunion organisée. C’est un monde informel, plus ou moins spontané, assez libre de ses discussions et bon enfant comme il en surgit au coin des rues. Bref, on discutaille et chacun peut y aller de son mot.
Ah, dit Lucien l’âne, je connais ça ; c’est assez convivial. On apprend bien des choses dans ces endroits-là. Voyons voir, dis-moi. Qui est là ? Qui dit quoi ?
Eh bien, répond Marco Valdo M.I., le premier à intervenir est le soldat qui raconte comment, contraint et forcé, le civil qu’il était s’est retrouvé avec un fusil à la main à contempler des essaims de mouches bourdonnant sur des cadavres. Écoute voir ça :
« Suivez-nous qu’ils ont dit.
Et prenez votre barda.
Deux jours après, j’avais un fusil.
Le lendemain, sus à l’ennemi.
Alors, j’ai vu les trous et les morts
Et les mouches sur les corps. »
Ce bruit bruissant des mouches, dit Lucien l’âne, je le connais, je l’ai entendu tellement souvent et je ne te dis pas l’odeur.
Ensuite, continue Marco Valdo M.I., après le soldat, c’est au tour du trouvère de lancer son « Écoutez les gars, les filles, les mères » pour dire sa misère d’ostracisé, l’abandon où le laissent ses anciens amis.
« Je vais, je viens, je vis banni,
Confiné, méprisé, ostracisé,
Évité par mes anciens amis. »
Il adresse alors au groupe, à la conscience du groupe, un message de combat un peu paradoxal où il propose d’encourager la folie impériale du Guide pour hâter sa fin.
« De notre souffle, à vous, à moi
Gonflons les voiles du Guide
Et poussons l’Empire dans le vide. »
Dans le fond, dit Lucien l’âne, ce n’est peut-être pas une mauvaise idée.
Et puis, reprend Marco Valdo M.I., c’est au tour de la Grand-Mère de réclamer : « Écoutez les gars... » et d’attirer malgré le brouhaha l’attention sur le chant des filles d’Iran.
« Les filles de Perse disent au vent
La nausée qui étouffe l’Iran. »
Moi, dit Lucien l’âne, ces filles-là me font penser aux sirènes légendaires.
Et tu ne te trompes pas, dit Marco Valdo M.I., car écoute ça comme elles chantent la chanson des lumières contre la terreur des ténèbres :
« Écoutez le chant de ces belles voix,
Le chant des belles filles, les voix
Des chœurs des filles de là-bas.
Certaines mortes déjà, sans corps,
Chantent sans voile, rêvent encore,
Étoiles par-dessus les frontières,
D’un nouveau siècle de lumières. »
Et nombre d’entre elles, parquées dans les prisons de la religieuse république y perdent les belles heures de leur vie sans y perdrele goût de la vie à recommencer.
« Au long des jours perdus.
On n’en finit pas de penser.
À ce qui aurait pu être,
À ce qui aurait pu naître
Et qui n’a pas été.
Et nos cœurs déchirés
Aspirent encore au bel été. »
Me voilà tout bouleversé par cette tendre complainte, dit Lucien l’âne. Que la peste soit des religions et des religieux ! Allons tissons le linceul de ce vieux monde pieux, pillard, pillé et cacochyme.
Heureusement !
Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane
Le soldat dit : Écoutez-moi les gars.
Ils m’ont cherché chez moi,
J’étais encore au lit,
Je rêvais d’un lointain pays,
Eh bien, j’ai été servi.
Je n’ai pas eu le choix,
Suivez-nous qu’ils ont dit
Et prenez votre barda.
Deux jours après, j’avais un fusil.
Le lendemain, sus à l’ennemi.
Alors, j’ai vu les trous et les morts
Et les mouches sur les corps.
Écoutez les gars, les filles, les mères,
Vous êtes le public de ma misère,
Dit le trouvère, mon exil est ici.
À vous, je conte ma vie et mes soucis.
Je vais, je viens, je vis banni,
Confiné, méprisé, ostracisé,
Évité par mes anciens amis.
Dans ce pays angoissé
Où l’air manque déjà,
De notre souffle, à vous, à moi
Gonflons les voiles du Guide
Et poussons l’Empire dans le vide.
Grand-Mère dit : Écoutez les gars,
Écoutez le chant de ces belles voix,
Le chant des belles filles, les voix
Des chœurs des filles de là-bas.
Certaines mortes déjà, sans corps,
Chantent sans voile, rêvent encore,
Étoiles par-dessus les frontières,
D’un nouveau siècle de lumières.
Punies d’être en vie,
Punies de vouloir la vie,
Les filles de Perse disent au vent
La nausée qui étouffe l’Iran.
Du fond du monde délirant
Des prisons de Téhéran,
Vivre, oh, seulement vivre,
Libres de lire nos livres.
On panse nos songes pendus,
Au long des jours perdus.
On n’en finit pas de penser.
À ce qui aurait pu être,
À ce qui aurait pu naître
Et qui n’a pas été.
Et nos cœurs déchirés
Aspirent encore au bel été.
LA ZINOVIE
Tous les épisodes précédents sont accessibles ici :