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1 novembre 2019 5 01 /11 /novembre /2019 20:51

 

 

 

La Porte

 

Chanson française – La Porte – Marco Valdo M.I. – 2019

 

ARLEQUIN AMOUREUX – 7 ter

 

Opéra-récit historique en multiples épisodes, tiré du roman de Jiří Šotola « Kuře na Rožni » publié en langue allemande, sous le titre « VAGANTEN, PUPPEN UND SOLDATEN » – Verlag C.J. Bucher, Lucerne-Frankfurt – en 1972 et particulièrement de l'édition française de « LES JAMBES C'EST FAIT POUR CAVALER », traduction de Marcel Aymonin, publiée chez Flammarion à Paris en 1979.

 

Dans les jardins du monastère de Litomysl

 

 

Dialogue Maïeutique

 

L’autre soir, on avait, Lucien l’âne mon ami, laissé notre Arlequin amoureux sur la scène du théâtre du Comte Wallenstein dans une position pour le moins scabreuse. Rappelle-toi que patatras, la statue du Commandeur était tombée de son socle et montrait au public ahuri son derrière, car, souviens-toi, Matthias à qui le Comte avait imposé ce rôle ingrat, s’était présenté aux gens et aux amis du Comte : de dos, à genoux et sans caleçon.

 

 

Évidemment que je m’en souviens, répond Lucien l’âne. On n’oublie pas une pareille scène, ni une chanson intitulée : « Une Statue ne porte pas de Caleçon ». J’en ris encore.

 

Toi, peut-être, répond Marco Valdo M.I., et peut-être même le public osa-t-il le faire après que la Comtesse Hohenfeld, d’ordinaire si rébarbative, ait laissé se déployer son hilarité éclatante. Certainement pas le Comte qui avait renvoyé Matthias sur le champ en lui concédant un viatique de huit piastres – une petite fortune pour notre vagabond. Luigi Sevastiano, maestro in teatro, alias pour l’intime Arlecchino, ainsi banni du château de Litomysl, se réfugie à la taverne où se retrouvent les soldats et les officiers de la garnison. Arlecchino prudent s’est installé à la table près de la porte.

 

À mon avis, dit Lucien l’âne, cette prudence de principe, ce principe de précaution appliquée est une seconde nature qu’il a dû acquérir au cours de ses années d’errance clandestine. Si je me souviens bien, il s’est écoulé au moins onze ans depuis sa première désertion.

 

En effet, dit Marco Valdo M.I., et bien lui en a pris, car dans la salle, un officier – présent à Marengo – reconnaît son visage et se dirige vers lui pour l’arrêter. Il ne reste à Arlequin (alias etc.) qu’à sortir sans tarder sous la pluie battante et à fuir dans la ville poursuivi par l’officier et quelques soldats. Cette chasse mène notre déserteur devant la porte du monastère des frères piaristes, où il est bien connu et apprécié du Père Prosper, avec lequel il travaillait au théâtre, qui l’accueille et l’abrite sans poser de question.

 

Ouf, dit Lucien l’âne, il a eu chaud sous la pluie glaciale, mais tout est bien qui finit bien – au moins pour ce soir-là. Je suis bien content pour le maestro Luigi Matthias Pollo Arlecchino Sevastiano. Maintenant, tissons le linceul de ce vieux monde persécuteur, vindicatif, dangereux et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

À la taverne, les soldats entrent et sortent ;

Matthias songe près de la porte :

Je ne suis pas fait pour l’armée,

Je n’aime ni le fusil, ni l’épée.

 

Oh, Pollo, c’est toi, tout trempé sur ce banc ?

Oh, Pollo, ne te fais pas de mauvais sang.

Oh, Pollo, mange, bois ta bière, sois patient !

Oh, Pollo, il n’y a rien d’autre à faire par ce temps.

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,

Oui, Monsieur Chi,

Oui, Monsieur Nelle,

Oui, Monsieur Polichinelle.

 

Pollo, le galonné te reluque

Comme un curé le petit Jésus.

Pollo, ne laisse voir que ta nuque,

Si tu te tournes, tu es perdu.

 

L’officier se souvient bientôt,

Il se rappelle exactement ce visage :

Ce soldat avait déserté dans le village,

Là-bas en Italie, là-bas, à Marengo.

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,

Oui, Monsieur Chi,

Oui, Monsieur Nelle,

Oui, Monsieur Polichinelle.

 

Fonce, Matthias, le bruit des pas

Martèle la boue et le pavé derrière toi ;

Vorwärts ! En avant ! Ne le perdez pas !

Arlecchino, mon ami, ne ralentis pas !

 

Ah, la porte, la porte, Maestro !

La cloche, la cloche, Sevastiano !

Père Prosper, ouvrez, ouvrez !

Entrez donc, mon frère, vous abriter.

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,

Oui, Monsieur Chi,

Oui, Monsieur Nelle,

Oui, Monsieur Polichinelle.

 

La Porte
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Published by Marco Valdo M.I.
1 novembre 2019 5 01 /11 /novembre /2019 09:53
MARENG

 

Version française – MARENG – Marco Valdo M.I. – 2019

d’après la version italienne – MARENGO – de Piero Milanese

d’une chanson piémontaise – MarengPiero Milanese – 2011

 

 

 

 

 

C’est l’histoire de la bataille de Marengo vue du côté des paysans locaux. Il est écrit en Piemontese mandrogno (Alessandria), dialecte piémontais d’Alexandrie comme « La balada’d Pipu Majen ».

 

 

Dialogue maïeutique

 

Nous connaissons bien ici la bataille de Marengo et son histoire, car comme tu t’en souviens certainement, Lucien l’âne mon ami ; on en avait déjà parlé à l’occasion de la présentation de trois chansons : toutes issues de la saga de notre Arlequin amoureux.

 

Oui, dit Lucien l’âne, je me souviens parfaitement de tout ça. La première « Marengo » racontait la bataille vue par Matthias, simple soldat de l’armée autrichienne et sa mue en déserteur, dès le soir de la bataille et en fugitif, dès le lendemain matin. La seconde, je veux dire « La Marengo du Lieutenant » rapportait la même bataille, vue par le Lieutenant qui commandait le régiment où était incorporé le futur Arlequin. Quant à la troisième, « Les Coquets Lieutenants », elle narre la défaite autrichienne. En somme, on voit la bataille de Marengo du côté autrichien. C’est évidemment intéressant pour nous qui avons l’habitude de voir ces histoires du côté français.

 

Ainsi donc, je n’ai pas besoin de trop resituer l’affaire, reprend Marco Valdo M.I. ; mais résumons cependant. Au matin, face à face – mais quand même étalés entre le Piémont, le Milanais et la Ligurie, près de Marengo : l’armée autrichienne sous le commandement de Michael Friedrich Benedikt von Melas, à ce moment Feldmarschall du Saint Empire Romain Germanique, environ 30 000 hommes et l’armée française du Premier Consul Napoléon Bonaparte, environ 22 000 hommes. À midi : victoire autrichienne. Au soir : Bonaparte finit par l’emporter. Pour le maréchal autrichien, c’est la déroute et la capitulation. Son armée se replie vers l’Est au-delà du Mincio. Pendant ce temps, notre futur Arlequin s’est planqué dans une grange à Marengo et attend la nuit pour déserter, espérant qu’on le tiendrait pour mort.

 

Oui, répond Lucien l’âne, je savais vaguement tout cela, mais par contre, je ne sais toujours rien de la chanson que tu viens de versifier en français.

 

En effet, dit Marco Valdo M.I., mais je vais combler cette lacune sur le champ. Voici une quatrième chanson à propos de la bataille de Marengo. Elle s’intitule « Mareng » ; c’est le nom en piémontais du village de Marengo, actuellement Spinetta Marengo, incorporé à la ville d’Alessandria. C’est la même bataille de la mi-juin 1800, vue cette fois par les paysans de Mareng. C’est une vision de spectateurs, fortement inquiets et soucieux de se tenir à l’écart de la bataille, qui dans le fond, ne les concerne pas. Sauf évidemment, si on se place d’un point de vue plus général ; par exemple, celui qui transparaît à la fin de la chanson :

 

« Vie de paysan, terrible destin :

Les combats des soldats venus de loin

Ont détruit la vigne et les ceps sont écrasés.

Cet automne, il faudra arracher les pieds et semer le blé. »

 

Il y a là deux mondes qui se croisent sans jamais s’interpénétrer, si ce n’est à la marge quand les paysans viennent aider les soldats à remettre la charrette sur la route, comme ils l’auraient fait pour n’importe quelle charrette en difficulté. Deux mondes : le monde immobile, immédiat et en quelque sorte, apolitique, sans État, car lié à la terre, le monde des paysans et celui évanescent, toujours mouvant, assez hasardeux des États, des nations, des institutions, un monde administratif et urbain. C’est une autre version du « Cristo si è fermato a Eboli », roman écrit un siècle et demi plus tard par le Piémontais Carlo Levi.

 

Oui, dit Lucien l’âne, ce fut toujours ainsi partout. Les paysans regardent passer les armées ; une fois dans un sens, une fois dans l’autre ; ils regardent aussi tomber les bombes, ils regardent brûler leurs villages, tuer leurs enfants ; puis, ils reprennent leur vie et recommencent à choyer la terre, qui les fait vivre. Xénophon racontait déjà cette histoire dans son Anabase ; les armées finissent toujours par se dissoudre dans le paysage. Et nous nous tissons le linceul de ce vieux monde guerrier, volatil, évanescent, passager et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Les ombres longues des étés lointains,

Les odeurs des terres rouges de Fraschette,

Les clochers des villages, le laïus des cloches,

Et tous ces gens autour d’une charrette

 

 

De soldats français avec ses roues dans le trou.

« Donnons un coup de main, poussons tous ensemble.

Attention que les caisses ne tombent pas sur nous ;

Il n’y a rien à faire, c’est un vrai problème. » 

 

 

« Vite, Félix va chercher deux bœufs.

Écoutez ces échos de Bormida, ce sont les canons.

Ces Français sont pressés ; sous peu,

Sur la grande route, il y aura de l’animation. »

 

 

« Merci messieurs ! », dit un officier en passant ;

Il remercie les paysans pour la charrette

Remise sur le chemin ; éperonnant,

Il repart vers la fusillade à l’Épinette.

 

 

La musique des fusils, la grosse caisse des canons,

Le boucan gronde toujours plus fort ;

La campagne est devenue un grand sablon

Pour une folle fête, la Foire de la Mort.

 

 

À chaque instant, on tue sur cette terre.

L’été a mal commencé son voyage

Et des soldats venant de Voguère

Au pas de course, traversent le village.

 

 

Les escadrons français avancent sur la route de Tortona :

Infanterie, grenadiers, tirs de canon,

La fanfare qui sonne la musique et la confusion,

Et Napoléon à cheval au milieu de tout ça.

 

 

La tempête de la bataille approche.

« J’en ai déjà vu tout un tas fuyant.

Femmes courez aux écuries, à la cave !

Cachez-vous bien, ne laissez pas sortir les enfants ! »

 

 

Un nuage de cavaliers sort d’un songe

Comme des loups, hors de la broussaille.

Ils viennent de Pozzolo vers Mandrogne :

Trompettes, cris, lueurs, sabres : bataille.

 

 

Vagues de chevaux, tremblement de terre,

Poussière rouge plus haute que les mûres,

Bruit de lames, horreurs de la guerre, jurons,

Jets de sang, écume de rage et destruction.

 

 

Puis, un silence de mort couvre tout :

Les lamentations des blessés, les cris de corneilles,

Les fossés, les champs, les plantes, tout

Et couleur sang, va mourir le soleil.

 

 

Vient la nuit qui cache, le hibou qui chante.

Les sabots des chevaux qui courent, les derniers drapeaux,

Le général tué dans la Vigne Sainte :

On dit qu’il était jeune, on dit qu’il était beau.

 

 

Vie de paysan, terrible destin :

Les combats des soldats venus de loin

Ont détruit la vigne et les ceps sont écrasés.

Cet automne, il faudra arracher les pieds et semer le blé.

 

MARENG
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Published by Marco Valdo M.I.
29 octobre 2019 2 29 /10 /octobre /2019 15:44

 

CHANSON CONTRE LA PEUR

 

Version française – CHANSON CONTRE LA PEUR – Marco Valdo M.I. – 2012
Chanson italienne – Canta che ti passa la paura – Herbert Pagani – 1967

Texte : Herbert Pagani

Musique : Tony De Vita (1932-1998), pianiste, compositeur et chef d’orchestre.

 

 

 

En 2012, suite à une erreur d’attribution de cette chanson à Giorgio Gaber, erreur portant sur la version italienne originale, je l’avais également attribuée au même Giorgio Gaber. Il s’avère finalement qu’elle est l’œuvre d’Herbert Pagani, même si elle fut interprétée également par Gaber, deux ans plus tard.

Dès lors, dit Marco Valdo M.I., il convient évidemment de modifier l’attribution de la chanson dans la version française également et supprimer la phrase d’introduction. J’en profite pour refaire la ponctuation.

 

Ainsi Parlait Marco Valdo M.I.

 

 

 

Sans une tune, je me suis mis en chemin ;
J’avais mes vingt ans et mon courage à la main,
Mes oreilles pour entendre, mes yeux pour regarder,
Un cœur pour comprendre et ma voix pour chanter.

 

J’ai tant vu de gens qui luttaient pour le pain ;
J’ai vu saluer celui qui part et celui qui revient,
Se battre et s’aimer des filles et des garçons.
Pour tous et pour chacun, je chante ma chanson.

 

Chanson contre la peur,
Chanson contre le malheur,
Chanson pour que soit mieux demain,
Chanson pour égayer le chemin.

 

Il faut des chansons qui puissent atteindre
Le haut des gratte-ciel et le fond des minières,
Chansons pour les mères qui restent à attendre,
Chansons pour celui qui part et qui espère.

 

Chanson contre la peur,
Chanson contre le malheur,
Chanson pour que soit mieux demain,
Chanson pour égayer le chemin.

Passent les années, je poursuis le voyage ;
Pour aimer le monde, il en faut du courage,
Mais celui qui me reste, j’entends le donner.
Tant que j’aurai du souffle, je continuerai à chanter.

 

Chanson contre la peur,
Chanson contre le malheur,
Chanson pour que soit mieux demain,
Chanson pour égayer le chemin.

 

Chanson contre la peur,
Chanson contre le malheur,
Chanson pour que soit mieux demain,
Chanson pour égayer le chemin.

 

 

 

 

CHANSON CONTRE LA PEUR
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Published by Marco Valdo M.I.
28 octobre 2019 1 28 /10 /octobre /2019 18:33

LE BATEAU DE PAPIER

 

Version française – LE BATEAU DE PAPIER – Marco Valdo M.I. – 2019

d’après la version italienne LA BARCA DI CARTA – Lorenzo Masetti – 2018

de la chanson chilienne (espagnol) – El barco de papel Amerindios1973

Paroles et musique : Julio Numhauser

Album : Tu sueño es mi sueño, tu grito es mi canto (Ton rêve est mon rêve, ton chant est mon chant).

 

 

 

 

Selon le site Cantos Cautivos, c’était l’une des chansons les plus importantes des camps de détention de la dictature de Pinochet. Quand quelqu’un était libéré ou qu’il y avait des informations crédibles selon lesquelles un prisonnier aurait été envoyé en exil, une immense chorale chantait cette chanson à l’unisson avec force.

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

Celle-ci, Lucien l’âne mon ami, est une chanson chilienne et comme il est indiqué par le commentaire italien, une chanson qui était entonnée par les prisonniers des camps de détention où le gouvernement chilien du général Pinochet, un militaire félon tout comme l’avait été en d’autres lieux et d’autres temps Francisco Franco Bahamonde, dit le Caudillo. Augusto Pinochet est arrivé au pouvoir au Chili en 1973, par un coup d’État perpétré le 11 septembre en liquidant par la force le gouvernement et au passage, en assassinant nombre de gens, dont le Président en titre Salvador Allende. Bien que félon et ouvertement répressif et tortionnaire, son régime va bénéficier de la bienveillance et l’appui des États-Unis. Avant d’en venir à ce que raconte la chanson, juste une réflexion générale. Cette chanson aurait aussi bien pu être une chanson d’à peu près n’importe lequel des pays d’Amérique latine, car tous (ou presque) ont connu ou connaissent aujourd’hui encore des situations chaotiques où la guerre civile n’en finit de couver sous la cendre et comme les éruptions volcaniques, d’éclater au grand jour. C’est un état endémique à l’œuvre dans le monde entier, mais il apparaît plus crûment là-bas que dans les pays d’Europe. Comme on le sait, ça n’a pas toujours été le cas. Par ailleurs, on a un peu oublié qu’à l’époque le Chili était lui-même un pays de refuge pour les fugitifs d’autres pays voisins. Notamment, par exemple, les Brésiliens ou les Uruguayens ou sans doute, les Boliviens ou, ou… et une bonne part de ceux qui purent échapper aux diverses dictatures se retrouvèrent un temps en Europe.

 

 

J’en ai croisé beaucoup, dit Lucien l’âne, et il y en a beaucoup qui sont encore de ce côté-ci de la planète. Globalement, toutes ces dictatures sont l’effet et le reflet de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres pour maintenir et idéalement – à leurs yeux, accroître leur pouvoir, leur domination, leur exploitation, leurs privilèges, leurs richesses.

 

 

Cela dit, reprend Marco Valdo M.I., mise à part sa spécificité chilienne de chant saluant la libération des prisonniers des camps et du pays, ce Bateau de Papier fait irrésistiblement penser à d’autres esquifs qui se glissent entre les mailles du malheur vers une liberté même relative et une vie moins assassine ; en somme, vers la vie tout court. Parmi ceux-là, il y a le Radeau de Lampéduse qui reliait le désespoir d’Afrique à ce mirage d’Europe où ses passagers croyaient que les appelait leur destin. Le bateau y va, c’est sûr, mais il est toujours incertain qu’il y arrive et plus encore que la terre d’exil soit une terre d’accueil – rêves et cauchemars vivent dans la même tête. Dis Papa, c’est loin l’Europe ? Tais-toi et nage. On peut toujours rêver, dit l’enfant noir.

 

 

Mais au fait, demande Lucien l’âne, n’est-ce pas ce même bateau de papier qui fait la joie des enfants du monde entier ?

 

 

Tu as raison, mon ami Lucien l’âne, il le pourrait encore, du moins quand est chanté par Tonton Georges, Le Petit Bateau de Pêche (1937, paroles André Hornez, musique Paul Misraki). Il commençait son parcours magique ainsi :

 

 

« C’était un petit tout petit voilier

Un petit bateau de pêche

On l’avait bâti d’un bout de papier

Et d’un vieux noyau de pêche »

 

 

Je m’en souviens très bien, dit Lucien l’âne, cependant, laisse-moi faire remarquer que même l’aventure du petit bateau finit mal :

 

 

« Cela fit une tempête
Et rapidement je vous en réponds :
Les événements se gâtent,
L’eau s’est engouffrée dans les entreponts,
Adieu la jolie frégate ! »

 

 

Pour en revenir au Chili et à d’autres pays d’Amérique latine, dit Lucien l’âne, j’ai entendu dire que sur terre aussi, là-bas, la marche vers la liberté et l’espoir et comme tu as dit : « vers la vie tout court » est tout aussi aléatoire que l’escapade en bateau. Certains même dressent des murailles pour tuer ce pauvre rêve. Mais nous, nous tissons le linceul de ce vieux monde tourmenté, tremblant, volcanique, éruptif et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

 

Le bateau en papier s’en va

Sur la mer de l’espérance ;

Il suscite un tas de créances

Et les enfants n’y montent pas.

 

 

Il s’en va, il s’en va, il s’en va et il ne reviendra pas.

Il s’en va, il s’en va, il s’en va et il ne reviendra pas.

 

 

Il y a un médecin comme passager ;

Comme capitaine, un soldat ;

Un bourgeois comme canonnier

Et une reine de poix.

 

 

Il s’en va, il s’en va, il s’en va et il ne reviendra pas.

Il s’en va, il s’en va, il s’en va et il ne reviendra pas.

 

 

Sur le bateau, un ouvrier monte,

Un professeur, un artiste

Et monte aussi cette petite fille

Qui était restée sur la rive.

 

 

Il s’en va, il s’en va, il s’en va et il reviendra.

Il s’en va, il s’en va, il s’en va et il reviendra.

 

 

Marin, sur le bateau, tu peux monter,

Car il ne faut plus qu’on se batte,

Car on est tous camarades

De paix et d’égalité.

 

 

Il s’en va, il s’en va, il s’en va et il reviendra.

Il s’en va, s’en va, s’en va, s’en va vers la liberté

 

 

LE BATEAU DE PAPIER
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27 octobre 2019 7 27 /10 /octobre /2019 18:31

LE TAMBOUR DE LA CLIQUE D’AFFORI

 

Version française – LE TAMBOUR DE LA CLIQUE D’AFFORI – Marco Valdo M.I. – 2019

de la version italienne – IL TAMBURO DELLA BANDA D’AFFORI (Version italienne enregistrée par Aldo Donà, Dea Garbaccio et Nella Colombo (1943)

de la chanson milanaise – Il tamburo della banda d’Affori

Texte : Mario Panzeri / Nino Rastelli et musique : Nino Ravasini – 1942

Interprètes : Aldo DonàDea GarbaccioNella Colombo – 1943

 

 

 

 

 

 

LE TAMBOUR PRINCIPAL DE LA CLIQUE DE PREDAPPIO
de Riccardo Venturi (extraits)

 

L’histoire de la censure des chansons et des chansonnettes italiennes sous le régime fasciste, il est bon de le dire tout de suite, est une histoire qui a à voir avec le ridicule. Non pas que ce site manque d’exemples : ça va de Pippo non lo sa, considéré comme « chanson de la fronde » et regardé avec beaucoup de suspicion, car on y a vu une satire d’Achille Starace, à Maramao perché sei morto, où était visé l’à peine décédé hiérarque Costanzo Ciano (appelé à Livourne « Ir Ganascia », pour son appétit non seulement gastronomique, et père de Galeazzo, gendre Mussolini et par lui ensuite gracieusement fusillé à Vérone en 1944). Des étudiants de Livourne avaient affiché les paroles de la chanson sur le Mausolée de Ciano, alors en construction : cela a suffi pour que la chanson soit bannie de l’EIAR (radio italienne aux temps du fascisme, ancêtre de la RAI). On passe à Crapa pelada de Gorni Kramer (l’auteur des paroles est incertain) ; mais la liste des « chansons de la fronde » est longue.

 

C’était aux temps où dans ce pays amène et rieur appelé « Italie », déjà en 1926, le Bureau de la censure avait ordonné de modifier quelques vers de la « Leggenda del Piave (Légende du Piave) » de E.A. Mario, la chanson patriotique italienne la plus célèbre, jugée inacceptable pour le bon renom de la « patrie fasciste » ; les références à « la trahison » et à « la honte subie à Caporetto » ne convenaient pas. La musique étrangère en général, et la musique américaine en particulier, est interdite. Carlo Ravasio (journaliste fasciste) écrivait :

« Il est néfaste et insultant pour la tradition et pour la race de mettre des violons et des mandolines au grenier pour donner de la voix aux saxophones et frapper les tympans selon des mélodies barbares qui ne vivent que pour les éphémérides de la mode. C’est stupide, ridicule et antifasciste de s’extasier pour les danses ombilicales d’un mulâtre ou de se précipiter comme des idiots à chaque américanade qui nous arrive d’outre-océan ».

 

En 1929, le Commandement général des régions des Carabiniers a publié une série de circulaires confidentielles contenant la liste des chants contraires à l’ordre national et nuisibles à l’autorité établie. Il y a des hymnes nationaux (d’abord la Marseillaise et l’Internationale, alors l’hymne de l’URSS), des chants socialistes, communistes et anarchistes (à Milan sont également arrêtés deux anarchistes présumés surpris en train de chanter un motif exaltant Gaetano Bresci) et même quelques ballades sur la malheureuse entreprise d’Umberto Nobile au pôle Nord (il est à noter que le commandant Nobile fut dans l’après-guerre, parlementaire au sein du parti communiste italien). Mais cela ne s’arrête pas là. La première version de la célèbre « Faccetta Nera (littéralement : frimousse noire) » (de Micheli-Ruccione), écrite en romanesco (italien parlé dans la ville de Rome) en 1935, est accusée d’« encourager le mélange des races », de trop apprécier la « belle Abyssinienne », et les auteurs furent contraints de faire de lourdes modifications et de la transposer en italien. On essaie aussi d’opposer à la chanson (qui a un succès retentissant) une « Faccetta bianca (frimousse blanche) » (de Grio-Macedonio), interprétée par Renzo Mori – que l’interprète s’appelait « Mori – brun ou maure » était certainement un comique involontaire), qui sera cependant totalement oubliée. Entre-temps, « Faccetta Nera » devint si populaire que le régime fut forcé de l’inclure parmi les hymnes fascistes.

 

En 1936, est promulguée la circulaire « puriste » et « italique », obligeant la presse à traduire en italien tous les termes étrangers contenus dans les chansons, et jusqu’à l’optique et aux conditions météorologiques. Mais la circulaire concerne aussi les noms des artistes eux-mêmes : Louis Armstrong devient ainsi « Luigi Braccioforte », Benny Goodman « Beniamino Buonomo » et Duke Ellington « Del Duca ». En 1937, les restrictions imposées à la musique américaine furent quelque peu assouplies et l’EIAR diffusa des œuvres d’auteurs étrangers interprétées par des orchestres italiens, comme celui de Pietro Rizza. Le jazz s’est répandu, notamment grâce à l’orchestre Ramponi et à Gorni Kramer ; EIAR s’est même doté de son propre quatuor de jazz, dont la musique a été diffusée chaque soir à 20h40. Mais tout cela ne dura pas longtemps. Déjà en 1938, l’année des lois raciales de Mussolini, le jazz était à nouveau qualifié de « musique négroïde » et avait complètement disparu des programmes de l’EIAR.

 

C’est précisément en 1938 qu’on situe le début des « Chansons de la Fronde ». Les «  Chansons de la Fronde » sont celles qui, en raison de certaines ambiguïtés du texte (intentionnelles ou aléatoires), se prêtent à être réinterprétés de manière satirique et sarcastique. C’est arrivé, par exemple, à une célèbre chanson d’amour, encore connue de nos jours, « Un’ora sola ti vorrei – Je te voudrais une heure seulement » (de Paola Marchetti et Bertini, 1938, interprétée par Fedora Mingarelli), que l’on retrouve encore, par exemple, dans Les plus grands succès de Giorgia de 2002, mais qui est célèbre dans l’interprétation d’Ornella Vanoni en 1967.) Au moment de sa sortie, « Un’ora sola ti vorrei » est l’une des chansons les plus utilisées et les plus contrôlées ; il y a plusieurs dénonciations de gens qui sont surpris de chanter le couplet « Une heure seulement je te voudrais / pour te dire ce que tu ne sais pas / Moi qui ne pourrai jamais oublier / ce que tu es pour moi… » en s’adressant au portrait omniprésent du DVCE.

 

A partir de septembre 1938, avec la promulgation des tristement célèbres « lois raciales » de Mussolini, toutes les chansons (et la musique en général) d’auteurs juifs furent interdites.

 

Mario Panzeri était milanais et a souvent écrit des chansons en milanais ; il en a aussi écritécrivit une en 1942, dédiée de façon ludique à la clique de musique de la ville d’Affori (qui – déjà en 1923- avait été incorporé à la ville de Milan) et à son « tambour principal ». C’est Tamburo della banda d’Affori. Qui ne la connait pas, même aujourd’hui ? Bien sûr, Panzeri devait avoir un véritable talent pour le double sens ; mais en 1943, rien n’échappait à la censure solennelle du régime, surtout en temps de guerre. Le tambour principal de la clique d’ Affori / qui commande cinq cent cinquante sous-fifres… Bref, au censeur n’échappa pas ce petit détail : exactement 550 étaient les membres de la Chambre des Fasci (faisceaux) et des Corporations, c’est-à-dire le corps législatif qui, de 1939 à 1943, remplaça la Chambre des députés. Et qui pouvait être le « tambour principal », si ce n’était le DVCE ? Celui qui « confond le Trouvère avec la Sémiramide » et devant qui les tosanell (les « petites filles », c’est-à-dire les Italiennes…) s’entimidentEntretemps, la chanson est devenue très connue et en Toscane, comme les Toscans l’avaient remarqué avant la censure, ils chantent une variation où il est écrit «  qui commande cinq cent cinquante bischeri (couillons, crétins, etc) ».

 

Mario Panzeri a toujours été un antifasciste. C’était aussi une personne très aimable et très sincère : il jurait et rejurait qu’il n’avait jamais voulu intentionnellement écrire une chanson qui se prêtait au « double sens », mais que le double sens, pour ainsi dire, était naturel et était perçu comme tel. Alors vous savez que même les gens les plus sincères se voient concéder un petit mensonge. [RV]

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Car, mon ami Lucien l’âne, j’imaginais bien que tu me poserais mille questions à propos de cette chanson, comme tu dois t’en poser à propos de plein d’autres choses, j’ai pris la peine de faire une version française – quoique quelque peu raccourcie – du commentaire de Riccardo Venturi. Je n’y reviendrai pas et je te laisserai découvrir ce que notre ami raconte (en italien) à propos notamment des « chansons de la Fronde », de la Fronde au sens où il y eut une Fronde des gentilshommes en France, il y a quelques siècles, dans les débuts de Louis XIV ; il faut donc comprendre cette fronde, non comme la cime des arbres, mais comme une rébellion contre un pouvoir ; en l’occurrence, d’un pouvoir dictatorial, celui de Benito Mussolini. Il faut aussi tenir à l’esprit en même temps que la fronde est aussi – dans l’imaginaire biblique – l’arme de David qui lui permit d’avoir raison du géant Goliath et que par ailleurs, la fronde est une arme discrète qu’on peut utiliser pour frapper à distance, sans même être vu et que c’est aussi une arme de ceux qui ne sont habituellement pas armés militairement ; c’est une arme de civils, une arme d’insurrection, une arme de résistance. Tout un symbole, en quelque sorte. Mais il y a d’autres choses que je me dois de t’exposer que le texte d’introduction n’explique pas du fait que pour un Italien ces indications sont évidentes.

 

Ah, dit Lucien l’âne, je me demande quoi, vu l’ampleur de l’introduction.

 

Eh bien, reprend Marco Valdo M.I., pour commencer je te ferai remarquer que le titre mérite à lui seul un petit lexique. D’abord, le Tambour est bien ce qu’iol désigne : à la fois, l’instrument – la caisse sur laquelle on frappe pour faire du bruit en cadence et en même temps, celui qui en joue. Cependant, il semblerait que ce Tambour de clique soit aussi le chef de la clique – c’est-à-dire ici de la fanfare et du fait que c’est lui qui donne le rythme et qui fait le plus de bruit, qui déploie un véritable tintamarre, c’est lui qu’on remarque le plus. Je te rappelle au passage que le mot italien que j’ai traduit « la clique » est « la banda » ; et naturellement, il rappelle le mot français « la bande » – ici, compris comme : la bande de bandits, d’escrocs, de délinquants en tous genres. Ensuite, la clique est cette fanfare principalement composée de tambours, de fifres et de clairons ; elle fait beaucoup de bruit et entraîne les badauds au son de son charivari. Et enfin, Affori est une localité dans la banlieue de Milan ; j’en profite pour préciser que Cantù est un autre localité plus au nord, située sur la route qui mène de Milan à Côme. Ainsi, le titre indique que la chanson raconte tout simplement que la fanfare d’Affori s’en va à Cantù, tambour battant.

 

Ah merci !, souffle Lucien l’âne, me voilà renseigné ; je vais tout comprendre.

 

Sans doute non, Lucien l’âne mon ami, et il te faut écouter encore un peu de mon commentaire ; c’est indispensable, car le titre de la glose italienne est différent de celui de la chanson et incite à penser à d’autres choses. En vérité, comme tu le verras, tout l’arrière-plan, tout le contexte, tout le double sens s’en trouvent lumineusement éclaircis. Comparons donc les deux titres : le Tambour devient le principal Tambour ; en quelque sorte, le Tambour des Tambours, le chef des caisses vides. Sautons au nom de la ville qui d’Affori est devenu Predappio. Kesako Predappio ? Predappio est une petite localité qui serait fort inconnue et tranquille si pour son malheur, elle n’était la ville natale de Benito Mussolini. Certes, elle n’en peut rien, mais c’est ainsi et elle se passerait volontiers de cette renommée gênante. À la même époque, ce Tambour de Predappio avait un homologue dans un autre pays, un dirigeant qui pour les mêmes raisons de résonance malsaine était surnommé « le Tambour » ; il s’agit évidemment d’Adolf Hitler. Günter Grass en fit un monumental roman, Volker Schlöndorff en fit un film retentissant, que j’avais rappelés dans « Le Tambour et mon grand Amour, Nosferatu le Vampire ». Quant au sens caché de la chanson, on pourrait l’interpréter comme l’évocation de la fuite du régime fasciste en ruines vers la frontière autrichienne et le désamour qui frappa les admiratrices de sa clique. Je laisse à ton imagination le champ libre pour faire le reste et crois-moi, il y a encore beaucoup de grain à moudre, comme souvent dans les chansons quand on veut bien y prendre attention.

 

Tel l’âne à la meule, je vais le faire de ce pas, Marco Valdo M.I., n’en doute pas un instant. Pourtant, il nous faut arrêter ici cette palabre et tisser le linceul de ce vieux encore trop imbibé de la lymphe fasciste, stupide, hypnotique et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

La clique arrive, la clique arrive, la clique arrive, la clique arrive avec ses musiciens,

Avec ses musiciens (avec ses musiciens)

Oh Caterina, Caterina, quelle chamade !

(Oh Caterina, Caterina, quelle chamade !).

Le chef, le chef, le chef a des boutons dorés, il sourit tout le temps (quelle ballade !)

Oh Catherine, le chef est ton grand amour.

(Oh Caterina, le chef est ton grand amour).

 

 

Les voici, ils sont tous là.

Sol la sol mi, do ré mi fa

Et avec ses bâtons rantanplan,

Le tambour arrive en grondant.

 

 

C’est lui (c’est lui), c’est lui (c’est lui), oui, c’est vraiment lui !

C’est le tambour principal de la clique d’Affori,

C’est le commandant en titre

De ces cinq cent cinquante sous-fifres.

Quelle passion, quelle excitation, quand il fait pan-pan-pan.

Regardez ça, tandis que les oies font can-can.

Les filles à le voir s’entimident,

Lui, il confond le Trouvère avec la Sémiramide.

Belle fille de l’amour,

Esclave je suis, je suis esclave de tes atours !

 

 

Passe la clique, passe la clique, passe la clique, puis s’en va à Cantù;

(Puis s’en va à Cantù).

Oh, Caterina, mais ton amour n’est plus.

(Oh Caterina, mais ton amour n’est plus).

Allez Luigi, allez Luigi, allez Luigi, voilà le tram,

Voilà le tram (voilà le tram)

Lui avec son pied sur la voie est dans l’embarras.

(Lui avec son pied sur la voie est dans l’embarras.)

 

 

Arrêtez le tram, descend

Du tram celui qui fait ce boucan.

Lui avec calme et flegmatique

Cherche où est passée sa clique.

 

 

C’est le tambour principal de la clique d’Affori,

Celui qui commande cinq cent cinquante bandits,

Quelle passion, quelle excitation, quand il fait pan-pan-pan.

Regardez ça, tandis que les oies font can-can.

Les filles à le voir s’entimident,

Lui confond le Trouvère avec la Sémiramide.

Belle fille de l’amour,

Esclave je suis, je suis esclave de tes atours !


 
LE TAMBOUR DE LA CLIQUE D’AFFORI
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25 octobre 2019 5 25 /10 /octobre /2019 16:59

 

Arlecchino au Couvent

 

Chanson française – Arlecchino au Couvent – Marco Valdo M.I. – 2019

 

ARLEQUIN AMOUREUX – 7 bis

 

Opéra-récit historique en multiples épisodes, tiré du roman de Jiří Šotola « Kuře na Rožni » publié en langue allemande, sous le titre « VAGANTEN, PUPPEN UND SOLDATEN » – Verlag C.J. Bucher, Lucerne-Frankfurt – en 1972 et particulièrement de l'édition française de « LES JAMBES C'EST FAIT POUR CAVALER », traduction de Marcel Aymonin, publiée chez Flammarion à Paris en 1979.

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Ah, Lucien l’âne mon ami, commençons par resituer note Arlequin dans son parcours tourmenté : parti de Marengo, pour cause de désertion, il fuit à travers l’Europe des premières années du siècle, quand Bonaparte se muait en Napoléon. Après un passage par Venise, il parvient au terme d’une errance à travers les Alpes autrichiennes à retrouver pour un temps fort court son Arlecchina, perdue de vue depuis onze ans ; puis, chacun repart de son côté – elle vers l’Italie et lui, notre déserteur, passé par Prague aboutit sous l’identité de Sevastiano, homme de théâtre et d’opéra napolitain, au château de sa ville de Litomyšl où la Comtesse Franziska en fait son bouffon en attendant le retour de son mari, le Comte Wallenstein. Au retour du maître des lieux, tout semblait bien se passer jusqu’au moment où notre Matthias, en statue nue du Commandeur, laisse tomber le voile et montre son cul sur la scène. Renvoyé sur le champ, il doit aussitôt fuir, car il est reconnu par un officier de son ex-régiment ; Arlequin le déserteur se réfugie au couvent. C’est là que nous en sommes dans cette chanson faite elle aussi de morceaux excédentaires qui sans elle, seraient irrémédiablement perdus.

 

Eh bien, merci mille fois, Marco Valdo M.I. mon ami, car depuis le temps et avec tous ces bouleversements, je ne m’y retrouvais plus trop dans cette odyssée baroque.

 

Tu vois, Lucien l’âne mon ami, la vie est parfois absurde et contraignante. Ainsi, notre déserteur Matthias, si épris de liberté, s’est lui-même enfermé – d’abord dans un château où il s’ennuyait en attendant il ne savait trop quoi et à peine sorti, il se terre dans un couvent où la vie est plutôt monotone. Soit, on doit bien concéder qu’il n’avait pas le choix. Cependant, pour ce faire, il doit se plier à la vie monastique, qui n’est pas de tout repos et surtout, il lui faut ménager la foi et les exigences de l’Église. Certes, il suffit, mais c’est beaucoup et c’est lourd, il suffit de faire semblant de croire et adopter les attitudes et les gestes de rigueur.

 

Sans doute, dit Lucien l’âne, mais ce ne doit pas être trop difficile pour un comédien comme lui.

 

Bof, pas sûr que ce soit si facile. Je te rappelle, Lucien l’âne mon ami, que comme comédien, il est plutôt spécialisé dans les rôles burlesques, dans la farce et le gros comique du théâtre de cirque. On verra d’ailleurs que sa profession de foi est des plus élastiques et pas vraiment convaincante. On la dirait pour tout dire forcée ou imposée par les nécessités du moment. Cependant, le père Prosper, qui est le religieux qui l’accueille, fait celui qui ne comprend pas ; en fait, il s’arrange de la façade de religiosité présentée par Matthias et qui sauve les apparences.

 

En somme, dit Lucien l’âne, si je comprends bien, le père Prosper n’est pas plus catholique que le Pape ou pas moins et agit comme Jules II lorsqu’il reçut Till au Vatican. Je me souviens de la chanson « La Messe du Pape, le pardon de Till et les florins de l’Hôtesse » dans laquelle ces deux-là se disaient :

 

« Le Pape lui demande : « Quelle est ta foi ? »
« La même que mon hôtesse qui partage la vôtre,
ma foi. »
« C’est fort bien
comme ça. Mais à quoi, à quoi,
À quoi donc, en vérité, pèlerin, tu crois ? »
« Je crois ce que vous croyez que je crois. »

 

Et notre Arlequin, reprend Marco Valdo M.I., a la croyance aussi évanescente que celle de Till :

 

« Que dis-tu ? Tu ne crois pas en Dieu ?

Père Prosper, j’aimerais croire

À la Sainte Église et même au bon Dieu.

Enfin, si, presque, c’est-à-dire, peut-être… »

 

Si tu veux mon avis, Marco Valdo M.I. mon ami, Matthias ne restera pas longtemps dans la maison de Dieu. En attendant la suite, tissons le linceul de ce vieux monde jean-foutre, croyant, crédule, incroyable et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Chez les moines, la prière ;

À voix haute, le pater

Et le bénédicité, deux fois ;

Le lait ne refroidira pas.

 

Arlecchino, encore toi, mécréant !

Garde-moi en cellule, notre Père !

Au couvent, tout l’hiver.

Dans les champs, au printemps.

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,

Oui, Monsieur Chi,

Oui, Monsieur Nelle,

Oui, Monsieur Polichinelle.

 

Appelez-moi, Matthias, je n’ai plus de nom ;

Gardez-moi dans cette sainte maison

Jusqu’à la fin de mes jours, sans rémission.
Le Père recteur n’y voit pas d’objection.

 

Matthias, c’est le matin.

La clochette sonne l’heure,

Il est cinq heures,

Le jour s’en vient.

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,

Oui, Monsieur Chi,

Oui, Monsieur Nelle,

Oui, Monsieur Polichinelle.

 

Montreur de marionnettes, funambule,

J’ai dansé avec un ours, j’ai mendié, moi.

J’ai vagabondé, j’ai volé à l’église.

Parfois, je vois Dieu danser sur le toit.

 

Que dis-tu ? Tu ne crois pas en Dieu ?

Père Prosper, j’aimerais croire

À la Sainte Église et même au bon Dieu.

Enfin, si, presque, c’est-à-dire, peut-être…

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,

Oui, Monsieur Chi,

Oui, Monsieur Nelle,

Oui, Monsieur Polichinelle.

 

Arlecchino au Couvent
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24 octobre 2019 4 24 /10 /octobre /2019 20:13

Arlequin et l’Histoire

 

Chanson française – Arlequin et l’Histoire – Marco Valdo M.I. – 2019

 

ARLEQUIN AMOUREUX – 5 bis

 

Opéra-récit historique en multiples épisodes, tiré du roman de Jiří Šotola « Kuře na Rožni » publié en langue allemande, sous le titre « VAGANTEN, PUPPEN UND SOLDATEN » – Verlag C.J. Bucher, Lucerne-Frankfurt – en 1972 et particulièrement de l'édition française de « LES JAMBES C'EST FAIT POUR CAVALER », traduction de Marcel Aymonin, publiée chez Flammarion à Paris en 1979.

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

C’est terrible Lucien l’âne mon ami, de vivre avec la poésie, car la poésie est une personne exigeante et entêtée. Elle veut souvent plus ; elle en veut toujours mieux. Mieux, s’entend : à ses yeux ! Elle redemande à la fois rigueur et fantaisie ; ordre et déroute des mots. Sans cesse, elle rebat les cartes ; elle refait, elle redessine, elle redestine, elle reforme ; du vieux, de l’épars, elle se vêt.

 

Que barbotes-tu là, Marco Valdo M.I. mon ami ?

 

Oui, Lucien l’âne mon ami, je te le dis, la poésie, c’est toute une histoire, comme l’histoire d’Arlequin, de Matthias Pollo Arlecchino. Vois, il y avait un temps – en fait, il y a quelques jours à peine –, dix chansons laissées en chantier des mois durant. Et à la reprise du cycle de l’Arlequin amoureux, il m’a fallu tout revoir et inventer le bis et le ter pour combler les creux de l’histoire. Tout ça pour te dire que celle-ci, Arlequin et l’Histoire est faite de bric et de broc de pages anciennes qui étaient excédentaires par rapport à la structure générale commune : trois fois deux quatrains suivis d’un refrain du même format. Et certains – les excédentaires – en comportaient curieusement quatre. Il a donc fallu raboter.

 

Ah !, dit Lucien l’âne en riant, raboter, raboter, c’est malin, ça ! Et qu’as-tu fait des morceaux ?

 

Eh bien, vois-tu, Lucien l’âne mon ami, que je n’ai rien perdu au change, car en fin de compte, je me suis aperçu – miracle de la poésie – qu’il me restait en trop précisément : trois fois deux quatrains et un refrain et en les regroupant, j’en ai fait cette chanson.

 

Alors, te voilà structuraliste, maintenant, Marco Valdo M.I. mon ami. Moi, je veux bien, mais quel sens peut avoir pareille histoire ainsi inventée ?

 

Justement, Lucien l’âne mon ami, et c’est là le mystère poétique, cet assemblage hétéroclite fonctionne fort bien et donne in fine le sens de l’histoire et de la manière la plus orthodoxe et formelle qui soit. Arlequin qui, lourd d’ennui, voulait repartir sur les routes de traverse, sur les entiers détournés, s’était laissé convaincre par la Comtesse Hohenfeld de rester auprès d’elle comme bouffon. Ils formaient un étrange couple devisant souvent, assis sur un banc dans la cour du château. C’est au cours de cette étrange stase qu’Arlequin pense ; il se met à méditer.

 

Naturellement, dit Lucien l’âne. Très bon, la méditation, c’est un remède pour ceux qui s’ennuient d’eux-mêmes et même aussi, pour ceux que la vie coince dans l’ennui.

 

Quoi ?, Toi aussi, mon ami Lucien l’âne ! Toi, je ne peux l’imaginer, tu t’ennuies ? Je n’aurais jamais pensé que cette détestable habitude t’aurais même un instant poursuivi.

 

Que nenni, Marco Valdo M.I. mon ami, je n’ai jamais connu l’ennui. Quand donc eût-ce été possible ? Et puis, dis-moi l’ami, ce que c’est que l’ennui.

 

Oh, répond Marco Valdo M.I., l’ennui ? L’ennui, je ne sais pas, je n’ai jamais eu que des ennuis ; mais, paradoxalement, avec les ennuis, on n’a pas le loisir de connaître l’ennui. Ce qui fait que comme toi, je ne sais ce qu’est l’ennui. Cependant, ma curiosité m’empêche de découvrir ce qu’il est.

 

Évidemment, rétorque Lucien l’âne en riant, c’est logique ; je veux dire qu’il est logiquement impossible de découvrir l’ennui en le cherchant puisque le simple fait de faire quelque chose l’empêche d’exister. C’est une étrange chose que l’ennui. Donc, Arlecchino médite et comme il en a la manie, il devise avec Arlecchina, ou plutôt avec ce double d’Arlecchina, ce fantôme qui depuis leur séparation pour cause de voyages contradictoires, lui tient compagnie. Tel un mentiloque, qui serait un anti-ventriloque, il cause silencieusement avec elle de tout ça et du sens de l’histoire, de son histoire enclose dans l’Histoire.

 

On dirait, conclut Lucien l’âne, qu’il philosophe, on dirait que lui, l’Arlequin et son Arlequine, comme toi et moi, pratiquent le dialogue maïeutique, question de s’entretenir et de meubler le temps agréablement et somme toute, utilement. Mais, foin d’Histoire, voyons ta chanson recomposée et tissons le linceul de ce vieux monde morne, ennuyeux, désolant, aberrant et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

Arlecchina, ma rose blanche

Refais-toi une beauté, Arlecchina

Un peu de poudre à tes yeux, c’est dimanche.

Galop, galop, on va, on va, on va…

Demain ma mie, il y aura du pain, de la viande

Des saucisses, des anchois, des anguilles

Un citron, deux oranges, des airelles

De la crème, des raisins, des amandes.

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,

Oui, Monsieur Chi,

Oui, Monsieur Nelle,

Oui, Monsieur Polichinelle.

 

Faust, mon cher Faust, regarde-moi !

Arlecchina, je te reconnais, c’est bien toi :

Ces épaules nues, ce corps dans la soie.

Suc de pavot, mon rêve, Arlecchina.

Oh, Pollo Sevastiano, je suis ta mie

Tu parles tchèque, n’est-ce pas ?

Was ist Leben ? Qu’est donc la vie ?

À quoi peut bien rimer tout ça ?

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,

Oui, Monsieur Chi,

Oui, Monsieur Nelle,

Oui, Monsieur Polichinelle.

 

À l’Histoire, il n’y a pas d’échappatoire !

L’Histoire, c’est toute une histoire ;

Mais l’Histoire, Matthias, ne se soucie pas de toi,

L’Histoire ne te connaît pas.

Le sergent-recruteur, lui, se souvient de toi.

Longtemps après, il te retrouvera.

Matĕj, Matthias, Mathieu le déserteur,

Cache-toi dans le trou du souffleur.

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,

Oui, Monsieur Chi,

Oui, Monsieur Nelle,

Oui, Monsieur Polichinelle.

 

Arlequin et l’Histoire
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22 octobre 2019 2 22 /10 /octobre /2019 20:32

 

 

JE VOUDRAIS PARTIR SEULE

 

 

Version française – JE VOUDRAIS PARTIR SEULE – Marco Valdo M.I. – 2019

d’après la version italienne trouvée sur I pensieri di Protagora

SENZA TITOLO (VORREI ANDARE SOLA)

d’une chanson tchèque – Bez názvu (Chtěla bych jít sama)Alena Synková – 1942-45

 

 

 

 

 

 

Poème d'Alena Synková (1926-2008), journaliste, écrivain, scénariste et dramaturge tchèque, juive, née à Prague. En 1942, elle fut internée dans le ghetto de Terezín et en fut l'une des rares survivantes.

Son poème a été mis en musique par plusieurs auteurs, dont le pianiste et compositeur Leonard J. Lehrman dans sa Suite #2 pour Quatuor à cordes : Souvenir, op. 197, composée en 2010.

 

 

 

Je voudrais partir seule ailleurs

Où il y a d’autres gens meilleurs,

Sur quelque terre inconnue

Où personne ne tue.

 

Nous irons vers ce rêve pénétrant,

Peut-être nous, en grand nombre,

À mille peut-être,

Et pourquoi pas maintenant.

 

 

JE VOUDRAIS PARTIR SEULE
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Published by Marco Valdo M.I.
17 octobre 2019 4 17 /10 /octobre /2019 15:23

 

L’Errance

 

Chanson française – L’Errance – Marco Valdo M.I. – 2019

 

ARLEQUIN AMOUREUX – 3 ter

 

Opéra-récit historique en multiples épisodes, tiré du roman de Jiří Šotola « Kuře na Rožni » publié en langue allemande, sous le titre « VAGANTEN, PUPPEN UND SOLDATEN » – Verlag C.J. Bucher, Lucerne-Frankfurt – en 1972 et particulièrement de l'édition française de « LES JAMBES C'EST FAIT POUR CAVALER », traduction de Marcel Aymonin, publiée chez Flammarion à Paris en 1979.

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

L’Errance, dit Lucien l’âne, je connais ça ; je la pratique depuis la plus haute Antiquité et même avant – peut-être. Mais quel merveilleux titre que l’errance et surtout quel moteur de l’aventure et du récit. Et de l’histoire ; oui, de l’Histoire, car elle est au cœur de l’Histoire et même de la Préhistoire. L’errance, c’est le destin des vivants ; ils ne font rien d’autre que d’errer, d’aller à l’aventure, de migrer. Le vivant est une histoire de migration. Demandez aux oiseaux, demandez aux poissons, demandez aux virus, demandez aux bactéries.

 

Certainement, Lucien l’âne mon ami, l’errance est l’âme du mouvement et le moteur premier de l’évolution qui est le sens même de la vie. En fait le sédentaire est un migrant qui s’est arrêté. Le sédentaire est un migrant qui se terre et un jour, comme tous les autres migrants, il lui faudra bouger, il lui faudra se remettre en marche. Mille circonstances l’y amènent : la famine, l’inondation, les pluies, la sécheresse, le mildiou, le froid, le chaud, l’ambition, la religion, le désir d’un ailleurs meilleur, l’illusion, les pogroms, les massacres, la guerre, que sais-je et je ne sais quoi d’autre encore. Il n’est pas un vivant qui ne soit migrant, en mouvement ou provisoirement arrêté. Seuls les morts atteignent vraiment à la sédentarité définitive. Les Gaulois et les Francs, pour ne citer qu’eux, n’étaient rien d’autres que des migrants.

 

Oh, Marco Valdo M.I., tu peux y ajouter les Lombards et les Germains et tant d’autres encore jusqu’au milieu des océans. En effet, et même avec le recul des temps et des temps, je peux voir le monde comme un grand carrousel, qui tourne, qui tourne. Mais, foin des considérations générales, il nous faut progresser et j’aimerais savoir ce que raconte la chanson.

 

J’hésitais à t’en parler directement, répond Marco Valdo M.I., car elle est triste cette chanson.

 

Triste ? Triste à pleurer ?, demande Lucien l’âne.

 

Triste à pleurer, exactement !, Lucien l’âne mon ami. Tellement triste que le ciel lui-même débonde ses nuages et s’en donne à cœur joie ; il déverse une insondable averse sur ce moment d’indicible désespoir de ces deux vieux amoureux que le destin contrariant réunit et sépare. L’errance, c’est aussi ça, la séparation d’Arlequin et d’Arlequine. Et pourquoi ? Tout simplement ceci que pour l’une comme pour l’autre, il faut bien vivre. Alors, elle repart dans la carriole du cirque ; lui reprend son chemin chaotique et forcément clandestin de déserteur. Bohémien, il retourne vers sa Bohême ; il retrouve cette errance qui caractérise aux yeux des sédentaires d’Europe, les bohémiens. Comme l’archétype, il lui faut se cacher des autorités et ne jamais longtemps s’attarder parmi les sédentaires. Il ne peut être que fugace ; un souffle, à peine entrevu, il lui faut fui ; passer comme l’ombre d’un nuage. Encore et encore perdre son Arlequine, se perdre dans le paysage, ça le désespère et ça l’attriste.

 

« Faust, mon Faust, de ma terre lointaine,

J’étais venue à toi,

Et tu te détournes de moi.

Je pars, Marguerite, j’ai trop de peine. »

 

Il aurait sans doute aimé le vieil amoureux pour arrêter l’errance en un mariage d’amour, avoir un cortège nuptial :

 

« dans un char à bœufs, s’il faut parler bien franc
Tiré par les amis, poussé par les parents
Que les vieux amoureux firent leurs épousailles
Après long temps d’amour, long temps de fiançailles »

 

Voilà bien toute sa tristesse et voilà le trop de peine qui l’emporte vers sa Bohême, tenant son amour bien serré dans son mouchoir.

 

Je comprends, Marco Valdo M.I., pourquoi tu as si longtemps retenu ses larmes et je trouve si triste sa tristesse, mais sans doute aussi, n’y avait-il pas d’autre issue ; c’est le lot des déserteurs que d’être contraint à l’errance et à l’exil jusque chez eux. Enfin, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce monde hostile, soupçonneux, rébarbatif et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

La pluie fait rage, on n’y voit pas.

Pollo, où donc te mène ton errance ?

Déserteur, où aller sinon en haut là-bas

En Bohême, mon chez moi en déshérence.

 

Arlequine retrouvée, l’Arlecchina !

Avant l’hiver froid, retour à Venezia.

Et le cirque déjà s’en reva.

Arlequine reperdue, l’Arlecchina !

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,

Oui, Monsieur Chi,

Oui, Monsieur Nelle,

Oui, Monsieur Polichinelle.

 

Pollo, dis-moi, la Bohême ?

La Bohême, oh, je ne sais pas.

Tu trembles, la belle, tu as froid ?

Je ne sais pas, Pollo, quand même.

 

Pollo, tu as quelqu’un, là-bas ?

Où là-bas ? En Bohême, chez toi ?

Depuis le temps, on ne sait pas.

Personne, sans doute ; on verra.

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,

Oui, Monsieur Chi,

Oui, Monsieur Nelle,

Oui, Monsieur Polichinelle.

 

Assis sous la galerie de bois,

Écoutant la pluie qui s’obstine

Sous sa cape mouillée, l’Arlequine

Frissonne et Mathias lui tient le bras.

 

Faust, mon Faust, de ma terre lointaine,

J’étais venue à toi,

Et tu te détournes de moi.

Je pars, Marguerite, j’ai trop de peine.

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,

Oui, Monsieur Chi,

Oui, Monsieur Nelle,

Oui, Monsieur Polichinelle.

 

L’Errance
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Published by Marco Valdo M.I.
15 octobre 2019 2 15 /10 /octobre /2019 13:15

 

LE CHEVAL VERT

 

 

Version française – LE CHEVAL VERT Marco Valdo M.I. – 2019

Chanson italiennePoeta CompañeroJemima Zeller – 1974

 

 

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

Mon ami Marco Valdo M.I., tu surprendras toujours lecteur par les titres que tu donnes aux chansons que tu écris ou aux versions françaises de chansons conçues en d’autres langues. Ainsi en va-t-il de ce Cheval vert, anima passablement surréaliste. J’aimerais quand même que tu m’expliques comment ce Poeta compañero, Poète Camarade ou à la rigueur, Camarade Poète est devenu un Cheval vert ; là, les bras m’en tombent, façon de parler.

 

Eh bien, Lucien l’âne mon ami, comme je te l’ai déjà expliqué, les titres ont comme fonction d’attirer l’attention, de susciter la question, d’éveiller le regard du lecteur ; par ailleurs, ils ont aussi l’usage de donner une signification, de tracer un rai de lumière au travers du brouillard des messages nébuleux qui encombrent l’horizon de nos temps. Et comme on peut le voir, ce Cheval vert a parfaitement atteint cet objectif. Voici qui répond à ta question, je suppose ?

 

Certainement pas, Marco Valdo M.I. mon ami, car ce que tu dis là, je le savais avant même que tu répondes. Par contre, ce que je ne sais toujours pas, c’est ce que vient faire ici ce Cheval vert en lieu et place de ce Camarade Poète.

 

En effet, Lucien l’âne mon ami, tu as parfaitement raison, je n’ai rien dit du cheval vert et de son poète compagnon. Alors, voici : en 1935, à Madrid, au temps où en Italie, Carlo Levi était mis en prison, un citoyen chilien, le dénommé Neftalí Ricardo Reyes Basoalto, par ailleurs poète, fondait une revue de poésie dont le titre était CABALLO VERDE, littéralement : Cheval vert et en assurait l’édition et la direction sous le nom (de plume) de Pablo Neruda. Or, il ne s’agissait pas vraiment d’une revue politique au sens habituel du mot, mais bien plus d’un brûlot proche du courant surréaliste qui traversait depuis quelques années déjà la culture du temps. Ce Cheval vert avait comme idée de porter à travers le monde la poésie « impure ».

 

C’est de plus en plus mystérieux, dit Lucien l’âne, je me demande ce que peut bien être une poésie impure portée par un cheval vert. Dis-moi.

 

Eh bien, voilà, reprend Marco Valdo M.I., cette poésie impure avait comme sens de mettre en question le statut de l’objet poétique tel que l’entendait la poésie « pure » ; ce qui, soit dit en passant, recélait purement et simple une révolution. Le Cheval vert de Madrid se cabrait face à la Nueva Poesia de Séville. En clair, Neruda affirmait ainsi que tout est objet de poésie, alors que d’autres tenaient à l’existence d’un monde à part, d’une chasse gardée, où seuls seraient admis certains aspects de la vie et du monde et que dès lors, en seraient bannis tous les autres. Il y aurait donc un univers poétique, en quelque sorte réservé à une élite (forcément à une élite) et le reste des choses et des gens considérés comme impropres et exclus du domaine poétique. On mettait le trivial et le réel à la porte ; on interdisait à la vision poétique de dévoiler les vérités cruelles du monde. En poésie aussi, c’était le règne des tabous. Voilà pour la ligne de partage et voilà ce contre quoi se dressait le Cheval vert. Mais il eut une vie courte, tellement courte que son quatrième numéro fut le dernier et pire, lui qui était déjà imprimé, ne fut jamais plié, ni a fortiori, publié pour cause de guerre civile en Espagne et depuis ce 18 juillet 1936, personne n’en a retrouvé la trace.

 

Si je comprends bien, dit Lucien l’âne, de ce Cheval vert, on ne connaît que trois numéros de 20 pages ; alors, pourquoi en faire un tel cas ?

 

Pour plusieurs raisons, répond Marco Valdo M.I. ; la première étant qu’il est une des premières victimes des généraux félons qui ont détruit et déshonoré l’Espagne et massacré sa culture et ses habitants ; la deuxième étant que cette minuscule revue rassemblait une grande part de la poésie de son temps aussi bien d’Espagne que d’Europe et d’Amérique et au-delà. Elle fut le rendez-vous des poètes du monde entier face au nationalisme hispanique et à tous les autres. En ce sens, c’était une publication prophylactique. La troisième est que je voulais une fois encore souligner le rôle de Cassandre que sont amenés à jouer – souvent sans le savoir – les poètes et les textes poétiques : poèmes ou chansons, comme on voudra. La quatrième raison est que ce Cheval vert et son goût de la poésie impure sont l’origine de ce Canto General de Pablo Neruda, qui est sans doute un des poèmes les plus célèbres du siècle dernier.

 

Oui, d’accord, mais alors, dit Lucien l’âne, je me demande toujours pourquoi cette chanson s’intitule en italien le camarade poète ?

 

Oh, Lucien l’âne mon ami, car elle entend célébrer plus particulièrement le Pablo Neruda militant politique et frère des Mapuches, raconter certains épisodes de sa vie et par la même occasion, en oublier beaucoup d’autres. Disons qu’elle met l’accent sur le compagnon de route de Salvador Allende et de cette révolution pacifique au Chili que les « boys de Chicago » assassinèrent un 11 septembre, très exactement le 11 septembre 1972.

 

Je comprends maintenant ton titre, dit Lucien l’âne et même, j’approuve totalement ce choix qui met en perspective les deux drames qui balisent la vie du poète chilien : celui de 1936 à Madrid et celui de 1972 à Santiago. Ceci dit, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde révoltant, pur, trop pur, nationaliste, trop nationaliste et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


 


 


 

Dans le ciel bleu de Santiago,

Le 12 juillet d’il y a tant d’années,

La courte saison des fleurs est passée ;

Puis, ton esprit s’est enfui très haut :


 

Dans une nuit qui jamais n’aura de fin,

Sang du peuple araucain et cendres.

Dans l’obscurité, il y eut un rai de lumière

Quand Gabriela te tendit sa main.


 

Poète compañero de la liberté,

Dans tout l’univers,

Ton nom vivra toujours.


 

Là-bas, en Espagne, fracas des sons,

Un cheval vert dans le ciel s’est dressé,

Mais la violence des généraux félons

Dans le sang, a tout brisé.


 

Rouge est la couleur de ta plume

Qui de l’Espagne retrace l’histoire

Et à maudire les chacals et les hyènes,

Elle court sur des feuilles baignées de larmes


 

Poète compañero de la liberté,

Dans tout l’univers,

Ton nom vivra toujours.


 

Quand Stockholm honora ton nom,

Tu ressentis la joie, mais tu sentis l’agonie

Quand ton esprit revenait à ce nom

D'Araucanie, à ta première Marie.


 

Quand la mort choisit ton jour

En ce septembre amer et lourd,

Tu trouvas la force d’un dernier cri

Contre les putschistes vendus aux Yankees.


 

Poète compañero de la liberté,

Dans tout l’univers,

Ton nom vivra toujours.


 

Poète compañero de la liberté,

Dans tout l’univers,

Ton nom vivra toujours.


 
LE CHEVAL VERT
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