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2 janvier 2020 4 02 /01 /janvier /2020 21:32
FORT CANARD EST TOUJOURS DEBOUT

 

Version française – FORT CANARD EST TOUJOURS DEBOUT – Marco Valdo M.I. – 2019

Chanson allemande – Entenhausen bleibt stabil – Die Toten Hosen – 2002

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Ceci, Lucien l’âne mon ami, est nettement une chanson parabolique, à moins qu’il ne faille dire : parabolienne ou parabolesque. Au vu de ses intentions, je pencherai nettement pour parabolesque en donnant ainsi une immédiate perception de son double caractère : c’est une chanson qui est à la fois, une parabole et une figure grotesque – c’est-à-dire qui relève de l’art grotesque.

 

L’art grotesque, répond Lucien l’âne, nous est très familier en tant que genre, comme le sont toutes ses dérives avec lesquelles il se mêle et se confond : loufoque, dada, expressionniste, burlesque et sans doute, d’autres encore. C’est un vrai carnaval. Je dis « en tant que genre », car évidemment, je ne suis pas une encyclopédie sur le sujet, mais je vois bien de quoi on cause et c’est une manière d’être et de faire qui me convient. Je comprends donc clairement ce « parabolesque » et par exemple, je me souviens que tu as fait ressurgir une chanson dada cent ans après sa création en 1916. C’était la « Totentanz » d’Hugo Ball ; mais je ne comprends pas cet énigmatique titre « Fort Canard est toujours debout ». Si tu voulais me l’expliquer, j’en serais très honoré.

 

Là, Lucien l’âne mon ami, tu es un persifleur, tu me taquines. Qu’à cela ne tienne, je m’en vas te l’expliquer ce « Fort Canard est toujours debout ». Note d’abord que c’est le résultat d’un exercice compliqué de translation multilingue. Comme on peut sen douter, tout repose sur la signification de « Entenhausen ».

 

Oui, murmure Lucien l’âne, mais encore.

 

En cherchant bien, sauf à connaître déjà la signification de cet étrange mot – auquel cas le problème ne se pose pas, répond Marco Valdo M.I., on finit par savoir que c’est le nom allemand de Duckburg, qui était le fort que Cornélius, un très ancien aïeul de Donald Duck, avait acquis et en avait expulsé les Espagnols. C’était il y a à peu près deux siècles. Ce nom a été repris pour désigner en Allemagne un parc d’attraction à l’enseigne du Canard. Ensuite, on reprend l’explication à Duckburg, dont Entenhausen est l’exact calque allemand, qui en français est littéralement « Fort Canard ». Cependant, le titre de la chanson est en outre polysémique. Il renvoie certainement à un grand air de Charles Gounod : « Le Veau d’Or est toujours debout » et à sa dénonciation d’une humanité trop avide d’or, qui est une sorte d’arabesque tracée autour de la Guerre de Cent Mille Ans où les riches (passés, présents et futurs et leurs aspirants et concurrents) font une guerre sournoisement – jusqu’à l’appeler la paix – aux pauvres afin de conserver leurs privilèges, d’accroître leurs richesses et le pouvoir qui les impose et les maintient.

 

Tout ça est magnifiquement dit, Marco Valdo M.I. mon ami, mais de quoi cause précisément la chanson ; en somme, quel est son argument ?

 

Je te dirais volontiers, Lucien l’âne mon ami, qu’elle raconte l’histoire contemporaine à la manière de ces titres de journaux que chaque jour, elle suscite : une série de guerres, de catastrophes, de massacres dans lesquels le monde s’enfonce et se dissout et où seul résiste ce Fort Canard, où seul « Fort canard est toujours debout » et le sommet de la parabole est celui-ci :

 

« Peu importe ce qui nous arrive maintenant

Et que le monde entier s’effondre,

Fort Canard est toujours debout.

Quand tout s’écroule ici,

À Disneyland, qui s’en soucie ? »

 

Ainsi, ce qu’il faut comprendre, c’est que ceux qui sont restés au-dedans de Fort Canard se trouvent dans un monde sans souci, le monde de Disney et n’ont pas à se soucier, ne se soucient pas et n’ont plus de soucis : ils sont drogués, sous l’influence efficace et prospère du puissant anesthésique animalier jamais inventé, issu des USA.

 

Je pense, conclut Lucien l’âne, qu’il est grand temps de ne pas se laisser embourber dans tout cet univers frelaté de l’« entertainment », cet opium du consommateur et du citoyen, distillé en continu et sans interruption par les médias. Alors, tissons le linceul de ce vieux monde fascinant, fascisant, joyeux, rigolo, rigolard et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Plus de cigares de Cuba, soulèvement en Irak,

Otages en Somalie, crise du dollar à New York,

Lettres piégées en Autriche, guerre civile au Pakistan,

Chaos en Italie, Coca Cola en Chine.

 

 

 

Plus de forêt au Brésil, le Japon chasse la baleine,

Virus tueur au Congo, guerre de la banane au Panama,

Mort par silicone à Hollywood, famine au Rwanda,

Plutonium en mer du Nord et Homos au Vatican.

 

 

 

Peu importe ce qui nous arrive maintenant

Et que le monde entier s’effondre,

Il y en a au moins un qui résiste.

 

 

Fort Canard est toujours debout,

Fort Canard est toujours debout.

 

 

 

Corruption à Mexico, la mafia à Moscou,

Plus de café du Nicaragua, pas de méthadone pour Amsterdam,

Pénurie d’eau au Zaïre, inondations au Portugal,

Sectarisme à Téhéran et feu au Soudan.

 

 

 

Peu importe ce qui nous arrive maintenant

Et que le monde entier s’effondre,

Il y en a au moins un qui résiste.

 

 

Fort Canard est toujours debout ;

Oui, Fort Canard est toujours debout,

Fort Canard est toujours debout,

Fort Canard est toujours debout.

 

 

Terreur à Bogota, attentat en Espagne,

Soulèvement à Malte, crise de foi en Syrie,

Chute de la monarchie en Angleterre, l’Islam emporte la Turquie,

Fascisme en Israël, mégalomanie en France.

 

 

 

Peu importe ce qui nous arrive maintenant

Et que le monde entier s’effondre,

Fort Canard est toujours debout.

Quand tout s’écroule ici,

À Disneyland, qui s’en soucie ?

 

 

Fort Canard est toujours debout,

Fort Canard est toujours debout,

Fort Canard est toujours debout !

 

FORT CANARD EST TOUJOURS DEBOUT
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Published by Marco Valdo M.I.
1 janvier 2020 3 01 /01 /janvier /2020 22:10

 

Douze Heures sans Pluie

 

Chanson française – Douze Heures sans Pluie – Marco Valdo M.I. – 2019

 

ARLEQUIN AMOUREUX – 33

 

Opéra-récit historique en multiples épisodes, tiré du roman de Jiří Šotola « Kuře na Rožni » publié en langue allemande, sous le titre « VAGANTEN, PUPPEN UND SOLDATEN » – Verlag C.J. Bucher, Lucerne-Frankfurt – en 1972 et particulièrement de l’édition française de « LES JAMBES C’EST FAIT POUR CAVALER », traduction de Marcel Aymonin, publiée chez Flammarion à Paris en 1979.

 

 

Art en sor décoloré

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

Oh, Lucien l’âne mon ami, Je pense que comme moi, depuis longtemps, tu sais que notre Arlequin napoléonien – il faut comprendre strictement : « du temps de Napoléon » – est une figure animée d’un personnage-type qui parcourt en tous sens et par tous les temps les pays d’ici et d’ailleurs. Ce n’est pourtant ni un pèlerin, ni un exilé ; ce n’est pas vraiment un nomade – le nomadisme est un mode de vie ; c’est à proprement parler un fugitif, un fuyard, un homme traqué ou qui toujours se sent tel. Ce n’est pas qu’il veut se déplacer, c’est qu’il le doit. C’est une destinée, pas un choix. Dans le langage des diplomates de nos jours, le terme qui me paraît le mieux le définir serait « personne déplacée ». (Et déplacé dans ce monde, il l’est à plus d’un titre, mais c’est toute une histoire – celle que je raconte). Donc, une « personne déplacée » sous-entendu : par les circonstances externes à sa volonté. Pour lui, la fugue n’est pas un mode de vie, c’est une manière de survivre.

 

Je connais ça, en effet, Marco Valdo M.I. mon ami, depuis les siècles que je vagabonde. Le pire, c’est que le fuyard – ainsi conçu – fuit toujours vers un ailleurs qui est nulle part. Son chez lui n’existe plus et il n’est pas certain qu’il existe un chez soi.

 

Eh bien, Lucien l’âne mon ami, si tu sais ça, tu sais ce que ressent notre Arlequin qui vient d’enterrer Barbora avec son enfant, l’un sur l’autre et qui reprend son odyssée solitaire. C’est ce moment que raconte la chanson. Mathieu se remet en route, plus misérable encore de ce trou dans le cœur. Il est dur son métier de déserteur.

 

C’est dur déjà la solitude vagabonde, dit Lucien l’âne, mais elle est pire sous la pluie quand elle est froide et qu’elle n’en finit pas.

 

Notre Arlequin, répond Marco Valdo M.I., notre Arlequin est déprimé, perdu, écrasé par le chagrin, peut-être, qui sait ? Peut-être est-ce une immense lassitude, mais il lui faut repartir, vaille que vaille. Il titube, sa vie bégaye. C’est pour faire ressortir ces hoquets de l’existence, ces hésitations du destin, que j’ai eu recours à une forme poétique, elle-même un peu stochastique.

 

Eh, dit Lucien l’âne, c’est un bégaiement poétique. Il me semble me souvenir d’un poème de Charles Cros qui en usait ainsi.

 

Précisément, Lucien l’âne, tu as l’oreille fine et la mémoire asinesque. C’est chez Charles Cros [par ailleurs, inventeur du télégraphe, de la photographie en couleurs, du paléophone et tout ça avant 1870 : un fameux zig, ce mec !] que j’ai été chercher cette forme particulière – dans un poème d’origine « indo-provençale », intitulé « Le Hareng saur ». Ce « Hareng saur » est si célèbre qu’on en a fait un genre littéraire : « le monologue fumiste ». Si tu veux, je peux te le réciter intégralement.

 

Oh, s’exclame Lucien l’âne, je peux le faire aussi. D’ailleurs, le voici, intégralement :

 

« Le hareng saur

Il était un grand mur blanc – nu, nu, nu,
Contre le mur une échelle – haute, haute, haute,
Et, par terre, un hareng saur – sec, sec, sec.

Il vient, tenant dans ses mains – sales, sales, sales,
Un marteau lourd, un grand clou – pointu, pointu, pointu,
Un peloton de ficelle – gros, gros, gros.

Alors il monte à l’échelle – haute, haute, haute,
Et plante le clou pointu – toc, toc, toc,
Tout en haut du grand mur nu – nu, nu, nu.

Il laisse aller le marteau – qui tombe, qui tombe, qui tombe,
Attache au clou la ficelle – longue, longue, longue,
Et, au bout, le hareng saur – sec, sec, sec.

Il redescend de l’échelle – haute, haute, haute,
L’emporte avec le marteau – lourd, lourd, lourd,
Et puis, il s’en va ailleurs – loin, loin, loin.

Et, depuis, le hareng saur – sec, sec, sec,
Au bout de cette ficelle – longue, longue, longue,
Très lentement se balance – toujours, toujours, toujours.

J’ai composé cette histoire – simple, simple, simple,
Pour mettre en fureur les gens – graves, graves, graves,
Et amuser les enfants – petits, petits, petits. »

 

Et puis mainteannt, tissons le linceul de ce vieux monde humide, mide, mide, mide et cacochyme, chyme, chyme, chyme.

 

Heureusement, ment, ment, ment !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Mathieu a les yeux secs – secs, secs, secs

Et la bouche serrée pis qu’un bec – bec, bec, bec,

Un regard sans nœud – nœud, nœud, nœud

Peut-être n’est-il pas malheureux – reux, reux, reux.

 

Mathieu s’en va en solitaire – taire, taire, taire ;

La route du futur est brumeuse – meuse, meuse, meuse ;

Au loin, elle se perd – perd, perd, perd.

Il rumine sa colère fuligineuse – neuse, neuse, neuse.

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

Brouillé avec les autres quinquins – quin, quin, quin

Pour d’obscurs conflits pourris – ourris, ourris, ourris

Faust se fait un nouvel ami – ami, ami, ami

De ce polichinelle irisé, nommé Arlequin – quin, quin, quin.

 

La jambe en sautoir, se traîne Arlequin – quin, quin, quin.

« Dottore, déjà douze heures sans pluie – pluie, pluie, pluie.

J’ai connu de pires malheurs dans ma vie – vie, vie, vie.

La fin de ces mourants est un bien – bien, bien, bien. »

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

Matthias à nouveau vagabond, avance – vance, vance, vance ;

Parfois même, il fait grande bombance – bance, bance, bance

Et se contorsionne toute la nuit sur la paille – paille, paille, paille.

Au diable une vie pareille, je défaille – faille, faille, faille !

 

Le déserteur anonyme fait peine à voir – voir, voir, voir

Avec sa taille de traviole, tout trébuchant – chant, chant, chant.

« Où va-t-on ? », lui demande Faust en toussant – sang, sang, sang.

« Au diable pour leur échapper, du matin au soir – soir, soir, soir. »

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

 

Douze Heures sans Pluie
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Published by Marco Valdo M.I.
30 décembre 2019 1 30 /12 /décembre /2019 13:36

 

Barbora

 

Chanson française – Barbora – Marco Valdo M.I. – 2019

 

ARLEQUIN AMOUREUX – 32

 

Opéra-récit historique en multiples épisodes, tiré du roman de Jiří Šotola « Kuře na Rožni » publié en langue allemande, sous le titre « VAGANTEN, PUPPEN UND SOLDATEN » – Verlag C.J. Bucher, Lucerne-Frankfurt – en 1972 et particulièrement de l’édition française de « LES JAMBES C’EST FAIT POUR CAVALER », traduction de Marcel Aymonin, publiée chez Flammarion à Paris en 1979.

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

Finalement et sans doute, heureusement, oui, heureusement, dit Marco Valdo M.I., Barbora et Lukas, son garçon, étaient morts.

 

Heureusement ?, Marco Valdo M.I. mon ami, je le pense aussi. Simplement, même quand les gens le pensent au plus intime de leur conviction, ils évitent la plupart du temps de révéler leur vrai sentiment, ils font une figure d’enterrement et jouent la sinistre comédie du deuil et du chagrin falsifié car, disent-ils, si jamais on les interroge, ça ne se dit pas, ça ne se fait pas. Et voilà le monde plongé dans un malodorant bain d’hypocrisie. Moi, ce qui m’intrigue vraiment, c’est le pourquooi d’un tel maquillage, la raison profonde d’un tel travestissement ; est-ce religion, est-ce rite, est-ce superstition, est-ce qu’en-dira-t-on ?

 

À mon sens, Lucien l’âne mon ami, un peu tout ça, à la fois. Mais disons-le tout net, cette double mort était une circonstance bienfaitrice, un aléa salvateur, même si cela consterne notre Arlequin, qui n’a pas beaucoup les moyens d’y faire face ; il en sort complètement ruiné. Il n’avait pas le choix non plus, car c’est à lui et à lui seul que revient de donner les soins à ces ex-êtres. Et en premier lieu, il lui incombe de leur donner un nom, une identité éphémère et une vie honorable ; en somme, effacer toute trace du néfaste destin qui les avait marqués. Pour ce faire, une seule voie s’offrait à lui : les adopter au moins à titre posthume. Il épousa donc Barbora morte et il fit de ce fait, de l’enfant, son propre fils, qui – hasard du calendrier – fut prénommé Lukas, du nom du saint du jour. Ainsi, tout fut transcrit dans les registres.

 

Tout compte fait, dit Lucien l’âne, ce n’est pas plus mal et globalement, ça clôture cet épouvantable épisode de Barbora et ça évite toutes les questions sur le passé. Néanmoins, le déserteur devra à nouveau déserter, fuir et fissa, encore.

 

Certes, dit Marco Valdo M.I. ; cependant, la chanson est l’histoire de l’enterrement de Barbora et de Lukas ; un enterrement de pauvres parmi les enterrements de pauvres, lesquels s’efforcent d’être décents malgré les ravages de la Guerre de Cent Mille Ans que leur font les riches dont les funérailles, les obsèques ne sont que parades, cortèges et monuments, les derniers feux de l’arrogance ambitieuse de la domination, la glorification de l’égo d’un monde en mal de surdimension. C’est un enterrement de pauvres tout entier obéré par l’argent ; nulle institution ne prenant à sa charge ces dépenses, les derniers restes de la dot que Matthias avait commencé à constituer pour Barbora, se sont ainsi évaporés.

 

Oh, dit Lucien l’âne, à propos de chansons d’enterrement, de funérailles, de cérémonies funèbres, outre que celles que fit Georges Brassens : Les Funérailles d’Antan, Oncle Archibald, Grand-père, Le Temps passé, La Ballade des Cimetières, Le Fossoyeur, Le Testament, Le Codicille, Les Quatre-z-Arts, et peut-être d’autres encore que j’aurais omises et cet incroyable Enterrement de Cornélius, que chantait Gilbert Bécaud, il me souvient que toi aussi tu en fis. De mémoire, L’Enterrement d’Alberto, Rouge pour l’Éternité, Les Funérailles de Franco.

 

En effet, Lucien l’âne mon ami, mais puisque tu as amorcé une liste de chansons de référence, spécialement pour celle-ci, qui se termine par :

 

« Oh, Barbora, quelle connerie, la vie ! »

 

tu noteras qu’il s’agit au mot près – vie au lieu de guerre – d’une quasi-citation de cette chanson de Prévert au titre lui aussi presque identique : Barbara. Une allusion que j’avais déjà faite dans une chanson intitulée : « Oh, Barbara, il gelait sur l’Elbe... ».

 

Quant à Prévert, dit Lucien l’âne, je ne pense pas qu’on puisse ignorer ici la « Chanson des Escargots qui vont à l’Enterrement », qui elle aussi traite avec une pudique dérision ce sujet généralement considéré comme grave. Alors qu’il conviendrait mieux de le considérer comme un moment de réjouissance : pour le mort, c’est un temps apaisant, quand ce n’est pas une vraie libération de mille douleurs – « il n’aura plus jamais mal aux dents », comme avait si bien remarqué Brassens. Ave, Marco, morituri te salutant ! Gaudeamus ! Enfin, tissons le linceul de ce vieux monde mortel, mortifère, morticole, mortuaire, mourant et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

L’obituaire de la paroisse,

Les mentionne tous les trois :

Le père, le Marionnett-Spieler : Kuře Matthias.

L’enfant et la mère : Kuře Lukas et Kuře Barbora.

 

Le vendredi, sous la pluie, on les met en terre.

Chez le curé s’échouent soixante kreutzers,

Dix-huit échoient au maître et aux chanteurs,

Matthias en débourse encore dix pour le sonneur.

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

 

Pour ensevelir ensemble sous terre

L’enfant dans les bras de la mère,

Dans le même trou, sans cri, ni pleur,

Quinze kreutzers défrayent le fossoyeur.

 

Le cœur de Matthias donne de la bande,

Il va de guingois comme en contrebande.

Faust et Geneviève suivent en boitillant :

Triste vendredi, triste théâtre, triste enterrement.

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

Barbora égarée dans le martyrologe,

Matthias marche l’œil à terre,

Perdu en un muet monologue :

« Où est la justice sur cette terre ? »

 

Barbora, sa femme très chérie, partie,

Lukas, son fils, perdu à peine né,

Au pas, Arlequin amer serine atterré :

« Oh, Barbora, quelle connerie, la vie ! »

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

 

 Barbora
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Published by Marco Valdo M.I.
24 décembre 2019 2 24 /12 /décembre /2019 22:00

 

L’Enfant de Barbora

 

Chanson française – L’Enfant de Barbora – Marco Valdo M.I. – 2019

 

ARLEQUIN AMOUREUX – 31

 

Opéra-récit historique en multiples épisodes, tiré du roman de Jiří Šotola « Kuře na Rožni » publié en langue allemande, sous le titre « VAGANTEN, PUPPEN UND SOLDATEN » – Verlag C.J. Bucher, Lucerne-Frankfurt – en 1972 et particulièrement de l’édition française de « LES JAMBES C’EST FAIT POUR CAVALER », traduction de Marcel Aymonin, publiée chez Flammarion à Paris en 1979.

 

 

 

« Oh, Barbora, tu connaîtras le bonheur sur terre ! »

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

Comme le dévoilait déjà la précédente chanson du cycle d’Arlequin amoureux, dit Marco Valdo M.I., la fille Barbora était enceinte et bien proche d’accoucher. Jusque-là, dans cette interminable fuite, elle s’était comportée avec le courage, la bonne volonté et l’obstination nécessaires. Et tout ça, sans jamais se plaindre.

 

Je me souviens très bien de ça, dit Lucien l’âne. Sans doute également, elle n’avait pas trop le choix ; sauf évidemment à vouloir tenter l’aventure en solitaire, il lui fallait suivre Matthias. De plus, j’ai comme l’impression qu’elle s’accrochait à lui aussi, car pour tout dire, elle l’aimait ; à sa manière, secrète et silencieuse.

 

Oui, sans doute, Lucien l’âne mon ami. Ici, durant la veillée natale, j’écris et je vais publier cette chanson, qui ferait un émouvant conte de Noël. Écoute voir ! D’abord, la belle enfant qui a trouvé refuge et gîte dans une habitation de fortune, est prise des préliminaires annonciateurs de l’enfantement et Matthias, qui est le seul être vivant à ses côtés, se dévoue tant et plus. Le voilà seul à présent à monter son petit théâtre, ameuter le public, jouer et rejouer Faust et Geneviève – tout son répertoire pour ramener de quoi nourrir et encourager la malheureuse Barbora.

 

« Oh, Barbora, tu connaîtras le bonheur sur terre ! »

 

Voilà une magnifique promesse, dit Lucien l’âne.

 

Le mieux de l’histoire, répond Marco Valdo M.I., c’est que Matthias s’y tiendra. Grâce à toute cette agitation, à ses efforts, elle connaît un petit bonheur. Un soupçon ou une grande goulée, mais du bonheur et sans doute aussi, pour la première fois dans toute sa vie.

 

Ah, dit Lucien l’âne, ça fait plaisir ; mais comme disait Lætitia : « Pourvu que ça dure ! »

 

Procédons à partir de là, reprend Marco Valdo M.I., comme le suggère la sagesse (?) populaire, les meilleures choses ont un temps et il est souvent bien court (Est-ce ainsi que les hommes vivent ?).

 

« Cœur léger cœur changeant cœur lourd
Le temps de rêver est bien court
Que faut-il faire de mes jours
Que faut-il faire de mes nuits
Je n’avais amour ni demeure
Nulle part où je vive ou meure
Je passais comme la rumeur
Je
m’endormais comme le bruit. »

 

Et très rapidement, les événements se précipitent. Un matin, Barbora met au monde un garçon et dans la fin de l’après-midi, elle meurt – probablement d’épuisement. La conséquence, c’est que Matthias se retrouve à devoir s’occuper de l’enfant et des funérailles de la mère. Mais là aussi, tout se précipite et l’enfant – un garçon nommé Lukas, meurt – lui aussi, las de vivre.

 

Oh, dit Lucien l’âne, il a bien fait de se laisser aller, car pour lui, la vie ne se présentait pas sous de riants auspices. Alors, ne pouvant rien pour lui, ni pour sa mère, tissons le linceul de ce vieux monde pluvieux, humide, malheureux, catastrophique et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Il pleuvait. Il tombait des cordes sans arrêt.

Le temps de la récolte était passé.

Au tronc d’un pommier, Barbora s’appuyait

Ses jambes d’enfant l’empêchent de marcher.

 

En contre-bas, Matthias regardait

Une avoine où les javelles noircissaient.

La disette envahissait la monarchie.

De sa vareuse essorée, Arlequin protégeait la fille.

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

Et alors, Matthias jouait jusqu’à l’épuisement

Faust et Geneviève : hop, bis et encore une fois.

À l’arrière du moulin, sans bœuf, sans âne, Barbora

Hagarde, essoufflée en était à l’enfantement.

 

Chaque jour, de ses courses solitaires,

Le marionnettiste déserteur ramenait à la resserre

Des œufs, du beurre, du fromage, de la bière.

Oh, Barbora, tu connaîtras le bonheur sur terre !

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

Mardi matin, sur les neuf heures, Barbora

Enfin libérée, d’un fils accoucha.

Mardi soir, vers six heures, Barbora

Sans un cri, sans un mot, défuncta.

 

Mercredi matin, s’en vient un vicaire

Baptiser Lukas pour vingt kreutzers.

Jeudi matin, l’orphelin de Barbora –

Il pleuvait toujours – de la vie se lassa.

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

L’Enfant de Barbora
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Published by Marco Valdo M.I.
23 décembre 2019 1 23 /12 /décembre /2019 20:14

 

SIROCCO

 

Version française – SIROCCO – Marco Valdo M.I. – 2019

Chanson italienne – Scirocco – Francesco Guccini – 1987

Paroles : Francesco Guccini

Musique : Francesco Guccini – Juan Carlos Biondini [Flaco]

 

1. Album : Note di viaggio – Capitolo 1: Venite avanti – Interprète : Carmen Consoli [2019]

2. Album : Signora Bovary [1987] – Francesco Guccini [1987]

 

 
 
 
 
 
 

 

Toi derrière la vitre d’un bar discret,

Assis à une table de poète français

Avec béant de doutes, ton sempiternel visage

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

Je pense, Lucien l’âne mon ami, que tu connais très bien ce sirocco, ce vent des sables, ce vent sec et brûlant qui tombe brusquement sur les villes et qui sème aussi sûrement le chaud que la bise glacée de l’hiver sème l’effroi. L’un comme l’autre vident les boulevards et les esplanades ; ils créent pour un instant un autre climat passablement insalubre et inhospitalier.

 

 

Certes, dit Lucien l’âne, ce sont des courants d’airs venus d’ailleurs, qui amènent dans leurs basques des effluves étranges qui bouleversent le paysage olfactif. À moi, ces senteurs lointaines me plaisent beaucoup ; elles rompent la monotonie des jours et des climats ; elles mettent une autre ambiance. Ces souffles plient autrement les grands voiles de l’espace. Le sirocco est particulier cependant ; il fait sonner la musique du désert lointain ; il fait y entendre le chant des regs, des ergs et des dunes, comme les miaulements et les feulements d’un énorme guépard. Il emporte très loin les sauterelles en de sombres nuages et les cris des suricates et des fennecs. Quant à la bise du pôle, elle purifie en quelque sorte l’atmosphère – qui en a bien besoin, et même de plus en plus de nos jours – et décantent les rues des importuns et des bégueules. C’est un vent rempli d’humeurs prophylactiques et ses froidures et ses pluies éliminent sévèrement les insectes urticants et les microbes infects. Il s’agit pourtant de se brosser énergiquement le poil.

 

 

Évidemment, dit Marco Valdo M.I., c’est même le temps pour toi de porter ton célèbre bonnet et d’y enfourner tes oreilles. Mais tout ceci nous éloigne du récit de la chanson, qui raconte une brève rencontre manquée entre un poète attablé à la vitrine d’un café à la mode de Paris, mais néanmoins italien, et de sa muse, elle-même italienne.

 

 

Une affaire intemporelle, si tu veux mon avis, dit Lucien l’âne.

 

 

Relativement, en tout cas, reprend Marco Valdo M.I. ; toutefois, vu ainsi, ce sirocco est un vent qui soupire à l’intérieur des gens. Il conte une banalité comme il en rencontre des millions d’autres dans son parcours erratique. Il raconte une histoire quotidienne, qui se répète quasiment à l’identique chaque jour, même quand il ne souffle pas. Mais heureusement, il le raconte en chanson.

 

 

C’est ce qui fait son intérêt, dit Lucien l’âne, sinon qui l’aurait entendu. En somme, voilà à quoi sert la chanson : faire voir le banal et le quotidien au travers des yeux des vents. Alors, miracle, on voit tout différemment et ça donne à penser et oserais-je le mot, à ruminer. Sur ce, tissons le linceul de ce vieux monde venteux, brûlant, glacial, aride, odorant et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 

 

 

 

Rappelle-toi ce sirocco luminescent balayait les rues,

Mystifiait la réalité et la rendait irréelle.

En un assaut baroque, les tours montaient au ciel

Et dans la rue des Juifs, les voiliers poursuivaient les nues.

Toi derrière la vitre d’un bar discret,

Assis à une table de poète français

Avec béant de doutes, ton sempiternel visage

Et dans un verre, un peu de rouge ordinaire…

Je pensais entrer pour prendre un verre…

Et parler des nuages.

 

 

Mais elle est arrivée affairée dansant dans le rose

D’une robe vichy qui s’enroulait autour de sa taille

Et elle commença à parler et commanda quelque chose

Dans le ciel extasié, les nuages couraient à la bataille…

Les larmes s’ajoutèrent au lait de ce thé,

Les mains dessinèrent des rêves et des certitudes…

Mais moi, je savais à quel point tu te sentais tiraillé.

Entre elle et l’autre, que tu ne pouvais pas laisser…

Entre vos deux fils et l’autre attitude,

Tu semblais paralysé…

 

 

Avec un dernier geste, elle se levait

Puis sans se retourner, elle partait

Tandis que ce vent la remplissait

De souvenirs impossibles

De confusion et d’images…

 

 

Il est resté comme qui se serait trompé de rue,

Errant à la recherche d’on ne sait quelle issue,

Mais il vaut mieux se souvenir d’un jour fatidique

Que de retomber dans une réalité toujours identique.

 

 

Maintenant, je ne sais vraiment pas où elle est partie

Si elle a un enfant ou comment elle meuble ses soirs,

Lui, il vit seul et partage sa vie

Entre le travail, ses vers inutiles et la routine du boire.

Ce vent de sirocco soufflait des vérités

Et tous les jours nous poussaient à ausculter,

Derrière le visage abusé des usages

Dans les sombres labyrinthes des maisons

Derrière le miroir secret de chaque visage

Au-dedans de nous, nos émotions.

 

SIROCCO
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Published by Marco Valdo M.I.
20 décembre 2019 5 20 /12 /décembre /2019 11:15

 

SOUS TERRE

 

 

Version française – SOUS TERRE – Marco Valdo M.I. – 2019

Chanson italienne – Sotto terra – Giacomo Lariccia – 2014

 

 

 

 

 

 

 

Sous terre,

Où jamais, le soleil ne brille ;

Sous terre,

Creuser dans les galeries ;

Sous terre

Où l’air est poussé de loin

Par l’amour de qui espère

Le cœur à la main.

 

 

Nous descendons au cœur de la terre

Dans une cage d’ascenseur

Fermée à la nostalgie et aux pleurs

Pour creuser dans nos cœurs, extraire

Nos souvenirs, ressasser nos douleurs,

Chercher nos erreurs.

 

 

Sous terre,

Où jamais, le soleil ne brille ;

Sous terre,

Creuser dans les galeries ;

Sous terre

Où l’air est poussé de loin

Par l’amour de qui espère

Le cœur à la main.

 

 

Nous volons dans des nuages de poussière,

Denses comme des mers,

Épais comme des murs.

Nous respirons le mal de vivre

En attendant, on espère

Qu’il ne fera pas de blessure.

 

 

Sous terre,

Où jamais, le soleil ne brille ;

Sous terre,

Creuser dans les galeries ;

Sous terre

Où l’air est poussé de loin

Par l’amour de qui espère

Le cœur à la main.

 

 

Nous transpirons dans le froid de l’enfer,

Réconfortés par la pensée

De revoir le soleil et la lumière.

On ne peut vivre une vie sensée,

Si on n’a personne

Qui vous attend à la sortie.

 

 

Et à la fin de ce travail démentiel,

Noirs comme les fumées,

Nous revoyons le ciel.

Nous traînons des lambeaux de pensées

Et en nous, nous jurons

Que nos enfants prendront

D’autres allées.

 

 

Sous terre,

Où jamais, le soleil ne brille ;

Sous terre,

Creuser dans les galeries ;

Sous terre

Où l’air est poussé de loin

Par l’amour de qui espère

Le cœur à la main.

 

SOUS TERRE
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Published by Marco Valdo M.I.
18 décembre 2019 3 18 /12 /décembre /2019 12:34

 

Heureux et content

 

Chanson française – Heureux et content – Marco Valdo M.I. – 2019

 

ARLEQUIN AMOUREUX – 30

 

Opéra-récit historique en multiples épisodes, tiré du roman de Jiří Šotola « Kuře na Rožni » publié en langue allemande, sous le titre « VAGANTEN, PUPPEN UND SOLDATEN » – Verlag C.J. Bucher, Lucerne-Frankfurt – en 1972 et particulièrement de l’édition française de « LES JAMBES C’EST FAIT POUR CAVALER », traduction de Marcel Aymonin, publiée chez Flammarion à Paris en 1979.

 

 

 

 

« Écoute, le Docteur Faust chuchote avec la mort. »

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

À propos de dialogue, Lucien l’âne mon ami, en voici un, un nouveau, un de plus entre Matthias, alias Vojtěch Boronelli et le célèbre Docteur Faust.

 

Ah, Marco Valdo M.I. mon ami, ça me fait bien plaisir de voir que notre petit manie du dialogue est aussi celle d’autres locuteurs impénitents.

 

Mais enfin, Lucien l’âne mon ami, tu sais certainement mieux que moi, du fait que tu participas des quatre pieds à la déambulation philosophique antique qui se menait au son du dialogue maïeutique, père socratique du dialogue platonicien. Je me permets de te le faire remarquer ; il fallait que cela fut dit ici.

 

Ça, dit Lucien l’âne, c’est une définition ou je n’y comprends rien. Je la retiens, car elle me plaît. Quant à moi, j’ai la maligne joie d’évoquer ici les compères dialogueurs émérites Fruttero et Lucentini, dont les échos sont venus jusqu’ici.

 

Pour faire court aujourd’hui, Lucien l’âne mon ami, je finirai par cet apparent monologue de Tristram, initiateur du dialogue majuscule de Jacques le Fataliste et son maître, lui-même se répercutant des décennies plus tard, du côté de l’Ukraine, en Marguerite et son maître, où avait ressurgi l’increvable Docteur Faust. C’est à lui que Matthias s’adresse pour s’affirmer en personne, tel un précurseur du Docteur Coué, son propre bonheur.

 

Au fait, dit Lucien l’âne, il aurait aussi bien – comme le systématisera Émile Coué (Émile Coué de La Châtaigneraie, fils d’Exupère Coué de La Châtaigneraie), s’adresser à lui-même dans ce qu’il faudrait dès lors appeler un autodialogue, pratique qui s’accorderait assez bien à l’injonction socratique du gnothi seauton.

 

Donc, je reprends dit Marco Valdo M.I., Matthias se gargarise d’une confirmation bien nécessaire, comme on le verra, tant la situation est dramatique et précaire ; on dirait qu’il en appelle à une sorte de médecine homéopathique, où cette petite dose de proclamation optimiste tente d’endiguer la vague que pressent Arlequin.

 

Oui, dit Lucien l’âne, moi aussi, je sens venir l’orage et certes, ces personnages ne sont pas d’inconscients innocents, même s’ils ne révèlent pas toujours leurs ruminations.

 

Entretemps, enchaîne Marco Valdo M.I., et pour une fois, bienheureuse elle aussi – elle est au chaud, elle a bu, elle a mangé, elle soupire – Barbora se laisse aller à une douce satisfaction. Au-dehors, la guerre militaire a recommencé ses manœuvres à travers et tout autour de l’Europe, ce qui aggrave évidemment la situation d’Arlequin le déserteur.

 

Oui, dit Lucien l’âne, les déserteurs, c’est très mal vu par les autorités et c’est aussi, du coup, un gibier très apprécié des chiens de garde et des limiers courants et face aux balles des chasseurs, il n’est pas bon d’être lièvre.

 

Donc, Lucien l’âne mon ami, la fuite doit reprendre. Pas question de stationner, même une journée, il faut repartir chaque matin. Mais Barbora, comme tu le verras, a de plus en plus de difficulté à suivre la cadence.

 

Et pourquoi donc !, s’exclame Lucien l’âne.

 

Ah, dit Marco Valdo M.I., c’est dit à la fin de la chanson.

 

Alors, conclut Lucien l’âne, voyons vite ça et tissons le linceul de ce vieux monde harceleur, mauvais joueur, flambeur, tueur et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

Docteur Johannes Faust, je suis heureux, dit Matthias ;

Barbora, paupières de plomb, yeux rougeoyants,

Rassasiée d’œuf et de pain, somnolait sur le banc ;

À cette heure, elle pique du nez, elle est lasse.

 

Barbora a mis la tête sur la table, elle dort.

Oui, je te le dis Arlecchina, je suis content ;

Juste là, au chaud, près de ce poêle, maintenant.

« Écoute, le Docteur Faust chuchote avec la mort. »

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

À nouveau, la flotte anglaise bloque les ports ;

Alors, l’infanterie française traverse encore, le décor ;

Alors, la guerre des patries reprend son sempiternel pas ;

À nouveau, les Empereurs ont besoin de soldats.

 

Au matin, le marionnettiste déserteur et toute sa smala

Recommencent à fuir à travers pluies et champs.

Mutique, l’œil hagard, la fille se traîne difficilement.

« Tu ne dis rien, tu as mal, dis-moi Barbora ? »

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

Au bord du chemin, elle trône sur son séant,

Les pieds écartés, nus, gonflés,

Barbora, plus laide qu’avant l’été,

Rit, amère, moins deux dents de devant.

 

Avec ses lèvres enflées et gercées,

Elle souffle et soupire, Barbora ;

Ses grosses mains se posent résignées

Sur son ventre gros de sept mois.

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

 Heureux et content
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Published by Marco Valdo M.I.
17 décembre 2019 2 17 /12 /décembre /2019 21:29

 

Les Verbes manquants

 

 

Chanson de langue française – Les Verbes manquants – Marco Valdo M.I. – 2019

 

 

 

Je nazis, tu nazis, il nazit

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Ah, Marco Valdo M.I., ne voilà-t-il pas que tu te mets à la conjugaison et au présent encore ! Aurais-tu des ambitions de grammairien ? J’avais bien remarqué ton goût pour de petites incursions récréatives dans le Bon Usage de Monsieur Grévisse, mais de là à te voir écrire une chanson sur la conjugaison, je te l’avoue, personnellement, je n’en reviens pas.

 

Oh, Lucien l’âne mon ami, attends un instant et tu vas comprendre de quoi il s’agit. Le fait est que cet exercice de conjugaison m’a bien amusé, mais il ne prend son vrai sens que par les verbes choisis qui sont des verbes « manquants », autrement dit qui ne se trouvent pas (encore ?) dans le dictionnaire et pour la plupart, sont absents du langage usuel. Et puis, c’est le minimum de correction, je dois bien signaler que le premier de ces verbes : « nazir », une vraie trouvaille, avait été conjugué ainsi dans les années 30 du siècle dernier par l’écrivain français Pierre Henri Cami. Déjà à l’époque, c’était un verbe « manquant » et hors cette occurrence, il l’est resté jusqu’à aujourd’hui. C’est à réparer cet oubli que je m’attelle.

 

Et sans aucun doute, Marco Valdo M.I. mon ami, tu fais œuvre utile ; mais dis-m’en plus sur ce sujet.

 

Comme je viens de l’expliquer, reprend Marco Valdo M.I., j’avais trouvé fort intéressante et significative, cette proposition de Cami d’un verbe « nazir » pour décrire le comportement et l’action des « nazis ». En raison de la qualité particulière de ce mot, car c’est carrément un verbe prophylactique. Il permet de faire apparaître toutes les faces du nazi – de la posture la plus individuelle, quasiment intime, intrinsèque : je nazis à la posture la plus générale : Ils nazillent, forme qui en français se rapproche comiquement de nasiller, qui désigne le fait de parler du nez. Quand on parcourt le déroulement de la conjugaison du présent de l’indicatif, on voit le verbe s’appliquer je : à moi ; tu : à toi ; à elle, à lui, à nous (a noï !, disaient les fascistes italiens), à vous, à eux, à elles. J’ai ajouté le féminin à la conjugaison de la troisième personne du singulier et du pluriel afin qu’on n’oublie pas non plus que les dames aussi nazillent à l’occasion et il est valable de les impliquer pour tous les verbes.

 

Oui, certainement, dit Lucien l’âne, il ne s’agit pas d’être sexiste et de négliger cette moitié de l’espèce humaine. Pour ce que j’en sais, elle est tout aussi redoutable.

 

En effet, Lucien l’âne, mais revenons au verbe « nazir » et à l’importance de le conjuguer, ce qui permet de visualiser l’action et d’en montrer les différentes dimensions. En outre, cette conjugaison actualise les faits et l’occurrence, vu les verbes qu’on avait curieusement négligés jusqu’ici : nazir, fascister, etc., on expose le péril en action. J’insiste, on n’est plus dans le discours théorique, on est dans la description. Ainsi,

 

– le nazi explicite ce qu’il fait : je nazis ;

– l’adversaire accuse clairement, pas d’entourloupe : tu nazis ;

– le journaliste ou le savant établissent nettement le fait : il nazit ;

– la bande, la meute, le groupe affirme sa pratique : nous nazillons ;

– les résistants (Ora e sempre : Resistenza !) dénoncent : vous nazillez ;

– la presse, la communauté intellectuelle confirment : ils nazillent.

 

Et maintenant, faites l’exercice nazir, puis avec les autres verbes en imaginant à qui ils peuvent s’appliquer.

 

Oh oui, dit Lucien l’âne, quelle bonne idée ! Je propose que dans les écoles, les professeurs enseignent ces verbes et fassent faire ces exercices que tu proposes en les reliant à un exemple d’actualité. Par exemple, si on prend comme exemple l’Italie actuelle, on peut faire l’exercice suivant :

 

Je fasciste, dit Salvini

Tu fascistes, dit une sardine

Il fasciste, dit la presse étrangère

Nous fascistons, disent 30 % des habitants (selon les sondages)

Vous fascistez, disent les autres habitants

Ils fascistent, dit le monde entier.

 

Certes, répond Marco Valdo M.I., ce serait une bonne façon d’apprendre à voir cette réalité sous se divers angles. Il ne reste plus qu’à attendre et voir si cette méthode va prendre, car c’est comme les semis, on ne sait jamais, s’ils vont donner le résultat escompté.

 

Bien sûr, conclut Lucien l’âne, mais en tout cas, c’est intéressant. Je pense qu’il faudra compléter cette première liste qu’établit la chanson ; d’autres verbes épouvantables pourraient qualifier les actions de nouvelles bandes surgies du ventre fécond. En Inde, par exemple, où je verrais bien un verbe « hindouir », qui désignerait les actes des bandes assassines d’Hindous et qui se conjuguerait :

 

J’hindouis, tu hindouis, elle hindouit, il hindouit, nous hindouissons, vous hindouissez, elles hindouissent, ils hindouissent.

 

Bref, on pourrait encore dire plein de choses, mais ce n’est pas le moment, alors, tissons le linceul de ce vieux monde nazifiant, fascistant, nationalant, territoirant, populistant, dictaturant, génocidant, shariant, hindouissant et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

NAZIR

 

Je nazis

Tu nazis

Il nazit – Elle nazit

Nous nazillons

Vous nazillez

Ils nazillent – Elles nazillent

 

FASCISTER

 

Je fasciste

Tu fascites

Il fasciste – Elle fasciste

Nous fascistons

Vous fascistez

Ils fascistent – Elles fascistent

 

NATIONALISTER

 

Je nationaliste

Tu nationalistes

Il nationaliste – Elle nationaliste

Nous nationalistons

Vous nationalistez

Ils nationalistent – Elles nationalistent

 

TERRITOIRER

 

Je territoire

Tu territoires

Il territoire – Elle territoire

Nous territoirons

Vous territoirez

Ils territoirent – Elles territoirent

 

POPULISTER

 

Je populiste

Tu populistes

Il populiste – Elle populiste

Nous populistons

Vous populistez

Ils populistent – Elles populistent

 

DICTATURER

 

Je dictature

Tu dictatures

Il dictature – Elle dictature

Nous dictaturons

Vous dictaturez

Ils dictaturent – Elles dictaturent

 

GÉNOCIDER

 

Je génocide

Tu génocides

Il génocide – Elle génocide

Nous génocidons

Vous génocidez

Ils génocident – Elles génocident

 

SHARIER (au passé simple)

 

Je shariai

Tu sharias

Il sharia – Elle sharia

Nous shariâmes

Vous shariâtes

Ils sharièrent – Elles sharièrent

 

HINDOUÏR

 

J’hindouis

Tu hindouis

Il hindouit – Elle hindouit

Nous hindouissons

Vous hindouissez

Ils hindouissent – Elles hindouissent

 

Les Verbes manquants
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Published by Marco Valdo M.I.
13 décembre 2019 5 13 /12 /décembre /2019 12:46

 

 

DU SOUFRE AU CHARBON

 

Version française – DU SOUFRE AU CHARBON – Marco Valdo M.I. – 2019

Chanson italienne – Dallo Zolfo Al Carbone – Giacomo Lariccia – 2014

 

 

 

 

 

 

 

 

Les mineurs qui ont émigré en Belgique étaient pour la plupart des mineurs en Italie. Une bonne part (25%) étaient des soufriers (ouvriers des mines de soufre) siciliens.


 

Dialogue Maïeutique


 

C’est exact, dit Marco Valdo M.I., mais j’ajouterai cependant ceci : une autre grande part de ces mineurs italiens étaient les mineurs de charbon des mines sardes, concentrés autour de Carbonia et Iglesias durant l’époque de l’autarcie fasciste ; paradoxalement, une bonne part d’entre eux étaient déjà des émigrés de l’intérieur, venus des autres régions d’Italie. Mais évidemment, il y avait tous les autres exilés d’après-guerre, qui s’exilaient ou qu’on exilait d’Italie pour les mêmes raisons : en gros, pour certains, la misère d’un pays ruiné par 20 ans de fantasme d’Impero ; les zones rurales ne pouvaient plus porter leurs populations et l’industrie était en pleine déconfiture et en réorganisation après les destructions de la guerre. Pour d’autres émigrants, ce qui les avait poussés à l’exil, c’était l’ostracisme politique – ainsi, dans les mines belges, au fond des galeries, les fascistes et les communistes, les miliciens et les partisans se retrouvaient côte à côte face au charbon et au grisou.


 

Sur ce sujet, Marco Valdo M.I., j’en suis sûr, tu pourrais épiloguer longuement. Pour preuve, ta chanson sur les mines de soufre de Sicile : « Néron le Sicilien ».


 

En effet, Lucien l’âne mon ami, je connais assez bien cette émigration et ses enfants et ses petits-enfants et même, à présent, ses arrières-petits-enfants qui de fait, ne sont jamais rentrés au Pays – un endroit mythique où le retour est pour la plus grande part impossible ; un rêve dans lequel il est impossible de se retrouver. Tout comme la carte n’est pas le territoire, le rêve n’est pas la réalité. Loin de là. Quand ils reviennent, ils reviennent dans un autre temps, au milieu d’autres gens, dans une autre Italie qui n’a que faire de ces fantômes d’un autre temps. Dans cette Italie – disons de maintenant – ces gens sont en fait des migrants. Cela dit, par exemple, c’est pareil pour les émigrés portugais ou grecs ou espagnols ou tous ceux d’Europe centrale ou orientale ou des émigrés turcs, africains ou asiatiques. Et ce qui est vrai pour l’exil vers l’Europe, est évidemment aussi exact pour l’exil vers les autres terres d’exil et elles sont nombreuses. Avec en plus, une sorte de jeu de vases communicants. Les vides créés par l’exil se remplissent d’immigrants, venus de terres lointaines et d’ailleurs encore plus désolants. C’est normal ; on fuit la misère partout, sauf que la misère est un phénomène relatif. La misère d’ici est vue de là-bas comme un pays de Cocagne. Sans oublier, pour en revenir aux mines et mineurs en Belgique qu’elles ont commencé par vider les campagnes belges – en Wallonie d’abord, près des charbonnages et des mines de fer et de la sidérurgie ; puis, les campagnes flamandes. À la longue, les populations migrantes se sont installées – un simple coup d’œil aux noms qui apparaissent sur les registres d’état-civil permet de retracer cette lente migration ou le nom des commerçants le long des rues ou ceux des enfants dans les écoles ou ceux des médecins qui nous soignent.


 

Et puis, dit Lucien l’âne, moi qui voyage depuis tant de temps en tant et tant de lieux, je peux attester que c’est un long et lent phénomène multipolaire et très hétérogène. Pour fixer les idées, il suffit de rappeler que les Lombards sont venus d’ailleurs et qu’on ne sait trop d’où venaient ces Étrusques qui ont peuplé la Toscane. Et, m’est avis, que ces mouvements incessants ne sont pas près de finir, même avec des barrières maritimes.


 

Pour preuve, ajoute Marco Valdo M.I., les Amériques et l’Australie sont pour une grande part (si l’on excepte le solde après massacre des « indigènes » – Amérindiens) peuplées de migrants qui ont oublié qu’ils le sont et qui font à autrui ce qu’ils n’auraient pas aimé qu’on leur fasse ou que l’on a peut-être fait à leurs ancêtres. Mais ce n’est pas une raison pour infliger à d’autres des discriminations semblables.


 

On aurait pu s’attendre, dit Lucien l’âne, que les migrants d’hier accueillent à bras ouverts et avec joie les migrants d’aujourd’hui. « Marin, ne tire pas sur un autre marin », chantait Jean Ferrat (Potemkine):


 

« Tu ne tireras pas sur qui souffre et se plaint
… Marin, ne tire pas sur un autre marin »


 

Sans doute, ont-ils oublié, la misère de laquelle ils ont fui ; mais la misère, Lucien l’âne mon ami, n’est pas la pauvreté avec laquelle on peut vivre et même souvent, mieux qu’avec la richesse. La misère et le souvenir enfoui de cette ancienne misère, la gêne d’avoir aussi été miséreux, fait perdre le sens à certains ; on dit que la misère n’est pas une bonne mère, car elle pousse ses enfants au départ. Que peut-elle faire d’autre ? C’est sans doute, au contraire, son plus grand geste d’amour. Qu’on se le dise, il n’y a rien de honteux d’avoir été miséreux et si on peut se réjouir d’en être échappé, c’est raison de plus pour ne pas y repousser les autres. Là, on touche au cœur de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les installés font aux pauvres et aux migrants pour garder leurs aises, conserver leurs privilèges, maintenir leur domination et satisfaire leurs boulimies.


 

Halte-là, Marco Valdo M.I., on pourrait encore en dire tant et plus, mais il nous faut conclure et tisser le linceul de ce vieux monde riche, replet, obèse, xénophobe et cacochyme.


 

Heureusement !


 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


 


 


 

La misère avait la couleur

Des champs où j’étais voleur ;

La saveur et le goût de la faim

Quand manque le travail, quand il n’y a rien ;

L’arrogance de ces recruteurs

Qui pour m’envoyer sous terre

Pour un jour de travail à la soufrière,

Me demandaient ma sœur.


 

On a laissé le soleil enfermé chez lui

Et nous sommes partis par le train de nuit.

Les mères criaient fort dans la gare

En agitant des mouchoirs.

On se demande assis dans ce train.

Si on les reverra, si un jour, on revient.

On se demande comme est le monde, car

De là, on n’était jamais partis bien loin.


 

Je veux fuir, nous ne sommes pas des esclaves,

Laisser le pays de ce servage.

Je veux échapper à ce patron,

Je suis passé du soufre au charbon.


 

Le monde semble pareil sous terre,

On y meurt de chaleur où qu’on soit ;

Dans l’air, les nuances de la poussière

Dessinent des monstres et puis, se noient.

Les couleurs de la fumée sur les visages

Des hommes sont des paysages

Et dans la couleur des visages,

On retrouve son village.


 

Aujourd’hui encore, on creuse la terre

Pour chercher le charbon et le diamant.

En Chine, ça fait 20 000 morts par an ;

Chez nous, ces morts-là indiffèrent.

Sous ce ciel, rien n’a changé,

Les gens dans les mines vont toujours creuser

Et ces hommes sont mes frères

Au visage couvert de la noire poussière


 

Sous ce ciel, rien n’est changé

Et le chanter, c’est folie

Pour contenter la bête d’un monde affamé

D’argent et d’énergie.


 

Mais sous terre, nous sommes tous frères.

Tous pelletant pour le même patron

Italiens, Chinois, Espagnols, Berbères,

Et nous qui avons fui le soufre pour le charbon.

 

DU SOUFRE AU CHARBON
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Published by Marco Valdo M.I.
11 décembre 2019 3 11 /12 /décembre /2019 18:24

 

Dans la Hotte

 

 

Chanson française – Dans la Hotte – Marco Valdo M.I. – 2019

 

ARLEQUIN AMOUREUX – 29

 

Opéra-récit historique en multiples épisodes, tiré du roman de Jiří Šotola « Kuře na Rožni » publié en langue allemande, sous le titre « VAGANTEN, PUPPEN UND SOLDATEN » – Verlag C.J. Bucher, Lucerne-Frankfurt – en 1972 et particulièrement de l’édition française de « LES JAMBES C’EST FAIT POUR CAVALER », traduction de Marcel Aymonin, publiée chez Flammarion à Paris en 1979.

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Malgré la peur qui le pousse à fuir encore et toujours, dit Marco Valdo, Matěj le déserteur a pris en charge Barbora, l’orpheline. Il sent qu’il en a la responsabilité tant elle lui paraît démunie face à la vie. Et en vérité, c’est le cas.

 

Évidemment, dit Lucien l’âne, ça doit lui compliquer les choses.

 

Finalement, dit Marco Valdo M.I., jusqu’ici, pas tellement et tout serait pour le mieux, s’il n’y avait en arrière-plan, Arlecchina qui régulièrement l’asticote de ses accès de jalousie. Sans doute, mal venue, mais tu sais ce qu’il en est de la jalousie.

 

Oh oui, dit Lucien l’âne, ce n’est pas un sentiment, c’est une émotion et si on peut conduire un sentiment, on ne peut maîtriser une émotion.

 

Donc, poursuit Marco Valdo M.I., Arlecchino le sait bien que Barbora dérange Arlecchina, mais qu’y faire ? Il ne peut la laisser là comme ça.

 

On dirait, suggère Lucien Lane, qu’il a hérité d’une enfant, d’une fille de dix-sept ans. Au fait, comment va-t-elle ?

 

Ce jour-là, reprend Marco Valdo M.I., celui que raconte la chanson, elle va apparemment mieux. Lui aussi ailleurs, car c’est un jour heureux. Et je m’en vais te dire en quoi.

 

Oui, certes, je t’en prie, j’aimerais savoir, dit Lucien l’âne.

 

Eh bien, Lucien l’âne mon ami, nos héros – peut-on vraiment dire nos héros tant ils sont déshérités, tant ils fuient tels les migrants à travers l’Europe. Comme tu vois, la chose n’est pas nouvelle. Donc, cela fait plusieurs jours qu’ils louvoient à travers la Bohême pour dépister les éventuels poursuivants. Mais même les maigres vivres viennent à se tarir et il faut impérativement entrer dans un village et essayer de gagner de quoi se nourrir. Pour Arlequin, le moyen de se refaire un peu de provisions et d’argent est de donner un spectacle et d’espérer de la générosité des spectateurs. C’est le destin des comédiens ambulants.

 

« Cependant, dit Arlecchino, il faut manger :

La faim est la maîtresse de l’art.

Pour ça, dit Arlecchina, il faut jouer :

Le spectacle est le maître du lard. »

 

Ah ! Ah !, la maîtresse de l’art, le maître de lard, ou inversement ; j’aime beaucoup ce rapprochement ; il me semble d’ailleurs assez juste. Et donc, répond Lucien l’âne, Matthias et Barbora vont se muer en entreprise théâtrale ?

 

Exactement, répond Marco Valdo M.I., mais comme on l’a vu, dans la hotte de Matthias, alias cette fois Vojtěch Bornelli, d’ascendance italienne, né en Bohême, sont douillettement installés tous les acteurs de la petite troupe du castelet. Arlequin va les réveiller et les mettre à l’ouvrage devant ce public improvisé qui n’en croit pas ses yeux de voir le Docteur Faust et le Diable Méphisto. L’avantage, c’est que ce public paie – certes, selon ses moyens, mais volontiers : un œuf pour un enfant, une motte de beurre pour un grand et même, en piécettes de monnaie, si précieuses. Le reste, je laisse la chanson le révéler.

 

Oui, Marco Valdo M.I. mon ami, tu as raison ; il faut toujours laisser une surprise. Alors, tissons le linceul de ce vieux monde pourchasseur, poursuiteur, limier et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Dans la hotte, les comédiens comme de petits anges

Dorment sur l’une, puis sur l’autre joue.

Arlequin et Barbora ronflent dans la nuit des granges ;

Et le jour, marchent pedibus dans la boue.

 

Chaque matin, la troupe prend une autre direction,

Détour, ruse et louvoiement de la désertion,

Pour égarer le lévrier ou le gendarme qui la poursuit ;

Sans un mot, du même pas, toute la cohorte suit.

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

Cependant, dit Arlecchino, il faut manger :

La faim est la maîtresse de l’art.

Pour ça, dit Arlecchina, il faut jouer :

Le spectacle est le maître du lard.

 

À l’auberge, dans un coin de la cour,

Bric, broc, on installe le bric-à-brac du castelet.

Matthias s’en va avec sur la tête, un joli plumet ;

Arlequin crie et tambourine dans tous les alentours.

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

Tel le joueur de flûte, au théâtre, il entraîne les enfants

Et là : muets, yeux ronds, petits et grands écoutent

Le docteur Faust et le diable Méphisto qui se disputent.

Tous ont payé : d’un œuf, d’un peu de beurre ou d’argent.

 

Le soir venu, au chaud, en la salle de l’auberge,

Sous l’œil jaloux d’Arlecchina, pour une fois,

Au chaud, à l’abri, Arlecchino et Barbora,

Contents, paisiblement, boivent et mangent.

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

Dans la Hotte
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Published by Marco Valdo M.I.