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19 novembre 2014 3 19 /11 /novembre /2014 09:34

La Croisière des Nanavortées

 

ou

 

Amsterdam-sur-eau

 

Chanson française - La Croisière Des Nanavortées ou Amsterdam-sur-eau – Agnès Varda – 1965 (+/-)

 

 

 

 

 

 

Dans les années un peu passé le milieu du siècle dernier, ou si l'on veut dans les années d'après-guerre ou de guerre froide ou après la guerre de Corée ou autour de la guerre d'Algérie ou pendant la guerre du Viet-Nam…

 

 

Quelle énumération… On dirait que le monde est étalonné par les guerres, dit Lucien l'âne un peu interloqué…

 

 

Mais précisément, c'est le cas… Évidemment, il y a une explication globale à cela, c'est que les guerres sont des événements marquants et spectaculaires. En somme, il y a de l'action et dans notre monde où l'image animée, le bruit et la rumeur font marcher le commerce des médias, les guerres sont d'un très bon rapport. C'est aussi le paysage de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres afin de maintenir et d'accroître l'écart qui les sépare de la valetaille.

 

 

Maintenir l'écart ? Accroître l'écart ?

 

 

Et bien oui ! Maintenir et accroître l'écart – soit d'une part, les riches toujours plus riches ; d'autre part, les pauvres toujours plus pauvres. Et pas seulement en ce qui concerne les biens matériels ou les conditions de vie, mais aussi dans tous les domaines. Réfléchis un instant à ceci : À quoi servirait-il d'être riches si on ne voyait pas la différence, si on ne marquait pas la différence, si on n'était pas reconnus comme tels. Donc, j'en reviens à la canzone, au milieu un peu passé du siècle dernier et à ce voyage étonnant de ces femmes sur les canaux d'Amsterdam.

 

Pourquoi Amsterdam ?, demande l'âne Lucien en agitant les oreilles pour attirer l'attention.

 

 

Tout simplement, car à l'époque, la Hollande, les Pays-Bas étaient une nation très en avance sur le reste de l'Europe en ce qui concerne les libertés et les solidarités. Du moins, pendant un moment. Ils ont un temps (trop court, malheureusement) laissé entrevoir une Europe tolérante, intelligente et proche des gens. C'est le temps où 50 ans avant tout le monde, Amsterdam avait mis à disposition des vélos gratuits, où la liberté sexuelle n'était plus réprimée, où un monde à la fois égalitaire et libertaire était sereinement envisagé, où germaient 68 et ce qui s'ensuit encore aujourd'hui … Forcément, un tel univers était (et reste) intolérable pour le système, pour la société, pour leur monde… Nous, comme tu le sais, nous, toi, moi, les mais, on s'en accoutume fort bien, mais pas les riches et pas leur suite. Toujours cette question de l'écart… Par exemple, à cette époque, en Hollande, aux Pays-Bas, les dames, les femmes, les filles, nos compagnes qui le souhaitaient (traduire : que la vie contraignait à), pouvaient être « aidées » en toute clarté, dans des conditions médicalement acceptables, sans faire l'objet de réprobation … En Belgique et ailleurs, cela viendra plus tard… Après bien des combats contre l'obscurantisme … Même si de courageux médecins, y compris les médecins de famille, mais aussi des infirmières, des étudiants… pratiquaient cette solidarité – chacun avec leurs capacités tentaient de pallier aux obstructions légales. De façon générale, on en était à la clandestinité organisée… dans le meilleur des cas. Il y avait aussi forcément le pire. Le pire risque bien de revenir quand les gens des services de santé – les médecins, les para-médicaux font ce qu'ils appellent joliment de l'objection de conscience… Belle conscience qu'on a vue à l’œuvre ici quand les nonnettes revenant du Congo ont été avortées avec la bénédiction papale et la couverture de toute l'Église. Toujours ce fameux : « deux poids, deux mesures ».

 

 

Mais enfin, Marco Valdo M.I., mon ami, tu le sais bien quand ce diction : « Dieu reconnaît les siens ! » ; en l'occurrence, les siennes. Rappelle-toi, le procès du Softenon, où une femme euthanasia son enfant pour lui éviter de vivre l'enfer sur terre… Le pape de l’époque (et celui d'aujourd'hui ferait pareil) condamna ce geste généreux. Comme disait Léo Ferré : « Quand tu verras un Pape sans bras, avec quoi donc, il te bénira ? » ; je cite de mémoire, mais la chanson s'intitulait : Les Temps Difficiles. [[41561]]. Mais il n'empêche, tu as raison, c'est une honte que cette soi-disant « objection de conscience » de gens sans conscience humaine. D'autant que pour les riches (toujours cet écart), la chose (innommable et innommée – et je ne parle pas de Dieu, mais de l'avortement !) ne pose aucun problème… Ils ont de quoi payer, de quoi voyager et en plus, ils font partie de la société protégée… Jamais, au grand jamais, on ne les condamnera ; d'ailleurs, on étend un voile pudique sur leurs écarts.

 

 

Donc, voici une chanson de l'époque, écrite par Agnès Varda, une de ces dames, qui deviendra une grande cinéaste… Une chanson qui raconte le voyage en Hollande. Un voyage organisé… Rentabilité oblige ! Une nef des mères forcées, moderne et terrible, vue par une des participantes. Et dire que certains – ici, en Europe, au vingt et unième siècle, voudraient y revenir. Des malades, ces gens-là … Quand les prêtres, les évêques, les archevêques, etc... accoucheront, ils pourront émettre un avis sur la question… En attendant, qu'ils mangent leur dieu et laissent le monde en paix.

 

 

Et pourquoi n'as-tu pas cité le Pape dans cette énumération ecclésiastique ?

 

 

Par hommage à la Papesse Jeanne qui accoucha lors du défilé de la Fête-Dieu… Évidemment, le bon peuple de Dieu s'empressa de la massacrer et de massacrer aussi l'enfant. En fait, remarque Lucien l'âne mon ami que le vrai scandale n'était pas que la papesse accouche, mais le vrai scandale était que cet événement révélait soudain que le pape était une femme… Au passage, on notera que la Marie était aussi une femme… Quant au père de l'enfant de Marie … On ne sait trop. C'est un mystère.

 

 

Pauvre Jeanne ! Chez ces gens-là, Monsieur, on ne pardonne pas, Monsieur, on tue, aurait dit le grand Jacques. Quant au tourisme sanitaire, il risque bien de reprendre cours dans les temps qui viennent… Du moins, dans certains coins de l'Europe… L'Infâme et ses partisans relèvent la tête, redonnent de la voix, envahissent à nouveau les rues, ils remuent… Ils s'en prennent à l'humaine nation. Raison pour laquelle nous ne pouvons cesser de tisser le suaire de ce vieux monde réactionnaire, cagot, pompier, rétrograde et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Glissant sous les ponts d’Amsterdam
Sur un bateau-mouche hollandaise
Nous les éclopées de la baise
Nous les mamzelles, nous les madames,
Les maladroites et les niaises
Les distraitresses abusées
On a fait — ne vous en déplaise —
La croisière des nanavortées.

 

C’est pas romantique
Le vaporetto
Après la clinique
Amsterdam-sur-eau
Tulipe et vélo
Je m’en souviendrai…

 

En voyant passer les vélos
On a parlé de la pilule
De nos amours au fil de l’eau
De nos enfants de nos ovules
On a ri, on a dégoisé
Sans avoir peur du ridicule
Sur un bateau trop pavoisé
Baladant des nanavortées.

 

Quarante ans ou seize
C’est le même lot
Le même malaise…
Amsterdam-sur-eau
Tulipe et vélo
Je m’en souviendrai…

 

Le long des canaux d’Amsterdam
Au son du trilingue blabla
D’une guidesse à cheveux plats
Nous les mamzelles, nous les madames
Celles qui voulaient se libérer
Et celles qui n’en parlaient pas
On a fait en riant ou pas
La croisière des pauvres nanas.

 

Ces florins qu’on claque
C’est pas rigolo
Quand on est patraque
Mais c’est moins gros cœur
Quand on est plusieurs
On a moins le trac.

 

On n’est pas unique
C’est moins trémolo
C’est plus sympathique
Amsterdam -sur-eau
Tulipe et vélo
Je m’en souviendrai…

 

 
La Croisière des Nanavortées  ou  Amsterdam-sur-eau
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Published by Marco Valdo M.I.
13 novembre 2014 4 13 /11 /novembre /2014 21:22

PRIÈRE POUR LES PRISONNIERS

 

 

 

Version française - PRIÈRE POUR LES PRISONNIERS – Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson allemande - Gebet für die Gefangenen – Kurt Tucholsky – 1924

 

 

 

 

Spartakiste arrêté - 1919

 

 

 

 

 

 


Texte de Kurt Tucholsky, publié - sous le pseudonyme de Theobald Tiger - dans Die Weltbühne, 23 décembre 1924. Ensuite inséré dans « Deutschland, Deutschland über alles » (1929), un « journal de lutte réalisé avec des photographies de tendance » écrits de Tucholsky et appareil iconographique (photographies et montages photographiques) d'Helmut Herzfeld, en art John Heartfield 
Musique de Hanns Eisler.
Interprétée 
par Ernst Busch, mais aussi par d'autres artistes sur sa musique, comme Peter Janssens et Leon Boden avec Bernd Klinzmann.

Après la répression de la révolution sparta
kiste de 1919, les prisons de la République de Weimar (nouveau-né de l'alliance entre l'armée impériale et la social-démocratie) se remplirent de communistes, si bien que ensuite en 1933, les S.A. de Hitler finirent seulement l'efficace travail commencé à cette occasion  par les « Freikorps » de la République, les assassinats de presque tous les dirigeants du « Novemberrevolution », de Rosa Luxemburg à Kurt Eisner, de Karl Liebknecht à Leo Jogiches, de Gustav Landauer à Eugen Levine, et de centaines de militants…

 

 

 

Seigneur Dieu !
Si tu as par hasard le temps, entre deux cotations boursières
Et une bataille idiote au Maroc de - peut-être,
T'intéresser aux pauvres :
Écoute en Allemagne
Geindre en prison sept mille communistes ?
Kyrie eleison - !


Il y a là-dedans de pauvres gars, qui se tenaient tous

Et maintenant, sont entre les mains des juges ;
Sur eux, s'est abattu le bâton de la police,
Qui pend perpétuellement au-dessus de nous tous…
Kyrie eleison - !


Il y a là aussi des plus âgés qui avaient des convictions,
Du cœur et du courage -
Ce n'est toutefois pas au goût de ces juges,
Et pour eux, cela n'augure rien de bon…
Kyrie eleison - !

 

Là aussi se trouvent ceux qui ont cru défendre

Une république - aux couleurs : Noir-rouge-or ! (**)

Mais Fritz Ebert (*) lui n'a pas voulu le faire.
Car il a beaucoup plus peur de ses amis
Que de ses ennemis - 
Kyrie eleison - !

 

Seigneur Dieu ! Ils sont assis depuis des années dans de petites cellules
Et sont malades, pâles et sans femme ;
Par Monsieur l'Inspecteur Maschke, ils sont brutalisés,
Insultés, emmenés dans la cave et là en bas, tabassés…
Kyrie eleison - !


Certains ont une araignée ; c'est leur amie ;
Beaucoup sont cassés, tous sont désespérés et mélancoliques -
Un jour, Grand Dieu, là-bas dure mille ans !
Kyrie…


Peut-être es-tu bienveillant,
Et consultes-tu parfois le Nouveau Testament ?
Chez nous, les pasteurs lisent ça, mais le dimanche seulement ;
En semaine, seuls comptent le code pénal

Et le Président du tribunal régional.
…. eleison - !

Tu sais peut-être, Bon Dieu, pourquoi ces sept mille
Se trouvent dans les prisons allemandes ?
Moi je le sais. Mais moi je ne le dis pas. Tu peux bien l'imaginer par toi-même.
Amen. 

(*) Fritz Ebert (1894-1979), social-démocrate, il survécut aux camps de concentration nazis et à la guerre et ensuite, il devînt un haut dirigeant de l'Allemagne communiste.
(**) Schwarz-Rot-Gold, noir-rouge-or, les couleurs de l'Allemagne mais surtout, à l'époque, était ainsi appelé le « Reichsbanner Schwarz-Rot-Gold », la puissante organisation paramilitaire du parti social-démocrate (tellement puissante qu'en 1933, elle se liquéfia comme neige au soleil).

 
 
PRIÈRE POUR LES PRISONNIERS
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Published by Marco Valdo M.I.
12 novembre 2014 3 12 /11 /novembre /2014 19:33
LES PATRONS ÉPOUVANTAILS

Version française – LES PATRONS ÉPOUVANTAILS – Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson italienne - Padroni ci volete spaventare - Franco Rusnati – 1979

Écrite et interprétée par Franco Rusnati
(Sull'aria di "E quei briganti neri")
Accompagné par Ezio CupponeEt d'un groupe d'ouvriers de la Breda Fucine

 

 

En 1979, l'ouvrier de l'industrie métallique Franco Rusnati est délégué syndical FIOM de la Breda Sidérurgica de Sesto San Giovanni ; et 1979 c'est l'année du contrat (convention collective) ouvrier de l'industrie métallique et des élections politiques qui, après le cas Moro, marquèrent une virtuelle défaite de PCI de saint Enrico Berlinguer. Du site resistenze.org, qui avec les frères et camarades du Deposito – Canti di Lotta (Dépôt – Chants de Lutte) publie le texte de cette chanson, nous lisons : « Comme on sait, pendant les élections en Italie la 'lutte des classes' est mise officiellement « au frigo ». Les contrats (conventions collectives) sont congelés et la lutte de classes fait place à la confrontation pacifique à travers le décompte des bulletins de vote. Les résultats obtenus par la lutte syndicale sont au dessous des demandes avancées dans les plate-formes et les syndicats cherchent à mettre à dos des ouvriers de Fiat la faute des maigres résultats atteints dans les négociations. Comme il se passe toujours dans ces cas, dans les assemblées d'usine, le débat est animé. Les bilans et les jugements sur les responsabilités s'opposent. La lutte forme les fronts et détermine les alliances. Le PCI et les partis parlementaires font bloc à l'appui des thèses de CGIL-CISL-UIL (front syndical). Les groupes extraparlementaires présents dans l'usine, avec toutefois des tons différents, font des choix semblables à ceux des syndicats. Comment les ouvriers ont-ils pu approuver un contrat qui ne répond pas à leurs exigences ? Commentse sont exprimés les divers secteurs de travailleurs ? Sur ceci, éclairent les tracts qui suivent. Entre temps, les partis font le bilan des résultats électoraux et naturellement personne n'a perdu ! Par contre les travailleurs, au retour des congés, découvrent des augmentations généralisées des prix. »

 


Comme « il n'y a pas de luttes sans chansons », pendant les grèves de cet année à Sesto San Giovanni, le Syndicat Unitaire Ouvriers de l'industrie mécanique décide de presser un disque, un autoproduit, contenant deux chansons syndicales du délégué ouvrier Gianfranco Rusnati, pour tous Franco, de Bussero. Le disque s'appelle, simplement, « Ouvriers de la Breda de Sesto » et y participe, en accompagnant à la guitare, Ezio Cuppone. Dans un site qui contient Sesto San Giovanni de Gang, il est juste d'accueillir deux chansons qui proviennent authentiquement des ouvriers de Sesto, sans médiation d'art. [RV]

 

 

Patrons, vous voulez nous effrayer

Créant les crises pour ne rien céder ;

Mais c'est une vieille histoire, plus personne ne la croit,

Vous êtes la ruine de tous les pays.

Mais c'est une vieille histoire, plus personne ne vous croit,

Vous êtes la ruine de tous les pays.

 

Désormais même parmi on a mûri

Nous avons formé un seul syndicat uni;

C'est une lutte de classes contre les exploiteurs

Les travailleurs vont unis

C'est une lutte de classes contre les exploiteurs

Les travailleurs vont unis

 

Les mensonges que vous avez racontés

Sont des produits qui n'ont plus de marché ;

Nous sommes des travailleurs de forge et de fonderie

Vous, vous ruinez l'économie.

Nous sommes des travailleurs de forge et de fonderie

Vous, vous ruinez l'économie.

 

Banderoles et affiches préparées

Cloches et sonnailles bien accordées;

Nous sommes tous sur un rang nous vous ferons devenir fous

Nous, nous résisterons une minute en plus que vous.

Nous sommes tous sur un rang nous vous ferons devenir fous

Nous, nous résisterons une minute en plus que vous

 

C'est maintenant que commence la bataille

Pour extirper toute cette patronaille ;

Nous, nous ne voulons pas de guerre, ni croix ni honneurs

Les travailleurs veulent juste ce qui est juste

Nous, nous ne voulons pas de guerre, ni croix ni honneurs

Les travailleurs veulent juste ce qui est juste

 

Nous, nous ne voulons pas de guerre, ni croix ni honneurs

 

Les travailleurs veulent juste ce qui est juste

LES PATRONS ÉPOUVANTAILS
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Published by Marco Valdo M.I.
10 novembre 2014 1 10 /11 /novembre /2014 23:46

CHANT DES PAVEURS

 

Version française – CHANT DES PAVEURS – Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson allemande – Lied der Steinklopfer – Kurt Tucholsky – 1929

 

 

 

 

 

 

 

 

Poème de Kurt Tucholsky, dans “Deutschland, Deutschland über alles” en 1929, un « journal de lutte comportant des photographie de tendance » avec les écrits de Tucholsky et l’apparatus iconographique (photographie et montages photographiques) d' Helmut Herzfeld, alias John Heartfield.

Une poésie mise en musique par The Ex, célèbre band anarco-punk néerlandais.
Seul e 1989 (en collaboration avec les Écossais Dog Faced Hermans) ensuite inclus en diverses formations successives. La photo de couverture est la même que celle que John Heartfield utilisa pour illustrer les poèmes de Tucholsky.

 

 

 

Oh, Lucien l'âne mon ami, cette fois-ci, il me faut vraiment donner quelque éclaircissement, même si, je peux te l'assurer et à la rigueur, le démontrer, ma version est conforme au texte et à son sens, ainsi d'ailleurs qu'à l'esprit de ce « lied ».

 

 

Quoi, quoi, que dis-tu ? Déjà, je n'ai rien encore dit que te voilà sur tes grands chevaux lancés à plein galop dans une sarabande insensée. Car, en vérité, je te le dis, ton propos me paraît insensé.

 

 

Rassure-toi, Lucien l'âne mon ami. Il ne l'est en rien, même si l'apparence est trompeuse. C'est d'ailleurs une des caractéristiques de l'apparence que d'être trompeuse. Laisse-moi te conter l'affaire. D'abord, ce chant des paveurs est bien évidemment un chant qu'il faut interpréter à la lanterne politique – tu connais assez Kurt Tucholsky et Theobald Tiger pour savoir cela. Donc, ces paveurs pavent la route de l'avenir ; on les y pousse, on les y force. Et ils le savent et ils le disent. Ils savent qu'on les manipule, ils savent aussi qu'ils ne peuvent l'être indéfiniment. Ils attendent l'heure…

 

 

Je vois mieux maintenant de quoi il retourne . Cependant, à lire la canzone, on le comprend. Et 1929 est tellement près des sinistres années 30.

 

 

En effet, l'affrontement final (remarque, je n'ai pas dit la lutte finale...car c'est une autre histoire…) est provisoirement circonscrit à l'Allemagne et ses territoires de linguistique extension – premier pas impérialiste que cette revendication territoriale linguistique… Je dis ça tout à fait fortuitement et comme on dit souvent : Toute ressemblance ou coïncidence avec des événements contemporains est rigoureusement à exclure et spécialement, en ce qui concerne la territorialisation linguistique dans certain petit État où nous demeurons. Je ne voudrais pas qu'on assimile certaines circonstances présentes avec des circonstances passées. Quoique… Même si, pour citer, Alfred Abdank Skarbeck Korzybski, ex-officier de l'armée polonaise ou russe, finalement peu importe : « La carte n'est pas le territoire », il n'en reste pas moins que l'effet et la cause sont liés, comme disait Pangloss. Bref, que les choses s'ensuivent et s'embrouillent pareillement.

 

Mais enfin Marco Valdo M.I. mon ami, vas-tu enfin arrêter de digresser et me dire tout dret ce que tu as en tête ?

 

 

Donc, j'en reviens à la canzone, aux paveurs et à ce que je voulais vraiment dire… à savoir que je trouve que le dernier couplet est – dans sa forme française – assez joli et demande deux mots d'explication à propos de la hie précisément.

 

« La hie danse.
Et frappe en cadence :
Patience.
Patience.
Patience. »

 

Je l'avais en tête cette hie du paveur, mais il me fallut vérifier et en vérifiant, j'ai trouvé cette citation… une merveille, que je ne puis passer sous silence :

« L'ouvrier à mine terreuse (...)

Qui dans sa besogne haïe,

Sent parfois sa force trahie,

Alors qu'il fait danser la hie,

La demoiselle du paveur. » (Pommier, Paris,1866 )

Ce me semblait comme un écho antérieur à la formulation de Tucholsky… Cette hie, cette demoiselle, cette dame que le paveur tient au bout des bras dans cette danse infernale qui finit par le démantibuler. Je vois bien que tu crois que je déraisonne et c'est bien le contraire qui se passe : la hie danse au cœur de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres obstinément et inlassablement à seule fin de conserver et d'étendre leur imperium et les privilèges qu'ils en tirent. La hie tape, tape, tape le sol comme le lièvre et tam-tam des villes tentaculaires répète à l'infini : patience, patience… On les aura...

 

 

Admettons l'augure de la hie. Elle me fait penser à certaine taupe, à la route de Louviers [[43226]]… et comme la hie, la dame, la demoiselle et ces paveurs… dansons nous aussi, dansons la Carmagnole , la Ravachole [[36944]] et tissons le linceul de ce vieux monde [[7841]] inculte, oublieux, borné et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Si chaque pierre était un juge,
Un général de notre armée,
Monsieur Hilferding (*) en frac – :
Alors, nous damerions avec une belle force,
La route serait vite faite –
Rack –
Pickepack –
Tack-tack.

 

Que chaque pierre et chaque pierre
Pénètre si difficilement la terre..
Comme toutes jour après jour,
Elle enseigne que le travailleur
Ne peut plus bosser seulement pour d'autres –
Rack –
Pickepack –
Tack-tack.


Pour celui qui marche avec des fifres, qui hurle
Sur la rue, qui nous manipule ?
Et qui est coupable ?
La hie danse.
Et frappe en cadence :
Patience.
Patience.
Patience.

 
 
 
CHANT DES PAVEURS
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Published by Marco Valdo M.I.
9 novembre 2014 7 09 /11 /novembre /2014 22:20

LA TERRE EST RONDE

 

 

Version française – LA TERRE EST RONDE – Marco Valdo M.I. – 2014

 

Chanson allemande – Die Welt ist rund – Erich Kästner – 1929 

 

 

 

 

ERICH KÄSTNER (1927)

 

D'abord, Lucien l'âne mon ami, je te rappelle à toutes fins utiles que ne connaissant véritablement que le français, toutes les versions que je donne de chansons ou de poèmes venant de n'importe quelle autre langue sont ce que j'ai pu comprendre de l'original et deviennent par le fait-même une recréation à partir de… Il peut donc y avoir certains décalages; bref, j'arrange le monde à ma façon : pour le sens, je fais ce que je peux, je me reconstruis un univers peuplé de ces arrangements, à la manière des peintres qui donnent une représentation du monde… dont le spectateur doit se contenter. Et je suis le premier spectateur. Cela dit, la chanson de Kästner ainsi retravaillée devrait bien te plaire. Elle s'intitule « Die Welt is rund », ce que j'ai intitulé en français : « La Terre est ronde ».

 

 

Ce que l'on sait depuis la plus haute Antiquité, dit Lucien l'âne en se dandinant. D'ailleurs, je peux te confirmer la chose, moi qui l'ai parcourue dans bien des sens.

 

 

 

Ainsi, la terre est ronde… J'aurais en respectant le sens strict dire : « Le Monde est rond », je le dis au dernier couplet. Sans doute avais-je dans l'oreille des bribes d'autres chansons. D'abord, la Valse Jaune de Boris Vian :

 

« Et le soleil
De l'autre côté du monde
Danse une valse blonde
Avec la terre ronde, ronde, ronde, ronde »

 

et Léo Ferré chantait quelque chose d'approchant dans Les Amoureux du Havre. Il y était question de la terre ronde, mais il n'en tirait pas les mêmes conclusions.

 

Oh oui, dit Lucien l'âne en riant, je m'en souviens de cette rengaine et qui plaisait bien aux jeunes personnes. Elle était d'ailleurs faite pour ça :

 

« Je t'aime tu m'aimes on s'aimera

Jusqu'à la fin du monde

Puisque la terre est ronde

Mon amour t'en fais pas ».

Mais tu disais que celle d'Erich Kästner était d'une autre teinture…

 

 

D'une autre teinture, d'une autre texture, d'une autre voilure, d'une autre envergure… En fait, elle est assez acerbe. Acerbe et terriblement ironique. À se demander d'ailleurs si finalement – en dépit du fait que Kästner n'était pas, vraiment pas un pessimiste, ni un homme à baisser les bras et que dès lors, même s'il considérait et il le considère ainsi ici, que ce vieux monde exécrable devait disparaître afin de laisser place à un monde meilleur…

 

Si finalement, quoi ?, dit Lucien l'âne. Je suis un peu perdu dans ta phrase à rallonge.

 

Si finalement, l'élimination, l'auto-élimination de l'humanité ne serait pas – volens, nolens – le destin qui l'attend vraiment et un destin souhaitable. Et dès lors, la chanson de Kästner qui dit :

« Alors, il n'y aurait plus d'hommes 
Alors, la vie serait agréable. 
Comme les merles et les violettes riraient alors !  »

J'ajouterais : comme les ânes… comme tous les animaux, toutes les plantes… riraient et reprendraient vie joyeusement.

Donc, cette chanson est à double tir : écrite en 1929, elle prévient déjà la catastrophe du Reich de Mille Ans et par delà, elle a de furieux penchants écologistes.

 

 

Comme quoi, il importe que nous continuions à tisser (nous aussi, comme Erich Kästner) le linceul de ce vieux monde roublard, menteur, tueur, idiot et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

La Terre est ronde. Comme elle est là.

Elle n'a ni devant ni derrière.

Nous qui avons vu le monde par derrière, 
Nous avons vu ce visage-là.

 

Certes, il y a le rêve et le clair de lune 
Et quelque part aussi une petite ville
C'est égal. Car cela doit être ainsi

Et quand on meurt, c'est fini.

 

Homme deviens rond, directeur et abonné. 
Le dimanche, porte frac et buse. 
Et si on ne veut pas te respecter

Alors frappe-leur dans la gueule.

 

C'est stupide. Que ce le soit est compris.

Par le plus sot, par le plus dégourdi.

Dès demain dans le service de sécurité
Tutoie Schulz et Krüger.

 

Prends souvent ta femme la nuit près de toi
C'est si banal. Et appelle ça libre choix.

Ça ne coûte pas. Méprise les hommes.

Et même quand le monde est habité, il est vide.

 

Dans le sud, il y a des jardins de cyprès 
Là, le poitrinaire se remet.
Celui qui ne fait rien, n'obtient rien à manger. 
À quatre kilos, les enfants normaux retrouvent la santé.

 

Il ne faut pas trop souvent te laisser aller
À cracher au visage d'autres personnes 
Il ne vaut pas la peine généralement de s'en occuper.
Ils ne sont pas mauvais. Ils ne sont qu'ordinaires. 

 

Oui, si le monde était carré ! 
Et tous les idiots dans la cuvette noyés ! 
Alors, il n'y aurait plus d'hommes 
Alors, la vie serait agréable. 

Comme les merles et les violettes riraient alors !

Mais le monde reste rond. Et tu restes un imbécile.

Ça ne vaut pas la peine. Massacrer les hommes.

Prends une corde. Et donne-toi la mort !

 

 
LA TERRE EST RONDE
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Published by Marco Valdo M.I.
6 novembre 2014 4 06 /11 /novembre /2014 23:09
MARCHE 1945
 

 

Version française – MARCHE 1945 – Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson allemande – Marschlied 1945 – Erich Kästner – 1945

 

Texte d'Erich Kästner, composé à l'époque de son engagement dans les productions de cabaret littéraire à Die Schaubude de Munich (1945-48).
Musique d'Edmund Nick (1891-1974), compositeur et directeur musical allemand

 




Allemagne, 1945. Une route de campagne. L'épave d'un char dans un champ. Une jeune femme vêtue avec des vêtements d'homme, une vieille veste et un sorte de pantalon usé, en chemin vers on ne sait où. Tout ce qui lui est resté : un sac à dos, une valise et la tête encore sur le cou, seulement la vie, sur le fond d'une Allemagne détruite…

 

 

 

Au cours des trente dernières semaines
J'ai beaucoup erré par les forêts et les prés.
Et ainsi ma chemise a crevé,
À ne plus pouvoir la mettre.
Je portais des souliers sans semelle,
Et mon sac à dos est mon seul bagage.
Les Polonais ont pris mes meubles

Et la Dresdner Bank, mon argent.
Sans patrie et sans famille,
Sans avenir, sans présent, 
Voilà bien la fameuse

Décadence de l'Occident !

 

À gauche, deux, trois, quatre,
À gauche, deux, trois –
Ici est ici ! Je n'ai rien d'autre :
À gauche, deux, trois, quatre,
À gauche, deux, trois –
Si j'ai ma tête, moi j'ai encore ma tête
Solidement plantée sur mes épaules.

 

Je suis une plante de grande ville.
Qui ne vaut pas lerche.
Ni fière, ni brillante, ni exubérante,
Mais plutôt le contraire.
Quand même, les villes meurent…
Le ciel les a tuées…
Sous des gerbes de phosphore et d'acier 
Pour cela nous étions assez bonnes.
Si les autres devaient vivre,
Ce qui durant six ans nous est arrivé –
Mais nous ne voulons pas nous vanter.
En plus, il n'y a pas de quoi rire.

 

À gauche, deux, trois, quatre,
À gauche, deux, trois –
Ici est ici ! Ce que j'ai, est tout juste :
À gauche, deux, trois, quatre,
À gauche, deux, trois –
J'ai ma tête, moi j'ai encore ma tête
Solidement plantée sur mes épaules.

 

Je porte des chaussures sans semelle.
Dans mon pantalon, le vent siffle.
Mais le diable me prendra,
Si je ne trouve pas de toit.
Aux fenêtres, qui sont
Dans l'obscurité, la lumière cligne.
Mais pas dans toutes les maisons.
Non, vraiment pas dans toutes…
Mille ans ont passé
Emportant la moustache et le chancelier.
Et maintenant il faut : Commencer sans retard !
En avant marche ! Bientôt, il sera trop tard !

 

À gauche, deux, trois, quatre,
À gauche, deux, trois –
Du Memel au Palatinat, En avant marche, !
Crachez dans la main et tractez la valise.
À gauche, deux, trois, quatre,
À gauche, deux, trois –
Nous avons notre tête, nous avons encore notre tête
Solidement plantée sur 
nos épaules.

 

 

 
MARCHE 1945
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Published by Marco Valdo M.I.
5 novembre 2014 3 05 /11 /novembre /2014 23:01

 

ÈVE AU SOLEIL

 

Version française – ÈVE AU SOLEIL – Marco Valdo M.I. – 2014

d'après la version italienne de Lorenzo Masetti

d'une

Chanson espagnole - Eva tomando el sol - Joaquín Sabina – 1988

 

 

 

En voyant les poulets entrer,
Ève ne put retenir un cri.
Ils la frappèrent et la jetèrent en bas de l'escalier,
Ces anges déguisés en gendarmes,

 


Une histoire d'amour marginal, de maisons occupées et de dégagements du paradis terrestre racontée par Sabina sous forme de parabole biblique avec simplicité et poésie. Ironie unie à la dénonciation sociale et une trame qui rappelle Bouche de Rose.

 

 

Tout a commencé quand ce serpent
Me donna une pomme et me dit goûte.
Je m'appelais Adam,
Sûr que tu t'appelais Ève.
Nous squattions un étage
Abandonné à Moratalaz.
Quand on n'a pas été là-bas,
On n'a pas vu le paradis terrestre.
Dans une décharge, nous avons pris un matelas
Une table bancale et deux chaises
Tandis que je grattais des partitions,
Tu cuisais les pommes de terre.
Nous avons semé la mariejeanne
Et elle a fleuri sur le balcon
Avec une branche de l'arbre bancal
De la science du bien et du mal.



Ève aimait bronzer
Elle s'étendait chaque après-midi au soleil,
Personne ne vit jamais sirène pareille
Sur un balcon dénudée.
À l'heure du show de mon amie,

Bientôt à chaque fenêtre, il y eut un mari
Même quand la télé donnait en différé
Real Madrid - Benfica.
Un jour, la vipère d'en bas
Surprit son conjoint en train de zieuter
Elle a foutu un bordel et aux flics a téléphoné.
Comme nous n'avions pas de noms,
Ni feuilles de vigne, ni oncle conseiller,
Et pas d'autre Dieu que Cupidon,
Il ne servit à rien de protester.


Ève prenant le soleil, désordre bienfaisant
Baisers, oignon et pain, que veut de plus Adam.


Un juge qui se croyait Dieu décida
D'envoyer un garde sceller notre appartement.
Pas de place au paradis pour deux occupants.
Nous étions nus sur le matelas
Jouant à notre jeu favori ;
En voyant les poulets entrer,
Ève ne put retenir un cri.
Ils la frappèrent et la jetèrent en bas de l'escalier,
Ces anges déguisés en gendarmes,
Sans se soucier un instant de ses larmes,
Ni qu'elle fut enceinte de Caïn, notre aîné.
Aujourd'hui, Ève dans un super-marché vend
Les pommes du péché originel.
Dans la rue, je chansonne l'Éternel
Tout le monde m'appelle Adam.

 

 

ÈVE AU SOLEIL
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Published by Marco Valdo M.I.
5 novembre 2014 3 05 /11 /novembre /2014 00:40

La Gueuse

 

Chanson française – La Gueuse – Léo Ferré - 1961

http://leoferre.hautetfort.com/archive/2007/01/12/censure-a-la-radio.html

 

La gueuse a de la gueule

 

 

Mon ami Lucien l'âne, par parenthèse, c'est pas pour dire, mais quand même il n'y a pas beaucoup de gens qui ont pour ami un âne, je veux dire un âne avec des oreilles d'âne et des sabots d'âne et toutes les choses qui font qu'un âne est un âne. Donc, reprenons, Lucien l'âne mon ami, car tu es mon ami et on ne saurait rien y changer, j 'avais promis de la publier céans et c'est ce que je fais. Voici donc, cette Gueuse… Elle n'a rien à voir avec cette bière acide et deux fois bue (le faro étant une bière trois fois bue, n'en déplaise à Baudelaire !, mais j'admets que son appréciation est assez ancienne et que les choses ont pu évoluer depuis)… Non, il s'agit tout simplement de la bien-aimée de Danton, ainsi qu'il est dit dans la chanson.

 

 

La bien-aimée de Danton ? De qui donc peut-il s'agir ?

 

 

Mais de la république, pardi ! Celle que les réactionnaires, les royalistes, les attardés en tous genres appellent précisément la gueuse. Celle qu'interpellait l'autre jour Theobald Tiger, alias Kurt Tucholsky sous le titre Rathenau [[48381]]. Elle gêne beaucoup cette fille-là, surtout les riches, car elle a de ces idées d'égalité et de fraternité qui sentent la fin de l'exploitation. La gueuse est d'essence populaire et orwellienne en diable, un clin d’œil à Voltaire, un clin d’œil à Meslier, un petit coup de rein pour aguicher le chaland, la gueuse est assez révolutionnaire dans l'âme… et diablement sympathique.

 

 

Si c'est comme ça, je la veux bien comme bien-aimée aussi. Ah, si je pouvais trouver une ânesse de ce genre...

 

 

C'est une excellente disposition. Mais la gueuse est une fille généreuse, elle peut se partager entre tous les celles et les ceusses qui la courtiseraient bellement… Elle est comme le savoir et l'intelligence : plus elle se répand, plus elle se renforce, plus elle embellit, plus elle fait d'heureux. Et à part les pisse-vinaigre, personne ne s'en plaint.

 

 

Oui, mais en quoi elle serait orwellienne ? Là, vraiment, j'ai besoin que tu me l'expliques…

 

 

Oh, Lucien l'âne mon ami, ce n'est pas bien difficile. J'ai dit orwellienne pour signifier qu'en bonne fille, en fille de petite extraction, elle ( la gueuse, cette république de petite extraction) sait en pense qu'il y a des choses qui ne se font pas et des choses qui doivent se faire. Elle a comme ambition de mettre fin à la guerre de cent mille ans que les riches font aux pauvres et c'est précisément cela qui lui vaut tant d'ennemis si virulents, si stupides, si méchants et si indécents. Elle a comme ennemis les infantiles, les médiocres, les fortunés et les aspirants au pouvoir, à la richesse et aux honneurs. Elle déteste les m'as-tu vu? Elle se contente de peu, elle s’accommode de vivre et c'est son vrai scandale. La source de la détestation qui la frappe depuis toujours.Mais quand même rassure-toi, pour elle, ça ira. Et puis, quelle chanson, quand même !

 

 

Là, tu as parfaitement raison… Quelle chanson ! Si on pouvait en faire autant… Mais voilà, nous les enfants de la gueuse, il nous faut composer avec nos mots, avec nos phrases. Mais cependant, il nous faut continuer encore à tisser le linceul de ce vieux monde réactionnaire, destructeur d'humanité, anxieux, ambitieux, avide, avare, âpre au gain et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 


T'as ton fichu
Qu'est tout fichu,
La gueuse.
Ton bonnet qu'est tout délavé,
Ton cœur qui bat pour le malheur.
C'est pas le moment de te faire une fleur,
La gueuse.

C'est des soldats
Qui t'ont fait ça.
Pourtant, ça ne sait pas faire du charme,
Même que plutôt ça ferait des larmes
Avec des mitrailleuses,
La gueuse.

Il y a le père Danton
Dans la région,
La gueuse.
Il s'est retourné dans son panier ;
À croire qu'une tête dans un tas de son,
Ça fait penser dans la nation,
La gueuse.

Pour des soldats,
Tu as fait tout ça.
Moi qui croyais que tu étais en forme
Et voilà que tu fais les uniformes
Comme une pâle travailleuse,
La gueuse.

Dans tes beaux yeux,
Maintenant, il pleut,
La gueuse.
Il y a des clairons dans les chansons
À croire que pour mieux l'égorger
Un petit mouton, ça doit chanter,
La gueuse.

Mais les soldats
Qui t'ont fait ça
Finiront dans un livre au large
Avec du soleil dans la marge
Et puis toi en veilleuse,
La gueuse.

Ah, ça ira !
Tu connais ça,
La gueuse.
Même que Louis était parti
Sur cette machine à faire des ronds,
Un rond dans sa réputation.
La gueuse.

Si tu revenais,
On s'arrangerait ;
Si tu reviens pas, on se dérangera
Comme des marlous qui n'admettent pas
Qu'on leur prenne leur gueuse,
Leur gueuse, leur gueuse.

 

 
La Gueuse
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Published by Marco Valdo M.I.
3 novembre 2014 1 03 /11 /novembre /2014 21:51

RATHENAU

 

Version française – RATHENAU – Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson allemande – Rathenau – Kurt Tucholky – 1922

Kurt Tucholsky alias Theobald Tiger
Die Weltbühne, 29.06.1922, Nr. 26, S. 653.

 

Walther Rathenau

Peinture d'Edvard Munch  - 1907

 

 

Ah, Lucien l'âne mon ami, voici une canzone à propos de laquelle je me suis posé bien des questions.

 

Des questions ?, dit Lucien l'âne un peu interloqué. Et quel genre de questions ?

 

De plusieurs genres, en effet. D'abord, en ce qui concerne la traduction elle-même. Tucholsky, comme Kästner, n'est vraiment pas facile à comprendre… Du moins, par moi. Et langue mise à part, il me faut aussi décrypter les événements. Il faut également y ajouter les personnages qui y sont nommés ou évoqués et resituer l'ensemble.

 

 

Et cela t'ennuie ?, dit Lucien l'âne en souriant.

 

 

Pas du tout. Bien au contraire, je trouve que le fait de devoir décortiquer le texte en quelque sorte ajoute au plaisir et étend considérablement l'intérêt de la chanson. Du moins, si l'on admet la canzone ou l'art poétique comme mode d'expression de la pensée. Ce qui est bien le cas dans les Chansons contre la Guerre. Tout ceci pour indiquer qu'une telle version prend plus de temps qu'on pourrait l'imaginer. Il y faut pas mal de recherches et pas seulement, linguistiques. Pour le curieux – que je suis et que tu es, ce n’est évidemment pas un inconvénient.

 

 

Certainement. Mais, cela dit, où veux-tu en venir ?

 

 

Où je veux en venir ? Tout simplement à te donner une ou deux explications concernant des personnages de la canzone. En premier lieu, Rathenau, qui donne son titre à la canzone. Il y a là un premier mystère : le texte de la canzone est publié le 24 juin 1922 et comme tu le verras, c'est une mise en garde contre des assassins, adressée à la République juste après l'assassinat de Walther Rathenau… et on sait que Rathenau est assassiné par deux officiers nationalistes le 22 juin 1922. Au moment de son assassinat, il est ministre et sans doute, le meilleur support de la République de Weimar. C'était en effet l'homme à abattre. D'autant que dans cette Allemagne trouble et troublée, il était fort apprécié ; un million de personnes suivront des funérailles. Cet assassinat – celui du « deuxième homme », fait suite à celui de Matthias Erzberger, l'année précédente, lui aussi, ministre de la République de Weimar. Et puis, la multitude d'autres meurtres qui se développe depuis le début de cette République. En fait, en évoquant Rathenau, Tucholsky appelle cette République (Jeune femme !) à mettre fin aux « associations secrètes » ; elles sont nombreuses, ces associations et la plupart finiront par confluer dans le parti nazi. Comme on le voit, Tucholsky n'hésite à pas à désigner l'adversaire - Helfferich et les nationalistes.

 

 

Cette manière de prendre à partie la République, de l'interpeller directement,  me rappelle une chanson de Léo Ferré dont tu m'avais parlé et que tu avais promis de mettre dans les Chansons contre la Guerre…

 

 

Oui, je vois laquelle, celle qui s'intitule La Gueuse et je le ferai prochainement… Mais les jours passent trop vite, les heures et les minutes aussi et ici, il y a tant de choses à faire. Pour l'instant, j'en reviens à Tucholsky et à cette chanson si prémonitoire. On dirait qu'il lui arrive ce qui est arrivé à Cassandre.

 

 

Tu ne saurais mieux dire… Mais quand donc se décidera-t-on à écouter les Cassandres ? Quand donc se décidera-t-on à en finir avec cette Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres ? En attendant, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde inconscient, complice de sa propre destruction, assassin de lui-même et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 


Tu y es quand même déjà habituée ! 
Tu sais bien, ce qu'il en est, de tes jeunes
Allemands-nationaux quand une chose ainsi arrive. 
Ils tirent. Karlchen Helfferich toujours à te moquer. 
C'est depuis des années ta politique – 
Ta république !


Tu as quand même de la pratique, jeune femme ! 
Les célébrations mortuaires te vont comme un gant. 
Les protestations retentissent. Les nécrologues déclament. 
Et après, tu es la même maline, absolument. 

Combien de temps vas-tu encore te fier à Helfferich ? 
Lui qui de Moscou, quand on a fait un putsch, 
Les poches pleines dans la patrie est rentré, 
A maudit, dénoncé, précipité, 
Dans la tombe le deuxième homme. 
Et tandis qu'une mère âgée tremble, 
Il siège au Parlement. 
Et il vit.

 

Ce n'était quand même pas la première fois ! 
Tu as entendu les bonzes du Parti
Au Reichstag et au Landtag pousser des cris : 
«  Un scandale ! Ça ne peut plus continuer ainsi !»
Sera-ce la dernière fois ?


Lève-toi donc ! Frappe, cogne ! 
N'attends pas quatorze jours encore ! 
Finis-en avec ces juges monarchistes, 
Ces officiers – et avec cette vermine, 
Qui vit de toi, et qui te sabote, 
Qui, sur ta maison, peint des croix gammées.

 

Mets les associations secrètes en pièces ! 
Lie les mains des Ludendorff et des Escherich ! 
Ne te laisse pas berner par l'armée ! 
Elle doit s'adapter à la République. 
Frappe ! Frappe ! Tiens-la solidement serrée ! 
Ils se dégonflent tous. Car il n'y a là aucun homme.

 

 

Seulement il y a des tireurs embusqués. Protège-toi bien – 
Ta maison brûlera, si tu laisses le feu s'entretenir. 
Rompre le filet qui te tient. 
Ne tombe pas. Il faut réussir ! 
– Dieu sait, si c'est assez ces quatre ans de meurtre 
Tu es face à ton dernier choix. 
Montre ce que tu es. Cesse de peser le pour et le contre. 
Mourir ou combattre ! 
Il n'y a pas de troisième voie.

RATHENAU
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Published by Marco Valdo M.I.
31 octobre 2014 5 31 /10 /octobre /2014 22:13

LE TROUPEAU

 

Version française – LE TROUPEAU – Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson allemande – Die Herde – Kurt Tucholsky – 1922

alias Theobald Tiger
Die Weltbühne, 31.08.1922, Nr. 35, S. 232.

 

 

 

Sous les Tilleuls

vus de chez

Max Liebermann

 

Juste deux mots pour rappeler que Kurt Tucholsky est Berlinois et que la principale avenue de Berlin, un boulevard qui traverse la ville est précisément Unter den Linden – Sous les Tilleuls.

Sous les Tilleuls, outre d'être une belle promenade, a été tout au long de son histoire le lieu de défilés militaires ou para-militaires où venaient s'étaler les pouvoirs et leurs ambitions.

 

 

 


Quand dans l'orage les drapeaux du roi flottent, 
Quand devant le château des salves tonnent, 
Quand Monsieur Lehmann avec son bâton de maréchal 
Devant les troupes se dandine doucement au trot, 
Quand l'esprit guerrier commande, 
Quand il aiguillonne un prince : 
Toujours on chemine, sous le feuillage, 
Entre les tilleuls, jeunesse, entre les tilleuls – !

 

Quand des partis commandent doucement, 
Quand nous manifestons pour la liberté, 
Quand nous crions : « Plus jamais de guerre ! On n'en veut plus »
(Certains entendent toujours : des revenus ! Des revenus !) ; 
Quand les locataires récusent une loi, 
Quand les citoyens s'enthousiasment pour la musique : 
On trouve beaucoup de plaisir
Du côté des tilleuls, jeunesse, du côté des tilleuls – !

 


Tandis que les masses pressent en bas, 
Est assis en haut, dominant tout le monde, 
Un petit nombre, ceux qui manœuvrent
Pour qu'on baisse les bras. 
Quand près la Rebbach, on doit toujours se trouver; 
Alors : on ne peut pas penser - on ne peut pas être libre ! 
Quand, ô peuple, cela disparaîtra-t-il de
Sous les tilleuls – ?

LE TROUPEAU
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Published by Marco Valdo M.I.