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2 mai 2018 3 02 /05 /mai /2018 17:17
Les Gueux

Chanson française – Les Gueux– Marco Valdo M.I. – 2016
Ulenspiegel le Gueux – 31

Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).
(Ulenspiegel – II, VI)

 

 

 

 

 

 Grande nouvelle, Lucien l’âne mon ami, Till est revenu. Réjouissons-nous, gaudeamus, l’enfant terrible est de retour.

 

Oh, Marco Valdo M.I., c’est une grande nouvelle, en effet et elle me réjouit. Mais, elle ne m’étonne guère, car connaissant ce lutin de foire, ce feu-follet des grandes plaines sous la lune, ce pèlerin pèlerinant, j’étais sûr qu’un jour ou l’autre ou quelques ans, il reviendrait chantant, dansant, swanzant tout son content.

 

C’est ce qui s’est produit, Lucien l’âne mon ami, ce lutin de foire, ce feu follet sous la lune s’était éwaré je ne sais où, vaguant des bords du Rhin et Mayence à Bonn et à Cologne vers les terres principautaires, remontant Meuse et Sambre, redescendant par l’Escaut, on le signala à Mons, à Cambrai, à Tournai en Hainaut, à Gand, à Bruges, à Anvers, puis dernièrement, il revint en Brabant au moment où à Bruxelles se passa l’événement que relate la chanson.

 

À Bruxelles ?, Marco Valdo M.I. mon ami, mais que s’y passe-t-il donc de si important ? Que peut bien raconter la chanson ? Et qu’y fait Till ?

Elle va te décevoir ma chanson, Lucien l’âne mon ami, car elle ne comporte pas la moindre trace de Till, pas la moindre allusion à ses aventures. En somme, c’est comme si Till n’était pas encore revenu de son pèlerinage de pèlerin pèlerinant ou de son odyssée de jeune homme ; disons que la chanson peut servir de prologue à la résurrection du fils de Claes. Cependant, dans ce périple des années 1500, aux pays de Till, les occupants espagnols, qui déjà à l’époque étaient sous la houlette de souverains et de gouvernants intolérants se font de plus en plus brutaux. Ils n’ont d’yeux que pour les charmes moisis de l’Église de Rome et pour les ardeurs de son Inquisition. De telle sorte que les gens des Pays-Bas, un territoire assez vaste dont en ces années-là, l’étendue est celle de l’actuel Benelux, additionné du Nord de la France, ressentent assez mal cette occupation étrangère et les exactions multiples qu’elle leur fait subir : impôts lourds, répressions religieuses.

 

Oui, Marco Valdo M.I. mon ami, j’imagine aisément ce qu’ils pouvaient ressentir. Mais tout cela me semble assez éloigné de ce que laisserait penser le titre de la chanson. Que vient faire cette histoire de Pays-bas avec les gueux ?

 

Bonne question, Lucien l’âne mon ami et voici même la bonne réponse. Donc, la chanson raconte un événement particulier, connu sous le nom de l’histoire du Compromis. Un compromis que les nobles des Pays-Bas sentant monter la colère des populations viennent proposer – en son palais de Bruxelles – à la Duchesse de Parme, gouvernante des Pays-bas pour le compte de Philippe II, roi d’Espagne. Par cette démarche, ils pensent pouvoir apaiser le pays : il s’agit de réduire les impôts, de cesser les placards contre les protestants, d’établir la liberté de religion et d’écarter l’Inquisition. La pétition est portée en mains de la gouvernante par 300 nobles. Le refus de ce compromis par le pouvoir royal va déclencher la « Révolte des Gueux » et dans la foulée, suite à la répression espagnole conduite par le Duc d’Albe de sinistre mémoire, déclenchera la Guerre de 80 ans (1568-1648) avec en finale, la partition des Pays-Bas. Ce qui, soit dit en passant, établira grosso-modo et avec bien des vicissitudes, les divers pays du Benelux. Pour le reste, en ce qui concerne, cette journée particulière du Compromis, tout est dit dans la chanson.

 

À propos de cette Guerre de Quatre-Vingts Ans, de son origine dans l’absolutisme espagnol et de son résultat – la séparation des régions du Nord et du Sud, je ne peux, Marco Valdo M.I. mon ami, m’empêcher de faire le parallèle avec ce qui se passe dans l’Espagne contemporaine, tant avec les Basques qu’avec les Catalans. L’aveugle entêtement des élites espagnoles semble être une tradition encore bien implantée.

Cependant, voyons ce que raconte la chanson et recommençons à tisser le linceul de ce vieux monde religieux, intolérant, borné, fanatique et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Nassau, Culembourg,

Brederode, Hercule buveur

Et trois cents autres seigneurs

S’en vinrent à la cour.

 

Ils allaient de rang,

Quatre par quatre, en montant

Les marches du palais,

Serrant leur cortège au grand complet,

 

À Bruxelles, à ce moment,

Entourées d’hommes en armes

Était la duchesse de Parme,

Gouvernante de pays mécontents.

 

Les trois cents ainsi unis

Tête contre tête

Portaient une requête

Nommée compromis.

 

Ils voulaient à l’unisson

Des placards l’abolition,

La liberté de religion

Et l’expulsion de l’Inquisition.

 

Riches, pauvres, jeunes et vieux

Ces nobles parlaient pour le pays,

Berlaymont, conseil de la dame, dit

Voyez, Madame, ce sont des gueux.

 

On ne se gausse pas de la populace

Aussi grossièrement.

Un mot entraîne de grands tourments,

Le mépris a double face.

 

Être gueux au service du roi ?

Le sarcasme se rit de la grandeur.

Pour le bien des gens d’ici et là,

Être gueux est honneur.

 

Médaille d’or pendue au cou :

Avers : portrait du roi de face ;

Envers : deux mains en la besace.

Au chapeau, au bonnet, l’écuelle en bijou.

 

Les seigneurs allèrent

Tout partout en le pays,

Par les pauvres et les sans-terre

En gueux accueillis.

 

Les Gueux
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Published by Marco Valdo M.I.
27 avril 2018 5 27 /04 /avril /2018 11:37

 

LES FLEURS DE SANG

 

Version française – LES FLEURS DE SANG – Marco Valdo M.I. – 2018

d’après la version italienne – FIORI DI SANGUE – Flavio Poltronieri – 2018

d’une chanson turqueKan çiçekleriZülfü Livaneli – 1987

Paroles et musique de Zülfü Livaneli

 

Dialogue maïeutique

Voici, Lucien l’âne mon ami, une chanson qui parle de fleurs et de sang. C’est une chanson de Zülfü Livanelidont on a déjà fait la version française de Güldünya, Duvarlar (LES MURS) et Asya-Afrika (ASIE-AFRIQUE). Elle aurait été inspirée par un tableau d’Abidin Dino, peintre surréaliste, cinéaste, journaliste, écrivain, exilé à Paris, proche notamment du poète turc Nazim Hikmet. Voilà pour situer l’image, pour signifier la figuration poétique.

Quant à la couleur rouge sang de ces fleurs poétiques, elle renvoie aux murs maculés des villes prises dans la guerre ou écrasées par la répression. Ce qui est un paysage commun de l’histoire turque. Comme c’est le cas actuellement au-delà des frontières dans ce bout de Syrie qu’est en train d’envahir la Turquie, elle-même confisquée par Erdogan et où son armée mène une lutte rouge de sang contre les populations kurdes. Une opération militaire d’agression qui, soit dit en passant, revient à planter un couteau dans le dos de gens qui luttent pour leur indépendance en même temps que contre le terrorisme islamique et la dictature syrienne.

 

Oh, dit Lucien l’âne, ce n’est pas une nouveauté ; il ne s’agit pas seulement d’empêcher l’indépendance des Kurdes, il s’agit également de les réduire ; la purification turque a déjà été pratiquée contre les Arméniens, par exemple. D’autre part, j’ai vu ça souvent au cours de mes longs parcours : ces murs des villes, des villages, des maisons qu’ornaient de sinistres fleurs rouges. Je me souviens aussi de ruisseaux qui se teintaient de vermeil et de noir. Les guerres sanglantes, petites et grandes, sont fréquentes.

 

 

En effet, reprend Marco Valdo M.I., les guerres sanglantes sont choses fréquentes ou plus exactement, la guerre est un état permanent. C’est celui de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants font aux pauvres pour assouvir leurs instincts pervers de possession et de domination.

 

Parfois, la version sanglante se fait discrète et se camoufle sous le déguisement de la paix, mais, dans le fond, c’est un leurre. Quand elle disparaît ici, elle renaît là ; si elle disparaît ici, c’est pour renaître là et vraiment, on ne sait quand ces rus, ces ruisseaux, ces rivières et ces fleuves de sang se tariront.

 

Véritablement, on ne sait pas, Marco Valdo M.I. mon ami ; ni quand, ni comment, on en viendra à bout. Cependant, et pour cela même, il nous faut poursuivre notre tâche et tisser le linceul de ce vieux monde menteur, dictatorial, purificateur et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

Bourgeon de douleur ou jaillissement de l’âme ?

Les fleurs de sang ont toujours fleuri et fleuriront encore.

Est-ce une chanson, une poésie ou un hymne funèbre ?

Les fleurs de sang ont toujours fleuri et fleuriront encore.

 

Les rus et les ruisselets courent sur leur erre,

Mais jamais ne rejoignent la mer.

Une rose blessée repose sur le parapet ;

On dit que qui flétrit les roses ne rira jamais.

 

Fumées et brouillards flottent sur cette ville,

Le sang maquille les boutons des fleurs,

Les montagnes portent les fleurs, le pouvoir charrie le malheur,

Les fleurs de sang forment les germes de l’espérance.

 

 LES FLEURS DE SANG
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Published by Marco Valdo M.I.
24 avril 2018 2 24 /04 /avril /2018 18:35
LE COÛT SOCIAL

L’ANONYME TOSCAN DU XXIe SIÈCLE ET LE PETIT ORCHESTRE DU COÛT SOCIAL

 

Version française – LE COÛT SOCIAL – Marco Valdo M.I. – 2018

Chanson italienne – Costo sociale – AT(hée) du XXI siècle – aprile 2018

Texte et musique : Anonimo Toscano del XXI Secolo
Sur une idée de Riccardo Venturi
Coro del Coordinamento Anarchico e Libertario di Firenze
(Chœur de la coordination anarchiste et libertaire de Florence)

 

 

 

 

Dans ce cas, je fais un peu l’intermédiaire ; mon vieil ami Riccardo Venturi, hospitalisé en soins intensifs pour l’énième petit infar il y a quelques jours (vous aurez peut-être remarqué son absence du site), m’a prié de développer l’idée de chanson qu’il avait eue durant les longues heures nocturnes, en tenant compte que dans une UTIC (Unità di Terapia Intensiva Cardiologica), on ne peut faire grand-chose, étant nus et cloués au lit dans une chose qui ressemble assez au 41 bis (carcer duro, régime carcéral de haute sécurité). J’ai exécuté volontiers le travail, en suivant les suggestions précises de RV, même si le susdit est maintenant déjà bien et que dans son petit chez soi, il fait des traductions du suédois, se fait des injections d’insuline, car sa glycémie est montée à des valeurs monstrueuses suite à l’événement traumatique et il sifflote gaiement ; et qui le tue, cela… dit par le soussigné lequel, comme vous saurez tous, est immortel. Ainsi, en somme, est née cette chose que j’ai confiée à un « orchestrina » nouveau-né, formé – très exactement – par moi-même personnellement en personne et par d’autres étranges figures qui, d’autre part, se sont pressées les jours passés dans le département où Venturi était hospitalisé pour la post-opération (un rayon qui s’appelle « Medicina di ElezioneMédecine d’Élection », à raison de quoi RV a immédiatement crié : « Ne pas déléguer, ne pas voter ! »). J’inviterais même Venturi à en faire partie, s’il n’a pas perdu la voix, et naturellement même le DQ82 qui est médecin. Comme disait mon ancêtre Anonyme Toscan du XIV Siècle, « un barbier-chirurgien fait toujours bon usage. » [At(hée)-XXI]

 

 

 

Dialogue maïeutique

 

Lucien l’âne mon ami, notre ami Ventu est revenu, le bon RV, alias mille autres noms, a fait récemment un xième petit infar (infartino), c’est-à-dire un infarctus du myocarde, événement fréquent chez les humains, du moins dans la partie la plus urbanisée et la plus riche de notre monde contemporain. Car, globalement, vois-tu mon ami l’âne, dans les pays les plus riches, même les pauvres ont les maladies des riches.

 

 

Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, je sais ça. C’est un des effets pervers de la Guerre de Cent Mille Ans, non pas que les riches filent perversement leur chtouille aux pauvres, mais parce que le mode de vie général est pour une grande part calqué sur celui des riches, même si c’est de façon caricaturale, même si en définitive, il s’agit d’un ersatz : technologie, équipement, alimentation – sucre, tabac, alcool à profusion ; le tout lié à une sédentarisation et aux faux sports et aux fitnesses (mes fesses !) n’y changent rien. La maladie, les maladies sont des faits de civilisation ; elles sont fortement liées au mode de vie.

 

 

Peut-être, Lucien l’âne mon ami, mais ça ne nous console pas des ennuis de santé de notre ami. Je dirais même – en pensant à d’autres – de nos amis. Depuis des années, l’ « infar » est à la mode, en quelque sorte. « Le cœur, vous dis-je, le cœur », dit-on maintenant où Molière voyait le foie et même le poumon.

 

 

Oh, dit Lucien l’âne, à cela, je ne résiste pas. Pour Ventu et lui seul, je m’en vais faire la tirade du poumon de Monsieur Molière.

 

 

Halte-là, Lucien l’âne mon ami, subodorerais-tu que notre mai Ventu serait un malade imaginaire ?

 

 

Certes non, Marco Valdo M.I. mon ami, mais je lui ferai quand même sa tirade :

« Ce sont tous des ignorants, c'est du poumon que vous êtes malade.

– Du poumon?

– Oui. Que sentez-vous?

– Je sens de temps en temps des douleurs de tête.

– Justement, le poumon.

– Il me semble parfois que j'ai un voile devant les yeux. .

– Le poumon.

– J'ai quelquefois des maux de cœur.

– Le poumon.

– Je sens parfois des lassitudes par tous les membres.

– Le poumon.

– Et quelquefois il me prend des douleurs dans le ventre, comme si c'était des coliques.

– Le poumon. Vous avez appétit à ce que vous mangez?

– Oui, Monsieur.

– Le poumon. Vous aimez à boire un peu de vin?

– Oui, Monsieur.

– Le poumon. Il vous prend un petit sommeil après le repas, et vous êtes bien aise de dormir?

– Oui, Monsieur.

– Le poumon, le poumon, vous dis-je. »

 

(Molière, Le Malade imaginaire, III, 10)

 

Le poumon, certes, Lucien l’âne mon ami. Le poumon, quoique le foie et le pancréas et l’insuline, dont dépend, semble-t-il, RV, ont partie liée.

Dans sa chanson, l’Athée du XXI met l’accent sur le « coût social » de la santé et des traitements qu’on lui applique et – à raison – il se réjouit de pouvoir être soigné sans devoir (trop) débourser ou sans rien débourser du tout, c’est selon. C’est l’argument de fond de la chanson. Je disais qu’il a raison de se réjouir, car, dans de nombreux pays – et non des moindres – ce genre de traitement est littéralement hors de prix et accessible aux seuls (suffisamment) riches. Là-bas, la situation est claire et simple : les pauvres ne se soignent pas. Je n’ignore pas qu’il y en a aussi ici, mais actuellement encore, c’est un phénomène encore assez limité.

 

Cela dit, Marco Valdo M.I. mon ami, on n’est pas là pour faire une conférence sur le système de santé dans le monde. Parle-moi un peu de la chanson.

 

C’est une excellente idée, rétorque Marco Valdo M.I., de mettre ainsi le holà à ma logorrhée et de me ramener à la chanson de Ventu, dont il y aurait un milliard de choses à dire, dont je te ferai grâce. Cependant, elle me plaît beaucoup en ce qu’elle raconte le séjour de Ventu en UTIC, mais vu par lui-même avec pas mal d’autodérision, ce qui est un excellent remède à l’autolamentation. Je m’empresse et je profite de la circonstance pour lui adresser nos plus vives félicitations ; elles sont d’autant plus joyeuses que la chanson est bien rassurante quand elle annonce et conclut :

 

« Quand vous lirez ça, je serai à table déjà

Avec ma belle assiette de bresàola,

L’huile, le limoncino et le pain complet

Et je vous envoie à tous ce secret

Que je me prépare à ma vie normale,

Mais d’une normalité un peu spéciale,

À ma vie pour tout dire hors norme »

 

Restons-en là, Marco Valdo M.I. mon ami et comme RV et l’Athée du XXI (Stanislas André Steeman l’avait bien dit : L’Assassin habite au XXI, roman inspiré de Drôle de Drame (et de ses mimosas) de Jacques Prévert), notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde malade, égrotant, cardiaque, hépatique, essoufflé, sucré, diabétique et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Étendu nu seul dans la nuit

Enserré de tubes roses ou gris,

De toux, de râles, tout est normal,

Je respire une puanteur d’animal ;

Un nouveau stent a été posé

Et on a débouché les anciens ;

Ma vie se dissout et s’en va sans rien,

Comme le Canard WC.

 

Bourré d’insuline, s’écoule de mon corps

Un peu de liquide naturel et de sanie,

Remis au metoprolole encore,

Remis à la diète et puistabli ;

Et tout ça,

Aux frais de l’État.

 

Si dans autre État, j’avais été soigné

Comme aux Étazunis, si beaux, si grands,

Si modernes, si fiers, si importants,

J’aurais dû payer les infirmiers ;

J’aurais payé les tubes et les haricots verts,

Les perfs, les cachets et jusqu’aux aiguilles,

Le séjour, l’eau, la bouffe et la thérapie,

Sans compter combien coûte cher

Une heure de coronarographie.

 

Étendu nu seul dans la nuit,

Entre rébus et mots croisés,

Je révise mon hébreu tout éveillé,

« Prise de sang ! », hurle une fille,

« Tension ! »,

J’ai une faim de loup, un appétit de lion.

 

J’ai une faim de loup, la dent d’animal,

J’ai une faim de coût social ;

Coûter un peu, mais il me paraît

Que je coûte moins qu’une Panda,

Et beaucoup moins qu’un soldat,

Et moins encore qu’une mission de Paix.

 

Avec ma vie de débauché,

Mes demi-litres, mes vodkas et mes fumées,

Mes nuits blanches et mes colères,

J’ai retrouvé mes cathéters,

Mes cocktails de pilules et d’insuline,

Le haricot, les carottes molles,

Le yaourt maigre sans vitamine,
Le Plavix et
mon metoprolole.

 

Cependant on s’en fout ; il n’y a pas de mal,

Parfois, à se faire une injection de médicament ;

Et, comme dit un certain Génois, pas banal,

Va-z-y toi lui dire que c’est le printemps.

 

Je vous écris et quand vous lirez ceci,

Je serai déjà chez moi dans mon charivari,

Là, avec mon vélo et mes tartines,

Mes anars, mes livres, mon chat et mon canari,

Mes chansons contre la guerre et mon insuline.

 

 

On m’a dit : « Du mouvement ! Il faut bouger !

Et ne nous cassez pas les pieds ;

En somme, Monsieur Venturi, vous nous coûtez

Plus que des vacances de luxe en été. »

 

Et je rétorque, les statistiques à la main,

Que je coûte moins,

Qu’une avalanche dans la vallée ;

Quelle putain de maléfique chiée

Que cette santé privatisée.

 

Quand vous lirez ça, je serai à table déjà

Avec ma belle assiette de bresàola,

L’huile, le limoncino et le pain complet

Et je vous envoie à tous ce secret

Que je me prépare à ma vie normale,

Mais d’une normalité un peu spéciale,

À ma vie pour tout dire hors norme,

Et vous salue d’un beau coût social.

 

[Ghghghghghghg !!!]

COÛT SOCIAL
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Published by Marco Valdo M.I.
23 avril 2018 1 23 /04 /avril /2018 17:04

MARCHE DES

 SCHTROUMPHFTROUPEN

Version française – MARCHE DES SCHTROUMPHFTROUPEN – Marco Valdo M.I. – 2018

Chanson italienne germaniséeMarcia delle SturmtruppenBonvi – 1981

Paroles : BonviMusique : Piero Montanari

Interprétation : Strumpete und N’Dranghete

 

 

 

Bonvi, nom d’artiste de Franco Bonvicini, au registre d’état civil Franco Fortunato Gilberto Augusto Bonvicini (Modène, 31 mars 1941 – Bologne, 10 décembre 1995), est un auteur de bandes dessinées italien. Il est surtout connu pour avoir inventé et réalisé la série de bandes dessinées à épisode Sturmtruppen (SCHTROUMPHFTROUPEN) de 1968 jusqu’en 1995, année de sa mort, une remarquable représentation satirique de la seconde guerre mondiale, première bande dessinée italienne réalisée dans le format à épisodes journaliers qui pendant longtemps a joui d’une vaste popularité et pas seulement en Italie, où il fut publié sur un grand nombre de journaux, de revues et de livres, mais même à l’étranger où il a été publié, traduit en onze langues différentes dont le russe, devenant ainsi la première bande dessinée étrangère jamais publiée dans l’Union soviétique. À cette bande dessinée s’inspirent deux longs-métrages homonymes de 1976 et de 1982.

 

Une autre des… Un autre fameux des énormes oublis des Kansonen Kontre la Kerre (KKK, hum, ok, peut-être ce Zikle n’est pas très bon mais ça va quand même), lié à la plus célèbre bédé antimilitariste, la plus terrifiante et la plus anarchiste de l’histoire italienne, les Sturmtruppen (SCHTROUMPHFTROUPEN) de Bonvi. Nous remédions avec un inkroyable rethard, mais nous chercherons à konstruire une page fraiment tigne de cette kose.

 

 

 

 

 

LES SCHTROUMPHFTROUPEN

SturmtruppenSCHTROUMPHFTROUPEN est la bande dessinée la plus appréciée, créée par Franco Bonvicini, mieux connu comme Bonvi.

SturmtruppenSCHTROUMPHFTROUPEN est une représentation satirique de la Seconde kerre mondiale vue par les yeux des troupes d’assaut allemandes « assassines » ; toutefois, il ne s’agit pas simplement d’une satire confortable et gratuite contre la stupidité de la guerre (kerre), parce que les soldats de Bonvi, en réalité, sont seulement un prétexte par lequel, anarchiste convaincu, il se fout impitoyablement de cette obéissance « cieka, pronta, assoluten : aveugle, prête, absolue ». En lisant la bande dessinée, il faut se rappeler que le sadique sergent et/ou les « officiers » (officieren) pourraient être sans problèmes des proviseurs ou des chefs de bureau.

Utilisant un italien « germanisé », avec des cadences et des terminaisons pseudo-germanisantes qui s’adaptent bien à l’esprit humoristique de la série, Bonvi les représente comme une masse d’hommes naïfs et incapables aux prises avec les difficultés de la kerre, la sévérité (ou la folie) de généraux, le manque de tous ces plaisirs qui permettent à l’homme de vivre et de ne pas survivre : sexe, vivres, paix. L’amère ironie des personnages bonviens résonne comme crient le besoin de paix et la résignation face à tout ce qui est insoluble, ou bien, pour Bonvi, la totalité des choses.

Dans les épisodes, on trouve des situations grotesques et irréalistes, comme un médecin de camp obsédé de vampires, une « soupe Frankenstein » qui prend vie des expériences du cuisinier, jusqu’à des invasions beaucoup plus réalistes de rats ou de punaises dans les tranchées.

LES PERSONNAGES

La bédé des SturmtruppenSCHTROUMPHFTROUPEN n’a jamais eu de véritables protagonistes. Les événements se déroulent autour des divers personnages qui composent la grotesque armée de Bonvi, qu’on peut distinguer entre eux. Outre les simples soldats, qui sont appelés avec les noms allemands les plus communs (Otto, Fritz, Franz, etc), en voici certains :

 

LE KAPITEINEN

Le commandant de la compagnie, c’est la figure la plus complexe du microcosme des Schtroumphftroupen. Il représente la continuité de la présence du pouvoir et de la hiérarchie au front, et héritant toutes les incohérences et les jugements, il revêt occasionnellement un rôle médiateur et d’un modérateur d’autres excès, engendrés par des subalternes, des alliés ou des supérieurs. Représenter tous ces aspects a demandé parfois d’en charger la personnification : sous cet aspect, celle du capitaine ivrogne est mémorable .

 

LES OFFICIEREN SUPERIOREN.

La source lointaine de l’autorité, qui parfois se matérialise : colonels, généraux ou inspecteurs. Dans une série, le général, privé d’uniforme, est traité comme un vieux gâteux, pour ensuite retrouver tout le respect et la révérence lorsque il réussit à le rendosser.

 

LE SERGENTEN.

Un sadique, un cruel vétéran sans scrupules, imprégné complètement du système et obsédé par l’« ordre » et la « discipline ». Il abuse souvent de la vie des soldats, en les recrutant, parfois même par ruse, pour des missions horribles et parfois suicidaires.

 

LE DOKTOREN MILITAREN.

Un membre du corps médical qui en réalité a étudié comme vétérinaire. Avec le temps, le docteur se retrouve protagoniste de divers événements, comme la chasse au vampire ou à la création d’une potion qui rend invisible (dans une série d’épisodes, après avoir bu tout un alambic de grappa en la nommant sa potion, « Doktoren » commence à traîner complètement nu dans les tranchées, en causant une forte perplexité parmi les soldats résignés. Même le Kapitainen ne réussit pas à l’arrêter, du fait que l’état-major décrète que, comme le docteur est major du corps médical, il est donc d’un grade supérieur au capitaine et il a le droit de se considérer comme invisible ; « et alorsen, qu’est-ce que je fais ? », telle est l’affirmation du capitaine résigné pendant que le docteur l’importune en faisant voleter une cigarette et en disant : « Regarde : eine sigaretten allumée qui tournoie toute seule dans l’airen  ! »).

 

L'UNTERLIEUTENANTEN DE KOMPLEMENTEN.

Un jeune officier, engagé par népotisme, absolument empoté. Toutes les fois qu’il s’offre à commander une mission, celle-ci se conclut inévitablement par un échec.

 

LE FIER ALLIEN GALEAZZO MUSOLESI

C’est l’allié italien, avec un nom qui est clairement tiré de ceux de Benito Mussolini et Galeazzo Ciano (mais a même une rue Musolesi à Bologne, célèbre pour une osteria renommée). C’est un homme froussard et égoïste, qui tente toujours d’escroquer et voler ses « alliés ». Musolesi a tout l’air d’une parodie des stéréotypes sur le comportement de l’armée italienne pendant la Seconde guerre mondiale. Dans un épisode, Musolesi affirme être le fédéral de San Giovanni in Persiceto, petite cité de la métropole bolognaise. Dans quelques épisodes il a l’habitude de se mettre en pose plastique sur une butte de terre, en disant qu’il le fait pour effrayer l’ennemi (lorsque l’ennemi est à leurs trousses). Il est perpétuellement en conflit avec l’autre allié de l’armée, le Japonais. Dans la plupart des épisodes, Galeazzo a d’absurdes fixations, comme le potager de guerre, la « letterina à la mamma » et assumer une pose « plastiken » en montrant la poitrine à l’ennemi.

 

 
 

LE KUISTOTEN MILITAREN.

Cuisinier de la cuisine du camp, toujours critiqué pour la qualité de la soupe, surtout par le Sergenten. En effet, il n’a pas tous les torts… les lavasses servies par le cuisinier sont toujours composées des plus absurdes saletés : de l’huile pour moteurs, des pneus, même des morceaux de cadavre. À rappeler l’épisode de la soupe malefiken, où le cuisinier, pendant ses expériences de gastronomie, avec un éclair fait prendre vie à sa soupe, laquelle commence à se nourrir des malheureux soldats.

 

LE NOBLE ALLEATEN DU SOLEIL LEVANT

Parodie du soldat japonais, basée sur des stéréotypes comme l’aptitude à l’auto-sacrifice, le sens d’honneur, etc. À peine intégré dans les troupes, il devient cible des vexations de Galeazzo Musolesi, qui d’abord raille sa basse taille, ensuite vole ses baguettes pour manger en les prenant pour des spaghettis, jusqu’à ce que, bardé comme un samouraï, il se retrouve au point de vouloir accomplir son harakiri, mais convaincu par le Capitaine de ne pas s’ôter la vie, il tourne son épée à l’encontre du Fier Allié.

 

LES ÉROICHEN BRANCARDIEREN.

Les éroichen brancadieren sont les soldats qui s’occupent de la récupération des blessés sur le champ de bataille au moyen d’une civière. Même s’il faut dire qu’ils n’effectuent pas leur travail à la perfection, et souvent même, ils aggravent la situation des pauvres blessés.

 

LE SOLDATEN HUMBERT

Le soldaten Humbert est une recrue, postée en sentinelle à l’emplacement N°8, oubliée pendant cinq ans et retrouvée par une patrouille. Humbert, dans ce laps de temps, a perdu toute caractéristique humaine, devenant une espèce de yeti vorace à la face couverte d’un épais duvet et doué d’une force et d’une résistance surhumaines. Il suffit de savoir que dans un épisode, un nuage radioactif, qui avait écorché vivant un soldat et fait tomber les dents du capitaine, passa sur lui le laissant entièrement inchangé mais, au contraire, avec sa permanente (à la stupeur générale un soldat affirma : « Qu’est-ce que je vous avais detten ? il n’est pas humain  ! »). Employé plus tard comme estafette (doté surtout de mouvement), il connut un soldat de l’Afrika Korps aux tendances « gayes », il en tombe amoureux, à l’évidente indignation de ce dernier qui explique ensuite : « Mais tu me voudrais me faire croire que nous sommes zwei hommes ? » et ensuite, « je dois demander la permission à ma maman ». Il disparaîtra de la circulation quand ses camarades d’armes le tondront découvrant ainsi qu’il s’agit d’un être formé seulement de peluche !

 

LA SERGENTE OLGA, LA CAPORALE HELGA, LA SIMPLE SOLDATE TILDA.

Seules soldates féminines qui sont apparues dans la bédé. Olga tombe amoureuse du Sergenten, Helga de l’Unterlieutenant de Komplementen et Tilda (par rapport aux deux autres, plus grandes et plus attrayantes) du soldat « Poeten », toutes les trois avec des résultats très minces.

 

 

 

LE SOLDATEN SIGFRID VON NIBELUNGHEN.

Courageux, mais aussi stupide, ce blond lycéen, un jeune de dix-huit ans qui réussit à s’engager en falsifiant ses papiers. Il perd ses membres, sa langue, ses yeux et ses oreilles en sautant sur une mine du champ, placée par lui-même quelques minutes avant, lors d’une attaque dans un champ de blé à l’aube et avec le soleil de face, en louant les « Immortelles valeurs qui rendent digne la vie d’un homme ». Il finit à l’hôpital réduit à un tronc humain, « incapable même de l’appeler l’infermieren quand je me caken dessus » ; c’est alors qu’il commence à douter des « immortelles valeurs » vantées par son professeur de lycée.

 

LE PLOTONEN D’EXÉCUZIONEN

C’est le peloton d’exécution chargé de l’exécution d’un juif. L’idiotie du chef de peloton, des tireurs et même du juif lui-même, rendent difficile cette tâche. D’abord, le peloton se perd ; ensuite, il perd le juif ; ensuite, il perd le mur et, quand tout est prêt, le plotonen d’exécuzionen se rend compte qu’il a de l’affection pour le juif et qu’il ne peut pas le tuer.

 

LA PETITE FEDETTE PRUSSIENNE

C’est un soldat triste, coincé sur un arbre que deux camarades d’armes feront descendre grâce à la douce aide d’une balle, après avoir tenté plein d’autres moyens. C’est un des personnages caractéristiques des premiers épisodes.

 

HEINZ LE GALVANIZZATOREN,

Heinz le galvanizzatoren est un soldat autoproclamé « galvanisateur » (une sorte d’animateur militaire) du régiment ; il cherche à empêcher le relâchement moral des troupes avec des méthodes sadiques et brutales. À la fin, il finit « auto-galvanisé » par son réveil explosif.

 

L’AUTORIDUKTOREN

L’autoriduktoren, parodie des bizarres personnages de la contestation de 1977 (il faut comprendre les « policiers déguisés en civils », qui dans les manifestations armés de pistolets « non réglementaires » jouaient le rôle de provocateurs et de tueurs, néanmoins couverts par leur hiérachie, y compris le ministre de l’Intérieur, futur Président de la République italienne Francesco Cossiga – par exemple, l’assassinat à Rome de Giorgiana Masi), cherche à dévergonder la rigide discipline de kerre avec des tactiques pour le moins bizarres ; il finit par « réduire » son service militaire en se tirant dans la tête.

 

LA MIGNONEN PUBLICHEN

La mignonen publichen est un autre personnage féminin ; c’est la prostituée du régiment, qui exerce dans les arrières. Le soldat Otto tombe amoureux éperdument d’elle, qui est intéressée seulement à l’argent, et cherche continuellement de passer un peu de temps en romantique et platonique intimité avec sa « fidanzaten ».

 

LES KRIMINELLEN

Virés du 27e battaglionen corazzaten (de disciplinen), les Kriminellen sont deux criminels conscrits dans l’armée, et envoyés au bataillon des Schtroumphftroupen comme une partie de leur peine. Farouches et indifférents aux inconvénients de la vie militaire, ce sont les uniques soldats craints par le sergenten, qui ne réussit pas à leur imposer son autorité. Malgré leur renommée de durs, ils aideront le soldat Otto dans ses peines d’amour. Probablement l’occasion pour la numérotation du détachement et pour le nom lui-même est tirée des bests-seller de Sven Hassel, ex-combattants de la Wermacht d’origine danoise, qui dans l’après-guerre narra en forme romancée ses aventures au front, où suite à sa désertion, il fut incorporé dans un régiment blindé allemand disciplinaire .

 

L'« AZZARDEN » FRITZ

« Azzarden » Fritz, est un soldat marqué par les jeux de hasard et les paris. Très habile joueur de poker, il est connu pour plumer ses collègues plus imprudents, et pour ses cotations sur la réussite des missions en cours. Il sera plumé à son tour soit par le Sergenten (qui fait valoir son grade de sorte qu’un des soldats lui fait savoir qu’il devait écrire la liste des soldats à envoyer en première ligne) et de Galeazzo Musolesi (qui, tenté par le même Fritz, organise une partie, en lui plaçant dans le dos son gros et silencieux « Gorille ». Franz, qui révèle ponctuellement chacune de ses « mains ») que du coup le ruine au point qu’il doit se déguiser et de le forcer à faire le « prostitué » pour regagner l’argent perdu, évidemment avec des résultats catastrophiques.

 

LE KAPOPANZER UND LE PILOTEN

Tel est l’inefficace équipage d’un char, en continuelle polémique intestine ; c’est souvent le char qui en fait les frais.

 

LE "GIONA" FRANZ

« Giona » Franz est le soldat qui a la terrible capacité de porter la poisse. Seul le fier alleaten Galeazzo Musolesi réussira à tirer quelque chose de la présence de cet individu, en imposant des polices anti-malchance aux autres soldats.

 

LE POETEN

Le Poeten est le soldat qui critique le système de l’armée à travers des poésies satiriques, et pour cela est expédié au bataillon discipline, où chaque jour , lui sont systématiquement cassés l’index et le pouce.

 

KHRIST HEINZ, DIT « LE MESSIE »

Khrist Heinz, dit « Le Messie » est un soldat avec des crises mystiques continuelles, durant une de celles-ci, il révèle être Jésus et parle à son Père en levant la tête vers le Ciel.

 

L'ESPIONEN

L'Espionen est l’espion de l’armée des Schtroumphftroupen ; c’est le plus vieil espion du Reich et lorsque il est découvert, il n’avale pas une capsule de cyanure (comme les autres espions), mais plutôt un bonbon à la menthe.

 

LE KAPITEIN SAUFER

Héroïque, perpétuellement ivre, combattant expérimenté, fou et sensé en même temps, rebelle à la chaîne hiérarchique, avec lui Bonvi propose une figure positive d’officier. Quand il est gravement blessé (il mourra dans quelques épisodes), sa première préoccupation est que l’éclat d’obus qui l’a frappé a cassé la bouteille de Vermouth qu’il tenait contre lui (en effet, l’odeur d’alcool qui envahit la tranchée est due à l’alcool contenu dans son sang  !). Après sa mort, on découvre, par les soldats du 27° batt. cor. (de disciplinen), qu’il en avait été le commandant avec le grade de colonel, et qu’il avait été rétrogradé parce que « était ein birikinen » (un peu espiègle). Il suffit de citer le strip-tease où il s’expose au feu ennemi en hurlant « je vous écraserai toutes, maudites mouches » face aux projectiles, ou bien quand il fait sauter un char ennemi en utilisant son cocktail comme un Molotov. Après sa mort, en différentes occasions, il aide ses soldats de diverses manières, comme de faire des blagues au « Kapitain spaccaballen (casse-couille) » qui l’a remplacé sous la forme de spectre. Sur sa tombe, on a placé une médaille Martini&Rossi.

 

LE SUSSISTENZEN

Sussistenzen est le soldat préposé au ravitaillement de vivres et de munitions qui confond le champ de bataille avec une foire ; il fait des ventes publicitaires de munitions (par exemple : « qui prend deux cartouches pour mitrailleuse recevra une cartouche pour fusil en cadeau  ! ») ou bien des échantillons (1 mini-cartouche) à des fins publicitaires.

 

 
 

 

 

Schtroumphf-troupen, Schtroumphf-Schtroumphf-troupen,

Schtroumphf-troupen, Schtroumphf-troupen, ja !

Schtroumphf-troupen, Schtroumphf-Schtroumphf-troupen,

Schtroumphf-troupen, Schtroumphf-troupen !

 

Dans la petite maison dans la tranchée popopo

Même quand on a la diarrhée,

On respire en apnée

Pour ne pas trahir notre idée.

 

In der bunker ! Fuss ! Achtung !

 

Qui ? Moi ?

Pas moi !

 

Nous marchons dans la merde popopo

Mais le jeudi on se lave

Puis, nous allons à la kantine.

 

Schtroumphf-troupen, Schtroumphf-Schtroumphf-troupen,

Schtroumphf-troupen, Schtroumphf-troupen, ja !

Schtroumphf-troupen, Schtroumphf-Schtroumphf-troupen,

Schtroumphf-troupen, Schtroumphf-troupen, ja !

 

Et puis, on va se battre à la kerre

Oui, il est interdit d’aimer

Et Lili Marleen faut oublier

On a juste le temps de krevier.

 

Et alors, on va se battre à la kerre

Et on ne revient jamais

Quel supplice !

 

Schtroumphf-troupen, Schtroumphf-Schtroumphf-troupen,

Schtroumphf-troupen, Schtroumphf-troupen, ja !

Schtroumphf-troupen, Schtroumphf-Schtroumphf-troupen,

Schtroumphf-troupen, Schtroumphf-troupen, ja !

 

En pensant à mama ki attend popopo,

Dans la petite maison,

On court soudain en vitesse

Charger nos fusils !

 

Dézignazionen d’un volontairen, fous !

Volontairen ?

Qui ? Moi ?

Pas moi !

 

Wenn à l’assaut nous allons, popopo

Peu nous rentrons,

Tel est le destin que nous avons  !

 

Schtroumphf-troupen, Schtroumphf-Schtroumphf-troupen,

Schtroumphf-troupen, Schtroumphf-troupen, ja !

Schtroumphf-troupen, Schtroumphf-Schtroumphf-troupen,

Schtroumphf-troupen, Schtroumphf-troupen, ja !

 

Schtroumphf-troupen, Schtroumphf-Schtroumphf-troupen,

Schtroumphf-troupen, Schtroumphf-troupen, ja !

Schtroumphf-troupen, Schtroumphf-Schtroumphf-troupen,

Schtroumphf-troupen, Schtroumphf-troupen, ja !

 

Et puis, on va se battre à la kerre

Oui, il est interdit d’aimer

Et Lili Marleen faut oublier

On a juste le temps de krevier.

 

Et alors on va se battre à la kerre

Et on ne revient jamais

Quel supplice !

 

Schtroumphf-troupen, Schtroumphf-Schtroumphf-troupen,

Schtroumphf-troupen, Schtroumphf-troupen, ja !

Schtroumphf-troupen, Schtroumphf-Schtroumphf-troupen,

Schtroumphf-troupen, Schtroumphf-troupen, ja !

 

Schtroumphf-troupen, Schtroumphf-Schtroumphf-troupen,

Schtroumphf-troupen, Schtroumphf-troupen, ja !

Schtroumphf-troupen, Schtroumphf-Schtroumphf-troupen,

Schtroumphf-troupen, Schtroumphf-troupen, ja !

Schtroumphftroupen ! Marchieren !

MARCHE DES  SCHTROUMPHFTROUPEN
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Published by Marco Valdo M.I.
15 avril 2018 7 15 /04 /avril /2018 20:00
ASIE-AFRIQUE
Version française – ASIE-AFRIQUE – Marco Valdo M.I. – 2018

d’après la version italienne de Flavio Poltronieri – ASIA – AFRIKA – 2018

d’une chanson turque – Asya-AfrikaZülfü Livaneli – 1988

 

 

 

 

 

Dialogue maïeutique

 

Voici, Lucien l’âne mon ami, une chanson turque de Zülfü Livaneli, qu’on a commencé à découvrir avec Les Murs (Duvarlar) et Güldünya. Cette chanson-ci est l’écho d’un poème de Nazim Hikmet : Adresse aux écrivains asiates et africains (Asya-Afrika yazarlarina), qui est une sorte de profession d’internationalisme ; l’une comme l’autre s’inscrivent dans une logique tiers-mondiste, qui fut celle de Nehru. Depuis, les choses ont évolué, toute une histoire s’est écoulée. Si dans les principes, la chanson de Livaneli est parfaitement dans la ligne des revendications d’égalité humaine, dans les faits, auxquels elle se rapporte, elle ne correspond plus aux situations d’aujourd’hui.

 

Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, c’est assez naturel. La chanson date d’il y a 30 ans et elle se fondait sur des faits de l’époque. Et puis, en quoi est-elle décalée par rapport à la situation actuelle ? Peux-tu me l’expliquer ?

 

Eh bien, Lucien l’âne mon ami, je m’en vais te détailler ces éléments qui la rendent anachronique. La première strophe parle de la Chine et de la place Tienanmen qui est une des plus grandes et plus célèbres places de notre monde ; elle est le lieu par excellence de la capitale de la Chine, Pékin. Elle porte – par je ne sais quelle ironie de l’Histoire ! – ce nom de Tienanmen qui signifie « Place de la porte de la Paix céleste ». Cette strophe comprise comme on peut la comprendre aujourd’hui semblerait indiquer que la chanson prend parti pour les révoltés de Tienanmen et ce serait très bien ainsi, si ce n’était que ce serait un contre-sens en ce qui concerne les opprimés et les oppresseurs. Si les opprimés sont toujours les opprimés et le peuple chinois, les oppresseurs d’aujourd’hui qu’évoque la Place Tienanmen, c’est le Parti Communiste Chinois. Je vois ton regard éwaré, je le vois qui me présente toute l’incompréhension du monde ; alors, je m’explique.

La chanson date de 1988 et malgré certains antécédents, on pouvait voir cette place Tienanmen comme le lieu d’expression historique des opprimés de la Chine.

L’année suivant, en juin 1989, la 27ième Armée chinoise écrasait avec ses chars les manifestants tout autour de cette place, occupée par le peuple. La répression faisait plus de 10 000 morts. Selon Alan Donald, l’ambassadeur britannique en poste à Pékin qui envoyait les informations à son gouvernement, les blindés ont « roulé sur les corps à de nombreuses reprises, faisant comme une « pâte » avant que les restes soient ramassés au bulldozer. Restes incinérés et évacués au jet d’eau dans les égouts ». Dans les jours qui suivent, l’armée chinoise occupe Pékin et la répression s’étend à tout le pays.

Il est difficile d’imaginer que cette strophe ait eu le même sens en 1988, sauf à être une chanson prophétique prenant parti sur ce qui allait se passer l’année suivante et que le sens qu’elle a pu prendre après les massacres de 1989. Depuis lors, Tienanmen est toujours symbole de lutte pour la liberté et contre l’oppression et l’oppresseur d’alors est toujours au pouvoir et s’y accroche solidement. Comme on le voit, la Guerre de Cent Mille Ans ne connaît pas de frontières ; elle fait rage partout et les riches et les puissants de partout font brutalement la répression et la guerre aux pauvres et ils le font au nom de Dieu, du Droit, de l’État, de la Nation, de la Race, de la République, de la Démocratie, de la Liberté, du Peuple, du Parti, du Prolétariat, du Prophète ou de n’importe quoi.

Quant à la dernière strophe qui parle de l’Afrique du Sud, elle devrait elle aussi être actualisée. Botha et Mandela, qui tous les deux furent présidents du pays, ont disparu.

 

Effectivement, Marco Valdo M.I., ces deux strophes sont circonstancielles et de ce fait, ont perdu leurs repères pour la plupart des auditeurs ; mais c’est le lot de toutes les chansons qui se focalisent sur une actualité, par essence évanescente. Il fallait vraiment introduire un peu d’histoire pour comprendre ces deux strophes de la chanson, mais il en est une autre.

 

Il en est une autre et celle-là, Lucien l’âne mon ami, est toujours d’actualité, car elle est quasi-intemporelle. Que dit-elle ? Elle affirme l’homme d’Asie et d’Afrique face à la colonisation par le monde « européen » et la domination du monde par l’Occident.

 

Maintenant, si tu le veux bien, Marco Valdo M.I. mon ami, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde déséquilibré, raciste, oppresseur et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 

La moitié de notre cœur est ici,

L’autre moitié est en Chine :

Pas dans le Fleuve Jaune,

Mais sur la place Tienanmen

Avec les opprimés.

 

Ne regardez pas, frères, mes cheveux blonds,

Je suis asiate, je suis africain !

Ne regardez pas, frères, mes yeux bleus,

Je suis asiate, je suis africain !

 

En Afrique noire,

Botha et ses hommes jouent en noir ;

Le visage de Mandela,

De Biko et de ses amis, saigne.

 

 

ASIE-AFRIQUE
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Published by Marco Valdo M.I.
12 avril 2018 4 12 /04 /avril /2018 21:56
GÜLDÜNYA

 

Version française – GÜLDÜNYA – Marco valdo M.I. – 2018

tirée de la traduction italienne – GÜLDÜNYAFlavio Poltronieri – 2018

d’une chanson turque – GüldünyaZülfü Livaneli2005

Paroles et musique : Zülfü Livaneli

 

 

 

 

Livaneli écrivit et dédia la chanson à une fille victime d’un crime d’honneur.
Son nom Güldünya est composé de deux différents mots
 : la première partie « Gul » est aussi bien le nom « Rosa » que le verbe « rire », la seconde partie « dünya » signifie par contre « monde ».

 

 

Dialogue maïeutique

 

 

Vois-tu, Lucien l’âne mon ami, la chanson raconte la très triste histoire de Güldünya, une jeune fille turque qui vivait dans Istamboul, la ville la plus moderne et la plus européanisée de Turquie. Elle s’était bercée de l’illusion qu’un tel monde serait civilisé et serait capable d’atteindre la hauteur nécessaire pour donner vie à la dignité humaine, à la dignité d’être et de société humaines. C’était une illusion et Güldünya a payé très cher cette erreur de jugement : elle a voulu vivre selon ses amours, elle en est morte ; pour raison d’amour, ils l’ont assassinée.

 

Que racontes-tu, Marco Valdo M.I. mon ami, qu’est-il arrivé à cette jeune femme, je pressens une tragédie ?

 

Une tragédie, Lucien l’âne mon ami, c’en est une, assurément ; mais c’est aussi une ignominie et en langage plus cru comme le dirait le populaire, une franche saloperie. Et le pire, le pire de tout, c’est qu’ils appellent ça un « crime d’honneur ». À mon sens, il s’agit plutôt d’un « crime d’horreur ».

 

Un « crime d’honneur », un « crime d’horreur » ?, dit Lucien l’âne en dressant ses oreilles à la verticale, de quoi s’agit-il ?.

 

 

En clair, Lucien l’âne mon ami, Güldünya a été purement et simplement assassinée parce qu’elle avait voulu connaître et accomplir sa liberté d’être humain et sa liberté d’être humain féminin ; car elle avait décidé de suivre le penchant de son cœur et refusé de se soumettre au diktat de la religion, qui n’est rien d’autre qu’un résidu d’antiques coutumes paysannes arriérées.

 

Oh, dit Lucien l’âne qui en a vu d’autres, prudence, prudence, il faut être prudent avec les religions. Car les religions sont des engeances rancunières et assassines.

 

Oh, Lucien l’âne mon ami, je le sais et ô combien, je le sais. J’ai écrit tant de choses à propos des persécutions et assassinats de la religion catholiquedu sac de Jérusalem aux massacres d’Albi, de Béziers et de Montségur, à la torture de Claes le père de Till, à sa mort sur le bûcher, à celle de Viviani et de Bruno, à celui de Dolcino et de tant d’autres, etc., on n’en finirait pas. Mais dans ce cas-ci, il s’agit de la religion musulmane, des prescriptions du Coran et des délires machistes du prophète, relayant les ukases divins. Ah, si cette religion se contentait de mener des guerres saintes contre les religions concurrentes, je n’y trouverais pas trop à y redire ; en quelque sorte, ils laveraient leur linge sale en famille. Mais elle est plus pernicieuse, plus perverse encore, au moins autant que ne le furent les religions chrétiennes. Elle intervient dans la vie privée, quotidienne et intime de millions et de millions d’enfants (par le baptême, la circoncision ou l’excision), de femmes et d’hommes. Les religions, foi de Marco Valdo M.I., sont toutes indistinctement des machines autoritaires et indiscrètes ; toutes sont les ennemies de la liberté.

 

Pour ce que j’en ai vu au cours des âges, dit Lucien l’âne, tu as raison. J’ai vu les juifs se massacrer entre eux, les chrétiens massacrer les juifs, les musulmans massacrer les chrétiens et les juifs, les hindous massacrer les musulmans et inversement.

 

La religion est un sport dangereux, j’en conviens, dit Marco Valdo M.I.; cependant, il faut en sortir un jour ou l’autre de ce cercle infernal et à mon sens, la seule et unique manière s’est de se reconnaître tous comme des êtres vivants et de s’accorder sur cette seule base, sans l’intervention d’un être supraterrestre, sans l’intercession d’un dieu, qui en dehors de l’imaginaire de certains, n’existe tout simplement pas.

 

Sur ce point, Marco Valdo M.I. mon ami, je te rejoins totalement. D’ailleurs, il suffit de lire La Déclaration Universelle des Droits de l’Âne pour se convaincre que l’âne est athée. À ce sujet, il faut en toute objectivité constater qu’à la naissance, l’homme – dans toutes ses déclinaisons – est athée comme l’âne ou n’importe quel être – animal, végétal, minéral, gazeux, vide… et que tous les vivants redeviennent athées à leur mort, pour autant qu’ils se soient égarés durant leur existence dans les arcanes d’une religion ou d’une autre.

 

En effet, Lucien l’âne mon ami, tu fais bien de le rappeler : à la naissance, tout le monde – absolument tout le monde – est athée. Ce n’est qu’ensuite, qu’on pousse l’être humain dans les bras des religieux, qu’on fait gober l’existence d’un Dieu ou de plusieurs, qu’on le rend croyant et crédule. Tu fais tout aussi bien de rappeler que l’être humain abandonne avec sa vie toute coloration religieuse et redevient athée, quand il meurt.

 

Maintenant, Marco Valdo M.I., pour cette fois, il est temps de conclure et de reprendre notre tâche qui consiste à tisser le linceul de ce vieux monde absurde, assassin, ignoble, infect, religieux, croyant, crédule, idiot et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi parlaient Marco Valdo M..I. et Lucien Lane

 

 

Güldünya Güldünya !

Le monde crie, le monde rit.

Ils abattent Güldünya,

Écoute ce que je dis !

 

Istamboul est pleine de quartiers

Aux maisons peintes en blanc.

Ils abattent Güldünya :

L’arbre de la jeunesse est bri

 

Güldünya Güldünya…

 

Istamboul est pleine de bazars

Et d’hommes aux cœurs barbares.

Si on ne respecte pas leurs traditions,

Une tombe noire est la punition.


Güldünya Güldünya...

 

GÜLDÜNYA
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10 avril 2018 2 10 /04 /avril /2018 21:28

LES MURS

 

Version française – LES MURS – Marco Valdo M.I. – 2018

d’après la traduction italienne – MURI – Flavio Poltronieri – 2018

de la chanson turque – DuvarlarZülfü Livaneli – 1994

Paroles et musique : Zülfü Livaneli

 

 

 

DIALOGUE MAÏEUTIQUE

Sais-tu, Lucien l’âne mon ami, qui est Zülfü Livaneli ?

 

Oh, dit Lucien l’âne, moi, tout ce que j’en sais, c’est de l’avoir rencontré, il y a bien des années quand il menait aux côtés de Mikis Théodorakis, le combat pour établir une double voie d’amitié entre les Grecs et les Turcs. C’était au siècle dernier ; il y a maintenant plus de trente ans. Et de façon évidente, ce n’est pas gagné, surtout avec le régime actuellement au pouvoir en Turquie, qui me paraît par trop nationaliste, inféodé à une religion particulièrement intolérante, dictatorial, xénophobe et pour tout dire, assez fasciste dans son développement. C’est embêtant pour ce beau pays qui fut – un temps – une vraie république laïque, pour ne pas dire débarrassée de Dieu, qui prisait assez la liberté de ses citoyens. À présent, on en est loin. Et son évolution a de quoi inquiéter ses voisins, dont nous sommes.

 

Pour en revenir à ma question et à l’artiste Livaneli, reprend Marco Valdo M.I., tu sais sans doute aussi qu’il est un chanteur et un musicien, très renommé en son pays, mais également sur la scène internationale. Mais, sais-tu également qu’il s’agit d’un romancier de renom, un journaliste, un cinéaste et sans doute, a-t-il d’autres faces de sa créativité comme la poésie. Bref, il s’agit d’un artiste polyédrique, diraient nos amis italiens ; ce que je traduirai à l’usage des locuteurs de langue française, par artiste polymorphe ou protéiforme ; d’autres diraient qu’il a de multiples cordes à sa lyre. Pour ce que j’en sais, on dit de lui que c’est un artiste antidogmatique, ce qui dans la Turquie d’aujourd’hui, celle du caudillo Erdogan, est très périculeux. Je dis tout cela, car il s’agit de l’auteur, du compositeur et de l’interprète de la chanson.

 

Au fait, Marco Valdo M.I. mon ami, que dit-elle cette chanson ?

 

Le fait qu’elle s’intitule « LES MURS » donne déjà une indication. Comme on peut le voir dès les premiers mots, elle s’élève contre les murs, elle appelle à les détruire, à les abattre. Reste à savoir de quels murs, il s’agit, mais il n’est pas très difficile de comprendre qu’il s’agit pour l’essentiel des murs en tant que barrières, en tant qu’obstacles mis sur la route des populations et de la liberté des gens. Il en est de physiques, il en est qui sont faits d’interdits édictés au nom d’une idéologie, d’une religion, d’une nation. Toutes choses qui, comme tu le penses, sont détestables. Enfin, j’ajouterais volontiers que cette chanson si elle vise la situation en Turquie – elle visait en réalité une situation plus ancienne, mais elle a encore plus de pertinence aujourd’hui –, si par sa langue, elle s’adresse aux Turcophones et principalement, aux gens de Turquie, elle n’en a pas moins une portée générale comme, par exemple, en avaient aussi les chansons L’autre Côté du Mur et Les Murs de Pékin.

 

Dis-moi, Marco Valdo M.I., pourrais-tu préciser un peu le cheminement politique de Livaneli par rapport à ce qui se passe actuellement en Turquie ?

 

Je vais essayer, Lucien l’âne mon ami, mais ce sera fort général, pour la simple raison que je n’ai pas d’informations récentes quant à ce que pense ou ce que devient Livaneli.

Cependant, comme je l’ai déjà laissé entendre, ce n’est pas un partisan du régime actuel et de ce que j’en sais, il s’était déjà insurgé très fortement contre la nomination d’Erdogan au poste de Premier Ministre et il a amèrement et violemment reproché au chef du Parti républicain CHP, dont il était un membre influent, d’avoir tout fait pour permettre à Erdogan, chef du parti nationaliste musulman AKP, à qui était interdit l’accès à cette fonction, de devenir « Premier ministre sans être député ». C’était en décembre 2002 (depuis le dénommé Erdogan s’est fait bombarder Président). Cette véritable trahison, qui s’apparente à un coup d’État feutré, et ses suites désastreuses ont conduit à ce qu’on connaît aujourd’hui : un plongeon dans l’obscurantisme et la barbarie. Livaneli disait dans sa lettre adressée au président du parti (je reprends cette citation d’un article publié en 2007 sur le site KABA) : « Erdoğan n’est pas n’importe qui, c’est l’homme politique que tous les ordres religieux réunis ont choisi pour remplacer Erbakan, il a pour lui le soutien des États-Unis et de l’Europe. Son projet est de faire de la Turquie une République islamique modérée. Cela ne va pas durer deux mois comme vous le dites, au contraire, il va ruiner la vie politique de tous ceux qui se trouvent dans cette pièce. » Au-delà, on trouve des traces de l’artiste au travers de concerts ou de comptes-rendus de ses romans. Mais je n’ai plus trouvé de traces actuelles, ce qui ne laisse pas de m’inquiéter, si l’on songe au sort que ce régime réserve à ses opposants et les méthodes d’intervention qu’il utilise contre ces derniers.

 

Oh, dit Lucien l’âne en relevant le front, je pense qu’on finira par savoir quelque chose et pour ce qui est du régime en place à Ankara, il ne faut pas se leurrer : c’est une dictature brutale et belliciste, ethnocidaire vis-à-vis des Kurdes notamment. En Turquie, ce n’est pas un coup d’essai ; il y a eu le précédent du génocide des Arméniens. Il y a là une tradition nauséabonde, que comme la chanson le montre, certains Turcs tentent de renverser. Mais tu as raison, il y a de quoi s’inquiéter, pour tous ceux qui vivent dans l’orbe turc, mais aussi pour tous les voisins du Moyen-Orient, Europe y comprise, car la Turquie est un grand pays de plus de 80 millions d’habitants, dispose d’une armée importante et d’une relative puissance économique.

 

Que faire ?, dit Marco Valdo M.I., face à un pareil État autoritaire, qui massacre ses propres populations ? Certains avancent l’idée qu’un boycott de la Turquie, à commencer par le secteur touristique, pourrait avoir un certain effet sur l’évolution des choses. C’est à voir et probablement, à tenter.

 

Oui, dit Lucien l’âne, faut voir. Quant à nous, il nous faut reprendre notre tâche qui consiste à tisser encore et toujours le linceul de ce vieux monde impuissant, velléitaire, impotent et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Prenez d’assaut les murs,

Détruisez-les tous !

Assez de velléités,

Assez de divisions !

 

Abattez les murs,

Démolissez-les tous !

À bas les tyrannies,

Il suffit de chansons comme celle-ci !

 

Abattez les murs !

Le béton en cendres !

Marre des frontières,

Assez de guerres !

 

Abattez les murs,

Démolissez-les tous !

À bas les tyrannies,

Il suffit de chansons comme celle-ci !

 

LES MURS
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2 avril 2018 1 02 /04 /avril /2018 16:04
UNE JOURNÉE PARTICULIÈRE

 

Version française – UNE JOURNÉE PARTICULIÈRE – Marco Valdo M.I. – 2018

Chanson italienne – Una giornata particolare – Federico Marchioro – 2015

 

 

 

Dans « Une Journée particulière », chanson interprétée en duo par Federico Marchioro et Luca Bassanese, un chant décharné, sec, rigoureux, dépourvu de virtuosités, mais extrêmement direct de Marchioro, la force, la présence scénique et la théâtralité innée de Bassanese, confèrent à la pièce le caractère d’une « narration civique », du récit d’une défaite collective, d’un profond sens d’appartenance, d’un rêve commun brisé.

Dans une Italie, à la conscience civique « lobotomisée » par les grands moyens de communication, devenus moyens de contrôle et d’élaboration d’une vérité à l’usage et le profit d’une toute-puissante oligarchie, d’un « Grand Frère », d’une orwelliennne mémoire, est venu le moment de célébrer dans cette « journée particulière », qui entrera dans les livres d’histoire, pour la mémoire des générations à venir, la « mort de la gauche » et la victoire d’un « Nouvel Ordre » basé sur la haine, la violence, l’intolérance raciale et le mépris pour toute forme de libre expression culturelle, considérée comme « art dégénéré ». « Où on brûle les livres, on brûlera les hommes », écrivait le poète allemand Heinrich Heine. Et telle est l’histoire qui, tragique et inéluctable, se répète.

Dans une violente et rageuse nuit de pluie, pour les rares survivants de l’extermination planifiée d’un idéal, restés seuls dans ce « Blade Runner », c’est le temps du regret et du désespoir, d’une douloureuse remise des comptes, flux de conscience devant le tribunal de l’Histoire.

La grande épopée du Parti Communiste Italien, capable d’unir des générations entières autour de son orgueilleux drapeau, de l’incarnation de grands rêves et des espoirs, est finie, les larmes mêlées à la pluie qui descend du ciel sont du sang versé pour la trahison envers les martyrs de la Résistance.

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

Moi, dit Lucien l’âne, « Une Journée particulière », qui est le titre de cette chanson que tu viens de mettre en langue française, me rappelle furieusement un film qui portait le même titre. Un film d’on j’avais entendu parler bien des fois et qui si j’ai bon souvenir rassemblait en contre-emploi deux grands acteurs du cinéma. Autant que je m’en souvienne, cette « journée particulière » était celle d’un moment d’apogée du régime fasciste – le 8 mai 1938, on n’y pense pas souvent quand on fête le 8 mai, celui de 1945 – le jour de la venue à Rome du Nazi Maximus, A. H. ; cérémonial auquel les personnages – Sophia Loren en mère de famille au foyer et Marcello Mastroianni en journaliste licencié pour cause d’homosexualité et destiné au bagne de Carbonia en Sardaigne – n’assisteront pas.

 

Eh bien, Lucien l’âne mon ami, ta mémoire ne te trompe pas et mieux, elle t’a indiqué sans erreur aucune ce qui se trouve en arrière-plan de son propre récit, car, comme tu le sais, une chanson est (presque) toujours un récit. Le film que tu évoques racontait une Italie écrasée, hypnotisée par la verroterie glorieuse, soumise. Un temps où on pouvait à juste titre comme le commentaire introductif dire :

« le moment … qui entrera dans les livres d’histoire, pour la mémoire des générations à venir… basé sur la haine, la violence, l’intolérance raciale et le mépris pour toute forme de libre expression culturelle, considérée comme « art dégénéré ». « Où on brûle les livres, on brûlera les hommes », écrivait le poète allemand Heinrich Heine. Et telle est l’histoire qui, tragique et inéluctable, se répète. »

Le réalisateur du film, Ettore Scola disait : 

« L’idée était de mettre en scène une histoire actuelle de deux solitudes qui se rencontrent »

et c’est le même schéma qu’on retrouve dans la chanson, celui de la conversation particulière, du dialogue intime, confidentiel, presque clandestin et celui de la réflexion au plus profond de la dépression.

 

Certes, dit Lucien l’âne, j’ai bien saisi tout ça, mais dis-moi quand même quelques mots de la façon dont la chanson décrit cette journée et en quoi elle se distingue de la précédente.

 

Ce que décrit cette « Journée particulière », ce n’est pas un moment triomphal, ce n’est pas un instant historique, c’est une réalité quotidienne. Ce qu’elle révèle, ce sont les septante ans d’autodissolution progressive de la « gauche italienne », phénomène qui se passe à l’intérieur du champ politique et qui pourrait se résorber par de nouvelles configurations politiques, mais il y a plus grave, plus lourd, plus profond et finalement plus important, c’est la déréliction de ce peuple qui au travers de la Résistance, par sa force morale était (presque) venu à bout de la honte du fascisme. Et ce que dit la chanson, c’est que l’auteur de cette dégradation est le Parti Communiste Italien. Et après, me diras-tu que faire ?

 

Arrête-toi là, Marco Valdo M.I. mon ami, le reste coule de source et chacun sait que cette décrépitude est toujours en cours et on ne sait ni où, ni quand elle atteindra le bout de sa destinée. En attendant, maintenant, c’est une Italie désemparée, une Italie trahie et lentement désabusée qui se regarde avec effroi et ironie. Mais bien évidemment, l’Italie, ce n’est que l’entité abstraite, une sorte de globalité nationale qui se tient dans les limites géographiques plus ou moins solidement établies et cette entité-là, pour l’instant, n’est pas atteinte ; ce sont les gens qui subissent de plein fouet les effets de cette autodestruction de l’être ; c’est un moment de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants font aux pauvres pour perpétuer leur pouvoir, maintenir leur domination, ancrer leurs privilèges et multiplier leurs prébendes et leurs profits.

Face à cela, il faut reprendre le chemin de la résistance (d’autres l’avaient pris à Marzabotto , par exemple, rappelle la chanson) et à chacun des pas, pour ne pas oublier et pour trouver la force d’ouvrir d’autres voies, d’autres manières de faire le monde, se répéter à mi-voix « Ora e sempre : Resistenza ! ».

Quant à nous, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde arrogant, cupide, stupide, dérisoire, autosatisfait, malfaisant et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

L’Italie a décidé clairement,

Sur la base des sondages disponibles à présent

Et d’une majorité de fer à la Chambre et au Sénat

Que les forces conservatrices ont vaincu encore une fois

Et gouverneront ce pays pendant deux cent vingt-cinq ans

 

Solennelle et suprême, l’heure des martyrs est arrivée,

Face à la mer « tout est accompli ».

Des détachements de carabiniers ouvrent le feu

Sur les orphelins des poésies de De André,

Sur ce peu qui est resté de la gauche en Italie.

 

Dans cette nuit de pluie, pleure mon amour,

Car les rêves auxquels nous avons cru un temps sont tous morts.

Les chants du travail, le Parti, la solitude que nous avons ressentie à place Fontana

Sont toutes devenues des choses dont il faut avoir honte.

Dans cette nuit de pluie, pleure mon amour,

Car nous sommes seulement des lâches qui ont trahi

Les luttes, les sacrifices

Et le sang des vieux camarades morts

À Marzabotto pour notre démocratie.

 

Milan, place San Babila

À la tombée du soir, on allume des feux

On brûle des livres, des poésies, des souvenirs,

Mes cartes de Navigation des temps passés

Et un Nord-africain qui avait survécu à la mer

 

Dans cette nuit de pluie, pleure mon amour,

Car les rêves auxquels nous avons cru un temps sont tous morts.

Les chants du travail, le Parti, la solitude que nous avons ressentie à place Fontana

Sont toutes devenues des choses dont il faut avoir honte.

Dans cette nuit de pluie, pleure mon amour,

Car nous sommes seulement des lâches qui ont trahi

Les luttes, les sacrifices

Et le sang des vieux camarades morts

À Marzabotto pour notre démocratie.

 

UNE JOURNÉE PARTICULIÈRE
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29 mars 2018 4 29 /03 /mars /2018 17:42

GAUCHE-DROITE

 

Version française – GAUCHE-DROITE – Marco Valdo M.I. – 2018

Chanson italienne – Destra-Sinistra – Giorgio Gaber – 2001

Paroles et musique : Gaber-Luporini

 

 

Dialogue maïeutique

 

Gauche-droite, gauche-droite, qu’est-ce encore pour un titre, qu’est-ce encore pour une chanson, Marco Valdo M.I. mon ami ? On dirait une injonction pour marcher au pas.

 

Eh bien, Lucien l’âne mon ami, tu ne te trompes pas beaucoup. Gauche-droite, droite-gauche, gauche-droite, gauche-droite ; chez les bipèdes, on alterne les pieds pour marcher. C’est une logique physique inévitable ; sans elle, il n’y a rien qui marcherait. Mais ce n’est pas de cette logique-là qu’il s’agit ici ; il s’agit plutôt d’une manière de logique sociologique, avec des relents d’acide ironique ou même, d’acide sarcastique. Pour fixer le cadre, Gauche et Droite sont des concepts liés à la démocratie représentative. À l’origine, la Gauche et la Droite désignent la place qu’occupent les élus dans une assemblée, disposée en hémicycle ; ceux qui se trouvent à la gauche ou à la droite du président de séance. Ce qui veut dire que dans l’assemblée, le sens des choses s’inverse : ceux qu’on dit à gauche se trouvent à droite et ceux qu’on dit de droite sont à gauche. Ce qui conduit à cet aphorisme :

 

« La Gauche, c’est l’autre Droite. Et inversement. »

 

Puis, on a étendu cette curieuse spatialisation du monde aux partis politiques et à ceux qui les soutiennent, puis, au fil du temps, à ceux qui soutiennent les idées elles-mêmes qualifiées de gauche ou de droite. Le biais, car il y en a un, c’est que tout le substrat de ce gauche-droite est généralement occulté, oublié et comme perdu de vue. Et pourtant, c’est un élément essentiel.

 

J’aimerais bien savoir, Marco Valdo M.I. mon ami, à quoi tu penses en disant ça.

 

En somme, Lucien l’âne mon ami, tu souhaites savoir ce qu’est cet essentiel. Il s’agit de la façon dont cette dichotomie gauche-droite gomme la réalité du monde, laquelle est la domination d’un petit nombre d’humains sur l’ensemble des humains, mais également la prédation et le mépris pour les autres espèces vivantes et les ressources communes. Cette droite et cette gauche sont des jeux d’ombres, auxquels les populations sont conviées à assister ; dans le meilleur des cas, gauche et droite sont un reflet du réel. Mais, Droite et Gauche considérées comme des entités politiques servent à amuser la galerie et à détourner, à canaliser les forces sociales dans un jeu fermé et à exclure et disqualifier, par principe, toutes les autres formes d’organisation de la vie humaine.

 

Oh, dit Lucien l’âne sentencieux, cette histoire de gauche-droite m’apparaît comme une immense tromperie. Dis-moi, quelques mots à propos de la canzone de Giorgio Gaber.

 

À propos de la chanson de Giorgio Gaber, j’ai plus que quelques mots à dire. En premier lieu, de manière générale, cette chanson est une dénonciation du caractère fallacieux de ce système et l’impératif final est on ne peut plus clair :

 

Gauche-droite

Gauche-droite

Gauche-droite

Gauche-droite

Gauche-droite

 

Halte !

 

 

Ensuite, il me faut t’avouer que j’ai opéré en toute innocence une sorte d’inversion en traduisant le titre « Gauche-Droite », alors qu’en italien, c’est « Droite-Gauche ». Va-t’en savoir pourquoi !

 

Un souvenir de la gymnastique à l’école ? Une évocation des marches militaires ?, suggère Lucien l’âne en riant. En somme, il s’agit de faire marcher les gens.

 

Peut-être bien, répond Marco Valdo M.I., en attendant, j’ai conservé cet ordre. Pour le reste, la chanson relève une série de marqueurs sociaux qui me paraissent d’une grande pertinence et elle m’a tout l’air d’être une remarquable analyse de l’état de la société ; ce n’est qu’un instantané, mais d’une virulente vérité et pas seulement pour la société italienne. Tout comme cette question insistante :

 

« Mais qu’est-ce que la droite ? Qu’est-ce que la gauche ? »

 

On se le demande aussi, dit Lucien l’âne.

 

Là aussi, Lucien l’âne mon ami, il y a de quoi réfléchir. On peut en effet l’interpréter différemment si on se réfère à la gauche et la droite comme acteurs de la pièce politique ou si on se reporte à une gauche et une droite comme marqueurs sociologiques. D’où l’ambiguïté océanique dans laquelle bien des consciences, des espoirs et des illusions se sont noyées.

 

Arrête-toi là, Marco Valdo M.I. mon ami, je me charge d’une conclusion en disant que ce tableau peint (en paroles et en musique) par Gaber me paraît détailler très concrètement le fait que la Guerre de Cent Mille Ans (que les riches mènent contre les pauvres) se joue aussi au quotidien et jusque dans les plus infimes moments. Chaque geste, chacun des actes qu’on pose sont porteurs de cette signification et font pencher notre balance à gauche ou à droite. Cette balance de précision est peut-être la meilleure illustration du propos de Gaber. Quant à nous, reprenons notre tâche et recommençons à tisser le linceul de ce vieux monde désorienté, grugé, trompeur, rusé et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

On s’en prend tous à l’histoire,

Moi, je dis que c’est notre faute.

Il est évident que les gens galéjent,

Quand ils parlent de gauche ou de droite.

 

Mais qu’est-ce que la droite ? Qu’est-ce que la gauche ?

Mais qu’est-ce que la droite ? Qu’est-ce que la gauche ?

 

Prendre un bain est de droite,

Se doucher par contre est de gauche.

Un paquet de cigarettes est de droite,

Le tabac de contrebande est de gauche.

Mais qu’est-ce que la droite ? Qu’est-ce que la gauche ?

 

Une belle petite soupe est de droite,

La grosse soupe est toujours de gauche.

Tous les films d’aujourd’hui sont de droite,

Quand ils ennuient, ils sont de gauche.

Mais qu’est-ce que la droite ? Qu’est-ce que la gauche ?

 

Les petites chaussures de gymnastique ou de tennis

Ont encore un peu un goût de droite,

Mais les porter toutes sales et un peu délacées

Est plus idiot que de gauche.

Mais qu’est-ce que la droite ? Qu’est-ce que la gauche ?

 

Les jeans sont marqués à gauche ;

Avec la veste, ils tournent à droite.

Le concert dans un stade est de gauche,

Les prix sont franchement de droite.

Mais qu’est-ce que la droite ? Qu’est-ce que la gauche ?

 

Les collants sont presque toujours de gauche,

Le porte-jarretelles est plus que jamais de droite.

Pisser en compagnie est de gauche,

Les chiottes sont toujours au fond de droite.

Mais qu’est-ce que la droite ? Qu’est-ce que la gauche ?

 

La belle piscine bleue et transparente,

C’est évident qu’elle est de droite.

Les fleuves, tous les lacs et même la mer

Sont de merde plus que de gauche.

Mais qu’est-ce que la droite ? Qu’est-ce que la gauche ?

 

 

L’idéologie, l’idéologie

Malgré tout, je crois qu’elle existe encore

C’est la passion, l’obsession

De la diversité.

Où elle est allée, on ne sait pas,

Où, on ne sait pas ; où, on ne sait pas.

 

Je dirais que le jambon est de droite,

La mortadelle est de gauche.

Le chocolat suisse est de droite,

Le choco est encore de gauche.

Mais qu’est-ce que la droite ? Qu’est-ce que la gauche ?

 

La pensée libérale est de droite,

Maintenant, elle plaît aussi à la gauche.

On ne sait si la fortune est de droite,

Mais la poisse est toujours de gauche.

Mais qu’est-ce que la droite ? Qu’est-ce que la gauche ?

 

Le salut vigoureux du poing fermé

Est un ancien geste de gauche.

Le salut des années’20, un peu romain

Est si con qu’il déborde à droite.

Mais qu’est-ce que la droite ? Qu’est-ce que la gauche ?

 

L’idéologie, l’idéologie –

Pour ce qu’elle existe encore –

C’est de continuer à affirmer

Une pensée et son pourquoi,

Avec l’excuse d’un combat qu’il n’y a pas.

S’il existe, on ne sait où il est,

S’il existe, on ne sait où il va.

 

Le vieux moralisme est de gauche,

L’absence de morale est à droite.

Même le dernier Pape,

Se veut un peu à gauche.

C’est le diable qui maintenant est à droite.

Mais qu’est-ce que la droite ? Qu’est-ce que la gauche ?

 

La réponse des masses est de gauche

Avec un léger penchant à droite.

Je suis sûr que le bâtard est de gauche,

Et le fils de pute est de droite.

Mais qu’est-ce que la droite ? Qu’est-ce que la gauche ?

 

Une femme émancipée est de gauche,

Réservée, elle est déjà un peu plus de droite,

Mais une belle fille est toujours une attraction

Qui plaît à gauche et à droite.

Mais qu’est-ce que la droite ? Qu’est-ce que la gauche ?

 

On s’en prend tous à l’histoire,

Moi, je dis que c’est notre faute.

Il est évident que les gens galéjent,

Quand ils parlent de gauche ou de droite.

 

Mais qu’est-ce que la droite ? Qu’est-ce que la gauche ?
Mais qu’est-ce que la droite ? Qu’est-ce que la gauche ?

 

Gauche-droite

Gauche-droite

Gauche-droite

Gauche-droite

Gauche-droite

 

Halte !

 
GAUCHE-DROITE
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25 mars 2018 7 25 /03 /mars /2018 20:21

 

Le Testament

 

Chanson française – Le Testament – Georges Brassens – 1956

 

 

 

 

 

Dialogue maïeutique

 

 

Lucien l’âne mon ami, il arrive un moment dans la vie où certains ont l’idée de se faire un testament ou de se le faire faire par un notaire.

 

Certes, comme je nous connais, cela ne nous arrivera pas, Marco Valdo M.I. mon ami, ni à moi, ni à toi. Ce n’est pas qu’on ait peur de le faire, mais à la vérité, que pourrait-on bien y indiquer ? Rien, rien qui ne soit dit ici dans nos dialogues et dans nos chansons. Ce sont les seuls choses que nous léguerons à la postérité. Sans doute, du point de vue commun, cela ne vaudra pas assez pour y prélever une taxe, ni même pour en faire commerce. Et c’est bien ainsi. Mais dis-moi, Marco Valdo M.I. mon ami, aurais-tu l’intention de mourir bientôt que tu évoques cette idée de testament ?

 

Pas vraiment, Lucien l’âne mon ami, pas vraiment, mourir bientôt, non, je n’en ai pas l’intention, mais va-t’en savoir ? Et de toute façon, ce serait sans importance. En fait, j’en suis venu à vouloir évoquer ce testament particulier parce que j’avais promis de le faire, j’avais promis d’insérer cette chanson au chapitre de la Mort dans le grand roman des Chansons contre la Guerre, qu’il me vient souvent à l’idée de considérer comme un seul grand texte, constitué comme tous les organismes vivants d’une multitude d’éléments et un organisme vivant en perpétuelle croissance.

Il y a plusieurs raisons à cela : d’abord, la Mort est à mon sens une des grandes figures de la Guerre/vs/Paix : sans elle, quelle figure ferait la Guerre ? En ensuite, car elle est pour tous et pour chacun, la fin d’un combat et l’entrée – subreptice ou triomphale – dans « la fosse commune du temps ». Comme dit la chanson :

 

« J’ai quitté la vie sans rancune,

J’aurai plus jamais mal aux dents :

Me voilà dans la fosse commune,

La fosse commune du temps. »

 

Mais dis-moi, Marco Valdo M.I. mon ami, de quelle chanson s’agit-il et de qui elle est ; de cela, tu ne m’as encore rien dit.

 

Oh, Lucien l’âne mon ami, je pensais vraiment que tu le savais déjà. Il s’agit du Testament de Georges Brassens qui traite de la Mort à sa manière, c’est-à-dire en la considérant comme une étape de la vie. Toutefois, il m’importe de rappeler un autre Testament qui fut écrit un demi-millénaire avant celui-ci, dont on trouve écho dans La Ballade des Pendus, un Testament qui marque encore bien des esprits : « En ma trentième année, etc ». Ainsi, Brassens continue Villon, mais qui en aurait jamais douté ?

 

En effet, conclut Lucien l’âne, pour les êtres biologiques, la mort est une étape de la vie, la dernière, inéluctable, comme toutes les autres ; une bonne façon de quitter le monde pour laquelle il n’y a pas de quoi fouetter un chat. Quant à nous, continuons à tisser le linceul de ce vieux monde moribond, asthmatique, cahotant et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Je serai triste comme un saule,

Quand le Dieu qui partout me suit

Me dira, la main sur l’épaule :

« Va-t’en voir là-haut si j’y suis ! »

Alors, du ciel et de la terre,

Il me faudra faire mon deuil.

Est-il encore debout le chêne

Ou le sapin de mon cercueil ?

Est-il encore debout le chêne

Ou le sapin de mon cercueil ?

 

S’il faut aller au cimetière,

Je prendrai le chemin le plus long,

Je ferai la tombe buissonnière,

Je quitterai la vie à reculons.

Tant pis si les croque-morts me grondent,

Tant pis s’ils me croient fou à lier,

Je veux partir pour l’autre monde

Par le chemin des écoliers.

Je veux partir pour l’autre monde

Par le chemin des écoliers.

 

Avant d’aller conter fleurette

Aux belles âmes des damnés,

Je rêve d’encore une amourette,

Je rêve d’encore m’enjuponner.

Encore une fois dire « Je t’aime »,

Encore une fois perdre le nord

En effeuillant le chrysanthème

Qui est la marguerite des morts.

En effeuillant le chrysanthème

Qui est la marguerite des morts.

 

Dieu veuille que ma veuve s’alarme

En enterrant son compagnon,

Et que pour lui faire verser des larmes,

Il n’y ait pas besoin d’oignon.

Qu’elle prenne en secondes noces

Un époux de mon acabit :

Il pourra profiter de mes bottes,

Et de mes pantoufles et de mes habits.

Il pourra profiter de mes bottes,

Et de mes pantoufles et de mes habits.

 

Qu’il boive mon vin, qu’il aime ma femme,

Qu’il fume ma pipe et mon tabac,

Mais que jamais – mort de mon âme !,

Jamais il ne fouette mes chats.

Quoique je n’aie pas un atome,

Une ombre de méchanceté,

S’il fouette mes chats, il y a un fantôme

Qui viendra le persécuter.

S’il fouette mes chats, il y a un fantôme

Qui viendra le persécuter.

 

Ici-gît une feuille morte,

Ici finit mon testament.

On a marqué dessus ma porte :

« Fermé pour cause d’enterrement. »

J’ai quitté la vie sans rancune,

J’aurai plus jamais mal aux dents :

Me voilà dans la fosse commune,

La fosse commune du temps.

Me voilà dans la fosse commune,

La fosse commune du temps.

 

 

Le Testament
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