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26 janvier 2022 3 26 /01 /janvier /2022 17:56

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LES CYCLISTES

 

Version française – LES CYCLISTES – Marco Valdo M.I. – 2022

Chanson italienne – Pedala pedala – Fiumanò Domenico Violi – 2008


Paroles et musique : Fiumanò Domenico Violi
Album : Il Biciclettista

 

LES CYCLISTES

Fernand Léger – 1943-48

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Ah, la métaphore, la métaphore !, s’exclame Marco Valdo M.I.

 

Quoi, la métaphore, la métaphore ?, demande Lucien l’âne.

 

Oh, à vrai dire, rien, répond Marco Valdo M.I. ; rien de vraiment particulier, sauf qu’il m’est soudain venu à l’idée de pousser cette bluette, assez sommaire, je l’admets. Pourtant, en vérité, c’est le fond de ma réflexion. Donc, d’abord, la métaphore est le procédé qui, en gros, parle de quelque chose pour ne pas parler d’une autre, tout en en disant des choses. Ainsi, ce qui est dit, est dit.

 

Définition rigoureusement exacte, dit Lucien l’âne. Mais qu’en est-il cette fois ?

 

Eh bien, cette fois, Lucien l’âne mon ami, on donne dans la métaphore cycliste.

 

Si je me souviens, Marco Valdo M.I. mon ami, on a déjà parlé du vélocipède dans l’un ou l’autre de nos dialogues ; par exemple, quand on devisait de « La bicicletta », que tu avais fort logiquement traduit par « La Bicyclette ».

 

Oui, dit Marco Valdo M.I., et on trouvera la métaphore cycliste évoquée aussi précédemment dans « L’uomo è una machina che va a calci in culo » – « L’Homme est une Machine qui avance à coups de pied dans le cul », où dans notre dialogue, on évoquait « La Passion considérée comme une course de côte », œuvre du cyclomaniaque Alfred Jarry et maintenant, on pourrait dire – pour paraphraser le ci-devant – voici « la vie considérée comme une course de côte » du cyclotouriste Fiumanò Domenico Violi.

 

Si je me souviens encore, reprend Lucien l’âne, j’ai en mémoire qu’on en conversa aussi lorsqu’on présenta ta chanson « L’Aviateur ».

 

Ah oui, l’aviateur, dit Marco Valdo M.I., c’est mon tour d’avoir une remembrance émue en me remémorant ce texte biblique, prophétique, moderne et orné de citations cachées. Par exemple, celle-ci, double, que je ne résiste pas à citer et je te laisse le plaisir de chercher l’origine:

 

« Dans la montée, Jésus revient
Dans la poussière et les bras en croix »

 

Références, révérences, dit Lucien l’âne. En tout cas, cet Aviateur était une bonne chanson, mais qu’en est-il vraiment, j’insiste, de cette  ode aux Cyclistes.

 

Oh, répond Marco Valdo M.I., c’est l’histoire de l’homme, l’histoire toute simple d’un homme simple, un parmi tous ces gens qu’on croise et qui ont bien besoin d’être supportés, d’être de vive voix encouragés. Jarry avait raison, il faut considérer l’existence comme une course de côte, où chacun et tous sont individuellement engagés, tous en route vers le même sommet où tout, y compris le champion, s’arrête.

 

« Dans ce pays de feu et de clous

Où la vie ne vaut pas un clou,

Où la route de l’homme est en montée,

Arrête-toi champion, ta course est terminée. »

 

Décidément, conclut Lucien l’âne, ces métaphores cycloïdes, dignes du professeur, contiennent la grande vérité de la réalité, celle que poursuivit à travers le cosmos tout entier, le philosophe athée Giordano Bruno qu’on fit décoller – sous mes yeux, si, si, j’y étais au campo dei Fiori – dans un grand bouquet de flammes romaines. Oui, tous en route pour le même sommet ! En attendant de rencontrer Mort - dont Terry Pratchett affirme qu'il est du genre masculin, un grand-père même - et qu’il nous indique le but final, tissons le linceul de ce vieux monde pentu, rond, raide, rude et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

Pédale, pédale

Et plie la route,

Dompteur de courbes !

Entre les montées et les combes,

Ton visage fin,

Creusé par la soif et la faim,

Esquisse un demi-sourire

Entre fiel et sucre.

Pédale, pédale,

Graine de champion

Et forge l’asphalte,

Et fait sauter le goudron.

 

Dans ce pays d’épines et de roses

Où la vie ne vaut rien,

La route de l’homme est toute en côtes

Et l’omnipotence est une histoire sans fin.

 

Pédale, pédale,

Pédale d’amour,

Pédale toujours,

Sel de sueur et de larmes,

Pédale, pédale !

Où que tu sois,

J’espère que tu seras

Moins seul qu’avant,

Quand un diable blanc

Avec une queue et un trident

Te piquera les fesses

Pour maintenir ta vitesse.

 

Le sort t’attend

À chaque tournant,

Les gens en faction

Hurlent ton nom ;

Des yeux, tu les salues

Avec le cœur dans la gorge.

Un enfant rêve de son mythe

Et t’effleure et t’enflamme.

 

Pédale, pédale

Sans arrêter

Et laisse tomber

Les pensées létales,

Car il est un ange elfe

Qui assure tes arrières.

Pédale, pédale

Et ne regarde pas derrière

Pédale, pédale,

Graine de champion

Et forge l’asphalte,

Et fait sauter le goudron.

 

Dans ce pays de feu et de clous

Où la vie ne vaut pas un clou,

Où la route de l’homme est en montée ;

Omnipotence, l’histoire est fatiguée.

 

Pédale, pédale

Où que tu cavales,

Et laisse tomber

Les mauvais pensers.

 

Dans ce pays de feu et de clous

Où la vie ne vaut pas un clou,

Où la route de l’homme est en montée,

Arrête-toi champion, ta course est terminée.

​

LES CYCLISTES
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Published by Marco Valdo M.I.
24 janvier 2022 1 24 /01 /janvier /2022 18:12

 

Mémoires d’un Rat militaire

 

 

Chanson française – Mémoires d’un Rat militaire – Marco Valdo M.I. – 2022

 

 

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

 

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région


 

Épisode 18

 

 

 

 

 

DÉPART À LA GUERRE

Konstantin Vassiliev - 1974

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

 

Dans ce voyage en Zinovie, comme tu le sais, Lucien l’âne mon ami, on entend toutes sortes de voix, on capte des discours, des dialogues, des monologues, des ruminations, des échos, des remembrances.

 

J’avais remarqué tout ça, dit Lucien l’âne. C’est d’ailleurs un peu étrange, mais il est vrai qu’en voyage, on fait des rencontres insolites, on est interpelé par des inconnus en mal de confidences. J’ai toujours connu ça. Certaines gens gardent malgré eux sur leur conscience des secrets fort lourds qu’ils ne peuvent dévoiler à personne de leur entourage et qu’ils révèlent – pour se soulager, je pense – à l’anonyme de passage. Évidemment, on peut proposer la confession, mais c’est un procédé moins sûr.

 

De fait, reprend Marco Valdo M.I., la confession est chose délicate et sujette à précautions, surtout dans les pays comme la Zinovie où la dénonciation tient du sport collectif. Bon, tout ça pour dire que ces mémoires d’un rat militaire, qu’il aurait mieux valu appeler « mémoires d’un rat quand il était militaire », comme Pipo, héros de « La Guerre de Pipo », sont comme leur intitulé le laisse présager une débondade, un débondage irrépressible.

 

Soit, dit Lucien l’âne, je comprends de quoi il s’agit, en général, mais il faudrait quand même un peu préciser les détails de ces souvenirs soudain jaillissants.

 

Je vais, dit Marco Valdo M.I., d’abord situer le personnage. Au vu de son surnom « le rat », on peut aisément imaginer qu’il devait être – aux yeux de ses contemporains – assez répugnant et c’est le cas, en effet. Ici, il est seulement question du début de sa vie et de son engagement comme militaire. On notera en passant que la chanson précise qu’il avait rejoint l’armée dès avant la guerre. Il n’est pas clair s’il entendait faire carrière comme militaire ou s’il avait simplement devancé l’appel, faute de poursuivre des études. Toujours est-il qu’il fit la guerre à l’arrière dans un poste de commandement – comme commissaire politique. De son propre aveu, c’était un endroit beaucoup plus sûr, plus confortable et plus agréable que le front. On y bénéficiait d’un bon logement, d’une bonne nourriture, de bonnes femmes.

 

C’est assez classique dans les armées, dit Lucien l’âne.

 

À propos de bonnes femmes, continue Marco Valdo M.I., je laisse la chanson révéler ses mystères et ce qui s’en est suivi.

 

Voyons voir ça, dit Lucien l’âne, et tissons le linceul de ce vieux monde guerroyant, guerrier, martial, belliqueux, belligérant, bellifère, belliciste, boutefeu, toujours prêt à remettre ça et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

Moi, je viens de cette froide savane ;

Je suis né dans une pauvre cabane.

Enfant, on m’appelait le rat.

À l’Institut, on me nomme comme ça.

Je ne suis pas un imbécile,

J’ai fini l’école secondaire.

Avant la guerre, déjà, j’étais militaire

Service dur, combat facile.

Tous les jours, tous les mois,

Dans la boue, la touffeur et le froid,

Lit au carré, fusil nettoyé, au pas,

J’étais le meilleur des soldats.

 

Ah, c’était le bon temps, la guerre !

Tout était net, tout était clair.

Épreuves, sacrifices héroïques,

C’était une époque magnifique.

Aucun doute, aucune hésitation

L’ennemi se trouvait devant,

On tenait nos positions.

On mangeait bien au restaurant :

Pain frais, viandes, crèmes,

On buvait tant qu’on voulait ;

Les femmes aussi pullulaient.

On était des hommes, quand même !

 

Au régiment, je partageais mon logement

Avec un capitaine fort séduisant.

Il ramenait des filles encore et encore ;

Il en voulait cinq cents, il visait un record.

J’avais une camarade, une cuisinière

Avec qui je copinais pépère.

Le capitaine dit : une seule, c’est pas assez.

À la guerre faut profiter.

Un soir, ma jeune secrétaire est venue ;

Avant, elle voulait se marier ;

Au matin, elle s’est pendue.

Dans une lettre, elle a tout raconté.

 

Qui disait : les pucelles sont sans danger ?

Ce fut toute une affaire ;

On m’a sermonné,

Puis, comme c’était la guerre,

On enterra cette histoire.

Quand c’est fini, c’est tout,

Sauf dans ma mémoire.

Alors, je bois comme un trou.

Les jeunes d’aujourd’hui ont tout reçu :

Tout ce qu’on a payé de notre chair,

Qu’au prix de notre peau, on a défendu.

Ils ont tout sans rien faire et pour pas cher.

 

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Published by Marco Valdo M.I.
22 janvier 2022 6 22 /01 /janvier /2022 18:59
DANS LE TRAIN

Version française – DANS LE TRAIN – Marco Valdo M.I. – 2022

d’après la traduction italienne Nel treno de Andrea Tognina ( --> A – Rivista Anarchica n° 417, giugno 2017)

et du texte original de la

chanson suisse – alémanique (Bärndüüdsch) – Ir ysebahn – Mani Matter – 1972


Paroles et musique : Mani Matter
Album : Ir Ysebahn [1973]


Mani Matter (de son vrai nom Hans-Peter Matter) est né le 4 août 1936 à Herzogenbuchsee et mort le 24 novembre 1972 à Kilchberg.


 

 

 

Mani Matter était un grand consommateur de deux choses : les cigarettes et les voyages en train. À tel point que l’une de ses photographies les plus célèbres le montre penché à la fenêtre d’un wagon non-fumeur, son éternelle cigarette à la bouche. Cette chanson a également donné son nom à un de ses albums entiers, sorti à titre posthume en 1973, intitulé Ir Ysebahn (« À la gare »), dont la couverture représente un Mani Matter plutôt absorbé, assis dans un vieux wagon vide, helvétiquement très propre et légèrement inquiétant, avec ses sièges en bois. La chanson que je vais vous présenter étant l’une de ses dernières, il est presque impossible de ne pas y déceler une sorte de sombre présage de la mort ; mort qui, pour Mani Matter lui-même, infatigable voyageur en train, s’est produite dans un terrible accident de voiture. Mais ce n’est pas tout, bien sûr ; une sorte de parabole humaine se déroule souvent dans les trains. Vous savez, même dans les trains d’aujourd’hui, ces séries de quatre places sont disposées deux par deux les unes devant les autres ; de sorte que, du moins lorsqu’il n’y avait pas de « distanciation sociale » (qu’il serait plus approprié, à mon avis, de qualifier d’asociale), deux personnes voyagent dans le sens de la marche du train et les deux autres dans le sens opposé. Je fais partie de ces personnes et j’évite ce genre de situation dans la mesure du possible, même si j’ai une préférence évidente pour les sièges à quatre voies, qui me permettent d’étirer un peu mes longues jambes. Il arrive que l’on ne puisse pas, et même que l’on se retrouve face à des inconnus qui ont envie de discuter, qui sont souvent en colère contre le monde entier et qui n’admettent aucune forme de contradiction de l’inconnu en face d’eux. Non seulement Mani Matter s’est rendu compte que, parfois, ce genre de choses se termine mal, par des mauvais mots et même par des coups. Pour vous dire la vérité, j’ai eu quelques discussions animées dans un train (et dans un bus), mais je n’en suis jamais venu aux mains. C’est peut-être aussi pour cela que j’essaie toujours de trouver un endroit dans le train où personne ne me demande mon avis sur tel ou tel sujet, ou n’essaie de me faire la conversation. Mais j’ai été témoin de discussions qui ont frôlé les coups de poing. La petite guerre des trains du quotidien.

 

Et ainsi, lentement, vous arrivez à la fin de la ligne, à la station finale……

« On peut dire que c’est précisément le choc de sa mort qui a fait naître une sorte de mélancolie et de pressentiment lugubre de la mort qui, plus ou moins en filigrane, a imprégné sa poésie. […] ([La station Rorschach – en plus d’avoir le son sinistre des célèbres taches de test psychologique – est un endroit en Suisse proche de la frontière avec l’Autriche, donc vraisemblablement un terminus)".


Vous avez peut-être remarqué le texte à l’intérieur des guillemets. Lorsque, sur ce site, des mots sont mis en exergue, il s’agit généralement d’une citation. Oui, parce que, en Italie, ce n’est pas la première fois que quelqu’un parle de Mani Matter ; peut-être même un peu… inspiré par votre serviteur, Alessio Lega avait écrit quelque chose sur Mani Matter dans le n° 417 de " A – Rivista Anarchica " en juin 2017. Probablement la seule chose sur Mani Matter qui ait jamais été imprimée dans une publication appartenant au territoire italien (en Suisse, selon toute probabilité, il doit y avoir quelque chose en italien). Entre autres choses (et on y trouve aussi, bien que légèrement modifiée, mon ancienne traduction de Dynamit), il parle aussi brièvement de cette chanson qui nous est présentée aujourd’hui et, en outre, me fournit une autre pausetten car, je vous le garantis, traduire de l’alémanique bernois n’est pas une sinécure (et j’entends déjà le fameux petit oiseau gazouiller autour de moi : « Mais est-ce que le médecin vous a ordonné de le faire… ?"). La traduction italienne qui accompagne cette chanson n’est pas la mienne ; elle est parmi les cinq qui figurent sur cette page de Rivista Anarchica. L’une est de moi (celle de Dynamit, en fait) et les autres sont d’Andrea Tognina. Comme l’écrit Alessio Lega (et voici à nouveau la citation) :

« La réalisation de cet article a été possible grâce à l’extraordinaire travail de diffusion culturelle de Riccardo Venturi et du site « Chansons contre la guerre » et surtout d’Andrea Tognina qui non seulement nous a fait connaître Mani Matter, mais nous a donné les clés pour entrer au cœur de cette façon particulière d’être suisse (en plus de nous avoir fait goûter du vrai gruyère). Si Mani Matter repose là, à deux pas de Michail Bakounine, c’est peut-être un hasard, mais certainement pas une disgrâce. »

 

J’ai ainsi le plaisir de rendre hommage à Alessio Lega pour ses paroles, à Andrea Tognina (que je ne connais pas, mais que je salue tout de même si par hasard il avait la chance de lire ces lignes) et à « A-Rivista Anarchica », une revue dans laquelle, pendant des années et des années, Alessio Lega a tenu une rubrique intitulée "…e Compagnia Cantante », dans laquelle il passait en revue la chanson de chaque pays et dans chaque langue. Malheureusement, comme vous pouvez le constater, je parle au passé. « A-Rivista Anarchica » a cessé de paraître il y a peu, et d’une manière inattendue et tragique, cela a aussi un rapport avec les trains. Son initiateur et directeur, Paolo Finzi, s’est donné la mort à l’été 2020 ; “dieu” n’a pas décidé, c’est lui qui a décidé. Un jour d’été de l’an I de la pandémie, pour des raisons qui n’appartiennent qu’à lui, il a marché pendant une heure pour rejoindre le train sur une voie ferrée en Romagne, près de Forli ; et, finalement, le train est arrivé. La fin de la ligne, comme le Rorschach de la chanson de Mani Matter. Avec Paolo Finzi, la Rivista Anarchica est partie, la Compagnia Cantante est partie et mille autres choses sont parties, dont la seule grammaire en italien du romani, la langue des Roms, publiée par “A” dans un énorme encart il y a quelques années.

 

Les trains, en effet. Les trains qui partent et les trains qui arrivent. Ceci termine ma pausetten ; nous reviendrons, dès les prochains chants, explorer les petites chansons de l’avocat Matter de façon autonome, avec peu de compagnons de route et encore moins de pistes déjà tracées. [RV – Riccardo Venturi]


 


 


 


Pour voir d'où vient le vent,

Les uns s’asseyent face vers l’avant,

Dos à la direction d’où vient

Le train.

 

De l’autre côté, où on voit

Vers où le train s’enfuit,

Les voyageurs s’asseyent vis-à-vis

Pour voir où va le convoi.

 

Du côté où le train s’en va

Et le dos à l’envers.

C’est la loi du chemin de fer

Que le train roule tout droit.

 

De là, il est évident

Que chacun prétend

Que du bon côté, il mate

Et alors voilà,

Ils s’insultent et se battent.

Et le train s’en va tout droit.
 

Et quand le contrôleur arrive finalement,

Il ne se soucie pas de la question ;

Il dit juste : « La prochaine station,

C’est Rorschach, terminus et tout le monde descend. »

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Published by Marco Valdo M.I.
18 janvier 2022 2 18 /01 /janvier /2022 18:40

 

La Région

 

Chanson française – La Région – Marco Valdo M.I. – 2022

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

 

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays

 

 

Épisode 17

 

 

 

TOUT VA BIEN CHEZ NOUS

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

 

Sans doute, Lucien l’âne mon ami, la région – c’est le titre de la chanson – est une notion floue, un concept vague, une entité éminemment élastique et d’une certaine manière, assez insaisissable.

 

Oui, dit Lucien l’âne, mais il suffit de dire son nom pour qu’on la situe et qu’on puisse en évaluer les contours, le relief, l’hydrographie, en situer les villes, les villages, les routes, les chemins de fer, les ports, les aéroports, que sais-je ? En déterminer la population et même, grosso modo, le climat. Dans l’ensemble, c’est généralement assez clair.

 

Généralement, c’est le cas de le dire, répond Marco Valdo M.I., vu que la région – après la grandiose révolution avait hérité du nom d’un général, puis, après qu’on l’eut déclaré félon et fusillé, de celui d’un autre général – son exécuteur, lequel a depuis été lui aussi effacé. Donc, à l’heure présente, pour ce qui est de cette région de Zinovie, c’est toute une histoire, car on ne peut ni la nommer, ni la situer. C’est un fantôme géographique, un ectoplasme historique ; c’est tout juste si on peut croire à son existence. Et pourtant, elle existe, elle est bien réelle et pour ce que j’en sais, elle n’est seule dans son genre.

 

Soit, dit Lucien l’âne, mais en vérité, je ne comprends pas bien de quoi elle vit cette région.

 

Je vais te résumer l’affaire, dit Marco Valdo M.I. ; d’abord, rappelons qu’une région, au sens où on l’entend ici, c’est une partie d’un ensemble plus grand ; le plus souvent, une partie d’un pays, d’un État, comme c’est le cas ici. Pour celle qui nous occupe, elle n’a pas de nom, elle est anonyme par destination. Elle n’apparaît nulle part sur les cartes, elle n’a pas d’histoire, on ne peut l’identifier. On la traverse sans la voir. Tout ça volontairement, obligatoirement, car c’est une région militaire nimbée par le secret d’État.

 

C’est tout ce que tu peux m’en dire ?, demande Lucien l’âne.

 

Certes non, répond Marco Valdo M.I. ; la chanson nous apprend bien d’autres choses à son sujet.

— Elle a connu la glorieuse révolution ;

— Son nom, quand elle a pu en avoir, était celui d’un héros du moment ; elle en a changé plusieurs fois.

— On y a créé un conscientorium afin de soigner la conscience politique des gens ;

— Elle fut antérieurement une région rurale prospère et elle vit à présent dans la disette alimentaire.

— On y trouve un camp de prisonniers en plus du conscientorium et de ses cinquante mille pensionnaires.

— les pensionnaires, les prisonniers et les jeunes de la région sont contraints au travail local.

 

Oh, dit Lucien l’âne, il y a en effet de quoi la cacher.

 

Selon ce qu’en dit la chanson, dit Marco Valdo M.I., on la camoufle très bien, mais on y a construit une petite ville, entièrement pensée – n’y sont tolérés que des habitants fiables – pour donner une belle image aux visiteurs étrangers. Celle-là, on peut la voir, la visiter et même, rencontrer ses habitants.

 

Eh bien, dit Lucien l’âne, en confidence, de mes propres oreilles, j’ai entendu dire que ce genre de choses existent ailleurs, mais je n’y suis jamais allé dans ces pays ; quant à la Zinovie, comme toi, je la découvre. Cela dit, tissons le linceul de ce vieux monde menteur, camouflard, misérable, malheureux et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

 

Nul ne se souvient plus du nom

Ancestral et vénérable de notre région,

Son nom d’avant la glorieuse révolution ;

Ni du nom d’un général de grand renom,

Dont notre région hérita ;

Fusillé, son justicier lui succéda.

Depuis, on vit dans la nouvelle ère.

Tache blanche sur les cartes routières,

Néant traversé par le chemin de fer,

Notre région est zone militaire,

Plus personne ne vient là ;

Son nouveau nom est un secret d’État.

 

Si notre pays voyait dans un autre pays

Traiter les habitants comme ici,

Il s’indignerait à grands cris.

Chez nous, on édifie le paradis.

Pour ménager cet avenir radieux,

On aménage un présent précautionneux.

Les autorités écrivent notre histoire,

En grande part forcément illusoire.

Comme les discours n’arrivent pas

À soigner la conscience publique,

On a créé de vastes sanatoriums politiques,

Ce sont les conscientoriums de notre État.

 

Nos chefs sages et bien aimés

Ont réparti toute l’humanité

Équitablement en deux parts :

Nous, d’un côté ; le reste, autre part.

Nous, le concentré du meilleur,

On surpasse ce qui se fait ailleurs.

L’absence de viande, le manque de blé ;

La disparition des patates et des choux.

Tout va bien chez nous.

Nos dirigeants l’ont décidé :

L’élan du peuple, de la région, la solidarité

Vont multiplier par cinq la production de tout.

 

Avant la révolution grandiose,

Notre région produisait plein de choses :

Du beurre, de la viande, des patates, du blé.

Il y avait à manger ; c’était un pays agricole arriéré.

C’est maintenant une région industrielle.

On a un camp, des usines, on produit du papier,

Des calculatrices, des avions, des poubelles.

On fait travailler les jeunes et les prisonniers,

Et les cinquante mille pensionnaires

De notre conscientorium exemplaire.

On a bâti une ville modèle de l’autre côté

Qu’on fait visiter aux étrangers.

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Published by Marco Valdo M.I.
12 janvier 2022 3 12 /01 /janvier /2022 18:27

 

 

Jours tranquilles au Pays

 

Chanson française – Jours tranquilles au Pays – Marco Valdo M.I. – 2022

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ;

 

Épisode 16

 

 

LES GUIDES SUR LA PLACE

Ivan Nikiforov - 1970

 

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

 

Jours tranquilles au pays, dit Lucien l’âne, c’est là un beau titre et j’ai comme l’impression de l’avoir déjà vu.

 

Pas étonnant, Lucien l’âne mon ami, que tu aies une impression de déjà-vu, car il s’inspire directement et à raison du titre d’un célèbre roman d’un voyageur, roman dont le titre est « Jours tranquilles à Clichy », écrit par l’exilé étazunien Henry Miller, qui disait de ce long passage à Paris : « Quand je repense à Clichy, j’ai le souvenir d’un petit séjour au paradis. », propos que je ne peux m’empêcher de raccrocher à la quatrième étape de ce voyage en Zinovie, que j’avais intitulée : «  Le Paradis sur Terre ». Évidemment, ce sont des paradis très différents.

 

Je m’en doute, dit Lucien l’âne. Pour moi, j’ai l’idée que ça n’a rien à voir. Cependant, parle-moi maintenant de ces jours tranquilles en Zinovie. 

 

On y parle, répond Marco Valdo M.I. ; au fait, ce « on » est vraiment le mot qui convient, précis, impersonnel et anonyme, qui sous ses deux lettres se fait l’écho de toutes sortes d’interlocuteurs zinoviens ; par ailleurs, ce « on » est sans doute un des plus grands acteurs de la vie zinovienne, mais j’y reviendrai un peu plus tard. Dans ce voyage en Zinovie, on entend tout un charivari qui vise probablement les guides et autres responsables du pays et pas seulement ceux d’hier ou d’avant-hier. D’abord, il faut préciser que le guide est une institution très ancienne en Zinovie ; elle remonte à la nuit des temps, quand la Zinovie n’était encore qu’un embryon de ce gigantesque pays qu’elle est devenue au fil des temps. Le guide en lui-même est une figure centrale de toute configuration de groupe en Zinovie ; il surgit spontanément dans tout agglomérat humain en voie de stabilisation. Ainsi, il y a en haut de la pyramide zinovienne « Le Guide » et depuis la révolution grandiose, il y en a eu une kyrielle ; celui-là, on le dit le guide suprême ; c’est le guide des guides, qui eux-mêmes, vraies poupées gigognes, sont les guides de multitudes de guides de moins en moins suprêmes, mais qui toujours incarnent Le Guide, incarnation suprême du peuple. En gros, cette Zinovie a cent ans ; c’est elle qui se révèle aux voyageurs. Considérons donc ce voyage comme une exploration, notons en les échos et laissons dire les chansons.

 

Eh, dit Lucien l’âne, on dirait que tu as oublié que tu m’as promis de me parler du « on » et de son rôle apparemment essentiel en Zinovie.

 

Juste, répond Marco Valdo M.I. ; il me faut m’exécuter. Donc, le « on » apparaît dans la troisième strophe :

 

« Il y a quelque chose de gluant, de pourri, de retors.

Ce que c’est, je ne sais pas. On veut me faire du tort. »

 

et dans la quatrième également :

 

« À l’époque, celle de la gloire d’antan,

On suivait l’esprit du temps,

Marche triomphale, révolution grandiose,

On ne posait pas de questions.

Cinq ans au camp, ce n’était pas grand-chose.

À présent, avec l’évolution,

On nie les disparitions, on dément ;

Cependant, on y colle les gens comme avant. »

 

Il s’agit bien de « on » sans pourtant être les mêmes. Le « on » est protéiforme. On trouve ici seulement certaines de ses personnifications, car il en a beaucoup d’autres. Il y en a de trois sortes ici :

— le premier « on », celui de « On veut me faire du tort », c’est une entité mystérieuse, faite d’ombres cachées et fuyantes, ce sont des « on » honteux ;

— le second, c’est le « on » collectif, celui qui dit : « On suivait l’esprit du temps / On ne posait pas de questions » ; il rapporte l’avis commun d’un grand nombre et qui protège les gens de l’avoir exprimé.

— le troisième, est très évident, il aime à faire planer son ombre sur la société et il aurait plutôt tendance à faire fuir – c’est le « on » dominateur, imbus de sa puissance. C’est le « on » qui nie les disparitions, qui dément, qui colle les gens dans les « y » de on y colle. Les « y », ce sont les prisons, les camps, les institutions psychiatriques (Mémorial)

 

Oui, dit Lucien l’âne, mais allez saisir le « on », toujours il s’échappe et c’est sa raison d’être à cet être Potemkine. Quant à nous, tissons le linceul de ce vieux monde intranquille, populaire, regrettable, triomphal, grandiose et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

En Zinovie, le guide nous éclaire.

Tout l’art doit être populaire.

L’œuvre commune, l’enfant de la nation,

La création est affaire de tradition,

L’art est patrimonial et folklorique :

Cuillères, tasses, objets en bois peint ;

Broderies et foulards « faits main » ;

Poupées-gigognes, chansons historiques,

Sagas, légendes et bylines rimées

Par de vieilles femmes inventées.

Tout l’art populaire est sacré,

C’est le cœur du peuple incarné.

 

En Zinovie, les gars et les filles un jour

Perdent distraitement leur virginité ;

Loin dans les temps passés, suranné,

A-t-il jamais existé ce premier amour ?

L’amour, le roman, les vrais béguins,

Les joies, les tendresses, les chagrins,

Ici, les gens vivent les sentiments plus tard.

La petite voisine est enceinte, chose regrettable.

Où trouver un mari convenable ?

Il faut régler ça sans retard.

Sinon, elle va se pendre, elle va se noyer.

Déjà marié, il lui disait que c’était sans danger.

 

L’autre jour, j’avais des amis en soirée.

On m’a dénoncé. La milice a débarqué.

Les agents ont exigé les papiers.

Ils ont tout noté. Ma soirée était gâchée.

Derrière mon dos, sous mes pieds, autour de moi,

Il y a quelque chose de gluant, de pourri, de retors.

Ce que c’est, je ne sais pas. On veut me faire du tort.

Qui c’est ? Et pourquoi ? Et pourquoi moi ?

Les amis sont repartis immédiatement.

Depuis, un juge d’instruction m’a convoqué,

Il dit : il faut purger le pays des dissidents.

Dix heures durant, il m’a interrogé.

 

En Zinovie, il est facile à présent

D’être courageux et intelligent ;

À l’époque, celle de la gloire d’antan,

On suivait l’esprit du temps,

Marche triomphale, révolution grandiose,

On ne posait pas de questions.

Cinq ans au camp, ce n’était pas grand-chose.

À présent, avec l’évolution,

On nie les disparitions, on dément ;

Cependant, on y colle les gens comme avant.

C’est juste une question de prix

Pour vivre tranquille sa vie ici.

 

 

 

  Jours tranquilles au Pays
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Published by Marco Valdo M.I.
11 janvier 2022 2 11 /01 /janvier /2022 12:03

 

LE MEILLEUR DES MONDES


 

Version française – LE MEILLEUR DES MONDES – Marco Valdo M.I. – 2022

d’après la traduction italienne de Flavio Poltronieri – VIVO NEL MIGLIORE DEI MONDI

d’une chanson russe – Живу я в лучшем из миров – Vladimir Semënovič Vysotskij / Владимир Семёнович Высоцкий – 1976


 

 

LE MEILLEUR DES MONDES

Paul KLEE – 1939


 


 


 

Dialogue maïeutique


 

Cette fois, Lucien l’âne mon ami, la chanson s’intitule « Le Meilleur des Mondes ».


 

Hou là, dit Lucien l’âne, quel titre ! Ce doit être une chanson philosophique, un conte utopique ; rien que ce titre est déjà toute une histoire. C’est tout à coup Candide qui sort de la boîte où on l’avait rangé ; Candide et Mademoiselle Cunégonde et le Docteur Pangloss. Pangloss – de toutes les langues, ce pourrait être le saint patron des Chansons contre la Guerre, qui sont aussi optimistes que lui avec leur combat à la Sancho Pança contre les cavaliers de l’Apocalypse. Et puis, Leibniz moqué par Voltaire et puis, et puis, Huxley, lequel renvoie immanquablement à Orwell et aux Cavaliers en retraite de Pratchett. Tout ça se bouscule dans ma mémoire.


 

Halte, Lucien l’âne mon ami, on n’en demande pas tant et puis, on n’en finirait pas de dévider cet écheveau ; cependant, il y a bien tout ça dans ce titre et bien d’autres choses encore dans la chanson qui chante comme une comptine de Zinovie.


 

Quoi ?, s’étonne Lucien l’âne. La Zinovie ? Qu’est-ce qu’elle vient faire ici ?


 

Oh, tout simplement, répond Marco Valdo M.I., c’est que c’est le même pays – métaphoriquement, car la Zinovie (de Zinoviev) et la Russie (de Vysotsky) sont deux mondes parallèles et l’une est très certainement le reflet de l’autre. Ainsi, avec son meilleur des mondes, le poète russe Vysotsky décrit à l’encre ironique le pays dans lequel il vit. Son refrain – qui en gros et à haute voix, voix rocailleuse au ton grinçant du corbeau – dit : tout va bien, tout va bien, alors même qu’on comprend que rien ne va. L’Éden radieux est mité aux entournures et le manteau troué couvre tout le territoire.


 

En somme, suggère Lucien l’âne, Vysotsky et Zinoviev, même combat !


 

Certainement, répond Marco Valdo M.I., et chacun à sa manière raconte le réel quotidien et l’histoire vécue en vrai de son monde et sûrement, Vysotsky a raison : c’est le meilleur des mondes – possible – dans la Russie contemporaine.


 

Eh bien, dit Lucien l’âne, comme on ne peut rien y changer, tissons le linceul de ce vieux monde paradisiaque, optimiste, meilleur, prometteur et cacochyme.


 


 

Heureusement !


 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


 


 

Je vis dans le meilleur des mondes.

Je n’ai pas besoin d’abri :

La vallée est un refuge, la terre un lit,

Les murs sont la forêt, la tombe est une crevasse,

J’ai la chair de poule.


 

Je me sens bien ;

Vivre à la campagne, c’est sain.

Il y a au fond de ce trou,

Un silence agréable comme tout.


 

Pas besoin de bois, le soleil chauffe.

Vous pouvez tous me rendre visite,

Dommage que mon abri n’a pas de toit

Et que dans ce meilleur des mondes,

Il pleut parfois.


 

Je me sens bien chez moi.

Entrez voir, si vous ne me croyez pas ;

Asseyez-vous et ne vous inquiétez pas ;

Regardez et ne vous réveillez pas.


 

Tout est bien, tout est noir.

Louez les dieux de ma part.

Je dois serrer ma ceinture d’un quart

Et je pourrais aller à cheval,

Si seulement j’avais un cheval.


 

Je me sens bien ;

Tous mes soucis ne sont rien.

Moi, de mon ton grinçant,

Je chante trois jours de rang.

Écoutez ainsi mon refrain.


 

Je vis dans le meilleur des mondes.

Je n’ai pas besoin d’abri…

LE MEILLEUR DES MONDES
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10 janvier 2022 1 10 /01 /janvier /2022 19:16
LES CIGOGNES

 

Version française – LES CIGOGNES – Marco Valdo M.I. – 2022

d’après les versions italienne – LE CICOGNE – Silvana Aversa – 1992

et anglaise – THE CRANES – www.wysotsky.com -

d’une chanson russe – Аисты – Vladimir Semënovič Vysotskij / Владимир Семёнович Высоцкий – 1967

Texte et musique de Vladimir Vysotsky

 

 

 


De temps en temps, je prends le petit livre de la vieille série “Millelire” de Stampa Alternativa avec les chansons de Vladimir Vysotsky, ou je cherche quelque chose sur le web. Car Vysotsky est un puits sans fond, ou au fond du puits se trouve l’âme et la vie de l’homme, de nous tous. Ainsi, chaque fois que je décide de rouvrir la conversation avec le vieux Vladimir, il y a toujours quelque chose de nouveau. Quelque chose qui a échappé. Quelque chose que vous n’aviez pas remarqué avant. Cela vaut pour cette chanson, datant de 1967, pour laquelle ce terme est certainement réducteur. Car c’est de la poésie pure, car le lire sans musique ne lui enlève rien. Même si la voix rauque et puissante de Vladimir est toujours dans vos oreilles. Lisez-le. Apprenez-le. Peu importe que ce soit en russe, en italien ou dans une autre langue. C’est un plaisir, toujours. Une des meilleures choses jamais présentées ici. Comme beaucoup d’autres œuvres de Vysotsky, elle a été écrite pour un film, appelé Война под крышами.

 

Riccardo Venturi, 7 janvier 2006.

 

 

 

 

Dialogue maïeutique

 

 

J’ai bien failli, Lucien l’âne mon ami, ne pas t’inviter à un dialogue à propos de ces cigognes. J’étais, je te l’avoue, prêt à les laisser s’envoler comme ça, sans rien en dire ; à laisser cette version courir le monde sans l’avoir commentée en ta compagnie.

 

Quelle idée !, s’écrie Lucien l’âne.

 

En effet, quelle idée !, répond Marco Valdo M.I., mais comme tu le vois, je corrige mon erreur, je comble mon omission. Ce n’est pas que notre dialogue maïeutique ait grande importance et que nos paroles, telles celles de Socrate l’Athénien, soient immortelles.

 

C’est quoi, alors ?, demande Lucien l’âne, rigolard.

 

C’est que, vois-tu Lucien l’âne mon ami, c’eût été un non-dit, il y aurait eu ici comme un oubli, une sorte de déni, un genre de blanc qu’on aurait oublié de remplir et ç’aurait été fort dommage, car elle mérite quelques mots d’introduction, comme une petite mise en scène préalable ; une mise en contexte s’impose, voilà tout.

 

Bien bien, Marco Valdo M.I. mon ami, qu’est-ce qui te retient de la faire cette introduction circonstanciée ?

 

Rien du tout, Lucien l’âne mon ami, la voici. Cette histoire de cigognes n’est pas celle que l’on croit ; elle n’a que fort peu à voir avec une savantissime chanson ornithologique. Mais partons néanmoins du comportement de ces blancs et noirs oiseaux qui font de grands nids sur le toit et les cheminées des maisons ou des bâtiments, c’est-à-dire au plus près des communautés humaines. C’est la cause de leur malheur quand les humains se battent entre eux, quand ils se font la guerre ; alors, les cigognes s’éloignent et abandonnent leurs nids.

 

C’est donc ça que raconte cette chanson, dit Lucien l’âne.

 

Oui, répond Marco Valdo M.I., c’est le schéma général, mais il y a plus, car il ne s’agit as de n’importe quelle guerre, ni de n’importe quel moment.

 

Pas n’importe quelle guerre, pas n’importe quel moment ?, demande Lucien l’âne.

Exactement et ça a son importance, reprend Marco Valdo M.I. ; il s’agit de la plus grande guerre que l’on ait connue jusqu’à présent et précisément, de l’invasion allemande de la Russie au milieu de l’année 1941, au moment où la guerre répand les armées nazies dans les champs de Russie et de l’exode des gens et des cigognes. C’est ce moment crucial que chante la chanson, tel qu’il est ressenti et conté par un de ces paysans.

 

Écoutons-le, dit Lucien l’âne, et tissons le linceul de ce vieux monde belliqueux, belliforme, bellimorphe, belligène, bellifère, bellifore et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

 

Le ciel de ce jour

Est clair,

Et le grondement sourd

Du fer

Court sur notre terre

Et le bourdon persiste

Et les arbres couverts de suie

S’attristent.

 

Fumée, cendres et suies

Dressent leurs croix.

Les cigognes, sur les toits,

Ne font plus leurs nids.

 

Les épis sont déjà dorés ;

Sauverons-nous le grain ?

Non ! Nous avons semé

En vain.

Quel est cet or qui brille,

Qui, en tremblant,

Rampe sur le champ ?

C’est le feu qui incendie.

De tous les côtés,

Le malheur, nous a tous dispersés.

Plus de piaillements d’oiseaux,

Seuls restent les croas des corbeaux !

 

Et les arbres en poussière -

L’automne est arrivé.

Et ceux qui savaient chanter

Ont arrêté hier.

Il ne nous reste que la peine.

L’amour n’est plus pour nous,

Aujourd’hui où

Nous sentons la haine.

 

Fumée, cendres et suies

Dressent leurs croix.

Les cigognes, sur les toits,

Ne font plus leurs nids.

 

Les frondes, comme chaque jour,

Bruissent ;

La terre et l’eau depuis toujours

Gémissent.

Les miracles sont partis,

La forêt retentit

Des sons sévères

Des trompes de guerre.

 

Vers l’Est, sans vergogne,

Tous ont fui le malheur ;

Il n’y a plus de cigognes,

Ni d’oiseaux chanteurs.

 

L’air entend des accents

Différents,

Résonnent le roulement

Et le vrombissement ;

Et le piétinement

Des sabots se déplie.

Quelqu’un crie

Un chuchotement.

 

Vers l’Est, sans vergogne,

Tous ont fui le malheur :

Sur les toits, plus de cigognes,

À clapper le bonheur.

LES CIGOGNES
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Published by Marco Valdo M.I.
8 janvier 2022 6 08 /01 /janvier /2022 18:43

 

Les Gens

 

Chanson française – Les Gens – Marco Valdo M.I. – 2022

 

 

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés

 

 

 

UN TOAST À LA SANTÉ DE NOS DAMES !

Marc Chagall – 1918

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

 

Nous revoici en Zinovie, Lucien l’âne mon ami, et comme dans tout bon voyage non-organisé, on peut baguenauder, voir ce que bon nous semble, on peut entendre ce qui se dit, on peut écouter le vent e la rumeur qui ronchonne ses quatre vérités.

 

Ah, dit Lucien l’âne, que peuvent être ces quatre vérités, que peuvent-elles apprendre au voyageur ?

 

En tout cas, dit Marco Valdo M.I., comme je vais le montrer la chanson énonce quatre vérités en quatre strophes.

 

Et puis, reprend Lucien l’âne interrompu, pourquoi ce « tout bon voyage non-organisé » ?

 

D’abord, répond Marco Valdo M.I., plus encore qu’ailleurs et sans doute aucun pour d’autres raisons l’habitude en Zinovie est d’offrir aux visiteurs cette sorte de « voyage organisé », formule qui de façon générale, permet de regrouper les participants, de réaliser de ce fait des économies d’échelle dans les moyens de transports et d’assurer une clientèle aux hôtels et aux lieux visités. Par ailleurs, on rationalise les itinéraires, on pratique des prix de groupe et on garantit aux touristes la visite des lieux qu’il faut avoir vus. C’est avantageux et ça donne satisfaction au plus grand nombre, qui est d’ailleurs venu pour ça : être allé à l’endroit où il faut et voir ce qu’il faut avoir vu. En Zinovie, comme dans les pays au mode de vie similaire, il faut y ajouter l’encadrement des groupes et une certaine surveillance, afin que les étrangers ne s’égarent pas dans les lieux qu’il ne faut pas voir et ne soient en contact qu’avec une population sélectionnée.

 

Moi, comme je l’ai toujours pratiqué, dit Lucien l’âne, j’opte nettement pour le « bon voyage non-organisé » et même, le cas échéant (et ça m’est souvent arrivé), pour un « mauvais voyage non-organisé » ou du moins, un de ceux pleins de rencontres et d’aléas imprévus. Moi, je préfère aller au petit bonheur la chance et j’ai une horreur viscérale du troupeau, même pacifique. Mais au fait, que chante d’autre la chanson ?

 

Eh bien, Lucien l’âne mon ami, elle fait écho à ce vent gronchon qui raconte cahin-caha la vie quotidienne en Zinovie. Elle le fait en quatre parties :

— La première chante les femmes de Zinovie ; c’est une évocation magnifique, mais un peu rude, qui se conclut à leur santé :

 

« Elles boivent des coups comme nous,

Ce sont de vraies femmes.

Un toast à la santé de nos dames ! »

 

— La seconde est consacrée aux rues et aux noms qu’on leur donne. Elle a un sens bien au-delà du tourisme, car elle énonce la raison profonde de ces noms de rues qui ont un rôle très glorificateur. Elle souligne à sa manière l’ironie de la chose, montre l’hypertrophie du phénomène, la suffisance de ceux qu’elles se doivent de célébrer :

 

« Pour des présidents, des généraux,

Des chefs et des héros de bureau,

On crée de nouvelles rues, constamment,

Et des avenues, des places avec des monuments. »

 

— La troisième partie parle du pouvoir et du but élevé, très élevé, que ce dernier assigne à la Zinovie toute entière :

 

« Tout pour l’avenir, tout pour le beau,

Faire le bonheur de l’humanité,

C’est le but de la nouvelle société.

Ici, en Zinovie, on crée l’homme nouveau. »

 

— La quatrième exprime la véritable situation des gens de Zinovie, la réalité dans laquelle il leur faut se débattre ainsi que leur profonde incapacité à atteindre le sublime objectif qui leur est assigné, car :

 

« La marche du progrès est bancale.

En vérité, la vérité est banale :

Il n’y a pas, il n’y aura pas

D’autres gens que les gens »

 

Holà, dit Lucien l’âne, elle en raconte des choses cette chanson, mais somme toute pas plus que les autres épisodes du voyage en Zinovie. Disons que c’est une étape fort peu touristique.

 

Un instant encore, Lucien l’âne mon ami, pour un dernier commentaire utile à la compréhension et la chanson et surtout, de sa démarche, c’est qu’elle met la Zinovie en balance avec un « là-bas » dont je laisse à chacun le soin de le resituer. J’ajoute que ce « là-bas », tel que le voit la vulgate zinovienne est le lieu de l’ultime perversion et son évocation sert à exalter la Zinovie et son avenir radieux.

 

Je vois, je vois, répond Lucien l’âne, j’ai déjà entendu parler de ce « là-bas » où, pour ce que j’en sais, tout n’est pas si bien ou si mal que certains le suggèrent. Enfin, tissons le linceul de ce vieux monde chaotique, contrasté, secoué, ballotté et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Là-bas, c’est le pays des records.

Ici, en Zinovie, on est meilleur encore ;

On a des cafards énormes et durs,

La nuit, ils mangent les ordures.

On a des femmes de deux mètres de haut,

Pour creuser des tranchées, vider les seaux ;

Des compagnes extraordinaires prêtes à tout,

À faire les courses, à ramasser les maris soûls.

Elles aiment les hommes costauds,

Elles boivent des coups comme nous,

Ce sont de vraies femmes.

Un toast à la santé de nos dames !

 

Là-bas, toutes les rues portent

Comme nom, un numéro.

Ici, chez nous, toutes rues portent

Un nom de chef ou de héros.

On en a des milliers et des milliers,

De ces farauds, de ces célébrités.

Pour des présidents, des généraux,

Des chefs et des héros de bureau,

On crée de nouvelles rues, constamment,

Et des avenues, des places avec des monuments.

Il y en a de tels contingents,

On doit changer les noms régulièrement.

 

Là-bas, à moitié fou, un ignorant

S’amène en courant ;

Il crie, il sème la panique

Et devient un personnage historique.

Ici, en Zinovie, tout est sous contrôle ;

Par sûreté, on surveille les gens ;

Ici, à vie, chacun connaît son rôle.

Stalone ou Foutine, le seul Guide, c’est le président.

Tout pour l’avenir, tout pour le beau,

Faire le bonheur de l’humanité,

C’est le but de la nouvelle société.

Ici, en Zinovie, on crée l’homme nouveau.

 

Ici, en Zinovie, on va changer le monde.

Changer l’homme sans hésiter une seconde.

L’homme nouveau est un songe.

Évidemment, les gens sont les gens

Et on ne peut pas changer les gens

Et l’homme nouveau est un mensonge.

La marche du progrès est bancale.

En vérité, la vérité est banale :

Il n’y a pas, il n’y aura pas

D’autres gens que les gens,

Les gens de toutes sortes qui sont là

Et les gens meurent lentement.

 

 

 

 

Les Gens
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Published by Marco Valdo M.I.
5 janvier 2022 3 05 /01 /janvier /2022 18:42

SOYEZ CONTENT D’ÊTRE ENCORE EN VIE !

Version française – SOYEZ CONTENT D’ÊTRE ENCORE EN VIE ! – Marco Valdo M.I. – 2021

d’après la version italienne de Flavio Poltronieri : GRAZIE D’ESSER ANCORA VIVO

D’une chanson russe – Спасибо, что живой – Vladimir Semënovič Vysotskij / Владимир Семёнович Высоцкий – ca. 1970

 

VLADIMIR VYSOSTSKY

 

Dialogue maïeutique

 

On traverse parfois des époques bizarres, dit Marco Valdo M.I., et dans ces moments, les gens en sont assez déboussolés. Par exemple, depuis un certain temps, une pandémie tracasse l’humaine nation.

 

Oh, dit Lucien l’âne, j’ai déjà vu ça maintes fois et selon mon expérience, ça finit toujours par passer et par la suite, on n’en parle plus trop ; on finit même par oublier. Il en va de même pour les guerres et les massacres, souvent occultés, que l’humanité s’inflige à elle-même.

 

Soit, dit Marco Valdo M.I, mais la chanson aborde la question sur le mode individuel et elle propose un motif consolateur.

 

Quel est donc ce propos consolateur ?, demande Lucien l’âne.

 

Il est tout entier dans son titre : « Soyez content d’être encore en vie », répond Marco Valdo M.I.

 

Voilà qui, en effet, est consolateur, je dirais même, consolidateur, dit Lucien l’âne. De surcroît, c’est une proposition que philosophiquement, je partage entièrement. D’ailleurs, « Sois content de vivre » est ma règle numéro un et je n’ai pas du tout l’intention de l’abandonner, quoi qu’il arrive.

 

Moi également, Lucien l’âne mon ami, je m’en tiens à cette maxime. Être content de vivre quoi qu’il arrive permet d’affronter les pires ennuis. Évidemment, il est toujours un point au-delà duquel il n’est plus possible de continuer à vivre, tout simplement et en ce cas, il vaut mieux arrêter et descendre du convoi. Mais c’est là une autre histoire. Pour en revenir à la chanson, elle procède par bonds anecdotiques, elle s’adresse à un quidam auquel a posteriori, elle conseille d’être content de vivre ; c’est la voix d’un tiers qui tente de le consoler. C’est la vision inverse de la tienne, de la mienne, de notre sentence que celle qui revient lancinante dans la chanson. C’est un point de vue différent du nôtre : elle console après coup ; là, on vit dans un monde où le malheur frappe d’abord et souvent ; il est une donnée quotidienne. Ceci tient sans doute au moment, au climat, au pays, à la société dans laquelle cette chanson est née. Elle sonne avec un accent russe. Pour un peu, on croirait qu’elle reflète le paysage social et psychologique de la Zinovie.

 

Oui, dit Lucien l’âne, à la parcourir, il m’est venu la même impression.

 

Il n’y a là rien d’étonnant, répond Marco Valdo M.I., vu que Vladimir Vysotsky et Alexandre Zinoviev ont vécu à la même époque, dans le même univers, sous le même régime et qu’ils s’en prennent tous les deux aux tares de cette société. Être encore en vie dans ce monde-là tenait souvent du miracle, quant à savoir qui remercier, à part le hasard ou une certaine négligence du destin contraire, il ne reste que soi-même ou sa propre obstination.

 

Certainement, dit Lucien l’âne. C’est d’ailleurs la règle numéro un du vivant, le moteur premier de la vie elle-même – une foutue obstinée celle-là, quasiment autant que l’âne, c’est tout dire. Alors à présent, tissons le linceul de ce vieux monde morbide, morne, mortifère, mortel, mourant et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Vous pensez : ma femme est partie ;

Vous pensez : j’ai la nausée ;

Vous pensez : j’ai été volé à l’entrée.

Soyez content d’être encore en vie !

 

Même si vous souffrez d’un cancer,

Même si vous buvez comme la terre,

Même si on vous licencie,

Soyez content d’être encore en vie !

 

Ne comptez pas sur le destin,

Alors allez, forcez-vous la main ;

En général, ça va, ça va ;

Tout tourne rond, dit-on chez moi.

 

On s’en fout que vous perdiez à la roulette,

On s’en fiche de vos rouflaquettes,

On s’en tape de vos caries,

Soyez content d’être encore en vie !

 

Hier, on vous a fracassé la mâchoire,

On vous a laissé à terre sans vie,

On vous a ramené sur une civière,

Soyez content d’être encore en vie !


Ne comptez pas sur le destin,

Alors allez, forcez-vous la main.

En général, ça va, ça va ;

Tout tourne rond, dit-on chez moi.

 

Si vous êtes pâle, maigre et sans envie ;

Si vous n’avez pas appris le violon, peu importe ;

Si on vous a pris par erreur, peu importe ;

Soyez content d’être encore en vie !
 

Si vouloir, c’est pouvoir, c’est juste ;

Si c’est ma faute, qu’on me pardonne ;

Si… mais une question me tarabuste :

Qui faut-il remercier d’être encore en vie ?

 

Ne comptez pas sur le destin,

Alors allez, forcez-vous la main.

En général, ça va, ça va ;

Tout tourne rond, dit-on chez moi.

 

 

 SOYEZ CONTENT D’ÊTRE ENCORE EN VIE !
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Published by Marco Valdo M.I.
4 janvier 2022 2 04 /01 /janvier /2022 17:04

 

 

Le Bataillon des Suicidés

 

Chanson française – Le Bataillon des Suicidés – Marco Valdo M.I. – 2021

 

 

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ;

 

Épisode 14

 

 

 

LE CHAT ET L’OISEAU

 

Pablo Picasso – 1939

 

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

 

Comme le reste du monde, Lucien l’âne mon ami, la Zinovie est prise dans les tourments de la Guerre de Cent Mille Ans, que les riches et les puissants font aux pauvres et aux faibles afin de les dominer, de les obliger à obéir et à faire jusqu’à l’inacceptable – et il faut considérer sous cet éclairage cette histoire que conte la chanson, à savoir qu’il y a des puissants dans les deux armées qui s’y affrontent. Cela dit, comme dans le reste du monde, on peut aussi se demander quand la guerre a commencé et forcément, quand elle finira. Tout ça pour dire que la Zinovie connaît la guerre et les malheurs qui en découlent.

 

Oh, dit Lucien l’âne, je n’avais même pas imaginé qu’elle pût y échapper tant la guerre est inscrite dans le destin et les habitudes de l’humanité. Et donc, la chanson ?

 

Pour ta gouverne, reprend Marco Valdo M.I., la chanson est intitulée « Le Bataillon des Suicidés » – ici, il faut entendre des « suicidés contre leur gré », bien évidemment, car ils auraient volontiers vécu encore et longuement.

 

Je le pense bien, dit Lucien l’âne. Que raconte-t-elle précisément ?

 

Elle rapporte, reprend Marco Valdo M.I., un événement d’une guerre dans laquelle la Zinovie fut impliquée au cours du siècle dernier. Elle relate un épisode particulier, un de ces épisodes occultés, d’importance statistiquement tout à fait mineure face aux immenses hécatombes et pourtant, hautement significatif et carrément dramatique dans lequel est exposée dans sa nue crudité la logique comptable de la guerre industriellement conçue, de la guerre considérée comme un processus industriel et organisée en conséquence par des techniciens du massacre.

 

Qu’est-ce à dire ?, demande Lucien l’âne.

Figure-toi, Lucien l’âne, une ville, une ville au milieu de nulle part ; probablement, une ville entre rien et plus loin que rien. Une armée tient la ville et ses environs ; une autre armée – ici, la zinovienne – reçoit l’ordre de s’emparer de cette ville – coûte que coûte, mais quand même au moins cher, comme on va le voir. Après analyse et bilan – on dirait ici un « audit », elle conclut que le plan le moins coûteux en hommes et en matériel utiles pour la poursuite de l’attaque est de passer par le marécage, sur le côté droit de la ville, qui a été transformé en champ de mines et pour ce faire, de sacrifier – en clair d’envoyer sciemment à la mort tout un bataillon disciplinaire. On envoie toute cette troupe sans armes se faire exploser sur les mines et ensuite, pour ceux qui restent, d’aller se coucher sur les barbelés ennemis pour faire la planche afin de faire passer sur eux les bonnes troupes. C’est économique et mathématiquement, exact.

 

C’est économique, c’est exact, peut-être, dit Lucien l’âne, mais c’est sûrement abject. Cela dit, c’est la guerre et il n’y a pas de limites à sa méchanceté. Maintenant, il faudrait préciser quelque peu ce qu’est ce bataillon disciplinaire.

 

En effet, dit Marco Valdo M.I., voici ce dont il s’agit. Comme dans les autres communautés humaines, il y a dans les armées des récalcitrants, des indisciplinés, des gens qu’il convient de remettre au pas et de punir – même en temps de « paix ». Pour ce faire, il est créé des bataillons spéciaux au fonctionnement plus rude, plus spartiates. Il serait un peu illogique en temps de guerre de les mettre à l’abri dans des prisons loin du front. Par ailleurs, ce serait une perte de masses de manœuvre dont on a tant besoin ; on en fera donc des bataillons de la mort qu’on envoie les premiers au casse-pipe. Dans le cas du bataillon des suicidés, on va un cran plus loin dans l’odiosité du calcul d’économie : on ratiocine sur tout ; on les envoie devant sans arme, et pourquoi pas, sans un dernier repas.

 

Nous qui ne faisons pas la guerre militaire, dit Lucien l’âne, tissons le linceul de ce vieux monde calculateur, impitoyable, assassin et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

La Zinovie connaît bien la guerre,

La guerre faite par les militaires.

Batailles, offensives sur le terrain ;

À l’état-major, tout est en ordre.

Il y fait chaud, on y mange bien.

Il y a des femmes aux ordres.

Demain, prendre la ville à tout prix.

Réunion des généraux pour décider

Comment s’en emparer.

À gauche, l’ennemi a tout prévu ;

De front, trop d’hommes et de matériel perdus ;

À droite, marais, bourbiers, mines et barbelés.

 

Pas le temps de déminer le bourbier,

De frayer un passage dans les barbelés.

Notre général en chef le sait,

Et l’ennemi sait qu’on sait.

Qui n’avance pas, recule.

L’état-major a une solution :

C’est juste un simple calcul

Des pertes et des gains de la division.

D’abord, au travers du champ de mines,

On envoie le bataillon disciplinaire.

Puis, sur les corps, avec l’armée régulière,

On passe derrière et on termine.

 

Dans le bourbier, il fait froid, très froid.

Il neige une neige mouillée,

L’autre nuit, il a gelé déjà.

Il pleut, il vente, la brume est glacée.

Aux pieds, des souliers percés,

Habillés de manteaux usés,

Sans armes, sans rien à manger,

Les disciplinaires doivent avancer.

Au dedans du marais, on les envoie.

Ils savent ce qui les attend là-bas.

J’ai quelque chose, moi ?

D’ailleurs, qui sont ceux-là ?

 

Le plus jeune, un gamin, est puni :

Retard de dix minutes à l’usine militaire.

Cinq ans de bataillon disciplinaire.

L’autre a montré à ses amis,

Une lettre envoyée par sa maman,

On lui a collé dix ans.

De ces disciplinaires affamés et transis,

Quelques centaines sur les mines explosés,

Quelques milliers couchés sur les barbelés,

Marchant sur leurs cadavres, on a pris

La ville. Ainsi l’ennemi, on a vaincu

Avec les corps du bataillon perdu.

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