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15 mars 2021 1 15 /03 /mars /2021 17:57

Les Yeux rouges

 

Chanson française – Les Yeux rouges (Il ne nous reste que ça pour pleurer.) – Marco Valdo M.I. – 2021

 

 

RUINES D’ASCALON EN SYRIE

Auguste de Forbin – 1817

 

 

Un long article dans les journaux du jour relate les dix années de guerre que Bachar El Assad a fait à son peuple. Étrange anniversaire, mais peut-être vraiment on ne peut rien y faire. Franco a bien dévoré l’Espagne et son ombre vampire traîne encore dans les rues ; jusque en Barcelone, ses fantômes jettent des ombres saugrenues. Je sais, je sais, Lucien l’âne mon ami, écrire n’est plus de mise, les mots rares n’ont plus cours, ce sont des mots trop chers et il en va de même dans la Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants font aux bonnes gens où les morts rares n’ont plus cours, ce sont des morts trop chers, ce sont des morts trop beaux ; il vaut mieux les produire en masse, ça baisse le coût à l’unité.

 

 

Oui, mais encore ?, dit Lucien l’âne un peu éberlué par cet exorde exalté.

 

Mais encore ?, je m’en vais te le dire, répond Marco Valdo M.I. Il m’est venu l’idée d’une chanson anniversaire pour célébrer comme il se doit le tueur de Damas Oh, elle ne m’est pas venue toute seule, comme ça, tombée du ciel comme les fusées russes sur les Kurdes. Elle m’est venue en lisant un livre tout récemment paru – enfin, reparu, car à la vérité il date d’avant Mil neuf cent. Monsieur Gallimard, paix à son âme, vient de republier – en folio, livre pas trop coûteux pour ma bourse – les Mémoires de Louise Michel. C’était une bonne femme, au plein sens du mot et qu’on me pardonne, un écrivain de grande taille. Pour le reste, on la sait révolutionnaire et il est vrai qu’elle si employa vivement. N’eût-été l’écart de plus d’un siècle, j’aurais été lui faire une déclaration d’amour.

 

Pas sûr, dit Lucien l’âne, que tu eus été bien reçu.

 

Bien reçu, sans aucun doute, mais accepté, ce serait une autre affaire, reprend Marco Valdo M.I, mais tel n’est pas le sujet. Donc, dans ces Mémoires, elle restitue in extenso un de ses poèmes de l’ année soixante-dix, un Buonaparte regnans (mais plus pour longtemps, comme il est apparu). Il s’intitulait (le poème) : Souvenir. Ils fustigeaient et l’Empire, et l’Empereur et la guerre. La référence est là, ira voir qui voudra. Moi, j’en ai fait cette chanson qui s’en va racontant le crime ininterrompu et des complices nombreux viennent prêter main forte au boucher.

 

Cela dit, il me semble, dit Lucien l’âne, derrière ce rouge sur les yeux entendre l’air obsédant d’yeux noirs

 

En effet, Lucien l’âne mon ami, ces yeux rouges de pleurs en d’autres moments sont des yeux noirs. Ils dansent affolés au travers de la Syrie en cherchant la sortie de l’enfer et tentent tant et tant d’éviter de prendre place silhouette sur fond de flammes dans la danse macabre nationale.

 

Et nous, nous, Marco Valdo M.I. mon ami, face aux malheurs de ceux-là, face aux yeux rouges, on ne peut que dire et à notre tour, rougir nos yeux – de tristesse et de honte pour ce vieux monde ; alors, nous lui tissons avec une ardeur et une patience renouvelées le linceul à ce vieux monde madré, roublard, méchant, stupide, avec sa fin qui approche et cacochyme.

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Les nuits, on s’assemble dans l’ombre

Pour écarter le rêve sinistre et noir

De l’homme de Damas et sombres,

On soupire en cet immense abattoir.

 

Le régime tue à son aise,

Tout ici a l’odeur du sang.

Illuminé par ses braises,

Rouge est le soleil couchant.

 

Caricature, il n’a rien de comique ;

Il étrangle tout, sauf le malheur.

Il n’y a rien d’héroïque

D’assassiner les fleurs.

 

Poussières, fumées nous exterminent

Et nous font les yeux rouges et nos cœurs

À tant pleurer dans les ruines

Éclatent en rouges fleurs.

 

Les Yeux rouges
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Published by Marco Valdo M.I.
14 mars 2021 7 14 /03 /mars /2021 20:06

 

J’AI INVENTÉ UNE MONTRE

 

Version française – J’AI INVENTÉ UNE MONTRE – Marco Valdo M.I. – 2021

D’après la version italienne de Riccardo Venturi, Ho inventato un orologio – 2021

d’une chanson suisse alémanique en Bärndüüdsch (bernois) – I han en Uhr erfundeMani Matter – 1966
 

 

HOMME – HORLOGE – LIT

Edvard Munch – 1940

 


 

 

Les célèbres caractères de la Suisse, en ordre dispersé : les banques suisses, les vaches suisses, le chocolat suisse, la neutralité suisse, les fromages suisses et, naturellement, les montres suisses. Ces dernières sont même passées en proverbe, ou une façon de dire, pratiquement dans le monde entier : on dit, oui, « précis (ou ponctuel) comme une montre », mais si l’on veut renforcer le concept, on dit « précis comme une montre suisse ». En bref, pour les Suisses, marquer le temps aussi précisément que possible est une question d’orgueil national (justifié).

 

C’est ici qu’intervient le Suisse Mani Matter avec cette chanson qui pourrait paraître, comme du reste beaucoup de ses autres, surréaliste ; mais comme, depuis sa naissance, le surréalisme est hautement révolutionnaire, il faut dire que cette petite chanson touche aussi à un sujet aussi réel et controversé que dans tous les sens du terme, insaisissable : le temps. Occupé comme il était à démonter les mythes suisses de l’intérieur, Mani Matter ne pouvait manquer de s’occuper des horloges ; et, décidément, au temps.

 

Peut-être, qui sait, se souvenait-il aussi que justement, dans sa ville, Berne, avait vécu un homme, un dénommé Albert Einstein, qui, avec certaines de ses théories, avait mis cul par- dessus tête – entre autres choses – le concept même de « temps » ; l’avocat Mani Matter, certainement, n’avait pas et ne pouvait pas avoir une si grande prétention. Mais, à sa manière, sa chansonnette est tout aussi révolutionnaire. Nonobstant Einstein, les Suisses (et pas seulement les Suisses) ont continué à fabriquer des horloges et à marquer le temps et sa dictature : le temps fuit, le temps c’est de l’argent, les horaires et les temps de travail, la ponctualité, le temps est un tyran, l’aliénation du temps, le réveil-matin, les bombes à retardement, le temps de la vie et de la mort. Combien d’entre nous ont vu leur vie changer, et parfois prendre fin, pour une avance ou un retard ? Être au mauvais endroit au mauvais moment…

 

L’avocat suisse Mani Matter, par contre, sembla avoir trouvé la solution. Il avait inventé une horloge qui s’arrêtait toutes les deux heures, et il en était très fier, à tel point que cette invention lui rappelait souvent qu’il n’était pas, après tout, un parfait idiot et, en fait, le faisait parfois se sentir assez intelligent. Toutes les deux heures, sa montre s’arrêtait ; dès lors, ça va de soi, le temps s’arrêtait. Au bout d’un moment, il la remontait, et le temps repartait ; et au bout de deux heures, paff, nouvel arrêt. On comprend le sentiment de confiance en soi, voire de majesté orgueilleuse, que cela lui donnait : arrêter le temps. Un rêve qui, j’ose le dire, n’était pas et n’est pas seulement celui de M. Mani Matter, mais celui de toute l’humanité. Dans ces intervalles de temps suspendu et arrêté, éliminer la pire tyrannie qui puisse peser sur nos têtes.

 

L’ultimatum expire à une heure donnée, et une seconde avant, les deux heures expirent et l’horloge s’arrête en même temps que votre ultimatum de papier. Le 1er septembre 1939 à 5 heures du matin, Hitler a décidé d’envahir la Pologne, à 4h59 l’horloge s’arrête et adieu la Seconde Guerre mondiale. À six heures du matin, vous devez vous rendre à l’usine, à l’atelier de peinture, et à ce moment-là, l’horloge s’arrête et vous allez dormir, faire l’amour, lire ou vous promener au dam de l’atelier de peinture, car le monde pourrait aussi bien être dépouillé de sa peinture. La loi ou l’ordonnance entre en vigueur le 14 mars à minuit, et à 23h59, l’horloge s’arrête et la loi ou l’ordonnance valsent au diable (peut-être en même temps que les législateurs). Je suis convaincu que l’invention de l’avocat Mani Matter aurait non seulement été très bénéfique pour l’ensemble de l’humanité, mais aurait certainement donné à la Suisse un lustre infiniment plus grand que ses horloges très précises et si précieuses qui ne s’arrêtent jamais. Il est dommage que cette invention n’ait pas été universellement acceptée, mais c’est ainsi. Il ne nous reste plus que cette chansonnette de 1966, que je vais vous présenter ici avec sa traduction du dialecte néandertalien dans lequel elle est écrite et chantée.

 

Mais, pour finir, je dois peut-être une petite explication relative à l’image que j’ai choisie pour l’illustrer. Il s’agit, photographié sur la table de ma cuisine (que j’ai récemment libérée des piles de livres et de journaux qui y reposaient depuis des années), du réveil conjugal de mes parents, de marque “Cyma”. Je l’ai trouvé parmi les affaires de ma mère en vidant sa maison après sa mort ; un objet dont je me souvenais depuis mon enfance, et je pensais qu’il avait été englouti précisément par le temps. Au contraire non ; il est sorti du fond du fond d’un tiroir ; et je l’ai ramené chez moi. C’était l’un des cadeaux de mariage que mes parents avaient échangés en 1953 ; à cette époque, il était de coutume pour les jeunes mariés non seulement de recevoir des cadeaux, mais aussi de s’en échanger. Sur la photo, vous ne pouvez pas le voir, et vous ne le voyez pas ; mais, au dos, sur le boîtier contenant les leviers et les engrenages, il y a une petite inscription : « Swiss Made – 1940 ». L’horloge avait déjà treize ans lorsqu’elle a été achetée, et elle a maintenant quatre-vingt-un ans. Elle était immobile, tandis que je la retournais dans mes mains et, en même temps, que je retournais de nombreuses pensées dans le fond de mon esprit ; et je pensais qu’elle resterait arrêtée. Puis, juste pour le plaisir, et plutôt sceptique, j’ai commencé à la remonter à la main, en entendant le “cric-cric” qu’elle faisait et qui me rappelait mon enfance. Et elle a redémarré immédiatement, sans broncher une seconde. Tic-tic-tic-tic-tic-tic…… [RV]

 

 

J’ai inventé une montre

Qui s’arrête comme ça

Après deux heures

Recta.

 

Peut-être ne voyez-vous pas

Ce qu’il y a

De pratique à ça.


Je vous dis le pourquoi.

C’est parce que voilà :

Ma montre me rappelle à chaque arrêt

Que c’est moi, juste moi,

Moi tout seul, qui l’inventa

Et alors, il me paraît que, c’est vrai,

Je ne suis pas l’imbécile parfait.
 

Donc, j’ai inventé une montre

Qui s’arrête comme ça

Après deux heures

Recta.


Ma montre me rappelle à chaque fois

Que c’est moi, juste moi,

Moi tout seul, qui l’inventa

Du coup, il me paraît évident

Que je suis plutôt intelligent.

 

Alors, tout heureux, je la remonte,

Je la ramène à la vie pour une paire d’heures,

Et, pendant cette paire d’heures,

Elle me donne, vous comprenez bien,

Confiance en moi et de l’entrain.


Alors, j’ai inventé une montre

Qui s’arrête comme ça

Après deux heures

Recta.


Elle n’est pas très précise, pourtant

Et m’occupe de midi à minuit passé,

Elle ne me cause aucun tourment

Et, à l’inverse, me donne le sentiment

D’une fière majesté.

 

J’ai inventé une montre

Qui s’arrête comme ça

Après deux heures

Recta.

J’AI INVENTÉ UNE MONTRE
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Published by Marco Valdo M.I.
12 mars 2021 5 12 /03 /mars /2021 19:40
ALLEMANDE BAVAROISE

 

Version française – ALLEMANDE BAVAROISE – Marco Valdo M.I. – 2021

d’près la version italienne – TEDESCA BAVARESE de Stanislava – 2021

d’une chanson tchèque (Chodské) – Baborcká Němkyně – anonyme – s.d.

 

ENSEMBLE

Václav Brožík – ca 1900

 

 

Je me souviens avoir voulu raconter l’histoire de cette chanson il y a quelques années, puis je l’ai laissée de côté. Après tout, pensais-je, ce n’est pas une chanson contre la guerre. À l’écouter, il s’agit d’une simple chanson populaire sur le thème de l’amour, comme on en trouve bézef dans tous les coins du monde, dans toutes les langues et tous les dialectes. Alors comment elle m’est revenue à l’esprit maintenant ?

Les chansons, parfois, font peur. Même de nos jours, nous avons entendu des choses que nous voudrions ne plus jamais entendre. Et au contraire, elles reviennent toujours. En somme, les chansons ont toujours fait peur. Quiconque, dans l’histoire, a tenté de subjuguer ses semblables a eu tôt ou tard affaire, parmi d’autres formes de protestation ou de lutte, à la poésie, à la musique, à l’art. Et c’est dur, de lutter contre les chansons. Raisonnons un moment : quelqu’un qui détient le pouvoir – qu’il s’agisse d’un dictateur, d’un parti politique ou de toute autre entité – et veut imposer sa propre image de force et d’invincibilité, se voit soudain contraint d’admettre, d’abord à lui-même, puis aux autres, qu’il a peur d’une chanson… C’est là que surgit la fureur particulière que les dictatures et les régimes de toutes les couleurs ont réservée aux poètes et aux artistes incommodes : ils n’étaient pas seulement coupables d’avoir osé s’exprimer contre le pouvoir, mais aussi – et c’était le pire – de l’avoir humilié dans son essence la plus profonde.

J’imagine l’embarras du censeur de service qui s’est trouvé à devoir prendre la décision d’interdire cette chansonnette. Oui, même cette chanson, qui n’est guère plus qu’une comptine transmise de génération en génération et qui aurait tout au plus pu égayer une fête de village ou un événement folklorique, a été occultée pendant de nombreuses années et retirée du répertoire des orchestres à vent et cornemuses.

Examinons-la de plus près. Sa composition se perd dans la nuit des temps ; on y parle des champs de la seigneurie, nous sommes donc à une époque où l’Europe était encore sous le joug du système féodal. Le dialecte dans lequel il est écrit nous transporte dans la charmante région montagneuse de la Šumava, un coin du monde entre la Bohême, la Bavière et la Haute-Autriche où depuis des temps immémoriaux, Tchèques et Allemands cohabitent dans une situation parfois de bilinguisme, avec ses plus et ses moins qui toujours caractérisent n’importe quelle coexistence humaine. Il nous emmène parmi les montagnards qui, pendant des siècles, s’en foutaient de savoir où les puissants avaient fixé les frontières de leurs royaumes, et continuaient à mélanger les traditions, à tisser des liens familiaux et à partager la vie quotidienne. La région connue en allemand sous le nom de Böhmerwald (forêt de Bohème), dont l’histoire nous a été racontée par la plume habile de Jindřich Šimon Baar (en tchèque) et qui a été le lieu de naissance d’Adalbert Stifter, qui a rassemblé dans Horní Planá les premiers stimuli pour exprimer sa conception du monde Biedermeier (en allemand).

Quelque part dans ce cadre se déroule le mini-dialogue de la chanson que nous examinons. Deux amants, vraisemblablement un Tchèque et une Allemande de Bavière (qui donne son titre à la chanson) : l’un demande à l’autre jusqu’où elle peut l’accompagner, à quoi elle répond qu’elle traversera avec lui les terres des seigneurs, mais ne pourra pas aller plus loin. Nous ne savons pas quelles restrictions empêchaient la fille bavaroise de s’éloigner des champs de la seigneurie : s’agit-il des lois féodales qui confinaient les paysans aux territoires de leur seigneur et limitaient également la possibilité de contracter des mariages en dehors de leurs districts respectifs, ou si les deux étaient une sorte de Roméo et Juliette qui se heurtaient à l’ostracisme de leurs propres familles. Il se peut aussi que le refus partiel de la jeune fille soit une manière cachée de faire comprendre au fiancé qu’elle était prête à se donner jusqu’à une certaine limite, au-delà de laquelle une jeune fille respectable, en accord avec les mœurs de l’époque, ne pouvait vraiment pas aller.

Nous ne savons pas ce quelle fut l’histoire des deux amoureux qui nous ont laissé cette trace. Nous connaissons par contre est le cours de l’histoire qui a balayé la région qui était leur monde. Au XXe siècle, elle a été le témoin de deux guerres mondiales, dont la seconde a été immédiatement suivie d’une véritable expulsion des civils de nationalité allemande de toute la région des Sudètes – les décrets dits de Beneš, qui constituent toujours une note douloureuse et non résolue dans la conscience collective.

Dans la seconde moitié du siècle, la Šumava était divisée par une frontière qui n’était pas n’importe quelle frontière. Passait là l’immanquable ligne de démarcation entre l’Ouest et l’Est, le rideau de fer fait de fils barbelés, la limite infranchissable avec laquelle la guerre froide divisait le monde en deux parties. Et ainsi ce vers innocent « au-delà je ne peux pas aller » est devenu une fois encore actuel, une dérision du destin qui se moquait des responsables du parti au pouvoir dans leurs efforts pour bloquer la mobilité et les échanges périlleux entre les deux mondes. Eh oui, en Bavière, on ne pouvait pas aller. Et d’autant plus le percevaient ceux qui l’avaient, comme on dit, à un jet de pierre.

Il n’y avait pas d’autre remède, cette chanson était incommode, il fallait qu’elle ne soit pas jouée en public. Mais il fallait le faire avec discrétion, après tout, qui se vanterait d’avoir interdit une chanson populaire… En leur faveur, il y avait le fait qu’il y avait littéralement des milliers de chansons dans lesquelles Anička aimait Pepíček et Mařenka trahissait Honzíček ou vice versa ; il y avait donc de bonnes chances que les tentatives de la faire oublier en silence puissent être couronnées de succès. À qui aurait manqué celle-là ? Ainsi, il a été décidé que les soirées dansantes du pays se dérouleraient bien sans.

En fait, j’ai su cette histoire probablement un peu par hasard, à travers le témoignage privé d’une personne qui se souvenait avoir entendu cette chanson dans sa jeunesse et, par ces coïncidences qui font qu’une mélodie entre en nous et y reste, ne l’a jamais oubliée. Elle espérait la réentendre à l’occasion, mais les années ont passé et cette chanson a comme disparu dans un trou noir. Ce n’était pas difficile de comprendre pourquoi. Pour qui vivait cette réalité au quotidien, c’était une sorte d’entraînement. On apprenait à interpréter les lacunes, à identifier les messages cachés, à écouter ces silences que hurlaient plus de mille voix en chœur.

Finalement, la chanson a eu de la chance. Une fois de plus, le système politique a changé et le nouveau n’a plus ressenti le besoin de l’interdire. Au moins, traverser la frontière n’était plus un délit. La récupération de l’enregistrement n’a pas été immédiate, mais après un certain temps, certaines initiatives locales, avec l’aide du studio de radio de Plzeň, se sont employés pour la récupérer de l’oubli, et sortie au grand jour une version du groupe de cornemuseux Konrádyho dudácká muzika a vu le jour, ainsi que de deux excellents interprètes de la musique traditionnelle de la région de Chodsko, Oldřich Heindl et Albert Švec. Dernièrement, elle a également abouti sur youtube et d’autres plateformes. On peut dire qu’elle a réussi. À sa manière, elle est là pour témoigner que les intrigues du pouvoir ne sont pas invincibles. C’est un fragment minuscule, mais bien poli et coloré, d’une énorme mosaïque de la résistance.

Et c’est pour cela que je demande qu’elle soit accueillie dans la mer magnum des GCC ; il me plairait de la dédier, de manière symbolique et pour ce que ça peut valoir, à ceux qui, aujourd’hui encore, subissent des répressions pour avoir parlé à travers la musique. (Stanislava)


 


 

Ô toi, Allemande bavaroise, au loin,

M’accompagneras-tu au loin ?

Jusqu’au bord du pré des seigneurs,

Mon très cher garçon,

Au-delà du pré des seigneurs,

Je ne peux aller plus long.


 

Ô toi, Allemande bavaroise, plus loin

M’accompagneras-tu plus loin ?

Jusqu’au bord du champ des seigneurs,

Mon très cher garçon,

Au-delà du champ des seigneurs,

Je ne peux aller plus long.

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Published by Marco Valdo M.I.
11 mars 2021 4 11 /03 /mars /2021 10:55
CHEVAL FOU

 

Version française – CHEVAL FOU – Marco Valdo M.I. – 2021

Chanson italienne – Cavallo PazzoIvan Francesco Ballerini – 2019

 

 

APRÈS LA VICTOIRE

Charles Schreyvogel - ca. 1900

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Cheval Fou, dit Lucien l’âne, est certainement un titre qui doit retenir mon attention et pas seulement parce que je suis un âne, mais aussi, car je sais fort bien qui c’est ; enfin, disons que j’en ai entendu parler comme d’un héros de légende qu’on célèbre par des récits palpitants le soir au coin d’un feu, autour d’un feu ou tous ensemble réunis sur la place d’un village ou dans une auberge. Je n’ai pu le connaître personnellement car ni lui, ni moi, n’avons pu nous rencontrer dans son Dakota natal ou dans ce Nebraska, où il disparut, qu’il parcourait en de longues galopades tout au long de sa vie.

 

En effet, Lucien l’âne mon ami, c’est de lui qu’il s’agit. Alors, comme on va le voir dans l’histoire que raconte la chanson, Cheval Fou n’est pas son vrai nom. Comme elle va le rappeler aussi, on leur a tout pris à ces Amérindiens à commencer par leur territoire où ils vivaient depuis des temps immémoriaux, on les a tués en masse et après avoir liquidé leur biotope en faisant disparaître leurs forêts et leurs troupeaux de bisons (entre autres vilenies à l’échelle continentale), on leur a escamoté jusqu’à leur nom : celui de leur peuple et pire, celui de chacun d’eux.

 

Soit, dit Lucien l’âne, et alors ?

 

Alors, reprend Marco Valdo M.I., il convient de rectifier cette incongruité. Ainsi, Cheval Fou est la transposition du nom italien Cavallo Pazzo, elle-même transposition du nom anglo-américain : Crazy Horse, mais dans la vie, à la vérité, son nom réel était en langue lakota : Tašúŋke Witkó qui veut approximativement : « Cheval au feu sacré ». Son mythe se perpétue encore aujourd’hui. Pourtant, il a vécu, il y a plus de cent-cinquante ans ; sa tribu était celle des Oglalas.

 

Oh, dit Lucien l’âne, est-ce que ces Oglalas n’auraient pas quelque chose à voir avec ta chanson Ogalla, Ogallala ?

 

Probablement que oui, répond Marco Valdo M.I., mais ce n’est pas essentiel ici. Pour en revenir au sujet et à cette question des noms volés, la chanson raconte que Cheval Fou avait comme ami Taureau Assis, qui en italien est Toro Seduto, en anglo-américain est Sitting Bull et en vrai : Tȟatȟáŋka Íyotake. Pour le reste, je ne vais pas te dévoiler ce que dit la chanson. Elle raconte plein de choses poétiques à propos de Cheval Fou et de sa vie aventureuse et comme dans toute bonne légende, elle laisse la porte ouverte sur un monde imaginaire, une grande prairie rêvée où Cheval Fou continuerait à galoper jusqu’aux confins de l’univers à la poursuite du premier soleil.

 

En ce cas, dit Lucien l’âne, lui et moi, nous nous retrouverons et puis, nous tisserons le linceul du vieux monde expropriateur, voleur, tueur, exploiteur et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Enfant déjà, au Nebraska, on me disait

Invulnérable aux balles et aux malédictions.

Une gourde au cou et un couteau au pantalon,

Enfant, dans la grande prairie, je chevauchais.

 

Quand toute la nuit, j’avais chassé ;

Mes parents me rouaient de coups,

Car je rentrais tard chez nous

Les habits sales et le visage ensanglanté.

 

J’avais une chevelure bouclée et claire,

Pour un Dakota, c’était curieux.

Ma mère peignait mes cheveux,

Si différents de ceux de mes frères.

 

Taureau Assis était de mes amis.

De lui, j’ai tout appris :

L’art de la guerre,

Comment protéger ma terre.

 

Avec leurs uniformes tous pareils,

Un jour, les soldats sont arrivés ;

Ne laissant rien sous notre ciel,

Tout mon peuple, ils ont exterminé.

 

Depuis je traverse la grande prairie, sans hésitation,

Invulnérable aux balles et aux malédictions.

Je ne mets presque plus les pieds à terre,

Sur mon visage, il y a les couleurs de la guerre.

 

Maintenant, je me bats contre les Fédéraux,

Leurs scalps sont tous égaux.

Je les vends au propriétaire du comptoir

Contre du whisky et des flèches d’ivoire.

 

Toujours sur le sentier de la guerre,

Je me suis battu pour la liberté,

Par vengeance, par haine ou par pitié,

Pour défendre mon peuple, mon ciel et ma terre.

 

On dit que je suis mort poignardé,

Mais ce n’est pas prouvé.

Certains jurent encore parfois

Me voir à cheval traverser le Nebraska.

 

CHEVAL FOU
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Published by Marco Valdo M.I.
8 mars 2021 1 08 /03 /mars /2021 16:35

 

LE PROPHÈTE

 

 

Version française – LE PROPHÈTE – Marco Valdo M.I. – 2021

Chanson italienne – Il profetaLe Pecore Nere – 1967

 

 

 

 

UN PROPHÈTE

Pieter Brueghel - 1566


 

 

 

Dialogue maïeutique

 

As-tu déjà, Lucien l’âne mon ami, au cours de tes longues pérégrinations, croisé un prophète ?

 

Oh, dit Lucien l’âne, depuis le temps que je pèlerine, j’en ai croisé, vu, connu des centaines, j’ai entendu des milliers de leurs prophéties et du fait que je suis très curieux, il m’est souvent arrivé de m’arrêter pour écouter leurs discours.

 

Oui, et alors ?, demande Marco Valdo M.I.

 

Alors, répond Lucien l’âne, j’y ai appris beaucoup de choses comme j’en avais appris avec les discours, les interpellations, les chansons que l’on pouvait entendre le long des routes et sur les places des villages et des villes et jusque dans les petits hameaux, les cours des fermes et même au pied des calvaires, aux carrefours qui sont les lieux de tous les croisements, où de bouche à oreille se répandait la parole du monde. Tant et tant de choses, de narrations, d’histoires, de racontars, de récits, de dits, d’anecdotes, d’inventions, d’affabulations, de confabulations, de fables, de fabliaux, d’apologues, d’allégories, de légendes, de sagas, de fantaisies, de fictions, d’odyssées, de paraboles, de phantasmes, de chimères, de toquades, de billevesées, de songes, de songeries, de rêves, de rêveries, de rêvasseries, de berlues, d’extravagances, de folies, de loufoqueries, de visions, d’utopies, que sais-je ? Mais avant d’aller plus avant, j’aimerais quand même établir la différence essentielle entre les narrateurs, les diseurs, les poètes, les aèdes, les ménestrels, les trouvères, les troubadours, les chanteurs et les prophètes, qui sont un autre genre d’oiseaux.

 

Et pourquoi donc, demande Marco Valdo M.I. ?

 

Tout simplement, dit Lucien l’âne, car à la différence de tous les autres causeurs, les prophètes – toutes croyances confondues – sont des gens dangereux, toujours à créer la discorde, toujours à attiser la haine de l’autre sous le prétexte d’enseigner l’amour du prochain. De mes longues et fiables oreilles d’âne, je les ai entendu prêcher la guerre le massacre – Dieu reconnaîtra les siens !, qu’ils disaient, je les ai vu pousser les hommes aux pires folies, je les entends encore dire que l’homme domine la femme, appeler à l’élimination de tous ceux qui n’étaient pas dans la ligne, justifier l’esclavage et toujours promettre un avenir radieux Et que dire de leurs délires où il est promis tant de satisfaction ultérieure à ceux qui se conforment à leurs prédications. Délires, délires, délires de prophète !

 

En effet, Lucien l’âne mon ami, telle est bien la fonction sociale du prophète, mais celui de cette chanson est paradoxal. C’est un prophète d’une autre trempe et son discours a une autre ambition : il dénonce la guerre – « La guerre, la guerre nous détruira » et il appelle à cesser les confrontations armées.

 

C’est évidemment une bonne idée, remarque Lucien l’âne, mais qui m’étonne beaucoup, car elle n’est pas du tout dans la ligne des prophètes. Elle va même franchement à l’encontre de la tradition des plus anciennes. Je pense que ce prophète-là ne fera pas long feu. Je lui vois un destin contrarié.

 

Et tu as raison, Lucien l’âne mon ami, regarde la fin de la chanson. On lui règle son compte sans autre façon :

 

« Deux hommes en blouse blanche, ce matin-là,

L’ont emmené le traînant par les bras ».

 

C’est toujours ainsi, dit Lucien l’âne, dans ce monde rongé par la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres pour maintenir encore et toujours leur domination, sauvegarder leurs intérêts, protéger leurs privilèges, accroître leurs richesses – sempiternellement et on comprend aisément qu’un tel monde ne peut mettre un terme à cette guerre interminable, car pour lui, pour ceux qui le mènent, ce serait la fin de leur pouvoir, de leur main-mise sur les hommes et de leurs richesses. Ce brave homme avait tort de dire la vérité. Quant à nous, tissons le linceul de ce vieux monde menteur, mensonger, faux, glapissant et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Un matin, dans le jardin public

Un homme sympathique

Prêchait la foule apathique.

 

En vérité, je vous le dis :

C’est l’heure d’en finir ici.

En vérité, ne comprenez-vous pas ?

La guerre nous détruira.

 

Au début, on comptait les morts à l’unité ;

Maintenant, on les compte par milliers.

Depuis l’âge du grès,

On n’a pas fait de progrès :

 

Et vous, si vous continuez ainsi

À discuter à coups de fusils ;

Il ne restera plus ici

Que celui qui n’a pas de fusil.

 

Depuis l’âge du grès,

On n’a pas fait de progrès :

Au début, on comptait les morts à l’unité ;

Maintenant, on les compte par milliers.

 

Et vous, si vous continuez ainsi

À discuter à coups de fusils ;

Il ne restera plus ici

Que celui qui n’a pas de fusil.

 

Deux hommes en blouse blanche, ce matin-là,

L’ont emmené le traînant par les bras

Tandis qu’il criait : « La guerre, la guerre nous détruira. »

 

 

LE PROPHÈTE
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Published by Marco Valdo M.I.
3 mars 2021 3 03 /03 /mars /2021 17:10

ON NE PEUT PAS CONTINUER AINSI

 

Version française – ON NE PEUT PAS CONTINUER AINSI Marco Valdo M.I. – 2021

Chanson italienne – Non posso continuareLe Mosche da Bar – 2009

 

EN RUE

Rudolph Schlichter 1926

 

Dialogue maïeutique

 

Toujours, Lucien l’âne mon ami, ces histoires de différences entre la chanson originelle – ici, Non posso continuare et sa version française ; du moins, la mienne. Non, ce n’est pas une traduction, elle n’en a ni la qualité ni la rigueur ; non, ce n’est pas non plus, une adaptation, elle ne cherche pas à adapter quoi que ce soit à quoi que ce soit.

 

Alors, dit Lucien l’âne, cette tienne version, que veut-elle être ?

 

Quel italianisme, Lucien l’âne mon ami. Cela dit, elle ne veut pas grand-chose. Elle veut être une version française ; celle que je fais pour mon plaisir. Vian disait : « Si j’écris des vers, c’est que ça m’amuse », et c’est aussi ma façon de faire pour comprendre. Même si je sais l’écart qui se creuse à chaque fois de lui-même et celui que j’ajoute. L’essentiel, c’est que j’en sois satisfait.

 

Et accessoirement, dit Lucien l’âne, en faire cadeau aux autres ; si toutefois, ils veulent s’y intéresser. Soit, mais pour cette fois, j’aimerais savoir ce que raconte cette chanson et en quoi la version française s’écarte principalement de la version italienne originelle.

D’abord, Lucien l’âne mon ami, il faut savoir que dans sa version italienne, elle se présente à la première personne. Il y a donc un personnage – le « je », qui interpelle quelqu’un (« tu »).

 

En somme, dit Lucien l’âne, c’est un colloque singulier.

 

En quelque sorte oui, reprend Marco Valdo M.I., et le personnage fait part à ce quelqu’un de sa réflexion et de son désarroi face à la société où ils vivent. En l’occurrence, il s’agit de l’Italie du temps où la chanson a été conçue, une Italie où se trouvait au pouvoir un certain premier ministre adepte de nuits chaudes. Mais le temps passe et il est d’autres lieux où la chanson pourrait avoir sa pertinence. C’est pourquoi, à la différence, ma version française se veut plus générale.

 

C’est une bonne idée, Marco Valdo M.I. mon ami, car le monde est vaste.

 

Donc, Lucien l’âne mon ami, il y a toujours le personnage qui interpelle (c’est l’interprète), mais cette fois, il s’adresse au public, aux gens qui entendent la chanson et au lieu d’un « tu » et d’un « nous », il use du « on », à la fois, beaucoup plus général et en même temps, plus vague.

 

En effet, dit Lucien l’âne, on ne sait pas avec précision qui est on. Ça permet de s’adresser à tous, sans pour autant incriminer tout le monde.

 

C’est ça, dit Marco Valdo M.I. ; du coup, libérée des détails de son actualité évanescente, la chanson atteint une portée plus universelle. Elle peut s’appliquer à bien des lieux et des moments – hier, aujourd’hui ou demain. C’est le but recherché. Elle désigne toute société où règne la brutalité et l’incivilité à tous les étages ; toute société au garde-à-vous devant un « chef » (capo, duce, leader, führer, rais…).

 

Oh, dit Lucien l’âne, il n’en manque pas. D’ailleurs, pour ce que j’en sais, il n’en a jamais manqué. Cependant, même dans de telles sociétés, tout le monde n’est pas soumis aux ambitions du chef, etc., ni acquis aux manières grossières, brutales et inciviles.

 

En effet, répond Marco Valdo M.I., et c’est à dissidents que la chanson principalement s’adresse, mais pas seulement, elle parle aussi à ceux qui subissent sans pour autant se rallier et qui pourraient bien se convaincre de faire quelque chose pour que le monde autour d’eux change, se civilise :

 

« On ne peut pas continuer ainsi,

On n’arrive pas à respirer. »

 

Enfin, dit Lucien l’âne, j’éviterai aussi de nommer les pays où règne une telle ambiance ; il y en a trop et de toute façon, chacun pourra se faire une idée. Quant à nous, tissons le linceul de ce vieux monde cru, grossier, oppressé, enferré, asphyxié et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.


 


 


 

On pensait voir un film d’horreur ;

Au contraire, c’est la crue réalité :

En rue, on meurt

Et on passe, indifférents, sans pitié,

On crie, on insulte, on fait n’importe quoi

Pour un moment de gloire.

On tue le voisin, car hier soir

Il n’aurait pas dû laisser son auto là.

 

On ne peut pas continuer ainsi,

On n’arrive pas à respirer.

On ne peut pas continuer ainsi,

On n’arrive pas à respirer.

 

On dit qu’à présent, la vie est meilleure

Et on doit croire cette histoire.

Ne pas faire de bruit, ne pas déranger !

Le chef pourrait s’énerver.

On se plaint de quoi ? Il est là

Avec courtisans, putes et coups d’État

Et on peut se régaler des ragots.

Devinez qui devra payer l’écot ?

 

On ne peut pas continuer ainsi,

On n’arrive pas à respirer.

On ne peut pas continuer ainsi,

On n’arrive pas à respirer.


On pensait voir un film d’horreur ;

Au contraire, c’est la crue réalité :

En rue, on meurt

Et on passe, indifférents, sans pitié,

On crie, on insulte, on fait n’importe quoi

Pour un moment de gloire.

On tue le voisin, car hier soir

Il n’aurait pas dû laisser son auto là.


On ne peut pas continuer ainsi,

On n’arrive pas à respirer.

On ne peut pas continuer ainsi,

On n’arrive pas à respirer.

 

Le maître donne l’os,

On l’adore.

Le maître donne l’os,

On l’adore.

Le maître donne l’os,

On l’adore.

Le maître donne l’os,

On l’adore.

 

Petits soldats, garde-à-vous !

En silence et marche !

Petits soldats, garde-à-vous !

En silence et marche !

On ne peut pas continuer ainsi,

On n’arrive pas à respirer.

On ne peut pas continuer ainsi,

On n’arrive pas à respirer.

ON NE PEUT PAS CONTINUER AINSI
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Published by Marco Valdo M.I.
1 mars 2021 1 01 /03 /mars /2021 18:27
IL Y AVAIT


Version française – IL Y AVAIT – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson italienne – C’eraUgo Mazzei – 2012
 

 

 

 

Dialogue maïeutique

 

« Il y avait », dit Marco Valdo M.I., raconte le rêve ou le cauchemar ou plutôt, le songe épouvanté d’un marin qui se souvient dans ses nuits, qui par intermittences se répètent, du dernier voyage d’un pétrolier sur lequel il avait embarqué à New York et qui filait vers le grand Nord. Le marin et l’équipage faillirent y rester ; le pétrolier y resta, au fond. Je dis tout de suite qu’on ne saura jamais qui était le marin, qui était le capitaine, ni le nom du pétrolier. Peut-être, ce pétrolier (ce marin, ce capitaine également) est-il la mémoire de tant de navires (de marins, de capitaines) qui se sont perdus dans les eaux lointaines ? Qui sait et combien furent-ils ? Victor Hugo (OceanoNox) se posait la même question :

 

« Oh ! combien de marins, combien de capitaines
Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines,
Dans ce morne horizon se sont évanouis !
Combien ont disparu, dure et triste fortune !
Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune,
Sous l’aveugle océan à jamais enfouis ! »

 

Je me disais bien, s’exclame Lucien l’âne, que ça me rappelait quelque chose, cette histoire de marins et de capitaines. De toute façon, « combien ? », on ne le saura jamais et puis, le compte augmente tous les jours. Mais, il y a quand même quand un pétrolier périt en mer que les pétroliers salissent les côtes de leur sang noir et de ce liquide gluant tuent pour un très long temps toute la vie du bord de mer. En plus, ces réservoirs flottants sont des cibles énormes, facilement repérables et des proies de choix dans les guerres, grandes ou petites soient-elles. Sans compter les pirates des mers qui s’en emparent pour les négocier auprès des pirates des terres contre d’incalculables rançons. Ces histoires de pétrole sont de perpétuelles extorsions de fonds.

 

De fait, dit Marco Valdo M.I., ce sont là des épisodes particulièrement polluants de la Guerre de Cent Mille Ans, vue dans un de ses aspects discret et récurrent. Ces barges gigantissimes que sont les pétroliers sont visées à plusieurs titres : comme transporteurs, comme masse de pétrole, comme maillon essentiel de l’approvisionnement de la civilisation carbonée. Essaye d’imaginer un instant qu’on arrête d’importer le pétrole…

 

Ce serait un fameux foutoir, dit Lucien l’âne, pire encore qu’une pandémie comme on en connaît une actuellement et puis, il y aurait une de ces guerres. Et si je me souviens bien, ça s’est déjà produit. De l’épouvante partout et puis, il faudrait d’urgence réduire la voilure ; enfin, je veux dire, changer de mode de vie, accéder à une certaine modestie, rationner tout et si ça dure, changer carrément de façon de vivre. À la longue, on s’y ferait à vivre autrement. Moi, par exemple, je m’y ferais sans grandes difficultés ; d’ailleurs, j’ai connu longtemps un monde sans pétrole ; ça ne marchait pas trop mal. Évidemment, il y avait moins de monde et aussi, beaucoup moins de choses. Cependant, y revenir brutalement serait quand même une fameuse épreuve. Cependant, tu as raison, on a connu des guerres pour moins que ça.

 

Finalement, reprend Marco Valdo M.I., à penser à tout ce grand chambardement (Le grand Chambardement), la catastrophe que raconte la chanson me paraît soudain être une parabole, dotée d’une fin des plus optimiste. Et pourquoi pas ? Personne ne peut présager de ce qui adviendra.

 

Oui, dit Lucien l’âne, ça laisse de la place au rêve au-delà du cauchemar. Allons, tissons le linceul de ce vieux monde carboné, pétrolisé, militarisé, éruptif, éructant et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


 


 

 

 

Dans un pays étranger,

Au-dessus d’un pétrolier,

Il y avait,

Il y avait un nuage sombre,

Le vent soufflait

Et la mer poussait

Et le capitaine dormait encore.

 

Il y avait

Seulement la peur de se trouver

Sur le pont, intoxiqués

Par cet air obscur et secret,

Cet air qu’on respirait,

Et puis, l’équipage fuyait

Et puis, plongeait.

 

Souvenez-vous de New York, alors,

Le timonier prit la route vers le nord,

Avec nos rêves fiers.

Avec nos rêves à bord,

On pouvait naviguer sur les mers.

 

On avait,

On avait la fumée en escorte

Et l’espérance était morte

De retrouver le bon chemin, mais

Peut-être, que si on ouvrait la porte,

On aurait une vie tordue, à jamais.

 

Souvenez-vous au Cap Horn, on accosta

Et la dame de la pluie dit : « Nenni,

Je n’irai pas avec ces deux bandits »

Et dans la brume, s’envola.

 

Et on abandonna nos femmes, nos rêves, nos maisons,

Et en mer, pendant les deux ans de ce voyage,

On se fia aux étoiles, aux soupirs et aux horizons

Pour chercher dans nos cœurs leurs visages.

Puis, on sécha nos larmes dans le vent,

On s’empoisonna de pétrole et de plomb

Et on coula dans cet océan.

 

Il y avait

L’ombre d’un pétrolier

Qui sur la mer dérivait

Vers des fonds étrangers,

Et le vent soufflait,

Le soleil brillait,

Et autour, tout brûlait.

 

Souvenez-vous, un navire nous sauva,

La mer soudain s’apaisa,

Un rayon de soleil nous illumina.

Je n’oublierai jamais.

Il y avait…

 

IL Y AVAIT
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Published by Marco Valdo M.I.
25 février 2021 4 25 /02 /février /2021 17:11
RESPIRATION

Version française – RESPIRATION – Marco Valdo M.I. – 2021

Chanson italienne – Fatemi respirareUgo Mazzei – 2012

 

 

La Migration des oies

Elisabeth Nourse - 1883

 

 

Dialogue maïeutique


 

Comme tu l’auras sans doute ressenti, Lucien l’âne mon ami, comme à peu près tout le monde de par le monde, notre monde est de plus en plus irrespirable et pas seulement au milieu des grandes concentrations de population que sont les mégapoles et les pollutions envahissent les plus profonds océans et les plus hautes montagnes.

 

Certes, dit Lucien l’âne, je me souviens encore du bon temps où on pouvait courir le nez en l’air sans être incommodé par les relents de combustions diverses Bien sûr, il y avait les feux, les foyers et les âtres, il y avait aussi d’autres odeurs tenaces dans les cités et les hameaux, mais c’étaient – si on peut faire la distinction – des odeurs naturelles. Ça sentait les excréments et la pourriture ; il n’est pas si ancien le temps où, même ici, les égouts n’existaient pas. Mais aussi, la plupart des gens vivaient en dehors des villes.

 

Cela posé, dit Marco Valdo M.I., cette chanson intitulée en son origine italienne : « Fatemi respirare » (Faites-moi respirer), je l’ai nommée Respiration. C’est l’essentiel de sa revendication, car c’est là une chanson qui revendique et qui, telle une Cassandre contemporaine, prévient. Tout comme sa consœur « LA FIN » (Armageddon), œuvre du même auteur, elle alerte sur les dangers que l’activité humaine fait courir à tout ce qui est vivant sur la planète. Elle dit en substance ce que disent les climatologues : le monde terrestre s’empoisonne de façon accélérée et il faudrait faire (avant qu’il ne soit trop tard) quelque chose pour arrêter cette dégradation générale. Le vrai drame, c’est que contrairement à par exemple, une pandémie, on ne verra les vrais dégâts que longtemps après que les fauteurs auront disparu. À l’échelle de la durée d’une vie humaine, ce sont des processus lents.

 

Comme s’ils allaient tous les jours au restaurant ou comme s’ils occupaient la maison sans se soucier de l’entretenir, ni des dégradations, et laissaient la note à leurs enfants, demande Lucien l’âne. J’en connais que ne seront pas contents.

 

C’est pire que ça, dit Marco Valdo M.I., c’est un peu comme si on vivait à crédit et que ce seront les successeurs qui seront tenus de supporter le poids du remboursement avec les intérêts cumulés.

 

Mais, dit Lucien l’âne, il est des gens qui disent que tout ça n’est pas vrai.

 

Évidemment, répond Marco Valdo M.I., qu’il y en a qui disent que ce n’est pas vrai, mais ils le disent pour protéger leurs intérêts ou ceux des gens qu’ils servent. Et la chanson leur répond :

 

« Ce sera ainsi, en vérité, je vous le dis,

On ne peut s’asseoir sur ces ennuis,

Ces tonnes de brut dans la mer,

L’incendie d’une base nucléaire.

Cessez de vous nourrir de mensonges,

Nous payons tout cela de notre vie. »

 

Ensuite, elle donne à réfléchir :

 

« Nous avons des yeux pour regarder,

Et des bouches pour parler,

Et des têtes pour penser.

Tout ça n’est pas sans raison,

Respiration ! »

 

Protéger leurs intérêts ou ceux des gens qu’ils servent, conclut Lucien l’âne, c’est un épisode de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres afin de garantir leurs privilèges, promouvoir leurs intérêts, accroître leur domination, renforcer leurs pouvoirs et faire croître et multiplier leurs richesses. D’une certaine manière, l’humanité va se suicider par l’avidité de certains de ses membres, par l’inconscience, réelle ou feinte, de tant d’autres. Rares sont ceux qui n’en veulent pas plus, toujours plus. L’humanité envahit la terre entière et elle la rongera jusqu’à l’os et même, elle le brisera pour sucer la moelle. Ainsi, le seul ennui, c’est qu’elle entraînera dans sa dégringolade presque tout ce qui vit ou survit encore sur la planète. Décidément, la respiration est essentielle et cette chanson n’est pas sans raison. Alors, tissons le linceul de ce vieux monde décati, oppressé, suant, puant et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Respiration.

Tout ça n’est pas raison.

Aux pôles, un vent tropical peste.

Alors que le ciel change de couleur,

Nos yeux suent de pleurs.

Laissez tomber tout le reste.

Pensez à votre futur,

À tout votre futur.

Pour que les oiseaux puissent migrer

Dans la même direction en volant,

Pour qu’une étoile puisse illuminer

La route d’un bateau perdu dans l’océan,

Il faut que tous les braves gens

Qui n’ont rien fait jusqu’à présent

Commencent à travailler,

Commencent à travailler.

 

À ce point, il ne reste plus de temps,

Il n’y a plus d’espace dans le firmament.

Quand la vie nous présentera l’addition,

Nous plongerons dans un lac en fusion.

Faisons en sorte de pouvoir retrouver,

Dans un futur à recomposer,

La lune au milieu de la mer,

La lune au milieu de la mer.


Et laissez-moi laisser couler mon sang

Pour arroser une prairie de mots vermeils

Et qu’on gouverne bien cependant,

Qu’on libère la lumière du soleil

Dans une lueur d’uranium et d’amiante blonde

Comme un fol éclat sur le monde,

Sur toutes les personnes,

Sur des millions de personnes.


Parfois, il suffit d’une caresse au vent

Pour embrasser le globe entier,

Et qu’il reste seulement à regretter

De n’avoir pas agi à temps

Dans cette course à la démocratie

Vers une captivité libérée,

Une lente amnésie

Et des larmes désespérées.

 

Ce sera ainsi, en vérité, je vous le dis,

On ne peut s’asseoir sur ces ennuis,

Ces tonnes de brut dans la mer,

L’incendie d’une base nucléaire.

Cessez de vous nourrir de mensonges,

Nous payons tout cela de notre vie.

Nous avons une voix pour qu’on crie

Et de merveilleux songes,

Et des gens à éduquer,

Nous avons des yeux pour regarder,

Et des bouches pour parler,

Et des têtes pour penser.

 

Tout ça n’est pas sans raison,

Respiration !

RESPIRATION
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Published by Marco Valdo M.I.
23 février 2021 2 23 /02 /février /2021 20:29

​ 

 

LE PAYS FANTÔME

 

Version française – LE PAYS FANTÔME – Marco Valdo M.I. – 2021

Chanson italienne – Il paese che non c’eraAlessio Arena(2020)

 

Dans Mulberry, les enfants vont nu-pieds

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Ah, Lucien l’âne mon ami, toujours cette question de titre, mais pas seulement ; déjà le titre lui-même me posait question. Il ne devait sans doute pas rendre même son dans ma tête que dans celle de l’auteur italien : Alessio Arena. Littéralement, il aurait fallu traduire : « Il paese che non c’era » par « Le pays qui n’était pas », ou quelque chose comme ça. Mais, comme j’ai dit, moi, ça ne m’allait pas. Bref, j’ai opté pour « Le pays fantôme » ; on peut toujours dire que ce n’est pas ça, que c’est même tout autre chose. Je le sais bien, c’est la raison pour laquelle je ne me targue jamais ou presque de traduire et que je précise chaque fois qu’il s’agit d’une version française et pour être plus précis encore, de ma version française. Il y en a tant d’autres possibles. Je considère de même qu’elle (comme toutes les versions) est une œuvre à part entière et non une copie dupliquée dans une autre langue. D’ailleurs, même les traducteurs automatiques produisent des versions très différentes (souvent étonnantes) d’un même texte – sauf peut-être dans des matières techniques ; mais c’est une autre histoire. Il est d’ailleurs très amusant de faire traduire par un de ces traducteurs (ou plusieurs) un texte, puis de faire retraduire leur traduction dans la langue d’origine. Pour en revenir à la chanson, les deux premiers vers de cette chanson, me rappellent par le ton précisément ces deux vers de Rocco Scotellaro :

 

« È fatto giorno, siamo entrati in giuoco anche noi
con i panni e le scarpe e le facce che avevamo. »

« Le jour s’est levé, nous sommes entrés dans le jeu nous aussi.
Avec les vêtements et les souliers et les faces que nous avions. »

 

Oh, dit Lucien l’âne, voilà qui m’intéresse. Cependant, comme le titre est un mystère, il serait bien que tu me parles du reste.

 

Eh bien, allons-y, dit Marco Valdo M.I. ; tout d’abord, l’explication que donne l’auteur Alessio Arena – un Napolitain, exilé à Barcelone, pèlerinant dans le désert de l’Atacama au nord du Chili – est que « pays fantôme », ainsi que je l’ai nommé, est le pays des utopies qui font bouger le monde. Il y a donc : New York (Mulberry street dans Little Italy), Buenos Aires (Argentine), le désert d’Atacama (Chili), Berlin (Allemagne), une côte en Méditerranée orientale (Liban ou Turquie), Calcutta (Inde), à Ramallah (Palestine), à Montevideo (Uruguay), à Addis-Abeba (Éthiopie), tels sont les lieux que cite la chanson, mais il en est bien d’autres, pareils, meilleurs ou pires, je ne sais. Ça dépend.

 

Oui, dit Lucien l’âne, ça dépend, de même que l’Argentine n’est pas le Pérou, il en est ainsi pour tous les lieux du monde et depuis des millénaires – je le sais d’expérience – les humains transhument des plaines aux montagnes, des forêts aux marais, et par les fleuves et par les mers, ils s’en vont d’un continent à l’autre. Il ne faudrait pas perdre de vue aussi que ces transhumances s’étalent sur des générations ou des dizaines de générations. Alors, vu ainsi, le mouvement des humains s’apparente à la dérive des continents et à la tectonique des plaques. Il y a des frottements.

 

Oui, Lucien l’âne mon ami, ça ressemble à ça. Et la plupart du temps, derrière ces glissements de populations, il y a la misère, le manque d’eau, la faim, la guerre, l’intolérance religieuse, la religion et ses « autels de la foi » ou je ne sais quelle idée de supériorité des uns sur les autres. Et la chanson le résume ainsi :

 

« C’est l’histoire du monde,

Nous sommes les enfants d’un exode constant,

Le rêve des migrations traverse les temps,

La chimère du pays fantôme danse une ronde. »

 

Mais comme je le dis souvent, la chanson dit mieux et plus de choses encore. Elle dit notamment :

 

« Nous sommes les voyageurs

En route vers la mer mineure. »

 

Je me suis demandé ce qu’était cette « mer mineure » (mare minore), car elle n’apparaît sur aucune carte, du moins sous ce nom. Alors, pour que tu ne doives pas chercher, je te dirai que c’est celle que tu connais, autour de laquelle tu tournes depuis tant de temps.

 

Alors, dit Lucien l’âne, ce serait la bonne vieille Méditerranée, la mer au milieu des terres. D’accord, mais alors que viennent faire l’Inde, l’Uruguay, l’Atacama ?

 

Oh, répond Marco Valdo M.I., l’explication qu’en donne l’auteur est simple :

 

« interview : Il mondo che si muove

Sono canzoni incise tra la Spagna, il Cile e Napoli, sempre inventando questo mare nostrum allargato e si chiamerà “Il mare minore” perché racconterà di una migrazione verso casa. »

Autrement dit :

 

« interview : Le monde qui bouge

Ce sont des chansons enregistrées entre l’Espagne, le Chili et Naples, en inventant toujours cette mare nostrum élargie et qu’on appellera « Il mare minore » parce qu’elle parlera d’une migration vers chez soi. »

 

Ce serait en somme, une émigration élastique ou boomerang qui revient à son centre – « il mare minore – le « mare nostrum » des Romains – la « mer mineure ».

 

Bien sûr, la chanson dit bien des choses, j’irai les voir de près, dit Lucien l’âne. Cependant, cette vision de la « mer mineure » et le retour au « centre » me paraissent quand même fort autocentrés et ne rendent compte que d’une petite partie du vaste et chaotique mouvement perpétuel de la migration. En quelque sorte, dans ce chaos migratoire, le « chez soi » est partout où on se trouve ; on se transporte toujours avec soi-même et dans la migration, la seule chose qui reste, c’est soi. Quant à nous, tisserands du temps, tissons le linceul de ce vieux monde bardé de misère, rongé de haine, inconscient, ignorant de son destin et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 


 


 

Le ciel s’était fait obscur

La ville semblait un noyau d’olive dur.

Croûtes de pain noir, les yeux fatigués,

Dans Mulberry, les enfants vont nu-pieds.

Mains vides et musique rythmée,

Nouveau drapeau, dans la fumée

De New York étouffée.


 

Des réfugiés albanais à Buenos Aires,

Des Turcs et des Croates à la messe

Dans le désert de l’Atacama.

Des étudiants anglais et des exilés de Cuba

Sautent par-dessus les derniers parpaings

Du mur de Berlin.

Des mères syriennes implorent une bouffée

D’air à la déesse Méditerranée.

 

Personne ne peut nous obliger

À contenir la vie dans les confins de la faim.

C’est un mouvement inné,

Inscrit dans les lignes de la main du destin.

C’est l’histoire du monde,

Nous sommes les enfants d’un exode constant,

Le rêve des migrations traverse les temps,

La chimère du pays fantôme danse une ronde.

 

Ce sont les mêmes autels de la foi

À Calcutta, à Ramallah, à Montevideo, à Addis-Abeba.

Partout sur Terre, dans les lieux les plus distants,

L’homme cherche sa voie pour prospérer,

Espérant et chantant,

Même dans une autre langue, sa liberté.

 

Je trouve vraiment insultants

Cet orgueil d’ostentatoire identité,

Cette prétention de pureté.

Toutes les nations mentent en mêlant

Au passé leurs propres vérités.

Nous sommes les voyageurs

En route vers la mer mineure.

 

Personne ne peut nous obliger

À contenir la vie dans les confins de la faim.

C’est un mouvement inné,

Inscrit dans les lignes de la main du destin.

C’est l’histoire du monde,

Nous sommes les enfants d’un exode constant,

Le rêve des migrations traverse les temps,

La chimère du pays fantôme danse une ronde.

LE PAYS FANTÔME
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Published by Marco Valdo M.I.
19 février 2021 5 19 /02 /février /2021 11:54


LA FIN

 

 

Version française – LA FIN – Marco Valdo M.I. – 2021

Chanson italienne – ArmageddonUgo Mazzei – 2012

 


 


 

 

 

 

 

 

Dialogue maïeutique

 

 

 

 

C’est La Fin, dit Marco Valdo M.I.

 

La fin, dit Lucien l’âne, la fin de quoi ? Ce n’est quand même pas la fin de tout ?

 

Rassure-toi, Lucien l’âne mon ami, c’est seulement la fin du monde, chose qui n’est pas la fin de tout. Donc, La Fin est une chanson sur la fin du monde à laquelle – pour ne pas faire dans la grandiloquence – j’ai donné pour la version française ce titre simple. La chanson d’origine, une chanson italienne, porte un titre différent : elle s’intitule Armageddon, un de ces noms abscons en usage chez les prophètes.

 

Ah oui, dit Lucien l’âne, les prophètes. Il y en a eu beaucoup et pour ce que j’en ai entendu et ce que j’ai vu des conséquences de leurs propos absurdes, ce sont des personnages assez déboussolés et fort dangereux.

 

En effet, Lucien l’âne mon ami, mais ce n’est pas le sujet de la chanson, qui rapporte le discours de quelqu’une ou quelqu’un qui se trouve sur un atoll tropical et voit éclater une fulmination, une fulguration, une éruption, une explosion gigantesque comme il dut y en avoir à Bikini ou à Mururoa. Tel est le décor.

 

Et que raconte cette chanson dans ce décor ?, demande Lucien l’âne.

 

Eh bien, on y revient, dit Marco Valdo M.I. ; je résume : réfugié dans des îles lointaines pour échapper aux errements de la civilisation, le personnage s’adresse à l’autre membre de son couple et propose d’affronter le péril de belle manière avant que d’être emportés enfin.

 

« Seuls, frémissants, on disparaîtra dans cette fin.

Il n’est plus temps de fuir ; ce soir, on se baisera

Sur un atoll tropical le vent nous emportera enfin. »

 

Ah, dit Lucien l’âne, de toute façon, il n’y a pas d’autre issue.

 

Oui, dit Marco Valdo M.I., comme toujours ans la vie : à la fin, il n’y a pas d’autre issue. Retiré le décor un peu apocalyptique, il n’y a rien d’autre que la plus banale des fins.

 

Oh, conclut Lucien l’âne, qu’il vente, qu’il pleuve, sous le soleil, sous la lune, de jour, de nuit, le résultat est le même. En plus, pour celui qui est passé, rien ne s’est passé. La pièce est finie, rideau. On ne peut s’accrocher à rien, même pas à l’autre. Finalement, un baiser n’y peut rien, le temps s’en va. D’ailleurs, je me souviens d’une chanson française qui parlait aussi d’un vent qui emportera, intitulé e tout simplement : « Le Vent nous portera ». En attendant, tissons le linceul de ce vieux monde vivant, frémissant, tremblant, râlant et cacochyme.

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

 

Tempête solaire, explosion stellaire,

Neige en bord de mer, bascule de la Terre,

Fluctuations du temps d’un monde à oublier,

La mer des marins, la mer d’amour à rêver.

Et l’air léger, maintenant impalpable et sombre,

N’est plus printemps, mais couverture de chaleur.

La pluie s’abat, un linceul blanc couvre l’ombre ;

Et les gens ? Autour d’eux, l’eau change de couleur.

 

Il n’est plus temps de fuir ; ce soir, on se baisera

Sur un atoll tropical et le vent nous emportera.

Seuls, frémissants, dans cette fin, on disparaîtra.

Injuste, mais bien, car se baiser nous sauvera.

 

Dormir et se réveiller poussière de sel

Dans l’alambic du néant, bouillie moléculaire.

Demander au président ce qu’il peut y faire

Ne sert à rien, c’est une bulle dans le ciel.


Dans l’imbécillité ambiante, dire l’essentiel ;

Ne pas rester indifférents, un jour tout ça finira.

Il n’est plus temps de fuir ; ce soir, on se baisera

Accrochés à l’étoile polaire, au souffle gravitationnel.

 

Après, tout pourrira ; embrassés, on glissera

Dans la tempête planétaire, on s’enfoncera dans cette fin.

Il n’est plus temps de fuir ; ce soir, on se baisera

Sur un atoll tropical le vent nous emportera enfin.

 

Injuste, mais bien, car se baiser nous sauvera.

Seuls, frémissants, on disparaîtra dans cette fin.

Il n’est plus temps de fuir ; ce soir, on se baisera

Sur un atoll tropical le vent nous emportera enfin.

Injuste, mais bien, car se baiser nous sauvera.

 LA FIN
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Published by Marco Valdo M.I.

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