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1 août 2009 6 01 /08 /août /2009 23:34

MAIS MOI

Version française – MAIS MOI – Marco Valdo M.I. – 2009

d'après la version italienne « Ma Io » de Enzo Jannacci et Giuliana Orefice – 2005

de « Ma Mi » chanson en milanais de Giorgio Strehler – 1962

 

 

 

 

 

Il y a de ces textes qu'il faut lire; il y a de ces textes qu'il faut traduire. Ma Mi – MAIS MOI est de ceux-là.

 

 

En effet, dit Lucien l'âne en approuvant d'un lent mouvement de tête, déjà, un texte ou une chanson de Giorgio Strehler est chose exceptionnelle et mérite l'effort ou la joie de la lecture, de la traduction. Giorgio Strehler fut un des tout grands du théâtre européen, autant dire mondial.

 

 

Je sais cela, dit Marco Valdo M.I. Et ce serait une excellente raison. Souviens-toi, Lucien mon ami, que je me suis aussi – comme beaucoup de gens – aussi occupé de théâtre et comment dire, dans la même lignée que Giorgio Strehler, même si, tu sais, mes aventures théâtrales furent bien moins prestigieuses que les siennes et d'un renom confidentiel qui me convient assurément. Mais moi, je ne la traduis pas que pour ça, cette chanson...

 

 

Ah oui, dit Lucien l'âne aux yeux noirs d'étonnement, et pour quelle raison alors ? J'aimerais bien le savoir.

 

 

Tout simplement car la chanson elle-même le mérite. Elle mérite plus que certainement d'être connue et répandue. Surtout par toi et moi qui avons comme devise « Ora e sempre: Resitenza ! » et qui (toi surtout...) avons des têtes de bâtards à résister à tous les chocs. Façon de parler... Bien entendu !

 

 

Oui, oui, tu as bien raison, dit l'âne Lucien en balançant la tête et les oreilles. Nous avons des têtes dures; surtout en dedans. On pourrait d'ailleurs en faire une devise de cette chanson : « Mais moi, je ne parle pas ! »

 

 

Mais il y a plus encore... Cette aventure fut vécue en ce temps-là et d'autres, par des milliers et plus encore, de nos camarades et nombre d'entre eux la vivent à l'heure où je te parle. C'est pour ça aussi qu'il faut absolument la faire connaître, car c'est une chanson qui donne une raison de résister, c'est une chanson qui donne du courage...

 

 

Laisse-moi conclure, mon ami Marco Valdo M.I., je te vois bien ému. Cette chanson nous la mettrons à part dans notre grand livre avec le Chant des Canuts et en attendant : « Tissons le linceul du vieux monde... »

 

 

Une dernière précision: la chanson se passe à Milan dans les premières années quarante; elle est en milanais. Milanaise, elle est; milanaise, elle reste, même en version française. Gian Piero Testa, en la traduisant en grec, l'avait hellénisée; une autre manière qui se justifie tout aussi bien...

 

 

Ainsi Parlait Marco Valdo M.I.


Nous étions quatre Padula,

Rodolfo, Gaina et moi.

Quatre amis, quatre malnés

Arrivés ensemble comme les chats.

Nous avons fait la guerre en Albanie

Puis dans la montagne à chasser les rats :

Noirs Tueurs de la Wehrmacht.

Ils me font mourir rien que d'y penser !

Puis, ils m'ont chopé dans cette embuscade

Poings, pieds et fusillade...

 

Mais moi, mais moi, mais moi

Quarante jours, quarante nuits

À San Vittore à prendre des coups,

Dormir en chien, rempli de maux...

Mais moi, mais moi, mais moi

Quarante jours, quarante nuits

Battu et rebattu

Je suis de ceux qui ne parlent pas !

 

Un matin, le Commissaire

M'envoya chercher à l'improviste.

« Ici où nous sommes, personne n'entend »

Me disait cette brute épaisse;

Il me disait, tes camarades

Nous les aurons même sans toi

Mais si tu parles, je te signe ici

Ton billet de sortie : la liberté.

 

Mais moi, mais moi, mais moi

Quarante jours, quarante nuits

À San Vittore à prendre des coups,

Dormir en chien, rempli de maux...

Mais moi, mais moi, mais moi

Quarante jours, quarante nuits

Battu et rebattu

Je suis de ceux qui ne parlent pas !

 

Je suis resté enfermé dans ce trou à rats

Plein de froid, de nuit et de brouillard;

Sous cette muraille passent les trams.

Fracas et vie de ma Milan.

Mon cœur se serre, le soir tombe,

Je me sens mal et je ne me lève pas;

Couché sur le lit dans un coin

Il me semble n'être plus personne.

Être sur terre est pire qu'être en guerre:

La liberté vaudrait bien une délation !

 

Mais moi, mais moi, mais moi

Quarante jours, quarante nuits

À San Vittore à prendre des coups,

Dormir en chien, rempli de maux...

Mais moi, mais moi, mais moi

Quarante jours, quarante nuits

Battu et rebattu

Je suis de ceux qui ne parlent pas !

 

Mais moi, je ne parle pas !

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29 juillet 2009 3 29 /07 /juillet /2009 21:28

La Chanson du Guerrier sur la Contrescarpe

Canzone léviane – La Chanson du Guerrier sur la Contrescarpe – Marco Valdo M.I. – 2009

Cycle du Cahier ligné – 35

 

 

La Chanson du Guerrier sur la Contrescarpe est la trente-cinquième chanson du Cycle du Cahier ligné, constitué d'éléments tirés du Quaderno a Cancelli de Carlo Levi.


 

Dans la Chanson du Guerrier sur la Contrescarpe, on retrouve ce même personnage qui poursuit son soliloque où il mêle sa vie immédiate, parle de ce qui et de qui l'entoure – ici, les nonnes qui le soignent, et continue à développer sa méditation, cette forme de résistance intellectuelle. L'être humain est aussi – et d'abord – une pensée en perpétuel écoulement, comme un fleuve qui venu de la montagne, traverse la ville et s'en va finir dans la mer. On a comme l'impression que s'il s'arrêtait de penser, il cesserait d'exister.


 

Oh, oh, dit Lucien l'âne, voilà notre guerrier – prisonnier – blessé bien cartésien.


 

Pas tout à fait, mon bon ami l'âne. N'oublie pas qu'il est contraint à l'inertie et que le seul endroit où il peut se retrouver, où il peut se mouvoir, c'est à l'intérieur de lui-même, le seul lieu qui lui reste; même, affalé sur sa contrescarpe sous le regard du vautour, il lui reste ce refuge ultime; le refuge ultime de la vie : la pensée. Il y recrée le monde, il y fait revivre le monde. Et la canzone, sa chanson est ce qui sourd au grand jour. C'est énorme cette action de la pensée. Mais sa chanson, c'est aussi une forme de parabole.


 

Et que dit donc cette parabole, en quoi peut-elle nous intéresser ?, susurre l'âne interrogatif.


 

Mais tout simplement ceci, mon ami Lucien et je ne doute pas que cela ne t'avait pas échappé et que ta question était purement rhétorique et ne servait qu'à relancer le débat... Dunque, tout simplement ceci qu'au centre de l'homme, il y a la pensée et que même quand tout, autour de lui, est paralysé, que tout est empêché de vivre librement, il lui reste ce seul et unique instrument d'existence, cette pensée qui vit tout au fond de lui-même. C'est d'ailleurs là – et c'est en cela que la parabole est importante – que se réfugie, et à partir de là que se déploie, la résistance à l'oppression, quelle que soit cette oppression, d'où qu'elle vienne et autant qu'elle s'étende. C'est pour cela qu'elle – la pensée – et ceux qui la font advenir : les intellectuels, les poètes, les créateurs sont si suspects aux yeux des dictateurs et de leurs sectateurs. C'est aussi cela qui explique les sarcasmes et le mépris que les gens de pouvoir répandent sur elle et sur ceux qui la portent "a tracolla" - en bandoulière. Tout simplement car c'est elle la montagne magique et inaccessible où naît la résistance. C'est elle qui formule la première la sentence : « Ora e sempre : Resistenza ! »


 

Ainsi Parlait Marco Valdo M.I.


 

Voici ma chanson, la chanson

Du guerrier sur la contrescarpe verdoyante,

Du blessé pour longtemps aveuglé,

Du prisonnier dans la nuit assourdissante,

De l'interné à jamais enfermé,

Seul, à résister derrière la porte,

Un homme, un nombre, une âme morte.


 

Maria-Grazia est de Fonni, un village de bergers

D'où il faut s'en aller, d'où on doit émigrer,

À Rome, en Allemagne, au couvent.

L'été, sur la montagne, le berger côtoie le vent;

L'hiver, il descend avec tout son troupeau

Trouver refuge dans le Campidano.

Oh, vies partielles, vies déracinées,

Qui subissent la peur,

Et la ville qui n'est pas la leur.

Combien finissent incertains,

Sous les habits de la dominicaine, de l'ouvrier,

Du marin, du carabinier ou de l'émigré

Sous un ciel étranger et lointain.

D'abord femme de ménage, puis nonne,

Arrivée à Rome à 25 ans.

Elle y réside depuis 10 ans.

Angelo qui est soudeur

Dans un petit atelier artisanal

Du quartier du Trionfale

Vit avec une de ses sœurs.


 

Lucia, nonne elle aussi, vient du Nord

De Mondovi, un village où rien ne passe

Quand la neige ne laisse pas

S'ouvrir la porte des maisons basses.

Quand elle y songe, Lucia, tout comme moi,

S'illumine de retrouver son enfance,

Ce temps heureux de la confiance.

Mais un jour advient le temps qui sépare.

Et l'on s'en va hagards

Sable du désert, balle du blé,

Par la violence du vent, emportés,

oubliés nous aussi.

Et moi, moi aussi, ici

Immergé, submergé, sans sommeil,

Vivant une aventure

De privation d'espace et de nourriture,

De lumière et de soleil

Au fil de jours et de saisons,

qui se répètent identiques

en de monotones répliques.


 

Voilà ma chanson, la chanson

Du guerrier sur la contrescarpe verdoyante,

Du blessé pour longtemps aveuglé,

Du prisonnier dans la nuit assourdissante,

De l'interné à jamais enfermé,

Seul, à résister derrière la porte.

Un homme, un nombre, une âme morte.

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29 juillet 2009 3 29 /07 /juillet /2009 21:26

Les Brindilles d'Accettura



Canzone léviane – Les Brindilles d'Accettura – Marco Valdo M.I. – 2009

Cycle du Cahier ligné – 34



Les Brindilles d'Accettura est la trente-quatrième chanson du Cycle du Cahier ligné, constitué d'éléments tirés du Quaderno a Cancelli de Carlo Levi.





La pensée du prisonnier flotte dans la nuit des souvenirs, puis, elle dérive sur la mer de la méditation. En somme, comme Montaigne, il voit le monde à sa manière et somme toute, philosophe.



Nous y voilà, dit l'âne Lucien, j'imaginais bien que tu allais le dire un jour que la canzone est une manière de philosopher. Et je suis très intéressé à ce que tu me dises pourquoi la philosophie, comme on la pratiquait de mon temps d'âne, passe par la canzone. Jusqu'ici, il était entendu que dans la chanson, on avait entendu parler d'amour, on y avait conté des aventures en tous genres, on y avait répandu le vide de l'indigence humaine, on y avait même trouvé de la poésie...



Ah, Lucien, je reconnais bien là ta lucidité, tu perces à jour tout de suite le voile qui entoure le mystère; en deux phrases, tu le déchires. Mais, rassure-toi, je ne vais pas te lanterner. À ta question, je vais répondre, car elle mérite une réponse. D'abord, le premier indice est la référence à Montaigne. Ce n'est assurément pas un hasard. Le prisonnier, notre prisonnier, dont nous suivons les aventures ou les méditations, use de la canzone pour – en quelque sorte – nous parler du fond de sa prison ou de son enfermement. Et l'avis « au lecteur », de Michel de Montaigne, s'applique tout à fait bien à sa façon. Je te le lis :

« C'EST icy un livre de bonne foy, lecteur. Il t'advertit dés l'entree, que je ne m'y suis proposé aucune fin, que domestique et privee : je n'y ay eu nulle consideration de ton service, ny de ma gloire : mes forces ne sont pas capables d'un tel dessein. Je l'ay voüé à la commodité particuliere de mes parens et amis : à ce que m'ayans perdu (ce qu'ils ont à faire bien tost) ils y puissent retrouver aucuns traicts de mes conditions et humeurs, et que par ce moyen ils nourrissent plus entiere et plus vifve, la connoissance qu'ils ont eu de moy. Si c'eust esté pour rechercher la faveur du monde, je me fusse paré de beautez empruntees. Je veux qu'on m'y voye en ma façon simple, naturelle et ordinaire, sans estude et artifice : car c'est moy que je peins. Mes defauts s'y liront au vif, mes imperfections et ma forme naïfve, autant que la reverence publique me l'a permis. Que si j'eusse esté parmy ces nations qu'on dit vivre encore souz la douce liberté des premieres loix de nature, je t'asseure que je m'y fusse tres-volontiers peint tout entier, Et tout nud. Ainsi, Lecteur, je suis moy-mesme la matiere de mon livre : ce n'est pas raison que tu employes ton loisir en un subject si frivole et si vain. A Dieu donq.

De Montaigne, ce 12 de juin 1580. »



Bon, dit Lucien l'âne un peu décontenancé, je veux bien te croire. Et puis surtout, j'aime beaucoup imaginer Michel de Montaigne tout nu.



Ensuite, la philosophie, l'actuelle philosophie, telle qu'elle est pratiquée par les professionnels de la chose, s'est tellement enfermée dans ses bastions corporatistes et dans ses éditions réservées que celui qui – comme le prisonnier – en est réduit à lui-même, doit trouver d'autres modes de penser. Et la canzone s'y prête bien qui s'en va méditant par petites touches jusqu'au bout du monde.



C'est un peu la philosophie de l'âne..., conclut Lucien en souriant de son immense denture.



Ainsi Parlait Marco Valdo M.I.





Le petit Comte, on ne le voyait pas;

Il était avec son frère au collège à Turin;

Et puis, le château était loin

Perché sur la colline à Monticello Villa,

Il était pénible d'y monter là-haut.

D'où on voyait toutes les Langhe et le Monviso

Et en bas, une par une, les maisons de Monticello Piazza.

C'étaient des paysages admirables.

Il me faut à présent parler des hommes convenables

Des hommes d'une "poésie honnête",

Lumineux, resplendissants, brillants, nets,

Ou un peu voilés, à peine estompés

Par les résidus du temps.

Secs et durs, du bois dont on fait les centenaires

Et comme rouillés cependant

Comme si l'eau des grottes les avait oxydés,

Goutte à goutte pendant des millénaires.



D'autres sont vraiment sales,

Recouverts du gras de la suie de la vulgarité,

Remplis de vide, quérant la notoriété.

Ils se parent des plumes nationales.

Et vont du pas de l'éléphant.

Se dandinant dans la lumière glauque du verre luisant.

Le temps ensuite viendra ,

Qui les couvrira de terre et de pluies.

Puis, les recrachera.

Et les noiera dans la mer de cristal

Ou pire, au fond de l'océan infernal.

Dans ce dimanche d'Eboli,

Où le Christ comprit

Qu'il ne pouvait civiliser,

C'est-à-dire posséder

De plein droit

Les brindilles d'Accettura.

 
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26 juillet 2009 7 26 /07 /juillet /2009 16:04

ITALIE : DERNIER ACTE

 

Version française – ITALIE : DERNIER ACTE – Marco Valdo M.I. – 2009

Chanson italienne – Italia : ultimo atto – Ianva – 2009

 

Un morceau qui, avec « In compagnia dei lupi », rappelle la célèbre « Povera patria » de Franco Battiato. Peut-être en est-ce une actualisation étant donné l'immonde fourmillement de fascistes, de satyres, de putains de haut vol, d'affairistes, de mafieux, de subversifs, de cagoulards, d'incompétents, de menteurs, de mercenaires, d'arrogants et d'imbéciles qui grouillent bien gras, florissants et baveux aussi bien aux sommets de l'État et des partis que dans chaque coin sombre, humide et fétide de notre pauvre pays...

 

La normalisation des années 80 et 90 est terminée. L'Italie est un pays socialement et culturellement désintégré. De super-pouvoirs supranationaux en ont pris le contrôle absolu et procèdent à son extinction, flanqués, comme toujours, de volontaires esclaves indigènes.

Paradoxalement, nous revenons à l'avant-garde : celle d'un Occident en route vers les ténèbres! ».

 

 

Commentaires adjacents de Marco et de Lucien.

 

De fait, dit Lucien l'âne avec un accent sarde un peu désespéré, l'Italie est dans de vilains draps et les odeurs ne se confinent plus aux alcôves du pouvoir. Les effluves empestent jusque dans les fjords les plus polaires. L'Europe toute entière devrait commencer à se méfier de cette pourriture qui s'étend de proche en proche; à commencer par les pays voisins.

 

Oh, oh, dit Marco Valdo M.I., on a déjà vu ça et les dégâts furent considérables. Certains, désespérés, s'étaient retirés sur l'Aventin, mais personne n'avait compris le sens profond de cette retraite.

 

Mais, dit Lucien l'âne sentencieux, regarde ce bel inventaire à la Prévert : « l'immonde fourmillement de fascistes, de satyres, de putains de haut vol, d'affairistes, de mafieux, de subversifs, de cagoulards, d'incompétents, de menteurs, de mercenaires, d'arrogants et d'imbéciles qui grouillent bien gras, florissants et baveux aussi bien aux sommets de l'État et des partis que dans chaque coin sombre, humide et fétide de notre pauvre pays... ». En fait, les métastases se sont répandues partout. C'est là le pire. Et la question est le comment. Poser un instant le regard sur le phénomène et la glauque vérité surgit : le porteur du virus, son véhicule : c'est la télévision. C'est par elle que passe l'image souriante de l'Enchanteur masqué et des poupées branlantes.

 

Tu as raison, mon ami l'âne. Ces caresses sont empoisonnées. Mais pour moi, la question est, à présent qu'il est déjà bien tard et que le mal a franchi les Alpes, que faire ici et maintenant ? Comment organiser et mener la résistance..? Tu sais bien que notre devise est « Ora e sempre : Resistenza ! »; il est temps de préparer le linceul de ce vieux monde, malade de la peste glauque...

 

Tu as raison, dit l'âne en dressant ses oreilles en signe d'affirmation, mais le mal est celui de l'Empire; il est né au cœur de l'Empire transatlantique et il est soigneusement gardé et porté à travers le monde par ses légionnaires. Tu as raison, pour respirer, il va nous falloir retourner dans les montagnes... « Ora e sempre : Resistenza ! »; faisons comme les Canuts : « Tissons le linceul du vieux monde... »

 

Ainsi parlait Marco Valdo M.I.

 

 

Il est clair que c'est ainsi : un pays à vomir !

À tel point déconfit

Que le sans-limites

Est devenu un droit,

Entretemps, au-dessus de nous,

Il y a tout un grouillement de chacals,

Tout un jeu de coudes.

Bien qu'habitués aux talons,

Nous ne pourrons trouver pires patrons

Que ceux que nous avons déjà.

 

Si tu commences à cracher là où jusqu'aujourd'hui tu as mangé

Il te vient un fumet que nous avons déjà expérimenté,

Ce plat est encore plus pénible et sans saveur , du reste,

Néanmoins, nous dit-on, il s'en ira bientôt,

Peut-être l'est-il déjà.

 

Du feu,

Tu n'en trouveras pas à suffisance

Pour dompter cette pestilence

Pas même dans les astres, pas même dans les abysses terrestres.

Italie, la grande courtisane

Avec sa couronne de sommets neigeux,

Qu'on peut admirer de loin,

Est comme un aigle avec les ailes clouées.

Et entendre honorer son drapeau par certaines bouches est chose nauséabonde;

Avec tous ces morts sur l'estomac, il y flotte une haleine pesante.

 

Comment en sommes-nous arrivés là ?

Je n'arrive pas à y croire !

Tout comme les cornus

Toujours mis à l'écart des faits accomplis

Tu râles après, si tu veux.

Les vieilles ruses d'esclaves bientôt ne nous serviront plus

Et en leur absence, il n'y a rien d'étonnant qu'il ne reste plus rien

À en tirer pour nous.

 

Tu attends une reddition de comptes qui n'arrive jamais

Mais comment espérer que se révoltent de pareils bœufs ?

À la limite, chacun fait une liste mentale

De vrais ou présumés bâtards auxquels la faire payer...

Quand ce jour viendra...

 

Dans ce vide

On ne cesse jamais de tomber.

À chaque fois, c'est un mal mineur

Qu'il te faut avaler

Jusqu'au suivant qui est pire encore.

Et ce qui est normalement un viol

Ils te convainquent que c'est un consentement.

Je reste patriote, sans doute, quand je suis avec moi-même.

Je vis dans un État idéal entre les murs de ma chambre,

Invoquer le rideau est normal, quand la farce a duré trop longtemps.

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26 juillet 2009 7 26 /07 /juillet /2009 07:43

LE CAMP

 

Version française - LE CAMP – Marco Valdo M.I. – 2009

Chanson italienne – Il Campo – Marco Rovelli – 2009

 

 

Du livret du cd :

J'ai écrit en 2006, Lager italiani, Histoire de migrants enfermés dans les centres d'expulsion, où l'on met la main souvent et volontiers au bâton pour emttre « à leur place » ces hommes inférieurs. Ces « Alis aux yeux bleus » dont les traversées avaient été prophétisées poétiquement il y a des dizaines d'années par Pier Paolo Pasolini.

Je chante ici ces traversées.

En 2009, je termine un nouveau livre, Servi (Esclaves), où je raconte mon voyage dans l'Italie des clandestins au travail. Et je raconte, justement, leur nature servile, nécessaire à notre économie – une nature qui prend forme histoire après histoire. Comme celle de Soufiane, que je chante ici, qui m'a dit : « Mais qu'est-ce que je te dis ?/ C'est la parabole » Si, la parabole qui induit les désirs, le médium du Spectacle. Les migrants que nous refusons sont l'image inversée du désir de la société occidentale. Le Camp ou le corps clandestin.


 

À l'extrême pointe des siècles

Ourlet de terre solaire

L'invisible clochard

Fou sans protection


Avec le bâton

On chasse l'animal impertinent

À l'intérieur du camp.

Le bâton dehors ne s'entend pas

(Avec l'approbation des gens).

 

À l'extrême pointe des siècles

Ourlet de terre solaire

L'invisible clochard

Fou sans protection

 

Il offre son corps aux tempêtes

Sur les bois de l'adieu

Il risque toutes ses vies

À l'imitation du dieu.

À l'extrême pointe des siècles

Ourlet de terre solaire

L'invisible clochard

Fou sans protection

 

Sunugaal notre pirogue

Sillonne la mer du destin

Et le courage de l'attente

Luit dans un nouveau matin.

Sunugaal notre pirogue

Sillonne la mer du destin

Mais même si tu réussis à arriver

Tu seras seulement un nouveau clandestin.

Entre tes doigts court le ciel

Notre patrie est le monde entier.

Soufiane vend la menthe

Et depuis des siècles, se contente

De rester dans le coin du marché

Soufiane se trouve derrière son comptoir

On a confiance en lui car il paraît blanc

Aux yeux clairs juste parmi ses verdures

 

Avec ces yeux lui voyait

au-delà de la mer et il s'imaginait

D'autres vies, d'autres chaussures et d'autres mers.

Mais qu'est-ce que je te dis ?

C'est la parabole

Qui nous fait monter la pression

Et te pousse sur la barque.

Du bâton

On lève l'animal impertinent

Clandestin

Vers le royaume des gens morts.

 

 

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25 juillet 2009 6 25 /07 /juillet /2009 15:14

ENCORE HEUREUX QUE CE NE SOIT PAS NÉRON

 

Version française - ENCORE HEUREUX QUE CE NE SOIT PAS NÉRON – Marco Valdo M.I. – 2009

Chanson italienne – Meno male che adesso non c'è Nerone – Eduardo Bennato – 1975

 

Traduction du commentaire italien : D'une actualité désarmante

 

En effet, dit Lucien l'âne, n'était-ce pas Néron qui possédait des propriétés somptueuses, qui avait transformé Rome en immense lupanar, qui faisait régner une terreur diffuse, qui écrasait ses opposants, qui méprisait tout le monde, qui se prenait pour l'homme le plus puissant de la Terre, qui chantait, qui offrait des spectacles.... Et il me semble très bien m'en souvenir... Et là, maintenant, j'ai comme une impression de déjà vu, comme une même scène qui se reproduit, une même démesure de soi, une même outrecuidance... Ne penses-tu pas, mon ami Marco Valdo M.I., que tu pourrais faire une correspondance presque terme à terme... entre ce Néron et certain puissant du jour.

 

Peut-être bien, mon ami l'âne. Voyons ça.... Je m'en tiens à la chanson... Néron était empereur ou s'était fait faire empereur. Ici et maintenant, ce n'est encore qu'une ambition, une autosuggestion ou une autocroyance. Néron était jeune et avait une virilité naturelle... Ici et maintenant, sans la chimie bleue, sans la capilliculture et ses transplants, sans la chirurgie pour effacer les rides et retendre les vieilles peaux... Sans le Docteur Frankenstein, on n'aurait là qu'un vieillard libidineux dans son évidente décrépitude.

 

Mais, dit Lucien l'âne, moi qui suis si âgé, je ne suis pas gêné par ma décrépitude... Bien au contraire, j'affiche mon vieillissement naturel; c'est une victoire contre le temps ou une danse avec le temps... On évolue ensemble.

 

Revenons à Néron... À propos, sais-tu si Néron mettait des talonnettes... pour rehausser sa taille ? En tous cas, il se prenait pour le maître du monde... Et de son temps, dans un certain sens, il l'était. Mais comparons aujourd'hui... Celui d'aujourd'hui s'y croit aussi et il le dit. Mais quant à l'être, il suscite le rire dans le monde avec de telles déclarations prétentieuses. Crois-moi, si Néron était une « terreur », celui-ci est une erreur. Pour ce qui est des fêtes, il faut distinguer : celles que Néron organisait avec ses « amis » et les fêtes qu'il jetait en pâture au peuple. Pareil aujourd'hui. Il y a les fêtes « privées », chez Néron, on appelait çà des orgies; aujourd'hui, on parle de réceptions. Il y avait les « réjouissances publiques », où Néron invitait au Colisée et faisait manger du chrétien par les lions devant quelques milliers de spectateurs; on trouve aujourd'hui tous les jours, à toutes les heures, de croustillantes images à la télévision.

 

C'est plus efficace... Crois-moi et ça touche plus de monde, dit l'âne Lucien., qui a de l'expérience. Mais quand même, Néron a incendié la ville...

 

En effet, on n'a pas encore vu ça aujourd'hui... Mais, réfléchis un peu, n'est-il pas pire de faire sombrer tout un peuple dans la bêtise, la honte et la pauvreté ? N'était-ce pas Néron l'empereur de la décadence ? Tu vois bien que notre comparaison est fondée.

 

Mais, dit Lucien l'âne d'un air malicieux, je finis par me demander si finalement, aujourd'hui, il ne vaudrait pas mieux que ce soit Néron...

 

Ainsi Parlait Marco Valdo M.I.

 

 

Encore heureux que ce ne soit pas Néron

Encore heureux que ce ne soit pas Néron

Comme elle te faisait peur à l'école

Parmi les leçons à apprendre

L'histoire d'un empereur

Qui était pour tous une terreur

Alors, tu te disais :

 

Encore heureux que ce ne soit pas Néron

Non, non, non

Encore heureux que ce ne soit pas Néron

Lui, il commandait le monde entier

Il tenait tout le monde sous sa main

L'histoire dit peut-être la vérité

Qu'à la fin, il incendia la cité...

 

Encore heureux que ce ne soit pas Néron

Non, non, non

Encore heureux que ce ne soit pas Néron

Et aux fêtes qu'il organisait

Il y a avait le beau monde et même lui, jouait

Les autres à la porte sans protester

Sinon il augmentait les taxes...

 

Encore heureux que ce ne soit pas Néron

Non, non, non

Encore heureux que ce ne soit pas Néron

Pourtant, au fond, il savait y faire

Et pour les distraire des choses sérieuses

Chaque dimanche, il envoyait tous à la fête

Au stade pour les divertir...

 

Encore heureux que ce ne soit pas Néron

Non, non, non

Encore heureux que ce ne soit pas Néron

Encore heureux que ce ne soit pas Néron

Encore heureux que ce ne soit pas Néron

Encore heureux que ce ne soit pas Néron

Non, non, non

Encore heureux que ce ne soit pas Néron

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Published by Marco Valdo M.I. - dans Bennato
24 juillet 2009 5 24 /07 /juillet /2009 21:15

LA TERRE EN BOUCHE

 

Version française - LA TERRE EN BOUCHE – Marco Valdo M.I. – 2009

Chanson italienne – Terra in Bocca – I Giganti – 1971


 

Toi, Lucien mon ami, porteur de lumière, toi qui es un âne et qui dans tous les pays vas partout de ton petit pas, vas partout, entends tout et vois-tout, tu dois savoir ce qu'est la Mafia et ses méfaits et bien de ses secrets. Tu pourrais donc apprécier cette chanson qui raconte une jolie, mieux une belle histoire d'amour, qui tourne à la tragédie par l'intervention de la Mafia.

 

Oh, dit Lucien l'âne, bien sûr que nous les ânes on a de grands yeux et de grandes oreilles... et que des histoires de méchantes actions de la Mafia, on en connaît des tonnes. Ce sont vraiment de mauvaises bêtes que ces mafieux et tous ceux qui les servent. Ils seraient même capables de tuer un âne ou une mule...

 

Tu ne crois pas si bien dire... mon bon ami... Dans la chanson, « ils » égorgent un mulet. C'est une chanson relativement récente, mais l'histoire elle remonte à 1936. C'est un épisode de la guerre de l'eau que la Mafia a menée pour continuer à s'assurer le contrôle et le monopole de la distribution de l'eau dans les villages de Sicile. L'eau, denrée précieuse entre toutes, denrée dont on ne peut se passer sous le soleil dément de la Sicile, fait l'objet d'un commerce et dans le village de Sorci, un homme décide de chercher l'eau dans sa propriété... Il creuse, il creuse... On tue son mulet, on brûle ses greniers, on abat ses vignes, on veut lui faire peur. On tue son fils. L'homme désespéré va venger son garçon et … faire enterrer le jeune mort de seize ans dans son terrain... Et comme dans une légende miraculeuse, comme il y en avait au Moyen-Âge, l'eau surgit du fond de la tombe. Et comme bien tu penses, cette guerre de l'eau est un épisode de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches mènent contre les pauvres... Tant cet épisode de 1936, qui est exemplaire et métaphorique du grand combat planétaire pour la maîtrise de l'eau où interviennent les États et des mafias bien plus grandes que la petite mafia sicilienne. Encore qu'en Sicile, à l'heure actuelle, la guerre de l'eau se poursuit...

 

D'ailleurs, si je me souviens bien, dit l'âne, cette chanson « Terra in Bocca » n'a-t-elle pas été interdite dès sa création par les autorités italiennes.... Aux temps de la Démocratie Chrétienne et de Giovanni Leone, lequel souviens-t-en fut l'avocat de la mafia dans le procès qu'intenta la mère de Salvatore Carnevale, lui aussi assassiné un matin au bord d'un chemin de Sicile.

 

Tu as une parfaite mémoire. Il s'agissait de protéger certains intérêts et de faire taire des voix par trop véritables et impertinentes. Interdit de radio et de télévision, le groupe I Giganti décida dès lors de se dissoudre. Il vient de resurgir.

Maintenant, sur la forme de cette chanson... Il faudrait parler de ces chansons, une sorte d'opéra, composé de plusieurs chansons... Manière de faire de la chanson un art majeur, de lui donner de l'ampleur, de lui donner les moyens d'échapper à la forme trop réduite, au costume trop petit que les marchands lui ont imposés. Les Giganti renouaient ainsi avec les aèdes de l'antiquité et les grandes chansons de geste. En cela réside aussi leur importance...

 

Somme toute, dit l'âne en clignant de l'œil, ils tissent leur part du grand linceul du vieux monde... Au fait, Marco Valdo M.I., mon ami, pourquoi as-tu traduit "quatre trous rouges au côté droit" au lieu de "quatre trous plantés dans la poitrine" ?

 

Tout simplement car le dormeur du val avait deux trous rouges au côté droit.

Enfin, dernière chose, cette chanson est toute entière traversée par un monologue, ce monologue du père :

Je pleure, je pleure, je pleure

Je sais qui je dois remercier

Et je sais ce que je dois faire

Si, je sais qui je dois remercier

Maintenant, je sais ce que je dois faire.

 

, c'est le même que celui de la mère de Carnevale, un monologue où "Le parole sono pietre", "Les Mots sont des pierres"...

 

Ainsi Parlait Marco Valdo M.I.



On t'a retrouvé étendu de tout ton long

Avec quatre trous rouges au côté droit

Ils t'ont abattu en traître

Sans même te laisser une chance

 

 

À présent, tu gis sans tes chaussures

Dans un buisson d'aubépine

Pendant que sur la mer s'en vont les barques

Qui se souviennent de toi encore enfant.

 

 

Déjà quelqu'un court sur la route

Pendant que passe la police

On emporte ton corps désormais sans vie

À ta maison encore assoupie.

 

 

Ce jour-là le village s'éveillait comme toujours, comme tous les autres jours, au carillon du matin, avec les premières femmes assises sur les escaliers de leurs maisons, avec les filets étendus à sécher, avec l'odeur du premier pain, avec les voix des paysans dans les champs et la mer au loin qui écoute et raconte.

 

 

Il y a seulement cent maisons, tout le village,

Une grande église avec son clocher,

Un bar-tabac sans prétention.

Le tout rassemblé, on dirait une cour.

 

 

Quatre rues étroites

Qui conduisent à la place

Une femme, deux femmes,

Un vieux, un enfant;

Avec leurs brocs sur a tête

Une longue procession

Descend au centre du village

Juste pour acheter l'eau.

 

 

Dans ce maudit pays

Il y a vingt ans que la Commune

A promis un aqueduc

Mais seulement promis.

La récolte meurt

Ici chez nous, il ne pleut jamais.

Nous sommes fatigués d'attendre

L'eau n'arrive jamais...

L'eau n'arrive jamais...

L'eau n'arrive jamais...

 

 

Il y a seulement un charretier

Qui à toute heure passe avec l'eau, celle à boire

Il la vend dix lires le verre

Qui n'a pas d'argent ne peut la boire.

 

 

Les patriarches de deux familles

Comme si ce fût de deux nations

S'affrontent en mille batailles

Ils sont ennemis depuis des générations.

 

 

Lundi … Fusillade au marché aux poissons

Mardi … Une maison saute à la dynamite

Mercredi... Dans la campagne, on a tué un berger

Jeudi... On a jeté du môle le camion-citerne.

Vendredi... On a trouvé une citerne empoisonnée

Puis, Samedi... Tout le village est resté sans eau

Mais dimanche, mais dimanche

Tous sur la place, à fêter le saint du jour,

Tous saluent, tout est normal.

 

 

« Don Vincenzo très cher, nous vous saluons

Nous vous baisons les mains, Don Gaetano, hommages à Madame »

Dans le pays, une explosion violente... comme à la guerre, fait crouler une maison

Mardi... arrivent les carabiniers... Pour faire un procès-verbal.

Mais dimanche, mais dimanche

Tous sur la place, à fêter le saint du jour,

Tous saluent, tout est normal.

Il ne s'est rien passé de normal.

 

 

I was in Sicily in 1936

Sun and sea like in California, wonderful!

No one washes teeth,

Just someone drink milk: terrible!”

 

 

Puis dans le village blanc de soleil

Passe en silence ton enterrement

Les gens pleurent, se lamentent les violons

Et une fille se sent mal.

 

 

Toi plein de soleil

Elle, blanche de sel

Un coucher de soleil qui mourait en mer

Ainsi est né votre amour

Toi qui le dimanche cherchait son regard

Parmi les gens à l'église

Elle qui souriait en cachette

Par crainte de la désapprobation divine.

 

 

Vous vous parliez depuis un an déjà

Vos parents étaient contents

Et les noces allaient se faire

Moi, moi, j'avais été choisi

Pour être témoin.

 

 

Toi plein de soleil

Elle, blanche de sel

Un coucher de soleil qui mourait en mer

Ainsi est né votre amour

Toi qui le dimanche cherchait son regard

Parmi les gens à l'église

Elle qui souriait en cachette

Par crainte de la désapprobation divine.

 

 

Vous vous parliez depuis un an déjà

Vos parents étaient contents

Et les noces allaient se faire

Moi, moi, j'avais été choisi

Pour être témoin.

 

 

Toi plein de soleil

Elle, blanche de sel

 

 

« Moi, j'ai le soleil au cœur et toi, tu m'illumines »

 

 

Le lamento des cloches

Se décompose en mille morceaux

Magie lente et funèbre

Au village, plus personne n'arrive à dormir

Si on parlait de ton père

Et du drame d'un pays

Où règne l'omertà

Tu t'enfermais dans le silence et tu ne parlais presque jamais.

 

 

Oui, dans ton regard innocent, il y avait seulement de l'ingénuité

Toi plein de soleil, elle blanche de sel.

Ces images sont pour moi des souvenirs

D'un amour simple, d'un amour facile

De ton amour désespéré qui ne veut pas mourir

Têtu comme un âne, violent comme un orage

Fragile comme un enfant qui a peur.

 

 

La misère porte comme un enfant

La violence en son giron

Qui pour croître devra

Dévorer tout le bien et seul laissera le mal.

 

 

Ton monde s'est arrêté

Rien ne compte plus désormais pour toi

Ta jeunesse brûlée

Et aucun événement ne vaut plus

Qu'aucun des rendez-vous

Que tu lui donnais.

 

 

Oui, dans ton regard innocent, il y avait seulement de l'ingénuité

Toi plein de soleil, elle blanche de sel.

Ces images sont pour moi des souvenirs

D'un amour simple, d'un amour facile

De ton amour désespéré qui ne veut pas mourir

Têtu comme un âne, violent comme un orage

Fragile comme un enfant qui a peur.

 

 

Toi qui le dimanche cherchait son regard

Parmi les gens à l'église

Elle qui souriait en cachette

Par crainte de la désapprobation divine.

 

 

Toi plein de soleil, elle blanche de sel.

Ces images sont pour moi des souvenirs

D'un amour simple, d'un amour facile

De ton amour désespéré qui ne veut pas mourir

De ton amour piétiné

De ton amour piétiné, blessé et tué.

 

 

Non, il n'y avait plus de mystère,

On le savait dans le pays, le monde entier le savait

Mes mains ont retourné en travaillant sous le soleil

Qui brûlait les collines

J'ai craqué chaque motte

Chaque coin de terre jusqu'au fond du fond de mon terrain

Ces mains ont creusé

Mais l'eau non, non, non, je ne l'ai jamais trouvée.

 

 

Ensuite, quelqu'un m'a conseillé

De penser à mes affaires

C'étaient des questions personnelles

J'ai répondu : « Va-t-en, je fais ce qu'il me plaît.

Cette terre, c'est chez moi. »

Alors, ils m'ont menacé.

Ils ont blessé mon orgueil.

Par amour, j'ai menti

Et en face, je leur ai crié :

« J'ai trouvé l'eau et je la donne à tous ».

 

 

J'ai trouvé dans l'étable

Mon mulet égorgé

Puis, de nuit, ils ont incendié mes greniers.

Un jour après, ils m'ont taillé les vignes.

Pour me faire peur, pour me faire peur

Non non non, pas peur, non, non, je continuerai

Pour me faire peur, pour me faire peur

Non non non, pas peur, non, non, je continuerai

 

 

Alors, ils m'ont menacé.

Ils ont blessé mon orgueil.

Par amour, j'ai menti

Et en face, je leur ai crié :

« J'ai trouvé l'eau et je la donne à tous ».

 

 

« Pourquoi ne voulez-vous pas comprendre ce que je dis ? »

« Moi, j'ai le soleil au cœur... et tu m'illumines »

 

 

On t'a retrouvé étendu de tout ton long

Avec quatre trous rouges au côté droit

Ils t'ont abattu en traître...

Quand on a trouvé ton corps

Sans chaussures et sans vie

Tes yeux noirs écarquillés dans le vide

Avaient photographié la peur

Quand on a trouvé ton corps

Sans chaussures et sans vie

Dans ta bouche

Encore béante

D'invoquer l'ultime secours

Il y avait seulement la terre et pas de souffle.

 

 

Sur ton lit de mort

Avec ton habit de fête

On t'a veillé deux jours

Tout le pays t'a rendu visite

On t'a baisé les mains

Caressé les cheveux.

On a défilé en silence

Tous sans un mot

La maison est remplie de gens

Les gens pleurent et puis, prient

Chaque prière est une rose

On t'a couvert de fleurs

 

 

Et moi, assis sur une chaise je regarde tout mais

Je n'ai pas le courage de te regarder.

 

 

Qui dois-je remercier pour ce fils mort

Pour ma douleur

Et cette douleur, pour ma douleur, pour cette douleur

Qui dois-je remercier, qui dois-je remercier

La main qui t'a tué

L'égoïsme du pouvoir

Ou mon orgueil démesuré

Le sens que je donne à l'honneur.

 

 

Je savais ne pouvoir

Lutter contre les montagnes

Mais j'étais prêt à payer

Payer, moi, en personne,

Comment pouvais-je penser

Moi qui t'ai donné la vie

De te donner la mort.

Parler ne sert à rien.

À présent ton corps a un habit

Couvert seulement de fleurs

Abandonné sur le lit

Sur ton lit de mort.

 

 

Et moi, assis sur une chaise je regarde tout mais

Je n'ai pas le courage de te regarder.

 

 

Qui dois-je remercier pour ce fils mort

Pour ma douleur

Et cette douleur, pour ma douleur, pour cette douleur

Qui dois-je remercier, qui dois-je remercier

 

 

Ta mère, la terre, en une nouvelle blessure

Couvrira ton corps comme un germe de blé

Qui mourrait dans l'hiver

Sans jamais pousser.

 

 

Non non non, ce n'est pas vrai

C'est seulement un rêve

Cette terre te détestera

Elle creusera au-dedans de toi

Elle défigurera ton visage

Mais que restera-t-il de...

 

 

Ta mère, la terre, te plantera dans le cœur

Des racines de rose pour te redonner vie

Chaque année au printemps

Quand reviendra le soleil.

 

 

Non non non, ce n'est pas vrai

C'est seulement poésie

Cette terre te détestera

Elle creusera au-dedans de toi

Elle défigurera ton visage

Mais que restera-t-il, que restera-t-il de...

 

 

Seul restera, seulement mon remords

Comme une ombre non non non, ne me laissera pas

Il hurlera de nuit

De nuit dans le silence

Non non, il ne me détruira pas, il ne me détruira pas

 

 

Je pleure, je pleure, je pleure

Je sais qui je dois remercier

Et je sais ce que je dois faire

Si, je sais qui je dois remercier

Maintenant, je sais ce que je dois faire.

 

 

Lui certainement sait qui c'était

Et l'attend déjà au croisement

Et quand il passe

Le long du fossé

Il tire dans sa face

Et ainsi ce fut...

 

 

« Aujourd'hui 18 août 1936, dans le hameau de Sorci a été retrouvé mort abattu...

19 août 1936, à la hauteur des terrasses du Buonconvento a été trouvé mort abattu...

20 août 1936, en présence de trois gardes, et moi, s'est constitué Calogero Sonnino, se déclarant

l'assassin

de l'homme trouvé aux terrasses du Buonconvento, et père du garçon trouvé assassiné dans le hameau de Sorci...

22 août 1936, par mon entremise Sonnino fait savoir à sa famille de vouloir que son fils soit enterré dans son terrain,

25 août 1936, en présence du médecin légiste, du curé, du fossoyeur, de sept conjoints et moi,

on

procède à l'inhumation, durant le creusement, à l'improviste, de la terre... »

 

 

« Calogero Sonnino avait raison, il avait perdu un fils, mais il avait trouvé l'eau.

Si, mais si ton père avait raison, toi... »

Moi, j'ai le soleil au cœur... Moi j'ai le soleil et tu m'illumines

Moi, j'ai le soleil au cœur... Moi j'ai le soleil et tu m'illumines

 

 

On t'a retrouvé étendu de tout ton long

Avec quatre trous rouges au côté droit

Ils t'ont abattu en traître

Sans même te laisser une chance

À présent, tu gis sans tes chaussures

Dans un buisson d'aubépine

Pendant que sur la mer s'en vont les barques

Qui se souviennent de toi encore enfant.

 

 

Déjà quelqu'un court sur la route

Pendant que passe la police

On emporte ton corps désormais sans vie

À ta maison encore assoupie.

Déjà quelqu'un court sur la route

Pendant que passe la police

On emporte ton corps désormais sans vie

À ta maison encore assoupie.

 

 

Quand tes parents te voient

Pleurs et lamentations s'élèvent subitement

Se lève ton père avec son fusil

Et tout haletant court faire vengeance

 

 

Lui certainement sait qui c'était

Et l'attend déjà au croisement

Et quand il passe

Le long du fossé

Il tire dans sa face

Et ainsi ce fut...

 

 

Puis dans le pays blanc de soleil

Avance en silence ton enterrement

Les gens pleurent, se lamentent les violons

Et une fille se sent mal.

 

 

Dans la terre, ils t'ont descendu

Devant la mer, ton premier amour

Ne peut plus rien faire de ton passé

Pour toi, les heures ne passent plus

Dans la terre, ils t'ont descendu

Devant la mer, ton premier amour

Ne peut plus rien faire de ton passé

Pour toi, les heures ne passent plus.

 

 

Combien d'espérances, combien d'illusions

T'étais-tu faites sur cette terre

Qu'ils ont abattues sans raison

Comme on abat un soldat à la guerre

On t'a retrouvé étendu de tout ton long

Avec quatre trous rouges au côté droit

Tu te croyais quasi immortel

Tu as seize ans, mais tu es mort quand même.

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Published by Marco Valdo M.I.
22 juillet 2009 3 22 /07 /juillet /2009 21:52

LE COLONEL

Version française – LE COLONEL – Marco Valdo M.I. – 2009

Chanson italienne – Il Colonnello – Lucio Dalla – 1971

 

Des colonels, il y en eut beaucoup – dans le genre. Quelques années avant la chanson de Lucio Dalla, les Grecs venaient d'en prendre une belle brochette. Tous colonels, tous fascistes. Mais outre le colonel, on eut droit à des lieutenants, des capitaines, des généraux et même, un maréchal.

Quant à l'homme providentiel, on le collectionne aussi. On relève ainsi à s'en tenir à l'Europe, dite occidentale : un peintre raté (D), une mâchoire prognathe (I), un général félon (Esp), un économiste distingué (P), des colonels (GR), un homme d'affaires (en ce compris, love affairs) (I), un avocat mal élevé (F), un Maréchal gâteux (F)...

 

Oh, oh, dit Lucien l'âne, c'est pas chez nous les ânes qu'on trouverait de si étonnantes figures. Mais, dis-moi, il y en a donc des pareils dans bien des pays...

 

Certes, Lucien mon ami l'âne, mais tu connais bien des histoires et tu en sais sans doute autant que nous tous réunis... Il y a toujours des gens d'ordre, de discipline qui entendent se faire entendre et qui se lancent dans des discours incendiaires ( qui parfois aboutissent à de vrais incendies ) où il est question de nettoyage ( le plus moderne parle de nettoyer au Karcher – cet homme est un fana de télé et très ami des publicitaires)...

 

Mais en somme, dit Lucien l'âne à l'œil vif comme l'éclair, il faut vivre avec son temps...

 

Je disais où il est question de nettoyage, de travail, de famille, de patrie, d'honneur, de grandeur et de tas d'autres choses du genre. Mais là aussi, tu en as déjà entendu de toutes les sortes toi aussi...

de ces stupidités...

 

Ainsi Parlait Marco Valdo M.I.

 

 

 

Un gentilhomme d'un certain âge, monocle et frac

Qui doit vivre là

En colère dit comme çà...

Les clochards couchés sur la rue,

Les nègres, la mafia et la drogue.

Ah, de mon temps

Il n'y avait pas tout çà.

Les coupables, je les connais :

Les défaitistes, les communistes et les pédérastes.



Bonnes gens d'âge,

Aujourd'hui, la racaille

Se fait toujours plus canaille !

Mais finalement viendra

Celui qui remettra

Le pays droit.

La barque sera nettoyée

Des grèves et de la “dolce vita”.

Ah, je serai avec lui,

Ce jour-là, tu sais.

La liste, je l'ai :

Les défaitistes, les communistes et les pédérastes.

 

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22 juillet 2009 3 22 /07 /juillet /2009 20:56

L'Enchanteur Masqué

Canzone léviane – L'Enchanteur Masqué– Marco Valdo M.I. – 2009

Cycle du Cahier ligné – 33



L'Enchanteur Masqué est la trente-troisième chanson du Cycle du Cahier ligné, constitué d'éléments tirés du Quaderno a Cancelli de Carlo Levi.

Après Perceval, voici à nouveau un personnage arthurien. Le très estimable Merlin qui par sa magie, par sa science, par son savoir méritait sans conteste son titre d'enchanteur. La magie de Merlin se déployait au service de bonne cause et se dressait contre le mal et le mensonge. Qu'on se réfère aux souvenirs d'enfance et Merlin bondit, chevelure et barbe blanches au vent, car Merlin avait, malgré son grand âge et pour revendiquer son grand âge avec fierté, une abondante chevelure, un beau visage ridé, une blancheur qui exprimait sa grande sagesse. Merlin était porteur d'une certaine moralité, d'une certaine honnêteté. Merlin était porteur de lumière et de science; Merlin, si l'on en croit la légende, était bénéfique.

Mais quelle déception avec l'Enchanteur Masqué de notre canzone qui ne supporte pas la lumière, qui déteste le sommeil, disons pour simplifier, « naturel », qui s'impose par force dans les maisons, qui doit avoir comme devise « larvatus prodeo » - « J'avance masqué », mais pas au sens où devait l'entendre René Descartes. Œil de velours et mirage d'argent, exploits d'amour, l'enchanteur – pantin maquillé d'émotions n'aime paraître qu'à la télévision et il déteste qu'on lui mette bas le masque.

Canzone à clé sans doute, dit Lucien l'âne aux oreilles de velours, comme « Le Petit chaperon rouge et le Loup de Rome ».

En effet, mais, souviens-toi, mon ami Lucien l'âne subtil, que souvent une clé ouvre bien des portes ou autrement dit, comme dit Camilleri, quand on parle de chez soi – il dit çà à propos de Vigata, on atteint au général. Notre enchanteur est proprement archétypal. On en trouve le portrait presque à l'identique – à des détails particuliers près - tout au travers de l'histoire. Et puis, somme toute, c'est là une canzone, il ne faut quand même pas trop lui en demander.


Ainsi Parlait Marco Valdo M.I.


L'enchanteur ne tolère pas un lumignon,

Pas une lampe à huile, pas une chandelle,

Ce séducteur n'accepte que la télévision.

Il ne supporte pas la lumière du ciel.

Il la calomnie et l'ostracise.

Cet endormeur déteste le sommeil

Qui vient quand la fatigue se précise

Et que tranquille se retire le soleil

Au moment où le jour s'enfuit,

Et où le soir se fait nuit

et emporte doucement

La femme, l'homme et l'enfant.

Pantin maquillé d'émotions

Il installe ses marionnettes kaléidoscopiques

En un tournemain magique

Dans la lueur glauque des maisons

Comme en une satrapie médiévale,

Qui n'est que le monde déjà mort

Blanc, bleu céleste et or,

Où il règne comme un boss en cavale,

Le thaumaturge mirifique

Enserre tout le pays dans un songe maléfique.

Où son œil de velours

Ses mirages d'argent

Et ses exploits d'amour

Entraînent les bonnes gens

Dans un univers hypnotique

Plus vide que la nuit préhistorique.

L'enchanteur déteste le rire ancestral

Qui démasque ses pirouettes de carnaval

Et ses tours de magie,

Et ses crises d'hystérie.



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21 juillet 2009 2 21 /07 /juillet /2009 21:12

...ET NE PLUS PARTIR

 

Version française – ...ET NE PLUS PARTIR – Marco Valdo M.I. – 2009

Chanson italienne – … E non andar più via – Luccio Dalla – 1977

 

 

1977. Bologne. Cette chanson, à sa manière, en parle. Elle est fille de ce temps. .. « les émotions qu'elle suscite sont uniques. Chaque image décrite est une référence concrète à mille discussions et à mille réflexions »...

 

 

J'ai laissé mes pantalons dans une cour

J'ai aussi perdu une main dans une impasse

C'était par un après-midi d'avril

À force de la regarder, mes yeux ont été emportés par une grosse dame

Mes lèvres, je les ai laissées toutes les deux sur une autre bouche

Ou une fontaine, à laquelle on ne touche pas quand on est prudent.

Mais ça me brûle comme un vieux pétard...

Ou tu meurs, ou je meurs

À compter d'aujourd'hui, Rome aura un autre Dieu

Moi, je m'en vais

Moi, je m'en vas...


Où fermant les yeux, on entend les chiens aboyer,

Où quand on ouvre les oreilles ni la rage ni l'épouvante ne les ferment

Mais on pense juste en suivant le vol des oiseaux et leur rythme lent.

Où on peut trouver un Dieu dans les mains d'un homme qui travaille,

Où on peut renoncer à une joie pour une tendresse subtile

Où on peut naître et mourir avec l'odeur de la neige

Où on paye le prix juste pour manger, boire et faire l'amour.

Où, tudieu, la journée est encore faite de vingt-quatre heures

Et tu peux tuer ton passé avec le dieu qui l'a créé

En regardant avec dureté son visage.

Avec la force du poing fermé et d'un sourire

Et courir vers les autres pour rencontrer ton futur.

Qui aujourd'hui est juste le tien

Et ne plus partir

Et ne plus partir

Et ne plus...

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