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30 septembre 2009 3 30 /09 /septembre /2009 22:35

Les Crêtes de Lucanie

 

Canzone léviane – Les Crêtes de Lucanie – Marco Valdo M.I. – 2009

Cycle du Cahier ligné – 54

 

 

Les Crêtes de Lucanie est la cinquante-quatrième chanson du Cycle du Cahier ligné, constitué d'éléments tirés du Quaderno a Cancelli de Carlo Levi.

Crois-moi, Lucien l'âne mon grand ami, ce doit être oppressant d'être ainsi enfermé, toujours derrière un mur, une porte, des barreaux, avec cette impression constante d'être surveillé, épié, regardé, écouté... Cela doit ravager l'esprit le plus détendu, le plus serein.

 

Nous les ânes, dit Lucien en secouant sa longue tête de haut en bas en signe d'approbation, nous connaissons bien ces sensations car nous avons une longue tradition d'asservissement et de malséance des humains à notre égard. En somme, nous sommes des bêtes de somme, autrement dit des sortes d'esclaves qu'on enferme ou qu'on bat, ou les deux à la fois comme on veut. Disons comme d'immenses idiots humains veulent. Donc, je comprends parfaitement ce que doit ressentir notre ami le guerrier-blessé-prisonnier. Vois-tu, Marco Valdo M.I. mon ami, quand en plus la chose se prolonge, il y a comme une sorte de sécheresse sociale et affective qui apparaît et une sorte de mécanisme d'autodéfense s'installe, notamment au travers du rêve, du songe, de la méditation... On en a déjà parlé de ce retour dans un monde interne, inaccessible de l'extérieur, un monde lové au plus profond de l'intimité de l'être... Mais si celui-là vient à se tarir, à s'étioler... Il y a des moments de grand désespoir qui surgissent d'un coup sans qu'on sache trop pourquoi, ni comment.

 

Tu en sais bien des choses, Lucien l'âne sage, mais il faut bien considérer que tu es porteur d'une sagesse millénaire et d'une expérience du même calibre. D'ailleurs, n'es-tu pas toi-même prisonnier de ton apparence …? Tu as dû en connaître des moments de ce désespoir infini auquel on ne sait trop quoi opposer, tu as dû en voir des crêtes de Lucanie écrasées sous le soleil.

 

Oui, dit l'âne Lucien d'une voix grave, on ne voit plus qu'elles sous le soleil blanc jusqu'au moment où le soleil devient noir comme un ciel de fer et de suie.

Mais, mon ami l'âne si curieux, je voudrais te rassurer car je te vois effaré. Ces instants, ces moments, ces temps de désespérance – pour la plupart – ne durent pas. Ils sont comme des pauses que le lutteur s'accorde avant de repartir au combat et c'est dans ces moments que surgit un indispensable oubli... Les choses semblent disparaître, tout s'éloigne, l'être lui-même s'endort ou s'enfonce dans ce désert intérieur... Telles sont les crêtes de Lucanie.

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

Maintenant, en rêve,

Ensorcelé, diabolisé,

Reparaît, en rêve,

Le mur qui me tient enfermé.

Dans ce monde irréel de réalité

La droite et la gauche, réflexes mécaniques

Le dessus et le dessous, et l'encor plus rare oblique,

Et l'Ouest et l'Est, et la nuit et le jour,

Et la rose, la rose impossible, la Rose des Vents.

Tout va se dissipant

Et se perd, et s'éloigne toujours.

Le château, la tonnelle-toile d'araignée et le guerrier,

Le Christ, les sauterelles, la poussière, les briques,

La Diatto et le Mont des Capucins

La montagne neigeuse et la statue d'Amérique

Tout se dissout et disparaît dans un lointain.

Mon histoire est donc finie ? Ma vie ?

Encore plus aride, s'il est possible, que l'aridité

Qu'un champ sec, une terre désunie

Crevassée par la brûlure torride d'un seul été,

Asséchée à craquer sous un soleil rayonnant,

Qui emplit tout le ciel d'une lumière violente et de vent.

La campagne sans une herbe est un fond de lac desséché;

L'argile a la couleur transparente de l'eau.

Comme les rayons d'un ancien tableau,

Les crevasses de la calanque irradient de chaque côté,

Ainsi étaient les crêtes de Lucanie, l'été.

Encore plus arides, s'il est possible, que l'aridité

Qu'un champ sec, une terre désunie

Crevassée par la brûlure torride d'un seul été,

L'histoire est donc finie ? La vie ?

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30 septembre 2009 3 30 /09 /septembre /2009 20:37

LE SOLEIL DE JUILLET

 

 

Version française – LE SOLEIL DE JUILLET – Marco Valdo M.I. – 2009

Chanson italienne – Il sole di luglio – Gianluca Ricciato

 

 

 

« Il Sole di luglio » - LE SOLEIL DE JUILLET est une chanson qui se rapporte aux fameux faits du G8 de 2001, qui sont relatés d'un point de vue totalement intérieur. Celui qui parle est l'esprit d'un garçon qui se trouve en ces jours dans les rues de Gênes, un esprit qui se dédouble, se dissocie par nécessité et commence à voir au travers de fragments ce qui arrive à sa personne et à d'autres autour, connues ou inconnues. De ces fragments, il commence à reconstruire ce qui se passe dans le monde et durant le temps où il a vécu. Et justement cette compréhension sera le motif pour continuer, malgré les casques, les matraques, la folie et les mascarades de la police.

 

 

Aux casques et aux matraques étranges

Aux gaz interdits par les conventions

Aux yeux surexcités par la coca

À d'autres formes étranges

Je n'ai rien compris...
Aux soldats pêchés sur ma terre

Aux lieutenants repêchés d'une sale guerre

À leurs yeux que

Nous ne verrons jamais...

Regarder en face

Et expliquer

Quelles formes étranges

Sait prendre le pouvoir.

Dans les phrases vomies

Par dessus tout à celui qui

N'a rien à voir

Aux poings tirés

contre un écran

Avec tant de rage

Que je n'arrive pas à calmer...

Avec mes dents qui mordent

Ma main qui tremble

Avec mes nerfs qui sautent

Et moi qui m'effondre avec eux...

Sentir dans son corps

Et ne pas réussir à calmer

Ce monstre étrange

Qu'a inventé le pouvoir.

Mais dans mes souvenirs

Il y a un jour de soleil

Et la mer azur

Qui reflète la vie...

Mais dans mes souvenirs

Il y a toute une vie

Passée à rêver

Le chant triste de cette mer...

 

« La nuit resplendit dans tes yeux

De toute une vie

Passée à regarder

Les étoiles loin de la mer

Et l'époque est mienne et tienne

Et celle des aieuls des aieuls... »

Avec tes paroles

Avec ta splendide chaleur

Avec ta grande puissance

Qui m'a tant donné

Et même si nous avons fait

des choses que je n'ai pas comprises...

Avec nos mains levées

Avec nos jambes nues

Avec nos corps heureux

De ce qu'il y avait ce jour...

De ce jour la mascarade

Qu'on avait en face

S'est dissoute comme la glace

Sous le soleil de juillet.

 

 

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30 septembre 2009 3 30 /09 /septembre /2009 20:35

GRAND ESPRIT

Version française – GRAND ESPRIT – Marco Valdo M.I. – 2009

Chanson italienne – Grande Spirito – Piero Pelù – 2009



Le CD est une collection de dix morceaux musicaux interprétés par dix artistes différents sur des événements dramatiques marquants de l'histoire du dix-neuvième et du vingtième siècles, en partant du génocide des Indiens d'Amérique jusqu'à arriver à la tragédie de l'immigration des peuples africains.

Au CD musical est joint un livre dans lequel chaque écrit sous forme de poésie, récit ou essai est relié à un des morceaux musicaux.


La nuit a posé ses grandes mains

Sur la vallée

Entre les grandes roches

La neige descend lentement.


Dort le village, dorment les chevaux,

Dorment les hommes après la longue chasse,

Ils dorment sur le corps chaud des femmes

Dorment les bambins à côté des chiens

Dorment les anciens et les chamans.

L'été reviendra sur ces montagnes.


Chassent les loups, glissent les serpents

Longue est la nuit peuplée de lamentations,

La lune immense monte à l'orient.

La neige tombe sur le village et sur les tentes.

Dorment les anciens et les chamans.

Le printemps arrivera avec ses bisons,

L'été reviendra sur ces montagnes,

L'automne changera toutes les couleurs.

 

Et puis de nouveau le ciel de l'enfer

Tout cela

Dans l'éternité.


Mais cette nuit, Corbeau Rouge a fait un rêve,

Des hommes blancs descendaient du ciel

Sur des chevaux noirs

Avec la bouche en feu

Et la neige fondait sous le sang.

Cette nuit, Corbeau Rouge a fait un songe,

Grand Esprit protège mes gens

Corbeau Rouge a fait un songe,

Grand Esprit protège mon cerveau.

 

En avant cavaliers pas de prisonniers, n'épargnez personne

Tuez-les un à un, jeunes et vieux, ils sont tous pareils,

Femmes et enfants et tous les animaux.

Je veux les entendre grogner comme des chiens

Je veux les voir nager dans le sang

Je veux les voir danser dans les flammes.

 

Aucune pitié, nous nous sommes la civilisation

Aucune pitié nous nous sommes...

La liberté !


Chassent les loups, glissent les serpents

Longue est la nuit peuplée de lamentations,

La lune blanche descend lentement.

La neige tombe sur le village et sur les tentes.

 

 

Le printemps arrivera avec ses bisons,

L'été reviendra sur ces montagnes,

L'automne changera toutes les couleurs.
Et puis de nouveau le ciel de l'enfer

Tout cela

Dans l'éternité.

 

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27 septembre 2009 7 27 /09 /septembre /2009 21:42

FOU ET LÂCHE

Version française – FOU ET LÂCHE – Marco Valdo M.I. – 2009

Chanson italienne – Matto e Vigliacco – Gino Paoli - 1991





Je suis seulement un fou

Et un fou ne comprend pas

Les ordres qui ont besoin

De brillantes explications

Quand on commande de tirer

Je suis fou à lier

Et je suis lié à d'autres gens

Qui n'ont pas vos raisons

Des gens aussi un peu lâches

Des gens qui n'ont pas le courage

Le courage d'assassiner

Quelqu'un qui ignore pourquoi on le tue.

Le courage, c'est pas pour moi;

Le courage, c'est pour vous

Vous vous avez vos raisons

Et de l'encre à gaspiller.

Moi, par contre, je suis avec

Ceux qui ne peuvent comprendre

Qui ne peuvent expliquer

Qui ne veulent pas mourir.
Et l'idée pour laquelle on meurt

N'est plus celle d'hier

Et l'idée pour laquelle on meurt

Sera déjà vieille demain.

Mais vous, par ailleurs, téméraires

Chez vous, vous entassez les raisons,

Vous trouvez des justifications

Que nous autres fous

Nous ne comprendrons jamais.

Mais ceux qui meurent à la guerre

Sont seulement des gens comme moi.

Dans tous les camps,

Il y a des gens qui ne savent pas

Et vous qui en savez long

Sur toutes les choses de la vie

Comme un arbitre sur le banc

Vous, vous ne jouez pas la partie

Et vous, vous décidez.
Moi, je suis un lâche

Un qui n'a pas de courage,

Le courage d'assassiner,

Quelqu'un qui ne sait pas pourquoi je le tue.

Je suis fou comme un chat

Fou comme un animal

Qui ne sait pas ce qu'est le bien

Qui ne sait pas ce qu'est le mal

Mais qui tue pour manger

Et l'idée pour laquelle on meurt

Sera déjà vieille demain.

Et vous qui en savez long

sur toutes les choses de la vie

Comme un arbitre sur le banc

Vous, vous ne jouez pas la partie

Et vous décidez.

Moi, je suis un lâche

Un qui n'a pas de courage,

Le courage d'assassiner,

Quelqu'un qui ne sait pas pourquoi je le tue.

Je suis fou comme un chat

Fou comme un animal

Qui ne sait pas ce qu'est le bien

Qui ne sait pas ce qu'est le mal

Mais qui tue pour manger

Et j'espère que vous mangez des gens

Qui le savent parfaitement

Des gens faits exactement comme vous.

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Published by Marco Valdo M.I.
27 septembre 2009 7 27 /09 /septembre /2009 21:39

ELLE N'EST PAS ENCORE FINIE

Version française - ELLE N'EST PAS ENCORE FINIE – Marco Valdo M.I. – 2009

Chanson italienne – Non è ancora finita – Tuttigiùperterra – 2008




Souvenirs des jours

Le passé d'un soldat.

Quatre pas en avant

Quatre pas en arrière

Quatre pas par quatre

Si tu dis “amour”

 

J'ai voyagé

J'ai cherché

J'ai cru

Avoir trouvé

 

J'ai perdu

Ma maison un métier

Un continent

Je n'ai rien perdu

J'ai visé

J'ai tiré

J'ai cru

Avoir touché

J'ai manqué

L'ennemi une idée

L'amour

Je n'ai pas manqué la douleur.

 

J'ai combattu

J'ai enterré

J'ai cru

Tout est vain.

 

Il est resté

Le sang le néant

La rancœur

N'est pas resté l'honneur.

J'ai vécu

J'ai gardé en mémoire

J'ai cru

Avoir haï


J'ai oublié

La foi l'horreur

Ma vie

Et elle n'est pas encore finie

Et ce n'est pas encore fini...

 

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27 septembre 2009 7 27 /09 /septembre /2009 21:37

L'enterrement d'Alberto

 

Canzone léviane – L'enterrement d'Alberto – Marco Valdo M.I. – 2009

Cycle du Cahier ligné – 53

 



L'enterrement d'Alberto est la cinquante-troisième chanson du Cycle du Cahier ligné, constitué d'éléments tirés du Quaderno a Cancelli de Carlo Levi.







Quand seul dans la nuit de la prison sans lune, le blessé-prisonnier-guerrier retrace sur le mur de son isolement le film de sa vie, il recrée ses souvenirs pour s'affirmer à lui-même qu'il a vécu et qu'il vit encore. C'est un acte de résistance à la lente destruction de l'être qu'il subit, c'est une mesure d'hygiène mentale salvatrice. C'est un artifice de recréation d'un univers hors d'atteinte de ceux qui le persécutent. On peut briser toutes les intimités, sauf celle de ce monde-là. Il est hors du monde; c'est ainsi, mon ami Lucien l'âne au grand cœur, qu'il faut comprendre cette obstination à créer des canzones.





Je vois, je vois, dit Lucien l'âne en ouvrant ses yeux énormes sur son front hirsute et noir. Je vois, je vois et je comprends. Nous aussi, les ânes, on nous condamne souvent à l'isolement. Souvent aussi, on nous empêche d'aller à notre gré, on nous force à travailler et on nous enferme. Cela dit, Marco Valdo M.I., mon ami très cher, mon frère, je me demande si toute cette histoire de canzones , le guerrier blessé et prisonnier, si toi-même en quelque sorte aussi, vous n'êtes pas des créations des rêves de l'âne que je suis.





En effet, tu dois avoir raison, du moins pour l'idée générale... mon bon ami Lucien, à ceci près que j'ai la nette impression que c'est moi, Marco Valdo M.I. qui médite, qui songe et qui rêve et que toi et le guerrier afghan, vous êtes des personnages dans ce chant qui me hante.





À moins que..., dit Lucien l'âne en frissonnant de toute sa peau, que ce ne soit encore autre chose. Par exemple, que toi et moi, nous soyons les personnages par lesquels le guerrier-prisonnier... se raconte. Cependant, je ne me souviens pas d'avoir bu de l'essence de fenouil à l'eau plate, même si je suis passé à Altamira et à Lascaux, il y a bien temps, je le confesse. Et je suis censé manger des roses et pas des fleurs bleues.



Je te l'accorde volontiers et personnellement, je ne vis pas sur une péniche en bord de Seine. Cela dit, peu importe, Lucien l'âne mon ami, ce qui compte ici, c'est la canzone d'aujourd'hui. Elle raconte un enterrement auquel assiste le prisonnier-blessé-guerrier. C'est un retour sur la vie passée du ... – disons pour simplifier – rêveur. Au temps où il était en émigration, en exil... Il revoit l'enterrement d'Alberto, un ami émigré. As-tu, Lucien mon ami l'âne, déjà pensé que c'est presque une règle générale que l'émigré meurt en émigration et que la plupart du temps, il est enterré en émigration. Bref, il est émigré au-delà de la vie.





Bien sûr, dit Lucien l'âne, d'autant plus que je suis moi-même un âne émigré... Note que pour ce qui est de mourir, j'y vais lentement.





Et tu as parfaitement raison d'y aller ainsi. Une dernière remarque à propos de la canzone : on aperçoit par delà l'événement lui-même, en toile de fond, comme un écho de la guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres... Cette petite foule solidaire qui vient accompagner Alberto est composée de camarades et s'affirme par ses drapeaux rouges qui eux aussi ont émigré.





Ainsi Parlait Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.



Bavière, Rhénanie, Ruhr

Dans une ville d'Allemagne,

Bavière, Rhénanie, Ruhr

On croirait Turin, mais en Allemagne

Le nom de la ville n'est pas cité

Une rue tortueuse dans un quartier ouvrier.

Ce sont les funérailles d'Alberto.

Alberto n'est pas le médecin de la prison de Regina Coeli.

Ou un docteur du Corso Valentino,

C'est un ouvrier émigré.

Devant la porte de son logis,

Dans la brume vague d'un jour voilé.

Des hommes, silencieux, vêtus de gris

Attendent le cercueil au sortir de la nuit.

En ce matin de vapeurs allemandes,

Camarades et drapeaux

Arrivent par bandes

Pour rendre hommage à Alberto.

On a veillé tard, entre amis.

Un problème m'a tourmenté

Pour la barbe, ici en Allemagne, il faut un barbier.

Mais où trouver un barbier, de nuit ?

On est là tous debout.

Dans cette rue tortueuse d'un quartier ouvrier

Au milieu des drapeaux rouges émigrés.

Le soleil matinal peu à peu dissout

Le brouillard bleu et blanc

Et cette foule d'émigrants

Malgré sa fatigue, malgré sa misère

Se réconforte, frémit et se serre.

Dans la mer des ombres qui dansent

Comme au printemps un papillon cadence

Des yeux peints sur ses ailes

Une myriade de couleurs et d'étincelles.

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27 septembre 2009 7 27 /09 /septembre /2009 21:36

A Cancelli

 

Canzone léviane – A Cancelli – Marco Valdo M.I. – 2009

Cycle du Cahier ligné – 52

 

A Cancelli est la cinquante-deuxième chanson du Cycle du Cahier ligné, constitué d'éléments tirés du Quaderno a Cancelli de Carlo Levi.

 

La condition de prisonnier – guerrier – blessé – malade est très difficile. On le devine bien. Et les prisonniers sont encore plus nombreux en temps et lieux de guerre ouverte, dit Marco Valdo M.I., un peu pensif.

Que veux-tu dire avec guerre ouverte ?, demande l'âne Lucien en ouvrant des yeux comme des cratères de volcans.

 

Je dis guerre ouverte par rapport à la Guerre de Cent Mille Ans, tu sais bien, celle que les riches mènent contre les pauvres afin de protéger, de maintenir et d'accroître leurs privilèges qui sont le résultat de l'exploitation des humains. Comme tu le sais, si tu m'as écouté, la guerre se déroule sous des formes diverses. Le camp des riches dispose du pouvoir, des armes, de tous les moyens pour mener à terme son entreprise de rapine et d'exploitation du reste des hommes. Tant que les pauvres ne protestent pas trop, tant qu'ils ne passent pas à des actions d'autodéfense, bref, tant qu'ils subissent la domination et l'exploitation sans réagir... Tout se passe calmement... La guerre se poursuit un peu comme dans un pays occupé qui se serait (provisoirement) résigné. Les armes et les forces de l' (leur) ordre restent dans leur coin. Mais la guerre continue... Parfois, des luttes d'influence entre riches eux-mêmes - car vois-tu Lucien mon ami, les riches se dévorent entre eux; parfois, ce sont les pauvres qui s'insurgent... C'est alors que les armes et les armées sortent de leurs tanières et on passe à la guerre ouverte. On tire, on tue, on assassine; on invente son bon droit... On argutie à qui mieux mieux. Dans les faits, sur le terrain, massacres et tortures en tous genres sont le menu quotidien de la guerre ouverte.

 

C'est assez brutal, en effet, dit Lucien l'âne.

 

Donc, je disais que dans la guerre ou dans les guerres ouvertes, outre les morts, les disparus, il y a les blessés et les prisonniers en très grand nombre... On les compte par millions et pour eux, la seule issue honorable possible (à part le suicide), c'est de tenir, tenir et encore tenir. Ora e sempre : Resistenza !, s'applique là aussi. De tenir jusqu'à une éventuelle libération pour cause de trêve. Et pour en revenir à la canzone, notre prisonnier-blessé-guerrier poursuit son voyage onirique et mêle souvenirs d'une autre guerre (celle de son père) et ce qui s'ensuivit (le grand exode final des prisonniers sur les routes d'Europe) et réflexions sur sa condition présente : «  Dans cet univers "a cancelli" ». Souviens-toi, Lucien mon ami, que Carlo Levi était d'abord un peintre... D'où la strophe finale :

 

« Forme discrète de la torture :

Le peintre en prison est interdit de peinture

La réalité est prisonnière de ces murs gris

Où le pinceau assoiffé de couleurs périt. »

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 

Mon père était très clandestin

On ne sait pas comment ils l'ont eu lui aussi

Mon père, mon oncle, tout aussi bien

Et son voisin et ses amis, ainsi de suite à l'infini.

"Toi aussi, tu es des nôtres, toi aussi …"

Malgré tout, malgré le désespoir, malgré les maladies;

Finalement, ils sont sortis au soleil, libérés

Comme des escargots après la pluie.

Et ils se sont précipités sur les routes par milliers.

Avec un seul œil, d'un œil chinois

Ils ont regardé un monde plat

Ils ont regardé les choses

Une rose est une rose et pique, pique la rose

Avec un seul œil, médiéval

Ancien, cyclopéen, byzantin,

On vit à présent sur ce monde ovale

Sur la terre européenne avec ses confins

Ses mers et l'Océan autour.

Au-delà du plan et de la sphère

Le poète mendiant aveugle erre

Et conte des histoires d'amour.

Entre les barreaux des fenêtres de la prison,

Dans cet univers "a cancelli", on énonce énigmes et questions.

On chante pour passer le temps jusqu'à l'éveil

Quand l'esprit plus obscur encor

Roule de vagues pensées de mort

Qui effacent les écholalies du sommeil.

Forme discrète de la torture :

Le peintre en prison est interdit de peinture

La réalité est prisonnière de ces murs gris

Où le pinceau assoiffé de couleurs périt.

 

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19 septembre 2009 6 19 /09 /septembre /2009 18:22

VAZY T'MÈME...

Version française – VAZY T'MÈME... - Marco Valdo M.I. – 2009

Chanson italienne – Perché non ci vai tu – Del Sangre – 2004





Si l'on était à cheval sur la traduction littérale, j'aurais dû traduire le titre de la chanson de Del Sangre par : « Pourquoi tu n'y vas pas toi... » Mais, tu sais, Lucien mon ami l'âne aux mœurs tranquilles, chez nous, on lui dirait « Vazy t'mème... » (Vas-y toi-même...)... C'est assez direct et net; c'est même impératif. Vian disait presque pareil dans Le Déserteur quand il chantait : « S'il faut donner son sang, allez donner le vôtre... »

 

Je pense, dit Lucien en souriant de son piano dentaire, que c'est une bonne réponse à la question. D'ailleurs, les capitaines vraiment courageux s'en vont à la boucherie les premiers, devant leurs soldats. Il y en a eus, mais c'est pas la règle.

 

Oui, oui, Lucien, mais là, ces histoires de capitaines courageux, à part de rares exceptions, je crois bien que c'est une légende... On dit que Bonaparte au Pont d'Arcole... et encore, c'est un autre qui s'est pris les balles... De plus, cela se saurait... Moi, je vois bien les armées partir au combat avec en premier rang le Président ou le Roi, ou l'Empereur, ou le Conducator, ou le Guide suprême, ou le Duce, ou le Führer, le grand Rex, ou le Grand Timonier ou à défaut, le Premier Ministre, surtout quand il se prend pour un caïd, avec son Ego, suivi de tout son gouvernement, et de ses généraux, puis des autres affidés en ordre décroissant d'importance dans le Bottin mondain ou dans les listes du protocole. Et en queue, tout à la fin, à l'endroit où ne meurt pas, on trouverait les soldats, les paysans, les ouvriers, les femmes, les enfants, les vieillards, les petits, les sans grade.... Ils viendraient constater le résultat final, feraient une petite fête, rentreraient chez eux et si quelqu'un tient encore à faire la guerre, ils l'éliraient séance tenante et par acclamations Premier Ministre, à charge pour lui d'aller de faire assassiner par un de ses homologues dans les meilleurs délais... et la fête recommencerait, et ainsi de suite jusqu'à l'épuisement définitif de tous les candidats au pouvoir.

 

C'est la logique rationnelle et héroïque elle-même. C'est aussi elle qui l'impose. Et puis, une certaine cohérence entre les idées et les actes. Mais pour bien marquer pareille disposition courageuse, hyperhéroïque, il serait bien que ces immenses personnages se présentent dans leurs meilleurs atours, comme les chefs indiens d'Amérique : nus et peinturlurés et surmontés de plumes multicolores.

 

Quelle prestance, ils auraient... Autre chose que le costard-cravate..., dit Marco Valdo M.I. en rigolant. Ils pourraient montrer leurs pectoraux, leur hochet et tout et tout. Ce serait assez drôle, en effet. Et c'est ainsi que finirait ce vieux monde guerrier, puant et cacochyme.

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 

 

Vazy t'mème ti, aux nobles idéaux,

Te faire massacrer pour le bien des multinationales

Vazy t'mème ti et lève ton cul de ta chaise

Et regarde en face cette terreur que tu répands en bon père de famille

Vazy t'mème ti , mais tu ne te bouges même pas

Le sacrifice suprême, c'est pour d'autres

Et cela tu le sais.

Vazy t'mème ti dire « Haut les mains »

C'est facile de parler de valeur quand c'est quelqu'un d'autre qui meurt.

Vazy t'mème ti hisser le drapeau

Te mettre l'uniforme des chasseurs et jette ton habit de soirée.

Vazy t'mème ti , mais tu ne bougeras jamais

Tu es seulement un assassin à sang froid

Et cela tu le sais.

 

 

C'est à toi de parler à mon fils

De le regarder au fond des yeux et puis

Lui dire que pour ta soif de pouvoir

Il ne reverra jamais son père.


Vazy t'mème ti laver le sang de nos frères déchiquetés

Par cette sale guerre que tu as voulue pour purifier tes péchés

Vazy t'mème....

 

Moi, ce qui me retourne les sangs avec ces cérémonies officielles pour les morts loin de chez eux, ces morts que, vivants, le pouvoir envoya pour assurer la puissance de l'Empire d'Occident sur le reste du monde et qui ont accepté en pleine connaissance de cause d'aller postcoloniser les peuples qui n'en demandaient pas tant, c'est qu'il n'y a jamais pareils tralalalas pour les ouvriers tués au travail, pour les enfants morts de faim, de soif ou de maladie en Afrique, en Amérique, en Asie, chez nous ou ailleurs... Ni drapeaux, ni trompettes, ni défilés, ni rien pour l'émigré assassiné par des skins, rien pour les noyés au large de Lampedusa, de Bari, de Tanger ou de Gibraltar, rien pour le mineur écrasé sous le roc, rien pour les inconnus assassinés sur les routes … Rien pour les paysans liquidés pour prendre leurs terres en Amazonie, au Congo ou ailleurs...

 

En somme, dit Lucien l'âne, si j'ai bien compris, ces gens-là étaient partis de leur plein gré, comme militaires, dans un pays qui n'est pas le leur, imposer la démocratie par les armes... imposer par les armes la liberté de se soumettre à la vision du monde de l'Empire... Et ces militaires, engagés dans cette guerre, sont morts... Mais enfin, c'étaient des soldats, c'étaient des militaires et n'est-ce pas le destin du militaire (surtout volontaire, surtout de carrière, surtout quand il en fait profession...) d'être tué à la guerre ? Ce n'est quand même pas le choix du civil … Ce n'est pas là un choix pacifique, quand même...

 

En effet, Lucien l'âne mon ami, quand on joue à la guerre, on finit toujours par gagner... certains feraient bien d'y songer avant de se lancer dans de telles aventures... C'est dangereux la guerre, on risque d'y être tué... Et dès lors, en acceptant d'être militaire, en acceptant d'être en armes, on accepte en même temps d'être tué... Ce sont les risques normaux du métier d'être tué par balle, par obus, par bombe, par canon, par gaz, par devant ou par derrière...

 

Ainsi, dit Lucien l'âne, la seule bonne façon d'y échapper, c'est de ne pas faire pareil métier... C'est de ne jamais collaborer à la guerre.

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

L'argument d'Eichmann

 

J'aimerais éviter toute polémique – s'agissant d'un site contre la guerre – mais voilà, il me paraît impossible d'éluder la réflexion de fond en ce qui concerne les militaires et leurs interventions « humanitaires » en terres lointaines. Certains avancent l'argument que c'est là un métier, qu'il faut bien gagner sa vie, nourrir sa famille, que le besoin y conduit... Que, somme toute, il faut comprendre... qu'ils n'y vont que pour la solde...

Très bien, l'argument est assez répandu.

 

Voyons voir du côté des victimes des excellents services de nos militaires. Que dire à la mère, aux mères dont les enfants sont tués, que dire aux villageois dont les maisons sont ravagées, que dire à celui qui y laisse ses jambes, ses bras, ses yeux, ses fils... ?

 

Que c'était nécessaire, qu'il fallait gagner sa vie, qu'on a tué pour un salaire, pour une vie « stable ».... ? Qu'on n'a pas de vision globale ? Qu'on n'a pas compris ? Etc.

 

On a déjà entendu çà, à Nuremberg, par exemple. C'est exactement le raisonnement du gardien de Dachau... ou celui d'Eichmann (http://fr.wikipedia.org/wiki/Adolf_Eichmann) et de tous les tueurs à gages. Moi, je fais mon travail, je gagne ma vie, j'ai des enfants, j'ai une famille, j'exécute les ordres (et accessoirement, les gens), on me dit de tuer et je tue, qu'y puis-je ?

 

J'ai beau être un âne, dit Lucien l'âne, je ne peux pas comprendre ce genre d'argument et surtout, je ne peux pas l'accepter.

 

En fait, moi non plus, dit Marco Valdo M.I. et je crois bien que ni Boris Vian, ni Eugène Pottier n'auraient accepté pareille justification de ces métiers de bourreaux et d'assassins.

 

Je me souviens, en effet, dit Lucien l'âne, de cette strophe de Pottier :

 

Paix entre nous, guerre aux tyrans

Appliquons la grève aux armées

Crosse en l'air, et rompons les rangs

S'ils s'obstinent, ces cannibales

A faire de nous des héros

Ils sauront bientôt que nos balles

Sont pour nos propres généraux.

 

Et Boris Vian aurait dit d'une part au peuple (italien, français, russe ou étazunien ou tout autre) et d'autre part au président – dans ce cas-ci, Napolitano (mais ce pourrait aussi bien être Sarkozy, Medvedev, Obama ou tout autre) :

 

Et je dirai aux gens:

Refusez d'obéir

Refusez de la faire

N'allez pas à la guerre

Refusez de partir

S'il faut donner son sang

Allez donner le vôtre

Vous êtes bon apôtre

Monsieur le Président

 

VAZY T'MÈME... en quelque sorte... Ce qui serait en effet une tout autre chose que de présider les cérémonies funèbres des malheureux qui avaient eu l'idée saugrenue de croire à leurs discours et d'aller servir de marionnettes humaines à une politique décidée en « hauts lieux ».

 

 

 

Ainsi parlaient Marco Valdo M.I et Lucien Lane

 

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18 septembre 2009 5 18 /09 /septembre /2009 23:08

LETTRE À MA FIANCÉE

Version française – LETTRE À MA FIANCÉE – Marco Valdo M.I. – 2009

Chanson italienne – Lettera alla Fidanzata – Riccardo Venturi – 1990 (25 giugno)

 

Lucien mon ami, regarde ce beau chardon... C'est Riccardo qui te l'offre, à toi expressément... À toi : « Ma un asin bigio, rosicchiando un cardo... ». Bon d'accord, pas plus que moi, tu sembles connaître l'auteur de ce petit bout de phrase...

 

Mais si, mais si, dit Lucien l'âne en secouant sa jolie queue en signe de confirmation. Je sais bien qu'il s'agit d'un texte de Carducci. Que penses-tu ? Que j'ai traîné pendant des siècles tout autour de la Méditerranée sans savoir les textes qui parlent de l'âne... Je comprends que toi, mon ami Marco Valdo M.I., qui selon tes propres dires ne connaît que fort peu l'italien et l'Italie, tu ne saches que peu de choses de Carducci. Je le comprends bien, mais moi, Lucien, enfant de Lucien, depuis le temps que je me promène en âne littéraire et cultivé... Et puis, laisse-moi te résumer ce passage – dont je remercie notre ami de me l'avoir un peu dédié... C'est l'histoire du chameau... De ce chameau mêlé à mille aventures et qui invariablement, quels que soient les événements «  s'en fout ». le refrain de la chansonnette est : « Le chameau s'en fout ». Et bien, ici l'âne qui mange le carde de Riccardo, pour tout sauf manger son carde, fait exactement comme le chameau.

 

Mais, mais, Lucien mon ami, ne t'emballe pas comme çà... Je la connais la chanson du chameau et d'ailleurs, tu aurais pu préciser que ce fameux refrain est dit ou chanté sur un ton absolument et rigoureusement sinistre, si possible d'une voix caverneuse... Mais l'essentiel, c'est quand même que Riccardo Venturi, alias, alias... Ici Ahmed il Lavavetri ove il Lavacardi... nous ait invités à un jeu de traduction. Et en voici le résultat... qui n'est d'ailleurs pas une traduction facile, mais des plus fidèles quand même. Quoique, elle ne soit pas plus fidèle qu'à l'habitude; disons qu'elle ressemble au texte d'origine; elle peut en donner une idée. Comme dit Riccardo de son propre texte – qui est vraiment un Extra des plus extras, on ne sait si elle est bonne ou mauvaise, si elle est belle ou laide... Et j'ajouterais si elle est compréhensible ou non. D'ailleurs, j'ai dû créer quelques néologismes … Pour son texte et pour ma traduction, je fais appel aux lumières de Boby Lapointe qui disait :

« Je dis que l'amour,
Même sans amour,
C'est quand même l'amour
Comprend qui peut ou comprend qui veut! »

 

Remarque, remarque, dit Lucien, qu'on a accepté son jeu, il giuoco... Où cela va-t-il nous emmener ?

 

Je n'en sais trop rien, mais une chose sûre (chaussure ?) est que j'ai eu bien du plaisir à retrouver le mot « eteronimo », qui est notre nature profonde. Quant à la musicalité de notre composition, ce n'est pas moi qui pourrai en juger, n'ayant pas l'oreille musicale.

 

Ni moi non plus, dit Lucien l'âne, qui ait les oreilles trop musicales... À moins que tu ne te décides à me lire le texte en le psalmodiant comme tu sais si bien le faire , parfois.

 

Allons, je vais te le lire comme le psalmiste...

 

 

 

Ainsi parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 




Je t'écris, ma chère, pendu à un roc métastatique

Qui surplombe cette corniche granitique

De Casalverminoso, bourg, un jour fourmillant,

Disparu dans les neiges, vêtu en émigrant.

 

Perdu désormais depuis longtemps, depuis huit mille heures

Dans la mer des Astrophynges, Christ Pantocrator

Comme un bouchon tiré d'une bouteille grise

Faisant la navette entre l'éternité et la laisse.

 

Je me charge de vin, un galicien à la saveur soyeuse

Loin du souvenir, avec une pipe en main

Remplie de Latakia sur le précipice humain

Sacerdotal romarin de couleur tubéreuse.

Les faux éclatent des pierres molybdènes,

Je m'interroge sur le plan des soutiens-ricochets;

L'épée des crépuscules se mélange aux violettes

D'un Sole Ventiquattr’Ore mis en page rose.

Voici l'ancien paysage; carte sans destination pratique.

Je m'imagine écrire des lettres asphodéliques :

À larges dents nagent les verbes et les adjectifs

Jetant bas le masque des rythmes positifs.

Et le fou encore vient avec ses poings serrés, lents

À te courir sur le nez, à recompter tes dents...

« Je t'aime, oui je t'éééémeuh, tant que j'ai une grande peine au coooeur »

(Liqueur multicolore, grande pâleur d'amour).

Cerveau épouvanté par un syndrome formel

Et la monnaie de prix offerte à une averse;

Quel chat noir et lucide, je suis ce soir !

Je me sens un peu Falloppe vêtu en Havanais.

En démontant et passant lentement, j'engloutis les mâtines;

Je t'écris ma chère, encore, couvrecouleuvrine,

Je revois peu à peu ces instants et les visées,

Canon un peu essoufflé de l'art sans monnaie.

 

Porteur d'espoirs d'ancien grand lignage

Je verse dans mon verre trois tonnes de courage

Je t'écris, ma chère, gonflé d'odorants liquides

Tirant de la terre la force des Atrides.

 

Et pourtant souffle, souffle le havane rouge

(le vent atteint, quelle chaleur, à l'intérieur, les lèvres rouges).

Le lacet déjà enlace cette figure basanée,

Le chêne s'algorythme, lavandière effeuillée.

 

Éternel épamprage aux œillades fumantes

Et de larmes trop connues sur les pavés évanescents;

Amoureux, Trésor, d'or, tu feras un effort d'or

Pour regarder les étoiles au-dessus d'un visage incolore.

 

Mais déjà on pirouette (cacahouète) sur une maladroite tempête

La civette du sens sidéral se terre

J'ai la barbe courte et les moustaches christo-marxistes de Groucho

Perdu dans l'hébraisme de ce jour étrange

Je me vends ici à des brutes de troisième main

 

Et toi où es-tu ? Je me demande mille fois

Suivant les aléas (et la poule chante)

Dans le jeu des tours cachés des sens obscurs

Ne rejette plus la source des futurs incertains

 

Où donc a fini la semence qui dégorge en lait blanc

De cette canne rouge, avant qu'on s'en aperçoive ?

!Ay, qué eres hermosa!, femme au conditionnel

Du nombril mobile, puits de l'animal.

 

Et puis nous serons libres, en volant sur une ligne intérieure

En mangeant givre et gel, en buvant les glaçons...

Je t'écris, ma chère, légèrement, mais l'âme éperdue souffre

Comme une vieille chaussure dont on a ôté la semelle.

 

Et alors tu te diras : Est-ce le suc de la vie ?

C'est un suc de descente, un suc de remontée;

De tranches de Parnasse qui se consomment cyniques

mes pieds remontent comme des cas cliniques.

 

L'image est espérance et l'espérance est neige,

Elle se dissout et déjà retombe et se reforme légère.

Des cimetières à la mer, on recycle en songe

Avec cette feuille souple courbée par le besoin,

 

Comme le riz qu'on écrase, la pâte qu'on mêle

De lumière errant sur l'ombre grimpée.

Et sois sûre et lente, peut-être turlupinée

Durissime et terrible, douce et guindée.

 

Mais si on fait le compte, tu verras que le juge sort

Avec sa toge propre et ses lèvres très dégoutantes,

Je traverse la façade, je me cogne aux échafaudages,

Suspendu entre les citrons, je refais les échaudages.

 

Les consoles d'ordinateurs et les murs en pierre abouliques

Auxquels une chenille asphyxique a déjà montré les dents.

Ignorent les guipures, marasmes étouffants

Et moi qui m'éloigne avec mille lires et un tango

 

« Je te lance des regards précis, tout le reste est faux

Et je creuserai les nuages jusqu'au noir absolu. »

Si le secours arrive, tu verras quelle cohue

Se produit et toute la famille déjà se démène

Décrépie et muséale, cyanure de sulfure

Méthacrylate aldéhyde, elle s'infecte à coup sûr !

 

Lucrèceborgia indomptée, je suis le héros de la discorde

Sublime et un peu survolté, rempli de miséricorde,

Les pierres redoutent des futurs de névroses

Un peu plus moelleux, juste sucrés.

 

Je t'écris d'une vie, pas encore finie

Je plie mes avantbras d'un siècle et une heure

Précis comme un fuseau, heureux de tes silences

Moi, je me réinventerai en tueur d'absinthes.

 

Toi, énorme arrachepétales, gardienne des bois

Ô Domina, je te confie cette ultime mission

Retourne-moi les ongles, harcèlesurrénales,

Reine de milliers de carnavals défleuris

 

Je suis ici sur ce rocher, je voulais te le dire

Avant que le temps ne s'enfuie et ne disparaisse.

Et je me remémore un jour, tu venais à perdre haleine

À une rencontre daltonienne et un peu bousculée.

 

Avec un vert sale exsangue de pavillons immondes

Il est temps d'y repenser, il est temps d'y voir.

Mais le flux du passé a désormais tout envahi.

Le remède aux ennuis sera de passer par d'autres ennuis.

 

Et perdu dans les vignes, hélas, un jour je retournerai

Pour regarder sans voix chevaux, lemmes et commas

Avec entre les mains un carde et aussi un naturel

(Shiseido) à califourchon sur une aurore boréale.

 

De Casalverminoso, je t'écris ma chère et je ferme

et je timbre le chant de et je ne m'illusionne pas

J'ai un mal millimétrique au troisième ou quatrième os

Et je ne peux te serrer, mais peut-être puis-je, puis-je.




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Published by Marco Valdo M.I. - dans Riccardo Venturi
16 septembre 2009 3 16 /09 /septembre /2009 21:02

GULLIVER

Version française – GULLIVER – Marco Valdo M.I. – 2009

Chanson italienne – Gulliver – Francesco Guccini – 1983

 

 

Lemuele Sgrùlliver

d' Ahmed il Lavavetri

 

Dans les longues heures d'inactivité que seules certaines essences distillées peuvent offrir, Lemuel Sgrùlliver retournait en pensées aux temps où il allait à bicyclette; et souriant comme sait sourire seulement celui qui a le cul qui lui fait mal, il parlait comme une marmotte, de Plaisance ou d'Islande, avec des Suisses aux salaires abstrus; des scientifiques et des équipages, des aliénés et des chiourmes et des sages, remplissant le paysage entier de mirages.

Mais si ses désirs sont de cette nuit, ou la mélancolie ou la joie vite éteintes, des vieux amis qu'il rencontrait par les rues (et non sur fessebouc), dans leurs visages un peu perturbés, il pressentait la bave amère, l'âge passé et l'hypocondrie, il voyait des absences et des barbes rarement faites; mais en confondant tout, il voulut en faire une parodie et ridiculiser les songes et le départ. Avec toutes ses vies vagabondes au soleil, il se divertissait à massacrer des mots.

 

Puis, ensuite, repensant à ce repas de moustiques, dans les nuits perdues derrière la mémoire, il sentait avec l'esprit un peu rouillé du géant (1,96 m environ), qu'on l'a mené au bout de l'histoire. Et dans les belles imprécisions du passage à vide, dans son monde nocturne confiné, il entendait les confusions un peu asphodéliques d'un piano, il entendait Niccolò qui entrait chez lui doucement, il sentait ses arômes d'îlien, il entendait Teresano papoter avec la lune, il entendait dévaliser une banque avec des armes à la main, il entendait une jeune étoile le saluer avec urbanité, il entendait Marco Valdo qui brayait avec Lucien, il entendait l'ananar qui se coupait sur le palier, il entendait l'Alimonda alimonder la dérision, il entendait même un enfant qui pleurait en silence, il entendait la Roxane faire l'amour avec Cyrano, il entendait des morts étrangers converser là haut à Trespiano, il entendait l'Arno, un peu ruffian, couler tranquille, il entendait tout le monde respirer de loin.

Dans son univers presqu'exagéré

Deux faces de médaille qui lui hurlaient dans le cerveau

Passe le temps,

Passe le temps,

Passe le temps,

Et oui, passe le temps,

Mais de la mer, Guccini ne comprend rien.

 

 

*****

 

 

Tu as vu, Lucien mon ami, le Laveur de Vitres parle de toi et de moi.... Il dit que nous brayons...

 

Et c'est bien vrai, dit Lucien l'âne en faisant un hihan titanesque. Nous brayons, nous brayons... C'est notre façon de nous réjouir.

Gaudeamus, dunque, mon ami l'âne aux rires si tonitruants et aux sourires détendus, tranquilles et joyeux. Au fait, Lucien, toi, j'aime bien te voir sourire. Ton sourire est un vrai sourire, un cadeau de bonheur, pas une réclame pour dentifrice ou un porte-manteau électoral...

Saluons notre nouvel ami le Laveur de Vitres et en souriant, en souriant, clopin-clopant, copains contents, recommençons à tisser le linceul du vieux monde...

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

Dans les longues heures d'inactivité et dans les hiers

Que seul un certain âge peut donner

Lemuele Gulliver retournait dans ses pensées

Aux temps où il courait par les mers

Et souriant comme seulement sait sourire celui qui

N'a plus peur du lendemain

Il parlait avec ses petits-enfants, qui écoutaient ravis

Ce conte de plages, d'odeurs, de géants et de nains

De savants, d'équipages et de chevaux sages

Emplissant le ciel anglais de mirages...

Mais si les désirs sont seulement nostalgies

Ou mélancolies d'innombrables autres vies,

Dans les âmes en déroute,

De ses vieux amis qu'il rencontrait en route

Il percevait le cerveau balbutiant et l'aphasie

De celui qui le questionnait pour savoir.

Mais en confondant ses voyages et leurs parodies,

Ses rêves avec l'action des départs,

De ses errances au soleil, de toutes ses vies

Restaient les coquilles vides de ses histoires.

 

Puis ensuite, repensant aux solennels errements

Des voyages perdus dans sa mémoire,

Il comprenait par l'esprit distrait du géant

Le sens approximatif de l'histoire

Et les détails anciens du projet humain

Ou dans son monde illusoire et limité,

Il ressentait la cruelle solitude du nain,

Dans son univers presque exagéré,

Deux faces de médaille lui hurlaient dès le matin:

« Du temps et de la mer, du temps et de la mer,

Du temps et de la mer, du temps et de la mer,

Du temps et de la mer, on n'apprend rien... »

 

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Published by Marco Valdo M.I. - dans Francesco Guccini

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