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13 juin 2020 6 13 /06 /juin /2020 21:30

 

LA PAPETERIE

 

Version française – LA PAPETERIE – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson italienne – CancelleriaPinguini Tattici Nucleari2014

 

 

 

Cancelleria – PAPETERIE (tiré du PE Le Roi est nu), une sorte de Βατραχομυομαχία – Batracomiomachia ou « La guerre des souris et des grenouilles », un poème ludique de 303 vers qui, dans l’Antiquité, était généralement attribué à Homère – entre les stylos et les crayons qui, suite à la grève générale des gommes, avaient commencé à appeler à la révolution et à l’égalité.

Mais dans l’État libre de Papeterie, la dynamique politique est la même que celle que nous observons tous les jours : les crayons voulaient seulement les mêmes droits que les autres, mais les stylographes socialement élevés et les trombones prolétariens les prennent comme boucs émissaires de leur malaise, car c’est ainsi que la presse du pouvoir les présente. La vaillante lutte des crayons se termine donc par des rivières de graphite.

La transposition de ces événements à un niveau réel se traduit par une critique évidente du populisme qui meut de nombreux dirigeants politiques et touche des couches importantes de population inconsciente.

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Je sais, je sais, dit Marco Valdo M.I., le titre, le titre, toujours le titre et cette fois-ci pas seulement, le titre ; il y a aussi le nom de l’auteur. Que peuvent bien être des « pingouins tactiques nucléaires » et qu’est-ce que c’est que cette histoire de papeterie ? J’anticipe tes étonnements et tes questions.

 

Ben oui, évidemment, dit Lucien l’âne, que je me pose ce genre de questions. Et d’ailleurs, qui ne se les poserait pas ? Toi pour commencer, comme on vient de le voir.

 

Enfin, oui, certes, Lucien l’âne mon ami, mais réglons d’abord la question des pingouins. Il s’agit du nom d’un groupe et il vaut mieux ne jamais se poser de question quant au nom d’un groupe ; il résulte la plupart du temps d’une mystérieuse alchimie que personne ne maîtrise vraiment. Ce point étant résolu, voyons la question du titre. En gros, la Papeterie est le lieu géographique où se déroule la guerre des gommes – à ne pas confondre avec les mémoires de Jules César et sa Guerre des Gaules, qui n’est pas une bataille de verges, n’en déplaise à Apollinaire, mais un de ces multiples épisodes de la Guerre de Cent Mille Ans, où la guerre retrouve sa dimension fondamentale de guerre sociale. Donc, n a un pays, un État, une nation qui est la Papeterie, où éclate une grève des gommes qui entraîne une révolution, menée par les crayons. Pour les détails, il suffit de voir la chanson.

 

Soit, dit Lucien l’âne, mais ne pourrais-tu m’en dire un peu plus sur la chanson elle-même, la situer, pour que je sois un peu au fait des choses.

 

Dans l’introduction italienne que j’ai résumée ci-dessus, répond Marco Valdo M.I., le commentateur se réfère à la Batracomiomachia ou « La guerre des grenouilles contre les souris », une histoire grecque que tu connais sans doute déjà. De mon côté, je ne ferai pas trop allusion à Rabelais et je ferai carrément l’impasse sur « la guerre contre les andouilles » et autres récits pacifistes ; cependant, je me réserve d’y revenir un jour, si on m’en laisse le temps. Ici et maintenant, je veux t’entretenir de la parenté, à mon sens, plus immédiate de cette Papeterie avec la Ferme des Animaux (voir notamment La fattoria degli animali) de Georges Orwell. Je n’en dirai rien de plus, tu connais cette histoire de cochons.

 

Et comment donc, dit Lucien l’âne, c’est une lecture très recommandée aux petits ânes. Cela étant, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde stochastique, plastique, élastique, catastrophique et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

À la télévision, un syndicaliste annonce

Que les gommes partent en grève nationale.

À la nouvelle de l’absence de leurs bourreaux,

Avec joie, les crayons trinquent aussitôt.

 

 

Mais, les bics cherchent à maintenir les crayons

À leur statut social antérieur, mais les crayons

Entendent bien abolir toute distinction

Et dans leurs manifestations, appellent à la révolution.

Les bics tremblent à l’idée que les crayons révoltés

Puissent ébranler leur pouvoir ou pire, les remplacer.

Alors, ils mobilisent la presse pour que leurs adversaires sociaux

Soient dépeints comme subversifs, contre-productifs et déloyaux.

 

 

Mais les crayons veulent seulement l’égalité et la liberté,

Juste les mêmes droits, écoles, bus, cinémas, cafés ;

Ils espèrent que sans les gommes, on entende leurs revendications

Car maintenant, leurs mots ne peuvent plus être effacés.

Les stylographes de la haute bourgeoisie dans leurs salons,

Les agrafes et les trombones des bas quartiers

Imputent aux crayons tous les problèmes.

Et face à la crise, le peuple recourt à l’anathème.

 

 

Les actes de violence ne tardent pas à exploser.

Il n’y a plus rien à manger, la haine seule s’est réveillée

Et une fois les tables renversées,

Des fleuves de graphite se mettent à couler.

 

 

Le Grand Conseil des bics décide l’extermination totale

Des crayons, car ils provoquent des troubles sociaux.

Les règles, les marqueurs, les aiguiseurs et les ciseaux,

De paisibles spectateurs se muent en tortionnaires.

Finalement, les gommes arrêtent leur protestation.

Tous se retrouvent alors devant une nation grise et amère.

Sans crayons, on décide que les gommes doivent émigrer,

Car à quoi sert une gomme, s’il n’y a plus rien à effacer ?

 

 

Seuls les bics restent dans l’État libre de la Papeterie,

Ils chantent et célèbrent leur victoire.

Elle est petite, elle est pourrie,

Visqueuse et dérisoire

Cette morale bourgeoise, en somme.

Pleins de fierté, ils chantent victoire,

Et dans leur lit douillet, paisiblement dorment

Jusqu’à temps que, jusqu’à temps

Que vienne le correcteur blanc.

 

LA PAPETERIE
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Published by Marco Valdo M.I.
11 juin 2020 4 11 /06 /juin /2020 15:27

 

Le Serpent noir

 

Chanson française – Le Serpent noir – Marco Valdo M.I. – 2020

 

Quelques histoires albanaises, tirées de nouvelles d’Ismaïl Kadaré, traduites par Christian GUT et publiées en langue française en 1985 sous le titre La Ville du Sud.(8)

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

Je ne sais, Lucien l’âne mon ami, si on pourra un jour venir à bout de ces disputes qui fleurissent régulièrement aux frontières et qui éclatent sporadiquement en conflits armés.

 

Oh, dit Lucien l’âne, l’histoire est toute semée de ces prurits nationalistes et même, comme on peut le penser quand on réfléchit à la Guerre de Cent Mille Ans, ces hostilités se manifestent jusqu’à la plus petite unité de propriété immobilière, jusqu’aux bords des plus petits morceaux de terrain : on les nomme des conflits de voisinage. Ce sont évidemment des événements minuscules qu’on oublie aisément lors des grands recensements des massacres géants que sont les guerres, mais – on peut me croire sur ce point – c’est la base de tout le reste de la polémologie. On fait toujours la guerre d’abord à son voisin et souvent, pour des riens. Ce sont des affrontements qu’on pourrait éviter rien qu’en en parlant entre soi.

 

Tu as certainement raison, dit Marco Valdo M.I. ; du moins, je le pense. Cela dit, Pour en venir à la chanson, à ce « serpent noir » qui devrait t’intriguer, car c’est un titre énigmatique de plus, comme tous ceux où il est question d’un animal aussi mystérieux. Donc, la chanson raconte une sorte de conflit entre ces proches voisins que sont la Grèce et l’Albanie, un conflit larvé, une guerre d’après la dernière guerre mondiale et qui n’a jamais vraiment éclaté et dont les tensions persistent encore. Cependant, dans ces années-là, c’étaient les années cinquante-soixante du siècle dernier, je ne sais trop exactement, mais certainement pas plus tard, les choses avaient pris une tournure un plus active. On s’était mobilisé des deux côtés, sur la berge d’un ravin, on avait creusé des tranchées et on y avait installé des soldats. On se tirait dessus à l’occasion, mais pas trop, sans pur autant qu’il y ait d’invasion de part et d’autre. Tel est le contexte de cette chanson.

 

Ainsi, c’est une guerre qui est une guerre sans être une guerre, dit Lucien l’âne, et ainsi aussi, cette sorte de guerre ne s’arrêtait jamais entre la Grèce et l’Albanie et peut-être même, est-elle toujours pendante. Si j’ai bien compris, techniquement, depuis 1940, la Grèce n’a jamais mis à l’état de guerre avec son voisin ; mais il est vrai aussi que des discussions sont en cours entre les deux pays. Maintenant, dis-moi, ce serpent noir, que vient-il faire ici ?

 

Eh bien, Lucien l’âne mon ami, il faut te figurer un ravin qui sert de frontière, des tranchées de chaque côté et de la tranchée grecque part un fossé, qui avance tout droit vers la tranchée adverse. La terre qui est déblayée et rejetée tout au long de ce sillon est noire. Voilà le serpent et pour la sentinelle albanaise, un sapeur nommé Zenel, c’est là un animal venimeux. D’autant plus que celui qui creuse cette galerie à ciel ouvert vient – par ennui, par désœuvrement, par taquinerie, par haine – à l’aide d’un porte-voix, provoquer Zenel.

 

Ah, dit Lucien l’âne, provoquer Zenel la sentinelle ; et comment ?

 

Donc, je t’explique, Lucien l’âne mon ami, quand son fossé est assez près de la tranchée adverse pour que la sentinelle puisse entendre ce qu’il crie, ce soldat grec (on ne saura rien d’autre de lui) insulte les femmes proches de Zenel et annonce qu’il se propose de les baiser ignoblement.

 

Évidemment, dit Lucien l’âne, ce sont des manières grossières de provocation profondément idiotes mais qui mettent à coup sûr en colère ceux qui s’en soucient.

 

C’est précisément ce qui se passe, Lucien l’âne mon ami, et Zenel la sentinelle, simple paysan mobilisé en sapeur, c’est-à-dire en mineur, en poseur de mines, va ruminer sa colère et trouver une parade mortelle. Je te laisse la découvrir dans la chanson.

 

C’est mieux ainsi, dit Lucien l’âne, je craignais que tu dévoiles toute l’affaire. Alors, tissons le linceul de ce vieux monde rusé, querelleur, bête, borné et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Tout est calme depuis un moment,

Après des jours et des jours de provocations,

Depuis hier, moins de détonations.

Zenel contemple l’autre côté du torrent.

 

Ici, c’est la berge albanaise du ravin ;

Là, ce sont les tranchées grecques :

Parallèles ; entre les deux fossés, ce matin,

Rampe perpendiculaire, un large sillon grec.

 

Il se traîne vers la tranchée, tout droit ;

Il inquiète terriblement les soldats.

C’est un boyau désert, non armé.

À tenir à l’œil, dit l’officier.

 

Un serpent noir qui avance,

La pointe mortelle d’une lance,

Un soc qui déchire la terre.

Zenel n’aime pas la guerre.

 

Zenel le sapeur vient du nord du pays.

Zenel s’ennuie, le jour, la nuit.

Zenel regarde le reptile progresser.

Zenel dit : Pourquoi l’ont-ils creusé ?

 

Le monstre crie : « Zenel, tu as peur ?

Ta fiancée, ta mère, ta sœur,

Je vais les baiser là à terre. »

Zenel est très très en colère.

 

Zenel ne dort pas, il va au boyau.

Il creuse, il dépose un cadeau.

À l’aube, le crieur arrive, et

Explosion ! Le serpent est écrasé.

 Le Serpent noir
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Published by Marco Valdo M.I.
9 juin 2020 2 09 /06 /juin /2020 20:57
 
ASIE

 

 

Version française – ASIE – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson italienne – AsiaFrancesco Guccini – 1970

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Dans sa préface à L’Automne à Pékin, enfin si je me souviens bien, Lucien l’âne mon ami, Raymond Queneau soulignait combien ce titre était opportun puisque dans ce roman de Boris Vian, il n’est question ni de l’automne, ni de Pékin. Il n’en va pas du tout ainsi de cette Asie, puisqu’aussi bien, la chanson de Guccini, qui date quand même d’un demi-siècle, – la chanson, Guccini va sur ses quatre-vingts ans –, l’aborda à la proue d’un vaisseau vénitien, orné de l’oriflamme de la Sérénissime. C’était au temps où Venise rutilait, à l’époque où elle emmenait son Lion ailé partout en haut du mât de ses barzes, de ses galères, de ses galéasses, de ses galéones ; il flottait aussi et même surtout, sur ses vaisseaux de commerce. Venise préférait les comptoirs aux colonies ; on y investit moins et ça rapporte plus.

 

« Lion de Venise, Lion de Saint-Marc,

L’armée chrétienne est aux portes de l’Orient,

Dans les ports de l’Ouest, la mer amène sous le vent

Les charges d’ivoire et de brocart. »

 

Évidemment, Marco Valdo M.I. mon ami, c’est une manière d’aborder un autre continent, même si pour les descendants de l’Empire romain, l’Asie n’est pas vraiment une terra incognita. J’y étais chez moi en ma jeunesse folle. Mais à part ça, que raconte la chanson ?

 

D’abord, Lucien l’âne mon ami, je vais une fois encore insister sur le fait que c’est une version française et à l’origine, une chanson italienne de Francesco Guccini que l’on peut tout à fait comparer à Francesco Guccini, lequel commence à avoir des airs d’ancêtre. Cependant, comme tu vas le voir, sa chanson – dans sa version française – n’a pas pris une ride ; on la dirait nouvellement conçue.

 

Oh, dit Lucien l’âne, c’est drôle ce que tu dis, car ça me fait penser à la chanson de Brassens où il est question précisément d’être un ancêtre :

 

« Quand nous serons ancêtres
Du côté de Bicêtre,
Pas d’enfants de Marie, oh non !
Remplacez-nous les nonnes
Par des belles mignonnes
Et qui fument, crénom de nom !
Et qui fument, crénom de nom ! »

 

Ah, Lucien l’âne mon ami, il est des péchés capiteux qui ne doivent rien à l’industrie du tabac. Enfin, à chacun ses préférences, mais comme c’est son anniversaire d’ancêtre de ces jours-ci, on souhaite à Guccini « un buon compleanno », on lui dédie cette version française d'Asie, la chanson de Brassens : « L’Ancêtre » et un bon moment avec le calumet de la paix ; ce serait autre chose que de toucher sur une place publique le monsieur tout blanc. Cela étant, revenons à la chanson qui se garde bien de pareilles allusions, mais offre un voyage oriental et le rêve d’un espace et d’un moment disparus. Le Lion de San Marco était quand même un animal fort belliqueux qui s’en prenait aux Ottomans et finit par perdre toute sa superbe, laissant partir à vau l’eau les Balkans tout entiers, les îles grecques jusqu’à sa Candie si précieuse.

 

Oui, dit Lucien l’âne, et à présent, le grand félin ailé n’a plus qu’à se repaître de touristes pressés avant qu’une grande marée vienne mettre fin aux restes de sa gloire. Ainsi va le long chemin de l’histoire. Pendant ce temps-là, nous tisserons le linceul de ce vieux monde perclus, toussotant, égrotant, avide et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

 

Au milieu des fleurs tropicales, des cris en douce,

La brise légère et lente glissait ;

Sifflant à travers le filet, elle apportait,

Suave, l’odeur de la soif et des épices.

 

 

Lion de Venise, Lion de Saint-Marc,

L’armée chrétienne est aux portes de l’Orient,

Dans les ports d’Ouest, la mer amène sous le vent

Les charges d’ivoire et de brocart.

 

 

Les habits des marchands suintent d’ors,

Leurs soutes recèlent d’énormes trésors,

Aux rives croisent leurs voiles colorées,

D’œillet et de poivre parfumées.

 

 

Brisés par le travail, les dos transpirent ;

À terre reposent l’encens, l’or et la myrrhe ;

Dans le vent, on entend par-dessus la palme,

Le cri de la sueur et de la gomme.

 

 

Et l’Asie paraît dormir, mais flotte en l’air

Son immense culture millénaire :

Les Blancs et la nature ne peuvent défaire

Les Bouddhas, les Chélas, les hommes et la mer.

 

 

Lion de Saint Marc, Lion du prophète,

Ton Évangile court à l’est de la Crète ,

Sur le ciel se détache ton étrange bannière ;

Ce n’est pas le livre, mais l’épée que ta main serre.

 

 

Terre de merveilles, de grâces et de maux, terre

Des animaux mythiques du bestiaire,

Jusqu’au gaillard arrivent des sanctuaires

La fumée de l’encens et du chanvre.

 

 

Et ce parfum intense, percé de mouettes, est

Signe de vains symboles divins,

Et de leur vol haut, ces oiseaux marins

Montrent à Marco Polo la route du Cathay.

 

ASIE
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Published by Marco Valdo M.I.
7 juin 2020 7 07 /06 /juin /2020 21:03

 

Et ma poupée ?

 

Chanson française – Et ma poupée ? – Marco Valdo M.I. – 2020

 

Quelques histoires albanaises, tirées de nouvelles d’Ismaïl Kadaré, traduites par Christian GUT et publiées en langue française en 1985 sous le titre La Ville du Sud.(7)

 

 

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Laisse-moi, Lucien l’âne mon ami, d’abord te conter une petite anecdote à propos de nos petits dialogues maïeutiques.

 

Soit, dit Lucien l’âne.

 

Donc, reprend Marco Valdo M.I., il y a quelques jours notre ami R.V. dans le commentaire introductif qu’il consacrait à la chanson Asia de Francesco Guccini, dont je compte faire prochainement la version française, et la clôture peut-être provisoire, probablement selon moi, du Chansonnier du Coronavirus – qui, soit dit en passant comporte 140 chansons et je pense même qu’il en manque.

 

Oh, dit Lucien l’âne, une anecdote ? Pourquoi pas ? C’est toujours distrayant.

 

Ainsi, dans le commentaire que je t’ai dit, Lucien l’âne mon ami, R.V., qui administre avec un brio et une maestria diabolica, ce site des Chansons contre la Guerre (auquel nous collaborons volontiers), y introduit, écrit et traduit moultes chansons, dit ceci : « Dans ce cas, je laisse (faire) à chacun des considérations, des réflexions, des suggestions, des histoires, de la géographie et de la politique ; comment dire, j’invite vraiment chacun à se faire son Dialogue Maïeutique comme font Marco Valdo M.I. et Lucien Lane. Ceci, à la rigueur, est le mien (assaisonné à la diabolique)… »

 

Eh bien, dit Lucien l’âne, nous voilà en quelque sorte diaboliquement canonisés ; je n’en espérais pas tant. Maintenant, dis-moi, la chanson raconte réellement une histoire de poupée ?

 

Si on veut, oui, répond Marco Valdo M.I., mais pas seulement. Elle continue la saga familiale de Gjirokastër dans la guerre, vue par un enfant. Pour rappel, on se trouve – fin 1940 – dans cette petite ville du Sud de l’Albanie, proche de la frontière grecque. Les envahisseurs italiens y passent dans un sens, puis dans l’autre à leur retour, poursuivis par les Grecs ; puis, c’est au tour des Grecs de reculer face aux Allemands. Je te rappelle que tous ces trois belligérants sont des pays sous régime fasciste ou nazi.

 

Rien là que de très habituel, dit Lucien l’âne. Ces allées et venues sont les aléas de la guerre. Donc, on en est à l’arrivée des Allemands qui s’en vont vers la Grèce.

 

Exactement, Lucien l’âne mon ami, mais eux n’en sont encore qu’à l’aller – moment exaltant et victorieux et ils sont précédés d’une réputation des plus épouvantables ; on dit que ce sont des massacreurs fort réputés. En marge de ces allés-retours des étrangers au travers de l’Albanie, il y les règlements de compte des Albanais entre eux. Ce sont des procédés incendiaires et meurtriers.

 

Mais, dit Lucien l’âne, si je comprends bien, sous la guerre militaire des étrangers, il y a la guerre civile des Albanais.

 

Oui, c’est à peu près ça, dit Marco Valdo M.I. et l’affaire se présente ainsi : les fascistes albanais, qu’on nomme les « ballistes », se rallient à l’occupant et tuent les partisans, opposés aux occupants, et les partisans tuent les « ballistes ». Tout ça se passe de façon civile, c’est-à-dire clandestinement, de préférence la nuit, et un à la fois. À la rigueur, par petits groupes. Dans cette agitation, l’enfant qui nous raconte l’histoire, suit le parcours de sa famille laquelle, à l’annonce de l’arrivée des Allemands, s’exile dans un village des collines voisines et qui contemple avec effroi – les adultes et avec animation – les enfants, la ville où rougeoient des incendies. C’est durant cette nuit d’exode que la petite fille pleure sa poupée, restée à la maison. Puis, toute la famille revient au petit jour. Le reste est dit dans la chanson.

 

Au fait, dit Lucien l’âne, ce doit être les actions des « ballistes », car j’imagine que s’ils avaient eu pareille intention, les Allemands auraient agi en plein jour, rasé toute la ville et massacré les habitants. Ils auraient mis la chose sur le compte des représailles. Quant à nous, nous tissons le linceul de ce vieux monde plein de fureur et de bruits, incendiaire, assassin, sentimental et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Ce sera une grande catastrophe, dit ma mère ;

Le sang coulera, le frère tuera le frère.

Avec ces Allemands, ce sera une grande guerre

Finalement, dit ma grand-mère.

 

Les Allemands viennent en longues files.

On dit qu’ils exterminent.

On dit qu’ils vont détruire la ville.

On est partis dans les collines

 

Les ballistes incendient les maisons des partisans.

D’ici dans la nuit, on voit, les flammes

Trembler sur le ciel étoilé d’occident,

Le vent emporte la colère des femmes.

 

C’est ma maison qui flambe, hourra !

Monte là-dessus et tu verras Istanboul !

Qui déjà est partisan chez toi ?

Mon oncle, ma tante, mon frère, une foule !

 

Alors, demain, ta maison brûlera,

Brûleront les livres turcs de grand-père,

L’armoire et le coffre de grand-mère.

Et ma poupée, toute seule, là en bas ?

 

Mémé dernière, papa devant,

Au champ d’aviation, on s’arrête ; prudence !

En face, les feux s’éteignent en silence.

Les ballistes ont fusillé les partisans.

 

On rentre en ville en fin de nuit.

Les Allemands n’ont rien détruit.

Devant la maison, sur un mort, un papier :

Espion, mort au fascisme, liberté !

 

 

 Et ma poupée ?
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Published by Marco Valdo M.I.
5 juin 2020 5 05 /06 /juin /2020 10:25
 

LE CIEL AU-DESSUS DE BERLIN

 

 

 

Version française – LE CIEL AU-DESSUS DE BERLIN [CHANSON DE L’ENFANCE] – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson allemande – Der Himmel über Berlin [Lied vom Kindsein]Peter Handke – 1987

 

 

 

 

Ciel de Wansee – Berlin

 

Max Liebermann

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Souvent, Lucien l’âne mon ami, je me surprends à réfléchir au sens de certaines chansons en dehors du moment précis où nous ne parlons. Ce sont des nébuleuses de pensées qui traversent le ciel du jour. Une bribe par ci, une bribe par là, elles vont, elles viennent, cahin-caha, et je ne sais pourquoi plutôt elle-ci plutôt que celle-là.

 

Voilà qui est intéressant, dit Lucien l’âne, d’autant que ça m’arrive aussi. Mais pourquoi, dis-tu ça ?

 

Eh bien, Lucien l’âne mon ami, car ce mode de réflexion m’amène à envisager les choses et les chansons d’un point de vue particulier, de la considérer pour elles-mêmes comme elles sont. Autrement dit, je m’attache à voir le texte – toujours dans sa version française, celle qui me trotte en tête – tel qu’en lui-même, à le prendre en quelque sorte au sérieux, à le voir réellement comme un objet en soi, une entité extérieure et vivante.

 

Oui, dit Lucien l’âne, mais encore ? Pourquoi dis-tu tout ça ?

 

C’est assez complexe, comme un nœud difficile à démêler et je peine à me l’expliquer, répond Marco Valdo M.I., et il me semble que cela tient à la démarche poétique. Voilà, c’est ça, la pensée considérée comme poésie, mais aussi, autre conséquence pour cette chanson, la version considérée comme création poétique. Dès lors, le texte qui en résulte comme une opération poétique qui débouche – ici, en langue française – sur une œuvre autonome. Cette réflexion m’est venue quand j’ai constaté qu’il y avait déjà dans les Chansons contre la Guerre, une traduction en langue française du poème de Handke – de Claire Placial.

 

Oh, dit Lucien l’âne, ça n’a rien de gênant, je pense. Tout au contraire, c’est tout bénéfice pour le lecteur, de même que la présence dans les Chansons contre la Guerre de multiples traductions en de multiples langues. Maintenant, dis-moi, quand même deux mots de la chanson.

 

Deux mots, Lucien l’âne mon ami, c’est peu. Un premier pour dire l’importance de la rime comme instrument de navigation poétique ; c’est elle qui amène par son balancier à soutenir la marche du promeneur. Au texte brut de la traduction, elle ajoute ici, elle retranche là ; elle impose des mots inattendus. Tu devrais essayer, c’est étonnant. Mais enfin, c’est le deuxième mot, de la chanson, je dirais que c’est une remembrance d’un enfant (Rimbaud en avait notées d’autres, remembrances d’un vieillard idiot), un souvenir de l’enfance, assez commun même. Tellement qu’il peut être partagé par beaucoup d’ex-enfants sous le ciel de Berlin ou d’ailleurs, y compris dans ses regrets. Le reste est à voir dans la chanson.

 

Oui, dit Lucien l’âne, c’est ce qui est le mieux : s’en tenir au texte. Pour le reste, tissons le linceul de ce vieux monde égaré, ruminant, amnésique et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Quand l’enfant était enfant,

Il allait les bras ballants,

Le ruisseau était une rivière,

La rivière était un torrent,

Et cette flaque, la mer.

 

 

 

Quand l’enfant était enfant,

Il ne savait pas qu’il était enfant,

Tout lui était inspiration,

Et toutes les âmes étaient union.

 

 

 

Quand l’enfant était enfant,

Il ne comprenait pas le néant,

Il n’avait aucun talent.

Assis en tailleur, souvent,

Il se dressait brusquement.

Dans ses cheveux, il avait un mouvement ;

Et sur les photos, il souriait bizarrement.

 

 

 

Quand l’enfant était enfant,

Il se posait des questions tout le temps :

Pourquoi suis-je moi et pourquoi pas toi ?

Pourquoi suis-je ici et pourquoi pas là-bas ?

Quand commença le temps et où finit l’espace ?

La vie sous le soleil n’est-elle pas juste un songe ?

Ce que je vois, j’entends et je sens, n’est-ce

Pas seulement l’apparence d’un monde devant le monde ?

Y a-t-il vraiment le mal et des gens

Qui sont vraiment méchants ?

Comment se fait-il que moi, qui suis moi,

Avant de devenir moi, je n’étais pas,

Et une fois devenu moi que je suis,

Je ne suis plus qui je suis ?

 

 

 

Quand l’enfant était enfant,

Il vomissait les épinards, les pois, le riz au lait,

Et le chou-fleur cuit à la vapeur. Et maintenant,

Il mange de tout, et parfois même, ça lui plaît.

 

 

 

Quand l’enfant était enfant,

Il s’éveilla dans un lit inconnu

Et ça lui arrive toujours maintenant ;

Il trouvait toujours beaux les inconnus,

Et maintenant des fois par chance seulement.

Il s’était rêvé un paradis charmant

Et ne peut plus que l’espérer à présent.

Il ne réussissait pas à imaginer le néant,

Et il en frissonne souvent.

 

 

 

Quand l’enfant était enfant,

Il jouait avec enthousiasme ;

Et maintenant, comme avant il se concentre,

Mais seulement si c’est son travail, évidemment.

 

 

 

Quand l’enfant était enfant,

Il se contentait de pomme et de pain comme aliments,

Et c’est toujours ainsi maintenant.

 

 

 

Quand l’enfant était enfant,

Dans sa main, les baies tombaient précieuses

Et c’est toujours ainsi maintenant.

Les noix fraîches lui faisaient la langue rugueuse

Et c’est toujours ainsi maintenant.

Il avait à chaque montagne,

L’envie d’une plus haute montagne ,

Et à chaque ville,

La nostalgie d’une plus grande ville,

Et c’est toujours ainsi maintenant.

Il cueillait les cerises avec exaltation au sommet de l’arbre,

Comme il aimerait le faire aujourd’hui encore.

Face aux étrangers, il était farouche

Et il l’est toujours encore,

Il attendait les premières neiges,

Et ainsi toujours, il attend encore.

 

 

 

Quand l’enfant était enfant,

Il lança un bâton contre un arbre,

Et il vibre aujourd’hui encore.

Quand l’enfant était enfant

 

 LE CIEL AU-DESSUS DE BERLIN
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Published by Marco Valdo M.I.
1 juin 2020 1 01 /06 /juin /2020 20:42

 

 

La Terreur blanche

 

Chanson française – La Terreur blanche – Marco Valdo M.I. – 2020

 

Quelques histoires albanaises, tirées de nouvelles d’Ismaïl Kadaré, traduites par Christian GUT et publiées en langue française en 1985 sous le titre La Ville du Sud.(6)

 

 

 

 

 

LA TERREUR BLANCHE

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

« La Terreur blanche », Lucien l’âne mon ami, voilà qui me rappelle quelque chose. La terreur est un mal qui se répand par toute la Terre : on en a vu des noires, des brunes, des rouges, des bleues, des vertes, des safrans et bien sûr, des blanches. De façon générale, il s’agit de massacrer ceux avec qui on n’est pas d’accord et de préférence, des civils désarmés et sans défense. Au fait, les Vaudois ont connu ça.

 

Oui, Lucien l’âne mon ami, dit Marco Valdo M.I. ; mais avant d’aller plus avant, je voudrais faire une petite précision : quand il s’agit de se massacrer entre militaires, on appelle ça la guerre. Pour en revenir aux Vaudois, la Terreur blanche les poursuivit souvent jusque dans leurs plus hautes retraites désertiques et même plusieurs fois au cours du millénaire écoulé et cette terreur blanche venait toujours du même côté, du côté de l’Église catholique et de ses affidés. La terreur blanche vient toujours de la droite, c’est la Terreur de la réaction et elle déborde souvent en mouvements populaires, en mouvements des foules assassines. Quand on regarde l’histoire, la terreur blanche a sévi et la liste n’est pas exhaustive – en France (notamment en Bretagne), en Russie, en Hongrie, en Chine, en Inde et plus récemment, en Espagne et aux États-Unis, où elle est menée par des organisations proches du KKKKu Klux Klan, où la Terreur blanche est liée très étroitement au racisme et à la volonté de domination de la « race blanche ». Note qu’en Allemagne, dans le Reich nazi, le même KKK résumait de la façon la plus traditionnelle, le rôle de la femme : Kinder, Küche, Kirche – littéralement, enfant, cuisine, église.

 

Je pense même, dit Lucien l‘âne, qu’on peut en trouver des traces en Amérique latine, en Australie; enfin, un peu partout.

 

Soit, dit Marco Valdo M.I., dans la chanson, c’est en Albanie qu’on la retrouve. À l’époque, là, la Terreur blanche était l’œuvre des royalistes et des fascistes albanais qui s’étaient alliés aux fascistes italiens ; puis, après la déroute de ceux-ci et la reprise des territoires par les armées allemandes, elle s’est ralliée aux nazis l’essentiel était de combattre et d’éliminer les partisans et les résistants. Cependant, dans la chanson, rien de tout cela n’est précisé ; on ne peut que le deviner. Dans la conversation des grands de la famille, on use du concept de « lutte des classes » – ce qui indiquerait une orientation marxiste – tendance Karl (je précise puisque toi et moi, nous sommes aussi marxistes, mais de la tendance Groucho) et on tremble à l’idée de la terreur blanche, ce qui indiquerait une orientation anti-royaliste, antifasciste de la famille. On entend des coups de feu, des assassinats se passent dans la nuit et tout ce qu’on sait, tout ce qu’on perçoit, ce sont un inquiétant silence, l’effroi des grandes personnes, les coups de feu et le commentaire glaçant de la grand-mère :

 

Tac, tac, tac ! Des tirs, des tirs encore.

J’entends ces coups de feu dans la nuit :

Mémé dit :« Dans la viande, dans le corps.

Malheureuses femmes, pauvres enfants ! »

 

En somme, dit Lucien l’âne, c’est la guerre (in)civile entendue du lit d’un enfant. Écoutons-la et tissons le linceul de ce vieux monde terrorisé, raciste, brut, brutal et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Terreur blanche ! Terreur ! Terreur !,

Mots terribles dans les conversations.

Aucun grand ne répond à mes questions.

Quelle est cette chose qui leur fait si peur ?

 

Comme pour la lutte des classes, on ne me répond jamais.

Mais, moi, je sais ce que c’est :

C’est la guerre entre deux clans de rouspéteurs.

Mais que font les instituteurs ?

 

Alors, chez les grands, tout le monde rit.

Moi, je rougis ; moi, je n’ai rien compris.

Mais pour la terreur blanche, la terreur,

Personne ne rit, c’est l’horreur.

 

Le soir est triste autour du foyer.

De mon lit, j’écoute les grands

Aux yeux inquiets, aux visages tourmentés.

Ils se taisent longtemps.

 

Au moindre bruit, un craquement,

Une porte qui bat, d’une voix blanche

Maman dit : « C’est le vent ».

Pan, pan, pan ! Terreur blanche !

 

Tac, tac, tac ! Des tirs, des tirs encore.

J’entends ces coups de feu dans la nuit :

Mémé dit :« Dans la viande, dans le corps.

Malheureuses femmes, pauvres enfants ! »

 

Le blanc à présent me fait peur.

Peur des roses blanches, des rideaux blancs,

Peur de la chemise blanche de grand-maman.

Terreur blanche ! Hiver ! Terreur ! Terreur !

 

 

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Published by Marco Valdo M.I.
1 juin 2020 1 01 /06 /juin /2020 08:54

 

 

Je veux mourir, dit la centenaire.

 

 

Commentaire à la chanson Euthanasiez-moi !

 

 

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

 

Euthanasiez-moi, dit Lucien l’âne, est une chanson des plus utiles ; elle chante le choix de mourir, le droit à la liberté ; elle chante la liberté.

 

Car c’est une des libertés encore à conquérir que de pouvoir mourir à son heure, à l’heure que l’on choisit et de le faire dans de bonnes conditions.

 

Une ancienne institutrice, quelque part en France, a décidé de mourir. Elle a écrit un petit mot :

 

« Je ne veux pas être ranimée.

Je ne veux pas de soins.

H. Wuillemin

Le 27 mai.

 

Je cite ici une partie du texte de l’interview de Madame Wuillemin, relayée par France-info, intitulée :"Quand on souffre comme ça, ce n’est pas la peine de rester" : Hélène, centenaire, en grève de la faim pour qu’on lui laisse "le droit de mourir" :

 

 

« Hélène Wuillemin a un visage aux mille rides, deux petits yeux rieurs qu’on distingue à peine et depuis le 6 mars dernier, un âge à trois chiffres : "Je viens d’avoir 100 ans. J’aurais bien souhaité ne pas les avoir, mais malheureusement je continue à vivre." Depuis une semaine, cette centenaire, qui habite seule chez elle à Laxou (Meurthe-et-Moselle), près de Nancy, a donc entamé une grève de la faim car on lui refuse, dit-elle, "le droit de mourir". »…

 

« Hélène a un temps pensé à d’autres solutions : "Mais moi je n’ose pas me suicider, m’ouvrir les veines, ça me dégoûte." Avant de se décider à faire cette grève de la faim et à l’annoncer à son fils et à sa fille : "Je lui ai dit ’j’arrête de manger’. Elle ne m’a rien répondu, qu’est-ce que vous voulez qu’elle dise ? »

 

Oui, dit Marco Valdo M.I., et de fait, il n’y a rien à dire, car on ne peut rien opposer à pareille volonté et surtout pas la soi-disant volonté d’une entité fantomatique ou d’une institution. De plus, il n’est pas nécessaire d’avoir cent ans pour désirer fermer le livre de sa vie ; il n’est pas indispensable d’être perclus de douleurs pour descendre du train. Pour finir, on doit pouvoir descendre à l’arrêt qu’on choisit, mais dans la Guerre de Cent Mille Ans, il y a toujours ces adversaires de l’humanité qui s’oppose à la liberté de disposer de soi.

 

Tissons le linceul de ce vieux monde dictatorial, croyant, bigot, crétin et cacochyme.

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 

 

 

 

Je veux mourir, dit la centenaire.
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29 mai 2020 5 29 /05 /mai /2020 20:14
La Guerre

 

Chanson française – La GuerreClément Janequin – 1528

Version adaptée au temps présent – La Guerre – Marco Valdo M.I. – 2020

 

Arquebusiers, faites vos sons !

Bouclez vos armes, frais mignons,

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Mon ami Lucien l’âne, voici une chanson qui a à peu près 500 ans – un demi-millénaire et qui comme son titre l’indique raconte « La Guerre ».

 

Certes oui, mais laquelle ?, demande Lucien l’âne. Toute une guerre, ça fait beaucoup, quand même.

 

Tu as raison, Lucien l’âne. Elle s’intitule « La Guerre », mais elle raconte un bataille : celle de Marignan (1515) qui fit des milliers de morts en deux jours et qui bouleversa l’histoire de son temps ; au moins pour ce qui est des Suisses, qui signèrent avec la France un traité de « Paix perpétuelle » et qui depuis ne se sont plus mêlés de guerre – du moins, en direct. Comme elle est dans un français de son époque, elle paraît étrange aux gens de notre temps ; même si, c’était un rap de cette fin du Moyen-Âge. Dès lors, en quelque sorte sur commande, j’en ai fait une version adaptée à nos jours, une adaptation contemporaine, mais en gardant tout de même pas mal de son étrangeté. On pourra comparer les deux : l’originale, l’ancienne, celle de Clément Janequin et celle que je viens de faire. Dans l’ensemble, je la trouve assez fidèle, même si j’ai dû pour des raisons de rime un peu l’adapter aussi – dans sa forme.

 

Ce sera certainement une version de bonne facture, dit Lucien l’âne. J’en suis sûr, et d’ailleurs, je me souviens fort bien de la version de Gentilz gallans de France que tu fis il y a déjà quelques années.

 

Cependant, Lucien l’âne mon ami, je voudrais ajouter deux ou trois remarques avant de te laisser conclure. La première porte sur le mot « Galloys » que j’ai conservé sous la forme « Gaulois », autrement dit, de Gaule ou « Français » ; il fait polémique (comme d’autres éléments de la chanson) chez les spécialistes de la littérature française de la Renaissance. En tout état de cause, « Gallois » fait trop rugbymen et devait être exclu ; il restait Gaulois ou Français, s’agissant de l’armée de François Ier. D’aucuns plus spécialisés en langue d’autrefois suggèrent compagnons ou camarades.

 

À ce compte, pour la rime, tu aurais pu choisir « gars ».

 

Certes, répond Marco Valdo M.I., mais j’ai choisi l’assonance, comme Janequin aurait préféré, lui qui est souvent comparé à un « bruitiste ».

 

Un « bruitiste », dit Lucien l’âne un peu éberlué, comment ça ?

 

Oui, dit Marco Valdo M.I., un « bruitiste », un qui fait du bruit, qui recrée dans sa musique les bruits ambiants. C’est très moderne. Ça s’entend à sa musique, mais aussi dans ce texte bourré d’onomatopées ; c’est vraiment le rap en avant-garde. À la même époque, mais quelques années plus tard, dans ses romans, François Rabelais faisait pareil. Peut-être même, citait-il ces bruissements de La Guerre de Janequin et faisait-il allusion à la musique du contrapuntiste.

 

Oh, dit Lucien l’âne, j’adore ce « bruitisme », c’est une évocation des sons du monde. J’ai entendu dire qu’on y revient de ces temps-ci.

 

Une autre remarque, Lucien l’âne mon ami, que je voudrais faire maintenant, c’est qu’outre d’avoir raconté d’autres batailles – Marengo (Marengo, La Lettre de Marengo, La Marengo du Lieutenant) et Austerlitz (Le Sommeil tranquille de Koutouzov, Austerlitz), j’avais parcouru ce seizième siècle avec la Geste de Liberté ou la Légende de Till, à laquelle j’ai consacré des dizaines de chansons ; je cite la première : « Katheline, la bonne Sorcière » et la dernière : « L’Heure de l’Hirondelle ».

 

Oui, bonne idée, dit Lucien l’âne, sinon on n’en finirait pas. Quoi qu’il en soit, ces histoires de bataille, chacune d’elles est toujours un épisode de La Guerre de Cent Mille Ans.

 

Enfin, dit Marco Valdo M.I., à propos de cette bataille de Marignan, il est d’usage de rappeler que c’est là que s’est distingué et a de son épée adoubé le roi François, c’est-à-dire le hardi Bayard, Pierre Terrail de Bayard, dit le chevalier « sans peur et sans reproche » qui a traversé ainsi l’histoire pour se muer en sandwich Bayard : le sandwich « sans beurre et sans reproche ». C’est là aussi qu’on retrouve le Maréchal de la Palice qui mourra quelques temps après devant Pavie et dont on garde le souvenir au travers des « lapalissades », qui toutes dérivent de la petite chanson de la Palisse 0que ses soldats firent à son sujet. En voici la version populaire :

 

« Monsieur de la Palice est mort

En perdant la vie ;

Un quart d’heure avant sa mort,

Il était encore en vie. »

 

On conclura avec lui, dit Lucien l’âne. Quant à nous, tissons le linceul de ce monde batailleur, guerrier, lyrique et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Écoutez, tous gentils Gaulois,

La victoire du noble roi François.

Et vous entendrez, si bien vous écoutez,

Des coups rués de tous côtés.

Fifres soufflez, frappez tambours,

Tournez, virez, faites vos tours,

Aventuriers, bons compagnons

Ensemble croisez vos bâtons,

Fusez soudain, gentils Gascons,

Nobles, sautez dans les arçons,

La lance au poing, hardis et prompts,

Comme lions !

0

Alarme, rentrez dedans !

Alarme, frappez dedans !

Soyez hardis, en joie mis.

Qu’on se le dise,

La fleur de lys,

Fleur de haut prix,

Y est en personne.

Suivez François,

Le roi François,

Suivez la couronne !

Sonnez, trompettes et clairons,

Pour réjouir les compagnons.

Fan frere le le fan fan fan feyne

Fa ri ra ri ra.

À l’étendard en avant toute !

Gens d’armes à cheval en route !

Fan frere le le fan fan fan feyne

Fa ri ra ri ra.

Grondez, tonnez bombardes et canons,

Tonnez gros courtauds et faucons,

Pour secourir les compagnons.

Von pa ti pa toc von von,

Ta ri ra ri ra ri ra reyne,

Pon, pon, pon, pon,

La la la, pon pon,

Ta ri ra ri ra ri ra reyne

La ri le ron.

France courage,

Courage !

Donnez des horions !

Chipe, chope,

Torche, lorgne,

Pa ti pa toc tric,

Trac zin zin, tric.

Tue ! À mort ! Serrez !

Courage prenez, frappez, tuez !

Gentils galants, soyez vaillants !

Frappez dessus, ruez dessus !

Fers émoulus, chiquez dessus !

Alarme !

Alarme !

Courage ! Prenez, poursuivez,

Frappez, ruez !
Ils sont confus,

Ils sont perdus

Ils montrent les talons.

Ils décampent, pas de pardon !

La trompette est aux abois.

Ils sont défaits, tudieu !

Victoire au noble roi François !

Tout est perdu, ils décampent, pardieu.

 

 

La Guerre
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Published by Marco Valdo M.I.
26 mai 2020 2 26 /05 /mai /2020 20:18

 

Vivent les Vacances ! (2)

 

 

Chanson française – Vivent les Vacances ! (2) – Marco Valdo M.I. – (26 mai) 2020

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Lucien l’âne mon ami, cette chanson Vivent les vacances !(2) vient deux mois après la première version « Vive les Vacances ! » (1).

 

Quoi ?, dit Lucien l’âne, serait-ce un doublon ?

 

D’une certaine façon, oui, dit Marco Valdo M.I., on pourrait le penser au vu du titre et même de la structure de la chanson, qui est exactement pareille, mais voyons voir plus en détail la cause de ce pseudo-doublon ; les deux chansons s’intitulent : « Vive(nt) les Vacances ! » et elles ont été conçues à deux moments différents et les dates ont de l’importance. La première version date du 19 mars 2020 – c’est-à-dire au début du printemps et au début du confinement et la seconde, d’aujourd’hui, le 26 mai 2020 où lentement, le printemps se termine et où on déconfine. Entre les deux, deux mois ont passé. La première version fut écrite au temps des jonquilles ; la seconde quand les oiseaux s’en donnent à cœur joie dans les bois et les jardins ; quand dans les champs, les alouettes tout en haut trillent. Chacune de ces chansons fait le portrait du moment où elle est conçue. Cependant, pour les distinguer, j’ai volontairement fait appel à une de ces subtilités de la langue française contemporaine où Vive et Vivent les vacances, se dit ou se disent ; bref, les deux formes sont admises dans le même sens.

 

Oui, j’ai compris ces subtilités utiles, répond Lucien l’âne. Dans la première, l’hiver s’en allait ; dans la seconde, le printemps s’en va. Mais encore ?

 

Mais encore ?, dit Marco Valdo M.I. ; si la version primaire était comme pétrifiée devant la catastrophe qui s’amorçait et si la société ne savait pas encore exactement (le sait-elle aujourd’hui ?) ce qui l’attendait, ce qu’il fallait faire ou en penser. Depuis elle a eu le temps de s’habituer à cette situation, de s’accoutumer à vivre avec la peur, le masque et la mort, elle a pu en prendre la mesure et doucement se dépêtrer de cette embrouille.

 

Oui, dit Lucien l’âne, et finalement, comme on dit par ici : « En avant, y a pas d’avance ! »

 

Dès lors, reprend Marco Valdo M.I., cette seconde version fait une sorte de bilan et trace une esquisse d’avenir immédiat : celui des « vraies » vacances, celles de l’été qui vient, le retour à un antérieur qui n’existe plus. Pour le reste, c’est à elle de parler et de dire dans son mode poétique.

 

Je pense que c’est une très bonne idée, Marco Valdo M.I. mon ami, de ne pas vouloir nous substituer à la chanson ; sinon, à quoi elle rime ?, elle qui est la voix d’un autre niveau de notre monde, l’écho d’une autre conscience des choses : par moment, la voix de Cassandre ; par moment, la voix de la fée des contes ; à d’autres, la voix de la raison, la voix de la justice, la voix de la liberté – toutes personnes considérablement insaisissables. Bien entendu, ces voix ne s’expriment que si la chanson n’est pas de celles qui vendent, qui se prosternent, qui servent, qui se couchent ou qui exaltent le pouvoir et toutes les entités qui assujettissent. Maintenant, tissons le linceul de ce vieux monde malade, hypocondriaque, pusillanime et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Le printemps s’en va à grands pas.

Où sont partis les suaves lilas ?.

Au petit jour déjà, l’horizon est bleu :

C’est le printemps amoureux.

Ce matin, les roses sourient ;

Dans le jardin, les oiseaux babillent.

Le monde sort de pénitence.

Vivent les vacances.

 

Tout comme les mésanges et les fleurs,

Les femmes se pavanent au-dehors ;

Elles poulottent leurs corps :

C’est le printemps en couleurs.

Au moindre rayon, elles s’abandonnent.

Les rues, les magasins sont assiégés,

Toutes les cloches s’époumonent,

Enchanteuses, elles pressentent l’été.

 

Pressés, à bout de patience,

Certains croyants en confiance

Sont partis très en avance

Pour de grandes vacances

Au Paradis, au grand pays

De la divine abondance

Du soleil et des houris.

Vivent les vacances !

 

 

C’est le temps des trilles !

Primates en quête de primates,

On quitte les jours tranquilles,

Dressés sur deux pattes.

Le Paradis, on s’en fout

Notre Paradis, c’est le mois d’août.

En avant, il n’y a pas d’avance,

Vivent les vacances !

 

Vivent les Vacances ! (2)
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Published by Marco Valdo M.I.
24 mai 2020 7 24 /05 /mai /2020 17:08

 

 

 

Le Retour du grand Avion

 

Chanson française – Le Retour du grand Avion – Marco Valdo M.I. – 2020

 

Quelques histoires albanaises, tirées de nouvelles d’Ismaïl Kadaré, traduites par Christian GUT et publiées en langue française en 1985 sous le titre La Ville du Sud.(5)

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Oui, Lucien l’âne mon ami, je te le confirme, il s’agit bien du même avion que celui dont on parlait dans la chanson de l’autre jour, intitulée « Le grand Avion ». Ce grand avion qui s’en était allé un beau matin de l’aérodrome que l’enfant voyait de sa fenêtre. Toute cette histoire se passe à Gjirokastër à la fin de 1940 ou au printemps 1941. Le grand avion était parti avec toute l’escadrille italienne, mais il était le seul de son genre à cet endroit : un immense bombardier. Ils avaient quitté le nid au moment de la retraite italienne à laquelle l’armée grecque avait contraint l’envahisseur. Toute la région de Gjirokastër était tombée sous la coupe des Grecs.

 

Ah bien, dit Lucien l’âne, et si je comprends l’affaire, ce grand avion va revenir. Ce que je comprends pas, c’est pourquoi et ce qu’il vient faire là. Il veut retrouver son bercail ?

 

Pas du tout, Lucien l’âne mon ami. Je résume la situation. Dans la ville, les soldats grecs – dans leurs drôles d’uniformes d’evzones – ont remplacé les Italiens ; sur le terrain d’atterrissage, les vaches ont remplacé les avions, les enfants jouent à nouveau dans les rues : ils jouent à la guerre. Pour eux, tout retrouve un cours normal. Jusqu’au moment où…

 

Jusqu’au moment où ?, demande Lucien l’âne, au moment où quoi ? Qu’est-ce qui se passe ?

 

Jusqu’au moment où se met à hurler la sirène ; puis, on commence à entendre un terrible grondement et l’enfant voit revenir trois des avions partis il y a quelques jours. Au milieu de ceux-ci, il voit son ami le « grand avion ». Un drôle d’ami en vérité, car il va bombarder la ville et ce qui était son propre nid : l’aérodrome et massacrer les paisibles vaches qui y paissent avec une grande insouciance.

 

C’est malin, dit Lucien l’âne, bombarder des vaches, a-t-on idée ? Quel boucher ! Un tueur de vaches ! C’est assassin et grotesque. Ça me rappelle « Drôle de Drame », un film de 1937, où William Krans, le tueur de bouchers, une réincarnation végane de Jack l’Éventreur, expliquait ses crimes en disant – je cite de mémoire :

« Moi, j’aime les vaches ; elles ont de si beaux yeux. Et les bouchers tuent les vaches. Alors, moi, je tue les bouchers. »

 

Eh bien, Lucien l’âne mon ami, voilà un syllogisme de premier plan et que j’approuve. C’est de la logique pure signée Jacques Prévert et souviens-toi la mémé disait dans « Le grand Avion » à l’avant-dernier quatrain :

 

« Ils sont méchants ces avions italiens,
Ils vont tuer des gens, mon garçon.
 »

 

Ainsi se termine toute l’histoire du grand avion de la chanson, mais, pour conclure, je te propose une anecdote à propos de ce grand avion Piaggio 108. Il faut savoir que s’il n’a été produit qu’en peu d’exemplaires, un de ceux-ci  (un avion résistant sans doute) s’est écrasé en juin 1941 tuant l’équipage et son commandant qui n’était autre que Bruno Mussolini, le fils du Duce.

 

Ho là, dit Lucien l’âne, c’était peut-être lui qui le pilotait lors de ce bombardement de Gjirokastër. C’est fou ce qui se cache derrière ces petites chansons. Par exemple, la chanson dit :

 

« Les vaches sont mortes au champ d’aviation. »

 

Je trouvais la formule curieuse, puis vraiment scandaleuse, car si elles avaient été des hommes, ces vaches seraient mortes au champ d’honneur. Maintenant, pour en finir avec le grand avion, tissons le linceul de ce vieux monde ludique, infantile assassin, tueur, mortel et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Les enfants ne peuvent pas jouer dans les rues.

Les soldats grecs finalement entrent en ville.

Au milieu de quelques rares civils,

Ils promènent leurs étranges tenues.

 

Les Anglais ne bombardent plus, of course !

Moi, je reste en cage comme l’ourse.

L’aéroport est désert ; le nez au vent,

Les vaches paissent en musardant.

 

Je déteste ces vaches, je les hais.

Je m’ennuie ferme à la maison,

Huit jours durant, je tourne en rond.

C’est très monotone, cette paix.

 

Les Italiens avaient fui sans trompette ni tambour,

Nous, on peut jouer sur la rue, dans les cours.

D’un coup, dans un beau charivari,

Tout le quartier est envahi.

 

Les gosses s’élancent en fanfare, joyeux ;

On attaque l’autre bande comme des furieux

Et soudain, tout s’arrête ; la sirène gémit.

C’est la trêve, tous aux abris !

 

Dans le ciel par-dessus le toit passe l’avion.

Ce ronflement énorme d’un dragon,

Je le connais, c’est lui, c’est le grand avion.

Les bombes tombent loin de la maison.

 

Le vacarme cesse, c’est la fin de l’alarme.

Je me relève le visage plein de larmes.

Je tremble, je cherche ma respiration.

Les vaches sont mortes au champ d’aviation.

 

Le Retour du grand Avion
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