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3 juillet 2020 5 03 /07 /juillet /2020 12:02

 

 

 

Le Taxidermiste

 

Chanson française – Le Taxidermiste – Marco Valdo M.I. – 2020

 

Scènes de la vie quotidienne au temps de la Guerre de Cent Mille Ans.

Histoire tirée du roman « Johnny et les Morts » – du moins de la traduction française de Patrick Couton de « Johnny and the Dead » de Terry Pratchett. (1995)

 

 

 

 

Albert et Salomon Einstein

Cousins (relativement)

 

 

Dialogue Maïeutique 

 

 

Par le grand Onos, dit Lucien l’âne, un taxidermiste. Comme tu peux le penser, nous les ânes, on n’aime pas trop penser à la taxidermie. On préfère nettement l’ignorer et garder l’esprit dégagé de tout souci de ce genre.

 

Je te comprends parfaitement, dit Marco Valdo M.I., et je t’avoue qu’on nous traiterait nous les humains par la taxidermie, on n’aimerait pas ça, tout comme ne l’apprécient pas les ânes et les autres animaux. Ça ne nous plairait pas même qu’on l’évoque, fût-ce dans une chanson.

 

Au fait, Marco Valdo M.I. mon ami, j’ai entendu dire que dans certaines régions d’Amazonie ou dans l’Égypte ancienne, on la pratiquait ou quelque chose d’approchant.

 

Sans doute, Lucien l’âne mon ami, mais ça ne change rien à ce que je viens de dire et d’ailleurs, ces pratiques sont quasiment abandonnées à présent. Imagine un peu ce qui se passerait si on conservait ainsi ses ancêtres ; on les mettrait où ? Mais rassure-toi, le taxidermiste e la chanson est mort depuis longtemps ; très exactement en 1932. Et même s’il habite le cimetière de Blackbury, celui-là même où vit l’alderman Bowler et que traverse Johnny sur le chemin de l’école, il ne risque pas d’exercer sa pratique sur ta personne.D’ailleurs, il a l’air d’être spécialisé dans les renards.

 

Ouf, dit Lucien l’âne. C’est vrai que le renard est décoratif sur un manteau de cheminée et de toute façon, l’âne est bien plus grand et même, trop grand. Pour une cheminée moyenne, s’entend. Mais trêve de diversion, parle-moi de la chanson.

 

D’abord, Lucien l’âne mon ami, on n’a fait que ça jusqu’à présent et ensuite, comme son titre l’indique, la chanson présente un nouveau personnage du cimetière et ce taxidermiste apparaît dans la conversation entre Johnny et l’alderman en réponse à une question essentielle du genre « être ou ne pas être », mais formulée différemment : comment c’est quand on n’est plus et qu’on est encore.

 

« Ah, Monsieur, comment on peut être mort

Et en même temps, se lever, marcher, parler ? »

 

Encore une question à se faire des nœuds dans la tête, dit Lucien l’âne.

 

C’est même pire, répond Marco Valdo M.I., quand dans la réponse vient sur le tapis la question de la relativité et que surgit tout naturellement le nom d’Einstein, qui déclenchent un fameux quiproquo.

 

Un quiproquo ?, dit Lucien l’âne, et pourquoi donc ?

 

Un quiproquo, dit Marco Valdo M.I., notamment quand il apparaît qu’il y a deux Einstein, tous deux spécialistes de la relativité : Salomon et Albert.

 

« Comment ça, Albert ? Oui, Albert, c’est un savant célèbre.

Mais c’est pas Albert ; moi, je parle de Salomon Einstein. »

 

Ajoute à ça, qu’il est aussi question d’un certain Newton – Donald, pas Isaac. Je n’en dirai pas plus, sauf que la chanson finit de manière relativement astronomique et qu’il faut lui laisser suffisamment de mystères pour qu’elle soit relativement intéressante.

 

D’accord, dit Lucien l’âne, c’est une bonne façon de procéder ; je vais illico m’atteler à essayer de les élucider touts ces mystères. Pour l’instant, tissons le linceul de ce vieux monde statique, entre deux guerres, hésitant, pusillanime et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Et Johnny, Johnny Maxwell, vous vous souvenez de lui ?

De son pas d’écolier, Johnny avance sans bruit,

Sur le gravier de la grande allée du cimetière.

Arrêt devant la tombe de l’alderman Bowler.

 

Ah, Monsieur, comment on peut être mort

Et en même temps, se lever, marcher, parler ?

Oh, dit l’alderman, c’est à cause de la relativité ;

Einstein explique ça fort bien, il est très fort.

 

Quoi ? Le mathématicien, le physicien Albert Einstein ?

Comment ça, Albert ? Oui, Albert, c’est un savant célèbre.

Mais c’est pas Albert ; moi, je parle de Salomon Einstein.

C’est qui ça Salomon ? Salomon, c’est un taxidermiste célèbre.

 

Sal est mort en trente-deux, écrasé par une auto.

Sal dit : Je n’ai jamais rencontré Albert.

C’est un cousin relativement éloigné de mon père.

Ah, ah ! Cette blague ne fait plus rire le bistrot.

 

Rue du Câble, dit Salomon, j’aimais ce petit bistro.

Après une journée à empailler les renards,

C’est agréable de prendre un pot.

Alors, j’y allais discuter tous les soirs.

 

Newton, mort après moi, était président

De la Société de la Terre plate, mais

C’est certain, Donald Newton se trompait ;

Et Donald nous trompe, on le sait tous maintenant.

 

Minuit est une ligne en mouvement

Qui fonce à mille-cinq-cents à l’heure

Un couteau noir qui tranche comme le beurre

La miche infinie du temps.

 

Les jours et les nuits sont des événements

Locaux pour sédentaires.

Si on va assez vite autour de la Terre,

On rattrape l’horloge, dit Salomon, relativement.

 

Une nuit et un jour se poursuivent éternellement ;

Il existe donc une nuit qui ne finit jamais.

C’est une question de vitesse relativement parlant.

Il suffit de suivre la ligne de la nuit de près.

 

Et puis, il y a eu la guerre, hier ;

Et puis, il y aura la guerre, c’est évident ;

Et puis, il y a la paix ; pour le moment,

C’est relativement tranquille dans le cimetière.

 

 Le Taxidermiste
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Published by Marco Valdo M.I.
30 juin 2020 2 30 /06 /juin /2020 17:16
LA ROUTE

 

 

Version française – LA ROUTE – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson italienne – La stradaGoran Kuzminac – 2004

 

 

 

 

 

 

 Coppi avait des ailes,

 on aurait dit qu’il volait.

 

 

 

 

Goran Kuzminac (Zenum, 1953Trento, 2018) est un auteur, chanteur, guitariste et médecin italien d’origine serbe.

 

 

Dialogue Maïeutique

 

« La route », dit Lucien l’âne, voilà un titre qui ouvre de grands horizons sur le monde. Dans une de ses chansons, Francis Lemarque l’a définie ainsi très bellement :

 

« La route est un long ruban
Qui défile qui défile
Et se perd à l’infini
Loin des villes, loin des villes »

 

Oui, Lucien l’âne mon ami, je la connais cette chanson ; elle a comme nom : « Les Routiers », elle était chantée aussi par Yves Montand, mais la route n’est pas seulement ce ruban, c’est une personne polymorphe et depuis que tu erres sur les chemins, tu dois en savoir quelque chose.

 

Bien sûr, répond Lucien l’âne, je n’ai pas arrêté de marcher depuis des centaines d’années et crois-moi, j’en ai vu des chemins et des routes. Mais que veux-tu dire avec une personne polymorphe ?

 

Je disais une personne polymorphe, Lucien l’âne mon ami, en référence à la chanson où la route est en effet « personnifiée », où elle a une vie propre. Comme la Guerre de Cent Mille Ans, elle a mille et mille visages et elle peut être considérée de mille et mille façons. On peut en faire toute une histoire et la replacer dans le temps parallèle au temps d’une personne particulière, un temps où elles ont une évolution contemporaine. C’est ce que fait ici Goran Kuzminac. La route qu’il évoque est celle d’un petit village d’une campagne d’un piémont quelque part en Italie. Cette petite route est racontée telle qu’elle est vue par son narrateur au long de sa vie et même avant : d’abord, les souvenances d’antan :

 

« Un temps y passaient les chars à bœufs fracassants

Quand, chargés de bois, ils descendaient lentement. »

 

Puis l’arrivée du fascisme : « D’un coup, l’obscurité tomba » ; puis, la guerre – la deuxième guerre mondiale et ensuite, l’évocation de la grande fête à la libération :

 

« Les jeeps des Alliés se sont avancées.

Les gens sortirent, c’était un véritable rucher.

Mais au lieu de miel, il y avait du vin pour trinquer. »

 

Et encore plus tard, les années d’après, la vie plus civile et plus libre qui reprenait son cours.

 

Oh là là, dit Lucien l’âne, quelle histoire !

 

Certes, reprend Marco Valdo M.I., mais ce n’est pas tout. La petite route est aussi le lieu des grands exploits des populaires chevaliers modernes que sont les coureurs cyclistes et l’épopée de ce héros quasiment mythique qu’est Fausto Angelino Coppi.

 

« Coppi avait des ailes, on aurait dit qu’il volait.

Salué par les applaudissements, il fut le premier à arriver

Et entretemps, encore sur la route, tous les autres de pédaler. »

 

Et de fait, dit Lucien l’âne, le « campionissimo » était un coureur hors norme, un homme aux chevauchées fantastiques – et je me demande toujours ce qui se passait dans sa tête durant ces moments d’immense solitude – au terme desquelles il laissait loin derrière les autres à pédaler sur la route quand lui-même était déjà rendu. Par exemple : à son premier Giro (1940), qu’il gagne, il finit seul l’étape Florence – Modène avec 3’45’’ d’avance ; Giro (1949) – Cuneo – Pignerolo avec 11’ 52’’ – seul pendant 192 km ; Giro del Veneto avec 8’ – seul pendant 170 km ; Milan – San Remo (1946) – avec 14’ d’écart. Sur 110 victoires, il termina 53 fois en solitaire.

 

Tu m’as l’air, Lucien l’âne, de bien connaître les histoires de courses cyclistes ; comment se fait-il ?

 

C’est tout simple, Marco Valdo M.I., j’y étais la plupart du temps, car en tant qu’âne, je me suis toujours intéressé à la route et quand je le pouvais, ma curiosité, un de mes plus forts traits de caractère, me poussait à aller voir passer ces monteurs d’ânes chinois.

 

Des ânes chinois !, demande Marco Valdo M.I., je vois que tu as des lettres.

 

Certes, dit Lucien l’âne, les ânes chinois sont une invention d’Alfred Jarry, par ailleurs, grand amateur de la bicyclette et père du Père Ubu, qui disait que les Chinois désignaient la bicyclette comme un petit âne mécanique qu’on tient par les oreilles et qu’on bourre de coups de pieds pour le faire avancer.

 

Au-delà de ces souvenirs cyclistes, dit Marco Valdo M.I., la route a continué à suivre la marche du progrès et du fameux bond en avant de l’Italie de l’après-guerre, un temps où on noya ses cailloux sous l’asphalte pour en faire un tapis noir pour les autos et les villégiateurs. Je te laisse la fin un peu mélancolique à découvrir.

 

Moi aussi, dit Lucien l’âne, il m’arrive d’avoir de petits coups de bleu et de me laisser reprendre par le passé, mais heureusement, ça finit par passer. Pour le reste, tissons le linceul de ce vieux monde mélancolique, héroïque, cycliste et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Un temps y passaient les chars à bœufs fracassants

Quand, chargés de bois, ils descendaient lentement.

Au lieu de cela, le dimanche, montaient les amants,

À la descente, les bœufs semblaient des ures d’antan.

 

Les vieux avec leur bâton regardaient

Sur le bord de la route, curieux et chuchotaient.

 

D’un coup, l’obscurité tomba et la guerre arriva.

La colonne avec ses conducteurs endormis s’ébranla ;

Sur la terre, les empreintes des chaussures sont restées.

Les jeeps des Alliés se sont avancées.

 

Les gens sortirent, c’était un véritable rucher.

Mais au lieu de miel, il y avait du vin pour trinquer.

 

Les premiers vélos, leurs pneus étaient vides.

Mais, les journaux le disent, ça allait vite

Sur les trous et les cailloux, les roues tournaient.

Coppi avait des ailes, on aurait dit qu’il volait.

 

Salué par les applaudissements, il fut le premier à arriver

Et entretemps, encore sur la route, tous les autres de pédaler.

 

Et le maire fut élu et les travaux commencèrent.

y mit des lampadaires, le trafic augmentait.

Sur les côtés, on mettait des haies ; d’asphalte, on la couvrait.

On voyageait en autocar et c’était l’hiver.

 

Je rentrais de l’école et je restais là à m’ennuyer,

Car sur cette route, on ne pouvait jouer.

 

Je suis né sur la route, je la connais comme une sœur ;

Dans ma valise, j’emporte ma musique et mes chansons dans mon cœur.

Sur la route, on n’est jamais seul, on peut aussi partir

Et tant de fois, je l’ai fait, mais toujours pour revenir.

 

LA ROUTE
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Published by Marco Valdo M.I.
27 juin 2020 6 27 /06 /juin /2020 18:09

 

 

 

 

Le Cimetière

 

Chanson française – Le Cimetière – Marco Valdo M.I. – 2020

 

Scènes de la vie quotidienne au temps de la Guerre de Cent Mille Ans.

Histoire tirée du roman « Johnny et les Morts » – du moins de la traduction française de Patrick Couton de « Johnny and the Dead » de Terry Pratchett. (1995)

 

 

Allée du cimetière

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Avant toute chose, dit Lucien l’âne, j’aimerais quand même que tu me dises ce qu’est un alderman, car ce sont les premiers mots de la chanson et c’est le premier personnage qui apparaît. J’aimerais donc que tu me dises ce que c’est ou du moins que tu m’en dises assez pour que je me fasse une idée.

 

Eh bien, Lucien l’âne mon ami, disons qu’un alderman est, dans les pays anglo-saxons, est une sorte de magistrat ou d’officier public municipal

 

Dans les pays anglo-saxons, dit Lucien l’âne, il me semble que souvent, les choses sont très différentes, tout en étant finalement assez semblables.

 

On peut dire les choses ainsi, reprend Marco Valdo M.I. et c’est nettement le cas, par exemple, en matière de circulation automobile, de poids et mesures, d’unités, de monnaie et même, et surtout peut-être, en matière de cuisine et de nourriture. Cependant, tu as raison, finalement, ça se ressemble. Donc, pour ce qui est de l’alderman, on retiendra que c’est un personnage important sur le plan local.

 

Maintenant, dit Lucien l’âne, qu’est-ce que c’est que cette histoire de cimetière ?

 

Ah, dit Marco Valdo M.I., si j’ai commencé cette série – car c’est une série – par le cimetière, c’est qu’il est le lieu et un des éléments centraux de cette anthologie, calquée – je ne le cache pas – sur celle de Spoon River d’Edgar Lee Masters et sur les chansons qu’en avait tirées Fabrizio De André et d’autres, à commencer par La Colline (La collina, o Dormono sulla collina) et les divers personnages : Juge (Un giudice), Médecin (Un Medico), Soldat (Harry Wilmans, il soldato - Mario Peragallo), Musicien (Il suonatore Jones) et Fou (Un matto). Ici, on commence par le cimetière et le premier « mort » : l’alderman. Je laisse le soin au temps (car il me faudra du temps pour les écrire) de dévoiler les nouvelles figures et le fond de l’affaire. Cependant, en voici le cadre : Johnny, le même garçon que dans Tuer ou ne pas Tuer, en raison du climat familial épouvantablement difficile au moment de la séparation de ses parents, se réfugie chez son grand-père – Papy. Il continue à aller à l’école mais par un raccourci qui traverse le cimetière et c’est là qu’il va entendre certains morts, puis qu’il va connaître une étrange aventure, qui met en émoi la petite ville de Blackbury, en pleine décrépitude avec ses commerces fermés, ses usines en ruines, du fait que la municipalité veut vendre le vieux cimetière à un groupe de promoteurs immobiliers. On y rencontre des « héros de la guerre », héros malgré eux, évidemment. On y viendra en son temps.

 

Quand j’y pense, dit Lucien l’âne, cette petite ville me semble subir le même destin que bien d’autres dans bien des pays. On prend, on utilise et puis, on jette.

 

Cependant, avant que tu conclues, Lucien l’âne mon ami, je voudrais donner encore une ou deux indications, d’abord, à propos de la grand-mère Mémé, femme du Papy, qui avait dû être placée (Alzheimer ?) dans un centre d’accueil pour personnes âgées au doux nom de « Rayon de Soleil » et son quotidien en tout pareil à tous ceux qui se retrouvent à finir la vie dans un mouroir :

 

« Au Rayon de Soleil, à presque cent ans,

Mémé, l’hiver dernier, est morte

En regardant la télé et la porte

En attendant le repas suivant. »

 

On avait déjà abordé cette question en parlant de la chanson de Patrick Font : « La Vieille » et celle de l’euthanasie dans « Euthanasiez-moi » avec cette mémé Wuillemin qui dit l’implacable vérité et sa revendication de liberté.

 

Oh, dit Lucien l’âne, je suis très impatient de connaître la suite de cette anthologie en gestation. Pour l’heure, tissons le linceul de ce vieux monde décrépit, âpre, avide, cupide et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

L’alderman Bowler, un homme sensé,

De toute sa vie, n’avait rien remarqué.

Johnny, lui, remarque plein de choses

Et voir les morts le rend tout chose.

 

Les gens normaux ignorent presque tout

Sauf les choses importantes, voyez-vous :

Se lever, se laver, déjeuner, aller aux toilettes,

Les gens normaux vivent ainsi ; rien ne les inquiète.

 

Tout le jour, Maman fume comme un pompier.

Las de crier, Papa est parti.

Les choses vont peut-être s’arranger.

Johnny s’est installé chez Papy.

 

Pour aller à l’école le matin et revenir le soir,

Le long du canal, il prend le sentier,

Traverse le cimetière par-derrière le crématoire :

Ça raccourcit le chemin de moitié.

 

Un vieux cimetière peuplé de freux, de hiboux,

De mulots, de rats, de chats et de renards.

Un chouette endroit sympa, avec un sous-sol où

Les squelettes sourient dans le noir.

 

Au Rayon de Soleil, à presque cent ans,

Mémé, l’hiver dernier, est morte

En regardant la télé et la porte

En attendant le repas suivant.

 

Le cimetière est une vraie ville

Entre l’avenue du Sud et l’allée du Nord,

Il y a une placette, une sorte de centre-ville

Avec ses mausolées des riches morts.

 

Sur le marbre en lettres de bronze terni,

Alderman Thomas Bowler,

Pro bono publico, c’est écrit.

Johnny frappe à la porte en fer.

 

Oui, dit l’alderman, c’est pourquoi ?

Vous êtes mort ? Certainement !

En mil-neuf-cent-six, par là.

Un très bel enterrement, vraiment.

 

Comment tu t’appelles, mon jeune ami ?

Johnny. Comment c’est d’être mort ?

Bof, parfois, on s’ennuie très fort.

Passe quand tu veux, je ne bouge pas d’ici.

 

 

 Le Cimetière
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Published by Marco Valdo M.I.
25 juin 2020 4 25 /06 /juin /2020 17:34

 

NOS FEMMES

 

 

Version française – NOS FEMMES – Marco Valdo M.I.2020

d’après la traduction italienne de Riccardo Gullotta

d’une chanson turque KadınlarımızŞanar Yurdatapan – 2016
Poème : Nâzım Hikmet
Musique : Şanar Yurdatapan
Interprétée par : Melike Demirağ
Album : 79 Yılında

 

 

 

 

 

FEMME D'ANATOLIE

Ali Demir 1974

 

 

 

 

 

 

ŞANAR YURDATAPAN

 

 

Şanar Yurdatapan est un auteur compositeur et porte-parole de l’Initiative pour la Liberté d’Expression en Turquie – un organisme sans but lucratif, sans comité exécutif et sans aucune structure juridique qui se définit lui-même comme étant un « un mouvement de désobéissance civile qui enfreint les règles anti-démocratiques ».

Né à Susurluk en 1941, Yurdatapan est devenu actif en politique dans les années 1960, quand il rejoint le Parti travailliste turc. Dans les années 1970, il est devenu célèbre pour ses compositions de musique pop. En 1980, Yurdatapan et son (ex)-femme Melike Demirağ étaient contraints à l’exil pour plus de 11 ans. En 1982, il enregistre « Songs of Freedom from Turkey : Behind Prison Bars » (New York : Folkways Records, [1982] ℗1982) – Chansons de la Turquie pour la liberté : derrière les barreaux de la prison » contenant les chansons : Elleriniz = Your hands – Tes Mains ; Kadinlarimiz = Our women – Nos Femmes ; Bu memleket bizim = This land is ours – Ce pays est à nous ; Pervane ile isik = The moth and the light – La mouche et la lampe -- Saz -- Hasret = Longing – Désir ; Kurban = Beloved – Aimé ; Ninni = Lullaby – Berceuse ;-- Savas türküsü = War song – Chanson de guerre ; Elele = Hand in hand – Main dans la main.

 

 

En 1995, le célèbre romancier Yaşar Kemal fut inculpé pour un article paru dans le journal Der Spiegel sur l’oppression de la population kurde en Turquie. Cette situation poussa Yurdatapan et d’autres militants à monter une forme unique de désobéissance civile. Plus de 1000 intellectuels, dont Kemal, ont apposé leurs noms en tant qu’éditeurs d’un livre contenant des textes interdits. Ils ont informé de leur « crime » le procureur général de l’État. Un dossier collectif a été ouvert contre 185 d’entre eux.

En 2003, Yurdatapan, qui s’identifie comme athée, et Abdurrahman Dilipak, un théologien de l’Islam, ont publié ensemble « Opposites: Side by Side » (Des opposés : côte à côte). Divisé en deux parties, ce livre donne aux deux auteurs l’opportunité de discuter de sujets controversés comme le genre, la foi, les droits humains et le fondamentalisme.

L’approche novatrice de Yurdatapan pour la défense de la liberté d’expression ne s’arrête pas là. En 2014, lui et ses collègues ont fondé le Musée des crimes de la pensée, un projet de campagne numérique qui documente les violations de la libre expression en Turquie. L’espace numérique permet aux visiteurs de naviguer dans les couloirs comme un touriste dans un musée réel. Ils peuvent voir le bureau du Procureur général de l’État, marcher à l’intérieur d’une représentation réaliste d’une salle d’audience de la Turquie et en apprendre davantage sur la façon dont la loi turque a été conçue en vue d’étouffer la liberté de la presse.

En 2017, Yurdatapan a été condamné avec sursis à 15 mois pour avoir été « éditeur d’un jour » du quotidien kurde Özgür Gündem. En avril 2018, les accusations de « propagande terroriste » portées contre lui ont été abandonnées.

Depuis fin de 2019, Yurdatapan présente “What’s Goin’ On?”, une émission vidéo mensuelle pour le compte d’Initiative for Freedom of Expression – Turquie, dans laquelle des journalistes et des militants discutent de l’évolution récente de la situation des droits humains en Turquie.

 

 

 

 

NAZIM HIKMET

 

Nazim Hikmet est connu pour ses poèmes d’amour, mais il a écrit des chefs-d’œuvre épiques traduits tardivement, originaux dans leur forme et leur contenu. Son Épopée de la Guerre d’Indépendance (Kurtuluş Savaşı Destanı) a été publiée en 1965. Suivie de Paysages humains de mon pays natal (Memleketimden İnsan Manzaraları), l’histoire de la société turque entre 1920-1940. À cause de l’interdiction qui frappait l’auteur, elle fut publiée après sa mort en 1968. L’ouvrage se développe en 5 livres. Le premier livre décrit les histoires de vie de gens ordinaires dans le train d’Istanbul à Ankara. Le second décrit les passagers d’un train de luxe sur le même trajet : ce sont des bourgeois, des commerçants, des politiciens, des fonctionnaires. Dans le troisième, les gens sont dans des chambres à l’hôpital et à la prison. Dans le quatrième, il décrit les militants en exil en Union soviétique et en France. Dans le cinquième, il décrit la guerre et le climat répressif de la société turque.

 

 

LA CHANSON : KADINLARIMIZ

 

« Kadınlarımız / L’Histoire de nos femmes » est un hymne aux femmes passé sous silence, à l’exception des érudits de la littérature turque du XXe siècle. Il le serait resté s’il n’avait pas été transposé en musique par cette figure singulière de musicien, intellectuel et activiste de Şanar Yurdatapan qui, malgré son âge et son passé, a continué à perturber le régime autocratique turc.

L’introduction qui ne fait pas partie de la chanson permet de mieux situer la chanson. Il s’agit d’un bref dialogue entre le serveur Mustafa, le maître et le chef de la voiture-restaurant de l’Anatolia Express. Mustafa est chargé de lire les exploits de la guerre d’indépendance turque.

On voit, on accompagne, on salue avec inquiétude ce cortège de pauvres paysannes sur des chars à bœufs avec des enfants qui dorment au clair de lune. Elles marchent par une chaude nuit d’août. Elles portent des vivres et des munitions aux soldats turcs, épuisés par des années de guerre, de la 1ère guerre mondiale contre les Anglais et à la suite, contre les Alliés, pas rassasiés d’avoir pris possession des territoires ottomans du Moyen-Orient. Hikmet en quelques lignes inoubliables retrace le visage et la vie de ce peuple de femmes qui ont renoncé à tout sauf à leur dignité, même au prix de leur vie.

 

 

 

Il était 12h10 dans le wagon-restaurant de l’Anatolia Express.

Trois personnes étaient restées dans la voiture :

Le serveur Mustafa, le maître d’hôtel et le chef Mahmut Asher.
Ils s’
assirent à la première table,

Où le dignitaire s’était assis une heure avant.

Les nappes blanches avaient disparu

Et les lampes rouges avaient été éteinte;

Maintenant, seuls restaient de vieux abat-jour.

Ça sentait le bar abandonné.

Et le serveur Mustafa

Lut son épopée :

« AOÛT 1922 »

Et

« L’HISTOIRE DE NOS FEMMES »

Et

« LES ORDRES DU 6 AOÛT … » 

A demandé le chef Mahmut Asher :

« Est-ce là que nous avons arrêté ? »

« Oui.
Nous avons lu en dernier l’histoire de Mustafa Suphi et de ses compagnons,

Et cette section est la suivante ».

« Très bien, alors, lis. »

« Je suis en train de lire :

 

L’HISTOIRE DE NOS FEMMES

 

Les chars à bœufs roulaient sous la lune.

Les chars à bœufs roulaient d’Akşehir à Afyon.

La plaine était si vaste

Et les montagnes si loin dans l’espace,

Qu’il semblait qu’ils n’atteindraient jamais

Leur destination.

Les chars à bœufs avançaient sur des roues en chêne massif,

Les premières roues qui ont jamais tourné

Sous la lune.

Les bœufs appartenaient à un monde

En miniature,

Enfantin et nain

Sous la lune,

Et la lumière jouait sur leurs cornes abîmées et maladives

Et la terre coulait

Sous leurs pieds,

Terre

Et encore terre.

La nuit était lumineuse et chaude,

Et dans leurs lits de bois sur des chars à bœufs

Les obus bleu foncé gisent nus.

Et les femmes

Cachaient leurs regards à l’une l’autre

Tandis qu’elles regardaient les bœufs morts

Et les ornières des convois passés…

Et les femmes,

Nos femmes

Avec leurs merveilleuses mains bénies,

Leurs petits esprits pointus et leurs grands yeux,

Nos mères, nos amoureuses, nos épouses,

Qui meurent sans avoir jamais vécu,

Qui mangent à nos tables

Après les bœufs,

Que nous raptons et emmenons dans les collines

Et nous allons en prison pour cela,

Qui récoltent des céréales, coupent le tabac, coupent le bois et troquent sur les marchés,

Que nous exploitons pour nos charrues,

Qui, avec leurs cloches et leurs pesants flancs ondulés

Se soumettent à nous dans les bergeries

Au scintillement des couteaux plantés dans le sol.

Les femmes,

Nos femmes,

Cheminaient à présent sous la lune

derrière les chars à bœufs et les munitions

Avec la même facilité

Et l’habituelle fatigue des femmes

Traînant des gerbes aux oreilles ambrées jusqu’à l’aire.

Et leurs enfants au cou émacié

Dormaient sur l’acier des obus de 155

Et les chars à bœufs avançaient sous la lune…

D’Akşehir vers Afyon.

NOS FEMMES
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Published by Marco Valdo M.I.
22 juin 2020 1 22 /06 /juin /2020 20:41

 

 

 
 

La grande Chanson

 

 

Chanson française – La grande Chanson – Marco Valdo M.I. – 2020

 

LA NOBLE CABALE 1

 

La noble Cabale ou « La grande chanson de Maître François contant les aventures horrifiques du géant Gargantua et de Pantagruel, le roi des Dispodes. » Chanson en multiples épisodes, en français de ce XXIe siècle, tirée de l’œuvre complet de François Rabelais, selon l’édition « Rabelais. Œuvres complètes », éditée et translatée par Guy Demerson, publiée au Seuil à Paris en 1973, 1020 p. Interprétée de bout en bout par Lucien l’âne en duo avec Marco Valdo M.I.

 

 

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

La grande chanson, marmonne Lucien l’âne, je me demande ce qu’un pareil titre peut signifier. C’est assez flou comme dénomination. Par exemple, en quoi une chanson peut-elle être grande ? Ou petite d’ailleurs ?

 

En effet, répond Marco Valdo. Une chanson peut être grande ou petite (ce qui est la même chose, finalement) de toutes sortes de façons : par la longueur ou par sa réputation. Ici, dans un premier temps, ce sont les deux sens qui s’imposent et expliquer ça. Comme tu le sais, j’ai toujours considéré la chanson comme un genre poétique, littéraire et bien sûr, musical – même si, la plupart du temps, les musiciens sont en retard ou carrément, absents.

 

Sur ce point, je pense, dit Lucien l’âne, que tu as raison et de façon générale, la chanson est un art et sans doute constitue-t-elle l’art lyrique, entendu – c’est le cas de le dire – comme l’art de ce qui se raconte par la voix soutenue par une cadence, éventuellement par un bâton frappé au sol, par la lyre ou n’importe quel instrument ou groupe d’instruments. On peut affiner cette définition, mais elle est fondamentale. Il est temps de rendre à la chanson toutes ses dimensions et de la libérer de l’ostracisme qui frappe une grande partie d’entre elle et qui réserve la dimension d’art au seul lyrisme élitiste parqué dans ses genres et ses institutions, c’est-à-dire la musique classique, l’opéra, le chant, etc.

 

En somme, dit Marco Valdo M.I., c’est comme si on réduisait la marche à la marche olympique, au défilé militaire ou aux processions. C’est absurde, mais c’est pourtant ce qui en est pour la chanson.

 

Ensuite, dit Lucien l’âne, elle peut – être grande ou petite par sa dimension : quelques syllabes ou des milliers de vers. L’Iliade et l’Odyssée en sont de fameuses illustrations et comme on le sait aussi, sont divisées en une série de chants. Et puis, comme on l’a déjà dit, on pourrait fondre l’entièreté des chansons des Chansons contre la Guerre (CCG) en une seule énorme œuvre polyphonique.

 

Soit, dit Marco Valdo M.I., arrêtons ici cette discussion théorique pour en revenir à cette chanson-ci – « La grande Chanson », car comme pour Dachau Express, les Histoires d’Allemagne, Les Histoires lévianes, la Geste de Till, les Lettres de Prison, l’Arlequin amoureux et tout récemment, quelques histoires albanaises, elle sera composée d’une série de chansons qui toutes ensemble la constitueront. Combien il y en aura, je ne le sais pas.

 

Avec toutes ces digressions, dit Lucien l’âne, je ne sais toujours pas de quoi elle parle, ni ce qu’elle va raconter.

 

Évidemment, Lucien l’âne mon ami, et c’est normal, car je ne le sais pas moi-même. Je ne sais ni le nombre, ni le contenu de ce qui sera. Les seules choses que je peux assurément en dire, c’est que ce grand récit sera la transposition de l’œuvre de François Rabelais, du grand œuvre de Maître François, qui vécut à la même époque que Till (1500-1550) :

— Pantagruel Roy des Dipsodes, restitué à son naturel, avec ses faictz et prouesses espouventables, composez par feu M. Alcofrybas abstracteur de quinte essence ;

— La vie treshorrificque du grand Gargantua, père de Pantagruel, jadis composee par M. Alcofribas abstracteur de quinte essence. Livre plein de Pantagruelisme ;

— Tiers Livre des faitz et dictz Heroïques du noble Pantagruel, composez par M. Franç. Rabelais docteur en Medicine ;

— Le Quart Livre des faicts et dits Heroïques du bon Pantagruel. Composé par M. François Rabelais ;

— Le cinsquiesme et dernier livre des faicts et dicts Heroïques du bon Pantagruel, composé par M. François Rabelais, docteur en Medecine.

Un grand œuvre forcément réduit, forcément décomposé, forcément recomposé pour se mettre à vivre sous la forme de ma chanson nouvelle. Mais ce que je sais également surtout pas, c’est si j’arriverai à le faire. Je suis l’ancien navigateur partant pour un supposé tour du monde, je suis le voyageur à pied, simple piéton itinérant, vagabond vaguant sur la vague des plaines au piémont d’une formidable chaîne de montagnes qu’il ne connaît que par sa réputation, par les on-dits d’autres trimardeurs, d’autres explorateurs. C’est ma manière de lire une œuvre que sans cela – à l’exception notable de Laurence Sterne, d’Alexandre Vialatte et d’autres encore, je me serais contenté de survoler.

 

En somme, dit Lucien l’âne, il s’agit de la lire la plume à la main en tentant d’en donner une image de ta composition. En cela, rassure-toi, c’est ce que font les artistes, nombre de créateurs et dans tous les arts. C’est d’ailleurs cet usage de l’extelligence, de la culture accumulée, de l’accumulation culturelle, du savoir partageable qui fait l’humaine nation. Aucun artiste ne travaille « ex nihilo » et même les premiers mots, les premiers pas d’enfant sont inspirés des mots et des pas de l’entourage. On puise tous dans la manne commune.

 

Comme il s’agit de la première chanson de la série, Lucien l’âne mon ami, je réserve d’autres commentaires auxquels je pense ou que j’aurais oubliés pour d’autres dialogues. Ainsi, je te parlerai de Rabelais au fur et à mesure du périple. Cependant, un dernier mot avant de te laisser conclure, je veux attirer ton attention sur deux vers d’où vient le titre générique : « La noble Cabale », car il énonce en quelque sorte le sens de ce détour rabelaisien :

 

« Œuvrant ainsi pour la noble cabale

Des frères humains fuyant en cavale »

 

Oh, dit Lucien l’âne, c’est fort bien ce titre générique et je suis tout prêt à y contribuer moi aussi à cette noble cabale. Pour le reste, j’attendrai ce qu’il faudra pour saisir l’ensemble dans son ensemble. Alors, à présent, tissons le linceul de ce vieux monde raisonneur, rigolard, philosophe, épouvantable et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Si pour mêler profit avec douceur,

On met à haut prix la chanson, son auteur

Prisé sera, de cela soyez sûrs.

Je le sais, car selon ma comprenure,

Cette chanson, de si plaisante figure,

Est d’une utilité si certaine,

M’est avis que me voilà nouveau Démocrite,

Riant les faits de notre vie humaine.

Persévérant, et, si on n’en reconnaît le mérite

L’aura viendra une prochaine semaine.

 

Illustres et valeurs champions,

Recevez mes gentilles salutations.

Vous avez vu, lu et su naguère

Entrecroisant racontars et ritournelles,

Mille et mille chansons contre la guerre,

Susurrées à d’aimables demoiselles,

À chaque soir une nouvelle,

Vous les avez connues si belles,

Laissant pour ce faire de côté,

En grand oubli, les soucis du métier.

 

Sans laisser divaguer l’esprit

Jusqu’en fin tenir en tête ce récit,

Même si devaient disparaître les sites

Ou les livres, la voix reporterait ce chant

Aux enfants aux guerres survivants,

Gagnant les plus grands des mérites,

Œuvrant ainsi pour la noble cabale

Des frères humains fuyant en cavale

Cataclysmes, éruptions, pandémies,

Disette, sécheresse, massacres et tueries.

 

La grande Chanson
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19 juin 2020 5 19 /06 /juin /2020 20:13


À LA BISETTE DU NORD

Version française – À LA BISETTE DU NORD – Marco Valdo M.I. – 2020

d’après la version italienne – AL VENTICELLO DEL NORD – Gian Piero Testa

Paroles : Οδυσσέας Ελύτης [Odysseas Elytis]
Musique : Mίκης Θεοδωράκης [Mikis Theodorakis]

 

 

 

 

 

 Borée

John William Waterhouse - 1903

 

 

 

À la bisette du Nord, j’ai ordonné d’être bonne enfant,

De ne pas venir frapper à ma porte et moins encore, à ma fenêtre,

Car dans la maison où je veille, mon amour est mourant

Et je le regarde dans les yeux, à peine il respire.

 

 

 

Adieu jardins, adieu gorges des torrents,

Adieu baisers, adieu embrassements,

Adieu rivières et promontoires dorés,

Adieu serments pour l’éternité.

 

 

 

Le chagrin m’étouffe, car en ce monde

J’ai perdu mes étés et je suis au seuil de mon hiver.

Comme le navire qui a déployé ses voiles et prend la mer,

J’ai vu les gens se perdre au loin et rapetisser les rives.

 

 

 

Adieu jardins, adieu gorges des torrents,

Adieu baisers, adieu embrassements,

Adieu rivières et promontoires dorés,

Adieu serments pour l’éternité.

 

 

 

Adieu jardins, adieu gorges des torrents,

Adieu baisers, adieu embrassements,

Adieu rivières et promontoires dorés,

Adieu serments pour l’éternité.

 

 À LA BISETTE DU NORD
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16 juin 2020 2 16 /06 /juin /2020 13:00

 

 

Tuer ou ne pas tuer

 

Chanson française – Tuer ou ne pas tuer – Marco Valdo M.I. – 2020

 

Histoire tirée du roman « Le Sauveur de l’Humanité » – du moins de la traduction française de Patrick Couton de « Only You Can Save Mankind » de Terry Pratchett. (1994)

 

 

 

 

 

Tuer ou ne pas tuer

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

À quoi servent les chansons ? Telle est la question, dit Lucien l’âne.

 

Sans doute, répond Marco Valdo M.I., mais dans cette chanson-ci, la question est « Tuer ou ne pas tuer ». C’est à l’évidence une question centrale pour ceux qui imaginent des chansons contre la guerre, et surtout dans La Guerre de Cent Mille Ans.

 

Tuer ou ne pas tuer, dit Lucien L’âne, ça me rappelle cette première phrase du monologue d’Hamlet (Shakespeare, Hamlet, Acte III, I, 56-60) – je donne la référence uniquement pour montrer qu’on peut être un âne et avoir des lettres. Cependant, j’aimerais en savoir plus : qui dit quoi ? À qui ? Quand ? Qui est-ce qui dit? Quel est donc ce sauveur de l’humanité ? Ça m’inquiète énormément, ces sauveurs de l’humanité. J’ai toujours une solide méfiance face aux sauveurs du peuple, du pays, de la nation, de l’espèce, de la race, de l’humanité et tutti quanti. Bref, de tous les sauveurs. Généralement, ces sauveurs de l’humanité mènent le monde tout droit aux massacres les plus épouvantables. Oh, bien sûr, pas toujours tout de suite, mais toujours. Au début, ils se font tout gentils, mais ça finit par se gâter – surtout pour les autres.

 

Qui ? Que ? Quoi ? Quand ? Comment ?, Lucien l’âne mon ami, sont des petits mots, de vrais mots-clés. Ils ouvrent les portes de l’intelligence. C’est la bonne manière d’aborder cette chanson. Alors, celui qui dit, c’est Johnny, c’est un garçon de douze ans, qui joue à un jeu vidéo, intitulé « Le Sauveur de l’Humanité ». Il est carrément accro ; inlassablement, il recommence la partie. Le principe est simple : il s’agit de tuer les aliens étrangers qui arrivent en masse vers la Terre. Dans le jeu, les aliens finissent toujours par tuer Johnny, mais il suffit d’un click sur le « O » de «  Nouvelle partie O/N » et Johnny se retrouve ans l’espace, plus fort, plus expérimenté, avec plus de points et tut recommence. Les aliens étrangers arrivent en force et Johnny tout seul reprend son combat héroïque.

 

Jusque là, dit Lucien l’âne, j’ai suivi. Mais qu’arrive-t-il de si spécial à Johnny ?

 

Eh bien, reprend Marco Valdo M.I., il se fait que soudain, Johnny est interpellé par une voix venant du jeu ; la voix d’une femme qui se présente comme la capitaine de la flotte et qui lui demande d’arrêter de tirer, d’arrêter de tuer.

 

Euh, dit Lucien l’âne, tuer : n’est-ce pas là le but du jeu ?

 

En effet, Lucien l’âne mon ami, et Johnny en est tout abasourdi, d’autant que la capitaine dit que toute la flotte, avec ses centaines, ces milliers de vaisseaux, va se rendre à lui, Johnny. Note que pendant tout ce temps, la vie réelle continue et à la télévision, qui comme chez bien des gens fonctionne en permanence, on donne des nouvelles d’une guerre et de bombardements sur des villes lointaines ; on interviewe des pilotes, assez fiers de leurs « réussites », des experts commentent les massacres avec discernement.

 

Pour Johnny, dit Lucien l’âne, la proposition de la capitaine doit être très surprenante, en effet.

 

Au début, oui, reprend Marco Valdo M.I., car il ne comprend pas d’où vient cette voix, il pense qu’il hallucine ; mais il finit par engager la conversation avec la capitaine et ensuite, par aider les aliens étrangers à passer la Frontière et les sauver d’un destin tragique. Je vois ton regard, Lucien l’âne mon ami ; oui, c’est une histoire pour enfants, c’est un conte moderne fondé sur l’idée d’une légère distorsion de la morale dominante, celle des humains barbares, celle qui dit : « Tuer ou être tué », « L’homme est un loup pour l’homme » – ce qui est vexant pour les loups, et d’autres fariboles du même tonneau. Une distorsion de bon aloi quand la « morale » devient « Tuer ou ne pas tuer ». Ce qui en matière de question et de morale est une tout autre affaire. En clair, il y a au moins une chose exclue : c’est de tuer l’autre. Je te laisse le loisir de développer la logique de cette maxime et puis, il suffit de voir la chanson ; elle en dit beaucoup.

 

Évidemment, la logique, dit Lucien l’âne. Les mots, les questions, les récits, les chansons ont leur logique. Si déjà au départ, a priori, par principe, on peut s’astreindre à ne pas tuer, c’est déjà un formidable progrès ; surtout, si on arrive à inséminer cette pensée chez les enfants. Quant à nous, nous tissons le linceul de ce vieux monde xénophobe, raciste, belliqueux, idiot et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Les missiles sont partis :

Coup en plein dans le vaisseau ennemi.

Une boule de feu rouge, rouge.

Plus rien ne bouge, bouge.

 

Tuer ou être tué, telle est la mission.

Au clavier, je suis le Sauveur de l’Humanité ;

À l’écran, les aliens étrangers à massacrer

Arrivent en masse à l’horizon.

 

À présent, les pilotes d’avions

Sont très très bons.

Ils ont appris par le jeu sur écran,

À répandre la mort sur les gens.

 

C’est juste un jeu ! C’est quoi, un jeu ?

Avec les canons, c’est amusant de faire feu.

Qui êtes-vous ? Je ne comprends pas.

Je suis la capitaine de la flotte, ne tirez pas !

 

En tirant, vous nous tuez pour de vrai.

Les jeux ont juste l’air réel.

Dans les jeux, on ne meurt jamais.

À la télé, le réel a l’air d’un jeu irréel.

 

Ici, on allume, on joue, on éteint.

On vit, on tue, on est tué.

Game over. Le jeu prend fin.

Il suffit de rallumer et de recommencer.

 

Nous sommes comme vous, nous vivons.

Vous avez gagné, nous nous rendons.

Attention ! Nous voulons parlementer.

Attention ! Nous ne voulons pas crever.

 

Nous nous rendons, vous avez gagné.

Nous nous rendons, arrêtez de tirer !

Ne tirez pas ! Nous sommes vivants, nous mourons.

Plus de guerre, nous rentrons à la maison.

 

Nous nous rendons, vous avez gagné.

Nous nous rendons, arrêtez de tirer !

Nous nous rendons, arrêtez de tirer !

Vous avez gagné, vous avez gagné, vous avez gagné.

 

Tuer ou ne pas tuer, c’est une question.

Vivre et laisser vivre, répondre à la question.

Refuser, fusées, fumées, refuser,

Mourir, dormir, le jeu est terminé.

 

 Tuer ou ne pas tuer
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13 juin 2020 6 13 /06 /juin /2020 21:30

 

LA PAPETERIE

 

Version française – LA PAPETERIE – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson italienne – CancelleriaPinguini Tattici Nucleari2014

 

 

 

Cancelleria – PAPETERIE (tiré du PE Le Roi est nu), une sorte de Βατραχομυομαχία – Batracomiomachia ou « La guerre des souris et des grenouilles », un poème ludique de 303 vers qui, dans l’Antiquité, était généralement attribué à Homère – entre les stylos et les crayons qui, suite à la grève générale des gommes, avaient commencé à appeler à la révolution et à l’égalité.

Mais dans l’État libre de Papeterie, la dynamique politique est la même que celle que nous observons tous les jours : les crayons voulaient seulement les mêmes droits que les autres, mais les stylographes socialement élevés et les trombones prolétariens les prennent comme boucs émissaires de leur malaise, car c’est ainsi que la presse du pouvoir les présente. La vaillante lutte des crayons se termine donc par des rivières de graphite.

La transposition de ces événements à un niveau réel se traduit par une critique évidente du populisme qui meut de nombreux dirigeants politiques et touche des couches importantes de population inconsciente.

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Je sais, je sais, dit Marco Valdo M.I., le titre, le titre, toujours le titre et cette fois-ci pas seulement, le titre ; il y a aussi le nom de l’auteur. Que peuvent bien être des « pingouins tactiques nucléaires » et qu’est-ce que c’est que cette histoire de papeterie ? J’anticipe tes étonnements et tes questions.

 

Ben oui, évidemment, dit Lucien l’âne, que je me pose ce genre de questions. Et d’ailleurs, qui ne se les poserait pas ? Toi pour commencer, comme on vient de le voir.

 

Enfin, oui, certes, Lucien l’âne mon ami, mais réglons d’abord la question des pingouins. Il s’agit du nom d’un groupe et il vaut mieux ne jamais se poser de question quant au nom d’un groupe ; il résulte la plupart du temps d’une mystérieuse alchimie que personne ne maîtrise vraiment. Ce point étant résolu, voyons la question du titre. En gros, la Papeterie est le lieu géographique où se déroule la guerre des gommes – à ne pas confondre avec les mémoires de Jules César et sa Guerre des Gaules, qui n’est pas une bataille de verges, n’en déplaise à Apollinaire, mais un de ces multiples épisodes de la Guerre de Cent Mille Ans, où la guerre retrouve sa dimension fondamentale de guerre sociale. Donc, n a un pays, un État, une nation qui est la Papeterie, où éclate une grève des gommes qui entraîne une révolution, menée par les crayons. Pour les détails, il suffit de voir la chanson.

 

Soit, dit Lucien l’âne, mais ne pourrais-tu m’en dire un peu plus sur la chanson elle-même, la situer, pour que je sois un peu au fait des choses.

 

Dans l’introduction italienne que j’ai résumée ci-dessus, répond Marco Valdo M.I., le commentateur se réfère à la Batracomiomachia ou « La guerre des grenouilles contre les souris », une histoire grecque que tu connais sans doute déjà. De mon côté, je ne ferai pas trop allusion à Rabelais et je ferai carrément l’impasse sur « la guerre contre les andouilles » et autres récits pacifistes ; cependant, je me réserve d’y revenir un jour, si on m’en laisse le temps. Ici et maintenant, je veux t’entretenir de la parenté, à mon sens, plus immédiate de cette Papeterie avec la Ferme des Animaux (voir notamment La fattoria degli animali) de Georges Orwell. Je n’en dirai rien de plus, tu connais cette histoire de cochons.

 

Et comment donc, dit Lucien l’âne, c’est une lecture très recommandée aux petits ânes. Cela étant, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde stochastique, plastique, élastique, catastrophique et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

À la télévision, un syndicaliste annonce

Que les gommes partent en grève nationale.

À la nouvelle de l’absence de leurs bourreaux,

Avec joie, les crayons trinquent aussitôt.

 

 

Mais, les bics cherchent à maintenir les crayons

À leur statut social antérieur, mais les crayons

Entendent bien abolir toute distinction

Et dans leurs manifestations, appellent à la révolution.

Les bics tremblent à l’idée que les crayons révoltés

Puissent ébranler leur pouvoir ou pire, les remplacer.

Alors, ils mobilisent la presse pour que leurs adversaires sociaux

Soient dépeints comme subversifs, contre-productifs et déloyaux.

 

 

Mais les crayons veulent seulement l’égalité et la liberté,

Juste les mêmes droits, écoles, bus, cinémas, cafés ;

Ils espèrent que sans les gommes, on entende leurs revendications

Car maintenant, leurs mots ne peuvent plus être effacés.

Les stylographes de la haute bourgeoisie dans leurs salons,

Les agrafes et les trombones des bas quartiers

Imputent aux crayons tous les problèmes.

Et face à la crise, le peuple recourt à l’anathème.

 

 

Les actes de violence ne tardent pas à exploser.

Il n’y a plus rien à manger, la haine seule s’est réveillée

Et une fois les tables renversées,

Des fleuves de graphite se mettent à couler.

 

 

Le Grand Conseil des bics décide l’extermination totale

Des crayons, car ils provoquent des troubles sociaux.

Les règles, les marqueurs, les aiguiseurs et les ciseaux,

De paisibles spectateurs se muent en tortionnaires.

Finalement, les gommes arrêtent leur protestation.

Tous se retrouvent alors devant une nation grise et amère.

Sans crayons, on décide que les gommes doivent émigrer,

Car à quoi sert une gomme, s’il n’y a plus rien à effacer ?

 

 

Seuls les bics restent dans l’État libre de la Papeterie,

Ils chantent et célèbrent leur victoire.

Elle est petite, elle est pourrie,

Visqueuse et dérisoire

Cette morale bourgeoise, en somme.

Pleins de fierté, ils chantent victoire,

Et dans leur lit douillet, paisiblement dorment

Jusqu’à temps que, jusqu’à temps

Que vienne le correcteur blanc.

 

LA PAPETERIE
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11 juin 2020 4 11 /06 /juin /2020 15:27

 

Le Serpent noir

 

Chanson française – Le Serpent noir – Marco Valdo M.I. – 2020

 

Quelques histoires albanaises, tirées de nouvelles d’Ismaïl Kadaré, traduites par Christian GUT et publiées en langue française en 1985 sous le titre La Ville du Sud.(8)

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

Je ne sais, Lucien l’âne mon ami, si on pourra un jour venir à bout de ces disputes qui fleurissent régulièrement aux frontières et qui éclatent sporadiquement en conflits armés.

 

Oh, dit Lucien l’âne, l’histoire est toute semée de ces prurits nationalistes et même, comme on peut le penser quand on réfléchit à la Guerre de Cent Mille Ans, ces hostilités se manifestent jusqu’à la plus petite unité de propriété immobilière, jusqu’aux bords des plus petits morceaux de terrain : on les nomme des conflits de voisinage. Ce sont évidemment des événements minuscules qu’on oublie aisément lors des grands recensements des massacres géants que sont les guerres, mais – on peut me croire sur ce point – c’est la base de tout le reste de la polémologie. On fait toujours la guerre d’abord à son voisin et souvent, pour des riens. Ce sont des affrontements qu’on pourrait éviter rien qu’en en parlant entre soi.

 

Tu as certainement raison, dit Marco Valdo M.I. ; du moins, je le pense. Cela dit, Pour en venir à la chanson, à ce « serpent noir » qui devrait t’intriguer, car c’est un titre énigmatique de plus, comme tous ceux où il est question d’un animal aussi mystérieux. Donc, la chanson raconte une sorte de conflit entre ces proches voisins que sont la Grèce et l’Albanie, un conflit larvé, une guerre d’après la dernière guerre mondiale et qui n’a jamais vraiment éclaté et dont les tensions persistent encore. Cependant, dans ces années-là, c’étaient les années cinquante-soixante du siècle dernier, je ne sais trop exactement, mais certainement pas plus tard, les choses avaient pris une tournure un plus active. On s’était mobilisé des deux côtés, sur la berge d’un ravin, on avait creusé des tranchées et on y avait installé des soldats. On se tirait dessus à l’occasion, mais pas trop, sans pur autant qu’il y ait d’invasion de part et d’autre. Tel est le contexte de cette chanson.

 

Ainsi, c’est une guerre qui est une guerre sans être une guerre, dit Lucien l’âne, et ainsi aussi, cette sorte de guerre ne s’arrêtait jamais entre la Grèce et l’Albanie et peut-être même, est-elle toujours pendante. Si j’ai bien compris, techniquement, depuis 1940, la Grèce n’a jamais mis à l’état de guerre avec son voisin ; mais il est vrai aussi que des discussions sont en cours entre les deux pays. Maintenant, dis-moi, ce serpent noir, que vient-il faire ici ?

 

Eh bien, Lucien l’âne mon ami, il faut te figurer un ravin qui sert de frontière, des tranchées de chaque côté et de la tranchée grecque part un fossé, qui avance tout droit vers la tranchée adverse. La terre qui est déblayée et rejetée tout au long de ce sillon est noire. Voilà le serpent et pour la sentinelle albanaise, un sapeur nommé Zenel, c’est là un animal venimeux. D’autant plus que celui qui creuse cette galerie à ciel ouvert vient – par ennui, par désœuvrement, par taquinerie, par haine – à l’aide d’un porte-voix, provoquer Zenel.

 

Ah, dit Lucien l’âne, provoquer Zenel la sentinelle ; et comment ?

 

Donc, je t’explique, Lucien l’âne mon ami, quand son fossé est assez près de la tranchée adverse pour que la sentinelle puisse entendre ce qu’il crie, ce soldat grec (on ne saura rien d’autre de lui) insulte les femmes proches de Zenel et annonce qu’il se propose de les baiser ignoblement.

 

Évidemment, dit Lucien l’âne, ce sont des manières grossières de provocation profondément idiotes mais qui mettent à coup sûr en colère ceux qui s’en soucient.

 

C’est précisément ce qui se passe, Lucien l’âne mon ami, et Zenel la sentinelle, simple paysan mobilisé en sapeur, c’est-à-dire en mineur, en poseur de mines, va ruminer sa colère et trouver une parade mortelle. Je te laisse la découvrir dans la chanson.

 

C’est mieux ainsi, dit Lucien l’âne, je craignais que tu dévoiles toute l’affaire. Alors, tissons le linceul de ce vieux monde rusé, querelleur, bête, borné et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Tout est calme depuis un moment,

Après des jours et des jours de provocations,

Depuis hier, moins de détonations.

Zenel contemple l’autre côté du torrent.

 

Ici, c’est la berge albanaise du ravin ;

Là, ce sont les tranchées grecques :

Parallèles ; entre les deux fossés, ce matin,

Rampe perpendiculaire, un large sillon grec.

 

Il se traîne vers la tranchée, tout droit ;

Il inquiète terriblement les soldats.

C’est un boyau désert, non armé.

À tenir à l’œil, dit l’officier.

 

Un serpent noir qui avance,

La pointe mortelle d’une lance,

Un soc qui déchire la terre.

Zenel n’aime pas la guerre.

 

Zenel le sapeur vient du nord du pays.

Zenel s’ennuie, le jour, la nuit.

Zenel regarde le reptile progresser.

Zenel dit : Pourquoi l’ont-ils creusé ?

 

Le monstre crie : « Zenel, tu as peur ?

Ta fiancée, ta mère, ta sœur,

Je vais les baiser là à terre. »

Zenel est très très en colère.

 

Zenel ne dort pas, il va au boyau.

Il creuse, il dépose un cadeau.

À l’aube, le crieur arrive, et

Explosion ! Le serpent est écrasé.

 Le Serpent noir
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9 juin 2020 2 09 /06 /juin /2020 20:57
ASIE

 

 

Version française – ASIE – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson italienne – AsiaFrancesco Guccini – 1970

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Dans sa préface à L’Automne à Pékin, enfin si je me souviens bien, Lucien l’âne mon ami, Raymond Queneau soulignait combien ce titre était opportun puisque dans ce roman de Boris Vian, il n’est question ni de l’automne, ni de Pékin. Il n’en va pas du tout ainsi de cette Asie, puisqu’aussi bien, la chanson de Guccini, qui date quand même d’un demi-siècle, – la chanson, Guccini va sur ses quatre-vingts ans –, l’aborda à la proue d’un vaisseau vénitien, orné de l’oriflamme de la Sérénissime. C’était au temps où Venise rutilait, à l’époque où elle emmenait son Lion ailé partout en haut du mât de ses barzes, de ses galères, de ses galéasses, de ses galéones ; il flottait aussi et même surtout, sur ses vaisseaux de commerce. Venise préférait les comptoirs aux colonies ; on y investit moins et ça rapporte plus.

 

« Lion de Venise, Lion de Saint-Marc,

L’armée chrétienne est aux portes de l’Orient,

Dans les ports de l’Ouest, la mer amène sous le vent

Les charges d’ivoire et de brocart. »

 

Évidemment, Marco Valdo M.I. mon ami, c’est une manière d’aborder un autre continent, même si pour les descendants de l’Empire romain, l’Asie n’est pas vraiment une terra incognita. J’y étais chez moi en ma jeunesse folle. Mais à part ça, que raconte la chanson ?

 

D’abord, Lucien l’âne mon ami, je vais une fois encore insister sur le fait que c’est une version française et à l’origine, une chanson italienne de Francesco Guccini que l’on peut tout à fait comparer à Francesco Guccini, lequel commence à avoir des airs d’ancêtre. Cependant, comme tu vas le voir, sa chanson – dans sa version française – n’a pas pris une ride ; on la dirait nouvellement conçue.

 

Oh, dit Lucien l’âne, c’est drôle ce que tu dis, car ça me fait penser à la chanson de Brassens où il est question précisément d’être un ancêtre :

 

« Quand nous serons ancêtres
Du côté de Bicêtre,
Pas d’enfants de Marie, oh non !
Remplacez-nous les nonnes
Par des belles mignonnes
Et qui fument, crénom de nom !
Et qui fument, crénom de nom ! »

 

Ah, Lucien l’âne mon ami, il est des péchés capiteux qui ne doivent rien à l’industrie du tabac. Enfin, à chacun ses préférences, mais comme c’est son anniversaire d’ancêtre de ces jours-ci, on souhaite à Guccini « un buon compleanno », on lui dédie cette version française d'Asie, la chanson de Brassens : « L’Ancêtre » et un bon moment avec le calumet de la paix ; ce serait autre chose que de toucher sur une place publique le monsieur tout blanc. Cela étant, revenons à la chanson qui se garde bien de pareilles allusions, mais offre un voyage oriental et le rêve d’un espace et d’un moment disparus. Le Lion de San Marco était quand même un animal fort belliqueux qui s’en prenait aux Ottomans et finit par perdre toute sa superbe, laissant partir à vau l’eau les Balkans tout entiers, les îles grecques jusqu’à sa Candie si précieuse.

 

Oui, dit Lucien l’âne, et à présent, le grand félin ailé n’a plus qu’à se repaître de touristes pressés avant qu’une grande marée vienne mettre fin aux restes de sa gloire. Ainsi va le long chemin de l’histoire. Pendant ce temps-là, nous tisserons le linceul de ce vieux monde perclus, toussotant, égrotant, avide et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

 

Au milieu des fleurs tropicales, des cris en douce,

La brise légère et lente glissait ;

Sifflant à travers le filet, elle apportait,

Suave, l’odeur de la soif et des épices.

 

 

Lion de Venise, Lion de Saint-Marc,

L’armée chrétienne est aux portes de l’Orient,

Dans les ports d’Ouest, la mer amène sous le vent

Les charges d’ivoire et de brocart.

 

 

Les habits des marchands suintent d’ors,

Leurs soutes recèlent d’énormes trésors,

Aux rives croisent leurs voiles colorées,

D’œillet et de poivre parfumées.

 

 

Brisés par le travail, les dos transpirent ;

À terre reposent l’encens, l’or et la myrrhe ;

Dans le vent, on entend par-dessus la palme,

Le cri de la sueur et de la gomme.

 

 

Et l’Asie paraît dormir, mais flotte en l’air

Son immense culture millénaire :

Les Blancs et la nature ne peuvent défaire

Les Bouddhas, les Chélas, les hommes et la mer.

 

 

Lion de Saint Marc, Lion du prophète,

Ton Évangile court à l’est de la Crète ,

Sur le ciel se détache ton étrange bannière ;

Ce n’est pas le livre, mais l’épée que ta main serre.

 

 

Terre de merveilles, de grâces et de maux, terre

Des animaux mythiques du bestiaire,

Jusqu’au gaillard arrivent des sanctuaires

La fumée de l’encens et du chanvre.

 

 

Et ce parfum intense, percé de mouettes, est

Signe de vains symboles divins,

Et de leur vol haut, ces oiseaux marins

Montrent à Marco Polo la route du Cathay.

 

ASIE
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Published by Marco Valdo M.I.

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