Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
2 juin 2016 4 02 /06 /juin /2016 20:44

CHANSON D’UNE MÈRE ALLEMANDE

 

Version française – CHANSON D’UNE MÈRE ALLEMANDE – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson allemande – Lied einer deutschen Mutter – Bertolt Brecht – 1941

 

 

monté sur un âne,

sur un ânon, petit d’une ânesse. » (Zacharie 9, 9-10) 

 

 


Tu sais, Lucien l’âne mon ami, combien dans l’esprit des gens, la douleur d’une mère qui voit souffrir son enfant, spécialement d’ailleurs quand c’est un garçon, fait une profonde impression. C’est en quelque sorte une de ces séquences archétypales venues du plus lointain des âges et considérablement récupérée par la figure chrétienne de la « Mater dolorosa » et on peut aussi y ajouter mille poésies, spectacles et tableaux. Tout cela donne une puissance terrible à l’évocation d’une situation similaire au mythe. C’est sur cette base symbolique que Bertolt Brecht a construit cette « Chanson d’une mère allemande ».

 

Je n’ignore rien grand-chose de tout cela, ayant moi-même été présent à la naissance légendaire d’un personnage mythique qui sert d’idole à nos idolâtres christicoles. Je suis aussi représenté portant le même sur mon dos lors de son entrée à Bruxelles, dans le tableau célèbre du peintre ostendais James Ensor, parodiant l’entrée du même roi à Jérusalem, comme en témoigne Zacharie :

« Exulte de toutes tes forces, fille de Sion !

Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem !

Voici que ton roi vient à toi :

Il est juste et victorieux,

humble et monté sur un âne,

sur un ânon, petit d’une ânesse. » (Zacharie 9, 9-10)
 

Formidable ta citation, Lucien l’âne mon ami, te voilà confirmé dans un rôle de premier plan au théâtre des marionnettes qui amuse tant notre société. Mais revenons à la mère allemande dont le fils, loin de se promener sur un âne et de proclamer la fin des chevaux et des arcs de guerre, c’est-à-dire la paix et la concorde entre les humains, s’est engagé à suivre le plus infâme et le plus délirant des dictateurs sanguinaires et se promène sur un panzer.

Et la mère qui avait placé tant d’espoir dans ce fils, qui l’avait imaginé en bon fils d’une bonne mère, se rend compte de ce qu’il est devenu et elle énumère ses griefs :

Ah, si j’avais su où te conduiraient tes bottes et les horreurs qu’elles t’induiraient à faire… mais j’ai apprécié ta chemise brune quand elle t’a servi de suaire.

 

Que voilà en quelques strophes une immense tragédie familiale et je pense qu’elle n’est pas seulement familiale et qu’encore une fois, il nous faut lire au-delà des lignes et voir dans cette mère allemande, l’Allemagne elle-même et dans ce fils dévoyé, ce peuple allemand qui s’est laissé entraîner et conduire jusqu’à sa propre destruction par le joueur de tambour de Braunau. Ratata, ratapla. Reprenons maintenant notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde plein de chemises de couleur, de bottes, de brun et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Mon fils, je t’ai offert ces bottes

Et cette chemise brune.
Ce qu’aujourd’hui je sais, l’aurais-je su
Alors, je me serais plutôt pendue.


Mon fils, lorsque j’ai vu ta main 
Faire le salut hitlérien
Je ne savais pas qu’à ainsi saluer
Ton bras se serait desséché.

 

Mon fils, je t’entendais
Parler d’une famille de héros.
Je n’imaginais, je ne voyais, je ne savais
Pas que tu étais leur bourreau.


Mon fils, quand je te voyais
Marcher derrière Hitler,
J’ignorais que jamais, 
Tu ne reviendrais en arrière.


Mon fils, quand tu me disais que l’Allemagne
Ne pourrait plus être reconnue,
Je ne savais pas qu’elle serait devenue
Cendres, sang et ruines.


Je vis la chemise brune que tu portais
Je ne m’y suis pas opposée alors
Je ne savais pas ce qu’aujourd’hui, je sais :
Que c’était ta chemise de mort.

 

CHANSON D’UNE MÈRE ALLEMANDE
Partager cet article
Repost0
Published by Marco Valdo M.I.
2 juin 2016 4 02 /06 /juin /2016 11:47

LA MARCHE VERS LE TROISIÈME REICH

 

Version française – LA MARCHE VERS LE TROISIÈME REICH – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson allemande – Der Marsch ins Dritte Reich – Bertolt Brecht – 1933

 

 

 

 

 

Voici, Lucien l’âne mon ami, une chanson de Bertolt Brecht, ce poète et dramaturge allemand dont nous avions déjà mis en langue française et commenté ensemble la « Légende du Soldat mort », datée de 1918.

 

Certainement, Marco Valdo M.I. mon ami, que je me souviens de ce soldat mort et qui ne s’en souviendrait pas qui l’aurait vu une seule fois dans sa vie. Comment ne pas se souvenir d’une pareille histoire où l’on voit un cadavre se relever de parmi les morts.

 

À ce sujet, Lucien l’âne mon ami, une histoire venue de l’autre côté du front, il y a une anecdote que me racontait ma grand-mère, une Champenoise qui fut infirmière du côté de Verdun dans ces années-là, au temps des gueules cassées. Elle disait que les Français, attaqués par surprise dans leurs tranchées et presque bousculés par l’offensive ennemie lancèrent ce cri de ralliement : Debout les morts et concluait ma grand-mère : et les morts se levèrent et nous eûmes la victoire. Vieux souvenir et sans doute une légende elle aussi. Avec le recul, maintenant que je te la raconte à mon tour, je me dis qu’elle vaut bien le Clairon de Déroulède ou le Drapeau de Reboux et Müller. Mais je l’aime beaucoup, car elle me rappelle ma grand-mère, qui noyait ce souvenir de sa jeunesse d’une larme d’ironie. Cela dit, ces soldats morts qui se relèvent et repartent au combat, quand tu es enfant, ça impressionne.

 

Mais celle-ci, de chanson, elle raconte quoi ?

 

Eh bien, avant de répondre à cette question, je te suggère, mon ami Lucien l’âne, de considérer que cette chanson a été écrite en 1933, année où dès le mois de janvier, le Führer devient chancelier d’Allemagne, autrement dit accède au pouvoir. C’est de cela que parle la chanson et Brecht brocarde le Führer et ses vanteries et Brecht se moque de ce Troisième Reich qu’il ne pourra empêcher d’exister et de détruire l’Allemagne entière, une grande partie de l’Europe et des millions de gens. Regarde bien et tu verras que Brecht parodie les thuriféraires du héraut du national-socialisme.

Elle vient bien cette chanson de Brecht après que les SA ont ouvert la marche :

« Au pas de l’oie, vers d’autres victoires,

En levant haut la jambe, en levant haut le genou,

Marquer le pas, surtout pas d’arrêt ;

Marcher sur place, surtout pas d’arrêt,

En levant haut la jambe, en levant haut le genou. »

Et dans quelque temps, volens nolens, le peuple du troisième Reich suivra.

 

Examinons-la de près et reprenons notre tâche et tissons – encore et toujours – le linceul de ce vieux monde fanfaron, marcheur, épique et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Le Führer dit : maintenant, c’est le dernier hiver, le dernier !

Seulement ce n’est pas le moment de mollir, il faut marcher !
En avant, le Führer dans sa douze cylindres, nous entraîne !
Marche, il ne faut pas perdre le contact ! Marche, marche, marche ! 

 

Qu’il est long le chemin vers le Troisième Reich, mes enfants!
Comme il s’étire, c’est à n’y pas croire, croire, 
C’est un grand arbre que le chêne allemand,
Du haut, on voit luire l’espoir.

 

Le Führer dit : Maintenant, on n’ira plus informes !

Il l’a déjà dit aux industriels allemands :
Nous voulons acheter de nouveaux uniformes.
Le capitaine Röhm ne nous aime pas sans. 

 

Qu’il est long le chemin vers le Troisième Reich, maman !
Un peu d’amour le raccourcit de moitié.
C’est un grand arbre que le chêne allemand,
Et les rapports entre camarades sont renforcés.

 

Le Führer a dit qu’il vivra longtemps encore,
Et qu’il sera plus âgé qu’Hindenburg, sans souci.
Et qu’il n’a pas du tout peur de la mort.
Pour cela, il n’est pas pressé et c’est ainsi.

 

 

Qu’il est long le chemin vers le Troisième Reich, mes enfants !
Comme il s’étire, c’est à n’y pas croire, croire, 
C’est un grand arbre que le chêne allemand,
Du haut, on voit luire l’espoir.

LA MARCHE VERS LE TROISIÈME REICH
Partager cet article
Repost0
Published by Marco Valdo M.I.
1 juin 2016 3 01 /06 /juin /2016 16:25

LA GRÈVE INTERNE

 

Version française – LA GRÈVE INTERNE – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson italienne – Sciopero interno – Fausto Amodei – 1969

 

 

 

 

En avant camarades !

Faisons la grève interne !

 

 

 

Comme tu le sais sans doute, mon ami Lucien l’âne, dans les années 70 du siècle dernier, la Fiat était à l’Italie ce que la Régie était à la France, une sorte de monument national ; un peu comme les pyramides le sont à l’Égypte. Et dans une grande part, le sont restées.

 

Tu exagères peut-être un peu, Marco Valdo M.I. mon ami, mais il y a certainement de ça.

 

Lors donc, la Fiat, entreprise turinoise, trônait sur l’Italie. D’ailleurs, en Italie, il y avait des Fiat à tous les coins de rue et elles faisaient couci-couça la fierté nationale ; même à l’étranger, surtout là où on trouvait une communauté italienne immigrée ; on trouvait des Fiat et des pizzerias.

 

C’est encore assez le cas aujourd’hui. Dès lors, une grève à la Fiat était, elle aussi, un événement qui dépassait les frontières de l’entreprise, qui franchissait les murs de l’usine, même quand cette grève se faisait à l’intérieur des ateliers, quand c’était une grève (en) interne. D’ailleurs, cette grève en interne – c’est ce que raconte la chanson de Fausto Amodei, qui se réfère à cet automne chaud chez Fiat en 1969 – était elle aussi – au début une particularité de la Fait et sans doute, de Mirafiori. C’était une nouvelle façon d’agir ; pour parler comme les stratèges, une nouvelle tactique d’auto-défense et de résistance ouvrière dans la Guerre de Cent Mille Ans [[7951]] que les riches font aux pauvres afin d’assurer leur domination, de renforcer leurs privilèges, d’augmenter leurs profits, d’imposer l’exploitation. Aux dernières nouvelles, en ce qui concerne la Fiat (mais évidemment ailleurs aussi), cette lutte est toujours en cours.

 

Je le vois, je le sais, on vit actuellement dans un climat de grèves et de luttes depuis des années ici et au train (en grève) où vont les choses, je ne pense pas que ça va s’apaiser de si tôt. C’est un des symptômes du libéralisme en rut. Mais au fait, qu’est-ce qu’elle pouvait avoir de particulier cette tactique de la grève interne ?

 

En premier lieu, elle avait comme fondement non pas une organisation générale qui surplombait toue l’entreprise ou à tout le moins, l’entièreté de l’usine (plusieurs dizaines de milliers d’ouvriers), mais elle se fondait sur des groupes de travailleurs plus réduits, mais plus cohérents qui se trouvaient ensemble dans les ateliers, de groupes homogènes qui servirent de démarreurs et de moteurs à un mouvement plus vaste, né au travers des manifestations qui circulaient à l’intérieur (d’où le « interne ») de la gigantesque usine.

 

Des manifestations à l’intérieur de l’usine ?, dit Lucien l’âne étonné.

 

Eh bien oui, à l’intérieur de l’usine. Des manifestations qui partaient d’un atelier et circulaient en cortège dans les installations. Il faut savoir que cette usine de Mirafiori était réellement immense. Elle s’étale sur 200 hectares et comprend, notamment, des kilomètres de voies ferrées et de routes internes.

Et le cortège – drapeaux et banderoles – s’en allait d’atelier en atelier propager la grève et tout cela débouchait sur des assemblées qui donnaient sens et objectifs au mouvement : grève pour de meilleures conditions de travail, grève pour des horaires moins longs, pour des rémunérations plus correctes, pour des cadences moins folles, pour plus de sécurité au travail, pour des temps de pauses réguliers, pour, pour, pour, etc. Et ces manifestations, ces cortèges, ces assemblées, ces grèves étaient possibles en raison de la taille de l’usine, du nombre élevé d’entrées à l’usine et du très grand nombre de travailleurs ; ils étaient nécessaires pour les mêmes raisons ; ils étaient aussi une excellente façon de contacter tous les travailleurs ou presque : ils étaient à leur poste de travail.

 

Évidemment que c’était une bonne idée, mais il allait oser le faire et ils ont osé. Voyons voir cette chanson et reprenons notre tache et tissons le linceul de ce vieux monde motorisé, exploiteur, exploité et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Nous avons trouvé
Une méthode d’action
Pour mieux casser 
Les couilles au patron.
C’est la méthode la plus rapide et la plus moderne,
Celle qu’on appelle la grève interne.

 

La grève interne
Se fait à l’atelier.
Pour nous, c’est sans danger
Et le patron paie les heures.
Quand on fait grève à l’intérieur,
C’est le patron qui nous crédite.

Il nous suffit d’être
Deux cents grévistes
Et toute l’usine
Ne peut plus fonctionner.
Trop peu de gens en font assez
Quasi-rien n’est fabriqué.


La grève interne
Nous faisons tomber le rendement
Et nous baissons
La production de nonante pour cent
En sabotant la fabrication
Nous réussirons à vaincre le patron


La grève interne
Veut dire en substance
Qu’aujourd’hui je bataille
Et pas que je suis en vacances
Mais que je rencontre les camarades

Pour, dès demain, améliorer la lutte.


La grève interne.
Nous tenons des assemblées.
À nos maîtres et contre-maîtres
Vient la diarrhée
À voir que sans demander leur assentiment,
Nous commandons l’usine dès à présent.


La grève interne.
On fait aussi des manifestations
Et les cadres
Restent plantés là comme des couillons
À voir que même à l’intérieur,
Nous n’avons plus peur.

 

En avant camarades !
Faisons la grève interne !
Ni Dieu, ni Diable
Ne peuvent

Maintenant nous empêcher

De progresser, de diriger et décider.

LA GRÈVE INTERNE
Partager cet article
Repost0
Published by Marco Valdo M.I.
28 mai 2016 6 28 /05 /mai /2016 21:31

L’ÉCONOMIE LIBÉRALE

 

Version française – L’ÉCONOMIE LIBÉRALE – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson allemande – Die freie Wirtschaft – Theobald Tiger, alias Kurt Tucholsky – 1930

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un poème de Theobald Tiger, alias Kurt Tucholsky, publié le 4 mars 1930 dans « Die Weltbühne », la revue que Tucholsky dirigea jusque cette année-là avant de s’exiler en Suède, convaincu que désormais la lutte contre l’arrivée au pouvoir des nazis était perdue…

 

Le nazisme n’était pas l’unique préoccupation de Tucholsky. Il savait que les nouveaux guerriers étaient dangereux, car ils dupaient les masses populaires épuisées par la misère et le chômage, mais aussi, car ils étaient soutenus par de grands groupes industriels, des zélateurs du « libre marché », de la « dérégulation » totale, du capitalisme. En échange de son soutien, ils avaient demandé aux nazis de libérer le pays de tout ce qui sentait le syndicalismele socialisme, le communisme, l’anarchisme.

 

 

Dialogue maïeutique

 

 

Lucien l’âne mon ami, nous venons de voir en quelques phrases la situation de l’Allemagne de ce temps-là. On en avait eu une illustration déjà dans les années qui précèdent. L’Allemagne des années vingt n’était pas un havre de paix et de prospérité. Depuis la fin de la guerre, la population assistait médusée à un affrontement violent entre les tenants de l’ancien régime, les nostalgiques de l’Empereur qui ambitionnaient une sorte de restauration ou espéraient un pouvoir fort, une dictature ; les républicains qui essayaient de se maintenir au pouvoir et de sauver la République et les révolutionnaires – de gauche ou de droite – qui visaient eux aussi la conquête du pouvoir.

Sur le terrain économique et social, la confrontation n’était aps moins vive. Pour les patrons, il s’agissait tout simplement de déconstruire le système social (hérité de l’Empire) trop favorable aux travailleurs, de déconstruire (sinon détruire) les organisations ouvrières, de se libérer de toute concertation, d’imposer la liberté d’exploiter, qui est celle du loup) dans la bergerie, du renard dans le poulailler ; bref, de se débarrasser de toute entrave à la « liberté économique ». Il s’agissait également de mater toute velléité de résistance dans les entreprises et dans le pays.

 

Je vois ça très bien et d’autant mieux que c’est ce qui est en train de se passer aujourd’hui, ici, dans ce pays où nous résidons et sans doute dans les autres pays d’Europe : Regardez ce qu’ils font aux Grecs, ils vous le feront bientôt. On assiste au démantèlement systématique de tout ce qui gêne les riches : diminution des salaires, instauration de la précarité dans le travail, diminution des pensions, allongement de la durée du travail, recul de l’âge de la retraite ; tirs de barrage médiatiques et répression policière contre les pauvres et ceux qui les défendent ; ils dressent les gens les uns contre les autres et tentent de jeter la responsabilité de leurs attaques sur leurs victimes. Je constate aussi que tout cela se fait sans la moindre honte, sans aucune pudeur, à visage découvert, avec une arrogance croissante. On est en plein dans la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font obstinément et sans aucun scrupule contre les pauvres.

 

 

Dans la chanson, Kurt Tucholsky, alias Theobald Tiger, détaille – par la voix d’un héraut du patronat – la situation, toutes les exigences des patrons et les forces (armées et privées) qu’ils mettent en place pour appliquer manu militari leur sympathique programme.

« Dans les entreprises travaillent pour nos idées
Les Officiers de l’ancienne armée,
Les Casques d’acier, les gardes d’Hitler… »

Mais arrivé à la dernière strophe, changement de programme, renversement de la vapeur : Tucholsky-Tiger appelle à la défense et à la conquête du pouvoir dans l’entreprise, dans l’économie, dans l’État par les « prisonniers du travail ». Il en annonce l’avènement :

« Le jour arrivera
Où le p
risonnier du travail dira :
« 
Pas pour vous.
Mais 
pour nous. Pour nous. Pour nous. »

Sans doute en manière de mobilisation face aux périls qu’il n’arrête pas de dénoncer.

 

Et nous pareillement, nous dénonçons l’iniquité du système, l’injustice de l’exploitation, la dangerosité de l’économie libérale, ce qui est notre manière de tisser le linceul de ce vieux monde inique, injuste, dangereux et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Vous devez supprimer ces foutus barèmes
Vous devez faire confiance à votre directeur
Vous devez abandonner ces comités de conciliation
Vous devez avoir plus confiance dans le chef.
Plus de conseil d’entreprise chez nous,
Nous voulons être de libres entrepreneurs !
À bas les groupes – suivez notre enseigne !
Vous suivre, non
Mais nous-mêmes, oui.

 

Pas besoin de maisons pour vos poumons,
Pas de pensions et pas d’assurances.
Vous devriez tous avoir honte,

De prendre encore de l’argent au pauvre État !
Vous ne devez plus rester groupés –
Voulez-vous bien vous disperser
 !
Pas d’unions dans notre secteur !
Pour vous non.
Mais 
pour nous, oui.


Nous formons pour le long terme
Des trusts, des cartels, des fédérations, des ententes.
Avec les flammes de nos hauts fourneaux, nous sommes
Unis dans des sociétés par des intérêts solides.
Nous dictons les prix et les contrats –
Aucune loi de protection ne nous contrarie
Nous sommes bien organisés ici…
Chez vous, non.
Mais chez nous, oui.


Ce que vous faites, c’est du marxisme.
Pas de ça !
Nous conquérons pas à pas le pouvoir.
Personne ne nous dérange. En toute tranquillité

Les gouvernements socialistes regardent.
Nous vous voulons à titre individuel. Aux fusils !

C’est la dernière leçon de l’économie.
La revendication n’est pas encore lancée,
Un professeur allemand ne nous l’a pas encore confirmée.
Dans les entreprises travaillent pour nos idées
Les Officiers de l’ancienne armée,
Les Casques d’acier, les gardes d’Hitler…

 

 

Vous, dans les caves et dans les mansardes,
Ne voyez-vous pas ce qu’ils font de vous ?
Avec quelle sueur se fait le profit ?
Arrivera ce qui arrivera.
Le jour arrivera
Où le prisonnier du travail dira :
« Pas pour vous.
Mais pour nous. Pour nous. Pour nous. »

L’ÉCONOMIE LIBÉRALE
Partager cet article
Repost0
Published by Marco Valdo M.I.
27 mai 2016 5 27 /05 /mai /2016 21:05

DACHAU BLUES


Version française – DACHAU BLUES – Marco Valdo M.I. – 2016

d’après la version italienne de Stanislava

de la chanson tchèque Dachau Blues de Karel Kryl – 1970 


 


Et les tanaisies commencent à fleurer,

 

 

Quand les ombres enroulent leur désir profond,

L’obscurité se livre à la magie
Et résonne quelque part la batterie,
Quand la lune 
jette sur la grille

Deux noisettes de Cendrillon
Avec un oiseau gris,
Quand les cloches ont à peine sonné minuit

Et les tanaisies commencent à fleurer,

Revient à nouveau le mauvais rêve.

Aux fenêtres, il y a encore des fragments de verre

Et le sang qui à nouveau a dégorgé
Dégoutte des discours publics jusqu’à terre.


Si sur la pointe des pieds marche l’angoisse
Comme une fille aux chaussures bleues découvertes
Et la chemise blanche à l’encolure ouverte,
Si la résurrection a été gâchée,
Si le pont a des liens de structure
Qui crie aux amants,
Si l’or pleure du laiton,
Si l’air s’habille de suie
Et qu’en elle s’ouvre le vide des scories,
Voilà qu’à nouveau la peur fait une mosaïque de mensonges
Et pour une camisole de force
A déjà trouvé le Pharisien.


Pleins à craquer nous vomissons

Et les mois commencent un vendredi,
Nous hurlons dans notre sommeil,

À nouveau terrorisés par une ligne signée,
Sous notre courage feint, on cache la pâleur,

Comme Pilate, on se lave les mains,
Si la raison va bras dessus bras dessous avec la stupeur,

Nous n’arriverons pas vivants demain.

Si le mensonge est garant de vérité,
la liberté marche menottée
Et fleurissent les tombes alentour.
Si l’amour est devenu sombre,
Donne un quartz rose à une garce
Et reste sans ornements.
S’il reste la colère sans amour,
Vole les silex aux juifs
Et professe la tolérance.
Et, si privé d’âme, l’esprit
Ressemble à un crapaud
Ou bien à un aveugle qui danse avec l’épée.

 

 
DACHAU BLUES
Partager cet article
Repost0
Published by Marco Valdo M.I.
27 mai 2016 5 27 /05 /mai /2016 14:36

À DROITE TOUTE !

 

Version française – À DROITE TOUTE ! – Marco Valdo M.I. – 2016

Ganz rechts zu singen (1.Oktober 1930) – Erich Kästner

 

 

Sonnez fort fanfares ! 

Maintenant, le troisième Reich arrive ! 

 

 

Salut à toi, Lucien l’âne mon ami et « À ta santé ! », je lève mon verre de vin de Moselle ou du Rhin, un de ces verres au pied vert, pour t’indiquer la traduction française de « Prosit », mot que l’on trouve au début du texte et que je n’ai pas traduit pour garder la couleur locale.

 

Merci et Prosit à toi, Marco Valdo M.I. mon ami, j’aime toujours qu’on me souhaite une belle et bonne santé. Ça fait plaisir.

 

Alors, Lucien l’âne mon ami, avant d’entamer notre dialogue maïeutique à propos de cet « À droite toute ! », en usage usuellement dans la marine, mais ici politiquement recyclé, je voudrais présenter deux personnages cités dans cette histoire et auxquels on ne peut substituer des appellations plus générales ; il s’agit d’ Ullstein et de Kirdorf.

« Nous ne voulons pas mourir pour Ullstein
Mais pour Kirdorf parfaitement d’accord. »

 

 

Qui sont-ils en effet ? Je le sais, Marco Valdo M.I. mon ami, car j’ai de la mémoire.

Ullstein est le nom d’une personne de la communauté juive – et c’est d’ailleurs pour cela que certains le détestent et en veulent à sa vie et du groupe de presse qu’il a créé et développé ; un groupe puissant, prospère indépendant et influent qui défend la République de Weimar.

Kirdorf est le nom d’un industriel (charbon-acier) allemand de la Ruhr, politiquement réactionnaire, nazi, partisan d’une dictature et un des financiers d’Hitler.

 

Comme, d’ailleurs, le nota dans son journal Josef Goebbels, ministre de l’Information du Reich.

 

Donc, Marco Valdo M.I. mon ami, à lire le titre « À droite toute ! », j’ai comme l’impression que c’est un texte d’actualité et que ce n’est pas uniquement une histoire d’Allemagne d’il y a longtemps.

 

Lucien l’âne mon ami, il y a du vrai dans ton impression. On est bien dans l’actualité dans le pays où nous résidons, mais également à l’échelle de l’Europe et du monde. Le « À droite toute ! » est bien la politique de ceux qui ont en mains les rênes du pouvoir ici actuellement. Toutefois, le texte parle de l’année 1930 et de Berlin. On est donc factuellement et historiquement dans la République de Weimar en pleine course vers sa dissolution dans le Reich nazi. C’est le discours triomphal d’un inconnu partisan d’un pouvoir (très) fort, d’une dictature :

« C’est une dictature dont on a besoin là
Bien plus que d’un État. »

Discours qu’on trouve à présent dans les propos, les discours, les harangues de nombres de nos contemporains tout au travers de l’Europe : de la Pologne à l’Espagne ou à la Grèce. Dès lors, ton impression recoupe bien la réalité actuelle. J’en suis persuadé ; je pensais également à la Hongrie, à l’Autriche et même à l’Italie et à la France. Certains sont plus avancés que d’autres, mais c’est perceptible partout.

 

Oh, dit Lucien l’âne, l’Allemagne se retient encore, mais il suffirait de peu de choses pour qu’elle bascule.

 

Pour l’instant, enchaîne Marco Valdo M.I., elle vit dans une certaine stabilité au détriment de la périphérie européenne ; elle est dans une position de domination et en tire avantage. On dirait une sorte de colonisation aux marches de l’Europe du Sud. Mais cet état de choses ne peut durer. Soit ce qu’ils ont fait aux Grecs est étendu à d’autres pays (la frange méditerranéenne, en premier) ; soit la raison finit par l’emporter quand même et l’Europe entière change de cap, met en place une autre politique et enraye l’offensive libérale et ses séquelles nationalistes.

 

Mais, ajoute Lucien l’âne, ce serait une démarche révolutionnaire, une réforme fondamentale qui bouleverserait le système. Évidemment, elle a peu de chances d’aboutir dans le calme ; elle ne peut se faire sans rencontrer de très grandes et très dures oppositions du côté des riches, des puissants et de leurs affidés. C’est un épisode classique de la guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants font à l’encontre des pauvres afin de maintenir et de renforcer leur domination, d’accroître leur pouvoir, d’étendre leurs privilèges, de multiplier leurs profits et de garantir leurs richesses.

 

Je rejoins tout à fait ton analyse. Ainsi, ces Histoires d’Allemagne montrent deux choses : soit on réussit à changer de cap dans le sens que tu indiques ; soit on va vers la répétition d’événements fâcheux et leurs cortèges macabres.

« Youpie, tralala, alors il ne restera rien. »

 

Oh, tu sais comme moi, Marco Valdo M.I. mon ami, qu’on ne peut que dire ce que l’on pense et poursuivre de la sorte notre tâche et tisser le linceul de ce vieux monde brutal, inconscient, libéral, réactionnaire, nationaliste et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien l’âne.

 

 

 

 

Sonnez fort fanfares ! 
Maintenant, le troisième Reich arrive ! 
Prosit au détournement de vote ! 
C’était la première imposture !

 

Le vent tourne.

Maintenant, siffle un air nordique de caractère.

Par le tonnerre de Wotan, maintenant commence

La bêtise comme mouvement populaire.

 

Nous avons le cœur du côté droit, 
Car ils ne nous ont laissé aucun choix. 
Les têtes n’ont quand même pas d’utilité. 
Avec, l’Allemand ne peut pas tirer.

 

Il n’y a pas de plus belle mort au monde, 
Que celle par millions.
L’industrie nous donne du nouvel argent 
Et des armes à prix coûtants.

 

Nous n’avons pas besoin de pain, et il n’y a qu’une urgence : 
L’honneur national ! 
De la mort de nouveaux héros, nous avons un besoin vital

Et de grandes mitrailleuses.

 

Et par conséquent, les Juifs dehors ! 
Ils doivent partir pour une destination lointaine
Nous ne voulons pas mourir pour Ullstein
Mais pour Kirdorf parfaitement d’accord.

 

La vague allemande pousse
Comme le chêne vers le haut
Et Hitler est l’homme qu’il faut
Pour faire mousser la mousse.

 

Le Reichstag est une porcherie, 
Où aucun porc ne s’y connaît. 
Un roulement de tonnerre clamait
Le Parlement est une saloperie !

 

C’est une dictature dont on a besoin là
Bien plus que d’un État. 
Les Allemands comprennent seulement,

Les Diktats, c’est évident.

 

Messieurs, une chose est sûre

C’est d’un putsch qu’on a besoin ! 
Et si l’Allemagne court à sa perte, 
Youpie, tralala, alors il ne restera rien.

À DROITE TOUTE !
Partager cet article
Repost0
Published by Marco Valdo M.I.
11 mai 2016 3 11 /05 /mai /2016 21:01

UNE HISTOIRE

 

Version française – UNE HISTOIRE – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson italienne – Una storiaEtruschi from Lakota – 2013

 

 

 

Pour commencer et commenter :

La même histoire, vue autrement.

 

« Vergogna !»

 

SOUTIEN AUX VICTIMES DE STEPHAN SCHMIDHEINY

EX-PDG DE LA MULTINATIONALE ETERNIT SUISSE

 

La Cour de cassation italienne a annulé mercredi soir la condamnation de Stephan Schmidheiny, cet industriel suisse jugé coupable d’avoir provoqué la mort de près de 3.000 personnes dans ses usines d’amiante en Italie. Ancien propriétaire d’Eternit Suisse et ancien actionnaire important d’Eternit Italie (de 1976 à 1986), il avait été condamné pour « catastrophe sanitaire et environnementale permanente intentionnelle » et infraction aux règles de la sécurité au travail dans les usines de produits à base d’amiante-ciment (tubes, plaques, etc). Le procureur, en premier lieu, puis les juges, ont considéré que les faits pour lesquels il avait été condamné en première instance en février 2012 à 16 ans, puis en appel en juin 2013 à 18 ans de réclusion, étaient prescrits.

Un cri a jailli dans la salle de la cour de cassation : « Vergogna ! », repris par tous ceux et celles qui se sont battus depuis des années pour que ce crime à grande échelle soit enfin reconnu par la justice et condamné. Mais, la reconnaissance de ce crime demeure inscrit dans cette histoire judiciaire, puisque l’annulation porte exclusivement sur la prescription! Les faits ne furent pas prescrits pour les juges de première instance et d’appel… Pour les victimes, leurs familles et nous tous, citoyens engagés dans l’action pour la condamnation des crimes industriels, ces faits ne seront jamais prescrits !

La rage au cœur, continuons le combat.

Contact :

Annie Thébaud-Mony : 06 76 41 83 46

Rome, le 19 novembre 2014

 

 

 

 

 

 

Maintenant, voici une histoire que je vous veux rappeler 
Elle parle d’une commune qui ne veut pas donner de travail 
À une famille qui n’a plus père et qui vaille que vaille
Ne sait plus que faire et ne sait pas comment manger

Puis, entre dans l’histoire un homme peu ordinaire
Il se présente à leur porte pour proposer à la mère
« Je te donne l’argent, je te donne la nourriture, je te donne l’air ! 
Mais ton garçon en échange aura à faire ! »

Dans l’ignorance provinciale 
Personne ne sait comme l’amiante fait mal. 
Le jeune diplômé, tout content, 
Ne laisse pas échapper l’occasion un instant !

Dans l’ignorance provinciale 
Personne ne sait comme l’amiante fait mal. 
Le jeune diplômé, tout content, 
Ne laisse pas échapper l’occasion un instant !

Mais on ne sait pas ce qu’il faut penser.

Dans l’ignorance provinciale 
Personne ne sait comme l’amiante fait mal. 
Maintenant, voici une histoire que je vous veux rappeler

Elle parle d’un garçon qui s’est fait tuer 
Dans l’ignorance provinciale 
Dans l’ignorance provinciale 
Personne ne sait comme l’amiante fait mal.

UNE HISTOIRE
Partager cet article
Repost0
Published by Marco Valdo M.I.
11 mai 2016 3 11 /05 /mai /2016 18:12

QU’AVEZ-VOUS, MADEMOISELLE ?

 

 

 

Version française – QU’AVEZ-VOUS, MADEMOISELLE ? – Marco Valdo M.I. – 2016

D’après la version italienne de Riccardo Venturi d’une

Chanson populaire slovène – Kaj ti je deklica – anonyme – 1914-18

 

 

 

 

 

 

 

« Qu’avez-vous, mademoiselle / Pourquoi êtes-vous triste ? / Ce n’est rien, une douleur, /J’ai mal au cœur. / Mon ami est tombé à la guerre,». Ainsi cette chanson populaire slovène de l’époque de la « Grande Guerre » qui doit être, sans aucun doute, comptée parmi les plus belles et les plus émouvantes de tout le conflit, toutes langues considérées. De la chanson sont usuellement chantées seulement les premières trois strophes, et en ordre varié, sauf la première qui reste toujours en tête. La dernière strophe est presque toujours omise. [RV]

 

 

 

Qu’avez-vous, mademoiselle
Pourquoi êtes-vous triste ?
Ce n’est rien, une douleur,
J’ai mal au cœur.

 

Mon ami est tombé à la guerre,
Mon ami, relève-toi pour moi.
Comment et où me relever ?
Une balle m’emporta.

 

Je me vêtirai de noirs habits,
Vrai, il a été mon ami,
Vrai, il a été mon ami
Et maintenant mort, il gît.

 

Sur sa tombe je vaguerai,
À sa tombe, j’irai toute seule 
Et là je rêverai de tout ce que
Nous deux, nous avons été.

 

 

QU’AVEZ-VOUS, MADEMOISELLE ?
Partager cet article
Repost0
Published by Marco Valdo M.I.
8 mai 2016 7 08 /05 /mai /2016 21:41
MISTER C

Version française – MISTER C – Marco Valdo M.I. – 2016

d’après la version italienne de Riccardo Venturi

d’une

 

Chanson polonaise – Mister C – Aleksander Kulisiewicz – Sachsenhausen, 1940
Musi
que : Henryk Wars ("Czarny Jim", 1939)

 

 

 

Aleksander Kulisiewicz et sa guitare

 

 

 

 

« Mister C » est Winston Churchill, le premier ministre anglais à l’éternel cigare à la bouche quientre la défaite de la France et l’entrée en guerre des États-Unis, incarna le dernier espoir que l’Europe prisonnière avait de vaincre les Allemands. Écrite après qu’étaient arrivées au lager de Sachsenhausen les terribles nouvelles de la retraite alliée de Dunkerque, en France septentrionale, « Mister C » fut présentée pour la première fois pendant une réunion secrète dans le Bloc 3 du camp de concentration, où, Kulisiewicz se rappelle qu’ « étaient exécutées plus mordantes et obscènes satires antifascistes en plusieurs langues ». Quelques vers de « Mister C » (écrite par ailleurs dans une sorte de véritable « argot du lager», où les mots allemands sont nombreux) sont délibérément obscurs. L’« île de Rügen », à savoir la plus grande île allemande située dans la mer Baltique, évoque danciennes luttes de frontière entre les populations slaves et germaniques (Rügen était l’ancienne installation slave de Rujana chassépar les Allemands). Le « vent de l’est » fait allusion à l’aide que les prisonniers espéraient avoir de l’Union soviétique en dépit du fait que le pacte de non-agression entre Hitler et Staline était, alors, encore en vigueur.

Aleksander Kulisiewicz (1918-1982) était un étudiant en droit en Pologne sous occupation allemande quand en octobre 1939, la Gestapo l’arrêta pour ses écrits des antifascistes et il l’envoya au lager de Sachsenhausen, près de Berlin. Kulisiewicz était un auteur-compositeur de talent : pendant ses cinq ans de captivité, il composa 54 chansons. Après la Libération, il se souvint non seulement de ses propres chansons, mais aussi de celles qu’il avait appris de ses camarades de captivité, et il dicta des centaines de pages à son infirmière dans un hôpital polonais.

 

En tant « auteur et parolier», Kulisiewicz préférait les ballades descriptives, en usant d’un langage agressif et brutal pour reproduire les circonstances grotesques dans lesquelles il se trouvait avec les autres ; mais son répertoire comprenait même des ballades qui, souvent, ils évoquaient la Pologne natale avec nostalgie et patriotisme. Ses chansons, présentées pendant des rencontres secrètes, aidèrent les prisonniers à faire face à la faim et au désespoir, en soutenant leur moral et leurs espoirs de survie.

 

En plus de revêtir une importance spirituelle et psychologique, Kulisiewicz soutenait que les chansons du lager pouvaient même être une forme de documentation. « Dans le camp », écrivait-il, « j’ai toujours cherché à créer des vers qui servaient de reportage poétique direct. J’ai employé ma mémoire comme une archive vivante. Les amis venaient chez moi et me récitaient leurs chansons. » Presque obsédé par les sons et les images de Sachsenhausen, Kulisiewicz commença à rassembler une collection privée de musique, de poésie et d’œuvres d’art créées par les prisonniers.

 

Dans les années 60, il s’associa aux ethnographes polonais Józef Ligęza et Jan Tacina dans un projet de recueil d’interviews écrites et enregistrées d’ ex-prisonniers des lagers à propos de la musique dans les camps de concentration. Il commença même à faire une série de spectacles, transmissions radiotéléphoniques et enregistrements de son répertoire de chansons de captivité, qui s’amplifia jusqu’à comprendre du matériel provenant d’au moins une douzaine de camps.

 

L’énorme étude de Kulisiewicz sur la vie culturelle dans les camps et sur le rôle décisif que la musique y jouait comme moyen de survie pour de nombreux prisonniers resta inédite jusqu’à sa mort. La collection créée par lui, la plus vaste collection existante de musique composée dans les camps de concentration, fait maintenant partie des archives de l’United States Holocaust Memorial Museum à Washington.

 

 

 

Vain Dieu, c’est déjà la seconde année, 
Et 
cabriole encore la croix gammée ;

Rien, semble-t-il, ne peut la fatiguer,
Mieux vaut alors s’agenouiller.

 

Suprême, grand Führer en fureur,
Ce bandit de goy – ce barbouilleur,
A la tête pleine d’eau de vaisselle
Et son Volk idiot hurle « Heil ! »

 

Mister C mâchonne son cigare
Souffle la fumée faisant des ronds ;
À l’entour, l’Europe s'égare
Et lui, la regarde et tient bon.

 

Mister C, tel un dragon, soufflera
Et sur Adolf et sur son « Sieg ! » crachera.
Sur l’île de Rügen, il l’enterrera
Peut-être même déjà en quarante-trois.

 

Peut-être, oui ! Peut-être, peut-être.
Qui peut le savoir avec certitude ?
Malheureux Führer, la mer est profonde,
Spécialement la mer d’Angleterre.

 

Yum-pum-Tiu, tagada !
Yum-pum-dju, téguédé !
Peut-être, peut-être… et qui le sait ?
Peut-être le vent de l’est aidera.

 

 

MISTER C
Partager cet article
Repost0
Published by Marco Valdo M.I.
3 mai 2016 2 03 /05 /mai /2016 21:00

LE POIRIER SUR LLORELEI 
(d’après un événement vrai)

 

Version française – LE POIRIER SUR LA LORELEI (d’après un événement vrai) – Marco Valdo M.I. – 2016

 

Chanson allemande – Der Handstand auf der Lorelei (Nach einer wahren Begebenheit) – Erich Kästner – 1932

 

 

 


Lorelei - interprétation de Karl Valentin (1906)

 

 

 

 

 

 

Cette fois, avec cette chanson de notre ami, Erich Kästner, nous partons à la chasse à la légende germanique et à ses héros. Je dis les choses comme ça, car Erich Kästner adapte ici une légende du Rhin, mais à sa manière et dans un but précis.

 

 

Commençons, si tu veux bien, Marco Valdo M.I. mon ami, par le commencement. De quelle légende rhénane s’agit-il ? Et que raconte-t-elle ? Tu m’avais déjà servi Faust l’autre jour, Ulenspiegel avant et qu’en est-il cette fois-ci ? Ensuite, et ensuite seulement, on pourra aborder ce qu’en a fait Erich Kästner.

 

 

Procédons donc par ordre. Il y eut d’abord l’histoire que rapporta Brentano (1801), dans laquelle c’est Laure Lay, alias Lorelei, qui se noie par désespoir d’amour dans le Rhin au pied de l’éperon rocheux connu sous le nom de Lorelei et sur celle que composa à son tour, Heinrich Heine (1823) dans laquelle un batelier troublé par la Lorelei, une belle blonde, finit par couler avec sa barque.

 

Prenant appui sur la légende allemande, ce « Poirier sur la Lorelei » d’Erich Kästner raconte l’histoire d’un héros, fanatique des traditions et des mythologies germaniques, gymnaste endurci, qui s’en va faire le poirier sur la tête au sommet du rocher de la Lorelei et évidement, s’en va finir le cou cassé au bas de la paroi rocheuse.

 

Comme tu le devines, cette Lorelei est une personne très romantique et portée aux amours excessives.

 

 

Cette légende de la Lorelei m’est connue, dit Lucien l’âne, et cette « belle blonde » enchanteresse me paraît incarner Germania elle-même.

Donc, Lucien l’âne mon ami, je retrace le tableau : une blonde rebondie qui se peigne, une femme séductrice et parfois, séduite, un amoureux aux abois, telle est la trame de la légende. Une histoire romantique qui se passait dans un siècle romantique, très appréciée des poètes – en langue française, il y eut des Lorelei chez Nerval et Apollinaire, notamment.

 

Mais, dit Erich Kästner : « Nous changeons. Y compris les bateliers », et en 1932, l’ambiance culturelle est passée à un romantisme plus sportif et musculeux. La « belle blonde » s’appelle toujours Lorelei, elle campe toujours sur son rocher, elle n’en finit toujours pas de lisser sa chevelure.

 

Mais le batelier a changé ; il a des mœurs plus viriles, il se laisse porter par un amour puissant, musclé, fanatique. Il se promène nu dans les bois, s’exerce en rythme, marche comme une oie en groupe serré et s’applique aux performances de gymnastique. Il vise à atteindre la force par la joie et à conquérir la belle Lorelei par un exploit sans précédent. Il va, désireux d’éblouir, tel un paon germanique, se dresser tout là-haut au bord de la falaise qui surplombe le Rhin. Il s’y plantera sur les mains, en poirier.

 

 

Je vois le tableau, dit Lucien l’âne en riant : le m’as-tu vu, tout nu, au bord du gouffre.

 

 

Et ce qui devait arrivera. Tout à son admiration, troublé par les ondulations capillaires, il perd l’équilibre et chute dans le vide. Arrivé au sol, il se casse le cou au pied du rocher de la Lorelei, qui démêle ses cheveux. Telle cette aventure, revue par Erich Kästner.

 

Il reste à identifier les protagonistes, dit Lucien l’âne, car j’imagine que Kästner, à son habitude, a usé de la parodie comme d’une arme politique.

 

 

Bien sûr, Lucien l’âne mon ami. Lorelei, la blonde germaine des bords du Rhin, n’est autre que l’Allemagne et le brillant gymnaste à moustache n’est autre que l’ineffable Adolf Hitler. Dernière pointe tirée contre le sportif amoureux de 1932, Erich Kästner lui révèle (Oh, Cassandre!) son destin : après une dernière pirouette, périr, périr, il n’est pas de héros à moins.

 

Un dernier mot à propos de la Lorelei proposée pour illustrer cette poésie sarcastique. Comme il apparaît à l’œil exercé, cette Lorelei est un homme qui manifestement se moque du mythe. Il s’agit d’une photo de Karl Valentin, prise en 1906. Karl Valentin est un poète et artiste satirique très peu convaincu par le respect des légendes et traditions et distribuant assez volontiers des litres d’acide comique. Son humour ravageur appliqué au pouvoir lui valut quelques ennuis au temps de l’oncle Adolf.

 

 

Ceci dit, Marco Valdo M.I. mon ami, dit Lucien l’âne, il fallait un sacré courage pour écrire ça à Berlin en ces temps-là. Il n’y a rien d’étonnant qu’ils aient brûlé tous ses bouquins.

 

Maintenant reprenons notre longue tâche et tissons le linceul de ce vieux monde inconscient, dérisoire, fanatique et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

La Lorelei, à la fois fée et rocher,
Se tient sur le Rhin, près de Bingen. Là-bas
Où autrefois, la tête à l’envers, un batelier 
Subjugué par ses cheveux blonds, se noya.

Nous changeons. Y compris les bateliers.
Le Rhin est canalisé et régulé.
Le temps passe. Quand on navigue, on ne meurt plus 
Car une femme blonde se peigne l’occiput.

 

Néanmoins aussi, de nos jours comme hier,
Certains se voient encore à l’âge de la pierre.
Mais il n’existe pas de légende allemande si tôt,
Où l’on peut trouver de héros.


Récemment, sur la Lorelei, un gymnaste a effectué,
Tout en haut au-dessus du Rhin, un poirier !
Tous les vapeurs lançaient des cris d’effroi 
Quand sur la paroi, on le vit tête en bas.


Il se tenait comme sur les barres.
Avec le dos cambré. Et des gestes bizarres. 
On ne demandait pas : A-t-il tout son entendement ?
C’était un héros. C’était suffisant.

En poirier, dans le soleil du soir, il voyait tout.
La nostalgie troublait son œil de gymnaste.
Il pensait à la Lorelei de Heine.
Il tomba et se brisa le cou.

 

Il ne faut pas le pleurer. Il est mort en héros,
Son poirier par le destin était illuminé.
Un instant à lever les deux jambes, à cambrer le dos,
Pour une telle mort, ce n’est pas trop payer. 

Précision ultime :
Le gymnaste laisse femme et enfant.
On ne doit pas le regretter, cependant,
Car dans le monde des héros et des légendes, 
Les survivants ne sont pas importants.

 
 
 
 LE POIRIER SUR LA LORELEI
Partager cet article
Repost0
Published by Marco Valdo M.I.

Présentation

  • : CANZONES
  • : Carnet de chansons contre la guerre en langue française ou de versions françaises de chansons du monde
  • Contact

Recherche