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22 mai 2020 5 22 /05 /mai /2020 20:19

 

 

Vive les vacances ! (1)

 

Chanson française – Vive les vacances ! (1) – Marco Valdo M.I. – (19 mars) 2020

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Il m’est arrivé une curieuse aventure, Lucien l’âne mon ami et je m’en vais te conter ça ; comme tu vas le voir, il y a deux versions de cette nouvelle chanson.

 

Deux versions d’une chanson, demande Lucien l’âne un peu ahuri, et pourquoi donc ? Une seule n’aurait pas suffi ?

 

Bien sûr que si, répond Marco Valdo M.I., mais voilà, il y a le temps ; le temps qui passe, le temps qui glisse et fuit comme l’eau du ruau ou du ru, c’est-à-dire du petit ruisseau. Mais voyons voir plus en détail la cause de ce doublon ; les deux chansons s’intitulent : « Vive les Vacances ! » et elles ont été conçues à deux moments différents et les dates ont de l’importance. La première version date du 19 mars 2020 – c’est-à-dire au début du confinement et la seconde, d’aujourd’hui, le 22 mai 2020 où lentement, on déconfine. Entre les deux, deux mois ont passé. La première version fut écrite au temps des jonquilles ; la seconde quand les oiseaux s’en donnent à cœur joie dans les bois et les jardins ; les alouettes tout en haut trillent.

 

Ça, je le comprends, dit Lucien l’âne, mais c’est pourquoi tu as attendu pour publier la version première que je ne comprends pas.

 

La vérité, Lucien l’âne mon ami, la vérité toute nue, c’est que j’avais oublié que j’avais écrit cette chanson et qu’elle a ainsi – elle aussi – été confinée dans un coin perdu du labyrinthe des fichiers. Je l’ai retrouvée un eu par hasard tout à l’heure au moment où j’écrivais la suite de la chanson albanaise « Le grand Avion ». À ce moment, je me suis rendu compte qu’elle était déjà datée ; en quelque sorte, elle parlait déjà du passé ; elle n’avait plus de sens que replacé dans son historicité. J’ai donc fait les adaptations nécessaires pour la mettre au goût du jour et c’est à ce moment que j’ai eu l’idée, la conviction même qu’il fallait garder les deux versions, sous le même titre, mais en les numérotant pour les distinguer.

 

Oui, dit Lucien l’âne en souriant, les numéroter. C’est dangereux, car quand on commence avec des numérotations, ça peut mener loin, très loin.

 

On ne sait jamais, en effet, Lucien l’âne mon ami. Par exemple, je suis venu aux chansons contre la guerre avec une première traduction et je n’avais pas l’idée d’en faire une deuxième. C’est tout dire que c’était il y a plus de dix ans, il y a environ 4000 jours. Du reste, voici la première version, celle du commencement du grand enfermement et déjà, je saluais les gens dans la rue en leur disant : « Vive les vacances ! »

 

Et tu faisais bien, dit Lucien l’âne, car les seuls que tu pouvais rencontrer étaient effectivement dispensés d’aller au turbin. Ils étaient au sens strict : « en vacances ».

Maintenant, tissons le linceul de ce vieux monde décontenancé, désaxé, déboussolé et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Hier, l’hiver s’est enfui

De tout le pays.

Ce matin, le matin est gris :

C’est le printemps des souris.

Ce matin, il n’y a pas de vent.

L’air est vacant.

Le monde est en pénitence.

Vive les vacances.

 

Tout comme les fleurs,

Les feuilles hésitent fort

À sortir leurs corps :

C’est le printemps en pleurs.

Seul le clocher bourdonne,

Un bourdon solitaire dépaysé

Papillonne,

Tout est confiné.

 

Certains ont de la chance,

Les croyants en confiance

Partent en avance

Pour de grandes vacances

Au Paradis,

Au grand pays

Du soleil et des houris.

Vive les vacances !

 

 

C’est le temps des jonquilles !

Rats terrés dans la réserve,

On coule des jours tranquilles :

La vie en jaune conserve.

Et puis, le Paradis, on s’en fout

Notre Paradis, c’est notre trou.

Notre avenir est tout en patience,

Vive les vacances !

 

 

 

 Vive les vacances ! (1)
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Published by Marco Valdo M.I.
21 mai 2020 4 21 /05 /mai /2020 18:04

 

 

Le grand Avion

 

 

Chanson française – Le grand Avion – Marco Valdo M.I. – 2020

 

Quelques histoires albanaises, tirées de nouvelles d’Ismaïl Kadaré, traduites par Christian GUT et publiées en langue française en 1985 sous le titre La Ville du Sud.(4)

 

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Lucien l’âne mon ami, la chanson a comme acteur, comme protagoniste, un avion, un grand avion ; un grand avion qui se tient parmi d’autres plus petits sur le terrain d’atterrissage de Girokastër, petite ville d’Albanie du Sud, quelque part dans les montagnes, quasiment à la frontière avec la Grèce. La situation est la suivante:la ville autour du château est bâtie sur le bord rocheux d’une rivière, le long de laquelle passe la route et sur l’autre rive, on trouve une plaine alluviale où est installé l’aérodrome. Cette disposition est toujours celle en usage aujourd’hui.

 

Oh, dit Lucien l’âne, une nouvelle chanson albanaise. Moi, je les aime bien ces chansons anodines, qui n’ont l’air de tien dire et que racontent pourtant un grand moment de prédation, la guerre et l’invasion que dans la première moitié du siècle dernier, l’Italie fasciste, impérialiste, raciste et belliciste fit à l’Albanie, au temps où Monsieur Mussolini se voyait encore bâtir un Impero jusqu’aux portes de l’Inde. Et peut-être même au-delà, tant est grande l’imbécillité humaine.

 

Certes, répond Marco Valdo M.I., et lhomme en question – mais il n’était pas seul, il y avait sa coterie et le petit roi qui l’avait nommé ; ces gens-là ont toujours d’ardents supporteurs et des soutiens dans l’establishment – était atteint de mégalomanie. En clair, de cette lubie de la grandeur qui est le stade ultime de cette maladie de l’être qu’est l’ambition. On peut d’ailleurs en voir une personnification exacerbée dans la folie grandissante de certain apprenti dictateur – chez qui la fausse mèche remplace la moustache ou le menton prognathe. De ce pantin outrancier,qui se débarrasse de tout qui le gêne et insulte ceux qu’il ne peut encore abattre, on peut penser et dire qu’il est, à tout le moins, un réel danger pour l’humanité entière. Heureusement, l’Empire de Mille Ans, issu de l’imagination d’un de ces prédécesseurs, d’un autre démagogue ambitieux s’est effondré en quelques années. Mais, en effet, à quel prix !

 

On dit, Marco Valdo M.I. mon ami, que le pouvoir rend fou ; à mon sens, c’est une demi-vérité, car de tous temps, on s’est aperçu que seul un fou peut aspirer au pouvoir ; dès lors, j’imagine que ce dernier ne fait que renforcer cet exécrable penchant.

 

Bien sûr, Lucien l’âne mon ami. Maintenant, j’en reviens à cette guerre d’Albanie vue par les yeux inquiets et curieux d’un enfant de Girokastër. Chacune des chansons raconte un souvenir de cette guerre, telle qu’elle était apparue à l’enfant, disons en âge d’école primaire. C’est la guerre vue au ras du sol, dans la rue, dans une cour, dans une maison, de la fenêtre du salon, la guerre vue par un témoin inconscient de l’enjeu. On est très loin de la guerre-spectacle telle que la montrent les écrans. C’est la guerre telle qu’elle fut vécue au quotidien, où pendant des jours et des nuits, pour l’enfant, pour le civil, il ne se passe strictement rien. L’action – si chère aux gens du spectacle – se déroule ailleurs, derrière la scène en quelque sorte (« within », notait Shakespeare). On en entend que des échos, on n’en aperçoit que des bribes, la guerre est principalement une rumeur ; elle est ennuyeuse, de surcroît, du fait qu’elle consigne l’enfant. C’est ce que raconte cette chanson où l’enfant, confiné à l’étage de la maison, voit la guerre de la fenêtre. Pour lui, la guerre, ce sont des colonnes de camions italiens qui passent là en bas sur la route, dans un sens ; puis, plus tard, dans l’autre.

 

Oh, dit Lucien l’âne, ça me rappelle les « Souvenirs napoléoniens », où les armées françaises (mais aussi, leurs ennemis) franchissent le Rhin à l’aller et au retour.

 

Oui, en effet, Lucien l’âne mon ami, c’est le même mouvement pendulaire. Ainsi, pour mieux situer les choses, l’enfant de sa fenêtre a vue sur les toits de la ville, les oiseaux de cheminées, corneilles, pigeons ou choucas et plus loin, sur le champ d’aviation, le nid d’avions italiens, dont les bombardiers vont déverser leur mortelle cargaison sur les villes et les villages de la Grèce voisine. L’enfant isolé périt d’ennui et pour meubler ce temps désert, il se choisit un ami, un ami imaginaire, mais réel : le plus gros des avions qu’il distingue là-bas sur la prairie.

 

« Un grand avion est arrivé :

Imposant, majestueux, hors norme.

Depuis longtemps, je vis seul dans l’ennui.

Je me choisis un ami : c’est lui. »

 

Pour ce qui est de la réalité de la guerre, c’est la mémé qui en exprime la vérité :

 

« Mémé dit : « Ils décollent les assassins ! »

« Dis Mémé, pourquoi tu insultes les avions ? »

« Ils sont méchants ces avions italiens,

Ils vont tuer des gens, mon garçon. »

 

Finalement, les armées italiennes font retraite; mais, comme on le sait à présent, les armées allemandes reprendront le terrain abandonné pour le perdre à leur tour.

 

Oui, dit Lucien l’âne, on connaît la Grande Histoire ; elle est tout entière contée dans de sérieux ouvrages ; la chanson a d’autres manières. Quant à nous, tissons le linceul de ce vieux monde guerrier, offensif, impérialiste, ambitieux, mégalomane et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Du second étage, on peut voir

La ville, la grand-route, la rivière

Et au-delà, l’aérodrome militaire.

La nuit, tout baigne dans le noir,

 

Sauf quand passe le projecteur.

Le soir, les files de camions italiens

Du nord au sud vont bon train.

Papa les compte durant des heures.

 

Après les bombardements, la ville est confinée :

On ne joue plus dans les rues, dans les cours ;

Je reste aux grandes fenêtres tout le jour

À guetter les corneilles au-dessus des cheminées.

 

De l’autre côté de la rivière,

Je surveille des heures entières

Les avions : les petits chasseurs s’envolent,

Les bombardiers plus lourds décollent.

 

Un grand avion est arrivé :

Imposant, majestueux, hors norme.

Depuis longtemps, je vis seul dans l’ennui.

Je me choisis un ami : c’est lui.

 

Mémé dit : « Ils décollent les assassins ! »

« Dis Mémé, pourquoi tu insultes les avions ? »

« Ils sont méchants ces avions italiens,

Ils vont tuer des gens, mon garçon. »

 

On entend les canons et repartent les camions :

Du sud au nord, en colonne, ils s’en revont.

En trio, les avions quittent leur nid.

Mon ami le grand avion, le dernier s’enfuit.

 

 

 Le grand Avion
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Published by Marco Valdo M.I.
18 mai 2020 1 18 /05 /mai /2020 10:11

 

 

 

LE SUICIDE EST INDOLORE

 

Version française – LE SUICIDE EST INDOLORE – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson étazunienne (Anglais) – Suicide Is PainlessM*A*S*H – 1970

Texte : Mike Altman

Musique : Johnny Mandel

De la page de Chansons contre la Guerre – Proti válce de Martin Adámek

 

 

 


Être ou ne pas être ? 


Frans Hals - 1626

 

 

 

 

 

M*A*S*H n’est pas un groupe musical, c’est un acronyme M.A.S.H. = Mobile Army Surgery Hospital, qui est aussi le titre du célèbre film que fit Robert Altman, il y a un demi-siècle déjà. C’est ensuite devenu une série télévisée tout aussi célèbre.

Dans un hôpital de campagne mobile, pendant la guerre de Corée, trois chirurgiens en font de toutes les couleurs, courent les femmes et se fichent de la discipline. Mis sous enquête, ils s’en sortent en gagnant au rugby. Farce anti-militariste impertinente et déchaînée qui a marqué une époque et fut suivie par la célèbre série télévisée du même nom. C’est très drôle et mordant. Oscar pour le scénario de Ring Lardner Jr. qui avait adapté un roman de Richard Hooker. D’excellents acteurs auxquels R. Altman a laissé, pendant le tournage, de l’espace pour improviser. Il obtint la Palme d’Or au Festival de Cannes. Le texte de la chanson Suicide Is Painless est de Mike Altman, le fils du réalisateur qui l’avait écrit alors qu’il n’avait que 14 ans.

 

 

 

 

 

 

Dans le brouillard du petit matin, je vois

Des visions des choses qui viendront,

Les douleurs qui me frapperont,

Je réalise et je m’aperçois

 

 

Que

 

 

Le suicide est indolore,

Il facilite beaucoup la mort

Et je peux l’embrasser

Ou si je veux, la délaisser.

 

 

J’essaie de trouver un moyen de tenir

Ensemble tous nos petits plaisirs

Sans cet effroi toujours présent,

Mais je sais qu’il est trop tard maintenant

 

 

Et que

 

 

Le suicide est indolore,

Il facilite beaucoup la mort

Et je peux l’embrasser

Ou si je veux, la délaisser.

 

 

Le jeu de la vie est difficile à jouer ;

Je vais la perdre de toute manière.

Un jour, je jouerai la carte perdante, mais

Tout ce que j’ai à dire, c’est

 

 

Que

 

 

Le suicide est indolore,

Il facilite beaucoup la mort

Et je peux l’embrasser

Ou si je veux, la délaisser.

 

 

La seule façon de gagner est de tricher

Et avant que je ne sois battu, la délaisser

Et de donner ma place à un autre,

Car c’est la seule façon de faire indolore,

 

 

Et que

 

 

Le suicide est indolore,

Il facilite beaucoup la mort

Et je peux l’embrasser

Ou si je veux, la délaisser.

 

 

L’épée du temps va percer nos cuirs ;

Ça ne fait pas mal quand ça commence,

Mais comme elle s’avance,

La douleur s’intensifie – voyez-la sourire

 

 

Et puis,

 

 

Le suicide est indolore,

Il facilite beaucoup la mort

Et je peux l’embrasser

Ou si je veux, la délaisser.

 

 

Un brave gars m’a un jour demandé

De répondre à des questions primaires :

Être ou ne pas être ?

Et j’ai répondu : « Oh, pourquoi me questionner ?",

 

 

Parce que

 

 

Le suicide est indolore,

Il facilite beaucoup la mort

Et je peux l’embrasser

Ou si je veux, la délaisser.

 

 

Et tu peux faire de même

Si tu aimes.

 

LE SUICIDE EST INDOLORE
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Published by Marco Valdo M.I.
16 mai 2020 6 16 /05 /mai /2020 18:19
 
LE TESTAMENT DE MARIO

 

Version française – LE TESTAMENT DE MARIO – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson italienneIl TestamentoAppino – 2013

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

29 novembre 2010. Il y a dix ans. Le réalisateur de Viareggio Mario Monicelli est hospitalisé à l’hôpital San Giovanni de Rome pour un cancer de la prostate en phase terminale. Il a 95 ans et a presque complètement perdu la vue. Laissé seul dans la pièce, il se traîne à la fenêtre et se jette dans le vide.

 

« Je ne sais pas ce qui sera dit demain sur ce qui s’est passé – c’est le commentaire brûlant du réalisateur Giovanni Veronesi – mais une chose doit être dite : je n’ai jamais entendu de quelqu’un qui se serait suicidé à l’âge de nonante-cinq ans. C’était vraiment spécial. »

 

Tomaso Monicelli, le père de Mario, journaliste et dramaturge, s’est également suicidé en 1946. À propos de la mort de son père, Monicelli avait dit : « J’ai compris son geste. La vie ne vaut pas toujours d’être vécue ; si elle cesse d’être vraie et digne, elle n’en vaut pas la peine. J’ai trouvé le cadavre de mon père. Vers six heures du matin, j’ai entendu un coup de feu, je me suis levé et j’ai forcé la porte de la salle de bain. Entre autres choses, une salle de bain très modeste » .

 

 

Quelques mois auparavant, Mario Monicelli avait donné une interview dans laquelle il déclarait : « Ne jamais avoir d’espoir. L’espoir est un piège, c’est une chose infâme inventée par les responsables. »

 

En définitive, le geste de Mario Monicelli est un geste de liberté, contre ceux qui « ne me laissent pas faire autrement », comme l’écrit Appino dans cette belle chanson, contre ceux qui veulent décider de notre vie et de notre mort.

 

 

Dialogue Maïeutique (Court)

 

Ah, ajoute Marco Valdo M.I., figure-toi que j’ai dû un peu préciser le titre de ma version en langue française et l’intituler « LE TESTAMENT DE MARIO », car le titre qui correspondait au titre italien « Il Testamento » était déjà pris et l’antériorité de la chanson de Georges Brassens, intitulée : « Le Testament » ne fait aucun débat. Il n’y aura dès lors aucune confusion possible.

 

 

 

De mon côté, dit Lucien l’âne, je voudrais juste signaler que cette version française a été faite sur la suggestion de Lorenzo Masetti, suite à la lecture de « Euthanasiez-moi », qui faisait référence à la chanson « Déshabillez-moi », que le même Lorenzo avait traduite en italien. Pour le reste, tissons le linceul de ce vieux monde réactionnaire, pandémique, exotique et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

J’ai dix strophes pour laisser un beau souvenir ;

J’ai dix étages qui m’attendent là en bas ;

Certes, peu de gens peuvent comprendre ça,

Mais en vérité, je suis heureux de mourir.

 

 

J’ai fait tout ce que je devais faire

Et j’ai foiré pour le plaisir de foirer.

J’étais volubile quand il valait mieux se taire

Et j’ai dormi seulement pour recommencer.

 

 

J’ai été seul tout le temps nécessaire

À regarder les autres et je n’étais pas un solitaire

Et j’ai cru à tous autant que j’ai pu.

Je me suis toujours relevé après être chu.

 

 

J’ai trompé seulement les plus puissants ;

Je leur ai toujours préféré les mendiants.

Je me fichais des jugements des gens,

Car personne ne juge, s’il est un peu intelligent.

 

 

J’en ai aimé beaucoup, car je le voulais.

J’en ai détesté tant, eux aussi par amour, mais

Si j’ai préféré le Christ à son père,

Qu’aucun Dieu ne vienne me mettre en terre.

 

 

J’ai choisi tout ce que j’ai été

Et j’ai payé bien content de payer,

Car le choix au fond est la seule ligne

Qui rend cette vie plus ou moins digne.

 

 

Et donc, je choisis de sauter de la corniche

Comme un cerf-volant, une mouette, un faucon,

Comme une phalène, une pipistrelle, un avion

Qui vole haut, mais maintenant je m’écrase.

 

 

Et si je t’ai choisie pour des raisons mystérieuses,

Nous avons passé ensemble des journées merveilleuses

Et tu le sais bien que je le fais par nature,

Ne plus te revoir est mon unique fêlure.

 

 

Aux bienpensants qui le trouvent immoral,

À ceux qui le liront dans le journal,

Aux dames à la bouche pleine et au grand cœur,

À ceux qui ne me laissent pas le faire à mon heur,

 

 

J’ai choisi exactement ce que je suis

Sans le choix, moi, ma vie je l’abandonne.

Sauf ma douleur, j’ai tout choisi,

Et je vais la tuer ; et il n’y a rien à comprendre.

 

 LE TESTAMENT DE MARIO
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Published by Marco Valdo M.I.
14 mai 2020 4 14 /05 /mai /2020 16:52

 

Euthanasiez-moi !

 

 

 

 

Chanson française – Euthanasiez-moi ! – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson de la vérité humaine toute nue.

 
 
 
 

 
Vincent va son chemin

Van Gogh – 1888

 

 
 
Dialogue Maïeutique

 

 

Voici, Lucien l’âne mon ami, une chanson nue. Voici la parodie d’une chanson « Déshabillez-moi ! » écrite pour une strip-teaseuse, qui ne l’a jamais chantée ; une chanson que Juliette Gréco a interprétée à partir de 1967 en provoquant un immense scandale. J’en ai à mon tour fait une parodie au sens originel du terme : « texte composé pour être chanté sur une musique connue », comme l’entendait l’excellent Voltaire. Bien entendu, elle recèle autant que la chanson dont elle s’inspire une dose explosive d’acide ironique Cette chanson opère un dévoilement, celui de l’immense hypocrisie d’une société qui veut occulter la mort et le désir de mourir au nom d’une conviction aberrante en un être inexistant.

 

Oh, dit Lucien l’âne, on dirait bien que c’est une attaque frontale contre la pudibonderie et la tartuferie religieuses. Je n’ai jamais compris pourquoi les religieux et les religions étaient opposés à la mort volontaire ou à la fin de vie choisie et assistée. D’ailleurs, juste pour qu’on comprenne l’absurdité des religions qui s’opposent à la mort volontaire des gens (je souligne que ce sont les mêmes qui approuvent, organisent et bénissent de grands massacres et des guerres) imaginons un croyant qui souffre ou qui en a marre de cette vie ou qui simplement veut en finir ou qui pour résumer, veut rejoindre Dieu et son jardin des délices au plus tôt ; ce croyant adresse donc une prière à son Dieu (ne pas se tromper de destinataire) ; moi, je serais Dieu, je serais ravi de sa demande et je l’exaucerais aussitôt. Évidemment, comme ni Dieu, ni Diable n’existent, rien ne se passe.

 

Oui, tout à fait, répond Marco Valdo M.I., il y a dans la Guerre de Cent Mille Ans des chapitres entiers qui sont occultés et par exemple, celui de l’oppression millénaire qui empêche chacun de mourir librement, de quitter sa vie quand il le juge opportun et dans de bonnes conditions. Cette façon de faire se traduit par le mot : « euthanasie », « mort bienveillante » ou « bonne mort ».

 

Bonne mort, bonne mère, quelle affaire !, s’exclame Lucien l’âne. Cela dit, c’est une bonne idée.

 

C’est une bonne idée, reprend Marco Valdo M.I. et ce serait une bonne pratique. Surtout après ce qu’on vient de vivre et vit encore actuellement et sans doute demain, quand on prolonge inutilement et en masse la terrible souffrance de vieillards au bord de la libération, d’asphyxiés cherchant désespérément à en finir, de comateux traînés de force jusqu’au bout du bout, il est temps pour les survivants de tirer l’enseignement de cette terrifique leçon et de pouvoir bénéficier de cette pénible expérience individuelle et collective. Oui, une vieille, un vieux, une jeune, un enfant, un bébé, tous peuvent être des nœuds de douleurs indémêlables et insupportables qu’il convient de dénouer ou de trancher pour y mettre fin. Qu’il y ait des précautions nécessaires, nul n’en doute, mais qu’on puisse en finir n’est pas seulement un droit, n’est pas seulement l’exercice plein et entier de la liberté et de l’autonomie de la personne humaine, ce n’est pas seulement un droit, c’est aussi un devoir pour l’autre que nous sommes d’y apporter notre compréhension, notre compassion et notre aide avec comme le demande la chanson : sympathie et empathie.

 

« Soyez sympathique,

Soyez empathique !

Laissez-moi partir,

Laissez-moi finir,

Sans souffrir !

 

Euthanasiez-moi ! »

 

Oui, dit Lucien l’âne, il importe aussi que cet acte de solidarité se fasse comme le demande la chanson :

 

« Avec délicatesse,

Avec tendresse,

Et sans tristesse. »

 

et que l’aide à la mort ne soit pas seulement ce pis-aller qu’on dispense à l’extrême extrémité de l’ultime douleur. Véritablement, on doit pouvoir mourir librement et la tête haute. On doit pouvoir le faire aidé par ses parents, par ses amis, dans la cordialité et la joie de sa dernière cène. Alors tissons le linceul de ce vieux monde oppressant, mortifère, ennuyeux, pénible et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Euthanasiez-moi !

Euthanasiez-moi !

 

Tout de suite,

Très, très vite.

Sachez m’accompagner,

Me relaxer,

M’encourager.

 

Euthanasiez-moi !

Euthanasiez-moi !

 

Ne soyez pas nerveux !

Que votre regard

Soit plein d’égards.

Souriez-moi des yeux

Et des deux !

 

Euthanasiez-moi !

Euthanasiez-moi !

 

Sans retard,

Avec art.

Sachez m’hypnotiser,

Sachez m’envelopper,

Sachez me rassurer !

 

Euthanasiez-moi !

Euthanasiez-moi !

 

Avec délicatesse,

Avec tendresse,

Et sans tristesse.

Pour mon dernier repos,

Sans un mot de trop.

 

Euthanasiez-moi !

Euthanasiez-moi !

 

Voilà, ça y est, je suis

Prêt pour les houris et le paradis.

De votre main experte, allez-y !

Maintenant tout de suite,

Allez vite !

Euthanasiez-moi !

Euthanasiez-moi !

 

Mesurez bien vos paroles :

Ni sinistres, ni trop drôles !

Envoyez-moi en l’air

Sans manières,

De l’autre côté !

 

Euthanasiez-moi !

Euthanasiez-moi !

 

Conduisez-vous en homme,

Sans trembler,

Soyez un bon homme,

Agissez,

Sans tarder.

 

Euthanasiez-moi !

Euthanasiez-moi !

 

Soyez sympathique,

Soyez empathique !

Laissez-moi partir,

Laissez-moi finir,

Sans souffrir !

 

Euthanasiez-moi !

Euthanasiez-moi !

Euthanasiez-moi !

Euthanasiez-moi !

 
 

 

 

 

 Euthanasiez-moi !
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Published by Marco Valdo M.I.
11 mai 2020 1 11 /05 /mai /2020 19:30

 

 

La Poule d’Homère

 

 

Chanson française – La Poule d’Homère – Marco Valdo M.I. – 2020

 

Quelques histoires albanaises, tirées de nouvelles d’Ismaïl Kadaré, traduites par Christian GUT et publiées en langue française en 1985 sous le titre La Ville du Sud.(3)

 

 

 

 

 

 

 

La Tête d'Homère

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Quel titre étrange, une fois encore, Marco Valdo M.I. mon ami. Que peut bien raconter une chanson qui est intitulée « La Poule d’Homère ». C’est très ambigu. Enfin, pour ce qui est d’Homère, je sais qui c’est ; je l’ai promené un jour sur mon dos, il y a très longtemps, j’en conviens, mais j’ai une mémoire d’âne. Seulement pour ce que j’en sais, et j’en sais sans doute plus que quiconque actuellement, Homère voyageait seul. C’était une sorte de vagabond, le déserteur de tant de combats. Donc, s’il est question de lui attribuer une « poule », je pense que c’est une erreur. Avec le métier qu’il avait d’aller raconter des histoires de village en village et à pied encore bien, la plupart du temps, il ne pouvait pas s’encombrer d’une poule. Et de plus, à l’âge qu’il avait quand il s’était affublé du nom et de la réputation d’Homère, encore moins. Il n’en avait pas les moyens. Tout ceci évidemment, à supposer que nous parlons du même Homère ou que l’Homère dont nous parlons aujourd’hui est bien l’Homère d’alors.

 

L’Homère d’alors ?, soit ! Lucien l’âne mon ami, tu fais bien de parler de cet Homère-là. Le personnage ainsi visé dans la chanson est bien celui-là, il n’y a pas d’erreur : il s’agit de l’aède auquel on attribue l’Iliade et l’Odyssée. Quant à sa personne réelle et à la vie qu’il a vraiment vécue, c’est pareil que pour William Shakespeare, celui qui a vraiment écrit les pièces de théâtre publiées sous ce nom. On ne sait pas grand-chose, on suppute, on suppose mille choses.

 

Oui, je sais, dit Lucien l’âne, en guise de tête d’Homère, on a un buste ; pour Shakespeare, on a un mauvais portrait et aucun des deux – buste ou portrait – fait de leur vivant. Quoique pour ce qui est de William Shakespeare, les choses évoluent et on commence à lui trouver à l’incarner dans une personne réelle, dont le nom d’auteur serait un hétéronyme.

 

Mais laissons cela, dit Marco Valdo M.I., on risquerait une querelle d’Anglais et ça nous entraînerait trop loin. Maintenant, pour ce qui est de la poule, tu as été trop vite en besogne. Il s’agit d’une malheureuse gallinacée, déjà presque morte au début de la chanson.

 

Bien, bien, dit Lucien l’âne, tu me dis que cette volatile meurt et puis quoi ?

 

Il existe en français, Lucien l’âne mon ami, et presque tous les enfants la connaissent, une comptine, une très petite comptine qui a inspiré le début de la chanson. Cette comptine, vraiment enfantine, est très courte, si courte que je te la chante entièrement de mémoire à l’instant :

 

« Une poule sur un mur
Qui picore du pain dur
Picoti, Picota
Lève la queue et puis s’en va. »

 

Oh, dit Lucien l’âne, les comptines sont des choses fort mystérieuses. Je pense que leur grand secret, c’est d’être à la mesure de la mémoire enfantine.

 

Enfin, bref, reprend Marco Valdo M.I., cette poule se noie dans la citerne et on ne peut l’y laisser sous peine d’empoisonner toute la famille. Il faut donc extraire la poule, mais aussi, vider et nettoyer la citerne. On fait venir des ouvriers et parmi eux, il y a un certain Omer, qui va en quelque sorte ressusciter Homère.

 

D’accord, dit Lucien l’âne, mais que viennent faire les Allemands dans cette histoire de poule ?

 

Mais rien précisément, répond Marco Valdo M.I. ; ils n’ont rien à y faire sauf que dans la tête de l’enfant, perdu dans cette guerre qui ravage toute l’Europe d’alors, ces Allemands sont les affreux monstres qui mutilent et qui tuent. Ainsi, la guerre s’invite dans l’imaginaire des enfants.

 

En somme, dit Lucien l’âne, c’est toujours ainsi dans la Guerre de Cent Mille Ans ; elle est partout, elle s’insinue dans tous les moments de la vie, y compris dans celle des enfants ; elle façonne leur interprétation du monde, elle nourrit leurs peurs et leurs terreurs, mais elle nourrit aussi leurs jeux et leurs rêves. Enfin, que dire, tissons le linceul de ce vieux monde monstrueux, imaginaire, fantastique et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Une poule dans la cour,

S’en vient faire un petit tour ;

Trop curieuse de tout,

Elle tombe dans le trou.

 

Dans l’eau de notre citerne,

La poule caquetante se noie.

Tout le quartier à notre poterne

Se presse comme à l’opéra,

 

Pour voir ce spectacle rare

De la citerne qu’on nettoie.

Une citerne n’est pas une mare,

On ne la vide pas comme ça.

 

Ainsi, tel Diogène, l’homme au tonneau,

Les ouvriers, lanterne à la main,

Au bout d’une corde, depuis le matin,

Descendent et montent avec leur seau.

 

Le plus vaillant et le plus petit aussi

Au joli nom d’Omer répond.

Par le trou, je crie son nom

Et la citerne en écho renchérit.

 

Sais-tu qui était Homère ?, me dit mon père.

Un ancien aède aveugle des deux yeux,

Il racontait Hélène, Troie et la guerre.

Pourquoi les Allemands lui ont-ils crevé les yeux ?

 

C’était il y a très, très longtemps,

Il n’y avait pas encore d’Allemands.

Souvent, à présent, je crie « Omer ! » au trou

Et la citerne répond Homère à chaque coup.

 

 

 La Poule d’Homère
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Published by Marco Valdo M.I.
10 mai 2020 7 10 /05 /mai /2020 09:58
 
 
Le Tract
 
 
Chanson française – Le Tract – Marco Valdo M.I. – 2020
 
Quelques histoires albanaises, tirées de nouvelles d’Ismaïl Kadaré, traduites par Christian GUT et publiées en langue française en 1985 sous le titre La Ville du Sud.(2)
 
 
C’est un tract, un message clandestin,
Un papier boulé pour changer notre destin.
   
 
 
 

 

Dialogue Maïeutique

 

Nous voici, Lucien l’âne mon ami, de retour dans l’Albanie du Sud, vers 1940, très précisément à Gjirokastër et plus encore, probablement, dans cette ruelle des Fous qui est sans doute la ruelle la plus célèbre d’Albanie et pourquoi pas, du monde. Dans cette ruelle ou tout à côté, se trouve la maison où vit cette famille dont la grand-mère, dite mémé, avait annoncé « la guerre » à la lecture de l’os du coq.

 

Bien sûr, dit Lucien l’âne, que je me souviens de cet épisode de divination. À ce sujet, je voudrais quand même souligner que la superstition n’est pas morte ; elle sévit encore, sous de multiples formes et chez des gens qu’on penserait rationnels. Il est vrai que la bêtise est fort répandue chez les humains. Maintenant, on ne peut pas dire que la Mémé ait eu tort lorsqu’à la lecture de l’os du coq, elle annonça : « La guerre », car en effet, la guerre est arrivée. Mais d’autre part, cette guerre était dans l’air et cette annonce d’aruspice ou de Pythie n’était qu’une sorte d’écho des rumeurs qui circulaient depuis un temps et qui reflétaient la situation tendue de cette région frontalière entre l’Impero italien et le Royaume de Grèce, touts deux dirigés par des fascistes. Mais au fait, quel rapport avec cette nouvelle chanson ?

 

Bonne question, Lucien l’âne. Eh bien, on pourrait dire que cette nouvelle chanson, dont le titre est « LE TRACT », s’inscrit dans cette même période et est un des éléments de cette atmosphère de guerre et de résistance.Il n’est d’ailleurs pas précisé de quel bord vient ce tract, ni ce qu’il raconte.

 

De quel bord ? Ni ce qu’il raconte ?, demande Lucien l’âne. Qu’est-ce que ça veut dire ?

 

Je m’en vas te l’expliquer, répond Marco Valdo M.I., mais d’abord, je voudrais attirer ton attention sur un autre aspect de cette affaire. Un aspect en liaison avec la grand-mère et son univers particulier tout empreint de magie. L’affaire se présente ainsi : la maman remonte de la cour – remonte, car dans les maisons de Gjirokaster, La grande pièce d’apparat, de réception et de vie familiale, avec ses hautes fenêtres, est située au premier étage et le rez-de-chaussée est une zone d’entreposage et de service, notamment, la citerne. Donc, la mère remonte de la cour et elle tient à la main une boule de papier qu’elle vient de ramasser près du portail d’entrée. Une chose étrangère qu’un inconnu a jetée là. Cette boule intrusive est immédiatement interprétée comme un sort, c’est-à-dire un sortilège, un objet magique ou ensorcelé et donc, dangereux.

 

Oh, dit Lucien l’âne, les sorts, voilà bien des choses inquiétantes et depuis la plus haute antiquité, je peux te le garantir. Comme tu le sais, je suis moi-même – à ce qu’en disait Apulée – la victime d’un sortilège, lancé par une sorcière.

 

Sans vouloir généraliser à tous les lieux et à tous les temps, dit Marco Valdo M.I., dans cette histoire albanaise vieille de bientôt un siècle, il apparaît une sorte de dichotomie entre l’appréhension des sorts par les femmes et par les hommes. Les femmes réagissent de la manière traditionnelle et rejettent cet objet diabolique. C’est le père, lui, sans doute moins superstitieux et peut-être aussi engagé dans l’affrontement politique, qui ramasse l’objet insolite, déplie le papier et après un coup d’œil, déclare : c’est un tract. Comme à ses yeux, c’est aussi un objet dangereux, mais pour d’autres raisons, il intime le secret à toute la famille.

 

Pour d’autres raisons ? Lesquelles ?, demande Lucien l’âne.

 

J’y viens, reprend Marco Valdo M.I., à ces raisons qui sont assez complexes à démêler. Je ne peux rien dire de tranché du bord d’où ce tract proviendrait, ni de son contenu. Cependant, on peut recourir au contexte et comme toujours dans la Guerre de Cent Mille Ans, la guerre a mille visages et diverses conformations. Un, il y a l’occupation du pays par l’armée italienne et donc, deux : il y a la résistance à cette occupation et à l’annexion pure et simple du pays ; trois, indépendamment de la guerre à venir et de l’occupation en cours, il y a la guerre civile souterraine entre Albanais : outre ceux qui se sont ralliés à l’Impero italien – en gros, les fascistes albanais, il y a une résistance divisée en gros entre les royalistes, d’une part et les communistes d’autre part ; ces deux derniers camps sont les plus susceptibles de diffuser clandestinement des tracts. Aussi, quel que soit le bord et le contenu du tract, on peut être sûrs de l’exactitude de la conclusion :

 

« C’est un tract, un message clandestin,

Un papier boulé pour changer notre destin. »

 

Certainement, Ora e sempre, Resistenza !, dit Lucien l’âne et j’imagine qu’on en saura plus ultérieurement. Alors, tissons le linceul de ce vieux monde clandestin, superstitieux, militant et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Un matin glacial de février

Où les toits gouttent moroses,

Dans la cour, au pied de l’escalier,

Ma mère a trouvé la chose.

 

Chez nous, chacun a son humeur,

Chacun a son pas dans l’escalier.

Ma mère entre, on voit battre son cœur

Et dans sa main, une boule de papier.

 

Jette ça, ma fille, en vitesse !

Dit mémé plus pâle que la mort.

C’est l’œuvre d’une diablesse,

C’est le malheur, c’est un sort.

 

Les sorts, on y croit très fort.

Mémé ferme les yeux et se met à prier ;

Maman se tait et tremble encore.

Mon père ramasse la boule de papier.

 

Dans un silence de tombe,

Papa déplie le papier dangereux,

Rien ne tombe.

Papa lit le papier mystérieux.

 

Une feuille blanche avec des mots

Tapés à la machine ; des mots.

Qu’est-ce qui est écrit ?

Qu’est-ce que ça dit ?

 

Cette chose n’est pas un sort malvenu.

Ne dites rien à personne. Silence absolu.

C’est un tract, un message clandestin,

Un papier boulé pour changer notre destin.



 

 Le Tract
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8 mai 2020 5 08 /05 /mai /2020 11:46
LE VIEUX ET L’ENFANT

 

Version française – LE VIEUX ET L’ENFANT – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson italienne – Il vecchio e il bambino Francesco Guccini – 1972

 

 

 

« Le vieux et l’enfant a le goût d’une histoire de science-fiction mais n’a rien à voir avec le smog, la pollution et les nuisances, malgré les tentatives louables de beaucoup de l’interpréter. Elle remonte à l’époque de Noi non ci saremo e de L’atomica cinese. Le vieux et l’enfant parlent de l’holocauste nucléaire. »
Cotto
Un altro giorno è andato – Giuntipg 81-82

 

 

 

 

 

Il n’y avait personne tout alentour,

Juste le contour morne des tours.

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

L’autre jour, dit Marco Valdo M.I., c’était peut-être même hier, j’avais proposé une version française d’une chanson d’Ahmed il Lavavetri qui s’intitulait, si tu t’en souviens, «  Il vecchio e il bambino [Fiaba primitivista] LA FABLE DU VIEUX ET DE L’ENFANT – Conte primitiviste. »

 

Oui, évidemment que je m’en souviens, dit Lucien l’âne. C’est une chanson dont j’avais pensé – par devers moi – qu’elle devait, d’une façon ou d’une autre, être rattachée à 1984, le roman de George Orwell, alias Eric Blair, roman dont elle semblait vouloir célébrer le centenaire.

 

Ta mémoire d’âne, reprend Marco Valdo M.I., ne me paraît pas affectée par les virus ambiants et c’est une bonne chose. Donc, de cette chanson d’Ahmed, je t’avais informé qu’il s’agissait d’une parodie c’est-à-dire une sorte de paraphrase, de variante d’une chanson de Francesco Guccini (1972), intitulée Il vecchio e il bambino et j’avais promis d’en faire une version française, que je devais forcément titrer : LE VIEUX ET L’ENFANT. La voici. À vrai dire, à les regarder comme ça, elles sont presque similaires, presque des jumelles ; en tout cas, des cousines proches. Cependant, il ne faut pas s’arrêter à ce coup d’œil. L’aînée, celle de Guccini, brosse le tableau d’un paysage détruit par une bombe (ou plusieurs) atomique, une sorte de désert nucléaire où plus rien ne pousse et où on distingue en fond les tours en ruines d’une grande ville. On ne sait d’ailleurs rien du moment de l’histoire où elle se situe. L’autre, la puînée, s’inscrit en 2084 dans une société effondrée – celle qu’anticipent les collapsologues. Elle ne dit pas vraiment pourquoi on en est là, mais on peut penser qu’il s’agit plutôt du résultat de l’élévation de la température ambiante et des effets délétères qu’elle va nécessairement engendrer et face auxquels, on est fort démunis. Tout cela, semble-t-il, a débouché sur un retour à une société désertique, un monde d’éleveurs de chèvres, une sorte de Larzac du Sud, tout de pierrailles, de thym, de menthe et de chardons ou d’un univers tiré des Città del mondo d’Elio Vittorini, mais inversé.

 

Vittorini, dit Lucien l’âne, Les villes du monde, pourquoi pas et sans doute, le mouvement s’est inversé. Et en confidence, il me vient à l’esprit que c’est encore le mieux qui puisse en résulter, car face à la progression des déserts et à la montée des eaux, face aux températures insupportables, face à des conditions de vie générales intenables, l’humaine nation est sans autre solution que d’admettre le phénomène, de reculer et de s’adapter à la situation, telle la Grande Armée, à cette retraite de Russie.

 

C’est effectivement, dit Marco Valdo M.I., l’impression que je tirais moi aussi de la Fable primitiviste. Pour synthétiser la chose, si tant est qu’il faille le faire et que ça puisse intéresser, l’une – l’aînée, la fille de Guccini – est ravagée par la guerre – l’impossible guerre atomique et l’autre – la puînée, l’enfant d’Ahmed – est ravagée par un effondrement social, industriel et économique, par une réelle et profonde rupture de civilisation.

 

Tout ceci est certainement passionnant, Marco Valdo M.I. mon ami, et il se pourrait – si je te laissais faire – que tu en fasses tout un livre, mais ce n’est pas ici le bon endroit. Je te propose de laisser la réflexion courir, car il faut en finir. Alors, tissons le linceul de ce vieux monde malade de lui-même, égrotant, mortifère et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Un vieux et un enfant se tenaient la main

et allaient ensemble à la rencontre du soir.

La poussière rouge s’élevait au loin

Et le soleil brillait d’une lumière fausse.

La plaine semblait aller immense

Jusqu’où l’œil d’un homme pouvait voir,

Il n’y avait personne tout alentour,

Juste le contour morne des tours.

 

Les deux marchaient, le jour tombait,

Le vieux parlait et doucement pleurait.

L’âme absente, les yeux mouillés,

Il poursuivait le souvenir des mythes passés.

Les vieux subissent les injures des années,

Ils ne peuvent distinguer le réel des songes.

Les vieux ne savent pas, dans leur pensée,

Distinguer le faux du vrai dans leurs rêves.

 

Le vieux disait, en regardant au loin :

« Imagine ceci, couvert de grains,

Imagine les fruits, imagine les fleurs,

Pense aux voix et pense aux couleurs.

Dans cette plaine, aussi loin qu’elle se perd,

Les arbres poussaient et tout était vert ;

La pluie tombait, les soleils faisaient don

Du rythme à l’homme et aux saisons ».

 

Le gamin riait, son regard était triste…

Ses yeux regardaient des choses jamais vues.

Puis, il dit au vieux d’une voix en rêve perdue :

« J’aime les contes de fées, racontez-en d’autres. »

 

LE VIEUX ET L’ENFANT
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7 mai 2020 4 07 /05 /mai /2020 20:30

 

 

LA FABLE DU VIEUX ET DE L’ENFANT 

 

Conte primitiviste.

 

Version française – LA FABLE DU VIEUX ET DE L’ENFANT – Conte primitiviste – Marco Valdo M.I. – 2020

 

Paroles : Ahmed il Lavavetri
Musique
 : Francesco Guccini, Il vecchio e il bambino, 1972

2020 : Chansonnier du Coronavirus

 

 

 

Désert de plaine (2084)

d'après Filippo de Pisis (1921)

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

Comme tu vas le voir ci-après, Lucien l’âne mon ami, je viens de terminer la version française d’une chanson italienne de notre ami Ahmed il Lavavetri, autrement dit Ahmed le Lavevitre, le laveur de carreaux, alias, alias. On dira ici pour simplifier Ahmed, afin de préserver son anonymat.

 

Oh, dit Lucien l’âne, je vois très bien qui c’est ce personnage. C’est un comme nous, un hétéronyme, chose prisée dans le monde de la chanson intelligente et extelligente. Pour les autres auteurs ou chanteurs, il y a le pseudonyme, qui leur sert de masque. Il faut dire que le masque est fort à la mode ces temps-ci.

 

Tu fais bien, dit Marco Valdo M.I., de parler de l’étrange coutume du temps présent, car c’est un peu le sujet de la chanson. Le masque : la chanson est elle-même une parodie, ce qui dans son domaine est aussi un masque. Donc une parodie d’une chanson ancienne (1972 – à l’heure où je te parle, ça près de cinquante ans, un demi-siècle) de Francesco Guccini qui s’intitulait tout pareillement Il vecchio e il bambino – Le Vieux et l’Enfant et cette circonstance m’a poussé à en faire également la version française.

 

En soi, Marco Valdo M.I. mon ami, ce n’est pas une mauvaise chose que de faire connaître en français une chanson de Francesco Guccini, lequel comme tous les auteurs italiens de chansons de qualité est assez peu connu dans les régions de langue française, sauf peut-être dans l’émigration italienne et sa proche descendance.

 

Dès lors, Lucien l’âne, pour distinguer ces deux chansons qui auraient sans ça porté le même titre, Ahmed a ajouté la mention « Fabia primitivista ». Ce que je n’ai pas fait ; j’ai finalement opté pour « LA FABLE DU VIEUX ET DE L’ENFANT – Conte primitiviste ». L’essentiel est cependant ailleurs ; il est dans l’histoire elle-même que je te résume : un vieux et un enfant se promènent dans un paysage désolé et le vieux raconte à l’enfant les souvenirs de ses vingt ans.

 

Certes, dit Lucien l’âne, ça ne m’étonne pas : les vieux racontent souvent aux enfants les souvenirs de leur propre enfance et de leur jeunesse.

 

Oui, c’est souvent le cas, dit Marco Valdo M.I., mas pas toujours. Passons ! L’affaire est que ce vieux avait eu ses vingt ans cette année-ci. Je la sais, car j’ai compté à partir de la mention préliminaire qui dit : « Quelque part dans la plaine padane en 2084. » J’en ai tiré la conclusion que : primo, le vieux était né en 2000 ; deuzio, qu’il a 84 ans ; troizio qu’il avait donc 20 ans en 2020. J’ai peut-être raisonné dans un autre ordre, mais enfin, tout est venu d’un coup. Donc, le vieux (un jeune de ces jours-ci) raconte la vie d’aujourd’hui à un enfant de demain et même, si tu veux mon avis, d’après-demain, le tout dans un décor pas très enthousiasmant. Même si j’ai tendance à penser que c’est encore fort optimiste et qu’au train où on y va, à ce moment-là, il risque de n’y avoir plus grand-chose et plus grand monde dans la plaine padane carbonisée par le soleil. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’ai introduit – et j’espère qu’Ahmed ne m’en voudra pas, j’espère d’ailleurs toujours que les auteurs ne m’en veulent pas de mes versions assez baroques – en lieu et place du crapaud (vispo ranocchio), deux escargots qui s’en vont à un enterrement (Chanson des escargots qui vont à l'enterrement‎ d’une feuille morte), une coutume rituelle provisoirement suspendue pour l’instant.

 

Oui, dit Lucien l’âne, j’ai appris ça. Il paraît même qu’on n’a plus de places pour entasser les cadavres en attente. Mais de mémoire d’un âne, ce n’est pas la première fois que ça arrive et ce n’est même pas la pire. Tiens, à propos de cadavre, ça me rappelle ce roman où il faut conduite le cadavre de Dieu (alias Jéhovah) au Pôle Nord pour conserver son corps gigantesque, long de plusieurs kilomètres. Si je me souviens exactement, ce roman porte comme titre « Towing Jehovah » (en français, En remorquant Jéhovah) et a comme auteur, l’écrivain étazunien James Morrow. Quant à nous, tissons le linceul de ce vieux monde croulant, triste, écervelé et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 

Quelque part dans la plaine padane en 2084.

 

 

Un vieux et un enfant se tenant la main

Allaient ensemble sur le chemin.

La poussière jaune s’élevait dans le vent,

La croissance stagnait depuis longtemps.

La plaine immense pullulait

De chèvres et les femmes barattaient le lait,

Pressaient le fromage, cueillaient les haricots

Pour nourrir grands et petiots.

 

Les deux cheminaient, le jour tombait,

Le vieux parlait et souriait

En pensant à l’âge de sa jeunesse,

Quand il travaillait pour la peau des fesses.

Il pensait au temps de ses vingt ans,

Aux virologues, au confinement et autres événements,

Il ne restait plus rien, tout était décadent,

Tout était revenu au passé lointain. Heureusement !

 

Le vieux disait, l’air enjoué :

« Imagine pépé masqué,

Pépé et mémé toujours éloignés,

Les files à la poste et au supermarché.

Et dans cette plaine, passé le pont,

On trouvait le pouvoir et ses institutions,

Ses décrets et l’aide des autres nations,

Qu’on regardait avec circonspection. »

 

Le gamin s’arrêtant et de l’œil,

Lorgnant heureux deux escargots en deuil,

Dit au vieux en lâchant la bonde :

« Grand-père, c’était un joli monde… ! »

 

 

 

 

LA FABLE DU VIEUX ET DE L’ENFANT
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4 mai 2020 1 04 /05 /mai /2020 20:19

 

L’Os du Coq

 

Chanson française – L’Os du Coq – Marco Valdo M.I. – 2020

 

Quelques histoires albanaises, tirées de nouvelles d’Ismaïl Kadaré, traduites par Christian GUT et publiées en langue française en 1985 sous le titre La Ville du Sud.

 

 

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

La scène se passe en Albanie du Sud à la fin des années 1930 quand le pays était annexé par l’Italie. L’inquiétude de la population de la petite ville albanaise est grande et s’accroît d’autant plus que l’information est des plus lacunaires et est essentiellement basée sur des rumeurs. Des rumeurs qui ne sont pas sans fondement puisque la guerre – rumeur au cœur de la chanson – éclatera bientôt avec la Grèce voisine que l’Italie fasciste, dans son rêve d’Impero (il s’agit de reconstituer l’Imperium romanum), convoite.

 

Oh, dit Lucien l’âne, tu fais bien de préciser le contexte général. C’est donc une histoire populaire albanaise au temps de l’occupation italienne. Cependant, avant d’aller plus loin, il vaudrait mieux en dire un peu plus sur la source de l’histoire, sur l’auteur qui l’a racontée et le livre où elle figure.

 

Tu as raison, Lucien l’âne mon ami. En fait, il s’agit d’une histoire racontée par ce fabuleux conteur, descendant revendiqué des aèdes antiques, qu’est Ismaïl Kadaré e fut publiée en France dans un petit livre intitulé La ville du Sud, c’est-à-dire Gjirokastër, où dans la ruelle des Fous naquirent et grandirent Ismaïl Kadaré et Enver Hoxha, lequel dirigea le parti et l’Albanie communistes. Cela précisé, je reviens à la chanson qui raconte une histoire de divination. Dans cette ville à cette époque, la même époque où dans Cristo si è fermato a Eboli, Carlo Levi décrit la Lucanie, certaines vieilles femmes, habillées de noir, étaient censées posséder l’art divinatoire. En l’occurrence, il s’agit de la grand-mère, dite ici Mémé, qui va procéder par la lecture d’un os de coq. L’os de coq correspond à la furcula des Étrusques et des Romains, qui est (encore) réputée être l’os du bonheur, l’os de la chance, l’os de la victoire. Il convient évidemment de préciser que c’est là l’avers positif, car l’envers négatif en fait l’os du malheur, l’os de la défaite. En tout cas, ce qui est sûr, c’est son caractère magique : il prédit.

 

Voilà de bien curieuses manières, dit Lucien l’âne, mais il est vrai que le coq est un animal assez prophétique, à preuve cette antienne :

 

« Au matin du grand soir,

Le coq rouge pondra l’œuf noir. »

 

Le coq est un animal assez folklorique qui joue un rôle apparemment important dans les affaires humaines. Et puis, quand même, ce sont là des gens bien superstitieux.

 

Ah là, Lucien l’âne mon ami, tu peux parler, toi qui fus victime d’une sorcellerie. Mais, passons ! Donc, primo, il a fallu tuer un coq ; deuzio, tout le monde se rassemble pour le manger ; troizio : quand il ne reste plus que la carcasse du volatile, qu’on a bien raclé tous les os, la grand-mère procède à l’examen rituel et conclut d’une voix de circonstance : « La guerre ». Et, l’enfant, qui n’a aucune idée de ce que peut être vraiment une guerre, captivé par le mystère et l’aventure, s’empare de l’os et s’en va dormir en tenant le bout de coq en main ; il se fait que cet os magnifie son rêve en faisant résonner les tambours de guerre. Pour l’enfant, la guerre est un fantasme, une formidable aventure imaginaire. D’ailleurs, les enfants adorent jouer à la guerre.

 

Oui, dit Lucien l’âne, c’est souvent ainsi. Je me demande parfois si certains grands ne gardent pas toute la vie ce penchant enfantin – dès lors, désastreux. On pourrait le penser à voir certains dirigeants du monde humain.

 

En effet, dit Marco Valdo M.I., on a à faire là à de dangereux délires infantiles ; à mon sens, je l’avoue, il conviendrait de les enfermer tous pour les mettre hors d’États de nuire. C’est un aspect particulier de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres pour satisfaire leurs appétits de domination et leurs fantasmes les plus imbéciles.

 

Alors, plus obstinément encore, tissons le linceul de ce vieux monde bellâtre, belliqueux, idiot, infantile, fantasmatique et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Le repas est lent et morose,

On mâchonne en silence,

On attend avec impatience

L’avis de l’oracle sur la chose.

 

Grand-mère examine l’os de l’aile,

L’aile du coq qui démêle

Le bonheur du malheur de demain.

Par l’os de son aile, le coq est devin.

 

Le repas de famille se termine

Mémé chausse ses vieilles lunettes,

Prend l’os et longtemps l’examine.

La famille se pétrifie muette.

 

Mémé tend l’os à la lumière,

Par devant, par derrière.

Les bords de l’os sont rouges.

À table, plus personne ne bouge.

 

D’une voix sourde et austère,

Mémé murmure : « La Guerre ».

On aura la guerre et le sang,

L’os le dit, c’est flagrant.

 

En cachette, l’enfant récupère

L’os tragique et froid.

Sa main ne lâche pas

L’amulette du mystère.

 

Il s’endort et parcourt la nuit entière

D’un sommeil angélique.

Son rêve écoute extatique

Venir les tambours de guerre.

 

L’Os du Coq
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Published by Marco Valdo M.I.

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  • : CANZONES
  • : Carnet de chansons contre la guerre en langue française ou de versions françaises de chansons du monde
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