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1 novembre 2021 1 01 /11 /novembre /2021 10:53

 

 

ARMANDO ET PRIMO

 

Version française – ARMANDO ET PRIMO – Marco Valdo M.I. – 2021

Chanson italienne – Armando e PrimoTullio Bugari – 2021

 

 

Texte : Tullio Bugari,

Musique : Silvano Staffolani,

Interprété par le Duo Acefalo (Silvano Staffolani et Lorenzo Cantori).

 

 

Dédié à Armando Magnani et Primo Panti, qui ont été fusillés les 8 et 9 février 1944, au même endroit et à quelques heures d’intervalle, dans la Via delle Orfane à Jesi (Ancône).


 

 

FUSILLÉS

Francisco Goya – 1810

 

 

 

 

Armando Magnani et Primo Panti ont été fusillés les 8 et 9 février 1944, au même endroit et à quelques heures d’intervalle, dans la Via delle Orfane à Jesi (Ancône). L’un d’eux a été abattu par une mitrailleuse, dont les tirs ont laissé des traces sur le mur, qui sont encore visibles aujourd’hui, comme un visage qui s’y imprime et semble vous regarder lorsque vous passez devant, et qui fait de ce mur un véritable monument à la mémoire, à préserver.

 

 

De l’Atlas des massacres nazis-fascistes :

 

La répression nazie-fasciste dans la région de Jesi devient plus dure et impitoyable après l’assassinat, le 17 janvier 1944, du fondateur du Fascio républicain de Jesi, Antonio Blasetti, abattu sur le pas de sa porte. Le commissaire de police a probablement attribué l’événement aux partisans opérant dans la ville et a organisé les funérailles avec un grand nombre d’hommes afin d’éviter de nouvelles attaques. À la suite de cet épisode, un bureau politique fasciste est créé à Jesi avec pour mission spécifique de surveiller l’activité des partisans dans les Apennins centraux par le biais d’infiltrés et d’espions. Cette action d’espionnage a probablement conduit à la capture d’Armando Magnani et de Primo Panti qui, à un jour d’intervalle, ont été abattus dans la Via XX Settembre devant le mur du jardin de l’orphelinat.
 

Accusé d’avoir participé au vol de blé dans le magasin de Staffolo pour le distribuer à la population civile, Armando Magnani est fait prisonnier avec un autre partisan, Augusto Bernacchia, en faveur duquel interviennent les prêtres Don Arduino Rettaroli et Don Gino Paoletti. Grâce à eux, Bernacchia (né le 13/11/1911 à Jesi, partisan combattant, Gap Jesi, 20/09/1943 – 18/07/1944, grade de commandant adjoint de division – capitaine, reconnu à lui le 21/05/1946 à Ancône) a eu la vie sauve, mais il a dû assister à l’exécution de Magnani au matin du 8 février 1944, dont le corps a été laissé sous la pluie jusqu’au soir.

Le lendemain, c’est le tour de Primo Panti, un échappé de Jesi, capturé lors d’une rafle à Staffolo le 7 février, pour qui l’intervention de l’évêque Falcinelli auprès du commandement fasciste n’a servi à rien. Il dira plus tard : « Même les Allemands m’ont accordé la grâce de sauver la vie de deux jeunes Italiens. La même grâce ne m’a pas été accordée par les « Italiens pour les Italiens ».

Dans le mur où les tirs ont eu lieu, les marques des balles sont encore visibles aujourd’hui.


 


 

Voici l’histoire, l’histoire d’un mur marqué,

Qui a vu la vie lui passer sous le nez,

Il a même vu la mort tomber à ses pieds.

C’est l’histoire de deux partisans fusillés

Là au milieu d’un février pluvieux,

En deux jours d’un février pluvieux,

En deux jours d’un février pluvieux.


 

Le premier est Armando qu’ils ont pris à Staffolo.

Quelqu’un a volé le blé dans l’entrepôt

Pour le donner aux gens qui souffrent de la faim.

Ils l’ont abattu à dix heures du matin

Et laissé là jusqu’à sept heures du soir.

Au pied du mur jusqu’à sept heures du soir,

Au pied du mur jusqu’à sept heures du soir.


 

c’est le tour de Primo après quelques heures.

C’est un maçon, il construit des murs.

Une rafale de mitrailleuse à cinq heures.

Aujourd’hui, on voit les marques sur le mur.

Ils l’ont laissé là, seul, pendant toute la nuit.

La pluie a lavé le sang dans l’obscur de la nuit.

La pluie a lavé le sang dans l’obscur de la nuit.


 

Au matin, une femme s’en va sans se douter de rien.

Quelque chose s’est passé dans la rue des Orphelins,

Au pied du mur, un homme est couché.

C’est son mari, le corps détrempé.

Elle aurait aimé le laver et pas la pluie.

Le corps de son mari et pas la pluie,

Le corps de son mari et pas la pluie.


 

Voi l’histoire, l’histoire d’un mur marqué,

Qui a vu la vie lui passer sous le nez,

Il a même vu la mort tomber à ses pieds.

C’est l’histoire de deux partisans fusillés

Là au milieu d’un février pluvieux,

En deux jours d’un février pluvieux,

En deux jours d’un février pluvieux.


 

Le mur préserve encore aujourd’hui leur mémoire


 

 

ARMANDO ET PRIMO
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Published by Marco Valdo M.I.
31 octobre 2021 7 31 /10 /octobre /2021 10:14

 

 

Actualisation nationale

 

Chanson française – Actualisation nationale – Marco Valdo M.I. – 2021

 

 

 

ACTUALISATION

Alexandre Zinoviev

 

Dialogue Maïeutique

 

Certains pourraient croire que dans cette chanson, il ne s’agit que de la Russie, dit Marco Valdo M.I., mais il n’en est rien. Elle s’adresse à tous les gens de la terre.

 

Oui, dit Lucien l’âne, cette chanson a un parfum de Russie, comme qui dirait, elle a l’âme slave.

 

Certes, reprend Marco Valdo M.I., mais Vian n’était pas russe, même si certains l’ont imaginé du fait qu’il se prénommait Boris. C’est pareil pour la chanson. En fait, sous ses airs slaves, elle vise bien au-delà d’un pays ou d’un guide quelconque. Elle expose seulement le lien indéfectible entre une nation et un guide. D’un autre côté, il est vrai qu’actuellement (et depuis longtemps déjà – plus de vingt ans), la Russie a un guide, qui a pris la succession des précédents, mais nombre d’autres nations disposent d’un guide et nombre d’autres encore espèrent en trouver un. Nation et guide sont les deux mamelles du nationalisme, qui ronge l’humanité depuis des siècles.

 

En somme, dit Lucien l’âne, pour ce qui est des guides et des nations, s’il fallait établir une liste, il vaudrait mieux établir la liste des pays qui ne sont pas contaminés ou en voie de décontamination ; ils sont très rares. Par ailleurs, pour résumer l’idée qu’avance la chanson, elle établit l’axiome une nation – un guide ; ce qui peut se traduire par : un peuple, un guide et ce qui se dit en allemand : ein Volk, ein Führer.

 

Exactement, Lucien l’âne mon ami, cette chanson tend à montrer l’existence de certains mécanismes sociologiques, de certains processus quasiment biologiques et à tout le moins, logiques de l’évolution anthropologique. Elle met à nu une tendance catastrophique des humains en groupe : ils veulent un chef, ils veulent s’agglomérer. Et tous les moyens sont bons pour y parvenir, même le plus raffiné d’entre eux, la démocratie. Cette chanson ne fait que transposer la façon dont les gens anonymes d’un pays quelconque où s’incruste l’idée de nation, d’identité nationale, de grandeur, conçoivent les choses. Il s’agit de décortiquer le monde comme il va. Quant à savoir ce qu’il devrait être, la chanson n’en sait rien.

 

Oui, mais quand même, dit Lucien l’âne, elle a un air slave ta chanson.

 

Tout à fait, je te l’ai déjà dit, répond Marco Valdo M.I., et je vais te dire pourquoi. Tout simplement, car elle est directement inspirée du début de « L’Antichambre du Paradis », un livre déjà ancien d’un romancier russe longtemps méprisé, dénommé Alexandre Zinoviev, qui s’est essayé lui aussi à comprendre la société humaine. Mais assez pour cette fois-ci, on y reviendra peut-être.

 

Alors, tissons le linceul de ce vieux monde nationaliste, identitaire, ambitieux et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Dans notre grand pays,

Il y a un guide.

Il y a toujours eu un guide,

Depuis que notre pays est un pays.

Parfois, on change de guide.

Jamais de pays.

 

Gloire aux dirigeants,

Nous vivons mieux à présent ;

Grâce à nos dirigeants,

Notre avenir sera grand.

 

Dans notre grand pays,

Il est une coutume

Qui, à notre grand pays,

Va comme un costume :

Les villes adoptent le nom du guide

Chaque fois qu’on change de guide.

 

Gloire aux dirigeants,

Nous vivons mieux à présent ;

Grâce à nos dirigeants,

Notre avenir sera grand.

 

Notre dernier guide baptisé

Du doux nom de Foutine,

Les villes vont s’appeler

Selon notre antique routine :

Foutineville, Foutinegrad,

Foutinetown, Foutinestadt.

 

Gloire aux dirigeants,

Nous vivons mieux à présent ;

Grâce à nos dirigeants,

Notre avenir sera grand.

Actualisation nationale
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Published by Marco Valdo M.I.
28 octobre 2021 4 28 /10 /octobre /2021 18:00

 

La Manifestation de Prague

 

 

Chanson française – La Manifestation de Prague – Marco Valdo M.I. – 2021

 

Épopée en chansons, tirée de L’Histoire du Parti pour un Progrès modéré dans les Limites de la Loi (Dějiny Strany mírného pokroku v mezích zákona) de Jaroslav Hašek – traduction française de Michel Chasteau, publiée à Paris chez Fayard en 2008, 342 p.

 

Épisode 1 – Le Parti ; Épisode 2 – Le Programme du Parti ; Épisode 3 – Le Fils du Pasteur et le Voïvode ; Épisode 4 – La Guerre de Klim ; Épisode 5 – La Prise de Monastir ; Épisode 6 – La Vérité sur La Prise de Monastir ; Épisode 7 – Le Parti et les Paysans ; Épisode 8 – Le Premier Chrétien ; Épisode 9 – Le Provocateur ; Épisode 10 La Victoire morale ; Épisode 11 – Le Parti et ses Partisans ; Épisode 12 Le Monde des Animaux ; Épisode 13 Le Parti National Social ; Épisode 14 Le Camarade Škatula ; Épisode 15 Tous Frères

 

Épisode 16

 

 

 

LA MANIFESTATION DE PRAGUE

 

František Kupka – 1921

 

 

 

Dialogue maïeutique

 

Oh, dit Lucien l’âne, la manifestation de Prague. Qu’est-ce ? Laquelle ? Car ce ne doit pas être la seule manifestation qu’il y ait eu à Prague et je me demande ce qui justifie cette formulation et ce que cette manifestation peut avoir de particulier. Il y a eu des tas de manifestations à Prague et même, c’est le seul endroit au monde où il y a eu trois défenestrations – au moins.

 

Certes, Lucien l’âne mon ami, mais ce n’est pas pareil. Comme la chanson le raconte, il s’agit d’un événement très original et qui n’est pas près de se répéter – à Prague ou ailleurs.

 

Quoi ? Quel est ce mystère ?, s’étonne Lucien l’âne. Une manifestation ?, mais il n’y a rien là de bien original ; il y en a des milliers – sinon plus, chaque année de par le monde. Ce n’est pas non plus la seule chanson à raconter une manifestation. Par exemple, on en parlait pas plus tard que hier quand on dialoguait maïeutiquement de la chanson « Le grand Métingue du Métropolitain ».

 

C’est exact, répond Marco Valdo M.I., et je m’en vais te dévoiler le mystère de cette manifestation véritablement exceptionnelle, qui l’est d’ailleurs à plusieurs titres. D’abord, quand tu sauras de quoi il s’agit exactement, il te suffira de l’imaginer aujourd’hui à Rome pour en comprendre toute la particulière dimension. Ensuite, je te prie de noter qu’il ne s’agit pas d’une manifestation du Parti pour un Progrès modéré dans les Limites de la Loi.

 

Mais alors, s’étonne Lucien l’âne, que vient-elle faire ici dans l’histoire du P.P.M.L.L. ?

 

Eh bien, Lucien l’âne mon ami, elle est consacrée à un membre du Parti, dénommé Karel Penant, lequel a réellement existé, comme d’autres membres du Parti et d’autres personnages qui paraissent dans cette histoire, à commencer par Jaroslav Hašek. D’ailleurs, pour ce que j’en sais, ce qu’en dit la chanson est globalement exact. Voici ce que j’ai pu rassembler comme information biographique (en espéranto) à son sujet : Karel Penant (1874-1925), journaliste tchèque, espérantiste, libre-penseur, athée, pamphlétiste anticlérical et antibourgeois (un ancêtre de Jacques Brel : Les Bourgeois), traducteur anglais et français vers la langue tchèque et l’espéranto.

 

Bien, dit Lucien Lane, Karel Penant est membre du P.P.M.L.L. et ça nous mène où ?

 

À la manifestation, justement, répond Marco Valdo M.I. en riant. En tête du cortège des libres-penseurs où marche Karel Penant. Déjà, en soi, une manifestation de libres-penseurs avec drapeaux, bannières, etc., c’est un événement remarquable, exceptionnel ; mais l’affaire se corse quand la manifestation s’augmente d’une procession catholique en l’honneur de l’archevêque, escortée de 400 policiers, et qui se dirige vers la même place Wenceslas par le même boulevard en chantant des hymnes religieux tandis que les mécréants entament en chœur « À bas la calotte ! ».

 

Ça, dit Lucien l’âne, ce devait être quelque chose, un fameux spectacle ; je l’admets.

 

Et ce n’est pas tout, reprend Marco Valdo M.I., car débouche sur la même avenue la manifestation du Premier Mai et, ses drapeaux rouges, ses fanfares et ses 30.000 socialistes, qui se joignent aux athées et englobent la procession. C’est ainsi que cette manifestation composite finit sur le grand-place pour saluer l’archevêque de « Louons le Seigneur ! » et d’« À bas la calotte ! »

 

Le saint homme a dû être un peu surpris, dit Lucien l’âne. Mais soit, je te l’accorde, cette manifestation de Prague était vraiment un moment original et ma foi, réjouissant, digne des frères Marx et des Monty Python. Il ne reste plus à toute cette bande de bigotes et d’anticléricaux qu’à chanter en chœur « Always Look on the Bright Side of Life » ; quant à nous, tissons le linceul de ce vieux monde trop religieux, trop crédule, trop croyant et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Karel Pelant est du Parti.

Son seul nom effraie dans le pays

Les abonnées à La Croix ou à Marie.

Les vieilles se signent et prient

Pour son âme d’athée et de bandit.

Ce mécréant ne croit pas en Dieu, il l’écrit,

Il le dit, il le proclame urbi et orbi.

Sa bête noire est l’Église catholique,

Contre elle, sans cesse, il polémique.

Il l’invective sans répit, elle le maudit.

 

Karel Pelant, demain, ira en Amérique

Prêcher aux Indiens baptisés

Le refus de ce Dieu venu de l’étranger

Et l’abandon de sa croix totémique.

À Prague, en attendant,

Il marche en tête fièrement

Du grand cortège libre-penseur

Défilant bannières au vent.

Tous sont de bonne humeur.

Ce le premier jour de mai, c’est le printemps.

 

Par quatre cents policiers encadrée,

Venant d’une autre allée,

En toute chrétienne innocence,

De vieilles, de vieux, d’enfants de chœur,

Chantant : « Nous te louons, Seigneur ! »,

Une religieuse procession s’avance :

C’est l’archevêque qu’on honore

D’ostensoirs et d’oriflammes multicolores.

Tous vont dans le même sens,

Rien encore ne trouble les consciences.

 

Voici une troupe encore qui s’en va en ville,

Des femmes, des hommes, au moins trente mille.

Sous les banderoles et les drapeaux rouges,

Tout un peuple remue et bouge.

Voici les socialistes, voici les anarchistes.

Ils scandent « À bas la calotte ! »

Et toutes sortes d’hymnes antipapistes.

Soudain, les foules s’emberlificotent

Et les bondieusards pieux prient Dieu

Et tremblent parmi les banlieusards tumultueux.

 

 

 

 

 

 

La Manifestation de Prague
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Published by Marco Valdo M.I.
27 octobre 2021 3 27 /10 /octobre /2021 17:55

 

Le grand Métingue du Métropolitain
 

Chanson française – Le grand Métingue du Métropolitain – Marc Ogeret – 1988.

Texte : Maurice Mac Nab – Musique : Camille Baron – 1880

Diverses interprétations :

Pierre Perret – Le grand Métingue du Métropolitain

 

 

 

 


JEAN JAURÈS EN MÉTINGUE – 1913.

 

 

 

Dialogue maïeutique

 

Oui, oui, Lucien l’âne mon ami, on l’avait perdu de vue ou d’ouïe cette histoire du grand métingue du Métropolitain, mais comme le temps des cerises, elle flotte dans la mémoire et resurgit parfois. C’est le sort de la chanson populaire ; souvent même, on n’en connaît pas l’auteur et on ne sait ce qu’est devenue celle qui en fut l’inspiratrice. Tout ce qu’on en sait, c’est ce qu’en dit plus tard l’auteur, Jean-Baptiste Clément :

 

« Nous sûmes seulement qu’elle s’appelait Louise et qu’elle était ouvrière.
Naturellement, elle devait être avec les révoltés et les las-de-vivre !
Qu’est-elle devenue ? »

 

Ah, dit Lucien l’âne, le grand métingue ; ça me rappelle quelque chose. Rien que le titre ouvre des horizons de Bastille, de bistrot et de cachot.

 

Oui, c’est bien cette chanson-là, reprend Marco Valdo M.I., où un ouvrier parisien, un samedi soir après le turbin, au lieu d’aller au bal ou spectacle avec sa Poupoule, comme le chanta le premier Mayol, dans sa tout aussi populaire « Viens, Poupoule ! », s’en va au grand métingue du Métropolitain. À vrai dire, il est déjà fort entamé et pas mal éméché – dame, il a touché sa paye :

 

« J’avais déjà vidé plus d’une bouteille,
Si bien que je m’avais jamais trouvé si rond. »

 

Une chanson qui connaît bien son monde, vu qu’on y croise, allusion à Robespierre à la République ou à la proximité entre le courant socialiste et la libre-pensée :

 

« Les citoyens, dans un élan sublime,
Étaient venus guidés par la raison. »

 

Je passe le reste.

 

Je comprends, dit Lucien l’âne, mais il faudrait faire un petit lexique pour ceux à qui certains mots ne seraient pas familiers.

 

Bien volontiers, Lucien l’âne mon ami. Voici donc :

rond : soûl, saoul

zingue : comptoir du bistrot (en zinc)

turbin : boulot, travail

métingue : réunion, assemblée. Mot passé en anglais sous le nom de « meeting ».

municipaux – pluriel de municipal : agents de police

pékin : civil

orgueille : orgueil

bastringue : chahut, tumulte

brind’zingue : dans le gaz, soûl

géants de 48 : les révolutionnaires de 1848 qui chassèrent Louis-Philippe et créèrent la IIe République.

Fourrer au violon : mettre en cellule.

 

Et ainsi, pour une fois, dit Lucien l’âne, on s’est fendu d’un peu de didactisme. Je dis « pour une fois », puisque ce n’est vraiment pas dans nos habitudes, car s’il fallait faire de l’explication de texte à chaque fois, on n’en finirait pas et on ne s’en sortirait plus. Maintenant, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde fatigué, rond, tremblant et cacochyme.

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

 

C’était hier, samedi, jour de paye,
Et le soleil se levait sur nos fronts
J’avais déjà vidé plus d’une bouteille,
Si bien que je m’avais jamais trouvé si rond.
Voilà la bourgeoise qui rapplique devant le zingue:
« Feignant, qu’elle dit, t’as donc lâché le turbin ? »
« Oui, que je réponds, car je vais au métingue,
Au grand métingue du Métropolitain ! »

Les citoyens, dans un élan sublime,
Étaient venus guidés par la raison.
À la porte, on donnait vingt-cinq centimes
Pour soutenir les grèves de Vierzon.
Bref, à part quatre municipaux qui chlinguent
Et trois sergents déguisés en pékins,
J’ai jamais vu de plus chouette métingue,
Que le métingue du Métropolitain !

Y avait Basly, le mineur indomptable,
Camélinat, l’orgueille du pays.
Ils sont grimpés tous deux sur une table,
Pour mettre la question sur le tapis.
Mais, tout à coup, on entend du bastringue ;
C’est un mouchard qui veut faire le malin !
Il est venu pour troubler le métingue,
Le grand métingue du Métropolitain !

Moi je tombe dessus, et pendant qu’il proteste,
D’un grand coup de poing, j’y renfonce son chapeau.
Il déguerpit sans demander son reste,
En faisant signe aux quatre municipaux
À la faveur de ce que j’étais brind'zingue,
On m’a conduit jusqu’au poste voisin
Et c’est comme ça qu’a fini le métingue,
Le grand métingue du Métropolitain !

Morale :

 

Peuple français, la Bastille est détruite,
Et y a z'encor des cachots pour tes fils !
Souviens-toi des géants de quarante-huit
Qu’étaient plus grands que ceusses d’au jour d’aujourd’hui,
Car c’est toujours le pauvre ouvrier qui trinque,
Même qu’on le fourre au violon pour un rien.
C’était tout de même un bien chouette métingue,
Que le métingue du Métropolitain !

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24 octobre 2021 7 24 /10 /octobre /2021 17:00
Arbre d’ananar

Chanson française – Arbre d’ananar – Marco Valdo M.I. – 2021

 

ARBRE ROUGE

Piet Mondrian – 1909

 

 

 

Dialogue maïeutique

 

Qu’est-ce que c’est que cette chanson « Arbre d’ananar » ?, dit Lucien l’âne. C’est marrant, elle me rappelle une chanson où il est question de moi, oui, oui, de moi, à poil et en os, même qu’elle s’intitule « L’Âne anar ».

 

Tu as raison, Lucien l’âne mon ami, et même qu’elle est liée à une autre chanson, une chanson de Léo Ferré, qui s’intitule « Graine d’ananar » et même que Bernart Bartleby (tout un programme ce nom de Bartleby) nous l’avait dédiée. Donc, celle-ci – précisément « Arbre d’ananar » – reprend en une parodie du texte et pourquoi pas, carrément la musique, le schéma de celle-là. C’est une lointaine tradition des poètes et des chansonniers, des trouvères et des troubadours, des aèdes et des rhapsodes, des ménestrels et des croque-notes, des bardes et des scaldes et même des cantastorie que j’ai coutume de traduire par « chantauteurs ». Je l’ai faite à force de voir partout célébrer le centenaire posthume de Tonton Georges et quand je me suis rendu compte de cette coïncidence : il a pris sa retraite (de manière assez abrupte) à quelques jours de son anniversaire de naissance. Ce qui fait qu’il y a ces jours-ci quarante ans qu’il s’en est allé dans les bras de la Camarde.

 

Oui, dit Lucien l’âne, je sais cela. Mais parle-moi encore d’« Arbre d’ananar ».

 

Il te souviendra aussi, dès lors que tu as une pareille mémoire, Lucien l’âne mon ami, d’une autre parodie dont on avait parlé ici, que j’avais faite en souvenir de Léo Ferré, intitulée « Mon vieux Léo », tirée de la chanson de Georges Brassens « Le vieux Léon ». Elle imaginait, cette chanson, que Brassens adressait une salutation à Léo Ferré. On y disait :

« C’est « Mon Vieux Léo », une canzone où il est question de Léo Ferré. C’est, comme je te l’ai dit, une parodie d’une chanson de Georges Brassens : « Le vieux Léon » (1953) et elle a comme trame une histoire que j’ai inventée, à savoir que Georges Brassens, reprenant son vieux Léon, s’adresse à Léo Ferré par-delà le temps de façon très amicale et l’interpelle à propos de son grand saut dans le rien ou sur le rocher (étant Monaco où on l’a ramené d’Italie) et la vie d’artiste qu’il peut y mener avec les autres anarchistes exilés là-bas dans le néant. »

 

Sûrement que je m’en souviens, répond Lucien l’âne et je pourrais reprendre mot pour mot ma conclusion de cet ancien dialogue :

« Juste pour dire, évidemment. Cela étant, il faudrait sans doute un de ces jours que tu insères « Le vieux Léon » de Tonton Georges dans les Chansons contre la Guerre, car tout comme La Vie d’Artiste de Ferré, cette chanson manque cruellement au tableau. Enfin, je t’avoue que je suis très impatient de découvrir cette parodie et je me réjouis hautement déjà, rien qu’à l’idée. Voyons-la et reprenons notre tâche »

 

Sans doute, dans le futur, te souviendras-tu de ce dialogue-ci, reprend Marco Valdo M.I. ; maintenant, j’invite à un petit jeu sans malice et qui remue bien des souvenirs.

 

En voilà une idée, répond Lucien l’âne en riant et de quoi s’agit-il ?

 

 

Tout simplement, Lucien l’âne mon ami, il s’agit de découvrir dans cette parodie une série d’allusions, de références à diverses chansons de Georges Brassens et aussi, de Léo Ferré.

 

À première vue, conclut Lucien l’âne, je dirais aussi de Boby Lapointe, qui dans « Ta Katie t’a quitté » disait :

 

« Ce soir au bar de la gare
Igor hagard est noir
Il n’arrête guère de boire. »

 

Ma parole, ta parole, par exemple ; avec un peu d’oreille et de mémoire, on peut y jouer avec beaucoup de chansons et trouver des tas de clins d’yeux à d’autres chanteurs, à d’autres poètes. On en a assez dit, tissons le linceul de ce vieux monde féroce, oublieux, sénescent, pénible, ignoble, ignare et cacochyme.

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 


 

Le temps s’en est allé

Mais toi, tu es resté

Au Bal des Quat’z’Arts,

Hors de ce grand bazar

Qu’est cette société,

Loin de la société,

Tu l’as toujours été,

Tu es un type à part,

Un arbre d’ananar.

 

On a dit que mouflet,

Tu volais

Et que ton papa

Brave homme, ne voulait pas

Qu’on mette à l’écolier

Un collier tressé

Qui l’aurait blessé,

Une chaîne de clébard

À l’arbre d’ananar.

 

T’avais des copains

Qui buvaient le vin

Mais le vin est tiré

Pour être éclusé

En bonne société.

Au cœur de l’amitié

À chacun son quart,

Arbre d’ananar.

 

Si je savais où

Tu as fait ton trou,

J’irais te retrouver

Pour t’écouter chanter.

Comme je ne sais pas

Où aller pour ça,

J’irai voir au bar de la gare

Après l’arbre d’ananar.

 

On me dit que c’est fini,

Que tu es parti

Et que tu resteras

Au nom de la loi

De l’éternité,

Loin de cette société

Qui doit regretter

D’avoir mis au rancart,

L’arbre d’ananar.

 

Même le grand oubli

Se fait tout petit,

Même les corneilles

Croassent des merveilles,

Pour te garder ici

Et c’est amusant

Qu’il y a ce vent

Qui souffle sur le pont des Arts

Dans tes branches d’arbre d’ananar.

 

Après toutes ces années,

Il reste de toi

Les traces de ta voix

Et de tes idées.

Moi, je dis que la société

Ne doit pas brusquer

Les enfants bâtards

De l’arbre d’ananar.

Arbre d’ananar
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Published by Marco Valdo M.I.
21 octobre 2021 4 21 /10 /octobre /2021 14:09

Tous Frères

 

 

Chanson française – Tous frères – Marco Valdo M.I. – 2021

 

Épopée en chansons, tirée de L’Histoire du Parti pour un Progrès modéré dans les Limites de la Loi (Dějiny Strany mírného pokroku v mezích zákona) de Jaroslav Hašek – traduction française de Michel Chasteau, publiée à Paris chez Fayard en 2008, 342 p.

 

Épisode 1 – Le Parti ; Épisode 2 – Le Programme du Parti ; Épisode 3 – Le Fils du Pasteur et le Voïvode ; Épisode 4 – La Guerre de Klim ; Épisode 5 – La Prise de Monastir ; Épisode 6 – La Vérité sur La Prise de Monastir ; Épisode 7 – Le Parti et les Paysans ; Épisode 8 – Le Premier Chrétien ; Épisode 9 – Le Provocateur ; Épisode 10 La Victoire morale ; Épisode 11 – Le Parti et ses Partisans ; Épisode 12 Le Monde des Animaux ; Épisode 13 Le Parti National Social ; Épisode 14 Le Camarade Škatula

 

 

 

 

Épisode 15

 

 

 

 

 

 

 

LIBERTÉ, ÉGALITÉ, CHOUCROUTE

Jacques Faizant – 1985

 

 

 

 

Dialogue maïeutique

 

 

 

La chanson « Tous Frères », Lucien l’âne mon ami, raconte une histoire de partis ou plus exactement, de deux partis, dont on a déjà parlé et qui sont deux personnages importants de la lutte politique vers 1911 à Prague.

 

Oui, dit Lucien l’âne, ce sont sans doute le Parti pour un Progrès modéré dans les Limites de la Loi et le Parti National Social, qui serait – si j’ai bien compris l’affaire – son concurrent le plus direct et si j’ai bien suivi, l’affrontement est assez rude. Heureusement pour le Parti d’Hašek qu’il y a la victoire morale.

 

Voilà, dit Marco Valdo M.I., c’est bien ça. Donc, entre eux, c’est la lutte finale et de ce fait, tous les moyens sont bons face à la concurrence ; enfin, presque tous, car il y a encore des limites qu’ils hésitent à franchir ou même, qu’ils ne conçoivent pas de transgresser et que le cas échéant, ils s’interdisent de violer. L’Histoire nous apprend que ce n’est pas toujours le cas. Donc, entre ces deux partis, il y a une forte rivalité, mais elle ne va pas jusqu’à l’assassinat.

 

C’est heureux, Marco Valdo M.I. mon ami, car la politique et la démocratie se doivent de respecter certaines règles de bienséance. Bref, on se bat les uns contre les autres, au besoin, on élimine l’opposant, mais politiquement et dans le respect des formes.

 

Plus ou moins, réplique Marco Valdo M.I., car comme le montre la chanson, entre partis, on ne se fait pas de cadeaux et aussi, on ne se fait pas confiance ; même si, évidemment, il faut parfois faire des alliances. La chanson poursuit ainsi l’étude du Parti pour un Progrès modéré dans les Limites de la Loi (en abrégé : P.P.M.L.L.).

 

Ohlala, dit Lucien l’âne, ces initiales, ce sigle, il faut savoir les interpréter. On dirait par exemple qu’il s’agit d’un Parti Populaire Marxiste-Léniniste Libéral ou quelque chose du genre.

 

Certes, reprend Marco Valdo M.I., et rien ne dit qu’il n’aurait pas pu l’être ou le devenir dans la suite de l’histoire tchèque. Dans tous les cas, comme pour tous les partis – et c’est une nécessité vitale pour eux, le P.P.M.L.L. est foncièrement uni. Sa devise est « Tous pour un ».

 

« Le Parti ne fait qu’un : « Tous pour un ! »,

Le Parti a un programme commun.

Le Parti n’a qu’un corps ;

Le Parti se décompose en sections »

 

Une belle devise, s’amuse Lucien l’âne ; reste à savoir qui est ce « un » énigmatique.

 

En théorie et a priori, répond Marco Valdo M.I., ce « Un », c’est le Parti. C’est toujours comme ça au début. Et bien évidemment, par la suite, il est possible que cette belle unanimité serve un autre « Un ».

 

Ça s’est déjà vu, dit Lucien l’âne. Et c’est même fréquent.

 

Oh, reprend Marco Valdo M.I., c’est une loi du développement de groupe ; les groupes politiques ne peuvent y échapper. Par ailleurs, le Parti se veut à l’avant-garde. Là aussi, se pose la question : à l’avant-garde de quoi ? Et puis, dans sa lutte le Parti a tout intérêt à savoir ce qui se passe, ce qui se trame chez son adversaire. En bonne logique et en toute illégalité, il va l’espionner de l’intérieur.

 

Ça aussi, c’est courant en politique, Marco Valdo M.I. mon ami, et pas seulement entre partis. On a vu des partis s’espionner eux-mêmes.

 

Passons, dit Marco Valdo M.I. ; grâce à l’espion, quand même, on apprend certaines choses comme la devise du Parti national Social (P.N.S.), qu’il avait été chercher dans les coulisses de l’Histoire de la Révolution française et qui est fort célèbre depuis : « Liberté, égalité, fraternité » et qui fut joyeusement illustrée par Jean Yanne dans son film « Liberté, égalité, choucroute ». Et comme le montre la chanson, elle est immédiatement bafouée par le P.N.S., lui-même.

 

« Liberté, égalité, fraternité »

Est la devise du Parti National Social.

Pourtant, l’espion a relevé dans son comité

Tout comme dans « La Parole », son journal,

L’existence de maîtres et de serviteurs. »

 

Oh, dit Lucien l’âne, connaissant l’humanité et ses habitudes, une telle devise a vraiment peu de chances d’être appliquée. Mais en voilà assez, il nous faut tisser le linceul de ce vieux monde hypocrite, menteur, dissimulateur, tricheur et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient, Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

 

Le Parti ne fait qu’un : « Tous pour un ! »,

Le Parti a un programme commun.

Le Parti n’a qu’un corps ;

Le Parti se décompose en sections :

La principale campe au Litre d’Or,

Les trois autres ont d’autres bastions :

La Chandelle, le Café slave et chez Bláha,

Là, se réunit le groupe des Galapiats ;

C’est la section des artistes,

On y rencontre Honza le pianiste.

 

Quand les Turcs occupaient la Tchécoslovaquie,

Pour les chasser, on priait la Vierge Marie.

C’est une vieille histoire

Qui reste encore dans les mémoires.

Sur la colline, en souvenir de ces souffrances,

On garde précieusement une potence.

À présent, dans le pays, il y a autant de brasseries

Qu’il y avait de monastères au Moyen Âge.

À l’avant-garde dans le paysage,

Le Parti fait campagne dans les brasseries.

 

Le Parti a ses propres agents

Particulièrement, de renseignements.

À la « Parole tchèque », le journal

Organe du Parti National Social,

Le Parti a un espion qui opère

À la chronique des faits divers :

Il raconte les catastrophes, les assassinats

Quand il y en a et quand il n’y en a pas, vite,

Il invente des comètes et des Adamites

Qui courent tout nus dans les bois.

 

« Liberté, égalité, fraternité »

Est la devise du Parti National Social.

Pourtant, l’agent a relevé dans son comité

Tout comme dans « La Parole », son journal,

L’existence de maîtres et de serviteurs.

Au Parti National Social, sans erreur,

Tous s’appellent mutuellement « frère »,

Vocable égalitaire, sublime, émouvant.

Membres du Parti, pourtant, tous tes « frères »,

Le policier te prend, le juge te juge, le bourreau te pend.

 

 

Tous Frères
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17 octobre 2021 7 17 /10 /octobre /2021 18:20
FAMINE

 

Version française – FAMINE – Marco Valdo M.I. – 2021

Chanson allemande – HungersnotErich Mühsam1916

 

 

 

FAMINE – GUERRE

Simplissimus – Munich 1917

 

 

 

Dialogue maïeutique

 

Il ne faut pas croire, Lucien l’âne mon ami, il ne faut pas croire que comme cette version française d’Hungernot – FAMINE commence de la même façon que la chanson de Claude Lemesle « Par dix, par cent, par mille… », que chantait Melina Mercouri, comme elle commence de cette même façon, il ne faut pas croire qu’elle raconte la même chose. Soixante-cinq ans après Hungernot, Melina appelait la Grèce à la rébellion contre la dictature des Colonels. Erich Mühsam, c’était en 1916, lui s’en prend à la guerre et il le fait dans la guerre, en pleine guerre. Il s’en prend à Guerre et à sa sœur, Famine. Sœur cadette ? Sœur aînée ? Allez savoir qui de Guerre ou de Faim est venue au monde la première ?

 

Personnellement, dit Lucien l’âne, je les ai souvent prises pour des sœurs jumelles.

 

Il faut dire, continue Marco Valdo M.I., que cette année 1916, et les suivantes, l’Allemagne va recevoir la visite de Famine et très, très nombreux – des civils, sont ceux qui vont en souffrir.

 

Oh, dit Lucien l’âne, il n’y a rien d’étonnant. Aussi loin que je me souvienne, Famine, Misère, Maladie, Mort ont toujours fait escorte à Guerre. Elles n’ont jamais arrêté de courir le monde. Et nous, ici, on s’essaie chanson après chanson, à tisser le linceul de ces épouvantables demoiselles en même temps que celui du vieux monde obscène, absurde, avide, aviné, arrogant, avilissant et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

Par dix, par cent, par mille, gisent les morts

Par terre, au fond des campagnes violées,

Par les guêpes et les taons de fer frappées.

Et menace et rampe hors

Des tas de feu et de ruines,

Et suce et lèche les ossements,

Et ronge la moelle des gens,

La sœur de la guerre, Famine


Elle niche au-dessus des portes et des toits

Et se jette sur les humains et les bêtes ;

Au-dessus des villages, elle tournoie,

Aucun œil, aucune oreille ne la repèrent,

Mais tous les sens la flairent,

Et la peau frémit

Et les cheveux se dressent en épis.


Les yeux errent, vides et fixes.

Un enfant tire sur le tablier de sa mère.

Un petit cercueil roule vers le cimetière.

L’instituteur et le curé de la paroisse,

Le souffle court, suent l’angoisse.

Déjà, chez eux, il n’y a plus de pain

« Nous avons gagné ! », baragouine un crétin.

 

L’armée morte qui repose à l’étranger

Ne rapporte pas de pain à la communauté,

Mais beaucoup de gens en terre sont portés.

Ennemis de personne, à personne, ils n’ont fait la guerre

Ces modernes par millions, ainsi libérés de la misère.

Encore, d’une bouche desséchée, bredouillante,

Retentit le cri imbécile : « Nous avons gagné ! »

FAMINE
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12 octobre 2021 2 12 /10 /octobre /2021 17:57

 

Le Camarade Škatula

 

Chanson française – Le Camarade Škatula – Marco Valdo M.I. – 2021

 

Épopée en chansons, tirée de L’Histoire du Parti pour un Progrès modéré dans les Limites de la Loi (Dějiny Strany mírného pokroku v mezích zákona) de Jaroslav Hašek – traduction française de Michel Chasteau, publiée à Paris chez Fayard en 2008, 342 p.

 

Épisode 1 – Le Parti ; Épisode 2 – Le Programme du Parti ; Épisode 3 – Le Fils du Pasteur et le Voïvode ; Épisode 4 – La Guerre de Klim ; Épisode 5 – La Prise de Monastir ; Épisode 6 – La Vérité sur La Prise de Monastir ; Épisode 7 – Le Parti et les Paysans ; Épisode 8 – Le Premier Chrétien ; Épisode 9 – Le Provocateur ; Épisode 10 La Victoire morale ; Épisode 11 – Le Parti et ses Partisans ; Épisode 12 Le Monde des Animaux ; Épisode 13 Le Parti National Social ;

 

Épisode 14

 

 

 

LA RÉVOLUTION

 

Frantisek Kupka – 1904

 

 

 

 

Dialogue maïeutique

 

 

 

Je comprends parfaitement, Lucien l’âne mon ami, les points d’interrogation qui éclatent dan tes yeux.

 

Ah ?, dit Lucien l’âne.

 

Je le comprends d’autant mieux, reprend Marco Valdo M.I., que j’ai moi aussi les mêmes sensations, que je me pose les mêmes questions. Comme toi, je me demandais qui était le camarade Škatula, ce qu’il venait faire là et puis aussi, je finissais par m’interroger sur l’existence de ce fameux Parti pour un Progrès modéré dans les Limites de la Loi, avait-il jamais existé ? Eh bien, je peux te rassurer : tout autant le Parti que le camarade Škatula ont bel et bien existé.

 

Ah ?, dit Lucien l’âne. Même Škatula ?

 

Oui, oui, répond Marco Valdo M.I., et ce qui en est dit dans la chanson est, en gros – exact. Emmanuel Škatula (ŠKATULA, Emmanuel – Lochovice, République tchèque, 1878 – Roztoky, République tchèque, 1966) a non seulement existé, mais il fut un personnage d’une certaine renommée, y compris internationale, car il fit partie de l’Internationale Socialiste et il mérite tout à fait l’appellation de « camarade Škatula » du fait qu’il fut – des années plus tard – un des fondateurs du Parti Communiste Tchèque.

 

Eh bien, dit Lucien l’âne, voilà qui me rassure.

 

Bien sûr, Lucien l’âne mon ami, d’un certain côté, il est quand même fantastique que dans la chanson, le camarade Škatula soit une sorte de prophète ou de magicien révolutionnaire. Partout où il est passé, éclate la révolution et s’instaure la république, ainsi qu’en atteste le texte : dans l’Empire Ottoman, au Royaume du Portugal et même, dans le Céleste Empire.

 

Certes, dit Lucien l’âne en riant, mais moi, je trouve assez extraordinaire l’idée de Jaroslav Hašek d’expérimenter en matière politique. Finalement, c’est très éclairant quant au fondement de la démocratie ; on apprend pas mal de choses à son sujet.

 

D’accord, Lucien l’âne mon ami, mais il ne faut pas oublier que tout ceci se passait il y a plus d’un siècle.

 

Oh, dit Lucien l’âne, je ne l’oublie pas ; bien au contraire, je note qu’on peut constater que c’est toujours d’actualité. Par exemple, le monde aurait besoin que le camarade Škatula aille visiter quelques empires et quelques pays de moindre importance. En gros la réalité ultérieure et même, contemporaine et sans doute, future, va bien au-delà de ce que Jaroslav Hašek rapportait si fidèlement. Mais, restons-en là et reprenant notre tâche, tissons le linceul de ce vieux monde compétitif, concurrentiel, ambitieux, électif et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient, Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

À Vienne, on avait rencontré le camarade Škatula.

À Prague, par la suite, il assista à nos réunions.

Emmanuel Škatula avait de l’ambition;

Il se disait social-démocrate en ce temps-là,

Et c’était un homme de conviction :

Du peuple, il défendait fermement les droits.

Son embonpoint prouvait la prospérité du prolétariat :

Avec des chefs maigres, un parti ne progresse pas.

Le Parti Social Démocrate avait ses gros,

Le Parti National Social un député de cent-vingt kilos.

 

L’orateur, le membre, l’adhérent, le militant

Qui grossit lentement, c’est sûr,

Finit nécessairement député ou président.

C’est une loi de la nature.

Un chef doit être un homme de poids.

Aux élections, le camarade Škatula, en gros,

A gagné plus de quatre cents voix ;

Depuis il a encore pris plus de douze kilos.

Le député du Parti National Social a grossi aussi,

Il mange comme trois pour l’essor du Parti.

 

Le camarade Škatula est un bon vivant,

Il fait campagne dans les restaurants.

Au départ, le camarade Škatula était ouvrier modeleur ;

À présent, il modèle son discours pour attraper les cœurs.

Il promet au peuple de la bière et du pain.

Le camarade Škatula est un fin politique

Il montre l’exemple par sa pratique

Des repas copieux arrosés de Pilsen et de vin.

En bon social-démocrate, il séduit les électeurs.

Le camarade Škatula prophétise le bonheur.

 

Le camarade Škatula visite les autres nations.

Où il est passé, c’est le chambardement.

À Constantinople, le Turc fait la révolution

Et sans attendre, renverse le sultan.

Le camarade Škatula revient du Portugal.

À Porto, d’un coup, c’est la panique ;

À Lisbonne, on tremble au palais royal,

Les militaires instaurent la république.

Le camarade Škatula pense à la Chine ; c’est fatal,

Le Céleste Empire devient une république.

 

 

Le Camarade Škatula
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10 octobre 2021 7 10 /10 /octobre /2021 19:19
MA PRISON

 

Version française – Ma Prison – Marco Valdo M.I. – 2021

Chanson allemande – Mein GefängnisErich Mühsam – 1914

 


Poème d’Erich Mühsam, dans le recueil intitulé « Wüste-Krater-Wolken », publié en 1914.

Un poème mis en musique par plusieurs artistes, comme Gregor Hause, dans son album de 1998 « Das Herz in der Hand », ou par le groupe folk-rock allemand Die Schnitter, dans son album de 2002 intitulé “Fegefeuer”. Plus récemment, Christoph Holzhöfer s’y est également essayé.


 


 

LA CHAMBRE À ARLES

Vincent Van Gogh – 1888


 


 


 

Dialogue maïeutique

 

 

 

On avait déjà parlé ensemble, Lucien l’âne mon ami, d’Erich Mühsam.

 

Oh oui, Marco Valdo M.I. mon ami, je me souviens assez bien de ça, et même surtout, que tu avais écrit toute une chanson à son sujet.

 

En effet, répond Marco Valdo M.I., c’était il y a plus de dix ans et je l’avais intitulée

« Erich Mühsam, poète, anarchiste et assassiné ». Cette fois, c’est différent puisqu’il s’agit d’une version française d’un poème d’Erich Mühsam : « MA PRISON » écrit à un moment de sa vie bien antérieur à son séjour et à sa fin à la prison d’Orianenbourg où il finit pendu dans sa cellule. D’autre part, j’avais déjà proposé l’une ou l’autre versions françaises de poèmes d’Erich Mühsam.

 

De ça aussi, je me souviens, s’écrie Lucien l’âne. J’ai en mémoire, par exemple, LA MAISON BRUNE – Das braune Haus ; LE RÉVOLUTIONNAIRE – Der Revoluzzer ; LE PRESSENTIMENT – Die Ahnung ; EN CELLULE – In der Zelle ; CALENDRIER 1913 – Kalender 1913 ; MALHEUR – Klage ; RÈGLES DE VIE – Lebensregel ; CHANT DU LUMPEN – Lumpenlied ; CHANT DES SOLDATS – Soldatenlied.

 

Voilà, dit Marco Valdo M.I. ; celle-ci sera la dixième. Comme on a commenté la vie d’Erich Mühsam et fait ressortir son importance, j’en resterai là cette fois.

 

Oui, dit Lucien l’âne, dans le fond, il s’agit juste de faire une sorte d’introduction à la chanson. À ce propos, je voudrais te demander si tu pourrais ajouter quelques détails, ne fût-ce que son titre.

 

Le titre, certes, Lucien l’âne mon ami, mais les quelques détails, ça va m’entraîner un peu plus loin que je le souhaitais. Donc, le titre est « Ma Prison » ; c’est une description du lieu, suivie d’une réflexion sur l’effet de ce lieu, de l’enfermement et des conditions dans lesquelles il est vécu. La description factuelle ou presque du lieu (me) fait penser à la façon dont aurait pu la peindre Vincent Van Gogh, sauf évidemment que les mots tiennent lieu de touches de couleur. Quand je dis couleur, je pense à la matière que le peintre prend sur son pinceau pour l’étendre sur la toile.

 

Donc, dit Lucien l’âne, si je comprends bien : les mots sont des couleurs.

 

Exactement, répond Marco Valdo M.I., dans cette manière d’écrire, les mots sont des couleurs et quand on les agence, on obtient un tableau. Tout comme le peintre joue des couleurs pour créer une ambiance, un monde, un tableau, le poète use des mots pour obtenir un résultat du même ordre. Ici, faire percevoir son lieu d’enfermement. Ensuite, il est important de prendre en compte le fait que ce texte date d’avant 1914, c’est-à-dire ces années avant ses séjours en prison des années 20 et 30. Comme je n’ai pu relever de séjour d’Erich Mühsam en prison avant celui de 1919, je ne peux dire s’il s’agit d’un lieu réel ou purement imaginé. Même si évidemment, le tableau est convaincant.

 

Oh, dit Lucien l’âne, à ce sujet, on peut penser que tu dis juste, car en plus des Lettres de prison de Carlo Levi, dont la première chanson était Le Fils emprisonné et il est aussi question de prison dans Dachau express.

 

Évidemment, Lucien l’âne mon ami, et pour ce qui est de la peinture, je te recommande de relire « Le Vent souffle ».

 

Oh, dit Lucien l’âne, finalement, c’est peut-être une sorte d’anticipation. La poésie est coutumière du genre. Maintenant, pour ce qui nous concerne, tissons le linceul de ce vieux monde carcéral, étouffant, autoritaire, baillonneur et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 


Sur la mer, la vague danse,

Le vent libère la musique.

Ma cellule a de la place pour la danse

Dans ses dix-sept mètres d’air cubique.


Des ciels bleus comme une fleur

Frémit la nostalgie qui apaise le cœur.

Ma fenêtre est grillagée

Et sa grosse vitre est striée.

 

L’amour de son pâle et frêle doigt

Sur le lit trace son repère.

Ma porte est en fer,

Mon grabat est dur et étroit.

 

Mille questions, mille énigmes

Rendent stupides nombre d’hommes.

J’en ai seulement une à part moi :

Pourquoi suis-je assis ici ? Pourquoi ?


Derrière l’œil, la larme se terre

Et en son temps, pleure.

On bloque toutes mes esquisses

Au nom de la justice.

 

Un vent a jeté bas du toit

Mon drapeau et mes projets.

On pense souvent qu’on pourrait,

Ce qu’en fin de compte, on ne peut pas.

MA PRISON
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Published by Marco Valdo M.I.
5 octobre 2021 2 05 /10 /octobre /2021 18:02

 

Le Parti National Social

 

Chanson française – Le Parti National Social – Marco Valdo M.I. – 2021

 

Épopée en chansons, tirée de L’Histoire du Parti pour un Progrès modéré dans les Limites de la Loi (Dějiny Strany mírného pokroku v mezích zákona) de Jaroslav Hašek – traduction française de Michel Chasteau, publiée à Paris chez Fayard en 2008, 342 p.

 

Épisode 1 – Le Parti ; Épisode 2 – Le Programme du Parti ; Épisode 3 – Le Fils du Pasteur et le Voïvode ; Épisode 4 – La Guerre de Klim ; Épisode 5 – La Prise de Monastir ; Épisode 6 – La Vérité sur La Prise de Monastir ; Épisode 7 – Le Parti et les Paysans ; Épisode 8 – Le Premier Chrétien ; Épisode 9 – Le Provocateur ; Épisode 10 La Victoire morale ; Épisode 11 – Le Parti et ses Partisans ; Épisode 12 Le Monde des Animaux ;

 

 

Épisode 13

 

 

 

PROMÉTHÉE

Antonín Procházka - 1911

 

 

 

 

Dialogue maïeutique

 

La politique, Lucien l’âne mon ami, est une chose curieuse, une étrange pratique que l’on trouve dans certaines sociétés humaines ; celles qui se veulent civilisées.

 

Oui, dit Lucien l’âne, de ça, je suis au courant et j’en ai vu mille formules. À mon idée, c’est le mot qu’on utilise pur désigner la manière dont on organise la direction et le fonctionnement du pouvoir dans la société des hommes. Par exemple, chez nous les ânes, il n’y a pas de politique ainsi conçue.

D’un certain point de vue, reprend Marco Valdo M.I., c’est bien la distinction qu’établit la chanson dès le départ, quand elle déclare :

 

« Chez les sauvages, il n’y a pas de parti ;

Chez les sauvages, on ne fait pas de politique.

Les gens civilisés ont des partis ;

Les gens civilisés font de la politique. »

 

Du même point de vue, indique Lucien l’âne, il n’y a rien à y redire. Cependant, d’un autre point de vue, j’y sens une sorte d’ironie assez complexe et pur tout dire, à double sens. On devrait y voir plus clair avec le reste de la chanson.

 

Là, Lucien l’âne mon ami, tu n’as pas tort, car la chanson est une charge contre un parti politique concurrent et surtout, contre son penchant au nationalisme tchèque et à l’antisémitisme.

 

Oui, dit Lucien l’âne, toute cette explication est fort belle, mais elle manque quand même de précision. De quel parti s’agit-il ? A-t-il réellement existé dans l’histoire et quel était, à ce moment, son profil ?

 

Ah, dit Marco Valdo M.I., il me faudra bien donner des explications. Je vais le faire en style télégraphique ; de manière concise, car on ne peut ici faire une conférence encyclopédique sur la politique en pays tchèque. Il faudrait remonter à Jean Huss, au moins. Donc, pour ce qui nous intéresse ici, on est en 1911 dans l’Empire austro-hongrois, dans cet Empire, les Tchèques se trouvent sous la domination de l’Autriche dont Vienne est la capitale. Parmi les partis politiques tchèques, en dehors du parti des agrariens – parti paysan, il faut comprendre des propriétaires terriens et des fermiers aisés, qui est le premier parti, émergent deux courants numériquement plus importants et rivaux : les sociaux-démocrates et le Parti National Social. Tous se veulent tchèques et défenseurs de la nation tchèque, mais le Parti National Social se distingue par sa virulence, sa xénophobie et sa haine des juifs. C’est sur le plan de l’Empire, le plus vindicatif et celui affiche le plus des positions de matamore. Par la suite, après la guerre de 1914-18, et l’indépendance de la Tchécoslovaquie, il évoluera dans un sens plus démocratique et abandonnera l’antisémitisme. C’est lui que vise la chanson.

 

En voilà une histoire, dit Lucien l’âne, mais comme je dis toujours, on ne saurait faire une histoire dans la raconter.

 

Oui, dit Marco Valdo M.I., mais de là à utiliser les médias – ici le journal « Vienne tchèque », pour raconter des histoires fausses, pour inventer des faits divers afin de déclencher et entretenir la haine, pour capitaliser des électeurs et des supporters sur le mensonge et la méchanceté, sur l’appel aux bas instincts, il y a une marge qu’il ne faut jamais franchir.

 

Oui, je vois de quoi parle la chanson, dit Lucien l’âne, avec cette histoire de la couturière tchèque violentée par son patron juif et social-démocrate en plus et une intrigue de romans populaires de cette époque. Des rumeurs comme ça, qu’est-ce que j’en ai entendues, on en invente tout le temps. C’est vraiment puant. Ça finit par des pogroms ou des émeutes et quand ça déborde, ce sont les guerres civiles ou internationales.

 

Avant de conclure, dit Marco Valdo M.I., il me semble que ce parti et son comportement sont en quelque sorte des précurseurs de partis qui se diront nationaux et affirmeront une forte connotation sociale, comme le Parti National Socialiste en Allemagne ou le Parti National Fasciste en Italie. Si l’on s’en tient à la chanson, on dirait qu’il a fait école, alors qu’on sait qu’en réalité, il s’inscrivait tout à fait bien parmi d’autres dans le courant nationaliste qu’on trouve partout en Europe à ce moment et même au-delà des océans.

 

Oui, dit Lucien l’âne, c’est quand même exemplatif, ça donne à penser et pourquoi ne pas le dire, à craindre, quand on voit ce qui se passe actuellement dans certains pays d’Europe et d’ailleurs. L’avenir va-t-il nous repasser les vieux plats ? En attendant ce qui sera, redisons le mot de Piero Calamandrei, à la fin de son épigramme « Lo Avrai camerata Kesselring ! » : « Ora e sempre, Resistenza ! » – « Maintenant et toujours : Résistance ! » et tissons le linceul de ce vieux monde national, brutal, déséquilibré mental, insensé et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient, Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Chez les sauvages, il n’y a pas de parti ;

Chez les sauvages, on ne fait pas de politique.

Les gens civilisés ont des partis ;

Les gens civilisés font de la politique.

Chez nous, on a les sociaux-démocrates

Et le Parti National Social – tchèque,

Qui est différemment démocrate,

Qui à Vienne, publie « Vienne tchèque »

Avec l’œillet rouge et blanc sur le plastron,

Sa devise est : « Ne courbons pas le front. »

 

À « Vienne tchèque », organe national-social,

Le rédac-chef écrit son édito dans les cabinets,

Là où, dans sa solitude, il a la paix.

Il mène le combat sans cérémonial

Contre ces traîtres à la nation, que sont

Les sociaux-démocrates, vendus aux juifs ;

Le rédac-chef écrit aussi un feuilleton :

Une couturière est membre du Parti National-Social ;

Abusée, elle tue son chef juif ;

Il était social-démocrate, c’était fatal.

 

Après le meurtre de son séducteur,

La couturière va en prison ;

Elle accouche d’un garçon,

Confié à un oncle tuteur,

Un social-démocrate, évidemment,

Qui torture le pauvre enfant.

Mais un de nos frères le récupère,

Le ramène à Prague et puis,

L’enfant grandit au pays.

Dans le souvenir de sa mère.

 

L’homme du Parti National Social

Dit : « Ici, on mène le vrai combat social,

Du courage, de la volonté, du moral.

Frères tchèques, le Parti, c’est pas du mou ;

L’aubergiste est inscrit chez nous.

Voilà un porc bien cuit au saindoux.

De la bière et de vrais porcs tchèques,

Notre Parti National Social est en plein essor,

Frères tchèques, encore un effort ! 

Et Vienne sera bientôt tchèque. »

 

 

 Le Parti National Social
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Published by Marco Valdo M.I.

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