Chanson française – L’Empereur cerné – Marco Valdo M.I. – 2024
LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.
Épisode213
NÉRON DURANT L'INCENDIE DE ROME
Karl Theodor von Piloty - 1860
Dialogue Maïeutique
Certainement, Lucien l’âne tu as le souvenir de cet Alexandre dont parle la canzone. Il avait, jeune encore, conquis le monde connu de son temps de la Macédoine au Pakistan et de l’Afghanistan à l’Égypte, à la Libye et au Soudan. C’était beaucoup pour un jeune homme ; on l’appelle encore aujourd’hui Alexandre le grand.
Oui, oui, je me souviens, dit Lucien l’âne. Je l’ai croisé personnellement à ses débuts, même si je n’ai pas suivi toutes ses pérégrinations. À vrai dire, il ne se mouchait pas du pied, était une sorte de matamore assez imbu de lui-même de ses exploits et du renom qu’il comptait laisser dans l’Histoire. En quoi, il n’avait pas tort. On ne pourrait lui comparer que César lui-même et bien sûr, Gengis Khan. Peut-être aussi Charles-Quint qui, disait-il, régnait sur un empire où le soleil ne se couchait jamais, où la nuit ne finissait jamais non plus, selon qu’on était du matin ou du soir.
C’est bien lui, en effet, répond Marco Valdo M.I. et c’est le personnage du début de la canzone face auquel le Guide se mesure. Et Alexandre y perd de sa superbe, il rétrécit, il rapetisse, il se nanifie. Du moins dans l’esprit aussi dérangé qu’imaginatif du Guide qui se voit déjà – c’est le sens final de la chose, c’est son avenir radieux : le maître du monde. C’est le thème des deux premiers douzains ; j’en extrais ceci :
« Sur l’écran blanc de ses nuits,
Alexandre petit à petit se réduit :
Le Guide se fait son cinéma ;
Demain, c’est sûr, il vaincra.
…
Le Guide veut étendre l’Empire
Sur un autre Continent.
Notre Guide voit grand,
Il n’y a pas à dire. »
Ah, dit Lucien l’âne, on peut espérer pour lui qu’il ne connaisse pas bientôt le sort de Jules César.
Justement, dit reprend Marco Valdo M.I., c’est une des pensées évoquées par le Veilleur dans la troisième partie :
« Le Guide est un empereur cerné
Par sa garde prétorienne et ses mercenaires. »
Le Veilleur montre aussi la figure nostalgique et quelque peu prémonitoire que le Guide adopte au bord d’un fleuve :
« Au bord de l’eau, le Guide désabusé
Regarde les restes de sa flotte défiler. »
Et c’est Grand-Mère qui conclut en ramenant le rêve à la réalité et en disant tout haut ce que les gens pensent tout bas :
« Grand-Mère dit : Foin de ces bêtises,
On ne croit plus au chant de son église.
Les gens voient de leurs yeux mi-clos
Flamber les raffineries, exploser les dépôts… »
Pour beaucoup, ce ne sont peut-être que des pensées confuses, soigneusement dissimulées – la peur est toujours là – un non-dit fracassant qui les suit jour et nuit. C’est toujours comme ça au début, une voix silencieuse qui enfle comme le fait la calomnie vue par Beaumarchais : « D’abord un bruit léger, rasant le sol comme hirondelle avant l’orage, pianissimo murmure et file, et sème en courant le trait empoisonné. Telle bouche le recueille, et piano, piano vous le glisse en l’oreille adroitement. Le mal est fait, il germe, il rampe, il chemine, et rinforzando de bouche en bouche il va le diable ; puis tout à coup, on ne sait comment, vous voyez calomnie se dresser, siffler, s’enfler, grandir à vue d’œil ; elle s’élance, étend son vol, tourbillonne, enveloppe, arrache, entraîne, éclate et tonne, et devient, grâce au Ciel, un cri général, un crescendo public, un chorus universel de haine et de proscription. Qui diable y résisterait ? »
Qui diable y résisterait ?, dit Lucien l’âne, est-ce seulement un avertissement ? Cela dit, tissons le linceul de ce vieux monde malade de la guerre, boitant, bottant, titubant et cacochyme.
Heureusement !
Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane
Sur l’écran blanc de ses nuits,
Alexandre petit à petit se réduit :
Le Guide se fait son cinéma ;
Demain, c’est sûr, il vaincra.
Depuis des années, ses troupes
Dans le sang piétinent ;
Elles vont à l’assaut par groupes
Vers des victoires potemkines.
Aux feux d’artifice massacreurs,
Il ajoute la pire des menaces
D’user de la bombe de la terreur.
Le Guide est plein d’audaces.
À l’étranger, ses vitupérations,
Ses mensonges et ses inventions,
Dit le Veilleur, n’impressionnent
Vraiment plus personne.
Le Guide veut étendre l’Empire
Sur un autre Continent.
On ne sait s’il faut en rire,
D’autres s’y sont cassé les dents.
Notre Guide voit grand,
Il n’y a pas à dire.
Et le Guide seul dans son destin,
Tire les ficelles de son pantin.
Le Guide est un empereur cerné
Par sa garde prétorienne et ses mercenaires.
Toujours plus cher, il lui faut payer
Pour son armée et son opération militaire.
Le Guide est le chef d’orchestre
D’une immense fuite en avant :
Pour financer sa guerre,
Il ruine le pays et les habitants.
Gloub gloub gloub faisait le sous-marin
Dans un lointain port, l’autre matin.
Au bord de l’eau, le Guide désabusé
Regarde les restes de sa flotte défiler.
Grand-Mère dit : Foin de ces bêtises,
On ne croit plus au chant de son église.
Les gens voient de leurs yeux mi-clos
Flamber les raffineries, exploser les dépôts,
Sauter les usines d’armement,
Et entendent les bombardements
Sur les entrepôts de munitions.
Ils savent les pertes et les perditions.
Ils comptent les disparus et les morts.
Tout bas, ils énumèrent les torts
Du Guide et songent aux lendemains
En se distordant les mains.
LA ZINOVIE
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Chanson française – Sur la Place – Marco Valdo M.I. – 2024
LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.
SUR LA PLACE
Lev Vasilyevich Gudskov – 1977
Dialogue Maïeutique
Comme à l’ordinaire dans ce voyage en Zinovie, dit Marco Valdo M.I., nous sommes sur une place quelque part dans une ville qu’on précise jamais. Compte tenu du contexte local de dénonciation et de répression, ce doit rester un lieu secret. Je ne tiens pas à mettre en danger Grand-Mère, le Trouvère, le Veilleur, le Revenant, le Soldat survivant et nos autres collocuteurs, car la plupart du temps, ce qu’ils disent ne peut être dit en Zinovie.
En effet, dit Lucien l’âne, ils pourraient tous, nous y compris, être traités d’« ennemis de la patrie », d’« agents de l’étranger », de « traîtres » ou pire encore, allez savoir. Tout cela est passible d’arrestation, de poursuite, d’accusation, de jugement et d’ultime disparition. Donc, gardons-nous bien de laisser savoir où se trouve cette place secrète. Cela dit, de quoi est-il question dans la chanson ?
Donc, Lucien l’âne mon ami, on retrouve encore une fois cette structure de chant qu’on a adopté quasiment dès le début de cette singulière épopée. Singulière à plus d’un titre d’ailleurs : ainsi, elle n’a pas de héros, pas d’aventure, pas d’intrigue. Elle se contente de rapporter les voix de la place dont nous venons de parler. C’est même un lieu mouvant, indéterminé et pourtant, le lieu d’où surgissent les voix. On a dès lors, quatre strophes de douze vers chacune ; et si les trois premières font écho aux événements de Zinovie, la quatrième est en quelque sorte squattée par Grand-Mère pour relayer les voix des filles de Perse et d’Iran. Il s’agit de ne pas les laisser étouffer par les vestales poilues, alias les ayatollahs et autres mollahs.
Soit, dit Lucien l’âne, la peste soit des religions et des religieux, mais qu’est-ce que racontent ces strophes ?
Dans la première, reprend Marco Valdo M.I., le Veilleur rappelle les propos du Guide – c’était il y a déjà bien des années, comme quoi son ambition n’est pas nouvelle – qui annonçaient clairement l’ampleur de sa mégalomanie et aussi, contrepartie évidente, le sentiment d’infériorité et de rancœur qui en était le moteur et le mobile :
« Nous sommes les meilleurs,
Et personne ne nous écoute ;
Alors, forgeons les armes de la terreur,
Les plus rapides, les plus fortes de toutes.
Alors, de nous, tous les gens auront peur.
Alors, au monde entier, on dictera la route. »
Ce qui est inquiétant, en effet, dit Lucien l’âne. C’est d’un infantilisme consternant. On dirait un gamin mal élevé qui se sent incompris. Pour un peu, il va trépigner et se rouler par terre.Bref, faire n’importe quoi pour se faire remarquer. Ce sont des dispositions dangereuses quand ces infantiles s’emparent du pouvoir ; ils ne peuvent faire que des bêtises et entraîner des catastrophes. Créer, faire, construire n’est pas dans leur capacité.
C’est exactement le cas ici, répond Marco Valdo M.I. ; ensuite, la seconde strophe montre le résultat de cette impuissance exacerbée et comme elle est considérée ailleurs que dans l’entourage béni-oui-oui du personnage. Et la canzone rappelle ce proverbe, sans doute venu d’Afrique, en l’appliquant au Guide ( et à son ascension) :
« ... plus le singe monte haut,
Plus il montre son derrière. »
Et, ajoute Lucien l’âne, il faut regretter que contrairement à la vox populi, le ridicule ne tue plus. C’est vraiment dommage quand on voit tous ceux qui montent aux arbres de la renommée.
Et ensuite, enchaîne Marco Valdo M.I., ce sont les morts qui viennent donner de la voix, revendiquer leur statut de vrais héros et dire avec une ironie irréfragable que tout compte fait, c’est dans la mort qu’on trouve enfin la paix.
Dans le fond, dit Lucien l’âne, ils n’ont peut-être pas tort.
Sans doute, Lucien l’âne mon ami. Puis, c’est la strophe de Grand-Mère où les Filles de là-bas montrent la similitude du fonctionnement des régimes de ces nouveaux Guides. Elles concluent en dénonçant à nouveau le sort qui est dévolu aux femmes :
« Ils nous repoussent en arrière,
Ils nous mettent au plus bas,
Pire qu’au temps de nos grands-mères,
Pire qu’au temps du Shah,
À présent, nos voix ne comptent pas. »
À bien les entendre, dit Lucien l’âne, cette révolution religieuse n’est rien d’autre qu’un furieux retour moyenâgeux vers une théocratie absurde et délétère. Les femmes et les filles sont les premières à en faire les frais et à devoir en supporter les brimades et les injures. La chose n’est pas nouvelle, mais cela n’enlève rien à sa bêtise et à sa méchanceté. Alors, tissons, tissons encore le linceul de ce vieux monde dogmatique, religieux, dictatorial, ambitieux, absurde et cacochyme.
Heureusement !
Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane
Dialogue Maïeutique
Comme à l’ordinaire dans ce voyage en Zinovie, dit Marco Valdo M.I., nous sommes sur une place quelque part dans une ville qu’on précise jamais. Compte tenu du contexte local de dénonciation et de répression, ce doit rester un lieu secret. Je ne tiens pas à mettre en danger Grand-Mère, le Trouvère, le Veilleur, le Revenant, le Soldat survivant et nos autres collocuteurs, car la plupart du temps, ce qu’ils disent ne peut être dit en Zinovie.
En effet, dit Lucien l’âne, ils pourraient tous, nous y compris, être traités d’« ennemis de la patrie », d’« agents de l’étranger », de « traîtres » ou pire encore, allez savoir. Tout cela est passible d’arrestation, de poursuite, d’accusation, de jugement et d’ultime disparition. Donc, gardons-nous bien de laisser savoir où se trouve cette place secrète. Cela dit, de quoi est-il question dans la chanson ?
Donc, Lucien l’âne mon mai, on retrouve encore une fois cette structure de chant qu’on a adopté quasiment dès le début de cette singulière épopée. Singulière à plus d’un titre d’ailleurs : ainsi, elle n’a pas de héros, pas d’aventure, pas d’intrigue. Elle se contente de rapporter les voix de la place dont nous venons de parler. C’est même un lieu mouvant, indéterminé et pourtant, le lieu d’où surgissent les voix. On a dès lors, quatre strophes de douze vers chacune ; et si les trois premières font écho aux événements de Zinovie, la quatrième est en quelque sorte squattée par Grand-Mère pour relayer les voix des filles de Perse et d’Iran. Il s’agit de ne pas les laisser étouffer par les vestales poilues, alias les ayatollahs et autres mollahs.
Soit, dit Lucien l’âne, la peste soit des religions et des religieux, mais qu’est-ce que racontent ces strophes ?
Dans la première, reprend Marco Valdo M.I., le Veilleur rappelle les propos du Guide – c’était il y a déjà bien des années, comme quoi son ambition n’est pas nouvelle – qui annonçaient clairement l’ampleur de sa mégalomanie et aussi, contrepartie évidente, le sentiment d’infériorité et de rancœur qui en était le moteur et le mobile :
« Nous sommes les meilleurs,
Et personne ne nous écoute ;
Alors, forgeons les armes de la terreur,
Les plus rapides, les plus fortes de toutes.
Alors, de nous, tous les gens auront peur.
Alors, au monde entier, on dictera la route. »
Ce qui est inquiétant, en effet, dit Lucien l’âne. C’est d’un infantilisme consternant. On dirait un gamin mal élevé qui se sent incompris. Pour un peu, il va trépigner et se rouler par terre.Bref, faire n’importe quoi pour se faire remarquer. Ce sont des dispositions dangereuses quand ces infantiles s’emparent du pouvoir ; ils ne peuvent faire que des bêtises et entraîner des catastrophes. Créer, faire, construire n’est pas dans leur capacité.
C’est exactement le cas ici, répond Marco Valdo M.I. ; ensuite, la seconde strophe montre le résultat de cette impuissance exacerbée et comme elle est considérée ailleurs que dans l’entourage béni-oui-oui du personnage. Et la canzone rappelle ce proverbe, sans doute venu d’Afrique, en l’appliquant au Guide ( et à son ascension) :
« ... plus le singe monte haut,
Plus il montre son derrière. »
Et, ajoute Lucien l’âne, il faut regretter que contrairement à la vox populi, le ridicule ne tue plus. C’est vraiment dommage quand on voit tous ceux qui montent aux arbres de la renommée.
Et ensuite, enchaîne Marco Valdo M.I., ce sont les morts qui viennent donner de la voix, revendiquer leur statut de vrais héros et dire avec une ironie irréfragable que tout compte fait, c’est dans la mort qu’on trouve enfin la paix.
Dans le fond, dit Lucien l’âne, ils n’ont peut-être pas tort.
Sans doute, Lucien l’âne mon ami. Puis, c’est la strophe de Grand-Mère où les Filles de là-bas montrent la similitude du fonctionnement des régimes de ces nouveaux Guides. Elles concluent en dénonçant à nouveau le sort qui est dévolu aux femmes :
« Ils nous repoussent en arrière,
Ils nous mettent au plus bas,
Pire qu’au temps de nos grands-mères,
Pire qu’au temps du Shah,
À présent, nos voix ne comptent pas. »
À bien les entendre, dit Lucien l’âne, cette révolution religieuse n’est rien d’autre qu’un furieux retour moyenâgeux vers une théocratie absurde et délétère. Les femmes et les filles sont les premières à en faire les frais et à devoir en supporter les brimades et les injures. La chose n’est pas nouvelle, mais cela n’enlève rien à sa bêtise et à sa méchanceté. Alors, tissons, tissons encore le linceul de ce vieux monde dogmatique, religieux, dictatorial, ambitieux, absurde et cacochyme.
Heureusement !
Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane
Il y a quelques années, dit le Veilleur,
Le Guide disait : « Nous sommes les meilleurs,
Et personne ne nous écoute ;
Alors, forgeons les armes de la terreur,
Les plus rapides, les plus fortes de toutes.
Alors, de nous, tous les gens auront peur.
Alors, au monde entier, on dictera la route.
Depuis lors, dit le Trouvère,
Nos armées, en avant toute !,
Font une impitoyable guerre
Au pays mal armé, notre voisin
Qui nous connaît très bien.
Ailleurs, on entend les graves échos
Des proclamations du Guide.
On regarde ses airs languides,
On rapporte ses ahurissants propos.
Maintenant, on écoute sa voix,
Mais personne ne le croit.
Il parade, il montre sa face,
La planète entière, il menace
D’user de la pire des manières.
Il ne saurait être plus faraud,
Mais plus le singe monte haut,
Plus il montre son derrière.
Les morts dans leurs convois
S’entassent et ne se plaignent pas.
Ils disent : « Même ici, au rebut,
Ce n’est qu’un début,
On continue le combat.
On ne souffre pas,
On n’a plus mal aux bras.
Entiers ou en morceaux,
Nous sommes les vrais héros.
Et la guerre, on ne la refera pas.
Repos complet, plus aucune lassitude,
La mort, c’est la paix dans la solitude. »
Les filles de Perse et d’Iran m’ont dit,
Intervient la Grand-Mère :
« C’est pareil chez nous, aussi.
Le Guide invente des guerres,
Il glorifie les militaires,
Qui défendent la nation
Contre la population.
Ils nous repoussent en arrière,
Ils nous mettent au plus bas,
Pire qu’au temps de nos grands-mères,
Pire qu’au temps du Shah,
À présent, nos voix ne comptent pas.
LA ZINOVIE
Tous les épisodes précédents sont accessibles ici :
Chanson française – Tous aux Abris – Marco Valdo M.I. – 2024
LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.
Épisode211
SOIRÉE SANS L’ABSENT
Vladimir Vyacheslavovich Shcherbakov – 1984
Dialogue Maïeutique
Salut à toi ! Lucien l’âne mon ami, il faut que tu saches ce ci que cette canzone raconte deux récits différents, qui rapportent deux facettes de cette guerre que la Zinovie mène depuis des années contre le pays voisin qu’elle tente d’envahir et sans doute, de dissoudre dans son empire perdu qu’elle tente de reconstituer.
C’est évidemment, dit Lucien l’âne, ce que les gens du pays voisin ne veulent absolument pas accepter. Comme ils disent : « Nous, on sait ce que c’est, on a déjà subi cette occupation et on n’a plus envie d’être un peuple esclave sous la coupe de ces barbares. On souhait juste vivre en paix à l’intérieur de nos frontières.
Je vois, dit Marco Valdo M.I., que tu as parfaitement résumé l’affaire. Donc, la chanson commence par des commentaires d’un aviateur et d’un marin de l’armée zinovienne qui révèlent certains replis stratégiques des armées des envahisseurs. Ils le font d’ailleurs avec une certaine ironie au travers de parodies de petites antiennes qui parodient le Boum de Charles Trenet, dont on parlait encore l’autre jour. Pour ce qui est de l’aviateur, il dit :
« Zon zon zon font les limaçons.
En regardant les beaux avions
S’envoler au bout de l’horizon
Se mettre à l’abri comme des pigeons. »
Pour ce qui est du marin, il dit :
« Glou glou glou font les amiraux,
En évacuant les derniers vaisseaux. »
Ah, dit Lucien l’âne, ça me rappelle que les généraux chantaient l’autre jour, dans le précédent épisode Boire pour oublier :
« Boum, boum, boum, font les généraux,
En voyant sauter leurs arsenaux ».
Fort bien, dit Lucien l’âne, mais que dit-elle d’autre cette chanson ?
Elle consacre, répond Marco Valdo M.I., les trois dernières strophes à un groupe de femmes qui s’est formé dans un coin du marché. Elles parlent entre elles de ce qui les tracasse, de ce qui ronge leur cœur et leur vie : l’absence prolongée de leurs hommes partis – volontairement ou pas – faire la guerre aux gens du pays voisin.
Une n’en peut plus d’attendre un fantôme :
« À l’automne, mon mari est parti ;
Depuis, plus un mot de lui.
C’est long d’attendre un fantôme.
À la patrie, je préfère mon homme. »
Une autre dit qu’on lui a rendu son homme, mais dans une boîte ; elle n’a pas pu le voir. On devine ses questions : Était-ce lui ? En entier ? En morceaux et quels morceaux ?
« Après des mois, le mien est revenu.
Je ne l’ai même pas vu,
Il ne m’a rien dit non plus.
Jusqu’au bout, en boîte, ils l’ont tenu. »
Une autre encore se lamente en de longs sanglots à la manière antique :
« Je tords mes mains et sans façon,
Mes doigts saignants, je mords
Et je pleure.
Chaque nuit, mes jours s’en vont
De cauchemar en rêve de mort
Et je pleure. »
La dernière, sans doute plus âgée, avait épousé un officier qui lui avait fait trois garçons ; dans les guerres du Guide, elle les a tous perdus.
« Leur père était un bel officier ;
Il m’a fait trois futurs officiers.
Puis, il est parti à l’autre guerre,
De son uniforme, il était si fier.
J’avais trois fils, trois grands garçons.
Mon cœur n’est plus qu’un glaçon. »
Quelle désolation, dit Lucien l’âne, et tout ça à cause d’une bande de va-t-en-guerre vaniteux, de vieux bâtisseurs d’empires catastrophiques. Au long de mon plus que séculaire parcours, j’en ai entendu des femmes qui se lamentaient ainsi et j’ai constaté que ces lamentations s’amplifient et finissent par emplir tout le pays, qui prend alors conscience de l’horreur de tous ces malheurs et s’interroge sur son avenir tout de deuil vêtu. Quant à nous, tissons le linceul de ce vieux monde rongé par la guerre de cent mille ans, vaniteux, véreux, vicieux, avide et cacochyme.
Heureusement !
Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane
Zon zon zon font les limaçons.
En regardant les beaux avions
S’envoler au bout de l’horizon
Se mettre à l’abri comme des pigeons.
Ah, dit l’aviateur, notre invincible aviation
A ses beaux aéronefs en perdition.
Ah, dit le matelot, notre insubmersible flotte
Prudemment à toute allure se trotte
Et replie ses navires loin de la guerre
Dans de lointains ports de terre.
Glou glou glou font les amiraux,
En évacuant les derniers vaisseaux.
Au marché, quelques femmes rassemblées ;
Grand-Mère est là, remontée.
Ça discute ferme dans le groupe ;
Elles échangent les nouvelles des troupes.
À l’automne, mon mari est parti ;
Depuis, plus un mot de lui.
C’est long d’attendre un fantôme.
À la patrie, je préfère mon homme.
Après des mois, le mien est revenu.
Je ne l’ai même pas vu,
Il ne m’a rien dit non plus.
Jusqu’au bout, en boîte, ils l’ont tenu.
Je me souviens de ses façons,
Je le vois souriant alors,
Et je pleure.
Je tords mes mains et sans façon,
Mes doigts saignants, je mords
Et je pleure.
Chaque nuit, mes jours s’en vont
De cauchemar en rêve de mort
Et je pleure.
Sa voix me chante sa chanson,
Je l’entends, je le sens vivant encore
Et je pleure.
J’avais trois fils, trois grands garçons.
Mon cœur n’est plus qu’un glaçon.
Ils sont partis au début de la guerre,
De leur uniforme, ils étaient si fiers.
J’avais trois fils, trois grands garçons.
Mon cœur n’est plus qu’un glaçon.
Leur père était un bel officier ;
Il m’a fait trois futurs officiers.
Puis, il est parti à l’autre guerre,
De son uniforme, il était si fier.
J’avais trois fils, trois grands garçons.
Mon cœur n’est plus qu’un glaçon.
LA ZINOVIE
Tous les épisodes précédents sont accessibles ici :
Chanson française – Boire pour oublier – Marco Valdo M.I. – 2024
LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.
Épisode210
L'EXPLOSION
George Grosz – 1917
et BOUM, Charles Trenet - 1965 (https://www.youtube.com/watch?v=ac1oBkZqXBg)
Dialogue Maïeutique
Où est passé l’été, demande Lucien l’âne ?
Je l’ai vu passer entre deux nuages, répond Marco Valdo M.I., il avait l’air pressé de s’en aller.
Oui, oui, certes, dit Lucien l’âne, je l’ai aperçu aussi durant un instant, mais assez parlé de la météo. Que raconte cette canzone que tu viens d’écrire ?
Son titre, reprend Marco Valdo M.I., est comme tu peux le voir : « Boire pour oublier ». Ce n’est pas encore un slogan, mais en Zinovie, c’est déjà la maxime des grands personnages de l’entourage du Guide et des sommets de l’État. Les autres gens aussi boivent, mais ils n’ont rien a oublier. La peur qui les habite ne disparaîtra qu’avec la fin de la guerre toujours en cours.
Et que veulent-ils oublier ces gens-là, demande Lucien l’âne ?
Tout simplement leur vilenie, répond Marco Valdo M.I. ; ils boivent pour oublier les décisions qu’ils ont prises, celles qu’ils prennent et celles qu’ils vont devoir prendre à l’instigation du Guide. Tel est le prix qu’ils doivent payer pour occuper leur situation dans les sphères du pouvoir. Et note bien qu’ils sont nombreux, très nombreux.
Oh, dit Lucien l’âne, le pouvoir pour le pouvoir n’est pas une mince affaire ; c’est une soif inextinguible qui finit par dissoudre celui qui s’y laisse prendre. Mais, ce serait bien si tu pouvais faire une sorte de présentation des grandes lignes de la canzone.
Puisque c’est ainsi, dit Marco Valdo M.I., je vais le faire dans l’ordre. Au début, dans le premier douzain, je viens de le présenter, son leitmotive est précisément : boire pour oublie ; on y découvre le mobile sous-jacent de cette manie quand il révèle que tout s’est aggravé avec la guerre :
« Depuis que le Guide fait la guerre,
Dans les instances, on prend les décisions
Les plus graves en état d'ébriété.
Depuis le début de l'invasion,
Les femmes et les hommes hauts-placés
Boivent pour oublier. »
Oui, dit Lucien l’âne, la guerre a toutes sortes de conséquences qu’on ne distingue pas de prime abord.
Et donc, continue Marco Valdo M.I., le second douzain, quant à lui, commence par examiner les conséquences de cette épidémie alcoolique sur le pays lui-même :
« Avec le temps, les doses vont crescendo,
Les officiels alcoolisés ronflent sur le dos.
Et le pays ravagé de dirigeants corrompus,
Hoquette, titube et ne s’en remet plus. »
Pauvre pays, dit Lucien l’âne, comme le poisson, il périt par la tête.
Le soldat ne dit pas autre chose, reprend Marco Valdo M.I., quand il affirme :
« La nation a perdu la raison. »
Avant de continuer, je voudrais te signaler l’enthousiasme des généraux :
« Boum, boum, boum, font les généraux,
En voyant sauter leurs arsenaux ».
Oh, dit Lucien l’âne, ils devaient être jaloux des amiraux qui chantaient l’autre jour, en songeant sans doute eux aussi à la chanson de Charles Trenet, opportunément intitulée « BOUM » et la parodie que tu en avais tirée : "L'Amiral Boum":
« Glou, glou, glou, font les amiraux
En regardant couler leurs vaisseaux... »
C’est bien ça, dit Marco Valdo M.I., et maintenant, j’en viens au troisième douzain qui relate l’explosion et l’incendie qui ravagent le pays abandonné à son sort ; il en expose la raison :
« On ne le sait que trop :
Quand on fait la guerre,
Tout va aux militaires,
Tout va à vau l’eau. »
En effet, dit Lucien l’âne, voilà encore une antienne à méditer.
Pour finir, termine Marco Valdo M.I., le quatrième douzain explore l’état de la société civile et la justice mise au pas cadencé sous la houlette du Guide :
« Les prisonniers politiques réclamaient la liberté.
En noyant la justice de son étrange mixture,
Le Guide fait des juges patentés
Les esclaves de sa médiocre dictature. »
Suffit pour cette fois, dit Lucien l’âne, je m’en vas méditer tout ça. Entretemps, tissons le linceul de ce vieux monde rongé, écrasé, défoncé par la guerre et cacochyme.
Heureusement !
Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane
Il n’y pas à dire, dit le trouvère,
Depuis que le Guide fait la guerre,
Dans les instances, on prend les décisions
Les plus graves en état d'ébriété.
Depuis le début de l'invasion,
Les femmes et les hommes hauts-placés
Boivent pour oublier.
Augmentent leur consommation.
La bouteille a remplacé le petit coup du matin.
Ils boivent en quantités astronomiques
D’innombrables boissons alcooliques,
Comme s'ils n'avaient plus de lendemain.
Dans les banquets officiels de l'État,
La norme est deux bouteilles par personne,
Guindé, le Guide ne boit pas,
N’empêche, même à jeun, il déconne.
Avec le temps, les doses vont crescendo,
Les officiels alcoolisés ronflent sur le dos.
Et le pays ravagé de dirigeants corrompus,
Hoquette, titube et ne s’en remet plus.
Pendant ce temps-là, dit le soldat,
Au front, selon le cours des saisons,
On meurt de chaud, on crève de froid.
La nation a perdu la raison.
Boum, boum, boum, font les généraux,
En voyant sauter leurs arsenaux,
Bourrés de munitions jusqu’au ciel.
Un éclair rouge défie le soleil
Et boum, tout le pays est secoué,
Et la taïga immense brûleratout l’été :
Les gens à la guerre s’en sont allés,
Il n’y a plus personne pour l’empêcher.
On ne le sait que trop :
Quand on fait la guerre,
Tout va aux militaires,
Tout va à vau l’eau.
Le Revenant dit : L’historien qui dit la vérité,
À la prison, a de nouveau été condamné.
De sa cellule, il dénonce, sans en avoir l’air,
Les errements du système judiciaire
Et la ruine de la mémoiredu passé.
« Ils ont déformé, perverti et finalement réalisé
La destruction totale de la justice et de la loi »,
Dans les camps, pour le pays entier, autrefois déjà,
Les prisonniers politiques réclamaient la liberté.
En noyant la justice de son étrange mixture,
Le guide fait des juges patentés
Les esclaves de sa médiocre dictature.
LA ZINOVIE
Tous les épisodes précédents sont accessibles ici :
Le leader du groupe de rock DDT, Youri Shevchuk, a publié le 18 février 2023 le clip vidéo « PATRIE, RENTRE CHEZ TOI ! ». Dans cette nouvelle chanson, il demande à son pays d'arrêter la guerre et de s'occuper de ses propres affaires. Le clip a été tourné par Shevchuk en collaboration avec le producteur et compositeur Dmitry Emelyanov. Yuri Shevchuk a écrit le poème « PATRIE, RENTRE CHEZ TOI ! » au cours de l'été 2022, quelques mois après le début de l'invasion militaire de l'Ukraine par la Russie. À l'approche de l'anniversaire de l'invasion, le rocker l'a mis en musique et a enregistré la chanson. Ne devenez pas fous : ce n'est pas votre guerre", exhorte Shevchuk aux auditeurs. M. Shevchuk a clairement exprimé sa position sur la guerre contre l'Ukraine lors d'un concert du groupe DDT à Oufa le 18 mai 2022. "La patrie, mes amis, ce n'est pas le cul du président, qui a besoin d'être taquiné et embrassé tout le temps. La patrie, c'est une mamie qui mendie dans une gare en vendant des pommes de terre. C'est notre patrie", a déclaré M. Shevchuk. Le public a répondu par des applaudissements.
Version française - JE SUIS SOLDAT, MAIS PAS VOLONTIERS – Marco Valdo M.I. – 2024
Chanson allemande – Ich bin Soldat, doch bin ich es nicht gerne – Anonyme - 1870
LE SOLDAT ET LA MORT
Hans Larwin – 1917
La chanson devrait remonter à la période de la guerre franco-prussienne de 1870-71.
La mélodie est celle de la chanson populaire « Denkst du daran mein tapferer Lagienka » écrite par un certain Karl Holtei vers 1825 sur la mélodie de la chanson française « Te souviens-tu ? » d'Émile Debraux de 1817.
Je suis soldat, mais pas volontiers.
Quand je l'ai été, on ne me l'a pas demandé.
Tout droit à la caserne, on m’a mené.
J'ai été capturé, chassé comme un gibier.
Loin de ma bien-aimée, loin de la patrie,
Du cercle de mes amis, j'ai dû m'en aller ;
En plus de la douleur de la mélancolie,
Je sens dans ma poitrine la colère gronder.
Je suis soldat, mais avec réticence ;
La tunique royale bleue, je ne l'aime pas,
La vie sanglante des armes, je ne l'aime pas.
Un bâton suffirait pour ma défense.
Pourquoi avez-vous besoin de soldats ?
Paix et repos, le peuple n'aime que ça ;
Au détriment de tous et par esprit de domination,
Vous laissez piétiner le sol doré de la nation !
Je suis soldat, jour et nuit, je dois marcher.
Au lieu d'être au travail, je dois garder ;
Au lieu d'être en liberté, je dois saluer
Et l'arrogance des jeunes, je dois la supporter ;
Je dois tuer des frères dans la bataille ;
Ils ne m’ont rien fait et je ne les connais pas.
Estropié, je porte ruban et médaille,
Et, affamé, je crie : "J'étais soldat".
Vous tous, frères, Allemands, Français,
Hongrois, Danois ou Néerlandais,
Que vos pantalons soient verts, rouges, bleus ou blancs,
Chanson française – Les Oiseaux sans Nid – Marco Valdo M.I. – 2024
LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.
Épisode209
L'INONDATION
Nickolay Ivanovich Andronov – 1982
Dialogue Maïeutique
Comme il est question dans le titre d’oiseaux, Lucien l’âne mon ami, il ne faut pas t’étonner de voir surgir un ornithologue lequel est un zoologue spécialiste des oiseaux qui vient contre la triste histoire des oiseaux sans nid.
Non, dit Lucien l’âne, je ne m’étonnerai pas de la présence de cet ornithologue parmi les voix de Zinovie. On y trouve déjà un trouvère, un veilleur, un soldat, un revenant, une grand-mère, pour ne citer que ceux-là. J’ai pris l’habitude de ne jamais m’étonner de rien dans ces canzones.Et puis, un ornithologue qui vient parler des oiseaux, quoi de plus normal ?
En effet, dit Marco Valdo M.I., à ceci près qu’il parle d’oiseaux sans nid, d’oiseaux que la guerre que mène la Zinovie contre le pays voisin oblige à fuir leurs lieux de vie et leurs lieux d’étape dans leurs migrations.
« écoutez les amis
La triste histoire des oiseaux sans nid.
Même les aigles souffrent de notre guerre.
Pour contourner les destructions du pays
Et l’écrasement de sa nature entière,
Les oiseaux font de grands détours »
Ainsi, on découvre que cette guerre n’affecte pas seulement les hommes.
Et ensuite, dit Lucien l’âne, que raconte-t-elle cette chanson à l’étrange titre ?
Ensuite, répond Marco Valdo M.I., le soldat confirme ce que dit l’ornithologue et les incroyables destructions qu’il a pu constater de visu, de ses propres yeux, sur les terrains où on l’envoyait . Il décrit la dévastation.
« Nos obus, nos bombes effacent le paysage.
Des villes, des faubourgs, des villages
Restent seuls les fantômes d’autrefois.
Les pierres ne sont plus sur les pierres,
Elles gisent là en un immense cimetière. »
et les conséquences de cette guerre de destruction systématique.
« On tue les champs, on tue la terre.
Là-bas, nous édifions un désert.
Nul ne sait quand le pays revivra,
Nul ne sait quand la vie reviendra. »
La guerre, dit Lucien l’âne, comme l’eau qui bout a toujours tendance à déborder. La guerre est une vieille folle échappée d’ un enfer ; elle en garde la démesure et la méchanceté.
Mais, continue Marco Valdo M.I., la canzone ne s’arrête pas là. Elle dit que la guerre a des conséquences tout aussi dévastatrices pour les gens et le pays de Zinovie. C’est le Revenant qui en partant des inondations qui détruisent des régions entières en Zinovie, fait comprendre qu’à cause de la guerre, cette guerre voulue par le Guide et sa bande, le pays souffre et se détruit lui-même au fur et à mesure que « l’économie de guerre » se développe. Tout le reste est abandonné et la ruine s’installe.
« Tout est gaspillé par la guerre,
Tout est consommé par les militaires.
Le temps à venir se fait délétère,
Notre pays se délite et se perd. »
Et comme pour le pays voisin qu’elle a transformé en désert, il se demande si la Zinovie s’en remettra.
« Demain sera pire encore qu’hier.
On nourrit le dragon de nos corps,
On bâtit un univers de mort »
Et il conclut :
« Et quand tout ça sera fini,
Nous serons des oiseaux sans nid. »
Ah, dit Lucien l’âne, ceux qui ont la folie des grandeurs en tête ne se soucient pas des misères qu’ils imposent aux autres ; ils n’ont cure que que satisfaire les propres ambitions. La gloriole est un poison qui finit par tuer tout autour de lui. C’est vraiment le dragon des légendes. Alors, tissons le linceul de ce vieux monde ambitieux, avide, aberrant, absurde et cacochyme.
Heureusement !
Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane
L’ornithologue soudain dit : écoutez les amis
La triste histoire des oiseaux sans nid.
Même les aigles souffrent de notre guerre.
Pour contourner les destructions du pays
Et l’écrasement de sa nature entière,
Les oiseaux font de grands détours
Des détours qui prennent des jours.
Des milliers de kilomètres sans dormir,
Sans boire, sans manger
Pour éviter leurs reposoirs ravagés.
C’est exact, j’ai bien vu ça, dit le soldat,
Nous avons tout détruit là-bas.
Vraiment tout, dit le soldat.
Nos obus, nos bombes effacent le paysage.
Des villes, des faubourgs, des villages
Restent seuls les fantômes d’autrefois.
Les pierres ne sont plus sur les pierres,
Elles gisent là en un immense cimetière.
On vole, on pille, on ruine.
Pour le futur, on pose des mines.
On tue les champs, on tue la terre.
Là-bas, nous édifions un désert.
Nul ne sait quand le pays revivra,
Nul ne sait quand la vie reviendra.
Chez nous, les inondations ravagent
Les plateaux, les vals, les vallées et les plaines,
Amènent mille misères et mille peines
Emportant tout sur leur passage.
On s’en va à vau l’eau à grands pas
Et les secours n’arrivent pas :
Tout est gaspillé par la guerre,
Tout est consommé par les militaires.
Le temps à venir se fait délétère,
Notre pays se délite et se perd.
Nul ne sait quand notre pays revivra,
Nul ne sait quand la vie reviendra.
Demain sera pire encore qu’hier.
On nourrit le dragon de nos corps,
On bâtit un univers de mort ;
Il n’y a rien pour être fiers.
Tout le pays est un foutu camp,
Ainsi parle le Revenant.
Toutes ces forces galvaudées
À la guerre s’en sont allées.
En même temps que là-bas, on écrase,
De chez nous, on fait table rase.
Et quand tout ça sera fini,
Nous serons des oiseaux sans nid.
LA ZINOVIE
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