Grzegorz Dąbrowski - solo guitare
Daniel Kaliński - bass guitare
Paweł Korkuś - acoustic guitare
Mateusz Wawrzyniak - lead guitare
Tobiasz Wawrzyniak - drums
Extrait du premier album 'Stan Surowy' - après dix-sept ans d'activité.
Les paroles sont transcrites à partir du livret de l'album.
LE SINGE ILLUSTRÉ
C'est de Pologne et de Stan Surowy que nous vient cette fois cette chanson qu'on pourrait qualifier de « philosophico-darwinienne ». Comme justement nous l'a enseigné le père Darwin, nous descendons des singes ; le résultat, très curieux, est que pour nous autres homines sapientes, le singe, c'est-à-dire notre géniteur ancestral, est devenu l'icône de la stupidité, avec tout son corollaire d'épithètes peu plaisantes ( pas rarement utilisées sur fond de racisme). Le singe « imite l'homme ». Pourtant, comme tous les autres êtres vivants définis comme « animaux », le singe est bien plus sage et intelligent que nous : il suit les lois immuables de la nature, sait quelles sont les choses importantes, ne se rebelle pas et accepte son rôle sans aucun besoin de livres ou de « culture ».
Il sait dès sa naissance quels sont ses droits et ses devoirs, et vit sa vie de singe - du moins jusqu'à ce que l'être intelligent, le « sapiens » ci-dessus, ne le chasse, l'enferme dans un zoo et détruise l’environnement dans lequel il vit. On arrive au point extrême lorsque les Français appellent
« singe» la viande en conserve, assimilée par dérision à la viande de singe, le paradigme du dégoût. Oui, parce que nous autres, qui sommes le résultat de millénaires et de millénaires d'évolution, de formation et de stratification de la culture, devrions être consciemment fiers de cette différence, et magnifier précisément ces erreurs qui induisent des solutions variées aux dilemmes et aux problèmes qui assaillent l'humanité. Mais que nous sommes imbéciles ! Il aurait suffi d'obéir aux lois de la nature et de rester des singes. Mais en fin de compte, nous nous mettons en cage nous-mêmes et nous sommes obligés d'apprendre un « nouveau rôle » qui est au contraire l'ancien... [RV].
Grzegorz Dąbrowski - solo guitare
Daniel Kaliński - bass guitare
Paweł Korkuś - acoustic guitare
Mateusz Wawrzyniak - lead guitare
Tobiasz Wawrzyniak - drums
Extrait du premier album 'Stan Surowy' - après dix-sept ans d'activité.
Les paroles sont transcrites à partir du livret de l'album.
C'EST LA QUESTION
Petit dialogue maïeutique
Cette chanson est arrivée récemment, Lucien l’âne mon ami, et c’est une histoire qui nous vient de Pologne. Un pays qui a été longtemps considéré comme exotique ou perdu dans un passé indéterminé.
Oui, dit Lucien l’âne, il y avait là-bas une sorte de brouillard fort humide au travers duquel on ne voyait pas trop bien.
Et le titre de cette chanson, reprend Marco Valdo M.I., pourrait laisser penser qu’il en est ainsi encore à présent. Mais, il n’en est rien. Cette Ballade du nationaliste pourrait aussi bien se révéler exacte dans tous les autres pays – et pas seulement, en Europe. En fait, aux nuances locales près, ce nationaliste avant d’être Polonais est d’abord et essentiellement, un nationaliste, l’adepte d’un nationalisme.
En somme, dit Lucien l’âne, un nationaliste international. C’est une espèce que j’ai souvent rencontrée et depuis longtemps. On peut tout aussi si bien l’appeler un tribaliste.
C’est exact, dit Marco Valdo M.I., on peut le définir comme membre de la tribu et comme tel, ne supportant pas les membres d’autres tribus et toujours prêt à leur faire la guerre individuellement ou en groupe ou en tribu ou en nation. Cet indigène a des racines, il ne peut se déplacer et il entend instaurer son mode de vie, comme usance universelle. Il y ajoute le mépris et la haine de celles et ceux qui ne sont pas et ne font pas comme lui et ses pairs ; dans la chanson, ce sont les Noirs, les Juifs, les homosexuels, les transsexuels, etc. Dans le fond, c’est un sectaire et un sectateur d’une idole primaire ; dans la chanson, l’idole catholique. Il est borné et cette manière s’étend à tous les domaines de la vie. Ainsi, l’anecdote de la chanson est une parabole ; elle raconte l’histoire d’un nationaliste et des contrariétés que lui réserve sa vie. À la fin, comme toutes les paraboles, elle tire sous forme de paradoxe une morale.
Je vois, dit Lucien l’âne, comme le faisait déjà Ésope.
Cela dit, Lucien l’âne mon ami, il faut avoir en tête également que si ce nationaliste-ci se présente seul et que sa nuisance est réduite à son cercle familial, quand les nationalistes s’assemblent, ils deviennent une peste pour leur tribu, puis leur nation et finalement, pour l’humanité entière. Et quand on leur laisse l’accès au pouvoir, ils s’empressent de liquider les autres, ceux qui ne sont pas comme eux, de les écraser, de les soumettre par l’usage de la force et rapidement, ils débordent de leurs frontières et continuent leur sale petit jeu. En fait, c’est de ça qu’elle parle cette chanson et ce qui est bien, c’est qu’elle vient de Pologne, pays qui a souffert des nationalismes étrangers et où jusqu’il y a peu, les nationalistes locaux détenaient le pouvoir et infectaient leur propre nation. Aux dernières nouvelles, la Pologne sortait de ce brouillard et écartait ces nuages.
Pourvu que ça dure, dit Lucien l’âne ; je dis ça, car rien n’est jamais acquis et le ventre est encore fécond d’où surgit cette chose immonde et pour ce que j’en sais, c’est le cas partout dans le monde.
Avant de tel laisser conclure, Lucien l’âne mon ami, une petite paraphrase à propos de ce que disait Alfred Jarry, quand il présentait sa pièce Ubu Roi. Jarry précisait que l’histoire se passait « En Pologne, c’est-à-dire nulle part. » et je renverserais volontiers la proposition en tenant compte cette fois directement du réel : « En Pologne, c’est-à-dire partout. »
C’est encore plus effrayant que la folie d’Ubu, dit Lucien l’âne. Alors, tissons le linceul de ce vieux monde nationaliste, brutal, borné, avide et cacochyme.
Heureusement !
Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane
Polonais, sur le sol polonais, il est né ;
Fier de ses racines, il a grandi ;
Il se vantait de Dieu, de l'honneur, de la patrie ;
Il méprisait les homos et tous les étrangers.
Les traces de ses lourdes bottes se marquent
Sur les visages des étudiants du continent noir,
Des homos et des juifs ; si vous ne pouvez le croire,
Tous les médecins de la ville le savent.
Il rencontra une fille belle, angélique,
Nommée Zapolska, elle avait des yeux bleus,
Ils se sont mariés à l’église catholique,
Ce fut un mariage fabuleux.
Le pays se dorait à l’automne, l’année se finissait,
La merveille aux yeux bleus mit au monde un gars.
Le père débordant de fierté criait, pleurait et disait :
Je planterai un arbre ici, je construirai une maison là.
Les années passent. Le chêne crisse au-dessus du toit,
Chanson française – La Rentrée scolaire – Marco Valdo M.I. – 2024
LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.
Épisode216
EN CLASSE
Alexander Andreevich Stebaev – 1966
Dialogue Maïeutique
On arrive à la fin de l’été, dit Lucien l’âne.
Oui, dit Marco Valdo M.I., les nouvelles pluies sont arrivées. C’est la rentrée scolaire. Comme on sait, c’est toute une affaire. Comme le raconte la voix d’un élève – ce sont les deux premiers douzains de la chanson, cette année, il y aune grande nouveauté. Un cours spécial, dans une classe spéciale, par un professeur spécial. Le mot « spécial » est très à la mode en Zinovie, car le Guide n’a que ce mot-là à la bouche.
Et pourquoi donc ?, demande Lucien l’âne.
En fait, répond Marco Valdo M.I., le mot « spécial » sert à désigner quelque chose qu’on ne peut pas dire directement. Ça a commencé avec cette curieuse expression « opération militaire spéciale » qui désignait la guerre d’invasion que la Zinovie menait contre le pays voisin. Je reconnais que c’est un peu pervers de s’exprimer ainsi, mais en réalité, on ne trompe personne. Et comme tu vas le voir, même pas les enfants qui dans la chanson se font une joie de répéter le mot « spécial ».
« Dans la salle spéciale, très spéciale,
On a des uniformes de combat,
Des armes et tout le barda.
À l’heure du cours spécial,
On apprend à être des soldats... »
Je vois, dit Lucien l’âne, ils ne le ratent pas.
Il faut quand même souligner, Lucien l’âne mon ami, qu’en plus d’une classe spéciale, les enfants bénéficient d’un « professeur spécial », un spécialiste de la guerre ; d’ailleurs, il en revient.
« Nouveau cours, nouveau professeur.
Bon citoyen, soldat d’honneur :
Même en classe, il est militaire.
Il revient de ce pas
De la guerre qui n’existe pas. »
Pour en revenir à la chanson, dit Marco Valdo M.I., pour les deux derniers douzains, c’est une autre voix, celle du soldat qui vient compléter le tableau et tempérer les ardeurs en traçant un portrait plus véridique de la guerre : les morts sont nombreux...
Aux dernières nouvelles, dit Lucien l’âne, la troupe d’intervention spéciale zinovienne aurait 120.000 morts.
Peut-être bien ou même beaucoup plus, dit Marco Valdo M.I., mais le Guide ne veut pas le savoir et surtout, ne veut pas le laisser savoir aux bonnes gens de Zinovie.
« Les morts au combat,
On ne les compte pas,
C’est un secret d’État. »
Un autre élément dont on parle peu, c’est du nombre de prisonniers, qui, me semble-t-il, est fort réduit.
Ben, dit Lucien l’âne, si les autres sont morts…
En tout état de cause, reprend Marco Valdo M.I., ces prisonniers – en fait, des survivants – sont assez contents de l’être. Ils attendent tranquillement la fin du carnage ou peut-être un échange, pour rentrer chez eux.
Y a-t-il encore autre chose dans la canzone ?, demande Lucien l’âne.
Sans que cela soit dit, répond Marco Valdo M.I., je pense que la voix qui raconte cette histoire du journaliste est celle du Revenant, celui-là qui était revenu de dizaines d’années de bagne. Donc, il raconte qu’un journaliste a été condamné pour avoir dit la vérité – ce qui au pays du Guide équivaut à de la haute trahison ; pour avoir tout simplement fait son métier :
« Contre le mensonge, il faisait profession.
Il voulait informer ses lecteurs
De la guerre et dénoncer les horreurs. »
Ce qui ajoute à l’ignominie, c’est que ses avocats ont été eux aussi internés pour l’avoir défendu.
« Les juges spéciaux ont parlé :
Les avocats ont défendu leurs clients ;
Les condamnés iront dans un camp.
Les avocats seront internés. »
Décidément, dit Lucien l’âne, la Zinovie est un pays aux mœurs étranges et je me réjouis que nous soyons invisibles et tout à fait clandestins ; ils seraient bien capables de nous fourrer nous aussi dans un trou perdu pour qu’on ne nous entende plus. Cela dit, tissons le linceul de ce vieux monde chaotique, singulier, spécial, potemkine et cacochyme.
Heureusement !
Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane
Depuis la rentrée à l’école : au pas !,
Tout le système marche au pas !
Un nouveau cours est arrivé :
Défense de la patrie en danger.
Un soldat en civil vient enseigner
Comment plus tard, on devra tuer.
Mais il ne faut pas s’en faire,
Adultes, on ira tous à la guerre,
Mais dans des pays étrangers.
Car sur notre territoire, l’ennemi
Ne pourra jamais entrer.
Ligne rouge : le Guide l’a interdit.
Nouveau cours, nouveau professeur.
Bon citoyen, soldat d’honneur :
Même en classe, il est militaire.
Il revient de ce pas
De la guerre qui n’existe pas.
Et notre armée, que va-t-elle faire ?
Dans la salle spéciale, très spéciale,
On a des uniformes de combat,
Des armes et tout le barda.
À l’heure du cours spécial,
On apprend à être des soldats,
Aller de l’avant, faire le bon choix.
Les morts au combat,
On ne les compte pas,
C’est un secret d’État.
Nous, on a vu, on sait quoi.
On ne dit rien, on ne peut pas.
On garde son opinion pour soi.
Dans le pays qu’on a envahi,
Par centaines, nos soldats survivants,
Prisonniers de l’ennemi,
Tranquilles, attendent patiemment
D’être échangés
Pour rentrer en héros vivants.
Le journaliste est maintenant en prison
Pour longtemps, loin de chez lui.
Du conflit, il avait parlé, il avait écrit ;
Contre le mensonge, il faisait profession.
Il voulait informer ses lecteurs
De la guerre et dénoncer les horreurs.
Condamné, il a droit à un traitement spécial
Dans un camp au régime général.
Les juges spéciaux ont parlé :
Les avocats ont défendu leurs clients ;
Les condamnés iront dans un camp.
Les avocats seront internés.
LA ZINOVIE
Tous les épisodes précédents sont accessibles ici :
Bien sûr, vous ne pouvez pas rester seul pendant un mois ou deux, que soudain les traductions automatiques et les intelligences artificielles se mettent immédiatement en marche... :-) Je plaisante ! Nous savons tous, et moi le premier, que l'activité - professionnelle ou non - de « traducteur » est inexorablement destinée à disparaître ; nous serons tous remplacés par des machines, des bidules, des ” apps » et que sais-je encore, et nous n'y pouvons pas grand-chose. En attendant (assez brièvement, je pense) d'être expédié sans cérémonie à la poubelle (qui sera, bien sûr, une poubelle « intelligente ») et d'être assimilé aux cordonniers, aux épiceries, aux téléphones à disque et au Commodore 64 - entrant ainsi pleinement dans le « vintage » et l'antiquariat -, j'ai pris la liberté d'exécuter la version actuelle et obsolète, à la main, de cette chanson anti-Poutine de Szymon Podwin. Naturellement imparfaite, comme sont imparfaites toutes les chères vieilles choses d'antan. Un jour ou l’autre, le glorieux site de la GCC se fera tout seul, automatiquement. [RV]
Petit Dialogue maïeutique
Oh, dit Lucien l’âne, voilà que notre ami Ventu se désespère de l’arrivée des « traducteurs automatiques » et de la disparition ainsi programmée de ces honnêtes artisans que sont, que furent les traducteurs.
Oui, dit Marco Valdo M.I., et en grande partie, il a raison. Une grande partie du métier de traducteur, des métiers de traduction va disparaître tout comme a disparu la profession de copiste ; l’industrialisation, l’automatisation est en route. Mais, dis-moi, est-ce que la disparition de la copie manuelle a empêché, même diminué le nombre de livres, articles, poèmes… qui s’écrivent chaque jour. Leur nombre a littéralement explosé et on ne connaît que ceux qui sont publiés. Il en va de même pour les diverses versions qui peuvent se donner d’un même texte original. Autre chose, ça fait des années qu’ici même, je propose des versions françaises de chansons et de textes écrits dans des langues que je ne connais pas. Pour ce faire, j’ai recours à des traductions et des versions faites « à la main » par des humains en chair et en os – dans une langue que je comprends plus ou moins, mais aussi à des traducteurs automatiques, dans la mienne – enfin, à peu près ; tous me sont d’une grande aide, même si souvent leurs propositions sont nébuleuses ou carrément, surtout pour les traducteurs automatiques, absurdes. Ça ne m’empêche pas de faire mes versions à ma manière, comme je les sens.
Oui, absurdes, dit Lucien l’âne. Mais c’est là que, au moins pour la poésie ou disons pour les textes littéraires, il y aura matière à « interprétation », ce qui est précisément le rôle de la version. Pour un manuel de physique ou une notice d’emploi d’un fer à repasser ou d’une machine, où les termes sont précis (quoique…) un traducteur automatique devrait y arriver sans trop dévier. À propos de poésie et de traduction automatique, je me souviens de cette anecdote qui courait il y a déjà un certain temps concernant les premiers essais de traducteurs automatiques. Il était question de « traduire » en japonais un vers de Stéphane Mallarmé : « La chair est triste, hélas ! et j'ai lu tous les livres. » ; puis, de le retraduire du japonais en français. Le résultat est étonnant et de fait, absurde : « La viande est froide et la bibliothèque est fermée. »Sans doute a-t-on progressé depuis lors…
Par ailleurs, reprend Marco Valdo M.I., il suffit de regarder les Chansons contre la Guerre pour y découvrir parfois plusieurs versions en italien d’une même chanson française ou même de chansons italiennes en diverses langues régionales d’Italie. De fait, il n’y a qu’à comparer la version de Ventu et la mienne de cette « Armée de Poutine » ; elles disent à peu près les mêmes choses, mais différemment ; c’est d’ailleurs pour ça, comme en musique, je tiens au mot « version » ; sans parler des catastrophiques « traductions » de Dante ou de Shakespeare qui sont publiées par de grandes maisons d’édition ; sans compter les « traductions » contemporaines de Shakespeare en anglais ; ou de Rabelais en français. Par ailleurs, pour ce qui me concerne, je ne fais pas ces versions pour en tirer profit, mais tout simplement parce que ça m’intéresse, parce que ça me plaît ; j’ajoute que en plus, ça me maintient en forme mentale et physiologique. On évite l’engourdissement mental, prélude à un effondrement de toute la personne et ceci est vrai pour tous les âges.
Arrêtons-là, dit Lucien l’âne. Je te connais et sais que sur le sujet, tu pourrais et moi aussi, et à deux encore plus, et si Ventu s’en mêle, on n’en sortira plus ; donc, revenons à nos versions et quand même, tissons le linceul de ce vieux monde amphibologique, ambigu, absurde et cacochyme.
Texte : Aleksander Kulisiewicz
Musique : Ukrainian folk melody (“E shumyt e hudyt”) Recueil “Ballads and Broadsides - Songs from Sachsenhausen Concentration Camp 1940-1945”, fruit de la recherche de la professeure Barbara Milewski, Assistant Professor of Music presso lo Swarthmore College, Pennsylvania, USA. Publiée parUnited States Holocaust Memorial Museum (USHMM)
LE CRÉMATOIRE DE SACHSENHAUSEN
« Wilhelm Böhm, surnommé Czarny, ou Noir, fait partie des personnages les plus effroyables du camp de Sachsenhausen. C'était un Kapo, au corps disgracieux, au visage et aux vêtements toujours couverts de suie, car Böhm le Noir était préposé aux fours, spécialiste de la crémation. Très enthousiaste dans son travail, Böhm criait toujours aux prisonniers : « Venez chez Böhm ! Vous viendrez bientôt de toute façon, pourquoi pas maintenant ? Kulisiewicz a raconté qu'en 1941-1942, Böhm a participé à la crémation de quelque 18 000 prisonniers de guerre soviétiques tués à Sachsenhausen. On pense qu'il est mort d'une infection contagieuse en 1943. Kulisiewicz a interprété pour la première fois « Czarny Böhm » lors d'un spectacle de cabaret organisé par les détenus du bloc 23 la veille du Nouvel An 1942. Les trois premières strophes sont censées représenter la voix du macabre Böhm, tandis que dans la dernière strophe, Kulisiewicz s'exprime à la première personne » (extrait des notes du livret du CD).
Ce disque compact se concentre exclusivement sur le répertoire de chansons de Sachsenhausen de Kulisiewicz. Ces enregistrements, conservés sur des bobines par Kulisiewicz après la guerre, sont de qualité variable, reflétant les conditions dans lesquelles ils ont été produits, qu'il s'agisse d'enregistrements à domicile ou de productions en studio ou dans des salles de concert. Les sélections sont classées par ordre chronologique et visent à fournir à la fois un échantillon représentatif de la production artistique de Kulisiewicz et un aperçu de ses réactions personnelles face aux réalités de la vie dans un camp de concentration nazi »
Aleksander Kulisiewicz (1918-1982) était étudiant en droit dans la Pologne occupée par l'Allemagne lorsque, en octobre 1939, la Gestapo l'a arrêté pour ses écrits antifascistes et l'a envoyé au camp de concentration de Sachsenhausen, près de Berlin. Kulisiewicz était un auteur-compositeur de talent : il a composé 54 chansons pendant ses cinq années d'emprisonnement. Après sa libération, il s'est souvenu non seulement de ses chansons, mais aussi de celles qu'il avait apprises de ses codétenus, et a dicté des centaines de pages à son infirmière dans un hôpital polonais. En tant que « conteur du camp », Kulisiewicz privilégie les ballades descriptives, utilisant un langage agressif et brutal pour reproduire les circonstances grotesques dans lesquelles il se trouve avec d'autres ; mais son répertoire comprend également des ballades qui évoquent souvent sa Pologne natale avec nostalgie et patriotisme. Ses chansons, interprétées lors de réunions secrètes, aidaient les prisonniers à faire face à la faim et au désespoir, leur redonnant le moral et l'espoir de survivre.
Outre leur importance spirituelle et psychologique, Kulisiewicz estime que les chants de camp constituent également une forme de documentation. « Dans le camp, écrit-il, j'ai toujours essayé de créer des vers qui serviraient de reportage poétique direct. J'utilisais ma mémoire comme une archive vivante. Des amis venaient me voir et me récitaient leurs chansons ». Presque obsédé par les sons et les images de Sachsenhausen, Kulisiewicz a commencé à rassembler une collection privée de musique, de poésie et d'œuvres d'art créées par les prisonniers. Dans les années 1960, il a rejoint les ethnographes polonais Józef Ligęza et Jan Tacina dans un projet visant à recueillir des entretiens écrits et enregistrés avec d'anciens prisonniers sur la musique dans les camps de concentration. Il a également entamé une série de représentations, d'émissions de radio et d'enregistrements de son répertoire de chansons de prisonniers, qui s'est étendu pour inclure du matériel provenant d'au moins une douzaine de camps. L'énorme étude de Kulisiewicz sur la vie culturelle dans les camps et le rôle décisif que la musique y a joué en tant que moyen de survie pour de nombreux prisonniers est restée inédite jusqu'à sa mort. Les archives qu'il a créées, la plus grande collection existante de musique composée dans les camps de concentration, font désormais partie des archives du United States Holocaust Memorial Museum à Washington.
Chanson française – Le Désert immense – Marco Valdo M.I. – 2024
LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.
Épisode215
FILLES SANS VOIX
Shamsia Hassani – 2016
Dialogue Maïeutique
Un désert immense, dit Lucien l’âne. Créer un désert immense, c’est hallucinant. Ceux qui font ça, celui qui décide ça commet assurément un génocide et même plusieurs et même de multiples, car il entraîne la disparition complète de multiples espèces. Il faut être imbécile, fou ou sadique pour faire ça. Et même, en vérité, carrément crapuleux.
Et pourtant, répond Marco Valdo M.I., le Guide et ses séides imposent aux gens de Zinovie de faire ça, de commettre d’incommensurables crimes. C’est certainement imbécile, fou, crapuleux et criminel. D’autant que pour atteindre un si épouvantable résultat, il faut y mettre les moyens et une méchante obstination. Pour ce qui est des moyens, l’aviateur détaille ceci :
« Avec nos missiles – dix mille ;
Avec nos bombes – trente mille,
On rase campagnes et villes,
On crée un désert immense »
C’est vraiment de la démence, mais que faire quand on est face à pareille agression ?, demande Lucien l’âne.
Oh, dit Marco Valdo M.I., il n’y a que la résistance pour faire triompher la résilience.
La résilience, questionne Lucien l’âne, qu’est-ce à dire ?
Je sais, dit Marco Valdo M.I., il est parfois des mots communs qui sonnent bien à l’oreille dont on perçoit plus ou moins bien le sens et qu’on utilise comme ça. Cependant, ici, il faut préciser : alors, pour la résilience, voici. Elle a un sens physique, je veux dire dans le domaine de la physique – c’est la capacité de résistance d’un métal au choc et un sens psychologique – c’est également la capacité de résister aux chocs, aux traumatismes de la vie et de repartir du bon pied, de se reconstituer le moral, les volontés pour reconstruire, de remettre en route au besoin partiellement, cahin-caha ce qui peut l’être. La résilience, en ce sens, mène à surmonter l’épreuve et à mettre en échec l’agression. Même si, en de nombreux endroits, tout est détruit et comme le dit l’aviateur :
« On voit très bien de là-haut :
Tout est boue, ruines et silence. »
Tel est le contenu du premier couplet.
Fort bien, dit Lucien l’âne, et ensuite, le deuxième ?
Dans le deuxième couplet, reprend Marco Valdo M.I., c’est le soldat qui parle et qui signale que la guerre est entrée en Zinovie. Souviens-toi, jusqu’à ce moment, pour les gens de Zinovie, elle était un produit d’exportation, une affaire exotique, une chose bizarre qui ne portait même pas son nom, car le Guide ne le voulait pas. Il voulait faire sa petite affaire sans effrayer la population ; il essayait de faire passer la chose pour du cinéma, pour une sorte de spectacle divertissant et sans danger, qui se passait en extérieur, qui se déroulait ailleurs. Mais voilà que tout bascule, la Zinovie plonge dans la guerre ou plutôt, la guerre plonge en Zinovie.
« Tout se déroulait en extérieur.
Ici, les batailles étaient du cinéma.
L’autre matin, au bout de la nuit,
Comme les loups, à petits pas,
La guerre est entrée dans le pays. »
Oh, dit Lucien l’âne, ça me rappelle une chanson française que chantait Serge Reggiani et qui s’intitulait « Les Loups sont entrés dans Paris » ; par parenthèse, un splendide texte d’Albert Vidalie.
Tu as une bonne oreille, mon ami Lucien l’âne, c’est bien d’elle qu’il s’agit. Regarde ce que disait Reggiani :
« Cessez de rire, charmante Elvire
Cent loups sont entrés dans Paris. »
et le soldat dit :
« Fini de rire, mes bons messires,
Le pays est envahi... »
Évidemment, dit Lucien l’âne, ça fait réfléchir quand on constate qu’il y a un trou dans le pantalon ou que le canot prend l’eau. Mais dis-moi la suite.
Pour la suite, Lucien l’âne mon ami, c’est Grand-Mère qui vient parler d’une autre guerre : celle que certains hommes font aux femmes. Bien sûr, il y a des machos partout, mais ici, il s’agit de tout un pays :
« Un pays où le bâillon est le roi.
Corps voilé, visage caché,
Fille, on ne peut lire, chanter, réciter ;
Fille, on n’a plus de voix. »
et j’ajouterais volontiers de toute une société, de toute une religion qui pousse la domination à l’extrême, même si elle entend encore pousser l’écrasement de la femme plus loin. Et Grand-Mère de dénoncer cette folie collective :
« Je veux proclamer et dire
La folie des hommes pieux.
Aucune femme n’a connu pire.
La peste soit des religions et des religieux. »
M’est avis, dit Lucien l’âne, que Grand-Mère ne va pas se faire que des amis, mais il faut l’en féliciter, on ne peut faire semblant d’ignorer cette vérité qu’elle énonce, à savoir que religions et religieux sont une peste pour l’humanité et même, pour toutes les espèces vivantes.
Effectivement, Lucien l’âne mon ami. On ne peut se taire et ignorer que :
« Dans ce pays où règne la terreur
Imbécile des hommes de la foi ;
L’esclavage des filles est la loi »
On ne peut passer sous silence que :
« Dès l’enfance de force mariées,
Violées, vendues, échangées,
Troquées, marchandises négociées,
Devenues choses banales,
Les filles ont un destin d’animal. »
Un destin animal, je sais ce que c’est, dit Lucien l’âne, moi qui m’en suis échappé.
À tout cela, continue Marco Valdo M.I., comme toutes les bons religieux, ils ajoutent des interdits :
« Apprendre : interdit ! Étudier : Interdit !
Voyager : interdit ! Tout est interdit. »
La guerre ici, l’esclavage là, la dictature couvre tout, voilà qui enlaidit le monde, dit Lucien l’âne. Nous, on ne peut que dire notre dégoût et tisser le linceul de ce vieux monde brutal, stupide, rétrograde et cacochyme.
Heureusement !
Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane
Voici l’aviateur, il revient de là-bas
Où nos armées invincibles
Mènent cette guerre invisible
Qui jusqu’ici n’existait pas.
Les amis, dit-il, c’est terrible :
Avec nos missiles – dix mille ;
Avec nos bombes – trente mille,
On rase campagnes et villes,
On crée un désert immense
Où se perdrait même un chameau.
On voit très bien de là-haut :
Tout est boue, ruines et silence.
Jusque maintenant, dit le soldat,
On menait au loin les combats,
Jours et nuits de malheur,
Tout se déroulait en extérieur.
Ici, les batailles étaient du cinéma.
L’autre matin, au bout de la nuit,
Comme les loups, à petits pas,
La guerre est entrée dans le pays.
Fini de rire, mes bons messires,
Le pays est envahi, il faut le dire,
Qui aurait jamais cru ça,
Avec un Guide comme on a.
Grand-Mère dit : Salut les gars,
Je viens ici encore cette fois
Vous relayer la voix étouffée
Des filles d’une autre contrée,
Un pays où le bâillon est le roi.
Corps voilé, visage caché,
Fille, on ne peut lire, chanter, réciter ;
Fille, on n’a plus de voix.
Je veux proclamer et dire
La folie des hommes pieux.
Aucune femme n’a connu pire.
La peste soit des religions et des religieux.
Dans ce pays où règne la terreur
Imbécile des hommes de la foi ;
L’esclavage des filles est la loi,
Pour elles, la vie est un malheur.
Du gardien toujours accompagnées,
Dès l’enfance de force mariées,
Violées, vendues, échangées,
Troquées, marchandises négociées,
Devenues choses banales,
Les filles ont un destin d’animal.
Apprendre : interdit ! Étudier : Interdit !
Voyager : interdit ! Tout est interdit.
LA ZINOVIE
Tous les épisodes précédents sont accessibles ici :
Version française – AU CAMP – Marco Valdo M.I. – 2024
Chanson allemande - Wo das lager steht – Anonyme - 1933-34
Chanson d'un prisonnier anonyme du camp de concentration d'Esterwegen en Basse-Saxe, où Carl von Ossietzky fut également emprisonné.
Texte trouvé dans Volksliederarchiv
Chanson dans le volume édité par Guido Fackler intitulé « Des Lagers Stimme - Musik im KZ - Alltag und Häftlingskultur in den Konzentrationslagern 1933-1936 », publié en 2000.
Dans la collection de 3 CD « O bittre Zeit - Lagerlieder 1933-1945 ».
Alex Kulisiewicz l'interprète également dans 'Chants de la déportation' (Le Chant Du Monde, 1975).
LE CAMP ET LA LANDE
Esterwegen – Camp de concentration 1933-1945
Au camp [l'enfer], si près de la lisière,
Où s'étend dans la campagne la lande désolée,
Où l'on voit au travail des soldats de la tourbière,
La plus belle part de ma vie s'est écoulée.
Les factionnaires jour et nuit aux aguets
Montent la garde et toujours prêts
À tirer, ils me suivent pas à pas,
Même dans mes rêves, j'entends leurs pas.
En rêve seulement, je peux revoir ma patrie ;
En rêve seulement, je peux retrouver ceux que j'aime ;
Ma bonne mère, ma chère amie
Qui croit tant et si fort en mon avenir même.
Bientôt, ah bientôt, ma patrie je reverrai ;
Bientôt, ah bientôt, ceux que j'aime je rejoindrai.
Au beau mois de mai, quand fleurissent les lilas,
Je vous accueillerai avec un cri de joie.
LE CAMP ET LA LANDE Esterwegen – Camp de concentration 1933-1945
Chanson française – Au Pas de l’Oie – Marco Valdo M.I. – 2024
LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.
Épisode214
L'OIE ET LES HOMMES
Jean Edouard Vuillard - 1891
Dialogue Maïeutique
Ah, dit Lucien l’âne, le pas de l’oie est une figure célèbre, c’est un pas aux allures historiques, un pas qui porte haut la cuisse du soldat et le pied de guerre. Il rend ces pantins fiers. Enfin, moi, je l’ai toujours trouvé ridicule ; dans les défilés, on dirait – à partir du deuxième rang – qu’ils veulent foutre des coups de pieds au cul à celui qui précède et en plus, ça ajoute, ils n’y arrivent jamais. Si ce n’était sinistre, ce serait cocasse.
En effet, dit Marco Valdo M.I., cette réflexion est assez juste et elle donne une bonne idée de l’ambiguïté du titre de la canzone. Une chanson qui reflète l’incertitude de la situation du Guide et de sa bande. C’est ce qui ressort de cet échange de vues entre les voix quelque part au cœur de la Zinovie.
Fort bien, rétorque Lucien l’âne, mais que disent donc toutes ces voix ?
Alors, allons-y par ordre, répond Marco Valdo M.I., c’est-à-dire strophe par strophe. Ainsi, la première, c’est le Revenant des camps de Zinovie – il y a passé la moitié de sa vie – qui parle ; il met en garde contre la répression en cours dont iléclaire certains côtés absurdes, grotesques :
« Une enfant a été condamnée
Pour avoir dessiné une colombe,
Un pacifique volatile, pas une bombe,
Son institutrice l’avait dénoncée.
L’opposant a été de force exilé
Pieds nus, en caleçon à l’étranger. »
Il montre également que tout, même un dessin d’enfant dans son cahier d’école, reste en travers de la gorge au Guide :
« Le Guide a la luette coincée,
Il ne peut cacher ses pantalonnades. »
Un Guide qui n’arrive plus à dissimuler ses désappointements et ses désarrois.
Oui, dit Lucien l’âne, on croirait entendre un croupier annoncer au Guide et à ses supporteurs : « Rien ne va plus. Faites vos jeux ! ». D’ailleurs, moi, je dirais plutôt : « Faites vos bagages ! ».
Ce ne serait pas une mauvaise idée, reprend Marco Valdo M.I. ; dans la strophe suivante, entre en scène « l’octogénaire », lequel se souvient de la lointaine dernière fois où la Zinovie avait été envahie et laisse entendre les implications de cet événement inouï. Ce qui vient d’exploser aux yeux des gens, c’est l’écroulement du mythe de l’inviolabilité de la Zinovie et de sa toute-puissance. En clair, l’entrée d’une armée ennemie du pays voisin provoque un choc dans la conscience nationale. Le vieil homme ajoute : « Le Guide a du souci à se faire. » Puis, le soldat commente cette phase de la guerre :
« Ils sont entrés un beau matin
Comme s’ils venaient acheter le pain.
C’était la journée portes ouvertes... »
et il révèle la raison de ce fait plus incroyable encore de la reddition des soldats zinoviens :
« Comme il n’y avait pas les mitrailleurs
Pour tirer dans le dos de nos soldats,
Ils ont pu se rendre sans danger. »
Ho, Marco Valdo M.I., résume-nous la fin ! Il faut conclure.
Eh bien, Lucien l’âne mon ami, voici. Les deux dernières strophes font entendre le désir de paix des soldats de Zinovie et tels des émules de Chveik le soldat, ils concluent ainsi :
« On arrête la guerre,
On arrête les frais
Et on signe la paix.
Pour ça, levons nos verres ! »
Pour ça, dit Lucien l’âne, nous aussi, on lèvera volontiers nos verres. Bonne idée aussi de rappeler « La Chanson de Chveik le Soldat » et son inénarrable déserteur de l’armée impériale. En attendant, tissons le linceul de ce vieux monde empêtré, engoncé, coincé, médusé, figé, pétrifié et cacochyme.
Heureusement !
Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane
Les gars, dit le Revenant, il y a
Plus de dix mille procédures déjà ;
Pour discrédit de nos armées,
On poursuit pour la moindre salade.
Le Guide a la luette coincée,
Il ne peut cacher ses pantalonnades.
Une enfant a été condamnée
Pour avoir dessiné une colombe,
Un pacifique volatile, pas une bombe,
Son institutrice l’avait dénoncée.
L’opposant a été de force exilé
Pieds nus, en caleçon à l’étranger.
Depuis ma naissance, dit l’octogénaire,
On n’a jamais été envahis.
C’est un événement inouï.
Le Guide a du souci à se faire.
Ils sont entrés un beau matin
Comme s’ils venaient acheter le pain.
C’était la journée portes ouvertes, dit le soldat.
Comme il n’y avait pas les mitrailleurs
Pour tirer dans le dos de nos soldats,
Ils ont pu se rendre sans danger.
C’est un grand progrès, dit le Veilleur ;
Mieux vaut se rendre que crever.
Nous, on n’est pas des bœufs :
Dans nos jambes, pas de nœuds.
Le Guide nous fait marcher au pas.
On n’est pas des oies,
Les oies cacardent, nous on canarde.
C’est fini, on ne marche plus.
On ne porte plus de cocardes.
Dans le bois, notre régiment a disparu.
Comme Chveik, on a jeté nos beaux fusils,
Nos uniformes, nos médailles, nos habits ;
En douce, on quitte ce foutu pays,
Ce Guide et sa bande de bandits.
Reculer, faire marche arrière ?
Le Guide ne voudra jamais.
Au front, c’est sûr, les soldats
Veulent cesser le combat.
Ce n’est pas un mystère
D’État, dit le Trouvère,
Tout qui pense, le sait,
Si le Guide disparaît,
On arrête la guerre,
On arrête les frais
Et on signe la paix.
Pour ça, levons nos verres !
LA ZINOVIE
Tous les épisodes précédents sont accessibles ici :