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23 octobre 2020 5 23 /10 /octobre /2020 16:45

 

CONTREVENT

 

Version française – CONTREVENT – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson allemande – Gegenwind der ZeitDie Toten Hosen – 2017

Texte : Andreas Frege (Campino) et Marten Laciny

Musique : Michael Breitkopf

 

 

 

LES GYMNASTES

Gerhard Keil – 1939

 
 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Contrevent ?, demande Lucien l’âne.

 

Oui, Contrevent, dit Marco Valdo M.I., c’est son titre et ce n’est pas une chanson de marins. C’est une chanson qui interpelle frontalement les résidus du nazisme en Allemagne contemporaine et qui les renvoie à leurs calendes, qui les confronte à leur désuétude.

Oh, dit Marco Valdo M.I., « le ventre est encore fécond d’où est sortie la chose immonde » ou quelque chose comme ça, disait Bertolt Brecht. Est-ce bien de ces résidus-là, de ces nostalgiques des reichs qu’il est question dans la chanson ?

C’est bien d’eux qu’elle s’inquiète, répond Marco Valdo M.I., et même si elle les retourne à leur passé ; même si, finalement, elle les moque ; même si elle conseille (à juste titre, selon moi) de se soigner ; elle a comme but primordial de les dénoncer, de dénoncer leur indigente conformité à un songe périmé et tous les dangers qu’une telle déviance recèle. En somme, c’est une Cassandre qui – comme bien des poésies – regarde Ilion et la voit demain sous les flammes. Elle part des résurgences de racisme et de milices qui fleurissent à Berlin et autour et de la réapparition du drapeau Schwarz-Weiß-Rot – « Noir-blanc-rouge ».

 

Oh, dit Lucien l’âne, déjà, un drapeau, tu imagines ? Un drapeau ? Un drapeau, c’est comme un monument : « Un drapeau, un drapeau, mais que voulez-vous que je foute d’un drapeau ? », aurait sans doute dit Michel Simon, ou Serge Reggiani, ou les Charlots ou Boris Vian. (comme je l’ai signalé plusieurs fois dans les commentaires à La Java des Bombes Atomiques).

 

En effet, dit Marco Valdo M.I., qu’est-ce qu’on peut bien foutre d’un drapeau ? Je veux dire qu’est-ce ce qu’on peut faire d’intelligent et d’utile d’autre que d’en faire une couverture ou un drap ou un linceul avec un drapeau ? Un drapeau, par essence, sert à distinguer, à créer une frontière entre le groupe qui s’y soumet et les autres, parmi lesquels il se trouvera vraisemblablement d’autres admirateurs des étoffes colorées. C’est, a priori, une source d’hostilité et il mène inévitablement à la confrontation, si ce n’est à l’affrontement.

 

Oui, dit Lucien l’âne, ça se comprend, sans le drapeau, comment on saurait sur qui il faut taper ?

 

En fait, il sert à ça, c’est son but : transformer le troupeau en meute. Le drapeau instaure la loi des héros, suscite l’héroïsme jusqu’à l’absurdité, jusqu’à le manger :

 

« Puis, après la soie, il mangea la hampe ;

Ce fut le plus dur, le plus valeureux.

 

Il murmurait : France !… Et mangeait, quand même !

Lorsque tout à coup son cœur s’arrêta. »

(Le Salut au Drapeau – Müller et Reboux)

 

Eh bien, reprend Marco Valdo M.I., un drapeau, c’est franchement indigeste et le sort des héros est quelquefois pénible. Par ailleurs, la chanson fait justement remarquer, met adéquatement en exergue ces héros semblables à ceux déjà débusqués par Carlo Levi, sous leur tenue d’athlète, qui se délectaient à écraser les autres et puis qui :

 

« S’éloignent dans le ciel noir,

Avec l’heureuse sensation palpable

De m’être passés par-dessus

De m’avoir foulé aux pieds.

Chose étrangère, négligeable,

Pour eux, je suis le nabot.

Sur le sable, par terre,

vivant mais écrasé.

 

Musculaire jeunesse piaffante

Étalons ardents d’Éros

Les athlètes s’en sont allés

Dans le ciel des Héros. »

 

Ce sont eux, qui déjà au temps de la république de Weimar constituaient les sociétés de gymnastique, ces embryons musclés des milices en « chemise courte », qui incendient les maisons, les livres et finissent par brûler les gens.

 

Oh, dit Lucien l’âne, je savais qu’une chanson pouvait dire tant de choses. Maintenant, tissons le linceul de ce vieux monde sportif, olympique, patriotique, nationalique, hypocondriaque et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Vous dites, on élèvera les murs autour de notre pays ;

Vous dites, maintenant, on protégera notre empire ;

Vous dites, personne n’entrera, tout sera saisi.

Vous dites, comme les Orientaux sont tous les mêmes,

Une unité spéciale de notre milice

Brûlera toutes leurs maisons.

La saucisse, la choucroute et la bière entreront

Dans les restos grecs et les kebabs par la Constitution.


 

Avec votre chemise courte, vous restez

À contrevent.

Vous vous accrochez au passé

À contrevent,

À contrevent !


 

Deux battes de baseball en croix comme symbole,

Un salut hitlérien, vous vous reconnaissez.

Tous les drapeaux arc-en-ciel seront retirés

Et remplacés par le noir-blanc-rouge,

Même pendant vos parties de fesses,

Vous déposez des fleurs pour Rudolf Hess,

À la porte des bistros, des supermarchés,

Droit, figé, se tient un de vos patriotes râblés.


 

Avec votre chemise courte, vous restez

À contrevent.

Vous vous accrochez au passé

À contrevent,

À contrevent !


 

Votre radio joue toujours encore des marches,

Mangez votre plomb et buvez votre essence,

Si le passé n’est pas sorti de vos trombines,

Prenez tous une tonne d’aspirine !


 

Avec votre chemise courte, vous restez

À contrevent.

Vous vous accrochez au passé

À contrevent,

Vous vous accrochez au passé

À contrevent,

À contrevent,

À contrevent,

À contrevent !

CONTREVENT
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Published by Marco Valdo M.I.
20 octobre 2020 2 20 /10 /octobre /2020 20:27
EUROPE

Version française – EUROPE – Marco Valdo M.I. – 2020

d’après la version italienne de Riccardo Venturi

d’une chanson allemande – Europa Die Toten Hosen2012

Album : Ballast der Republik

 

 

 

L'ENLÈVEMENT D'EUROPE

Maerten de Vos - 1590

 


 

 

Chanson du groupe allemand Die Toten Hosen, qui parle de la difficile traversée des migrants en Méditerranée pour rejoindre l’Europe et de la mort que beaucoup d’entre eux trouvent au fond de la mer.

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

 

 

Europe ?, dit Lucien l’âne, la chanson s’intitule Europe ?

 

Euh, oui !, dit Marco Valdo M.I., Europe, tout simplement, Europe. Pourquoi ? Pourquoi elle ne pourrait pas s’appeler ainsi ?

 

Eh bien, non !, dit Lucien l’âne. Elle peut parfaitement s’appeler ainsi, mais je voulais juste savoir de quoi elle causait, ce qu’elle pouvait raconter, car c’est un sujet proprement historique et mythologique. Un sujet épique, tragique, tragi-comique et pour tout dire, continental. Une histoire de nymphe et de taureau et de leurs fricotages érotico-tauromachiques, une histoire qui ne manque pas de sel, pas de piquant, non plus ; l’histoire de la marche de l’homme d’Engis et de Néanderthal vers la démocratie. Un très, très long chemin, tu peux me croire.

 

Donc, Europe, reprend Marco Valdo M.I., c’est logique, même si, en fait, Europe n’apparaît jamais dans la chanson, même si comme l’Arlésienne, elle est le personnage central du drame qui se joue dans la chanson.

 

Et alors ?, demande Lucien l’âne. Il y a une histoire dans cette chanson, j’imagine.

 

Une histoire, certainement, la voici, Lucien l’âne mon ami. C’est une histoire que tu connais quasiment depuis toujours et d’abord, car elle se situe aux pourtours de la Méditerranée, cette mer dont tu as fait le tour des dizaines, si ce n’est des centaines de fois et si j’oserais dire, que tu connais comme ta poche d’Odessa à Madaure, d’Alexandrie à Tanger, toi qui as encore connu Troie debout, toi qui as vu le cheval de bois.

 

Bon, c’est autour de la Méditerranée, dit Lucien l’âne, et puis, quoi ?

 

C’est, Lucien l’âne mon ami, l’histoire désolante de la fuite vers l’Europe, puis en Europe, de gens qui laissent tout derrière eux : famille, amis, village, ville, montagne, forêt, fleuve, lac, plaine, rivages océaniques, désert, que sais-je ? et qui ont comme objectif, comme but, comme destination — mot dont on oublie trop souvent qu’il signifie le lieu du destin et comme on le sait, le destin est versatile — l’Europe, du moins, ses rives méditerranéennes. Pourquoi ? Tout simplement, car ils arrivent du sud ou de l’orient par la mer. Ils viennent chercher refuge face à une destinée contraire. Du moins, c’est ce qu’ils espèrent, et cette espérance est ce qui constitue le drame, qui institue dès le départ la tragédie. En gros, ou ils meurent en route, ou on les ramène de l’autre côté, ou alors, ayant réussi le saut, ils trouvent une vie au rabais. On ne sait ce qui est le mieux.

 

 

Oh, dit Lucien l’âne, j’ai entendu dire que parfois, peut-être, il y a des exceptions, parfois, l’histoire se termine à peu près bien.

 

Pour la chanson, rien n’est moins certain, répond Marco Valdo M.I., et sa conclusion est terrible :

 

« Ce n’est pas un conte pour enfants :

Pas de fin heureuse pour ces gens

Et s’ils ne sont pas morts,

Aujourd’hui, ils meurent encore. »

 

Oh, dit Lucien l’âne, c’est une chanson ancienne, elle date déjà. Les choses se sont sans doute améliorées.

 

Tu rêves, Lucien l’âne mon ami. Pour ce que j’en sais, j’ai quand même le sentiment qu’elles n’ont fait qu’empirer. Cependant, il ne faut pas oublier que toute cette histoire se déroule au cœur de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les nantis font aux pauvres et aux démunis afin de maintenir leurs privilèges, d’assurer leur domination, de garantir leur croissance ad infinitum, de protéger leur eldorado et d’accroître leurs richesses insensées.

 

Alors, Marco Valdo M.I mon ami, tissons le linceul de ce vieux monde féroce, atroce et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


 

 


 

Dans le port, ils lèvent les voiles,

Ils partent vers le grand large.

Les familles leur font signe adieu

Et les suivent longtemps des yeux.


 

L’eau s’étale comme un miroir ;

Ils vont silencieux dans le noir

À cinquante miles de la destination

Si proche derrière l’horizon.


 

Dites-moi que c’est un conte,

Une fin heureuse pour tout le monde,

Et qu’ils ne sont pas morts,

Et qu’ils vivent aujourd’hui encore.


 

Ils viennent par milliers, mais en grande majorité,

La terre promise jamais, ils n’atteindront,

Car les patrouilles les attraperont

Pour, en notre nom, les déporter.


 

Et les rescapés finiront noyés

Dans le charnier de la Méditerranée

 

 

Ce n’est pas un conte pour enfants :

Pas de fin heureuse pour ces gens

Et s’ils ne sont pas morts,

Aujourd’hui, ils meurent encore.

EUROPE
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20 octobre 2020 2 20 /10 /octobre /2020 10:39
IL Y A UN LONG, LONG CHEMIN

 

Version française – IL Y A UN LONG, LONG CHEMIN – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson de langue anglaise (USA) – There's a Long, Long Trail – Stoddard King – 1913

Paroles de Stoddard King (1889-1933), auteur et compositeur

Musique d’Alonzo “Zo” Elliott (1891-1964), compositeur et auteur de chansons

L’interprétation la plus connue est celle du grand ténor irlandais John McCormack, en 1917.

 

 

 

 

LONG, LONG CHEMIN

John Nash – 1918

 

La chanson a été publiée aux États-Unis en 1914, peu avant le déclenchement de la guerre en Europe et est immédiatement devenue très populaire parmi les soldats américains envoyés là-bas pour combattre à partir d’avril 1917. Elle était souvent utilisée pour clôturer les concerts des troupes et la représentation était toujours suivie d’un long silence émouvant et significatif.


 

Il serait intéressant de faire la liaison avec It's a long way to Tipperary (1912) et sa version antérieure, jamais interprétée, It’s a long way to connemara (1909), toutes deux œuvres de Jack Judge et Harry Williams et évoquant la nostalgie des émigrants irlandais. It's a long way to Tipperary (1912) connut rapidement un inoubliable destin militaire auprès des troupes anglaises et ceci fit que durant la guerre, John Mc Cormarck mit à son répertoire It's a long way to Tipperary (1912) et There's a long, long trail (1913). (Lucien Lane)


 


 

Les nuits passent très solitaires,

Les jours sont très longs.

De plus en plus fatigué, sans repère,

Écoutant seulement ta chanson,

Les vieux souvenirs affluent

À ma mémoire

Et le monde semble rêver

Juste pour te ramener.


 

Il y a un long, long chemin serpentant

Dans le pays de mes rêves,

Où les rossignols chantent

Et tombe un rayon de lune blanc.

Il y a une longue, longue nuit d’attente

Jusqu’à ce que mes rêves se réalisent,

Jusqu’au jour où on descendra

Ce long, long chemin toi et moi.


 

Toute la nuit, je t’entends appeler,

M’appeler tout doux, tout bas ;

Il me semble entendre tes pas,

Partout où je vais.

La route qui nous sépare s’étend

Au travers de tant de miles fatigants,

Quand je pense à ton sourire.

J’oublie que tu n’es pas avec moi.


 

Il y a un long, long chemin serpentant

Dans le pays de mes rêves,

Où les rossignols chantent

Et tombe un rayon de lune blanc.

Il y a une longue, longue nuit d’attente

Jusqu’à ce que mes rêves se réalisent ;

Jusqu’au jour où on descendra

Ce long, long chemin toi et moi.

IL Y A UN LONG, LONG CHEMIN
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Published by Marco Valdo M.I.
16 octobre 2020 5 16 /10 /octobre /2020 20:54

 

LES CHATS ERRANTS

 

Version française – LES CHATS ERRANTS – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson italienne – I gatti randagi Nomadi – 1990

 

 

 

 

LA BATAILLE DES CHATS

Foujita - 1940
 

 


 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

Cette fois, Lucien l’âne mon ami, j’avouerai tout de suite avec la plus grande humilité avoir été frappé de réminiscence et c’est ainsi que le premier vers de la chanson est :

 

« Les chats errants sont les chats les plus beaux »

 

et qu’il s’est très certainement formé à l’écoute de ce vers de la Nuit de Mai qu’Alfred de Musset donna à connaître en 1835 et qui chantait :

 

« Les désespérés sont les chants les plus beaux »

 

Frappé de réminiscence ?, demande Lucien l’âne. C’est une maladie ?

 

Une maladie, si on veut, dit Marco Valdo M.I. ; une chose est certaine, c’est qu’elle m’a frappé cette fois encore et qu’elle frappe plus souvent qu’à son tour. C’est d’ailleurs à mon avis, une source de bien des textes, de bien des chants, de bien des musiques aussi. Ainsi va le monde se bâtissant de bric et de broc, de matériaux anciens, de mots, de phrases en déshérence.

 

Arrête-toi, Marco Valdo M.I., arrête-toi ici, je te le demande instamment, car j’aimerais vraiment que tu me parles de la chanson.

 

Mais, Lucien l’âne mon ami, je ne fais que ça. Quand même cette chanson est celle des chats errants, celle qui les salue et les magnifie. Les chats errants sont présentés comme des incarnations de la liberté et servent à portraiturer les humains tels qu’ils devraient être : amicaux, désintéressés, rêveurs, peu fortunés, un peu fainéants et porteurs d’un rêve de liberté. Mais, il vaut mieux le préciser tout de suite, pas de n’importe quelle liberté ; pas de cette liberté d’exploiter les autres, pas de cette liberté de se situer au-dessus des autres, de les dominer et d’en tirer profit, pas de cette liberté de les mépriser et de les écraser.

 

 

Je comprends, dit Lucien l’âne, de quelle liberté il s’agit. En gros, si on veut saisir de quelle liberté il s’agit, il faut la replacer au cœur de la Guerre de Cent Mille Ans dans laquelle s’affrontent ces deux libertés : d’un côté, celle du loup dans la bergerie, du renard dans le poulailler ; de l’autre, la liberté respectueuse de la nécessaire solidarité envers les plus faibles, les plus démunis, les moins bien lotis, la liberté qui se refuse à phagocyter les autres.

 

 

C’est bien ça, Lucien l’âne mon ami, et compte tenu de ce qui se passe dans le monde des humains, elle un rêve, une utopie. Pas tout à fait, pas complètement cependant, car ici et là, souvent, elle agit et se développe, mais c’est une fleur encore fragile. Pour en revenir à cette chanson, il faudrait préciser ce que sont ces chats errants. En fait, il est de la nature même des chats d’être des êtres errants, les chats, quand ils ne sont pas encagés ou coincés d’une autre manière, passent une grande partie de leur vie à errer ; pourtant, ce ne sont pas nécessairement des chats errants. Il y a ici, comme tu le sais, trois chats à demeure, sans compter les visiteurs, qui vont, qui viennent à leur guise et qui s’ils errent, aiment aussi à se faire dorloter un peu et à s’assoupir en un lieu retiré et clos – la plupart du temps, ma chambre. Ces chats-là s’arrangent avec les chats qui passent pour avoir des relations d’amabilité. Ils les laissent manger dans leur gamelle sans en faire un fromage, sans en concevoir un casus belli.

 

En somme, dit Lucien l’âne, ils sont pacifiques et ils ont le sens de l’accueil, de la non-violence et ils s’entendent à partager l’espace et le ravitaillement. Ce sont de bons chats, car une telle civilité est rare ; elle ne va pas de soi. Et je sais que parfois, chez les chats errants ou pas, il y a la guerre et même des batailles.

 

Bien entendu, Lucien l’âne mon ami, mais si dans l’ensemble chez les chats d’ici, la civilité est possible – la plupart du temps, elle devrait l’être chez les humains, cette espèce qui se veut supérieure. Enfin, c’est ce que raconte la chanson. Je n’en dirai pas plus, puisqu’il est des harmoniques que la poésie enchante et que je ne pourrais épuiser en un tel commentaire. La chanson a sa voix, la chanson a ses pensées errantes qu’il convient de laisser errer dans les têtes des gens.

 

Excellent, Marco Valdo M.I. ; en ce cas, tissons le linceul de ce vieux monde cacophonique, brouhahardeux, confus, conflictuel, incivilisé et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


 

 

Les chats errants sont les chats les plus beaux.

Ce sont les amis de ceux qui n’ont que la peau

Sur les os et comme eux, rêvent le jour durant.

Les chats errants hantent les quartiers des pauvres gens.

La nuit, les chats vont sur les toits, miaulant à la lune.

Et chaque caresse leur est une bonne fortune.


 

Ils s’en repartent plus heureux,

Chacun s’en repart plus heureux.


 

Les chats errants sont les chats les plus beaux.

Le bébé le sait déjà en son berceau.

Regards, sourires, caresses, invitations

Et les chats, des amis seront.

Le jour, ils ne font que s’amuser,

Ils n’ont rien, ils sont légers

Et les caresses les mettent en joie

Et le soir, chacun s’en reva chez soi.


 

Les chats errants sont les chats les plus beaux ;

Ils n’aiment pas les devoirs, les maîtres et les clés ;

Ils toisent tous ces hommes qui les regardent de haut,

Ceux-là qui savent haïr, mais ne savent aimer.

La nuit, les chats vont sur les toits, miaulant à la lune.

Pour eux, chaque caresse est une bonne fortune.


 

Ils s’en repartent plus heureux,

Chacun s’en repart plus heureux.


 

Avec nos rêves en couleurs et de si beaux mots,

Nous sommes presque tous chats errants

Une bande de bons à rien, un peu fainéants,

Tirant toujours le diable par la peau du dos.

Et nous aussi, nous voulons musarder,

Nous voulons aimer, nous voulons rêver

Rêver un rêve de liberté,

Rêver un rêve de liberté.

 

 

LES CHATS ERRANTS
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Published by Marco Valdo M.I.
14 octobre 2020 3 14 /10 /octobre /2020 16:57

LES MIGRANTS

 

Version française – LES MIGRANTS – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson italienne – MigrantiEnzo Iacchetti [2018] et Francesco Guccini – 2020 (?)

 

 

Chanson inédite écrite par Francesco Guccini, musique de Juan Carlos “Flaco” Biondini inteprétée par Enzo Iacchetti lors du spectacle « Libera Nos Domine ».

Finalement interprétée par ses auteurs (Francesco Guccini et Juan Carlos Biondini) avec les “musiciens” historiques du groupe de Guccini.

 

 

 

 

LES MIGRANTS

Eugène Laermans - 1896


 

 

 

Dialogue Maïeutique 

 

 

 

Ah, Lucien l’âne mon ami, voici une chanson qu’on dirait conçue dans le droit fil des réminiscences de ce très court texte È fatto giorno (1954), dont voici les deux premiers vers à comparer aux deux premiers de la chanson de Guccini :

 

« Le jour s’est levé, nous sommes entrés dans le jeu nous aussi.

Avec les vêtements et les souliers et les faces que nous avions. »

 

et qui avaient inspiré une chanson È fatto giorno, écrite par Mario Pogliotti et interprétée par Maria Monti. C’était en 1972.

 

En effet, dit Lucien l’âne, j’avais la même impression. Il suffit de lire ces premiers vers pour ressentir comme une remembrance. Cependant, nous sommes cinquante ou septante ans plus tard, et la migration a changé de sens.

 

Sans doute, reprend Marco Valdo M.I., et la chanson ne l’ignore pas qui est une chanson en deux parties et il s’agit bien de faire retrouver dans la première partie la voix de l’émigration italienne – des millions d’Italiens se sont égayés dans le monde, il y en a autant qu’en Italie ; c’est-à-dire environ 60 000 000 – afin de la mettre en balance avec la nouvelle immigration qui arrive en Italie (et en Europe) par la mer et il s’agit encore, de rappeler l’une pour faire comprendre et accepter la justesse de l’autre. Il y a là comme un appel à l’équité.

 

Oh, dit Lucien l’âne comme on le disait une autre fois, nous sommes tous des migrants ou des descendants de migrants et peut-être même, de futurs migrants ou les ascendants de futurs migrants. La migration est le lot commun de l’espèce humaine et des espèces commensales.

 

Oui, dit Marco Valdo M.I., et il faudra s’attendre à ce que ce phénomène se développe dans les décennies à venir. Ce n’est pas une sorte de vases communicants où le vide se remplit de l’excès du plein, comme c’était plus ou moins le cas de la colonisation, mais – car il n’y a pas de vide où aller – plutôt d’une sorte d’osmose où c’est le degré de « richesse », de « sécurité » et de « confort » qui joue le rôle d’aimant. Cette nouvelle migration fuit la guerre, la faim, la misère et en quelque sorte, elle ne voit pas d’autre issue que la fuite au destin de désespoir qu’elle entrevoit chez elle.

 

En fait, dit Lucien l’âne, si on veut vraiment comprendre ce phénomène, il faut partir d’un simple constat : quelqu’un qui est bien chez soi ne s’en va pas courir le monde à la recherche d’un chez-soi.

 

Mais cependant, Lucien l’âne mon ami, les migrations actuelles et celles de demain sont le fait de petites minorités poussées par la misère, la peur et la destruction de leur chez-soi ; elles sont, comme c’était le cas de l’émigration italienne, aussi l’espoir d’un retour fructueux. Prenons l’exemple de l’Afrique où la population croît à vive allure – je rappelle à ce sujet qu’elle ne fait qu’appliquer scrupuleusement l’enseignement de la parole chrétienne : « Croissez et multipliez ! » ou plus exactement, la Genèse dit : « Dieu les bénit, et Dieu leur dit : Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre » – et où cette masse va probablement atteindre un ou plusieurs milliards et imaginons que seulement un habitant sur mille par an se déplace et migre – hors Afrique, on obtient un nombre de migrants annuels de l’ordre du million. Et on peut répéter ce calcul un peu partout dans le monde – par exemple entre l’Amérique latine et les Zétazunis. En fin de compte, la question se pose de savoir combien d’humains va pouvoir supporter la planète. Tout ça est vertigineux et j’avoue ne pas entrevoir une solution simple à ce casse-tête.

 

Oui, dit Lucien l’âne, c’est un peu le même problème que celui que pose une pandémie quand on veut enrayer sa croissance ; sauf qu’on ne peut mettre en circulation un vaccin. Ainsi, on arrive donc au mur de l’impensable, on est face à l’indicible. Questions : va-t-on vers un confinement ? Va-t-on imposer un masque sexuel ? À mon sens, l’espèce humaine est mal partie ; elle va tout droit sur les récifs.

 

Maintenant, dit Marco Valdo M.I., revenant à la question du « chez soi », j’essaye d’imaginer ceci, qui est fondé sur une revendication légitime : à chaque humain sa maison, avec son chauffage et/ou son climatiseur, avec sa télé, son ordinateur, Internet et autres équipements ménagers, sa voiture et ce mode de vie étendu à huit ou dix milliards d’habitants. C’est hallucinant. Je laisse y songer. Et si on se replace dans la perspective de la Guerre de Cent Mille Ans où les riches font la guerre aux pauvres pour conserver leur domination, accroître leurs privilèges, on peut imaginer l’ampleur du problème.

 

Mais enfin, dit Lucien l’âne, qui va renoncer sciemment à son « way of life » ? Par ailleurs et de plus, il n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. En attendant, conclusion provisoire et tout à fait indiquée, tissons le linceul de ce vieux monde inique, tendu, branlant, chancelant, en sursis et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Nous allions qu’il ne faisait pas encore jour,

La bouche pleine de rêves et de douleurs,

Nous laissions là en quelques heures

Une maison pleine de gens et d’amour,

Une terre d’infamie, de pierres et de colère.

La misère collée à la peau comme une gale,

Dans nos poitrines, s’enflait un souffle

Qui voletait en une danse légère.

 

Amérique, Europe, par le monde,

Cherchant une place dans la ronde,

Nous allions souffrir

Pour vivre et nous reconstruire,

Mélangeant au sang l’histoire

Pour créer une mémoire

Nouvelle et nécessaire.

 

Dans un tourbillon d’espérance,

De vie, de travail, de réjouissance

Pour nous, par dizaines, par milliers,

Pour nous, les exilés,

Pour nous les riens, les néants,

Pour nous, les émigrants.

 

Et nous partons au hasard, au hasard,

Sur ces coquilles de noix véhiculées

Par des passeurs violents, amas hagard,

Humanité nue, bousculée,

De femmes, de vieux, d’enfants

Et de mort sans retour.

Un départ confus de l’arrivée ignorant,

De l’heure, du jour,

On y va et on y va vivants

Et dans les cœurs, on respire un air

Qui nous pousse à oser aller sur la mer.

 

Entre les peurs et les accidents,

Sur cette mer jamais connue,

Serrant notre rêve entre les dents,

Qu’une lointaine bienvenue

Nous tende la main à nous les suppliants,

À nous les moins que rien, les néants,

Différents de peau et de culture,

À nous qui sommes aussi le futur,

À nous, les immigrants.

 

Venus d’un monde de guerre et de faim partout,

Nous cherchons une patrie n’importe où

Pour recommencer à vivre malgré tout.

 

Venus d’un monde de guerre et de faim partout,

Nous cherchons une patrie n’importe où

Pour recommencer à vivre malgré tout.

 

 

LES MIGRANTS
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Published by Marco Valdo M.I.
12 octobre 2020 1 12 /10 /octobre /2020 21:02
LA BOMBE

 

Version française – LA BOMBE – Marco Valdo M.I. – 2020

 Chanson allemande – Bombenstimmung Die Toten Hosen1986

Paroles et musique : Breitkof / Frege

Album : Damenwahl

(2007 Remastered Anniversary Edition Bonus Tracks)

 

 

 

 

 

Paysage de fin du monde

Edward Hopper - 1929

 


 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

Oh la la, La Bombe, dit Lucien l’âne, quel titre effrayant et parfaitement à sa place quand il s’agit de la Guerre de cent Mille Ans.

 

Je suppose, Lucien l’âne mon ami, je suis sûr même que tu connais le double sens de cette expression « faire la bombe » » qui signifie d’une part, fabriquer un engin explosif – dont la puissance est très variable : la bombe à main, la bombe individuelle, la bombe artisanale : là on est à la taille minimale et à la puissance réduite et à la portée limitée ; et puis, il y a la bombe de gros calibre qui peut aller jusqu’à détruire des villes, des pays entiers (avec les gens dedans) et qui sait, toute la planète : là, on est à la dimension industrielle et à la puissance illimitée ou tout comme. En principe, l’usage en est totalement prohibé.

 

Il faut espérer qu’on n’aura pas recours à ces joujoux cauchemardesques, dit Lucien l’âne, mais oui, je n’ignore rien de ces gadgets humains et de leurs redoutables effets. Mais à quel deuxième sens fais-tu allusion ?

 

D’abord, Lucien l’âne mon ami, laisse-moi te dire que malgré l’apparence, ces engins et leurs capacités de destruction me paraissent assez terrifiants et je suis toujours attentif à mettre entre l’horreur et moi une certaine distance. Cette distance, on l’obtient par l’ironie, en traitant le sujet, l’objet, la circonstance – ici, la bombe – par le mépris. C’est le rôle de ce deuxième sens de l’expression « faire la bombe », autrement dit « faire la fête ». C’est comme ça, dans ces deux sens en même temps, comme les deux yeux d’un même regard, qu’il faut comprendre cette expression, que l’on trouve au cœur du refrain de la chanson :

 

« La bombe, partout où on fait la bombe

Dans le monde entier, le compte à rebours a commencé. »

 

Certes, dit Lucien l’âne, c’est une excellente façon de procéder et – même si je pense que tu y as pensé, il faudrait agir ainsi face à une telle catastrophe annoncée ; a minima, si on ne peut faire la fête, il faut éviter de se faire du mouron et puis, comme on dit, mourir seul, mourir tous ensemble, c’est toujours mourir et mourir, quelle importance ?, on ne meurt jamais qu’une seule fois et on n’en sait quand même rien.

 

Tout à fait, répond Marco Valdo M.I., laissons les catastrophistes et les tristes sires mariner dans leur inutile désespoir et continuons à vivre tranquillement notre vie. Enfin, et juste parce que ça reste en mémoire, du moins, dans ma mémoire, j’ai incorporé le « Dispersez-vous, ralliez-vous ! », évocation par les corbeaux d’un champ de bataille après la bataille. Souviens-toi donc, Lucien l’âne mon ami, en passant de ceci :

 

« Sur les routes aux vieux calvaires,

Sur les fossés et sur les trous,

Dispersez-vous, ralliez-vous !

 

Par milliers, sur les champs de France,

Où dorment les morts d’avant-hier,

Tournoyez, n’est-ce pas, l’hiver,

Pour que chaque passant repense !

Sois donc le crieur du devoir,

O notre funèbre oiseau noir ! »

 

Tu sais, Marco Valdo M.I. mon ami, je te connais assez pour avoir remarqué et resitué ce clin d’œil au jeune homme des Ardennes, qui passa avant toi dans le couloir du Journal où tu avais ton bureau. J’aime d’ailleurs toujours tes citations, aussi furtives soient-elles, aussi fréquentes parfois. Cela dit, tissons le linceul de ce vieux monde militaire, morbide, morne, mortifère, mortuaire et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


 

La bombe, partout où on fait la bombe

Dans le monde entier, le compte à rebours a commencé.

La bombe, partout où on fait la bombe

Dans le monde entier, le compte à rebours a commencé.


 

On évacue par précaution : toutes les gares.

Applaudissez tous, elle explosera pour vous.

10, 9, 8, 7, 6 – Planquez-vous partout

6, 5, 4, 3, 2, 1 – RTL en direct, ce soir,

Importera la guerre chez vous !


 

La bombe, partout où on fait la bombe

Dans le monde entier, le compte à rebours a commencé.

La bombe, partout où on fait la bombe

Dans le monde entier, le compte à rebours a commencé.


 

La guerre n’est plus ce qu’elle était avant-hier.

Les bombes modernes, tout le monde peut les faire.

10, 9 8, 7 6 – Des bombes, qui n’en a pas dans son panier ?

6, 5 4, 3, 2, 1 – Dispersez-vous, ralliez-vous ! Feu à volonté !


 

La bombe, partout où on fait la bombe

Dans le monde entier, le compte à rebours a commencé.

La bombe, partout où on fait la bombe

Dans le monde entier, le compte à rebours a commencé.


 

La bombe, partout où on fait la bombe

Dans le monde entier, le compte à rebours a commencé.

La bombe, partout où on fait la bombe

Dans le monde entier, le compte à rebours a commencé.

LA BOMBE
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Published by Marco Valdo M.I.
11 octobre 2020 7 11 /10 /octobre /2020 12:35
LE PAYS FABULEUX

 

Version française – LE PAYS FABULEUX – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson italienne – Il paese delle favoleNomadi1982

Paroles : Romano Rossi

Musique : Giuseppe Carletti – Romano Rossi

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Voici, dit Marco Valdo M.I., le Pays fabuleux et en avant pour l’exploration de ce monde ensorcelant. Le Pays fabuleux ou littéralement traduit de l’italien, le Pays des fables, tel est ce pays dont parle cette chanson. On avait déjà rencontré Le Pays des joujoux – Il paese dei balocchi, Le Pays de Polichinelle – Il paese di Pulcinella et d’autres encore qu’on trouverait si on les cherchait (et surtout, si on avait le temps de les chercher et de les traduire) et tous racontent des choses différentes. Tel est le charme des titres. En fait, le plus constamment, à rebours de la croyance répandue, au lieu de le révéler, le titre cache ce qu’il recouvre. C’est un brouillard.

 

En tous cas, il peut l’être, dit Lucien l’âne ; de toute façon, quelle que soit sa bonne volonté, il ne peut tout indiquer ; c’est une évidence sémantique. C’est pourquoi, il faut aller explorer un peu ce pays fabuleux ; qu’a-t-il de particulier ? Finalement, j’aimerais le savoir.

 

Eh bien, répond Marco Valdo M.I., ce qu’il a de particulier, c’est que c’est un pays où apparaissent certains personnages des fables, de ces fables revisitées, qui, comme tu le sais, sont des histoires lénifiantes qu’on raconte aux enfants sous le sain prétexte de les distraire, mais en réalité, il s’agit de leur inculquer une vision mesurée du monde. C’est une propagande perverse qui touche l’enfance sous la poitrine.

 

Eh là, dit Lucien l’âne, ça n’a pas toujours été le cas.

 

Certes non, reprend Marco Valdo M.I., mais ce l’est depuis un ou deux siècles. Auparavant, je te l’accorde, la fable était un genre poétique à part entière qui s’adressait au public lettré à l’instar des autres genres littéraires. C’est à partir du XIXe siècle, quand on fit de l’édition pour enfants une nouvelle industrie, que les fables sont devenues ce genre pour mineurs. Elles ont changé de nature et du coup, elles sont été cataloguées comme un genre mineur – manière comme une autre de créer un domaine réservé, à l’écart de toute critique.

 

C’est une évolution, dit Lucien l’âne ; du temps d’Ésope le bossu – qui, foi de Lucien l’âne qui les ai portés sur mon échine, n’était pas plus bossu qu’Homère était aveugle, la fable était une affaire sérieuse ; elle l’est restée jusqu’au moins La Fontaine et Florian. En ces temps-là, c’était un art impertinent et subversif.

 

Effectivement, Lucien l’âne mon ami, et son infantilisation l’a fortement émasculée et plus encore, sa colonisation par les industries de la communication et du divertissement. C’est à cette vénalisation que s’en prend la chanson. On y rencontre un Peter Pan amorti, Crochet en maquereau, Wendy en putain et Alice alcoolique ; on y retrouve Donald à l’usine et ses clones en déroute, Don Quichotte vaincu par les moulins, Ali Baba et ses voleurs au Parlement, Hänsel et Gretel font du profit, le Chat et ses bottes s’usent, la DCA abat les sorcières en plein vol, le Petit Poucet est espion et Cendrillon fait la courtisane.

 

Eh bien, dit Lucien l’âne, quelle galerie ! Mais où sont donc passés Pinocchio ? Et la fée bleue ? Le loup, l’agneau, la cigale, la fourmi et les langues du fabuliste ?

 

Lucien l’âne mon ami, un peu d’indulgence, ce n’est qu’une simple chanson, une chanson courte, on ne peut tout y mettre, elle doit forcément se limiter, mais tu a raison, où sont-ils passés ? On peut s’inquiéter pour eux vu ce qui est arrivé aux autres. Cela dit, cette chanson énonce et dénonce la vénalisation du monde enfantin ou si tu veux un mot plus commun pour dire la même chose, la prostitution des personnages des fables et des fables elles-mêmes. Ainsi, se dévoile le secret du pays fabuleux, celui où l’on vit au cœur de la Guerre de Cent Mille Ans et qui instille – via ses canaux et ses lucarnes fantasmatiques aux technologies toujours plus sophistiquées – une conception du monde à des enfants (et des grands enfants définitivement infantilisés) tenus sous hypnose médiatique, pétrifiés, stupéfiés et néantisés. Sauf, sauf à se tenir à l’écart des écrans, à se méfier des fées et de leurs racontars, à vomir les fables trop sucrées et à se remettre à lire les contes à la sauce Voltaire, car il est des histoires qui éveillent à la pensée, qui permettent de s’échapper du meilleur des mondes.

 

Ah, dit Lucien l’âne, fuir, là-bas fuir… s’échapper de ce monde gluant est chose difficile, mais salutaire. Alors tissons méticuleusement le linceul de ce vieux monde mou, mollasson, envoûtant, suggestif, brutal, menteur et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Peter Pan ne fait plus de vagues,

Il a vendu sa dague ;

Crochet envoie Wendy, le soir,

Faire le trottoir sur le boulevard.

L’île enchantée

Est déjà vérolée

Et Alice cherche ses merveilles

Au fond des bouteilles.

 

Donald est à la chaîne

Où il travaille comme un fou,

Daisy a de la peine

Et vend des baisers à Picsou.

Riri, Fifi et Loulou sont partis

En exil loin du pays.

Et vous, les intellectuels patentés,

Vous êtes-vous déjà demandé

 

À quoi sert d’avoir tant couru

Pour l’histoire du reflux ?

 

Don Quichotte n’est pas content,

Il travaille dans un moulin à vent ;

Ali Baba et les quarante voleurs,

Ont déjà gagné les élections ;

Hänsel et Gretel font leur beurre

Avec une usine de bonbons

Et Alice cherche ses merveilles

Au fond des bouteilles.

 

Le Chat et ses bottes de sept lieues

S’usent dans les banlieues,

Les balais de sorcières

Sont abattus par l’armée de l’air,

Le Petit Poucet joue les espions

Pour la CIA et la grande nation.

Et vous, les intellectuels patentés,

Vous êtes-vous déjà demandé

 

À quoi sert d’avoir tant couru

Pour l’histoire du reflux ?

 

Cendrillon a une auto très snob

Et une très belle robe,

Chaque fois que vient un prince,

Elle enlève sa culotte et se rince,

La marâtre, vieille harpie,

Prend tout l’argent des filles.

Et vous, les intellectuels patentés,

Vous êtes-vous déjà demandé

 

Comment revient le superflu

À la fin du reflux ?

 

LE PAYS FABULEUX
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Published by Marco Valdo M.I.
10 octobre 2020 6 10 /10 /octobre /2020 20:57

 

CENT JOURS AVANT LE NÉANT

 

Version française – CENT JOURS AVANT LE NÉANT – Marco Valdo M.I. – 2020

d’après la traduction italienne 100 GIORNI ALLA FINE DEL MONDO de Riccardo Venturi d’une

Chanson allemande – 100 Tage bis zum Untergang Die Toten Hosen – 1987

Paroles et Musique : Maurer / Frege

Album : Reich & sexy II : Die fetten Jahre

(Perlen vor die Säue : Die besten Raritäten & B-Seiten aus 20 Jahren)

 

 

 

LE TRIOMPHE DE LA MORT

Pieter Bruegel den Aauwe – 1564

 

À supposer que la fin du monde (que la langue allemande exprime magnifiquement avec le terme Untergang, littéralement “effondrement”) survienne à cause d’une guerre, d’une épidémie, d’un astéroïde ou qui sait de quelle cause maléfique, que se passerait-il si, coquin de sort, on annonçait demain la fin du monde dans les cent jours ? Cent jours, c’est un peu plus de trois mois, c’est-à-dire que si aujourd’hui, le 8 octobre 2020, la fin du monde était annoncée dans les cent jours, la date catastrophique et définitive serait le 16 janvier 2021.

 

Au cours de ces cent jours, toutes nos perspectives vont certainement changer, sauf notre individualité sacrée et notre capacité – ou incapacité – à toute sorte de réaction. Mais je dirais que, face à une telle perspective finale, au moins deux choses seraient généralisées : la perception de la futilité authentique et désespérée des “règles” qui ont freiné l’humanité depuis ses débuts, et l’irruption de la fin dans la “Normalité”, ou dans toute cette série infinie de normalités quotidiennes qui forment la chaîne bosselée qui, d’une certaine manière, nous lie tous, et partout. Il faudrait alors, bien sûr, voir quelle sorte de fin du monde se prépare : une chose serait la fin de l’humanité, l’extinction de l’espèce homo sapiens ou « race humaine » pour ainsi dire, et une autre l’explosion de la planète Terre qui entraîne avec elle les océans, les montagnes, les animaux, les plantes et tout le reste.

 

En général, nous avons tendance à identifier la « fin du monde » avec la fin du reste d’entre nous, mais ce n’est pas le cas. Si nous en finissions avec le reste d’entre nous, la vie continuerait sous d’autres formes, d’autres manières. Ce serait une autre histoire et, un jour, peut-être serions-nous considérés comme nous considérons les dinosaures aujourd’hui. Eh bien, en attendant ces fameux trois mois avant la fin du monde – quelle que soit la déclinaison –, il m’est venu à l’esprit que le célèbre groupe allemand Toten Hosen (qui signifie quelque chose comme « pantalon mort », mais qui est en fait un jeu de mots sur « roten Rosen », roses rouges) venait de faire une petite chanson sur les cent jours qui nous séparent de la fin du monde ; une petite chansonnette qui dit toutes sortes de choses à faire, des plus ordinaires (comme payer les factures ; vous ne voulez pas aller au bout du monde avec l’électricité coupée…) au plus haut niveau, comme de décider qui sont vos amis ou qui vous voudrez embrasser – les accords sur les masques et la distanciation sociale le permettant. Quels seront vos derniers mots, qui d’ailleurs ne seront pas enregistrés pour la postérité ? Une facétie ou une prière ? Ou allez-vous vous taire ? Serez-vous en compagnie ou seul ? Ou vous rendrez-vous compte qu’en réalité, le monde est déjà fini depuis longtemps et que vous ne l’avez même pas remarqué, occupé à écrire de futures idioties sur les réseaux sociaux ? [RV]

 

Dialogue Maïeutique

 

D’abord, dit Lucien l’âne, il faudrait que tu m’expliques le titre de la version française de cette chanson, car il me semble bien particulier ou en tout cas, divergeant par rapport aux titres des versions allemande et italienne.

 

Oui, d’abord, d’abord, tu as raison, Lucien l’âne mon ami. Donc, littéralement le titre allemand originel peut être traduit par – 100 jours jusqu’à l’effondrement ; le titre italien traduit par : 100 jours jusqu’à la fin du monde. Comme tu le sais, mon choix est en effet fort différent lorsqu’il dit – Cent jours avant le néant. L’allemand parle de l’effondrement, donc d’une catastrophe et d’une chose en mouvement, l’effondrement est un processus ; l’italien évoque un moment fixe et effroyable : la fin du monde et donc une situation ultime, une phase terminale ; quant à mon titre en pointant le néant, il décrit l’après, le futur.

 

En somme, dit Lucien l’âne, on a ainsi l’effondrement qui est une action ; la fin du monde qui est son aboutissement ; et le néant qui est son état futur au-delà du moment fatal. Ce sont effet trois visions différentes. C’est aussi le mystère de la traduction et sans doute aussi, y a-t-il derrière cette cacophonie une différence de perception, un certain décalage que j’aurais tendance à qualifier de philosophique, même si je la soupçonne fort d’être principalement due aux habitudes linguistiques. Mettons donc, le néant ; c’est lui qu’il faut que tu m’expliques.

 

Oh, dit Marco Valdo M.I., le néant. Ce n’est pas ce qui n’est pas, mais bien ce qui n’est plus. Je vois ta surprise, mais c’est pourtant logique. Pour définir, faire exister un « ce qui n’est pas », il faut nécessairement penser un « ce qui est » ; autrement, il n’y a rien qui l’institue. Et dès lors, le néant n’existe que parce qu’on peut l’envisager ; sinon, paradoxalement, le néant se réduit à rien. Évidemment, je te l’accorde, le même raisonnement peut être appliqué au rien ou à n’importe quoi. Mais pour en revenir à ce titre, le néant est ce qui n’est plus ou ce qui est au-delà de ce qui n’est plus ; c’est un troisième stade. On a donc trois temps, comme à la valse : ça s’effondre, c’est effondré ; ça n’est plus. Voilà tout ! Encore faut-il si ce n’est qu’une séquence réservée aux vivants que ça se passe calmement, que ce ne soit pas un scénario à la Brueghel, un triomphe de la mort.

 

Sans doute, dit Lucien l’âne, mais même dans ce cas, je perçois quelque chose de plus dans cette affirmation du néant, je pressens une tranquille certitude ou une certitude de tranquillité. Mais à part ça, que dit la chanson ?

 

Tout simplement, répond Marco Valdo M.I., elle s’interroge sur ce qu’on pourrait faire dans la période des cent jours qui précède l’effondrement – fin du monde – néant.

 

Oh, dit Lucien l’âne, cent jours, c’est le temps nécessaire pour aller de l’île d’Elbe à Waterloo.

 

En effet, reprend Marco Valdo M.I. en riant, mais la chanson n’a pas vu les choses sous cet angle historique et impérial. Elle est, en quelque sorte, plus terre à terre. Et globalement, elle peut – à part ce délai un peu pressant – être appliquée à la vie elle-même où qu’il s’agisse d’une femme, d’un homme, d’un enfant, d’un vieillard, d’une civilisation, d’un peuple, d’une espèce, d’un pays, d’un empire, d’un continent, de la vie sur une planète, de la planète, d’une étoile, d’une galaxie, d’un univers, bref, de tout ce à quoi on peut penser, tout rigoureusement et dans la plus ordinaire indifférence, tout connaîtra ses cent jours. Mais s’il faut s’arrêter à ça, on ne ferait plus rien.

 

Bien dit, dit Lucien l’âne, sur ça, je te rejoins. Tissons le linceul de ce vieux monde biologique, géologique, astronomique et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

Avez-vous bien tout emballé

Qui vous importe et que vous aimez ?

Avez-vous rangé tous vos papiers

Et tous vos amis salués ?

Y a-t-il quelque chose inachevé ?

Toutes vos factures sont-elles payées ?

Votre tombe est-elle déjà commandée

Ou bien, vous vous en foutez ?

 

Que ferez-vous quand arrivera la nouvelle dernière :

« Cent jours avant le néant ! »

Votre ultime répartie, sera-t-elle une facétie ou une prière ?

Cent jours avant le néant.

Cent jours avant le néant.

 

 

Pour escalader chaque montagne, vous avez le temps ;

Pour parcourir chaque vallée, vous avez le temps ;

Pour traverser chaque mer, vous avez le temps ;

Pour voir chaque pays du monde, vous avez le temps ;

Vous avez le temps, pour décider,

Cent fois encore dans quelle direction aller.

 

Que ferez-vous quand arrivera la nouvelle dernière :

« Cent jours avant le néant ! »

Votre ultime répartie, sera-t-elle une facétie ou une prière ?

Cent jours avant le néant.

Cent jours avant le néant.

 

Lentement, vous devez décider,

Comment votre vie achever,

Et qui seront désormais vos ennemis

Et qui seront maintenant vos amis,

Et qui vous tiendrez dans vos bras,

Quand tout finira.

 

Que ferez-vous quand arrivera la nouvelle dernière :

« Cent jours avant le néant ! »

Votre ultime répartie, sera-t-elle une facétie ou une prière ?

Cent jours avant le néant.

Cent jours avant le néant.

 

Que ferez-vous quand arrivera la nouvelle dernière :

« Cent jours avant le néant ! »

Votre ultime répartie, sera-t-elle une facétie ou une prière ?

Cent jours avant le néant.

Seulement cent jours avant le néant.

Cent jours avant le néant.

 

Que ferez-vous quand arrivera la nouvelle dernière :

« Cent jours avant le néant ! »

Votre ultime répartie, sera-t-elle une facétie ou une prière ?

Cent jours avant le néant.

Seulement cent jours avant le néant,

Cent jours avant le néant.

 

 

CENT JOURS AVANT LE NÉANT
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Published by Marco Valdo M.I.
8 octobre 2020 4 08 /10 /octobre /2020 10:13

 

COMPTINE DE L’ABEILLE

 

Version française – COMPTINE DE L’ABEILLE – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson italienne – Filastrocca dell’apeMimmo Mòllica – s.d.

 

 

 

 

LA BELLE, LES ABEILLES ET LE VOLEUR DE MIEL

Lucas Cranach – ca. 1530

 

 

 

 

 

 

La Filastrocca dell’ape« Comptine de l’abeille » de Mimmo Mòllica se veut un hommage à ces insectes laborieux, mais aussi un appel pour la sauvegarde des abeilles et de la biodiversité. Les abeilles, en effet, sont en danger réel, menacées par les pesticides et la perte de leur habitat. Les pesticides les paralysent, provoquant la désorientation et la mort. Sauvons les abeilles !

Les abeilles, après tout, font bien plus que du miel : un tiers de notre nourriture dépend d’elles par le biais de la pollinisation. De nombreuses cultures légumières et horticoles importantes risquent d’être durement touchées par la diminution du nombre d’insectes pollinisateurs (fruits et légumes, tels que les tomates, les amandes, les pommes et les fraises : plus de 4 000 types de légumes rien qu’en Europe).

Sauvons les abeilles !

 

 

 


 

 

Dialogue Maïeutique

 

Ah, oui, dit Lucien l’âne, sauvons les abeilles et tout le reste. Mais les abeilles, c’est très bien, ça fait bzu et ça butine. Je les ai toujours connues et je les aime bien ; surtout, j’aime bien les regarder, on dirait qu’elles dansent en trois dimensions et toujours en couleurs, au soleil. Certainement, il faudrait les sauvegarder, les abeilles, car elles mettent des taches de soleil mouvantes dans la longueur du jour. Évidemment, il faut prendre le temps de les regarder ; ça vous fait de très belles et de très agréables journées. Et puis, comme tous les êtres vivants – disons comme les rats – elles ont parfaitement le droit de vivre ; mais pour moi, pas à cause de leur éventuelle utilité ; l’utilité est un hasard superficiel, c’est un effet d’entropie. Comprends-moi, les abeilles ne sont pas là pour faire du miel, ni pour polliniser, c’est une vision très utilitariste de l’existence ; c’est prendre le monde à l’envers. En fait, si elles font du miel, si elles pollinisent, c’est parce qu’elles sont elles-mêmes et qu’elles ne peuvent rien faire d’autre que d’être elles-mêmes ; en fait, en quelque sorte, le miel, la ruche, le pollen, c’est l’abeille elle-même, entendue comme un ensemble inséparable de lui-même. De même, à ce compte-là, s’il doit y avoir une téléologie, l’homme est là pour faire des ponts ou pour faire des guerres ; d’aucuns pourraient justifier l’utilité des guerres comme des moments de grands progrès et des séquences de transmission de savoirs et même, de civilisation. Ce seraient des ferments de l’évolution humaine. C’est peut-être même vrai, mais dans un raisonnement a posteriori. En fait, tout comme pour l’abeille et le miel, la guerre n’a d’autre but que de faire de la guerre et par un effet d’entropie, elle peut engendrer des progrès, mais tout autant des régressions ; ça lui est complètement indifférent. Il en va de même de l’abeille.

 

Halte-là, Lucien l’âne mon ami, ici, dans la chanson, il est question de l’abeille, des abeilles racontées par une abeille. Et cette abeille plaide pour la survie des abeilles – splendeur et misère des abeilles serait un assez bon titre. Donc, cette sympathique petite abeille chante une comptine. Une comptine s’adresse aux enfants et elle dit des choses simples. Il faut la voir comme ça et c’est comme ça qu’elle veut qu’on la voie. C’est une défense et illustration des abeilles par une jeune abeille à destination des jeunes humains. Avant qu’il ne soit trop tard, c’est un avertissement. Tiens, c’est un discours de Cassandre et de ce que j’en sais, il se pourrait bien qu’elle ait raison de sonner ainsi le tocsin. On commence à voir les effets de cette destruction systématique des insectes et d’autres espèces animales (donc, pas seulement des abeilles) et il n’est pas sûr du tout qu’on pourra y mettre fin à temps.

 

Oui, dit Lucien l’âne, à force de jouer avec les allumettes, on finit par mettre le feu et puis, on ne sait que faire face à l’incendie. Mais rassure-toi, tout finit toujours par s’arranger, disent certains. Même mal, ajoute le sage. Alors, tissons le linceul de ce vieux monde décrépit, empesté, infatué, imbécile et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


 


 


 


 


 

Je suis la petite abeille fidèle,

Je suis l’abeille qui fait le miel,

Volant toujours comme l’aviateur,

Toujours à me poser sur les fleurs.


 

Toujours en vol, entre le champ et le jardin,

Trèfle, thym, origan ou romarin,

Je suce le nectar de chaque fleur,

De mère nature, le cadeau le meilleur.


 

Un miel doux, source de vie,

Riche en pollen de jonquilles,

Du nectar, nous sommes les butineuses ;

De la cire, nous sommes les faiseuses.

 

Lors même que l’air se salit et se pollue,

Que leau est trouble et pue.

Nous faisons plus encore pour les gens,

Nous protégeons et nous sauvons l’environnement,


 

Si je disparaissais à jamais du monde,

La crise de la planète serait plus profonde.

Sans les abeilles et les pollinisateurs

S’éteindrait la race des agriculteurs.


 

Nous sommes nombreux à l’avoir compris

Que la planète doit être sauvegardée

Des pesticides avec lesquels on anéantit

Les abeilles, par millions, déjà on a tuées.


 

Quand les abeilles n’y seront plus,

Votre monde ira à l’envers

Et vous aurez perdu

Le ciel et l’Univers.


 

Les abeilles, jolies et fécondes,

Gardent les secrets du monde,

Précieuses messagères du temps,

Elles annoncent le printemps.


 

Nous sommes petites, mais des milliers.

La ruche est douce à habiter

Où il y a la paix, l’entente et l’unité,

La cire, le miel, le travail et l’humilité.

De la nature, nous sommes la volonté,

Et dans le monde, nous sommes la liberté.


 


 

 COMPTINE DE L’ABEILLE
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Published by Marco Valdo M.I.
4 octobre 2020 7 04 /10 /octobre /2020 20:34

 

W LA LIBERTÉ

 

 

Version française – W LA LIBERTÉ – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson italienne – W la libertà Zauber – 1986

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

W la libertà est un mini-LP publié par Drums Edizioni Musicali en 1986. qui rassemble quatre titres enregistrés par Zauber avec le trio vocal de Mirage (produit par Zauber lui-même). Le disque est la suite naturelle de « Profumo di Rovina » (« Dix chansons de Ferrante Aporti » de 1985), dans ce cas-ci dédié cependant à la section féminine. On peut lire sur la couverture que « Viva la libertà » ainsi que « Profumo di Rovina » (1985), est une anthologie discographique de chansons écrites par des détenus. Contrairement au précédent disque, cependant, elle ne recueille que des compositions de filles et est confiée à l’interprétation d’un seul groupe, Mirage.

(VERSO LA STRATOSFERA – Blog dedicato al rock progressivo (e non solo) italiano degli anni 70 e deviazioni varie)

 

Dialogue Maïeutique

 

Mon ami Lucien l’âne, il me semble que tu as l’air un peu perplexe face à ce titre. Dis-moi si je me trompe.

 

Marco Valdo M.I., mon ami, je m’interroge sur ce W, que tu as d’ailleurs repris dans la version française. Je suppose qu’il veut simplement dire, noter étrangement Viva ou Vive.

 

Certainement, Lucien l’âne mon ami, et toi qui vis en fuyard depuis des siècles, toi qui évites si scrupuleusement, si précautionneusement de te faire enfermer, tu en sais quelque chose de la valeur de la liberté.

 

En effet, dit Lucien l’âne, si j’ai choisi de rester un âne, de rester prisonnier de mon corps d’âne, dans cette apparence insolite pour un jeune homme que j’étais, je l’ai fait justement pour bénéficier à jamais de cette vie d’âne errant, courant et discourant interminablement qui est la mienne.

 

Juste quelques mots à propos de la version française, car, Lucien l’âne mon ami, elle diffère sensiblement de la chanson italienne sur un point accessoire que je trouve néanmoins essentiel et à propos de l’artifice que j’ai trouvé pour surmonter la difficulté de genre.

 

Oh, dit Lucien l’âne, tu as bien fait alors, car le genre est très à la mode depuis quelque temps. Mais quelle était cette difficulté ?

 

Eh bien, Lucien l’âne mon ami, si tu as lu le commentaire d’introduction, tu sais que le texte de la chanson et l’interprétation sont le fait d’un groupe féminin, appelé « Mirage ». Or – je ne sais si c’est la même sensation en italien – le texte une fois traduit revêtait au singulier une forte connotation masculine ; ce qui ne rendait pas justice à ses créatrices. Il m’a paru nécessaire de contourner cet obstacle et d’effacer cette malencontreuse impression. Alors, comme la liberté – et cela n’est pas discutable – appartient à tous, je me suis dit que mettre le texte au pluriel permettrait d’éviter cet écueil de genre. Pour le reste, outre que la chanson la voit sous un angle particulier, de la liberté, il n’y a pas grand-chose à en dire au-delà de ce qu’on en a tant dit – songe par exemple à Liberté, elle aussi écrite sur le mur, si ce n’est qu’elle est essentielle à la vie et pas seulement humaine, car elle est le moteur même de l’évolution naturelle, laquelle ne peut être contrainte. Le monde et la vie se sont créés et ne croissent que grâce à elle. Elle va son chemin dans tous les sens, y compris dans des impasses, muant de mue en mue dans son étrange parcours. Ainsi en va-t-il aussi de la liberté individuelle des humaines et des humains, êtres minuscules s’agitant dans l’immensité.

 

Hou là, Marco Valdo M.I. mon ami, te voilà à nouveau philosophant à tours de bras ; d’ailleurs, on en a déjà causé tant quand on parcourait ici même les Lettres de Prison de Carlo Levi ; il y en avait quarante-deux entre Le Fils emprisonné et Le Ciel de Lucanie, pour ne rien dire de L’Arlequin amoureux (entre Marengo et Les Pieds nus) ou de la Geste de Liberté (entre Katheline, la bonne Sorcière et L’Heure de l’Hirondelle). Je t’en prie, restons-en là et tissons le linceul de ce vieux monde étouffant, limité, carcéral, réduit et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien l’âne.

 

 

W la liberté que l’on veut supprimer

Elle renaît plus forte quand on veut l’enterrer.

La liberté écrite sur le mur

Par ceux qui ont déjà été emprisonnés

Ou ceux qui n’ont pas de futur.


 

Tous parlent en bien de cette chose étrange,

En font de longs discours chaque semaine.

W la liberté avec un signe fort

Gravé avec des lettres torses d’or.


 

W la liberté pour ceux qui sauront piocher

Et détruire le mur du pénitencier.


 

W la liberté que l’on veut supprimer,

Elle renaît plus forte quand on veut l’enterrer.

C’est une excuse que les madrés utilisent

Pour en profiter à la face des autres.


 

Tous parlent en bien de cette chose étrange,

En font de longs discours chaque semaine.

W la liberté avec un signe fort

Gravé avec des lettres torses d’or.


 

Seuls qui l’ont perdue comprennent vraiment,

Que quand elle manque, on rencontre le néant.

 

W LA LIBERTÉ
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Published by Marco Valdo M.I.

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