Chanson française – Le Génocide prémédité– Marco Valdo M.I. – 2026
LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.
L’INCENDIE DE LA BIBLIOTHÈQUE
D’ALEXANDRIE
Hermann Goll – 1876
Épisode321
Dialogue Maïeutique
Jesais ce que c’est un génocide, dit Lucien l’âne ; et même, un génocide prémédité. En gros, il s’agit de faire disparaître un peuple, un pays, une nation, d’effacer totalement une langue, une culture, une civilisation. C’est une vieille habitude des empires et des empereurs ou impératrices – car il y en a eu aussi – qui se prennent pour le nombril du monde. Pour y parvenir, ils inventent une légende dont ils affirment qu’elle est leur véritable histoire. Aucun mensonge, aucune tromperie, aucune escroquerie, aucune vilenie, aucune tuerie, aucune boucherie, aucune hécatombe ne les rebutent et pourtant, il y en a beaucoup et d’énormes. Il me semble d’ailleurs qu’on avait déjà abordé le sujet dans une précédente chanson intitulée L’Éradication avec le Lieutenant qui disait :
« De ce peuple esclave encore debout,
On va changer les bases.
On ne laissera pas un bout
De sa vie, de sa langue, de sa culture;
On l’étouffera sous notre dictature. »
C’est exact, dit Marco Valdo M.I., mais il se trouve qu’un quidam de passage, un soldat échappé du front, vient témoigner à son tour et dire son horreur de ce qui se passe et de la façon odieuse dont la Zinovie du Guide mène sa guerre de conquête. Pourtant, sans doute abusé par la propagande d’État et poussé par les circonstances – la perte de son emploi, il était parti comme on dit : « la fleur au fusil », tout remonté dans son uniforme.
« Je suis parti il y a trente mois,
En uniforme, fier de moi,
Faire la guerre là-bas.
Obligé aussi ; j’étais sans emploi.
J’avais signé le contrat. »
Et que dit donc ce soldat disons « repenti » ?, demande Lucien l’âne.
Ce qu’il raconte ?, dit Marco Valdo M.I. ; il parle du front au moment où il y était arrivé et déjà alors, tout était en ruines. Mais, il ajoute, depuis tout s’est encore aggravé.
« Maintenant, c’est pire encore,
On bombarde sans arrêter
Les écoles, les hôpitaux, les maternités.
Les immeubles, les gares, les ports.
On vise les bibliothèques, les imprimeries,
Les musées, les expositions, les galeries. »
Et il conclut en portant une terrible accusation contre la Zinovie , contre l’armée dont il faisait partie :
« C’est une culture, tout un peuple assassinés.
En vérité, c’est un génocide prémédité. »
Et il avait, dit Lucien l’âne, comme qui dirait le nez dessus, il sait de quoi il parle. Il ne serait pas étonnant qu’il ne veuille pas y retourner, qu’il ne veuille plus rien à voir avec pareil crime, car c’est bien d’un grime de guerre dont la Zinovie et son armée sont coupables.
Et c’est bien ce que le soldat va faire, répond Marco Valdo M.I. Il est complètement désemparé, mais bien décidé à ne plus s’en laisser conter, à ne plus collaborer, à ne plus être complice de cette mascarade. Alors, il annonce sa décision à ses amis : il fuit, il s’en va en exil loin de cette turpitude.
« Je ne sais trop que faire, ni où aller
Ici, dans mon propre pays,
Il me reste l’exil à l’étranger.
Je vous salue, je m’en vais
Loin, très loin de ce vent mauvais. »
Et puis quoi ?, demande Lucien l’âne.
Et puis, reprend Marco Valdo M.I., une nouvelle voix vient déverser la vérité toute crue : l’armée est dépeuplée, c’est un énorme gaspillage et il va falloir remobiliser.
« Ils n’ont plus assez de soldats,
Pour continuer ainsi le combat.
À nouveau, il faut mobiliser
Des centaines de milliers de gens
Pour meubler leurs régiments.
Ils en ont tant gaspillés. »
Et le Veilleur, un ancien parmi les anciens, conclut quant à lui qu’à un jeu pareil on ne l’aurait jamais eu. Il fait partie de toute cette population de Zinovie qui vit dans une semi-clandestinité depuis fort longtemps. D’ailleurs, souviens-toi, s’il est devenu Veilleur (de nuit), c’est pour échapper aux regards inquisiteurs.
« Je suis trop vieux pour cette aventure.
Même jeune, je n’aurais jamais voulu
Mourir pour cette guerre coloniale,
Tuer pour cette folie impériale. »
En effet, dit Lucien l’âne, dans un pareil système, sous un pareil régime, il est prudent de vivre caché et ce que fait généralement ce qu’on appelle le peuple. Il se tient coi dans son coin en attendant la fin de l’orage. Même si sous cette apparence, se développe une forme de résistance. Pour nous, il est temps de tisser encore et toujours le linceul de ce vieux monde vicieux, pervers, guerrier, prédateur, voleur, violeur et cacochyme.
Heureusement !
Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane
Jusqu’hier, dit le quidam, j’étais soldat.
Je suis parti il y a trente mois,
En uniforme, fier de moi,
Faire la guerre là-bas.
Obligé aussi ; j’étais sans emploi.
J’avais signé le contrat.
On avait dû fermer l’usine ;
Les pièces n’arrivaient plus de l’étranger.
Du coup, on était dans la débine.
Avec les autres gars de l’atelier,
En train, on a fait un long voyage.
On a vu beaucoup de paysages.
Au front, dans l’autre pays envahi,
Le monde avait changé.
Tout était brisé, brûlé, écrasé,
Un désert : tout était détruit.
Maintenant, c’est pire encore,
On bombarde sans arrêter
Les écoles, les hôpitaux, les maternités.
Les immeubles, les gares, les ports.
On vise les bibliothèques, les imprimeries,
Les musées, les expositions, les galeries.
C’est une culture, tout un peuple assassinés.
En vérité, c’est un génocide prémédité.
Les amis, je ne reste pas.
Dans mon dos, après moi,
Je les sens toujours.
Le jour, je fuis, je fais des détours,
Je visite les parcs, les cimetières.
La nuit, je me terre
Dans un coin, dans un abri précaire.
Je ne sais trop que faire, ni où aller
Ici, dans mon propre pays,
Il me reste l’exil à l’étranger.
Je vous salue, je m’en vais
Loin, très loin de ce vent mauvais.
Ils n’ont plus assez de soldats,
Pour continuer ainsi le combat.
À nouveau, il faut mobiliser
Des centaines de milliers de gens
Pour meubler leurs régiments.
Ils en ont tant gaspillés.
Moi, dit le Veilleur, ils ne m’auront plus.
À pied, à cheval ou en voiture,
Je suis trop vieux pour cette aventure.
Même jeune, je n’aurais jamais voulu
Mourir pour cette guerre coloniale,
Tuer pour cette folie impériale.
LA ZINOVIE
Tous les épisodes précédents sont accessibles ici :
Comme on le sait, notre Riccardo Scocciante refait surface de temps en temps. Cette fois-ci, après avoir appris que le « secrétaire d’État » américain, Marco Rubio (fils d’exilés cubains à Miami Bitch [Miami la pute]), veut tout mettre en œuvre pour éliminer les dangereuses organisations terroristes « antifa » (c’est-à-dire rien, puisqu’il n’existe aucune organisation « antifa » si ce n’est dans le cerveau malade de Trump et de ses lèche-culs), parmi lesquelles le Collettivo Autistici / Inventati qui nous héberge depuis des temps immémoriaux (ce pourquoi, sachez-le, antiwarsongs.org, ou CCG, ou AWS, est depuis hier, le 26 août, une organisation terroriste internationale à part entière), en homme d’action qu’il est, il s’est déclaré prêt à partir immédiatement pour les États-Unis, afin de résoudre cette question à l’amiable. Il le réaffirme dans cette chansonnette, pour laquelle il s’est inspiré du chef-d’œuvre populaire de Dino Simone et Lisetta Luchini, Bresci, l’anarchico tornato dall'America(Bresci, l’anarchiste revenu d’Amérique). Un voyage à l’inverse de celui de Gaetano Bresci : « J’y vais, je le tue et je reviens, certain que l’humanité tout entière m’en sera reconnaissante », a déclaré avec sa modestie habituelle Riccardo Scocciante. Nous ne pouvons que le soutenir ! [Équipe CCG/AWS]
VOIR AUSSI : https://www.open.online/2026/08/27/autistici-inventati-sanzioni-usa-terrorismo-cosa-e/
Le site des Chansons contre la Guerre est ressuscité. On peut s'y rendre à l'adresse : https://antiwarsongs.org/
Petit Dialogue Maïeutique
Voilà bien une curieuse version d’une étrange chanson, dit Lucien l’âne.
Une étrange chanson, née d’une curieuse colère, dit Marco Valdo M.I., et une colère justifiée, car voilà-t-il pas que la Trumpette a frappé les Chansons contre la Guerre – www.antiwarsongs.org.. Pourtant, comme son nom l’indique, un site « contre la Guerre », un site des plus pacifique et même, à bien des égards pacifiste. Face à cette dictature mondiale et à son hydre imbécile, Riccardo Scocciante a réagi et posé cette chanson dans le site des Chansons contre la Guerre, avant que ce dernier ne soit occulté brutalement ce 28 août 2026. Le site a donc été immédiatement censuré comme si la Terre entière était une sorte de basse-cour de la Trumpette et de ses emplumés. Un effet de mégalomanie paranoïaque de cette Trumpette de la Mort qui empoisonne le monde. Il fallait que ce soit dit et noté ici. Cela dit, assassiner Trumpette et ses carpettes, ils n’en valent pas la peine. Ils finiront par mourir tout seul et le monde continuera sans eux et pur cela, bien plus heureux.
Fort bien, dit Lucien l’âne. Qu’ils disparaissent dans le grand trou de mémoire qui les attend. En attendant, avec cette chanson, l’écho s’en ira d’oreille en oreille jusqu’au bout du monde porter notre réprobation aux actes absurdes de cette Trumpette de la Mort et de ses drôles. Quant à nous, nous continuerons (même bâillonnés) à tisser le linceul de ce vieux monde brutal, brut, stupide, parano, mégalo et cacochyme ;
Heureusement !
Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane
Au milieu du brouillard, comme une litanie,
Le bateau fait demi-tour, sans se presser.
Gaetano voulait rentrer en Italie,
Moi, je vais en Amérique pour « travailler »…
Visages abrutis par leurs portables hypnotisés,
Celui-ci tourne un vidéo, celui-ci vascroller,
Moi, quatrième classe, je mange mon pain amer,
Et je les emmerde, eux et leurs mères… !
C’est sûr, je reviendrai, Maman, ne pleure pas,
Je les tuerai, puis toujours avec toi, je resterai
Dans le Nouveau Monde, on respire la cruauté,
Je tire un coup, je m’enfuis et puis, on verra !
Même en Amérique, la rumeur court
Qu’un président dément, féroce et sourd
Veut, avec son secrétaire, éliminer
Les Autistici/Invèntati, il veut les écraser…
Et le Roi prépare décrets et ordonnances,
Le Vice-roi cubain ouvre la danse,
Mais il est temps maintenant qu’ils se cachent,
L’anarchiste de l’Isolotto arrive… !
Maman, ne pleure pas, bientôt, je reviendrai !
Je vais tirer un coup de feu, puis je m’enfuirai.
Je te ferai savoir, apporte-moi des brioches et du café,
Je suis un anarchiste, et le roi, je veux assassiner !
Je suis un anarchiste, et Rubio va te faire voir, malappris !
Ne touche pas à nos serveurs, sinon je t’assassinerai toi aussi !
Chanson française – Agent de l’Étranger– Marco Valdo M.I. – 2026
LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.
L’OGRE DÉVORE SES ENFANTS
Francisco de Goya – circa 1820
Épisode320
Dialogue Maïeutique
Dans quel diable de pays, demande Lucien l’âne, n’y a-t-il pas des agents de l’étranger ? À mon sens, il y en a partout ; c’est un fait très banal et j’irais jusqu’à dire, normal. Ne fût-ce que l’ambassadeur et tous ceux qui l’entourent. Je ne vois rien là de très particulier qui vaudrait une chanson.
D’accord, Lucien l’âne mon ami, c’est une situation banale quand ces personnes sont dans des situations telles que celle que tu décris. Mais ce n’est évidemment pas de ça qu’il s’agit. En Zinovie, ce sont ses propres citoyens qui sont obligés de se définir comme des agents de l’étranger, même et surtout quand ce n’est pas le cas.
Et pourquoi donc ?, demande Lucien l’âne.
Tout simplement, répond Marco Valdo M.I., car ils sont critiques du régime et dénoncent la dictature du Guide et de ses acolytes. C’est notamment le cas des journalistes et des artistes, des écrivains et de façon générale, tous les opposants, y compris de rares élus de l’infime opposition officielle. Et cette infamie n’est qu’un début, car suivent bientôt les insultes, les poursuites, les perquisitions, les arrestations, les procès univoques et l’enfermement dans une cellule de prison ou dans un camp ou dans un hôpital psychiatrique. De ces traitements, peu d’entre eux se remettent vraiment. Souvent, ils meurent de façon mystérieuse. Voilà ce que sont en Zinovie les agents de l’étranger : des citoyens ordinaires qui ont juste le défaut de critiquer le Guide et de s’opposer, ne fût ce que verbalement ou par écrit, à toutes les vilenies du pouvoir. Et leur sort n’est pas enviable, car ils sont ostracisés dans leur propre pays, ils sont mis en quarantaine comme s’ils étaient porteurs d’une maladie mortelle et pouvaient en répandre les germes. C’est d’ailleurs d’une certaine façon la vérité ; le régime réagit contre ce qu’il considère comme un virus qui en s’épandant créerait une épidémie qui emporterait le Guide et toute sa bande.
« Vous devez le savoir, dit Grand-Mère,
C’est une chose claire,
Je suis un agent de l’étranger,
Quelqu’un qu’on ne peut fréquenter. »
Je vois ça d’ici, dit Lucien l’âne. On va les dire infréquentables…
C’est exactement ce qui se passe, dit Marco Valdo M.I., voici ce qu’en dit Le Trouvère – lui aussi « agent de l’étranger ».
« Et moi, dit le Trouvère,
La chose va de soi depuis hier,
Un indésirable, un extrémiste,
Et sans doute, demain, un terroriste. »
Et un journaliste, qui sait de quoi il parle et qui connaît le destin de ses confrères qui faisaient leur métier, vient expliquer qu’il ne peut plus travailler au pays et qu’il va fuir, partir en exil.
« Alors, je suis venu vous dire
Que je m’en vais ;
Avant d’être condamné
Et pour longtemps, emprisonné. »
Il a raison, dit Lucien l’âne, à partir d’un certain moment, il vaut mieux fuir. Que raconte-t-elle d’autre ensuite la chanson ?
Eh bien, continue Marco Valdo M.I., dans le troisième douzain, elle conte l’histoire détaillée de ce qui arrive à tous ces gens. Notamment celle d’un opposant empoisonné au camp qu’on punit même après sa mort en l’enterrant en prison de sorte qu’on ne peut savoir vraiment de quoi il est mort.
« Par sûreté, on nous enterre en prison,
Ainsi s’éteint notre dernier son.
Même mort, on nous ostracise
Et notre exil intérieur s’éternise. »
Quelle pétaudière !, dit Lucien l’âne. Un jour ou l’autre, elle explosera, à moins que, miracle, le régime se dissolve de lui-même.
N’y compte pas trop, répond Marco Valdo M.I., les gens installés tiennent à leurs positions et à leurs avantages et ils ne sont pas près de laisser leur place à la mangeoire. Mais la fin de la chanson décrit le Guide comme l’Ogre qui dévore ses enfants.
« L’Ogre habite le palais,
La bête absurde dévore sans arrêt
Les hommes par millions… »
Je te laisse deviner la fin…
Certes, dit Lucien l’âne, je vais le faire, car j’imagine qu’elle raconte la mort du Guide et ce qui s’ensuit.
C’est exactement ça, enchaîne Marco Valdo M.I. et le la disparition du Guide, il s’ensuit une fête immense et ce que deviendra le Guide en son cercueil.
« Au son des carillons,
On fêtera la mort du dragon.
Et l’immonde bouffi de tant d’orgueil
Grouillera à l’étroit dans son cercueil. »
Pouah !, conclut Lucien l’âne, je ne voudrais pas trop voir ce grouillamini et puis, je plaindrais les vers obligés de digérer pareil pâté. Enfin, en attendant tissons déjà le linceul de ce vieux monde pourri, moisi, corrompu, décomposé, gangrené et cacochyme.
Heureusement !
Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane
Vous devez le savoir, dit Grand-Mère,
C’est une chose claire,
Je suis un agent de l’étranger,
Quelqu’un qu’on ne peut fréquenter.
Et moi, dit le Trouvère,
La chose va de soi depuis hier,
Un indésirable, un extrémiste,
Et sans doute, demain, un terroriste.
Et moi aussi, dit le Veilleur,
On me poursuit,
Mais c’est une erreur.
Alors, je fuis, je vis la nuit.
Le journaliste dit : Moi aussi,
On me traite en ennemi.
Je ne fais que dire
Le meilleur et le pire.
C’est mon métier,
Je le fais en entier.
Les gens ne peuvent plus me parler,
Ni me saluer, ni même me sourire.
Alors, je suis venu vous dire
Que je m’en vais ;
Avant d’être condamné
Et pour longtemps, emprisonné.
Attrapez, identifiez, cernez !
Ne les laissez pas s’échapper !
Même exilé, on est empoisonné.
Au tribunal, on est toujours condamné.
Arrêté, en cellule, on tue le temps,
Et le temps nous tue, et on meurt au camp
Et le mur du silence écrase
Notre parole la plus rase.
Par sûreté, on nous enterre en prison,
Ainsi s’éteint notre dernier son.
Même mort, on nous ostracise
Et notre exil intérieur s’éternise.
L’Ogre habite le palais,
La bête absurde dévore sans arrêt
Les hommes par millions,
Impose aux femmes sa dévotion
Et prépare les enfants
À l’héroïsme militant.
Un jour, tu verras
Le pays se réveillera ;
Au son des carillons,
On fêtera la mort du dragon.
Et l’immonde bouffi de tant d’orgueil
Grouillera à l’étroit dans son cercueil.
LA ZINOVIE
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Ils se font appeler « Cialtroni sul palco » [« Garnements sur scène »] : ils sont anarchistes, romains à 100 %, exubérants et boivent comme des citernes. Quand, il y a quelques jours, Daniela et moi sommes arrivés au « Festival du 16 août » qui se déroule à Roccatederighi, en pleine Maremme de Grosseto, ils étaient à une table à « répéter », c’est-à-dire boire et faire un vacarme inénarrable, en chantant sur l’air de « La società dei magnaccioni » un inoubliable « Ma che ce frega / d’Alessio Lega » [Qu’est-ce qu’on en a à foutre d’Alessio Lega?] (qu’ils auraient dû chanter le jeudi 20 au soir, aux côtés d’Alessio Lega qui a malheureusement dû déclarer forfait en raison d’un malheureux incident). La fameuse soirée du jeudi 20, au cours duquel la Banda Putiferio aurait également dû se produire, c’est justement le putiferio [tintamarre] qui s’est déchaîné sur Roccatederighi : une véritable tempête de pluie torrentielle, de tonnerre et d’éclairs. On aurait vraiment dit que le Père étrnel, noir de rage en raison des propos sans cesse très irrespectueux que lui adressait une nombreuse bande d’anarchistes complètement ivres, avait voulu se venger. Eh bien, se réfugiant tant bien que mal sous un auvent, au risque de se faire tous foudroyer, puis plongés dans le noir à cause d’une coupure d’électricité qui a touché toute la région, les Cialtroni sul Palco ne se sont pas laissés abattre (mais évidemment… ! D’un souffle, ils auraient abattu un rhinocéros) et ils ont poursuivi un véritable spectacle spectaculaire et sensationnel. Au cours duquel, justement, ils ont interprété (en le récitant) ce sonnet de Trilussa, méconnu de la plupart, datant de 1912. Un vrai (dé)baptême civil d’une petite fille prénommée Anarchia, arrosé de Frascati et devant un étendard rouge et noir (manifestement ni celle du Milan, ni de Foggia). Longue vie à Anarchia ! Et voilà, au milieu de la tempête, on lui a mis dans le cul encore une fois. La prochaine fois, qui sait ce qu’il nous enverra : un tremblement de terre, des sauterelles, l’ange exterminateur de Buñuel… [RV 23-8-2026]
Chanson française –L’Éradication – Marco Valdo M.I. – 2026
LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.
LE PASSÉ BROUILLÉ
Dmitry Innokentievich Berezovsky – circa 1950
Épisode319
Dialogue Maïeutique
L’éradication, Lucien l’âne mon ami, c’est l’élimination, la destruction, l’arrachement jusqu’aux racines. C’est une terrible chose et plus effroyable encore quand on l’impose à tout un peuple et même, historiquement, à plusieurs et dans le futur, sans doute encore à d’autres. Il s’agit en quelque sorte de promouvoir l’assimilation de populations entières (contre leur gré, évidemment) à un empire, à une nation, à un peuple supposé supérieur. C’est le sens du premier douzain :
« De ce peuple esclave encore debout,
On va changer les bases.
On ne laissera pas un bout,
De sa vie, de sa langue, de sa culture,
On l’étouffera sous notre dictature. »
Ce n’est malheureusement pas une chose nouvelle, dit Lucien l’âne. J’ai vu ça depuis la plus haute Antiquité. Cependant, j’ai vu aussi tous les empires s’effondrer les uns après les autres et ça, c’est rassurant.
J’ajoute, dit Marco Valdo M.I., dans toute cette chanson, il y a des réminiscences de chansons françaises que tu as certainement entendues. Dans le premier, il y a des allusions à Eugène Pottier et L’Internationale, à Jacques Prévert (Les Feuilles mortes) et à Jacques Dutronc (On nous cache tout, on nous dit rien – Paroles de Jacques Lanzman). Je te laisse les retrouver. Elles ont souvent approximatives pour deux raisons : la première est que je tire de ma mémoire et la seconde, c’est que ce ne sont pas des citations.
Assurément, je vais le faire, dit Lucien l’âne. Mais je ne dirai rien non plus. Et ensuite, qu’y a-t-il d’autre ?
Pour en revenir aux allusions, dit Marco Valdo M.I., ce deuxième douzain est quasiment tiré de cette chanson de Prévert, chantée par Yves Montand et bien des autres : Les Feuilles mortes. Cependant, elle parle de la même guerre que la Zinovie fait au pays voisin.
« Les jours heureux de l’autre pays,
Quand la vie était si belle
Et le soleil plus souriant qu’aujourd’hui.
Là-bas, les cadavres se ramassent à la pelle
Avant de finir dans l’oubli. »
En somme, dit Lucien l’âne, ce sont comme des exercices de style, des à la manière de Raymond Queneau. Mais quand même, sur le fond, c’est très violent.
Oui, dit Marco Valdo M.I., comme tous les envahisseurs, les Zinoviens sont d’une violence et d’une méchanceté insignes, du moins ceux qui obéissent aveuglément aux désirs et ordres du Guide et de ses officiers. Certains ont de remords ou même, ont réussi à s’échapper de cette emprise et à retrouver leur humanité. C’est le cas du lieutenant de cette chanson, qui en fait, s’il est présent dans ce « groupe de paroles » est un déserteur et à tout le moins, un opposant au régime et à sa guerre. Cela dit, le reste de la chanson parle du Guide sous divers angles. Le troisième douzain fait était du grand rêve d’immortalité historique du Guide, qui se compare à un Dieu. Cependant, on le verra dans sa confession intime, le Guide voit son rêve commencer par le même cauchemar qui le poursuit depuis toujours. Il vit très mal sa nullité humaine. Il le fait à la manière d’Édith Piaf, dans un chanson très sensible : Non, rien de rien (paroles de Michel Vaucaire). Voilà pour le cauchemar :
« Non rien de rien,
Non, je ne regrette rien.
Ni les gens que j’étouffais,
Ni le mal que j’ai fait.
Guide, je suis vide, je ne suis rien.
Un rien de rien, un moins que rien. »
Et la vérité de son rêve caché, enfoui sous des montagnes taciturnes, mais qui s’entend jusqu’au bout du cosmos :
« Je veux être célébré, vénéré.
Comme un dieu, j’incarne le passé.
De moi, je veux un musée gigantesque,
Une mémoire, des statues titanesques. »
Je vois, dit Lucien l’âne, encore un ego en délire. Ce sont des gens épouvantables stupides et dangereux. Ils ne voient pas plus loin que leur fatuité. L’ennui, c’est qu’il en a tant à la tête des empires, même des plus grands. Et toute notre philosophie n’y pourra rien. Juste la mort peut y mettre un terme.
En effet, dit Marco Valdo M.I., la mort seule pourra régler la question du Guide, mais il risque d’y avoir un successeur. Comment débarrasser l’espèce humaine de telles tares ? Ce qui rassure, c’est parfois, on arrive à les tenir à l’écart, mais ils sont pires que les mauvaises herbes. Cette hydre ressort toujours de son marais. Et le dernier douzain est le récit d’une jeune personne venue spécialement du fin fond du pays pour raconter le miracle du Guide, car le Guide fait des miracles.
« Le Guide fait des miracles.
À la pompe, en file dans nos bagnoles,
Depuis des jours, on attendait le pétrole.
Et le Guide est arrivé chez nous,
Et le pétrole a coulé à flots, »
Il est vrai que ça ne dure que ce que dure le temps de son passage ; les miracles du Guide sont éphémères. Tout est dit dans la chanson.
« Le Guide était reparti,
Le pétrole s’est tari.
Et nous, en file dans nos bagnoles
Pendant des jours, on attend le pétrole. »
Évidemment, dit Lucien l’âne, c’est toujours ainsi avec les miracles. Ce sont des simulacres, des coups montés, des tours de passe-passe, vite périmés. Quant à nous, on n’a rien de magique et il nous faut tisser jour après jour, comme de simples canuts, le linceul de ce monde aberrant, assassinat, miraculant, faux, falsifiant et cacochyme.
Heureusement !
Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane
Là-bas, dit le lieutenant, on replace
Les statues des fantômes sur les places.
Là-bas, dit le lieutenant, plus rien n’est stable.
On efface tout comme la mer sur le sable.
On casse tout, on n’oubliera rien.
On détruit tout, on ne laissera rien.
Du passé, on fait table rase.
De ce peuple esclave encore debout,
On va changer les bases.
On ne laissera pas un bout,
De sa vie, de sa langue, de sa culture,
On l’étouffera sous notre dictature.
Dans l’Histoire, le Guide ne veut voir
Perdurer que sa seule gloire ;
Pour le futur, le Guide ne veut avoir
Dans le souvenir qu’une seule mémoire.
Le Guide n’aime pas qu’on rappelle
Les jours heureux de l’autre pays,
Quand la vie était si belle
Et le soleil plus souriant qu’aujourd’hui.
Là-bas, les cadavres se ramassent à la pelle
Avant de finir dans l’oubli.
Et le monde ne va jamais oublier
Ce que le Guide voudrait tant effacer.
La nuit, le Guide confesse
L’ennui insondable de sa détresse :
Non rien de rien,
Non, je ne regrette rien.
Ni les gens que j’étouffais,
Ni le mal que j’ai fait.
Guide, je suis vide, je ne suis rien.
Un rien de rien, un moins que rien.
Je veux être célébré, vénéré.
Comme un dieu, j’incarne le passé.
De moi, je veux un musée gigantesque,
Une mémoire, des statues titanesques.
Le Guide se donne en spectacle :
Le Guide fait des miracles.
À la pompe, en file dans nos bagnoles,
Depuis des jours, on attendait le pétrole.
Et le Guide est arrivé chez nous,
Et le pétrole a coulé à flots,
À moitié prix, le plein de nos autos.
Deux jours entiers et puis, ce fut tout.
Le Guide était reparti,
Le pétrole s’est tari.
Et nous, en file dans nos bagnoles
Pendant des jours, on attend le pétrole.
LA ZINOVIE
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Version française – LA PETITE VILLE – Marco Valdo M.I. – 2026
Chanson italienne - Piccola città - Francesco Guccini - 1972
Paroles et musique : Francesco Guccini
Album : Radici
Pourquoi ce jeune homme qualifia sa petite ville natale de « foutu bled » on le devine du texte de sa chanson d’il y a cinquante ans, qui évoque toute un après-guerre entre la Via Emilia et l’Ouest américain, les armes et la bille, les sœurs noires, le premier amour, et l’adolescence qui correspond parfaitement aux critères exprimés par Paul Nizan. En réalité, cette petite ville n’est un endroit ni plus ni moins « bâtard » que d’autres ; c’est simplement un lieu où le hasard t’a projeté dans certaines circonstances (sociales, temporelles, etc.). L’après-guerre est le protagoniste de la chanson, bien qu’on ne sache jamais très bien où les après-guerres se fondent dans la période suivante, qui est toujours celle où la mémoire commence à s’éroder jusqu’à un point où, désormais perdue, voire raillée et ridiculisée, on pense et on agit avec détermination pour préparer une autre guerre (qui, bien sûr, sera la dernière) et, bien entendu, une nouvelle « période d’après-guerre » où d’autres viendront passer leur enfance, leur adolescence et leur jeunesse. Puisque nous, en tout cas, nous n’y serons pas, nous ne pouvons que dire, pour conclure, que ce jeune homme, Francesco G., qui a aujourd’hui quatre-vingt-deux ans, a vécu quelque temps dans la grande capitale régionale, « un petit Paris » (par transitivité, on pourrait même dire que Paris est un grand Bologne), puis est retourné vivre parmi ses montagnes et ses châtaigniers, où il attend.
Il a cessé de composer des chansons, il a écrit un livre, seul ou en collaboration, on l’interviewe de temps en temps dans sa cuisine avec ses chats, attendant qu’il dispense sa sagesse (et cela, on le voit bien, l’agace – à juste titre – considérablement) et les médecins doivent lui avoir dit d’arrêter de fumer. Mais une cigarette, j’en suis sûr, il se la ferait bien volontiers. Il y a quelques jours, il est arrivé que cette chanson soit citée ; d’où l’envie de la mettre en ligne. Il va de soi qu’elle est très fameuse, et qu’elle n’aurait aucun besoin d’être glissée parmi les quelque 35 000 chansons d’un site vieux presque vingtenaire et consciemment privé du support des « réseaux sociaux » pour être connu ; le couplet sur la Via Emilia et l’Ouest n’est pas seulement devenu le nom d’un immense concert d’il y a près de quarante ans et d’un album « live », mais il est aussi, pratiquement, entré dans le langage courant et même devenu un proverbe. Qu’il soit donc considéré comme une sorte d’hommage, de coup de fraîcheur de la onzième heure et, peut-être, même de conjuration. [RV]
Petite ville, bâtard d’endroit ;
À peine né, je te compris, ou était-ce le destin qui, en trois mois, me chassa…
Petite ville, je te connais, toi ;
Brouillard et fumée, je ne sais te donner le parfum du souvenir qui améliore.
Mais dans mes pensées, elles sont là les rues d’hier et elles reviennent :
Visages et souffrances et saisons, amours et briques qui parlent.
Petite ville, ensuite je revis là
Tes pierres inconnues, tes maisons détruites par la guerre ancienne.
Mon étrange ennemie, tu es lointaine,
Avec les péchés parmi les décombres et les jeux épuisés au Florida…
Cent fenêtres, une cour, les voix, les disputes et la misère,
Moi, la montagne au cœur, je découvrais l’odeur de l’après-guerre.
Petite ville, vitraux violets, bancs de bois,
Premiers jours d’école, la parole et la triste odeur de la religion.
Vieilles sœurs noires, qui, avec foi,
Ces soirs-là, nous avez donné le sens du péché et de l’expiation…
Nos yeux vous regardaient, mais rêvaient de héros, d’armes et de billes,
Entre la Via Emilia et l’Ouest, courrait la fantaisie vers la prairie.
Naïve adolescence, stupide et fausse innocence,
Continence, vide mythe américain de troisième main…
Souvent hurlée à mi-voix, puberté malheureuse,
Sur des tons aigus, des sentiments chastes dénigrés, recherchés en vain.
Si je pense à un jour ou à un moment, je retrouve seulement la mélancolie,
Et tout un cauchemar sombre, une période obscure bannie.
Petite ville, vieille gamine
Qui me fus si fidèle, à qui je fus si fidèle pendant trois longs mois…
Les coins de rue, témoins de mes songes érotiques,
Frustrations jamais comprises et amours platoniques.
Où es-tu maintenant, que fais-tu, tu refuses encore ou le samedi soir tu te donnes ?
Celles d’aujourd’hui, tu les méprises, ou les envies et sanglotes si elles passent devant toi ?
Petite ville, courettes vieilles,
Songes et dieux printaniers, rimes et fois de jeunesse, fillettes désormais vieilles.
Je pleure et je ne regrette pas ta poussière, ta boue, tes vies,
Tes pierres, l’or et le marbre, les taudis…
Tu es si différente maintenant, je suis toujours pareil, toujours différent,
Je cherche les nuits et la fiasque, si je meurs je renais, tout autant.
Chanson française –La Raffinerie– Marco Valdo M.I. – 2026
LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.
EN VOL VERS LA LIBERTÉ
Arkady Alexandrovitch Rylov – 1915
Épisode318
Dialogue Maïeutique
Vois-tu, Lucien l’âne mon ami, depuis des temps immémoriaux, les oies migrent sans se soucier des frontières humaines. Chaque année, elles passent et repassent dans le ciel. Elles font un bruit très reconnaissable ; on lève la tête, on les voit et c’est un spectacle fascinant et banal. Maintenant, on entend un bruit, on lève la tête, on voit passer d’autres oies. C’est ce que conte la chanson.
« Ce soir, le ciel est tout bleu.
Les oies à grand bruit
Volent en triangle vers la nuit. »
Il y a donc, demande Lucien l’âne, deux sortes d’oies ?
En quelque sorte, oui, répond Marco Valdo M.I. Deux sortes d’oies : les oies de chair et de plumes et les oies mécaniques ; les oies de paix et les oies de guerre. On abat ces dernières et les débris incendient le pays.
« On en fait des hécatombes.
Mais les bris d’oiseaux incendient
Les usines, les dépôts, les raffineries. »
Quoi, dit Lucien l’âne, des morceaux d’oies mettent le pays en feu ?
Ces oies ravageuses, Lucien l’âne mon ami, ne sont rien d’autre que des engins volants qui s’en viennent du pays envahi pour détruire ou incendier des objectifs qui ont une incidence militaire et guerrière : des radars, des centres de commandement, des positions d’artillerie, des camps, des postes de commandements, des aérodromes et bien évidemment aussi, des raffineries, des centrales électriques, des entrepôts, des usines d’armement, des ponts, des voies de chemin de fer. C’est de la légitime défense face à l’envahisseur. Quant aux morceaux, aux bris d’oies, c’est le reflet des communiqués militaires de notre armée qui ne veut pas reconnaître son incapacité à arrêter des drôles d’oiseaux. Elle les détruit tous et ce sont des morceaux qui en tombant font les dégâts ; disons que ces euphémismes sont des façons de parler pour rassurer la population, qui bien entendu n’est pas dupe et accuse le pou!voir de mentir.
« Nous ne sommes plus intouchables.
Quoi, quoi, quoi ? C’est épouvantable !
Nulle part on n’est à l’abri.
Mais qui donc nous a menti ? »
Oh, dit Lucien l’âne, la propagande peut cacher les choses un moment, mais le réel finit toujours par percer. Mais ensuite…
Ensuite, reprend Marco Valdo M.I., il y a l’odeur qui envahit tout le paysage, toute la ville. C’est l’odeur des incendies et nul ne peut l’arrêter, elle s’insinue partout et elle imprègne tout. C’est la senteur de la guerre, c’est le parfum de la peur qui saisit les gens plus encore que les cris des sirènes.
« Et on la sent, et on la ressent
Du matin au soir, tout le temps.
Cette mystérieuse puanteur,
C’est la marque de la peur. »
Je vois, dit Lucien l’âne, la guerre est dans la ville ; on ne peut plus faire semblant de l’ignorer et les gens commencent en ressentir le prix jusque dans leur lit.
Et le dernier douzain, continue Marco Valdo M.I., pose la question embarrassante pour le pouvoir. C’est une femme qui parle. Elle regrette la paix et le bel avenir qu’elle imaginait et raille le discours officiel en interpellant la Victoire, qui devait être une simple formalité de quelques jours et qu’on attend depuis des années. Viendra-t-elle un jour, d’ailleurs ? Et la Victoire répond :
« Victoire, où es-tu passée ?
Partie au loin sur les nuages,
Je suis désolée,
Je n’étais qu’un mirage. »
Et entretemps, la guerre continue et d’autres gens meurent pour satisfaire le rêve absurde d’un vieillard débile. Bientôt, si la Zinovie n’arrête pas son agression, si elle ne ramène pas tous ses soldats chez elle, il y aura deux millions de morts et Girofla, tout ça pour rien. Allons, tissons le linceul de ce vieux monde égrotant, gâteux, sénile, imbécile et cacochyme.
Heureusement !
Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane
Le pays est bien protégé,
Il ne faut craindre aucun danger.
Le Guide prêche la confiance
Chaque soir à l’écran.
Mais, portée par les vents,
Il y a cette odeur d’essence.
La raffinerie crache le feu.
Nul ne peut approcher.
On ne peut photographier.
Ce soir, le ciel est tout bleu.
Les oies à grand bruit
Volent en triangle vers la nuit.
D’où viennent ces oiseaux inconnus ?
Du pays lointain envahi.
Comment arrivent-ils jusqu’ici ?
On ne les a pas abattus ?
Ils tombent, tombent, tombent.
On en fait des hécatombes.
Mais les bris d’oiseaux incendient
Les usines, les dépôts, les raffineries.
Nous ne sommes plus intouchables.
Quoi, quoi, quoi ? C’est épouvantable !
Nulle part on n’est à l’abri.
Mais qui donc nous a menti ?
Dans les rues, circule une odeur.
Dans les usines, dans les écoles,
Plane doucereuse cette senteur.
Cette amère fragrance de colle
Diffuse des hauts le cœur.
Le nez pique, les yeux pleurent
Elle serre la gorge, cette toux.
Elle nous poursuit partout,
Et on la sent, et on la ressent
Du matin au soir, tout le temps.
Cette mystérieuse puanteur,
C’est la marque de la peur.
La femme dit : En paix,
On vivait tranquillement ;
À l’avenir, on pensait.
On voulait des enfants,
On imaginait un devenir.
Va-t-elle un jour finir ?
Personne ne sait quand,
Nul ne sait comment.
Victoire, où es-tu passée ?
Partie au loin sur les nuages,
Je suis désolée,
Je n’étais qu’un mirage.
LA ZINOVIE
Tous les épisodes précédents sont accessibles ici :
Chanson française –Les Mouches– Marco Valdo M.I. – 2026
LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.
LES MOUCHES
Pièce de Jean-Paul Sartre – 1943
Épisode317
Dialogue Maïeutique
Les mouches ?, demande Lucien l’âne. Quel titre ! On se lance dans l’entomologie à présent ?
Pas vraiment, dit Marco Valdo M.I., ce sont là des mouches un peu particulières et même, des mouches historiques. Leur première apparition connue est dans la trilogie d’Eschyle, l’Orestie, dont Jean-Paul Sartre s’inspira pour sa pièce intitulée Les Mouches qu’il fit jouer à Paris en 1943, quand la France pétainiste s’était rendue aux nazis. Une pièce où Oreste incarne la résistance à l’usurpation et à l’oppression et le combat pour la liberté et l’élimination de la tyrannie. Quant aux mouches, elles incarnent ceux qui se soumettent au pouvoir. D’autre part, dans la chanson, les mouches prennent d’autres sens : celui de ces agents du pouvoir et des sycophantes, ces anonymes qui espionnent les gens et les dénoncent au pouvoir. En Zinovie, ces mouches vont et sont partout et créent un bourdonnement incessant.
« En Zinovie, le fond de l’air bourdonne,
Une persistante sonorité résonne.
Cet acouphène enrobe la nuit
D’un encombrant ennui.
En Zinovie, les mouches infectent
La vie ; ce sont de répugnants insectes. »
Ces mouches incarnent aussi la mauvaise conscience et le remords qui rongent le cœur des gens de Zinovie, contraints de taire leur sentiment et leur refus de la guerre.
Oh, dit Lucien l’âne, les mouches, il n’y a rien de pire que d’être encerclé par elles, d’entendre leurs zonzons permanents ; il en est même qui vous piquent salement. Mais je sais qu’elles ne sont rien à côté de ces mouches humaines qui prospèrent sur pourriture qui couvre la Zinovie. Et ensuite, que raconte ta chanson ?
Marco Valdo M.I. répond : le deuxième et le troisième douzain décrivent la situation politique en Zinovie. Le deuxième raconte une réunion de citoyens qui discutent de la situation en Zinovie, d’élections à venir et de la guerre en cours. Une mouche les a dénoncés et voilà que débarque la police.
« L’autre jour, dit le nouveau venu,
Quand on était en réunion,
On parlait des élections.
On a été interrompus.
La police a débarqué. »
Conclusion ?, demande Lucien l’âne.
Oh, dit Marco Valdo M.I., c’est simple : tout le monde au poste et de façon générale, on se tait.
« En Zinovie, il faut se taire. »
Quant au troisième douzain, c’est le Veilleur qui intervient et qui situe dans le temps plus long le phénomène de l’élimination par tous les moyens, y compris l’assassinat, des opposants au régime du Guide.
« C’est pas nouveau, dit le Veilleur,
C’est ainsi depuis vingt ans.
Aux élections, les rares opposants
Disparaissent ou meurent. »
Pour le Guide et sa bande, il s’agit de soigner la société par le remède de la purge politique.
« En Zinovie, la purge politique,
Remède à la démocratie,
Soigne la vie publique
De toutes ses maladies
Et nettoie les populations
De toutes leurs pollutions. »
Jolie manière de traiter les gens, dit Lucien l’âne. C’est la terreur à basse tension, elle opère en douce une terrible répression. L’air doit être irrespirable ; pas étonnant qu’on ressente un pénible étouffement et que tant de gens s’en sont échappés. Et le dernier douzain ?
Là, c’est différent, dit Marco Valdo M.I., c’est l’arrivée de la guerre dans la vie quotidienne des villes : les grands panaches de fumées, les explosions, les alertes…
« Les fumées couronnent la capitale.
La guerre entre dans le quotidien.
Et les flammes emportent en spirales
Les vivres et produits d’entretien »
Et puis, la découverte des incendies par les enfants dans les classes :
« Des bancs de leur école,
Les enfants voient : Surprise !
Grandiose et grondante joie,
Le ciel qui se grise,
Qui se noircit et rougeoie. »
Fameuse leçon de choses, dit Lucien l’âne, donnée par la réalité et qui dément l’enseignement officiel distillé par le maître. Et j’ai comme l’impression que ce n’est qu’un début. L’invincibilité et l’incolumité de la Zinovie proclamées à longueur de temps par le Guide sur tous les supports. L’écran se fendille, l’image se craquelle, le pouvoir doucement se disloque. C’est l’usure qui l’atteint, le voile va se déchirer de plus en plus. Quant à nous, pour notre part, tissons le linceul de ce vieux monde malade, maladif, usé, abusé, craquant, craquelant et cacochyme.
Heureusement !
Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane
En Zinovie, les mouches ont des oreilles ;
En Zinovie, les mouches contrefont les abeilles.
En Zinovie, pullulent les mouches,
En Zinovie, de leurs regards louches,
En Zinovie, les yeux bleus et noirs
Des mouches surveillent les trottoirs.
En Zinovie, le fond de l’air bourdonne,
Une persistante sonorité résonne.
Cet acouphène enrobe la nuit
D’un encombrant ennui.
En Zinovie, les mouches infectent
La vie ; ce sont de répugnants insectes.
L’autre jour, dit le nouveau venu,
Quand on était en réunion,
On parlait des élections.
On a été interrompus.
La police a débarqué.
Contrôle : Papiers ! Papiers !
Tous les passeports photographiés ;
Tout le monde au poste emmené.
On nous a accusés
De parler de la guerre,
De politique et de sujets étrangers.
En Zinovie, il faut se taire.
C’est pas nouveau, dit le Veilleur,
C’est ainsi depuis vingt ans.
Aux élections, les rares opposants
Disparaissent ou meurent.
On chasse les dissidents,
Au trou, au trou les postulants !
En Zinovie, la purge politique,
Remède à la démocratie,
Soigne la vie publique
De toutes ses maladies
Et nettoie les populations
De toutes leurs pollutions.
Les fumées couronnent la capitale.
La guerre entre dans le quotidien.
Et les flammes emportent en spirales
Les vivres et produits d’entretien
Et le pétrole volatile s’envole
En de sombres fumerolles.
Quelle journée folle !
Des bancs de leur école,
Les enfants voient : Surprise !
Grandiose et grondante joie
Le ciel qui se grise,
Qui se noircit et rougeoie.
LA ZINOVIE
Tous les épisodes précédents sont accessibles ici :
Chanson française –Les Femmes des Soldats inconnus– Marco Valdo M.I. – 2026
LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.
On oublie souvent, dit Marco Valdo M.I., l’importance des femmes et son influence sur les décisions des futurs héros. C’est cela que la chanson entend faire ressortir. J’ajouterais une première nuance, à mon sens, essentielle : même si elle éclaire un monde tenu dans l’ombre des foyers, elle n’envisage qu’une partie de cet univers particulier. Bref, elle jette un éclairage, mais n’épuise pas la question. Loin de là. Il s’agit d’un groupe de femmes en couple avec un soldat (ou un officier) qui se racontent entre elles ce qu’elles savent (ou veulent bien dire) de leur conjoint. Elles se cantonnent prudemment dans la position la plus conventionnelle de la femme fidèle qui attend le retour du combattant.
« Depuis des années, les maris,
Les fiancés, les petits amis,
Laissant souvent les femmes ici,
Sont partis envahir l’autre pays. »
Parfois, souvent, les choses ne se déroulent pas aussi bien que prévu :
« Fidèles à leur héros,
La plupart d’entre elles
Rêvent de les revoir bientôt.
Le héros fatigué est rentré,
Il lui manque un œil et le nez. »
C’est un des aléas de la guerre, dit Lucien l’âne.
Ensuite, reprend Marco Valdo M.I., notre interlocutrice usuelle, la Grand-Mère intervient pour remettre plus exactement les pendules à l’heure de la guerre. Elle met un terme brutal à leurs illusions : ils ne reviendront pas ou s’ils reviennent, ils repartiront. Même si la loi prévoit de les libérer de l’obligation militaire.
« Grand-mère dit : les filles, pas d’illusion !
En Zinovie, ne comptez pas sur la loi.
Ça ne marche pas comme ça.
Même sans pied, même sans talon,
Ils les usent à fond.
Ils les renvoient au front. »
Oui, dit Lucien l’âne, la guerre est une mangeuse d’hommes. Une fois qu’elle les tient dans ses bras, elle ne les lâche pas et puis, à la vitesse où elle les consomme, comme l’agriculture, elle manque de bras.
Ensuite, continue Marco Valdo M.I., avant d’aller plus loin, une précision de vocabulaire. Quand la chanson dit :
« Pour les braves, pas de quartier.
Pas question de désertion,
Ils les annulent sans discussion.
Soldat, quel fichu métier ! »
il faut comprendre le mot assez euphémique « annuler » dans son sens le plus profond : rendre nul, faire disparaître des comptes ; bref, tuer.
Ah !, dit Lucien l’âne, l’euphémisme ! Il a bon dos ; il sert toujours à camoufler les choses, surtout quand elles sont effrayantes. Mais, dis-moi, la suite.
Je reviens à ces dames et à leurs révélations par la chanson, continue Marco Valdo M.I., car elles ne manquent pas d’humour, ni de lucidité. Il en est une qui décrit son homme, un peu comme le faisait Mistinguett quand elle chantait : « Mon Homme ».
« Il roule des mécaniques ;
Pour lui, tuer, c’est fantastique.
Faut le voir sous la douche,
Sa fierté et sa virilité à la bouche. »
Oui, dit Lucien l’âne, un véritable archétype cette chanson de Mistinguett ; à vrai dire, pas trop féministe. J’ai comme l’impression que ces dames de Zinovie s’en sont inspirées. Mais il me semble qu’il reste encore un douzain dont tu n’as rien dit.
En effet, reprend Marco Valdo M.I., et c’est celui où la Grand-Mère fait un portrait au picrate du Guide et révèle le surnom dont l’affuble une bonne part de la population : « le pépé du bunker », car tout le monde sait que le Guide tout-puissant vit dans la terreur ; la peur parfume ses nuits et ses jours.
« Le Guide se terre sous le béton,
Il a peur le pépé du bunker.
La vie du Guide, c’est du toc,
Des mensonges en stock »
Même les reportages télévisuels qui le montrent dans une foule sont arrangés. On reconnaît d’une fois à l’autre les figurants.
Oh, dit Lucien l’âne, ça ne m’étonne pas. Le proverbe africain dit : « Plus le singe monte haut à l’arbre pour se faire voir, plus il montre son cul. » Concluons ainsi et tissons le linceul de ce vieux monde tricheur, menteur, dissimulateur, hâbleur etcacochyme.
Heureusement !
Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane
Depuis des années, les maris,
Les fiancés, les petits amis,
Laissant souvent les femmes ici,
Sont partis envahir l’autre pays.
Dans ce combat à grande échelle,
Fidèles à leur héros,
La plupart d’entre elles
Rêvent de les revoir bientôt.
Le héros fatigué est rentré,
Il lui manque un œil et le nez. La marée des maris chaque année
Repart en ressac comme la marée.
Grand-mère dit : les filles, pas d’illusion !
En Zinovie, ne comptez pas sur la loi.
Ça ne marche pas comme ça.
Même sans pied, même sans talon,
Ils les usent à fond.
Ils les renvoient au front.
Ils ne reviendront pas.
Même morts, ils restent là-bas.
Pour les braves, pas de quartier.
Pas question de désertion,
Ils les annulent sans discussion.
Soldat, quel fichu métier !
Elle dit : il s’est engagé volontaire,
Il fait la guerre pour un salaire.
La patrie, il s’en fout,
Il veut juste des sous.
En uniforme, il se sent bien.
Il aime sa meute comme un chien.
Toujours prêt à l’algarade,
Il se pavane, il parade.
Il roule des mécaniques ;
Pour lui, tuer, c’est fantastique.
Faut le voir sous la douche,
Sa fierté etsa virilité à la bouche.
Écoutez, dit Grand-Mère, le grand air,
Écoutez la chanson de la dérision.
Le Guide se terre sous le béton,
Il a peur le pépé du bunker.
La vie du Guide, c’est du toc,
Des mensonges en stock,
Sa vie est toute en façade,
Une mise en scène arrangée.
Plus de rencontres spontanées,
Plus d’innocentes balades,
Plus de sorties décontractées,
Plus de bains de foule, plus de parades.
LA ZINOVIE
Tous les épisodes précédents sont accessibles ici :