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17 mai 2022 2 17 /05 /mai /2022 15:59

 

Le Pantalon

 

Chanson française – Le Pantalon Marco Valdo M.I. – 2022

 

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

 

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ; Épisode 38 : Les Puces ; 39 : L’Ordinaire de la Guerre ; Épisode 40 : La Ville violée ; Épisode 41 : La Vie paysanne ; Épisode 42 : La Charrette ;

 

 

 

 

Épisode 43

 

PANTALON Z

Tatiana Bruni – 1931

 

 

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Le Pantalon ?, demande Lucien l’âne. Qu’est-ce que le pantalon vient faire dans cette histoire de Zinovie ? Et puis, de quel pantalon, il est question ? Peut-être y a-t-il là une allusion au pantalon du temps ? Celui dont parle Pratchett, ce pantalon du temps où selon qu’on enfile une jambe ou l’autre, on s’enfile dans une histoire ou une autre.

 

Peu de chances, Lucien l’âne mon ami, peu de chances qu’il s’agisse du pantalon du temps, à moins que d’appliquer à ce pantalon entre deux âges – entre celui du Premier Guide (Jisif Stalone, dit le Stal) et celui du Dernier Guide (Clodomir Foutine, dit le Clodo) – une dimension temporelle multiple ne serait pas une errance, car, il y a en effet bien une telle distorsion et sans doute, pourrait-on s’y retrouver dans ce pantalon du temps et dans une ou l’autre de ses deux jambes qui mènent à des destins différents. En tout cas, c’est un pantalon historique, symbolique et en quelque sorte, philosophique. Enfin, je laisse à chacun le soin de démêler temporel.

 

Sans en dire trop, mais juste pour avoir confirmation de ce que je ne m’égare pas trop, demande Lucien l’âne, ne peut-on considérer ce pantalon commun comme la tenue, le mode d’existence et de société qui s’était imposé aux débuts de la Zinovie révolutionnaire et qui est remis au goût du jour par le Guide actuel, comme un monde arrêté au cadran lunaire d’un vieillard atteint de démence sénile.

 

En gros, Lucien l’âne mon ami, c’est cela et la chanson l’explicite clairement :

 

« Tout le monde le sait en Zinovie :

Notre société est la meilleure.

La vie s’est améliorée dès le début,

Seul le saucisson fumé a disparu »

 

Et pour ce qui est du monde arrêté au cadran lunaire d’un vieillard atteint de démence sénile, ce portrait correspond assez bien au monde réhabilité par Foutine, suivi par tout un peuple en pantalon identique. Mais la chanson comporte une autre partie qui est elle aussi une allusion, mais à une grandiose opération militaire en cours, aux déboires d’escadrilles qui ne sont jamais revenus de leurs héroïques missions et à l’enlisement subséquent.

 

Eh bien, dit Lucien l’âne, voyons ça de plus près et ensuite, reprenons notre tâche sempiternelle et tissons le linceul de ce vieux monde opérationnel, ralenti, empâté, englué, désuet, démodé et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

En Zinovie, on avait un type de pantalon,

Le même pour les filles et les garçons.

Un pantalon standard bien de chez nous,

Pour toutes les mesures, pour toutes les statures,

Haute taille et basse couture ;

Et l’entrejambes jusqu’aux genoux.

Un modèle inusable, à porter en tous temps.

Le Guide l’a remis à la mode à présent.

En Zinovie, il faut croire absolument

À ce qu’on ne croit pas.

En Zinovie, on réalise évidemment

Tout ce qu’on ne fait pas.

 

Le Guide dit : « La société

Zinovienne n’a pas de tare,

C’est une irréfutable vérité,

Le croire est un devoir. »

On le répète à chaque heure,

On l’entend toute la vie,

Tout le monde le sait en Zinovie :

Notre société est la meilleure.

La vie s’est améliorée dès le début,

Seul le saucisson fumé a disparu ;

On a accru le temps d’internement

Des opposants dans les camps.

 

Capitaine à vingt-trois ans,

Un gars plein d’allant

Et multimédaillé avec ça ;

Un pilote de guerre expérimenté.

Avec toute une carrière devant soi ;

En direct de l’Académie,

Le nouveau est arrivé.

On le nomme chef d’escadrille.

Médaillé comme tout, bientôt Héros,

Un gars nul, mais pistonné.

Il n’a jamais combattu le zigoto.

Rira bien qui rira le dernier.

 

La première escadrille dans la nuit

Avec lui, s’envole à grand bruit

Surprendre là-bas l’ennemi

Encore endormi.

Tous les avions sont partis,

Aucun n’est revenu.

La deuxième escadrille a suivi,

On n’en sait pas plus.

La grande opération militaire :

Paralyser les avions à terre,

Dans la guerre en cours,

Soudain, tourne court.

 

 

Le Pantalon
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Published by Marco Valdo M.I.
13 mai 2022 5 13 /05 /mai /2022 20:15
LA SAINTE INQUISITION

 

Version française – LA SAINTE INQUISITION – Marco Valdo M.I. – 2022

Chanson italienne – La Santa InquisizioneAlberto Amboni – 2017
 

 

 

STIGMA DIABOLI

Clovis Trouille – 1960

 

 

 

Dialogue maïeutique

 

 

Même si le titre était La Santa Inquisizione et que je l’ai logiquement traduit par LA SAINTE INQUISITION, dit Marco Valdo M.I., c’est une chanson consacrée principalement à une sorcière et comme tu sais, dans la Geste de Liberté, où nous racontions les aventures de Till, nous avions déjà trois chansons où il était question d’une sorcière et de ses juges inquisitoriaux et de ses bourreaux :

— dans Katheline, la bonne Sorcière, qui annonçait le règne abominable de Philippe d’Espagne :

 

« L’infant Philippe, roi devenu.
J’ai vu, j’ai vu de mes yeux de sorcière
Les filles mises vives en terre
Violées en leurs corps nus.

En haut, les mangeurs de peuple, frelons de l’enfer ;
En bas, les victimes, ainsi disait Katheline la bonne sorcière. »

 

— dans Katheline suppliciée, où est relaté son interrogatoire et sévices qu’on lui inflige :

 

« Accusation sans fondement et infâme.
On arrêta la bonne femme.
On la condamna à avouer ;
Par la torture, à avouer.

Le bourreau la mit nue et la rasa.
Il l’attacha sur le banc de torture.
Il versa l’eau chaude dans l’estomac.
Katheline vomit tant et tant de vomissure.

Avoue : tu es une sorcière.
Je n’avoue rien. j’aime les bêtes.
j’ai soigné la vache par des remèdes.
Avoue : tu es une sorcière. »

 

— Dans La douce Mort de Katheline , où on la noie pour la sauver :

 

« Katheline est à l’épreuve de l’eau condamnée :
Si elle surnage, elle est sorcière et brûlée ;
Noyée, elle sera chrétienne patentée,
Repêchée et au jardin de l’église enterrée. »

 

Oui, dit Lucien l’âne, je me souviens de Katheline et c’est une bonne idée de la remettre en évidence, car cette sorcière, comme la plupart de ses sœurs, est une bonne femme. Tout comme, il est bon de reparler un peu de Clara, qui dans Hou hou ! suivait les hommes pour un bout de pain et que les femmes poursuivaient à coups de bâton jusqu’à la tuer sur le bûcher, elle aussi.

 

« Les hommes la caressaient
Elle courrait en emportant son pain
Clara errait par les campagnes « hou hou »
On l’entendait japper et hululer, « hou hou »
Les femmes armées de bâtons « hou hou »
Le crucifix à la main pour arracher « hou hou »
Leurs garçons à la sorcière « hou hou »
Les femmes lançaient des cailloux.
Le feu danse rosâtre « hou hou »
Clara la folle est montée au bûcher
Sa bouche béante et ses yeux exorbités »

 

Exactement, répond Marco Valdo M.I., l’histoire de la pauvre Clara. Maintenant, pour ce qui est de cette chanson-ci, cette Santa Inquisizione, elle raconte le jeu atroce de la concupiscence – si, si, c’est le mot, même si certains entendent : con, cul, pisse, sens, comme si c’était une sorte d’onomatopée – d’un prêtre catholique qui, de dépit du refus de la jeune femme de se plier à ses fantasmes, va s’échiner à la faire condamner comme sorcière par-devant le tribunal de l’Inquisition, qui cette fois-là encore, dut rechercher le signe du diable, le stigma diaboli, qui identifie la sorcière.

 

Ah, dit Lucien l’âne, la sorcellerie – surtout quand la sorcière est jeune et jolie – est un métier dangereux. On l’accuse de détenir tant de connaissances (les herbes rares) qui ne peuvent lui être données que par le diable en personne. Quelle monstrueuse stupidité, quel monstrueux mensonge, quel manque d’humaine correction, de simple humanité ! Tel est l’effet de la religion quand elle veut se débarrasser des femmes intelligentes, indépendants et charmantes.

 

De plus, dit Marco Valdo M.I., les sorcières, c’est bien plus que ces caricatures qu’en font leurs stigmatiseurs. Leur rôle réel dans les sociétés paysannes ou d’urbanisation récente est celui complexe à la fois d’assistantes sociales, d’aides ménagères, d’infirmières, de sages femmes, d’avorteuses, de finisseuses, de médecins aux mains nues, des pharmaciennes, de conseillères familiales et elles rendent bien d’autres services aux pauvres gens. En ça, c’étaient de rudes concurrentes pour le clergé et sa tentative de monopole sociétal. Il fallait donc les éliminer et l’Inquisition s’y employa pendant des centaines d’années.

 

Bref, dit Lucien l’âne, on pourrait encore en dire tant, mais il faut conclure en tissant le linceul de ce vieux monde absurde, arriéré, abominable et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


 


 


 

 


Elle est jeune, elle est belle,

Bizarre et rebelle.

Sa peau a la couleur de l’ambre,

Ses cheveux sont le noir de l’encre.


Sa voix séduit le cœur,

Et l’envoûte son regard ;

Un chat noir

Est roi en sa demeure.


Furieux, le repoussé

L’a fait enchaîner ;

Le prêtre l’a piégée

De promesses manquées.

 

Ce faux cul sacré,

Descendance de Judas,

Lui fait avouer

Des fautes qui ne sont pas.

 

Le bûcher était déjà prêt,

La plèbe l’insultait,

Le bourreau la pleurait,

Le prêtre la désirait.

 

Je suis juste une femme

Solitaire et piégée ;

On me brûle par les flammes,

Ma fin est arrivée.

 

Frère Cassius note :

J’ai expié sa faute,

Je lui ai offert le salut,

Elle n’en a pas voulu.

 

Plutôt la flamme

Qu’être esclave.

Elle était jeune et belle,

Bizarre et rebelle.

 

Elle savait les herbes rares,

Elle vivait seule et sans peur.

Un chat noir

Était roi en sa demeure.

LA SAINTE INQUISITION
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Published by Marco Valdo M.I.
11 mai 2022 3 11 /05 /mai /2022 10:42
À GIORDANO BRUNO

 

 

Version française – À GIORDANO BRUNO – Marco Valdo M.I. – 2022

Chanson italienne – A Giordano BrunoGiuseppe Di Modugno2019

Texte : Giuseppe Di Modugno
musiq
ue : Giuseppe Mereu
interprète : Doc Pippus


 

EXÉCUTION DE GIORDANO BRUNO

Campo dei Fiori – Rome – 17 février 1600

 

 

Filippo Bruno, dit Giordano Bruno (Nola, 1548 – Rome, 17 février 1600), est un philosophe, écrivain et dominicain italien qui a vécu au XVIᵉ siècle. Sa pensée, que l’on peut classer dans le naturalisme de la Renaissance, mêle les traditions philosophiques les plus diverses – matérialisme antique, averroïsme, copernicanisme, lullisme, scotisme, néoplatonisme, hermétisme, mnémotechnie, influences juives et cabalistiques – mais tourne autour d’une seule idée : l’infini, entendu comme l’univers infini, effet d’un Dieu infini, composé de mondes infinis, à aimer infiniment.

Condamné à être brûlé sur le bûcher pour hérésie, le 17 février 1600, la langue serrée dans un étau afin qu’il ne puisse pas parler, il est emmené sur la place du Campo de' Fiori, déshabillé, attaché à un poteau et brûlé vif. Ses cendres ont ensuite été jetées dans le Tibre.
 

Voici une brève synthèse de la pensée philosophique de Giordano Bruno :

— découvrir, enlever le voile de l’apparence, et comprendre comment sont les choses à la « lumière de la raison », en libérant l’esprit de l’homme de l’habitude de la croyance aveugle, et en donnant de l’importance à une éducation laïque et anti-dogmatique ;

— combattre l’irréformable religion dominante de la sujétion aveugle, proclamer l’autonomie par rapport au confessionnalisme et la séparation entre les lois humaines et divines, ainsi qu’entre les États et l’Église, libérer les gens de la sujétion psychologique à un confessionnalisme rigide, qui voudrait que les individus reproduisent des modèles dogmatiques inscrits principalement dans de supposées idées d’âmes ;
 

— construire une société civile qui relie l’homme à l’homme dans la justice, qui est à son tour une construction humaine, à travers des lois justes, en affirmant entre autres qu’il n’y a pas de justice sans égalité, comprise non pas comme un aplatissement, mais comme une égalité des chances prônant l’émancipation humaine individuelle, sociale et fondée sur les besoins, qui est alors le droit au travail dans la dignité même du travail ;

— placer au centre de tout ce qui existe la « matière-vie-nature », qui s’autoproduit et dont chaque être humain fait partie, qui, loin du finalisme et du providentialisme, est maître de sa propre vie, avec pour résultat de donner une centralité à la dignité personnelle de chaque individu, dans un univers, composé d’un ciel infini et d’une matière créatrice, finalement le fruit d’un amour infini ;

— être constamment du côté des femmes, renversant les schémas sexistes d’une époque où la misogynie était structurelle et où les femmes étaient brûlées vives comme sorcières.

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

Encore un hommage à Giordano Bruno, c’est une bonne chose. N’était-ce pas ce brave Bruno qui avait fait un « Éloge de l’âne », demande Lucien l’âne ?

 

Oui, en effet, répond Marco Valdo M.I., il voyait un monde infini, qu’il avait baptisé Dieu pour les besoins de la survie de la divinité et de la religion et il avait affublé la nature, celle que déjà Lucrèce portait aux nues, du nom de Dieu, une nature autoproduite et éternellement en train de se faire elle-même. C’était là son ultime concession au siècle, mais le siècle ne voulut rien entendre – là-bas, vers 1600 (et même encore longtemps après), comme en Zinovie, on use de La Charette

 

« Et ceux qui pensent, on les fait taire. »

 

De mémoire d’âne, dit Lucien l’âne, c’est ce qu’ont fait depuis toujours les religions et les idéologies dogmatiques ; c’est ce qu’elles font encore aujourd’hui. Quant à nous, nous tissons le linceul de ce vieux monde religieux, dogmatique, croyant, crédule et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


 

 

 

 

Au Campo dei Fiori,

Je t’ai vu arriver

Le visage pris

Dans un bâillon de fer,

Car il y avait grand danger

À te laisser parler,

Car dans tes yeux noirs,

Il n’y avait pas de lâcheté.

Et ensuite, ils m’ont fait savoir

Ton nom et que tu t’appelais

Bruno Nolano

Car de Nola, tu venais,

Et ton prénom était Giordano.

Cher Giordano,

Il est bon de pouvoir penser

Que toujours l’amour finit par gagner.

Car chez les rêveurs

Naît du cœur

L’intense désir de liberté.

 


Un frère médusé,

Émacié,

À la voix stridente,

Psalmodiante, chante.

Une flamme monte :

Ce n’est pas un lumignon,

Mais un papillon

Volant vers Bételgeuse.

Quel crime t’a donc sali

Pour mériter ainsi

Une mort si ignominieuse ?

Tu disais que toujours

Se meuvent toutes les choses

Animées par l’amour,

Et le feu ne peut effacer

Le désir d’atteindre la vérité,

Et la flamme jamais ne peut

Aux fiers esprits ôter

Le désir généreux

De surmonter la lâcheté.


 

Le Champ des fleurs,

Fut ton Calvaire

Et par une sentence autoritaire,

Entre les oraisons des prieurs

Et de lamentables rosaires,

Tu fus immolé

Pour la liberté.

Pas celle de courir,

Ni celle de partir,

Ou de chercher l’amour

Jour après jour.

Tu as pensé

Meilleur de passer

Ta vie à chercher

La vérité.

 

La flamme ardente du feu destructeur

Ne peut arrêter le temps qui viendra

Et la postérité saura sans erreur

De quel côté l’amour des gens se tiendra.

 

À repenser ici

À ce jour lointain,

À ces flammes d’un matin

Au Campo dei Fiori,

Mon salut aussitôt

S’en va à Giordano,

Par l’infamie

Envoyé au bûcher,

Et même si maintenant

Tant d’années ont passé,

Il serait temps

Et même indiqué

Que dans le monde

Encore, il y ait

Quelqu’un qui débonde

La vérité.

 

La flamme ardente du feu destructeur

Ne peut arrêter le temps qui viendra

Et la postérité saura sans erreur

De quel côté l’amour des gens se tiendra.

 

Et même si maintenant

Tant dannées ont passé,

Il serait temps

Et même indiqué

De remémorer le Nolano

Giordano Bruno,

Brûlé sur le bûcher

Pour la liberté.

 

À GIORDANO BRUNO
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Published by Marco Valdo M.I.
8 mai 2022 7 08 /05 /mai /2022 17:27

 

La Charrette

 

 

Chanson française – La Charrette Marco Valdo M.I. – 2022

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ; Épisode 38 : Les Puces ; 039 : L’Ordinaire de la Guerre ; Épisode 040 : La Ville violée ; Épisode 041 : La Vie paysanne ;

 

Épisode 42

 

 

LA CHARRETTE

Issachar Ber Ryback – 1925

 

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

La charrette, qui donne le titre à la chanson, Lucien l’âne mon ami, comme tu le sais, est un véhicule rustique avec de grandes roues qu’on fait tirer par un bœuf, un cheval ou même parfois, un âne.

 

Je sais, dit Lucien l’âne, et je sais aussi que c’est une lourde tâche. Mais que vient faire ici cette histoire de charrette ?

 

Eh bien, Lucien l’âne mon ami, il se trouve également que la charrette est un objet historique de sinistre mémoire, du moins pour ceux qui ont la mémoire de la Révolution française où la charrette joua un rôle aussi effrayant que la guillotine à laquelle elle emmenait les condamnés. C’est à ce sens-là que fait allusion la chanson :

 

« Pour moi, dit le père, c’est rien de mourir,

Mais de cette manière, le bétail va crever.

De l’assemblée, ils l’ont fait sortir.

Et sur la charrette, on l’a embarqué.

Un père si sobre, si intelligent, si gentil ;

Nul ne sait ni comment, ni où il a fini. »

 

Voilà, dit Lucien l’âne, qui me remémore ceci d’un autre écrivain russe dont le nom commence également par « Z », car il s’appelle Eugène Zamiatine. « Le soir, j’appris qu’ils en avaient emmené trois. Toutefois, personne ne parlait tout haut de ce qui venait de se passer, par suite de l’influence bienfaisante des Gardiens, invisibles parmi nous. Les conversations roulaient sur la chute rapide du baromètre et sur le changement de temps… » (Nous autres – un roman interdit par la censure dès 1923). Et pour le reste ?

 

Pour le reste, reprend Marco Valdo M.I., la chanson, comme celles qui la précèdent, répercute les échos captés durant le voyage en Zinovie selon le même schéma qu’à l’ordinaire, c’est-à-dire en quatre strophes de douze vers chacune. Pour ta gouverne, je vais un peu les décortiquer. La première expose quels sont les événements et les émotions autorisées en Zinovie ; il s’y glisse comme un soupçon d’ironie quand elle évoque :

 

« Les émotions permises sont limpides :

La joie des glorieux succès militaires,

L’enthousiasme pour la sagesse du Guide

Et ceux qui pensent, on les fait taire. »

 

Ça, c’est de toute actualité, dit Lucien l’âne.

 

En effet, dit Marco Valdo M.I., comme c’est souvent le cas ici. Donc, pour le reste, la deuxième strophe renvoie à une certaine mobilisation aussi volontaire qu’enthousiaste du peuple par le peuple et elle se conclut dramatiquement par la « disparition » du père, qui avait émis une critique devant l’assemblée populaire.

 

Oh, dit Lucien l’âne, il n’y a pas qu’en Zinovie que les gens critiques disparaissent ou sont emmenés on ne sait trop où. Souvent, on n’en retrouve jamais la trace que bien plus tard, quand on la retrouve.

 

Quant à la troisième strophe, continue Marco Valdo M.I., elle raconte la fuite et l’errance du fils qu’on poursuit jusque dans l’anonymat de la capitale où il s’était réfugié.

 

Évidemment, dit Lucien l’âne, tel père, tel fils, ont-ils dû penser et se mettre à sa recherche, mais un mystérieux « jeune homme » l’a prévenu à temps ; sans quoi, j’imagine qu’il aurait suivi le chemin de son père. Il a heureusement choisi de fuir.

 

Heureusement, dit Marco Valdo M.I., certainement ! Quant à son destin, tout dépendra de la suite, laquelle par nature est imprévisible. Enfin, la quatrième strophe parle de l’impossibilité d’une littérature quand on n’a comme sujets possibles que le panégyrique du Guide et la célébration du glorieux, du merveilleux et du radieux.

 

Arrête-toi là, dit Lucien l’âne, car il importe de tisser le linceul de ce vieux monde inculte, barbare, glorieux, merveilleux, radieux et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

À l’intérieur des frontières de Zinovie,

On connaît des événements ordinaires,

On ressent des émotions singulières,

Ainsi se déroule la vie.

Parfois, il y a des moments extraordinaires :

Famines, inondations, tremblements de terre,

Catastrophes aériennes et ferroviaires,

Les opérations spéciales et les menaces étrangères

Les émotions permises sont limpides :

La joie des glorieux succès militaires,

L’enthousiasme pour la sagesse du Guide

Et ceux qui pensent, on les fait taire.

 

Retour des vacances au cœur de l’été ;

Au village, les paysans sont enrôlés 

Pour créer le paradis annoncé.

Ceux qui n’ont pas pu fuir

Ont volontairement dû s’inscrire

Finalement, de leur plein gré.

Pour moi, dit le père, c’est rien de mourir,

Mais de cette manière, le bétail va crever.

De l’assemblée, ils l’ont fait sortir.

Et sur la charrette, on l’a embarqué.

Un père si sobre, si intelligent, si gentil ;

Nul ne sait ni comment, ni où il a fini.

 

Comme à la campagne, la tranquillité

À la ville ne peut toujours durer.

Un soir, un jeune homme vient le voir.

Vite, il rassemble ses quelques affaires ;

Sans tarder, il part dans le noir

N’importe où, se mettre au vert.

Il s’en va sans savoir où il va.

Sur un train de passage, il a sauté ;

Seul moyen de rester en liberté.

Son errance commença comme ça.

Après longtemps, il est descendu ;

Ici, on l’a plus jamais revu.

 

La Zinovie ne produit pas de la littérature ;

Ce n’est pas qu’elle manque de talents,

Simplement, le problème littéraire est évident :

On manque d’ingrédients pour l’écriture.

Où trouver de quoi parler, que raconter ?

Les infinies démarches pour un appartement,

Les files d’attentes, les réunions, les comités,

Le grand rêve partagé de l’Épanouissement ?

Seuls comptent notre passé glorieux,

Notre présent merveilleux et l’avenir radieux ;

La conscience et l’histoire de l’humanité

Sont juste des survivances du passé.

 

 

 

 

 

La Charrette
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Published by Marco Valdo M.I.
4 mai 2022 3 04 /05 /mai /2022 15:55

 

La Vie paysanne

 

 

Chanson française – La Vie paysanne Marco Valdo M.I. – 2022

 

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

 

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ; Épisode 38 : Les Puces ; 039. L’Ordinaire de la Guerre ; 040 : La Ville violée ;



 


 

Épisode 41

 

 

ENFANCE PAYSANNE

Vladimir Makovski – 1890

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

La Zinovie, Lucien l’âne mon ami, a une histoire ancienne ; il en va de même pour ses habitants, même si le temps n’a pas la même densité, n’a pas la même longueur, s’il ne relève pas de la même mesure : le temps de l’une est plus long à passer que le temps des autres. L’une calcule en siècles ou en lustres ; les autres en années ; entre les deux, on calcule en décades ou en décennies, selon l’Académie.

 

Oui, dit Lucien l’âne, mais encore ?

 

Mais encore, poursuit Marco Valdo M.I., cette plongée dans l’histoire tant collective qu’individuelle ou plutôt, l’histoire collective vue au travers du prisme de l’individuelle, nous ramène à la campagne où commence la vie de notre héros inconnu. Pas si anonyme que ça, car on sent bien qu’il y a là comme un récit autobiographique. Bref, c’est une histoire individuelle, une aventure personnelle, qui s’est commencée sous le grand Guide et qui va connaître toutes les vicissitudes, dues aux soubresauts qui ont défait la Zinovie antérieure.

 

À la campagne, demande Lucien l’âne.

 

En fait, répond Marco Valdo M.I., comme on l’a déjà vu ici, avant la collectivisation forcée des campagnes, la vie dans les villages était foisonnante et rassemblait la plus grande partie de la population de Zinovie ; dans l’ensemble, si elle était dure et pauvre, pleine de disparités, elle faisait société.

 

« La campagne était bonne, généreuse, honnête ;

À présent, vide, sans queue ni tête, la vie s’entête. »

 

Ah bien, dit Lucien l’âne, et quoi d’autre ?

 

Eh bien, Lucien l’âne mon ami, cette histoire focalise son regard sur l’enfance de ce héros inconnu (dont j’ai la nette impression qu’elle ressemble à celle d’Alexandre Zinoviev) et en relate les événements marquants. Du moins, ceux qui ont marqué la vie de l’enfant et qui lui ont façonné son destin. Tout y est : du petit enfant de famille nombreuse extrêmement pauvre (qui devait aller travailler au champ très tôt le matin avant d’aller à l’école) au savant universitaire, citadin par force. Cela dit, plein de choses transparaissent dans ce récit qu’on peut découvrir en portant une attention sur les détails. Je laisse à chacun le soin de faire ces découvertes.

 

Bonne idée, dit Lucien l’âne, car on va pas y passer la journée ; ce n’est pas un roman quand même, cette chanson. Pour le reste, nous tissons le linceul de ce vieux monde bouleversant, bouleversé, hésitant et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

La mère laboure la terre stérile

Depuis l’aube débile ;

Le soir venu, elle dételle sa rosse,

Se couche sur le poêle

Et accouche d’un nouveau gosse.

Elle range la maison, regarde l’étoile,

Et s’en va s’occuper des bêtes.

L’enfant pleure à tue-tête.

L’enfant affamé attend

Le retour de maman.

Vie paysanne au quotidien

Et naissance dans le monde ancien :

 

À la fin de l’école primaire,

Ses parents espèrent

En son avenir non-agricole.

Il sera cordonnier, dit le père ;

Il sera tailleur, dit la mère.

Il sera savant, dit le maître d’école.

Depuis cinquante ans ici,

J’enseigne à tous les enfants ;

Je n’ai jamais connu si bel esprit ;

On n’en voit pas un tel en cent ans.

Qu’il étudie, dit le père ;

Qu’il aille à la ville, dit la mère.

 

La mère se met à pleurer.

Enfin, on ne va pas le laisser

Crever de faim ici, dit le père

Alors, on vend les bottes du grand-père,

Le vieux fusil et l’alliance.

Il faut lui faire confiance.

Comme le temps a passé vite,

Le père est mort d’une péritonite,

La mère au bout d’une vie d’esclavage

Est partie à la fin de son voyage.

La campagne était bonne, généreuse, honnête ;

À présent, vide, sans queue ni tête, la vie s’entête.

 

Au village, on a juste une isba

D’une seule pièce et six enfants,

Les autres sont partis déjà.

Papa est mort, reste maman,

Tous les jours à porter, à ranger.

On a à peine de quoi manger.

La belle vie quand on aura du pain.

Avant la classe, faut travailler tôt.

Chez le voisin, il y a du gâteau.

L’égalité n’est pas pour demain.

Je faisais de l'ombre, on m’a accusé de vol ;

J'en savais trop, on m’a chassé de l’école.

 

 

La Vie paysanne
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Published by Marco Valdo M.I.
2 mai 2022 1 02 /05 /mai /2022 18:58

 

La Ville violée

 

 

Chanson française – La Ville violée Marco Valdo M.I. – 2022

 

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

 

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ; Épisode 38 : Les Puces ; 039. L’Ordinaire de la Guerre ;


 

 

 

Épisode 40

 

 

 

LE DÉFILÉ

Varvara Grankova - s.d.

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

 

La ville violée, dit Lucien, c’est étrange comme les histoires de Zinovie font penser à certaine actualité, comme la Zinovie ressemble dans ses manières à un pays voisin de l’Ukraine.

 

Il n’y a rien là de bien étonnant, répond Marco Valdo M.I., puisque la Zinovie est ce même pays, mais vu de l’intérieur par cette chronique, tirée des écrits d’un de ses habitants ; j’ajouterais un de ses habitants les plus conscients, un de ses habitants qui aimait la logique et la vérité, qui cherchait à comprendre et à faire comprendre l’absurde comportement général de son pays. En fait, ce qu’il décrit là est le fondement commun à la Zinovie et à son modèle ; l’une est le reflet de l’autre et vice-versa. La Zinovie est un tableau réaliste et même, hyperréaliste. Ce qui est stupéfiant, c’est que des années sont passées et qu’on aurait pu croire ce passé passé. Il n’en est rien, il a fallu que tout change pour que rien ne change aurait conclu Tancrède.

 

On aurait, dit Lucien l’âne, à propos de l’histoire présente, comprendre l’avertissement que lançait l’écrivain allemand Bertolt Brecht : « Et le ventre est encore fécond d’où a surgi la bête immonde », même qu’il faudrait réécrire sa pièce sous le titre : « La résistible ascension de Clodomir Foutine ». Il suffirait de remplacer le chou-fleur par le gaz. Si tu en avais le temps, ce serait une bonne idée de le faire.

 

Le temps, le temps, rien que ça, Lucien l’âne mon ami, car tu penses que nous avons le temps. Enfin, passons. Maintenant, à propos de théâtre, et avant d’en revenir à la chanson, je voudrais te faire connaître un petit bout de ma version française, du discours d’Henry V roi d’Angleterre au gouverneur d’Harfleur, ville française qu’il assiège :

 

« Comment décide maintenant le gouverneur de la ville ? Ceci est le dernier pourparler que nous admettrons… Prenez pitié de votre ville… sinon vous allez voir l’aveugle et sanguinaire soldat, de sa main sale défaire les tresses de vos filles aux cris aigus, vos pères tirés par leur barbe grise et leurs très révérendes têtes écrasées contre les murs, vos petits enfants nus plantés sur des piques… Que dites-vous ? Vous rendez-vous et évitez ça ou, coupables de défense, vous serez alors détruits ? » (William Shakespeare, henry V, Acte III, scène III).

 

Oui, dit Lucien l’âne, Shakespeare en savait un bout sur la folie sanglante des puissants. Qu’en est-il, à présent, du reste de la chanson ?

 

En gros, répond Marco Valdo M.I., elle raconte la prise de la ville et le futur défilé de la victoire que feront les vainqueurs sur la grand place de la ville – enfin, ceux qui ont survécu loin des combats, ornés de leurs médailles et fiers de leur promotion et la ville pour ne pas les voir mettra sa voilette.

 

La ville renfilera sa robe violette,

La ville vide mettra sa voilette.

 

Je vois, dit Lucien l’âne, une ambiance de coma. Parfois, les villes s’en remettent, parfois, elles ne s’en remettent pas comme le fit Troie. Ici, l’avenir nous le dira. En attendant, tissons le linceul de ce vieux monde héroïque, grandiose, attardé, crétin, barbare, et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

La ville est là-devant, taquine.

Arrêtez de fumer, dit le Lieutenant.

On traverse le champ de mines.

Celui qui passe devant

A des chances. En avant !

On part à l’attaque en courant.

À l’arrière, les mitrailleuses crépitent.

On fonce vers l’ennemi.

Le lieutenant pousse un cri.

Dans la boue, tous on se précipite.

Le Lieutenant se lève et retombe.

Et pour toujours, il succombe.

 

Parler est ma vocation,

Ma principale occupation.

Une activité pas si futile,

En fait, parler est très utile.

Parler, c’est penser à haute voix,

Éclairer la conscience des gens,

Comme le faisaient autrefois

Les aèdes, les comédiens itinérants,

Les simples d’esprit et les bouffons.

En Zinovie, parler reste au fond

Le meilleur moyen de communication

Et la commune distraction.

 

La ville violée s’était vidée ;

Nous, on se sent vraiment étrangers.

Dans les maisons abandonnées,

On cherche de quoi manger.

Des milliers partis à l’assaut,

Quelques dizaines sont restés debout.

Les autres ont fait le grand saut,

Et sont restés couchés dans la boue.

En haut, il va y avoir des médailles,

Des titres et de l’avancement.

Nous autres, la piétaille

On rêve de dormir tranquillement.

 

Pour la Fête, ils vont défiler

Par quatre de front, au pas cadencé.

La ville ravagée, dans ses ruines,

Sa voix voilée chantera sa comptine.

La Lune éclairera cette misère

Durant tous ses prochains quartiers ;

La ville pleurera sa colère

Dans tous ses quartiers.

La ville par la guerre vidée,

La ville par les soldats violentée,

La ville renfilera sa robe violette,

La ville mettra sa voilette.

 

La Ville violée
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Published by Marco Valdo M.I.
30 avril 2022 6 30 /04 /avril /2022 17:26

 

 

LOrdinaire de la Guerre

 

Chanson française – LOrdinaire de la Guerre Marco Valdo M.I. – 2022

 

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

 

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ; Épisode 38 : Les Puces ;


 

 

Épisode 39

 

 

 

L'OPÉRATION PUBLICITAIRE

 

Clodomir Foutine, dit Le Clodo – 2022

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

 

D’abord, Lucien l’âne mon ami, deux-trois mots à propos du titre, car il mérite d’être un peu explicité du fait qu’il contient en lui-même divers niveaux de sens. Pour cela, il convient d’identifier la signification du mot « ordinaire », utilisé ici comme substantif, comme nom commun et de le comprendre en rapport avec l’univers militaire. Dans ce cas, l’ordinaire doit être entendu comme le repas des hommes de troupe, des soldats. Mais, sans abandonner pou autant ce premier sens, si on le relie à la guerre, car le titre est bien « l’ordinaire de la guerre », c’est la violence, le massacre, l’assassinat, les cadavres, etc.

 

D’accord, dit Lucien l’âne, et comment la chanson se décline-t-elle à partir de là ?

 

Elle progresse par phase, par strophe, dit Marco Valdo M.I. ; ainsi, la première strophe évoque le repas d’un groupe de soldats ; la deuxième développe leurs discussions autour de questions que leur pose leur conscience d’être humains vivant en Zinovie.

 

Ce sont là des questions essentielles, dit Lucien l’âne, qu’il revient à chacun de se poser où qu’il vive ou se trouve. Ce serait bien si les soldats en faisaient leur ordinaire.

 

En effet, reprend Marco Valdo M.I., et peut-être, est-ce le cas, qu’en savons-nous ? De toute façon, si on en croit la suite, ils s’en vont tout droit au massacre

 

« Hourra ! crie le bataillon amnistié.

« Pour la Patrie, pour le Patron,

À l’assaut ! Allez prendre cette ville ! »

Mitrailleuses derrière, devant canons,

On est partis, tous à la file. »

 

et donc, pour eux, tout ça n’aura plus aucun sens.

 

Et tout ça pour quoi ?, demande Lucien l’âne.

 

Et tout ça pour rien, dit Marco Valdo M.I., pour une opération publicitaire du Guide :

 

« Le Guide dit : Pour la Grande Fête,

Objectif officiel, décision importante :

Une glorieuse mission exaltante,

Il nous faut une grande conquête.

Ce n’est pas une opération militaire,

C’est un défilé publicitaire. »

 

M’est avis, dit Lucien l’âne, qu’il y a là une sorte de glorification, d’adulation obligées et rarement atteintes dans l’histoire, sauf par des autocrates délirants, des gens pires que la peste et le choléra réunis, qui ont des millions de morts à leur actif. Et nous, obstinément, nous tissons le linceul de ce vieux monde arrogant, absurde, avide, aboulique et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Obsession du bide : se remplir.

Aucun d’eux n’arrivait

À veiller, ni à dormir.

Les soldats grelottaient,

Pas grand-chose à becqueter,

Le repas fut vite liquidé.

Et les soldats pensaient encore à

Boire, bâfrer, à bouffer n’importe quoi,

Des calories, du bourratif, du réchauffé.

On rêvait éveillés d’avaler

Du rata par gamelles entières,

L’ordinaire de la guerre.

 

L’homme veut être un citoyen.

Ce n’est pas le tout d’en avoir envie,

En a-t-il vraiment les moyens ?

La question se pose en Zinovie.

On discute ferme dans le camp.

Qu’est-ce que l’homme, finalement ?

Qu’est-ce que le bonheur ?

En lui-même, à quoi il pense ? 

L’homme a une conscience,

L’homme a un honneur.

L’homme aspire à la liberté

À décider, à choisir,

À se déplacer, à partir.

 

Le Guide dit : Pour la Grande Fête,

Objectif officiel, décision importante :

Une glorieuse mission exaltante,

Il nous faut une grande conquête.

Ce n’est pas une opération militaire,

C’est un défilé publicitaire.

Reste à savoir à quoi ça sert,

Reste à savoir qui va le faire.

On nous envoie, nous les disciplinaires,

Avec le commando punitif au derrière,

Mitrailleuses, mitraillettes et fusils,

On n’en sortira pas vivants, cette fois-ci.

 

Soudain, un cri puissant, retentissant :

Le commandant hurle : « Mes enfants,

La Patrie est une bonne fille.

Au nom de la Patrie,

Vous êtes tous graciés. »

Hourra ! crie le bataillon amnistié.

« Pour la Patrie, pour le Patron,

À l’assaut ! Allez prendre cette ville ! »

Mitrailleuses derrière, devant canons,

On est partis, tous à la file.

Attention, ce n’est pas une guerre,

C’est une opération militaire.

 

 L’Ordinaire de la Guerre
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29 avril 2022 5 29 /04 /avril /2022 17:53

 

L’ÉTAT ROUILLÉ
 

Version française – L’ÉTAT ROUILLÉ – Marco Valdo M.I. – 2022

D’après la version italienne de Riccardo Venturi – Stato arrugginito – 2020

d’une chanson biéolorusse – Iržavaja dzjaržava – Іржавая дзяржаваLjavon Volski / Лявон Вольскі

Paroles et musique : Лявон Вольскі [Lavon Volski]

 

 

L’ÉTAT ROUILLÉ DE BIÉLORUSSIE
Minsk – Gera More (Photo) – 2017

 

 

Dialogue maïeutique

 

Il y a quelque temps, dit Marco Valdo M.I., les gens d’ici auraient en énormément de mal à situer la Biélorussie.

 

Certes, dit Lucien l’âne, et même, pour une grande part d’entre eux, d’en connaître l’existence. Il y avait une certaine sagesse populaire dans cette relative ignorance du fait que pour presque tous, la Biélorussie était une partie de la Russie. Il faut dire que ce n’est pas vraiment faux, car elle a presque toujours été phagocytée par son grand voisin.

 

Ce qui fait, reprend Marco Valdo M.I., qu’elle est une copie conforme, une sorte de faux clone, une caricature de la Zinovie : avec un Guide et des mœurs d’État, digne du Premier Guide. Il ne fait pas bon de s’opposer ou de contester le guide actuel au pouvoir depuis trente ans qui soutient de tout son poids Les Valeurs d’antan. Comme en Zinovie, on y a vu disparaître contre leur gré ceux qui tentaient de faire vivre le « vrai pays ». Ce que la chanson décrit fort bien quand elle montre l’avenir tel qu’elle le souhaite :

 

« De la fin approche l’heure.

L’État rouillé

Est par le vent pétrifié

Et sur son dos se rétablit

Le vrai pays. »

 

Finalement, comme je peux le voir, dit Lucien l’âne, ce n’est qu’une question de temps.

 

Comme tu dis, Lucien l’âne mon ami, il y a là-bas, aux confins de la Russie, de grands tremblements et on entend craquer cette partie du continent. Même si là-bas, depuis longtemps, la terre est figée, la société s’est arrêtée à l’ère du Guide, les choses bougent. E pur si muove ! À force d’agiter les cailloux de la montagne, il y a comme un risque d’avalanche. Je ne dirai pas plus de cet État rouillé, car je veux laisser à la chanson toute sa force et sa façon.

 

Bien sûr, dit Lucien l’âne, c’est une bonne façon de faire et elle va me forcer à vraiment lire cette chanson, dans sa version française, puisque je ne pipe pas un mot de biélorusse. Pour le reste, tissons le linceul de ce vieux monde figé, branlant, craquelant et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

L’État rouillé

Boit son propre poison.

On ne le sauvera ni par la pitié,

Ni par la calcination.

 

La corrosion du métal

A dévoré son mécanisme vital.

De tous les mouvements possibles,

Seule la descente est accessible.

L’État rouillé

Est par le vent pétrifié

Et sur son dos se rétablit

Le vrai pays.

 

Les prêtres de cette secte de rouille

Instillent leurs mensonges dans vos oreilles ;

N’allez pas les croire,

Ne vous laissez pas avoir.

 

Ils récitent leur mantra :

« La rouille n’existe pas ! »,

Mais tous la voient,

Qu’ils la nient ou pas.

L’État rouillé

Est par le vent pétrifié

Et sur son dos se rétablit

Le vrai pays.

 

État rouillé,

Fissuré et craquelant,

Prison bruissant

De cris terrifiés.

 

Désespoir, douleur,

Espoirs insatisfaits

Et rouille plus que jamais

De la fin approche l’heure.

L’État rouillé

Est par le vent pétrifié

Et sur son dos se rétablit

Le vrai pays.

L’ÉTAT ROUILLÉ
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26 avril 2022 2 26 /04 /avril /2022 17:52

 

Les Puces

 

Chanson française – Les Puces Marco Valdo M.I. – 2022

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

 

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ;


 

Épisode 38

 

 

 

LA PUCE

 

Eugène Zamiatine – 1926

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

 

Les puces, maintenant, dit Lucien l’âne, en voilà encore une de tes histoires ! Ce que je peux en dire moi, c’est que les puces, je ne les aime pas. Quand elles se promènent sur moi, elles me piquent et ça chatouille, ça chatouille et je dois me gratter le prépuce. C’est inélégant et c’est gênant.

 

Lucien l’âne mon ami, on peut te féliciter de ta prescience et dire que tu vas droit au vif de l’affaire, car voici le texte de la chanson qui le prouve :

 

« Le Guide a dit : « Il n’y a pas de puces. »

Aux puces, on ne fait pas la guerre.

La guerre est un secret militaire.

En silence, on se gratte du côté du prépuce. »

 

On dirait, dit Lucien l’âne, que les puces tracassent également le dernier Guide ; n’était-ce pas déjà le cas de « La Puce » et des autres écrits d’Eugène Zamiatine au temps de Joseph Staline ? Si je me souviens bien, tous ses écrits furent interdits et « La Puce » retirée de l’affiche en 1927. Bref, n’est-ce pas une allusion, un retour sur l’image de l’Histoire, une manière de juxtaposer deux situations semblables et de faire ressortir une certaine continuité dans la façon d’exercer le pouvoir ?

 

Il y a de ça, effectivement, répond Marco Valdo M.I., et c’est un renvoi direct à l’histoire récente où il apparaît que la guerre, dont le monde entier est le témoin, cette guerre n’existe pas pour le pays qui la conduit avec tant de pertes et fracas. En tout cas, on le voit ici en Zinovie, le mensonge est l’officielle vérité. Comme on le disait déjà dans La Porte fermée :

 

« En Zinovie, voyez-vous ça,

Pour comprendre la vie,

Il faut apprendre

À marcher la tête en bas. »

 

et ici, on l’intègre à la vie et à l’éducation :

 

« Quand mon enfant grandira,

Il apprendra à vivre la tête en bas. »

 

Évidemment, dit Lucien l’âne, il faut supposer que ce n’est là que pure ironie ou alors, la vie dans la future Zinovie me paraît aussi épouvantable qu’elle me semble à présent y régner. Cela étant, que raconte d’autre la chanson ?

 

Je résume au plus bref, répond Marco Valdo M.I., en disant qu’elle raconte la vie en ville et dans la tranchée durant une guerre, qui comme celle contre les puces, n’a pas lieu. Elle fait entendre des réflexions, sans doute celles de Zinoviens anonymes, sur la Zinovie telle que l’organise le Guide et sur la vie quotidienne telle qu’elle est pour les gens.

 

Voyons voir ça, alors, conclut Lucien l’âne, et puis, tissons le linceul de ce vieux monde infect, infesté, inégal et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

 

 

En ville, il tombe une pluie fine.

Lentement, la journée se termine,

Les courses, la guerre, quel bazar !

Encore une fois, on rentre trop tard.

Avec la guerre, pas de hasard !

Les queues causent les retards.

Et là-bas, dans le trou, tous debout,

Les genoux dans la boue,

On ne peut s’asseoir, se coucher,

Engourdis, inertes, aucune pensée,

On n’a plus envie de manger

Et le vent glacé scie la tranchée.

 

Vous voyez la vie en noir, compagnons.

Partout et toujours, les gouvernants

Ont manié la carotte et le bâton.

Il n’y a là rien d’étonnant.

En Zinovie, on a déjà eu le bâton

Et la carotte ne saurait plus tarder.

Le Guide a bien organisé le pays

Et tout y est génialement réparti :

D’un côté, ceux qui espèrent la carotte

Et reçoivent les coups de bâton ;

De l’autre, ceux qui tiennent le bâton

Et qui reçoivent toujours la carotte.

 

Fils unique, une chambre particulière,

Des habits neufs, la bouffe régulière :

La viande, le poulet, le pain

Et je m’ennuyais bien.

Chez nous, on était onze enfants.

Toujours faim, on s’amusait bien.

On vivait dans la crasse, avec rien.

C’était un sacré bon temps.

Fils, filles, les deux ?

Oui, les deux, c’est mieux !

Les enfants, ça vaut la peine ;

C’est toute notre espèce humaine.

 

Les puces, je ne connais rien de pire.

Une puce, c’est juste un point noir.

Une dizaine de puces, déjà, ça empire.

Des centaines de puces, c’est le cauchemar.

On ne sait où, ni comment, on est piqué.

En Zinovie, parler des puces, c’est risqué.

Le Guide a dit : « Il n’y a pas de puces. »

Aux puces, on ne fait pas la guerre.

La guerre est un secret militaire.

En silence, on se gratte du côté du prépuce.

Quand mon enfant grandira,

Il apprendra à vivre la tête en bas.

 

 Les Puces
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Published by Marco Valdo M.I.
24 avril 2022 7 24 /04 /avril /2022 18:01

 

La Porte fermée

 

Chanson française – La Porte fermée Marco Valdo M.I. – 2022

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

 

 

LA ZINOVIE


Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ;


 

 

Épisode 37

 

 

L’AVENIR RADIEUX

Ilya Kabakoff – 1987

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

 

La Porte fermée, dit Lucien l’âne ; on ne sait jamais ce que cache un titre.

 

Bien entendu, dit Marco Valdo M.I., car le titre est une étiquette ; à la rigueur, une accroche et même peut-être parfois, un accroche-cœur.

 

Et comme on le sait, insiste Lucien l’âne, une étiquette ne dit pas ce qu’il y a dans la bouteille. Je pense que ton mot d’accroche est plus exact.

 

Donc, reprend Marco Valdo M.I., derrière cette porte fermée se cachent des scènes et des personnages de Zinovie. Cela seul est certain. Pour le reste, il faut prendre le temps d’écouter, d’entendre et de découvrir.

 

Évidemment, Marco Valdo M.I. mon ami, mais la question précisément est celle-ci : découvrir quoi ?

 

Eh bien, Lucien l’âne mon ami, mille choses. À commencer par la fable des rats et des poux, qui introduit la chanson. Un récit dont on peut imaginer que le fabuliste prophétise et expose que même les rats peuvent perdre leur paradis et que cette apparente victoire des poux pourra se révéler être une terrible défaite.

En somme, dit Lucien l’âne, l’histoire peut toujours se retourner contre ceux qui veulent la manipuler.

 

En effet, répond Marco Valdo M.I., c’est toujours ainsi avec la chanson, elle suscite l’imagination. Ensuite, le conteur (au fait, qui est-il ? Un anonyme zinovien encore une fois) se met à philosopher à propos de la vie en Zinovie, avec cette idée qu’on avait déjà rencontrée antérieurement quand on parcourait le « Livre Blanc » de Pavel Kohout (Le grand Bond au Plafond), qui montrait le monde à l’envers dans la Tchécoslovaquie soviétisée (de force).

 

« Adam, Adam, mon fils, que fais-tu au plafond ?
Ne dis pas le contraire, je te vois
Et j’ai peur, j’ai si peur pour toi.
Adam, Adam, mon fils, que fais-tu au plafond ? »

 

Et donc en Zinovie aussi, on se doit de marcher au plafond, si on veut garder son humanité :

 

« En Zinovie, voyez-vous ça,

Pour comprendre la vie,

Il faut apprendre

À marcher la tête en bas. »

 

Oh, dit Lucien l’âne, quand même, ça fait déjà un bout de temps qu’on s’était passionnés pour cette histoire d’homme qui marchait au plafond ; mais, en effet, il y a comme un lien de parenté : quand on marche au plafond, on a forcément la tête en bas et inversement.

 

Mieux encore, dit Marco Valdo M.I., on peut mettre en parallèle la morale de la troisième strophe :

 

« Moi, j’ai pris le plus petit

Pour satisfaire ma règle de vie morale

Et refuser la concurrence sociale. »

 

avec cette pensée d’Adam, l’homme qui marchait au plafond (La Genèse d’Adam)

 

« En dépit des supplications et des injonctions
Adam refusait toute compétition
Adam disait : Je n’ai qu’une ambition
Apprendre à ne pas avoir d’ambition. »

 

Et finalement, la dernière strophe, demande Lucien l’âne, que conte-t-elle ?

 

Elle, répond Marco Valdo M.I., elle parle du Guide, du Premier Guide et de son héritage. En fait, ce Premier Guide, c’était Stalone, de son vrai nom Jizef Stalone qu’on a surnommé Stal et le dernier Guide est Clodomir Foutine, qu’on surnomme le Clodo.

 

« Au commencement était le premier Guide ;

Il a vaincu tous ses ennemis ;

Il a éliminé tous ses amis ;

Il a libéré les anciens de l’éden de Dieu

Pour imposer le paradis de l’avenir radieux. »

 

Elle parle du danger de l’édénisation du monde par les prometteurs d’avenir ; l’édénisation est le mot que disait déjà Victor Hugo dans Les Misérables pour désigner les futurs paradisiaques.

 

Oui, dit Lucien l’âne, depuis tellement longtemps que les religieux, les prophètes, les prometteurs de futurs enthousiasmants bassinent le monde et escroquent les gens avec leurs utopies paradisiaques, des univers à venir toujours futurs, l’humanité aurait dû les mettre tous au rencart. Ce qui est consternant, c’est qu’on voit bien que ces mondes fallacieux, fondés sur l’espoir et l’espérance, continuent à séduite les peuples et tant qu’il en sera ainsi, les promesses et les croyances mèneront les gens par le bout du nez vers les pires catastrophes. Quant à nous, nous qui ne croyons pas, nous qui ne croyons à rien, sans jamais céder aux espoirs, nous tissons le linceul de ce vieux monde perclus, reclus, racoleur, raccrocheur et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Les poux envahiront les rats,

Les rats alors partiront.

Ainsi, le paradis des rats cessera

Et faute de rats, les poux mourront.

La porte de l’atelier fermée,

Tombe une neige mouillée,

Taupes dans la rue trouble,

Les autos aux yeux doubles,

Dans la nuit banale, nuit bancale,

Éclaboussent les silhouettes pressées,

Des ombres à peine esquissées,

Voilées de boue et d’eau sales.

 

On peut en toute logique

Contredire les règles logiques.

Mais si on veut atteindre la vérité,

On doit les respecter.

En Zinovie, voyez-vous ça,

Pour comprendre la vie,

Il faut apprendre

À marcher la tête en bas.

On peut violer les règles de vie,

Mais si on veut garder son humanité,

Les respecter est une nécessité.

C’est un principe ignoré en Zinovie.

 

Au réfectoire du régiment,

Huit par table, règlement.

Moment essentiel de ma vie :

Un soir, à l’armée, en Zinovie,

Une miche de pain

À partager entre copains.

Le chef coupe des morceaux :

Un gros et des petits.

Dans le gros, il plante son couteau.

Moi, j’ai pris le plus petit

Pour satisfaire ma règle de vie morale

Et refuser la concurrence sociale.

 

Légende de Zinovie, Zinovie de légende.

Au commencement était le premier Guide ;

Il a vaincu tous ses ennemis ;

Il a éliminé tous ses amis ;

Il a libéré les anciens de l’éden de Dieu

Pour imposer le paradis de l’avenir radieux.

Alors, grâce à ses hauts faits,

La Zinovie a connu un immense progrès.

Rumeur, rumeur de Zinovie, rumeur.

Le Premier Guide n’a pas existé ;

À se demander par qui le bonheur

A pu autant nous infecter.

 

 

 La Porte fermée
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