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25 novembre 2021 4 25 /11 /novembre /2021 17:15
DORS, ENFANT, DORS !


Version française – Dors, enfant, dors ! – Marco Valdo M.I. – 2021

d’après la version italienne d’Alberto Scotti d’une

Chanson italienne (napolitain) – Ninna nannaTeresa De Sio – 2007
 

« La berceuse [la barcarolle, la comptine, la lalalaire, la lallation, la litanie, la ritournelle, la cantilène, particulièrement, dans sa version italienne de ninna-nanna] est une forme très répandue dans la musique populaire. Ici, Teresa en construit une dans son style personnel. Une chanson de protection pour tous les enfants abandonnés dans le monde, mais aussi une véritable chanson d’amour. » (extrait des notes de présentation du disque)

 

 

 


 

 

 

Dialogue maïeutique

 

Je pense, Lucien l’âne mon ami, qu’on en dit jamais assez l’importance de l’enfance et de la prime enfance pour le devenir d’une espèce vivante – en l’occurrence, l’espèce humaine. D’abord, c’est le moment où la population humaine (c’est pareil pour les autres) est la plus importante en nombre – c’est là une vérité mathématique la plus incontestable, mais aussi en ce que l’enfance porte tous les espoirs et tous les avenirs.

 

Mathématique, dit Lucien l’âne, c’est une évidence à voir tous les êtres qui ne vont pas au-delà de leur enfance et de leur petite enfance ; ils avaient pourtant commencé à vivre et voilà, c’était déjà fini. C’est d’ailleurs aussi vrai pour tout le monde tant la vie va vite, tant la vie, aussi longue soit-elle – est courte ; tiens, prenons le cas de l’insecte le plus éphémère, sa vie en soi vaut toutes les vies et a, vue de l’intérieur de l’insecte, la durée complète d’une vie ; dès lors, cent ans, la belle affaire, on n’a pas le temps d’en faire tant, on a juste le temps de les voir passer. Mais enfin, on dirait que la vie, c’est comme la nuit : on ferme un œil et c’est demain.

 

Soit, reprend Marco Valdo M.I., cependant, elle est beaucoup plus courte pour le nouveau-né qui meurt au berceau que pour l’ancêtre qui meurt dans la maison de repos – comme on appelle aujourd’hui, l’asile pour vieillard et que nous nommons habituellement avec beaucoup de réalisme, le mouroir. Quant à mourir, hormis l’âge qui ne saurait être mis en cause, outre la maladie ou la malformation, le nouveau-né a le choix, on le tue à coups de poings, de pieds, de bâton, de marteau, de bouteille, de couteau, de fusils, de bombes et que sais-je encore.

 

Ou alors, dit Lucien l’âne, de faim, de soif, de froid, de chaud, de feu, de maladie, d’abandon, j’arrête là, on ne peut venir à bout de pareille énumération.

 

 

C’est ce que dit la chanson, continue Marco Valdo M.I., quand elle signale :

 

« Si le monde ne les aime pas, le loup va les manger ;

Comme les feuilles en automne, ils vont tomber. »

 

Mais la chanson se veut protectrice et rassurante et elle peut l’être pour l’enfant à qui elle est chantée doucement à l’oreille.

 

C’est déjà ça, dit Lucien l’âne, c’est un enfant qui a de la chance, celui qui l’entend comme ça. Il peut dormir tranquille, en effet. Au fait, la chance a ceci de particulier, c’est qu’on ne peut la distribuer, on ne peut la partager ; c’est comme la vie, on l’a ou on ne l’a pas. Point. Quant à nous, tissons le linceul de ce vieux monde inique, cynique, comique, atomique et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Viens ici, donne-moi la main,

Laissons dehors le monde et sa clique.

Dans la nuit, déjà s’épand serein

Un air de musique.

 

Dors, enfant, dors !

Comptons les heures une à une ;

Même s’il fait encore noir dehors,

Dans ta chambre, le soleil salue la lune,

Même s’il fait noir encore.

 

Et dors, dors aussi toi

Qui n’es plus un enfant ;

Dors, dors et sois content,

Car moi, je suis près de toi,

Car moi, je suis avec toi.

 

Dors et tais-toi, tais-toi,

Que le diable ne t’entende pas,

Surtout ne te montre pas, ne te montre pas.

Et alors, il ne pourra rien te faire,

Il ne pourra rien te faire.

 

Et dors, dors aussi toi

Qui n’es plus un enfant ;

Dors, dors et sois content,

Car moi, je suis près de toi,

Car moi, je suis avec toi.


Comme tous les enfants du monde, dors !

Si le monde ne les aime pas, le loup va les manger ;

Comme les feuilles en automne, ils vont tomber.

Il faut chanter plus fort.

Dors, enfant, dors !


Et dors, dors aussi toi

Qui n’es plus un enfant ;

Dors, dors et sois content,

Car moi, je suis près de toi,

Car moi, je suis avec toi.

 

 

 

DORS, ENFANT, DORS !
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Published by Marco Valdo M.I.
24 novembre 2021 3 24 /11 /novembre /2021 10:58
AUX SOLDATS INCONNUS

 

Version française – AUX SOLDATS INCONNUS – Marco Valdo M.I. – 2021

Chanson italienne – Al milite ignotoClaudio Lolli1975

Texte et musique : Claudio Lolli
Da « Canzoni di rabbia »


 

VERDUN – TABLEAU DE GUERRE

Félix Valloton – 1917


 

Dialogue maïeutique


 

L’autre jour, Lucien l’âne mon ami, quand on dialoguait à propos de ces deux chansons de Bert Brecht : Erster Bericht über den Unbekannten Soldaten unter dem Triumphbogen (Version française – PREMIER RAPPORT SUR LE SOLDAT INCONNU SOUS L’ARC DE TRIOMPHE) et Zweiter Bericht über den Unbekannten Soldaten unter dem Triumphbogen (Version française – DEUXIÈME RAPPORT SUR LE SOLDAT INCONNU SOUS L’ARC DE TRIOMPHE), j’avais énoncé l’idée suivante : « cette figure nébuleuse du soldat inconnu qui, sous les flonflons et les tralalas des commémorations – qui servent à mettre en valeur ceux qui commémorent, réduit le massacre millionnaire à une exécution capitale. Encore une fois, cet inconnu solitaire cache la forêt des assassinés. »

 

Je me souviens très bien, dit Lucien l’âne, car elle m’avait paru très pertinente, même si je n’y avais jamais pensé auparavant. Ramener des millions de morts à un seul pour en faire l’objet d’une cérémonie a quelque chose de terriblement réducteur ; que sont donc devenus tous les autres ? Pertes et profits de l’Histoire.

 

C’était aussi mon sentiment, Lucien l’âne mon ami, ce soldat inconnu efface toutes les autres morts, car chacun meurt seul et pour soi-même. Ainsi le chantait Jacques Brel : « Seul » :

 

« On est mille contre mille
À se croire les plus forts,
Mais à l’heure imbécile,
Où ça fait deux mille morts,
On se retrouve seul. »

 

De plus, à la guerre, on meurt seul, pour soi-même certes, mais au profit d’autres – voir à ce sujet, Le petit Commerce de Boris Vian – et en général, contre son gré. Chaque mort se serait volontiers passé de mourir. Donc, tout ça se résume à ceci : on commémore en une fois et puis, baste. Cadavres déjà perdus, dissous dans le rien, toutes ces vies ramenées à un ectoplasme. À partir de là, quand on s’est rendu compte de cette supercherie, allons-nous nous aussi l’assumer ? Et donc que faire face à une autre chanson, de Claudio Lolli celle-ci, qui parle aussi du « soldat inconnu » ? C’est pour ça, que j’ai décidé de ne pas ignorer les millions de soldats inconnus et de faire parler la version française à tous ces inconnus morts à la guerre, à tous ces assassinés.

 

Pour le reste, dit Lucien l’âne, on écoutera la chanson, on lira ta version française et puis, on reprendra notre tâche et tissera le linceul de ce vieux monde sourd, gourd, aveugle, inintelligent et cacochyme.

 

Heureusement !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

Je sais qui vous a poussé à partir

Et ce n’était pas un désir de gloire,

Je sais que vous ne vouliez pas mourir,

Ni laisser un souvenir pour l’histoire.


Je sais qui est venu vous chercher,

Jusque dans les champs, dans les prés,

Je sais, il n’y avait rien à opposer,

Aux hommes d’un fusil armés.

 

Je sais qui vous a regardé partir,

Sirotant un verre de vin blanc ;

Ce fut le même qui est venu dire,

Que vous partiez content comme un enfant.


Mais je sais que ça vous déplaisait,

Que ce n’était pas votre guerre

Et du reste, rien ne vous appartenait,

Pas même ce morceau de terre.

 

Ils ont choisi la terre la plus triste,

Celle qui avait coûté le plus cher,

Celle où des milliers d’entre vous sont tombés,

Celle qui vous accueille et de tombe, vous sert.


La terre la plus rouge, ils ont choisie,

Celle qui a coûté le plus de vies

Et dans laquelle seules vos ossatures

Disent encore vos blessures.


Ils l’ont offerte à une folle patrie,

Pour évacuer sa douleur.

Ils ont payé vos années de vie

D’un anonyme grand honneur.


Morts à la guerre, vous y avez laissé vos jours,

Alors aujourd’hui, vous êtes les soldats inconnus

Et personne ne sait comment vous avez perdu

Votre nom pour toujours.

 

Vous n’êtes pas inconnu de vos camarades.

Avec qui vous avez travaillé,

Vous n’êtes pas inconnu de la femme

Qui tant de nuits vous a espéré.

 

Vous ne serez pas inconnu de vos amis,

Qui vous consacrent les blanches nuits,

En souvenir de ces heureux soirs

Où vous pouviez vous offrir à boire.
 

Par contre, vous êtes inconnus de ceux-là,

Pour qui tout cela fut une affaire,

Et qui chantant, nous sommes tous frères,

Vous évoquent au pied d’une croix.

 

Comme vous êtes sûrement inconnus des mains

De cet illustre vivant bien pensant

Qui viendra cracher demain,

D’autres fleurs sur vos monuments.

AUX SOLDATS INCONNUS
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Published by Marco Valdo M.I.
22 novembre 2021 1 22 /11 /novembre /2021 15:11

 

L’Endémie

 

Chanson française – L’EndémieMarco Valdo M.I. – 2021

 



LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ;
Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ;

Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire

 

Épisode 6

 

 

UN RUSSE

Semion Faïbissovitch – 1991

 

 

 

Dialogue maïeutique

 

 

Donc, Lucien l’âne mon ami, on poursuit notre voyage d’exploration de la Zinovie. Ainsi, la Zinovie est un immense pays qui se doit d’être situé nulle part ou partout, au choix. Il est affublé d’une autre caractéristique intrigante : il est en même temps présent dans plusieurs époques. C’est un pays imprécis un peu comme une photo ou une peinture dont on précise les détails au fur et à mesure où on les examine et aussi, qu’on les déplace dans le temps. La Zinovie est un pays évanescent.

 

Houlà, dit Lucien l’âne, comment faire pour la fixer ?

 

En fait, répond Marco Valdo M.I., il est question d’ajouter son lorgnon, en quelque sorte ou de régler son objectif ; le plus simple est évidemment d’user d’un mode automatique. Pour cette endémie, par exemple, il est certain qu’elle se diffuse sur l’ensemble du territoire et percole même au-delà dans le monde et dans le même temps, elle s’étend sur plusieurs époques du pays ; un des signes est la présence d’un « guide » à la tête de la nation.

 

Mais, dit Lucien l’âne, comme je comprends la Zinovie, un guide, ce peut aussi bien être un tsar ou le dernier dirigeant en date qui s’accroche au pouvoir.

 

De fait, dit Marco Valdo M.I., il faut bien reconnaître dans cette Zinovie, un avatar de la Russie dont elle rapporte les faits et les événements. En ce cas, on peut imaginer que le guide est un élément permanent, une sorte d’invariant de cette histoire jusqu’aujourd’hui. C’est du moins ce qu’on peut constater dans le réel.

 

Oh, dit Lucien l’âne, on pourrait presque faire une litanie en « ine », une trilogie épique : « Lénine, Staline, Poutine ».

 

C’est assez vraisemblable, dit Marco Valdo M.I., et cette inertie de l’ensemble de la société russe transcende les époques, même si elle intègre progressivement, en les surajoutant, des éléments nouveaux. Le guide reprend généralement les caractères, les pouvoirs et les méthodes des précédents. Il ne peut se maintenir en place qu’à cette condition. Pour changer sa fonction, il faudrait qu’il change le système qui l’a mis au pouvoir et qui lui donne sa force, le système ne veut pas changer. La règle essentielle est celle énoncée par Tancrède dans Le Guépard de Lampedusa : « Il faut que tout change pour que rien ne change » – je cite de mémoire, mais le sens est bien celui-là.

 

Soit, dit Lucien l’âne, l’inertie profonde des sociétés humaines tient à la différence de temporalité entre la durée de vie individuelle et celle des grands ensembles de populations. Peut-être aussi au fait que les vraies mutations se doivent d’être le résultat de millions ou qui sait, de milliards de mutations individuelles ; sans compter que ces mutations sont – sur le moment – imperceptibles. Cela dit, tissons le linceul de ce vieux monde grippé, grognon, grinçant, grotesque et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

 

 

 

Cette endémie de surveillance

Agace depuis tant et tant de temps,

Dit le dissident, combattant

Émérite, à l’assistance –

Farcie de mouches vigilantes.

Cette critique des instances dirigeantes,

Quelle impudente imprudente inconscience !

Ah, dit le mouchard, en confidence,

Moi, je suis prêt à renoncer

À tous les biens, à tuer le guide de la nation,

À lancer des bombes, à m’immoler.

Mais comment rejoindre l’Organisation ?

 

Elle n’existe pas cette Organisation ;

Il est juste question de s’entendre

Et d’apprendre à comprendre.

Au commencement était la réflexion.

Officiellement, chez nous, tout va bien ;

Alors, pourquoi tout va si mal ?

C’est tout à fait normal ;

C’est ainsi, on n’y peut rien.

Personne ne prend au sérieux les salades

Des journaux, des radios et des télés ;

Personne ne croit les rodomontades

De notre Guide bien-aimé.

 

Miracle de l’information,

Chez nous, tout le monde sait

Assez sur la production

Des tissus, des grains, des minerais.

On sait jusqu’à l’indigestion

Tout des statistiques de la nation,

Mais on ne sait rien

De tous nos concitoyens

Qui s’évaporent soudain.

Notre Guide soucieux de notre bien

Nous rassure. Ne vous inquiétez pas,

Tout est conforme à la loi.

 

Pour les autorités, que sont les dissidents ?

Des fous, des escrocs, des bandits ; c’est éculé.

Par les autorités, les espions sont les plus appréciés.

Les complots passionnent les gens

Et les répressions terrifient et font taire

Le peuple entier et les fonctionnaires.

L’intellectuel, quant à lui, peut choisir :

Soit il applaudit les autorités, accuse les dissidents,

Trahit ses amis, soit il fait pire.

La vie est belle et notre temps exaltant.

Pour trente ans de travail,

Papa a reçu une médaille.

 

 

 

 

L’Endémie
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Published by Marco Valdo M.I.
20 novembre 2021 6 20 /11 /novembre /2021 17:44

 

DEUXIÈME RAPPORT SUR LE SOLDAT INCONNU SOUS L’ARC DE TRIOMPHE

 

Version française – DEUXIÈME RAPPORT SUR LE SOLDAT INCONNU SOUS L’ARC DE TRIOMPHE – Marco Valdo M.I. – 2021

Chanson allemande – Zweiter Bericht über den Unbekannten Soldaten unter dem TriumphbogenBertolt Brecht – ça. 1920.


Texte de Bertolt Brecht, dans le recueil « Lieder Gedichte Chöre, 1918-1933 », publié en 1934.

Musique de Kurt Weill, quatrième mouvement de la cantate pour ténor, baryton, chœur de trois voix d’hommes et orchestre intitulée « Das Berliner Requiem », qu’il a composée en 1928.

Deuxième partie de Erster Bericht über den Unbekannten Soldaten unter dem TriumphbogenVersion française – PREMIER RAPPORT SUR LE SOLDAT INCONNU SOUS L’ARC DE TRIOMPHE.


 



 

Ici, Brecht abandonne le grotesque et admet qu’il ne pourra jamais y avoir de résurrection pour ce soldat qui a été assassiné, massacré, déchiré et rendu ainsi inconnu. Il n’y aura jamais de jugement dernier. Alors vous, maudits qui l’avez tué, vous pouvez dormir tranquilles, mais au moins enlevez cette pierre tombale, cet arc de triomphe, et arrêtez vos hymnes de victoire inutiles et scandaleux qui me blessent, moi qui chaque jour continue à me demander : pourquoi n’êtes-vous pas ceux qui sont morts, pourquoi n’avez-vous pas été tués ? Pourquoi pas ?


 

LA VEUVE DU SOLDAT INCONNU

Otto Dix – 1922

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Il y a quelques jours, c’était hier presque, Lucien l’âne mon ami, nous avons longuement parlé du Soldat Inconnu et de son étrange histoire. Son titre indiquait que c’était le « PREMIER RAPPORT SUR LE SOLDAT INCONNU SOUS L’ARC DE TRIOMPHE ». Cette fois, voici le deuxième. C’est une vraie lamentation, dit Marco Valdo M.I.

 

Oui, dit Lucien l’âne, ce pourrait être le discours de la veuve, un discours qui sonne comme un glas, un glas de vengeance :

« Chaque jour vient me rappeler

Que vous vivez encore

Vous, vous qui morts

Ne l’êtes toujours pas.

Et pourquoi ? Pourquoi pas ?

 

On n’en dira pas plus, il suffit de la lire. Alors, tissons le linceul de ce vieux monde triste, souffrotant, égrotant, râlant et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 


 


 


 

Tout ce que je vous ai dit

Sur le meurtre et la mort du Soldat inconnu

Et son visage détruit,

Et sur les efforts de ses assassins bien connus,

Pour empêcher son retour ici

Est vrai,

Mais lui, il ne reviendra jamais.


 

Son visage était aussi vivant qu’il se put,

Jusqu’à ce qu’il soit écrasé et qu’il ne le fut plus.

Et il ne fut

Jamais dans ce monde revu,

Ni entier ni écrasé,

Ni aujourd’hui, ni à la fin de la journée,

Et sa bouche désarticulée,

Ne parlera jamais au Jugement dernier.


 

Il n’y aura pas de procès,

Mais votre frère

Est mort, et mort au-dessus de lui le grès,

Et je regrette

Tout sarcasme, et je retire ma plainte.


 

Mais je vous prie, maintenant

Que vous l’avez tué,

Silence ! Silence ! À présent

Qu’il est mort, ne commencez pas à discuter.

Je vous prie, car vous l’avez

Vous aussi tué :


 

Ôtez au moins

La pierre qui pèse sur lui,

Car ce cri de triomphe vain

À moi qui

Ne cesse de m’attrister

Et qui ai déjà oublié le tué,

Chaque jour vient me rappeler

Que vous vivez encore

Vous, vous qui morts

Ne l’êtes toujours pas.

Et pourquoi ? Pourquoi pas ?


 

DEUXIÈME RAPPORT SUR LE SOLDAT INCONNU SOUS L’ARC DE TRIOMPHE
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Published by Marco Valdo M.I.
18 novembre 2021 4 18 /11 /novembre /2021 12:16


 

PREMIER RAPPORT SUR LE SOLDAT INCONNU SOUS L’ARC DE TRIOMPHE

 

Version française – PREMIER RAPPORT SUR LE SOLDAT INCONNU SOUS L’ARC DE TRIOMPHE – Marco Valdo M.I. – 2021

Chanson allemande – Erster Bericht über den Unbekannten Soldaten unter dem TriumphbogenBertolt Brecht – ça.1920

Texte de Bertolt Brecht, dans le recueil « Lieder Gedichte Chöre, 1918-1933 », publié en 1934.

Musique de Kurt Weill, quatrième mouvement de la cantate pour ténor, baryton, chœur de trois voix d’hommes et orchestre intitulée « Das Berliner Requiem », qu’il a composée en 1928.

 

SOLDATS INCONNUS

Otto Dix – 1934


 

Un poème, transformé par Kurt Weill en chanson, qui fait la paire avec la Legende vom toten Soldaten de 1918 et la surpasse dans son ironie féroce et grotesque déjà inégalée. , le soldat mort était “ressuscité” une fois la guerre presque terminée, afin qu’il puisse se joindre aux tambours de la propagande et mourir héroïquement une seconde fois ; ici, en revanche, un simple soldat, un pauvre homme, est choisi et tué par d’autres – de toutes les nationalités, d’ailleurs – son corps est horriblement dépecé pour le rendre méconnaissable et ainsi devenir le « soldat inconnu », puis il est enterré avec tous les honneurs sur une lourde pierre tombale et même sous un arc de triomphe, pour que, avec tout ce poids, le soldat assassiné ne puisse jamais se relever pour obtenir justice, pour dire ce qu’était la guerre, ce que fut son meurtre, son sacrifice inutile au nom de Dieu et à la gloire des puissants…

 




 

Dialogue Maïeutique

 

Bien sûr, dit Marco Valdo M.I., comme tout le monde, tu connais le soldat inconnu.

 

Oh, répond Lucien l’âne, tu galéjes. Comment veux-tu que je le connaisse vu que comme son nom l’indique, il est inconnu. Et puis, raisonnons un peu : n’y en a-t-il eu qu’un seul ? Ou un seul par pays ?

 

Dès lors, reprend Marco Valdo M.I., à supposer cette dernière hypothèse d’un soldat inconnu par nation, si par la suite, les pays se sont divisés en plusieurs nouvelles entités patriotiques, se sont-ils partagé le soldat inconnu ? A-t-on divisé et réparti les restes de cet inconnu national ? Ce serait légitime, il me semble, car autrement, un des nouveaux pays (ou plusieurs) n’aurait plus de soldat inconnu à célébrer ou devrait aller le célébrer dans un autre pays – impensable, surtout si la séparation a séparé des populations de langues ou de cultures différentes.

 

Quand même, souviens-toi, Marco Valdo M.I. mon ami, Il est bien aussi en ces temps où on ne saurait ignorer la moitié de l’humaine nation de se remémorer Allain Leprest et sa chanson évoquant le destin de la Veuve du Soldat inconnuune personne bien leste et qui a laissé une kyrielle de bébés inconnus nés de ses amours avec des soldats inconnus. Ces ex-bébés sont sans doute ces inconnus qu’on croise parfois dans les rues ou leurs descendants.

 

C’est un problème considérable, Lucien l’âne mon ami. D’abord, ton raisonnement manque de cohérence. Ainsi, il convient de poser comme fait de base de la réalité qu’il existe des tas de soldats inconnus et pas seulement de malheureux solitaires gisant sous des arcs de triomphe, mais des myriades reposant dans les bois, dans les champs, dans les montagnes, dans les vallées, aux fonds des lacs, des rivières, des mers, des océans ; ils sont des millions depuis le temps qu’on les accumule et corollairement, il doit y avoir également tant et tant de veuves et conséquemment, tant et tant d’enfants inconnus qu’on croise dans les rues sans même savoir qu’ils sont inconnus.

 

Oh, s’exclame Lucien l’âne, je l’imagine très bien. Mais qu’en est-il de cette chanson ?

 

Eh bien, Lucien l’âne mon ami, pour le savoir, il te suffit de la parcourir et pour en savoir plus, de réfléchir. Par exemple à ceci qu’elle envisage un soldat inconnu (un seul !) pour l’ensemble des pays engagés dans la guerre – ici, la guerre de 14-18.

 

Bien, dit Lucien l’âne, mais en faudra-t-il un par guerre ?

 

N’embrouille pas l’affaire, dit Marco Valdo M.I., c’est déjà assez alambiqué comme ça. Donc, je disais un par pays, mais même ainsi, c’est flou. Il y a des régiments entiers de soldats venus des colonies et imagine que ce soldat inconnu soit un de ceux-là.

 

Certes, dit Lucien l’âne, le nationalisme local en prendrait un fameux coup et puis, maintenant, il faudrait les rapatrier et alors, on n’aurait plus de soldat inconnu. Quel bazar, ça ferait !

 

Oui, rétorque Marco Valdo M.I., et on n’a pas encore pris en compte les femmes-soldats, car l’époque, ce n’était pas encore dans les mœurs, sans compter qu’on ignore totalement les civils. Enfin, pour en revenir à la chanson, ce qu’elle raconte a toutes les allures d’une chasse à l’homme, d’un hallali continental cernant un gibier unique et symbolique. Elle produit cette figure nébuleuse du soldat inconnu qui, sous les flonflons et les tralalas des commémorations – qui servent à mettre en valeur ceux qui commémorent, réduit le massacre millionnaire à une exécution capitale. Encore une fois, cet inconnu solitaire cache la forêt des assassinés.

 

Certes, dit Lucien l’âne, ramener le cataclysme à ce soldat fantomatique est une manière de réduire à néant la monstrueuse responsabilité de l’extermination de masse. C’est un de ces multiples leurres qui fait perdre de vue que tout se tient dans la Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants font aux pauvres pour assurer leur pouvoir, renforcer leur domination, multiplier leurs richesses, accroître leurs profits et asseoir leurs privilèges. Mais en voilà assez, tissons le linceul de ce vieux monde assassin, guerrier, massacreur, avide et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

Des montagnes et des océans,

On est venus pour le tuer.

On l’a lié avec des cordes, le traînant

De Moscou à Marseille, sans nous arrêter

Et on avait des canons pour le détruire

Au cas où, nous voyant venir,

Il aurait voulu s’enfuir.

 

Pendant quatre ans, on était rassemblés ;

Abandonné notre travail, restés

Dans les villes en ruine, on s’interpellait

En diverses langues, des montagnes à l’océan,

Pour savoir où il était.

On le tua finalement, après quatre ans.


On était là, tous,

Ceux- nés pour le voir et à sa mort,

Ceux-là se tenaient autour de lui encore.

Ceux-là, c’étaient nous tous.

La femme, qui au monde l’avait mis,

S’était tue quand nous l’avons pris.

Qu’on arrache son sein,

Amen ! Fin.

 

Et quand enfin on l’a tué,

Nous l’avons fait tomber ;

Sous nos poings, il a perdu son visage.

Rendu ainsi méconnaissable,

Il n’était plus un fils de l’homme.

 

On l’a ressorti de la terre,

Ramené dans notre ville,

Enterré sous la pierre,

Sous un arc de triomphe,

Qui pesait mille tonnes,

Pour que le soldat inconnu,

Métamorphosé, ne se relève plus

Et qu’au jour du jugement,

Devant Dieu, marchant

À nouveau dans la lumière,

Il nous désigne,

Nous les connus, à la justice.

PREMIER RAPPORT SUR LE SOLDAT INCONNU SOUS L’ARC DE TRIOMPHE
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Published by Marco Valdo M.I.
16 novembre 2021 2 16 /11 /novembre /2021 09:55

 

Les Héros de l’Histoire

 

Chanson française – Les Héros de l’HistoireMarco Valdo M.I. – 2021

 

LA ZINOVIE

 

est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ;
Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ;

Épisode 4 : Le Paradis sur Terre

 

Épisode 5

 

 

 

LA GUERRE ORDINAIRE

Vers 1943 – Nikolaï Prissekine

 

 

 

 

 

Dialogue maïeutique

 

Comme tu le sais sans doute, Lucien l’âne mon ami, il y a eu la guerre, une guerre terrible, comme au demeurant le sont toutes les vraies guerres réelles.

 

Oui, dit Lucien l’âne, je le sais et je sais très bien que les guerres sont terribles et qu’il y en a tout le temps et qu’il y en a eu un peu partout. Mais au fait, de quelle guerre parle la chanson ?

 

De quelle guerre, en effet ?, répond Marco Valdo M.I. ; c’est une affaire alambiquée que de répondre à ta question, car comme tu vas le voir, cette chanson parle de toutes les guerres, de la guerre en général et de la dernière grande guerre mondiale à laquelle avait participé Alexandre Zinoviev, principalement comme aviateur. Il avait commencé comme tankiste, c’est-à-dire comme cavalier, mais par la suite, au moment de la guerre, on l’avait versé dans l’aviation du fait qu’il savait lire et écrire ; disons qu’on avait recruté ceux qui avaient ceux qui avaient fait des études secondaires pour en faire des pilotes. Cela même si, dès le début des hostilités, il n’y avait quasiment plus d’avions. Comme pour tout le reste, la guerre avait très mal commencé pour l’aviation. Mais je m’égare, il n’est pas question de cette affaire d’avions dans la chanson, sauf l’allusion au lieutenant, qui fait marcher au pas ses aviateurs cloués au sol :

 

« Le lieutenant a peur du front :

Un, deux ! Un, deux ! Marquez le pas !

On comprend ses hésitations.

Mais quand même, on l’y enverra. »

 

Bon, dit Lucien l’âne, tout ça est fort peu clair. Résumons : ça parle de guerre, soit ; mais qui sont ces Héros de l’Histoire dont fait état le titre ?

 

En deux mots, reprend Marco Valdo M.I., les Héros de l’Histoire sont ceux qui après la guerre seront considérés, fêtés, promus et honorés comme tels. Comme je te vois le penser, ce sont – c’est indispensable – ceux qui sont sortis vivants de cette pagaille. Il faut toutefois noter que ces Héros n’ont survécu au grand massacre que parce qu’ils n’y sont pas allés. Disons qu’ils sont allés au front arrière, celui où en plus, ils ont pu se faire voir et obtenir de belles promotions, sans compter qu’ils y étaient envoyés sur ce « front arrière », car ils bénéficiaient de protections.

 

Oh, c’est souvent comme ça dans les guerres. On fête ceux qui sont encore là après ; pour les morts, il est difficile de les faire défiler et de les congratuler.

 

Quoique ! Lucien l’âne mon ami, je me souviens de certaine chanson de Bertolt Brecht où on remettait en route un soldat mort. Elle s’intitulait d’ailleurs très opportunément : « Legende vom toten Soldaten » et sa version française : « La Légende du Soldat mort ». On pouvait y lire ceci :

 

« Devant la musique et les grosses caisses
Jouait une marche militaire.
Et le soldat, comme il avait appris à le faire,
Levait les jambes jusqu’à ses fesses. »

 

Dans tous les cas, une chose est certaine, les « types ordinaires » ne sont jamais des « Héros de l’Histoire ». Ces deux catégories ne se mélangent pas, elles s’excluent mutuellement et elles apparaissent ainsi dans la chanson :

 

Catégorie 1 - : « Ceux qui ont fait la grande dernière

Étaient des types ordinaires.

Catégorie 2 - : « À la fin, on nous couvre de gloire.

Nous sommes les Héros de l’Histoire. »

 

En effet, dit Lucien l’âne, mais d’un autre côté, qu’est-ce qu’on en a à foutre d’être des Héros de l’Histoire ? Tout comme je me demande ce que nous pourrions bien faire de l’héroïsme, de l’Histoire et de la Gloire ? Par les temps qui courent et dans le monde tel qu’il va, je trouve déjà bien beau qu’on vit et bien content d’être ton ami. Alors, tissons le linceul de ce vieux monde héroïque, historique, hystérique, bancal, bancroche, tortu, cagneux et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

Se préparer à la guerre, c’est

Se préparer à défendre ses arrières ;

Se préparer à l’attaque, c’est

Se préparer à vaincre l’adversaire,

Se préparer à tuer,

Se préparer à être tué,

Se préparer à fuir,

Et se préparer à mourir,

C’est le lot de l’humanité.

À la guerre, il faut se préparer

Avec des conserves, du sel et du savon

Pour laver la suie des explosions.

 

La guerre, c’est les arrières,

Surtout les arrières.

On vit beaucoup mieux la guerre

Quand on la voit de derrière.

À l’avant, c’est terriblement mortel ;

On y vit jamais longtemps.

Comme disait le colonel :

Il n’y a rien de plus tuant

Que le front, face à l’ennemi.

Là-bas, c’est quasiment forcé,

C’est le massacre garanti.

On est tué ou au moins, estropié.

 

Le lieutenant a peur du front -

Un, deux ! Un, deux ! Marquez le pas ! –,

On comprend ses hésitations,

Mais quand même, on l’y enverra.

Ceux qui ont fait la grande dernière

Étaient des types ordinaires.

Après les expériences révolutionnaires

Et toutes ces années de misère,

Dans le pays ravagé,

Il fallait refaire tout.

On ne peut que remonter

Du fond d’un trou.

 

Ah mais, il y a le faux front,

Un front bien caché au fond.

C’est un arrière camouflé

Où on vit bien et en sécurité.

Là, on dispose

Sans danger des mille choses

Qui rendent agréable la vie :

Nourriture, boisson et filles.

Comme on est des gars du front,

On récolte grades et décorations.

À la fin, on nous couvre de gloire.

Nous sommes les Héros de l’Histoire.

 

 

 

 

 

 

Les Héros de l’Histoire
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Published by Marco Valdo M.I.
14 novembre 2021 7 14 /11 /novembre /2021 18:25

 

Le Paradis sur Terre

 

Chanson française – Le Paradis sur Terre – Marco Valdo M.I. – 2021

 



LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ;
Épisode 3 : L’Erreur fondamentale

 

 

Épisode 4

 

 

FILLES AU CHAMP

Kazimir Malevitch – 1928-1929

 

 

Dialogue maïeutique

 

Lucien l’âne mon ami, aujourd’hui, on s’en va au paradis.

 

Qu’est-ce que c’est que cette plaisanterie, Marco Valdo M.I. mon ami ? De quel paradis tu peux bien causer ?

 

Oh, Lucien l’âne mon ami, du paradis sur la Terre, du paradis avec les pieds sur terre, pour tout te dire.

 

Ah bien, dit Lucien l’âne, mais quel est-il ? Il y en a tellement des paradis.

 

Eh bien, répond Marco Valdo M.I., celui que les utopistes de l’humanité ont en tête et qu’ils rêvent depuis si longtemps de faire advenir et s’il n’est pas encore institué, ce n’est pas faute d’avoir essayé. Celui, par exemple, qu’appelait en chanson de tous ses vœux Eugène Pottier en écrivant L’Internationale et après lui tant d’autres et près d’un siècle après, Léo Ferré dans L’Âge d’Or.

 

Certes, dit Lucien l’âne, on ne peut nier le cousinage de ce paradis avec celui qu’évoquait Léo Ferré.

 

« Nous aurons du pain,
Doré comme les filles

Et, le plus souvent,
Lundi sera dimanche.
Mais notre âge alors
Sera l’Âge d’Or. »

 

Mais nous, nous n’irons jamais au paradis pour la simple raison que notre éternité longue comme le temps lui-même sera trop courte et qu’on ne vivra jamais assez longtemps pour qu’il puisse se concrétiser.

 

En effet, Lucien l’âne mon ami, et la chanson le dit sans ambage, mais très nombreux sont ceux qui y tendent de toutes leurs imaginations, de toutes leurs rêveries. Cependant, il y a paradis et paradis et celui-ci est particulier, car c’est un paradis d’après ; celui qu’on imaginait en Russie (et par ricochets ailleurs dans le monde) après que la Révolution se soit installée depuis un demi-siècle. C’est un paradis mieux documenté, quasiment scientifique dans sa conception ; toutefois, on en est toujours à errer à sa recherche :

 

« Entre les peuples en un grand continuum,

Tout fleurira, tout sourira

Et ainsi de suite, ad infinitum,

Au paradis, quand on y sera. »

 

Comme je le disais, reprend Lucien l’âne, c’est pas demain la veille qu’on y dansera. Cela dit, d’où donc sort cette description du monde paradisiaque post-révolution ?

 

C’est vrai, Lucien l’âne mon ami, tu as raison, j’ai omis de préciser que j’ai reconstitué cette peinture du futur à partir d’un livre écrit par un homme d’expérience, notre quasi-contemporain russe, Alexandre Zinoviev, dont le titre dans l’édition française est « L’Antichambre du Paradis » – il parlait de la Russie de la fin du siècle dernier. Pourtant, je reste persuadé que de façon générale, ce qu’il en disait est toujours d’actualité. Par exemple, il disait ceci que le Numéro Un du pays devrait finalement sortir des rangs du KGB ; il ne s’était pas trompé, c’est toujours le cas aujourd’hui. L’appareil est resté, malgré le ravalement de façade, les choses n’ont pas vraiment changé. Et le paradis sur Terre est resté dans la tête des gens, mais il n’est sans doute plus au programme du prochain plan ; l’utopie a été dénoncée comme irréaliste et sans fondement.

 

Enfin, dit Lucien l’âne, tissons le linceul de ce vieux monde policé, policier, rêveur, rêvasseur et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

 

Au paradis, les richesses sociales

Couleront à flots.

La vie sera géniale,

Le bonheur total se réalisera bientôt.

Pour tous, le niveau sera supérieur

Aux meilleurs régimes antérieurs.

Plus de sueur sur le front

De la production,

Le travail cessera

D’être un gagne-pain.

De tout calcul, on libérera

Les rapports humains.

 

Chacun pourra puiser

Autant que nécessaire

Dans les biens de la Terre

Et tout le reste à volonté.

Les privilèges seront bannis

De toute la société

Et tous les pays

Aboliront les inégalités.

Et cessera la domination,

Et disparaîtra la subordination.

La rétorsion, les punitions

N’auront plus de raison.

 

L’État lui-même se dissoudra

En une bienveillante administration.

Impositions, obligations, réglementations,

Tout ça disparaîtra.

Dans la clarté, tout fonctionnera

À la perfection.

Pour tous, l’information

Complète et publique se fera.

Grâce à la participation,

Dans la nation

Chacun de tout décidera.

Le bien commun se développera,

 

À l’infini, la raison se déploiera ;

La morale, la culture, tout s’en ira

Vers les sommets vertigineux,

De l’avenir toujours radieux.

Dans la grande famille humaine,

Pêle-mêle, chaque jour, poussent les graines

De l’esprit, du bien, de la solidarité,

De l’union, de la coopération, de la fraternité.

Entre les peuples en un grand continuum,

Tout fleurira, tout sourira

Et ainsi de suite, ad infinitum,

Au paradis, quand on y sera.

 

 

 

 Le Paradis sur Terre
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Published by Marco Valdo M.I.
12 novembre 2021 5 12 /11 /novembre /2021 19:20
LE TOUR IMMONDE

 

Version française – LE TOUR IMMONDE – Marco Valdo M.I. – 2021

Chanson italienne – Giro immondoFucktotum – 2004

 

 

 

LE TOUR DU MONDE

André Dargelas – ca. 1850

 

 

 

 

 

 

Dialogue maïeutique

 

Cette fois, Lucien l’âne mon ami, pour sûr, c’est une chanson contre la guerre et une qui s’inscrit résolument dans la forme la plus classique du genre, celle qui consiste à (d)énoncer les méfaits des armements sur la santé publique des espèces, et au premier rang, l’espèce humaine elle-même, mais pas seulement.

 

Oh oui, pour sûr !, s’exclament Lucien l’âne. Déjà qu’il est extrêmement nocif et malheureux que les humains se massacrent entre eux, que certains humains ont en tête de massacrer les autres humains, et même, de faire massacrer des humains par leurs contemporains sans y mettre directement la main. Mais, il y a plus désolant encore, c’est qu’il y a des dégâts collatéraux à leurs prospères entreprises et parmi ces dégâts collatéraux, il y a des tas d’animaux qui n’ont comme seul tort de vivre sur la même planète que cette espèce humaine atteinte de démence profonde.

 

En effet, reprend Marco Valdo M.I., bienvenue aux rangs des dégâts collatéraux potentiels ; en tant que tels, nous formons une grande famille. Donc, cette chanson parle de ça. Pour ce faire, elle se mue en monologue ; c’est la lamentation d’un fabricant et marchand d’armes, celle d’un homme qui s’inquiète de sa bonne réputation, celle qui résulte du halo maléfique que diffuse le petit commerce auquel il s’adonne.

 

Je vois l’allusion, confie Lucien l’âne, en clignant de son grand œil noir humide. Je veux dire que je pense qu’il y a une certaine référence à la chanson de Boris Vian, intitulée justement « Le petit Commerce ».

 

En effet, reprend Marco Valdo M.I., il y a une allusion, je ne le nie pas. Je l’ai fait d’autant plus que si l’aspect économique est essentiel et prédomine dans une entreprise, le fait de fournir, de distribuer et d’équiper les clients en armes fort destructrices – tant plus elles le sont, tant plus c’est meilleur, aurait dit ma grand-mère –, a comme inéluctable conséquence leur disparition – d’abord, celle des clients, puis de l’entreprise, puis, de tout le reste jusqu’à ce que mort définitive de l’humaine nation s’ensuive. Bien, il y a quand même des chances qu’à court terme, on n’aille pas jusqu’à une réussite aussi grandiose. Heureusement, car comme disait l’ami Zanthrope, alias Boby Lapointe :

 

« Dans un commerce,

C’est moche quand le fond fond. »

 

Aveuglante vérité, dit Lucien l’âne. Cette fois-ci, c’était « Aragon et Castille », une chanson inoubliable.

 

Deux mots quand même à propos de ce « Giro immondo », que j’ai remis en français sous l’étiquette « Le Tour Immonde » en pensant, certes à Jules Verne, mais aussi à Jacques Prévert et son « En sortant de l’école », qui raconte un tour du monde enfantin nettement moins immonde.

 

Soit, rétorque Lucien l’âne, le comportement de l’espèce humaine est proprement infantile, mais qu’y faire ? Alors, écoutons ce que dit la chanson et tissons le linceul de ce monde immonde, plein de sons et de furies, ne signifiant rien, assassin et cacochyme.

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


 


 


 


 


 

Comme métier, je vends des armes

Et je vous envoie des cartes postales

De villages bombardés,

D’enfants par les mines mutilés.


 

Comme métier, je vends des armes

Et je ne crains pas de récession

Tant il y a de bâtards en action

Qui me passent des commandes.


 

Pour une crise frontalière,

Pour une dispute frontalière,

Je bois du sang, je suis louche.

Je ne fais pas la fine bouche.


 

Tour, tour, tour immonde !

J’apporte la mort à tout le monde.

Appelez-moi à n’importe quelle heure,

Mon code est « malheur ».


 

Tour, tour, tour immonde !

Je me cache derrière un doigt ;

C’est un travail comme un autre :

L’emporte le plus adroit.


 

J’étais le génie de mon lycée,

Mais il m’a fallu des années

Pour trouver un bon emploi

Et produire tant de dégâts.


 

Dans mon boulot, je suis à fond,

À chercher des clients toujours.

J’emmène mes enfants à l’école un jour ;

Le lendemain, je vends des canons.


 

Comment pouvez-vous me juger,

Car je fabrique des engins de mort ?

Car je fertilise mon potager

Avec les os des morts ?


 

Tour, tour, tour immonde !

Plus il y a de carnage dans le monde,

Plus mon compte monte.

Chaque soir, je prie pour une guerre sainte.


 

Tour, tour, tour immonde !

Une centaine de morts par seconde.

Pendant que je fais la bombe,

Vous pourrissez dans votre tombe.


 

Tour, tour, tour immonde !

Un millier de morts par seconde.

Pour sauver ma société,

Je vends des armes aux chimpanzés !


 

Tour, tour, tour immonde !

Je suis aussi un espion sans conscience ;

Je pourrais vendre toute la science

Aux envahisseurs d’autres mondes !


 

Si vous réfléchissez, le pire

Est de découvrir

Qu’avec votre compte bancaire,

Vous contribuez à mes affaires.


 

Derrière des finances inavouables,

Se terrent des gens méprisables

Qui de massacres titanesques

Tirent des sommes gigantesques


 

Comment pouvez-vous me juger

Juste, car je fabrique des armes ?

Car je paie ma villa de charme

Avec le sang de lointains étrangers ?


 

Tour, tour, tour immonde !

Tour, tour, tour immonde !

Tour, tour, tour immonde !

Tour, tour, tour immonde !

VIVA LA MUERTE !!!


 

P.S. : descriptions techniques des armes suivent.

LE TOUR IMMONDE
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10 novembre 2021 3 10 /11 /novembre /2021 10:23

 

L’Erreur fondamentale

 

Chanson française – L’Erreur fondamentale – Marco Valdo M.I. – 2021

 

 

LE VIEUX SUR LE BANC

Vladimir Makovsky – 1917

 

 

LA ZINOVIE

est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.

La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

 

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ;

 

 

Épisode 3

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Cette fois, Lucien l’âne mon ami, notre dialogue devra se faire un peu au vocabulaire et à la démarche mentale de la chanson qu’il commente, laquelle au moins à son début, se veut résolument philosophique.

 

Je vois, dit Lucien l’âne, c’est très clair et j’ajouterais volontiers d’une profondeur inhabituelle dans le domaine de la chansonnette guillerette. Foin des jérémiades, il est temps que la canzone prenne cette dimension, même s’il faut s’accrocher aux mots pour comprendre. Et dis-moi, si je me trompe.

 

Non, Lucien l’âne mon ami, tu ne galères pas, c’est bien la récusation de toute transcendance et par conséquent, l’affirmation de notre matérialité existentielle.

On naît, on vit, donc on est et après, on n’est plus.

 

Tant qu’on y est, prolonge Lucien l’âne, résumons l’affaire. On naît, on vit, on n’est n’est rien ou presque et puis, il suffit de mourir (encore faut-il en avoir le droit) et on n’est plus.

 

Grâce à ta perspicacité, dit Marco Valdo M.I. en souriant, tu as parfaitement résumé toute la chanson :

1 – principe :

 

« L’erreur fondamentale

Est de chercher un sens

Aux vérités transcendantales. » ;

 

2 – généralisation de son application :

 

« Les mouches se cognent à la vitre close ;

Sans désemparer, minuscules choses,

Par inertie, on fonce à travers l’univers glacé,

Nous sommes les mouches de l’éternité. » ;

 

3 – confrontation à la réalité de la vie et du destin erratique de l’humanité :

 

« Sur le banc, assis, un vieillard,

De pain sec, nourrit les moineaux

Et parle du futur qui n’est pas si beau.

L’homme jette ses miettes, s’en va.

Les oiseaux restent là avec les rats. »

 

 4 – plaidoyer pour le droit d’accomplir sereinement et librement son destin final :

 

« Mourir, c’est dormir longtemps,

Mourir en riant est plaisant. » ;

 

On pourrait dire les choses comme ça. Enfin, avant de te laisser conclure, car il est temps d’en finir, il me reste à préciser que la source de cette canzone si philosophique se trouve quelque part dans un livre d’Alexandre Zinoviev, intitulé en son édition française : « Vivre ». Ce qui, on l’admettra, constitue tout un programme. Pour rappel, les deux autres canzones antérieures étaient Actualisation nationale et Cause toujours !.

 

Actons la chose, dit Lucien l’âne, et même, je propose que cette série de chansons philosophiques ainsi inaugurée soit appelée « La Zinovie ». Tissons à présent le linceul de notre vieux monde fracassé, minuscule, évanescent et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

L’erreur fondamentale

Est de chercher un sens

Aux vérités transcendantales.

De nuit et de jour, leur essence

Se limite aux bornes de l’existence.

La mienne s’est fracassée

Il y a bien des années

Sur les rives de la conscience

Où les vertus surgissent

Bâtons à mâcher comme la réglisse

Dans les interstices du vice

Au goût d’absinthe et d’anis.

 

Bien et mal parfois se ressemblent ;

Bien et mal parfois s’assemblent :

Étrange chimie, le mal mue en bien ;

Le bien tourne mal : mauvais vin.

Les gens s’égayent au petit bonheur,

Et du pis, prennent le meilleur.

Au long des jours et des pays,

Ils fuient la faim, les guerres, les ennuis.

Les mouches se cognent à la vitre close ;

Sans désemparer, minuscules choses,

Par inertie, on fonce à travers l’univers glacé,

Nous sommes les mouches de l’éternité.

 

Mariage, jolie cérémonie.

Pour vivre de la même cuisine,

On marie un gars, une fille

De la même usine.

Ouvrier, ouvrière, cumul de salaires.

Ainsi va la vie ordinaire.

Un banc seul sur le boulevard,

Sur le banc, assis, un vieillard,

De pain sec, nourrit les moineaux

Et parle du futur qui n’est pas si beau.

L’homme jette ses miettes, s’en va.

Les oiseaux restent là avec les rats.

 

Il faut être en bon état pour se suicider

Les plus faibles sont pénalisés.

Pas encore gagné le droit de mourir,

À la plongée dans le néant, la disparition totale,

La mort volontaire et légale.

Qui veut mourir pour mourir,

Qui ne peut plus attendre,

C’est à n’y rien comprendre,

De mourir est empêché

De vouloir en paix se reposer.

Mourir, c’est dormir longtemps,

Mourir en riant est plaisant.

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Published by Marco Valdo M.I.
6 novembre 2021 6 06 /11 /novembre /2021 21:39

 

Cause toujours !

 

Chanson française – Cause toujours ! – Marco Valdo M.I. – 2021

 

LA MORT ET LA MER

Léon Spilliaert – 1904

 

Dialogue Maïeutique

 

J’aime autant l’admettre tout de suite, dit Marco Valdo M.I., cette chanson est une enchevêtrure d’expressions, un emmêlement de paroles, un méli-mélo dit de mots, un pot-pourri de bouts de vers de poètes divers et de slogans populaires. Appelons ça des réminiscences, car – en plus – elles viennent toutes seules s’insérer dans la danse.

 

Mais évidemment, dit Lucien l’âne, qu’est-ce que ce serait d’autre ? Et puis, qu’est-ce que ça peut avoir d’étonnant ? C’est une manière très honorable et quasiment classique de faire. Elle est fort répandue et c’est un jeu amusant que d’en retrouver les origines. Cela dit, de quoi est-il question dans la chanson ?

 

De la vie, de la guerre, de la mort, de l’amour, répond Marco Valdo M.I., et de plein d’autres choses encore.

 

Oui, dit Lucien l’âne, mais encore ?

 

Si tu insistes, Lucien l’âne, il faudra bien que je te conte la genèse de cette canzone sans doctrine.

 

J’insiste, j’insiste, insiste Lucien l’âne.

 

Dans ce cas, voici, reprend Marco Valdo M.I. ; tout est venu d’un passage de « Para Bellum » d’Alexandre Zinoviev et précisément de celui intitulé « Prépare la guerre » – celui de la page 32, car il y en a d’autres, où j’ai trouvé l’inspiration. On y relate une blague du temps de Khrouchtchev – autant dire au moment où la troisième guerre mondiale était dans toutes les gazettes ; je te la rapporte ici pour l’exactitude :

 

« Que faire en cas de guerre atomique ? Demande un citoyen à ses collègues. – S’envelopper dans un drap propre et rejoindre en silence le cimetière qui vous est attribué en fonction de votre grade. »

 

Soit, dit Lucien l’âne, en démarrant sur de telles bases, on est vite au-delà de la stratosphère. Et donc, je me répète, mais encore ?

 

Je vois que tu insistes encore, mais moi, je ne dirai pas beaucoup plus que ceci. Tu prends une tête, pendant des années, tu lui fais lire des poèmes, des romans, des récits, des contes, des histoires, tu la bombardes de nouvelles et puis, tu la secoues vigoureusement et tu la laisses régurgiter. Il ressort des bouts rimés dans le désordre réorganisé. Juste un exemple : Les Routiers sont dans la chanson, regarde :

 

« La route est un long ruban
Qui défile qui défile
Et se perd à l’infini
Loin des villes, loin des villes
Le routier à son volant
Qui trépide qui trépide
N’a jamais jamais le temps
De se perdre dans les champs. »

 

et ce bout de la chanson :

 

« Premier arrivé, premier servi

La mort toujours plus loin se défile

Loin des villes, loin des villes.

Dernier arrivé, tant pis, c’est fini.

Les vieux, soyez gentils, vivez longtemps !

Laissez la place aux enfants. »

 

Au passage, il faut quand même méditer sur cette place. Laquelle ?

 

 

Oh, dit Lucien l’âne, j’y penserai. Moi, par exemple, j’entends d’ici Apollinaire et son Pont Mirabeau – dont tu fis usage déjà avec ton « Celan sous le Pont Mirabeau » et par parenthèse, il devait nécessairement être là, Valéry et son cimetière marin, Rouget de Lisle et la Marseillaise, Jacques Prévert et le général de brigade de Pierre Desproges et « Chantez » de Boris Vian. Et continuons à tisser le linceul de ce vieux monde agonisant, finissant, râlant, branlant et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Ne faites pas la guerre avec amour !

Accueillez la mort avec humour !

Quand la guerre reviendra,

Quand contre les autres, on se battra.

On n’a pas connu la guerre !

Quand elle reviendra la guerre !

On la voit déjà dans ce brillant espace,

Sur les maisons et dans les rues, son ombre passe,

Où sont encore les gestes singuliers,

Les rires, les pleurs, les mots familiers ?

Passent les jours, passent les années,

Et la mort toujours recommencée.

 

Le monde a peur de la guerre,

En cas de guerre, que faire ?

Vaut mieux se faire la paire,

À l’autre bout de la terre.

C’était vrai pour les grands-pères,

Mais la terre n’a plus de bout, pépère.

Alors ? En cas de guerre, que faire ?

En silence, se rendre au cimetière,

Finir, dans de beaux draps,

Avec un linceul sous le bras,

Anticipez, préparez-le déjà !

Sinon, avec quoi, on vous enterrera ?

 

Y aura-t-il encore assez de places,

Dans nos funéraires palaces ?

Avec tous ces gens à mettre en terre,

Il faut créer de nouveaux cimetières

Dans nos campagnes

Pour nos enfants, pour nos compagnes.

Premier arrivé, premier servi

La mort toujours plus loin se défile

Loin des villes, loin des villes.

Dernier arrivé, tant pis, c’est fini.

Les vieux, soyez gentils, vivez longtemps !

Laissez la place aux enfants.

 

Ils n’ont pas connu la guerre !

Ce qu’il leur faut, c’est une bonne guerre !

Mais la guerre, la belle affaire !

On va pas la refaire.

Faudrait pas confondre la guerre et l’amour,

Faudrait pas mêler l’amour et l’humour.

Cause toujours !

Préparez la guerre avec amour !

Regardez la mort avec humour !

Préparez la guerre avec humour !

Regardez la mort avec amour !

Cause toujours !

 

Cause toujours !
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Published by Marco Valdo M.I.