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23 septembre 2022 5 23 /09 /septembre /2022 18:01

 

Le Régime en Place

 

 

Chanson française — Le Régime en Place — Marco Valdo M.I. — 2022

 

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

 

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ; Épisode 38 : Les Puces ; Épisode 39 : L’Ordinaire de la Guerre ; Épisode 40 : La Ville violée ; Épisode 41 : La Vie paysanne ; Épisode 42 : La Charrette ; Épisode 43 : Le Pantalon ; Épisode 44 : La Secrète et la Poésie ; Épisode 45 : L’Édification de l’Utopie ; Épisode 46 : L’Ambition cosmologique ; Épisode 47 : Le Manuscrit ; Épisode 48 : Le Baiser de Paix ; Épisode 49 : Guerre et Paix ; Épisode 50 : La Queue ; Épisode 51 : Les Nullités ; Épisode 52 : La Valse des Pronoms ; Épisode 53 : La Philosophie spéciale ; Épisode 54 : Le Pays du Bonheur ; Épisode 55 : Les Pigeons ; Épisode 56 : Les Temps dépassés ; Épisode 57 : La Faute à la Contingence ; Épisode 58 : Guerre et Sexe ; Épisode 59 : Une Rencontre en Zinovie ; Épisode 60 : La Grande Zinovie ; Épisode 61 : La Convocation ; Épisode 62 : Tatiana ; Épisode 63 : L’Immolation ; Épisode 64. Que faire ?; Épisode 65 : Ni chaud, ni froid ; Épisode 66 : Le Congé éternel ; Épisode 67 : À perdre la Raison ; Épisode 68 : Les Sauveurs de l’Humanité ; Épisode 69 : L’Eau qui dort ;

 

 

Épisode 70

 

 

 

CONFRONTATION

 

Alexandre Deineka — 1932

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

Encore, Lucien l’âne mon ami, encore des voix qui cette fois racontent la Zinovie et éclairent sous des angles fort différents ce que c’était et ce que c’est d’être des habitants de la Zinovie, comment on s’y sent et ce qu’on ressent face à ce que le titre de la chanson appelle « le régime en place ».

 

« Chez nous, l’ennui chronique est dominant…

La masse admet le régime en place…

En fait, chacun lutte pour améliorer ses chances

Selon sa naissance et d’après son expérience. »

 

Voilà qui est intéressant, dit Lucien l’âne. Peux-tu donner quelques précisions ?

 

Certainement, répond Marco Valdo M.I., les voici. De la première opinion, de la première voix — dont je rappelle que pour des raisons de sécurité, elles sont toutes anonymes, celle qui s’exprime dans la première strophe, je retiens :

— l’ennui chronique dominant qui baigne la société ;

— l’acceptation du régime par la population résignée et la lutte de chacun pour tirer le maximum de sa position dans ce régime socialement régulé.

En clair, la place de chacun est déterminée par le groupe social de sa naissance, très fortement délimité, et seulement dans ce cadre, chacun peut mener son existence, sauf exception.

 

Traduisons, dit Lucien l’âne, par une formule : à chacun selon son rang (c’est la naissance), à chacun selon sa débrouille (c’est l’expérience). Que dit la suite ?

 

La seconde des voix, reprend Marco Valdo M.I., reprend l’histoire de la Zinovie à partir de la grande Révolution : de l’enthousiaste espoir à l’usure de l’illusion ; autrement dit, de la joie de l’avenir radieux à la tristesse du quotidien morne ; le tout au travers des chansons :

 

« Au début, au vieux temps, on chantait :

Révolution ! Tous dans la ronde…

Après, on a jeté les vieilles chansons ;

C’en était fini de la révolution. »

 

Excellent résumé express, dit Lucien l’âne, d’un siècle de Zinovie : de la révolution à la rétrovolution. J’imagine que cette rétrovolution de l’enthousiaste participation de la masse du peuple correspond à la glaciation du pouvoir et à la stratification renforcée de la population. En bref, un pouvoir campé sur ses positions, qu’il renforce au fil du temps face à une population qui lentement prend ses distances et voit sa foi fondre comme un iceberg quittant le pôle pour s’en aller vers les tropiques.

 

C’est ça, dit Marco Valdo M.I., de façon très imagée, mais c’est bien ça. Quant à la troisième voix, elle fait part du discours national dominant tel que l’énonce le Guide.

 

« En Zinovie, un nouveau monde se bâtit,

On va l’étendre au monde entier.

Avec un cœur de fer et un moral d’acier,

Comme le Guide l’a toujours prédit.

 

Elle révèle pourtant mezzo voce, à mi-voix, à mots couverts, la discrète distance qui s’installe par rapport à l’allégeance inconditionnelle, exigée par le pouvoir :

 

« À l’étranger, des voix parlent de liberté ;

En cachette, on écoute les mots interdits. »

 

Oui, dit Lucien l’âne, en public, on ne peut que débiter le mantra, on ne peut que réaffirmer le discours officiel ; en privé, on rêve de liberté et on brave les interdits ; c’est un peu la lave sous le volcan.

 

Cependant, reprend Marco Valdo M.I., la dernière voix, racontant un séjour de travail forcé à la campagne pour les moissons d’un groupe de citadins (ces groupes rassemblent généralement des gens d’une entreprise, d’une institution, d’un centre de recherche), décrit la bataille menée contre les rats, la victoire des rats, qui finissent par envahir l’abri, et comme dans la chanson de Serge Reggiani : « Les Loups sont entrés dans Paris », les rats finissent par repartir, mais ici, bredouilles, dépités, car il n’y a rien à manger.

 

« Les rats sont entrés dans l’abri.

À part nous, il n’y avait rien à manger ;

Les rats en douce sont repartis, dépités. »

 

Enfin, les deux derniers vers donnent, toujours avec cette même ironie détachée, le sens de cette histoire de rats :

 

« Alors vraiment­ pourquoi voulez-vous

Que les étrangers viennent chez nous ? »

 

Pour ma part, dit Lucien l’âne, je m’en vais tisser avec toi le linceul de ce vieux monde illusoire, illusionniste, menteur, truqueur, délirant et cacochyme.

 


Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

En Zinovie, il n’y a aucun mystère.

Pour tous, les faits sont les mêmes,

Le tout est d’affronter le problème.

Grosso modo, il y a deux manières :

— Subjective : les sentiments des gens,

Chez nous, l’ennui chronique est dominant ;

— Objective : il faut voir le comportement,

La conduite des gens, et comment

La masse admet le régime en place,

Comme elle lui donne sa préférence.

— En fait, chacun lutte pour améliorer ses chances

Selon sa naissance et d’après son expérience.

 

Au début, au vieux temps, on chantait :

Révolution ! Tous dans la ronde,

Nous renions le vieux monde

Et dans la glorieuse lutte, on mourait.

Puis, on chanta un ton plus bas :

Un pays grandiose comme la Zinovie,

C’est sûr, ailleurs, il n’y en a pas.

Au monde entier, on fait envie.

À la guerre, notre chant héroïque,

Usé, s’était fait nostalgique.

Après, on a jeté les vieilles chansons ;

C’en était fini de la révolution.

 

En Zinovie, nous sommes des sauvages,

Sauvages, mais d’un genre particulier.

Des comme nous, dans tous les âges,

Vous pouvez toujours en chercher.

En Zinovie, on est des sauvages instruits ;

En Zinovie, un nouveau monde se bâtit,

On va l’étendre au monde entier.

Avec un cœur de fer et un moral d’acier,

Comme le Guide l’a toujours prédit.

On marche à la tête de l’humanité.

À l’étranger, des voix parlent de liberté ;

En cachette, on écoute les mots interdits.

 

De notre logis, on décida de chasser les rats.

Dans la phase décisive du combat,

Sans interrompre la bataille des moissons,

On les repoussa de mille façons.

On a vidé la grange, on a bouché les trous

Avec des tessons, avec des pièges à clous,

Peines perdues tout ça, les amis,

Les rats sont entrés dans l’abri.

À part nous, il n’y avait rien à manger ;

Les rats en douce sont repartis, dépités.

Alors vraiment­ pourquoi voulez-vous

Que les étrangers viennent chez nous ?

Le Régime en Place
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Published by Marco Valdo M.I.
21 septembre 2022 3 21 /09 /septembre /2022 16:50

 

DÉMOCRATISATION - DÉCENTRALISATION

 

DÉMOBILISATION


Version française — DÉMOCRATISATION DÉCENTRALISATION DÉMOBILISATION — Marco Valdo M.I. — 2022

d’après la version italienne de L’Anonimo Toscano del XXI SecoloDemocratizzazione. Decentralizzazione. Smobilitazione. — 2022

d’une chanson russe — Демократизация. Децентрализация. Демобилизация.Antivoennyj Bolničnyj / Антивоенный Больничный — 2022

 

 

 

Antivoennyj Bolničnyj (lit. “Congé maladie contre la guerre”) est un collectif anarchiste clandestin russe, qui prône une très légère opposition au régime de Vladimir Poutine et à ses guérillas “patriotiques”. Le titre de cette chanson (pour laquelle il n’y a bien sûr ni “auteurs”, ni supports vidéo) est aussi le programme de base du Collectif. Il est choisi pour être publié (avec une traduction italienne) le jour même où le tsar de toutes les Russies organise des référendums, annonce des mobilisations « quasi générales » et fait comprendre que les armes nucléaires sont une option à envisager…… [AT-XXI, 21-9-2022]

 

 

 

LE TRAIN

Natalia Gontcharova — 1914

 

 

 

 

Un convoi militaire roule

Vers la frontière de l’Ukraine,

Militarisation…

Devant lui, sur les voies,

Un groupe de saboteurs s’active,

Explosion !

 

Les partisans se meuvent la nuit,

Les partisans ont pris le maquis.

Plus de manifestations !

Fini les réunions et les affiches,

On incendie les bureaux militaires,

Radicalisation !

 

Un juge stupide, inepte,

Me met sous enquête,

Discréditation !

On lui revaudra,

À sa maison, le feu on mettra.

moralisation !

 

Dans son bunker, Poutine perd espoir,

Il n’atteindra pas la victoire.

Capitulation !

Le bunker se fissure,

Détruisons sa structure,

Dépoutinisation !

 

Pas besoin d’un Führer, pas besoin d’un drapeau

On n’est pas du bétail, on n’est pas un troupeau,

On n’est pas une nation d’esclaves !

Renversons le sadique chauve,

Tout le pouvoir à la population,

Démocratisation !

 

Pas d’ordre d’un tsar de Russie,

Construisons l’autonomie

Et une confédération !

Assez de cette bureaucratie de Moscovie !

Autonomie des régions !

Décentralisation !

 

Pas de jeux de guerre

Ni de projets autocratiques,

Pas de conflits planétaires !

On piétinera ce bunker diabolique,

Alors, viendra le jour pacifique.

Démobilisation !

DÉMOCRATISATION  DÉCENTRALISATION  DÉMOBILISATION
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20 septembre 2022 2 20 /09 /septembre /2022 17:13
ELLE EST BLANCHE — POUR LA REVALORISATION DU NOIR


Version française — ELLE EST BLANCHE — POUR LA REVALORISATION DU NOIR — Marco Valdo M.I. — 2022

d’après la version italienne — È bianca (Per il ristabilimento del nero) — Riccardo Venturi — 2022

d’une chanson grecque — Άσπρη είναι (για την αποκατάσταση του μαύρου)Katerina Gogou / Κατερίνα Γώγου — Νοέμβριος 1982 / Novembre 1982]

Texte : Katerina Gogou
Musi
que : Kostas Athyridis
P
remier interprète : Lolek
I
nterprétée par : Georgia Velibasaki / Kostas Athyridis

 


 

Blanche est la race aryenne

GUERRIERS GRECS

CÉRAMIQUE — ANTIQUITÉ


 

Dialogue Maïeutique

 

Revoici, Lucien l’âne mon ami, un poème, devenu chanson chantée, de la poétesse athénienne contemporaine Katerina Gogou (elle aurait pu être encore vivante de nos jours, si la Parque funeste ne l’avait invitée à la suivre). On en a déjà recréés plusieurs en langue française et nous n’avons — les autres fois — pas fait de dialogue maïeutique, car il y avait une introduction de Riccardo Venturi. Cette fois, ce n’est pas le cas. Ceci explique cela qui suit. Donc, comme à l’habitude de Katerina Gogou, une poésie abrupte, des textes lapidaires qui entrent directement dans le vif de notre temps.

 

En effet, dit Lucien l’âne, j’avais suivi tes recréations et au premier coup d’œil, je trouve effectivement celle-ci digne d’être gravée dans la pierre blanche et sans doute, en lettres noires quand le soleil est au zénith et projette l’ombre à la verticale.

 

Quand le soleil est à la verticale, Lucien l’âne mon ami, tu as raison, il projette l’ombre noire du haut en bas et les lettres dans la pierre deviennent noires. Souviens-toi de notre dialogue à propos de la Lune Noire : « Lune Noire, Lune Noire… Cette Lune Noire de Carlo Levi rappelle étrangement le Soleil Noir d’Eliphas Levi, tu sais bien ce soleil noir qui apparaît dans cette phrase qui dit : « Le téméraire qui ose regarder le soleil sans ombre devient aveugle et alors pour lui, le soleil est noir ! »



Et de fait, dit Lucien l’âne aux yeux noirs, à trop regarder le soleil, on finit par le voir noir. C’est pareil pour nous les ânes. Mais une Lune Noire… »

 

Oui, dit Lucien l’âne, mais encore ?

 

Oh, répond Marco Valdo M.I., je voulais juste faire remarquer cette dichotomie du blanc-noir qui inspire de curieuses pensées. Notamment, revenons (à propos de noir et de blanc) à nos moutons et à la chanson de Katerina Gogou fondée sur le rapport blanc-noir et sa volonté de réhabiliter le noir face à l’omniprésence du blanc. C’est finalement fort simple : elle énumère des choses blanches et conclut à la difficulté de revaloriser le noir.

 

En réalité, de quoi parle-t-elle et à quoi se réfère-t-elle ?, demande Lucien l’âne.

 

Ce qu’elle dit, ce qu’elle dénonce, ce qu’elle appelle, dit Marco Valdo M.I., c’est la domination de la race blanche et la revalorisation de la race noire. Mais c’est aussi, la mise en cause d’un certain hellénisme, d’un certain national-nostalgisme qui identifie la race aryenne et une certaine nation grecque. Je rappelle au passage que les habitants de la Grèce sont généralement connus pour leur peau sombre et leurs cheveux noirs ; par ailleurs, toujours à propos de race aryenne, les représentations des céramiques antiques des guerriers grecs (aryens) en faisaient des hommes noirs. Les éléments du plaidoyer de Katerina Gogou sont ceux qu’elle rencontre dans sa vie, laquelle n’a rien d’une existence que les couleurs rendent plus douces à vivre. Tel est l’arrière-plan de ce poème : sa vie noire ; elle aussi aurait bien eu besoin d’être revalorisée ; mais il est trop tard. Pour mieux faire comprendre mon propos, je rappelle que Katerina Gogou est morte d’une overdose d’héroïne à 53 ans et qu’elle vivait au sein d’une population qu’on appellera marginale — misère, pauvreté, drogue, sursauts de révolte, répression. Enfin, pour ce qui est mon commentaire, voilà tout.

 

Et c’est bien assez, dit Lucien l’âne, car l’essentiel a été dit. Quant à nous, tissons le linceul de ce vieux monde binaire, aristotélicien, dur, rude et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 


 

 

Blanche est la race aryenne,

Le silence,

Les leucocytes,

Le froid, la froideur,

La neige,

Les blouses des docteurs,

Le linceul des morts,

L’héroïne encore.

Comme il est difficile alors

De revaloriser le noir.


 

ELLE EST BLANCHE — POUR LA REVALORISATION DU NOIR
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19 septembre 2022 1 19 /09 /septembre /2022 16:34

CEUX QUI ONT ÉTÉ BRISÉS. CEUX QUI RÉSISTENT.


 

 

Version française — CEUX QUI ONT ÉTÉ BRISÉS. CEUX QUI RÉSISTENT. — Marco Valdo M.I. — 2022

d’après la traduction italienne de Riccardo Venturi — A chi è stato spezzato. A chi resiste. — 2022

d’une chanson grecque — Σ’ όσους σπάσανε. Σ’ όσους κρατάνε.Katerina Gogou / Κατερίνα Γώγου — 1978

 

 

 

LES DERNIERS ONT POSÉ LEUR TÊTE…

Athènes — 2022
 

 

 

 

Nous avons appris que Katerina Gogou avait une grande peur d’être réduite à contempler la mer enfermée dans une pièce, et d’être chantée. Elle avait aussi peur de devenir une “poétesse” ; mais il est un peu difficile, corps d’une pipe, de ne pas l’appeler ainsi. Par ailleurs, ses vers n’ont jamais été vraiment mis en musique, chantés, récités ; ils restent des mots bruts, nus. Αμηλοποίητα, comme on dit dans un de ces mots grecs très difficiles et longs. Katerina, qui se glissait parfois dans un bar avec les cigarettes qu’elle fumait, de vrais mégots, commandait un truc à boire et sortait une feuille de papier et un crayon. Et elle écrivait des choses du genre, dans le temps qu’il lui fallait pour fumer et se jeter un tord-boyaux. [RV]

 


 

Écrabouillés par les vagues en colère,

Restes à jamais disséminés

Dans la chambre noire de la terre

L’esprit démantibulé


 

Par la ronde éternelle

De l’inexorable cours des étoiles,

Les derniers

Ont posé leur tête pâle,

Sacrifice consacré,

Rituel de temps troubles.

 

Et il n’y eut plus personne,

Et une neige blanche de silence

A définitivement enseveli les villes.

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Published by Marco Valdo M.I.
17 septembre 2022 6 17 /09 /septembre /2022 19:14

 

L’Eau qui dort

 

Chanson française — L’Eau qui dort Marco Valdo M.I. — 2022

 

 

 

LA ZINOVIE

est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

 

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ; Épisode 38 : Les Puces ; Épisode 39 : L’Ordinaire de la Guerre ; Épisode 40 : La Ville violée ; Épisode 41 : La Vie paysanne ; Épisode 42 : La Charrette ; Épisode 43 : Le Pantalon ; Épisode 44 : La Secrète et la Poésie ; Épisode 45 : L’Édification de l’Utopie ; Épisode 46 : L’Ambition cosmologique ; Épisode 47 : Le Manuscrit ; Épisode 48 : Le Baiser de Paix ; Épisode 49 : Guerre et Paix ; Épisode 50 : La Queue ; Épisode 51 : Les Nullités ; Épisode 52 : La Valse des Pronoms ; Épisode 53 : La Philosophie spéciale ; Épisode 54 : Le Pays du Bonheur ; Épisode 55 : Les Pigeons ; Épisode 56 : Les Temps dépassés ; Épisode 57 : La Faute à la Contingence ; Épisode 58 : Guerre et Sexe ; Épisode 59 : Une Rencontre en Zinovie ; Épisode 60 : La Grande Zinovie ; Épisode 61 : La Convocation ; Épisode 62 : Tatiana ; Épisode 63 : L’Immolation ; Épisode 64. Que faire ?; Épisode 65 : Ni chaud, ni froid ; Épisode 66 : Le Congé éternel ; Épisode 67 : À perdre la Raison ; Épisode 68 : Les Sauveurs de l’Humanité ;


 

Épisode 69

 

 

VERS L’AVENIR RADIEUX — 1917

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

Ah, Lucien l’âne mon ami, quelle bonne surprise de te rencontrer. Je viens de terminer une nouvelle chanson française de mon cru, une de celles de notre voyage en Zinovie.

 

Ah, fort bien, Marco Valdo M.I. mon ami, je l’attendais impatiemment ; non pas que cette comédie humaine, cette zinovienne comédie, soit une série quelconque où l’auteur ménage des surprises renversantes et des intrigues alambiquées et des situations excitantes et des événements surprenants pour appâter le lecteur, mais simplement, je suis intrigué et intéressé plus encore à ces voix plus encore que s’il s’agissait d’une pièce montée savamment dosée des ingrédients palpitants utilisés pour sidérer le public.

 

C’est mon avis, dit Marco Valdo M.I., et même en en étant l’auteur, en écrivant tout ça de ma main, j’en suis toujours à me demander, comme chantait François Béranger dans ses Tranches de vie :

 

 

« J’en suis encore à me demander

Après tant et tant d’années

À quoi ça sert de vivre et tout

À quoi ça sert en bref d’être né. »,

 

mais aussi, où le train de ce voyage va encore m’emmener et ce que vont dire les voix de Zinovie.

 

Alors, dit Lucien l’âne, si tu sais cela, il est temps de me dire le titre de ce soixante-neuvième épisode de notre voyage et quelles choses il raconte.

 

Nous y arrivons, Lucien l’âne mon ami, comme le train qui est entré en gare et se range le long d’un quai anonyme quelque part en Zinovie. Donc, la chanson est intitulée « L’Eau qui dort » ; on verra que ce titre n’est pas venu comme ça de nulle part, mais bien du passage majeur de la chanson :

 

« Malgré les dénonciations, malgré les sanctions,

Dans les diverses couches de la population,

En Zinovie, le mécontentement se répand.

Toujours se méfier de l’eau qui dort, dit le dicton. »

 

Cependant, reprenons : les voix j’en ai dénombré quatre — se répondent sans s’adresser directement l’une à l’autre comme dans une discussion qui regroupe au hasard des gens de rencontre, mettons, au coin d’une rue, sur une place, au marché, à la gare, dans un train, quelque part.

— La première, celle qu’on vient d’entendre, celle qui a connu la révolution dit :

 

« Au commencement était la révolution :

En Zinovie ! Quelle école, quel tournant !

On l’a fréquentée par millions :

Délateurs, bourreaux et victimes des camps. »

 

— La deuxième lui réplique :

 

« Imagine, en Zinovie, l’invraisemblable ;

Imagine, en Zinovie, l’inimaginable ;

Imaginons, en Zinovie, l’impensable ;

En Zinovie, oser se dire l’indicible.… »

 

Oh, dit Lucien l’âne, « Imagine », on dirait une allusion à une voix étrangère et même peut-être une référence, un renvoi, un rappel, une sorte de message codé qui va se chercher un répondant de l’autre côté du monde.

 

Certainement, Lucien l’âne, qu’on peut l’interpréter ainsi.

— La troisième, car il me semble que c’en est une autre encore, est assez réaliste et établit un diagnostic de l’état d’âme des gens de Zinovie :

 

« Il est une insondable léthargie

Au fond du cœur des gens.

En Zinovie, on a cru à l’avenir radieux,

Une fois, mais pas deux. »

 

et enfin,

— la quatrième est celle que nous connaissons comme l’incarnation de la « vox populi » zinovienne, la dénommée Mariamarie.

 

Ah et que dit-elle ?, demande Lucien l’âne.

 

La voix de Mariamarie est en fait une caisse de résonance de la pensée populaire, de celle qui est gavée de propagande télévisuelle et qui est prête à tout pour se donner de l’importance et se rassurer sur sa propre grandeur précisément en s’incarnant dans la grandiose Zinovie entièrement imaginaire qui hante les nuits du Guide.

 

« Nous, on a la force et la puissance,

Une histoire glorieuse et des valeurs.

Nous, ça nous met en confiance

Et ça effraye les gens d’ailleurs. »

 

Eh bien, dit Lucien l’âne, nous allons voir ça. En attendant, tissons le linceul de ce vieux monde déclamatoire, fanfaron, prétentieux, stupide, stupéfiant et cacochyme.

 


Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Au commencement était la révolution :

En Zinovie ! Quelle école, quel tournant !

On l’a fréquentée par millions :

Délateurs, bourreaux et victimes des camps.

Ce n’est pas là des on dit,

J’ai tout vu de mes yeux d’enfant,

C’était un monde de jeux interdits,

Où la misère a prospéré depuis ce temps.

Malgré les dénonciations, malgré les sanctions,

Dans les diverses couches de la population,

En Zinovie, le mécontentement se répand.

Toujours se méfier de l’eau qui dort, dit le dicton.

 

Imagine, en Zinovie, l’invraisemblable ;

Imagine, en Zinovie, l’inimaginable ;

Imaginons, en Zinovie, l’impensable ;

En Zinovie, oser se dire l’indicible.

Imaginez, le Guide et les autres décident

De divulguer la vérité sur les répressions

Et sans restriction, accordent

La liberté aux libres déclarations,

Des groupes, des journaux, des opposants

Et ouvrent franchement, tout grand,

Les portes, les fenêtres et les grilles du régime

Par la loi et la constitution sur cela, unanimes.

 

 

Si on laisse les mêmes aux commandes

Du pays, du gouvernement et de son train ;

En Zinovie, ça ne changera rien,

Ils continueront leurs sarabandes,

À maintenir le mode de vie existant,

À n’importe quel prix, n’importe comment.

Parlez-en un peu aux gens de Zinovie,

Écoutez leurs propos indifférents.

Il est une insondable léthargie

Au fond du cœur des gens.

En Zinovie, on a cru à l’avenir radieux,

Une fois, mais pas deux.

 

 

Nous, on a la force et la puissance,

Une histoire glorieuse et des valeurs.

Nous, ça nous met en confiance

Et ça effraye les gens d’ailleurs.

Les autres ont peur, dit Mariamarie

Le monde a peur de la Zinovie.

La Zinovie est le plus grand pays

La Zinovie a beaucoup d’amis,

Et d’invincibles armées immenses.

Les autres ont la force et la patience,

Mais les autres ont tellement, tellement à perdre.

Nous, grâce au Guide, on a quasiment rien à perdre.

 

 L’Eau qui dort
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Published by Marco Valdo M.I.
15 septembre 2022 4 15 /09 /septembre /2022 12:15

 

UN TEMPS VIENDRA


 

Version française — UN TEMPS VIENDRA — Marco Valdo M.I. — 2022

d’après la version italienne — VERRÀ UN TEMPO — Ottavia Mira — 2013

d’une chanson grecque — Θα 'ρθεί καιρόςKaterina Gogou / Κατερίνα Γώγου — 1981


Texte : Katerina Gogou
(Du receuil Τρία Κλικ Αριστερά, 1978)
Musique : Kyriakos Sfetsas
Album : Στο Δρόμο (« Sur la route »)


 

 

MARIA, UN TEMPS VIENDRA


 


 


 


 

Dialogue maïeutique

 

 

La création poétique reste, malgré tout, Lucien l’âne mon ami, une chose étrange et captivante — Pour celle ou celui ou ceux qui la font (faire est le mot exact pour dire faire de la poésie, pour « poéter » en français ; le poète est un homo faber) ; par ailleurs, la poésie est une compagne pleine de séduction et d’intelligence, au sens où cette dernière est compréhension profonde, capacité d’englober la conscience de tout et le monde dans la conscience et la conscience elle-même, bref, de prendre conscience et de la laisser et la regarder filtrer, sourdre, sourcer. Le texte poétique est son, couleur, mouvement, temps, rythme, syncope, musique, mélodie. En deux mots, la poésie fascine qui elle regarde. Si on peut faire une poésie pour soi, s’offrir de laisser couler sa conscience dehors, il est bon également de se baigner de l’ambiance d’une poésie autre ; elle aussi fascine. C’est le cas dans cette recréation qu’est la version ; en ce sens, la version se distingue de la traduction ; celle-ci aussi fascinée par l’image lointaine de la poétesse grecque — Katerina Gogou, en retaille une à sa manière. C’est un peu ce qui s’est passé — par exemple — entre Jean-François Millet (La Sieste) et Vincent Van Gogh (La Méridienne). C’est le cas pour celle-ci qui interpelle quant au destin des choses, du monde, des gens, de Maria et du moi poétique. Elle interpelle quant au temps à venir pour chacun pour soi.

 

Ah, dit Lucien l’âne, si on en restait là, sinon tu vas nous faire un traité d’esthétique.

Cependant, que tout ça ne nous empêche pas de tisser le linceul de ce vieux monde autopoétique, autocréateur, autonome, définitivement athée et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien l’âne

 

 

Un temps viendra où le monde changera.

Souviens-toi de ça, Maria.

Souviens-toi, Maria, à la récréation,

Quand on courait en tenant le bâton.

Ne me regarde pas. Ne pleure pas.

Tu es l’espoir. Écoute, un temps viendra

Où les enfants choieront leurs parents

Et ne s’envoleront pas à tous vents,

Où on ne claquera plus les portes,

Où on ne traitera plus les vieux de la sorte.

Et le travail, Maria,

On le choisira ;

On ne sera plus des chevaux

À la foire aux bestiaux.

Imagine, les gens parleront en couleurs

Et d’autres avec des notes et des fleurs.

On gardera certains mots

Dans une grande bouteille d’eau,

Des mots, des significations

Tels : défaut — oppression — solitude — prix — gain — humiliation

Pour les leçons d’histoire.

Ce sont, je ne veux pas décevoir,

Des temps difficiles, Maria,

Et d’autres viendront. Je ne sais pas -

N’attends pas trop de moi…

J’ai vécu, j’ai appris, j’ai dit tant de choses

Et j’ai tant lu, je n’ai retenu qu’une chose :

« Il convient de rester humain. »

Nous allons changer la vie !

En dépit de tout, Marie.

Demain, après-demain…

UN TEMPS VIENDRA
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Published by Marco Valdo M.I.
13 septembre 2022 2 13 /09 /septembre /2022 11:24


 

MA PLUS GRANDE CRAINTE

 

Version française — MA PLUS GRANDE CRAINTE — Marco Valdo M.I. — 2022

d’après la traduction italienne de Riccardo Venturi — Quello di cui ho più paura — 2022

d’une chanson grecque — Εκείνο που φοβάμαι πιο πολύ — Katerina Gogou / Κατερίνα Γώγου — 1978

 

Texte : Κατερίνα Γώγου / Katerina Gogou
“Τρία κλικ αριστερά”, 1978

Lecture : Fanny Polémi


 

 

PEUR

à Athènes


De quoi Katerina Gogou avait-elle le plus peur ? Elle nous le dit ici, avec la brutalité parfaite et sincère qui lui était coutumière. Elle avait terriblement peur de devenir une “poétesse”, et donc, d’une certaine manière, d’être engloutie par l’establishment. Elle avait peur, elle qui écrivait ses dissonances littéralement avec la matière de sa vie, d’être réduite à « contempler la mer » enfermée dans une chambre, en essayant d’oublier. Katerina Gogou voulait tout sauf contempler et oublier. Elle avait peur de devenir un pourvoyeur d'“opinions” vers lequel on se tourne pour obtenir une opinion plus ou moins élevée et éclairée. Elle craignait d’être enfermée dans des schémas métriques et techniques conçus spécialement pour le chant, ce qui est une chose spécifiquement hellénique.

 

Quiconque a suivi au fil du temps les événements et les aventures de la Section grecque, de l’ostensible 'Ελληνικό Τμήμα' de ce site, sait très bien que pratiquement tous les poètes grecs, même et surtout les plus classiques et les plus importants (Palamas, Solomos, Seferis, Kavafis, Ritsos, Elytis…) ont été mis en musique et chantés. Personnellement, je trouve que c’est une chose merveilleuse, qui fait de la chanson en grec quelque chose de beaucoup plus que de la simple chanson d’auteur, et qui ne trouve une certaine correspondance qu’en France et dans les pays francophones ; mais ce n’était pas le souhait de Katerina Gogou.

 

Sa terreur était celle de devoir se soumettre à la normalisation et donc, en défintive, à la neutralisation. Pour faire une comparaison nostalgique, la même chose est arrivée dans le temps à un Fabrizio De André ; ou, pour aller encore plus loin, aux « poètes maudits » français. Une neutralisation derrière laquelle on entrevoit toujours des universitaires, des prêtres et des policiers, trois catégories qui ont d’ailleurs beaucoup en commun, avec l’aide bienveillante et décisive des psychiatres qui contribuent à créer les mythes des « fous nationaux », des irréguliers régularisés, des anarchistes romantisés et des combattants anodisés. Rien de tout cela pour Katerina Gogou, qui court toujours de haut en bas en Patissìon. Et puis, bien sûr, parfois, il lui est arrivé d’être mise en musique et chantée ; on voit bien que c’est un prix à payer. [RV].

 

 

 

Ma plus grande crainte

Est de devenir un “poète”,

De m’enfermer dans ma chambre

Pour contempler la mer, sombre

Et m’y morfondre.

 

Mes veines, il ne faut surtout pas les suturer,

Car de souvenirs flous et des nouvelles de la télé,

Je colporte des opinions, je noircis du papier.

Ne laissez pas la race ratée me phagocyter

Pour m’utiliser.

 

Ne faites pas de mes cris des murmures

Pour endormir mon peuple ;

Ne me faites pas apprendre le mètre,

Ni m’y enfermer moi-même

Pour qu’on me chante.

 

Ne prenez pas de jumelles pour me mettre près

De ce sabotage auquel je ne participerai jamais.

Ne laissez pas ma fatigue me pousser

Sous la coupe des prêtres et des lettrés

Et m’atrophier.


Ils ont tous les moyens

Et la routine et l’habitude

Ont fait de nous des chiens

Honteux de nos petits bonheurs,

Honteux d’être chômeurs.

 

C’est comme ça.

Ils nous attendent au coin, là-bas,

Mauvais flics et bons psys,

Marx, et tout le fourbi.
 

Je crains tout ça,

Mon esprit se perd dans ce magma.

C’est la faute de ces cloches.

Putain, je ne peux plus écrire.

Quoi ?… Un autre jour… Peut-être…

 

MA PLUS GRANDE CRAINTE
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12 septembre 2022 1 12 /09 /septembre /2022 11:19
NOS VIES EN PÂTISSÌON
 
Version française — NOS VIES EN PÂTISSÌON — Marco Valdo M.I. — 2022
d’après la traduction italienne — La nostra vita è fare a coltellate — Riccardo Venturi — 2022
 
Paroles : Κατερίνα Γώγου / Katerina Gogou
“Τρία κλικ αριστερά”, 1978

Musique : Κυριακός Σφέτσας / Kyriakos Sfetsas
Album : Στο Δρόμο, 1981 (Sur la route)
Lecture : Katerina Gogou


LA VIE EN PATISSÌON

 

 


Certains poèmes de Katerina Gogou ont effectivement été " mis en musique ", c’est-à-dire chantés sur une mélodie spécialement composée ; d’autres, notamment ceux de Τρία κλικ αριστερά, le recueil de poèmes publié en 1978 (comment traduire le titre ?), ont été récités par Katerina Gogou elle-même dans un album de 1981, Στο δρόμο (" Sur la route " ; mais la langue grecque autorise aussi le sens de " Voyage "), sur fond de musique dissonante, réminiscences du cool jazz, composée par Kyriakos Sfetsas. Ce n’est pas la première fois que nous rencontrons cet album, voir par exemple Καμιά φορά ; mais ce poème est celui où Katerina, en un vers, monte et descend Patissìon, πάνω κάτω η Πατησίων. Toute une vie passée à arpenter cette immense et très longue rue du centre d’Athènes, à propos de laquelle il est bon de saisir l’occasion, enfin, de raconter quelque chose. Les Athéniens, aujourd’hui encore, l’appellent Patissìon (proprement : Λεωφορείον Πατησίων « avenue de Patissia ») parce que, parmi les nombreux quartiers qu’elle traverse, il y a précisément celui de Patissia ; mais son nom officiel est « Avenue du 28 octobre », d’après la date à laquelle le dictateur Ioannis Metaxas a prononcé son fameux “OXI” (« Non !") à l’ultimatum de Benito Mussolini. Sur Patissìon, dont la construction a commencé en 1841, la vie et l’histoire de l’Athènes moderne et, peut-être, de toute la Grèce sont littéralement passées. La Résistance y est passée, comme le dimanche 20 septembre 1942, lorsqu’un petit groupe de partisans, les PEAN, a fait sauter le siège de l’ESPO, l’organisation nazie grecque qui recrutait les jeunes hommes pour la Wehrmacht, avec son siège au n° 8 de Patissìon. Le même sort a été réservé, le 10 décembre 1944, au siège de la « Sûreté générale », détruit par ELAS à l’angle des rues Patissìon et Stournari. Sur Patissìon se trouve également l’entrée principale de l’école polytechnique athénienne, par laquelle les chars de la Junte sont entrés pour écraser la révolte étudiante du 17 novembre 1973.

 


Quelques événements pour faire comprendre un peu mieux ce que signifie « monter et descendre Patissìon », un sens que Katerina Gogou connaissait bien, un sens entrecroisé avec sa vie difficile passée à « voyager comme des pauvres », à se battre, à s’affronter, à se poignarder de haut en bas de cette rue. Ce n’est pas un hasard si l’album hommage dédié à Katerina Gogou après sa mort porte précisément ce titre : Πάνω κάτω η Πατησίων. Comment vont les choses actuellement, Katerina ? Comme dans tout le reste de l’Europe et du monde. En Grèce, il y a l’habituel gouvernement de droite. À l’intérieur de Polytechnique, il y a quelque temps, ils ont réussi à réinstaller une garnison de soldats et de policiers, évidemment pour la “sécurité” ; il y a eu quelques protestations d’étudiants, mais pas beaucoup. Ces jours-ci, ils finissent d’éliminer Exarchia, qui était déjà devenu un « quartier à la mode », ou presque. Ici, chez nous, nous nous préparons à vivre quelques années de fascisme, le vrai, celui qui n’a pas de limites, celui qui est soutenu par le “peuple”. Ces jours-ci, d’ailleurs, ces “gens” pleurent le décès d’une vieille dame de 96 ans et tremblent, comme toujours, devant les événements du championnat de football. Quant à moi, je dois me contenter de monter et descendre la via dell'Argingrosso. Autre chose que Patissìon. [RV]


 


 


 


 

Nos vies sont des pâtisseries

Dans des culs-de-sac déprimés,

Faites de dents pourries,

De slogans éculés,

D’habits étiques,

Fleurant la pisse, l’antiseptique,

Le sperme gâché,

Et fardées d’affiches squelettiques.

De bas en haut, de haut en bas, Patissìon,

Notre vie est Patissìon.

 

(Le détergent qui ne pollue pas la mer

Et la voix sont entrés dans nos vies

Et le boui-boui nous a accueillies

Comme celles qui ont le cul à l'air.)

 

Nous voici, une vie

À traîner nos envies

Sur le même itinéraire,

La solitude, le désespoir, le déni

Et nos retours en arrière.

Soit, on ne pleure pas, on a grandi.

Sous la pluie, la journée,

On suçote nos pouces jaunis

Et la fumée.
 

Nos vies, ce sont

Des gesticulations inutiles

À lutter dans les grèves habituelles

Et se retrouver dans les fourgons.

Alors je vous le dis, moi :

La prochaine fois qu’ils nous chargeront,

On ne s’enfuira pas,

On se battra,

On vendra très cher nos têtes.

Non. Il pleut. Donne-moi une cigarette.

NOS VIES EN PÂTISSÌON
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Published by Marco Valdo M.I.
11 septembre 2022 7 11 /09 /septembre /2022 19:46

 

Les Sauveurs de l’Humanité

 

Chanson française — Les Sauveurs de l’Humanité Marco Valdo M.I. — 2022

 

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ; Épisode 38 : Les Puces ; Épisode 39 : L’Ordinaire de la Guerre ; Épisode 40 : La Ville violée ; Épisode 41 : La Vie paysanne ; Épisode 42 : La Charrette ; Épisode 43 : Le Pantalon ; Épisode 44 : La Secrète et la Poésie ; Épisode 45 : L’Édification de l’Utopie ; Épisode 46 : L’Ambition cosmologique ; Épisode 47 : Le Manuscrit ; Épisode 48 : Le Baiser de Paix ; Épisode 49 : Guerre et Paix ; Épisode 50 : La Queue ; Épisode 51 : Les Nullités ; Épisode 52 : La Valse des Pronoms ; Épisode 53 : La Philosophie spéciale ; Épisode 54 : Le Pays du Bonheur ; Épisode 55 : Les Pigeons ; Épisode 56 : Les Temps dépassés ; Épisode 57 : La Faute à la Contingence ; Épisode 58 : Guerre et Sexe ; Épisode 59 : Une Rencontre en Zinovie ; Épisode 60 : La Grande Zinovie ; Épisode 61 : La Convocation ; Épisode 62 : Tatiana ; Épisode 63 : L’Immolation ; Épisode 064. Que faire ?; Épisode 065 : Ni chaud, ni froid ; Épisode 066 : Le Congé éternel ; Épisode 067 : À perdre la Raison ;

 

 

Épisode 68

 

 

 

UN DÉFILÉ POUR LA VICTOIRE

Varvara Grankova — 2017

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Quel curieux titre encore une fois, dit Lucien l’âne ; j’imagine qu’il ne s’agit pas d’obtenir la liste des illuminés qui ont prétendu, dont on prétend qu’ils… ou qui prétendent — il y en a encore en circulation, en être. Il y en aurait un sacré paquet.

 

Évidemment, Lucien l’âne mon ami, évidemment qu’il ne s’agit pas d’un palmarès œcuménique des messies, mais tout au contraire, il s’agit dans la chanson de personnages plus terre à terre. Si on lit attentivement le texte en reliant ce qui définit ces sauveurs de l’humanité, on obtient ceci :

 

« Le passage des sauveurs de l’humanité

Pour acclamer en groupe sur les trottoirs.

Les Guides, les chefs et les hommes d’État

Il convient de saluer tous ces gens-là.

ces glorieuses personnalités »

 

Ah, dit Lucien l’âne, je commence à les situer et à coprendre de quoi il s’agit. Dis-moi si je me trompe. Il me semble qu’il s’agit de ces grandes manifestations obligatoirement spontanées qui saluent d’un enthousiasme hiérarchiquement organisé la venue — en l’occurrence, dans la capitale de la Zinovie — de personnages que le protocole désigne aux populations ébahies comme les « sauveurs de l’humanité ».

 

C’est une bonne compréhension de la chose, Lucien l’âne mon ami, et le plus grand des Sauveurs, c’est le Guide de la Zinovie — du moins, il le croit et force à le croire bien des gens ; les autres sont tout simplement ses disciples. Résumons : les gens ont congé pour aller faire la claque et ensuite, il est impossible de les ramener au travail ; ils en profitent pour se défiler et vaquer à leurs petites affaires. Ce qui fait que ces venues de « Sauveurs du Monde » sont quand même très appréciées des travailleurs. Justement, à propos de petite affaire, c’est dans la deuxième strophe, la « voix » raconte un rendez-vous galant, une approche de séduction et le début d’une idylle. On n’en saura pas beaucoup plus. Appelons ça, une scène de la vie quotidienne en Zinovie.

 

Si je peux me permettre, dit Lucien l’âne, c’est tout le contraire de ce qui se passe dans la chanson de Boris Vian : « On n’est pas là pour se faire engueuler », mais il faut dire que là les gens vont au défilé de leur plein gré, comme à la fête, comme à la foire ou au cirque ; pour eux, le défilé est un moment joyeux. C’est d’ailleurs ce qui donne aux défilés « Potemkine », tout leur sens ; il y a résolument là abus de confiance des organisateurs. Et puis ?

 

Et puis ?, répond Marco Valdo M.I. ; le reste de la chanson est une dénonciation du Guide, du régime et de ses objectifs insensés. Mais il vaut mieux les découvrir par soi-même et réfléchir à ce qu’ils impliquent. Notamment, ce qui est supputé à la fin et la réponse directe et réaliste de l’icône populaire — vox populi, en quelque sorte.

 

« Certains s’opposent et résistent

Avec l’espoir de changer ça.

Mariamarie s’exclame très réaliste :

Comme ça ? N’y comptez pas ! »

 

Même si, j’attire ton attention sur l’énorme ambiguïté de cette réponse pour qui en tire les conséquences logiques : pas comme ça, mais autrement peut-être ? Telle est la question

 

Oui, dit Lucien l’âne, elle ouvre des horizons. Soit, je vais faire ainsi. Alors, tissons le linceul de ce vieux monde factice, menteur, hâbleur, bravache, rodomont et cacochyme.

 


Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

On quitte notre travail sans discuter

Et pendant des heures, on attend

Le passage des sauveurs de l’humanité ;

C’est un agréable passe-temps.

En Zinovie, on a le sens de l’hospitalité.

On nous rameute tous sur le boulevard

Pour acclamer en groupe sur les trottoirs

Les Guides, les chefs et les hommes d’État ;

Il convient de saluer tous ces gens-là.

Quand ces glorieuses personnalités

Nous sont enfin passées sous le nez,

On prend congé et peinards, on s’en va.

 

Pour nous, aujourd’hui, c’est congé ;

Avec elle, on va se promener.

Ça commence mal, son collant a filé ;

À la boutique, je lui en ai racheté.

Avant la guerre, j’étais déjà à l’armée.

Avant la guerre, je n’étais pas née.

Pas d’alarme, je ne suis pas si vieux,

Je ne me suis jamais senti mieux.

En Zinovie, on a édifié le paradis.

Un monde puissant, de feu et de fer

Finalement, ainsi, c’est un enfer.

En Zinovie, on vit le paradis promis.

 

Le Guide est un génie universel éclairé,

S’il fait la guerre, c’est pour la gagner.

Comment submerger le continent ?

Et refaire l’étranger à notre goût ?

Nous serons arrivés partout,

En tout juste un rien de temps

Et ils se rendront sans combattre.

On n’aura quasiment pas à se battre ;

Quelques jours, tout au plus.

On a des volontaires prêts à s’engager

Et des milliers d’agents à l’étranger.

Quel cauchemar, on n’en dort plus.

 

En Zinovie, on pense en masse.

On approuve sans remords,

Une énorme montagne de crasses :

Les interventions armées en dehors,

Les mensonges, les vantardises ;

Les arrestations, les faits sordides,

En Zinovie, on soutient le Guide.

C’est le triomphe de la Bêtise.

Certains s’opposent et résistent

Avec l’espoir de changer ça.

Mariamarie s’exclame très réaliste :

Comme ça ? N’y comptez pas !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Les Sauveurs de l’Humanité
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9 septembre 2022 5 09 /09 /septembre /2022 19:18

25 MAI

 

Version française — 25 MAI — Marco Valdo M.I. — 2022

d’après la version italienne 25 MAGGIO de Riccardo Venturi — 2013

d’une chanson grecque — 25 ΜαίουKaterina Gogou — 1978

Interprétation : Εντροπία

Du recueil « Trois clicks à gauche », Katerina Gogou, 1978


 

 

 

AVEC LE RÊVE DE LA RÉVOLUTION

Dimitris Mytaras — 1994

 

 

 

Ce poème antiautoritaire et antifasciste a été remixé par un groupe punk, Endropia, sur lequel j’ai trouvé très peu d’informations (à part des références constantes à la " DIY Ethic ") ; on est loin de la chanson grecque " classique " ici, en somme, et on est très proche des soulèvements d’aujourd’hui. Katerina Gogou s’est suicidée en 1993 à l’âge de 53 ans ; en le lisant au fur et à mesure, j’ai réalisé à quel point je me sentais déjà proche d’elle. Je commence, en ce qui me concerne, par ici. [RV]

 

 

 

 

Un matin, j’ouvrirai la porte

Et je sortirai dans les rues

Comme je l’ai fait hier

Et je ne ferai que penser

Pour une part à mon père,

Et pour une part à la mer

— À ce qu’on m’en a laissé —,

Et à la ville, la ville qu’on a pourrie,

Et à nos amis perdus.


Un matin, j’ouvrirai la porte

Directement dans le feu

Et je sortirai comme hier

En criant « Fascistes ! »

Pour ériger des barricades et jeter des pierres,

Avec un drapeau rouge

Flamboyant au soleil.


J’ouvrirai la porte

Eh non, ce n’est pas que j’ai peur,

Mais je n’ai pas réussi

Et vous devez apprendre

À ne pas aller dans la rue

Désarmés comme moi.

— Car je n’ai pas réussi…

Et alors vous perdrez comme moi.

“Ainsi”, “vaguement”,

Brisés en morceaux,

Morceaux de mer, d’années d’enfance

Et de lambeaux rouges.


 

Un matin, j’ouvrirai la porte

Et je me perdrai

Avec le rêve de la révolution

Dans la solitude sans fin

Des rues en feu,

Dans la solitude sans fin

Des barricades de papier,

Traitée — ne les croyez pas -

De provocatrice.

 

25 MAI
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