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24 juin 2022 5 24 /06 /juin /2022 16:44
ANARCHIE

 

Version française — ANARCHIE — Marco Valdo M.I. — 2022

Chanson en langue allemandeAnarchieJohn Henry Mackay1897poème en langue anglaise — 1888


 

JOHN HENRY MACKAY à 16 ans

 

Dialogue maïeutique

 

Il est toujours difficile, dit Marco Valdo M.I., de concevoir un commentaire à propos de ces chansons qu’on traduit ici ; c’est à chaque fois une gageure. Par exemple, pour elle-ci, j’ai longtemps hésité à en proposer un et à faire notre dialogue maintenant coutumier.

 

Je vois, dit Lucien l’âne, et je te rejoins complètement. Cependant, il me semble que tu viens d’en amorcer un et je ne vois pas où il nous emmène. Ce qui est sûr, c’est qu’on ne peut en rester là, qu’il te faut poursuivre.

 

Bien sûr, répond Marco Valdo M.I., et je vais quand même essayer de comprendre ce qui m’a retenu au point que j’étais prêt à n’en faire aucun. Ce qui — à bien y regarder — en serait un en soi.

 

Et alors ?, demande Lucien l’âne.

 

Eh bien, ce qui me retenait, Lucien l’âne mon ami, c’était l’ampleur du sujet, tout ce qui se cache derrière ce mot « Anarchie » et que j’entrevoyais là une interminable péroraison. Il me fallait synthétiser tout ce qui se bousculait dans mes pensées concernant ce mot, mais aussi je voulais dire un mot de l’auteur et de son texte poétique.

 

Faisons ainsi, dit Lucien l’âne. Quid du mot, d’abord ?

 

En premier, dit Marco Valdo M.I., avant d’aller plus avant, il me faut faire une solide rectification et dire que Riccardo Gullota voyait juste quand il affirmait dans sa notice en italien que le texte allemand était le plus suggestif : « Troviamo particolarmente suggestiva la versione tedesca di Christoph Holzhöfer », car il s’agit en fait du texte original de John Henry Mackay, repris exactement par Christoph Holzhöfer ; texte tiré des Gesammelte Dichtungen. Erste Reihe : Jugend 1882 — 1890. Mackay, John Henry. Verlag : Zürich u. Leipzig, Verlag von Karl Henckell & Co., o.J. (1897), 1897. Cependant, comme Mackay (de père écossais et de mère allemande et sans doute, bilingue) n’arrive à Berlin – venant d’Écosse, qu’en 1896, on peut supposer que la version anglaise, datée de 1888, est la version origine. Ensuite, j’écarte toute connotation négative ou péjorative, telles qu’en développent les adversaires de l’anarchie ; en cela, je suis la logique du poème et celle de John Henry Mackay ; « Laissons-les crier ! ». Je ne tiendrai compte que du côté optimiste de l’anarchie.

 

Fort bien, dit Lucien l’âne, il est vrai que le monde a changé de bases et sans doute, ceci explique cela : l’anarchisme violent et explosif a été abandonné.

 

Cependant, je n’entrerai pas dans l’histoire de cette évolution de l’anarchie et du monde, dit Marco Valdo M.I., sauf pour noter au passage que les révolutions violentes semblent avoir débouché sur des régimes qui se sont très fortement éloignés de leurs prémices et avoir donné des résultats très contraires à ce qu’elles promettaient. Et là aussi, la chanson est juste dans sa vision de l’anarchie et de l’anarchiste :

 

« Je suis un Anarchiste ! Et je ne peux accepter

De dominer, ni d’être dominé ! »

 

Oui, dit Lucien l’âne, mais n’est-ce pas là une affirmation individuelle ?

 

Exactement, tu fais bien de le faire remarquer Lucien l’âne mon ami. Pour John Henry Mackay et plein d’autres, l’anarchie est par essence individualiste et non-violente et tend à un futur pacifique et à une société enfin pacifiée. Quand et comment elle adviendra n’est pas dit dans la chanson, sauf ceci : « Quand chacun à lui-même s’éveillera » (Wenn jeder endlich zu sich selbst erwachte).

 

Je pense, comme lui, que c’est la condition sine qua non, dit Lucien l’âne. C’est évident quand on pense que l’anarchie ne peut être imposée par force — « ni dominer, ni être dominé ». C’est une société du consensus où chacun respecte chaque autre et où nul ne songe — fût-ce un instant, à prendre le pouvoir ou à profiter de l’autre. Sans aucun doute, on n’est pas rendus et la chanson le distingue bien. Mais il n’est pas d’autre voie possible. En attendant nous vivons, alors, tissons le linceul de ce vieux monde dominateur, dictatorial, aveugle, mal barré et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Toujours injuriée, maudite, jamais comprise,

Tu es la terreur barbare de notre époque,

Crie la multitude, la ruine de tout ordre,

La guerre et la rage sans fin du meurtre.

 

Oh, laissez-les crier. Pour ceux qui n’ont jamais lutté,

La vérité à trouver derrière le mot se cache,

Le juste sens du mot ne leur est pas donné,

Ils resteront des aveugles parmi les aveugles.

 

Mais toi, ô mot, si clair, si fort, si pur,

Tout ce que j’avais pris pour but, tu diras.

Je te donne au futur ! Le tien est sûr,

Quand chacun à lui-même s’éveillera.

 

Dans l’éclat du soleil ? Dans le frisson de la tempête ?

Je ne peux le dire, mais la terre, elle, le verra !

Je suis un Anarchiste ! Et je ne peux accepter

De dominer, ni d’être dominé !

 

ANARCHIE
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Published by Marco Valdo M.I.
21 juin 2022 2 21 /06 /juin /2022 07:43

 

Les Nullités

 

Chanson française – Les Nullités Marco Valdo M.I. – 2022

 

 

LA ZINOVIE

est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

 

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ; Épisode 38 : Les Puces ; Épisode 39 : L’Ordinaire de la Guerre ; Épisode 40 : La Ville violée ; Épisode 41 : La Vie paysanne ; Épisode 42 : La Charrette ; Épisode 43 : Le Pantalon ; Épisode 44 : La Secrète et la Poésie ; Épisode 45 : L’Édification de l’Utopie ; Épisode 46 : L’Ambition cosmologique ; Épisode 47 : Le Manuscrit ; Épisode 48 : Le Baiser de Paix ; Épisode 49 : Guerre et Paix ; Épisode 50 : La Queue ;

 

Épisode 51

 

 

 

LES RAMASSEURS DE POMMES DE TERRE

 

Georges Rohner - 1956

Chez nous, on désigne les volontaires

Pour la récolte des pommes de terre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

 

Oui, Lucien l’âne mon ami, il faut toujours faire attention au titre de la chanson et

c’est spécialement le cas pour celui-ci : « Les Nullités ».

 

C’est ce que je me disais, répond Lucien l’âne. Je me demandais ce que peuvent bien être ces nullités.

 

D’abord, reprend Marco Valdo M.I., il faut dire que ce terme, ainsi compris, n’a d’usage qu’en Zinovie et dans les pays qui partagent sa conception des choses et du monde. Il désigne des gens, il les classe, il les catégorise, il les range, il les homogénéise et du coup, il les dépersonnalise. Une nullité n’a plus d’identité.

 

En quelque sorte, réfléchit Lucien l’âne, ce seraient comme des pions.

 

Exactement, dit Marco Valdo M.I., et la chanson le dit : « Ce sont des pions peu importants » et, logiquement dès lors, ils ne comptent pas, ils n’existent que comme un matériau primaire que manipulent des « responsables », lesquels comptent et font l’Histoire. D’ailleurs, les nullités ne font pas d’histoires ; les nullités n’ont pas d’histoire. Cependant, il faut remarquer que la chanson elle-même dément cette conception et affirme :

 

« C’est une terrible absurdité,

Car chose établie par la science,

De l’humanité, la nullité est la quintessence. »

 

Décidément, dit Lucien l’âne, vue de l’intérieur, la Zinovie est un drôle d’État.

 

Un pays, Lucien l’âne mon ami, où tout est «  sens dessus dessous, mal fagoté », de guingois, où les citoyens (autrement dit, pour l’essentiel, les nullités) en viennent à se demander et à conclure :

 

« Faut-il en rire ou en pleurer ?

Nous, on rit d’une triste hilarité. »

 

Mais au fait, dit Lucien l’âne, il me semble qu’il serait là-bas question d’une guerre ; de quelle guerre s’agit-il ?

 

La guerre, dit Marco Valdo M.I., la guerre, quelle guerre ? Il n’y a pas de guerre en Zinovie et la Zinovie ne fait pas la guerre, la Zinovie n’envahit pas les pays voisins. Rien de tout ça n’a été confirmé par les « responsables » de la Zinovie. D’ailleurs, officiellement, en Zinovie,

 

« En Zinovie, l’avenir radieux sourit déjà.

Quel imbécile ne voudrait pas

D’un espoir grandiose comme celui-là ? »

 

Ambiance, ambiance, dit Lucien l’âne. Quelle ambiance, quelle atmosphère en Zinovie, je n’aimerais pas en être citoyen, j’y serais placé (et toi aussi) au rang des nullités – de celles qu’on envoie devant ; cela est certain. Alors, tissons le linceul de ce vieux monde méprisant, dépressif, démoralisé, immoral et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

 

 

Dans de difficiles conditions climatiques,

À la guerre, on attaqua au printemps

Les villes et les villages pacifiques

De l’ennemi perfide et résistant.

Pour préserver nos forces de commandement,

On mit toutes les nullités devant.

Les nullités sont la base des unités,

Ce sont des pions peu importants,

On les nourrit de bouillie et de mauvais thé,

On les loge dans de précaires cantonnements.

On les gave d’alcool et ils se font tuer.

Ce ne sont ni les premiers, ni les derniers.

 

En Zinovie, on ne dit rien des nullités,

On n’en fait pas toute une histoire.

Seuls les responsables font l’Histoire,

C’est leur rôle, ils ont mérité

Médailles, récompenses, promotions,

Titres, honneurs et grandes pensions.

En Zinovie, les livres sur les grands hommes

Ont déjà été écrits en d’énormes sommes.

Sur les nullités, pas un seul livre édité ;

C’est une terrible absurdité,

Car chose établie par la science,

De l’humanité, la nullité est la quintessence.

 

Dans le futur, nous sommes entrés.

Le présent, c’est l’avenir du passé.

Sur la Zinovie, où tout est mal foutu,

Le progrès historique s’est abattu.

En Zinovie, le beau temps reviendra.

En Zinovie, l’avenir radieux sourit déjà.

Quel imbécile ne voudrait pas

D’un espoir grandiose comme celui-là ?

La vodka, vous connaissez ?

Nous, on la siffle sans sourciller.

C’est de l’espérance en concentré.

En Zinovie, on n’en a jamais assez.

 

En Zinovie, romantisme zéro :

On n’a plus de vrais héros.

Chez nous, on désigne les volontaires

Pour la récolte des pommes de terre.

On assiste aux réunions,

Les guides nous gavent de citations,

On applaudit, on crie c’est bien

En Zinovie, tout est embrouillé,

Sens dessus dessous, mal fagoté.

On se méfie de tout et de rien.

Faut-il en rire ou en pleurer ?

Nous, on rit d’une triste hilarité.

 Les Nullités
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Published by Marco Valdo M.I.
18 juin 2022 6 18 /06 /juin /2022 19:52

 

La Vie, c’est comme une Dent

 

Chanson française – La Vie, c’est comme une Dent – Boris Vian – 1959
 

Paroles et musique : Boris Vian

Interprétations :

Serge Reggiani : https://www.youtube.com/watch?v=D5ChMsVdf9Y

Serge Reggiani : réenregistrement 1978 : https://www.youtube.com/watch?v=q0ttmOUquAs

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Encore une chanson sur la vie, dit Lucien l’âne.

 

Oui, répond Marco Valdo M.I., son titre complet est « La Vie, c’est comme une Dent » et elle est de Boris Vian. Une chanson, c’est beaucoup dire au départ ; juste un petit poème, un de ceux dont Boris était coutumier – il adorait ça. Un petit poème qui en grandissant est devenu une chanson que Serge Reggiani se fit un plaisir d’interpréter. C’est d’ailleurs comme ça, d’une petite idée à une petite sentence, d’une petite sentence à un petit poème que naissent et fleurissent les chansons. Cependant, celle-ci, à bien y regarder, en dit plus que bien des grandes et moins discrètes qu’elle.

 

Soit, mais que dit-elle ?, demande Lucien l’âne. Mais il faut me dire pourquoi et comment elle est venue ici seulement maintenant, alors que tu la connais depuis longtemps ; cela je le sais.

 

 

Oh, dit Marco Valdo M.I., elle dit plein de choses et elle les dit fort bien. Si elle est venue ici à présent, c’est à la suite de la chanson « La Vie » de Léo Ferré, qu’on a insérée récemment, où – dans notre dialogue, je l’avais citée et tout comme cette dernière, elle resurgit du fin fond des années 50 du siècle dernier. Ensuite, cependant, elle a de droit sa place dans des Chansons conte la Guerre du simple fait qu’elle est issue de la même veine que Le Déserteur et qu’à vrai dire, elle lui donne tout son sens : cet attachement profond à la conscience d’être et de la précarité d’exister. Et puis, elle donne à la vie toute sa capacité de résistance, une dimension qui nous est chère.

 

Oui, dit Lucien l’âne, sans doute ; la vie est le fondement de notre être qu’il importe naturellement de préserver jusqu’à tant que ça en vaut encore la peine. Il y a là une limite certaine autant que floue : celle du moment où, comme une dent précisément, il faut l’arracher, à laquelle chacun in fine est confronté seul ; seul et lui seul et lui seulement doit pouvoir en disposer. Pour ce qui nous concerne et en attendant, tissons le linceul de ce vieux monde absolu, absurde, abstrus, absorbé et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

 

La vie, c’est comme une dent.

D’abord, on n’y a pas pensé,

On s’est contenté de mâcher

Et puis, ça se gâte ; soudain,

Ça vous fait mal et on y tient

Et on la soigne et les soucis

Et pour qu’on soit vraiment guéri,

Il faut vous l’arracher la vie.

 

 

 

La Vie, c’est comme une Dent
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Published by Marco Valdo M.I.
17 juin 2022 5 17 /06 /juin /2022 18:09

 

La Vie

Chanson française – La Vie – Léo Ferré – 1955

 

 

 

LA VIE

Léo Ferré – 1955

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

 

La Vie, dit Lucien l’âne, c’est toute une histoire.

 

Certes, Lucien l’âne mon ami, et Boris Vian avait excellemment résumé l’affaire en un court poème où il disait péremptoire comme il pouvait l’être : « La vie, c’est comme une dent. »

 

Soit, dit Lucien l’âne, mais cette chanson-ci n’est pas de Boris Vian.

 

Oui, elle est de Léo Ferré, répond Marco Valdo M.I. et elle est peu connue à présent du fait qu’elle est une de ses premières chansons – enregistrée en 1955 sur un disque 78 tours, tout dur et tout noir. Cela dit, dans cette chanson, on trouve déjà tout Ferré ; je veux dire l’homme et son tempérament assez caustique : canaille, gouailleur, drôle, léger, provocant, anar et dès lors, moraliste et philosophique. Comme tu le verras, c’est une chanson avec de la pensée dedans.

 

J’imagine très bien tout ça, répond Lucien l’âne, mais je ne sais toujours rien de la chanson elle-même. Si tu pouvais m’en dire plus, un peu, façon d’introduire la réflexion et de donner à la chanson sa pleine dimension.

 

Eh bien, Lucien l’âne mon ami, comme son nom le suggère, la chanson par le de la vie – qu’elle trouve ma foutue et les éléments qui lui donnent sens et l’animent : le cœur, l’argent, l’amour.

 

Joli trio, dit Lucien l’âne, qu’en dit-elle ?

 

Ah, continue Marco Valdo M.I., il me faut d’abord préciser l’antienne qui court tout au long et qui les qualifie chacun à leur tour – la vie, le cœur, l’argent, l’amour : « C’est une vieille peau ».

 

Oh, s’esclaffe Lucien l’âne, dans une version plus vingt et unième siècle, il faudrait y adjoindre le cul. Ça sonne bien, non ? « Le cul, c’est une vieille peau et on s’assied dessus ».

 

S’asseoir dessus, évidemment, répond Marco Valdo M.I., et ça fait la rime, en plus. La dernière strophe est en quelque sorte optative, elle ouvre sur une manière volontaire d’affronter le destin et conclut avec une bonne dose de fatale conviction et d’asinesque obstination : « D’ailleurs, nous on s’en fout, On vit !… » et j’ajouterais volontiers ce que disait ma grand-mère : « Moi, je m’en fous ! Je m’en fous tellement que je m’en fous ! »

 

Eh, dit Lucien l’âne, ça, Ferré l’aurait bien aimée, cette réflexion de ta grand-mère. Il ne nous reste plus qu’à vivre et à tisser le linceul de ce vieux monde décati, assoupi, chaotique, hérétique et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

 

La vie,
C’est un
e vieille peau,
Mais quand c’est la sienn
e,
On y tient.
Pardi,

Il n’y a que ça qui compte !
Dis, la vie,
T
u es mal foutue,
T
u as l’air d’une fille perdue,
T
u es fagotée comme une sans foi ni loi,
Qui croit en Dieu sait quoi

Et qui se fout de tout d’ailleurs,
Mais pas des coups au
cœur.

 

Le cœur,
C’est un
e vieille peau,
Un
e peau de tambour…
Ta
ratata,
Ma sœur,
C’est lui qui compte.
Dis, le cœur,
T
u es mal planqué,
J
e m’en fous, je ne suis pas gaucher,
Tu comptes les coups,
Pour finir où ?
Pan, pan !
Dans un placard,
Pénard,
Où i
l y a peau de balle
Et balai de crin, mais pas
D’argent.

 

L’argent,
C’est un
e vieille peau,
Un
e peau de chagrin qui fait
Ding ding,
Tiens, tiens !
On fait ses comptes !
Dis, l’argent,
T
u es rien nickel
Dans ton papier ficell
e
Quand tu n’es pas là,
Nous on est là.
Copain,
Sans argent, on
n’est rien,
Mais rien du tout,
C’est tout.
T
u as bien le bonjour
D
e l’amour.

 

L’amour,
C’est un
e vieille peau,
Un
e peau de vison ou bien
Tintin,
L’amour,
Ça fait des comptes.
Dis, l’amour,
T
u es tout ou rien,
Mais quand t
u es tout,
C’est fou,
Et quand t
u n’es rien,
Alors t
u n’es rien du tout,
Faut mett
re les bouts
Surtout
Et puis s’en fout,
Mes p
etits
Quand on a tout
e
La vie.

 

La vie,
Un
e foutue peau,
Mais comm
e c’est la mienne,
Moi j’y tiens,
Pardi,
Pour moi, ça compte.
Dis, la vie,
Sois bien foutue,
Aie l’air d’un
e môme cossue,
Mets ton beau pull
Des fois qu’on tourn
e la boule
À celui qui compte les coups
Et qui,
Que, quoi, donc, où…
D’ailleurs, nous on s’en fout,
On vit !…

 

La Vie
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15 juin 2022 3 15 /06 /juin /2022 15:03

 

La Queue

 

Chanson française – La Queue Marco Valdo M.I. – 2022

 

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

 

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ; Épisode 38 : Les Puces ; Épisode 39 : L’Ordinaire de la Guerre ; Épisode 40 : La Ville violée ; Épisode 41 : La Vie paysanne ; Épisode 42 : La Charrette ; Épisode 43 : Le Pantalon ; Épisode 44 : La Secrète et la Poésie ; Épisode 45 : L’Édification de l’Utopie ; Épisode 46 : L’Ambition cosmologique ; Épisode 47 : Le Manuscrit ; Épisode 48 : Le Baiser de Paix ; Épisode 49 : Guerre et Paix ;


 


 


 

Épisode 50

 

 

LA QUEUE

Soundoukov – 1986

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Oui, Lucien l’âne mon ami, je sais, La Queue est un titre étrange et il faudrait un peu l’expliciter.

 

Certainement, répond Lucien l’âne, car il est pour le moins ambigu. Déjà, de quelle queue, il s’agit ?

 

E bien, dit Marco Valdo M.I., il est très pertinent de poser cette question, car comme tu le soulignes, des queues, il y en a beaucoup et de tous les genres. En plus, il s’agit non pas de la queue comme en porte fièrement l’âne, mais de la queue considérée comme une institution nationale en Zinovie et même comme un phénomène historique et une dimension quasiment folklorique. Ce n’est pas une nouveauté, elle fait partie du quotidien des Zinoviens depuis au moins un siècle. Pour tout dire, il s’agit de cette procédure de la file d’attente que l’on subit là-bas à répétition, à propos de tout et de rien. Le moindre achat, la moindre démarche administrative, la visite médicale, tout est régi par la queue. C’est une sorte d’embouteillage piéton. Là-bas, tout est régi par la queue.

 

Tout ?, demande Lucien l’âne, c’est énorme. Il ne manquerait plus que de devoir faire la queue pour ses propres funérailles.

 

Si, répond Marco Valdo M.I., il faut faire la queue partout, du début à la fin de la vie et comme tu le supposes, pour ces derniers instants. C’est ce que content les deux dernières strophes dans lesquelles il apparaît que la queue (interminable – il faut même parfois s’y reprendre à plusieurs fois et réserver sa place) est requise pour avoir le document nécessaire à l’accès au crématorium et subséquemment, une place au columbarium. Toutefois, arrivé à ce point de leur existence, ça n’étonne plus personne ; les Zinoviens ont intégré la queue, c’est devenu un usage familier, une habitude. Et la question se pose de savoir si les Zinoviens croyants, qui la plupart du temps s’abîment dans la croyance en un Dieu anthropomorphique, s’attendent à retrouver la queue dans leur au-delà, de voir la queue s’étendre à l’entrée du paradis ou de l’enfer, c’est selon. De ce fait, il est probable qu’ils doivent s’imaginer l’extension de l’univers bureaucratique à l’éternité.

 

Ohlala, dit Lucien l’âne, l’éternité gérée par une grande administration, voilà qui ouvre des perspectives de carrière à plus d’un et pour certains, des perspectives de rattrapage infinies aux examens de promotion. J’aime mieux ne pas y penser. Qu’y a-t-il d’autre à dire de cette chanson ?

 

Il faut noter, Lucien l’âne mon ami, qu’il s’agit du cinquantième épisode, de la cinquantième étape de ce voyage et Zinovie et qu’elle clôt notre incursion dans les Hauteurs Béantes. Cependant, rassure-toi, on va poursuivre notre périple en visitant La Maison Jaune, autre roman qui conte la vie en Zinovie, où sans doute, on pourra découvrir de nouvelles choses. Pour le reste, voir la chanson elle-même.

 

Bien sûr, dit Lucien l’âne, j’y compte bien et je vais m’y employer. Ensuite, tissons le linceul de ce vieux monde embouteillé, encombré, engorgé, bouché, surchargé et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

On entend le pas de la gloire,

Le soleil monte sur les lendemains.

De la plaine suinte une odeur noire,

C’est le grincement de la fin.

Songeant aux grouillantes hécatombes

Dans les boues des trous de bombes,

Les morts quittent leurs tombes.

Aux vivants écharnés, il incombe

De remettre aux jours pacifiques

Ces fantômes traumatiques

Et y rallier les visages et les yeux

Pour accueillir l’avenir radieux.

 

En Zinovie, la criminalité a disparu ;

Elle a longtemps sévi,

Mais à présent, c’est fini.

Si certains sont de sordides individus,

Si certains doivent être punis,

Que faire, si le crime n’existe plus ?

Les vrais crimes échappent au châtiment

Et les punis sont souvent innocents.

Sous la contrainte du réel,

En Zinovie, on pratique la prévention.

Avant leur crime, on extermine les criminels ;

C’est une grandiose évolution.

 

En Zinovie, on fait la queue partout ;

En Zinovie, on fait la queue pour tout ;

Avec lenteur, avec patience, avec ennui ;

La queue, mon ami, ce n’est jamais fini.

Par exemple, la queue aux Pompes Funèbres ;

Au comptoir, il y a un drôle de zèbre.

Il touche un salaire de misère,

Il peste et déteste toute la Terre.

Il vérifie les papiers d’un air sévère,

Fait remplir pointilleusement les formulaires,

Et fait tout recommencer plusieurs fois.

C’est à en mourir et on n’y arrive pas.

 

Alors, pour vous, tout est en ordre.

Enfin, presque, mais ça ne fait rien.

On n’est pas des bureaucrates aux ordres,

On est là pour faire le bien.

Un billet pour le crématoire ?

Trop jeune, faut être retraité

Ou au moins, avoir attrapé

Une maladie rédhibitoire.
Je souffre d’un ennui mortel.

Ah ! C’est autre chose, je comprends !

Voilà votre papier officiel.

Reste plus qu’à mourir. Au suivant !

 

 

 La Queue
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Published by Marco Valdo M.I.
10 juin 2022 5 10 /06 /juin /2022 18:42

 

Guerre et Paix

 

Chanson française – Guerre et Paix Marco Valdo M.I. – 2022

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

 

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ; Épisode 38 : Les Puces ; Épisode 39 : L’Ordinaire de la Guerre ; Épisode 40 : La Ville violée ; Épisode 41 : La Vie paysanne ; Épisode 42 : La Charrette ; Épisode 43 : Le Pantalon ; Épisode 44 : La Secrète et la Poésie ; Épisode 45 : L’Édification de l’Utopie ; Épisode 46 : L’Ambition cosmologique ; Épisode 47 : Le Manuscrit ; Épisode 48 : Le Baiser de Paix


 


 


 

Épisode 49

 

 

 

L'INVENTION DU GLORIEUX PASSÉ

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Cette histoire de Guerre et Paix, s’exclame Lucien l’âne, me rappelle quelque chose. En fait, le titre d’un roman russe du temps des tsars et si je me souviens bien, il y est question de la bataille d’Austerlitz. C’était en 1805 ; celle où Koutouzov s’était endormi (Le Sommeil tranquille de Koutouzov) et avait laissé le Tsar Alexandre courir tout droit au désastre ; ce doit être aussi la bataille où l’Arlequin amoureux avait une dernière fois déserté et où le Lieutenant Franz, devenu capitaine, annonce son suicide à sa maîtresse, suite à la défaite. (La Compote d’hommes et La Lettre d’Austerlitz).

 

Il y a de ça, répond Marco Valdo M.I., car il s’agit certainement d’une allusion au roman de Léon Tolstoï. Maintenant, il n’est pas de lien précis avec cette grande œuvre de la littérature russe. Une œuvre, je le rappelle, d’un écrivain profondément pacifiste, opposé viscéralement à la guerre et a fortiori, à toute invasion d’autre pays. Cela précisé, la chanson se divise en deux parties :

— la Guerre, comprend les deux premières strophes ; elle chante la vie des soldats en campagne.

— la Paix, les eux dernières strophes, ramène à la société zinovienne.

 

Soit, dit Lucien l’âne, mais ne peux-tu détailler un peu comme d’ordinaire.

 

Bien sûr, répond Marco Valdo M.I., mais je ne découvrirai cependant pas tout. Il n’y aurait plus de charme.

La première partie se passa dans le décor du cantonnement, une voix s’exprime et dit combien la guerre est ennuyeuse ; la même voix accuse les responsables qui contraignent les hommes à mener cette vie « malicieuse » et inventent des justifications absurdes à la guerre :

 

« Les chefs inventent un passé

Glorieux, de morts et de blessés. »

 

ensuite, la voix évoque la confusion entretenue dans le pays et l’occultation des principaux intéressés :

 

« Le silence des soldats

Et les morts ne parlent pas. »

 

Quant à la deuxième strophe, elle fait comme un écho à une mélancolique soirée au cantonnement.

 

Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, je n’en demande pas autant, mais, je t’en prie, poursuis.

 

Donc, Lucien l’âne, la deuxième partie, comme je l’ai dit, comporte une strophe où on assiste au procès d’opposants à la guerre et au régime en place et la dernière qui rapporte l’opinion pour le moins sarcastique de la vox populi zinovienne.

 

Eh bien, merci, dit Lucien l’âne, en voilà assez et d’ailleurs, il est temps de conclure ; alors tissons le linceul de ce vieux monde va-t-en-guerre, belliciste, boutefeu, guerroyeur et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

 

 

Passe dans ce désert de l’ennui,

Une souris ; le jour sourd gris,

La vie est incertaine et malicieuse,

La guerre est longue et fastidieuse.

Les chefs inventent un passé

Glorieux, de morts et de blessés.

On en réchappe par pur hasard,

Quand la mort arrive en retard.

Guerre et paix, quelle cacophonie !

On n’entend plus que ça en Zinovie,

Le silence des soldats

Et les morts ne parlent pas.

 

La bouteille, on l’amène ;

Un casse-croûte, on prépare.

Sur un vieux phono rouillé,

On passe les disques usés.

On fume un tabac très fort,

On boit rien qu’un petit coup,

On mange encore moins encore,

Une guitare sort d’on ne sait où,

Une tristesse chante en grinçant.

Les princesses serrent les héros.

Comme le bonheur est fuyant,

Rien n’est vrai, on le sait trop.

 

Voici le dossier complet des accusés ;

Tout le complot est décrit dedans

Et en détail ; inutile de nier.

On sait tout, on est au courant.

Vous avez exprimé et répandu

D’évidentes vérités, des propos saugrenus,

Vous avez propagé ouvertement

Un juste et subtil mécontentement.

Vous avez diffusé des informations

Exactes à propos de notre société.

Vous parlez de liberté, de civilisation.

Tout ça pour calomnier nos pionniers.

 

Quand on devient vieux pour mâcher

Le saucisson dur et la salade,

Est-ce qu’il vaut mieux un dentier entier

Ou garder en bouche ses dents malades ?

Nous, on est toujours contents,

À l’évidence, c’est plus prudent.

Une vieille habitude, c’est connu !

En Zinovie, même les détenus

Ont peur d’être coffrés,

Les mourants d’être arrêtés.

En Zinovie, on veut voir les enfants

Marcher sur les traces de leurs parents.

 

Guerre et Paix
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Published by Marco Valdo M.I.
7 juin 2022 2 07 /06 /juin /2022 18:52

Le Vieux


 

Chanson françaiseLe Vieux François Béranger – 1974

 

LE VIEUX

Vincent Van Gogh – 1890

 

 

 

Dialogue maïeutique

 

« La vieillesse est un naufrage », Lucien l’âne mon ami, écrivait De Gaulle à propos de Pétain. C’était dans le contexte des Grandes Guerres, où le Pétain vainqueur de Verdun capitulait devant les exigences de Hitler, vingt ans plus tard. La formule datait déjà d’un siècle, elle était juste, on l’avait prise à Chateaubriand. Cette façon de voir les choses et la vieillesse en particulier est aussi celle qu’entrevoit François Béranger en évoquant le cheminement du retraité vers l’inévitable échéance de la déchéance. Son vieux à lui n’a cependant pas connu les honneurs de la Guerre, c’est juste un homme qu’on croise dans les rues de banlieue en fin d’après-midi, quelquefois avec un chien qui l’emmène à la promenade du soir. C’est terrible chanson où Béranger règle certain compte avec la vie et il a parfaitement raison, car avec cette vieillesse-là, la vie a tort – entièrement.

 

Ah, dit Lucien l’âne, interrogatif. La vie a tort ? Comme ça ? J’aimerais que tu m’expliques.

 

En fait, Lucien l’âne mon ami, Béranger ne porte pas une accusation directe, péremptoire ; il propose une réflexion douce-amère qui est précisément celle qui étreint les vieux noyés dans les solitudes urbaines. C’est de ces vieux-là, du coin de la rue, du quartier, de la cité qu’elle parle sa chanson, de ces vaincus en retraite de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres jusqu’au bout du bout – façon de marquer la différence (sinon, ça servirait à quoi d’être riche ?). Et il est bon et revigorant d’écouter en même temps de l’autre oreille la chanson de La Vieille nettement plus combative que nous avait servie Patrick Font, quelques années plus tard.

 

Ah, dit Lucien l’âne, le doux amer est une arme terrible, elle s’enfonce profondément à cœur fendre et puis, fait ressentir l’odiosité qui parfume le destin de ces vieux-là qu’on retrouve éteints dans leur chez-soi – un deux-pièces-cuisine, une pièce. Ces fins amères ont un drôle de goût et qu’y faire si tel est le bout du chemin. J’aime quand même le détour par le glacier du coin ; ça console – un instant. Alors, tissons de notre rage douce-amère le linceul de ce vieux monde indigne, incorrect, incivil et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

Combien d’entre nous ont vu
Le vieux qui passe dans la rue,
Épouvantail tout gris
Que la cité a exclu.
La rue et les gens et le monde
Vont bien trop vite pour lui.
Dans ses yeux absents d’enfant
Ne passe que l’effroi du temps.

 

Pour descendre et remonter
Six étages d’escaliers,
Il faut l’éternité.
Quelle faute a-t-il pu commettre,
Le vieux tout gris qui traîne
Ses vieux membres rassis ?

 

Combien d’entre nous ont fait
Quoi que ce soit de palpable :
Un geste, un mot, un sourire
Pour le raccrocher à nous ?
La vieillesse nous fait frémir,
On ne veut pas croire au pire,
Nos yeux ne retiennent d’elle
Qu’une image irréelle.

 

Mon vieux à moi, tous les mois,
Va à tout petits pas
Empocher sa pension.
Il se ménage au retour
Un détour insolite
Chez le glacier du coin.

 

Quand je serai vieux et tout seul,
Demain ou après demain,

Je voudrais comme celui-là,
Au moins une fois par mois,
Avec mes sous, si j’en ai,
M’acheter une glace à deux boules
Et rêver sur leur saveur
À un monde rempli d’enfants.

 

Mais peut-être que pour nous,
Nous les vieux de demain,
La vie aura changé ;
En s’y prenant maintenant,
Nous-mêmes et sans attendre,
À refaire le présent

 

Je donne à ceux qui sourient
Et qu
i ont bien le droit de sourire
Rendez-vous dans vingt, trente ans,
Pour reparler du bon temps.

 

Le Vieux
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6 juin 2022 1 06 /06 /juin /2022 18:58

 

Le Baiser de Paix

 

Chanson française – Le Baiser de Paix Marco Valdo M.I. – 2022

 

048. LE BAISER DE PAIX – 048. Le Baiser de Paix

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

 

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ; Épisode 38 : Les Puces ; Épisode 39 : L’Ordinaire de la Guerre ; Épisode 40 : La Ville violée ; Épisode 41 : La Vie paysanne ; Épisode 42 : La Charrette ; Épisode 43 : Le Pantalon ; Épisode 44 : La Secrète et la Poésie ; Épisode 45 : L’Édification de l’Utopie ; Épisode 46 : L’Ambition cosmologique ; Épisode 47 : Le Manuscrit ;


 


 

 

Épisode 48

 

 

 

 

MON DIEU, AIDE-MOI À SURVIVRE À CET AMOUR

 

MORTEL

Dimitri Vrubel – 1990 - Berlin

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Ah, Lucien l’âne mon ami, je te mets en avec l’osculatoire, dont je t’entretenais l’autre jour, ni même l’osculum pacis du seigneur au vassal. Même si tous ont une origine commune dans la pratique fort répandue du baiser de paix, du baiser fraternel, du baiser d’amitié ou même actuellement chez nous – quoique tempéré par le masque du Covid, le baiser salutation (et plus si affinités). La chanson renvoie directement à un usage particulier du baiser de paix, connu sous le nom de « baiser russe » ou de « baiser fraternel socialiste » tel qu’il est pratiqué en Zinovie :

 

« En Zinovie, on a le baiser fluide,

Baiser de paix, morsure du serpent.

C’est le privilège exclusif du Guide

D’embrasser sur la bouche les dirigeants. »

 

Ouf, dit Lucien l’âne, je craignais que tu allais m’en infliger une démonstration. Je me souviens avec terreur de la peinture murale "Mon Dieu, aide-moi à survivre à cet amour mortel" (en russe : Господи! Помоги мне выжить среди этой смертной любви ; en allemand : Mein Gott, hilf mir, diese tödliche Liebe zu überleben) du peintre russe Dimitri Vrubel. J’aurais proféré la même prière angoissée. Mais dis-moi, la chanson ?

 

En effet, répond Marco Valdo M.I., elle ne se réduit pas à son titre. Elle va, elle vient, elle entend, elle écoute, elle raconte ce qu’elle entend d’ici, de là. Je résume donc.

 

— La strophe 1 parle des élèves-pilotes et e ce qui les attend, si toutefois, ils survivent à la guerre.

 

« S’ils se conduisent en militaires

Et font bien leur lit au carré,

Avec patience, ils finiront généraux.

En ce moment, c’est la guerre. 

Les grades ont un mouvement accéléré. »

 

 

— La strophe 2 révèle le baiser de la paix, tel qu’esquissé ici même, et puis, soudain, on voit reparaître dans ce voyage celui qui avait disparu à la fin de son interrogatoire (Le Manuscrit).

 

« De retour du séjour, il sort de la gare ;

Les passant ont d’étranges regards.

Faut le mettre au trou, un gars comme ça !

L’agent s’approche d’un bon pas. »

 

— La strophe 3 raconte son errance dans la capitale, qu’il ne reconnaît plus, où il lui faut se réinsérer alors qu’il est oublié de tous et porte les stigmates de celui qui revient de là-bas (camp, conscientorium, asile psychiatrique ?), où il lui faut se réenregistrer alors qu’il n’a aucun lieu d’accueil.

 

« Où aller, plus de maison ici,

Plus de toit, plus d’amis,

Répudié par sa femme, déclassé,

Où se faire enregistrer ? »

 

Et sa rencontre avec un autre « Personne ».

 

« Qui es-tu ? Personne, dit la voix.

Et toi ? Moi aussi, tu le vois. »

 

— La strophe 4 est plus mystérieuse encore pour qui n’entend rien à l’idéologie locale, dont elle illustre excellemment le fonctionnement.

 

« Le Guide dit : Trouvez les coupables !

Coffrez-les et châtiment exemplaire !

Le Guide dit : Nommez des responsables,

Il faut régler définitivement cette affaire. »

 

Merci de toutes ces précisions, Marco Valdo M.I. mon ami. Maintenant, tissons le linceul de ce vieux monde fraternel, amical, traître, guerrier, scandaleux et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

 

En Zinovie, les élèves-pilotes diplômés

Seront de subalternes officiers.

C’est le plus dur niveau.

S’ils se conduisent en militaires

Et font bien leur lit au carré,

Avec patience, ils finiront généraux.

En ce moment, c’est la guerre.

Les grades ont un mouvement accéléré.

Si d’aventure, on se fait descendre,

On va tout droit au paradis.

Le Patriarche de Zinovie l’a promis,

Tous les pilotes seront canonisés en cendres.

 

En Zinovie, on a le baiser fluide,

Baiser de paix, morsure du serpent.

C’est le privilège exclusif du Guide

D’embrasser sur la bouche les dirigeants.

De retour du séjour, il sort de la gare ;

Les passant ont d’étranges regards.

Faut le mettre au trou, un gars comme ça !

L’agent s’approche d’un bon pas.

Vos papiers ! C’est bon, allez-vous-en !

Comme tout a changé maintenant.

Faut pas rester ici, il y a des étrangers ;

Ils pourraient vous photographier.

 

La capitale des capitales faut la voir,

C’est le centre du monde, un trou noir.

Des gratte-ciel, des autos, des boulevards,

Et toujours ce gris repoussoir.

Où aller, plus de maison ici,

Plus de toit, plus d’amis,

Répudié par sa femme, déclassé,

Où se faire enregistrer ?

Quelqu’un rit près de lui,

J’ai un coin où passer la nuit.

Qui es-tu ? Personne, dit la voix.

Et toi ? Moi aussi, tu le vois.

 

Selon la théorie, il doit y avoir

Lutte entre l’ancien et le nouveau.

Le nouveau, on l’a. Mais l’ancien, où le voir ?

Entre le dernier cri et le nouveau,

En Zinovie, c’est la lutte finale.

On a le dernier cri, c’est bien beau,

Mais il n’y a plus rien de nouveau.

Une trahison, un vrai scandale !

Le Guide dit : Trouvez les coupables !

Coffrez-les et châtiment exemplaire !

Le Guide dit : Nommez des responsables,

Il faut régler définitivement cette affaire.

Le Baiser de Paix
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Published by Marco Valdo M.I.
4 juin 2022 6 04 /06 /juin /2022 10:32

 

Le Manuscrit

 

Chanson française – Le Manuscrit Marco Valdo M.I. – 2022

 

 

 

LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.

 

 

 

LA ZINOVIE

Épisode 1 : Actualisation nationale ; Épisode 2 : Cause toujours ! ; Épisode 3 : L’Erreur fondamentale ; Épisode 4 : Le Paradis sur Terre ; Épisode 5 : Les Héros de l’Histoire ; Épisode 6 : L’Endémie ; Épisode 7 : La Réalité ; Épisode 8 : La Carrière du Directeur ; Épisode 9 : Vivre en Zinovie ; Épisode 10 : Le But final ; Épisode 11 : Les nouveaux Hommes ; Épisode 12 : La Rédaction ; Épisode 13 : Glorieuse et grandiose Doussia ; Épisode 14 : Le Bataillon des Suicidés ; Épisode 15 : Les Gens ; Épisode 16 : Jours tranquilles au Pays ; Épisode 17 : La Région ; Épisode 18 : Mémoires d’un Rat militaire ; Épisode 19 : L’inaccessible Rêve ; Épisode 20 : La Gastronomie des Étoiles ; Épisode 21 : Le Progrès ; Épisode 22 : Faire ou ne pas faire ; Épisode 23 : Le Bonheur des Gens ; Épisode 24 : La Sagesse des Dirigeants ; Épisode 25 : Les Valeurs d’Antan ; Épisode 26 : L’Affaire K. ; Épisode 27 : L’Atmosphère ; Épisode 28 : La Nénie de Zinovie ; Épisode 29 : L’Exposition colossale ; Épisode 30 : La Chasse aux Pingouins ; Épisode 31 : Le Rêve et le Réel ; Épisode 32 : La Vérité de l’État ; Épisode 33 : La Briqueterie ; Épisode 34 : L’Armée des Chefs ; Épisode 35 : C’est pas gagné ; Épisode 36 : Les Trois’z’arts ; Épisode 37 : La Porte fermée ; Épisode 38 : Les Puces ; Épisode 39 : L’Ordinaire de la Guerre ; Épisode 40 : La Ville violée ; Épisode 41 : La Vie paysanne ; Épisode 42 : La Charrette ; Épisode 43 : Le Pantalon ; Épisode 44 : La Secrète et la Poésie ; Épisode 45 : L’Édification de l’Utopie ; Épisode 46 : L’Ambition cosmologique

 

Épisode 47

 

 

 

L’HOMME QUI MARCHE

Eric Lapszinski – 2020

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Dans l’histoire récente de la Zinovie, Lucien l’âne mon ami, je veux parler de l’histoire qui couvre environ un peu plus du siècle dernier, il a été presque constamment mal vu et dangereux d’émettre des opinions, de défendre des idées ou de faire des récits qui n’étaient pas conformes à la légende officielle qui clamait avec la régularité d’un métronome que tout était pour le mieux, que la Zinovie était le meilleur des modes et qu’on progressait furieusement vers l’avenir radieux dans lequel, du reste, on vivait déjà. Et peu importe si tout ce salmigondis était incohérent, c’était la vérité, un point c’est tout.

 

J’avais ouï dire pareille chose, dit Lucien l’âne, et par de fort nombreuses voix, venant de multiples endroits. J’ai même croisé des gens qui croyaient ça.

 

Moi aussi, Lucien l’âne mon ami, même si, sans autres informations que ce brouet officiel, je n’y aurais jamais cru, tellement c’est invraisemblable. Cependant, en Zinovie, bon gré, mal gré, ces racontars avaient la cote. C’était la vérité, c’était le dogme, c’était l’évangile, c’était la doxa ; quiconque en doutait, quiconque la mettait en question était forcément un hérétique et on connaît le destin que l’orthodoxie réserve aux hérétiques.

 

Oui, dit Lucien l’âne, je l’ai souvent vue, à de nombreuses reprises dans le temps et dans de nombreux pays, mise en œuvre par des religions, par des idéologies, par des empires établis, par des révolutions aux ambitions généreuses et par des dictatures victorieuses.

 

Donc, la Zinovie d’aujourd’hui connaît bien ça, dit Marco Valdo M.I., et ce genre de régime pose aux écrivains un terrible dilemme auquel ils ne peuvent se résoudre : soit écrire en suivant la doxa et magnifier le réel dans lequel s’embourbe la Zinovie, soit ne pas écrire. C’est une situation impossible pour certains d’autant qu’ils entendent montrer la réalité quotidienne telle qu’elle se déroule sous leurs yeux.

 

Oh, dit Lucien l’âne, ce fut le cas de Michael Boulgakov et d’Eugène Zamiatine et bien évidemment, Alexandre Zinoviev.

 

Et de bien d’autres, dit Marco Valdo M.I., mais il faut quand même dire que certains ont cédé et ont joué les encenseurs ; d’autres se sont tus ; d’autres, n’y tenant plus, ont écrit selon leur conscience et sachant le risque, ont choisi de concevoir leur œuvre clandestinement, comme on fait tout acte de résistance à une oppression. Mais, au bout du bout, il leur fallait quand même faire publier leurs textes et comme cela était impossible dans le pays, il restait à expatrier le manuscrit. C’est ce que raconte la chanson.

 

Soit, dit Lucien l’âne, le manuscrit s’en va à l’étranger, échappe ainsi à la confiscation et à la destruction et a des chances accrues d’être publié. Mais l’auteur ?

 

Pour l’auteur, même s’il reste anonyme ou dissimulé derrière un pseudonyme, c’est tout autre chose. Pour celui de la chanson, après avoir élaboré son livre clandestinement, avec mille ruses, se sentant de plus en plus surveillé et sentant son arrestation prochaine, il a pris le pas de confier son manuscrit en urgence au hasard. Il se rend seul, à pied, à l’aéroport et remet son paquet de feuilles à des mains inconnues – deux femmes étrangères sur le départ.

 

Et comme on dit, interrompt Lucien l’âne, vogue la galère.

 

Ensuite, reprend Marco Valdo M.I., dénoncé, il est emmené devant la Commission médicale qui va juger de son état de santé « sociale » ; la chanson décrit l’engrenage qui s’enclenche à partir de là. Elle énonce aussi le fait, banal en Zinovie, de signer les papiers qui avouent ce qui lui est reproché, peuvent lui éviter le pire : être interné et soigné et par la suite, de simplement, disparaître.

 

Oh, dit Lucien l’âne, il est dangereux d’être écrivain en Zinovie et même, d’avoir seulement explicité un avis contraire ou une innocente constatation dérangeante. Restons-en là, on en a déjà assez dit et tissons le linceul de ce vieux monde oppressif, oppressant, opprimant, opprimé, dévasté, dévastateur et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

Sur le boulevard, il marche ;

La voiture le suit, tout proche.

Où aller quand on en sort ?

Chez personne, c’est le sort.

Il faut payer le prix,

Être inapprécié, incompris.

Être seul dans le nulle part,

Il n’y a plus que le hasard.

Que reste-t-il, en fin de compte ?

Rien, de l’écume, un conte,

Une histoire inachevée,

Un curieux pari pour la soirée.

 

L’homme avance sur le bas-côté.

Kilomètre après kilomètre, il va.

Un homme mortellement usé ; fatigué,

Il rumine. Faire tout ça,

Pour qui ? Pourquoi ?

Il porte un sac au bout du bras droit.

Il progresse, tête baissée, têtument,

Il ne peut en être autrement.

À l’aéroport, il confie le manuscrit,

Tout ce que de sa vie, il a écrit,

À des étrangères, au hasard.

Puis, seul, dans le noir, il repart.

 

On emmène le dénoncé

Devant la Commission

Pour définir son état de santé.

À son interrogation,

On pose cent questions.

Les questions se suivent en série.

Une question : un, deux trois :

Retentit la sonnerie.

Autre question : un, deux, trois, et cœtera.

Réponse bonne à temps : un point.

Réponse tardive, erreur : zéro point.

Sans réponse ou refus : moins un point.

 

Le record - refus complet : moins cent points.

Normal : cinquante points au moins.

En dessous de trente : troisième catégorie.

De un à vingt-cinq : deuxième catégorie.

Zéro et moins : première catégorie.

La catégorie définit la maladie

Et la maladie détermine le traitement forcé.

On emmènera le condamné sans discussion.

Alors, on l’enfermera pour le soigner

Et on lui fera les injections.

S’il signe les papiers de collaboration,

Il pourra s’en tirer.

 Le Manuscrit
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Published by Marco Valdo M.I.
3 juin 2022 5 03 /06 /juin /2022 10:29
RAMBLERS BLUES

 

 

Version française – RAMBLERS BLUES – Marco Valdo M.I. – 2022

Chanson italienne – Ramblers bluesModena City Ramblers – 2004

 

Album : « Viva la Vida, Muera la Muerte !"
 

 

 

 

HISTOIRE DE NOTRE CIVILISATION

Yerka – 2019

 

 

 

 

 

Dialogue maïeutique

 

 

 

Ce RAMBLERS BLUES est une chanson à la fois récente et fort ancienne, dit Marco Valdo M.I., à laquelle j’ai laissé son titre d’origine, même si j’avais en tête de l’intituler : La Nostalgie des Baladins.

 

Encore un de tes paradoxes, dit Lucien l’âne un peu perplexe, et comme toujours, comme aurait dit François Béranger dans ses Tranches de Vie :

 

« J’en suis encore à me demander
Après tant et tant d’années,
À quoi ça sert de vivre et tout,
À quoi ça sert en bref d’être né. »

 

Bref, j’en suis encore à me demander ce que peut cacher cette amphibologique affirmation.

 

Et tu fais bien, Lucien l’âne mon ami, car il y a de quoi satisfaire ta curiosité ou à défaut, l’exacerber. Donc, considère la date de publication – 2004 et celle d’à présent – 2022. Ça fait dix-huit ans.

 

Oui, dit Lucien l’âne, c’est court et c’est long et de nos jours, où la production commerciale tend à noyer l’univers entier de produits nouveaux afin de multiplier les ventes et les profits, avec somme conséquence inévitable et irrémédiable la mise au rebut de ce qui est passé, même récemment – la durée de vie d’une chanson est de quelques mois (sauf rarissime exception) dans le meilleur des cas : c’est ça une chanson récente. Au-delà, elle vieillit, elle s’obsolète, elle se désuète et finit (la plupart du temps) dans l’oubli commun, comme en une fosse commune. Seuls certains, parfois, s’en souviennent. Alors, une chanson d’il y a des années, c’est une relique, un vestige, une trace, un sédiment enfouis sous des couches et des couches d’autres chansons ignorées.

 

Et pour aggraver encore le paradoxe, reprend Marco Valdo M.I., j’ajouterai que c’est en plus une chanson d’un autre temps et une chanson contemporaine.

 

Comme c’est le cas pour bien des chansons, dit Lucien l’âne, et ce fait donne à ta réflexion une dimension générale et montre, a contrario du système, qu’une chanson n’est jamais morte.

 

Maintenant, Lucien l’âne mon ami, je pense que tout a été dit et que pour les détails et la dimension poétique, si on veut lui laisser tout ses charmes, il ne reste plus qu’à lire la chanson.

 

C’est ce que je vais faire, répond et conclut Lucien l’âne, et puis, nous tisserons le linceul de ce vieux monde perclus, obsolète, toujours recommencé comme la mer du Cimetière, désuet et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 



 

Il faudrait aiguiser sa vue

Pour comprendre quels sont nos amis ;

Il faudrait rester éveillés

Pour découvrir tous nos ennemis.

 

On aurait besoin de chaussures neuves

Pour fuir loin, pour partir

Et puis, suivre une trace sinueuse

Pour mieux se perdre, ne jamais revenir.

 

Il n’est pas besoin d’un photomaton

Pour voir notre évolution ;

Non, pas besoin, non !

 

Il faudrait s’arrêter à temps,

Ralentir, pas se presser,

On devrait juste écouter,

Changer de chaîne un moment.

 

On a besoin de repères

Pour explorer notre histoire,

Regarder en arrière et puis, comprendre

Qu’il y a besoin de plus de mémoire ;

Oui, c’est obligatoire.

 

Il faudrait faire des songes grandioses

Au-delà de l’ennui et des névroses,

Prendre soin, avoir de la patience.

Cela suppose

Qu’enfin, on dispose

De toute cette intelligence.

 

Il faudrait,

Oui, il faudrait,

Il faudrait un jeu de nouvelles cordes

Pour jouer toujours en désaccord ;

Il faudrait de nouvelles chansons encore,

Avec des mots pour rêver toujours plus fort.

 

RAMBLERS BLUES
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