Chanson française – 322. Les Deux Côtés de la Frontière – Marco Valdo M.I. – 2026
LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.
CLAIRVOYANCE
René Magritte – 1936
Épisode322
Dialogue Maïeutique
Il va sans dire, dit Lucien l’âne, qu’une frontière a toujours deux côtés ; c’est même ce qui la caractérise et c’est même le but recherché que de déterminer deux côtés et du même coups, deux pays indépendants qui se font face.
Bien sûr, dit Marco Valdo M.I., et c’était l’intention de ce titre de le rappeler et de rappeler que souvent, de chaque côté d’une frontière vivent les membres d’une même famille et des gens qui ne se sentent pas nécessairement ennemis et n’ont aucune intention d’agresser ou d’envahir leurs voisins ; et moins encore de tuer leurs familiers et leurs amis. Dans la chanson, c’est un (ex-) soldat qui met la chose en évidence :
« Mon frère vit chez ma grand-mère
De l’autre côté de la frontière.
Ils m’ont envoyé le massacrer ;
Alors, j’ai déserté. »
Ainsi s’explique le titre.
Je le comprends mieux maintenant, dit Lucien l’âne. Mais que raconte-t-elle d’autre la chanson ?
Elle commence, dit Marco Valdo M.I., par raconter l’histoire de la dame de Zinovie qui consacrait sa vie à aider les enfants atteints de cancer et les saisons qu’elle passait avec eux en atténuant autant que faire se peut les effets de l’enfer dans lequel la maladie les plonge.
« Les enfants s’en allaient vers l’hiver
Où les menait leur cancer.
La dame prenait soin des enfants.
Face à l’inéluctable moment.
Avec eux, elle a affronté
Leur dernier printemps… »
C’est une femme admirable, dit Lucien l’âne. Mais que peut-on donc bien lui reprocher ? Et qui peut avoir cette indignité ?
Tout simplement le Guide et sa bande, répond Marco Valdo M.I., qui au lieu de la soutenir et de l’encourager, lancent les juges et leurs sbires contre elle, car elle avait eu le malheur de dire son aversion de la guerre.
« Elle peste contre la guerre ;
Ils l’ont mise aux fers. »
On rigole pas en Zinovie, dit Lucien l’âne.
On ne sourit même pas aux enfants malades, continue Marco Valdo M.I. ; ensuite, la chanson fait écho à une poétesse (le mot « carnassière » est tiré des écrits de Nadejda Mandelstam et évoque la terreur qui frappait la Zinovie au temps du Grand Guide), à un peintre (on peut penser à René Magritte) et un chanteur : tous considérés comme « agents de l’étranger » et seront aussi condamnés – sans doute à la prison ou au camp et souvent, pour longtemps.
C’est ainsi en Zinovie à présent, dit Lucien l’âne. Et ensuite ?
Ensuite, continue Marco Valdo M.I., la chanson parle des femmes du pays envahi qui sont promises comme récompenses aux soldats zinoviens.
« Les femmes du pays envahi
Sont un avant-goût de paradis.
Notre armée promet à ses soldats
Les corps de ces houris-là. »
M’est avis, dit Lucien l’âne, que tout est bon pour satisfaire l’ambition démente du Guide impérial. Quelle bassesse, quelle vilenie ! Ce Guide est d’un sordide.
Heureusement, à la fin de la chanson, dit Marco Valdo M.I., le soldat parle de la paix et de comment la faire advenir. Et sa solution est à la fois, simple et radicale.
« Cette guerre me désespère.
Comment l’arrêter ?
Il suffit de ramener
Tous nos militaires
Dans leur foyer.
De ce côté-ci de la frontière. »
C’est l’évidence même, dit Lucien l’âne. Une guerre s’arrête quand il n’y a plus d’agression et l’agression s’arrête quand l’agresseur est rentré chez lui et répare les crimes et les torts qu’il a commis. Alors tissons le linceul de ce vieux monde agressif, stupide, idiot, criminel et cacochyme.
Heureusement !
Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane
Les enfants s’en allaient vers l’hiver
Où les menait leur cancer.
La dame prenait soin des enfants.
Face à l’inéluctable moment.
Avec eux, elle a affronté
Leur dernier printemps.
Elle a adouci l’été,
Elle a embelli le temps.
À l’automne, elle leur a souri.
Dans le néant, les enfants sont partis.
Elle peste contre la guerre ;
Ils l’ont mise aux fers.
La poétesse, la femme poète
Sous cette terreur carnassière,
Chaque jour, inlassable, répète
Son horreur et sa haine foncières
Des vols, des viols, des idoles,
De tout ce qui fait la guerre.
Le peintre de sa colombe symbole
Dénonçait la même misère.
Le chanteur de sa voix
Dit le même désarroi.
Tous seront condamnés
Comme agents de l’étranger.
Les femmes ont des appas,
Les hommes y sont sensibles.
Les femmes sont des appâts
Aux effets irrésistibles.
Les femmes du pays envahi
Sont un avant-goût de paradis.
Notre armée promet à ses soldats
Les corps de ces houris-là.
Ce sont là des récompenses,
Une forme de reconnaissance
Pour les héros médaillés
D’avoir tant cadavéré.
Mon frère vit chez ma grand-mère
De l’autre côté de la frontière.
Ils m’ont envoyé le massacrer ;
Alors, j’ai déserté.
Cette guerre est une absurdité.
C’est de la pure cruauté.
Cette guerre me désespère.
Comment l’arrêter ?
Il suffit de ramener
Tous nos militaires
Dans leur foyer.
De ce côté-ci de la frontière.
LA ZINOVIE
Tous les épisodes précédents sont accessibles ici :
Pour faire court, ce communiqué fait suite à la fermeture par décision du gouvernement étazunien de fermer et de couper toutes les ressources au réseau internet qui supporte LES CHANSONS CONTRE LA GUERRE, lequel support est situé en Italie. Il s'agit donc de l'intervention des services étazuniens sur un territoire étranger et qui plus est en Europe. Qui seront les suivants ?
COMMUNIQUÉ
Équipe CCG/AWS Traduction: Marco Valdo M.I.
Comme l’a annoncé le Collectif Autistici/Inventati le 6 septembre 2026, cette plateforme, qui héberge ce site et des milliers d’autres, fermera prochainement. Les raisons devraient désormais être connues, et nous ne nous attarderons pas davantage sur ce sujet.
« Canzoni Contro la Guerra » / « Antiwar Songs » / « Chansons Contre la Guerre » est une base de données de chansons antimilitaristes, pacifistes, sociales et de lutte, en ligne depuis le 20 mars 2003. Ce n’est certes pas le plus ancien site encore en activité du Web italien, mais il a atteint un âge non négligeable. À ce jour, il contient près de 40 000 chansons en 176 langues et plus de 60 000 traductions et commentaires en 228 langues.
Comme nous risquons de disparaître d’ici peu, et sans préavis (le blog est déjà inactif, puisqu’il est hébergé sur la plateforme Noblog d’A/I), nous avertissons toutes celles et tous ceux qui, au fil des ans, ont participé et continuent de participer à divers titres à la vie d’AWS (CCG - Chansons contre la Guerre), que nous travaillons à la fois pour sauvegarder l’ensemble du contenu qui s’y trouve et pour le rendre accessible via une autre plateforme.
Tout cela, bien sûr, en continuant à rappeler comment la plateforme Autistici/Inventati a été supprimée par des présidents américains fascistes, avec la collaboration du gouvernement italien et de banques quasi éthiques. Nous aimerions certes sauver notre petit jardin, mais en gardant toujours à l’esprit qu’une forêt entière a été abattue. Quoi qu’il en soit, de nombreuses chansons présentes sur ce site parlent des migrants, et nous aussi, nous serons cet nous serons nous aussi contraints de migrer. On ne sait pas encore où.
Dans le cadre de notre activité, nous avons toujours catégoriquement refusé de nous mêler à la poubelle des « réseaux sociaux », que nous aurions volontiers laissés au bavardage mondial, à la fausse « amitié » et aux tragiques mensonges planétaires. Malheureusement, dans cette période particulière où nous pourrions disparaître soudainement, il s’est avéré nécessaire d’ouvrir une page « Facebook » afin de maintenir un canal de communication, même minime. Nous utiliserons cette page exclusivement pour communiquer et faire le point sur ce que nous faisons et sur ce qui se passe au fur et à mesure. Cette page n’acceptera pas de chansons, de traductions ni d’autres contenus, mais sera exclusivement « de service ». Elle sera fermée dès que la situation, comme nous l’espérons, se sera normalisée.
En attendant, tant qu’elle sera disponible, antiwarsongs.org/(https://www.antiwarsongs.org/) poursuivra son activité quotidienne habituelle, à savoir mettre librement à disposition des chansons et de la musique. Chacun pourra continuer à envoyer librement ses contributions. Il en sera ainsi jusqu’à la dernière seconde.
Chanson française – Le Génocide prémédité– Marco Valdo M.I. – 2026
LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.
L’INCENDIE DE LA BIBLIOTHÈQUE
D’ALEXANDRIE
Hermann Goll – 1876
Épisode321
Dialogue Maïeutique
Jesais ce que c’est un génocide, dit Lucien l’âne ; et même, un génocide prémédité. En gros, il s’agit de faire disparaître un peuple, un pays, une nation, d’effacer totalement une langue, une culture, une civilisation. C’est une vieille habitude des empires et des empereurs ou impératrices – car il y en a eu aussi – qui se prennent pour le nombril du monde. Pour y parvenir, ils inventent une légende dont ils affirment qu’elle est leur véritable histoire. Aucun mensonge, aucune tromperie, aucune escroquerie, aucune vilenie, aucune tuerie, aucune boucherie, aucune hécatombe ne les rebutent et pourtant, il y en a beaucoup et d’énormes. Il me semble d’ailleurs qu’on avait déjà abordé le sujet dans une précédente chanson intitulée L’Éradication avec le Lieutenant qui disait :
« De ce peuple esclave encore debout,
On va changer les bases.
On ne laissera pas un bout
De sa vie, de sa langue, de sa culture;
On l’étouffera sous notre dictature. »
C’est exact, dit Marco Valdo M.I., mais il se trouve qu’un quidam de passage, un soldat échappé du front, vient témoigner à son tour et dire son horreur de ce qui se passe et de la façon odieuse dont la Zinovie du Guide mène sa guerre de conquête. Pourtant, sans doute abusé par la propagande d’État et poussé par les circonstances – la perte de son emploi, il était parti comme on dit : « la fleur au fusil », tout remonté dans son uniforme.
« Je suis parti il y a trente mois,
En uniforme, fier de moi,
Faire la guerre là-bas.
Obligé aussi ; j’étais sans emploi.
J’avais signé le contrat. »
Et que dit donc ce soldat disons « repenti » ?, demande Lucien l’âne.
Ce qu’il raconte ?, dit Marco Valdo M.I. ; il parle du front au moment où il y était arrivé et déjà alors, tout était en ruines. Mais, il ajoute, depuis tout s’est encore aggravé.
« Maintenant, c’est pire encore,
On bombarde sans arrêter
Les écoles, les hôpitaux, les maternités.
Les immeubles, les gares, les ports.
On vise les bibliothèques, les imprimeries,
Les musées, les expositions, les galeries. »
Et il conclut en portant une terrible accusation contre la Zinovie , contre l’armée dont il faisait partie :
« C’est une culture, tout un peuple assassinés.
En vérité, c’est un génocide prémédité. »
Et il avait, dit Lucien l’âne, comme qui dirait le nez dessus, il sait de quoi il parle. Il ne serait pas étonnant qu’il ne veuille pas y retourner, qu’il ne veuille plus rien à voir avec pareil crime, car c’est bien d’un grime de guerre dont la Zinovie et son armée sont coupables.
Et c’est bien ce que le soldat va faire, répond Marco Valdo M.I. Il est complètement désemparé, mais bien décidé à ne plus s’en laisser conter, à ne plus collaborer, à ne plus être complice de cette mascarade. Alors, il annonce sa décision à ses amis : il fuit, il s’en va en exil loin de cette turpitude.
« Je ne sais trop que faire, ni où aller
Ici, dans mon propre pays,
Il me reste l’exil à l’étranger.
Je vous salue, je m’en vais
Loin, très loin de ce vent mauvais. »
Et puis quoi ?, demande Lucien l’âne.
Et puis, reprend Marco Valdo M.I., une nouvelle voix vient déverser la vérité toute crue : l’armée est dépeuplée, c’est un énorme gaspillage et il va falloir remobiliser.
« Ils n’ont plus assez de soldats,
Pour continuer ainsi le combat.
À nouveau, il faut mobiliser
Des centaines de milliers de gens
Pour meubler leurs régiments.
Ils en ont tant gaspillés. »
Et le Veilleur, un ancien parmi les anciens, conclut quant à lui qu’à un jeu pareil on ne l’aurait jamais eu. Il fait partie de toute cette population de Zinovie qui vit dans une semi-clandestinité depuis fort longtemps. D’ailleurs, souviens-toi, s’il est devenu Veilleur (de nuit), c’est pour échapper aux regards inquisiteurs.
« Je suis trop vieux pour cette aventure.
Même jeune, je n’aurais jamais voulu
Mourir pour cette guerre coloniale,
Tuer pour cette folie impériale. »
En effet, dit Lucien l’âne, dans un pareil système, sous un pareil régime, il est prudent de vivre caché et c'est ce que fait généralement ce qu’on appelle le peuple. Il se tient coi dans son coin en attendant la fin de l’orage. Même si sous cette apparence, se développe une forme de résistance. Pour nous, il est temps de tisser encore et toujours le linceul de ce vieux monde vicieux, pervers, guerrier, prédateur, voleur, violeur et cacochyme.
Heureusement !
Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane
Jusqu’hier, dit le quidam, j’étais soldat.
Je suis parti il y a trente mois,
En uniforme, fier de moi,
Faire la guerre là-bas.
Obligé aussi ; j’étais sans emploi.
J’avais signé le contrat.
On avait dû fermer l’usine ;
Les pièces n’arrivaient plus de l’étranger.
Du coup, on était dans la débine.
Avec les autres gars de l’atelier,
En train, on a fait un long voyage.
On a vu beaucoup de paysages.
Au front, dans l’autre pays envahi,
Le monde avait changé.
Tout était brisé, brûlé, écrasé,
Un désert : tout était détruit.
Maintenant, c’est pire encore,
On bombarde sans arrêter
Les écoles, les hôpitaux, les maternités.
Les immeubles, les gares, les ports.
On vise les bibliothèques, les imprimeries,
Les musées, les expositions, les galeries.
C’est une culture, tout un peuple assassinés.
En vérité, c’est un génocide prémédité.
Les amis, je ne reste pas.
Dans mon dos, après moi,
Je les sens toujours.
Le jour, je fuis, je fais des détours,
Je visite les parcs, les cimetières.
La nuit, je me terre
Dans un coin, dans un abri précaire.
Je ne sais trop que faire, ni où aller
Ici, dans mon propre pays,
Il me reste l’exil à l’étranger.
Je vous salue, je m’en vais
Loin, très loin de ce vent mauvais.
Ils n’ont plus assez de soldats,
Pour continuer ainsi le combat.
À nouveau, il faut mobiliser
Des centaines de milliers de gens
Pour meubler leurs régiments.
Ils en ont tant gaspillés.
Moi, dit le Veilleur, ils ne m’auront plus.
À pied, à cheval ou en voiture,
Je suis trop vieux pour cette aventure.
Même jeune, je n’aurais jamais voulu
Mourir pour cette guerre coloniale,
Tuer pour cette folie impériale.
LA ZINOVIE
Tous les épisodes précédents sont accessibles ici :
Comme on le sait, notre Riccardo Scocciante refait surface de temps en temps. Cette fois-ci, après avoir appris que le « secrétaire d’État » américain, Marco Rubio (fils d’exilés cubains à Miami Bitch [Miami la pute]), veut tout mettre en œuvre pour éliminer les dangereuses organisations terroristes « antifa » (c’est-à-dire rien, puisqu’il n’existe aucune organisation « antifa » si ce n’est dans le cerveau malade de Trump et de ses lèche-culs), parmi lesquelles le Collettivo Autistici / Inventati qui nous héberge depuis des temps immémoriaux (ce pourquoi, sachez-le, antiwarsongs.org, ou CCG, ou AWS, est depuis hier, le 26 août, une organisation terroriste internationale à part entière), en homme d’action qu’il est, il s’est déclaré prêt à partir immédiatement pour les États-Unis, afin de résoudre cette question à l’amiable. Il le réaffirme dans cette chansonnette, pour laquelle il s’est inspiré du chef-d’œuvre populaire de Dino Simone et Lisetta Luchini, Bresci, l’anarchico tornato dall'America(Bresci, l’anarchiste revenu d’Amérique). Un voyage à l’inverse de celui de Gaetano Bresci : « J’y vais, je le tue et je reviens, certain que l’humanité tout entière m’en sera reconnaissante », a déclaré avec sa modestie habituelle Riccardo Scocciante. Nous ne pouvons que le soutenir ! [Équipe CCG/AWS]
VOIR AUSSI : https://www.open.online/2026/08/27/autistici-inventati-sanzioni-usa-terrorismo-cosa-e/
Le site des Chansons contre la Guerre est ressuscité. On peut s'y rendre à l'adresse : https://antiwarsongs.org/
Petit Dialogue Maïeutique
Voilà bien une curieuse version d’une étrange chanson, dit Lucien l’âne.
Une étrange chanson, née d’une curieuse colère, dit Marco Valdo M.I., et une colère justifiée, car voilà-t-il pas que la Trumpette a frappé les Chansons contre la Guerre – www.antiwarsongs.org.. Pourtant, comme son nom l’indique, un site « contre la Guerre », un site des plus pacifique et même, à bien des égards pacifiste. Face à cette dictature mondiale et à son hydre imbécile, Riccardo Scocciante a réagi et posé cette chanson dans le site des Chansons contre la Guerre, avant que ce dernier ne soit occulté brutalement ce 28 août 2026. Le site a donc été immédiatement censuré comme si la Terre entière était une sorte de basse-cour de la Trumpette et de ses emplumés. Un effet de mégalomanie paranoïaque de cette Trumpette de la Mort qui empoisonne le monde. Il fallait que ce soit dit et noté ici. Cela dit, assassiner Trumpette et ses carpettes, ils n’en valent pas la peine. Ils finiront par mourir tout seul et le monde continuera sans eux et pur cela, bien plus heureux.
Fort bien, dit Lucien l’âne. Qu’ils disparaissent dans le grand trou de mémoire qui les attend. En attendant, avec cette chanson, l’écho s’en ira d’oreille en oreille jusqu’au bout du monde porter notre réprobation aux actes absurdes de cette Trumpette de la Mort et de ses drôles. Quant à nous, nous continuerons (même bâillonnés) à tisser le linceul de ce vieux monde brutal, brut, stupide, parano, mégalo et cacochyme ;
Heureusement !
Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane
Au milieu du brouillard, comme une litanie,
Le bateau fait demi-tour, sans se presser.
Gaetano voulait rentrer en Italie,
Moi, je vais en Amérique pour « travailler »…
Visages abrutis par leurs portables hypnotisés,
Celui-ci tourne un vidéo, celui-ci vascroller,
Moi, quatrième classe, je mange mon pain amer,
Et je les emmerde, eux et leurs mères… !
C’est sûr, je reviendrai, Maman, ne pleure pas,
Je les tuerai, puis toujours avec toi, je resterai
Dans le Nouveau Monde, on respire la cruauté,
Je tire un coup, je m’enfuis et puis, on verra !
Même en Amérique, la rumeur court
Qu’un président dément, féroce et sourd
Veut, avec son secrétaire, éliminer
Les Autistici/Invèntati, il veut les écraser…
Et le Roi prépare décrets et ordonnances,
Le Vice-roi cubain ouvre la danse,
Mais il est temps maintenant qu’ils se cachent,
L’anarchiste de l’Isolotto arrive… !
Maman, ne pleure pas, bientôt, je reviendrai !
Je vais tirer un coup de feu, puis je m’enfuirai.
Je te ferai savoir, apporte-moi des brioches et du café,
Je suis un anarchiste, et le roi, je veux assassiner !
Je suis un anarchiste, et Rubio va te faire voir, malappris !
Ne touche pas à nos serveurs, sinon je t’assassinerai toi aussi !
Chanson française – Agent de l’Étranger– Marco Valdo M.I. – 2026
LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.
L’OGRE DÉVORE SES ENFANTS
Francisco de Goya – circa 1820
Épisode320
Dialogue Maïeutique
Dans quel diable de pays, demande Lucien l’âne, n’y a-t-il pas des agents de l’étranger ? À mon sens, il y en a partout ; c’est un fait très banal et j’irais jusqu’à dire, normal. Ne fût-ce que l’ambassadeur et tous ceux qui l’entourent. Je ne vois rien là de très particulier qui vaudrait une chanson.
D’accord, Lucien l’âne mon ami, c’est une situation banale quand ces personnes sont dans des situations telles que celle que tu décris. Mais ce n’est évidemment pas de ça qu’il s’agit. En Zinovie, ce sont ses propres citoyens qui sont obligés de se définir comme des agents de l’étranger, même et surtout quand ce n’est pas le cas.
Et pourquoi donc ?, demande Lucien l’âne.
Tout simplement, répond Marco Valdo M.I., car ils sont critiques du régime et dénoncent la dictature du Guide et de ses acolytes. C’est notamment le cas des journalistes et des artistes, des écrivains et de façon générale, tous les opposants, y compris de rares élus de l’infime opposition officielle. Et cette infamie n’est qu’un début, car suivent bientôt les insultes, les poursuites, les perquisitions, les arrestations, les procès univoques et l’enfermement dans une cellule de prison ou dans un camp ou dans un hôpital psychiatrique. De ces traitements, peu d’entre eux se remettent vraiment. Souvent, ils meurent de façon mystérieuse. Voilà ce que sont en Zinovie les agents de l’étranger : des citoyens ordinaires qui ont juste le défaut de critiquer le Guide et de s’opposer, ne fût ce que verbalement ou par écrit, à toutes les vilenies du pouvoir. Et leur sort n’est pas enviable, car ils sont ostracisés dans leur propre pays, ils sont mis en quarantaine comme s’ils étaient porteurs d’une maladie mortelle et pouvaient en répandre les germes. C’est d’ailleurs d’une certaine façon la vérité ; le régime réagit contre ce qu’il considère comme un virus qui en s’épandant créerait une épidémie qui emporterait le Guide et toute sa bande.
« Vous devez le savoir, dit Grand-Mère,
C’est une chose claire,
Je suis un agent de l’étranger,
Quelqu’un qu’on ne peut fréquenter. »
Je vois ça d’ici, dit Lucien l’âne. On va les dire infréquentables…
C’est exactement ce qui se passe, dit Marco Valdo M.I., voici ce qu’en dit Le Trouvère – lui aussi « agent de l’étranger ».
« Et moi, dit le Trouvère,
La chose va de soi depuis hier,
Un indésirable, un extrémiste,
Et sans doute, demain, un terroriste. »
Et un journaliste, qui sait de quoi il parle et qui connaît le destin de ses confrères qui faisaient leur métier, vient expliquer qu’il ne peut plus travailler au pays et qu’il va fuir, partir en exil.
« Alors, je suis venu vous dire
Que je m’en vais ;
Avant d’être condamné
Et pour longtemps, emprisonné. »
Il a raison, dit Lucien l’âne, à partir d’un certain moment, il vaut mieux fuir. Que raconte-t-elle d’autre ensuite la chanson ?
Eh bien, continue Marco Valdo M.I., dans le troisième douzain, elle conte l’histoire détaillée de ce qui arrive à tous ces gens. Notamment celle d’un opposant empoisonné au camp qu’on punit même après sa mort en l’enterrant en prison de sorte qu’on ne peut savoir vraiment de quoi il est mort.
« Par sûreté, on nous enterre en prison,
Ainsi s’éteint notre dernier son.
Même mort, on nous ostracise
Et notre exil intérieur s’éternise. »
Quelle pétaudière !, dit Lucien l’âne. Un jour ou l’autre, elle explosera, à moins que, miracle, le régime se dissolve de lui-même.
N’y compte pas trop, répond Marco Valdo M.I., les gens installés tiennent à leurs positions et à leurs avantages et ils ne sont pas près de laisser leur place à la mangeoire. Mais la fin de la chanson décrit le Guide comme l’Ogre qui dévore ses enfants.
« L’Ogre habite le palais,
La bête absurde dévore sans arrêt
Les hommes par millions… »
Je te laisse deviner la fin…
Certes, dit Lucien l’âne, je vais le faire, car j’imagine qu’elle raconte la mort du Guide et ce qui s’ensuit.
C’est exactement ça, enchaîne Marco Valdo M.I. et le la disparition du Guide, il s’ensuit une fête immense et ce que deviendra le Guide en son cercueil.
« Au son des carillons,
On fêtera la mort du dragon.
Et l’immonde bouffi de tant d’orgueil
Grouillera à l’étroit dans son cercueil. »
Pouah !, conclut Lucien l’âne, je ne voudrais pas trop voir ce grouillamini et puis, je plaindrais les vers obligés de digérer pareil pâté. Enfin, en attendant tissons déjà le linceul de ce vieux monde pourri, moisi, corrompu, décomposé, gangrené et cacochyme.
Heureusement !
Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane
Vous devez le savoir, dit Grand-Mère,
C’est une chose claire,
Je suis un agent de l’étranger,
Quelqu’un qu’on ne peut fréquenter.
Et moi, dit le Trouvère,
La chose va de soi depuis hier,
Un indésirable, un extrémiste,
Et sans doute, demain, un terroriste.
Et moi aussi, dit le Veilleur,
On me poursuit,
Mais c’est une erreur.
Alors, je fuis, je vis la nuit.
Le journaliste dit : Moi aussi,
On me traite en ennemi.
Je ne fais que dire
Le meilleur et le pire.
C’est mon métier,
Je le fais en entier.
Les gens ne peuvent plus me parler,
Ni me saluer, ni même me sourire.
Alors, je suis venu vous dire
Que je m’en vais ;
Avant d’être condamné
Et pour longtemps, emprisonné.
Attrapez, identifiez, cernez !
Ne les laissez pas s’échapper !
Même exilé, on est empoisonné.
Au tribunal, on est toujours condamné.
Arrêté, en cellule, on tue le temps,
Et le temps nous tue, et on meurt au camp
Et le mur du silence écrase
Notre parole la plus rase.
Par sûreté, on nous enterre en prison,
Ainsi s’éteint notre dernier son.
Même mort, on nous ostracise
Et notre exil intérieur s’éternise.
L’Ogre habite le palais,
La bête absurde dévore sans arrêt
Les hommes par millions,
Impose aux femmes sa dévotion
Et prépare les enfants
À l’héroïsme militant.
Un jour, tu verras
Le pays se réveillera ;
Au son des carillons,
On fêtera la mort du dragon.
Et l’immonde bouffi de tant d’orgueil
Grouillera à l’étroit dans son cercueil.
LA ZINOVIE
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Ils se font appeler « Cialtroni sul palco » [« Garnements sur scène »] : ils sont anarchistes, romains à 100 %, exubérants et boivent comme des citernes. Quand, il y a quelques jours, Daniela et moi sommes arrivés au « Festival du 16 août » qui se déroule à Roccatederighi, en pleine Maremme de Grosseto, ils étaient à une table à « répéter », c’est-à-dire boire et faire un vacarme inénarrable, en chantant sur l’air de « La società dei magnaccioni » un inoubliable « Ma che ce frega / d’Alessio Lega » [Qu’est-ce qu’on en a à foutre d’Alessio Lega?] (qu’ils auraient dû chanter le jeudi 20 au soir, aux côtés d’Alessio Lega qui a malheureusement dû déclarer forfait en raison d’un malheureux incident). La fameuse soirée du jeudi 20, au cours duquel la Banda Putiferio aurait également dû se produire, c’est justement le putiferio [tintamarre] qui s’est déchaîné sur Roccatederighi : une véritable tempête de pluie torrentielle, de tonnerre et d’éclairs. On aurait vraiment dit que le Père étrnel, noir de rage en raison des propos sans cesse très irrespectueux que lui adressait une nombreuse bande d’anarchistes complètement ivres, avait voulu se venger. Eh bien, se réfugiant tant bien que mal sous un auvent, au risque de se faire tous foudroyer, puis plongés dans le noir à cause d’une coupure d’électricité qui a touché toute la région, les Cialtroni sul Palco ne se sont pas laissés abattre (mais évidemment… ! D’un souffle, ils auraient abattu un rhinocéros) et ils ont poursuivi un véritable spectacle spectaculaire et sensationnel. Au cours duquel, justement, ils ont interprété (en le récitant) ce sonnet de Trilussa, méconnu de la plupart, datant de 1912. Un vrai (dé)baptême civil d’une petite fille prénommée Anarchia, arrosé de Frascati et devant un étendard rouge et noir (manifestement ni celle du Milan, ni de Foggia). Longue vie à Anarchia ! Et voilà, au milieu de la tempête, on lui a mis dans le cul encore une fois. La prochaine fois, qui sait ce qu’il nous enverra : un tremblement de terre, des sauterelles, l’ange exterminateur de Buñuel… [RV 23-8-2026]
Chanson française –L’Éradication – Marco Valdo M.I. – 2026
LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.
LE PASSÉ BROUILLÉ
Dmitry Innokentievich Berezovsky – circa 1950
Épisode319
Dialogue Maïeutique
L’éradication, Lucien l’âne mon ami, c’est l’élimination, la destruction, l’arrachement jusqu’aux racines. C’est une terrible chose et plus effroyable encore quand on l’impose à tout un peuple et même, historiquement, à plusieurs et dans le futur, sans doute encore à d’autres. Il s’agit en quelque sorte de promouvoir l’assimilation de populations entières (contre leur gré, évidemment) à un empire, à une nation, à un peuple supposé supérieur. C’est le sens du premier douzain :
« De ce peuple esclave encore debout,
On va changer les bases.
On ne laissera pas un bout,
De sa vie, de sa langue, de sa culture,
On l’étouffera sous notre dictature. »
Ce n’est malheureusement pas une chose nouvelle, dit Lucien l’âne. J’ai vu ça depuis la plus haute Antiquité. Cependant, j’ai vu aussi tous les empires s’effondrer les uns après les autres et ça, c’est rassurant.
J’ajoute, dit Marco Valdo M.I., dans toute cette chanson, il y a des réminiscences de chansons françaises que tu as certainement entendues. Dans le premier, il y a des allusions à Eugène Pottier et L’Internationale, à Jacques Prévert (Les Feuilles mortes) et à Jacques Dutronc (On nous cache tout, on nous dit rien – Paroles de Jacques Lanzman). Je te laisse les retrouver. Elles ont souvent approximatives pour deux raisons : la première est que je tire de ma mémoire et la seconde, c’est que ce ne sont pas des citations.
Assurément, je vais le faire, dit Lucien l’âne. Mais je ne dirai rien non plus. Et ensuite, qu’y a-t-il d’autre ?
Pour en revenir aux allusions, dit Marco Valdo M.I., ce deuxième douzain est quasiment tiré de cette chanson de Prévert, chantée par Yves Montand et bien des autres : Les Feuilles mortes. Cependant, elle parle de la même guerre que la Zinovie fait au pays voisin.
« Les jours heureux de l’autre pays,
Quand la vie était si belle
Et le soleil plus souriant qu’aujourd’hui.
Là-bas, les cadavres se ramassent à la pelle
Avant de finir dans l’oubli. »
En somme, dit Lucien l’âne, ce sont comme des exercices de style, des à la manière de Raymond Queneau. Mais quand même, sur le fond, c’est très violent.
Oui, dit Marco Valdo M.I., comme tous les envahisseurs, les Zinoviens sont d’une violence et d’une méchanceté insignes, du moins ceux qui obéissent aveuglément aux désirs et ordres du Guide et de ses officiers. Certains ont de remords ou même, ont réussi à s’échapper de cette emprise et à retrouver leur humanité. C’est le cas du lieutenant de cette chanson, qui en fait, s’il est présent dans ce « groupe de paroles » est un déserteur et à tout le moins, un opposant au régime et à sa guerre. Cela dit, le reste de la chanson parle du Guide sous divers angles. Le troisième douzain fait était du grand rêve d’immortalité historique du Guide, qui se compare à un Dieu. Cependant, on le verra dans sa confession intime, le Guide voit son rêve commencer par le même cauchemar qui le poursuit depuis toujours. Il vit très mal sa nullité humaine. Il le fait à la manière d’Édith Piaf, dans un chanson très sensible : Non, rien de rien (paroles de Michel Vaucaire). Voilà pour le cauchemar :
« Non rien de rien,
Non, je ne regrette rien.
Ni les gens que j’étouffais,
Ni le mal que j’ai fait.
Guide, je suis vide, je ne suis rien.
Un rien de rien, un moins que rien. »
Et la vérité de son rêve caché, enfoui sous des montagnes taciturnes, mais qui s’entend jusqu’au bout du cosmos :
« Je veux être célébré, vénéré.
Comme un dieu, j’incarne le passé.
De moi, je veux un musée gigantesque,
Une mémoire, des statues titanesques. »
Je vois, dit Lucien l’âne, encore un ego en délire. Ce sont des gens épouvantables stupides et dangereux. Ils ne voient pas plus loin que leur fatuité. L’ennui, c’est qu’il en a tant à la tête des empires, même des plus grands. Et toute notre philosophie n’y pourra rien. Juste la mort peut y mettre un terme.
En effet, dit Marco Valdo M.I., la mort seule pourra régler la question du Guide, mais il risque d’y avoir un successeur. Comment débarrasser l’espèce humaine de telles tares ? Ce qui rassure, c’est parfois, on arrive à les tenir à l’écart, mais ils sont pires que les mauvaises herbes. Cette hydre ressort toujours de son marais. Et le dernier douzain est le récit d’une jeune personne venue spécialement du fin fond du pays pour raconter le miracle du Guide, car le Guide fait des miracles.
« Le Guide fait des miracles.
À la pompe, en file dans nos bagnoles,
Depuis des jours, on attendait le pétrole.
Et le Guide est arrivé chez nous,
Et le pétrole a coulé à flots, »
Il est vrai que ça ne dure que ce que dure le temps de son passage ; les miracles du Guide sont éphémères. Tout est dit dans la chanson.
« Le Guide était reparti,
Le pétrole s’est tari.
Et nous, en file dans nos bagnoles
Pendant des jours, on attend le pétrole. »
Évidemment, dit Lucien l’âne, c’est toujours ainsi avec les miracles. Ce sont des simulacres, des coups montés, des tours de passe-passe, vite périmés. Quant à nous, on n’a rien de magique et il nous faut tisser jour après jour, comme de simples canuts, le linceul de ce monde aberrant, assassinat, miraculant, faux, falsifiant et cacochyme.
Heureusement !
Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane
Là-bas, dit le lieutenant, on replace
Les statues des fantômes sur les places.
Là-bas, dit le lieutenant, plus rien n’est stable.
On efface tout comme la mer sur le sable.
On casse tout, on n’oubliera rien.
On détruit tout, on ne laissera rien.
Du passé, on fait table rase.
De ce peuple esclave encore debout,
On va changer les bases.
On ne laissera pas un bout,
De sa vie, de sa langue, de sa culture,
On l’étouffera sous notre dictature.
Dans l’Histoire, le Guide ne veut voir
Perdurer que sa seule gloire ;
Pour le futur, le Guide ne veut avoir
Dans le souvenir qu’une seule mémoire.
Le Guide n’aime pas qu’on rappelle
Les jours heureux de l’autre pays,
Quand la vie était si belle
Et le soleil plus souriant qu’aujourd’hui.
Là-bas, les cadavres se ramassent à la pelle
Avant de finir dans l’oubli.
Et le monde ne va jamais oublier
Ce que le Guide voudrait tant effacer.
La nuit, le Guide confesse
L’ennui insondable de sa détresse :
Non rien de rien,
Non, je ne regrette rien.
Ni les gens que j’étouffais,
Ni le mal que j’ai fait.
Guide, je suis vide, je ne suis rien.
Un rien de rien, un moins que rien.
Je veux être célébré, vénéré.
Comme un dieu, j’incarne le passé.
De moi, je veux un musée gigantesque,
Une mémoire, des statues titanesques.
Le Guide se donne en spectacle :
Le Guide fait des miracles.
À la pompe, en file dans nos bagnoles,
Depuis des jours, on attendait le pétrole.
Et le Guide est arrivé chez nous,
Et le pétrole a coulé à flots,
À moitié prix, le plein de nos autos.
Deux jours entiers et puis, ce fut tout.
Le Guide était reparti,
Le pétrole s’est tari.
Et nous, en file dans nos bagnoles
Pendant des jours, on attend le pétrole.
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Version française – LA PETITE VILLE – Marco Valdo M.I. – 2026
Chanson italienne - Piccola città - Francesco Guccini - 1972
Paroles et musique : Francesco Guccini
Album : Radici
Pourquoi ce jeune homme qualifia sa petite ville natale de « foutu bled » on le devine du texte de sa chanson d’il y a cinquante ans, qui évoque toute un après-guerre entre la Via Emilia et l’Ouest américain, les armes et la bille, les sœurs noires, le premier amour, et l’adolescence qui correspond parfaitement aux critères exprimés par Paul Nizan. En réalité, cette petite ville n’est un endroit ni plus ni moins « bâtard » que d’autres ; c’est simplement un lieu où le hasard t’a projeté dans certaines circonstances (sociales, temporelles, etc.). L’après-guerre est le protagoniste de la chanson, bien qu’on ne sache jamais très bien où les après-guerres se fondent dans la période suivante, qui est toujours celle où la mémoire commence à s’éroder jusqu’à un point où, désormais perdue, voire raillée et ridiculisée, on pense et on agit avec détermination pour préparer une autre guerre (qui, bien sûr, sera la dernière) et, bien entendu, une nouvelle « période d’après-guerre » où d’autres viendront passer leur enfance, leur adolescence et leur jeunesse. Puisque nous, en tout cas, nous n’y serons pas, nous ne pouvons que dire, pour conclure, que ce jeune homme, Francesco G., qui a aujourd’hui quatre-vingt-deux ans, a vécu quelque temps dans la grande capitale régionale, « un petit Paris » (par transitivité, on pourrait même dire que Paris est un grand Bologne), puis est retourné vivre parmi ses montagnes et ses châtaigniers, où il attend.
Il a cessé de composer des chansons, il a écrit un livre, seul ou en collaboration, on l’interviewe de temps en temps dans sa cuisine avec ses chats, attendant qu’il dispense sa sagesse (et cela, on le voit bien, l’agace – à juste titre – considérablement) et les médecins doivent lui avoir dit d’arrêter de fumer. Mais une cigarette, j’en suis sûr, il se la ferait bien volontiers. Il y a quelques jours, il est arrivé que cette chanson soit citée ; d’où l’envie de la mettre en ligne. Il va de soi qu’elle est très fameuse, et qu’elle n’aurait aucun besoin d’être glissée parmi les quelque 35 000 chansons d’un site vieux presque vingtenaire et consciemment privé du support des « réseaux sociaux » pour être connu ; le couplet sur la Via Emilia et l’Ouest n’est pas seulement devenu le nom d’un immense concert d’il y a près de quarante ans et d’un album « live », mais il est aussi, pratiquement, entré dans le langage courant et même devenu un proverbe. Qu’il soit donc considéré comme une sorte d’hommage, de coup de fraîcheur de la onzième heure et, peut-être, même de conjuration. [RV]
Petite ville, bâtard d’endroit ;
À peine né, je te compris, ou était-ce le destin qui, en trois mois, me chassa…
Petite ville, je te connais, toi ;
Brouillard et fumée, je ne sais te donner le parfum du souvenir qui améliore.
Mais dans mes pensées, elles sont là les rues d’hier et elles reviennent :
Visages et souffrances et saisons, amours et briques qui parlent.
Petite ville, ensuite je revis là
Tes pierres inconnues, tes maisons détruites par la guerre ancienne.
Mon étrange ennemie, tu es lointaine,
Avec les péchés parmi les décombres et les jeux épuisés au Florida…
Cent fenêtres, une cour, les voix, les disputes et la misère,
Moi, la montagne au cœur, je découvrais l’odeur de l’après-guerre.
Petite ville, vitraux violets, bancs de bois,
Premiers jours d’école, la parole et la triste odeur de la religion.
Vieilles sœurs noires, qui, avec foi,
Ces soirs-là, nous avez donné le sens du péché et de l’expiation…
Nos yeux vous regardaient, mais rêvaient de héros, d’armes et de billes,
Entre la Via Emilia et l’Ouest, courrait la fantaisie vers la prairie.
Naïve adolescence, stupide et fausse innocence,
Continence, vide mythe américain de troisième main…
Souvent hurlée à mi-voix, puberté malheureuse,
Sur des tons aigus, des sentiments chastes dénigrés, recherchés en vain.
Si je pense à un jour ou à un moment, je retrouve seulement la mélancolie,
Et tout un cauchemar sombre, une période obscure bannie.
Petite ville, vieille gamine
Qui me fus si fidèle, à qui je fus si fidèle pendant trois longs mois…
Les coins de rue, témoins de mes songes érotiques,
Frustrations jamais comprises et amours platoniques.
Où es-tu maintenant, que fais-tu, tu refuses encore ou le samedi soir tu te donnes ?
Celles d’aujourd’hui, tu les méprises, ou les envies et sanglotes si elles passent devant toi ?
Petite ville, courettes vieilles,
Songes et dieux printaniers, rimes et fois de jeunesse, fillettes désormais vieilles.
Je pleure et je ne regrette pas ta poussière, ta boue, tes vies,
Tes pierres, l’or et le marbre, les taudis…
Tu es si différente maintenant, je suis toujours pareil, toujours différent,
Je cherche les nuits et la fiasque, si je meurs je renais, tout autant.
Équipe CCG/AWS
Traduction: Marco Valdo M.I.
Comme l’a annoncé le Collectif Autistici/Inventati le 6 septembre 2026, cette plateforme, qui héberge ce site et des milliers d’autres, fermera prochainement. Les raisons devraient désormais être connues, et nous ne nous attarderons pas davantage sur ce sujet.
« Canzoni Contro la Guerra » / « Antiwar Songs » / « Chansons Contre la Guerre » est une base de données de chansons antimilitaristes, pacifistes, sociales et de lutte, en ligne depuis le 20 mars 2003. Ce n’est certes pas le plus ancien site encore en activité du Web italien, mais il a atteint un âge non négligeable. À ce jour, il contient près de 40 000 chansons en 176 langues et plus de 60 000 traductions et commentaires en 228 langues.
Comme nous risquons de disparaître d’ici peu, et sans préavis (le blog est déjà inactif, puisqu’il est hébergé sur la plateforme Noblog d’A/I), nous avertissons toutes celles et tous ceux qui, au fil des ans, ont participé et continuent de participer à divers titres à la vie d’AWS (CCG - Chansons contre la Guerre), que nous travaillons à la fois pour sauvegarder l’ensemble du contenu qui s’y trouve et pour le rendre accessible via une autre plateforme.
Tout cela, bien sûr, en continuant à rappeler comment la plateforme Autistici/Inventati a été supprimée par des présidents américains fascistes, avec la collaboration du gouvernement italien et de banques quasi éthiques. Nous aimerions certes sauver notre petit jardin, mais en gardant toujours à l’esprit qu’une forêt entière a été abattue. Quoi qu’il en soit, de nombreuses chansons présentes sur ce site parlent des migrants, et nous aussi, nous serons cet nous serons nous aussi contraints de migrer. On ne sait pas encore où.
Dans le cadre de notre activité, nous avons toujours catégoriquement refusé de nous mêler à la poubelle des « réseaux sociaux », que nous aurions volontiers laissés au bavardage mondial, à la fausse « amitié » et aux tragiques mensonges planétaires. Malheureusement, dans cette période particulière où nous pourrions disparaître soudainement, il s’est avéré nécessaire d’ouvrir une page « Facebook » afin de maintenir un canal de communication, même minime. Nous utiliserons cette page exclusivement pour communiquer et faire le point sur ce que nous faisons et sur ce qui se passe au fur et à mesure. Cette page n’acceptera pas de chansons, de traductions ni d’autres contenus, mais sera exclusivement « de service ». Elle sera fermée dès que la situation, comme nous l’espérons, se sera normalisée.
En attendant, tant qu’elle sera disponible, antiwarsongs.org/(https://www.antiwarsongs.org/) poursuivra son activité quotidienne habituelle, à savoir mettre librement à disposition des chansons et de la musique. Chacun pourra continuer à envoyer librement ses contributions. Il en sera ainsi jusqu’à la dernière seconde.
Merci et « Restons humains »