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3 mai 2020 7 03 /05 /mai /2020 16:36
Par derrière ou par devant

 

 

Chanson française – Par derrière ou par devant – Marie-Josée Neuville – 1957

Album: Le monsieur du métro (1957)

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

Lorsque j’avais proposé la version française POSITION H de la chanson italienne de Sine Frontera intitulée « Posizione orizzontale », tu m’avais fait me ressouvenir d’une chanson et d’une chanteuse du siècle dernier. C’était justement « Par derrière ou par devant » et la chanteuse était Marie-Josée Neuville et j’avais promis qu’on en reparlerait et nous y voilà.

 

Oh, dit Lucien l’âne, c’est toujours une bonne idée de tenir sa parole et aussi, d’insérer une chanson et en plus, de faire connaître une artiste.

 

D’abord, reprend Marco Valdo M.I., deux mots concernant Marie-Josée Neuville, à la ville : Josée Françoise Deneuville. Je n’en ferai pas la biographie (Wiki s’en charge fort bien), mais je voudrais en éclairer un peu certain aspect amusant. Même si elle avait commencé fort tôt dans la chanson, au moment où elle aborde sa carrière professionnelle, Marie Josée n’était plus la collégienne qu’on prétendait qu’elle fut sur les affiches, les pochettes de disque, les notices publicitaires et les articles de journaux. Sans vouloir trop la dévoiler, en 1957, Marie Josée n’avait pas tout à fait vingt ans, mais presque.

 

C’est beaucoup pour une collégienne, dit Lucien l’âne en riant.

 

De même, toujours sans vouloir dévoiler plus qu’il ne faut son intimité, la jeune demoiselle se devait – contrat commercial oblige – de conserver ses tresses juvéniles, qui faisaient sa réputation dans le domaine de la chanson.

 

Moi, dit Lucien l’âne, j’aurais préféré que ma réputation se bâtisse sur la qualité de mes chansons et de mes interprétations, plus que sur mes tresses. Enfin, tant que c’était les tresses, ça allait encore. Tout ça est bien futile et en réalité, je m’en fous.

 

Moi aussi, dit Marco Valdo M.I., d’ailleurs, foin de ces petits potins, j’en viens à cette chanson dont l’arrière-plan est une solide mise en cause de l’Histoire telle qu’elle était enseignée et ensuite, une leçon de vie non négligeable. Enfin, elle comporte une aimable fin (« happy end » en franglais) où triomphe l’amour dans sa version la plus romantique ou la plus évangélique, je ne sais trop. Sauf que tout ce bel ensemble est pimenté d’un « Par derrière ou par devant » qui lui donne une tout autre dimension.

 

Ah, dit Lucien l’âne, je crois comprendre que tu entrevois dans l’adorable comptine de Marie Josée, une version cryptée de la Complainte de Marinette.

 

Exactement, Lucien l’âne mon ami, mais l’antienne est inversée et dans un sens comme dans l’autre, dans nos régions, ce « Par derrière ou par devant » réjouit petits et grands. Et tous s’amusent de cet équivoque qui fait d’une innocente chanson un joli conte pornographique :

 

« Des « Je t’aime, je t’adore pour la vie entière »,

Il y en a autant par derrière que par devant,

Car le brave Cupidon, de sa flèche légendaire,

Vise tous les cœurs de la Terre

Par derrière

Ou par devant. »

 

On dirait, Marco Valdo M.I., une chanson de bonobos. À propos, c’est pareil avec cet autre impérissable succès de Georges Millandy (1930) : « Le Petit Cœur de Ninon » dont on a plaisir à subvertir les sens en remplaçant le mot « cœur » par son initiale suivie de trois points de suspension : « C... », ce qui donne :

 

« Le C... de Ninon

« Le petit c... de Ninon
Est si petit, est si gentil,
Est si fragile.
C’est un léger papillon,
Le petit c... de Ninon,
Il est mignon mignon.
Si le pauvret parfois coquet
Est peu docile,
Ce n’est pas sa faute, non
Au petit c…,
Au petit c... de Ninon. »

 

Mais assez ri, tissons le linceul de ce vieux monde burlesque, cocasse, libidineux, ridicule et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Dans notre école, un vieux professeur

Souvent victime de sa bonne humeur

Nous enseignait, en récréation seulement,

Un jeu qui le passionnait de son temps.

À chaque phrase que disaient ses parents,

Il ajoutait « Par derrière ou par devant ».

Le brave homme ne se doutait pas

Qu’en nous enseignant ce jeu-là,

Il signait la condamnation

De toutes ses prochaines leçons.

 

Le nez de Cléopâtre eût été par derrière,

La face du Monde en eût été par devant ;

Henri IV avait panache blanc par derrière,

Henri III n’avait pas sentiment par devant ;

Charlemagne portait barbe fleurie par derrière,

Cachez ce sein que je ne saurais voir par devant ;

Démons déchaînés, nous étions tous par derrière,

Au visage pur d’enfants charmants par devant.

 

S’en est allé le vieux professeur

Près du bon Dieu, et pourtant nos cœurs

N’oublieront pas le petit avertissement

De son jeu qui nous divertissait tant.

Par devant, nombre de compliments

Deviennent par derrière propos désobligeants.

Le brave homme ne se doutait pas

Qu’en nous enseignant ce jeu-là,

Il nous initiait tout petits

À la dure école de la vie.

 

Que de recommandations m’a-t-on fait par derrière,

Lorsque devaient m’être présentés par devant

Des fripouilles, des brigands, m’assurait-on par derrière,

Mais qu’amicalement on appelle vieux frères par devant.

Les vieux frères en question m’avaient prévenue par derrière

De me méfier de ceux qui me prévenaient par devant.

Mieux vaut que la franchise reste par derrière,

Un brin de mensonge est plus utile par devant.

 

L’amour est l’exception qui nous fait dire par derrière

Des choses aussi jolies que celles qu’on dit par devant.

Des « Je t’aime, je t’adore pour la vie entière »,

Il y en a autant par derrière que par devant,

Car le brave Cupidon, de sa flèche légendaire,

Vise tous les cœurs de la Terre

Par derrière

Ou par devant.

 

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Published by Marco Valdo M.I.
1 mai 2020 5 01 /05 /mai /2020 19:54
 
POSITION H

 

 

Version française – POSITION H – Marco Valdo M.I. – 2020

 

Chanson italienne – Posizione orizzontaleSine Frontera2003
Sine Frontera

 

 

 

 

 

 

 

"Position horizontale", une sorte de mantra générationnel hypnotique, où l’on parle de révolution ("éteindre la télévision"), mais toujours "en position horizontale", ce qui est une façon étrange et agréable de défier un monde vertical.

 

"Faites l’amour, pas la guerre."

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

« Faites L’amour, pas la guerre ! », dit Marco Valdo M.I., je pense que ce gentil précepte a marqué bien des jeunes filles et des jeunes gens de sorte qu’aujourd’hui – s’ils vivent encore – ils sont d’aimables (je l’espère) grands-parents ou arrière-grands-parents, selon la vitesse de reproduction.

 

Oh, dit Lucien l’âne, cette malicieuse injonction me paraît toujours autant d’actualité, même si on a pu constater au fil de l’histoire, de la préhistoire et même, des temps antérieurs, que l’humanité pouvait pratiquer les deux en même temps ; je veux dire l’amour et la guerre. C’est même une des caractéristiques de la Guerre de Cent Mille Ans.

 

Certes, réplique Marco Valdo M.I., l’être humain est suffisamment doué pour faire deux choses en même temps ; il tient à la fois du chimpanzé au tempérament belliqueux et du bonobo aux habitudes plus paisibles, plus licencieuses et somme toute, plus joyeuses. Chez les bonobos, la Position H est l’arme terrible de la coexistence pacifique.

 

Soit, dit Lucien l’âne, c’est une excellente pratique, mais finalement, cette chanson parle-t-elle d’amour ? Quelle est sa morale ?

 

Si on veut, répond Marco Valdo M.I., mais elle propose la voie de l’amour comme chemin vers la transformation du monde en un monde meilleur. Elle dit à peu près :

 

« Faites l’amour par devant par derrière et vous changez le monde ».

 

Oui, dit Lucien l’âne, ce n’est pas plus mal. Par derrière ou par devant, ça me rappelle une ancienne chanson, dont j’ai l’idée que tu la connais et que tu peux me la situer.

 

Sûrement, Lucien l’âne mon ami, « Par derrière ou par devant » était d’ailleurs son titre et elle était chantée d’une voix juvénile par une jeune fille qui se présentait comme une collégienne et se nommait Marie-Josée Neuville ; mais je la présenterai une autre fois. Pour en revenir à celle-ci, dont le titre est déjà tout un programme « Position H » – la traduction littérale de l’italien serait plutôt : « Position horizontale », mais j’ai préféré celui plus percutant de Position H. afin d’évoquer la célèbre Bombe H.

 

En effet, rit Lucien l’âne, c’est plus percutant.

 

Cependant, Lucien l’âne mon ami, ne perds pas de vue qu’elle évoque aussi – avec une volontaire innocence – le cours de gymnastique scolaire et son célèbre « En position fixe ! », hurlé à pleins poumons par le professeur, le yoga et bien sûr, le Kama-Soutra, qui est connu comme le livre des positions et un des sujets favoris de la peinture indienne.

 

Celui-là, dit Lucien l’âne, je le connais depuis longtemps. Il a toujours fait la joie des petits (quand ils le trouvaient) et des grands.

 

Cela dit, reprend Marco Valdo M.I., cette chanson me paraît proche d’une chanson de Léo Ferré laquelle s’intitulait « LÂge d’Or ». Elle commençait ainsi :

 

« Nous aurons du pain,
Doré comme les filles
Sous les soleils d'or.
Nous aurons du vin,
De celui qui pétille... »

 

Ce n’en est que mieux, conclut Lucien l’âne. Alors tissons maintenant le linceul de ce vieux monde prude, pudibond, pornographique, belliqueux et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

 

 

Nous aurons la lune, nous aurons la lumière,

La musique sera notre voix,

D’une pelouse, nous ferons notre litière,

Nous ferons un nid sur le toit,

Nous ferons la révolution,

Et nous éteindrons la télévision,

Car à l’horizontale, ma foi,

Il vaut mieux ne penser qu’à ça.

Et dès lors toujours contents,

 

 

 

Nous irons par-dessus, nous irons par-dessous

Toute la nuit, comme les vagues vent de bout,

Nous viendrons par-derrière, nous viendrons par-devant,

Comme des vagues devant-derrière horizontalement !

 

 

 

Nous aurons des mains, nous aurons du cœur,

Nous aurons du vent pour naviguer sans peur

Et nous découvrirons un nouveau monde,

Une onde plus propre et plus profonde,

Sans État, sans capital, sans capitale,

Qui ignorent tout de ce secret

Qu’à l’horizontale,

Le monde entier change à jamais.

Et dès lors toujours contents,

 

 

 

Nous irons par-dessus, nous irons par-dessous

Toute la nuit, comme les vagues vent de bout,

Nous viendrons par-derrière, nous viendrons par-devant,

Comme des vagues devant-derrière horizontalement !

 

 

 

Et nous n’écouterons plus mâchonner

L’actualité en télé-journal,

Car nous devons nous garder

De ceux qui parlent bien et raisonnent mal

Et dès lors toujours contents,

 

 

 

Nous irons par-dessus, nous irons par-dessous

Toute la nuit, comme les vagues vent de bout,

Nous viendrons par-derrière, nous viendrons par-devant,

Comme des vagues devant-derrière horizontalement !

 

 

 

Nous aurons du pain, nous aurons du vin

Et le chaud soleil du matin,

Nous ferons aussi des galipettes

Qui amusent tant les poètes,

Car à l’horizontale,

On peut se faire du bien en faisant le mal.

Et dès lors toujours contents,

 

 

 

Nous irons par-dessus, nous irons par-dessous

Toute la nuit, comme les vagues vent de bout,

Nous viendrons par-derrière, nous viendrons par-devant,

Comme des vagues devant-derrière horizontalement !

 

POSITION H
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Published by Marco Valdo M.I.
30 avril 2020 4 30 /04 /avril /2020 16:45

 

Déshabillez-moi !

 

 

Chanson française – Déshabillez-moi ! – Juliette Gréco – 1969

Texte : Robert Nyel – Musique : Gaby Verlor

 

Pour la saison, un slogan :

« Déconfinez-moi ! »

 

Par Juliette Gréco :

Par Mylène Farmer :

 

 

 

 

 

Danseuse

Edward Hopper

1941

 

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

 

L’autre jour, Lucien l’âne mon ami, tu avais mis en commentaire avec plein d’humour et de raison (à la chanson Second Life), car, disais-tu, Plaisir d’humour dure toute la vie, une série de chansons de chansons (françaises) en illustration de ton propos et tu les avais judicieusement classées dans la rubrique : « Chansons déconfinées ». Je dirais même déconfessées, déconfessionnées ou déconfessionnalisées. En fait, les quatre à la fois.

 

En vérité, je vous le dis, je n’avais pas pensé à ça, dit Lucien l’âne en riant, mais c’est vrai qu’elles pouvaient être qualifiées ainsi ; surtout à l’époque où elles avaient été conçues. En ce temps-là, elles étaient de véritables morceaux de bravoure de la libération des confessions et des confessionnaux.

 

Il ne faut jamais perdre de vue la dimension historique, Lucien l’âne mon ami, tu fais donc bien de rappeler que les religions et les religieux ont une furieuse tendance à confiner la pensée et les hommes (les femmes d’un côté, les hommes de l’autre, par exemple), d’autant que si l’hydre religieuse s’est un peu repliée depuis, le ventre est encore fécond, tu connais la suite de la citation.

 

Évidemment, dit Lucien l’âne, elle dit « Le ventre est encore fécond d’où a surgi la bête immonde ».

 

Exact, la bête immonde, l’hydre, reprend Marco Valdo M.I., et il faut encore et toujours se méfier des coups de queue des clercs – toutes religions confondues ; ici, du moins, de toutes celles dites du Livre : Torah, Bible ou Coran, même combat contre les impies – que nous sommes. Ainsi cette chanson que tu suggérais était : « Déshabillez-moi ! », tout un programme.

 

Et quel programme, dit Lucien l’âne, il m’arrive encore d’en rêver. Donc, Juliette Gréco chanta cette chanson – en tenue fort stricte de femme en noir, pour souligner le trait, mais elle l’a fait pour diverses raisons. En plus de la considérer comme une chanson fort plaisante, Juliette l’avait adoptée en manière de réponse féminine et un peu féministe à la domination masculine, à la façon dont certains hommes (une majorité!) traitaient les femmes en objet de leurs fantasmes sexuels et oedipiens. Résumé : « Toutes des putes, sauf maman ! » C’en faisait une chanson de combat (sans jeu de mots laid).

 

Assurément, Lucien l’âne mon ami, ce n’est pas un calembour bon. D’autant – l’anecdote vaut le détour- que Juliette avait adopté la chanson, refusée par d’autres chanteuses de l’époque, à la condition qu’elle puisse y ajouter les deux derniers vers :

 

« Et vous,

Déshabillez-vous ! »

 

Ces deux derniers vers renversaient la perspective ou mieux encore, mettaient à égalité les deux partenaires. En cela, elle est plus féminine que féministe ; autrement, défendant l’une sans faire la guerre à l’autre. Car, dans ces affaires humaines comme dans toutes les autres, on trouve la trace et les travers de la Guerre de Cent Mille Ans que les puissants font aux plus faibles (ou supposés tels) pour (r)assurer leur domination. Par ailleurs, on trouve la preuve de la valeur de cette déconfessionnalisation dans le barrage médiatique que les radios et les télévisions avaient formé en interdisant purement et simplement sa diffusion sur les ondes. Ainsi, cette chanson connaissait le sort de sa consœur « Le Déserteur » de Boris Vian et voilà une raison de plus de la reproduire ici dans toutes ses paroles. Du reste, Juliette et Boris étaient des amis.

 

Oh, dit Lucien l’âne, il y aurait encore tant de choses à dire, à dire et à entendre, mais brisons là, il n’y a qu’à voir et entendre la chanson elle-même qui est si belle quand Juliette la serine ; et puis, tissons le linceul de ce vieux monde sexué, sexuel, pinailleur, confessé, confessionné, confiné et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Déshabillez-moi !

Déshabillez-moi !

Pas tout de suite,

Pas trop vite.

Sachez me convoiter,

Me désirer,

Me captiver.

Déshabillez-moi !

Déshabillez-moi !

Ne soyez pas comme

Tous les hommes,

Trop pressé

Et

D’abord, le regard ,

Tout le temps du prélude,

Ne doit pas être rude,

Ni hagard.

Dévorez-moi des yeux

Mais avec retenue

Pour que je m’habitue,

Peu à peu.

Déshabillez-moi !

Déshabillez-moi !

Pas tout de suite,

Pas trop vite.

Sachez m’hypnotiser,

M’envelopper,

Me capturer.

Déshabillez-moi !

Déshabillez-moi !

Avec délicatesse,

En souplesse,

Et doigté.

Choisissez bien les mots,

Dirigez bien vos gestes :

Ni trop lents, ni trop lestes,

Sur ma peau.

Voilà, ça y est, je suis

Frémissante et offerte

De votre main experte, allez-y !

Déshabillez-moi !

Déshabillez-moi !

Maintenant tout de suite,

Allez vite !

Sachez me posséder,

Me consommer,

Me consumer !
Déshabillez-moi !

Déshabillez-moi !

Conduisez-vous en homme

Soyez l’homme,

Agissez !

Déshabillez-moi !

Déshabillez-moi !

Et vous,

Déshabillez-vous !

 

 

 

Déshabillez-moi !
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Published by Marco Valdo M.I.
28 avril 2020 2 28 /04 /avril /2020 18:38
 

Les Pieds nus

 

Chanson française – Les Pieds nus – Marco Valdo M.I. – 2020

 

ARLEQUIN AMOUREUX – 57

 

Opéra-récit historique en multiples épisodes, tiré du roman de Jiří Šotola « Kuře na Rožni » publié en langue allemande, sous le titre « VAGANTEN, PUPPEN UND SOLDATEN » – Verlag C.J. Bucher, Lucerne-Frankfurt – en 1972 et particulièrement de l’édition française de « LES JAMBES C’EST FAIT POUR CAVALER », traduction de Marcel Aymonin, publiée chez Flammarion à Paris en 1979.

 

 

Matthias, les pieds nus, la troupe attend là-bas ;

Pour finir le spectacle, elle n’attend plus que toi.

Ôte tes brodequins, danse, c’est l’heure, on y va,

Ensemble pour toujours, comme de vieux chats.

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

« Les Pieds nus », demande Lucien l’âne, que peut bien pouvoir dire ce titre ?

 

Je te promets une réponse assez complète, dit Marco Valdo M.I., et pur cal, il me faut resituer cette chanson et t’annoncer que c’est la dernière de la saga d’Arlequin amoureux. Comme les précédentes, elle est fortement éprise de poésie et baigne dans une atmosphère métaphorique. Il le faut, car il s’agit de l’agonie et de la mort d’Arlecchino, de la dernière désertion du déserteur. Ainsi, comme tu le devines, elle dit plus qu’elle ne dit ou dit autrement, l’ensemble des mots de son discours dépasse le cadre apparent que constitue la simple addition de ceux-ci. Car. Car, lorsqu’on rapproche les mots selon certaines formes, dans certaines configurations, il se produit des phénomènes d’interaction qu’on ne peut anticiper. Les mots, considérés comme des objets inertes et quelque sorte morts, se mettent à vivre, à converser entre eux et on voit surgir une physique et une chimie des mots.

 

Halte-là, Marco Valdo M.I. mon ami, si je te laisse aller ainsi, tu vas bientôt faire intervenir d’étranges théories telles l’évolution, la gravitation ou les quantas.

 

Dans le fond, pourquoi pas ?, répond Marco Valdo M.I. en souriant, mais il faudrait d’abord y réfléchir, car on ne manipule pas les mots aussi innocemment que ça. Mais soit, j’admets qu’il serait intéressant d’appliquer une démarche de ce genre au langage et surtout, aux mots considérés comme des particules, des atomes, des électrons, des neutrons, que sais-je ; bref, des machins en interaction. Il faudrait en déceler les forces qui les attirent ou les éloignent, qui bâtissent certaines affinités entre eux, qui donnent un sens au mouvement désordonné des paroles. Comme à l’ordinaire, je n’irai pas plus loin dans cette esquisse, quitte à y revenir plus tard ou à laisser à d’autres le soin de le faire. Cela dit, j’en reviens aux pieds nus.

 

Bonne idée, dit Lucien l’âne, car j’en suis encore à me demander…

 

Donc, pieds nus, Lucien l’âne mon ami, renvoie au fait que tous les petits personnages du théâtre de bois reviennent auprès du directeur-déserteur à la fin de la chanson pour, exigent-ils, terminer le spectacle. Or, tous morts, ils se présentent tous les pieds nus ainsi qu’Arlecchina-La Tournesse, morte elle aussi, qui dit à Matthias-Arlecchino-Pollo-Pulcino-Kuře de retirer ses brodequins afin de partir tous ensemble comme des chats. À pieds nus, car seuls les vivants ont besoin de chaussures.

 

Oui, dit Lucien l’âne, les cadavres ne portent pas de souliers. C’est bien, l’Arlequin amoureux est maintenant fini ; « Un mort, c’est complet, c’est terminé. On n’est pas complet, tant qu’on n’est pas mort », disait Boris Vian. À propos, dis-moi, de quoi est-il mort l’Arlecchino ?

 

Pour ce que j’en sais, répond Marco Valdo M.I., l’Arlecchino est mort de la mort des autres, de la mort des petits comédiens de bois, de celle d’Arlecchina, de Barbora et de Lukas. L’Arlecchino meurt volontairement pour reprendre le vagabondage du déserteur et cet art théâtral qui font son histoire.

 

Oui, dit Lucien l’âne, mais alors, nous, qu’allons-nous devenir, qu’allons-nous faire, nous ne pouvons, pas plus que lui, interrompre notre errance. Qu’allons-nous faire comme nouveau voyage dans l’imaginaire ?

 

On y réfléchit d’abord, dit Marco Valdo M.I., on avisera demain.

 

Alors, finissons-en et tissons le linceul de ce vieux monde boiteux, halluciné, égrotant et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Je veux me pendre pour de bon

Avec une corde attachée au plafond,

Mais pas ici, il fait trop glacial.

Je veux me pendre, point final.

 

Et toi, va au diable, vieux bonimenteur !

Donneur de leçons, joli menteur !

Je suis Dieu, tu le sais bien.

J’ai si peu de pouvoir, je ne peux rien.

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

Matthias, quittons cette ville et vite !

Pour toi, la campagne est plus sûre.

On trouvera un fenil vide.

Notre pomme est mûre.

 

Pas ici, pas maintenant, plus tard,

On réfléchit plus à l’aise dans le noir.

Dans la grange, couché dans le foin,

Caché au chaud dans un coin,

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

Eh, Pollo, dit encore la voix sombre,

Toute pâle dans son manteau à grelots,

Que va-t-il nous arriver, Pulcino ?

Arlecchina, est-ce toi cette ombre ?

 

Matthias, les pieds nus, la troupe attend là-bas ;

Pour finir le spectacle, elle n’attend plus que toi.

Ôte tes brodequins, danse, c’est l’heure, on y va,

Ensemble pour toujours, comme de vieux chats.

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

 

 Les Pieds nus
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Published by Marco Valdo M.I.
26 avril 2020 7 26 /04 /avril /2020 18:31
 
NEIGE D’AVRIL

 

 

Version française – NEIGE D’AVRIL – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson italienne – Neve d’aprileAlice – 1992

Album : Mezzogiorno sulle Alpi

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

Il y a, Lucien l’âne mon ami, des chansons de toutes les tailles (La Chanson de Roland comporte 9000 vers dans sa version la plus longue) et parmi les chansons, il y a aussi des chansons simples et de très compliquées.

 

Oui, certes, dit Lucien l’âne, et alors ?

 

Et alors, dit Marco Valdo M.I., rien. Il fallait juste que je commence à parler de celle-ci.

 

Oh, je vois, dit Lucien l’âne, il te fallait une amorce, juste de quoi éclaircir la voix et le cerveau. Eh bien, maintenant que c’est fait, est-ce que tu peux me révéler tes ruminations à son sujet ?

 

Évidemment, Lucien l’âne, et c’était d’ailleurs mon intention. D’abord, je te prie de noter la date de sa parution : 1992, soit approximativement trente ans ; disons pour être plus précis une trentaine d’années : tout un bail.

 

Oui, certes, dit Lucien l’âne, et alors ?

 

Ce qui me stupéfie, quand je songe à cette date et à cet écart temporel, reprend Marco Valdo M.I., c’est qu’elle a l’air d’avoir été écrite aujourd’hui.

 

Mais, dit Lucien l’âne, c’est d’ailleurs le cas de la version française.

 

Oui, certes, reprend Marco Valdo M.I., je veux dire qu’elle paraît tirer sa substance de ce qui s’est passé ces dernières semaines en Italie (et ailleurs). Elle a l’air d’être une complainte d’un survivant à la pandépidémie. Elle s’applique directement à cette période de fin d’avril où on entrevoit – on peut espérer à raison, mais sans plus, car rien n’est sûr – que ce soit la neige d’avril et sa blancheur qui vienne recouvrir le paysage désolé et que ne se lève pas une nouvelle aussi redoutable tempête.

 

« Espérons que ce n’est pas une tempête

Qui monte dans mon cœur,

Mais la neige d’avril toute seule. »

 

Moi, dit Lucien l’âne, je ne suis ni savant, ni prophète, ni devin, ni oracle, ni augure et je ne connais donc pas de réponse à cette interrogation, ni de remède à cette situation. Moi aussi, vois-tu, je suis un peu incertain quant à la suite des choses. Cependant, je me rallie aisément à cette idée, que nous avons ancrée dans notre conviction que le chant – et plus généralement, la poésie et toute littérature ou tout art qui en découle – est souvent prémonitoire.

 

En effet, répond Marco Valdo M.I., je garde la même pensée. J’y ajouterais qu’elle est aussi une fameuse accoucheuse de la compréhension du monde ; elle ouvre l’esprit bien au-delà des analyses factuelles. Bien sûr, si on tient compte des dates, cette chanson-ci – NEIGE D’AVRIL – lance un avertissement ; elle joue à la perfection le rôle de Cassandre. Il est vrai aussi qu’elle peut s’appliquer à toute situation catastrophique et il n’en manque pas dans l’histoire humaine.

 

Et, interrompt Lucien l’âne, il ne manquera pas d’y en avoir encore et de bien pire – forcément, dans le futur. C’est totalement inévitable ; il vaut mieux s’y faire et il y en a déjà en cours : des guerres – toutes filles de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres depuis déjà fort longtemps, des maladies, la faim, la soif, la sécheresse, la montée des eaux – et elles vont s’ajouter aux autres présentes et à venir. Rien que dans l’immédiat de l’Afrique, on annonce al remontée du paludisme (centaines de milliers de morts), de la rougeole, de la faim aussi en plus de la misère endémique.

 

Oui, Lucien l’âne mon ami, tu me prends les mots de la bouche, mais il n’y a pas que les catastrophes et les tragédies à l’échelle humaine auxquelles il faut vaille que vaille malgré tout se faire, il y a celles à l’échelle des espèces entières et celles à l’échelle planétaire ou géologique. Si on regarde ce qui s’est passé dans le passé, on ne peut ignorer la fin naturelle du vivant biologique. La chose s’est déjà produite plusieurs fois sur cette Terre. Dès lors, la conclusion de la chanson me semble tout à fait pertinente :

 

« Nous sommes les naufragés du nouveau monde,

Les naufragés jamais sortis de la rade,

Nous sommes les naufragés du nouveau monde. »

 

Sans compter, enchaîne Lucien l’âne, la disparition fatale de la planète elle-même et de son astre du jour. Ce qui peut rassurer ceux que cela inquiéterait, ce sont des perspectives lointaines, si on les mesure à l’échelle historique, c’est-à-dire au regard de nos vies d’ânes et d’hommes. Quant à la vie quotidienne de la plupart des vivants, tout ce que nous pouvons faire pour en atténuer les duretés, c’est tisser le linceul de ce vieux monde myope, sourd, idiot et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Je suis rentré chez moi confus et fatigué.

Tous ces commerces, ces pauvres gens,

Pour rien si pressés,

Combien de gens innocents

Payent ainsi la facture de nos rêves ?

Nous sommes les naufragés du nouveau monde,

Les naufragés jamais sortis de la rade.

 

 

 

Excusez-moi, ce soir je suis un peu ailleurs.

Je répète les mêmes choses atroces,

Mais je ne peux pas faire taire mon cœur

Quand dans ce monde beau et féroce,

Je vois la peur dans les yeux d’un gosse.

Nous sommes les naufragés du nouveau monde.

 

 

 

Excusez-moi, ce soir je suis un peu ailleurs.

Espérons que ce n’est pas une tempête

Qui monte dans mon cœur,

Mais la neige d’avril toute seule.

Nous sommes les naufragés du nouveau monde,

Les naufragés jamais sortis de la rade,

Nous sommes les naufragés du nouveau monde.

 

 

 

 

NEIGE D’AVRIL
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Published by Marco Valdo M.I.
23 avril 2020 4 23 /04 /avril /2020 16:07

 

 

 

Le Destin

 

 

Chanson française – Le Destin – Marco Valdo M.I. – 2020

 

ARLEQUIN AMOUREUX – 56

 

Opéra-récit historique en multiples épisodes, tiré du roman de Jiří Šotola « Kuře na Rožni » publié en langue allemande, sous le titre « VAGANTEN, PUPPEN UND SOLDATEN » – Verlag C.J. Bucher, Lucerne-Frankfurt – en 1972 et particulièrement de l’édition française de « LES JAMBES C’EST FAIT POUR CAVALER », traduction de Marcel Aymonin, publiée chez Flammarion à Paris en 1979.

 

 

Viens, Matthias, il se fait tard.

Pour finir l’histoire, nous serons deux.

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Comme presque toutes les chansons, dit Marco Valdo M.I., celle-ci a connu un enfantement tâtonnant ; elle est faite de gribouillis, de griffonnages, de ratures, de retours, de biffures, de bifurcations, de mots perdus. Elle a souvent hésité et changé plusieurs fois de visage et d’ordonnancement et tout comme les précédentes, elle doit beaucoup à cette structure un peu particulière qui lui donne une sorte de squelette sur lequel mettre sa chair et faire circuler son sang. En bref, la chanson est un être vivant, elle est faite de création et d’improvisation.

 

Ah, dit Lucien l’âne, c’est le lot des textes de création. Serait-ce la version réelle du « vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage » que Nicolas Boileau indiquait dans son Art poétique ?

 

Peut-être, partiellement, Lucien l’âne mon ami, ou peut-être pas. Je verrais les choses différemment, car je ne suis pas convaincu par sa démarche didactique qui voulait enserrer la poésie dans le cadre réglementé du raisonné et du raisonnable, digne du carcan du régime du Roi Soleil. Enfin, pour tout dire, cette démarche pesante, lourde de préméditation, appliquée à la création poétique n’est pas dans ma manière.

 

Quoi qu’il en soit, dit Lucien l’âne, dis-moi ce que raconte cette chanson.

 

Eh bien, Lucien l’âne, il te souviendra que Matthias, déserteur émérite, était revenu à l’endroit où devaient l’attendre les comédiens de bois, le temps qu’il en termine avec la guerre. À son retour, consternation, ils ne sont pas là. Ainsi, Matthias se tient sur la place, un peu désorienté et pur tout dire, abasourdi. C’est dans cet état réflexif qu’il est abordé par un vieux qui semble le connaître et qui entame sans plus tarder la conversation.

 

C’est normal, dit Lucien l’âne en riant, les vieux font souvent ainsi ; ils ont le temps long ; alors quand ils rencontrent quelqu’un qu’ils connaissent plus ou moins, même seulement de vue, ils tentent de lier conversation.

 

C’est exactement, ce qui se passe, reprend Marco Valdo M.I., sauf que ce vieillard, c’est Dieu.

 

Eh bien, dit Lucien l’âne, s’il y en a un qui a le temps long, ce doit bien être celui-là, car c’est long l’éternité, surtout si on commence au début.

 

Comme tu l’imagines, Lucien l’âne mon ami, la chanson relate leur conversation et Dieu tente de dédramatiser les choses, mais c’est à l’évidence impossible de dédramatiser la disparition de toute une troupe de comédiens, même en bois, et en prime, de celle du théâtre. Le désespoir de Matthias est intense. En plus, Dieu ne croit pas Matthias. Il y a là comme une inversion du monde lorsque Matthias répond, écoute ça :

 

« Quoi ? Je ne te crois pas, dit Dieu.

Voyons, Dieu, il faut me croire. »

 

On le comprend, Matthias, dit Lucien l’âne, c’est son théâtre, c’est son gagne-pain, c’est son rêve, c’est sa vie à cet homme-là.

 

Effectivement, répond Marco Valdo M.I., c’est tout ça. Alors, Dieu propose à Matthias une association ; il lui offre de l’accompagner pour le reste du voyage, mais Matthias n’a pas confiance en Dieu :

 

« À deux ? Je n’ai pas confiance en toi.

Tu es Dieu, tu es tout seul, c’est ta nature.

Avec toi, tu vois, on n’est jamais sûr.

Franchement, tu ne peux rien pour moi. »

 

Et finalement, Matthias s’en remet au Destin, au bon vieux Destin, seule certitude humaine et annonce qu’il va se pendre.

 

Voilà qui est terrible, dit Lucien l’âne, mais que ce ne sont que des mots venus d’une profonde déprime, comme c’est souvent le cas dans ces cas-là. Cela dit, je comprends Matthias, c’est un fameux coup du sort. Bref, en attendant de savoir la suite, tissons le linceul de ce vieux monde croyant, effondré, désaxé et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Le vieux dit : Comment va, Matthias ?

Tout va bien, dit Matthias.

Et toi, ça va, mon vieux ?

Je ne sais pas, dit Dieu.

 

Les affaires ne s’arrangent pas.

Pourquoi devraient-elles s’arranger ?

Bah, ça ira, ça ira, comme ça a toujours été.

Alors, Matthias, ne nous tracassons pas !

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

Oh, je ne m’en fais pas.

Mon petit théâtre de bois,

Mes marionnettes ne m’attendent plus là-bas.

Plus personne n’attend après moi.

 

Quoi ? Je ne te crois pas, dit Dieu.

Voyons, Dieu, il faut me croire.

Viens, Matthias, il se fait tard.

Pour finir l’histoire, nous serons deux.

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

À deux ? Je n’ai pas confiance en toi.

Tu es Dieu, tu es tout seul, c’est ta nature.

Avec toi, tu vois, on n’est jamais sûr.

Franchement, tu ne peux rien pour moi.

 

Tu peux être heureux. De quel bonheur ?

Fini le vagabondage hors des chemins,

Sans mes comédiens, c’est l’horreur.

Je vais me pendre, c’est mon destin.

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

Le Destin
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Published by Marco Valdo M.I.
21 avril 2020 2 21 /04 /avril /2020 15:55

 

LA RÉCESSION

 

 

Version française – LA RÉCESSION – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson italienneLa recessione Pier Paolo Pasolini1974

Texte de Pier Paolo Pasolini, tirés de ‘La meglio gioventù’” (Einaudi, 1974).

Le texte original avait été écrit en frioulan, avec une traduction italienne par Pasolini lui-même, qui a ensuite écrit une nouvelle version pour qu’elle puisse être chantée.

MusiqueMino De Martino

Interprétation – Alice, d’abord dans son album "Mezzogiorno sulle Alpi" en 1992, puis dans l’album collectif "Luna di giornoLe canzoni di Pier Paolo Pasolini" en 1995.

 

 

 

Pier Paolo Pasolini

Autoportrait 1947

 

 

 

 

 

Dialogue maïeutique

 

 

Cette fois, Lucien l’âne mon ami, même si elle s’intitule « La Récession », il ne faudra pas s’y tromper et imaginer que cette chanson puisse s’appliquer aux jours d’aujourd’hui, ni même à ceux de demain.

 

 

Ah bien, dit Lucien l’âne, tu penses qu’il n’y aura pas de récession prochainement. Ce n’est pas l’avis des spécialistes, des économistes, des prévisionnistes et des journalistes.

 

 

Halte-là, Lucien l’âne mon ami, je n’ai pas dit ça. J’ai seulement dit que cette chanson « Récession » de PPP (Pier Paolo Pasolini), publiée en 1974, ne s’applique pas à la situation présente ; ce qui est tout autre chose. De quoi causait PPP en 1974 quand il évoquait la récession et de quoi peut-on parler aujourd’hui qu’on pourrait mettre sous le même vocable ?

 

 

Oui, en effet, dit Lucien l’âne en riant, je me le demandais aussi.

 

 

Heu, dit Marco Valdo M.I. un peu décontenancé, Pasolini écrit ce texte au sortir d’une période de forte expansion et de relance économiques consécutives à la guerre – période que curieusement on a appelé le « boum » ; cette période s’étale grosso-modo de 1946-47 à 1970. La machinerie économique tourne à plein régime, mais déjà en son sein s’installe progressivement à partir des années 50, une récession, une vraie récession, celle dont parle Pasolini. Cette récession était elle aussi la conséquence de la guerre. Je m’explique : par exemple, au sortir de la guerre, il a fallu refaire les infrastructures de transport et de production, il a fallu rebâtir les villes et les usines. On a eu besoin d’énormes quantités de rails, de wagons, de poutrelles, de ciment, de charbon, de minerais, etc. Et au plus vite, les appétits étaient immenses. Il en alla de même du blé, des patates, des légumes, des fruits, de la viande, etc. Puis, il a fallu rééquiper les gens, les rhabiller, les rechausser et ensuite, le niveau moyen des revenus s’élevant du fait du quasi-plein emploi , il y eut la possibilité de nouvelles dépenses et l’envie de nouveaux objets : frigo-auto-radio, télé, machines à laver et une demande de loisirs. Toutes les fringales connurent un pic vers 1960, puis une sorte de palier, dont elles ne sont jamais descendues.

 

 

C’est sans doute la naissance de la société de consommation, dit Lucien l’âne de la voix de l’élève appliqué.

 

 

Oui, effectivement, dit Marco Valdo M.I. ; mais, comme je te l’ai dit, à partir de 1950, la machine commençait à donner des signes d’essoufflement et de fait, il n’y avait plus besoin de tant de rails, de tuyaux, de wagons. Les infrastructures étaient refaites. Pour commencer, on ferma les charbonnages et le reste de l’industrie suivi progressivement. La sidérurgie et les fabrications métalliques, et les verreries ont suivi le mouvement de quelques années. C’est de cette récession que parle la chanson de PPP. Elle est d’ailleurs toujours en cours. Ce n’était assurément pas une crise, il s’agissait d’une évolution ; dans nos régions, on passait d’un monde industriel lourd à un autre plus évanescent ; doublement, tout semblait se dissoudre et renaître dans le lointain. Dès lors, cette récession n’est en rien comparable à ce qui se passe aujourd’hui ou demain. Certes, il faudrait nuancer, mais à la grosse, c’était ça.

 

 

Bien, dit Lucien l’âne, je veux bien le penser, mais si tu pouvais un peu argumenter.

 

 

C’est assez simple, Lucien l’âne mon ami, car pour le moment, si une récession est en cours ou va se développer, elle ne va pas durer ; j’aurais tendance cette fois à parler de crise ; un peu comme si le monde des humains était grippé. Bien sûr, il va y avoir du dégât, mais il y aura aussi la reprise – plus ou moins rapide, qui n’était pas du tout possible dans la récession évoquée par PPP. Par exemple, les centaines de milliers d’emplois de mineurs et d’ouvriers de l’industrie lourde du siècle dernier ont disparu et ne seront jamais réactivés ; c’est assez comparable à la disparition de la main d’œuvre agricole, qui avait cependant mis beaucoup plus de temps à se résorber, absorbée par les usines, les mines, les carrières, la (re)construction, les grands travaux.

 

 

Oh, dit Lucien l’âne, te voilà bien savant et sans doute, as-tu raison. Cependant, il nous faut faire court, car il est temps de tisser le linceul de ce vieux monde désuet, essoufflé, obèse et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

 

Nous reverrons des pantalons rapiécés,

Des crépuscules rouges sur les chemins

Des villages de leurs autos vidés,

Assiégés de pauvres rentrés

D’Allemagne ou de Turin.

Les vieux resteront maîtres

De leurs murs et de leurs sièges de sénateurs.

Les enfants sauront que la soupe est rare

Et ce que signifie un morceau de pain sans beurre.

La nuit sera plus noire que la fin du monde,

La nuit, nous entendrons les grillons ou le tonnerre.

Et un jeune, peut-être revenu d’une mine,

De retour au bercail, sortira une mandoline.

L’air aura un goût de loques trempées,

Tout sera loin. Dans les fumées,

Des trains et des bus passeront

Parfois comme dans un rêve

Et des villes grandes comme des mondes

Se rempliront de gens qui se promèneront

En vêtements gris

Et ils auront

Dans leurs yeux aigris

Une question qui ne porte pas sur l’argent,

Mais seulement, seulement

Sur l’amour, sur l’amour,

Uniquement l’amour.

Les petites usines sur la plus belle partie

De vertes prairies,

Dans un coude de la rivière,

Au cœur d’une vieille chênaie,

S’effondreront peu à peu à la soirée :

Mur par mur, pierre après pierre,

Feuille tôlée par feuille tôlée.

Et les vieux bâtiments

Seront des montagnes de pierre,

Seuls et clos comme ils étaient avant.

Le soir sera plus noir que la fin du monde

Et la nuit, nous entendrons les grillons grésillant

Ou le tonnerre qui gronde.

L’air aura un goût de loques trempées,

Tout sera loin. Dans les fumées,

Des trains et des bus passeront

Parfois comme dans un rêve.

Les bandits auront leur vieux front

Avec leurs cheveux courts sur la nuque

Et les yeux de leur mère

Pleins du noir des nuits de lune

Et ils seront armés d’une seule lame.

Le sabot du cheval touchera la terre

De la démarche légère

Du papillon et rappellera

Ce que le monde

A été, en silence, le monde

Et pressentira ce qui sera.

 

LA RÉCESSION
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Published by Marco Valdo M.I.
18 avril 2020 6 18 /04 /avril /2020 18:26
 
QUAND

 

 

Version française – QUAND – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson italienne – QuandoI Luf – 2013

 

 

 

 

Quand mon corps n’aura plus que son sourire,

Quand la peau tombera de ma figure,

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Quand je fais une version française, c’est souvent fois pareil, Lucien l’âne mon ami.

 

Oui, c’est souvent la même histoire, Marco Valdo M.I. mon ami, mais laquelle ?

 

Eh bien, Lucien l’âne mon ami, regarde cette chanson-ci qui s’intitule en italien « Quando », titre que j’ai logiquement traduit par « QUAND ».

 

« QUAND » quoi ?, demande Lucien l’âne. C’est bien court.

 

Évidemment, ça n’a l’air de rien un mot si court, dit Marco Valdo M.I. ; pourtant comme je m’en vas te l’exposer, il est une des questions essentielles de la vie humaine. Il modélise le futur, il présage son avenir. Et moi, il m’a quasi-instantanément renvoyé vers des bribes d’autres chansons qui nagent en permanence dans mon cerveau mollasse comme des bactéries dans un bain de soufre en ébullition.

 

Par exemple ?, demande Lucien l’âne.

 

Eh bien, reprend Marco Valdo M.I., déjà le mot « quand » m’a expédié tout droit à ceci de Boris Vian ce Pater Noster que chantait Serge Reggiani :

 

« Quand j’aurai du vent dans mon crâne,

Quand j’aurai du vert sur mes osses… »

 

ou alors, à « Je voudrais pas crever », autre chanson fort d’actualité :

 

« Je voudrais pas crever
Avant d'avoir goûté
La saveur de la mort
 »

 

Et puis, j’ai soudain buté sur le « T’es rock, Coco » de Léo Ferré :

 

« Avec nos pieds chaussés de sang
Avec nos mains clouées aux portes
Et nos yeux qui n'ont que des dents
Comme les
têtes qui sont mortes »

 

Et puis aussi, à la Ballade des Pendus du regretté François Villon, Reggiani cantat :

 

« Vous nous voyez attachés ici, cinq, six:
Quant à notre chair, que nous avons trop nourrie,
Elle est depuis longtemps dévorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et poussière.
De notre malheur, que personne ne se moque »,

 

Et à L’Homme fossile de Pierre Tisserand, avec encore la voix de Serge Reggiani, qui disait :

 

« Enfin les scientifiques suivant coutumes et us
Voulant me baptiser de par un nom latin
M'ont appelé Pithécanthropus Erectus
Erectus ça me va bien moi qui étais chaud lapin »

 

Et de fil en aiguille, j’en fus rendu à L’Homme de Cro-Magnon, lequel se languissait de l’invention du fusil :

 

« Devant le diplodocus en rage
Il se sentait un peu petit
Et se disait dans son langage :
Vivement
qu’on invente le fusil. »

 

et j’arrête là, déjà tant d’autres frappent à la porte.

 

Quel bataclan dans ta tête !, Marco Valdo M.I. mon ami.

 

Oui, un vrai barouf, avoue Marco Valdo M.I., mais le pire, c’est que toute cette foire interfère avec la partie de mon cerveau qui s’efforce de faire une version française. Et ainsi vogue ma galère.

 

Tout ça est bien beau, dit Lucien l’âne, mais je ne sais toujours rien grand-chose de « QUAND ». Cette chanson, que dit-elle, finalement ?

 

Que raconte-t-elle ?, Lucien l’âne mon ami ; c’est assez simple à comprendre. Du moins pour ce que j’ai pu en comprendre moi-même et c’est ce que dit la version française. C’est un homme qui anticipe sa vie ou sa mort, ce qui somme faite, est la même chose, la seconde étant le privatif de la première, c’est-à-dire deux états du même être – non-être. Vian disait – je cite de mémoire :

 

« Un mort, c’est bien.

C’est complet, c’est terminé.

On n’est pas complet tant qu’on n’est pas mort ».

 

Enfin, je résume : Quand ceci, quand cela… Pour le reste, je te laisse apprécier par toi-même ; cependant, je te rassure, sa rengaine est un peu optimiste :

 

« Ne pleurez pas ma pierre, souriez dans le vent

Et moi, de loin, je serai content. »

Oh, tant mieux, dit Lucien l’âne. Avec tout ce que tu viens de dire, tu m’as mis l’eau à la bouche et je meurs (figurativement) d’envie de la parcourir. Alors tissons le linceul de ce vieux monde imaginatif, fantasmatique, lunatique, prophétique et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Quand mon corps n’aura plus que son sourire,

Quand la peau tombera de ma figure,

Quand la nuit durera tout un hiver,

Quand j’irai en enfer,

 

 

Quand les nuages n’auront plus de neige

Et quand les pieds n’iront plus dans les chaussures,

Quand les poissons parleront dans la mer

Et les oiseaux s’arrêteront dans le ciel,

Quand la pluie montera vers le ciel,

Quand Mahomet priera Dieu le Père.

 

 

Ne pleurez pas ma pierre, souriez dans le vent

Et moi, de loin, je serai content.

Ne pleurez pas ma pierre, souriez dans le vent

Et moi, de loin, je serai content.

 

 

Quand la paix n’aura plus de frontières,

Quand le loup et l’agneau dormiront l’un près de l’autre,

Quand vos yeux pourront rêver

Sans un miroir pour s’admirer.

 

 

Quand la poussière redeviendra vie,

Quand le silence deviendra poésie,

Quand la lune aura mille couleurs,

Quand aux cartes gagneront les cœurs,

Quand je serai dans mon lit

Avec l’espérance qui me sourit.

 

 

Ne pleurez pas ma pierre, souriez dans le vent

Et moi, de loin, je serai content.

Ne pleurez pas la pierre, souriez dans le vent

Et moi, de loin, je serai content.

 

 

Ne pleurez pas ma pierre, souriez dans le vent

Et moi, de loin, je serai content.

Ne pleurez pas la pierre, souriez dans le vent

Et moi, de loin, je serai content.

 

 

Ne pleurez pas ma pierre, souriez dans le vent

Et moi, de loin, je serai content.

Ne pleurez pas la pierre, souriez dans le vent

Et moi, de loin, je serai content.

 

 

Ne pleurez pas ma pierre, souriez dans le vent

Et moi, de loin, je serai content.

Ne pleurez pas ma pierre, souriez dans le vent

Et moi, de loin, je serai content.

 

 

 

QUAND
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Published by Marco Valdo M.I.
17 avril 2020 5 17 /04 /avril /2020 20:02

 

Le Prince de Manicomio

 

Chanson française – Le Prince de Manicomio – Marco Valdo M.I. – 2020

 

ARLEQUIN AMOUREUX – 55

 

Opéra-récit historique en multiples épisodes, tiré du roman de Jiří Šotola « Kuře na Rožni » publié en langue allemande, sous le titre « VAGANTEN, PUPPEN UND SOLDATEN » – Verlag C.J. Bucher, Lucerne-Frankfurt – en 1972 et particulièrement de l’édition française de « LES JAMBES C’EST FAIT POUR CAVALER », traduction de Marcel Aymonin, publiée chez Flammarion à Paris en 1979.

 

 

Arlequin et l'amour

Konstantin Somov - 1921

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

 

Donc, dit Marco Valdo M.I., « La dernière Scène » et « L’infinie Terreur » étaient les derniers épisodes de cette saga de l’Arlequin amoureux.

 

Elles racontaient, je m’en souviens très bien, mon ami, dit Lucien l’âne, l’héroïque combat des petits pantins contre les sbires en délire de l’armée de Napoléon. Un vrai carnage !

 

C’est ça, épouvantablement ça, repend Marco Valdo M.I. ; violentés, violées, battus, torturés, dépecés, assassinés, brûlés, que sais-je encore, mille fois suppliciés, tous ou presque sont proprement défunctés.

 

Tous ou presque ?, demande Lucien l’âne.

 

Tous ou presque, dit Marco Valdo M.I., car Arlequin le pantin, dit le Bariolé (qu’il faut distinguer de l’Arlecchino, dit l’Arlequin amoureux, qui n’est autre que Matthias le déserteur, un Arlequin humain), en a réchappé, car il avait été envoyé (par le reste de la troupe) attendre le directeur-déserteur, le ci-devant Matěj Kuře, alias Andrea Sereno, car de l’avis d’Arlequin à l’encontre de celui du reste des petits comédiens, Matthias-Matěj finirait par redéserter et revenir à son point de départ rechercher sa hotte et ses petites personnes, afin de reprendre sa vie d’artiste ambulant, de montreur de marionnettes et d’entrepreneur de spectacles. D ès lors, au moment de l’hécatombe, Arlequin était fort loin.

 

Ah, dit Lucien l’âne, ça me fait plaisir qu’au moins un d’entre eux en soit sorti vivant et du coup, je suppose qu’il va retrouver son maître.

 

Sans doute, répond Marco Valdo M.I., peut-on dire les choses ainsi, sauf que c’est l’inverse qui se produit, c’est le contraire qui a eu lieu : Arlequin revenu au point de départ s’était assis sur un banc et rêvassait en regardant voler les chauves-souris au-dessus du marché. C’est dans cette attitude pacifique que Matthias, le directeur-déserteur, le surprit en s’asseyant à côté de lui. Ils restent ainsi un moment jusqu’à ce qu’Arlequin se décide à parler.

 

Ah, dit Lucien l’âne, ils ne pouvaient rester éternellement silencieux, c’est évident. Mais, dis-moi, que dit Arlequin ?

 

Pas du tout ce qu’on attendait de lui, répond Marco Valdo M.I., car Arlequin, chemin faisant a réfléchi à son avenir et il annonce sa grande décision : « Je démissionne, je pars à Vérone jouer les amoureux dans la troupe du Prince de Manicomio. »

 

Pourquoi pas, dit Lucien l’âne, il y a bien d’autres qui ont joué les amoureux à Vérone. C’est même un métier très dangereux que je ne conseillerais à personne, surtout s’il est question du Prince du Manicomio.

 

Oh, persifleur !, répond Marco Valdo M.I. ; à Vérone, être amoureux ne mène pas nécessairement à la mort violente. Et puis, je vois que tu te méfies du Prince de Manicomio et je me demande pourquoi.

 

Enfin, Marco Valdo M.I.mon ami, tu sais suffisamment, au moins autant que moi, l’italien pour comprendre que ce Prince du Manicomio n’est rien d’autre qu’un Roi de Cœur, un prince du monde fou, un prince dont le nom peut se traduire par « Le Prince de l’Asile d’Aliénés ».

 

Ce n’est pas très rassurant, en effet, quand on y songe, dit Marco Valdo M.I.. Moi, je ne m’y fierais pas. Comme de juste et Matthias non plus ne semble pas s’y fier. Et c’est ainsi que l’Arlequin bariolé s’est éloigné de son maître déserteur. Adieu !

 

C’est donc la fin finale de la petite troupe en bois, dit Lucien l’âne. J’en suis tout émotionné. Cependant, il nous faut continuer – Le Spectacle continue ! Alors tissons le linceul de ce vieux monde atteint de rougeole, de polio, de tuberculose, d’ébola, de grippe, du palu, infesté et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Arlequin au malheur seul survit

Et veut rejoindre le déserteur-directeur.

Mais avant l’heure, c’est pas l’heure ;

Mais après l’heure, tout est fini.

 

Arlequin le Bariolé a pris

Le droit chemin du pays.

Sur le chariot d’un roulier,

Il s’en est allé.

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

Il a son temps, sa science de patience ;

Sur un banc, il attend sans impatience

Le retour de Matthias et sourit

Se balançant au vol de la chauve-souris.

 

Arlequin et son maître, en bonne entente

Méditent et regardent sans rancœur

Le ciel où depuis toujours, nul rien ne régente.

L’homme seul est l’ouvrier de son bonheur.

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

Maestro principale, je démissionne.

Où vas-tu aller, le Bariolé ?

Le Prince de Manicomio me réclame à Vérone.

À Vérone ? Personne ne te réclame en vérité.

 

Maestro, venez à Vérone tout à l’heure.

Le prince de Manicomio engage des tas d’acteurs.

Venez avec moi jouer les amoureux.

Arlequin, je ne peux. Alors, cher directeur, adieu !

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

Le Prince de Manicomio
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Published by Marco Valdo M.I.
15 avril 2020 3 15 /04 /avril /2020 15:05

 

L’infinie Terreur

 

Chanson française – L’infinie Terreur – Marco Valdo M.I. – 2020

 

ARLEQUIN AMOUREUX – 54

 

Opéra-récit historique en multiples épisodes, tiré du roman de Jiří Šotola « Kuře na Rožni » publié en langue allemande, sous le titre « VAGANTEN, PUPPEN UND SOLDATEN » – Verlag C.J. Bucher, Lucerne-Frankfurt – en 1972 et particulièrement de l’édition française de « LES JAMBES C’EST FAIT POUR CAVALER », traduction de Marcel Aymonin, publiée chez Flammarion à Paris en 1979.

 

 

Un à un, les petits comédiens expirent.

À part le palatin, pas de militaire

Dans cette compagnie burlesque.

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Vois-tu, Lucien l’âne mon ami, « La dernière Scène » se terminait sur la vision atroce du massacre des petits comédiens orphelins de leur directeur-déserteur par une bande de soldats ivres qui avaient surgi dans l’auberge en pleine nuit. Ce fut un pandémonium. Les marionnettes, le comte palatin Siegfried en tête, avaient crânement tenté la voie de la résistance, mais la lutte entre les pantins et les militaires de l’armée impériale était par trop inégale.

 

Oui, dit Lucien l’âne, je me souviens très bien de tout ça et du comportement ignoble des soldats ; mais pourquoi me racontes-tu ça ?

 

Eh bien, répond Marco Valdo M.I., tout simplement, car malgré ce que ce titre « La dernière Scène » laissait penser, le combat continue. Avant de passer à la suite, je récapitule : Siegfried, le comte palatin, était mort en preux ; Geneviève, la comtesse par ailleurs duchesse de Brabant mourait en martyre, odieusement et multiplement violée par les brutes avant d’être étranglée par l’adjudant ; la belle Hélène, habituellement généreuse de ses charmes érotiques, s’était défendue avec la dernière énergie comme Jeanne la Pucelle ; Méphistophélès avait rameuté les puissances infernales avant de succomber ; Basile, alias Don Basilio, avait tenté – sans succès – de négocier ; Labyrinthe, quasi-centenaire, avant de se suicider, avait abattu l’adjudant, vengeant ainsi la comtesse. On en était là et de fait, on pouvait penser l’affaire terminée.

 

Soit, s’étonne Lucien l’âne, mais serait-ce que tu voudrais me faire comprendre que ce n’est pas le cas ?

 

Très exactement, répond Marco Valdo M.I., ce n’est pas le cas ; le combat continue. C’est ce que raconte la nouvelle chanson. Au passage, j’en profite pour préciser que c’est là le cinquante-quatrième épisode de cette saga, qui donc actuellement comporte un total de 1296 vers, sans compter la ritournelle de Monsieur Polichinelle qui apporte elle 648 vers, soit au total 1944 vers.

 

Oh, dit Lucien l’âne en riant, c’est beaucoup moins que la Chanson de Roland, par exemple.

 

Bref, reprend Marco Valdo M.I., on pensait l’affaire close, mais c’était une erreur. Il restait des comédiens qui n’étaient pas encore venus sur scène pour cette ultime représentation. À l’imitation de Molière, ils avaient bien l’intention de finir leur vie sur les planches.

 

On ne se refait pas, dit Lucien l’âne.

 

Surtout à la fin, insiste Marco Valdo M.I. ; ainsi, ceux qui n’avaient pas encore pu se faire voir sont sortis de l’ombre. Pierrot, bien que manchot, par sa seule présence inquiète les agresseurs à l’idée que Bernadotte, le maréchal français dont ces pillards dépendent, impose la peine capitale à ceux qui s’en prennent aux civils.

 

C’était un bon début assurément, remarque Lucien l’âne.

 

De toute évidence, dit Marco Valdo M.I., mais aujourd’hui encore, il y a beaucoup à faire en la matière sans même insister sur le fait que ce n’est qu’une mesure cosmétique, en quelque sorte. Mais revenons à nos marionnettes en résistance. Pierrot n’est pas le seul acteur encore présent, car entre en scène alors, un autre témoin : l’intellectuel, le philosophe, le savant de la petite troupe, j’ai nommé le Docteur Johanès Faust, qui, en raison de l’impérieuse nécessité, transcendant sa nature, se rue au combat et de ses pieds et de ses poings, il frappe les troufions, qui rient aux éclats, tant il les chatouille. Puis, ces turlutins géants le trucident et en même temps que Pierrot, le tranchent en morceaux. Ce que voyant, David, de sa fronde biblique et de ses cinq cailloux, liquide cinq de ces truands. Puis, désarmé, il doit se rendre et contre toutes les lois de la guerre, ces briscards le torturent et il meurt dans cette horreur, les yeux noyés d’une infinie terreur. Point final.

 

Quelle histoire !, dit Lucien l’âne. Quelle héroïque résistance ! Décidément, ces petits hommes de bois me plaisent de plus en plus. Ils auront toujours une place dans ma mémoire, une scène réservée où ils pourront jouer tous les spectacles qui leur passeront par la tête et là au moins, il y aura un spectateur. Quoi qu’il en soit, tissons le linceul de ce vieux monde libidineux, mortuaire, funèbre, statistique et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Par manque d’expérience de la soldatesque,

Un à un, les petits comédiens expirent.

À part le palatin, pas de militaire

Dans cette compagnie burlesque.

 

Les cadavres restent bizarrement étendus,

La faux de la mort tue à tours de bras

Et les faux morts ne se relèvent pas.

Pierrot le manchot éperdu a tout vu.

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

Faust et Pierrot sont d’encombrants témoins,

Car le Docteur aussi a tout vu de sous la table.

Pour les tueurs, le poteau et le sable.

La peine capitale, pas moins !

 

Maintenant, c’est l’heure des courages,

Pierrot crie, Faust frappe avec rage.

Les soudards s’amusent de leurs colères,

Les détranchent et laissent les morceaux à terre.

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

David, embusqué dans la cour,

Fait face à son tour.

Avec sa fronde et cinq pierres,

Il étend cinq mercenaires.

 

Sans plus de munitions, sans armes, prisonnier

David est longuement torturé.

Le regard fixe, il meurt dans l’horreur,

Les yeux noyés d’une infinie terreur.

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

L’infinie Terreur
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Published by Marco Valdo M.I.

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