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23 octobre 2018 2 23 /10 /octobre /2018 20:05

 

Épilogue en Queue de Poisson

 

Chanson française – Épilogue en Queue de Poisson – Marco Valdo M.I. – 2018
Ulenspiegel le Gueux –
100
Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).
(Ulenspiegel –
IV, VI)

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

Décidément, mon cher ami Marco Valdo M.I., tu as le chic pour les titres exotiques. Qu’est-ce que c’est encore que cet « Épilogue en queue de poisson » ? À le lire, on ne peut deviner de quoi il est question.

 

Pourtant, Lucien l’âne mon ami, ce titre en vaut bien un autre et d’ailleurs, comme je vais te le montrer, il n’est pas abscons au point de ne pouvoir exposer exactement son objet. Ainsi en va-t-il de l’épilogue qui serait, selon le très sérieux CNRTL (Centre National des Ressources textuelles et lexicales), qui en propose trois définitions que je te résume :

– un petit discours de fin pour demander au public son approbation (on verra dans la chanson que le public approuve)

– une dernière partie, conclusion d’un discours…

ou – ce qui termine une affaire, une histoire, une aventure.

Et quelle que soit la définition retenue, c’est ce qu’est réellement cette chanson qui conte la fin définitive de Joos Damman, l’amant crapuleux et diabolique de la bonne et folle Katheline.

 

Soit, dit Lucien l’âne, me voici renseigné quant à l’épilogue ; mais que diable vient faire dans cette galère cette queue de poisson ?

 

Pareillement, dit Marco Valdo M.I., l’explication se découvre en réfléchissant au sens de cette expression. Qu’est-ce donc qu’une queue de poisson et que vient-elle faire ici ? Une nouvelle fois, faisons confiance au site savant susmentionné qui indique : « Finir, se terminer en queue de poisson : tourner court, avoir une fin abrupte et décevante par rapport à ce qui précède. » Et comme on pourra le constater, la fin de Joos Damman est en effet abrupte et décevante… pour ce dernier.

 

À ma grande consternation, dit Lucien l’âne, je ne peux que constater que vu de cette manière, le titre est fort clair. D’ailleurs, cet ignoble personnage ne valait guère mieux qu’une telle fin. Il reste que je suis fort désireux de savoir ce qu’il en est de la bonne Katheline, dont – si je me souviens bienc’est également le procès en sorcellerie. Va-t-elle, elle aussi, être jetée aux feux de l’enfer ?

 

À cela, dit Marco Valdo M.I., je te répondrai « aujourd’hui peut-être ou alors demain. »

 

Je patienterai donc jusque-là, dit l’âne philosophe. En attendant, tissons le linceul de ce vieux monde finissant, diabolique, exténuant et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

On compare les écritures des deux lettres :

Celle trouvée dans la gibecière,

Envoyée à Hilbert par Joos le faux frère

Et celle de Hanske à sa mignonne sorcière.

 

Damman a écrit la première,

La seconde est signée du diable froid ;

Et les témoins au nombre de trois

Les disent issues d’une main, similaires.

 

Un gentilhomme sous serment déclare :

« Je connais les familles du mort et de l’accusé.

Je reconnais les trois Poissons des Ryvish estampillés

Sur la poignée de l’épée et du poignard.

 

Mais d’où vient cet autre poignard ? »

« Du trou dans le cœur d’Hilbert. »

« Donnez-le-moi à voir ;

C’est la Tour des Damman, c’est clair. »

 

Et le Bailli énonce le jugement :

« Joos Damman est voleur, sorcier,

Affoleur de femmes et meurtrier,

Crimes de lèse-majesté assurément. »

 

Et l’accusé nie et sans remords,

Sur la femme dévie la sentence de mort :

« Faites mourir la sorcière, seule coupable

De tous ces maux épouvantables ! »

 

« Je ne fus jamais sorcier,

Je jouais un jeu, le jeu du diable ;

Il n’y a rien là d’abominable

Ni matière à me condamner.

 

De Satan lui-même, du démon.

Pour ses jeux vicieux

Cette femme me rêvait l’incarnation.

C’était son péché contre Dieu. »

 

Personne n’est dupe. Écoutez-le bien,

Dit Nelle, ce meurtrier trop rusé

Et le peuple crie : « Mort à ce chien ! »

Et torturé, le condamné finit avouer.

 

En fin, Damman est de noblesse dégradé

Et devant la commune, brûlé

À petit feu et tout vif encore ;

Et peuple dit : « Il l’a méritée cette mort ».

 

Épilogue en Queue de Poisson
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21 octobre 2018 7 21 /10 /octobre /2018 16:08

LA MORT ET L’ÉMIGRANT

 

Version française – LA MORT ET L’ÉMIGRANT – Marco Valdo M.I. – 2018

d’après la version italienne d’une

Chanson sicilienne – La Morte e l’emigranteTaberna Mylaensis – 2015

 

 

 

 

 

 

De l’album "Semu tutti emigranti" (« Nous sommes tous des émigrants »), 2015, un album entièrement dédié à l’émigration, comme une unique cantate.

Un album qui mériterait les plus importantes reconnaissances et que par contre, on connaît peu, tout comme l’extraordinaire groupe, né en 1975 et merveilleusement encore actif, de la Taberna Mylaensis.

 

Le recours au dialecte, outre d’être constitutif du groupe, souligne le double lien réciproque entre l’Afrique, l’Orient et la Sicile ; car, non seulement la Sicile n’existerait pas sans l’Orient et l’Afrique, mais aussi car, du drame aujourd’hui époque de l’immigration, méridionaux et émigrants d’où qu’ils viennent sont frères de larmes.

 

 

 

« Sur cette vieille barque de malheur,

Nous partons nombreux, chaque nuit, à l’aventure.

Où allons-nous ? D’où venons-nous ? Aïe, quelle misère !

Mais la mer cruelle ne nous fait pas peur. »

 

« Que m’importe ?

Qu’on vienne d’Afrique, de Libye ou de Tunisie ?

Je suis ici, de garde, jour et nuit,

J’attends au bord, je suis la Mort ».

 

« Mort, tu es plus noire que la poix.

Pour nous, tu n’as aucun égard.

Regarde cette mère, qui serre son fils tout contre soi,

Pour lui offrir un plus heureux espoir ! »

 

« C’est vrai, je suis la Mort et je vous guette,

Ma faux au vent, je campe sur la rive.

Et quand la terre approche, arrive

De la mer une lame et le bateau vous jette. »

 

« Mort, pourquoi tant de méchanceté ?

Laisse cette pauvre barque voguer en sûreté,

Laisse-nous toucher et embrasser la terre !

Nous voici ici, car là-bas, c’est encore la guerre. »

 

« On me trouve, en effet, où les hommes,

S’entretuent comme des chiens,

Pour un dieu qu’ils nomment

Musulman, juif, taliban ou chrétien… »

 

« Que m’importe, je suis un émigrant

Je suis parti, car pour mes enfants,

Je veux un devenir meilleur

Où on ne meurt ni de faim, ni de froid, ni de terreur. »

 

« Je suis noire, et je suis la Mort,

Je n’ai ni famille, ni père, ni Dieu,

Je ne prie pas, je ne pleure pas et je ris peu.

Je vais mon chemin et je ne crois en rien. »

 

« Ô Mort, je te demande l’avantage

De laisser libre ce passage.

Tu as tout brûlé et tu n’épargnas rien

Où j’ai pioché, où j’ai planté le grain. »

 

« Émigrant, ce n’est pas ma faute

Si tu pars, tu fuis et cherches ta route,

Mais je te laisse à ton sort.

Je m’en vais. Je te salue. La Mort. »

 

LA MORT ET L’ÉMIGRANT
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19 octobre 2018 5 19 /10 /octobre /2018 20:39
Les Lettres maudites

 

Chanson française – Les Lettres maudites – Marco Valdo M.I. – 2018
Ulenspiegel le Gueux –
99
Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).
(Ulenspiegel –
IV, V)

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

Comme tu le sais probablement, Lucien l’âne mon ami, lors d’un procès de l’envergure de celui des « sorciers », où il est question de meurtre, de vol, de sorcellerie, où donc il est question de vie et de mort, même s’il y a aveu d’un inculpé, il y faut une enquête complète. La question centrale étant : qu’y a-t-il au-delà, que dissimule l’aveu ? Il y faut des détails, il faut aussi comprendre ce qui a mené à ces désastres.

 

J’imagine bien que c’est comme ça, dit Lucien l’âne, et même, comme je l’ai souvent entendu et personnellement remarqué, un procès peut en cacher un autre, comme on dit chez nous. Le procès d’une personne vise aussi souvent à découvrir l’ambiance dans la quelle le crime est advenu et les mécanismes qui y ont présidé. Ne fût-ce que pour comprendre les faits et prévenir leur répétition.

 

Souviens-toi, Lucien l’âne mon ami, dans ce procès-ci, il y a deux accusés et l’un des deux, Joos Damman, même s’il a reconnu le meurtre de son ami Hilbert (La Main d’Hilbert), essaye de se défausser du reste de l’accusation en rejetant tout sur Katheline. Il tente de faire accroire qu’il est un bon gentilhomme odieusement abusé et manipulé par une vilaine sorcière, qui de surcroît simule la folie.

 

Ce n’est assurément pas très élégant pour un gentilhomme d’agir de la sorte, dit Lucien l’âne, et même, j’ai cru comprendre qu’il essayait également d’échapper à la justice en plaidant la péremption de ses actes, la prescription de son crime, du fait que la loi interdit de poursuivre le meurtrier après dix ans.

 

C’est exact, dit Marco Valdo M.I., c’est d’ailleurs la raison pour laquelle il reconnaît l’avoir commis et tente de charger Katheline de tout le reste. Il est bien près de réussir, car Katheline aurait été bien en peine de se défendre pour deux fortes raisons : sa folie et son amour inconditionnel et délirant pour Hans, c’est-à-dire lui-même. Mais c’était compter sans Nelle, qui prend la défense de sa mère en même temps que de la sienne propre, car Joos Damman veut la faire elle aussi passer pour sorcière. Malheureusement pour lui et heureusement pour elles, Nelle retrouve, cousues dans les cottes de fête de sa mère, deux anciennes lettres de la main de Joos Damman. Ces lettres infâmes, c’est Nelle qui les dépose enter les mains du tribunal ; elles causeront la perte de l’ignoble gentilhomme. Ce que disent ces lettres, on le trouve dans la chanson.

 

Eh bien alors, dit Lucien l’âne, voyons la chanson et puis, tissons le linceul de ce vieux monde périssable, mortel, moisi et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

De Joos Damann, écuyer

À Hilbert Ryvish, écuyer.

Ne perds plus ton temps et ton argent

En jeux de misère et tristes brelans.

 

Pour gagner à tous les coups,

Faisons-nous beaux diables,

C’est un emploi admirable,

Les femmes se pendront à nos cous.

 

Les femmes donnent à leur homme d’amour

Leurs cottes, leurs chemises et leurs atours.

Laissons les pauvres et les laides,

Prenons les belles et les riches,

 

Faisons leur payer le plaisir du corps,

Bientôt, nous roulerons sur l’or.

À la nuit, il faut te faire beau

Et t’annoncer d’un chant d’oiseau.

 

Il faut te faire une face de diable

Et te pommader les joues de phosphore –

Un onguent à l’odeur épouvantable,

Une fragrance d’enfer, un parfum de mort.

 

Et toujours, tue qui te gêne.

Allons chez Katheline, ma débonnaire.

Tu prendras Nelle sans peine ;

Je te la donne, j’en suis le père.

 

Katheline cache en son logis

Sept cents carolus d’or,

Un véritable trésor.

Pour l’amour, tel sera notre prix.

 

Puis, ces femmes pour nous seront

Esclaves et serves en travail amoureux.

En Allemagne, nous les mènerons

Et nous les louerons à qui paiera le mieux.

 

Et nous en séduirons d’autres encore ;

Allumé le feu ardent sous leur ceinture,

Les femmes nous obéissent en tout,

L’amour a le sourire si doux.

 

À Katheline : M’aimes-tu, mon doux cœur ?

Dis-moi, caches-tu le trésor sous les fleurs ?

Sorcière mignonne, nous irons ce samedi

Danser ensemble au sabbat des esprits.

 

Les Lettres maudites
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16 octobre 2018 2 16 /10 /octobre /2018 19:27

DEUX POLOS ROUGES


Version française – DEUX POLOS ROUGES – Marco Valdo M.I. – 2018

Chanson italienne – Due magliette rosse – Modena City Ramblers – 2013


« Rien de nouveau sur le front occidental », dont est tirée la chanson, est un double album des Modena City Ramblers, le treizième de leur carrière. Voici les dix-huit les chansons contenues dans l’album, écrites, arrangées et produites des Modena City Ramblers :

 

 

 

 

 

 

 

 

Le 17 décembre 1976. Quatre garçons, alors, en polo, short courts et en chaussures de tennis, permirent à l’Italie, outre de conquérir un Trophée prestigieux, et aussi à tout un peuple d’avoir un instant d’espoir même si ce n’était que dans la défaite d’un match. Ces garçons, quatre, s’appelaient Panatta, Bertolucci, Barazzutti, Zugarelli. Le match, la finale de Coupe Davis, au Stade National de Santiago du Chili.

 

Tout qui était alors, dans le sens d’exister et avoir l’âge suffisant pour comprendre, se rappelle très bien les polémiques, les dilemmes politiques en plus que d’ordre moral, qui ont précédé et accompagné cet événement.

 

Cette finale se joua dans un climat terrible en raison de la situation politique de ce pays (le Chili de Pinochet) et les oppressions subies par le peuple chilien par cette dictature fasciste qui avait comme chef suprême le général Pinochet. « On y va, on n’y va pas », le dilemme était terrible. Mais on y alla, on décida d’y aller, même avec l’appui du secrétaire du PCI (Parti Communiste Italien) de l’époque, Enrico Berlinguer. « Cette Coupe ne doit pas aller à Pinochet » est un peu le résumé de cette décision.

 

Nous ajoutons : Il ne doit pas avoir de gratification et de soutien pour cette dictature.
La décision fut prise par Panatta : « Paolo (Bertolucci ndr), demain, nous mettrons une polo rouge », comme le raconte le même Panatta.

 

Ce « rouge », si effronté, au milieu du terrain, il nous plaît penser qu’il fut au moins dans cette occasion un symbole d’espoir, si pas de liberté, en plus d’être de la couleur du sang.
Le sang de tant et tant de gens, jeunes, femmes et vieux, assassinés et massacrés.
Nous avons toujours eu
un énorme respect et une grande estime envers ces peuples qui ont souffert ce genre d’atrocités, quelle que soit « couleur » ou l’idée au nom desquelles elles furent effectuées.

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Coupe Davis ou aux Jeux olympiques ont des relents de nationalisme et prestige. Le mieux serait de ne jamais participer à ces mascarades. Panem et circences, vieille méthode pour lénifier les populations, la pratique est amplifiée par les ambitions et les délires engendrés par la compétition et les commérages dithyrambiques des médias, fort soucieux de leur audience et de leurs ventes. Autrement dit, Nihil novum sub sole. Cela étant, à partir du moment où on est tombé dedans, le mieux est de nager pour en sortir au plus vite. Autrement dit, arrivés au stade où ils en étaient, ces joueurs acculés dans une impasse, ont fait ce qu’ils ont pu. Mais l’arbre des « polos rouges » ne saurait cacher la forêt de l’absurde compétition comme modèle social, qu’il convient de constamment réaffirmer. Malheur à ceux qui ne participent pas de l’idiotie collective et de la myopie intellectuelle ! Les intérêts en jeu sont considérables. Nations et capitaux sont les deux mamelles du sport et pour l’irriguer les gloires et les argents coulent à flots. Il s’agit de drainer les émotions collectives pour noyer les pensées individuelles. Que la source du pouvoir soit la force, l’argent ou le nombre, c’est en fait la base de tous les régimes, idéologies, religions, partis, etc. qui de par leur nature même, sont totalitaires. Certes, il en est de plus souples et de plus accommodants que les autres, mais dans le fond, il s’agit de faire prendre des vessies pour des lanternes ; on le disait déjà dans Les Lanternes libérales.

 

Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, c’est curieux, mais ces histoires de matchs me rappellent la campagne sportive de Kiev en 1942 où la réalité est venue s’imposer finalement aux joueurs du « Start », qui dos au mur (au sens propre), furent contraints de jouer ce championnat de la mort. Eux, c’est sûr n’avaient pas le choix. Souviens-toi, ils avaient gagné tous leurs matchs, ils avaient gagné la finale – c’était du football – par 5 à 3 et puis :

 

 

« Ces nazis ne veulent pas en démordre
Ils nous laissent une dernière chance de perdre
Face à Rukh, on répond huit à zéro.
On est des joueurs, pas des héros.
On est tous morts rapidement
Sauf un qui a pu s’échapper… »

 

Enfin, que pouvons-nous y faire à ces déferlements fanatiques ? Alors, tissons obstinément le linceul de ce monde gangrené par l’avidité, sportif, compétitif et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

Deux polos rouges, dans le Stade de la Mort,

Deux polos rouges comme le sang dans les fosses,

Pour les mères de Santiago et leur liberté,

Défièrent le pouvoir avec grande dignité.

 

« Pinochet sanguinaire, Panatta millionaire ! »

Criaient dans les cortèges, dans les places et dans les routes,

Réclamaient à haute voix « Ne jouez pas le match ! »,

Ne frappez pas cette balle, ne la lui donnez pas vaincue.

 

Mais Enrico Berlinguer dit : « Vous devez y aller,

Jouez pour les mères et le monde vous regardera,

Vous n’avez pas à avoir peur, entrez la tête haute,

Jouez le match, ne leur laissez pas la victoire ! ».

 

Dans la chaleur de décembre de l’hémisphère austral,

Ils entrèrent dans ce stade encadrés de soldats,

Le Général les regardait debout sur les gradins,

Hautain avec ses moustaches et ses yeux d’assassin.

 

Adriano dit Paolo « As-tu apporté ce polo ?

Aujourd’hui, nous jouons avec lui ! Rouge et beau !

Tu n’as rien à craindre, jouons la tête haute,

Jouons le match, ne leur laissons pas la victoire ! ».

 

Deux polos rouges dans le Stade de la Mort,

Deux polos rouges comme le sang dans les fosses,

Pour les mères de Santiago et leur liberté,

Défièrent le pouvoir avec grande dignité.

 

Et levèrent la coupe dans le Stade de la Mort.

Deux polos rouges comme le sang dans les fosses,

Pour les mères de Santiago et leur liberté,

Défièrent le pouvoir avec grande dignité.

Défièrent le pouvoir avec grande dignité !

 

DEUX POLOS ROUGES
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Published by Marco Valdo M.I.
14 octobre 2018 7 14 /10 /octobre /2018 20:58
Les Sorciers

 

Chanson française – Les Sorciers – Marco Valdo M.I. – 2018
Ulenspiegel le Gueux –
98
Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).
(Ulenspiegel –
IV, V)

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

Ce titre « Les Sorciers », Lucien l’âne mon ami, résume le thème de la chanson qui présente le début du procès fait à Katheline et à Joos Damman, son amant maléfique. Cependant, avant d’aller plus loin, il me faut faire un petit commentaire à propos du mot « sorcier » et de ses dérivés : « sorcière, sorcellerie, etc. ». Des sorciers, etc., grosso modo, il y en a deux grandes catégories : les sorciers, etc. qui sont des guérisseurs du corps et de la psyché, des sages, des savants, des intercesseurs entre l’homme et la nature ; ceux-là sont des personnages importants de la tribu – ceux-là sont universels ou presque ; et les sorciers au sens chrétien et plus largement, des religions monothéistes (pas seulement catholique) de personnes liées par un pacte avec le diable ; ce sont les futurs clients des bourreaux. Donc, comme tu le sais sans doute, notamment au temps de Till, une des pires accusations qui se pouvaient porter contre quelqu’un était celle de sorcellerie, de liaison avec le diable. L’accusation de sorcellerie devait être établie et elle l’était quasiment toujours vu qu’elle était vérifiée par la torture menée jusqu’aux aveux – dans l’intérêt même du torturé, car l’aveu valait confession et rémission du péché post-mortem ; elle était suivie nécessairement la mise à mort raffinée du sorcier ou de la sorcière.

 

En effet, Marco Valdo M.I. mon ami, c’étaient des temps déraisonnables, où on voyait partout la main du diable ou son intervention, même indirecte. La vie n’y était pas tellement drôle et si on donnait au sorcier un rôle, c’était celui du supplicié. Il s’agissait de tenir l’effroi dessus la tête des gens. Pourtant, cette manière de désigner sous le nom de sorcellerie ce que l’on souhaitait voir condamner n’est pas une spécialité exclusive de ce siècle-là (le XVIᵉ), ni de ces régions. Aussi loin qu’on remonte dans la « civilisation chrétienne », on retrouve cette démonisation accusatrice et létale.

 

On voyait le diable partout, c’était l’époque, dit Marco Valdo M.I. et il est vrai qu’elle durait déjà depuis des siècles, mais la chasse aux sorcières est encore pratiquée de nos jours, sous d’autres formes et le sens et la pratique s’en sont étendus au-delà des usages religieux. Le mécanisme sous-jacent reste évidemment le même, c’est une variante du « Qui veut tuer son chien l’accuse de la rage ». Cependant, la chanson, outre l’accusation menée par le Bailli, comporte l’odieuse et veule défense de Joos Damman, qui – mensonge et pleutrerie- rejette tout sur les deux femmes : Katheline, celle qu’il a séduite et escroquée et Nelle, qui est sa propre fille.

 

Brrr, j’en ai le poil tout dressé, dit Lucien l’âne, et j’ose à peine lire la chanson. Enfin, tissons le linceul de ce vieux monde injuste, médisant, mauvais, menteur et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

La neige fond, les prés se noient ;

La cloche appelle les juges au tribunal

Et tout le populaire se déploie

Autour du lieu de justice banal.

 

« Joos Damman ou Hans le Blême,

Qui dans sa personne est le même,

Avoue effrontément le meurtre d’Hilbert

Et même, l’avoir poignardé à terre.

 

Cet homme et cette femme sont abominables

Sorciers, dit le Bailli, suppôts du diable ;

Lui, méchant manipulateur, fauteur de maléfices ;

Elle, esclave soumise et manifeste complice.

 

Pour elle, je le comprends bien, les échevins

Et le peuple ont compassion et chagrin.

Elle n’a ni tué, ni volé, ni jeté des sorts,

Mais au diable, elle livra sa fille sans remords.

 

Si Nelle n’avait pas résisté à Hilbert,

Si Nelle ne lui avait pas blessé les yeux,

Si Nelle s’était prêtée à cet horrible jeu,

Nelle serait, elle aussi, devenue sorcière.

 

Je suis, comme vous tous, ému de pitié,

Mais Katheline ne veut pas avouer.

Y a-t-il d’autres crimes, d’autres forfaitures ?

Pour le savoir, il ne reste que la torture. »

 

Et Nelle crie : « Grâce pour Katheline ! »

Et le peuple crie : « Grâce pour Katheline ! »

Et Katheline crie : « Viens cette nuit, mon aimé,

La main d’Hilbert, je vais te donner.

 

Hans mon aimé, la tête me fait si mal. »

Damman crie : « Crève, chienne !

Elle n’est pas folle, c’est une comédienne.

Jetez-la au feu, messieurs du tribunal.

 

« Je ne te connais pas, folle sorcière,

Ton Hans chéri, c’est Hilbert.

Ton Hilbert a volé le trésor

Et maintenant, il est mort.

 

Ce sont Nelle, sa fille et elle,

Les seules vraies coupables.

Ce sont elle et sa fille, Nelle,

Les véritables sorcières du diable. »

 

Les Sorciers
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Published by Marco Valdo M.I.
13 octobre 2018 6 13 /10 /octobre /2018 20:37

 

MÊMES VENTS, MÊMES ODEURS

 

Version françaiseMÊMES VENTS, MÊMES ODEURS – Marco Valdo M.I.2018

d’après la version italienneGLI STESSI VÈNTI, GLI STESSI ODORI de Riccardo Venturi – 2018

d’une chanson suédoiseSamma vindar, samma dofterContact1971

 

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

 

En Suède ? Mais que peut-il bien se passer en Suède ?, demande Lucien l’âne.

 

Oh, dit Marco Valdo M.I., c’est une chanson déjà ancienne ; elle a quarante ans.

 

Oui, dit Lucien l’âne, je le vois bien. Mais que se passe-t-il maintenant en Suède ?

 

Dans l’instant, Lucien l’âne mon ami, la Suède retient son souffle. Des vents nauséabonds suintent des égouts. Comme je le disais, il y a quelque temps, il faut se méfier de ces chemises qui marchent.

 

« Un matin, je sors de chez moi.
Elles m'attendaient, elles étaient là.
Elles paradaient sur le trottoir
Elles n'étaient pas drôles à voir
Toutes ces chemises d’une même couleur,
Toutes ces chemises d’une même couleur. »

 

Oh, dit Lucien l’âne, et pas seulement en Suède, ce sont des vents qui parfument le monde. Tout notre monde actuel en est infesté et pour ce qui est des chemises, elles changent de couleur selon les lieux, mais toujours elles marchent au pas. Plus que jamais, plus obstinément que toujours, en Suède comme ailleurs, tissons le linceul de ce vieux monde conservateur, odoriférant, autoritaire, nationaliste et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Les vents répandent le parfum d’un autre temps.
On sait déjà la tendance,
La morale est plus libre à présent,
Mais toujours l’amour se balance.
Dans le temps nouveau,
Nous sommes tous égaux,
Tous maigres et aux vêtements longs,
Qu’on soit fille ou garçon.

 

On supporte encore le gel de la dépression,
Le chômage rampe à terre.
Contre les puissants, grèves et protestations
Montent du sol des villes ouvrières.

 

Les paroles de lutte
Sont devenues dures.
Quand
donc auront lieu
Les premiers coups de feu
 ?

 

Et nous au bistrot entre des bouteilles et des verres,
Coup de pied
à la solitude,
Nous dansons comme des cadavres dans un gaz de rock & roll
Et nous nous déguisons
de manière sexy.

 

Le Hottkvintett suédois
Et Frank Zappa
Ont simplement
Le même papa.

 

Dans les brouillards du welfare, parfois un cri s'insinue
Et on entend marcher
les chemises brunes.
Ces
histoires d’abats-jour et de savon sont encore dans nos mémoires,
Mais comment
pouvons-nous savoir ce qui se passe
Dans les réduits
les plus profonds du pouvoir, 

où s’agitent des spectres
En uniforme.

 

Nous nous souvenons encore d’Al Capone, un roi des années 30,
Coupable de milliers d’homicides ;
Maintenant nous avons Nixon, un roi des années 70,
Qui ordonne des
milliers d’homicides.

 

Mêmes vents, mêmes odeurs
Glacent, boutonnez vos vestes, c’est l’heure !

 

 

 

MÊMES VENTS, MÊMES ODEURS
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Published by Marco Valdo M.I.
12 octobre 2018 5 12 /10 /octobre /2018 21:15

 

La Main d’Hilbert

 

Chanson française – La Main d'Hilbert – Marco Valdo M.I. – 2018
Ulenspiegel le Gueux –
97
Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).
(Ulenspiegel –
IV, IV)

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Cette fois aussi, Marco Valdo M.I. mon ami, il te faudra expliquer ce titre tant il est étrange et réfrigérant. Quoi ! Que veut dire cette « main d’Hilbert » ? Serait-elle séparée de son corps ? Ah, il me souvient que le dit Hilbert est porté disparu, tenu pour mort et même, on connaît son assassin.

 

Ah, Lucien l’âne mon ami, tu as bien résumé la situation. Hilbert est mort assassiné par Joos Damman, son ami, celui qui se fait passer pour Hans auprès de Katheline. Sans doute, ce meurtre avait pour objet une sordide question d’argent – la possession des sept cents carolus d’or que le tandem avait récupérés dans le fond du jardin de Katheline. Oui, c’est bien de la main de cet Hilbert disparu qu’il s’agit.

 

Justement, réfléchit Lucien l’âne, s’il a disparu, il me semble que ses mains ont disparu avec lui ; une main ne se promène quand même pas toute seule.

 

En effet, mon ami Lucien l’âne, comme tu le dis si bien, une main ne se promène pas toute seule et si elle est seule, c’est qu’on l’a séparée de son corps. Ce sont là choses certaines et un raisonnement impeccable. Mais dans la chanson, comme tu vas t’en apercevoir, il y a un raisonnement inverse et caché quant à son objectif réel et c’est Nelle qui va mener la manœuvre.

 

Au fait, Marco Valdo M.I. mon ami, quel est le but réel de Nelle et quelle est son idée ?

 

D’abord, Lucien l’âne mon ami, ce qu’il faut avoir à l’esprit, c’est que Nelle a pris résolument la défense de sa mère Katheline, laquelle est folle et subjuguée par son amour mal placé. Ensuite, que pour défendre Katheline, il est indispensable de ne laisser aucun doute quant à la culpabilité de Joos Damman dans l’assassinat d’Hilbert et que le premier objectif est de retrouver le corps d’Hilbert, preuve du crime. Nelle pense que Katheline sait où est le corps ; la difficulté est de l’amener à révéler l’endroit où il est enterré. C’est une difficulté car Katheline ne veut pas trahir son bien-aimé. C’est là que la ruse de Nelle se révèle efficace : elle suggère à sa mère que Hans, son amant diabolique, veut qu’elle lui porte la main gauche d’Hilbert. Et pour ce faire, c’est ici qu’intervient le raisonnement inverse, il faut séparer la main du corps, dès lors, déterrer le corps et donc, aller à l’endroit du crime. C’est ce que va faire Katheline, poussée par sa folie et suivie par le Bailli et ses juges. Une fois, le mort déterré, il ne reste plus qu’à couper la main gauche d’Hilbert et la porter à Hans, alias Joos Damman en sa prison.

 

Ainsi éclairci le mystère de la main d’Hilbert, conclut Lucien l’âne, tissons le linceul de ce monde funèbre, macabre et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Nelle dit à sa mère, « Ce matin,

Hans ton mignon réclame la main

Gauche d’Hilbert, il faut la chercher. »

Katheline répond : « J’irai la couper ! »

 

Et Katheline s’en va au champ,

Elle marche vite et fièrement.

Nelle porte une bêche, elle porte un couteau ;

Les officiers la suivent comme des corbeaux.

 

Katheline dit : « J’étais cachée là.

Hilbert était laid, Hans, tu es beau.

Tu auras tantôt sa main ; elle est là

Où la terre éponge l’eau. »

 

Là, près de la digue, sous la lune,

Quelle terrible dispute, quelles colères.

J’entendais tout de la dune,

J’ai vu ton poignard le mettre à terre. »

 

Elle prend la bêche et dit soudain :

« Ami Hilbert, Hans mon seigneur

M’ordonne de couper ta main.

Ne me cherche pas malheur ! »

 

Elle casse la glace, creuse découvrant

La forme d’un corps sur le dos étendu.

C’est un jeune homme au visage blanc,

D’un habit de gros drap gris vêtu.

 

Son épée repose à côté de lui,

En sa poitrine, un poignard est planté.

Katheline coupe la main sans hésiter

Et la remise dans son étui.

 

Le Bailli mande de le déshabiller.

Le cadavre d’Hilbert dépouillé,

Tous peuvent voir ôter le poignard.

On couvre le mort de sable sans retard.

 

Le cortège rentre en procession funéraire.

Katheline s’en va devant, joyeuse commère,

Porter la main à Hans en sa prison.

Nelle pleure, il n’y aura pas de pardon.

 

Comme sorcière coupable de conjurations,

Par le Bailli en personne constatées,

Katheline à peine entrée, est appréhendée

Et dans la cave, à double tour, enfermée.

 

La Main d’Hilbert
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Published by Marco Valdo M.I.
10 octobre 2018 3 10 /10 /octobre /2018 20:39
Nelle accuse

 

Chanson française – Nelle accuse – Marco Valdo M.I. – 2018
Ulenspiegel le Gueux –
96
Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).
(Ulenspiegel –
IV, III)

 

ÉLECTRE

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

Mon ami Lucien l’âne, voici une chanson qui raconte un moment effroyable et proprement tragique, une péripétie aussi tragique que celles des grandes tragédies grecques que tu dois bien connaître.

 

Oh, Marco Valdo M.I., mon ami, tu ne crois pas si bien dire. Et ça m’intéresse tout particulièrement, car la grande tragédie grecque, je la connais et depuis tellement longtemps. En fait, depuis sa création. Les tragédies grecques, je les ai vues jouées aux Dionysies, il y a maintenant environ deux millénaires et demi. L’histoire épouvantable des Atrides m’est restée en mémoire et singulièrement, le personnage d’Oreste, fils d’Agamemnon.

 

Donc, reprend Marco Valdo M.I., dès lors tu imagines bien que cette chanson est vraiment terrible, qu’elle raconte un crime épouvantable et tout comme Électre, sœur d’Oreste, accusera les assassins de son père Agamemnon, qui sont sa mère et l’amant de celle-ci, ici, Nelle accuse son père – que sous connaissons sous le nom d’Hans le Blême, de l’assassinat d’Hilbert. Elle le fait avec un grand sens du tragique et un courage fantastique. Car, très jeune encore, elle doit – elle pauvre fille – affronter l’arrogant cavalier, qui fait partie de la noblesse du comté et qui jusque-là, était de la suite du Bailli. En plus, elle doit le faire malgré le fait que sa mère Katheline, dans sa folie, veut à toute force protéger son amant ignoble. Et tout ce virulent débat se déroule sur la place publique du village, devant toute la population qui telle le chœur antique intervient dans le déroulement de la scène en criant « Justice ! Justice ! ».

 

Voyons ça, dit Lucien l’âne, et puis, tissons le linceul de ce vieux monde suicidaire, mortifère, injuste et cacochyme

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

« Messire, demande le Bailli, connaissez-vous cette femme ? »

« Je ne la connais pas. Une folle, sans doute. »

Relevant Katheline en sang, Nelle s’enflamme

Et s’encolère toute.

 

« Je demande à mourir, dit Nelle, si

Cet homme ne connaît pas ma mère,

S’il n’a pas tué le chien de Claes, et si

Il n’a pas assassiné son ami Hilbert. »

 

Et Katheline dit : « Donne-moi le baiser de paix,

Hans mon bel aimé ! » et son genou, elle embrassait.

Le Bailli dit : « Monsieur, quel est cet homme tué ? »

« En vérité, je ne le sais pas, elle l’a inventé. »

 

Et le Bailli interpelle Nelle : « Dis la vérité,

Jeune femme, quel est cet homme assassiné ?

« Hilbert, fils de Willem Ryvisch, écuyer

Pour les sept cents carolus de Claes, fut poignardé. »

 

« Tu mens ! », crie le gentilhomme du haut de sa hauteur.

« Certes non ! Tu es blême et tu frissonnes,

Regardez, il tremble de toute sa personne

Et ce n’est pas de froid, mais de peur.

 

Toi qui séduisis ma mère,

Toi qui réduisis Till à la misère,

La mort de Soetkin est ton œuvre,

À présent, tu files comme la couleuvre.

 

Toi, qui es venu chez nous avec un ami,

Toi qui voulus me l’imposer comme mari,

Moi, qui d’Hilbert n’ai pas voulu,

Je te demande : qu’est-il devenu ? »

 

Alors, solennel, le Bailli dit :

« Femmes, allez apaisées !

Messire, par justice, rendez-moi votre épée ! »

Le drôle refuse : « Je suis noble, ce n’est pas permis ! »

 

L’épée rendue malgré lui,

Le cavalier blême descend de cheval

Et entre deux sergents conduit,

À la prison commune, on l’installe.

 

Ainsi, à la Justice, l’accusé

Ce jour-là est remis.

Il passe au chaud la nuit

Empêché de s’échapper.

 

Nelle accuse
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Published by Marco Valdo M.I.
9 octobre 2018 2 09 /10 /octobre /2018 21:28

 

ARRÊTEZ LE JEU !

 

 

Version française – ARRÊTEZ LE JEU !Marco Valdo M.I.2018

d’après la version italienneFERMATE IL GIOCO de Riccardo Venturi – 18 novembre 2005

d’une chanson suédoise – Stoppa matchenHoola Bandoola Band – 1975

Texte et musique : Björn Afzelius et Mikael Wiehe

 

 

 

En 1975, dans le cadre de la Coupe Davis, la plus importante manifestation tennistique internationale par équipes nationales, la Suède, alors la nation leader dans ce sport grâce au légendaire Björn Borg et à Mats Wilander, devait affronter le Chili. La rencontre devait se dérouler dans les installations du club de Båstad (où depuis 1948 se déroule généralement le Tournoi de Suède), mais dès l’annonce du match, commença en Suède une énorme campagne pour le boycottage de la rencontre avec l’équipe chilienne, formée de dirigeants et joueurs favorables à la junte de Pinochet et expression de l’« upper class » (haute classe) chilienne qui avait dès le début soutenu le putsch contre Salvador Allende et l’Unidad Popular. En Suède, se forma immédiatement un groupe dénommé « Aktion Stoppa Chilematchen » (« Action Stop au Match avec le Chili »), auquel vite s’unirent d’autres organisations de la gauche institutionnelle et radicale. Même le Riksidrottförbundet (Fédération Sportive Nationale) et le Tennisförbundet (Fédération de Tennis Suédoise) furent invités à montrer leur appui au peuple chilien en annulant le match (ce qui aurait entraîné l’élimination automatique de la Suède), qui cependant, – naturellement ils répondirent pile poil l’habituel « au nom du sport » qui « ne doit pas être mêlé à la politique » (évidemment, il s’y trouvait mêlé dès lors que les joueurs chiliens, dans les interviews, exaltaient le « nouveau Chili libre du communisme » et l’« économie en renaissance » grâce aux recommandations ultralibérales de l’École de Chicago et de Milton Friedman, qui avaient fait du Chili fasciste de Pinochet leur laboratoire privilégié. L’année d’après, en 1976, la même chose se produisit avec l’Italie. Cette fois, il s’agissait de la finale même de la Coupe Davis, que l’équipe italienne de Nicola Pietrangeli, d’Adriano Panatta, de Paolo Bertolucci et de Corrado Barazzutti devait jouer à Santiago du Chili, du fait que le Chili s’était retrouvé en finale justement grâce au boycottage de la demi-finale par l’Union soviétique. En Italie aussi, il y eut très vaste mouvement en faveur du boycottage de la finale contre le Chili, mais – évidemment prévalurent les « raisons du sport ». Le match se tint, transmis en différé par la RAI, et l’Italie vainquit son unique Coupe Davis de l’histoire. [R.V.]

 

 

 

 

Les fascistes gouvernent

Par la terreur et la torture

Et puis, débitent des foutaises sur l’« esprit de légalité »,

Oui, c’est à vomir.

Les paysans et les travailleurs

Sont écrasés par les militaires,

Pour que les riches jouent au tennis.

Mais bordel, ils ne joueront pas ici.

 

Arrêtez le jeu, arrêtez le jeu !

Arrêtez le jeu, arrêtez le jeu !

Arrêtez le jeu, arrêtez le jeu !

Arrêtez le jeu, arrêtez le jeu !

 

Avec les olympiades de Berlin de 1936

Hitler profita tant de cette publicité

que il en fut le premier étonné.

Et les généraux chiliens

Sont en train de faire la même chose.

Mais nous ne ferons pas la propagande

De leur appareil de terreur.

 

Arrêtez le jeu, arrêtez le jeu !

pour ne pas jouer au tennis, ici, avec eux.

Arrêtez le jeu, arrêtez le jeu !

Arrêtez le jeu, arrêtez le jeu !

 

À Båstad, ceux qui menacent

Avec leurs matraques et leurs fusils

Veulent seulement défendre les profits

Que rapporte le tourisme.

Ils ont, comme les généraux,

De bien précises raisons économiques.

Et ensuite ils disent que le sport

N’a rien à voir avec la politique.

 

 

Arrêtez le jeu, arrêtez le jeu !

Arrêtez le jeu, arrêtez le jeu !

Arrêtez le jeu, arrêtez le jeu !

Arrêtez le jeu, arrêtez le jeu !

Arrêtez le jeu, arrêtez le jeu !

 

Il faut choisir de quel côté aller,

Il faut prendre position.

On ne peut pas se retirer

Ou bien se mettre de côté.

Si le match est joué,

La haute classe chilienne en sera fier.

Mais si la partie est arrêtée,

Nous montrons notre appui au peuple chilien.

 

Arrêtez le jeu, arrêtez le jeu !

Arrêtez le jeu, arrêtez le jeu !

Arrêtez le jeu, arrêtez le jeu !

Arrêtez le jeu, arrêtez le jeu !

Arrêtez le jeu, arrêtez le jeu !

 

Arrêtez le jeu, arrêtez le jeu !

Arrêtez le jeu, arrêtez le jeu !

Arrêtez le jeu, arrêtez le jeu !

Arrêtez le jeu, arrêtez le jeu !

Arrêtez le jeu, arrêtez le jeu !

Arrêtez le jeu, arrêtez le jeu !

Arrêtez le jeu, arrêtez le jeu !

Arrêtez le jeu, arrêtez le jeu !

Arrêtez le jeu, arrêtez le jeu !

Arrêtez le jeu, arrêtez le jeu !

Arrêtez le jeu, arrêtez le jeu !

Arrêtez le jeu !

 ARRÊTEZ LE JEU !
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Published by Marco Valdo M.I.
7 octobre 2018 7 07 /10 /octobre /2018 17:55

 

Hans le Blême

 

Chanson française – Hans le Blême – Marco Valdo M.I. – 2018
Ulenspiegel le Gueux –
95
Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).
(Ulenspiegel –
IV, III)

 

 

Champ derrière les dunes - sous la neige

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Durant que Till et Lamme s’en vont sur les mers combattre l’Espagnol, comme tu vas l’apprendre ici même Lucien l’âne mon ami, la vie se poursuit au village dont ils sont partis et naturellement, sous le manteau de la guerre, continue l’histoire de Nelle et de Katheline, sa mère. Nelle, à présent, est une jeune femme et Katheline s’enfonce plus encore en sa folie, conséquence de ses supplices. Voilà où nous en sommes en cette fin d’hiver.

 

Je vois ça d’ici, dit Lucien l’âne, la plaine maritime, ses polders, ses digues, ses haies, ses canaux et ses dunes qui se finissent d’une plage que vient lécher la mer du Nord, le tout est couvert de neige et de glace. Les jours vacillent, on entend au loin le pas du printemps. Soit, mais quel est cet étrange Hans le Blême, qui donne le titre à la chanson et dont jusqu’ici, nul n’avait jamais parlé ?

 

Ah, dit Marco Valdo M.I., tout comme sous le manteau de la guerre, la paix continue ; inversement, sous le manteau de la paix, la guerre continue. Ceci tient, Lucien l’âne mon ami, ce que depuis longtemps tu avais compris, au fait que guerre et paix sont deux états de la même chose ; l’une et l’autre se compénètrent et ne forment qu’un continuum. Ainsi, j’en viens à Hans le Blême dont la chanson trace le portrait et dévoile peu à peu l’identité. Je ne peux dès lors t’en dire plus à son sujet. Si ce n’est qu’il s’agit d’un personnage particulièrement odieux, un fort contre les faibles, un fier contre les modestes, un lâche, un menteur, un louvoyeur, une véritable anguille quand il se voit contraint d’assumer ses paroles et ses actes.

 

Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, j’insiste quand même ; dis-moi qui il est.

 

Si tu y tiens vraiment, Lucien l’âne, je ne saurais te le refuser. Il s’agit de ce mystérieux personnage qui vînt certaines nuits chez Katheline et qui avait, par ruses et promesses, poussé la pauvre folle à lui révéler où étaient cachés les sept cents carolus d’or, héritage de Claes le charbonnier et les avait volés. Par ailleurs, on apprend que c’est le père de Nelle et que ce noble personnage entre ce jour à cheval dans le village comme un des membres de la suite du Bailli. Pour la suite, reporte-toi à la chanson.

 

Oui, voyons la suite, dit Lucien l’âne, et puis, tissons le linceul de ce vieux monde vénal, corrompu, tricheur, escroc et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Neiges et glaces sur le monde,

Au premier mois où le veau gèle

Au ventre de la vache qui vêle,

Neiges et glaces se confondent.

 

Les gamins et les chats

Vont à la chasse aux moineaux,

Pauvre gibier, maigre repas

Quêtant miettes et eau.

 

« Hans, mon cœur tire à toi,

Le feu brûle mon visage.

Où sont tes baisers si froids ?

Quand reviens-tu, mon Roi mage ? »

 

Un coureur, grelots à la ceinture,

Passe à toute allure.

Il crie : « Voici venir le Bailli !

Qu’on rassemble le pays ! »

 

Passe le cortège des officiers,

Suivi d’une troupe de nobles gens,

Tous de velours et de fourrures parés,

Tous bons amis du Bailli, caracolant.

 

Au milieu, un bec de vautour, poil roux, joues blêmes,

Costume vert aux fils d’or, manteau de velours noir,

Couvert d’une toque verte au plumeau noir,

Porte fier sa bouche mince et son air de carême.

 

Katheline, de joie affolée, fend le cortège,

Stoppe le cheval du blême cavalier,

Rit et crie : « Hans, te voici, mon aimé,

Tu es le plus beau des soleils sur la neige. »

 

Le bailli fait halte et toute la troupe de gentilshommes.

« Que me veut cette gueuse ? », demande le blême.

Tenant la bride à deux mains, elle dit : « Mon homme,

Emmène-moi au bout de la terre, je t’aime !

 

Ne t’en reva pas, reste là !

Mon aimé, j’ai tant pleuré pour toi.

Regarde, Nelle, notre enfant ! »

Il lève son fouet menaçant.

 

« Va-t-en, femme, dit le blême,

Je ne te connais pas ! »

Il pousse son cheval, la renverse et même,

Lui ouvre la tête d’un seul pas.

 

Hans le Blême
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Published by Marco Valdo M.I.

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