« Catene d’acciaio » (Chaînes d’acier) est le titre donné à ce poème dans la traduction italienne, qui accentue l’image de la souffrance par rapport à la traduction anglaise intitulée « Steel roots » (Racines d’acier). Nadia ne voit en fait aucune lueur d’espoir, même le poème ne parvient pas à libérer l’être humain en identifiant une zone libre du désespoir.
La traduction italienne, précieuse, est une reprise assez libre du poème qui ne s’écarte pas du message de l’auteur. Ce n’est que dans la partie centrale qu’il nous semble que la traduction anglaise parvient à solliciter quelques vibrations supplémentaires : « my amorous words hark back to death / the river shall flow at the foot of hope's flower vines » (mes mots amoureux renvoient à la mort / la rivière coulera au pied des vignes fleuries de l’espoir).
Sur Nadia Anjuman, se sont croisées les failles d’une société qui espérait se débarrasser bientôt de siècles d’obscurantisme et d’oppression tribale grâce à un changement de régime. La réalité était bien différente… Nadia a vécu cet état de désillusion et de malaise à fleur de peau, dans sa sensibilité de femme et d’artiste, loin de la politique et des statistiques.
C’est un langage qui se manifeste plus clairement aujourd’hui. Quarante millions d’Afghans sont pris dans un étau : d’une part les délires théocratiques anachroniques, fonctionnels au blocage des relations sociales, d’autre part les délires d’omnipotence de ces secteurs occidentaux qui mettent tout un peuple au banc des accusés et en état d’isolement, avec des millions de personnes affamées et analphabètes, coupables de contiguïté avec les terroristes du 11 septembre.
Ubi solitudinem faciunt, pacem appellant.
[Riccardo Gullotta]
Mes lèvres bannies de la nef du chant,
Les murmures arrachés de mon cœur,
Pour ma nature riante, pour la joie et le bonheur,
L’homme est douleur et chagrin consternant.
Mon travail cligne d’étoiles ;
Le conte mes rêves infinis dévoile.
Ne demandez pas l’amour, encore ;
Ses mots renvoient à la mort.
L’espoir coule au pied des vignes,
La musique achoppe au tempo de mes larmes,
Je suis fille de la ville des sonnets et des odes.
Version française — BOUCHE CLOSE — Marco Valdo M.I. — 2022
D’après la version anglaise — NO DESIRE TO OPEN MY MOUTH de Mahnaz Badihian (Mahnaz Badihian est une poètesse et écrivaine iranienne, naturalisée américaine depuis 30 ans. Sa traduction est la référence pour les autres langues ; sans son soutien, nous n’aurions aucune connaissance des poèmes de Nadia Anjuman.)
Nadia Anjuman fine poètesse afghane, morte à 25 ans, semble avoir projeté sur elle toutes les contradictions d’un peuple écrasé entre les superstructures féodales et la modernité. Elle est le paradigme de la femme afghane, un être considéré comme marginal, réduit à un objet, une image réifiée de la violence. Elle a été tuée par son mari lors d’une violente dispute.
Sur la condition des femmes en Afghanistan
Selon le département des affaires économiques et sociales des Nations unies, la population afghane en 2022 sera d’environ 41 millions d’habitants, dont 51,7 % d’hommes et 48,3 % de femmes. Le taux de croissance annuel est de 3 %.
Le taux d’analphabétisme de la population adulte (plus de 15 ans) est de 76 % pour les femmes, 48 % pour les hommes.
Le taux d’analphabétisme de la population jeune (moins de 15 ans) est de 54 % pour les filles, 30 % pour les garçons.
L’Afghanistan occupe l’une des dernières places du classement mondial pour le taux d’alphabétisation.
Selon les statistiques de l’OIT (Organisation internationale du travail), la main-d’œuvre féminine à la fin de 2021 est de 17 % sur un total de 9,7 millions, et se réduit progressivement. En 2021, selon les données de la Banque mondiale, le taux de participation à la population active est de 14,85 % pour les femmes et de 66,52 % pour les hommes, avec une tendance significative à la baisse dans les deux cas.
La répartition en pourcentage de la main-d’œuvre féminine dans les différents secteurs en 2020 était la suivante : 52 dans l’agriculture, 25 dans la fabrication de textiles, 18 dans l’administration publique et le secteur tertiaire (données de l’OIT).
L’Afghanistan est le pays où le taux d’emploi des femmes est le plus faible au monde. Les personnes souhaitant analyser cette question plus en détail peuvent consulter la monographie Desai et Li Analyzing FLFP in Afghanistan, Harvard University, 2016, en précisant que les projections indiquent une détérioration continue des indicateurs en lien avec la montée en puissance des talibans.
Voir quelques photos de femmes afghanes dans la ville dans les années 1970.
Il n’y a pas besoin de dire un mot sur le rôle des femmes dans la société afghane ; les informations ne manquent pas dans les médias de diverses orientations. Nous aimerions ajouter quelques points sur lesquels le courant dominant ne s’est pas attardé, peut-être en raison de la difficulté d’obtenir des informations directes.
Nous sommes tombés sur un communiqué sur le site web afghan du ministère de la justice. Poussés par la curiosité, nous avons alors pu constater ce qui suit. Le ministère des Affaires féminines [dari : وزارت امور زنان], créé en 2001, a été supprimé le 7 septembre 2021, après la prise du pouvoir par les talibans. Ses fonctions ont été transférées au " Ministère de la diffusion de la vertu et de la prévention de la dépravation " [dari : وزارت دعوت و ارشاد امر بالمعروف و نهی المنکر] [sic]. Même si aucun lecteur n’a la moindre connaissance du dari, y compris l’auteur, il peut être intéressant de parcourir les images du document pour se faire une vague idée de la police des mœurs au ministère.
Quelques faits saillants
26 décembre 2021 : de nouvelles restrictions entrent en vigueur pour les femmes afghanes. Elles ne peuvent pas voyager à plus de 50 miles (72 km) si elles ne sont pas accompagnées par le tuteur masculin, le mahram [مهرام]. Il y a des femmes sans tuteur, pas par leur propre volonté. Aucune exception n’est autorisée. Les chauffeurs de taxi sont tenus de signaler (ou de dénoncer) les transgressions. La police des mœurs fait le guet.
Mars 1922 : les femmes afghanes ne sont plus autorisées à prendre des vols intérieurs ou internationaux si elles ne sont pas escortées par leur tuteur masculin, le mahram.
22 mars 2022 : les écoles pour filles de plus de 6ᵉ année sont définitivement fermées.
7 mai 2022 : le ministère susmentionné publie un décret sur la tenue des femmes et les sanctions en cas de transgression. Toutes les femmes afghanes sont tenues de porter au moins le hijab, un voile qui les couvre, ou une robe longue, en veillant à ce qu’elle ne soit ni serrée contre le corps ni assez fine pour qu’on puisse la voir en dessous. Si une femme est arrêtée sans le hijab, le tuteur, le mahram, est responsable.
Trop stricte ? Pas du tout, le choix des alternatives est large : burqa, niqab, tchador, shayla, al-amira, khimar. Sur la haute couture islamo-afghane, il n’y a pas lieu de s’attarder, peut-être à une autre occasion.
Des informations récentes sur le statut des femmes en Afghanistan peuvent être lues dans les articles de Ruchi Kumar, DW, Zahra Nader e di Kreshma Fakhri.
Le poème
Le poème proposé fait partie du recueil گل دودی [Gul-e-dodi] / Fleur de fumée. Les poèmes de Nadia n’ont pas de titre. Certains traducteurs italiens l’ont intitulé « Cri de douleur ». D’autres s’en tiennent à la pratique consistant à répéter le premier vers, de sorte que le titre est « Nessuna voglia di aprire bocca ».
C’est aussi dans ce poème que Nadia manifeste toute son angoisse, entre désespoir étouffé et envie de réagir. « Je ne suis pas un peuplier faible.
Aucune hésitation, seulement le désarroi de ceux qui, jusqu’à hier, avaient cru à une autre réalité. « J’ai été silencieuse pendant trop longtemps, mais je n’ai pas oublié la mélodie ».
Nadia n’a pas d’autre moyen de protestation que les mots : tranchants, secs, directs mais avec une profondeur unique, celle que seuls les êtres touchés au plus profond d’eux-mêmes sont capables d’exprimer avec une simplicité désarmante.
Il ne s’agit pas d’une invocation consolatrice, mais d’une parole prononcée « pour me rappeler qu’un jour je détruirai cette cage et m’envolerai loin de la solitude ».
C’est la parole qui veut se matérialiser, la parole qui est devenue du sang.
Les interprétations
La première interprétation proposée est celle de deux jeunes femmes afghanes qui, dirait-on, connaissent bien l’œuvre de Nadia. Nous ne pouvons en dire plus, leurs noms ne sont pas connus bien sûr, ni l’origine de la mélodie, elles risqueraient beaucoup plus que la peine qu’elles subissent déjà en tant que femmes afghanes. Seule la chaîne youtube a rendu cela possible est connue, " The last torch ".
Dans le second, Miriam Guidetti récite le poème en italien avec une force expressive remarquable. La musique de fond est due au compositeur anglais Christopher Gunning.
C’est l’un des poèmes les plus significatifs de Nadia Anjuman par sa charge de désolation et son lyrisme intense. En anglais, le titre donné par les traducteurs est Voiceless cry.
Dans ce cas aussi, nous avons réussi à retrouver le texte original. Sur le net, il n’y a pas d’interprétation en dari, ni en anglais. En revanche, nous avons réussi à trouver une interprétation en espagnol qui ne nous fera pas regretter l’indisponibilité dans d’autres langues. Il est signé par une interprète emblématique de la culture latino-américaine, « la voz », l’Argentine Marita Monteleone.
Chanson française — Ni chaud, ni froid— Marco Valdo M.I. — 2022
LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.
Dans la chanson, Lucien l’âne mon ami, la voix s’emmêle, on ne sait trop laquelle, ni si c’est à chaque fois la même ou à chaque fois une autre, mais sûrement, elle soliloque. Ce monologue ressemble à une longue réflexion, dont on ne sait jamais dans quelle tête, forcément anonyme, mais toujours très personnelle. C’est la Zinovie vue de l’intérieur non seulement de son territoire où se déroule notre voyage, mais en plus, de l’intérieur de la tête, du cerveau, et même, de la conscience d’un Zinovien.
Soit, dit Lucien l’âne, mais en tout cas, pas d’un Zinovien quelconque à voir ce qu’il (il, elle, ils) nous a raconté jusqu’à présent. Et que dit-elle cette fois, cette voix ?
Comme on commence à en prendre l’habitude, dit Marco Valdo M.I., je vais souligner quelques traits et laisser le reste de la chanson à découvrir en comptant sur ta patience et ta proverbiale sagacité. Brièvement – curieux ce mot ; pour moi, on pourrait aussi bien dire « brèvement » ; l’étrangeté est que si brièvement existe encore, son origine est « brief », c’était il y a des siècles, et il est quand même devenu depuis le mot « bref, brève ». Pourquoi donc pas ne pas adapter l’adverbe ? Nul ne le sait.
Là, Marco Valdo M.I. mon ami, tu t’égares.
Mais oui, je me suis égaré, reprend Marco Valdo M.I., revenons en Zinovie. Le titre d’abord ; il renvoie à la dernière ligne de la chanson, qui dit : « Tout ça ne me fait ni chaud, ni froid. » On y reviendra donc à la fin. Au début, la voix parle de l’enseignement de l’histoire aux élèves de Zinovie Important, l’enseignement de l’histoire, comme on va le voir. La chanson montre comment en Zinovie, on instille dès l’enfance une mentalité d’esclave à la population et on lui inculque la conviction de la puissance et de la grandeur de l’empire. C’est un procédé insidieux.
Ah, dit Lucien l’âne, on a donc en Zinovie, selon la voix, une population formatée pour se penser elle-même comme esclave du Guide et des dirigeants. C’est là une belle manière de cultiver la barbarie.
En effet, reprend Marco Valdo M.I. ; ensuite, l’anonyme, qui s’est replié sur lui-même, s’extrait de son univers et se rend compte de sa marginalité. Il s’est détaché du « nous », s’est posé en « moi » et de ce fait, il ne participe plus de ce qui fait la vie routinière du Zinovien moyen.
C’est un peu logique, dit Lucien l’âne, qu’il soit à l’écart ; d’ailleurs, j’imagine que ça l’arrange. Il devrait y trouver une vie plus tranquille.
Bien vu, Lucien l’âne mon ami, car c’est ce que disent les deux dernières strophes. Sa démarche est la suivante : à défaut d’un but honorable – un devoir ou une œuvre, tel qu’on pouvait en avoir « avant » (sous-entendu : avant le régime en place), il s’agit de refuser la collaboration ou la soumission, en ne s’impliquant pas dans le « social ». Le résultat est plaisant :
« Maintenant, sans but à atteindre,
Je n’ai plus rien à feindre.
Sans obligation, sans mode,
Ma vie est simple et commode.
À présent, en Zinovie, je dors
L’esprit tranquille et sans remords. »
Évidemment, dit Lucien l’âne, je connais cette situation. Elle est confortable jusqu’à ce que la « socialité » se mette en quête du « pelé, du galeux d’où vient tout le mal ». Comme âne, je suis témoin de cette ignoble pratique. Et le reste ?
Le reste, dit Marco Valdo M.I., c’est la fin de la chanson. En gros, c’est la réponse à la question qui l’introduit : « À quoi bon remuer tout ça ? » En fait, c’est encore l’ataraxie comme mode d’existence. Candide avait un objectif similaire, il entendait « cultiver son jardin ». Pour condenser le propos, la voix conclut que quoi qu’il arrive au monde, ça ne lui fait ni chaud ni froid. Il faut le comprendre comme règle d’existence, comme une condition fondamentale de la survie et par conséquent, de la vie elle-même.
Dans le fond, dit Lucien l’âne, elle a raison la voix de la chanson, car cette tranquillité d’esprit et de conscience qui la mène est la manière de vivre une vie qui vaut d’être vécue, de se tenir en état de résistance face au grégarisme et à l’esclavage institués. Enfin, tissons le linceul de ce vieux monde asservi, grégarisant, esclavant, pesant et cacochyme.
Le texte de la chanson est le poème de Nadia Anjuman intitulé ebeth [dari : عبث] / Sans signification, mis en musique par Farid Zoland, frère de la célèbre chanteuse afghane Sohaila Zaland, éclipsée par les restrictions imposées par le régime taliban. Les personnes qui regardent le clip vidéo sur la chaîne Tolo de la télévision afghane pourraient être amenées à croire que le chanteur et le public sont des expatriés afghans. Ce n’est pas le cas, quelques semestres se sont écoulés depuis que les femmes afghanes se produisent ou font des reportages à la télévision et peuvent circuler sans hijab sans difficulté, du moins dans les centres urbains les moins arriérés.
Dans la deuxième et la troisième interprétation, le poème est récité en dari.
Droits de l’homme et reconnaissance internationale
Les fondamentalistes islamiques au pouvoir en Afghanistan se donnent beaucoup de mal pour rétrograder le temps, c’est bien connu. Moins connue et beaucoup moins débattue est la question de la reconnaissance internationale de l’émirat islamique. Les pays européens et les États-Unis sont contre la reconnaissance tant que le régime ne donne pas de garanties sur le respect des droits de l’homme et la gestion du territoire. Les pays voisins, en revanche, sont plus accommodants, tant pour des raisons économiques que pour éviter qu’un effondrement de l’Afghanistan ne donne lieu à un exode incontrôlable de millions de réfugiés et à l’intensification du trafic de drogue.
La conséquence la plus importante de la non-reconnaissance est le maintien des sanctions économiques imposées à l’Afghanistan. Les sanctions sont une arme de pression contre les talibans, mais en réalité, elles affament directement et indirectement la population, rendant l’existence de millions de personnes toujours plus précaire. Sans parler de la décision de M. Biden d’allouer la moitié des fonds afghans, soit 7 milliards de dollars gelés aux États-Unis, aux familles des victimes du 11 septembre, plutôt qu’en aide humanitaire directe comme cela avait été annoncé précédemment. Les Talibans ont proposé de mettre en place un organisme commun pour la gestion de l’aide humanitaire et du programme « nourriture contre travail » déjà en place.
Cependant, sans une forme de reconnaissance internationale, tout plan visant à aider concrètement la population reste sur le papier et un nombre croissant de millions d’Afghans vivent sous le seuil de pauvreté.
[Riccardo Gullotta].
La musique n’a plus de sens — pourquoi composer,
Abandonnée par le temps, me taire, chanter.
Pour ma langue, mes mots sont un poison,
Mon violeur étouffe mes chansons.
Personne, nulle part, ne voit, ne s’inquiète
Que je pleure, rie, meure ou vive encore
Ici, dans cette cellule entre chagrin et remords ;
pourquoi vivre, si ma langue est scellée, encore.
Tout doux, cœur, pour cueillir le doux printemps,
Mes ailes brisées vont apaiser ce tremblement.
Les mélodies coulent de ma mémoire, fanée par le silence,
Et encore, les chansons affluent des soupirs de l’âme.
Voici, Lucien l’âne mon ami, une chanson qui illustre le principe fondamental de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres, les puissants aux faibles et aux désarmés pour imposer et maintenir leur domination et accroître leurs richesses et leurs privilèges.
Fort bien, dit Lucien l’âne, mais que dit-elle d’autre ?
Deux choses essentielles sont à retenir, répond Marco Valdo M.I. ; d’abord, elle pose le problème en termes de justice et d’injustice ; elle donne à l’injustice une personnalité, elle est en fait une force au service des riches dans l’affrontement en cours, tout comme l’argent. La chanson les désigne comme les facteurs de la misère des autres. De plus, tout cal avec une certaine apparence, un certain masque de bienveillance. C’est ce que raconte la première partie de la chanson.
« Les possédants ne veulent pas partager.
L’animal le plus avide pille le monde entier
Avec des gestes charitables et des couperets sanglants. »
C’est une accusation directe me semble-t-il, dit Lucien l’âne. Et que dit-elle d’autre ?
La deuxième partie, reprend Marco Valdo M.I., fait état de la réaction des gens qui subissent son emprise. Elle annonce le réveil de la pauvreté endormie sous la forme d’une mystérieuse menace dont la puissance est celle du nombre. Il ne s’agit s encore ici que d’une invocation, d’une sorte de prédiction :
« Entendez-vous le cri des nuits blêmes ?
La pauvreté endormie, même,
Même la pauvreté a de la force ! »
C’est déjà ça, dit Lucien l’âne, mais ça ne règle pas la question. Le réel reste le réel et le monde reste le monde ; et la discrimination et le déséquilibre restent ce qu’ils sont, à ceci près que les écarts augmentent et que le nombre des pauvres et des miséreux est toujours plus grand, ne fût-ce que parce que la quantité d’humains sur la Terre augmente à chaque instant et que les améliorations qu’a pu apporter l’évolution de ces derniers siècles ont des conséquences désastreuses.
Curieusement, dit Marco Valdo M.I., le progrès des uns ou celui réalisé dans un domaine, entraîne d’effroyables régressions pour d’autres. Un peu comme dans le domaine immense des sciences, la découverte de nouveaux domaines ouvre de nouveaux champs à découvrir ; le savoir croissant fait croître l’étendue de l’ignorance et il me semble qu’on ne peut échapper à ce processus paradoxal. Autrement dit, c’est comme sur l’océan, plus on avance, plus l’horizon recule – et encore, l’océan est fort limité. C’est encore plus pertinent dans l’espace.
Laissons ici ces questions en suspens, dit Lucien l’âne, et tissons le linceul de ce vieux monde déséquilibré, injuste, insensé, insane, inéquitable et cacochyme.
Heureusement !
Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.
L’injustice court en de plus fins habits,
Elle tue en douceur par délégation.
Elle s’entoure d’envieux polis
Et change les mots d’or en poison.
Elle rit de bon cœur d’opprimer.
Derrière les murs, elle parle de liberté.
L’injustice regrette de manière très convaincante
Sa malheureuse démarche oppressante.
Construit sur le dos bosselé du pognon,
Le sort balance entre les morts.
On se familiarise avec la dépression
Et l’acier pour décor.
Le prix de la liberté est toujours l’argent.
Les possédants ne veulent pas partager.
L’animal le plus avide pille le monde entier
Avec des gestes charitables et des couperets sanglants.
L’argent s’octroie plus de concessions
Et se célèbre avec passion.
Entendez-vous le cri des nuits blêmes ?
La pauvreté endormie, même,
Même la pauvreté a de la force !
Les infirmes, les vieillards, les mendiants,
Jetés comme des ordures,
Surgissent soudain dans la froidure
De votre monde de comptes et de bilans.
Ils sortent de leurs trous comme les rattes,
Le regard plein de misère et d’impuissance.
Alors, la peur grimpe sur vos cravates,
Et vous criez protection et surveillance.
Vous pouvez toujours les écraser, les briser,
Comme des bêtes, les repousser dans les coins secrets.
Entre violences et cris désespérés,
Leur nombre sera plus grand que jamais.
À la nuit, vous vous enfermez.
Dehors, la faim déchire le silence.
Ils sont des millions à crier.
Vos fenêtres étouffent la souffrance.
Vous les riches, les beaux, vous les toujours raison,
Chanson française — Que faire ?— Marco Valdo M.I. — 2022
LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.
Une fois encore, Lucien l’âne mon ami, le chœur des voix s’emmêle dans la chanson où retentit plusieurs fois cette question angoissée : « Que faire ? » ; c’est la raison pour laquelle « Que faire ? » est le titre de la chanson.
Soit, dit Lucien l’âne, mais encore ?
Mais encore ?, reprend Marco Valdo M.I. ; d’abord, « Que faire ? », tout au long de la vie, est une question essentielle et même, existentielle et on peut y avoir souvent recours. Par exemple, sans qu’elle le dise ici, je suis certain que la grand-mère dont parle la chanson au début devait se la poser souvent cette question. Ici, Grand-mère parle de la santé et à sa manière, elle indique l’écart qui sépare le monde ancien (le sien) du monde nouveau (l’actuel) et l’incompréhension qui les sépare. Bien sûr, il faut avoir à l’esprit également, comme toujours dans les chansons qui racontent ce voyage en Zinovie, l’aspect symbolique de ces propos.
Oui, dit Lucien l’âne, le monde ancien a du mal à accepter l’évolution, à comprendre ce monde nouveau.
Ensuite, intervient une autre voix, dit Marco Valdo M.I., zinovienne qui reprend quasiment mot pour mot la doctrine officielle avec on ne saurait dire, un double sens, une distance d’ironie ou une énorme maladresse. J’en tiens pour preuve le très restrictif :
« Quand même en Zinovie,
Tout ne va pas si mal que ça. »
En effet, dit Lucien l’âne, c’est une formulation ambiguë. Logiquement, elle sous-entend et elle admet comme base que tout va mal, mais quand même pas si mal que ça. Ça ressemble fort à un vœu pieux, une façon d’atténuer le réel.
C’est bien ça, reprend Marco Valdo M.I., et ensuite, surtout, il y a ce passage :
« On a…
Une formidable technique militaire,
Et des guerres qu’on ne fait pas.
Certes, tout n’est pas parfait,
Mais dans le pays règne la paix. »
Oh, dit Lucien l’âne, on a souvent entendu ici et ailleurs, ce discours en porte-à-faux, ce discours faussé, ce discours faux, digne de la novlangue d’Orwell.
Ensuite, Lucien l’âne mon ami, les deux dernières strophes sont plus réalistes et lèvent le voile sur ce qui est réellement et examinent l’hypothèse d’un terrorisme intérieur comme solution à l’immobilisme de plomb (de ce plomb qui couvrait le toit de la prison vénitienne de Casanova ; de ce plomb qu’on envoie par balle dans le corps des gens), immobilisme plombé imposé par la dictature, installée depuis longtemps en Zinovie.
Eh bien, dit Lucien l’âne, on est loin de cette Zinovie tranquille que j’imaginais ; on dirait que sous la cendre refroidie des « rêves et des illusions » couve un feu nouveau et qui pourrait encore projeter des étincelles ou même provoquer l’effondrement du haut de l’édifice. On dirait qu’en Zinovie, la roue du destin s’est remise à tourner ; on verra le moment venu ce qu’il en sera. Cependant, tissons le linceul de ce vieux monde inconscient de lui-même, couvert de cendres, étouffé, rêveur, imaginatif et cacochyme.
Chanson française — L’Immolation — Marco Valdo M.I. — 2022
063. L’IMMOLATION — 063. L’immolation
LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.
Konstantin Zvezdochetov et Larisa Zvezdochetova — 1996
Dialogue Maïeutique
Je suppose, Lucien l’âne mon ami, que tu sais ce qu’est une immolation.
Certes, dit Lucien l’âne, c’est un suicide mis en scène pour protester spectaculairement contre une injustice, une oppression, une dictature, un régime totalitaire. C’est donc un acte éminemment politique, une plainte exemplaire, un geste ultime de liberté opprimée. C’est du moins la forme que l’immolation a revêtue depuis quelques dizaines d’années. On n’y recourt que lorsqu’il n’y a plus d’autre moyen de se faire entendre ou pour donner de la voix à ceux qu’on étouffe et à ce qu’on fait recouvrir d’une chape de plomb usant de méthodes aussi brutales qu’éprouvées. C’est un chant du cygne, le dernier sourire de la vie.
C’est bien de cela qu’il est question, répond Marco Valdo M.I., à ceci près que l’affaire se passe en Zinovie et que ce n’est pas par le feu — le procédé habituel, mais par l’absorption d’acide que deux femmes s’immolent dans le Bureau des Visas, où depuis des années, on leur refuse systématiquement l’autorisation de rejoindre leur fils (pour l’une) et mari (pour l’autre), un matelot exilé, qui avait débarqué dans un port lointain à l’étranger — surtout, à l’étranger. Tel est l’événement ici raconté. La chanson explique aussi que le Guide, les dirigeants et ceux qui les suivent et les soutiennent s’en fichent complètement du malheur, du bonheur et tout ce qui fait la vie des gens de Zinovie. Tel est le propos des deux premières strophes.
Ah, dit Lucien l’âne, que raconte-t-elle d’autre ensuite ?
À partir de là, reprend Marco Valdo M.I., la chanson fait entendre une autre voix laquelle envisage le progrès futur en Zinovie qui consiste en « Un prudent retour à l’ancien temps. Il s’agit d’empêcher l’éclosion d’un nouveau monde en évolution ». Autrement dit, machine arrière toute, retour aux fondamentaux du Grand Guide pour assurer les privilèges des dirigeants et de leurs affidés.
Oui, oui, dit Lucien Lane, là comme ailleurs, les parvenus entendent bien le rester. C’est une jolie illustration du fonctionnement de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants (et tous ceux qui entendent le devenir ou en tirer bénéfice personnel) mènent contre les pauvres, les faibles et les désarmés afin de maintenir leur domination, d’étendre leurs privilèges, d’accroître leurs richesses, etc.
Quant à la quatrième, reprend à nouveau Marco Valdo M.I., et dernière strophe, elle trace le portrait au vitriol de la Zinovie, pays où le Guide accapare tout ce qu’il peut, vit comme un satrape et tous ceux de son monde font pareil également en fonction de la hiérarchie sociale établie par leurs soins et solidement gardée par leurs sbires et leurs mercenaires. Ils (le Guide et ses acolytes) la voudraient intangible, pétrifiée, héréditaire, cette sacro-sainte hiérarchie.
Ah, dit Lucien l’âne, ça va de soi, même si nul ne sait ce que demain sera. Pour ce qui nous concerne, hiérarchie sociale ou pas, tissons le linceul de ce vieux monde ignare, inculte, envieux, ambitieux, avide et cacochyme.
Lueurs, dit Marco Valdo M.I., est une chanson énigmatique qui rapporte un monologue, c’est-à-dire le discours, la réflexion à haute voix d’une voix anonyme. C’est un lui qui parle ; il y a quelqu’un qui raconte un passage de sa vie et le passage de sa vie.
Oh, dit Lucien l’âne, c’est assez habituel pour une chanson.
En effet, reprend Marco Valdo M.I. ; d’abord, le titre lui-même est une énigme ; que sont ces lueurs ? Qu’est donc cette lueur aveuglante qui revient lancinante. Est-elle un de ces éclaires d’orage qui soudain déchirent le ciel ? Est-ce même une illumination matérielle ? Est-ce l’éclat d’une bombe ? Ou n’est-ce pas plutôt une clarté qui surgit à l’intérieur de l’esprit, de la conscience de celui qu’elle atteint ?
Vues ainsi, dit Lucien l’âne, ces lueurs ne me semblent pas claires ; le mieux serait de dire un peu plus de ce que dit la chanson. Peut-être alors y verrait-on plus clair.
Oui, dit Marco Valdo M.I., j’aurais dû commencer par là. Donc elle (la chanson) raconte une série d’événements qui sont des éléments disparates d’un récit : l’enfant qui traverse une passerelle, il court rejoindre ses amis ; il va au jardin ; il écoute sa mère, il la caresse, la console de ses douleurs. Est-elle à l’agonie ? Et lui-même, est-il aussi ce pilote dont l’avion s’est écrasé ? Revoit-il, récapitule-t-il ainsi sa vie ?
Oh, dit Lucien l’âne, c’est souvent comme ça avec la chanson, elle évoque et sans doute, sait-elle elle-même de quoi il retourne et a-t-elle choisi la voie du mystère. Quant à nous, nous tissons le linceul de ce vieux monde étrange, multiple, agonisant, sombre et cacochyme.
Heureusement !
Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane
Je traverse la passerelle
Car j’aime la ville
Vue de l’autre rive
Au-delà de l’eau verte
Une lueur aveuglante m’emporte.
Libre, vite je cours,
Dans les escaliers, je vole
Pour aller dans la cour
Où avec les amis, je joue.
Une lueur aveuglante m’emporte.
Je traverse l’allée
Du jardin à la porte.
Les fleurs sont arrosées
En fin de journée.
Une lueur aveuglante m’emporte.
J’écoute ma mère
Raconter sa vie
Du temps où elle était une fille,
Son futur, ses illusions mortes.
Une lueur aveuglante m’emporte.
Je regarde ma montre.
Il reste une heure
Pour terminer
Cette pénible activité.
Une lueur aveuglante m’emporte.
Je caresse sa tête,
Ma main se prête
À consoler ses douleurs
Et retenir mes pleurs.
Une lueur aveuglante m’emporte.
Je pense à demain
À ce que je vais faire,
À ce court destin qui est le mien
À mes petites attentes.
Une lueur aveuglante m’emporte.
Je suis là, sang et pierre,
Ailes écrasées à terre,
Bouche assoiffée d’air,
Suffoquant, les yeux ouverts
Dans cette obscurité sans fin où je ne vois guère.
Je suis là, sang et pierre,
Ailes écrasées à terre,
Bouche assoiffée d’air,
Suffoquant, les yeux ouverts
Dans cette obscurité sans fin où je ne vois guère.
Dans cette obscurité sans fin où je ne vois guère.
Chanson française — Tatiana — Marco Valdo M.I. — 2022
LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.
Aujourd’hui, Lucien l’âne mon ami, nous poursuivons notre exploration de la Zinovie, notre voyage au milieu des gens qui y vivent, se rencontrent, discutent. Ce sont principalement des Zinoviens, même si comme on le saura par la chanson, il y a des étrangers et des touristes qui circulent dans le pays. Bref, on continue notre périple.
Ah, dit Lucien l’âne, c’est long les périples, comme avait dit Ulysse à Pénélope en rentrant chez lui.
Soit, répond Marco Valdo M.I., nous n’allons pas épiloguer à ce sujet. Venons-en à Tatiana, un prénom de femme zinovienne, mais un prénom particulier qui est celui de l’héroïne d’un des romans les plus célèbres et même carrément fondateur en Zinovie. Celle qui porte ce prénom dans ce roman est considérée comme l’idéal de la femme zinovienne, douce et forte, douée d’un tempérament agréable et belle et généreuse et tout, et tout ; le modèle auquel la femme de Zinovie tend, l’incarnation aussi de la féminité.
C’est donc d’elle que traite la chanson ?, demande Lucien l’âne.
Si on veut, dit Marco Valdo M.I., mais en quelque sorte, en situation et même en situation ambiguë, car comme on peut le comprendre, elle est en mission, elle est chargée d’enquêter sur notre voix anonyme, ses opinions, ses actes, son éventuelle participation à des complots, des groupes suspects. Cependant, on dirait malgré tout que le sentiment, la sympathie et peut-être, l’amour lui-même, la subvertissent.
« Que ferait une femme dans ton lit ?
Hier soir, tu m’as traînée ici.
Note bien, je ne le regrette pas.
Maintenant, je suis ta Tatiana. »
En fait, elle s’est mise sur son chemin, et elle a fini dans son lit pour des raisons professionnelles ; elle y est contrainte par son métier d’agent ou même, d’officier des services. Ce n’est pas précisé dans la chanson, mais pour ce que j’en sais par ailleurs, elle est amenée à fréquenter beaucoup d’amants, même si elle est mariée et mère de deux enfants.
Ah, dit Lucien l’âne, drôle de pays où on use ainsi des gens. Évidemment, c’est pour le travail et il faut bien vivre. On en a déjà croisé une de ces dames dans une chanson qui a dû son succès à son prénom ; je pense à la « Nathalie » de Gilbert Bécaud.
Voilà pour Tatiana, reprend Marco Valdo M.I., les trois premières strophes de la chanson racontent :
— la première, le lieu où était convoqué (voir La Convocation) notre personnage, dont on découvre la vraie fonction de « prison secrète », un endroit ultra-secret que tout le quartier connaît.
— la deuxième, la paranoïa des services et les surveillances qu’ils conduisent sur les gens ;
— la troisième, la prise de conscience et la volonté de résistance d’un anonyme.
Finalement, j’aimerais souligner certaine question qui se pose à tous ceux qui voudraient changer les choses en Zinovie :
« En Zinovie, on parle d’éliminer le Guide.
Et après, qui pour combler le vide ?
Ça, c’est vraiment préoccupant. »
Oui, dit Lucien l’âne, cette question a été posée souvent et nul n’y a trouvé de réponse aisée. Déjà, au temps de ma lointaine jeunesse, en Grèce, la légende courait de cette hydre de Lerne à qui on avait beau couper les têts pour la voir renaître. On n’a pas toujours un Héraclès sous la main et même, comme le dit la chanson, comment combler le vide qui résulterait d’une telle opération. Et puis, combien de têtes faudra-t-il couper pour assainir le pays ? Ça ne se fera pas en un coup de cuillère à pot. Je pencherais plus volontiers pour la conscience et la résistance et leur extension à un grand nombre des gens. Quant à nous, tissons le linceul de ce vieux monde tourmenté, tourmenteur, brutal, vicieux, espion et cacochyme.