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15 novembre 2020 7 15 /11 /novembre /2020 21:21

LA MODESTE PROPOSITION

 

Version française – LA MODESTE PROPOSITION – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson italienne – Un caso di paranoia (delirio per strategia)Margot1976

 

 

 

SATURNE DÉVORANT SON ENFANT

 

Pierre Paul Rubens – 1637



 

Dialogue Maïeutique

 

Je vais te raconter, Lucien l’âne mon ami, répondant ainsi par avance à la question que tu n’aurais pas manqué de me poser, à savoir comment et pourquoi le titre de la version française « la modeste proposition » est si différent de celui de la chanson italienne originelle de Margot : « Un caso di paranoia (delirio per strategia) ».

 

En effet, dit Lucien l’âne, tu as correctement anticipé mon souhait et je suis fort intéressé à entendre ton récit.

 

D’abord, Lucien l’âne mon ami, il me faut avouer que je ne connaissais pas beaucoup le répertoire de Margot, ni même son ampleur, qui soit dit en passant est vraiment considérable. Dans sa biographie, j’ai trouvé ceci :

« Ma se torniamo a Margot e al suo destino Dobbiam parlar di trecento canzoni Che stan seguendo le oscillazioni Della politica, come consiglia La tradizione della sua famiglia. Sono canzoni ironiche e tristi Che parlan spesso di poveri Cristi, E guardano con occhiali speciali Ciò che riportano tutti i giornali. Come all’inizio della sua avventura, Cantando sempre, senza aver paura, Margot racconta ingiustizie tremende E dell’attual società le vicende. »

autrement dit,

« Mais si nous revenons à Margot et à son destin, il nous faut parler de trois cents chansons qui suivent les fluctuations de la politique, comme le conseille la tradition de sa famille. Ce sont des chansons ironiques et tristes qui parlent souvent de pauvres gens, et elles regardent avec des lunettes spéciales ce que tous les journaux rapportent. Comme au début de son aventure, chantant toujours, sans peur, Margot chante les terribles injustices et les tribulations de la société actuelle. »

Ce que je savais d’elle était pourtant suffisant pour que je lise sans tarder les textes de ses chansons aussitôt que je les ai rencontrés.

 

Et pourquoi donc ?, demande Lucien l’âne.

 

Il y a deux raisons a priori, répond Marco Valdo M.I., mais à la vérité, elles convergent. D’une part, Margot était membre des Cantacronache, dont j’avais notamment traduit : Oltre il ponte (en 2008) et dix ans plus tard, Dove vola l’avvoltoio – deux chansons d’Italo Calvino (auteur de Marcovaldo) et d’autre part, Margot avait grandi dans le milieu antifasciste turinois très proche de Carlo Levi (voir notamment, les 42 Lettres de Prison à commencer par la première : Le Fils emprisonné), à savoir le mouvement clandestin de résistance Giustizia e Libertà. Au-delà de cet apriorisme et grâce à lui, j’ai donc plongé sur ces textes nouvellement insérés dans les Chansons contre la Guerre et dans la série, il m’a fallu en choisir un pour commencer : celui-ci. Je l’ai fait principalement en raison de sa structure, de sa longueur et de son élaboration.

 

De son élaboration, demande Lucien l’âne, qu’est-ce à dire ?

 

Comprendre son élaboration, dit Marco Valdo M.I., m’est rapidement apparu essentiel en établissant la version française. À première vue, c’était un texte, une manière de dire tout à fait extraordinaire, une chanson conçue comme celles que nous avons l’habitude de faire. Il s’agissait d’une chanson créée à partir d’une œuvre littéraire considérable, ancienne et en quelque sorte, exotique autant que pertinente. Je m’explique. Au fur et à mesure que j’avançais dans la chanson, je voyais se confirmer ce qui m’avait intrigué dès le départ, à savoir que je connaissais ce qu’elle racontait et qu’il devait assurément s’agir d’une version italienne du célèbre pamphlet de l’auteur irlandais, doyen de la cathédrale Saint-Patrick à Dublin autour de 1720, le dénommé Jonathan Swift – par ailleurs, auteur des Voyages de Gulliver et d’inénarrables Instructions aux Domestiques.

 

Ah oui, dit Lucien l’âne, encore un de ces ecclésiastiques à la manière de notre bien aimé, Laurence Sterne. Je vois ça, mais de quel pamphlet penses-tu qu’elle s’inspire cette chanson ?

 

C’est un texte assez court que ce pamphlet, Lucien l’âne mon ami, à peine quelques pages, mais quelles pages ! Publié en 1729, ce texte minuscule donc, a un titre assez long, tellement long, qu’on a coutume de l’abréger en « Modeste proposition » – ce qui explique mon titre. Pour ta gouverne, le titre complet en anglais est : « A Modest Proposal : For Preventing the Children of Poor People in Ireland from Being a Burden to Their Parents or Country, and for Making Them Beneficial to the Public », ce qui est généralement traduit par : « Modeste proposition pour empêcher les enfants des pauvres en Irlande d’être à la charge de leurs parents ou de leur pays et pour les rendre utiles au public. » Maintenant, je ne dirai plus grand-chose du reste de la chanson, il suffit de la lire pour se faire une idée plus exacte. Toutefois, un dernier commentaire quant au fond de cette Modeste Proposition et de son humour assez sanglant.

 

Soit, dit Lucien l’âne, mais alors, un dernier.

 

Oui, exactement, reprend Marco Valdo M.I., un dernier commentaire. Mon idée à ce sujet est que cette « Modeste proposition » est une variation tout à fait dans le ton et la mélodie de la Guerre de Cent Mille Ans, que les riches font aux pauvres pour conserver leur pouvoir, asseoir leur domination, étendre leurs privilèges, augmenter leurs richesses, multiplier leurs profits et tirer mille satisfactions, y compris gastronomiques. Cette « Modeste proposition » est parfaitement en phase avec la substance de la pensée qui mène la richesse. Quel en est l’axiome ? Je rappelle la question centrale et quasiment mathématique de cette problématique : « Combien faut-il de pauvres pour faire un riche ? » et le corollaire : « La grandeur du riche est proportionnelle au nombre de pauvres qu’il appauvrit afin de s’enrichir. »

 

Certes, dit Lucien l’âne, il y a là de quoi réfléchir sur le devenir du monde, mais est-il vraiment nécessaire pour être riche de manger tant de pauvres ? Car, quand même, à force de manger les pauvres, finalement, le riche n’en aura plus à se mettre sous la dent et s’il n’y a plus de pauvres, comment faire pour rester riches ? À l’inverse, on le voit bien, il n’est pas possible que tout le monde devienne riche ; il est clair ainsi que la richesse est une voie sans issue.

 

Manger, manger, c’est vite dit, reprend Marco Valdo M.I. ; manger, de nos jours, c’est probablement le plus souvent une image ; il faut évidemment relativiser les choses. On ne mange plus les pauvres depuis longtemps et pour des raisons d’hygiène et de santé, d’abord. On serait plutôt passé de l’ère du cannibalisme à l’ère du vampirisme. En fait, par une alchimie curieuse, fille d’une incontestable maîtrise de l’art de la prestidigitation, du mensonge et des affaires, le sang des pauvres se convertit en unités monétaires dont les riches font leurs choux gras.

 

Oh, dit Lucien l’âne, voilà qui est rassurant, c’est assez chrétien cette transsubstantiation. C’est assez conforme aux pratiques mythologiques et à la phrase culte des banquets de ces joyeux amphitryons où en arrière-plan, les pauvres psalmodient en chœur ce joli refrain eucharistique : « Prenez et mangez, ceci est mon corps ; Prenez et buvez, ceci est mon sang ! » Enfin, on trouve tout ça et plus encore dans les enseignements des meilleures religions. Cependant, restons-en là, car on pourrait effrayer des gens et puis, tissons le linceul de ce vieux monde croyant, crédule, autophage, vampire, prophétique et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

Que me soit concédé l’honneur

Messieurs les Conseillers, Monsieur le Gouverneur,

De vous exposer une modeste proposition

Pour sauver la nation avec prudence et selon la raison.

 

Aujourd’hui, dans notre ville de Dublin,

Le peuple languit, la richesse est en déclin ;

En haillons des foules d’enfants mendiants,

Cramponnés aux jambes des passants,

Se traînent avec des pieds ensanglantés

Se bavant dessus comme des chiens affamés.

 

N’en faisons pas mystère, c’est impossible pour nous

D’introduire dans les ateliers, dans les manufactures,

D’utiliser dans l’élevage, dans l’agriculture,

Les enfants de moins de quinze ans

Qui ne font que manger et attraper des maladies.

Les enfants de moins de quinze ans

Qui ne font que manger et attraper des maladies.

 

Avant l’âge de dix-huit ans, un garçon est invendable.

Et la quantité de biens qu’il consomme est incroyable

Haillons, chaussures, aliments.

Et les enfants de moins de quinze ans

Ne font que manger et amener des désagréments.

 

D’une étude américaine,

Il ressort qu’un enfant d’un an à peine,

S’il est bien nourri par sa maman,

Est une nourriture délicieuse et nutritive

Pour le palais de beaucoup de gens.

J’ai calculé de manière approximative

Qu’un nouveau-né d’un an

Ne pèse que douze livres seulement,

Et après une année d’allaitement,

Double son poids. C’est un bon investissement,

Car en plus, on élève l’enfant gratuitement

Avec le seul lait de sa maman,

Alors qu’il faut beaucoup de glands

Pour élever un cochon,

De l’herbe pour un mouton,

Du foin pour les veaux

Et un fusil et des balles pour les oiseaux.

 

Notre Irlande produit annuellement

Deux cent mille enfants de pauvres

Deux cent mille enfants de pauvres

J’ai pu calculer exactement

Que le coût de l’aliment

D’un fils de mendiant,

De paysan ou de manant,

Ne dépasse pas deux shillings par an,

Et avec des jumeaux, nous économisons,

Durant la période de lactation,

Durant le temps où le nourrisson grandit,

Durant le temps où croît et mûrit

La chair de la créature,

La chair de la créature.

 

Un enfant potelé peut se vendre

Au marché, douze shillings

Ainsi, chaque abattage peut rendre

En bénéfice net, jusqu’à dix shillings.

Alors que sous un pauvre toit,

Sous un pauvre toit,

Les enfants de moins de quinze ans

Ne font que manger et amener des désagréments.

Les enfants de moins de quinze ans

Ne font que manger et amener des désagréments.

 

C’est une chère chère, c’est vrai

Mais cette chair décorera la table des propriétaires,

Des gens riches, des gens riches et gourmets

Et cette ressource relèvera les budgets

Des petites gens, comme une augmentation de salaire.

Les enfants de moins de quinze ans

Ne font que manger et amener des désagréments.

Les enfants de moins de quinze ans

Ne font que manger et amener des désagréments.

 

Voici ma modeste proposition

Que je soumets à votre attention,

Que je soumets votre attention :

Des abattages réguliers

Font des revenus assurés.

Des abattages réguliers

Font des revenus assurés.

Des abattages réguliers

Font des revenus assurés.

Des abattages réguliers

Font des revenus assurés.

Des abattages réguliers

Font des revenus assurés.

Des abattages réguliers

Font des revenus assurés.

Des abattages réguliers

Font des revenus assurés.

Des abattages réguliers

Font des revenus assurés.

 

Voyons à présent à énumérer

Les avantages de cette nouvelle affaire.

Premièrement, pour la nation,

Il y aura moins d’importations ;

Deuxièmement : les créanciers

Auront un meilleur bien à récupérer :

Un petit enfant plein de gale

À la place d’un drap de lit sale.

Troisièmement : les femmes fécondes

N’auront plus à blasphémer

Le saint lit conjugal

Devenu une source de biens inespérés,

Le saint lit conjugal

Devenu une source de biens inespérés.

Quatrièmement : le tourisme gastronomique va augmenter

Avec ce nouveau plat favori

De tendre viande en rôti,

Plus de mouton indigeste ;

Avec ce nouveau plat favori

 

De tendre viande en rôti,

Plus de mouton indigeste.

Cinquièmement : sur la vie conjugale

Fleurira une nouvelle entente morale.

Les mères, attentionnées à leurs enfants,

Serreront dans les haillons avec ferveur

La précieuse viande, accouchée dans la douleur

Sans plus avoir peur de l’avortement

Et le mari averti, plus jamais

Plus jamais, plus jamais, plus jamais

Sa femme enceinte ne battra,

Mais de caresses d’amour, il la flattera

Comme on fait aux juments engrossées,

Comme on fait aux juments engrossées.

Sixièmement, n’oublions pas les exportations.

Nous pouvons faire des prévisions

Et à compter du printemps, envisager

Une augmentation de 30 pour cent

De nos ventes à l’étranger

De la viande fumée et du petit salé.

 

Il m’est revenu des rumeurs très persistantes

De la part de certains conseillers

À propos des personnes indigentes :

Des vieux, des malades, des idiots, des estropiés.

Je crois que la fin de leur existence

Ne peut toucher notre conscience.

Chaque jour, ils quittent la terre, désespérés

Affamés, pourris et paralysés,

Rougis de furoncles infectés,

Dévorés par les insectes,

Rougis de furoncles infectés,

Dévorés par les insectes

Et en ce qui concerne les jeunes travailleurs,

N’ayez pas de peurs,

Ils sont déjà au chômage et ainsi,

Ils ne sont pas nourris.

Quand bien même, ils seraient employés,

Ils seraient bientôt renvoyés

Comme travailleurs faibles et ignorants,

Fainéants, voleurs et mendiants.

Cependant, ainsi prédestinés, en mourant,

Ils libèrent la nation, la nature

Eux-mêmes, le pays et le gouvernement

De bien des misères futures.

 

Notre route est longue, mais nous pouvons arriver ;

Il suffit de continuer comme ça :

Quarante-deux kilomètres sur l’étoile du matin,

À l’intérieur d’un petit panier en forme de cœur,

Là-haut, nous avons tous vu un grand homme

Avec une plaque d’ardoise sur la poitrine

Qu’il portait sur le toit ;

C’était Dieu au milieu de la foudre et du tonnerre

Qui manutentionnait les briques ;

C’était Dieu au milieu de la foudre et du tonnerre

Qui manutentionnait les briques.

 

Mais c’était moi

Qui avait fait le toit.

J’ai dit : « Je veux être payé. »

Ça n’a pas été apprécié,

Dieu s’est tourmenté,

Dieu s’est tourmenté,

Car lui aussi avait fait le toit

Et il détenait un droit

Correspondant au travail opéré

Pour une école où les enfants

Sans parents grandiraient vraiment,

Pour une école où les enfants

Sans parents grandiraient vraiment.

 

Il avait créé une pulpe qui donnait du lait,

Mais les plus grands ne laissaient

Pas les plus petits boire ;

Ainsi commencèrent les déboires,

Les délits à distance,

Les délits à distance,

Les délits à distance,

Les délits à distance,

Les délits à distance,

Les délits à distance.

 

Nous avons tous senti uriner notre vessie,

Par les chocs électriques durcies les langues

Et les os du pied droit, la plante attendrie,

Comme des tiges de marguerite exsangues.

Un clou dans le cerveau introduit,

Pesant un gramme et demi

Et tout sera fini en deux heures,

Tout sera fini en deux heures.

Des abattages réguliers

Des abattages réguliers

Comme des tiges de marguerite

Abattages réguliers des enfants,

Des enfants de moins de quinze ans,

Comme des tiges de marguerite.

Tout sera réglé en deux heures

Par un clou introduit dans le cerveau,

Par un clou introduit dans le cerveau,

Par un clou introduit dans le cerveau.

Tout sera réglé en deux heures

Tout sera réglé en deux heures

Tout sera réglé en deux heures

Tout sera réglé en deux heures.

 

 

 

 

 

LA MODESTE PROPOSITION
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Published by Marco Valdo M.I.
12 novembre 2020 4 12 /11 /novembre /2020 15:07

 

Pénélope

Chanson française – Pénélope – Georges Brassens – 1960

 

 

 

 

 

Pénélope 1890

Vilhelm Hammershoi


 


 

Dialogue Maïeutique

 

 

 

 

Comme je l’avais plus ou moins promis l’autre jour, dit Marco Valdo M.I., voici la chanson française intitulée Pénélope – dont l’auteur est comme annoncé Georges Brassens et ainsi qu’on peut l’imaginer, elle est assez différente de la chanson italienne, intitulée Penelope, dont l’auteur est Ivano Fossati. On notera également la différence d’âge entre ces deux Pénélopes : celle de Brassens date de 1960 et celle de Fossati date de 2019. Il y a donc un écart de près de 60 ans entre les deux.

 

C’est considérable, dit Lucien l’âne ; en génération humaine, l’une pourrait être la grand-mère de l’autre.

 

Soit, dit Marco Valdo M.I., tout cela entraîne à penser qu’elles devraient avoir une façon différente d’aborder la question de l’absence du mari, car c’est là le postulat de Pénélope : toutes les Pénélopes ont ceci en commun qu’elles attendent le retour de l’élu de leur cœur – du moins, officiellement et en principe donc, toutes sont apparemment « fidèles » et désireuses de voir revenir le héros du foyer. En clair, elles restent seules à se morfondre. Voilà le problème : d’une certaine manière, ce confinement des femmes est un des fondements de la domination des hommes, caractéristique de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches, les puissants, les dominants, et en ce cas, les mâles mènent – consciemment ou inconsciemment – pour maintenir leur pouvoir, garder leurs privilèges, conserver leur puissance (même quand elle est défaillante) et leurs richesses.

 

 

Évidemment, dit Lucien l’âne en riant, pur le retour de l’absent, tout va dépendre de la durée de l’attente. Et puis, toutes les Pénélopes ne sont pas en attente d’un Ulysse, parti construire un cheval de bois et qui met des années à revenir. La plupart des hommes mariés rentrent quasi-quotidiennement au domicile conjugal.

 

Bien sûr, Lucien l’âne mon ami, il y a principalement toutes ces femmes au foyer qui attendent le retour du mari parti à la mine, à l’usine, au champ, au bureau, etc. ; bref, les Pénélopes ordinaires. C’est une de celles-là qui est l’héroïne fantasmante de la chanson.

 

« Toi l’épouse modèle,

Le grillon du foyer,

Toi qui n’as point d’accrocs

Dans ta robe de mariée,

Toi l’intraitable Pénélope »

 

C’est la Pénélope la plus répandue et comme la chanson le montre, ça ne l’empêche pas de rêver à des aventures (forcément) extra-conjugales. En somme, c’est la femme au quotidien, seule face à l’ennui du temps qui passe et de leur vie qui s’efface. Cette mélancolie la touche d’autant plus que sa solitude est grande, que la dépendance de la femme est forte ; autrement dit, comme elle se trouve réduite à son rôle d’épouse, enfermée dans cette enveloppe sociale, il ne lui reste que ce vide que l’autre moitié – son conjoint – est censé remplir. Alors, la prisonnière, car Pénélope est prisonnière dans son couple, dans son propre foyer, dans sa propre vie, cherche à s’échapper de ce carcan, au moins en pensées. Elle a des idées folâtres, des échappatoires de jeune fille, des ambitions d’amours interdites, le goût de l’évasion. Dans le temps, du temps de Brassens, Pénélope recourrait à cette forme de poésie personnelle, se créait des univers de liberté – même factice ; c’est tout le charme de cette Pénélope d’antan, surtout quand elle s’incarne dans la voix de Barbara. À présent, Pénélope s’abîme dans les séries télévisées ; elle vit la vie aliénée d’autres silhouettes par écran interposé.

 

Maintenant, dit Lucien l’âne, je pense qu’on en a assez dit et qu’il faut laisser sa place à la Pénélope de la chanson ; elle en dit beaucoup plus qu’on ne peut en dire ici dans ce court dialogue. Et puis, il nous faut, nous aussi, tisser le linceul de ce vieux monde malappris, inculte, flagorneur, imbu, ennuyeux, méprisant et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


 


 


 


 


 

Toi l’épouse modèle,

Le grillon du foyer,

Toi qui n’as point d’accrocs

Dans ta robe de mariée,

Toi l’intraitable Pénélope,

En suivant ton petit

Bonhomme de bonheur,

Ne berces-tu jamais,

En tout bien tout honneur,

De jolies pensées interlopes,

De jolies pensées interlopes.


 

Derrière tes rideaux,

Dans ton juste milieu,

En attendant le retour

D’un Ulysse de banlieue,

Penchée sur tes travaux de toile,

Les soirs de vague à l’âme

Et de mélancolie,

N’as-tu jamais en rêve,

Au ciel d’un autre lit,

Compté de nouvelles étoiles,

Compté de nouvelles étoiles.


 

N’as-tu jamais encore

Appelé de tes vœux

L’amourette qui passe,

Qui vous prend aux cheveux,

Qui vous compte des bagatelles,

Qui met la marguerite

Au jardin potager,

La pomme défendue

Aux branches du verger

Et le désordre à vos dentelles,

Et le désordre à vos dentelles.


 

N’as-tu jamais souhaité

De revoir en chemin

Cet ange, ce démon,

Qui, son arc à la main,

Décoche des flèches malignes,

Qui rend leur chair de femme

Aux plus froides statues,

Les bascule de leur socle,

Bouscule leur vertu,

Arrache leur feuille de vigne,

Arrache leur feuille de vigne.


 

N’aie crainte que le ciel

Ne t’en tienne rigueur,

Il n’y a vraiment pas là

De quoi fouetter un cœur

Qui bat la campagne et galope,

C’est la faute commune

Et le péché véniel,

C’est la face cachée

De la lune de miel

Et la rançon de Pénélope,

Et la rançon de Pénélope.

 

Pénélope
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Published by Marco Valdo M.I.
10 novembre 2020 2 10 /11 /novembre /2020 11:42
 
PÉNÉLOPE

Version française – PÉNÉLOPE – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson italiennePenelopeFiorella Mannoia – 2019

Texte et musique : Ivano Fossati


 

Ivano Fossati s’est retiré de la scène depuis quelques années comme chanteur. Mais pas en tant qu’auteur et il a donné à Mannoia ce morceau selon moi merveilleux. Pénélope qui attend le retour d’Ulysse de la guerre de Troie devient le symbole de toutes les femmes qui voient un jour un bateau emporter celui qu’elles aiment, et qui savent aller de l’avant – sans implorer, sans priermalgré tout avec optimisme et confiance.


 

 

 

ATTENTE

Max Liebermann - 1890


 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Pénélope, Pénélope ?, voilà un titre que j’ai déjà rencontré, dit Marco Valdo M.I. un peu songeur.

 

Pénélope, dit Lucien l’âne, voilà un nom que je connais depuis fort longtemps. On en parlait déjà dans la plus haute Antiquité et je me demande même si ce n’est pas cette même Pénélope – oui, tout compte fait, j’en suis sûr, elle s’appelait Pénélope – que je véhiculais le soir à la plage d’Ithaque jusqu’à avoir mes pieds dans l’eau. La journée, je l’aidais aux champs. Elle disait que son mari était parti faire un cheval de bois à Troie et qu’il reviendrait bientôt par la mer, forcément par la mer, vu qu’Ithaque est une île. Je me suis dit alors, par-devers moi, que c’était vraiment une drôle d’idée de laisser sa femme au bord de la mer pour aller faire un cheval de bois à Troie. C’est un peu comme La complainte du phoque en Alaska, qui disait :

 

« Ça ne vaut pas la peine

De laisser ceux qu’on aime

Pour aller faire tourner

Des ballons sur son nez »

 

D’accord, c’est un cheval de bois, mais il est devenu célèbre ; quoique ce soit un cheval quand même et comme on sait, les chevaux de bois, ça tourne, ça tourne. Et puis, le gars, enfin, le mari de Pénélope avait promis qu’il rentrerait vite, sitôt le cheval fini, mais c’est toujours la même histoire, il avait traîné en route et il lui a servi au retour de ces fols racontars invraisemblables avec des géants, des sirènes, des tempêtes, des volcans en éruption, des cyclopes et que sais-je encore. Un fameux baratineur, car en finale, elle l’a cru ou alors, elle s’est ravisée et elle s’est dit qu’il valait mieux faire semblant de le croire et que ça n’aurait servi à rien de l’avoir attendu si longtemps et d’avoir tissé, tissé, tissé telle une araignée obstinée et patiente une toile monumentale pour se disputer avec lui et le renvoyer à son cheval de bois et ses sirènes. En somme, comme je lui avais personnellement conseillé, elle a fait semblant d’avaler tous ces bobards et d’admirer son héros. Comme beaucoup d’entre elles, c’était une femme intelligente.

 

Oui, certes, Lucien l’âne mon ami, Pénélope est une femme intelligente et nombre de femmes ont cette intelligence qui leur permet de supporter les hommes et cette odyssée a fait pas mal de chemin depuis et puis, ce n’est pas vraiment le sujet de la chanson, sauf indirectement. La femme qui chante ici fait bien sûr allusion à la virée du marin mari :

 

« Je n’imaginais pas, c’est tout,

Qu’une barque, que de simples avirons

L’emmèneraient,

Me le prendraient. »

 

et à la difficulté à le faire rentrer à la maison :

 

« Je chante pour continuer à espérer

Qu’il puisse ainsi me voir

Et penser à rentrer,

Et penser à rentrer. »

 

Cela dit, Marco Valdo M.I. mon ami, il me semble qu’au début, tu évoquais une chanson qui porte le même titre en français ; à quoi pensais-tu ?

 

Eh bien, Lucien l’âne mon ami, à celle – cette Pénélope – qu’avait composée Georges Brassens, qu’il avait interprétée lui-même et qui fut ensuite si fémininement interprétée par Barbara. C’est dire si c’est une chanson qu’il faut entendre et d’ailleurs, je suis certain qu’elle a toute sa place ici auprès de celle-ci, dont je me suis amusé à faire la version française. Je m’empresserai donc d’insérer cette chanson de Brassens, quand j’aurai un peu de temps, car cette Pénélope est emblématique et est un personnage au centre de la manière de considérer la femme dans notre société. Ailleurs dans le monde, je ne sais pas vraiment ; qu’en serait-il de Pénélope dans les pays sous influence musulmane ou par exemple, en Afrique, où circule ce proverbe très patriarcal qui dit : « La place de la femme est à la cuisine ».

 

Oufti, dit Lucien l’âne, voilà qui est rétrograde. Pour une telle réflexion, même l’ânesse la plus soumise foutrait au bonhomme un fameux coup de pied et je préfère ne pas préciser l’endroit comme disait Georges Brassensencore lui – à propos de l’enterrement de son Grand-Père.

 

« Ma botte partit, mais je me refuse

De dire vers quel endroit,

Ça rendrait les dames confuses

Et je n’en ai pas le droit. »

 

Cela dit, reprenons notre tâche et tissons, tels des Pénélopes imperturbables, le linceul de ce vieux monde sexiste, patriarcal, benêt, menteur, borné et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 


 


 


 


 

Je ne suis pas une artiste,

Mais une femme optimiste.

Il ne me plaît pas d’implorer,

Je n’aime pas m’incliner,

Mais j’ai une grâce à demander,

J’ai une grâce à demander.


 

Je ne le savais pas du tout,

Que l’amour était aussi un poison.

Je n’imaginais pas, c’est tout,

Qu’une barque, que de simples avirons

L’emmèneraient,

Me le prendraient.


 

Je sais guérir les roses,

Je sais arranger les choses

Et j’attends le crépuscule les paupières closes

Face à la mer, à ses ondes

Et face au monde.


 

J’allume des lumières et le soir,

Je chante pour continuer à espérer

Qu’il puisse ainsi me voir

Et penser à rentrer,

Et penser à rentrer.


 

Oui, c’est curieux

Ce bandeau sur mes yeux.

Mais je respire mieux,

Quand une bouche l’embrasse,

Mais rien ne se passe.

Personne ne m’approche,

Personne ne me touche.


 

Je ne me sens pas en sécurité

Dans la nuit aux moments étouffants

Mais à la vérité,

C’est juste le vent qu’on entend

Et des mots vite oubliés.


 

Ici, on vit la vie ordinaire

Où tous ont un rêve.

Et quand quelqu’un partage votre rêve,

Alors tout s’apaise et se perd,

Alors tout s’apaise et se perd.


 

Je ne suis pas une artiste,

Mais une femme optimiste.

Je n’aime pas implorer,

Je n’aime pas m’incliner,

Mais j’ai une grâce à demander.

J’ai quelqu’un à faire rentrer,

J’ai quelqu’un à faire rentrer.

PÉNÉLOPE
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Published by Marco Valdo M.I.
5 novembre 2020 4 05 /11 /novembre /2020 10:29

Vitrines

 

Chanson française – Vitrines – Léo Ferré – 1953

 

 

 

 

L’Atelier du Père Noël


 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

L’autre jour, Lucien l’âne, si tu t’en souviens, on avait interrompu le dialogue que nous tenions à propos de la version française VITRINES d’une chanson de Maria Monti, intitulée Vetrine. Au moment de l’interruption, je parlais d’une chanson de Léo Ferré au titre parfaitement similaire – c’est-à-dire celle-ci : Vitrines. J’indiquais que, en quelque sorte, cette chanson complétait celle de Maria Monti ; sauf que, à y réfléchir, la chanson de Léo Ferré – de 1953est antérieure à celle de Maria Monti – de 1961. Je concluais en disant qu’on y reviendrait ; eh bien, nous y sommes.

 

Ah, dit Lucien l’âne, je me demandais d’ailleurs quand elle reviendrait au premier plan cette chanson de Léo Ferré, dont je me souviens assez vaguement. J’étais impatient de la voir et de savoir ce qu’elle pouvait avoir de particulier.

 

Ce qu’elle a de particulier ?, demande Marco Valdo M.I., c’est assez complexe à décrire. D’abord, c’est une chanson de Léo Ferré, ce qui est – en soi – une particularité et du Ferré des années 50-60, comment dire, du poète – car on ne saurait ignorer cette dimension poétique qui l’éloigne de la fabrication à vocation commerciale –, de l’auteur-compositeur, du musicien, de l’artiste et aussi, d’un moment où la chanson française est en pleine efflorescence, c’est l’époque des chanteurs à texte et à idées, des chanteurs poètes et qui visent à donner à la chanson le statut d’art à part entière, un art qui se crée et se développe dans les cabarets et s’active à faire sortir la chanson du monde vénal de la « variété ». Si on en croit la mémoire du temps et sans vouloir écarter pour autant les autres auteurs, émergent de cette formidable floraison, à mon sens, trois grands noms : Brassens, Brel et Ferré.

 

Certes, dit Lucien l’âne, la chanson française de cette période est vraiment particulière ; mais encore ?

 

Eh bien, Lucien l’âne, et c’est assez particulier et propre à Léo Ferré, il y a là comme une chanson « sociologique », qui annonce les analyses situationnistes incendiant la société de consommation et la société du spectacle.

 

Oh, dit Lucien l’âne, pourquoi veut-on tant faire croire au Père Noël ? Tout simplement, car l’atelier du Père Noël est au cœur de la fabrication de la soumission aux choses. C’est un des aspects les plus prégnants de la Guerre de Cent Mille Ans ; il convient de marquer les gens au cœur dès la petite enfance, par des tours de passe-passe d’enchanteurs masqués comme on marque les moutons ou les brebis par le baptême, les fêtes à répétition, ce sont des promesses de satisfactions frelatées.

 

C’est la chanson qui se met à penser le monde dans un processus kaléidoscopique de décomposition assez acide, reprend Marco Valdo M.I. Ça, c’est la marque de Ferré ; c’est aussi du grand art poétique. L’homme Ferré regarde le monde, il le raconte et en même temps, il en radiographie jusqu’aux moindres défauts. Le tout, au nom d’une vie à faire en dehors, une vie à vivre l’écart de cette société qu’il débecte copieusement. Il y a aussi ce refus de concéder quoi que ce soit au chapitre de la langue, de la phrase et des mots. Comprenne qui voudra, comprenne qui pourra, comprenne qui fera l’effort de comprendre. En cela, Ferré comme tous les auteurs de qualité, se refuse obstinément au populisme. On est loin de la chanson savonnette et de ses anecdotes insipides.

 

Tout ceci devait être dit et sans doute, dit Lucien l’âne, quelqu’un d’autre aurait mieux parlé de cette chanson, mieux détaillé le propos, éclairci l’une ou l’autre des images, mais, finalement, tu as raison, ce n’est pas là notre rôle. Ainsi, on en a dit assez, la chanson dira le reste et le lecteur (car il faut la lire) découvrira le reste ; c’est d’ailleurs tout le charme de la chose. Dès lors, tissons le linceul de ce vieux monde commercial, vénal, méprisant, nul et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Des Cadillacs et des ombrelles,

De l’albuplast et des bretelles,

De faux dollars, de vrais bijoux :

Il y en a vraiment pour tous les goûts.

Des oraisons pour dentifrices,

Des chiens nourris qui parlent l’anglais

Et les putains à l’exercice

Avec leurs yeux qui font des frais,

De faux tableaux qui font la gueule

Et puis des vrais qui leur en veulent.

Des accordéons déployés

Qui soufflent un peu avant de gueuler ;

Des filles en fleurs, des fleurs nouvelles,

Des illustrés à bonne d’enfant

Et des enfants qui font les belles

Devant des mecs bourrés d’argent.

 

Les vitrines de l’avenue

Font un vacarme dans les cœurs

À faire se lever le bonheur

Des fois qu’il pousserait dans les rues.

 

Les faux poètes qu’on affiche

Et qui se meurent à l’hémistiche,

Les vedettes à faits-divers,

Paroles de Jacques Prévert.

Les prix Goncourt que l’on égorge,

Les gorges chaudes pour la voix,

Les coupe-file et les soutiens-gorge

Avec la notice d’emploi.

Des chansons mortes dans la cire

Et des pick-up pour les traduire :

Le microsillon baye aux corneilles,

C’est tout Mozart dans une bouteille.

Le sang qui coule plein à la une

Et qui se caille aux mots croisés ;

« France soir », « Le Monde » et la fortune,

Devant des mecs qui n’ont pas bouffé.

 

Les vitrines de l’avenue

Font un vacarme aux alentours

À faire se lever l’amour,

Des fois qu’on le vendrait aux surplus.

 

Des pères Noël grandeur nature

Qui ne descendent plus que pour les parents

Pendant que les gosses jouent les doublures

En attendant d’avoir vingt ans.

Toupies qui tournent au quart de tour,

Bonbons fondants, bonheur du jour,

Et ces mômes qu’en ont plein les bras

À lécher la vitrine comme ça.

Des soldats de plomb qui font du zèle,

Des poupées qui font la vaisselle,

De drôles d’oiseaux en équilibre

Pour amuser les tout petits ;

À l’intérieur, la vente est libre

Pour ceux qui s’ennuient dans la vie.

Des merveilles qu’on ne peut pas toucher

Devant des mecs qui peuvent entrer.

 

Les vitrines de l’avenue

Font un vacarme dans les yeux

À rendre aveugles tous les gueux

Des fois qu’ils en auraient trop vu.

 

Jambon d’York, garanti Villette,

Des alcools avec étiquette,

Crème à raser les plus coriaces :

« Où l’on m’étend, le poil s’efface »,

La gaine qui fond sous les caresses,

Le slip qui rit, le bas qu’encaisse,

L’escarpin qui use le pavé,

Les parfums qui sentent le péché,

Des falbalas pour la comtesse,

Des bandes en soie pour pas que ça blesse ;

Du chinchilla, de la toile écrue,

Il faut vêtir ceux qui sont nus.

Des pull-overs si vrais qu’ils bêlent,

Des vins si vieux qu’ils coulent gagas,

Des décorations qu’étincellent

Devant des mecs qui n’en veulent pas.

 

Les vitrines de l’avenue

C’est mes poches à moi quand je rêve

Et que j’y fouille à mains perdues

Des lambeaux de désirs qui lèvent.

 

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Published by Marco Valdo M.I.
3 novembre 2020 2 03 /11 /novembre /2020 17:48
Le Virus et le Coca

 

Parodie française – Le Virus et le Coca – Marco Valdo M.I. – 2020

inspirée de la chanson de Claude Nougaro – Le Jazz et la Java – 1962

 

 

 

 

AUTOPORTRAIT

Claude Nougaro – 1996

 

 

 

 

Pour ceux que ça intéresse, je joins le texte complet de la chanson de Nougaro. 

 

Le Jazz et la Java

Chanson française – Le Jazz et la Java – Claude Nougaro – 1962

 

Quand le jazz est,

Quand le jazz est là ;

La java s’en,

La java s’en va.

Il y a de l’orage dans l’air,

Il y a de l’eau dans le gaz

Entre le jazz et la java.

 

Chaque jour un peu plus,

Il y a le jazz qui s’installe,

Alors la rage au cœur,

La java se fait la malle.

Ses petites fesses en bataille

Sous sa jupe fendue,

Elle écrase sa gauloise

Et s’en va dans la rue.

 

Quand le jazz est,

Quand le jazz est là ;

La java s’en,

La java s’en va.

Il y a de l’orage dans l’air,

Il y a de l’eau dans le gaz

Entre le jazz et la java.

 

Quand j’écoute béat,

Un solo de batterie,

Voilà la java qui râle

Au nom de la patrie,

Mais quand je crie bravo

À l’accordéoniste,

C’est le jazz qui m’engueule

Me traitant de raciste.

 

Quand le jazz est,

Quand le jazz est là ;

La java s’en,

La java s’en va.

Il y a de l’orage dans l’air,

Il y a de l’eau dans le gaz

Entre le jazz et la java.

 

Pour moi jazz et java,

C’est du pareil au même ;

Je me saoule à la Bastille

Et me noircis à Harlem.

Pour moi jazz et java

Dans le fond, c’est tout comme,

Le jazz dit « come on »,

La java dit « go on ».

 

Quand le jazz est,

Quand le jazz est là ;

La java s’en,

La java s’en va.

Il y a de l’orage dans l’air,

Il y a de l’eau dans le gaz

Entre le jazz et la java.

 

Jazz et java copains,

Ça doit pouvoir se faire.

Pour qu’il en soit ainsi

Tiens je partage en frère :

Je donne au jazz mes pieds

Pour marquer son tempo

Et je donne à la java mes mains

Pour le bas de son dos

Et je donne à la java mes mains

Pour le bas de son dos.

Et maintenant, il est temps de rire, voici le texte de la parodie.


 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


 


 

Quand le coco,

Quand le coco vide est là,

Le coco, le coco,

Le cocomerce s’en va ;

Il y a du gaz dans le verre

Il y a de la mort dans l’air

Entre le cocovid et le coca.


 

Chaque jour un peu plus,

Il y a le virus qui s’installe ;

Alors la rage au cul,

La cliente se fait la malle,

Ses petites fesses en bataille

Sous sa jupe fendue ;

Elle se marre, elle braille

Et reste dans la rue.


 

Quand le coco,

Quand le coco vide est là,

Le coco, le coco,

Le cocomerce s’en va ;

Il y a du gaz dans le verre

Il y a de la mort dans l’air

Entre le cocovid et le coca.


 

Quand je sors dans une salle

Des mesures en batterie,

Voilà le covid qui râle

Au nom de la patrie,

Mais quand je crie

Bravo aux artistes,

C’est le covid qui cavale

Me traitant de raciste.

 

Quand le coco,

Quand le coco vide est là,

Le coco, le coco,

Le cocomerce s’en va ;

Il y a du gaz dans le verre

Il y a de la mort dans l’air

Entre le cocovid et le coca.

 

Pour moi, covid et coca,

C’est du pareil au même

Moi, j’aime surtout la vie

Et je ris avec ceux qui m’aiment.

Pour moi covid et coca,

Dans le fond, c’est tout comme :

Le coca dit " Buvez ",

Le covid dit " Crevez ".


 

Quand le coco,

Quand le coco vide est là,

Le coco, le coco,

Le cocomerce s’en va ;

Il y a du gaz dans le verre

Il y a de la mort dans l’air

Entre le cocovid et le coca.


 

Cocovid et coca copains,

Ça conduit à l’enfer.

Pour survivre à ce destin,

Tiens, je partage en frère :

Je donne au coco vide du vin,

Pour marquer son tempo

Et j’offre au coca plein mes mains

Pour le jeter au bas de mon dos.


 

Quand le coco,

Quand le coco vide est là,

Le coco, le coco,

Le cocomerce s’en va ;

Il y a du gaz dans le verre

Il y a de la mort dans l’air

Entre le cocovid et le coca.

Le Virus et le Coca
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Published by Marco Valdo M.I.
2 novembre 2020 1 02 /11 /novembre /2020 21:32

 

VITRINES

 

Version française – VITRINES – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson italienne – VetrineMaria Monti1961


 

 

 

La Marchande d'Amours

in Stabies - circa 100



 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

Lucien l’âne mon ami, je vais mettre une chanson tout entière dans notre dialogue, car elle s’est imposée d’elle-même à cet endroit et qu’elle m’a guidé de sa voix si prenante quand j’essayais de donner consistance poétique à ma version française de Vetrine de Maria Monti. C’était aussi donner à Maria Monti une sœur française qui dise avec autant de tranquille passion, l’amoureuse dimension de la vie.

 

Venant de toi, Marco Valdo M.I., ça ne me surprend pas. Tu es capable du meilleur. Mais de qui, de quoi, quelle chanteuse, quelle chanson ?

 

Avant d’en venir aux réponses à tes questions, Lucien l’âne mon ami, je vais te parler un peu de cette chanson italienne, qui est une chanson d’amour où une jeune (ou moins jeune, qui sait ?) personne s’en va-t’en ville, dans le centre où il y a les rues commerçantes et les vitrines pour chercher un cadeau pour son amie ou son ami – car rien n’indique si la personne bénéficiaire de cette excellente intention est un homme ou une femme. Malheureusement, faute d’argent, elle peut juste regarder mais pas toucher et surtout, pas acheter et l’amoureuse déçue ne peut rien rapporter de ce qui s’étale dans les vitrines. C’est donc tout le drame de la pauvreté mis en chanson.

 

M’est avis aussi, ajoute Lucien l’âne, que c’est une variante du proverbe « La plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu’elle a. »

 

Maintenant, reprend Marco Valdo M.I., je réponds à tes questions. La chanson française qui a hanté tout le travail de version s’intitule « Ce Matin-là », l’auteur et l’interprète sont une seule et même personne : c’est Barbara. Comme promis, je la cite intégralement et je laisse chacun découvrir les réminiscences que je n’aurais en vérité pu éviter.

 

J’étais partie ce matin, au bois,

Pour toi, mon amour, pour toi,

Cueillir les premières fraises des bois,

Pour toi, mon amour, pour toi.

 

Je t’avais laissé encore endormi,

Au creux du petit jour,

Je t’avais laissé encore endormi,

Au lit de notre amour.

 

J’ai pris, tu sais, le petit sentier,

Que nous prenions quelquefois,

Afin de mieux pouvoir nous embrasser,

En allant tous les deux, au bois.

 

Il y avait des larmes de rosée,

Sur les fleurs des jardins,

Oh, que j’aime l’odeur du foin coupé,

Dans le petit matin.

 

Seule, je me suis promenée au bois,

Tant pis pour moi, le loup n’y était pas.

 

Pour que tu puisses, en te réveillant,

Me trouver contre toi,

J’ai pris le raccourci à travers champs,

Et bonjour, me voilà.

 

J’étais partie, ce matin, au bois,

Bonjour, mon amour, bonjour,

Voici les premières fraises des bois,

Pour toi, mon amour,

Pour toi.

Pour toi, mon amour,

Pour toi.

(Ce Matin-là – Barbara – L. Gnancia, 1963)

 

C’est avec plaisir et impatience que je m’en vais les chercher, moi, dit Lucien l’âne, ces fameuses réminiscences. Je suis très curieux de voir ce que je vais y trouver.

 

 

Fais-le, je pense que ça te plaira, dit Marco Valdo M.I. Par ailleurs, ça n’a l’air de rien ces petites frustrations du quotidien, tous ces refus, ces manques qui sont infligés à ceux qui n’ont rien ou peu, ça n’a l’air de rien, mais c’est le degré zéro de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres pour imposer leur domination, pour magnifier leurs possessions, pour accroître leurs privilèges, pour étendre leur pouvoir et pour la plupart d’entre eux, pour paoniser tout partout. Elle commence là, à ras du sol, cette Guerre, avec ces signes de richesse, ces faux semblants, ces pacotilles, car les riches peuvent offrir ou s’offrir tout ce qui leur passe par la tête et c’est un de leurs multiples et humiliants privilèges. L’humiliation ne vient pas tellement du fait que le pauvre ne peut tout acquérir, mais bien du fait qu’il veut acquérir. C’est cette envie qui le ronge et le détruit. Le pauvre se laisse prendre au miroir des alouettes ; c’est là le piège de la société. Maria Monti a bien vu ce piège social, ce ressort caché de l’exploitation qui fait que bien des pauvres ont comme but principal dans la vie de devenir riches et en attendant, ils font semblant d’être riches, ils s’épuisent à vouloir faire comme les riches, d’avoir les mêmes objets, les mêmes fanfreluches, les mêmes hochets, les mêmes parfums, les mêmes vêtements (même faux, même au rabais), les mêmes autos, de faire les touristes, de partir en croisière, et ainsi de suite – toute leur vie y passe, toute leur vie se meurt dans son simulacre. Face à cette réification de l’être, face à cette prétention des riches de mesurer le monde et la vie en termes d’accumulation de choses – par nature, insignifiantes, de réduire le monde et la vie à la possession, Maria Monti affirme que la seule mesure de l’homme est l’homme (au sens générique) – mais, entendons bien : l’être ramené à lui-même, comparé à lui-même et pas l’homme dans sa dimension physique, ses performances, sa corpulence, son apparence qui veut s’affirmer (plus ceci, plus cela) par rapport aux autres, pas l’homme concurrentiel et que dès lors, la seule mesure de l’amour, c’est l’amour et comme il est incommensurable, il échappe à la mesure. Il existe d’ailleurs une autre chanson française qui met bien en évidence cette arnaque monumentale que sont les vitrines. Elle s’intitulait également Les Vitrines et elle est l’œuvre de Léo Ferré. On y reviendra tout prochainement.

Oui, oui, dit Lucien l’âne, on verra ça plus tard. D’ici là, tissons le linceul de ce vieux monde possédant, paonisant, accumulateur, riche, vénal, tentateur et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

Je suis partie ce matin dans le centre

Voir dans les vitrines, les choses à vendre

Que j’aurais achetées pour toi,

Pour te donner un peu de joie,

Mais hélas payer, je ne le pouvais pas.

 

Je voulais entrer dans les magasins

Et demander pour toi ce qu’il y avait de bien.

Dans mes poches, j’ai cherché en vain,

Et je savais déjà qu’il n’y avait rien.

 

Chaque fois que je vais dans le centre,

J’ai le cœur plein de cendres.

Je ne vois pour toi mon amour, pour toi,

Que mon amour pour toi, mon amour, pour toi.

 

Chaque fois que je vais dans le centre,

J’ai le cœur plein de cendres.

Je ne vois pour toi mon amour, pour toi,

Que mon amour pour toi, mon amour, pour toi.

VITRINES
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Published by Marco Valdo M.I.
31 octobre 2020 6 31 /10 /octobre /2020 18:56

 

LE CARROUSEL DE L’AVORTEMENT

 

Version française – LE CARROUSEL DE L’AVORTEMENT – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson italienne – Il girotondo dell'abortoMaria Monti – 1977

Album : Muraglie

 


 

SANS ESPÉRANCE

Frida Kalho - 1945

 


 

Dialogue Maïeutique

 

 

Honnêtement, Lucien l’âne mon ami, je ne sais pas comment tes congénères traitent les ânesses, mais sincèrement, j’espère qu’ils les traitent mieux que les humains mâles traitent les femmes. J’admets immédiatement, pour couper court à toute polémique inutile, j’admets donc qu’il y a des exceptions et qu’il est des hommes qui se conduisent correctement. Cependant, la proportion de mecs corrects est assez réduite.

 

On peut toujours imaginer, dit Lucien l’âne, qu’avec le temps et l’éducation et la civilité, elle pourra s’étendre jusqu’à l’entièreté du genre. Cependant, tout est dans « avec le temps ». Quant aux ânes et à leurs pratiques sexuelles, et à leurs relations avec les ânes, la chose est bien documentée par les zoologues, les éthologues et les autres spécialistes des mœurs animales. Peut-être, cependant, pour démêler l’affaire du sexe des ânes faudra-t-il un concile. Un concile scientifique s’entend, car les ânes ne sont tout de même pas des anges et contrairement au sexe des anges – encore un de ces mystères insondables inventé par les religions – il est scientifiquement et rationnellement possible de débattre sereinement et efficacement du sexe des ânes.

 

En effet, c’est une matière palpable, reprend Marco Valdo M.I., mais assez parlé du sexe des ânes ; revenons à notre chanson et à son titre : Il girotondo dell'aborto LE CARROUSEL DE L’AVORTEMENT, qui est tout un programme, car il résume parfaitement la situation des femmes en Italie, un demi-siècle après l’instauration légale du droit à l’avortement et de cette aide salutaire qu’est l’avortement médicalement assisté. C’était une loi sage qui tenait compte de la réalité – l’avortement est un soin comme un autre, qui soigne une blessure profonde infligée à la femme et dès lors, doit être traité comme tel et qui prenait la mesure de la détresse des femmes et de leur douleur et de leur véritable besoin d’aide. Cependant, pour d’absurdes considérations religieuses, pour d’irrationnelles et idiotes croyances, les religieux ont organisé le sabotage de cette loi de santé publique. Ils ont inventé une soi-disant objection de conscience qui dégagerait le médecin de son serment d’Hippocrate (le médecin n’est pas là pour juger, il est là pour soigner) et tous ceux qui l’assistent de leurs obligations morales, éthiques et professionnelles. Il y a là comme un déni du sens même de l’engagement médical.

 

Dis-moi, Marco Valdo M.I., si je comprends bien, il y a des médecins qui pour des conceptions extérieurs à leur métier (et qui n’ont rien à y faire), refusent de soigner des femmes et de surcroît en violant la lettre et l’esprit de la loi commune.

 

C’est bien ça, Lucien l’âne mon ami, et du coup, dans presque tout le système hospitalier en Italie, l’avortement légal ne peut être effectué faute de médecins ou d’équipes médicales et les femmes en sont réduites à chercher d’un hôpital à l’autre quelqu’un qui accepte d’appliquer la loi. Résultat : les plus fortunées se font avorter en privé ou s’en vont à l’étranger, en Belgique par exemple ; et celles qui n’ont pas les moyens se font avorter dans des conditions sanitaires dangereuses – certaines sont mutilées, d’autres en meurent et toutes sont porteuses de cette immense souffrance supplémentaire. Car, il est toujours bon de rappeler que personne au monde n’avorte par commodité ou plaisir.

 

Oh, dit Lucien Lane, j’ai honte pour l’espèce humaine, qui au nom d’on ne sait quelle entité impalpable, laisse ses femmes à l’abandon dans ces moments si angoissants, jusqu’à la mort parfois. Mais j’ai peut-être une solution à cette incurie permanente des médecins.

 

Ah, oui, laquelle ?, demande Marco Valdo M.I. ; quelle pourrait bien être une telle solution ?

 

Eh bien, dit Lucien l’âne, il s’agirait d’enseigner dès l’enfance à tous, outre une éducation sexuelle sérieuse, solidement documentée et agréablement exposée, la bonne manière de pratiquer sans danger majeur dans de bonnes conditions et sans l’intervention médicale un avortement, au-delà duquel le médecin ne pourra plus médicalement refuser de soigner la malade atteinte d’une fausse couche et n’aura plus la possibilité de recourir au faux-fuyant de l’objection de conscience. Pour les jeunes les plus démunis, ce serait une sorte de moyen ultime d’autodéfense contre le malheur. Pratiquement, ce serait juste une question d’éducation (et là, pas d’objection de conscience qui tienne) et compte tenu du savoir ainsi dispensé suffisamment tôt dans la jeunesse, on finirait peut-être même par ne plus devoir avoir recours à l’avortement aussi massivement qu’aujourd’hui.

 

J’aimerais comme toi, Lucien l’âne mon ami, pouvoir parier sur l’intelligence du cœur et la conscience de l’humanité et plus encore sur sa capacité à se débarrasser des entités nébuleuses qui veulent lui dicter sa façon de vivre, c’est à mon sens la seule voie vers vie apaisée.

 

Je te concède qu’on en est loin dit Lucien l’âne, mais ce n’est pas une raison pour se soumettre aux diktats préhistoriques ; c’est d’ailleurs un des sens de notre « Ne jamais se soumettre, car se soumettre ce serait cesser d’exister ». Alors, tissons plus encore le linceul de ce vieux monde croyant, crédule, mythomane, douloureux, injuste et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


 


 


 


 

Au fond, j’angoisse chaque jour,

Chaque fois que je fais l’amour.

En plus, si jamais je tombe enceinte,

Je devrai faire semblant d’être contente.


 

Et si je ne peux qu’avorter encore,

On me dit qu’il y aura une mort.

Et si je poursuis ma grossesse,

On me dit : « Regardez quelle panse ! ».

Et quand j’aurai enfin accouché,

L’enfant né sera ma responsabilité.


 

« Ton enfant est à toi », me dit le monde

Et avec lui, sans cesse, je fais la ronde.

Quand fatiguée, je m’effondre un moment,

Mon homme me dit : « Tu étais belle avant. »


 

 

LE CARROUSEL DE L’AVORTEMENT
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Published by Marco Valdo M.I.
29 octobre 2020 4 29 /10 /octobre /2020 18:46

 

Tripoli

 

Chanson française – Tripoli – Marco Valdo M.I. – 2020

 

 

 

Les Barques

Vincent Van Gogh - 1888

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

Tripoli, Lucien l’âne mon ami, est le nom d’une ville au Liban et aussi, le nom d’une ville en Libye. Ces deux villes sont des ports des bords de la Méditerranée et de ces ports partent – sur des barques de fortune – des gens désespérés qui cherchent à gagner un monde moins absurdement destructeur, qui cherchent à gagner un territoire où la vie peut reprendre d’autres couleurs.

 

Ah, dit Lucien l’âne, ça, je le savais qu’il y a deux Tripoli, moi qui ai depuis tant de temps fait sur mes petits pieds d’âne le tour de la grande mer. J’ai même rencontré deux Alexandrie. Ce n’est quand même pas toute la chanson. Que raconte-t-elle d’autre ?

 

Cette chanson, Lucien l’âne mon ami, est une complainte et comme toutes les complaintes, c’est une chanson triste. Elle parle de mort, elle baigne dans une atmosphère morbide, elle glisse sur une lugubre mer de mort. Elle chante, elle susurre, elle murmure la fin d’un monde, la déliquescence d’un pays (ici, le Liban qui s’enfonce dans un chaos insondable ; il n’est d’ailleurs pas le seul, la Libye et tant d’autres aussi), l’exil, la mort d’un enfant.

 

Comme je vois, dit Lucien l’âne, c’est vraiment une chanson triste.

 

Épouvantablement triste, reprend Marco Valdo M.I., et l’idée m’en est venue à la lecture d’un récent article (« Mourir sur le bateau ? Ici, on meurt aussi, c’est juste plus lent » – Le Soir, Bruxelles – 24-25 octobre 2020), qui narrait l’atroce périple d’une jeune couple de Tripoli (Liban), qui pour fuir le quartier de Qobbé sur les hauteurs de la ville – un lieu de combats, où les gens meurent des balles perdues de tueurs maladroits – avait tenté sur une barque de passage de rejoindre Chypre. C’était ce qu’on leur avait promis comme aux autres passagers, moyennant finances. Mais la barque, dans la nuit, se perd, s’égare et au matin, finalement, tombe en panne quelque part sur la mer immense. Ainsi, ils n’étaient jamais arrivés à Chypre et pire, l’équipée se prolongeant, l’eau vient à manquer et leur jeune enfant meurt de déshydratation et le papa doit se résoudre à jeter son enfant mort à la mer.

 

Mais elle est effroyable, ta chanson, dit Lucien l’âne.

 

Peut-être bien, dit Marco Valdo M.I. ; cependant, elle ne fait que refléter le réel. Et puis, regarde qu’à la fin, elle ouvre quand même une porte sur une autre histoire. Même si les protagonistes ne sont pas des dieux ou des héros antiques, c’est un destin tragique, qui refuse la fatalité. À la première occasion, ils retenteront le passage vers l’Europe. C’est une chanson de l’autre côté du miroir de l’émigration.

 

Enfin, dit Lucien l’âne, on ne va pas épiloguer plus encore, laissons dire la chanson, car il me semble qu’elle conte bien plus que ça et qu’avec un peu d’attention, on peut le découvrir. Alors, tissons le linceul de ce vieux monde sec, rugueux, aride, émacié, étique, mortifiant et cacochyme.

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Il y a deux Tripoli

Aux bords de la même eau ;

Nous partirons de Tripoli

En bateau, en bateau.

 

Vivre à Tripoli,

C’était tout un poème ;

C’était notre pays,

On y vivait bien même.

 

On ne peut plus rester ici ;

On ne peut plus rester à Tripoli ;

Adieu Libye, adieu Liban,

Partons tant qu’il est temps !

 

En Europe, au Canada, bien loin,

Professeurs, ingénieurs, médecins,

Avec de beaux visas et en avion

De Libye, du Liban, tous s’en vont !

 

Il y a deux Tripoli

Aux bords de la même eau ;

Nous partirons de Tripoli

En bateau, en bateau.

 

Quittons le Liban en chantant,

Laissons la Libye, en rêvant,

Nous irons à Larnaca

Sur une grande barque en bois.

 

Vague par vague, hésitantes,

Demain, Chypre, belle île en mer,

Demain matin, l’île rutilante

Accueillera le père, le fils et la mère.

 

Il y a deux Tripoli

Aux bords de la même eau ;

Nous partirons de Tripoli

En bateau, en bateau.

 

Avec mon enfant dans mes bras,

On n'a jamais atteint Larnaca.

Quand il est mort sur le bateau,

Je l’ai jeté à l’eau.

 

Depuis, pauvre de moi,

J’ai du bleu plein la tête,

Depuis des mois et des mois,

La douleur ronge ma bête.

 

On a perdu le gosse,

On se souvient de l’eau atroce.

Vaut mieux subir ce qu’il a subi

Que de rester à Tripoli, à Tripoli.

 

Il y a deux Tripoli

Aux bords de la même eau ;

Nous partirons de Tripoli

En bateau, en bateau.

 

 

 

 

Tripoli
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Published by Marco Valdo M.I.
28 octobre 2020 3 28 /10 /octobre /2020 09:57

 

Erdogan, le prophète s’amuse

 

 

Récemment, Charlie avait republié les caricatures du prophète, afin de rappeler les assassinats de son équipe, perpétrés au nom de Dieu – version musulmane.

 

Notamment, une tête de prophète vue par le dessinateur danois Kurt Westergaard :

 

 


 

 

 

Il avait aussi rappelé la version de Luz, publiée en première page de Charlie :

 

 


 

 

 

Tout ceci n’a pas plu aux fanatiques qui ont recommencé à tempêter, à lancer mille et une menaces de mort et plein d’autres fariboles assassines. Monsieur Erdogan s’est lancé à son tour dans l’aventure ; mal lui en a pris, il s’est fait épinglé par Charlie et son image en prophète amusant fait le tour du monde :

 

 

 


 

 

 

Pour le consoler nous lui offrons la couverture de la vie du prophète ; il peut se procurer un volume aisément en demandant à son ambassade en France d’aller en quérir à la plus proche librairie – c’est en vente libre :

 

 


 

 

 

Et s’il ne comprend pas, il pourra toujours méditer sur ce dessin de Chapatte :

 

 


 

 

 

Et pour conclure, on lui conseille la chanson Erdowie, Erdowo, Erdowahn, œuvre de Dennis Kaupp, dont on avait fait la version française.

 

 

 

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Published by Marco Valdo M.I.
27 octobre 2020 2 27 /10 /octobre /2020 17:15
CONTRE LE VENT

 

Version française – CONTRE LE VENT – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson allemande – Gegen den WindReinhard Mey – 2010

 

Paroles et musique : Reinhard Mey

Album : « Mairegen »

 

 

 

 

 

Éole (Avion de Clément Ader) décolle

Albert Brenet - 1890


 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Voici, Lucien l’âne mon ami, une chanson qui s’intitule Contre le Vent.

 

Oh, dit Lucien l’âne, ne vient-on pas tout récemment encore de publier une chanson Contrevent ? N’est-ce pas la même chanson ? Ne dit-elle pas les mêmes choses ?

 

Sur ces deux points, répond Marco Valdo M.I., la réponse est nettement négative. Non, ce n’est pas la même chanson. Non, elle ne raconte pas du tout les mêmes choses. D’ailleurs, elles ne portent pas le même titre et la différence est encore plus nette en allemand – dans leurs versions d’origine, puisque toutes deux sont des versions françaises de chansons allemandes à peu près contemporaines. Souviens-toi, la précédente, que j’avais nommée Contrevent s’intitulait en allemand Gegenwind der Zeit, ce qui donnerait littéralement Contrevent du Temps et qu’on aurait pu valablement appeler À Rebrousse-temps. C’est une chanson des Toten Hosen et sortie en 2017, elle est la plus récente des deux. Celle qui nous occupe aujourd’hui est une chanson de Reinhard Mey, son titre Contre le Vent est la transcription fidèle du titre allemand : Gegen den Wind.

 

Soit, dit Lucien l’âne, voilà qui clarifie un peu les choses ; mais cette proximité de titres est-elle pur hasard ou lie-t-elle les deux chansons ?

 

Probablement, les deux, dit Marco Valdo M.I. ; mais à vrai dire, je n’en sais rien. Je veux dire que je ne sais vraiment pas si les deux chansons se font volontairement écho. Ce que je constate, c’est un ensemble de coïncidences quant à la forme et une énorme divergence quant au contenu, quant au fond. La plus ancienne, celle d’aujourd’hui, celle de Reinhard Mey est une chanson de révolte, une chanson de libération, une chanson d’émancipation face à la société. Et pour ce qui est du vent, elle incite à aller à son encontre. Pour elle, le vent est le courant d’air qui empêche d’avancer, c’est un vent paralysant, qui souffle vers le passé : c’est l’air de la réaction.

Ah, dit Lucien l’âne, ainsi, la société est une mer des Sargasses, où toute (presque toue) nouvelle génération vient s’engluer.

 

C’est ça, répond Marco Valdo M.I. ; maintenant pour celle des Toten Hosen, c’est une autre affaire ; elle est beaucoup plus amère, elle parle d’un autre vent, d’un vent d’autre temps, d’un vent qui s’en va dans l’autre sens, qui s’en va vers l’avenir et elle dénonce les gens qui s’en vont à contre-sens de ce vent et qui souhaitent le retour aux glorieuses heures du passé, le retour aux grandeurs du Reich de mille ans qui n’a duré que douze ans.

 

Ainsi en emporte les vents, dit Lucien l’âne, : une fois dans un sens, une fois dans l’autre. Mais que retenir de la chanson qui nous occupe aujourd’hui ?

 

S’il fallait la synthétiser, s’il fallait, Lucien l’âne mon ami, la ramener à quelques lignes, je retiendrais ces quatre vers-ci qui la concluent :

 

« Seul un libre penseur, un esprit libre

Trouve son chemin et sort du labyrinthe.

On ne peut décoller que face au vent.

On ne peut décoller que contre le vent. »

 

Eh bien, voilà une chanson, dit Lucien l’âne, qui va dans le sens de notre commune devise : « Ne jamais se soumettre, car se soumettre, ce serait cesser d’exister. » Cependant, il convient comme pour le clavecin de la bien tempérer, d’y mettre une bonne dose de raison raisonnante. Alors, tissons le linceul de ce vieux monde intempérant, souffreteux, mélancolique, fade, falot, fadasse et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I.

 

 


 


 

 

Que puis-je vous transmettre à présent ?

Que m’a enseigné vraiment mon temps ?

Dans ma vie, j’ai appris beaucoup

Et beaucoup de choses ne valent pas beaucoup.

J’ai cherché derrière les façades des bâtiments

Pour voir à l’intérieur des gens :

Je les ai vu aller par des sentiers sinueux

Et au long de chemins dangereux.


 

Presque tous les jeunes deviennent vieux

Avant leur temps.

Le seul moyen de sortir du cercle vicieux,

C’est d’aller contre le vent.


 

Contre le vent,

À contre-courant,

Contre le vent,

Contre l’esprit du temps,

Contre la stupidité, mon enfant.

Seul un libre penseur, un esprit libre

Trouve son chemin et sort du labyrinthe.

On décolle face au vent.

On décolle contre le vent.


 

Que dit-on aux gens d’aujourd’hui ?

Faites ce qu’on vous dit !

Vous plaindre est interdit.

Enlevez votre chapeau, fermez-la !

On ne peut forcer tous les gens ;

On ne peut faire marcher au pas

Et foncer dans l’abîme aveuglément

Que ceux qui acceptent ça.


 

Et si tous les autres avancent,

Sans opposition et en silence,

Alors, debout, allez en confiance

Au pas de parade, au pas de course,


 

À contre-courant,

Contre le vent,

Contre l’esprit du temps,

Contre la stupidité, mon enfant.

Seul un libre penseur, un esprit libre

Trouve son chemin et sort du labyrinthe.

On ne peut décoller que face au vent.

On ne peut décoller que contre le vent.

CONTRE LE VENT
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