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2 octobre 2020 5 02 /10 /octobre /2020 18:32

 

 

LES PETITS HOMMES AU POUVOIR 

ÉNORME

 

Version française – LES PETITS HOMMES AU POUVOIR ÉNORME – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson allemande – Die kleinen Männer mit der riesengroßen MachtGeorg Kreisler – 1979

Paroles et musique de Georg Kreisler (1922-2011), satiriste, cabarettiste et compositeur viennois. (georgkreisler.info) Étazunien d’adoption, sa famille, de religion juive, dut fuir l’Autriche après l’Anschluss en 1938.

Album : « Mit dem Rücken gegen die Wand » (Avec le dos au mur).

 


 

  

Homme de pouvoir

Bruno Voigt - 1933

 

 


 

Dialogue Maïeutique 

 

 

 

 

« Les petits hommes », ha, ah !, dit Lucien l’âne, mais tous les hommes sont petits, même comparés à un cheval ou à une vache, ou à un cochon.

 

Lucien l’âne mon ami, je t’arrête tout de suite. Certes, tu as raison, vu comme ça, les hommes sont tous petits, mais ce n’est pas de cette grandeur-là qu’il s’agit ; il s’agit de la grandeur au sens moral, pas de la taille de leur corps, ni de la taille de leur richesse matérielle relative, mais de la taille de leur personnalité.

 

En quelque sorte, dit Lucien l’âne, il s’agit de leur petitesse intérieure.

 

Juste, reprend Marco Valdo M.I., et comme on le sait, les hommes et les femmes peuvent considérer leurs semblables de divers points de vue. Dans ce cas, on considère les gens du point de vue de la personnalité, chose qui englobe toutes sortes d’éléments et singulièrement, le caractère, la posture morale et pour tout dire, la psychologie globale de l’individu et pas de son physique.

 

Oh, dit Lucien l’âne, ainsi un homme grand peut être un petit homme et un homme petit un grand homme et bien entendu, pareil pour les femmes, avec certaine nuance ; ainsi, on dira de Christine de Suède ou de Catherine de Russie qu’elles étaient de grandes dames – elles étaient de la noblesse et occupaient de hautes fonctions avec un certain brio et d’Hypatie d’Alexandrie ou de Marie Curie que c’étaient de grandes femmes, car leur grandeur se mesure à leur intelligence, à leur valeur scientifique ainsi qu’à leur humanité – qui n’ont aucun pouvoir coercitif sur les autres. Pour les mêmes raisons, on pense assurément de Voltaire que c’est un grand homme, pareillement pour Socrate, Aristote, Einstein ou Bertrand Russell. Ce n’est pas le cas pour Jules César, Alexandre le Grand ou Louis XIV, qu’on dit aussi le Grand, qui sont des gens qui doivent leur grandeur à d’autres critères.

 

Bref, dit Lucien l’âne, je vois de quoi il s’agit quand on parle de grands hommes et donc, que seraient alors les petits hommes de la chanson ?

 

Eh bien, dit Marco Valdo M.I., je voudrais quand même insister sur le fait qu’on peut être un grand homme sans aucune renommée et être à jamais ignoré comme tel. De tels grands hommes sont heureux, car ils appliquent à la lettre la morale du grillon de Florian : « Pour vivre heureux, vivons cachés ». Maintenant, voyons ces petits hommes de la chanson. Ce sont des nains moraux, leur petitesse est morale ; il faut les considérer du point de vue de leur personnalité (ou de l’absence de celle-ci) ; ils sont petits moralement et ce, quel que soit le poste, le rang qu’ils ont dans la société. En clair, ils peuvent occuper la plus haute fonction d’une société ou la plus basse, détenir les plus grands ou le plus petit pouvoirs, ils n’en restent pas moins de petits hommes.

 

Et ces petits hommes, dit Lucien l’âne, le mot qui les qualifie le mieux ne serait-il pas : mesquin ?

 

Exactement, dit Marco Valdo M.I., c’est le bon mot ; ce qui les caractérise, c’est la mesquinerie, c’est leur principale qualité. Ceci dit, ils ont également un égo inversement proportionnel à leur taille morale. Plus ils sont médiocres et mesquins, plus leur égo est gigantesque. Du point de vue éthique, ce sont des imbéciles heureux, ceux de La Ballade des gens qui sont nés quelque part. Le problème, c’est qu’il y en a beaucoup dans la société humaine. Ils sont nombreux et se démènent – c’est leur but essentiel – pour être les premiers, pour dominer, pour commander, pour diriger ; ils aiment le pouvoir, ils apprécient aussi de faire sentir aux autres l’importance qu’ils s’attribuent ou celle qu’ils se sont attribuée, quel que soit le niveau où ils se situent ; de même les pouvoirs démesurés dont ils disposent peuvent s’appliquer à n’importe quel poste ou niveau : du vigile au président le plus grand. Ils développent le syndrome de la peste émotionnelle, telle que al décrivait Wilhelm Reich ; ils la véhiculent et l’imposent. Et chose facile à comprendre, plus le niveau de pouvoir auquel ils accèdent, plus grande est la nuisance qu’ils représentent, plus – on me passera l’expression – ils emmerdent (littéralement) le monde.

 

Oufti, dit Lucien l’âne, je me demande comment ils peuvent vivre avec eux-mêmes, ce doit être écœurant, insupportable. Cependant, restons-en là, sinon, on n’en sortira pas aujourd’hui. Ça nous mènerait je ne sais où et en tout cas, trop loin. Pour l’heure, tissons le linceul de ce vieux monde pestilentiel, tout petit, trop grand, rond, plat, multiple, unique et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 


 

Les petits hommes au pouvoir immense

Ont été à l’école

Et portent des cravates.

Ils ont des biens et des familles et des dettes

Et veulent le meilleur pour leur patrie abstraite.


 

Les petits hommes au pouvoir énorme

Ont énormément d’ambition,

C’est nous qui en manquons.

Ils sont photogéniques, peignés, joviaux et au régime

Et regardent de haut les autres hommes.


 

Ils s’éveillent et sont prêts à l’instant,

Pour dormir, ils n’ont pas assez de temps.

Pour eux, la musique et le chant sont une perte de temps.

Ils ne pensent jamais à un rêve,

À un poème, à un arbre.

Ils rient peu et très rarement.


 

Les petits hommes au pouvoir colossal

Ont été depuis des ères immémoriales

Une race d’hommes spéciale.

Leurs erreurs sont fausses, leurs vertus sont fatales,

Leur arrogance est absolument normale.


 

Leurs femmes sont encore pires,

Avec leur air de deux airs.

On ne sait pourquoi ils en sont fiers.

Leurs enfants sont peureux, frivoles et stupides.

Dès après leur naissance, elles ont des hémorroïdes.


 

Ils ont des maîtresses, encore plus pires,

Qu’ils engagent comme secrétaires,

Qui sont là pour l’argent et l’influence,

Qui papillonnent et se moquent des choses,

Sourient de travers, parlent à tort et s’imposent.


 

Un petit homme m’a demandé : « Que devais-je faire ?

Le pouvoir était proche, j’ai dit oui

Et j’ai eu de la chance : maintenant je suis ici

Avec la police et les militaires.

Et le fait que je sois petit est oublié.

Je bois du champagne doux

Et comme il a bon goût,

Je suis comblé.

Petit homme, Dieu ne m’a pas gâté.

J’encaisse beaucoup. J’avale la saleté

Et je boucle des tas de dossiers.

Mais ce que je fais, je le fais pour la patrie.

Je n’abandonnerai pas mon peuple.

Ce serait irresponsable.

Je me sacrifie.


 

Les petits hommes au pouvoir démesuré

Pensent au courage et aux responsabilités,

Jamais à démissionner.

Nous, on est dans la merde jusqu’au cou.

Dès qu’on se bat pour s’en échapper,

Un petit homme arrive et se moque de nous.


 

Les petits hommes ont beaucoup promis,

On a entendu vraiment beaucoup leurs cris,

Mais rien n’a changé.

Un seul conseil : Méfiez-vous, chers amis,

Des petits hommes aux pouvoirs démesurés.


 

LES PETITS HOMMES AU POUVOIR ÉNORME
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Published by Marco Valdo M.I.
30 septembre 2020 3 30 /09 /septembre /2020 20:27
UN GÉNÉRAL

 

Version française – UN GÉNÉRAL – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson allemande – Der GeneralGeorg Kreisler – 1964

Paroles et musique de Georg Kreisler (1922-2011), satiriste, cabarettiste et compositeur viennois. (georgkreisler.info)

dans l’album " Nichtarische Arien " (" Arie non ariane ") de 1966


 


 

 

UN GÉNÉRAL

 


 


 


 

Dialogue Maïeutique

 

Lucien l’âne mon ami, voici une chanson qui raconte l’histoire d’une famille sans histoires : un père représentant, une mère admirable, leurs trois filles. Tout roulerait tranquillement, ordinairement, s’il n’y avait eu ce fils qui s’est mis dans la tête de se parer d’un uniforme. Depuis, il est général, il plastronne, il caracole, il se pavane au grand dam de ses sœurs et de ses parents.

 

Ohlala, dit Lucien l’âne, c’est comme ça, un général dans une famille, c’est tout un bazar et plein d’ennuis. Parfois, il va à la guerre et c’est fort bien ainsi, que ferait-il d’autre ? On le sait par cette chanson qui racontait ce qui était arrivé à cette famille qui avait acheté un « général à vendre » ; elle avait dû s’en séparer.

 

 

Certes, répond Marco Valdo M.I., un général, c’est censé faire la guerre ou en tout cas, aller souvent en campagne militaire. C’était ainsi que la mathématicienne et marquise Émilie du Châtelet l’entendait. Son mari revenait parfois, lui faisait un enfant pour la lignée, puis repartait à ses garnisons, ses sièges, ses batailles et ses gloires. Il faut dire qu’Émilie dans ses très longs intervalles recevait son ami Voltaire pour débattre de philosophie et science avec lui. Elle en a profité pour faire connaître Newton et ses Principes mathématiques à la France. Ça ne l’empêchait pas d’être coquette et Voltaire l’appelait gentiment Madame Pompon Newton. Mais je m’égare.

Pourquoi « Un général » ? C’est l’intitulé de ma version française, alors qu’il aurait fallu dire – vu que le titre allemand était « Der General » – « Le Général », mais voilà, il y avait déjà la chanson de Maurice Fanon avec ce même titre de « Le Général » et que nous avions déjà fait une version française d’une autre chanson allemande homonyme – « Der General » de Dieter Süverkrüp.

Oh, dit Lucien l’âne, n’était-ce pas celle où on disait « Que fait le général après la bataille ? Il salue les survivants. »

 

Exactement, répond Marco Valdo M.I., mais celle-ci d’aujourd’hui, celle de Kreisler, est beaucoup plus ironique et mordante. Elle s’en prend à l’idée-même du général, à son ambition, son égotisme, son solipsisme, son autoadmiration. Je te laisse apprécier le personnage au travers de la chanson. Une dernière chose : je voudrais une fois encore insister sur le fait que c’est une version française et que de ce fait, il ne faut pas s’étonner si elle ne correspond pas mot à mot, ni même vers par vers, à la chanson d’origine. Cependant, en gros, c’est la même histoire, c’est une bonne approximation.

 

En effet, dit Lucien l’âne, mais une langue n’est pas l’autre et les expressions pertinentes dans l’une ne fonctionnent pas toujours dans l’autre.

 

Si ce n’était que ça, dit Marco Valdo M.I., ça ne vaudrait pas la peine d’en parler. Ma remarque a comme but de souligner que la version – telle que je l’entends – à la différence de la traduction, entend être une œuvre indépendante, quoique assez fidèle. C’est une évolution ; c’est la raison pour laquelle elle est signée d’un nom d’auteur et que je prends bien soin de distinguer la version française et la chanson ainsi créée peut voler de ses propres ailes. Évidemment, tout dépend de ce qu’on veut faire. Il en a toujours été ainsi ; par exemple, nul ne contestera à Shakespeare la paternité de ses œuvres, mais il est patent qu’il allait chercher la substance de ses pièces qui se déroulent Italie dans les œuvres des auteurs italiens de son époque (entre parenthèse, ceci suppose qu’il ait connu ces œuvres en direct – comment se les procurait-il ? et qu’il ait connu les diverses variantes d’italien de ce temps ; de même, Homère fit son œuvre à partir d’une compilation de récits véhiculés par les aèdes.

 

C’est ainsi que ça va, je le sais bien, dit Lucien l’âne et crois-moi, je suis bien placé pour le savoir. Bref, on pourrait débattre longtemps, mais il me faut conclure. Alors, tissons le linceul de ce vieux monde militarisé, surarmé, conflictuel, plastronnant et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 


 


 


 

Son père est représentant,

C’est un homme honorable ;

Sa mère est une dame admirable,

Comme on en trouve rarement.

Le fils a subi l’enseignement

Comme un refrain obsédant.

Les voies du Seigneur sont impénétrables :

Bien que le fils a étudié à l’université,

Sans être un mauvais étudiant,

Qui aurait pu alors imaginer

Que ces parents en rien coupables

Iraient à présent en ville tête basse,

Ne regarderaient personne en face,

Car pour eux aussi, leur fils est un raté.

Mais sans doute, vous le devinez.


 

Ce pauvre homme est général,

C’est un vrai scandale.

Il aurait vraiment

écouter sa mère.

À présent, c’est le plus désolant

Les yeux aveuglés, sa mère pleure,

Lui, il se promène et fait le fanfaron

Avec une bande au pantalon !

Il joue au soldat, il monte à cheval,

Il caracole comme un petit enfant ;

Il fait du raffut et fait peur aux gens

Pour se faire remarquer : c’est un général.


 

Ces gens ont trois filles et n’ont pas honte d’elles.

La première est mariée à un chauffeur.

La deuxième est même avec un docteur,

Qui va l’épouserprétend-elle.

La troisième est encore célibataire,

Et pour encore un certain temps.

On dit qu’elle a eu beaucoup d’amants,

Qu’elle est déjà mère

Et qu’il faudra reconnaître l’enfant.

Ce qui complique encore son cas.

Cependant, le fils seul s’est égaré si affreusement ;

Pour lui, seul importe qu’on marche bien au pas :

Gauche-droite, une-deux, gauche-droite,

Gauche-droite, une-deux, gauche-droite !

 

La catastrophe est totale.

À présent, il est général,

Il coud des rubans

Et de petites étoiles,

Sur ses vêtements.

Il dort la nuit dans une tente,

Qu’on le salue, ça le contente.

Il se couche toujours très tôt

Et rêve qu’il est un héros.

Si on le réveille, il se met en colère :

Comme un chien devant une vipère !

Vous demandez : est-ce normal ?

Qu’importe : c’est un général !

UN GÉNÉRAL
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Published by Marco Valdo M.I.
27 septembre 2020 7 27 /09 /septembre /2020 18:47

 

Trumpland is Wonderland

 

Chanson française – Trumpland is Wonderland – Marco Valdo M.I. – 2020

 

 

 

 

Wondertrumpland

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

L’autre jour, Lucien l’âne mon ami, un chœur d’émigrants venu du passé interpellait les gens des Zétazunis d’Amérique et les mettait en garde face à la dégradation des conditions de vie dans leur pays.

 

En effet, dit Lucien l’âne, deux cent mille morts jusqu’à présent et des millions de chômeurs, ce n’est pas rien.

 

Cependant, reprend Marco Valdo M.I., il m’a paru que cette discrète alarme n’était pas assez directe d’autant qu’elle était apparue dans le cours de notre dialogue. C’eût été parfait, s’il n’était question de l’avenir de millions de gens et puis, on en était encore au fleuret moucheté.

 

Oh, dit Lucien l’âne, tu pratiques l’escrime à présent ?

 

Pas vraiment, répond Marco Valdo M.I., c’est de l’escrime verbale. Mais comme tu le sais, comme cela s’est révélé au fil des temps, les mots sont plus puissants que les armes, car, tout comme le projectile continue sa route vers sa cible et finit par la toucher – même si le tireur ou l’artilleur a été abattu, les mots une fois lancés continuent leur trajectoire et se font entendre sans perdre rien de leur vitalité et au besoin, de leur alacrité ; j’ai même tendance à penser qu’elles augmentent avec la distance parcourue.

 

Soit, dit Lucien l’âne, mais de quoi parle la chanson et qui l’a écrite, et pourquoi et comment et toutes ces questions qu’il est d’usage de poser ?

 

Oh, Lucien l’âne mon ami, je ne sais par où commencer. Disons d’abord que c’est une chanson de ma composition ; disons encore qu’elle a été inspirée, outre le chœur des émigrants de Walter Mehring, par une chanson qu’Erika Mann fit à Munich la même année de 1934, dans laquelle elle houspillait le Moustachu antipathique, intitulée Der Prinz von Lügenland. On en trouve la trace dans le titre de celle-ci qui s’intitule « Trumpland is Wonderland », soit en français : « Le Pays de Trump est le Pays des Merveilles », par antiphrase évidemment.

 

J’avais saisi, dit Lucien l’âne.

 

Je précise néanmoins, Lucien l’âne mon ami, que c’est un titre bâti sur l’expression « Deutschland ist Lügenland » (L’Allemagne est le pays du mensonge) qu’on pouvait inférer de la chanson d’Erika Mann qui visait le pays d’Hitler et dès lors, le titre « Trumpland is Wonderland » indique le pays de Trump, le pays sous la domination de Trump, le pays tel que le décrit Trump lui-même et Wonderland renvoie au pays totalement imaginaire et inventé, aussi vraisemblable que celui d’Alice au pays des Merveilles de Tim Burton, production Disney, une version très contemporaine.

 

Tiens, dit Lucien l’âne, je pensais qu’Alice était un personnage d’un roman anglais écrit par un pasteur pour une jeune fillette au XIXe siècle.

 

Évidemment, dit Marco Valdo M.I., mais la jeune enfant a grandi et est devenue une jeune fille et puis, comme on sait, on n’arrête pas le progrès. Donc, cette chanson entend portraiturer dans sa posture de menteur, de hâbleur, de tricheur invétéré ce Prince de Menterie qu’est le maître de Trumpland et elle se place dans le rôle de Cassandre quand elle dénonce la tentation de coup d’État qui ronge ce proto-dictateur.

 

Proto-dictateur ?, dit Lucien l’âne, qu’est-ce à dire ? Serait-il en passe de se transformer en dictateur à part entière ?

 

En quelque sorte oui, Lucien l’âne mon ami, et s’il ne tenait qu’à lui, il le serait déjà pleinement. Mon chant, car c’est un chant de sirène, un chant d’alarme, dépouille l’épouvantail de ses oripeaux. Il sort les plumes et le goudron pour enduire le tricheur, il met à nu les intentions et les mobiles de cet avatar du dictateur, du caudillo, du conducator, du duce, du führer, du petit père du peuple, etc. Il en a tous les tics, tous les tocs, tous les trucs et toutes les ambitions.

 

Quand même la sirène, dit Lucien l’âne, c’est toujours mieux que le glas ; il y a encore la possibilité d’échapper au désastre. En attendant, on pourrait toujours lui dédier ton autre chanson qu’était : « Fous le camp » à ce Prince de Menterie.

 

C’est bien le sens de ce que j’entendais, dit Marco Valdo M.I., et il n’empêche que le malheur se pointe à l’horizon et un horizon proche pour les habitants de ce Wonderland qu’il leur promet et qu’il ne réalisera jamais. On sait où tous ces mirages ont conduit les gens : à la ruine. Ceci dit, j’ai l’impression que le destin de ce Wonderland est suspendu à l’attitude que prendront les militaires étazuniens au moment venu.

 

Si c’est ainsi, dit Lucien l’âne, c’est plus qu’inquiétant et tu fais bien de sonner du cor. Pour le reste, tissons le linceul de ce vieux monde malade d’une étrange peste, atteint de dictaturomanie, berné, trompé, souillé et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


 

 

 

 

 

 

 

 

C’est le nouveau Wonderland

Wo der Prinz von Lügenland regiert,

Où règne Le Prince de Menterie.

C’est un grand pays Trumpland,

 

Je suis le Prince de Menterie,

Je mens à toutes les filles,

Je ne sais que mentir,

Personne ne peut tant vomir.

 

Qui ment une fois, on ne le croit pas ;

Qui ment toujours, toujours on le croit.

Tromperie est menterie,

Trumperie est tromperie.

 

Je répands tant de faux songes

Que le ciel en tombe sur la nation,

Le pays fourmille de cadavres et de mensonges,

Du peuple monte un vent de putréfaction.

 

Les deux cent mille morts sont vivants,

Je dis vrai quand je mens.

Tout le monde me croit, c’est sûr,

Je peux le lire sur les figures.

 

Mentir est un art,

Mentir donne du pouvoir.

Il fait beau mentir,

Il est bon de mentir.

 

Mentir, c’est de la triche,

Mentir, c’est faire voir la vie en rose.

Mentir, c’est embellir les choses,

Mentir rend riche.

 

La naïve vérité va en chemise.

Mentir est chatoyant et grise.

La Menterie est mon foyer,

Personne ne peut y dire la vérité.

 

 

Chaque jour, je joue ma survie.

Face à la vérité, je tempête et je crie ;

Je prépare le poison, j’allume l’incendie ;

Moi, moi, le prince de Menterie !

 

Je mène mon pays à la guerre civile.

Qui ne me croit pas est un imbécile,

Qui m’aime a confiance en moi

Et jusqu’au bout me soutiendra.

 

Soyez calmes ! Soyez paisibles !

Aimez-vous les uns, les autres !

Priez, dites des patenôtres !

Frappez, tuez, soyez terribles !

 

J’écraserai mes ennemis sous les bombes

Et je cracherai sur leurs tombes.

Je croasserai sur les décombres

Que tout est la faute des ombres !

 

En vérité, je vous le dis,

Mon combat est béni.

Vous êtes mes apôtres,

Les méchants, ce sont les autres.

 

Grâce à moi, demain tout sera magnifique ;

Grâce à moi, ici, ce sera le Paradis ;

Grâce à moi, Dieu bénit le pays ;

Grâce à moi, Dieu protège l’Amérique.

 

 Trumpland is Wonderland
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Published by Marco Valdo M.I.
27 septembre 2020 7 27 /09 /septembre /2020 09:01

 

LE CHŒUR DES ÉMIGRANTS

 

 

 

Version française – LE CHŒUR DES ÉMIGRANTS – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson allemande – Der Emigrantenchoral – Walter Mehring – 1934


 

Texte : Walter Mehring

Musique : Walter Goehr

Source : Erinnerungsort.de

Interprété par Ernst Busch et enregistré sur le disque « Walter Mehring, Das Lied vom Leben », neuvième publication de la série « Rote Reihe » d’Aurora-Schallplatten (1974).

Également dans « Entartete Musik – Eine Tondokumentation Zur Düsseldorfer Ausstellung Von 1938 », une grande collection consacrée à la « musique dégénérée » publiée en 1988 par le label allemand Pool.

Et aussi sur la musique de Lutz Görner in « Texte Und Lieder Verbrannter Dichter » (1983).

 

 

TRUMPLAND

 


 

Walter Mehring était un grand satiriste, très détesté par les nazis et de Goebbels en particulier. Il s’est enfui en 1933 en France (pays qu’il connaissait très bien pour y avoir séjourné plusieurs années), alors que ses livres brûlaient sur les places avec ceux de nombreux autres auteurs allemands. Mehring a été pourchassé par la Gestapo qui, lors de l’occupation de la France par les Allemands, a réussi à l’arrêter et à l’emprisonner. Aidé par ses amis, Mehring réussit à s’échapper, avec sa compagne, l’écrivaine et actrice autrichienne Hertha Pauli, et à arriver à Lisbonne. Ils y rencontrèrent Varian Mackey Fry, journaliste américain qui avait fondé le Comité de secours d’urgence, une association liée à l’Église unitarienne qui organisait la fuite des Juifs et des opposants au nazisme hors de la France occupée. Mehring et Pauli font partie des milliers de personnes que Fry a réussi à faire entrer clandestinement aux États-Unis.

 

Dialogue Maïeutique

 

Mon ami Lucien l’âne, cette chanson est la version française d’une chanson allemande de 1934, soit un an après la venue au pouvoir des thuriféraires du Reich de Mille Ans, qui s’est éteint après douze ; autrement dit, un an tout juste après le coup d’État qui jeta l’Allemagne dans les bras des bandits du NSDAP (Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei). Cette chanson, c’est un chœur d’émigrants – un chœur est un chant collectifqui appelait ceux qui étaient encore dans la nasse des nazis à fuir l’enfer qui les attendait, à partir tant qu’il est encore temps en exil comme l’homme aux semelles de vent, surnom que Verlaine donnait à Rimbaud.

 

Oh, dit Lucien l’âne, comme je le suis moi-même un éternel migrant, je sais que l’émigrant est par sa nature toujours un homme (ou une femme ou un âne, ou, ou) aux semelles de vent, mieux et plus encore quand il fait du monde sans frontière son pays et la Chanson d’Automne qu’écrivit Paul Verlaine le dit admirablement :

 

« Je me souviens

Des jours anciens

Et je pleure ;

 

Et je m’en vais

Au vent mauvais

Qui m’emporte

Deçà, delà,

Pareil à la

Feuille morte. »

 

Alors, reprend Marco Valdo M.I., l’homme aux semelles de vent est aussi souvent lui aussi, un homme à la valise. D’ailleurs, la valise transporte aussi une autre et très effroyable mémoire, car des valises, on en a retrouvé par milliers dans les entrepôts des camps de concentration et ces valises étaient celles de ceux qui n’avaient pas voulu ou pas pu émigrer. Ceux qui n’avaient pas répondu à l’appel du chœur des émigrants.

 

Ceux qui n’avaient pas voulu par excès de confiance, pas voulu par un trop grand attachement, pas pu par ignorance des mauvais jours à venir, pas pu par manque de moyens, dit Lucien l’âne, on ne sait jamais trop pourquoi les gens font ou ne font pas. Évidemment, il est trop tard pour tous ceux-là.

 

Oui, Lucien l’âne mon ami, mais cette émigration allemande a subi toutes les affres de l’exil forcé. Comme tous ceux qui fuient en abandonnant derrière eux : maison, famille, amis, emploi, etc., les émigrants allemands – même ceux qui avaient certains moyens ou une réputation – se sont retrouvés dans des situations très difficiles à vivre, comme des lions loin de la savane et certains se sont suicidés (Klaus Mann, Stefan Zweig, Walter Benjamin, Ernst Toller et bien d’autres). Je n’en dis pas plus, je laisse dire la chanson et aussi, tant d’autres chansons. Cependant avant de te laisser conclure, je voudrais faire une petite uchronie et à partir d’elle, demander à quelqu’un de transposer ce chœur des émigrants en langue anglaise, qui pourrait être à l’ordre du jour dans les temps qui viennent. Car, vois-tu Lucien l’âne mon ami, on pourrait (et c’est mon uchronie) imaginer, subodorer qu’aux États-Unis d’Amérique, on se retrouve prochainement dans une situation semblable à l’Allemagne des années 30 du siècle dernier. La République de Weimar était agitée par des groupes plus ou moins armés ; et de soubresauts en manifestations, de proclamations d’autorité en provocations, un homme fort, au langage énergique et brutal, a été propulsé au sommet de l’État en promettant de mettre de l’Ordre dans le grand pays et également, de donner à la nation et à son peuple la première place dans le monde. Le Reich allait montrer la grandeur de l’Allemagne et lui assurer la puissance, la richesse et le bien-être pour tous – à condition qu’ils soient de la bonne race. Le reste de l’histoire est connu : de victoires en victoires, il sombra dans le gouffre et les ruines. Donc, dans mon uchronie, à Trumpland, par un étrange retour des choses, on verrait fuir (et ils auraient grand intérêt à le faire tant qu’il en sera encore temps) – des États-Unis vers la vieille Europe – les artistes, les écrivains, les philosophes, les savants, les intellectuels, soit très exactement la même population que celle qui constituait cette émigration allemande dont parle la chanson. Reste une question primordiale : les militaires du temps de Weimar ont laissé faire et certains ont même appuyé l’instauration du Reich et soutenu le dictateur ; dès lors, la question qui se pose est : que fera demain l’armée de la grande puissance où j’ai situé mon uchronie ?

 

Peut-être que tu te trompes, dit Lucien l’âne, mais peut-être aussi que comme la Pythie, tu pourrais dire juste. De toute façon, on connaît le rôle de Cassandre de la chanson. Personnellement, j’ai l’impression très nette que ce pourrait bien être ce qui arrivera demain. Heureusement nous ne sommes pas dans le pays de ton uchronie et nous pouvons encore tisser le linceul de ce vieux monde détraqué, brutal, absurde et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 

 

Jetez vos cœurs par-delà les frontières !

Et où un regard sourit, jetez l’ancre !

Ne rêvez pas de la Lune ou du printemps.

Un monde est mort, c’était un autre temps !

Enfoncez-vous ça dans la tête et dites-vous

« Ici, nous sommes chez nous ! »

Construisez un nid ! Oubliez !

Oubliez ce qui vous a été enlevé et volé !

Que ce soit l’Isar, le Waterkant et la Sprée,

Tout ça, c’est du passé !


 

La patrie, son pays d’avant,

Emporté par l’émigrant,

Homme par homme,

Poussière à ses semelles,

De ville en village,

Avec lui, loin d’elle,

Dans son voyage.


 


 

Mettez des œillères, des cagoules de moines !

En dessous, vos têtes feront des bosses !

Le destin n’aime pas qu’on le tienne.

Il vaut mieux jouer avec les hyènes

Que pleurer là-bas avec vos compatriotes !

Je vous ai entendu crier et j’ai dit :

Non ! Fuyez le pays à pas feutrés.

Ils vous avaient dit, comme j’ai compris,

De chanter « Haut le drapeau », Dieu l’a ordonné.


 

La patrie, son pays d’avant,

Emporté par l’émigrant,

Homme par homme,

Poussière à ses semelles,

De ville en village,

Avec lui, loin d’elle,

Dans son voyage.


 


 

Emmenez votre espoir au-delà de la nouvelle frontière !

Arrachez la vieille dent énorme !

Tout n’est pas or où brillent les uniformes !

Ils vous calomnient, ils répandent leur colère,

Que dans l’océan, ils déversent leur impuissance !

Laissez-les seuls avec leur vengeance,

Jusqu’à ce qu’ils rendent ce qu’ils vous ont volé !

Maisons et champs, montagnes et fossés

Le diable les emporte dans sa danse !


 

Homme par homme,

D’un bout à l’autre,

L’émigrant emporte

Un peu de son pays

Et toute la patrie

Et quand sa vie

Expire, il l’emmène

Dans sa tombe.

LE CHŒUR DES ÉMIGRANTS
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Published by Marco Valdo M.I.
24 septembre 2020 4 24 /09 /septembre /2020 20:10

 

CHANSON POUR LES CHASSEURS

 

Version française – CHANSON POUR LES CHASSEURSMarco Valdo M.I. – 2020

Chanson italienne – Canzone per un cacciatoreZauber – 2002

 

 

 

 

 

L'Angoisse des Chasseurs


 

Dialogue Maïeutique

 

 

La chasse ou « De l’assassinat considéré comme un divertissement », dit Marco Valdo M.I., car dans ce monde, il en est pour considérer la chasse comme un sport, la chasse comme un loisir.

Oui, dit Lucien l’âne, moi, je vois ça d’ici. Un loisir, un sport et pourquoi pas, un art ?, pour reparaphraser Thomas de Quincey et son « De l’assassinat considéré comme un des beaux-arts ». Mais enfin, quand même, imagine ce qui se passerait « Si les lapins avaient des fusils ».

En effet, dit Marco Valdo M.I., je te suggère d’en rester à cette proposition. Dans la chanson, c’est le chasseur lui-même qui est passé au crible et sa personnalité est décrite sans fard. Et c’est pas beau à voir le mental de ces Tartarins.

 

Oui, dit Lucien l’âne, je ne peux même pas m’imaginer en train de tuer pour le plaisir des êtres désarmés et a fortiori, s’ils sont plus faibles que moi. Et ils le sont tous forcément puisque c’est le chasseur qui tient le fusil.

 

Avant de te laisser conclure, Lucien l’âne mon ami, j’ai une proposition à leur faire à ces tueurs. Si au lieu de chasser le faisan, le lapin, le lièvre ou le canard, ils s’entendaient entre chasseurs pour se chasser eux-mêmes entre chasseurs. Ce serait la chasse aux chasseurs. Du coup, ils n’ennuieraient plus aucun autre animal.

 

C’est une bonne idée, dit Lucien l’âne, mais je doute fort qu’ils la trouvent à leur goût. En attendant leur réponse, tissons le linceul de ce vieux monde stupide, assassin, lâche, criminel et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 

Chez vous, tout n’est pas rose.

Votre vie est un peu ennuyeuse ;

Peu d’argent, des fleurs sans pétale,

Les journées toutes égales.

Sacrifices, déceptions,

Économies et frustrations

Sont à l’ordre du jour,

C’est votre pain de toujours.

 

Mais le dimanche matin,

La roue tourne enfin.

C’est l’heure de votre érection.

Avec votre fusil à l’épaule,

Dressé comme une gaule,

Avec vos chiens et votre collation,

Sur les lièvres et les faisans,

Vous vous vengez maintenant.

 

Tirez vite, tirez ! Tirez à nouveau, tirez !

Tirez sur tout ce que vous voyez !

Avec cette arme en somme,

Oui, vous êtes vraiment un homme.

Et qu’importe si demain,

Vous retournerez à vos misères,

Aujourd’hui, vous êtes craint,

Le lapin vous fuit dans le pays.

 

Merles, moineaux et hiboux,

Rouges-gorges et faucons,

Tirez, tirez, et tous apprendront

Quel grand homme vit en vous !

Le dimanche est passé.

Vous êtes las, mais sans peine,

Car dans votre carnassière pleine,

Repose votre virilité.

 

CHANSON POUR LES CHASSEURS
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Published by Marco Valdo M.I.
23 septembre 2020 3 23 /09 /septembre /2020 20:17

 

MADAME X

Chanson allemande – Frau XErika Mann1933

Texte : Erika et Klaus Mann

Musique : Magnus Henning (1904-1995), compositeur et pianiste bavarois


 

 

Scène de rue à Berlin

Ernst Ludwig Kirchner

1913

 

 

 

 

Une autre chanson au vitriol, où Erika et Klaus Mann, par la bouche de Therese Giehse, pointaient du doigt la riche, grasse et contente bourgeoisie commerçante allemande qui, avec l’aristocratie militaire, fut le noyau dur du consensus nazi : « Un gaz toxique suinte dans nos chambres – ».

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Mon ami Lucien l’âne, je vois bien ton sourire en coin. Sans doute, est-ce à l’idée que tu te fais en lisant le titre de la chanson dont je viens de faire une version française. À ce sujet, j’ajoute tout de suite qu’on pourrait en faire d’autres et des meilleures. Ton sourire en coin, que peut-il signifier ? Serait-ce que tu imagines je ne sais quelle dame tenancière de je ne sais quel boui-boui, quelle maison particulière, une émule de Madame Claude, mère maquerelle de haut vol ou alors, Madame Irma, une voyante rigoureusement extralucide ?

 

Que voyait-elle ?, demande Lucien l’âne.

 

L’avenir, répond Marco Valdo M.I., du moins, un certain avenir. C’était hallucinant de précision et de justesse. La seule chose, mais ça gâchait tout, c’est qu’elle voyait un avenir autre que celui qui se déroulait ensuite. Cependant, sur le moment, quand en tremblant, en se trémoussant, en transpirant abondamment, elle décrivait le futur, c’était convaincant. L’avenir paraissait vrai ; de hauts personnages, des chefs d’État même la consultaient. Tout comme au demeurant, les mêmes recouraient aux services de Madame Claude. Pour ce qui est de Madame X, ce n’est pas du tout pareil. Madame X est une bonne dame de la société allemande, une bourgeoise qui avec son mari, tient un commerce honorable ; quelque chose dans l’épicerie ou le vêtement, on ne sait trop. Ça n’est pas dit.

 

Bien, dit Lucien l’âne, admettons, un commerce qu’on dira respectable. Mais encore ?

 

Peut-être, Lucien l’âne mon ami, si tu y tiens vraiment, pourrais-tu trouver réponse à cette question chez Erika Mann, dans son livre « The lights go down », Farrar & Rinehart, aux États-Unis en 1940 (publié depuis en français sous le titre « Quand les lumières s’éteignent »), mais là n’est pas l’essentiel de la chanson ; disons que c’en est l’anecdote.

 

Oh, dit Lucien l’âne, je comprends ça ; c’est très utile l’anecdote pour la mise en scène. Mais qu’y a-t-il derrière cette anecdote ?

 

Derrière l’anecdote, derrière cette scène de vaudeville, dit Marco Valdo M.I., il y a la situation dans le pays, sa militarisation qu’on approuve et qu’on trouve utile, il y a la guerre à venir, inéluctable. Mais comme le répète le refrain :

 

« Le coq, ni personne ne s’en soucie,

Le coq, ni personne ne s’en soucie »

 

Ce pays, tu le devines, c’est l’Allemagne et l’Allemagne gangrenée par le nazisme. Dans une lettre de 1922, Alexandre Vialatte remarquait déjà pour la mise en scène : « Sachez que le Rhin est vert, la cathédrale rouge et la « tour de la vieille porte » en briques sombres. » On l’a republiée dans l’hallucinant « Les Bananes de Koenigsberg ». Et comme en réponse aux inquiétudes de Madame X, il disait – c’était en 1935 : « L’Allemagne veut-elle la paix ? C’est possible, c’est vraisemblable ; c’est même probable si on satisfait ses désirs. Mais si elle rencontre un obstacle ? Que diront tous ces gens armés quand on leur expliquera que l’honneur de l’Allemagne exige qu’ils versent leur sang ? » Que tout cela est lointain. 

 

N’était-ce pas Histoires d’Allemagne, le titre de ta longue chanson, tirée des bananes de Vialatte ?, demande Lucien l’âne.

 

À propos, reprend Marco Valdo M.I., Alexandre Vialatte terminait ses chroniques par une antienne qui serait très mal vue actuellement en nos temps de « politiquement correct ». C’était en quelque sorte sa signature, une sorte de rite final, comme le nôtre qui en est la réminiscence. Il concluait – quel que soit le sujet par cette phrase sibylline : « Et c’est ainsi qu’Allah est grand. »

 

Cela dit, conclut à son tour Lucien l’âne, tissons le linceul de ce vieux monde gangrené par l’ambition, virusé par l’arrogance, esquinté par l’avidité et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 


 


 


 


 

Je m’appelle X et j’ai un commerce,

On y trouve diverses choses à acheter.

En général, je ne veux blesser personne, -

Mon mari et moi, on est très appréciés.


 

On se ment et on triche toute la semaine,

Alors, on a du vin et du poulet le dimanche.

Avec l’honnêteté et le caractère,

Notre époque n’a plus rien à faire.


 

Le coq, ni personne ne s’en soucie,

Le coq, ni personne ne s’en soucie ;

Les poulets doucement rient,

Quand il n’y a pas de chat.

Car chacun sait bien déjà :

Qui a la poisse, l’aura.


 

Mon mari me trompe souvent, je le sais toujours,

Et quand il est parti la nuit, je le trompe aussi.

Il doit louer une chambre pour ses amours,

Mon amant et moi, souvent on en rit.


 

Et mon amant me trompe avec ma cadette,

Qui me ment, cette enfant sans foi.

Oui, oui, je le sais, c’est à la Pentecôte,

Qu’elle est allée le voir pour la première fois.


 

Le coq, ni personne ne s’en soucie,

Le coq, ni personne ne s’en soucie,

Les poulets doucement rient.

Quand il n’y a pas de chat.

Car chacun sait bien déjà :

Qui a la poisse, l’aura.


 

Et il faut une guerre, il faut préparer ce conflit,

Pourquoi aurait-on des militaires dans le pays ?

Il faut une industrie prospère pour la nation.

Mon mari et moi, on a trouvé une solution.


 

Chez nous, à la radio, on apprend

Comme s’agite et gronde notre pays.

Et que les autres restent indifférents -

Seule l’Autriche un peu transit.


 

Le coq, ni personne ne s’en soucie,

Le coq, ni personne ne s’en soucie,

Les poulets doucement rient.

Quand il n’y a pas de chat.

Car chacun sait bien déjà :

Qui a la poisse, l’aura.


 

Si on n’empêche pas la guerre, vite, on s’y perd.

L’autruche fait une politique sans pareille :

La tête dans le sable jusqu’aux deux oreilles,

Elle chante en sourdine : « Je ne suis pas pour la guerre ».

À la fin, en ruines se réduit,

Notre monde si habilement construit.

Un gaz toxique suinte dans nos chambres –

Mon mari et moi, on ne fait pas de bruit.


 

Le coq, ni personne ne s’en soucie,

Le coq, ni personne ne s’en soucie,

Les poulets doucement rient.

Quand il n’y a pas de chat.

Car chacun sait bien déjà :

Qui a la poisse, l’aura.

 

Derrière l’anecdote, derrière cette scène de vaudeville, dit Marco Valdo M.I., il y a la situation dans le pays, sa militarisation qu’on approuve et qu’on trouve utile, il y a la guerre à venir, inéluctable. Mais comme le répète le refrain :

 

« Le coq, ni personne ne s’en soucie,

Le coq, ni personne ne s’en soucie »

 

Ce pays, tu le devines, c’est l’Allemagne et l’Allemagne gangrenée par le nazisme. Dans une lettre de 1922, Alexandre Vialatte remarquait déjà  pour la mise en scène : « Sachez que le Rhin est vert, la cathédrale rouge et la « tour de la vieille porte » en briques sombres. » On l’a republiée dans l’hallucinant « Les Bananes de Koenigsberg ». Et comme en réponse aux inquiétudes de Madame X, il disait – c’était en 1935 : « L’Allemagne veut-elle la paix ? C’est possible, c’est vraisemblable ; c’est même probable si on satisfait ses désirs. Mais si elle rencontre un obstacle ? Que diront tous ces gens armés quand on leur expliquera que l’honneur de l’Allemagne exige qu’ils versent leur sang ? » Que tout cela est lointain.

 

N’était-ce pas Histoires d’Allemagne, le titre de ta longue chanson, tirée des bananes de Vialatte ?, demande Lucien l’âne.

 

À propos, reprend Marco Valdo M.I., Alexandre Vialatte terminait ses chroniques par une antienne qui serait très mal vue actuellement en nos temps de « politiquement correct ». C’était en quelque sorte sa signature, une sorte de rite final, comme le nôtre qui en est la réminiscence. Il concluait – quel que soit le sujet par cette phrase sibylline : « Et c’est ainsi qu’Allah est grand. »

 

Cela dit, conclut à son tour Lucien l’âne, tissons le linceul de ce vieux monde gangrené par l’ambition, virusé par l’arrogance, esquinté par l’avidité et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


 


 

Je m’appelle X et j’ai un commerce,

On y trouve diverses choses à acheter.

En général, je ne veux blesser personne, -

Mon mari et moi, on est très appréciés.


 

On se ment et on triche toute la semaine,

Alors, on a du vin et du poulet le dimanche.

Avec l’honnêteté et le caractère,

Notre époque n’a plus rien à faire.


 

Le coq, ni personne ne s’en soucie,

Le coq, ni personne ne s’en soucie ;

Les poulets doucement rient,

Quand il n’y a pas de chat.

Car chacun sait bien déjà :

Qui a la poisse, l’aura.


 

Mon mari me trompe souvent, je le sais toujours,

Et quand il est parti la nuit, je le trompe aussi.

Il doit louer une chambre pour ses amours,

Mon amant et moi, souvent on en rit.


 

Et mon amant me trompe avec ma cadette,

Qui me ment, cette enfant sans foi.

Oui, oui, je le sais, c’est à la Pentecôte,

Qu’elle est allée le voir pour la première fois.


 

Le coq, ni personne ne s’en soucie,

Le coq, ni personne ne s’en soucie,

Les poulets doucement rient.

Quand il n’y a pas de chat.

Car chacun sait bien déjà :

Qui a la poisse, l’aura.


 

Et il faut une guerre, il faut préparer ce conflit,

Pourquoi aurait-on des militaires dans le pays ?

Il faut une industrie prospère pour la nation.

Mon mari et moi, on a trouvé une solution.


 

Chez nous, à la radio, on apprend

Comme s’agite et gronde notre pays.

Et que les autres restent indifférents -

Seule l’Autriche un peu transit.


 

Le coq, ni personne ne s’en soucie,

Le coq, ni personne ne s’en soucie,

Les poulets doucement rient.

Quand il n’y a pas de chat.

Car chacun sait bien déjà :

Qui a la poisse, l’aura.


 

Si on n’empêche pas la guerre, vite, on s’y perd.

L’autruche fait une politique sans pareille :

La tête dans le sable jusqu’aux deux oreilles,

Elle chante en sourdine : « Je ne suis pas pour la guerre ».

À la fin, en ruines se réduit,

Notre monde si habilement construit.

Un gaz toxique suinte dans nos chambres –

Mon mari et moi, on ne fait pas de bruit.


 

Le coq, ni personne ne s’en soucie,

Le coq, ni personne ne s’en soucie,

Les poulets doucement rient.

Quand il n’y a pas de chat.

Car chacun sait bien déjà :

Qui a la poisse, l’aura.

 MADAME X
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20 septembre 2020 7 20 /09 /septembre /2020 17:01

 

 
 
MÉTROPOLIS

 

Version française – MÉTROPOLIS – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson italienne – MetropoliKaos Rock1980

 

 

 

 
MÉTROPOLIS

 

Jakob STEINHARDT – 1913

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

 

Lucien l’âne mon ami, la chanson rock est elliptique.

 

Oui, parfois, dit Lucien l’âne.

 

Celle-ci s’appelle Metropoli et est un rock assez chaotique.

 

Oui, court et chaotique, dit Lucien l’âne.

 

C’est pas comme le film de Fritz Lang, quasiment homonyme : Metropolisquelques images du film dans une version elliptique, car c’est un film fort long, qui dès 1927, anticipe certains crématoires – voir la scène où on pousse les gens dans la gueule de feu du monstre divin et qui décrit aussi (visuellement, les grands empires, toutes tendances confondues où les hommes en troupeau se font broyer par le travail et où l’art enchante un paradis de propagande). Il est possible évidemment de voir la version complète, restaurée en langue anglaise.

 

Oui, dit Lucien l’âne, Ce Fritz Lang et les gens de Weimar voyaient très bien dans quel enfer la massification conduirait ; le Berlin de Dada et de l’expressionisme, de Kurt Tucholski et d’Erich Kästner, d’Erich Mühsam et de Max Liebermann, celui de Bertolt Brecht ou le Munich d’Erika Mann, ou, ou… voyait venir les horreurs et il le disait. Je me souviens très bien de ce qu’on disait dans le dialogue à propos de ta chanson « Le Maître et Martha » :

« Donc, le défilé passe devant la maison Liebermann – une grande maison de famille – sur la Pariser Platz, et du haut de son toit, le Maître dit en berlinois la phrase suivante : « Ick kann jar nich soville fressen, wie ick kotzen möchte », autrement : « Je ne pourrai jamais autant manger que je ne pourrai vomir » ou de façon moins léchée : « Je ne peux même pas bouffer autant que j’ai envie de dégueuler ».

 

On disait tout à l’heure, dit Marco Valdo M.I., la chanson rock est elliptique, dès lors, il ne faudrait pas oublier ici Joachim Ringelnatz et Ein Taschenkrebs und ein Känguruh.

 

Une chanson elliptique peut-être, mais toujours d’actualité. Et quant à nous, tissons le linceul de ce vieux monde consommateur, intoxiqué, enfumé, masqué, virusé, irrespirable et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

La métropole est un enfer

En été comme en hiver ;

 

Pas d’air à respirer,

Seulement du gaz à consommer ;

 

Fumée, gaz, dioxine,

Voilà ma vitamine ;

 

Sur la glace à lécher,

Tant de smog à goûter ;

 

Avec la pisse de mon chien,

Je parfume les chemins ;

 

Fumée, gaz, dioxine,

Voilà ma vitamine ;

 

Fumée, gaz, dioxine,

Voilà ma vitamine.

 
 MÉTROPOLIS
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17 septembre 2020 4 17 /09 /septembre /2020 14:34

 

DERRIÈRE LA COLLINE

 

Version française – DERRIÈRE LA COLLINE – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson italienne – Dietro la collina – Zauber – 1978

 

 

 

 

Enfoncez-vous bien ça !

 

Alexeï Kozine et Oleg Maslov

(1987 – Léningrad)

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

Ne me demande pas, Lucien l’âne mon ami, de quelle colline, il s’agit. Je n’en sais rien et je ne sais même pas si quelqu’un en sait quelque chose. Peut-être, comme on peut le penser, il s’agit tout simplement d’une colline et d’un monde imaginaires. Bref, il y a la colline.

 

Oh, dit Lucien l’âne, des collines, il y en a beaucoup et il y en a partout. Alors, savoir laquelle, c’est peine perdue.

 

Ainsi, Lucien l’âne mon ami, on peut donc paraphraser la chanson en disant : derrière une colline imaginaire, il y a un monde imaginaire. Ou, ce qui serait mieux encore : derrière cette colline imaginée, il y a un monde fantasmé.

 

Oui, dit Lucien l’âne, on peut dire ainsi. Mais encore ?

 

Eh bien, reprend Marco Valdo M.I., dans ce pays imaginé et heureux, les arbres – ce doit être le pays des arbres – ne craignent ni le chaud de l’été, ni le froid de l’hiver. C’est merveilleux, mais c’est de l’autre côté de la colline ; un pays proche de celui d’Alice qui, rappelle-toi, se trouvait de l’autre côté du miroir ; mais de ce côté-ci, les choses sont tout bonnement autres. Les arbres vont souffrir, les arbres vont disparaître pour satisfaire l’insatiable appétit de la race humaine, une espèce pire que les sauterelles, la digne descendante d’Attila.

 

Oh, dit Lucien l’âne, celui-là, je l’ai connu ; un voyou, il ne laissait rien debout derrière lui ; on pouvait le suivre à la trace. Partout où il passait, on ne trouvait que la désolation.

 

Cependant, dit Marco Valdo M.I., on te dira, on me dira, on dira à tout le monde que si on abat les arbres, si on défriche la colline, si on y creuse des mines, c’est pour les besoins de l’économie, cette hypostase de l’espèce qui n’ose pas s’avouer ses désastreuses initiatives. Bienvenue aux mégapoles et tous debout en 3030 – en anglais : « Only stand up ! ».

 

Ou probablement, bien avant – disons en 2222, dit Lucien l’âne, j’en ai bien l’impression. Tous debout, comme les ânes, mais sans arbres, sans air, sans fleurs et sans pérennité.

 

Et puis, Lucien l’âne mon ami, il y a toujours des gens (ce sont les pires des emberlificoteurs) qui vantent l’autre côté de la colline, qui disent que derrière la colline, on trouvera le bonheur et ils promettent monts et merveilles, paradis mystiques, paradis terrestres, paradis célestes ou plus terre à terre, un avenir radieux : « Le communisme est l’avenir radieux du socialisme » – un merveilleux slogan, mais pour le trouver, il faut toujours rêver à parvenir de l’autre côté et de ce côté-ci, comme nul n’est encore parvenu à franchir la crête, on coupe les arbres, on troue la terre, on exploite la crédulité humaine.

 

Oh, dit Lucien l’âne, je le sais, c’est toujours comme ça dans la Guerre de Cent Mille Ans, qui se joue de ce côté-ci de la colline, de ce côté où les riches et les puissants ont leurs domaines, jouissent de leurs privilèges, imposent leur domination et tirent un éternel profit – du moins, tant qu’il y aura des hommes, tant qu’il y aura des gens pour croire à l’autre versant de cette mythique colline. Quant à nous tissons le linceul de ce vieux monde crédule, croyant, exploité, ravagé, amblyope et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

Derrière la colline, mon ami,

Il y a un pays heureux

Qui n’a pas besoin de fous, ni

De saints ou de héros glorieux.

 

Derrière la colline, mon bien-aimé,

Il y a un pays où les sourires des pêcheurs

Donnent à la mer une autre couleur.

Il y a un pays où les bois ne craignent pas l’été

Et l’hiver ne leur fait pas peur.

 

Ils vont abattre les arbres, creuser des mines,

Ils vont faire violence à ta cervelle,

Mais ils ne détruiront pas la colline,

Ils auront toujours besoin d’elle.

 

Ils vont abattre les arbres, creuser des mines,

Ils vont faire violence à ta cervelle,

Mais ils ne détruiront pas la colline,

Ils auront toujours besoin d’elle.

 DERRIÈRE LA COLLINE
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Published by Marco Valdo M.I.
15 septembre 2020 2 15 /09 /septembre /2020 19:06
POINTS DE VUE

 

Version française – POINTS DE VUE – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson italienne – Punti di vistaZauber2001

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Une chanson, même courte, Lucien l’âne mon ami, peut dire beaucoup de choses à propos du monde tel qu’il est, à propos du monde tel qu’il ne va pas ou plutôt, tel qu’il va mal.

 

Sûrement, dit Lucien l’âne, tout le monde sait ça.

 

Peut-être bien, dit Marco Valdo M.I., mais il y a la manière. On peut en condensant faire un petit air qui n’a l’air de rien et qui peu à peu, sans crier gare, peut faire entendre l’indignation face à ce réel que des hommes imposent à d’autres hommes, des femmes ou des enfants. C’est ce que raconte cette chanson en trois petits points de vue portés sur une même chose : une paire de chaussures superflue, absurde, inutile. On a donc : un, le point de vue commercial, celui où seul importe le profit, celui de notre monde actuel en quelque sorte ; deux, le point de vue de l’enfant qui au bout du monde, pour deux fois rien, douze ou quinze heures par jour, trime pour fabriquer ces banales chaussures (une création unique à des millions d’exemplaires) et troisième temps, un homme quelconque achète ces chaussures idiotes et s’empresse d’ignorer dans quelles conditions elles ont été fabriquées. Finalement, que l’enfant ne puisse pas aller à l’école – car il doit fabriquer ces chaussures, que l’enfant perde sa vie à la gagner (à peine) et que tout ça, lui fera un avenir aussi désastreux, malgré ses rêves. De tout ça, l’acheteur s’en fout ; il ne s’intéresse qu’à l’apparence de l’emballage de ses pieds.

 

La belle affaire, dit Lucien l’âne. Vous les humains, quelle race ! Je préfère nettement rester un âne anonyme.

 

Oh, tu as parfaitement raison, Lucien l’âne mon ami, mais il est tout aussi possible d’être un homme anonyme et passer dans ce monde – en évitant de telles chaussures – comme par temps de pluie on passe entre les gouttes ; certes, on sera mouillé, c’est inévitable, mais en l’occurrence, c’est l’intention qui compte et on aura fait sa vie sans exploiter, ni déranger les autres.

 

C’est ça la civilité, mère de la civilisation, dit Lucien l’âne, mais pur ce que j’en sais, la race humaine est très loin d’y parvenir.

Pour en revenir à cette chanson de Zauber, je lui trouve une ancêtre, une sorte d’air de famille, une généalogie dans la conception avec les Actualités de Stéphane Golmann, une chanson écrite et chantée cinquante ans auparavant. Je te laisse découvrir en quoi elles sont proches.

Oui, dit Lucien l’âne, je pense me souvenir de la chanson de Golmann, mais je m’en vais quand même comparer ces deux histoires pour voir en quoi elles sont parentes. D’ici là, tissons le linceul de ce vieux monde exploiteur, bêtasse, frivole, avide, absurde et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


 


 


 


 

L’homme regarde

Son bénéfice de mai.

Il dit : « Je sais.

Il m’a fallu de l’audace

Pour à l’Est, m’en aller

Et venir ici sur place

Créer en Asie

Le Fait main en Italie ».


 


 

L’enfant regarde

Les chaussures et les ballons en cuir,

Cousus par lui et chuchote :

« Je suis sûr que je vais mourir

Avant que ne vienne le jour meilleur

Où j’aurai moi aussi deux

De ces souliers de Dieu

Ou d’un autre basketteur ».


 


 

Un homme regarde

Ces souliers qu’il a payés

Cher, mais il désire

Ignorer qu’il a acheté

En même temps, la vie d’un enfant

Qui a, là-bas au loin,

L’âge de son enfant

Un peu plus ou encore moins.

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Published by Marco Valdo M.I.
12 septembre 2020 6 12 /09 /septembre /2020 11:40

 

La Ville en feu

 

Chanson française – La Ville en feu (chant 3) Marco Valdo M.I. – 2020

 

Petit journal d’exploration, souvenir du Voyage en Laponie de Carl von Linné, du monde créé par Terry Pratchett à partir du travail fabuleux de son traducteur en français Patrick Couton.

 

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Pour débuter une exploration d’un monde, que dès lors par définition, on ne connaît pas, dit Marco Valdo M.I., rien de tel que de se rendre dans sa capitale ou ce qui en tient lieu. En l’occurrence, Ankh-Morpork. Évidemment, je suis sûr que tu en conviendras et même que tout le monde en conviendrait, voir flamber la mégapole dès qu’on l’approche n’est pas ce qu’il y a de plus réjouissant.

 

En effet, dit Lucien l’âne, je me souviens ainsi de mon arrivée par-dessus les collines du Latium et d’avoir vu Rome habillée de flammes. C’était un spectacle étonnant. Je pense d’ailleurs que c’était ce côté spectaculaire qui était la raison pour laquelle l’Empereur Néron, un peu fêlé de la cafetière, avait ordonné cette réjouissance pyrotechnique. Ce n’était pourtant pas le premier incendie que je voyais. Il y en a eu tant tout au travers des temps. C’est d’ailleurs une pratique fort répandue et des plus générales d’incendier les villes pour punir les habitants d’avoir voulu se défendre.

 

Tout cela est exact, Lucien l’âne mon ami, mais en l’occurrence, il ne s’agit pas ici d’une action militaire ou répressive, mais comme on le verra d’un accident fortuit. Pour en revenir à la chanson, je ne pensais pas la faire aussi vite, mais on sait comment ça va avec l’inspiration. Il peut se passer des mois avant qu’elle paraisse et parfois, elle est là pressante qui frappe à la porte. Ici, elle succède aux deux précédentes : L’exploration du Disque-Monde et La Ville-Mère ; elle raconte l’énorme cataclysme de cette ville brûlée ; l’incendie d’une ville de près ou de plus d’un million d’habitants, ce n’est pas rien et ça ne passe pas inaperçu. Maintenant, je crois avoir trouvé l’événement et le tableau qui en est la représentation qui ont inspiré ce récit de l’incendie d’Ankh-Morpork. Selon moi, ce serait l’incendie de Londres de 1666 et le tableau serait celui qu’en fit le peintre hollandais Lieve Pietersz Verschuier (Rotterdam – 1627-1686), lequel vivait à ce moment-là à Londres. L’incendie qui s’étendit durant trois jours détruisit les quartiers populaires, où il avait pris naissance ; il entraîna une fuite massive des populations.

 

D’après ce que tu m’en dis, Marco Valdo M.I. mon ami, et à voir le tableau du Grand incendie de Londres, il me semble en effet que ce serait bien ce grand feu-là qui aurait servi de modèle pour décrire celui d’Ankh-Morpork. Cela dit, je confirme ce que tu notes dans la chanson, à savoir que lors de telles catastrophes, les gens – enfin, une très grande partie d’entre eux – perdent la tête et la raison et se mettent (à mon sens un peu tard) à invoquer les secours de la religion et du Dieu, des Dieux ou de n’importe quelle entité tout aussi imaginaire.

 

Une dernière anecdote, Lucien l’âne mon ami, avant de te laisser conclure. Elle concerne celui par qui cet accident tragique est arrivé, car on connaît l’origine involontaire de ce brasier londonien et son auteur, un certain Thomas Farynor, qui était le boulanger du roi Charles II, revenu de France. Thomas s’était endormi en laissant en laissant son four allu et dans la nuit, le feu s’est activé et répandu aux environs et de proche en proche à une grande partie de la ville. Il a fallu faire sauter des quartiers entiers pour parer à cette extension incoercible.

 

Eh bien, dit Lucien l’âne, il ne reste qu’à lire la chanson et ensuite, tisser encore et toujours le linceul de ce vieux monde chaud, trop chaud, brûlant, torride, enfumé, toxique et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

Un embrasement sauvage ravage

La plus ancienne cité du monde.

Dans une infernale ronde,

Le feu s’enrage.

 

La pauvre Morpork brûle,

L’incendie gronde.

De l’autre côté du fleuve,

Ankh la riche se calfeutre.

 

L’incendie peint d’octarine, la huitième couleur,

Le ciel, le fleuve, la ville, toutes les maisons.

Les gens perdent la tête, égarent leur raison :

Ils implorent un Dieu sauveur.

 

Au port tout entier flambant,

Tout le monde se barre

Et largue les amarres.

Les bateaux s’en vont fumant.

 

Dans la ville-mère,

Insoucieuse des calamités,

C’est soudain la guerre

Et la fin de la tranquillité.

 

L’effroi naît de la flamme,

Tous fuient : hommes, femmes, rats.

Personne ne comprend le drame,

Chacun espère qu’il s’en sortira.

 

Dans l’exubérante fumée du feu de joie,

L’air, courageusement, flamboie.

Et s’élève alors très très haut

En une colonne noir corbeau.

 

Une marée sombre et rougeoyante

Vomit une vapeur brûlante.

Des collines lointaines, il semble

Que l’horizon tout entier tremble.

 

 

 

 

 

 La Ville en feu
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Published by Marco Valdo M.I.

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