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11 juillet 2020 6 11 /07 /juillet /2020 20:20

 

La Suffragette

 

Chanson française – La Suffragette – Marco Valdo M.I. – 2020

 

Scènes de la vie quotidienne au temps de la Guerre de Cent Mille Ans.

Histoire tirée du roman « Johnny et les Morts » – du moins de la traduction française de Patrick Couton de « Johnny and the Dead » de Terry Pratchett. (1995)

 

 

 

Portrait de dame

au temps de Liberty

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

 

Par le grand Onos, dit Lucien l’âne, une suffragette.

 

Oui, dit Marco Valdo M.I., une suffragette. Ce n’est pas tous les jours qu’il y a une chanson pour vanter les mérites d’une suffragette.

 

Pourtant, dit Lucien l’âne, souvent, elles les méritent ces mérites.

 

Surtout, continue Marco Valdo M.I., quand ce sont des suffragettes émérites comme Sylvia Liberty, une fille carrément célèbre qu’on célèbre ici dans cette chanson. Comme on le sait, une suffragette est une femme, une demoiselle, une dame qui, en sus de sa vie ordinaire, se consacre à la revendication de droits pour cette moitié (et même statistiquement, un peu plus de la moitié) de l’espèce humaine

 

Permets-moi, Marco Valdo M.I. mon ami, d’interrompre cette intéressante réflexion afin de t’indiquer que c’est pareil chez les ânes ; les ânesses – à juste titre – réclament elles aussi des droits. L’inconvénient, c’est que globalement, je veux dire de façon générale, la question des droits se pose également pour toute l’espèce asine (comme pour toutes les espèces animales), vu que des droits, elle n’en a pas.

 

J’ajoute, Lucien l’âne mon ami, que tu es particulièrement bien au fait de la chose puisque c’est toi l’auteur véritable de la Déclaration universelle des droits de l'âne.

 

Je disais, Marco Valdo M.I. mon ami, que notre espèce, à l’instar de toutes les autres, l’humaine plus ou moins exceptée – car elle en revendique aussi, n’a pas de droits ou à peine et on ne lui reconnaît que des devoirs. Sauf évidemment ici, à l’intérieur du monde enchanté où toi et moi, en toue égalité, nous conversons. Et même, pour les ânes, la situation est pire encore puisque les animaux, ceux des autres espèces, nous traitent mal, elles nous disent « pelés, galeux » et nous accusent d’être porteurs de je ne sais quel virus d’on ne sait quelle peste ; sur quoi, ils se sont empressés de mettre à mort notre pauvre congénère. Dès lors, question de droits, il faudrait commencer par là : les droits élémentaires pour tous sans distinction de race, de sexe, de genre, de tout ce qu’on voudra. Je précise tout de suite que personnellement, si je rencontrais une ânesse suffragette ou n’importe quel genre de suffragette, je m’empresserais de la soutenir et de l’encourager.

 

Voilà qui est bien, Lucien l’âne mon ami, et même prudent, si d’aventure, tu tiens à tes oreilles. Pour en revenir à la chanson, je disais que la femme, demoiselle, dame qui y apparaît est particulièrement renommée par son nom « Liberty » et par la statue qui le représente à Paris et à New-York. Tel est le début de la chanson. Ensuite, j’attire ton attention sur la discussion importante s’il en est à propos de l’utilisation du mot « mort » ou « morte » pour qualifier ou désigner le mort ou la morte. Car certaines mortes et certains morts et bien des non-mortes et des non-morts hésitent à l’utiliser ou s’opposent carrément à son utilisation, allant parfois jusqu’à la violence pour imposer leur desideratum : les premières et les premiers, car elles et ils trouvent cette dénomination offensante, mal venue, méprisante, non respectueuse ou en tout cas, insupportable ; les secondes et les seconds, car ils en ont peur.

 

Oui, dit Lucien l’âne, je sais ça. C’est de la superstition, un curieux processus mental, fondé sur on ne sait quelle croyance, quelle supposition, quelle lubie. Et comme d’habitude, cette croyance, comme toute croyance car telle en est la nature intrinsèque, repose elle-même sur le socle de l’ignorance et de la stupidité. Il y a là comme un strabisme de la pensée.

 

Bien, dit Marco Valdo M.I., pour ce qui est de Sylvia Liberty, on aurait plutôt à faire à une personne vive, intelligente et assez en avance sur son temps ; à une morte qui respire la santé. Il ne t’étonnera pas qu’elle ait un tempérament assez libertaire. Enfin, une dame, etc. comme je les aime : douce, amère et coriace. Avant de te laisser conclure, je signale que la fin de la chanson annonce un fameux combat, sur lequel sans doute, on reviendra.

 

Eh bien, dit Lucien l’âne, pour en savoir plus, lisons et ensuite, tissons le linceul de ce vieux monde bégueule, raidi, tétanisé, prude, correct, trop correct et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M. I. et Lucien Lane

 

 

 

Liberty, championne des droits de la femme

A importé la journée du 8 mars à Blackbury ;

L’Amérique, New-York, Paris, Paname,

La statue de la Liberté, c’est Sylvia Liberty.

 

Au fait, se demande Johnny, est-il correct,

Je veux dire politiquement correct,

Ou socialement, de dire mort

Pour désigner un mort,

 

Ou alors, décédé, enterré,

Ou zombie, ou macchabée,

Ou vaut-il mieux dire à présent,

Non-vivant ou mal-respirant,

 

Ou, pour être plus social,

En quelque sorte, plus à la page,

Dire désavantagé vertical,

Ou carrément, cinquième âge.

 

Les quatre morts discutaient, sans bruit

Il y avait l’alderman, le syndicaliste, l’illusionniste

Et une femme en robe longue, féministe,

Coiffée d’un chapeau chargé de fruits ;

 

Ils regardaient dans le journal la photo

Des filles à la piscine à peine sorties de l’eau :

Des femmes en costume d’Ève, — « Choquant :

On voit leurs jambes, presqu’entièrement. »

 

« Des corps sains au soleil, c’est sympathique ;

Le maillot de bain, c’est un costume très pratique ;

Il n’y a pas de mal à ça, dit le chapeau fruitier ;

Moi, de mon temps, j’aurais bien aimé. »

 

La femme au chapeau végétarien, c’est Liberty,

Avec son parapluie et son galure garni,

Une infatigable suffragette, toujours d’allant

Pour le droit des femmes, le vote et tout le bataclan,

 

L’œil et le corps vifs, toujours manifestant,

Lançant des œufs sur les agents

Et finissant ses protestations

Au bloc, invariablement, sans hésitation.

 

« À la résidence La Dernière Demeure,

Par contrat : une place quand on meurt :

Concession perpétuelle et signature.

Nous déménager, c’est de la dictature. 

 

 La Suffragette
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Published by Marco Valdo M.I.
9 juillet 2020 4 09 /07 /juillet /2020 11:54

 

L’Illusionniste

 

Chanson française – L’Illusionniste – Marco Valdo M.I. – 2020

 

Scènes de la vie quotidienne au temps de la Guerre de Cent Mille Ans.

Histoire tirée du roman « Johnny et les Morts » – du moins de la traduction française de Patrick Couton de « Johnny and the Dead » de Terry Pratchett. (1995)

 

 

L’illusionniste

de ou d’après 

Hieronymus Bosch, vers 1500

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

Par le grand Onos, dit Lucien l’âne, un illusionniste.

 

Oui, dit Marco Valdo M.I., un illusionniste. Ce n’est pas tous les jours qu’il y a une chanson pour vanter les mérites d’un illusionniste.

 

Pourtant, dit Lucien l’âne, souvent, ils les méritent ces mérites.

 

Surtout, continue Marco Valdo M.I., quand ce sont des illusionnistes émérites comme Stefano Vicenzi, un gars presque célèbre qu’on célèbre ici dans cette chanson. Comme on le sait, un illusionniste, au sens propre, est quelqu’un qui fait des tours de passe-passe pour amuser un public.

 

Et, demande Lucien l’âne, qu’en est-il de l’illusionniste au sens opposé, « l’illusionniste au sens sale » ?

 

Oh, répond Marco Valdo M.I., ceux-là existent aussi ; ce sont des escrocs. On les trouve chez les bateleurs, sur les marchés, au coin des rues, ils jouent au bonneteau, ce sont des bonneteurs, des charlatans ; ce sont les petites gens de l’escroquerie. Ensuite, il y a ceux qui pratiquent l’embrouille à plus grande échelle, en quelque sorte, en professionnels. Ils montent des combines, ils mystifient leurs interlocuteurs, ils les hypnotisent un peu comme les charmeurs de serpents, ils les saoulent de paroles, ils les fascinent. Ce sont les artisans de l’embobinage. Et puis, il y a les professionnels, ce sont les hommes d’affaires, qui par l’embrouille s’en foutent plein les fouilles. Le pire c’est quand ces bonimenteurs arrivent sur les tribunes. Leur technique est de divertir, distraire, désorienter, déstabiliser les gens. C’est l’autre extrême du spectre, ce sont les grands escrocs, les géants de l’escroquerie ; ceux -là aiment dominer leur monde et certains même, les plus déments, visent à dominer le monde. On les trouve à la tête des plus grands États. Là, ils se pavanent, ils déploient leur égo et pour ce faire, ils répandent leurs menteries comme on répand le fumier, ils trompent tous ceux qui croient à leurs salades.

 

Soit, dit Lucien l’âne, je vois de qui tu parles. Ils sont vraiment très dangereux ; ce sont des gens qu’il faudrait enfermer ; ce sont de vrais malades mentaux et ils diffusent leurs mensonges à longueur de temps ; c’est leur manière d’exister ; sans ça, ils ne sont rien d’autres qu’eux-mêmes. Ce sont des gens d’une toxicité rare, ils pourrissent la vie de leurs contemporains et peut-être même, au-delà. L’ennui, c’est que tant qu’il y aura des hommes et du pouvoir à prendre, ils tenteront de s’en emparer. Un bon conseil, c’est de fuir le pouvoir, de le tenir à l’écart, de fuir là-bas, fuir avant qu’il ne soit trop tard ou de les faire fuir, ces magnats maniaques de la domination et de l’auto-admiration, mais comment, comment éradiquer le virus de l’ambition, du solipsisme et de l’escroquerie à grande échelle ?

 

Halte, Lucien l’âne mon ami, je voudrais parler de l’illusionniste de la chanson qui lui était un brave homme. S’il faisait des tours, s’il vendait des objets de farces et attrapes : des fausses barbes, des fausses moustaches, des faux dentiers, des faux nez, de vraies perruques, il n’entendait pas tromper les gens sur la marchandise. En quelque sorte, c’étaient de vrais faux, d’authentiques et honnêtes mensonges. Pareil quand il présentait un spectacle d’illusions ; c’étaient de vraies illusions, d’incontestables tours de mains destinés à créer du trompe-l’œil, pas du trompe-conscience. Notre illusionniste vendait de l’illusion, mais de la bonne, de l’artisanale, de la faite maison, de la fait-main. Quand il sortait un colombe de sa manche, c’était une colombe, elle avait des plumes, elle avait des ailes, elle s’envolait – heureuse.

 

Ah, dit Lucien l’âne, moi, j’en ai croisé des comme ça, un peu partout dans mes pérégrinations ; ils ne faisaient du mal à personne.

 

Il faut que tu saches, Lucien l’âne mon ami, que l’autre spécialité de cet immigré ou fils ou petit-fils d’immigrés italiens à Blackbury (à ce propos, déjà au temps de Shakespeare, il y avait toute une immigration italienne à Londres ; on y vit Giordano Bruno en compagnie de John Florio), c’était de se sortir des liens, cordes, menottes, chaînes et du grand sac où on l’enfermait. C’était un spécialiste de l’évasion, une sorte d’Houdini ; à la guerre, il démontra ses talents en s’échappant – ni une, ni deux – du camp de prisonniers où les Allemands l’avaient enfermé. Comme de bien entendu, Stefano Vicenzi est un pensionnaire du cimetière et parle volontiers avec Johnny, comme le font l’alderman dans le cimetière, le taxidermiste, le syndicaliste.

 

Évidemment, dit Lucien l’âne, ça va de soi. Je n’ai pas oublié que ce sont les gens du cimetière de Blackbury qui forment cette galerie de portraits. Moi, il me botte cet Italien – fût-il de la quatrième génération, l’immigré italien se ressent toujours comme s’il avait quitté son pays la semaine précédente. Il suffit de lire l’emblématique histoire de la pizzeria lucaine de New-York et même s’il n’y a pas de race italienne, il y a une revendication d’appartenance – souvent réduite à un goût alimentaire et à un attachement footballistique. Enfin, il nous faut conclure. Alors tissons le linceul de ce vieux monde magique, menteur, escroc, raciste, nationaliste et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M. I. et Lucien Lane

 

 

 

À bord d’une arche immense, de marbre et d’or,

Stefano Vicenzi vivait tranquillement sa mort,

Entouré d’une madone et de douze angelots,

À la place des fleurs, il y avait des pots.

 

Une arche pareille, c’est fastoche.

À l’arrière, il y a un autocollant en couleurs :

« Mon autre tombe, c’est un porche ! »

Plus impressionnant, tu meurs !

 

Un peu compassé, souriant, les cheveux gominés,

Le teint léger, bistre, blafard, hâve, abîmé,

Stefano Vicenzi portait toujours, très fier,

Sur son habit noir, un œillet à la boutonnière.

 

« Au pays, on avait un duo : Ethel et le grand Vicenzi

Je faisais de la magie pour amuser les enfants

Avec des œufs, des colombes, tout ça. — Quel pays ?

— Le pays d’antan, pays d’avant, pays des vivants.

 

Je faisais aussi souvent des numéros d’évasion.

Je m’évadais de tout. C’était ma célébrité.

On m’a mis sous l’eau pour ma dernière démonstration :

Un sac, six chaînes, six menottes. J’y suis resté.

 

Comme Houdini, je m’évade toujours,

Avec mon air chic, élégant, effacé, j’avais le tour ;

Prisonnier de guerre en Allemagne, évidemment évadé ;

Les Allemands ne se sont pas méfiés. »

 

Pépé dit : « Le vieux Stef Vicenzi tenait

Un chouette magasin de jouets très renommé.

On y achetait des pétards et du poil à gratter.

Un homme célèbre : tous les enfants le connaissaient.

 

Je ne l’ai plus vu dans le coin depuis un bail.

Quand ils ont fermé l’usine et que j’ai quitté le travail.

Je me demande souvent où Stef se terre,

Je crois bien que c’est au cimetière.

 

William Stickers, c’était un communiste,

Mais Stefano Vicenzi, c’est un illusionniste.

Des comédiens ces deux-là, mais fort différents.

Dans le coin, seul Stef amusait les petits et les grands. »

 

« Oh, Johnny, je dois m’en aller maintenant. »

Avec sa canne, son chapeau, ses gants blancs,

Il libère ses colombes et s’enfonce dans le néant.

« On peut s’échapper de tout, avec le temps. »

 

L’Illusionniste
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Published by Marco Valdo M.I.
6 juillet 2020 1 06 /07 /juillet /2020 09:28

 

 

 

Le Syndicaliste

 

Chanson française – Le Syndicaliste – Marco Valdo M.I. – 2020

 

Scènes de la vie quotidienne au temps de la Guerre de Cent Mille Ans.

Histoire tirée du roman « Johnny et les Morts » – du moins de la traduction française de Patrick Couton de « Johnny and the Dead » de Terry Pratchett. (1995)

 

 

 

 

Tableau de Boris Koustodiev

 

1920

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Par le grand Onos, dit Lucien l’âne, un syndicaliste.

 

Oui, dit Marco Valdo M.I., un syndicaliste. Ce n’est pas tous les jours qu’il y a une chanson pour vanter les mérites des camarades syndicalistes.

 

Pourtant, dit Lucien l’âne, souvent, ils les méritent ces mérites.

 

Surtout, continue Marco Valdo M.I., quand ce sont des syndicalistes émérites comme William Stickers, un gars presque célèbre qu’on célèbre ici dans cette chanson ; une chanson qui fait en quelque sorte l’histoire des deux derniers siècles et du début de celui-ci, vus au travers du prisme particulier du syndicalisme. En gros, Johnny, tu sais Johnny Maxwell, celui qui rencontre les morts dans le cimetière de Blackbury et qui parle avec eux, vient de rencontrer William Stickers devant sa tombe et entame une conversation avec lui.

 

Oui, répond Lucien l’âne, je sais et même, très bien qui est Johnny ; l’autre jour, il racontait l’histoire de Salomon Einstein, le taxidermiste et la fois précédente, il avait inauguré ces rencontres avec l’alderman Bowler.

 

Donc, dit Marco Valdo M.I., cette fois, c’est un syndicaliste, un nommé William Stickers, presque célèbre au Cygne blanc, le bistro de Blackbury, situé dans la rue du Paradis, où – dans la première moitié du XXe siècle – il haranguait les prolétaires locaux. Avant d’aller plus loin, je voudrais noter au passage que ses initiales – W.S – sont les mêmes que celles de celui que le monde entier connaît sous le nom de William Shakspere, comme il signait lui-même en son testament.

 

Oh, dit Lucien l’âne, ça ne m’étonnerait pas, car le nom complet de William Stickers est presque une transcription de ce nom de William Shakespeare, alias William Shackspeare, tel qu’il apparaît sous la plume du notaire et d’après ses propres signatures : Willm Shakp., William Shakspe, Wm Shaksper., William Shackspeare, Willim Shackspeare, William Shakspeare.

 

L’idée est excellente, Lucien l’âne mon ami, mais nous ne sommes pas là pour débattre de ce sujet si passionnant de la réelle personnalité qui se trouve derrière ce nom de Shakespeare. Il nous faudrait faire le point sur cette délicate question et nous n’avons pas le temps de le faire ici. Pour ce qui est de William Stickers, même mort, il reste lui-même.

 

Soit, répond Lucien l’âne, mais quand même, Shackspeare était-il Shakespeare ? D’aucuns disent que ce serait John Florio et ils avancent des arguments à mes yeux assez fondés. Cependant, passons.

 

Donc, reprend Marco Valdo M.I., j’en reviens à William Stickers qui a vécu toute sa vie avec la conviction qu’une révolution universelle étendrait le communisme depuis l’Union soviétique (patrie des travailleurs) au reste de la planète. Il va être bien déçu quand il apprendra qu’il n’y a plus de patrie des travailleurs ; et Johnny n’ose imaginer de lui dire ce qui s’est vraiment passé en Pologne, en Roumanie, en Ukraine, au Cambodge ou ailleurs ; sans compter les nouvelles révolutions, plus vraiment communistes.

 

Panta rhei, dit Lucien l’âne, mais il y a de quoi être déçu pour ceux qui comme lui ont mené leur vie durant l’inlassable combat pour atteindre le socialisme – antichambre du paradis ou autrement dit, pour faire triompher leur rêve.

 

Bien sûr, Lucien l’âne, et ils sont très nombreux ceux qui voyaient dans la révolution la voie vers un futur meilleur ; ils disaient : « Le communisme est l’avenir radieux du socialisme. » Mais même si la patrie des travailleurs a trahi, même si le rêve s’est évanoui, on peut faire confiance à William Stickers pour assurer que « le combat continue ». Syndicaliste chez les vivants, il transporte son enthousiasme, son militantisme et son indéfectible foi dans la victoire finale dans son nouveau monde, le monde des morts.

 

Je suis très curieux de lire ça, dit Lucien l’âne. Et nous qui sommes aussi obstinés que William Stickers, nous tissons le linceul de ce vieux monde réticent et lent, conservateur, doté d’une incoercible inertie, hypocondriaque et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M. I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Au cimetière, gravé sur la grande pierre,

Au milieu de la tombe de William Stickers,

On lisait : Prolétaires du monde un.

Johnny demande : « C’est quoi le monde un ? »

 

William Stickers dit : Ce devait être « Unissez-vous »,

Un gars a pris la caisse et l’argent manqua pour écrire tout.

À Blackbury, William Stickers un gars presque célèbre,

Avec le temps, jeté par la mort dans les ténèbres.

 

William Stickers est un héraut du syndicalisme,

William Stickers est un héros de la classe ouvrière

Un homme de fer, un homme fier, un prolétaire.

Il a presque inventé le communisme.

 

Derrière ses lunettes et sa barbe noire, il était grand,

Il aurait été Karl Marx, s’il avait existé avant.

« William Stickers, vous êtes un fantôme ? — N’y pensez pas,

C’est des superstitions, les fantômes n’existent pas. »

 

« William Stickers, vous êtes mort ? —

Oui, mort et dans l’ombre, sous la terre,

Mais, l’humanité marche vers la lumière.

Et heureuse et solidaire, elle vit encore.

 

Johnny, dites-moi en quelle année nous sommes. –

En deux mil vingt. Il y a toujours des hommes,

Mais il n’y a plus d’Union soviétique

Et ce n’est pas le plus dramatique :

 

Comment avouer à William Stickers, l’évolution

Terriblement malencontreuse des dernières révolutions,

Quand les masses se sont mises en piste

Pour renverser les tyrans communistes ? »

 

William Stickers dit : « Je suis mort, c’est tout.

Il faut être logique, rationnel ;

Il faut constater, même si ça paraît fou,

Ici, après ma mort, je suis éternel. »

 

« William Stickers, ça fait quoi d’être mort ? —

C’est très long et parfaitement ennuyeux.

On est tout seul et de plus en plus vieux.

On parle, mais on ne revit pas ; enfin, pas encore.

 

Mais je milite pour la résurrection des macchabées.

Levez-vous, levez le poing, levez tout, c’est ma tournée !

Camarades cadavres de tous les pays, avancez !

La révolution universelle va triompher ! »

 

 Le Syndicaliste
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Published by Marco Valdo M.I.
3 juillet 2020 5 03 /07 /juillet /2020 12:02

 

 

 

Le Taxidermiste

 

Chanson française – Le Taxidermiste – Marco Valdo M.I. – 2020

 

Scènes de la vie quotidienne au temps de la Guerre de Cent Mille Ans.

Histoire tirée du roman « Johnny et les Morts » – du moins de la traduction française de Patrick Couton de « Johnny and the Dead » de Terry Pratchett. (1995)

 

 

 

 

Albert et Salomon Einstein

Cousins (relativement)

 

 

Dialogue Maïeutique 

 

 

Par le grand Onos, dit Lucien l’âne, un taxidermiste. Comme tu peux le penser, nous les ânes, on n’aime pas trop penser à la taxidermie. On préfère nettement l’ignorer et garder l’esprit dégagé de tout souci de ce genre.

 

Je te comprends parfaitement, dit Marco Valdo M.I., et je t’avoue qu’on nous traiterait nous les humains par la taxidermie, on n’aimerait pas ça, tout comme ne l’apprécient pas les ânes et les autres animaux. Ça ne nous plairait pas même qu’on l’évoque, fût-ce dans une chanson.

 

Au fait, Marco Valdo M.I. mon ami, j’ai entendu dire que dans certaines régions d’Amazonie ou dans l’Égypte ancienne, on la pratiquait ou quelque chose d’approchant.

 

Sans doute, Lucien l’âne mon ami, mais ça ne change rien à ce que je viens de dire et d’ailleurs, ces pratiques sont quasiment abandonnées à présent. Imagine un peu ce qui se passerait si on conservait ainsi ses ancêtres ; on les mettrait où ? Mais rassure-toi, le taxidermiste e la chanson est mort depuis longtemps ; très exactement en 1932. Et même s’il habite le cimetière de Blackbury, celui-là même où vit l’alderman Bowler et que traverse Johnny sur le chemin de l’école, il ne risque pas d’exercer sa pratique sur ta personne.D’ailleurs, il a l’air d’être spécialisé dans les renards.

 

Ouf, dit Lucien l’âne. C’est vrai que le renard est décoratif sur un manteau de cheminée et de toute façon, l’âne est bien plus grand et même, trop grand. Pour une cheminée moyenne, s’entend. Mais trêve de diversion, parle-moi de la chanson.

 

D’abord, Lucien l’âne mon ami, on n’a fait que ça jusqu’à présent et ensuite, comme son titre l’indique, la chanson présente un nouveau personnage du cimetière et ce taxidermiste apparaît dans la conversation entre Johnny et l’alderman en réponse à une question essentielle du genre « être ou ne pas être », mais formulée différemment : comment c’est quand on n’est plus et qu’on est encore.

 

« Ah, Monsieur, comment on peut être mort

Et en même temps, se lever, marcher, parler ? »

 

Encore une question à se faire des nœuds dans la tête, dit Lucien l’âne.

 

C’est même pire, répond Marco Valdo M.I., quand dans la réponse vient sur le tapis la question de la relativité et que surgit tout naturellement le nom d’Einstein, qui déclenchent un fameux quiproquo.

 

Un quiproquo ?, dit Lucien l’âne, et pourquoi donc ?

 

Un quiproquo, dit Marco Valdo M.I., notamment quand il apparaît qu’il y a deux Einstein, tous deux spécialistes de la relativité : Salomon et Albert.

 

« Comment ça, Albert ? Oui, Albert, c’est un savant célèbre.

Mais c’est pas Albert ; moi, je parle de Salomon Einstein. »

 

Ajoute à ça, qu’il est aussi question d’un certain Newton – Donald, pas Isaac. Je n’en dirai pas plus, sauf que la chanson finit de manière relativement astronomique et qu’il faut lui laisser suffisamment de mystères pour qu’elle soit relativement intéressante.

 

D’accord, dit Lucien l’âne, c’est une bonne façon de procéder ; je vais illico m’atteler à essayer de les élucider touts ces mystères. Pour l’instant, tissons le linceul de ce vieux monde statique, entre deux guerres, hésitant, pusillanime et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Et Johnny, Johnny Maxwell, vous vous souvenez de lui ?

De son pas d’écolier, Johnny avance sans bruit,

Sur le gravier de la grande allée du cimetière.

Arrêt devant la tombe de l’alderman Bowler.

 

Ah, Monsieur, comment on peut être mort

Et en même temps, se lever, marcher, parler ?

Oh, dit l’alderman, c’est à cause de la relativité ;

Einstein explique ça fort bien, il est très fort.

 

Quoi ? Le mathématicien, le physicien Albert Einstein ?

Comment ça, Albert ? Oui, Albert, c’est un savant célèbre.

Mais c’est pas Albert ; moi, je parle de Salomon Einstein.

C’est qui ça Salomon ? Salomon, c’est un taxidermiste célèbre.

 

Sal est mort en trente-deux, écrasé par une auto.

Sal dit : Je n’ai jamais rencontré Albert.

C’est un cousin relativement éloigné de mon père.

Ah, ah ! Cette blague ne fait plus rire le bistrot.

 

Rue du Câble, dit Salomon, j’aimais ce petit bistro.

Après une journée à empailler les renards,

C’est agréable de prendre un pot.

Alors, j’y allais discuter tous les soirs.

 

Newton, mort après moi, était président

De la Société de la Terre plate, mais

C’est certain, Donald Newton se trompait ;

Et Donald nous trompe, on le sait tous maintenant.

 

Minuit est une ligne en mouvement

Qui fonce à mille-cinq-cents à l’heure

Un couteau noir qui tranche comme le beurre

La miche infinie du temps.

 

Les jours et les nuits sont des événements

Locaux pour sédentaires.

Si on va assez vite autour de la Terre,

On rattrape l’horloge, dit Salomon, relativement.

 

Une nuit et un jour se poursuivent éternellement ;

Il existe donc une nuit qui ne finit jamais.

C’est une question de vitesse relativement parlant.

Il suffit de suivre la ligne de la nuit de près.

 

Et puis, il y a eu la guerre, hier ;

Et puis, il y aura la guerre, c’est évident ;

Et puis, il y a la paix ; pour le moment,

C’est relativement tranquille dans le cimetière.

 

 Le Taxidermiste
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30 juin 2020 2 30 /06 /juin /2020 17:16
LA ROUTE

 

 

Version française – LA ROUTE – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson italienne – La stradaGoran Kuzminac – 2004

 

 

 

 

 

 

 Coppi avait des ailes,

 on aurait dit qu’il volait.

 

 

 

 

Goran Kuzminac (Zenum, 1953Trento, 2018) est un auteur, chanteur, guitariste et médecin italien d’origine serbe.

 

 

Dialogue Maïeutique

 

« La route », dit Lucien l’âne, voilà un titre qui ouvre de grands horizons sur le monde. Dans une de ses chansons, Francis Lemarque l’a définie ainsi très bellement :

 

« La route est un long ruban
Qui défile qui défile
Et se perd à l’infini
Loin des villes, loin des villes »

 

Oui, Lucien l’âne mon ami, je la connais cette chanson ; elle a comme nom : « Les Routiers », elle était chantée aussi par Yves Montand, mais la route n’est pas seulement ce ruban, c’est une personne polymorphe et depuis que tu erres sur les chemins, tu dois en savoir quelque chose.

 

Bien sûr, répond Lucien l’âne, je n’ai pas arrêté de marcher depuis des centaines d’années et crois-moi, j’en ai vu des chemins et des routes. Mais que veux-tu dire avec une personne polymorphe ?

 

Je disais une personne polymorphe, Lucien l’âne mon ami, en référence à la chanson où la route est en effet « personnifiée », où elle a une vie propre. Comme la Guerre de Cent Mille Ans, elle a mille et mille visages et elle peut être considérée de mille et mille façons. On peut en faire toute une histoire et la replacer dans le temps parallèle au temps d’une personne particulière, un temps où elles ont une évolution contemporaine. C’est ce que fait ici Goran Kuzminac. La route qu’il évoque est celle d’un petit village d’une campagne d’un piémont quelque part en Italie. Cette petite route est racontée telle qu’elle est vue par son narrateur au long de sa vie et même avant : d’abord, les souvenances d’antan :

 

« Un temps y passaient les chars à bœufs fracassants

Quand, chargés de bois, ils descendaient lentement. »

 

Puis l’arrivée du fascisme : « D’un coup, l’obscurité tomba » ; puis, la guerre – la deuxième guerre mondiale et ensuite, l’évocation de la grande fête à la libération :

 

« Les jeeps des Alliés se sont avancées.

Les gens sortirent, c’était un véritable rucher.

Mais au lieu de miel, il y avait du vin pour trinquer. »

 

Et encore plus tard, les années d’après, la vie plus civile et plus libre qui reprenait son cours.

 

Oh là là, dit Lucien l’âne, quelle histoire !

 

Certes, reprend Marco Valdo M.I., mais ce n’est pas tout. La petite route est aussi le lieu des grands exploits des populaires chevaliers modernes que sont les coureurs cyclistes et l’épopée de ce héros quasiment mythique qu’est Fausto Angelino Coppi.

 

« Coppi avait des ailes, on aurait dit qu’il volait.

Salué par les applaudissements, il fut le premier à arriver

Et entretemps, encore sur la route, tous les autres de pédaler. »

 

Et de fait, dit Lucien l’âne, le « campionissimo » était un coureur hors norme, un homme aux chevauchées fantastiques – et je me demande toujours ce qui se passait dans sa tête durant ces moments d’immense solitude – au terme desquelles il laissait loin derrière les autres à pédaler sur la route quand lui-même était déjà rendu. Par exemple : à son premier Giro (1940), qu’il gagne, il finit seul l’étape Florence – Modène avec 3’45’’ d’avance ; Giro (1949) – Cuneo – Pignerolo avec 11’ 52’’ – seul pendant 192 km ; Giro del Veneto avec 8’ – seul pendant 170 km ; Milan – San Remo (1946) – avec 14’ d’écart. Sur 110 victoires, il termina 53 fois en solitaire.

 

Tu m’as l’air, Lucien l’âne, de bien connaître les histoires de courses cyclistes ; comment se fait-il ?

 

C’est tout simple, Marco Valdo M.I., j’y étais la plupart du temps, car en tant qu’âne, je me suis toujours intéressé à la route et quand je le pouvais, ma curiosité, un de mes plus forts traits de caractère, me poussait à aller voir passer ces monteurs d’ânes chinois.

 

Des ânes chinois !, demande Marco Valdo M.I., je vois que tu as des lettres.

 

Certes, dit Lucien l’âne, les ânes chinois sont une invention d’Alfred Jarry, par ailleurs, grand amateur de la bicyclette et père du Père Ubu, qui disait que les Chinois désignaient la bicyclette comme un petit âne mécanique qu’on tient par les oreilles et qu’on bourre de coups de pieds pour le faire avancer.

 

Au-delà de ces souvenirs cyclistes, dit Marco Valdo M.I., la route a continué à suivre la marche du progrès et du fameux bond en avant de l’Italie de l’après-guerre, un temps où on noya ses cailloux sous l’asphalte pour en faire un tapis noir pour les autos et les villégiateurs. Je te laisse la fin un peu mélancolique à découvrir.

 

Moi aussi, dit Lucien l’âne, il m’arrive d’avoir de petits coups de bleu et de me laisser reprendre par le passé, mais heureusement, ça finit par passer. Pour le reste, tissons le linceul de ce vieux monde mélancolique, héroïque, cycliste et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Un temps y passaient les chars à bœufs fracassants

Quand, chargés de bois, ils descendaient lentement.

Au lieu de cela, le dimanche, montaient les amants,

À la descente, les bœufs semblaient des ures d’antan.

 

Les vieux avec leur bâton regardaient

Sur le bord de la route, curieux et chuchotaient.

 

D’un coup, l’obscurité tomba et la guerre arriva.

La colonne avec ses conducteurs endormis s’ébranla ;

Sur la terre, les empreintes des chaussures sont restées.

Les jeeps des Alliés se sont avancées.

 

Les gens sortirent, c’était un véritable rucher.

Mais au lieu de miel, il y avait du vin pour trinquer.

 

Les premiers vélos, leurs pneus étaient vides.

Mais, les journaux le disent, ça allait vite

Sur les trous et les cailloux, les roues tournaient.

Coppi avait des ailes, on aurait dit qu’il volait.

 

Salué par les applaudissements, il fut le premier à arriver

Et entretemps, encore sur la route, tous les autres de pédaler.

 

Et le maire fut élu et les travaux commencèrent.

y mit des lampadaires, le trafic augmentait.

Sur les côtés, on mettait des haies ; d’asphalte, on la couvrait.

On voyageait en autocar et c’était l’hiver.

 

Je rentrais de l’école et je restais là à m’ennuyer,

Car sur cette route, on ne pouvait jouer.

 

Je suis né sur la route, je la connais comme une sœur ;

Dans ma valise, j’emporte ma musique et mes chansons dans mon cœur.

Sur la route, on n’est jamais seul, on peut aussi partir

Et tant de fois, je l’ai fait, mais toujours pour revenir.

 

LA ROUTE
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Published by Marco Valdo M.I.
27 juin 2020 6 27 /06 /juin /2020 18:09

 

 

 

 

Le Cimetière

 

Chanson française – Le Cimetière – Marco Valdo M.I. – 2020

 

Scènes de la vie quotidienne au temps de la Guerre de Cent Mille Ans.

Histoire tirée du roman « Johnny et les Morts » – du moins de la traduction française de Patrick Couton de « Johnny and the Dead » de Terry Pratchett. (1995)

 

 

Allée du cimetière

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Avant toute chose, dit Lucien l’âne, j’aimerais quand même que tu me dises ce qu’est un alderman, car ce sont les premiers mots de la chanson et c’est le premier personnage qui apparaît. J’aimerais donc que tu me dises ce que c’est ou du moins que tu m’en dises assez pour que je me fasse une idée.

 

Eh bien, Lucien l’âne mon ami, disons qu’un alderman est, dans les pays anglo-saxons, est une sorte de magistrat ou d’officier public municipal

 

Dans les pays anglo-saxons, dit Lucien l’âne, il me semble que souvent, les choses sont très différentes, tout en étant finalement assez semblables.

 

On peut dire les choses ainsi, reprend Marco Valdo M.I. et c’est nettement le cas, par exemple, en matière de circulation automobile, de poids et mesures, d’unités, de monnaie et même, et surtout peut-être, en matière de cuisine et de nourriture. Cependant, tu as raison, finalement, ça se ressemble. Donc, pour ce qui est de l’alderman, on retiendra que c’est un personnage important sur le plan local.

 

Maintenant, dit Lucien l’âne, qu’est-ce que c’est que cette histoire de cimetière ?

 

Ah, dit Marco Valdo M.I., si j’ai commencé cette série – car c’est une série – par le cimetière, c’est qu’il est le lieu et un des éléments centraux de cette anthologie, calquée – je ne le cache pas – sur celle de Spoon River d’Edgar Lee Masters et sur les chansons qu’en avait tirées Fabrizio De André et d’autres, à commencer par La Colline (La collina, o Dormono sulla collina) et les divers personnages : Juge (Un giudice), Médecin (Un Medico), Soldat (Harry Wilmans, il soldato - Mario Peragallo), Musicien (Il suonatore Jones) et Fou (Un matto). Ici, on commence par le cimetière et le premier « mort » : l’alderman. Je laisse le soin au temps (car il me faudra du temps pour les écrire) de dévoiler les nouvelles figures et le fond de l’affaire. Cependant, en voici le cadre : Johnny, le même garçon que dans Tuer ou ne pas Tuer, en raison du climat familial épouvantablement difficile au moment de la séparation de ses parents, se réfugie chez son grand-père – Papy. Il continue à aller à l’école mais par un raccourci qui traverse le cimetière et c’est là qu’il va entendre certains morts, puis qu’il va connaître une étrange aventure, qui met en émoi la petite ville de Blackbury, en pleine décrépitude avec ses commerces fermés, ses usines en ruines, du fait que la municipalité veut vendre le vieux cimetière à un groupe de promoteurs immobiliers. On y rencontre des « héros de la guerre », héros malgré eux, évidemment. On y viendra en son temps.

 

Quand j’y pense, dit Lucien l’âne, cette petite ville me semble subir le même destin que bien d’autres dans bien des pays. On prend, on utilise et puis, on jette.

 

Cependant, avant que tu conclues, Lucien l’âne mon ami, je voudrais donner encore une ou deux indications, d’abord, à propos de la grand-mère Mémé, femme du Papy, qui avait dû être placée (Alzheimer ?) dans un centre d’accueil pour personnes âgées au doux nom de « Rayon de Soleil » et son quotidien en tout pareil à tous ceux qui se retrouvent à finir la vie dans un mouroir :

 

« Au Rayon de Soleil, à presque cent ans,

Mémé, l’hiver dernier, est morte

En regardant la télé et la porte

En attendant le repas suivant. »

 

On avait déjà abordé cette question en parlant de la chanson de Patrick Font : « La Vieille » et celle de l’euthanasie dans « Euthanasiez-moi » avec cette mémé Wuillemin qui dit l’implacable vérité et sa revendication de liberté.

 

Oh, dit Lucien l’âne, je suis très impatient de connaître la suite de cette anthologie en gestation. Pour l’heure, tissons le linceul de ce vieux monde décrépit, âpre, avide, cupide et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

L’alderman Bowler, un homme sensé,

De toute sa vie, n’avait rien remarqué.

Johnny, lui, remarque plein de choses

Et voir les morts le rend tout chose.

 

Les gens normaux ignorent presque tout

Sauf les choses importantes, voyez-vous :

Se lever, se laver, déjeuner, aller aux toilettes,

Les gens normaux vivent ainsi ; rien ne les inquiète.

 

Tout le jour, Maman fume comme un pompier.

Las de crier, Papa est parti.

Les choses vont peut-être s’arranger.

Johnny s’est installé chez Papy.

 

Pour aller à l’école le matin et revenir le soir,

Le long du canal, il prend le sentier,

Traverse le cimetière par-derrière le crématoire :

Ça raccourcit le chemin de moitié.

 

Un vieux cimetière peuplé de freux, de hiboux,

De mulots, de rats, de chats et de renards.

Un chouette endroit sympa, avec un sous-sol où

Les squelettes sourient dans le noir.

 

Au Rayon de Soleil, à presque cent ans,

Mémé, l’hiver dernier, est morte

En regardant la télé et la porte

En attendant le repas suivant.

 

Le cimetière est une vraie ville

Entre l’avenue du Sud et l’allée du Nord,

Il y a une placette, une sorte de centre-ville

Avec ses mausolées des riches morts.

 

Sur le marbre en lettres de bronze terni,

Alderman Thomas Bowler,

Pro bono publico, c’est écrit.

Johnny frappe à la porte en fer.

 

Oui, dit l’alderman, c’est pourquoi ?

Vous êtes mort ? Certainement !

En mil-neuf-cent-six, par là.

Un très bel enterrement, vraiment.

 

Comment tu t’appelles, mon jeune ami ?

Johnny. Comment c’est d’être mort ?

Bof, parfois, on s’ennuie très fort.

Passe quand tu veux, je ne bouge pas d’ici.

 

 

 Le Cimetière
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Published by Marco Valdo M.I.
25 juin 2020 4 25 /06 /juin /2020 17:34

 

NOS FEMMES

 

 

Version française – NOS FEMMES – Marco Valdo M.I.2020

d’après la traduction italienne de Riccardo Gullotta

d’une chanson turque KadınlarımızŞanar Yurdatapan – 2016
Poème : Nâzım Hikmet
Musique : Şanar Yurdatapan
Interprétée par : Melike Demirağ
Album : 79 Yılında

 

 

 

 

 

FEMME D'ANATOLIE

Ali Demir 1974

 

 

 

 

 

 

ŞANAR YURDATAPAN

 

 

Şanar Yurdatapan est un auteur compositeur et porte-parole de l’Initiative pour la Liberté d’Expression en Turquie – un organisme sans but lucratif, sans comité exécutif et sans aucune structure juridique qui se définit lui-même comme étant un « un mouvement de désobéissance civile qui enfreint les règles anti-démocratiques ».

Né à Susurluk en 1941, Yurdatapan est devenu actif en politique dans les années 1960, quand il rejoint le Parti travailliste turc. Dans les années 1970, il est devenu célèbre pour ses compositions de musique pop. En 1980, Yurdatapan et son (ex)-femme Melike Demirağ étaient contraints à l’exil pour plus de 11 ans. En 1982, il enregistre « Songs of Freedom from Turkey : Behind Prison Bars » (New York : Folkways Records, [1982] ℗1982) – Chansons de la Turquie pour la liberté : derrière les barreaux de la prison » contenant les chansons : Elleriniz = Your hands – Tes Mains ; Kadinlarimiz = Our women – Nos Femmes ; Bu memleket bizim = This land is ours – Ce pays est à nous ; Pervane ile isik = The moth and the light – La mouche et la lampe -- Saz -- Hasret = Longing – Désir ; Kurban = Beloved – Aimé ; Ninni = Lullaby – Berceuse ;-- Savas türküsü = War song – Chanson de guerre ; Elele = Hand in hand – Main dans la main.

 

 

En 1995, le célèbre romancier Yaşar Kemal fut inculpé pour un article paru dans le journal Der Spiegel sur l’oppression de la population kurde en Turquie. Cette situation poussa Yurdatapan et d’autres militants à monter une forme unique de désobéissance civile. Plus de 1000 intellectuels, dont Kemal, ont apposé leurs noms en tant qu’éditeurs d’un livre contenant des textes interdits. Ils ont informé de leur « crime » le procureur général de l’État. Un dossier collectif a été ouvert contre 185 d’entre eux.

En 2003, Yurdatapan, qui s’identifie comme athée, et Abdurrahman Dilipak, un théologien de l’Islam, ont publié ensemble « Opposites: Side by Side » (Des opposés : côte à côte). Divisé en deux parties, ce livre donne aux deux auteurs l’opportunité de discuter de sujets controversés comme le genre, la foi, les droits humains et le fondamentalisme.

L’approche novatrice de Yurdatapan pour la défense de la liberté d’expression ne s’arrête pas là. En 2014, lui et ses collègues ont fondé le Musée des crimes de la pensée, un projet de campagne numérique qui documente les violations de la libre expression en Turquie. L’espace numérique permet aux visiteurs de naviguer dans les couloirs comme un touriste dans un musée réel. Ils peuvent voir le bureau du Procureur général de l’État, marcher à l’intérieur d’une représentation réaliste d’une salle d’audience de la Turquie et en apprendre davantage sur la façon dont la loi turque a été conçue en vue d’étouffer la liberté de la presse.

En 2017, Yurdatapan a été condamné avec sursis à 15 mois pour avoir été « éditeur d’un jour » du quotidien kurde Özgür Gündem. En avril 2018, les accusations de « propagande terroriste » portées contre lui ont été abandonnées.

Depuis fin de 2019, Yurdatapan présente “What’s Goin’ On?”, une émission vidéo mensuelle pour le compte d’Initiative for Freedom of Expression – Turquie, dans laquelle des journalistes et des militants discutent de l’évolution récente de la situation des droits humains en Turquie.

 

 

 

 

NAZIM HIKMET

 

Nazim Hikmet est connu pour ses poèmes d’amour, mais il a écrit des chefs-d’œuvre épiques traduits tardivement, originaux dans leur forme et leur contenu. Son Épopée de la Guerre d’Indépendance (Kurtuluş Savaşı Destanı) a été publiée en 1965. Suivie de Paysages humains de mon pays natal (Memleketimden İnsan Manzaraları), l’histoire de la société turque entre 1920-1940. À cause de l’interdiction qui frappait l’auteur, elle fut publiée après sa mort en 1968. L’ouvrage se développe en 5 livres. Le premier livre décrit les histoires de vie de gens ordinaires dans le train d’Istanbul à Ankara. Le second décrit les passagers d’un train de luxe sur le même trajet : ce sont des bourgeois, des commerçants, des politiciens, des fonctionnaires. Dans le troisième, les gens sont dans des chambres à l’hôpital et à la prison. Dans le quatrième, il décrit les militants en exil en Union soviétique et en France. Dans le cinquième, il décrit la guerre et le climat répressif de la société turque.

 

 

LA CHANSON : KADINLARIMIZ

 

« Kadınlarımız / L’Histoire de nos femmes » est un hymne aux femmes passé sous silence, à l’exception des érudits de la littérature turque du XXe siècle. Il le serait resté s’il n’avait pas été transposé en musique par cette figure singulière de musicien, intellectuel et activiste de Şanar Yurdatapan qui, malgré son âge et son passé, a continué à perturber le régime autocratique turc.

L’introduction qui ne fait pas partie de la chanson permet de mieux situer la chanson. Il s’agit d’un bref dialogue entre le serveur Mustafa, le maître et le chef de la voiture-restaurant de l’Anatolia Express. Mustafa est chargé de lire les exploits de la guerre d’indépendance turque.

On voit, on accompagne, on salue avec inquiétude ce cortège de pauvres paysannes sur des chars à bœufs avec des enfants qui dorment au clair de lune. Elles marchent par une chaude nuit d’août. Elles portent des vivres et des munitions aux soldats turcs, épuisés par des années de guerre, de la 1ère guerre mondiale contre les Anglais et à la suite, contre les Alliés, pas rassasiés d’avoir pris possession des territoires ottomans du Moyen-Orient. Hikmet en quelques lignes inoubliables retrace le visage et la vie de ce peuple de femmes qui ont renoncé à tout sauf à leur dignité, même au prix de leur vie.

 

 

 

Il était 12h10 dans le wagon-restaurant de l’Anatolia Express.

Trois personnes étaient restées dans la voiture :

Le serveur Mustafa, le maître d’hôtel et le chef Mahmut Asher.
Ils s’
assirent à la première table,

Où le dignitaire s’était assis une heure avant.

Les nappes blanches avaient disparu

Et les lampes rouges avaient été éteinte;

Maintenant, seuls restaient de vieux abat-jour.

Ça sentait le bar abandonné.

Et le serveur Mustafa

Lut son épopée :

« AOÛT 1922 »

Et

« L’HISTOIRE DE NOS FEMMES »

Et

« LES ORDRES DU 6 AOÛT … » 

A demandé le chef Mahmut Asher :

« Est-ce là que nous avons arrêté ? »

« Oui.
Nous avons lu en dernier l’histoire de Mustafa Suphi et de ses compagnons,

Et cette section est la suivante ».

« Très bien, alors, lis. »

« Je suis en train de lire :

 

L’HISTOIRE DE NOS FEMMES

 

Les chars à bœufs roulaient sous la lune.

Les chars à bœufs roulaient d’Akşehir à Afyon.

La plaine était si vaste

Et les montagnes si loin dans l’espace,

Qu’il semblait qu’ils n’atteindraient jamais

Leur destination.

Les chars à bœufs avançaient sur des roues en chêne massif,

Les premières roues qui ont jamais tourné

Sous la lune.

Les bœufs appartenaient à un monde

En miniature,

Enfantin et nain

Sous la lune,

Et la lumière jouait sur leurs cornes abîmées et maladives

Et la terre coulait

Sous leurs pieds,

Terre

Et encore terre.

La nuit était lumineuse et chaude,

Et dans leurs lits de bois sur des chars à bœufs

Les obus bleu foncé gisent nus.

Et les femmes

Cachaient leurs regards à l’une l’autre

Tandis qu’elles regardaient les bœufs morts

Et les ornières des convois passés…

Et les femmes,

Nos femmes

Avec leurs merveilleuses mains bénies,

Leurs petits esprits pointus et leurs grands yeux,

Nos mères, nos amoureuses, nos épouses,

Qui meurent sans avoir jamais vécu,

Qui mangent à nos tables

Après les bœufs,

Que nous raptons et emmenons dans les collines

Et nous allons en prison pour cela,

Qui récoltent des céréales, coupent le tabac, coupent le bois et troquent sur les marchés,

Que nous exploitons pour nos charrues,

Qui, avec leurs cloches et leurs pesants flancs ondulés

Se soumettent à nous dans les bergeries

Au scintillement des couteaux plantés dans le sol.

Les femmes,

Nos femmes,

Cheminaient à présent sous la lune

derrière les chars à bœufs et les munitions

Avec la même facilité

Et l’habituelle fatigue des femmes

Traînant des gerbes aux oreilles ambrées jusqu’à l’aire.

Et leurs enfants au cou émacié

Dormaient sur l’acier des obus de 155

Et les chars à bœufs avançaient sous la lune…

D’Akşehir vers Afyon.

NOS FEMMES
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Published by Marco Valdo M.I.
22 juin 2020 1 22 /06 /juin /2020 20:41

 

 

 
 

La grande Chanson

 

 

Chanson française – La grande Chanson – Marco Valdo M.I. – 2020

 

LA NOBLE CABALE 1

 

La noble Cabale ou « La grande chanson de Maître François contant les aventures horrifiques du géant Gargantua et de Pantagruel, le roi des Dispodes. » Chanson en multiples épisodes, en français de ce XXIe siècle, tirée de l’œuvre complet de François Rabelais, selon l’édition « Rabelais. Œuvres complètes », éditée et translatée par Guy Demerson, publiée au Seuil à Paris en 1973, 1020 p. Interprétée de bout en bout par Lucien l’âne en duo avec Marco Valdo M.I.

 

 

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

La grande chanson, marmonne Lucien l’âne, je me demande ce qu’un pareil titre peut signifier. C’est assez flou comme dénomination. Par exemple, en quoi une chanson peut-elle être grande ? Ou petite d’ailleurs ?

 

En effet, répond Marco Valdo. Une chanson peut être grande ou petite (ce qui est la même chose, finalement) de toutes sortes de façons : par la longueur ou par sa réputation. Ici, dans un premier temps, ce sont les deux sens qui s’imposent et expliquer ça. Comme tu le sais, j’ai toujours considéré la chanson comme un genre poétique, littéraire et bien sûr, musical – même si, la plupart du temps, les musiciens sont en retard ou carrément, absents.

 

Sur ce point, je pense, dit Lucien l’âne, que tu as raison et de façon générale, la chanson est un art et sans doute constitue-t-elle l’art lyrique, entendu – c’est le cas de le dire – comme l’art de ce qui se raconte par la voix soutenue par une cadence, éventuellement par un bâton frappé au sol, par la lyre ou n’importe quel instrument ou groupe d’instruments. On peut affiner cette définition, mais elle est fondamentale. Il est temps de rendre à la chanson toutes ses dimensions et de la libérer de l’ostracisme qui frappe une grande partie d’entre elle et qui réserve la dimension d’art au seul lyrisme élitiste parqué dans ses genres et ses institutions, c’est-à-dire la musique classique, l’opéra, le chant, etc.

 

En somme, dit Marco Valdo M.I., c’est comme si on réduisait la marche à la marche olympique, au défilé militaire ou aux processions. C’est absurde, mais c’est pourtant ce qui en est pour la chanson.

 

Ensuite, dit Lucien l’âne, elle peut – être grande ou petite par sa dimension : quelques syllabes ou des milliers de vers. L’Iliade et l’Odyssée en sont de fameuses illustrations et comme on le sait aussi, sont divisées en une série de chants. Et puis, comme on l’a déjà dit, on pourrait fondre l’entièreté des chansons des Chansons contre la Guerre (CCG) en une seule énorme œuvre polyphonique.

 

Soit, dit Marco Valdo M.I., arrêtons ici cette discussion théorique pour en revenir à cette chanson-ci – « La grande Chanson », car comme pour Dachau Express, les Histoires d’Allemagne, Les Histoires lévianes, la Geste de Till, les Lettres de Prison, l’Arlequin amoureux et tout récemment, quelques histoires albanaises, elle sera composée d’une série de chansons qui toutes ensemble la constitueront. Combien il y en aura, je ne le sais pas.

 

Avec toutes ces digressions, dit Lucien l’âne, je ne sais toujours pas de quoi elle parle, ni ce qu’elle va raconter.

 

Évidemment, Lucien l’âne mon ami, et c’est normal, car je ne le sais pas moi-même. Je ne sais ni le nombre, ni le contenu de ce qui sera. Les seules choses que je peux assurément en dire, c’est que ce grand récit sera la transposition de l’œuvre de François Rabelais, du grand œuvre de Maître François, qui vécut à la même époque que Till (1500-1550) :

— Pantagruel Roy des Dipsodes, restitué à son naturel, avec ses faictz et prouesses espouventables, composez par feu M. Alcofrybas abstracteur de quinte essence ;

— La vie treshorrificque du grand Gargantua, père de Pantagruel, jadis composee par M. Alcofribas abstracteur de quinte essence. Livre plein de Pantagruelisme ;

— Tiers Livre des faitz et dictz Heroïques du noble Pantagruel, composez par M. Franç. Rabelais docteur en Medicine ;

— Le Quart Livre des faicts et dits Heroïques du bon Pantagruel. Composé par M. François Rabelais ;

— Le cinsquiesme et dernier livre des faicts et dicts Heroïques du bon Pantagruel, composé par M. François Rabelais, docteur en Medecine.

Un grand œuvre forcément réduit, forcément décomposé, forcément recomposé pour se mettre à vivre sous la forme de ma chanson nouvelle. Mais ce que je sais également surtout pas, c’est si j’arriverai à le faire. Je suis l’ancien navigateur partant pour un supposé tour du monde, je suis le voyageur à pied, simple piéton itinérant, vagabond vaguant sur la vague des plaines au piémont d’une formidable chaîne de montagnes qu’il ne connaît que par sa réputation, par les on-dits d’autres trimardeurs, d’autres explorateurs. C’est ma manière de lire une œuvre que sans cela – à l’exception notable de Laurence Sterne, d’Alexandre Vialatte et d’autres encore, je me serais contenté de survoler.

 

En somme, dit Lucien l’âne, il s’agit de la lire la plume à la main en tentant d’en donner une image de ta composition. En cela, rassure-toi, c’est ce que font les artistes, nombre de créateurs et dans tous les arts. C’est d’ailleurs cet usage de l’extelligence, de la culture accumulée, de l’accumulation culturelle, du savoir partageable qui fait l’humaine nation. Aucun artiste ne travaille « ex nihilo » et même les premiers mots, les premiers pas d’enfant sont inspirés des mots et des pas de l’entourage. On puise tous dans la manne commune.

 

Comme il s’agit de la première chanson de la série, Lucien l’âne mon ami, je réserve d’autres commentaires auxquels je pense ou que j’aurais oubliés pour d’autres dialogues. Ainsi, je te parlerai de Rabelais au fur et à mesure du périple. Cependant, un dernier mot avant de te laisser conclure, je veux attirer ton attention sur deux vers d’où vient le titre générique : « La noble Cabale », car il énonce en quelque sorte le sens de ce détour rabelaisien :

 

« Œuvrant ainsi pour la noble cabale

Des frères humains fuyant en cavale »

 

Oh, dit Lucien l’âne, c’est fort bien ce titre générique et je suis tout prêt à y contribuer moi aussi à cette noble cabale. Pour le reste, j’attendrai ce qu’il faudra pour saisir l’ensemble dans son ensemble. Alors, à présent, tissons le linceul de ce vieux monde raisonneur, rigolard, philosophe, épouvantable et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Si pour mêler profit avec douceur,

On met à haut prix la chanson, son auteur

Prisé sera, de cela soyez sûrs.

Je le sais, car selon ma comprenure,

Cette chanson, de si plaisante figure,

Est d’une utilité si certaine,

M’est avis que me voilà nouveau Démocrite,

Riant les faits de notre vie humaine.

Persévérant, et, si on n’en reconnaît le mérite

L’aura viendra une prochaine semaine.

 

Illustres et valeurs champions,

Recevez mes gentilles salutations.

Vous avez vu, lu et su naguère

Entrecroisant racontars et ritournelles,

Mille et mille chansons contre la guerre,

Susurrées à d’aimables demoiselles,

À chaque soir une nouvelle,

Vous les avez connues si belles,

Laissant pour ce faire de côté,

En grand oubli, les soucis du métier.

 

Sans laisser divaguer l’esprit

Jusqu’en fin tenir en tête ce récit,

Même si devaient disparaître les sites

Ou les livres, la voix reporterait ce chant

Aux enfants aux guerres survivants,

Gagnant les plus grands des mérites,

Œuvrant ainsi pour la noble cabale

Des frères humains fuyant en cavale

Cataclysmes, éruptions, pandémies,

Disette, sécheresse, massacres et tueries.

 

La grande Chanson
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Published by Marco Valdo M.I.
19 juin 2020 5 19 /06 /juin /2020 20:13


À LA BISETTE DU NORD

Version française – À LA BISETTE DU NORD – Marco Valdo M.I. – 2020

d’après la version italienne – AL VENTICELLO DEL NORD – Gian Piero Testa

Paroles : Οδυσσέας Ελύτης [Odysseas Elytis]
Musique : Mίκης Θεοδωράκης [Mikis Theodorakis]

 

 

 

 

 

 Borée

John William Waterhouse - 1903

 

 

 

À la bisette du Nord, j’ai ordonné d’être bonne enfant,

De ne pas venir frapper à ma porte et moins encore, à ma fenêtre,

Car dans la maison où je veille, mon amour est mourant

Et je le regarde dans les yeux, à peine il respire.

 

 

 

Adieu jardins, adieu gorges des torrents,

Adieu baisers, adieu embrassements,

Adieu rivières et promontoires dorés,

Adieu serments pour l’éternité.

 

 

 

Le chagrin m’étouffe, car en ce monde

J’ai perdu mes étés et je suis au seuil de mon hiver.

Comme le navire qui a déployé ses voiles et prend la mer,

J’ai vu les gens se perdre au loin et rapetisser les rives.

 

 

 

Adieu jardins, adieu gorges des torrents,

Adieu baisers, adieu embrassements,

Adieu rivières et promontoires dorés,

Adieu serments pour l’éternité.

 

 

 

Adieu jardins, adieu gorges des torrents,

Adieu baisers, adieu embrassements,

Adieu rivières et promontoires dorés,

Adieu serments pour l’éternité.

 

 À LA BISETTE DU NORD
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Published by Marco Valdo M.I.
16 juin 2020 2 16 /06 /juin /2020 13:00

 

 

Tuer ou ne pas tuer

 

Chanson française – Tuer ou ne pas tuer – Marco Valdo M.I. – 2020

 

Histoire tirée du roman « Le Sauveur de l’Humanité » – du moins de la traduction française de Patrick Couton de « Only You Can Save Mankind » de Terry Pratchett. (1994)

 

 

 

 

 

Tuer ou ne pas tuer

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

À quoi servent les chansons ? Telle est la question, dit Lucien l’âne.

 

Sans doute, répond Marco Valdo M.I., mais dans cette chanson-ci, la question est « Tuer ou ne pas tuer ». C’est à l’évidence une question centrale pour ceux qui imaginent des chansons contre la guerre, et surtout dans La Guerre de Cent Mille Ans.

 

Tuer ou ne pas tuer, dit Lucien L’âne, ça me rappelle cette première phrase du monologue d’Hamlet (Shakespeare, Hamlet, Acte III, I, 56-60) – je donne la référence uniquement pour montrer qu’on peut être un âne et avoir des lettres. Cependant, j’aimerais en savoir plus : qui dit quoi ? À qui ? Quand ? Qui est-ce qui dit? Quel est donc ce sauveur de l’humanité ? Ça m’inquiète énormément, ces sauveurs de l’humanité. J’ai toujours une solide méfiance face aux sauveurs du peuple, du pays, de la nation, de l’espèce, de la race, de l’humanité et tutti quanti. Bref, de tous les sauveurs. Généralement, ces sauveurs de l’humanité mènent le monde tout droit aux massacres les plus épouvantables. Oh, bien sûr, pas toujours tout de suite, mais toujours. Au début, ils se font tout gentils, mais ça finit par se gâter – surtout pour les autres.

 

Qui ? Que ? Quoi ? Quand ? Comment ?, Lucien l’âne mon ami, sont des petits mots, de vrais mots-clés. Ils ouvrent les portes de l’intelligence. C’est la bonne manière d’aborder cette chanson. Alors, celui qui dit, c’est Johnny, c’est un garçon de douze ans, qui joue à un jeu vidéo, intitulé « Le Sauveur de l’Humanité ». Il est carrément accro ; inlassablement, il recommence la partie. Le principe est simple : il s’agit de tuer les aliens étrangers qui arrivent en masse vers la Terre. Dans le jeu, les aliens finissent toujours par tuer Johnny, mais il suffit d’un click sur le « O » de «  Nouvelle partie O/N » et Johnny se retrouve ans l’espace, plus fort, plus expérimenté, avec plus de points et tut recommence. Les aliens étrangers arrivent en force et Johnny tout seul reprend son combat héroïque.

 

Jusque là, dit Lucien l’âne, j’ai suivi. Mais qu’arrive-t-il de si spécial à Johnny ?

 

Eh bien, reprend Marco Valdo M.I., il se fait que soudain, Johnny est interpellé par une voix venant du jeu ; la voix d’une femme qui se présente comme la capitaine de la flotte et qui lui demande d’arrêter de tirer, d’arrêter de tuer.

 

Euh, dit Lucien l’âne, tuer : n’est-ce pas là le but du jeu ?

 

En effet, Lucien l’âne mon ami, et Johnny en est tout abasourdi, d’autant que la capitaine dit que toute la flotte, avec ses centaines, ces milliers de vaisseaux, va se rendre à lui, Johnny. Note que pendant tout ce temps, la vie réelle continue et à la télévision, qui comme chez bien des gens fonctionne en permanence, on donne des nouvelles d’une guerre et de bombardements sur des villes lointaines ; on interviewe des pilotes, assez fiers de leurs « réussites », des experts commentent les massacres avec discernement.

 

Pour Johnny, dit Lucien l’âne, la proposition de la capitaine doit être très surprenante, en effet.

 

Au début, oui, reprend Marco Valdo M.I., car il ne comprend pas d’où vient cette voix, il pense qu’il hallucine ; mais il finit par engager la conversation avec la capitaine et ensuite, par aider les aliens étrangers à passer la Frontière et les sauver d’un destin tragique. Je vois ton regard, Lucien l’âne mon ami ; oui, c’est une histoire pour enfants, c’est un conte moderne fondé sur l’idée d’une légère distorsion de la morale dominante, celle des humains barbares, celle qui dit : « Tuer ou être tué », « L’homme est un loup pour l’homme » – ce qui est vexant pour les loups, et d’autres fariboles du même tonneau. Une distorsion de bon aloi quand la « morale » devient « Tuer ou ne pas tuer ». Ce qui en matière de question et de morale est une tout autre affaire. En clair, il y a au moins une chose exclue : c’est de tuer l’autre. Je te laisse le loisir de développer la logique de cette maxime et puis, il suffit de voir la chanson ; elle en dit beaucoup.

 

Évidemment, la logique, dit Lucien l’âne. Les mots, les questions, les récits, les chansons ont leur logique. Si déjà au départ, a priori, par principe, on peut s’astreindre à ne pas tuer, c’est déjà un formidable progrès ; surtout, si on arrive à inséminer cette pensée chez les enfants. Quant à nous, nous tissons le linceul de ce vieux monde xénophobe, raciste, belliqueux, idiot et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Les missiles sont partis :

Coup en plein dans le vaisseau ennemi.

Une boule de feu rouge, rouge.

Plus rien ne bouge, bouge.

 

Tuer ou être tué, telle est la mission.

Au clavier, je suis le Sauveur de l’Humanité ;

À l’écran, les aliens étrangers à massacrer

Arrivent en masse à l’horizon.

 

À présent, les pilotes d’avions

Sont très très bons.

Ils ont appris par le jeu sur écran,

À répandre la mort sur les gens.

 

C’est juste un jeu ! C’est quoi, un jeu ?

Avec les canons, c’est amusant de faire feu.

Qui êtes-vous ? Je ne comprends pas.

Je suis la capitaine de la flotte, ne tirez pas !

 

En tirant, vous nous tuez pour de vrai.

Les jeux ont juste l’air réel.

Dans les jeux, on ne meurt jamais.

À la télé, le réel a l’air d’un jeu irréel.

 

Ici, on allume, on joue, on éteint.

On vit, on tue, on est tué.

Game over. Le jeu prend fin.

Il suffit de rallumer et de recommencer.

 

Nous sommes comme vous, nous vivons.

Vous avez gagné, nous nous rendons.

Attention ! Nous voulons parlementer.

Attention ! Nous ne voulons pas crever.

 

Nous nous rendons, vous avez gagné.

Nous nous rendons, arrêtez de tirer !

Ne tirez pas ! Nous sommes vivants, nous mourons.

Plus de guerre, nous rentrons à la maison.

 

Nous nous rendons, vous avez gagné.

Nous nous rendons, arrêtez de tirer !

Nous nous rendons, arrêtez de tirer !

Vous avez gagné, vous avez gagné, vous avez gagné.

 

Tuer ou ne pas tuer, c’est une question.

Vivre et laisser vivre, répondre à la question.

Refuser, fusées, fumées, refuser,

Mourir, dormir, le jeu est terminé.

 

 Tuer ou ne pas tuer
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