Chanson sans musique Tirée du recueil “Ιδιώνυμο”, 1978
OPHÉLIE
Paul Steck — 1894
En italien (comme en français), la différence subtile entre “répression” et “dépression” est confiée à la consonne initiale. En grec, ce n’est pas nécessaire : καταστολή signifie les deux à la fois, et le grec outre qu’intrinsèquement sacré, est aussi une langue très lucide. En fait, il faut beaucoup de clarté pour comprendre que la répression et la dépression ne sont que les deux faces d’une même pièce, qui interagissent et sont cause et effet de l’autre ; la répression et la dépression dérivent toutes deux d’un ancien verbe signifiant « soumettre » ou « envoyer sous », κατα-στέλλω. Inculquer la dépression comme une forme extrême, efficace et décisive de contrôle, qui brise notre dernière défense sociale en faisant de nous des zombies en costume, des morts parmi les morts. Quelque chose, en effet, qui nous subjugue. Non, Katerina Gogou n’est jamais rassurante, comme ne peut jamais être rassurant celui qui décrit avec une extrême lucidité l’abîme et nos saisons en enfer. En 1978, deux de ses recueils de poèmes sont sortis : Τρία κλικ αριστερά, que nous avons déjà vu plusieurs fois, et cetΙδιώνυμο ('Proprement dit') pour les éditions Kastanioti, un petit volume illustré par l’auteur elle-même. [RV].
Là où parmi elles, je distingue rasés, les creux
Que les gens nomment ordinairement les yeux,
Pousse une petite croix funéraire
Et une femme dépressive avec des lunettes noires
Avec en main, une laisse lascive,
M’y suit dans mes dernières heures,
Les grandes eaux lugubres des forces obscures
M’appellent à passer sur l’autre rive…
Morts brutalement dans leurs costumes, tombent
Dans les eaux des corps gonflés des tombes
Et à mon crâne s’accrochent, pétales de pierre,
Là où ma chevelure commence. Ils veulent vivre.
Ils ont faim, ils ont faim,
Ils ont tous faim…
À coups de dents, ils mettent en morceaux
Ma dernière défense sociale,
Ce que les gens appelaient mon cerveau
Et sans manger, sans pleurer, je m’affale ;
Je n’ai pas peur, je ne vois pas, je ne parle pas, je ne fuis pas, je ne résiste pas.
Je suis l’autarcique et phosphorescente, des morts, la proie
Chanson française — La Banalité — Marco Valdo M.I. — 2022
LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.
Ah, dit Lucien l’âne, pourquoi donc cette chanson s’intitule « La Banalité ».
Tout simplement, dit Marco Valdo M.I., à cause d’une réflexion faite par une des voix anonymes de la chanson, qui dit ceci :
« La vie serait d’une profonde tristesse,
Sans les marquis, sans les princesses
Une vie sans légendes, sans contes,
D’une insondable banalité, en fin de compte. »
En fait, comme toujours, il m’a fallu choisir un titre et il est rare qu’il y en ait un et un seul qui permette de caractériser l’ensemble des propos d’une chanson de ce voyage. La preuve en est que je suis généralement obligé de décomposer mon commentaire.
Oui, j’avais remarqué, répond Lucien l’âne. Et cette fois-ci ?
C’est pareil, répond Marco Valdo M.I. ; cette fois-ci, on pourrait décomposer en deux commentaires. Une partie (la première) raconte la Zinovie ; elle évoque les « grandes répressions et les camps de concentration » et les « millions de morts » ; ensuite, les ambitions démesurées du Guide actuel, en ça aussi, fidèle successeur des glorieux anciens bâtisseurs d’empire et du rêve qui depuis longtemps sert de justification au pouvoir.
« Les plus lointains de nos glorieux ancêtres
Avec génie, ont rêvé et conçu la Zinovie
Comme un grand empire et le meilleur être
Capable d’organiser pour toute l’humanité, la vie.
Dans l’égalité commune, tous bénéficieraient
De la justice et du bonheur d’être ensemble,
De travailler, de se distraire ensemble ;
Tous s’aideraient, tous s’aimeraient. »
Enfin, comme disait ma grand-mère, si tu ne crois pas celle-là, dépêche-toi de la croire quand même, car autrement, on t’en fera croire une autre.
Je vois, dit Lucien l’âne ; encore l’avenir radieux.
Oui, reprend Marco Valdo M.I. ; cependant, la dernière partie est décapante ; elle révèle le peu d’illusions qu’entretiennent les voix anonymes sur la réalité de ce rêve magnifique. Je te laisse découvrir tout ça.
Je m’y mets à l’instant, dit Lucien l’âne, et ensemble, tissons le linceul de ce vieux monde fallacieux, faux, fourbe, hypocrite, menteur, mensonger, insidieux, bancal, saugrenu et cacochyme.
Heureusement !
Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane
En Zinovie, il y avait autrefois
Des ducs, des princes et des rois.
Ils profitaient à n’y pas croire,
On se raconte encore leurs histoires.
Pour servir et meubler les arrière-plans,
Des esclaves, des serfs, des paysans
Formaient le terreau de la nation
Et vivaient leur vie sans illusion.
La vie serait d’une profonde tristesse,
Sans les marquis, sans les princesses
Une vie sans légendes, sans contes,
D’une insondable banalité, en fin de compte.
Question histoires, en Zinovie,
On est servi pour la vie.
Grâce aux grandioses répressions,
Grâce à nos camps de concentration,
On peut nourrir toute une littérature
Sur la révolution et sa grandiose nature.
Que serait la France sans Napoléon ?
Que serait l’Égypte, sans les pharaons ?
En Zinovie, plus y a de morts –
Dans nos camps de concentration, ;
Il y en a eu plus de cinquante millions –
Plus le pouvoir du Guide est fort.
La Zinovie, hors frontières, compte à peine ;
Elle se contracte, elle rétréit à l’extérieur.
De son palais, le Guide la voit souveraine.
Normal, il vit replié à l’intérieur.
Les plus lointains de nos glorieux ancêtres
Avec génie, ont rêvé et conçu la Zinovie
Comme un grand empire et le meilleur être
Capable d’organiser pour toute l’humanité, la vie.
Texte : Katerina Gogou
Musique : Kiriàkos Sfetsas
Disque : « Sto dromo/Per la strada », 1981
MARCHÉ PUBLIC à ATHÈNES
Panayiotis Tetsis –1985 circa
Je me suis mis en tête de traduire autant que possible du recueil de poèmes de Catherine Gogou, " Τώρα να δούμε εσείς τι θα κάνετε/Adesso vediamo cosa farete voi (Poesie 1978 — 2002) (À présent, voyons ce que vous ferez vous) ", publié cette année 2013 par les éditions Kastaniotis, Athènes, et que je possède en version électronique par un heureux coup du sort. Comme je le fais souvent, je commence par les textes mis en musique, ou accompagnés de musique, comme dans le cas de Gogou ; et au fur et à mesure que j’en trouve un qui me semble bon pour notre site, je l’envoie, en espérant qu’il intéressera les visiteurs. La question de savoir si, en fin de compte, il conviendra de réunir les morceaux qui sont séparées pour le moment, sera décidée en temps voulu par les consuls. (gpt)
La solitude…
N’a pas les yeux couleur d’inquiétude
De l’amour troublé.
Elle n’erre pas languide et apathique
Se traînantdans des discothèques
Et des musées gelés.
Elle n’a pas de cadres jaunes du “bon” vieux temps.
De boules de naphtaline dans les coffres de grand-maman,
De rubans violets et de chapeaux de paille surannés.
Elle n’écarte pas les jambes avec des rires étouffés,
Un regard bovin, des soupirs sifflants…
Et des dessous troublants.
La solitude
A la couleur des Pakistanais, la solitude
Et on la mesure carreau par carreau,
Morceau par morceau
Au pied de la cheminée.
Par tous les temps,
La tête de sueur trempée,
Dans la file d’attente, elle attend patiemment :
Burnazi — Ag. Varvara — Kokkinia
Toumba — Stavroupoli — Kalamaria.
Elle expire en criant, elle enchaîne les maisons.
Elle s’empare des moyens de production,
Met fin à la propriété.
Le dimanche, ellerend visite aux prisonniers,
Dans la cour, le criminel et le révolutionnaire ont la même allure.
Vendue et achetée : argent, argent, souffle par souffle.
À proximité de la place Klotziàs, au marché aux esclaves.
Au matin, elle se lève.
C’est une putain dans les maisons de mauvaise vie.
C’est le dernier tour de garde de la sentinelle,
Et le dernier kilomètre de la ROUTE NATIONALE — CENTRE
Pour la viande pendue à un crochet de la Bulgarie.
Chanson française – Les Feux du Carnaval – Marco Valdo M.I. – 2024
LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.
Épisode 188
LA COSTAUDE DE LA BASTOCHE
Clovis Trouille – 1934
Dialogue Maïeutique
Mon ami Lucien l’âne, je suppose qu’au cours de ta longue existence, tu as souvent rencontré des cirques, des foires et des fêtes foraines, étant toi-même par ricochet, un animal forain.
Si tu veux, Marco Valdo M.I. mon ami. Aristote disait lui-même que l’homme est un animal politique et je ne vois donc aucune difficulté à me voir sous la désignation d’animal forain, autrement dit, d’animal itinérant. Cela convenu, je me demande ce que vient faire ici cette étrange épithète.
Eh bien, répond Marco Valdo M.I., comme on va le découvrir, la chanson elle-même est très foraine dès le début où elle peint le Guide de Zinovie en lutteur de foire militaire, en une sorte de Costaude de la Bastoche.
« À force de prendre des poses guerrières,
Des airs de lutteur de foire militaire,
Le Guide va nous mettre à dos l’univers. »
En somme, dit Lucien l’âne, le Guide serait une sorte de leveur de fonte se trémoussant sur tous ses écrans et à l’exposition colossale. Ils en font tout un plat en Zinovie de cette vieille attraction.
Dès lors, reprend Marco Valdo M.I., le Guide fait le gros bras, roule des mécaniques sur les tréteaux de la grande foire et pendant ce temps, le ciel de la capitale s’enflamme :
« ...bombant le torse ;
Comme pour le Corse, tout se corse.
Les flammes au-dessus de la capitale,
Ce sont les feux du Carnaval. »
Il y a là une atmosphère de carnaval et les feux éclairent un monde factice où le Guide en émule du professeur Pangloss crie et répète : « Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes ».
Le pire, dit Lucien l’âne, c’est qu’il y en a pour le croire, mais le triomphalisme a ses limites.
En effet, dit Marco Valdo M.I., et c’est ce que monte le deuxième couplet. Les choses ne se font pas comme le Guide l’avait espéré et une drôle d’odeur se répand dans l’air du pays :
« Un drôle d’air plane sur le pays.
Tout ça sent le roussi ».
Tout ça, malgré les efforts de propagande qui frappent les enfants jusque dans les écoles qu’on inonde de fariboles :
« Aux enfants, ils expliquent tout :
La patriotique grande guerre,
Les raisons d’avoir raison malgré tout
Et toutes les raisons d’être tous fiers. »
Les élèves qu’on nourrit au lait de l’autosuggestion :
« On leur apprend à regarder dans le miroir
Pour voir un héros de la grande Histoire. »
Voilà, dit Lucien l’âne, qui démonte la méthode de la toute puissante et envahissante propagande. C’est digne de l’analyse de Serge Tchakhotine, qui en son temps (celui du Grand Guide) avait décrit : « Le viol des foules par la propagande politique ». Tout un programme…
Ensuite, Lucien l’âne mon ami, lucide, le trouvère s’interroge sur la durée probable de cette farce macabre :
« Au train où vont les choses,
Ça pourrait encore durer longtemps.
Un million de morts ou deux,
Est-ce assez pour satisfaire les dieux ? »
et il voit très clairement que la seule façon d’en sortir est que les gens de Zinovie prennent en mains leur destin et bazardent le Guide et sa bande aux poubelles de l’Histoire.
« Il est encore temps ! C’est à nous les vivants
D’éteindre les incendies du président,
De mettre fin à ce délire ardent. »
Je pense comme lui, dit Lucien l’âne, que c’est aux Zinoviens de mettre fin au règne de la bêtise. Mais si j’ai bien suivi, il reste un couplet.
Eh oui, continue Marco Valdo M.I., c’est Grand-Mère qui reparaît pour faire connaître le bilan, pour faire état de l’état de l’État religieux qui opprime les filles de Perse et les marie dès 13 ans pour repeupler l’Iran en mal d’enfants et qui va à vau l’eau sous leur houlette perverse.
« Ils marient les filles de treize ans.
C’est légal. C’est inscrit dans la loi,
C’est conforme aux enseignements.
La Perse maigrit, elle manque de gras,
Elle perd ses campagnes, elle perd ses paysans.
Elle perd ses eaux, elle se vide déjà. »
Restons-en là, dit Lucien l’âne, et tissons le linceul de ce vieux monde propagandiste, crédule, croyant, dupe, candide et cacochyme.
Heureusement !
Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane
Les hourras, les femmes, les fleurs,
Les beaux défilés des beaux vainqueurs
On partait en cortège, bombant le torse ;
Comme pour le Corse, tout se corse.
Les flammes au-dessus de la capitale,
Ce sont les feux du Carnaval.
À force de prendre des poses guerrières,
Des airs de lutteur de foire militaire,
Le Guide va nous mettre à dos l’univers.
Vous parlez d’un aller triomphant,
Déjà deux ans, dit le soldat, maintenant,
Qu’on est là-bas qu’on s’enterre.
C’est un pari pas vraiment réussi ;
Un drôle d’air plane sur le pays.
Tout ça sent le roussi,
Le trouvère dit alors : sans attendre,
Il nous faudra ramasser les cendres.
À l’école de chez nous, dit la mère,
Aux enfants, ils expliquent tout :
La patriotique grande guerre,
Les raisons d’avoir raison malgré tout
Et toutes les raisons d’être tous fiers.
On leur apprend à regarder dans le miroir
Pour voir un héros de la grande Histoire.
Évidemment, dit le trouvère,
Il y en a qui malgré tout espèrent.
On peut toujours voir la vie en rose ;
En réalité, on ne sait pas vraiment
Ce que nous réserve le printemps.
Au train où vont les choses,
Ça pourrait encore durer longtemps.
Un million de morts ou deux,
Est-ce assez pour satisfaire les dieux ?
Il est encore temps ! C’est à nous les vivants
D’éteindre les incendies du président,
De mettre fin à ce délire ardent.
Grand-Mère dit : Vous savez, là-bas,
Ils marient les filles de treize ans.
C’est légal. C’est inscrit dans la loi,
C’est conforme aux enseignements.
La Perse maigrit, elle manque de gras,
Elle perd ses campagnes, elle perd ses paysans.
Elle perd ses eaux, elle se vide déjà.
La Perse a besoin de beaucoup d’enfants,
L’Iran religieux a besoin de futurs soldats.
Le pays a besoin de beaucoup de mamans.
Les filles ne veulent pas de ce futur-là ;
Et les dents du présent rongent le temps..
LA ZINOVIE
Tous les épisodes précédents sont accessibles ici :
Chanson française — La Ligne de Conduite — Marco Valdo M.I. — 2022
LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.
Finalement, Lucien l’âne mon ami, toutes ces chansons, ce n’est si facile à faire, ni ce n’est pas aussi simple qu’il en a l’air et pour comprendre, pour trouver toutes les harmoniques, il convient de jouer avec les vers, de les imbriquer différemment comme on peut le faire avec les pièces de certains jeux d’enfants.
Oui, dit Lucien l’âne, tout le monde sait que l’air ne fait pas la chanson, à moins que ce ne soit l’inverse ou que ce soit l’inverse, allez savoir. Quant à jouer avec les vers, les mélanger et les disposer autrement, comme des grains de couleur d’un kaléidoscope, je suis partant ; j’adore les puzzles.
Exactement, répond Marco Valdo M.I., j’en donnerai des exemples ici encore ; cela dit, en voici une tout aussi complexe que les précédentes et comme d’habitude, on pourrait gloser tant et plus, mais comme toujours, il me faudra couper court. Ces gens-là de Zinovie y disent de ces choses qui demandent à être décantées ; j’allais dire déchantées. Il est rai que la vie en Zinovie est un perpétuel désenchantement, assez désappointée pour que les habitants envisagent très sérieusement de quitter le pays, de s’exiler. Ces derniers, avec cette guerre, cette fuite collective s’intensifie. Même si, elle résulte de millions de décisions individuelles.
J’ai entendu dire ça, réplique Lucien l’âne, et je trouve qu’ils ont parfaitement raison de foutre le camp d’un tel merdier.
Ainsi, revenons aux voix, dit Marco Valdo M.I., elles nous apprennent beaucoup de choses. La première voix explique une certaine manière d’exil intérieur — au double sens, d’exil dans le pays et d’exil en soi-même, une façon individuelle de résistance quotidienne et elle laisse penser que dans un premier temps, il est possible de vivre sa vie en passant, en quelque sorte, sous la pluie en évitant les gouttes d’eau.
« En Zinovie, même en Zinovie,
L’homme arrive à vivre sa vie.
À son rythme, plus ou moins vite,
Il impose sa ligne de conduite. »
Certes, dit Lucien l’âne, on peut vivre en passager clandestin dans ce grand vaisseau à la dérive et sans doute, certains y arrivent. Ce n’est pas toujours le cas et puis, c’est comme vivre dans un pays occupé par une puissance étrangère. Il faut être constamment sur ses gardes et faire semblant. À la longue, c’est quand même épuisant.
Mais, reprend Marco Valdo M.I., ensuite, la deuxième voix nous parle de Mariamarie, l’incarnation du peuple. Sous son apparence de récit anodin, elle cache une forte dose d’ironie, surtout si on recombine certains vers :
« Va-z-y et tâche de t’en sortir ;
Si tu te noies, pas la peine de revenir.
Qui gagnera la guerre, Mariamarie ?
Nous, la défaite, on ne l’aura pas volée. »
De toute façon, dit Lucien l’âne, en Zinovie, on se comprend à demi-mots. Évidemment, c’est indispensable ; il n’y a pas le choix, car les choses ne peuvent être dites. L’euphémisme, la litote et l’antiphrase meublent les conversations.
Et puis, dit Marco Valdo M.I., une voix, une autre voix examine la possibilité de se libérer par l’exil en territoire étranger. Pour bien faire, imagine-t-elle, il faudrait que tous ceux à qui cet étouffoir collectif rend la vie pénible s’en aillent ailleurs. Même si on peut en trouver des exemples dans l’histoire du monde, elle évoque cette solution surréaliste pour l’abandonner aussitôt. Ce serait une manœuvre impossible ; alors, ces gens-là restent là.
« Nous autres, on est encore là,
Car on ne peut émigrer tous à la fois.
Ça ferait un fameux embouteillage,
Le plus grand de tous les âges. »
Sans compter que ceux qui s’en vont laissent tout derrière eux et ne savent ce que l’ailleurs pourra leur offrir. Vu sous cet angle, l’exil est un luxe.
Et de trois, dit Lucien l’âne. Et pour finir, comment finit la chanson.
Très mal, répond Marco Valdo M.I. ; elle finit sur une note macabre, digne de la Légende du Soldat mort (Legende vom toten Soldaten) de Bertolt Brecht. Mais je n’en dirai pas plus.
Alors, concluons ici, dit Lucien l’âne, et tissons le suaire de ce vieux monde écrasant, étouffant, ahurissant, désolant et cacochyme.
Texte :Katerina Gogou
Musique : Kyriakos Sfetsas
Disque : Sto dromo/Sur la Route, 1981
L'ŒIL D’ATHÈNES
Pour éclairer ce poème de Katerina Gogou, pour la récitation duquel, confiée à l’autrice elle-même, Kyriakos Sfetsas a composé la musique en 1981, il faut essayer de se souvenir de la technique photographique avant l’irruption de la photographie numérique : quand on achetait et chargeait des rouleaux de pellicule, on calculait le temps et l’ouverture, développait les négatifs, puis faisait tirer des copies. La lumière de la vie est vécue comme ce qui permet de photographier ; et la vie qui entoure Katerina s’imprime dans les négatifs lugubres d’une réalité déformée, dégoûtante, névrotique, où les hommes sont réduits à l’état d’ombres, et dont on s’échappe soit en s’impatientant, soit, quand cela ne suffit pas, par de vains retours à un passé qui n’est lui-même déformé que parce qu’un avenir ne se dessine pas, soit par un pur défoulement et une provocation gratuite envers ceux qui acceptent cette vie inacceptable et s’y adaptent. Cependant, il y a encore un souffle d’espoir dans ce poème qui émerge dans les derniers vers, où un drapeau noir de l’anarchie semble capable de redonner de la lumière, du cœur et des chemins à l’humanité aliénée et déshumanisée.
Ce texte appartient à la collection Ιδιώνυμο (idem : c’est-à-dire le type de délit que la loi prévoit expressément et poursuit avec des peines plus graves ou plus légères que les peines génériques, selon que le comportement illégal est considéré comme un danger public particulier ou qu’il est plus justifiable au regard de l’éthique commune). (gpt)
Comme la lumière délaisse vite nos vies, mon frère…
À travers nos paupières allergiques,
La vie marche lentement sur nos ongles
Autant qu’on y adhère.
Elle s’efface… Ombre au coin de la rue.
Disparue.
Les ténèbres !
Une photo négative, les gens
Yeux rouges de loups piégés,
Aux prothèses étrangères — des crocs empruntés,
Pour s’en tirer un peu plus longtemps,
Les sangsues s’enfoncent dans nos gorges et sucent nos acnés.
Ce sont ceux du train, je m’en souviens bien,
Qui, à notre premier rêve de partir au loin,
Nous ont jetés sur les rails électrifiés.
Sacs vides sur un passage non surveillé
Comme un poids en trop chargé.
Ceux qui ont : “vécu” — entre guillemets,
Avec mille fusils nous tiennent en respect
De la terrasse de la compagnie du téléphone.
Dans nos chemises de coton, froides et moites,
Nous faisons comme si nous avions une capote
Et voyez, à nous tous une barre violette
Bat encore sous nos paupières.
Comme la vie est chère, mon frère
La qualité baisse, et le courage se dérobe,
Plusieurs fois — mais jamais n’abandonne.
Il y a les antidépresseurs, et par chance,
Penche la balance.
Il n’y a plus rien d’autre devant.
Je m’incline et je serre mes dents.
Je retourne en arrière, l’esprit sanglant
Je retourne en arrière pour me sauver
Et je ne sais où aller.
C’est la merde là aussi — comme on sait -
Partout des fers tordus et des trous d’obus
J’ai peur, je m’embrouille, je suis perdu.
Voici la porte ouverte du supermarché
Et j’entre sans hésiter
J’ai l’air d’un prédateur cherchant où est l’argent.
Et à trouver ce que je peux utiliser.
« Delirium Tremens », « Je veux voler »…
Je rassemble les chaînes stéréo et j’entends
Des airs différents pour chaque appareil
Et la sono à fond à trouer les oreilles.
Avec une paire de ciseaux Singer, ensuite,
Je découpe et j’agrandis leurs bouches.
J’y colle le baiser de la mort glaireux
Et en elles, je vide les psychotropes,
Les pharmacies et les pharmaciens avec eux.
Mort à Byzance aux putains de dynasties,
Aux interventions pacifiques, au diaphragme de mon amie,
Les tirages Kodak vendus et C. Stavrou
S’en est allé mourir où ?
Mort aux Immortels
Drapeaux noirs et ouvrir les feux rouges
— OUVRIR — la route, la bouche,
Les yeux, le cœur et la cervelle.
Ça ferait tomber la porte
Et le vieux film, pareil.
Non. Non, ne le faites pas, ne faites pas des hommes
Chanson française — Les Femmes de Zinovie — Marco Valdo M.I. — 2022
LA ZINOVIE
est le voyage d’exploration en Zinovie, entrepris par Marco Valdo M. I. et Lucien l’âne, à l’imitation de Carl von Linné en Laponie et de Charles Darwin autour de notre Terre et en parallèle à l’exploration du Disque Monde longuement menée par Terry Pratchett.
La Zinovie, selon Lucien l’âne, est ce territoire mental où se réfléchit d’une certaine manière le monde. La Zinovie renvoie à l’écrivain, logicien, peintre, dessinateur, caricaturiste et philosophe Alexandre Zinoviev et à son abondante littérature.
Comme son titre l’indique,Lucien l’âne mon ami, cette chanson est consacrée aux femmes de Zinovie. Ne pense pas cependant que ce serait une somme, une sorte d’encyclopédie ; si elle parle des femmes de Zinovie, elle ne raconte pas l’histoire de toutes les femmes, seulement des femmes paysannes et encore, celles qui vivent dans un village. Autrement dit, des femmes dans une communauté rurale – ce qui exclut les citadines et les femmes qui vivent dans des lieux isolés. C’est ce qu’on désigne sous l’appellation de monde rural. C’est leur monde à elles.
Soit, dit Lucien l’âne, je vois très bien ce dont il s’agit. Elles sont là comme les ouvrières dans une ruche.
C’est un peu ça, reprend Marco Valdo M.I. et en Zinovie, ce monde du village est un univers un peu particulier du fait que les hommes sont la plupart partis en ville pour y trouver du travail plus gratifiant ou plus valorisant à leurs yeux, ou à l’armée imaginant y vivre des aventures et souvent aussi, à la guerre. De toute façon, il est rare qu’ils reviennent vivre au village ou alors, pour les guerriers, en cercueils de zincpour s’y enfouir définitivement. Cette situation a des conséquences. La première et ce sont les premiers vers de la chanson, c’est que c’est principalement de femmes et que même s’il y a des hommes, ce sont elles qui constituent la majorité du peuple. Et puis, il y a la conséquence de la conséquence, c’est que des hommes, il n’y en a pas pour toutes et la conséquence de cette conséquence, c’est que :
« En Zinovie, dans les lointains villages,
La rédemption, c’est le mariage.
Le mari et les enfants, la mission sociale,
Pour les filles, c’est l’assomption finale. »
Évidemment, dit Lucien l’âne, dans la situation de pénurie, c’est important d’assurer sa situation. D’autant, j’imagine qu’il y a des hommes qui tentent de profiter de l’aubaine. Ma grand-mère me l’a toujours seriné cette vieille chanson qui disait :
Il y a de ça, Lucien l’âne mon ami, note que l’inverse s’applique mieux à la chanson, tu vois ce que je veux dire.
Oh, oui, dit Lucien l’âne. « Tant qu’il y aura des poules dans le village, il y aura des coqs à surveiller…
C’est d’ailleurs le fond de la deuxième et de la troisième strophe, réplique Marco Valdo M.I. ; mais il y a de ça ; cependant, les dames ont plus d’un tour dans leur sac. Naturellement, il te faudra pallier par l’imagination ce que – faute de place – ne dit pas la chanson. Enfin, les trois quarts de la chanson, car la dernière strophe est d’un tout autre calibre C’est une réflexion sur l’inertie colossale de la Zinovie face à son Guide et l’impossibilité, qui en découle, d’y changer le cours (désastreux) des choses. Comme tu le verras, c’est le retour d’une de ces voix anonymes qui poursuit la discussion qui traverse tout ce voyage. Je veux dire celle qui évoque la position de l’individu face à l’oppressante présence du collectif. Entre eux, la plupart du temps, c’est une guerre larvée, une guerre froide.
On va voir ça tout de suite, dit Lucien l’âne. Maintenant, tissons le linceul de ce vieux monde pesant, lourd, étouffant, oppressant et cacochyme
Album « Vun Drinne Noh Drusse » (« From the inside to the outside »)
KRISTALLNACHT — NUIT DE CRISTAL
Charlotte Salomon — 1942
La Nuit de Cristal (en allemand : Reichskristallnacht) est le pogrom contre les Juifs du Troisième Reich qui se déroula dans la nuit du 9 au 10 novembre 1938 et dans la journée qui suivit. Ce pogrom a été présenté par les responsables nazis comme une réaction spontanée de la population à la mort le d’Ernst vom Rath, un secrétaire de l’ambassade allemande à Paris, grièvement blessé deux jours plus tôt par Herschel Grynszpan, un jeune Juif polonais d’origine allemande. En fait, le pogrom fut ordonné par le chancelier du Reich, Adolf Hitler, organisé par Joseph Goebbels et commis par des membres de la Sturmabteilung (SA), de la Schutzstaffel (SS) et de la Jeunesse hitlérienne, soutenus par le Sicherheitsdienst (SD), la Gestapo et d’autres forces de police.
Sur tout le territoire du Reich, près de deux cents synagogues et lieux de culte furent détruits, 7 500 commerces et entreprises gérés par des Juifs saccagés ; une centaine de Juifs furent assassinés, des centaines d’autres se suicidèrent ou moururent des suites de leurs blessures et près de 30 000 furent déportés en camp de concentration : au total, le pogrom et les déportations qui le suivirent causèrent la mort de 2 000 à 2 500 personnes. Événement majeur de la vague antisémite qui submergea l’Allemagne dès l’arrivée des nazis au pouvoir en, la « nuit de Cristal » fait partie des prémices de la Shoaha.
En provoquant cette première grande manifestation de violence antisémite, les nazis voulurent accélérer l’émigration des Juifs, jugée trop lente, en dépit de la politique de persécution et d’exclusion mise en œuvre depuis. L’objectif fut atteint : le nombre de candidats à l’émigration crût considérablement. Mais, en dépit de l’indignation que l’évènement suscita dans le monde, les frontières des autres pays restèrent fermées.
Marquant une rupture avec la politique nazie de 1933 à 1937, ainsi qu’une étape dans la violence et la persécution antisémites, cet évènement fut également révélateur de l’indifférence des nations au sort des Juifs d’Allemagne et d’Autriche, et de l’incapacité des États démocratiques à contrecarrer les coups de force menés par l’Allemagne de Hitler.
(https://fr.wikipedia.org/wiki/Nuit_de_Cristal)
Quelque chose tinte, je le sens parfois,
Quelque chose s’égare en moi.
Un bruit, une sonnerie peu claire,
Tinte de façon familière,
Elle résonne rarement directement.
On s’éveille, on se frotte les yeux et on voit
Entre Brueghel et Bosch, sur un panneau de bois,
Aucun humain ne relève les hurlements,
Car de la fin d’alerte moins cher est le signal.
Cela sent la nuit de cristal.
Dans le calme avant la tempête — qu’est-ce que c’est ?
Quelqu’un quitte la ville en secret.
La notabilité incognito en vitesse s’en va
— Ces officiels n’aiment pas être là,
Quand le peuple, l’âme toujours prête,
Crie et s’agite au point central,
Hurle « Heil — Halali », à la vengeance sans limite,
Frémissant d’envie dans la Nuit de Cristal.
À tous ceux que dérange ce qui est différent,
Ceux qui, grégaires, suivent le courant,
Pour qui les homos sont des délinquants,
Les étrangers des lépreux, il faut un dirigeant.
Et alors, n’arrive aucune cavalerie,
Aucun Zorro ne s’en soucie.
Dans la neige, il pisse un “Z” triomphal,
S’étale et crie :
« Et après ? — Nuit de Cristal ! »
Dans l’église avec l’horloge de Franz Kafka,
Sans aiguilles, d’une sourde voix,
Un aveugle lit Crasse-Tignasse à un sourd
Derrière la porte verrouillée à triple tour
Et avec ses clés, le gardien se croit,
Se sent et se considère vraiment génial,
Car il vend les issues contre le mal claustral
De la Nuit de Cristal.
Pendant ce temps, peut-être sur la place du marché,
Aujourd’hui avec un visage, non masqué, nouveau,
Ramasse des pierres, affûte son couteau,
Sur ceux qu’on a déjà dénoncé,
La foule des lyncheurs répète le jugement dernier.
Album : Wolfgang Niedecken & Complizen, Schlagzeiten
DIEU LE PÈRE
Portrait anonyme du XVIIIᵉ siècle
Dialogue Maïeutique
Ah, te voilà toi, Lucien l’âne mon ami, toi avec qui je peux causer sans honte et sans garder d’arrière-pensée bien cloîtrée au fond de ma cervelle. J’ai toujours de la joie de te revoir.
Halte, Marco Valdo M.I. mon ami, que veut dire pareil exergue ? Qu’est-ce qui se cache derrière ce beau discours ?
En fait, Lucien l’âne mon ami, rien du tout. C’est juste une façon de causer, de commencer notre dialogue maïeutique et de créer un peu de suspense, car il y en a un, qui m’est venu avec retard, avec ce que Balzac appelait déjà « l’esprit d’escalier » — j’allais insérer la chanson sans commentaire et soudain, miracle, mais tu vas voir, c’est presque ça ; il y a une énigme dans cette chanson.
Ah, dit Lucien l’âne, tu m’en bouches un coin, tu m’intrigues. D’après ce que j’en sais, la chanson s’intitule Vatter, ce qui devrait vouloir dire Père et vu le tableau qui l’illustre, ce devrait être Dieu le Père. Évidemment, en soi, Dieu le Père est une énigme (et pas seulement lui, d’ailleurs dans cette famille) du simple fait que ni un âne comme moi, ni personne ne l’a jamais vu, ni entendu, ni perçu, mais je suppose que ce n’est pas de cette évidente viduité mystérieuse que tu parles.
Oui et non, Lucien l’âne mon ami, car en partie, quand même, cette néantise est au cœur de la chanson, mais l’essentiel de la chanson est ailleurs. Je m’explique. D’abord, de quoi s’agit-il ? D’une prière adressée au Père, dont en effet, on peut comprendre aisément qu’il s’agit de Dieu le Père. La seule question qui résume mon énigme est : qui lui adresse cette prière ? Est-ce un homme quelconque, Elkerlijk, un militant ou le chanteur ?
Oh, dit Lucien l’âne, ce qui est sûr, c’est que ce n’est ni toi, ni moi.
Alors qui ?, demande Marco Valdo M.I. ; eh bien, à mon sens, c’est et ce ne peut être qu’un fils, que le fils du père en question et donc, le Fils du Père, si tu vois de qui il s’agit.
Oh oui, dit Lucien l’âne, on raconte même que je l’ai porté sur mon dos lors de je ne sais plus quelle joyeuse entrée. Je ne m’en souviens plus trop, car vois-tu, avec le temps, tout va, tout s’en va et ma mémoire qui flanche avec tout le reste s’en est allée, par morceaux. Mais pour réponde à ta question, plus directement, il s’agit de Dieu Père et Fils, que c’est, le Fils qui interpelle son Père et lui inflige une cinglante critique.
Tu as raison, Lucien l’âne, c’est bien de ça qu’il est question et cette critique est pour le moins acide, destructrice, létale, en quelque sorte mortellement définitive. C’est le meurtre du Père. Le Fils renie le Père :
« Un père qui autorise Auschwitz, sans aucun doute,
Ne mérite pas qu’un enfant l’écoute. »
Voilà, conclut Lucien l’âne, tout est dit et on ne va pas épiloguer. Cela dit, tissons le linceul de ce vieux monde bigot, croyant, crédule, religieux, vertueux et cacochyme.
Heureusement !
Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane
Père, qui le jour, Père, qui la nuit
Surveillez l’eau, la terre et l’air,
Apprenez aux moineaux à quitter le nid,
Envoyez des nuages là où tout est désert.
Père de la souffrance, Père de la faim,
Toujours vous arrivez après la fin.
Père, Père !
Père du noir, père du blanc,
Êtes-vous au courant de tout ?
L’Afrique du Sud est loin de tout ? Que dites-vous ?
Votre pape va s’en occuper ? À son patron, il ment !
Père, je dis vrai, il faut nous entendre
Et votre parti chrétien, venez le reprendre,
Père, père !
Père des juntes et des tortionnaires, regardez :
Les tueurs prêtent serment à vos dictatures militaires,
Certainement aussi stimulé par les traductions françaises de Marco Valdo M.I., je me suis mis à refaire les pages déjà consacrées par ce site à Katerina Gogou. En réalité, ces pages en contiennent pratiquement d’autres déjà faites, mais perdues dans les divers commentaires, pour diverses raisons ; ce sont des pages quelque peu " anarchiques ", en pleine correspondance avec l’auteure à laquelle elles sont dédiées. Imaginez celle-ci, sur un poème intitulé précisément : " Je défends l’anarchie " (qui, soit dit en passant, figure parmi les poèmes les plus célèbres de Katerina Gogou, véritable déclaration de vie et d’amour plutôt que d’engagement) ; toujours tiré de Τρία κλικ αριστερά (En toirs Clics), le recueil publié en 1978. Il était déjà là : inséré et traduit par Gian Piero Testa dans les commentaires d’un autre poème, Θα 'ρθεί καιρός — UN TEMPS VIENDRA (traduit en italien par Ottavia Mira), en 2013. Gian Piero Testa n’a manifestement pas ressenti le besoin de consacrer une page spéciale à ce poème, d’autant plus qu’il estimait (à juste titre) qu’il n’avait jamais été mis en musique ou accompagné de musique. En fait, il y a maintenant plusieurs vidéos sur le web où les vers de Katerina Gogou sont accompagnés de musique de divers auteurs ; mais là n’est pas non plus la question. Voici donc la page enfin consacrée à la défense de l’anarchie par Katerina Gogou, probablement dans les années 1970 et qui a vu le jour en 1978. [RV 10-9-2022]
Ne m’arrêtez pas. Je rêve.
Nous avons vécu courbés des siècles d’injustice,
Des siècles de solitude.
Maintenant, non. Ne m’arrêtez pas surtout.
Maintenant et ici et pour toujours et à jamais et partout.