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11 mai 2020 1 11 /05 /mai /2020 19:30

 

 

La Poule d’Homère

 

 

Chanson française – La Poule d’Homère – Marco Valdo M.I. – 2020

 

Quelques histoires albanaises, tirées de nouvelles d’Ismaïl Kadaré, traduites par Christian GUT et publiées en langue française en 1985 sous le titre La Ville du Sud.(3)

 

 

 

 

 

 

 

La Tête d'Homère

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Quel titre étrange, une fois encore, Marco Valdo M.I. mon ami. Que peut bien raconter une chanson qui est intitulée « La Poule d’Homère ». C’est très ambigu. Enfin, pour ce qui est d’Homère, je sais qui c’est ; je l’ai promené un jour sur mon dos, il y a très longtemps, j’en conviens, mais j’ai une mémoire d’âne. Seulement pour ce que j’en sais, et j’en sais sans doute plus que quiconque actuellement, Homère voyageait seul. C’était une sorte de vagabond, le déserteur de tant de combats. Donc, s’il est question de lui attribuer une « poule », je pense que c’est une erreur. Avec le métier qu’il avait d’aller raconter des histoires de village en village et à pied encore bien, la plupart du temps, il ne pouvait pas s’encombrer d’une poule. Et de plus, à l’âge qu’il avait quand il s’était affublé du nom et de la réputation d’Homère, encore moins. Il n’en avait pas les moyens. Tout ceci évidemment, à supposer que nous parlons du même Homère ou que l’Homère dont nous parlons aujourd’hui est bien l’Homère d’alors.

 

L’Homère d’alors ?, soit ! Lucien l’âne mon ami, tu fais bien de parler de cet Homère-là. Le personnage ainsi visé dans la chanson est bien celui-là, il n’y a pas d’erreur : il s’agit de l’aède auquel on attribue l’Iliade et l’Odyssée. Quant à sa personne réelle et à la vie qu’il a vraiment vécue, c’est pareil que pour William Shakespeare, celui qui a vraiment écrit les pièces de théâtre publiées sous ce nom. On ne sait pas grand-chose, on suppute, on suppose mille choses.

 

Oui, je sais, dit Lucien l’âne, en guise de tête d’Homère, on a un buste ; pour Shakespeare, on a un mauvais portrait et aucun des deux – buste ou portrait – fait de leur vivant. Quoique pour ce qui est de William Shakespeare, les choses évoluent et on commence à lui trouver à l’incarner dans une personne réelle, dont le nom d’auteur serait un hétéronyme.

 

Mais laissons cela, dit Marco Valdo M.I., on risquerait une querelle d’Anglais et ça nous entraînerait trop loin. Maintenant, pour ce qui est de la poule, tu as été trop vite en besogne. Il s’agit d’une malheureuse gallinacée, déjà presque morte au début de la chanson.

 

Bien, bien, dit Lucien l’âne, tu me dis que cette volatile meurt et puis quoi ?

 

Il existe en français, Lucien l’âne mon ami, et presque tous les enfants la connaissent, une comptine, une très petite comptine qui a inspiré le début de la chanson. Cette comptine, vraiment enfantine, est très courte, si courte que je te la chante entièrement de mémoire à l’instant :

 

« Une poule sur un mur
Qui picore du pain dur
Picoti, Picota
Lève la queue et puis s’en va. »

 

Oh, dit Lucien l’âne, les comptines sont des choses fort mystérieuses. Je pense que leur grand secret, c’est d’être à la mesure de la mémoire enfantine.

 

Enfin, bref, reprend Marco Valdo M.I., cette poule se noie dans la citerne et on ne peut l’y laisser sous peine d’empoisonner toute la famille. Il faut donc extraire la poule, mais aussi, vider et nettoyer la citerne. On fait venir des ouvriers et parmi eux, il y a un certain Omer, qui va en quelque sorte ressusciter Homère.

 

D’accord, dit Lucien l’âne, mais que viennent faire les Allemands dans cette histoire de poule ?

 

Mais rien précisément, répond Marco Valdo M.I. ; ils n’ont rien à y faire sauf que dans la tête de l’enfant, perdu dans cette guerre qui ravage toute l’Europe d’alors, ces Allemands sont les affreux monstres qui mutilent et qui tuent. Ainsi, la guerre s’invite dans l’imaginaire des enfants.

 

En somme, dit Lucien l’âne, c’est toujours ainsi dans la Guerre de Cent Mille Ans ; elle est partout, elle s’insinue dans tous les moments de la vie, y compris dans celle des enfants ; elle façonne leur interprétation du monde, elle nourrit leurs peurs et leurs terreurs, mais elle nourrit aussi leurs jeux et leurs rêves. Enfin, que dire, tissons le linceul de ce vieux monde monstrueux, imaginaire, fantastique et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Une poule dans la cour,

S’en vient faire un petit tour ;

Trop curieuse de tout,

Elle tombe dans le trou.

 

Dans l’eau de notre citerne,

La poule caquetante se noie.

Tout le quartier à notre poterne

Se presse comme à l’opéra,

 

Pour voir ce spectacle rare

De la citerne qu’on nettoie.

Une citerne n’est pas une mare,

On ne la vide pas comme ça.

 

Ainsi, tel Diogène, l’homme au tonneau,

Les ouvriers, lanterne à la main,

Au bout d’une corde, depuis le matin,

Descendent et montent avec leur seau.

 

Le plus vaillant et le plus petit aussi

Au joli nom d’Omer répond.

Par le trou, je crie son nom

Et la citerne en écho renchérit.

 

Sais-tu qui était Homère ?, me dit mon père.

Un ancien aède aveugle des deux yeux,

Il racontait Hélène, Troie et la guerre.

Pourquoi les Allemands lui ont-ils crevé les yeux ?

 

C’était il y a très, très longtemps,

Il n’y avait pas encore d’Allemands.

Souvent, à présent, je crie « Omer ! » au trou

Et la citerne répond Homère à chaque coup.

 

 

 La Poule d’Homère
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Published by Marco Valdo M.I.
10 mai 2020 7 10 /05 /mai /2020 09:58
 
 
Le Tract
 
 
Chanson française – Le Tract – Marco Valdo M.I. – 2020
 
Quelques histoires albanaises, tirées de nouvelles d’Ismaïl Kadaré, traduites par Christian GUT et publiées en langue française en 1985 sous le titre La Ville du Sud.(2)
 
 
C’est un tract, un message clandestin,
Un papier boulé pour changer notre destin.
   
 
 
 

 

Dialogue Maïeutique

 

Nous voici, Lucien l’âne mon ami, de retour dans l’Albanie du Sud, vers 1940, très précisément à Gjirokastër et plus encore, probablement, dans cette ruelle des Fous qui est sans doute la ruelle la plus célèbre d’Albanie et pourquoi pas, du monde. Dans cette ruelle ou tout à côté, se trouve la maison où vit cette famille dont la grand-mère, dite mémé, avait annoncé « la guerre » à la lecture de l’os du coq.

 

Bien sûr, dit Lucien l’âne, que je me souviens de cet épisode de divination. À ce sujet, je voudrais quand même souligner que la superstition n’est pas morte ; elle sévit encore, sous de multiples formes et chez des gens qu’on penserait rationnels. Il est vrai que la bêtise est fort répandue chez les humains. Maintenant, on ne peut pas dire que la Mémé ait eu tort lorsqu’à la lecture de l’os du coq, elle annonça : « La guerre », car en effet, la guerre est arrivée. Mais d’autre part, cette guerre était dans l’air et cette annonce d’aruspice ou de Pythie n’était qu’une sorte d’écho des rumeurs qui circulaient depuis un temps et qui reflétaient la situation tendue de cette région frontalière entre l’Impero italien et le Royaume de Grèce, touts deux dirigés par des fascistes. Mais au fait, quel rapport avec cette nouvelle chanson ?

 

Bonne question, Lucien l’âne. Eh bien, on pourrait dire que cette nouvelle chanson, dont le titre est « LE TRACT », s’inscrit dans cette même période et est un des éléments de cette atmosphère de guerre et de résistance.Il n’est d’ailleurs pas précisé de quel bord vient ce tract, ni ce qu’il raconte.

 

De quel bord ? Ni ce qu’il raconte ?, demande Lucien l’âne. Qu’est-ce que ça veut dire ?

 

Je m’en vas te l’expliquer, répond Marco Valdo M.I., mais d’abord, je voudrais attirer ton attention sur un autre aspect de cette affaire. Un aspect en liaison avec la grand-mère et son univers particulier tout empreint de magie. L’affaire se présente ainsi : la maman remonte de la cour – remonte, car dans les maisons de Gjirokaster, La grande pièce d’apparat, de réception et de vie familiale, avec ses hautes fenêtres, est située au premier étage et le rez-de-chaussée est une zone d’entreposage et de service, notamment, la citerne. Donc, la mère remonte de la cour et elle tient à la main une boule de papier qu’elle vient de ramasser près du portail d’entrée. Une chose étrangère qu’un inconnu a jetée là. Cette boule intrusive est immédiatement interprétée comme un sort, c’est-à-dire un sortilège, un objet magique ou ensorcelé et donc, dangereux.

 

Oh, dit Lucien l’âne, les sorts, voilà bien des choses inquiétantes et depuis la plus haute antiquité, je peux te le garantir. Comme tu le sais, je suis moi-même – à ce qu’en disait Apulée – la victime d’un sortilège, lancé par une sorcière.

 

Sans vouloir généraliser à tous les lieux et à tous les temps, dit Marco Valdo M.I., dans cette histoire albanaise vieille de bientôt un siècle, il apparaît une sorte de dichotomie entre l’appréhension des sorts par les femmes et par les hommes. Les femmes réagissent de la manière traditionnelle et rejettent cet objet diabolique. C’est le père, lui, sans doute moins superstitieux et peut-être aussi engagé dans l’affrontement politique, qui ramasse l’objet insolite, déplie le papier et après un coup d’œil, déclare : c’est un tract. Comme à ses yeux, c’est aussi un objet dangereux, mais pour d’autres raisons, il intime le secret à toute la famille.

 

Pour d’autres raisons ? Lesquelles ?, demande Lucien l’âne.

 

J’y viens, reprend Marco Valdo M.I., à ces raisons qui sont assez complexes à démêler. Je ne peux rien dire de tranché du bord d’où ce tract proviendrait, ni de son contenu. Cependant, on peut recourir au contexte et comme toujours dans la Guerre de Cent Mille Ans, la guerre a mille visages et diverses conformations. Un, il y a l’occupation du pays par l’armée italienne et donc, deux : il y a la résistance à cette occupation et à l’annexion pure et simple du pays ; trois, indépendamment de la guerre à venir et de l’occupation en cours, il y a la guerre civile souterraine entre Albanais : outre ceux qui se sont ralliés à l’Impero italien – en gros, les fascistes albanais, il y a une résistance divisée en gros entre les royalistes, d’une part et les communistes d’autre part ; ces deux derniers camps sont les plus susceptibles de diffuser clandestinement des tracts. Aussi, quel que soit le bord et le contenu du tract, on peut être sûrs de l’exactitude de la conclusion :

 

« C’est un tract, un message clandestin,

Un papier boulé pour changer notre destin. »

 

Certainement, Ora e sempre, Resistenza !, dit Lucien l’âne et j’imagine qu’on en saura plus ultérieurement. Alors, tissons le linceul de ce vieux monde clandestin, superstitieux, militant et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Un matin glacial de février

Où les toits gouttent moroses,

Dans la cour, au pied de l’escalier,

Ma mère a trouvé la chose.

 

Chez nous, chacun a son humeur,

Chacun a son pas dans l’escalier.

Ma mère entre, on voit battre son cœur

Et dans sa main, une boule de papier.

 

Jette ça, ma fille, en vitesse !

Dit mémé plus pâle que la mort.

C’est l’œuvre d’une diablesse,

C’est le malheur, c’est un sort.

 

Les sorts, on y croit très fort.

Mémé ferme les yeux et se met à prier ;

Maman se tait et tremble encore.

Mon père ramasse la boule de papier.

 

Dans un silence de tombe,

Papa déplie le papier dangereux,

Rien ne tombe.

Papa lit le papier mystérieux.

 

Une feuille blanche avec des mots

Tapés à la machine ; des mots.

Qu’est-ce qui est écrit ?

Qu’est-ce que ça dit ?

 

Cette chose n’est pas un sort malvenu.

Ne dites rien à personne. Silence absolu.

C’est un tract, un message clandestin,

Un papier boulé pour changer notre destin.



 

 Le Tract
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Published by Marco Valdo M.I.
8 mai 2020 5 08 /05 /mai /2020 11:46
LE VIEUX ET L’ENFANT

 

Version française – LE VIEUX ET L’ENFANT – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson italienne – Il vecchio e il bambino Francesco Guccini – 1972

 

 

 

« Le vieux et l’enfant a le goût d’une histoire de science-fiction mais n’a rien à voir avec le smog, la pollution et les nuisances, malgré les tentatives louables de beaucoup de l’interpréter. Elle remonte à l’époque de Noi non ci saremo e de L’atomica cinese. Le vieux et l’enfant parlent de l’holocauste nucléaire. »
Cotto
Un altro giorno è andato – Giuntipg 81-82

 

 

 

 

 

Il n’y avait personne tout alentour,

Juste le contour morne des tours.

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

L’autre jour, dit Marco Valdo M.I., c’était peut-être même hier, j’avais proposé une version française d’une chanson d’Ahmed il Lavavetri qui s’intitulait, si tu t’en souviens, «  Il vecchio e il bambino [Fiaba primitivista] LA FABLE DU VIEUX ET DE L’ENFANT – Conte primitiviste. »

 

Oui, évidemment que je m’en souviens, dit Lucien l’âne. C’est une chanson dont j’avais pensé – par devers moi – qu’elle devait, d’une façon ou d’une autre, être rattachée à 1984, le roman de George Orwell, alias Eric Blair, roman dont elle semblait vouloir célébrer le centenaire.

 

Ta mémoire d’âne, reprend Marco Valdo M.I., ne me paraît pas affectée par les virus ambiants et c’est une bonne chose. Donc, de cette chanson d’Ahmed, je t’avais informé qu’il s’agissait d’une parodie c’est-à-dire une sorte de paraphrase, de variante d’une chanson de Francesco Guccini (1972), intitulée Il vecchio e il bambino et j’avais promis d’en faire une version française, que je devais forcément titrer : LE VIEUX ET L’ENFANT. La voici. À vrai dire, à les regarder comme ça, elles sont presque similaires, presque des jumelles ; en tout cas, des cousines proches. Cependant, il ne faut pas s’arrêter à ce coup d’œil. L’aînée, celle de Guccini, brosse le tableau d’un paysage détruit par une bombe (ou plusieurs) atomique, une sorte de désert nucléaire où plus rien ne pousse et où on distingue en fond les tours en ruines d’une grande ville. On ne sait d’ailleurs rien du moment de l’histoire où elle se situe. L’autre, la puînée, s’inscrit en 2084 dans une société effondrée – celle qu’anticipent les collapsologues. Elle ne dit pas vraiment pourquoi on en est là, mais on peut penser qu’il s’agit plutôt du résultat de l’élévation de la température ambiante et des effets délétères qu’elle va nécessairement engendrer et face auxquels, on est fort démunis. Tout cela, semble-t-il, a débouché sur un retour à une société désertique, un monde d’éleveurs de chèvres, une sorte de Larzac du Sud, tout de pierrailles, de thym, de menthe et de chardons ou d’un univers tiré des Città del mondo d’Elio Vittorini, mais inversé.

 

Vittorini, dit Lucien l’âne, Les villes du monde, pourquoi pas et sans doute, le mouvement s’est inversé. Et en confidence, il me vient à l’esprit que c’est encore le mieux qui puisse en résulter, car face à la progression des déserts et à la montée des eaux, face aux températures insupportables, face à des conditions de vie générales intenables, l’humaine nation est sans autre solution que d’admettre le phénomène, de reculer et de s’adapter à la situation, telle la Grande Armée, à cette retraite de Russie.

 

C’est effectivement, dit Marco Valdo M.I., l’impression que je tirais moi aussi de la Fable primitiviste. Pour synthétiser la chose, si tant est qu’il faille le faire et que ça puisse intéresser, l’une – l’aînée, la fille de Guccini – est ravagée par la guerre – l’impossible guerre atomique et l’autre – la puînée, l’enfant d’Ahmed – est ravagée par un effondrement social, industriel et économique, par une réelle et profonde rupture de civilisation.

 

Tout ceci est certainement passionnant, Marco Valdo M.I. mon ami, et il se pourrait – si je te laissais faire – que tu en fasses tout un livre, mais ce n’est pas ici le bon endroit. Je te propose de laisser la réflexion courir, car il faut en finir. Alors, tissons le linceul de ce vieux monde malade de lui-même, égrotant, mortifère et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Un vieux et un enfant se tenaient la main

et allaient ensemble à la rencontre du soir.

La poussière rouge s’élevait au loin

Et le soleil brillait d’une lumière fausse.

La plaine semblait aller immense

Jusqu’où l’œil d’un homme pouvait voir,

Il n’y avait personne tout alentour,

Juste le contour morne des tours.

 

Les deux marchaient, le jour tombait,

Le vieux parlait et doucement pleurait.

L’âme absente, les yeux mouillés,

Il poursuivait le souvenir des mythes passés.

Les vieux subissent les injures des années,

Ils ne peuvent distinguer le réel des songes.

Les vieux ne savent pas, dans leur pensée,

Distinguer le faux du vrai dans leurs rêves.

 

Le vieux disait, en regardant au loin :

« Imagine ceci, couvert de grains,

Imagine les fruits, imagine les fleurs,

Pense aux voix et pense aux couleurs.

Dans cette plaine, aussi loin qu’elle se perd,

Les arbres poussaient et tout était vert ;

La pluie tombait, les soleils faisaient don

Du rythme à l’homme et aux saisons ».

 

Le gamin riait, son regard était triste…

Ses yeux regardaient des choses jamais vues.

Puis, il dit au vieux d’une voix en rêve perdue :

« J’aime les contes de fées, racontez-en d’autres. »

 

LE VIEUX ET L’ENFANT
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Published by Marco Valdo M.I.
7 mai 2020 4 07 /05 /mai /2020 20:30

 

 

LA FABLE DU VIEUX ET DE L’ENFANT 

 

Conte primitiviste.

 

Version française – LA FABLE DU VIEUX ET DE L’ENFANT – Conte primitiviste – Marco Valdo M.I. – 2020

 

Paroles : Ahmed il Lavavetri
Musique
 : Francesco Guccini, Il vecchio e il bambino, 1972

2020 : Chansonnier du Coronavirus

 

 

 

Désert de plaine (2084)

d'après Filippo de Pisis (1921)

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

Comme tu vas le voir ci-après, Lucien l’âne mon ami, je viens de terminer la version française d’une chanson italienne de notre ami Ahmed il Lavavetri, autrement dit Ahmed le Lavevitre, le laveur de carreaux, alias, alias. On dira ici pour simplifier Ahmed, afin de préserver son anonymat.

 

Oh, dit Lucien l’âne, je vois très bien qui c’est ce personnage. C’est un comme nous, un hétéronyme, chose prisée dans le monde de la chanson intelligente et extelligente. Pour les autres auteurs ou chanteurs, il y a le pseudonyme, qui leur sert de masque. Il faut dire que le masque est fort à la mode ces temps-ci.

 

Tu fais bien, dit Marco Valdo M.I., de parler de l’étrange coutume du temps présent, car c’est un peu le sujet de la chanson. Le masque : la chanson est elle-même une parodie, ce qui dans son domaine est aussi un masque. Donc une parodie d’une chanson ancienne (1972 – à l’heure où je te parle, ça près de cinquante ans, un demi-siècle) de Francesco Guccini qui s’intitulait tout pareillement Il vecchio e il bambino – Le Vieux et l’Enfant et cette circonstance m’a poussé à en faire également la version française.

 

En soi, Marco Valdo M.I. mon ami, ce n’est pas une mauvaise chose que de faire connaître en français une chanson de Francesco Guccini, lequel comme tous les auteurs italiens de chansons de qualité est assez peu connu dans les régions de langue française, sauf peut-être dans l’émigration italienne et sa proche descendance.

 

Dès lors, Lucien l’âne, pour distinguer ces deux chansons qui auraient sans ça porté le même titre, Ahmed a ajouté la mention « Fabia primitivista ». Ce que je n’ai pas fait ; j’ai finalement opté pour « LA FABLE DU VIEUX ET DE L’ENFANT – Conte primitiviste ». L’essentiel est cependant ailleurs ; il est dans l’histoire elle-même que je te résume : un vieux et un enfant se promènent dans un paysage désolé et le vieux raconte à l’enfant les souvenirs de ses vingt ans.

 

Certes, dit Lucien l’âne, ça ne m’étonne pas : les vieux racontent souvent aux enfants les souvenirs de leur propre enfance et de leur jeunesse.

 

Oui, c’est souvent le cas, dit Marco Valdo M.I., mas pas toujours. Passons ! L’affaire est que ce vieux avait eu ses vingt ans cette année-ci. Je la sais, car j’ai compté à partir de la mention préliminaire qui dit : « Quelque part dans la plaine padane en 2084. » J’en ai tiré la conclusion que : primo, le vieux était né en 2000 ; deuzio, qu’il a 84 ans ; troizio qu’il avait donc 20 ans en 2020. J’ai peut-être raisonné dans un autre ordre, mais enfin, tout est venu d’un coup. Donc, le vieux (un jeune de ces jours-ci) raconte la vie d’aujourd’hui à un enfant de demain et même, si tu veux mon avis, d’après-demain, le tout dans un décor pas très enthousiasmant. Même si j’ai tendance à penser que c’est encore fort optimiste et qu’au train où on y va, à ce moment-là, il risque de n’y avoir plus grand-chose et plus grand monde dans la plaine padane carbonisée par le soleil. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’ai introduit – et j’espère qu’Ahmed ne m’en voudra pas, j’espère d’ailleurs toujours que les auteurs ne m’en veulent pas de mes versions assez baroques – en lieu et place du crapaud (vispo ranocchio), deux escargots qui s’en vont à un enterrement (Chanson des escargots qui vont à l'enterrement‎ d’une feuille morte), une coutume rituelle provisoirement suspendue pour l’instant.

 

Oui, dit Lucien l’âne, j’ai appris ça. Il paraît même qu’on n’a plus de places pour entasser les cadavres en attente. Mais de mémoire d’un âne, ce n’est pas la première fois que ça arrive et ce n’est même pas la pire. Tiens, à propos de cadavre, ça me rappelle ce roman où il faut conduite le cadavre de Dieu (alias Jéhovah) au Pôle Nord pour conserver son corps gigantesque, long de plusieurs kilomètres. Si je me souviens exactement, ce roman porte comme titre « Towing Jehovah » (en français, En remorquant Jéhovah) et a comme auteur, l’écrivain étazunien James Morrow. Quant à nous, tissons le linceul de ce vieux monde croulant, triste, écervelé et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 

Quelque part dans la plaine padane en 2084.

 

 

Un vieux et un enfant se tenant la main

Allaient ensemble sur le chemin.

La poussière jaune s’élevait dans le vent,

La croissance stagnait depuis longtemps.

La plaine immense pullulait

De chèvres et les femmes barattaient le lait,

Pressaient le fromage, cueillaient les haricots

Pour nourrir grands et petiots.

 

Les deux cheminaient, le jour tombait,

Le vieux parlait et souriait

En pensant à l’âge de sa jeunesse,

Quand il travaillait pour la peau des fesses.

Il pensait au temps de ses vingt ans,

Aux virologues, au confinement et autres événements,

Il ne restait plus rien, tout était décadent,

Tout était revenu au passé lointain. Heureusement !

 

Le vieux disait, l’air enjoué :

« Imagine pépé masqué,

Pépé et mémé toujours éloignés,

Les files à la poste et au supermarché.

Et dans cette plaine, passé le pont,

On trouvait le pouvoir et ses institutions,

Ses décrets et l’aide des autres nations,

Qu’on regardait avec circonspection. »

 

Le gamin s’arrêtant et de l’œil,

Lorgnant heureux deux escargots en deuil,

Dit au vieux en lâchant la bonde :

« Grand-père, c’était un joli monde… ! »

 

 

 

 

LA FABLE DU VIEUX ET DE L’ENFANT
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Published by Marco Valdo M.I.
4 mai 2020 1 04 /05 /mai /2020 20:19

 

L’Os du Coq

 

Chanson française – L’Os du Coq – Marco Valdo M.I. – 2020

 

Quelques histoires albanaises, tirées de nouvelles d’Ismaïl Kadaré, traduites par Christian GUT et publiées en langue française en 1985 sous le titre La Ville du Sud.

 

 

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

La scène se passe en Albanie du Sud à la fin des années 1930 quand le pays était annexé par l’Italie. L’inquiétude de la population de la petite ville albanaise est grande et s’accroît d’autant plus que l’information est des plus lacunaires et est essentiellement basée sur des rumeurs. Des rumeurs qui ne sont pas sans fondement puisque la guerre – rumeur au cœur de la chanson – éclatera bientôt avec la Grèce voisine que l’Italie fasciste, dans son rêve d’Impero (il s’agit de reconstituer l’Imperium romanum), convoite.

 

Oh, dit Lucien l’âne, tu fais bien de préciser le contexte général. C’est donc une histoire populaire albanaise au temps de l’occupation italienne. Cependant, avant d’aller plus loin, il vaudrait mieux en dire un peu plus sur la source de l’histoire, sur l’auteur qui l’a racontée et le livre où elle figure.

 

Tu as raison, Lucien l’âne mon ami. En fait, il s’agit d’une histoire racontée par ce fabuleux conteur, descendant revendiqué des aèdes antiques, qu’est Ismaïl Kadaré e fut publiée en France dans un petit livre intitulé La ville du Sud, c’est-à-dire Gjirokastër, où dans la ruelle des Fous naquirent et grandirent Ismaïl Kadaré et Enver Hoxha, lequel dirigea le parti et l’Albanie communistes. Cela précisé, je reviens à la chanson qui raconte une histoire de divination. Dans cette ville à cette époque, la même époque où dans Cristo si è fermato a Eboli, Carlo Levi décrit la Lucanie, certaines vieilles femmes, habillées de noir, étaient censées posséder l’art divinatoire. En l’occurrence, il s’agit de la grand-mère, dite ici Mémé, qui va procéder par la lecture d’un os de coq. L’os de coq correspond à la furcula des Étrusques et des Romains, qui est (encore) réputée être l’os du bonheur, l’os de la chance, l’os de la victoire. Il convient évidemment de préciser que c’est là l’avers positif, car l’envers négatif en fait l’os du malheur, l’os de la défaite. En tout cas, ce qui est sûr, c’est son caractère magique : il prédit.

 

Voilà de bien curieuses manières, dit Lucien l’âne, mais il est vrai que le coq est un animal assez prophétique, à preuve cette antienne :

 

« Au matin du grand soir,

Le coq rouge pondra l’œuf noir. »

 

Le coq est un animal assez folklorique qui joue un rôle apparemment important dans les affaires humaines. Et puis, quand même, ce sont là des gens bien superstitieux.

 

Ah là, Lucien l’âne mon ami, tu peux parler, toi qui fus victime d’une sorcellerie. Mais, passons ! Donc, primo, il a fallu tuer un coq ; deuzio, tout le monde se rassemble pour le manger ; troizio : quand il ne reste plus que la carcasse du volatile, qu’on a bien raclé tous les os, la grand-mère procède à l’examen rituel et conclut d’une voix de circonstance : « La guerre ». Et, l’enfant, qui n’a aucune idée de ce que peut être vraiment une guerre, captivé par le mystère et l’aventure, s’empare de l’os et s’en va dormir en tenant le bout de coq en main ; il se fait que cet os magnifie son rêve en faisant résonner les tambours de guerre. Pour l’enfant, la guerre est un fantasme, une formidable aventure imaginaire. D’ailleurs, les enfants adorent jouer à la guerre.

 

Oui, dit Lucien l’âne, c’est souvent ainsi. Je me demande parfois si certains grands ne gardent pas toute la vie ce penchant enfantin – dès lors, désastreux. On pourrait le penser à voir certains dirigeants du monde humain.

 

En effet, dit Marco Valdo M.I., on a à faire là à de dangereux délires infantiles ; à mon sens, je l’avoue, il conviendrait de les enfermer tous pour les mettre hors d’États de nuire. C’est un aspect particulier de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres pour satisfaire leurs appétits de domination et leurs fantasmes les plus imbéciles.

 

Alors, plus obstinément encore, tissons le linceul de ce vieux monde bellâtre, belliqueux, idiot, infantile, fantasmatique et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Le repas est lent et morose,

On mâchonne en silence,

On attend avec impatience

L’avis de l’oracle sur la chose.

 

Grand-mère examine l’os de l’aile,

L’aile du coq qui démêle

Le bonheur du malheur de demain.

Par l’os de son aile, le coq est devin.

 

Le repas de famille se termine

Mémé chausse ses vieilles lunettes,

Prend l’os et longtemps l’examine.

La famille se pétrifie muette.

 

Mémé tend l’os à la lumière,

Par devant, par derrière.

Les bords de l’os sont rouges.

À table, plus personne ne bouge.

 

D’une voix sourde et austère,

Mémé murmure : « La Guerre ».

On aura la guerre et le sang,

L’os le dit, c’est flagrant.

 

En cachette, l’enfant récupère

L’os tragique et froid.

Sa main ne lâche pas

L’amulette du mystère.

 

Il s’endort et parcourt la nuit entière

D’un sommeil angélique.

Son rêve écoute extatique

Venir les tambours de guerre.

 

L’Os du Coq
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Published by Marco Valdo M.I.
3 mai 2020 7 03 /05 /mai /2020 16:36
Par derrière ou par devant

 

 

Chanson française – Par derrière ou par devant – Marie-Josée Neuville – 1957

Album: Le monsieur du métro (1957)

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

Lorsque j’avais proposé la version française POSITION H de la chanson italienne de Sine Frontera intitulée « Posizione orizzontale », tu m’avais fait me ressouvenir d’une chanson et d’une chanteuse du siècle dernier. C’était justement « Par derrière ou par devant » et la chanteuse était Marie-Josée Neuville et j’avais promis qu’on en reparlerait et nous y voilà.

 

Oh, dit Lucien l’âne, c’est toujours une bonne idée de tenir sa parole et aussi, d’insérer une chanson et en plus, de faire connaître une artiste.

 

D’abord, reprend Marco Valdo M.I., deux mots concernant Marie-Josée Neuville, à la ville : Josée Françoise Deneuville. Je n’en ferai pas la biographie (Wiki s’en charge fort bien), mais je voudrais en éclairer un peu certain aspect amusant. Même si elle avait commencé fort tôt dans la chanson, au moment où elle aborde sa carrière professionnelle, Marie Josée n’était plus la collégienne qu’on prétendait qu’elle fut sur les affiches, les pochettes de disque, les notices publicitaires et les articles de journaux. Sans vouloir trop la dévoiler, en 1957, Marie Josée n’avait pas tout à fait vingt ans, mais presque.

 

C’est beaucoup pour une collégienne, dit Lucien l’âne en riant.

 

De même, toujours sans vouloir dévoiler plus qu’il ne faut son intimité, la jeune demoiselle se devait – contrat commercial oblige – de conserver ses tresses juvéniles, qui faisaient sa réputation dans le domaine de la chanson.

 

Moi, dit Lucien l’âne, j’aurais préféré que ma réputation se bâtisse sur la qualité de mes chansons et de mes interprétations, plus que sur mes tresses. Enfin, tant que c’était les tresses, ça allait encore. Tout ça est bien futile et en réalité, je m’en fous.

 

Moi aussi, dit Marco Valdo M.I., d’ailleurs, foin de ces petits potins, j’en viens à cette chanson dont l’arrière-plan est une solide mise en cause de l’Histoire telle qu’elle était enseignée et ensuite, une leçon de vie non négligeable. Enfin, elle comporte une aimable fin (« happy end » en franglais) où triomphe l’amour dans sa version la plus romantique ou la plus évangélique, je ne sais trop. Sauf que tout ce bel ensemble est pimenté d’un « Par derrière ou par devant » qui lui donne une tout autre dimension.

 

Ah, dit Lucien l’âne, je crois comprendre que tu entrevois dans l’adorable comptine de Marie Josée, une version cryptée de la Complainte de Marinette.

 

Exactement, Lucien l’âne mon ami, mais l’antienne est inversée et dans un sens comme dans l’autre, dans nos régions, ce « Par derrière ou par devant » réjouit petits et grands. Et tous s’amusent de cet équivoque qui fait d’une innocente chanson un joli conte pornographique :

 

« Des « Je t’aime, je t’adore pour la vie entière »,

Il y en a autant par derrière que par devant,

Car le brave Cupidon, de sa flèche légendaire,

Vise tous les cœurs de la Terre

Par derrière

Ou par devant. »

 

On dirait, Marco Valdo M.I., une chanson de bonobos. À propos, c’est pareil avec cet autre impérissable succès de Georges Millandy (1930) : « Le Petit Cœur de Ninon » dont on a plaisir à subvertir les sens en remplaçant le mot « cœur » par son initiale suivie de trois points de suspension : « C... », ce qui donne :

 

« Le C... de Ninon

« Le petit c... de Ninon
Est si petit, est si gentil,
Est si fragile.
C’est un léger papillon,
Le petit c... de Ninon,
Il est mignon mignon.
Si le pauvret parfois coquet
Est peu docile,
Ce n’est pas sa faute, non
Au petit c…,
Au petit c... de Ninon. »

 

Mais assez ri, tissons le linceul de ce vieux monde burlesque, cocasse, libidineux, ridicule et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Dans notre école, un vieux professeur

Souvent victime de sa bonne humeur

Nous enseignait, en récréation seulement,

Un jeu qui le passionnait de son temps.

À chaque phrase que disaient ses parents,

Il ajoutait « Par derrière ou par devant ».

Le brave homme ne se doutait pas

Qu’en nous enseignant ce jeu-là,

Il signait la condamnation

De toutes ses prochaines leçons.

 

Le nez de Cléopâtre eût été par derrière,

La face du Monde en eût été par devant ;

Henri IV avait panache blanc par derrière,

Henri III n’avait pas sentiment par devant ;

Charlemagne portait barbe fleurie par derrière,

Cachez ce sein que je ne saurais voir par devant ;

Démons déchaînés, nous étions tous par derrière,

Au visage pur d’enfants charmants par devant.

 

S’en est allé le vieux professeur

Près du bon Dieu, et pourtant nos cœurs

N’oublieront pas le petit avertissement

De son jeu qui nous divertissait tant.

Par devant, nombre de compliments

Deviennent par derrière propos désobligeants.

Le brave homme ne se doutait pas

Qu’en nous enseignant ce jeu-là,

Il nous initiait tout petits

À la dure école de la vie.

 

Que de recommandations m’a-t-on fait par derrière,

Lorsque devaient m’être présentés par devant

Des fripouilles, des brigands, m’assurait-on par derrière,

Mais qu’amicalement on appelle vieux frères par devant.

Les vieux frères en question m’avaient prévenue par derrière

De me méfier de ceux qui me prévenaient par devant.

Mieux vaut que la franchise reste par derrière,

Un brin de mensonge est plus utile par devant.

 

L’amour est l’exception qui nous fait dire par derrière

Des choses aussi jolies que celles qu’on dit par devant.

Des « Je t’aime, je t’adore pour la vie entière »,

Il y en a autant par derrière que par devant,

Car le brave Cupidon, de sa flèche légendaire,

Vise tous les cœurs de la Terre

Par derrière

Ou par devant.

 

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Published by Marco Valdo M.I.
1 mai 2020 5 01 /05 /mai /2020 19:54
 
POSITION H

 

 

Version française – POSITION H – Marco Valdo M.I. – 2020

 

Chanson italienne – Posizione orizzontaleSine Frontera2003
Sine Frontera

 

 

 

 

 

 

 

"Position horizontale", une sorte de mantra générationnel hypnotique, où l’on parle de révolution ("éteindre la télévision"), mais toujours "en position horizontale", ce qui est une façon étrange et agréable de défier un monde vertical.

 

"Faites l’amour, pas la guerre."

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

« Faites L’amour, pas la guerre ! », dit Marco Valdo M.I., je pense que ce gentil précepte a marqué bien des jeunes filles et des jeunes gens de sorte qu’aujourd’hui – s’ils vivent encore – ils sont d’aimables (je l’espère) grands-parents ou arrière-grands-parents, selon la vitesse de reproduction.

 

Oh, dit Lucien l’âne, cette malicieuse injonction me paraît toujours autant d’actualité, même si on a pu constater au fil de l’histoire, de la préhistoire et même, des temps antérieurs, que l’humanité pouvait pratiquer les deux en même temps ; je veux dire l’amour et la guerre. C’est même une des caractéristiques de la Guerre de Cent Mille Ans.

 

Certes, réplique Marco Valdo M.I., l’être humain est suffisamment doué pour faire deux choses en même temps ; il tient à la fois du chimpanzé au tempérament belliqueux et du bonobo aux habitudes plus paisibles, plus licencieuses et somme toute, plus joyeuses. Chez les bonobos, la Position H est l’arme terrible de la coexistence pacifique.

 

Soit, dit Lucien l’âne, c’est une excellente pratique, mais finalement, cette chanson parle-t-elle d’amour ? Quelle est sa morale ?

 

Si on veut, répond Marco Valdo M.I., mais elle propose la voie de l’amour comme chemin vers la transformation du monde en un monde meilleur. Elle dit à peu près :

 

« Faites l’amour par devant par derrière et vous changez le monde ».

 

Oui, dit Lucien l’âne, ce n’est pas plus mal. Par derrière ou par devant, ça me rappelle une ancienne chanson, dont j’ai l’idée que tu la connais et que tu peux me la situer.

 

Sûrement, Lucien l’âne mon ami, « Par derrière ou par devant » était d’ailleurs son titre et elle était chantée d’une voix juvénile par une jeune fille qui se présentait comme une collégienne et se nommait Marie-Josée Neuville ; mais je la présenterai une autre fois. Pour en revenir à celle-ci, dont le titre est déjà tout un programme « Position H » – la traduction littérale de l’italien serait plutôt : « Position horizontale », mais j’ai préféré celui plus percutant de Position H. afin d’évoquer la célèbre Bombe H.

 

En effet, rit Lucien l’âne, c’est plus percutant.

 

Cependant, Lucien l’âne mon ami, ne perds pas de vue qu’elle évoque aussi – avec une volontaire innocence – le cours de gymnastique scolaire et son célèbre « En position fixe ! », hurlé à pleins poumons par le professeur, le yoga et bien sûr, le Kama-Soutra, qui est connu comme le livre des positions et un des sujets favoris de la peinture indienne.

 

Celui-là, dit Lucien l’âne, je le connais depuis longtemps. Il a toujours fait la joie des petits (quand ils le trouvaient) et des grands.

 

Cela dit, reprend Marco Valdo M.I., cette chanson me paraît proche d’une chanson de Léo Ferré laquelle s’intitulait « LÂge d’Or ». Elle commençait ainsi :

 

« Nous aurons du pain,
Doré comme les filles
Sous les soleils d'or.
Nous aurons du vin,
De celui qui pétille... »

 

Ce n’en est que mieux, conclut Lucien l’âne. Alors tissons maintenant le linceul de ce vieux monde prude, pudibond, pornographique, belliqueux et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

 

 

Nous aurons la lune, nous aurons la lumière,

La musique sera notre voix,

D’une pelouse, nous ferons notre litière,

Nous ferons un nid sur le toit,

Nous ferons la révolution,

Et nous éteindrons la télévision,

Car à l’horizontale, ma foi,

Il vaut mieux ne penser qu’à ça.

Et dès lors toujours contents,

 

 

 

Nous irons par-dessus, nous irons par-dessous

Toute la nuit, comme les vagues vent de bout,

Nous viendrons par-derrière, nous viendrons par-devant,

Comme des vagues devant-derrière horizontalement !

 

 

 

Nous aurons des mains, nous aurons du cœur,

Nous aurons du vent pour naviguer sans peur

Et nous découvrirons un nouveau monde,

Une onde plus propre et plus profonde,

Sans État, sans capital, sans capitale,

Qui ignorent tout de ce secret

Qu’à l’horizontale,

Le monde entier change à jamais.

Et dès lors toujours contents,

 

 

 

Nous irons par-dessus, nous irons par-dessous

Toute la nuit, comme les vagues vent de bout,

Nous viendrons par-derrière, nous viendrons par-devant,

Comme des vagues devant-derrière horizontalement !

 

 

 

Et nous n’écouterons plus mâchonner

L’actualité en télé-journal,

Car nous devons nous garder

De ceux qui parlent bien et raisonnent mal

Et dès lors toujours contents,

 

 

 

Nous irons par-dessus, nous irons par-dessous

Toute la nuit, comme les vagues vent de bout,

Nous viendrons par-derrière, nous viendrons par-devant,

Comme des vagues devant-derrière horizontalement !

 

 

 

Nous aurons du pain, nous aurons du vin

Et le chaud soleil du matin,

Nous ferons aussi des galipettes

Qui amusent tant les poètes,

Car à l’horizontale,

On peut se faire du bien en faisant le mal.

Et dès lors toujours contents,

 

 

 

Nous irons par-dessus, nous irons par-dessous

Toute la nuit, comme les vagues vent de bout,

Nous viendrons par-derrière, nous viendrons par-devant,

Comme des vagues devant-derrière horizontalement !

 

POSITION H
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30 avril 2020 4 30 /04 /avril /2020 16:45

 

Déshabillez-moi !

 

 

Chanson française – Déshabillez-moi ! – Juliette Gréco – 1969

Texte : Robert Nyel – Musique : Gaby Verlor

 

Pour la saison, un slogan :

« Déconfinez-moi ! »

 

Par Juliette Gréco :

Par Mylène Farmer :

 

 

 

 

 

Danseuse

Edward Hopper

1941

 

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

 

L’autre jour, Lucien l’âne mon ami, tu avais mis en commentaire avec plein d’humour et de raison (à la chanson Second Life), car, disais-tu, Plaisir d’humour dure toute la vie, une série de chansons de chansons (françaises) en illustration de ton propos et tu les avais judicieusement classées dans la rubrique : « Chansons déconfinées ». Je dirais même déconfessées, déconfessionnées ou déconfessionnalisées. En fait, les quatre à la fois.

 

En vérité, je vous le dis, je n’avais pas pensé à ça, dit Lucien l’âne en riant, mais c’est vrai qu’elles pouvaient être qualifiées ainsi ; surtout à l’époque où elles avaient été conçues. En ce temps-là, elles étaient de véritables morceaux de bravoure de la libération des confessions et des confessionnaux.

 

Il ne faut jamais perdre de vue la dimension historique, Lucien l’âne mon ami, tu fais donc bien de rappeler que les religions et les religieux ont une furieuse tendance à confiner la pensée et les hommes (les femmes d’un côté, les hommes de l’autre, par exemple), d’autant que si l’hydre religieuse s’est un peu repliée depuis, le ventre est encore fécond, tu connais la suite de la citation.

 

Évidemment, dit Lucien l’âne, elle dit « Le ventre est encore fécond d’où a surgi la bête immonde ».

 

Exact, la bête immonde, l’hydre, reprend Marco Valdo M.I., et il faut encore et toujours se méfier des coups de queue des clercs – toutes religions confondues ; ici, du moins, de toutes celles dites du Livre : Torah, Bible ou Coran, même combat contre les impies – que nous sommes. Ainsi cette chanson que tu suggérais était : « Déshabillez-moi ! », tout un programme.

 

Et quel programme, dit Lucien l’âne, il m’arrive encore d’en rêver. Donc, Juliette Gréco chanta cette chanson – en tenue fort stricte de femme en noir, pour souligner le trait, mais elle l’a fait pour diverses raisons. En plus de la considérer comme une chanson fort plaisante, Juliette l’avait adoptée en manière de réponse féminine et un peu féministe à la domination masculine, à la façon dont certains hommes (une majorité!) traitaient les femmes en objet de leurs fantasmes sexuels et oedipiens. Résumé : « Toutes des putes, sauf maman ! » C’en faisait une chanson de combat (sans jeu de mots laid).

 

Assurément, Lucien l’âne mon ami, ce n’est pas un calembour bon. D’autant – l’anecdote vaut le détour- que Juliette avait adopté la chanson, refusée par d’autres chanteuses de l’époque, à la condition qu’elle puisse y ajouter les deux derniers vers :

 

« Et vous,

Déshabillez-vous ! »

 

Ces deux derniers vers renversaient la perspective ou mieux encore, mettaient à égalité les deux partenaires. En cela, elle est plus féminine que féministe ; autrement, défendant l’une sans faire la guerre à l’autre. Car, dans ces affaires humaines comme dans toutes les autres, on trouve la trace et les travers de la Guerre de Cent Mille Ans que les puissants font aux plus faibles (ou supposés tels) pour (r)assurer leur domination. Par ailleurs, on trouve la preuve de la valeur de cette déconfessionnalisation dans le barrage médiatique que les radios et les télévisions avaient formé en interdisant purement et simplement sa diffusion sur les ondes. Ainsi, cette chanson connaissait le sort de sa consœur « Le Déserteur » de Boris Vian et voilà une raison de plus de la reproduire ici dans toutes ses paroles. Du reste, Juliette et Boris étaient des amis.

 

Oh, dit Lucien l’âne, il y aurait encore tant de choses à dire, à dire et à entendre, mais brisons là, il n’y a qu’à voir et entendre la chanson elle-même qui est si belle quand Juliette la serine ; et puis, tissons le linceul de ce vieux monde sexué, sexuel, pinailleur, confessé, confessionné, confiné et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Déshabillez-moi !

Déshabillez-moi !

Pas tout de suite,

Pas trop vite.

Sachez me convoiter,

Me désirer,

Me captiver.

Déshabillez-moi !

Déshabillez-moi !

Ne soyez pas comme

Tous les hommes,

Trop pressé

Et

D’abord, le regard ,

Tout le temps du prélude,

Ne doit pas être rude,

Ni hagard.

Dévorez-moi des yeux

Mais avec retenue

Pour que je m’habitue,

Peu à peu.

Déshabillez-moi !

Déshabillez-moi !

Pas tout de suite,

Pas trop vite.

Sachez m’hypnotiser,

M’envelopper,

Me capturer.

Déshabillez-moi !

Déshabillez-moi !

Avec délicatesse,

En souplesse,

Et doigté.

Choisissez bien les mots,

Dirigez bien vos gestes :

Ni trop lents, ni trop lestes,

Sur ma peau.

Voilà, ça y est, je suis

Frémissante et offerte

De votre main experte, allez-y !

Déshabillez-moi !

Déshabillez-moi !

Maintenant tout de suite,

Allez vite !

Sachez me posséder,

Me consommer,

Me consumer !
Déshabillez-moi !

Déshabillez-moi !

Conduisez-vous en homme

Soyez l’homme,

Agissez !

Déshabillez-moi !

Déshabillez-moi !

Et vous,

Déshabillez-vous !

 

 

 

Déshabillez-moi !
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Published by Marco Valdo M.I.
28 avril 2020 2 28 /04 /avril /2020 18:38
 

Les Pieds nus

 

Chanson française – Les Pieds nus – Marco Valdo M.I. – 2020

 

ARLEQUIN AMOUREUX – 57

 

Opéra-récit historique en multiples épisodes, tiré du roman de Jiří Šotola « Kuře na Rožni » publié en langue allemande, sous le titre « VAGANTEN, PUPPEN UND SOLDATEN » – Verlag C.J. Bucher, Lucerne-Frankfurt – en 1972 et particulièrement de l’édition française de « LES JAMBES C’EST FAIT POUR CAVALER », traduction de Marcel Aymonin, publiée chez Flammarion à Paris en 1979.

 

 

Matthias, les pieds nus, la troupe attend là-bas ;

Pour finir le spectacle, elle n’attend plus que toi.

Ôte tes brodequins, danse, c’est l’heure, on y va,

Ensemble pour toujours, comme de vieux chats.

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

« Les Pieds nus », demande Lucien l’âne, que peut bien pouvoir dire ce titre ?

 

Je te promets une réponse assez complète, dit Marco Valdo M.I., et pur cal, il me faut resituer cette chanson et t’annoncer que c’est la dernière de la saga d’Arlequin amoureux. Comme les précédentes, elle est fortement éprise de poésie et baigne dans une atmosphère métaphorique. Il le faut, car il s’agit de l’agonie et de la mort d’Arlecchino, de la dernière désertion du déserteur. Ainsi, comme tu le devines, elle dit plus qu’elle ne dit ou dit autrement, l’ensemble des mots de son discours dépasse le cadre apparent que constitue la simple addition de ceux-ci. Car. Car, lorsqu’on rapproche les mots selon certaines formes, dans certaines configurations, il se produit des phénomènes d’interaction qu’on ne peut anticiper. Les mots, considérés comme des objets inertes et quelque sorte morts, se mettent à vivre, à converser entre eux et on voit surgir une physique et une chimie des mots.

 

Halte-là, Marco Valdo M.I. mon ami, si je te laisse aller ainsi, tu vas bientôt faire intervenir d’étranges théories telles l’évolution, la gravitation ou les quantas.

 

Dans le fond, pourquoi pas ?, répond Marco Valdo M.I. en souriant, mais il faudrait d’abord y réfléchir, car on ne manipule pas les mots aussi innocemment que ça. Mais soit, j’admets qu’il serait intéressant d’appliquer une démarche de ce genre au langage et surtout, aux mots considérés comme des particules, des atomes, des électrons, des neutrons, que sais-je ; bref, des machins en interaction. Il faudrait en déceler les forces qui les attirent ou les éloignent, qui bâtissent certaines affinités entre eux, qui donnent un sens au mouvement désordonné des paroles. Comme à l’ordinaire, je n’irai pas plus loin dans cette esquisse, quitte à y revenir plus tard ou à laisser à d’autres le soin de le faire. Cela dit, j’en reviens aux pieds nus.

 

Bonne idée, dit Lucien l’âne, car j’en suis encore à me demander…

 

Donc, pieds nus, Lucien l’âne mon ami, renvoie au fait que tous les petits personnages du théâtre de bois reviennent auprès du directeur-déserteur à la fin de la chanson pour, exigent-ils, terminer le spectacle. Or, tous morts, ils se présentent tous les pieds nus ainsi qu’Arlecchina-La Tournesse, morte elle aussi, qui dit à Matthias-Arlecchino-Pollo-Pulcino-Kuře de retirer ses brodequins afin de partir tous ensemble comme des chats. À pieds nus, car seuls les vivants ont besoin de chaussures.

 

Oui, dit Lucien l’âne, les cadavres ne portent pas de souliers. C’est bien, l’Arlequin amoureux est maintenant fini ; « Un mort, c’est complet, c’est terminé. On n’est pas complet, tant qu’on n’est pas mort », disait Boris Vian. À propos, dis-moi, de quoi est-il mort l’Arlecchino ?

 

Pour ce que j’en sais, répond Marco Valdo M.I., l’Arlecchino est mort de la mort des autres, de la mort des petits comédiens de bois, de celle d’Arlecchina, de Barbora et de Lukas. L’Arlecchino meurt volontairement pour reprendre le vagabondage du déserteur et cet art théâtral qui font son histoire.

 

Oui, dit Lucien l’âne, mais alors, nous, qu’allons-nous devenir, qu’allons-nous faire, nous ne pouvons, pas plus que lui, interrompre notre errance. Qu’allons-nous faire comme nouveau voyage dans l’imaginaire ?

 

On y réfléchit d’abord, dit Marco Valdo M.I., on avisera demain.

 

Alors, finissons-en et tissons le linceul de ce vieux monde boiteux, halluciné, égrotant et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Je veux me pendre pour de bon

Avec une corde attachée au plafond,

Mais pas ici, il fait trop glacial.

Je veux me pendre, point final.

 

Et toi, va au diable, vieux bonimenteur !

Donneur de leçons, joli menteur !

Je suis Dieu, tu le sais bien.

J’ai si peu de pouvoir, je ne peux rien.

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

Matthias, quittons cette ville et vite !

Pour toi, la campagne est plus sûre.

On trouvera un fenil vide.

Notre pomme est mûre.

 

Pas ici, pas maintenant, plus tard,

On réfléchit plus à l’aise dans le noir.

Dans la grange, couché dans le foin,

Caché au chaud dans un coin,

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

Eh, Pollo, dit encore la voix sombre,

Toute pâle dans son manteau à grelots,

Que va-t-il nous arriver, Pulcino ?

Arlecchina, est-ce toi cette ombre ?

 

Matthias, les pieds nus, la troupe attend là-bas ;

Pour finir le spectacle, elle n’attend plus que toi.

Ôte tes brodequins, danse, c’est l’heure, on y va,

Ensemble pour toujours, comme de vieux chats.

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

 

 Les Pieds nus
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26 avril 2020 7 26 /04 /avril /2020 18:31
 
NEIGE D’AVRIL

 

 

Version française – NEIGE D’AVRIL – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson italienne – Neve d’aprileAlice – 1992

Album : Mezzogiorno sulle Alpi

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

Il y a, Lucien l’âne mon ami, des chansons de toutes les tailles (La Chanson de Roland comporte 9000 vers dans sa version la plus longue) et parmi les chansons, il y a aussi des chansons simples et de très compliquées.

 

Oui, certes, dit Lucien l’âne, et alors ?

 

Et alors, dit Marco Valdo M.I., rien. Il fallait juste que je commence à parler de celle-ci.

 

Oh, je vois, dit Lucien l’âne, il te fallait une amorce, juste de quoi éclaircir la voix et le cerveau. Eh bien, maintenant que c’est fait, est-ce que tu peux me révéler tes ruminations à son sujet ?

 

Évidemment, Lucien l’âne, et c’était d’ailleurs mon intention. D’abord, je te prie de noter la date de sa parution : 1992, soit approximativement trente ans ; disons pour être plus précis une trentaine d’années : tout un bail.

 

Oui, certes, dit Lucien l’âne, et alors ?

 

Ce qui me stupéfie, quand je songe à cette date et à cet écart temporel, reprend Marco Valdo M.I., c’est qu’elle a l’air d’avoir été écrite aujourd’hui.

 

Mais, dit Lucien l’âne, c’est d’ailleurs le cas de la version française.

 

Oui, certes, reprend Marco Valdo M.I., je veux dire qu’elle paraît tirer sa substance de ce qui s’est passé ces dernières semaines en Italie (et ailleurs). Elle a l’air d’être une complainte d’un survivant à la pandépidémie. Elle s’applique directement à cette période de fin d’avril où on entrevoit – on peut espérer à raison, mais sans plus, car rien n’est sûr – que ce soit la neige d’avril et sa blancheur qui vienne recouvrir le paysage désolé et que ne se lève pas une nouvelle aussi redoutable tempête.

 

« Espérons que ce n’est pas une tempête

Qui monte dans mon cœur,

Mais la neige d’avril toute seule. »

 

Moi, dit Lucien l’âne, je ne suis ni savant, ni prophète, ni devin, ni oracle, ni augure et je ne connais donc pas de réponse à cette interrogation, ni de remède à cette situation. Moi aussi, vois-tu, je suis un peu incertain quant à la suite des choses. Cependant, je me rallie aisément à cette idée, que nous avons ancrée dans notre conviction que le chant – et plus généralement, la poésie et toute littérature ou tout art qui en découle – est souvent prémonitoire.

 

En effet, répond Marco Valdo M.I., je garde la même pensée. J’y ajouterais qu’elle est aussi une fameuse accoucheuse de la compréhension du monde ; elle ouvre l’esprit bien au-delà des analyses factuelles. Bien sûr, si on tient compte des dates, cette chanson-ci – NEIGE D’AVRIL – lance un avertissement ; elle joue à la perfection le rôle de Cassandre. Il est vrai aussi qu’elle peut s’appliquer à toute situation catastrophique et il n’en manque pas dans l’histoire humaine.

 

Et, interrompt Lucien l’âne, il ne manquera pas d’y en avoir encore et de bien pire – forcément, dans le futur. C’est totalement inévitable ; il vaut mieux s’y faire et il y en a déjà en cours : des guerres – toutes filles de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres depuis déjà fort longtemps, des maladies, la faim, la soif, la sécheresse, la montée des eaux – et elles vont s’ajouter aux autres présentes et à venir. Rien que dans l’immédiat de l’Afrique, on annonce al remontée du paludisme (centaines de milliers de morts), de la rougeole, de la faim aussi en plus de la misère endémique.

 

Oui, Lucien l’âne mon ami, tu me prends les mots de la bouche, mais il n’y a pas que les catastrophes et les tragédies à l’échelle humaine auxquelles il faut vaille que vaille malgré tout se faire, il y a celles à l’échelle des espèces entières et celles à l’échelle planétaire ou géologique. Si on regarde ce qui s’est passé dans le passé, on ne peut ignorer la fin naturelle du vivant biologique. La chose s’est déjà produite plusieurs fois sur cette Terre. Dès lors, la conclusion de la chanson me semble tout à fait pertinente :

 

« Nous sommes les naufragés du nouveau monde,

Les naufragés jamais sortis de la rade,

Nous sommes les naufragés du nouveau monde. »

 

Sans compter, enchaîne Lucien l’âne, la disparition fatale de la planète elle-même et de son astre du jour. Ce qui peut rassurer ceux que cela inquiéterait, ce sont des perspectives lointaines, si on les mesure à l’échelle historique, c’est-à-dire au regard de nos vies d’ânes et d’hommes. Quant à la vie quotidienne de la plupart des vivants, tout ce que nous pouvons faire pour en atténuer les duretés, c’est tisser le linceul de ce vieux monde myope, sourd, idiot et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Je suis rentré chez moi confus et fatigué.

Tous ces commerces, ces pauvres gens,

Pour rien si pressés,

Combien de gens innocents

Payent ainsi la facture de nos rêves ?

Nous sommes les naufragés du nouveau monde,

Les naufragés jamais sortis de la rade.

 

 

 

Excusez-moi, ce soir je suis un peu ailleurs.

Je répète les mêmes choses atroces,

Mais je ne peux pas faire taire mon cœur

Quand dans ce monde beau et féroce,

Je vois la peur dans les yeux d’un gosse.

Nous sommes les naufragés du nouveau monde.

 

 

 

Excusez-moi, ce soir je suis un peu ailleurs.

Espérons que ce n’est pas une tempête

Qui monte dans mon cœur,

Mais la neige d’avril toute seule.

Nous sommes les naufragés du nouveau monde,

Les naufragés jamais sortis de la rade,

Nous sommes les naufragés du nouveau monde.

 

 

 

 

NEIGE D’AVRIL
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Published by Marco Valdo M.I.

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