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12 avril 2019 5 12 /04 /avril /2019 20:17

 

 

Admirable Justice

 

 

Lettre de prison 20

 

24 mai 1935

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Comme tu pourras t’en rendre compte, Lucien l’âne mon ami, le Dr. Levi est d’une cohérence durable et en quelque sorte, imperturbable. Si l’on reprend ses lettres depuis le début – soit sur une durée d’une année, il tient les mêmes arguments et il développe les mêmes pensées avec une grande constance.

 

C’est très bien tout ça, Marco Valdo M.I. mon ami, mais ne pourrais-tu pas détailler un peu ?

 

Bien sûr que si, Lucien l’âne mon ami et je vais le faire à l’instant. Tout au long de ces échanges de lettres avec sa famille – essentiellement sa mère et sans que nous ayons connaissance des réponses, il affirme systématiquement qu’il est innocent de ce dont on pourrait l’accuser, qu’il n’a rien à voir, ni rien à faire avec la politique, qu’il est sincère, qu’il ne comprend pas ce qu’on lui reproche, qu’il est un artiste qui s’intéresse essentiellement à l’art et qu’en définitive, il est convaincu qu’on va le relaxer, car on ne pourra faire autrement. Ce pourquoi, il a la plus grande confiance en la justice.

 

En effet, reprend Lucien l’âne, ça me semble résumer assez bien son argumentation et ses interrogations, mais ne dit-il pas d’autres choses dans la chanson ?

 

Certes, Lucien l’âne mon ami, tout cela est un peu répétitif, amis ce n’est qu’une apparence. Cette sorte de monotonie des choses est évidemment due aux conditions de la vie en prison où il ne se passe pas grand-chose et où les événements du dehors n’arrivent qu’avec un long décalage, largement expurgés et au travers d’une sorte de brouillard filtrant. De toute façon, une expression directe de mécontentement ou de critique aurait toutes les chances d’être purement et simplement effacée. Cependant, si Carlo Levi dit les mêmes choses, il les dit autrement. Cette fois, il dit des choses inattendues à propos de ses chaussettes qui tiennent bien droites et qui – c’est là le message – lui sont parvenues alors que les lettres qu’il attend ne sont pas arrivées. C’est plus qu’une allusion évidente à l’intervention de la censure qui retient le courrier. D’autre part, dans le combat qui l’oppose depuis plus de dix ans au fascisme…

 

Ora e sempre, Resistenza !, dit Lucien l’âne. N’était-ce pas le mot d’ordre de Giustizia e Libertà ?

 

En tout cas, Lucien l’âne mon ami, c’est évidemment sa manière de faire et celle de Carlo Levi qui dans ce combat contre le fascisme et son État, continue à utiliser l’arme de l’ironie ; ce que j’ai souvent nommé l’acide ironique. Il se gausse de ses censeurs en vantant leurs mérites. Il affirme, par exemple, que la justice de l’État est admirable, alors qu’il pense tout le contraire ; il dit ne pas douter de la bonne foi des fonctionnaires et des agents du régime, alors qu’il est persuadé de leur totale partialité. Cette voie ironique peuplée d’affirmations louangeuses pour ses ennemis, c’est aussi se payer la tête des adversaires et sur le plan personnel, c’est une manière de se venger du sort qu’ils lui infligent.

 

Finalement, dit Lucien l’âne, c’est étrange ce climat de la prison, cette vie faite de silence, de bruits de clés, de pas, de ce temps qui passe dans une sorte d’absence du monde ; finalement, il nous faut reprendre notre tâche et tisser le linceul de ce vieux monde pervers, autoritaire, infernal et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Je n’ai pas reçu vos lettres.

Par contre, les chaussettes

Sont faciles à mettre.

Elles tiennent droites

Et sans fixe-chaussette.

 

Aujourd’hui, ils m’ont appelé.

Je pensais être libéré.

Ils m’ont interrogé,

Ils m’ont gardé.

Ils doivent encore enquêter.

 

Ils ont une fausse opinion de ma personne,

C’est dramatique.

Ma nature est bonne,

Mon tempérament absolument artistique

Et je fuis toute activité politique.

 

Comme je suis sincère,

Je ne doute pas un instant

De la bonne foi des fonctionnaires

Et du zèle de ces agents

Du ministère.

 

La justice de l’État est admirable ;

Elle est capable

De punir les coupables,

Mais elle défend

Aussi les innocents.

 

Ne vous désespérez pas !

J’entrevois une solution favorable

À tout cet embarras.

Bientôt, on sera ensemble à table,

C’est une perspective formidable.

 

 

 Admirable Justice
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Published by Marco Valdo M.I.
11 avril 2019 4 11 /04 /avril /2019 18:31

 

LA BALLADE DES SEPT FRÈRES

 

OU L’HISTOIRE DES FRÈRES CERVI

 

 

Version françaiseLA BALLADE DES SEPT FRÈRES OU L’HISTOIRE DES FRÈRES CERVI – Marco Valdo M.I.2019

d’après la version italienne de Riccardo Gullotta – La ballata dei Fratelli Cervi

d’une chanson sicilienne« Ballata per i fratelli Cervi »Ignazio Buttitta1968

(tiré de « La paglia bruciata. Racconti in versi" , 1968) 

 Interprétée par le conteur de Tano Avanzato (à 15.35 du commencement du clip).

 

 

 

 

 

Depuis la nuit des temps, la narration orale occupe une place de choix parmi les formes d’art discursifs. Il suffit de penser à Homère, à Hésiode, et à toute une multitude d’aèdes et de rhapsodes qui ont fleuri à l’époque de la Grèce préclassique. D’autres expériences de tradition orale ont été les bardes de la culture celtique, les gawlo/djeli (en français « griot« ) encore présents en Afrique subsaharienne, les chamans des cultures orientales.

 

Dans l’Empire romain aussi, la narration orale, confiée aux « histrions », se répandit. Au Moyen Âge, les troubadours et trouvères, à la cour des puissants, les ménestrels et les bouffons, ces derniers plutôt errants, avaient un rôle fondamental dans la narration des actes de chevalerie, puis dans la diffusion des archétypes fonctionnels à la classe féodale, les artistes à jouer un rôle pour une sorte de conte ante litteram. Ils sont, d’une certaine manière, les précurseurs des « Cantastorie ».

L’école poétique sicilienne avec Ciullo d’Alcamo, XIVième siècle, peut aussi être rattachée à cette veine. Les formes de narration orale ou d’exécutions représentatives qui n’avaient pas un caractère strictement sacré ont été découragées par l’Église, puis interdites.

L’invention de l’imprimerie a donné une forte impulsion à la circulation des « feuilles volantes » qui ont facilité la diffusion des histoires à raconter oralement. En Sicile, entre le XVIième et le XVIIième siècle, il y avait une différence entre les « cantastorie » et les « cuntastorie ». Ces derniers sont basés sur la tradition des commissaires-priseurs qui ont été engagés par les dirigeants pour la notification des édits et la diffusion des nouvelles importantes. Plus tard, au XIXième siècle, l’Opera dei Pupi s’est imposé, un théâtre de marionnettes, avec des histoires tirées de l’épopée chevaleresque, en particulier du cycle carolingien (chanson de geste). En Sicile, l’héritage des Normands et des Souabes est bien établi.

Les différences entre Cantastorie, Cuntastorie et Opera dei Pupi ne sont naturellement pas nettes. Chaque forme a emprunté à l’autre et l’a à son tour influencée. S’il fallait marquer une différence, on pourrait dire que dans l’opéra de marionnettes, la présence des marionnettes et du marionnettiste est prédominante, alors que le cuntastorie classique itinérant se réfère aux mêmes sujets, ou à des sujets similaires, en utilisant une affiche. Le conteur, également itinérant, présente des thèmes liés à l’actualité, accompagnés par l’accordéon et/ou la guitare. Les représentations ont toujours lieu à l’extérieur.

Au XXième siècle, en Sicile, il y a eu une évolution et une diversification des conteurs. Avec l’extension de l’alphabétisation, le conteur distribue des feuilles de papier volantes aux spectateurs moyennant des frais. Avec l’avènement des disques et des cassettes, la Cantastorie s’oriente vers la vente de ces derniers, jouant en play-back. Soit parce que la spontanéité n’est pas forcément présente, soit parce que la diffusion de la télévision envahit et absorbe tout espace multimédia natif, nivelant (unifiant ?) les cultures et la weltanschauung, le genre subit en fait un déclin, mais pas au point de disparaître ou de rendre impossible la mémoire des artistes suivants (mes excuses à tous ceux dont je ne parle pas par ignorance ou oubli) :


Orazio Strano da Riposto (m.1981), Paolo Garofalo da S.Cataldo (m.2016), Gaetano Grasso da Paternò (m.1979), Ciccio Busacca da Paternò (m.1989), Vito Santangelo da Paternò (m.2014)), Rosa Balistreri da Licata (m.1990), Antonio Tarantino da Palermo (m.2009), Peppino Castro da Dattilo, Rosita Caliò da Catania, Nonò Salamone da Sutera (n.1945), Fortunato Sindoni da Barcellona.

Ignazio Buttitta était le poète de beaucoup d’entre eux.

 

Chansons et poèmes à propos des frères Cervi :
La pianura dei sette fratelli
(Gang)
Per i morti di Reggio Emilia
(Fausto Amodei) (Sangue del nostro sangue, nervi dei nostri nervi, come fu quello dei Fratelli Cervi)
La ballata dei Fratelli Cervi
(Ignazio Buttitta)
Compagni Fratelli Cervi
(anonimo)
Papà Cervi raggiunge i sette figli
(Eugenio Bargagli)
Sette fratelli
(Mercanti di Liquore e Marco Paolini)
Campi rossi
(La Casa del vento)
Ai fratelli Cervi, alla loro Italia
(Salvatore Quasimodo)
Canzone per Delmo
(Filippo Andreani), dedicata ad Adelmo Cervi
I Sette Cervi
(anonimo)
Salmodia della speranza
(David Maria Turoldo)

 

Dialogue Maïeutique

 

Mon cher ami Lucien l’âne, pour une fois, ce n’est pas nous qui parlerons de la chanson longue et de sa longue histoire; c’est l’introduction faite ci-dessus par Riccardo Venturi. Par contre, je vais faire une brève note historique à propos de cette famille des Cervi. Et d’abord, dire qui ils furent ces sept-là : Gelindo (1901), Antenore (1906); Aldo (1909); Ferdinando (1911); Agostino (1916); Ovidio (1918) et Ettore (1921); c’étaient les fils d’Alcide Cervi (1875-1970) et de Genoeffa Cocconi (1876-1944), une famille de paysans antifascistes. À partir de septembre 1943, ils entrèrent dans la Résistance, fait prisonniers par les fascistes, ils furent torturés et ensuite, fusillés le 28 décembre 1943. Comme le dit la chanson à sa manière, le père Alcide, qui a vécu jusque 95 ans, a toujours été hanté par leur présence et porta leur souvenir jusqu’au bout. La mère ne supporta pas cette tragédie et mourut quelques mois après d’un « mal de cœur » – dans tous les sens du terme. Comme la chanson l’évoque peu, je voudrais ici insérer en italien et en faire une version française, l’épigraphe que Piero Calamandrei consacra à cette mère.

 

Epigrafe per la madre dei fratelli Cervi

di

Piero Calamandrei

 

Quando la sera tornavano dai campi
Sette figli ed otto col padre,
Il suo sorriso attendeva sull’uscio
Per annunciare che il desco era pronto.

Ma quando in un unico sparo
Caddero in sette dinanzi a quel muro,
La madre disse:
“Non vi rimprovero o figli
D’avermi dato tanto dolore,
L’avete fatto per un’idea,
Perché mai più nel mondo altre madri
Debban soffrire la stessa mia pena.

Ma che ci faccio qui sulla soglia,
Se più la sera non tornerete.
Il padre è forte e rincuora i nipot,

Dopo un raccolto ne viene un altro,
Ma io sono soltanto una mamma
O figli cari,
vengo con voi”.

 

ÉPIGRAPHE POUR LA MÈRE DES FRÈRES CERVI.

 

Quand le soir revenaient des champs,

Sept fils et huit avec le père,

Son sourire attendait sur le devant

Pour annoncer que le souper était sur la table.

 

Quand en un seul tir,

Les sept tombèrent devant ce mur,

La mère dit d’un murmure :

« Je ne vous reprocherai pas, mes enfants,

De m’avoir donné tant de douleur, ô tant,

Vous l’avez fait pour une idée,

Pour que jamais plus dans le monde d’autres mères

Ne doivent souffrir de la même peine.

 

Mais que fais-je, moi, sur ce devant

Si le soir, je ne vois plus revenant.

Votre père est fort, il élèvera vos enfants,

Après une récolte en vient une autre,

Mais je suis seulement une maman,

Ô mes chers enfants,

Je viens avec vous, je suis la vôtre. »

 

Je suis heureux, Marco Valdo M.I. que tu aies repris ici ce poème de Piero Calamandrei et j’apprécie que tu en aies fait une version de ta main en notre langue commune. À présent reprenons notre tâche – Ora e sempre, Resistenza ! – et tissons le linceul de ce vieux monde sans cesse recommencé, où reviennent en force la bêtise et la brutalité, vieux monde barbare, éructant, tweetant et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

Je vous chante l’histoire des Frères Cervi, des sept frères paysans tués par les fascistes à Reggio Emilia le 28 décembre 1943. Le père avait survécu, la mère est morte de douleur, mais il y avait quatre veuves et onze enfants. C’est la vérité, souvenez-vous de ça.

 

Je vous chante l’histoire des frères Cervi,

De sept frères paysans fusillés par les fascistes

À Reggio Emilia, le 28 décembre 1943.

Le père est toujours en vie, la mère est morte de douleur

Il y avait quatre veuves et onze enfants. C’est la vérité, rappelez-vous ça.

Les fascistes les ont tués au polygone de tir de Reggio.

La mémoire ne s’efface pas, ce fut un jour de sacrilège.

 

Un prêtre hypocrite leur a dit juste avant leur mort :

« Confessez vos péchés, car le Seigneur ouvre les portes »

Les frères répondirent : « Notre foi, c’est la liberté,

Les fascistes tuent ceux qui ont la foi ; allez donc les confesser ! ».

Les fascistes leur ont dit : « Si vous ne voulez pas mourir,

Embrassez le fascio et reniez la liberté ! »

 

Ils ont répondu avec indignation :

« Nous sommes de sang émilien et nous ne voulons

Pas nous salir le cœur, ni les mains.

Ils aimaient la liberté, les Cervi, la terre, mère des humains,

Ils la cultivaient avec amour et obstination.

 

Le 8 septembre 1943, la ferme devint un refuge pour les résistants :

Un va-et-vient continu de ceux qui

Voulaient la liberté pour l’Italie,

Ils les accompagnaient en montagne pour la lutte des partisans.

Les fascistes les ont découverts, ils ont encerclé la ferme,

Il y avait un rideau de brouillard, la nuit était sombre,

Cette nuit du 25 novembre.

 

Papa Cervi, commandant du peuple, « Aux armes ! » a crié :

La ferme tire comme cent bouches de volcan.

Après une heure de combat, les fascistes, gens répugnants,

Qui ont la merde dans leur pantalon, la grange, ont incendié.

Le vieil homme dit : « Je ne me rends pas, je mourrai dans les flammes. »

Mais son fils Aldo dit affolé :

« Papa, reste pour les enfants et les femmes.

Je préfère mourir, que toi, dans les flammes. »

En se mordant les mains avec désespoir et colère,

Papa Cervi ferme les yeux, pâle comme un mort.

Puis tous se rendent – quelle douloureuse séparation ! -

Père, mère, enfants et brus fortement se serraient.

« Ne pleurez pas » – disaient-ils à leurs enfants et à leur mère – « Nous reviendrons »

Et ils savaient que jamais, ils ne reviendraient.

 

Elle avait la peau sur les os, elle ne pouvait pas travailler,

Elle embrassait ses petits-enfants et souriait pour ne pas pleurer.

Dès qu’elle était seule dans sa chambre, elle fermait la porte.

Et elle faisait et défaisait les lits de ses enfants.

Elle les faisait et les défaisait continuellement heure après heure,

Avec un esprit étrange, des mains de mort-vivant.

 

Jusqu’à la fin de ses jours, elle comptait tous les lits avec son doigt.

Et elle répétait les noms de ses fils jusqu’au dernier :

Un : Hector, deux : Ovide jusqu’à sept et chaque fois,

Commençait et recommençait le compte sans s’arrêter.

Et les enfants dans la pièce augmentaient de sept à la fois,

La mamma, la mamma comptait ses sept fils, faisait une infinie addition,

Et ses sept fils, ses sept fils au total sont mille,.... un million.

 

Tant de morts, tant de sang, quel terrible drame !

(Imaginez les Cervi, l’état de leur mère.

On n’achète pas ses enfants aux enchères,

On ne les pêche pas au fond de la mer,

La peau et les os, elle n’était plus qu’un spectre étouffé,

C’était elle, elle était la mère de sept fils tués.

Et elle sentait les battements de son cœur écrasé.)

 

Avant d’être fusillés, à l’heure de leur mort,

Ils s’embrassaient, les mains liées au dos.

Pendant le tir, à haute voix cria Aldo :

« Nous ne mourons pas, nous ne mourons pas » et de fait, ils ne sont pas morts.

Ils sont morts pour ceux qui vivent comme des morts, ils sont vivants pour ceux qui vivent.

Leur foi et leur amour sont des lumières pour le monde.
 

Ils sont vivants pour le père qui vécut 90 ans.

Et il les voit grandir jour après jour.

La nuit, pendant qu’il dort, devant lui, il les voit.

Et il leur parle comme les dévots parlent toujours.

Le matin, il se réveille et au-delà des murs et des toits,

Il voit ses enfants dans les champs, tous les sept travaillant.
 

[Chez lui, quelle douleur !

Sa femme erre toujours ;

Sept lames dans le cœur

Et son sang s’encourt].

 

LA BALLADE DES SEPT FRÈRES  OU L’HISTOIRE DES FRÈRES CERVI
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Published by Marco Valdo M.I.
11 avril 2019 4 11 /04 /avril /2019 08:49

 

AH, LA GUERRE, LA GUERRE !

 

Version française – AH, LA GUERRE, LA GUERRE ! – Marco Valdo M.I. – 2019

d’après la version allemandeAch, Krieg, Krieg !

d’une chanson populaire tchèqueAh, Vojna, Vojna !Leoš Janáček – 1885

 

[seconde moitié du 19ième siècle]

Pour chœur d'hommes a cappella, écrit en 1885 par le compositeur tchèque Leoš Janáček (1854-1928), grand ami d'Antonín Dvořák, sur un texte du recueil de poésie populaire de Moravie du Sud, Sušil (1860).

 

 
Leoš Janáček

 

 

 

 

 

 

Une chanson qui évoque la guerre dite de Sept Ans, de 1756 à 1763 entre les grandes puissances européennes de l’époque, dont la monarchie des Habsbourg, alors représentée par l’archiduchesse Marie-Thérèse.

La Moravie est restée avec la Bohême comme possession des Habsbourg jusqu’à la fin de la Première Guerre mondiale, c’est la raison du texte en allemand.

 

 

 

 

 

Ah ! Guerre, oh malheur, c’est à nouveau la guerre,

Et je dois y aller, et je dois y aller !

En Moravie, l’impératrice a elle-même envoyé

Des lettres pour appeler le pauvre Janosch à la guerre.

 

Janosch est triste au bord du ruisseau, la tête à l’envers,

Janosch à cheval, sabre au côté, casquette sur le crâne.

Non, je ne monte pas, ma tête est à l’envers,

Je suis meurtri, je suis perdu, j’ai mal à la tête.

 

Et les yeux de mon amour pleurent

Ah ! guerre, oh malheur, c’est à nouveau la guerre,

Et je dois y aller, et je dois y aller !

Mon amie est belle et elle seule, elle va rester.

 

 AH, LA GUERRE, LA GUERRE !
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Published by Marco Valdo M.I.
10 avril 2019 3 10 /04 /avril /2019 16:05

 

L'Amoureuse d'Arlequin

 

Chanson française – L'Amoureuse d'Arlequin – Marco Valdo M.I. – 2015 - Un temps égarée, réinsérée - 2019

 

ARLEQUIN AMOUREUX – 3

 

Opéra-récit historique en multiples épisodes, tiré du roman de Jiří Šotola « Kuře na Rožni » publié en langue allemande, sous le titre « VAGANTEN, PUPPEN UND SOLDATEN » – Verlag C.J. Bucher, Lucerne-Frankfurt – en 1972 et particulièrement de l'édition française de « LES JAMBES C'EST FAIT POUR CAVALER », traduction de Marcel Aymonin, publiée chez Flammarion à Paris en 1979.

 

 

 

 

Pollo, dis-moi, je suis amoureux de toi

Répète. Je suis amoureux de toi, Arlecchina.

 

 

 

 

Évidemment, dit Lucien l'âne, tout frétillant du dos et de la queue, ton Arlequin amoureux doit bien avoir une amoureuse…

 

 

Évidemment. Mais une amoureuse quelque peu fantasque, qui toujours lui serre le cœur et toujours, lui échappe. Mais des choses amoureuses, on ne saurait tout dire en une fois. Il nous faudra bien toute l'histoire pour en deviner les contours à leur amour. Mais c'est là, je peux déjà te le dire, un amour vrai, un amour comme on n'en fait plus trop de nos temps, un amour d'Arlequin. Dans cette canzone-ci, ils se retrouvent et comme de vrais amoureux, ceux que l'on rencontre dans les histoires, à peine retrouvés, ils se perdent. Elle est comédienne et sa troupe reprend la route et surtout, sans que cela soit dit explicitement, l'Arlequin est un hors-la-loi ; c'est un homme qui doit s'en aller, toujours s'en aller. Il n'a droit qu'à de brèves rencontres. Addio, Pollo ! Addio, Arlecchina !

 

 

Je comprends très bien tout cela. Moi-même, tu le sais, je cours le monde depuis si longtemps. Mais, écoutons son histoire… et reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde insensible, méprisant, implacable et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Ne dis pas, ô, Arlecchina

Ne me dis pas que tu t'en fiches.

Voyez, il ne reste de mon Arlecchina

Qu'une silhouette sur cette affiche

Tenue toute ma vie par devers moi.

Au dos, La Tournesse, son nom d'artiste

 

Arlecchina, une passade, une fredaine,

Fille d'entre souper et déjeuner ?

Vous avez bien tort de croire cela.

L'erreur, mon cher, est humaine

Mais c'est diablerie de persévérer.

Alors, je vous en prie, ne le répétez pas !

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,

Oui, Monsieur Chi,

Oui, Monsieur Nelle,

Oui, Monsieur Polichinelle.

 

Regardez cette affiche !

Mon plus précieux fétiche,

Placée contre mon sein

Jusqu'à la fin de ma fin,

Sur les routes de mon infortune,

Sous les étoiles des nuits sans lune.

 

Onze ans, onze ans dans l'oubli,

Je n'avais pas été grandiose dans son lit.

Cœur gros, je l'ai cherchée, Madonna mia.

Je la cherchais et ne la trouvais pas.

Moi le nain, elle la Princesse,

Arlequin nostalgique de La Tournesse.

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,

Oui, Monsieur Chi,

Oui, Monsieur Nelle,

Oui, Monsieur Polichinelle.

 

Pollo, dis-moi, je suis amoureux de toi

Répète. Je suis amoureux de toi, Arlecchina.

Depuis quand ? Pollo, depuis quand ?

Il y a tellement, tellement longtemps.

Addio, Pollo. Qu'est-ce que tu as ? Où tu vas ?

Au pays, en Bohème ? Je ne sais pas, Arlecchina.

 

Fuyard, déserteur en caleçon et chemise,

Marchant depuis Marengo et Venise,

Fuyant les soudards comme les rats,

Risquant mille fois d'être repris,

Sans papiers, sans Arlecchina,

Je pâlis, je maudis tous les pays.

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,

Oui, Monsieur Chi,

Oui, Monsieur Nelle,

 

Oui, Monsieur Polichinelle.

 L'Amoureuse d'Arlequin
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Published by Marco Valdo M.I.
9 avril 2019 2 09 /04 /avril /2019 18:21

 

 

Le Bouquet

 

 

 

 

 

Lettre de prison 19

 

 

 

18 mai 1935

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

 

Pour une fois, Lucien l’âne, commençons par le commencement. Allons-y dans l’ordre. Ce samedi 18 mai 1935, Carlo Levi est en prison depuis deux jours déjà et il n’a encore été informé de rien en ce qui concerne les motifs de son arrestation et de son incarcération ; il n’a même rencontré personne pour l’interroger. Il se trouve dans un vide total – probablement voulu, évidemment.

 

 

 

Ce doit être assez angoissant, dit Lucien l’âne, mais connaissant le Dr. Levi, il ne doit pas en être trop affecté.

 

 

 

Non en effet, répond Marco Valdo M.I., ce qui l’embarrasse, c’est le manque d’informations. Il y fait allusion quand il dit à la fin de la lettre :

 

 

 

« Je me demande si la Gazzetta del Popolo

 

Va faire l’éloge de mes tableaux au Valentino

 

Ou de la grande expo

 

De Paris, inaugurée quand on m’arrêtait. »

 

 

 

Qu’est-ce que c’est que cette histoire de Gazzetta ?, demande Lucien l’âne. N’en avait-il pas déjà parlé l’année précédente ?

 

 

 

Oui et non, Lucien l’âne mon ami ; pas de la même façon, en tout cas. Ces histoires de la Gazzetta dello Sport qui est le journal sportif, édité à Milan, le plus lu en Italie – depuis au moins un siècle et de la Gazzetta del Popolo – aujourd’hui disparu – qui fut pendant presque un siècle et demi jusqu’en 1983 un quotidien turinois et sous le fascisme, un fidèle soutien du régime, méritent ici un peu d’explication, un dévoilement. Tu te souviens sans doute que lors de sa précédente incarcération, le Dr. Levi avait déjà fait allusion à la Gazzetta dello Sport, comme unique journal accessible aux incarcérés politiques à propos d’un communiqué – qui vérification faite, n’y a jamais été publié. Alors la question se pose du pourquoi ? Pourquoi Levi parlait-il d’un communiqué, d’une notice qui n’existait pas dans la Gazzetta. Tout simplement pour attirer l’attention sur l’autre Gazzetta qui elle reflétait fidèlement les opinions et les orientations fascistes et qui publiait des informations précieuses pour les inculpés alors en prison. Cette fois, un an plus tard, il redemande qu’on suive ce qui est dit par la Gazzetta del Popolo, mais cette fois, à propos de ses expositions. C’est une manière de prendre la température, en quelque sorte ; de mesurer son exclusion de la vie culturelle et de fait, il n’y aura dans cette Gazzetta aucune mention de sa participation à ces deux expositions. La mesure de ban frappe aussi bien les œuvres d’art que l’artiste.

 

 

 

Ah, dit Lucien l’âne, les pies sont des oiseaux bien bavards, même quand ils ne disent rien. Mais que dit d’autre notre prisonnier dans sa lettre-chanson ?

 

 

 

Comme de bien entendu, Lucien l’âne mon ami, il s’évertue à jouer la carte de l’innocence outragée. D’autant plus qu’il faisait depuis sa sortie de prison l’année précédente l’objet d’une mesure d’« ammonizione », qui en Italie de l’époque était souvent appliquée dans un premier temps aux opposants politiques et qui était assez différente de l’admonition telle qu’elle est connue en langue française. Pour ta lanterne, je cite l’encyclopédie italienne Treccani :

 

« Provvedimento di polizia (sostituito dal 1956 con la sorveglianza speciale della pubblica sicurezza), pronunciato a carico di individui ritenuti socialmente pericolosi, che imponeva all’ammonito un particolare tenore di vita restrittivo della libertà personale (per es., rincasare la sera non più tardi di una determinata ora). »

 

« mesure de police (remplacée en 1956 par la surveillance spéciale de la sécurité publique), prononcée à charge d’individus considérés comme socialement dangereux, qui impose à l’admonesté un mode de vie restreignant sa liberté personnelle (Par ex., ne pas rentrer le soir plus tard qu’une certaine heure). »

 

 

 

En fait, dit Lucien l’âne, ça ressemble assez aux arrêts disciplinaires du militaire, qui est cantonné à son logement ou à sa caserne, dont Xavier de Maistre tira son « Voyage autour de ma chambre ». Cette admonition n’est autre qu’une assignation à résidence.

 

 

 

Pas seulement, Lucien l’âne mon ami. Pour résumer l’affaire telle qu’elle fut imposée à Carlo Levi, voici les événements dans leur rigoureuse succession : du 13 mars 1934 au début mai – dernière lettre le 8 mai 1934 – il est emprisonné aux Nuove à Turin ; relâché, il est mis en résidence surveillée dans son atelier et arrêté à nouveau, le 15 mai 1935. La mesure d’« ammonizione » qui lui est infligée a comme conséquence entre autres que tous ses déplacements, toutes ses visites, toutes ses relations, sa correspondance sont sous contrôle de la police politique. Cet état de liberté surveillée est très embêtant, car il doit restreindre sa vie sociale et il lui arrive de devoir décourager des visiteurs. Ceci sans rien envisager de ses activités clandestines et de son rôle moteur dans l’organisation Giustizia e Libertà. Et puis, c’est probablement le reflet de la réalité, cette mesure finit par peser lourd et mettre à mal l’inspiration et le travail de l’artiste. Ce qui pour un peintre aussi viscéralement attaché à ses travaux et à cet acte de libre création est très douloureux. Peut-être y reviendra-t-on encore, mais le besoin de peindre, de créer, de mobiliser sa pensée, son regard, ses mains pour recréer une parcelle du monde est proprement vital.

 

Autant couper les ailes à un oiseau, dit Lucien l’âne. C’est une chose curieuse que ce flux permanent de création qui est le propre de l’artiste. En quelque sorte, il faut que ça sorte ; c’est aussi irrépressible, aussi indispensable que la respiration ou les battements du cœur. C’est le mouvement interne de sa vie. Beaucoup de ceux que j’ai rencontrés au cours des âges m’en ont parlé en ce sens. Mais trêve de considérations dignes d’une classe d’esthétique, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde incarcérateur, étouffant, inerte, ignare et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Que viennent nombreuses les heures

 

De soleil et l’apparence

 

Lumineuse du bonheur !

 

Moi, ici, je respire l’indifférence,

 

Tel un colis en souffrance.

 

 

 

Ici, c’est déjà samedi

 

Et de mon sort,

 

On ne m’a encore

 

Absolument rien dit

 

De ce qui me retient ici.

 

 

 

On ne m’a pas interrogé.

 

De quoi suis-je accusé ?

 

Que peut-on m’imputer ?

 

Je ne peux l’imaginer,

 

Je n’ai rien à me reprocher.

 

 

 

C’est mon deuxième emprisonnement

 

Et j’ai l’espoir au fond

 

Qu’il va dénouer heureusement

 

Ma situation

 

Et liquider tous les soupçons.

 

 

 

Cette admonition me pesait

 

Et lentement détruisait

 

L’inspiration de ma peinture.

 

Il faut croire en la justice, bien sûr !

 

Sinon, où donc on irait ?

 

 

 

Je me demande si la Gazzetta del Popolo

 

Va faire l’éloge de mes tableaux au Valentino

 

Ou de la grande expo

 

De Paris, inaugurée quand on m’arrêtait.

 

Ce serait vraiment le bouquet !

 

 

 Le Bouquet
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Published by Marco Valdo M.I.
6 avril 2019 6 06 /04 /avril /2019 08:08

 

Retour en Cellule

 

 

Lettre de prison 18

18 mai 1935 (16/V/34)

 

 

 

 

Le délateur :

 

Dino Segre, alias Pitigrilli

 

 

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Mettons immédiatement au clair, Lucien l’âne mon ami, ce titre étrange de « Retour en Cellule ». En fait de mystère, l’étrangeté se dissout quand on regarde de plus près la date équivoque de cette lettre de prison et qu’on remarque tut d’un coup qu’une année a soudain disparu. Elle s’est perdue en ville, à Turin, dans le studio du peintre Levi, Piazza Vittorio Veneto, au cinquième étage. C’est là qu’on est revenu chercher le Dr. Levi pour le ramener aux Nuove, à peu près un an jour pour jour après sa précédente libération. Le peintre avait passé ce temps à travailler à ses toiles, à faire des portraits, là dans une grande salle qui avait été à la fin du siècle précédent l’atelier du peintre Lorenzo Delleani. C’était une autre génération, c’était un autre temps, c’était une autre peinture. Et ce retour en cellule, c’est une autre année, une nouvelle incarcération.

 

Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, tu ne m’avais rien dit quand Carlo Levi avait été libéré.

 

Certes, Lucien l’âne mon ami, mais j’aurais bien eu du mal à le faire. La précédente série de lettres s’arrêtait sans autre explication – et pour cause, au début mai 1934. Et comme on peut le voir, le prisonnier Levi semble reprendre un continuum d’existence carcérale à peine interrompu. Il date d’ailleurs lapidairement son premier courrier du 16.V.34, par inadvertance. C’est le cachet de la censure et celui de la poste qui permettent de rectifier ce lapsus litterae. Évidemment, toue cette impression tient au fait qu’on ne retient ici que les lettres de prison. Cependant, ce recommencement ne saurait désarçonner un prisonnier si expérimenté. En quelque sorte, on doit supposer – et pour ce que j’en sais par ailleurs, ce fut vraiment le cas – que le Dr. Levi s’attendait à être à nouveau arrêté du fait notamment que la résistance au fascisme était fort surveillée et infiltrée par des mouchards, choses inévitables dans un régime policier. En l’occurrence la branche turinoise de G & L (Giustizia e Libertà) fort active, était espionnée – depuis plus de dix ans, notamment par le faux opposant, mais vrai délateur, Dino Segre, alias Pitigrilli. On a retrouvé sa trace dans les dossiers de la police politique du régime : « Segre Dino (SOS, Pitigrilli, Piti, Pindaro, Pilli, Pericle), fu David e di Lucia Ellena, nato a Torino il 5 maggio 1893, domiciliato a Torino in via Peschiera 28, scrittore pubblicista ». Carlo Levi fera publier le 15 septembre 1945 par les éditions d’Italia Libera les rapports que Pitigrilli avait envoyés aux services de police fascistes. Le-dit Pitigrilli dut fuir en Argentine et ne revint en Europe, vivant à Paris et rentrant parfois en Italie, à la chute de Peron pour finir ses jours converti au catholicisme et fervent admirateur de Padre Pio. Cependant, concernant le rôle exact de Carlo Levi dans la résistance, l’espion n’a jamais pu véritablement l’identifier. À propos de Pitigrilli, la notice Wikipedia en françaishttps://fr.wikipedia.org/wiki/Pitigrilli, curieusement nettement plus fournie que celle en italien, écrit : « Ayant réussi à s'infiltrer complètement à l’intérieur de Giustizia e Libertà, il alla jusqu'à produire des articles pour la publication du groupe, en les signant d'un faux nom, non sans en avoir prudemment avisé au préalable ses patrons à Rome. Chargé en outre de la surveillance des antifascistes juifs, il rencontra souvent, à Turin, Alberto Levi et Vittorio Foa. À partir de la mi-1934, Pitigrilli s’attacha à découvrir le cerveau derrière l’antifascisme turinois, et crut d’abord que ce devait être Luigi Einaudi ; lorsqu’il se trouva en présence du vrai chef des antifascistes turinois, le peintre et écrivain Carlo Levi, il fut cependant incapable de le reconnaître comme tel, même s’il eut l’intuition que derrière ce personnage se tenait « un monde silencieux et vigilant ». L’agent numéro 343 de l'OVRA décrivit le comité de rédaction de La Cultura comme « une aiguille aimantée sur laquelle se ramasse toute la limaille de fer de l’antifascisme turinois ».

 

Merci, Marco Valdo M.I., me voilà renseigné quant au « Retour en Cellule ». Cette histoire de notice Wikipedia tronquée en italien me fait penser que certains voudraient là-bas protéger ce protégé de Padre Pio ou empêcher de faire connaître ses méfaits ? Juste une suggestion : un de nos amis italiens des CCG ne pourrait-il pas traduire cette notice française en italien de façon à faire paraître en Italie ce qu’était vraiment ce « monsieur » ? Maintenant, qu’en est-il de la canzone elle-même, quel est son ton, quel est son thème ? Et puis, faire connaître le court-métrage italien L'intellettuale e la spia. Il caso Pitigrilli (https://www.youtube.com/watch?v=3YaSW0A5Yso).

 

Avec « Retour en Cellule », dit Marco Valdo M.I., on reprend où le temps de la prison s’était suspendu. Comme on le verra, les choses ont peu changé. Carlo Levi ne sait toujours pas beaucoup plus des raisons de son incarcération. Pour le reste, il retrouve les mêmes habitudes, les mêmes nuages dans le ciel, les mêmes bruits, les mêmes gardiens, les mêmes heures à attendre le repas. La seule grande nouveauté, c’est qu’il a changé de cellule et de côté de la prison, ce qui fait qu’au lieu d’être éveillé par le soleil qui entre dans sa cellule, il doit attendre l’heure de son coucher. Et comme il le dit, à cela, il n’y a rien à faire.

 

De fait, dit Lucien l’âne, le soleil se lève à l’Orient et se couche à l’Occident ; mais au lieu de clairs matins, il a de belles soirées. Il ne nous reste plus qu’à tisser le linceul de ce vieux monde répétitif, monotone, répressif, surveillé et cacochyme.

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Voici à nouveau le soleil

Encore incertain après les pluies

Et le bleu du ciel

Toujours plaisant à travers les grilles

De mon séjour officiel.

 

Je retrouve ces nuages blancs

Qui passent et repassent

Comme à présent le temps

Lentement se tasse,

Égrenant le nouveau printemps.

 

Revoici les bruits vibrants

Des avions invisibles tout là-haut ;

Revoici les battements clinquants

Des maillets et des marteaux

Rythmant de mêmes instants.

 

Ceux de l’autre année,

De ces longues heures passées

À guetter le repas de midi,

À mesurer l’insondable après-midi

Qui s’étire vers une autre nuit.

 

De ma cellule de l’an passé,

Je voyais l’aube venir

Se poser sur mon oreiller.

Le soleil entrait me tenir

Compagnie et me réchauffer.

 

Cette fois, au contraire,

Il me faut me contenter

D’un matin qui se désespère

Et du soleil à son coucher.

À cela, il n’y a rien à faire.

 

 Retour en Cellule
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Published by Marco Valdo M.I.
4 avril 2019 4 04 /04 /avril /2019 17:51

MASCARADE

 

Version française – MASCARADE – Marco Valdo M.I. – 2019

Chanson allemande – MaskeradeReinhard Mey – 1971

Paroles et musique : Reinhard Mey

 

Maskerade Karl Hofer 1928

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Vois-tu, Lucien l’âne mon ami, au fur et à mesure que je pénétrais le sens de cette chanson, je me disais qu’elle décrivait ce que dans nos pays, on appelle de nos jours un cortège carnavalesque ou un carnaval. Pour en avoir le cœur net, je me suis dit que le mieux serait d’en trouver confirmation, par exemple, au dictionnaire et c’est ce que j’ai fait. J’ai trouvé ceci qui correspond assez bien à ce que raconte la chanson : comme définition : Divertissement dont les participants sont déguisés et masqués et comme caractéristique : « le caractère satirique et parodique de ces cortèges de carnaval, héritiers directs des mascarades du Moyen Âge, issues elles-mêmes des saturnales romaines ».

 

Ce sont de grands moments de folklore, dit Lucien l’âne.

 

En effet, reprend Marco Valdo M.I. et outre l’Arlequin, personnage d’importation italienne, on y retrouve des personnages typiques des légendes allemandes. Kaspar n’est autre que la figuration de Kaspar Hauser, Jakob le nain est connu en allemand sous son surnom de Zwerg Nase, littéralement : Nain Nez ; dans les faits du conte, il doit son surnom au sort que lui a jeté une fée.

 

Ah, dit Lucien l’âne, les histoires de fées et de sorts, je connais ça.

 

Tu ne penses pas si bien dire, réplique Marco Valdo M.I., car toi-même, tu as vécu une aventure qui ressemble à celle de Zwerg Nase ; tous deux vous avez été transformés et pour retrouver votre forme originelle, il vous faut manger lui d’une herbe magique, toi des roses trémières. La différence, outre le fait que Jakob n’a pas perdu sa forme humaine – il est seulement devenu bossu, nain (Zwerg) et pourvu d’un très long nez (Nase) – ce qui l’apparente aussi à Pinocchio, la différence est que toi, tu as voulu conserver ta forme asine, puisque en plusieurs dizaines de siècles, tu n’as pas trouvé le moment de manger les roses trémières salvatrices. Pourtant, on en trouve souvent au bord des chemins. Peux-tu m’expliquer pourquoi ?

 

C’est que, vois-tu Marco Valdo M.I. mon ami, je n’en ai nullement envie. Je te le dis bien haut, je n’ai aucune envie de recouvrer ma forme humaine. Quelle régression, ce serait ! Il faut comprendre que ma situation est totalement différente de celle de Jakob qu’on avait changé en un nain au long nez, une sorte de Pinocchio ou de Cyrano avant la lettre. Ce sont là des silhouettes, des personnages de théâtre ou de cortège ; des intermittents du spectacle, ils sortent à l’occasion du grand trou noir de la mémoire. Certes, on m’a vu portant des célébrités en de joyeuses entrées, mais en ce qui me concerne ce ne sont que des histoires, des supputations et de plus, mon existence d’âne ne s’est jamais interrompue. Ainsi, il te faut comprendre que manger des roses me ramènerait à une vie où je trouverais rapidement la mort et moi, moi, j’aime vivre.

 

Ah ! Lucien l’âne mon ami, je comprends parfaitement et j’approuve ton dessein : Ne pas mourir, Lucien l’âne, la belle histoire ! Mais pour en revenir à la chanson, il est un autre personnage, qui lui aussi est en quelque sorte un de nos alters égaux (Si, si : un alter, des alters ; un égo, des égaux, c’est évident). Je veux parler d’Eulenspiegel, que nous connaissons plus familièrement sous le nom de Till. Encore, un immortel. Au dernier refrain, la fête se termine… La fête, le cortège qui n’est autre que la vie elle-même. Finalement, j’y verrais volontiers une danse macabre qui, sorte de carnaval, annonce la mort de l’hiver et appelle le printemps.

 

Voilà une chanson bien philosophique, dit Lucien l’âne. Mascarade, danse macabre, ainsi va ce vieux monde cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Arlequin a mis son habit de fête.

Les paillettes scintillent quand il danse et saute,

Et la foule au bord de la rue ravie jubile

Quand le squelette maigre rate un poirier

Et titubant, perd son équilibre

Et que le masque devant son visage est arraché.

La foule agite des petits drapeaux de papier multicolores,

Mange des saucisses, des frites, boit du Coka et de la bière.

 

Six et demi, Kaspar boite à six heures et demie,

D’un seul bras, il présente arme.

Six et demi, il trébuche et tombe à sept heures et demie,

La foule hurlante rit de ses larmes.

Il crie si quelqu’un veut l’aider,

Mais personne ne répond, et alors, il se couche, figé

Sur le pavé qui sous ses yeux, se brouille

Dans la fumée d’amandes grillées et de cannelle.

 

Jakob le nain passe par là, soutenu par des béquilles,

Quand il titube, ses yeux brillent.

Et il porte un nez en carton devant sa figure.

On ne voit pas qu’il a perdu le sien à la guerre.

Eulenspiegel, le ludion, vient aussitôt,

Son bonnet et son habit sont décorés de grelots

Qui tintent et qui sonnent, quand il les émoustille

Et Jakob le nain bat le rythme avec ses béquilles.

 

 

La guerre s’achève, la bataille finit.

Et la foule ivre chante, se balance et rit.

Et en braillant, s’engage dans la marche triomphante

Au bout d’un moment, même la fanfare s’arrête.

Seul un vent froid balaie le terrain de parade déserté,

Agite de petits drapeaux et des papiers, pousse la poussière

Et dans sa danse ronde, fait rouler les canettes de bière.

C’est au meilleur moment, mes amis, qu’il faut s’arrêter !

 

MASCARADE
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Published by Marco Valdo M.I.
2 avril 2019 2 02 /04 /avril /2019 09:20

 

 

 

TRAVAILLER AVEC LENTEUR (2019)

 

Version française – TRAVAILLER AVEC LENTEUR – Marco Valdo M.I. – 2019 (2010)

Chanson italienne – Lavorare con lentezza – Enzo Del Re – 1974

 

 

 

 

 

 

« Une des figures les plus radicales de l’alternative politico-musicale des années soixante. Utilisant comme instrument une chaise et demandant comme cachet le minimum syndical de la paie d’une journée de travail d’un métallo, Del Re avait coutume de se lancer dans des performances imprévisibles et provocantes, de vrais marathons par lesquels il entendait représenter et dénoncer l’infinie répétitivité du travail en usine. À une époque où le refus du travail avait une valeur morale et idéale, Del Re a représenté l’utopie la plus avancée de la rébellion et de la dénonciation [du travail]. Tout en étant diplômé du Conservatoire de Bari, il avait en fait refusé les instruments classiques pour adopter des matériaux pauvres et de récupération (cartons, objets usuels) avec lesquels il transformait ses chansons en récitatifs monodiques avec un accompagnement rythmique très soutenu. Aujourd’hui, Del Re, le dernier chantauteur de Mola di Bari, comme il se définit lui-même, sa longue barbe blanche, ses yeux paisibles et pétillants, il appartient à la multitude de ceux qui résistent. Il s’accompagne toujours en jouant d’objets de la vie de tous les jours, qui remplissent parfois une fonction symbolique, comme quand il utilise une valise comme percussion, pour raconter l’émigration. »

 

 

Tu vois, Lucien l’âne mon ami, dit Marco Valdo M.I., j’ai traduit ce commentaire, cette introduction à la chanson d’Enzo Del Re. Je ne le fais pas toujours, mais cette fois, je voulais le faire, car j’aime beaucoup ce qui est dit de ce chantauteur. Oui, je sais, ce mot de chantauteur n’existe pas dans les dictionnaires de langue française. Ils n’ont qu’à l’y mettre, car c’est vraiment quelque chose de particulier que ces chantauteurs qui écrivent ou inventent des chansons qui racontent vraiment quelque chose, ces artistes qui parlent de la vraie vie, qui s’en vont dans l’air et les rues porter le message de révolte, qui construisent une pensée, qui prennent leur parti dans la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres afin d’accroître impitoyablement leur puissance, leur richesse et leurs privilèges.

 

Moi, dit Lucien l’âne tout ragaillardi, il me rappelle Homère, tu sais bien l’aède aveugle qui nous a conté l’Odyssée et l’Iliade ou les aèdes du Sud, ceux de Méditerranée qui, encore aujourd’hui, en ont continué la pratique. Il y en a même qui se bandent les yeux pour pouvoir s’isoler du monde (comme devait l’être Homère) et retrouver le chant intérieur, le rythme qu’il imprime en frappant le sol d’un bâton.

 

C’est exactement ça. Je te ferai lire un jour ce qu’en raconte Carlo Levi, dit Marco Valdo M.I. Cela dit, Del Re redonne à la chanson, comme bien des autres en Italie (à mon sens plus qu’en région de langue française), toute sa place comme instrument de lutte et comme lieu de pensée, de philosophie quotidienne et populaire. C’est important, cette pensée qui s’incarne ainsi, cette résistance à la lobotomisation télévisuelle et médiatique. Une pensée faite main, une philosophie artisanale, une invocation à la révolte artistique. En somme, il nous montre plusieurs choses qui me plaisent bien : d’abord, que l’art, la chanson, la poésie sont les armes de la révolte, en quelque sorte subversives par nature (sinon l’art, la poésie, la chanson sont vides de sens et de substance et se dissolvent à peine esquissées); l’autre chose, c’est – souviens-toi que Pierre Valdo fut le fondateur de la fraternité des pauvres de Lyon – sa volonté de mettre son « cachet », je cite, au « minimum syndical de la paie d’une journée de travail d’un métallo ».

 

C’est rare, en effet, dit Lucien l’âne.

 

C’est rare, c’est plein de sens et c’est honnête. C’est une manière d’affirmer l’égalité et d’affirmer une volonté de ne pas tirer profit des autres. C’est l’antipode de la manière dominante. De même, pour en venir à la chanson, elle exprime très bien le meilleur conseil qui se puisse donner à un « travailleur » (à quelqu’un ou quelqu’une qui est contraint au travail « libre » – Arbeit macht frei !). Travailler avec lenteur – « Festina lente ! » (Hâte-toi lentement, disait Auguste). Évidemment, c’est le contraire de l’idée démente de « compétitivité », c’est le refus du monde de la concurrence, c’est le refus de la productivité ; mais, regarde comment vont les choses, c’est aussi agir lentement pour épargner le travailleur – ce qui est essentiel, et bien faire son travail, ce qui l’est aussi. Car actuellement, malgré toutes leurs prétentions, les choses résistent elles aussi à la vitesse, à la précipitation et les objets (les services, les journaux) deviennent de plus en plus des machins, de la camelote. « Chez ces gens-là, Monsieur, on ne pense plus On court ».

 

Nous les ânes, on a toujours fait ainsi : travailler avec lenteur, avancer avec lenteur. C’est notre devise. C’est pas qu’on refuse de faire les choses, mais on veut les faire à notre rythme, faire les choses utiles et seulement celles-là et les faire bien pour le plus grand « profit » de tout le monde. J’entends bien, le profit réel, l’agrément que l’on se partage et pas cette escroquerie financière qu’ils nomment pareillement « profit ».

 

Ne sois pas gêné, Lucien l’âne mon ami, d’user des mots. Ce n’est pas juste de décrier ce beau mot de profit au prétexte qu’ils nous l’auraient volé lui aussi. Il n’y a rien de désolant à tirer profit des choses à partir du moment où le profit est partagé, où le profit est collectif, où le profit « profite » à chacun et à tous, qu’il n’est pas accaparé par certains. À propos de mots volés, il y en a beaucoup, mais je te laisse les deviner.

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Travailler avec lenteur

Sans faire aucun effort :

Qui est rapide se fait mal

Et finit à l’hôpital.

À l’hôpital, il n’y a pas de place

Et on peut y mourir vite.

 

Travailler avec lenteur

Sans faire aucun effort :

La santé n’a pas de prix

Dès lors, ralentir le rythme :

Pause, pause, rythme lent,

Pause, pause, rythme lent,

Toujours en dehors du moteur,

Vivre au ralenti !

 

Travailler avec lenteur

Sans faire aucun effort :

Je te salue, je te salue,

Je te salue du poing fermé ;

Dans mon poing, il y a la lutte

Contre la nocivité.

 

Travailler avec lenteur

Sans faire aucun effort :

 

Travailler avec lenteur,

Travailler avec lenteur,

Travailler avec lenteur,

Travailler avec lenteur,

Travailler avec lenteur !

 

 

TRAVAILLER AVEC LENTEUR (2019)
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1 avril 2019 1 01 /04 /avril /2019 16:51

 

DIVERGENCES

 

 

Version française – DIVERGENCES – Marco Valdo M.I. - 2019

 

Chanson italienne – Differenza di ideeSocietà del Chiassobujo – 2010

 

 

 

 

C’est une belle histoire. Et je suis heureux d’être tombé dessus un premier mai ensoleillé. Sortir le disque du plastic, le mettre dans le lecteur et entendre dès les premières notes que ce n’est pas l’habituel produit. Puis les mots commencent, le chant, on réalise que les mots qui se déroulent doucement ne sont pas d’aujourd’hui, ils ne sont up-to-date (pas plus mal !), Mais ont une patine d’ancien, une naïveté de base qui est faite de bons, de simples, de beaux sentiments. Mais la langue est recherchée, aussi ancienne soit-elle, et de plus, elle se mêle à merveille à la musique qui, à son tour, sent les mélodies déjà entendues qui ont leurs racines dans la grande culture populaire. C’est le moment de s’arrêter et de mieux regarder à quoi nous avons à faire. Le titre de l’album ressemble déjà à un film de Lina Wertmuller : "Jacopo Bordoni : maçon, poète, rebelle". Mais c’est encore mieux avec l’interprète qu’est la Società del Chiassobujo Sur la couverture, il y a une vieille photo et un monsieur avec une grande moustache qui nous regarde avec des yeux attentifs.

 

Ce monsieur est Jacopo Bordoni, un vrai poète maçon, né le 30 août 1860 et mort le 27 novembre 1936 à Poppi, Casentino, dans la province d’Arezzo. "Jacopo Bordoni est un maçon de Poppi : un vrai et authentique maçon, aux mains rugueuses, au front brûlé, aux paupières et aux moustaches blanc de chaux, qui survit avec trente sous par jour et déjeune comme si sa truelle était inactive. Qui naît à Poppi naît poète, tout comme pour ceux qui ne sont pas complètement opposés à être dominés par le paysage, y aller le deviennent un peu plus. Poppi est la ville de la ballade, de la ritournelle, de la légende mélancolique, dont les vers dans la douceur endormie de leurs cadences se perdent entre les champs et les berges de l’Arno. Peu d’autres régions d’Italie sont aussi sensibles que le Casentino, où un esprit particulier, souvent âpre et amer, se mêle à la tristesse et à la langueur tragiques de l’âme chantante du peuple.

 

Et c’est ainsi que nous retrouvons entre nos mains un véritable joyau de chansons populaires qui, en partie ont été écrites maintenant, en partie à la fin du XIXième siècle et en partie il y a plus longtemps encore. Un voyage dans l’esprit sain d’une époque qui fut en un lieu qui est (encore). Mais qu’en même temps, tout en y étant, il devient aussi une potentialité : un lieu féerique et suspendu, un macondo à l’italienne, où le miracle est encore possible. Et ce disque sent le miracle.

 

Nous sommes dans le domaine de la grande musique populaire, où les mérites sont partagés entre beaucoup de gens : la voix de Lanini, les arrangements de Giuntini, les interventions instrumentales ponctuelles de tous les autres, la musique, encore une fois par Lanini, mais surtout les paroles de Jacopo Bordoni, un vrai maçon, un vrai poète et un vrai rebelle : un socialiste de ceux d’autrefois imprégnés d’idéaux nobles dans ces "Differenze di idee" – « Divergences » quand il décrit l’hiver du riche et celui des pauvres. Certes, des vers plutôt naïfs, mais combien vrais !

 

(Résumé du commentaire italien)

 

 

 

Et tombent tombent les flocons blancs
Légers, silencieux, fantastiques, minces ;
Ils s’encourent loin, portées par les vents
Les blancs flocons légers… silence.

 

Muettes sont les voix des rudes paysans :
Des plaines ni des monts, des monts ni des plaines,
On entend seulement la funeste cantilène,
Des pins et des sapins sous la tempête se tordant.

 

Le riche de son lit se lève, et s’exclame,
Regardant par la vitre : – Quel beau panorama !
Ici
au dedans, au chaud, l’hiver est délectable,
Il est plein
d’images, c’est un tableau de choix. -

 

Et s’en va murmurant que les lambeaux neigeux
Sont les guirlandes des mystiques amoureux ;
Les tours, les palais lui paraissent plus beaux,
Modelés de marbre dans le
urs chapiteaux.

 

Et il chante ; – L’hiver qui blanchit tout le créé,
Étend un voile candide sur les prés !
L’hiver, avec la bombance, est un charme infini,
Qu
i renforce le corps, qui entrouvre l’esprit.

 

L’été nous amollit les membres, et nous rend bêtes,
Une
touffeur accablante nous brise la tête ;
L’été nous cuit aux feux de l’enfer,
Notre bien-être est ici dans l’hiver. -

 

Le pauvre, dans sa froide bicoque,
Avec l’eau gelé
e au fond de son broc,
S’exclame :Quelle triste neigée dans le pré ;
Quel voile funéraire, quel hiver damné !

 

Quelle bise coupante, quelle furie de vent,
Que
ls jours d’ineptie, quel froid, quel tourment !
S’il continue ce temps de chien
Sifflant,
neigeant, que mangerai-je demain ? -

 

DIVERGENCES
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Published by Marco Valdo M.I.
30 mars 2019 6 30 /03 /mars /2019 21:12

 

Le Ventriloque

 

 

Lettre de prison 17

4 mai 1934

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

Le ventriloque est ce monsieur qui parle du ventre ?, demande Lucien l’âne. C’est du moins ce que son nom indique. Comment fait-il ? Pour moi, c’est un mystère.

 

Oh, dit Marco Valdo M.I., il n’y a là rien de fort mystérieux ; c’est une question de technique et d’entraînement. Ça peut même devenir une habitude. Mais, pur ta gouverne, le ventriloque ne parle pas du ventre ; on dirait plutôt du larynx. En fait, tout comme toi ou moi, il fait vibrer ses cordes vocales. Généralement, le ventriloque exerce son art spectaculaire avec à ses côtés une marionnette, qu’il actionne et avec qui il tient la conversation. C’est un artiste de rue, de foire, de cirque ou de cabaret et par la suite, de théâtre, de cinéma ou de télévision. Mais dans le cas de notre prisonnier, c’est différent. Le Dr. Levi est seul dans sa cellule et dès lors, n'a aucun public devant lui. Non seulement, il est seul, mais il n’a pas de marionnette ; il n’en a pas besoin. En fait, il se parle à lui-même et il se répond. Cette fausse ventriloquie, ce pseudo-engastrimysme est à la fois, un effet de la solitude – en isolement, le prisonnier, l’enfant, le malade, l’anachorète, le cénobite, l’ermite, etc. parle seul et un remède à la solitude – on entend des voix.

 

Alors, dit Lucien l’âne en riant, ils sont deux en un.

 

Exactement, reprend Marco Valdo M.I., et ils pourraient être trois personnes en une.

 

Ou même plus encore, dit Lucien l’âne. Plus on est de fous, plus on rit.

 

Oh, ce serait plutôt une parade à la folie, répond Marco Valdo M.I.. Au passage, on peut aussi parler aux oiseaux ou aux rats ou aux araignées. Peu importe, l’essentiel est de tenir un langage et de ne pas être seul. À partir du moment où on peut être trois personnes en une, rien n’empêche d’être beaucoup plus nombreux. On peut aisément passer du conciliabule au concile ; de la confession au congrès. Ainsi, le Dr. Levi peut se faire la conversation, une manière assez efficace de combattre la monotonie d’une trop grande solitude, de combler l’inactivité forcée, mais aussi, une excellente façon de réfléchir et de se réfléchir.

 

Je vois, je vois, dit Lucien l’âne. C’est un peu comme le dialogue maïeutique. D’ailleurs, là aussi, nous sommes trois personnes en une.

 

Évidemment, Lucien l’âne mon ami. C’est une façon de faire philosophique, chose qui ne t’aura sans doute pas échappée. Pour le reste de la chanson, je pense que tout est dit dans le texte.

 

Alors, dit Lucien l’âne, il ne nous reste qu’à tisser le linceul de ce vieux monde ventriloque, solitaire, sol-i-terre, perdu dans le temps et l’espace, circumnavigant, voguant de l’infini à l’infini et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Toujours les mêmes interrogatoires,

Toujours les mêmes questions,

Toujours les mêmes histoires,

Que l’on répète sans y croire

Comme d’infinies conjurations.

 

Chaque fois, j’imagine ma libération ;

Chaque fois, ils veulent des explications,

Des broutilles futiles sans importance,

Sans rapport avec l’inculpation.

Ils savent pourtant mon innocence.

 

J’ai senti votre tristesse, hier,

À me voir subir cette injuste peine.

Il ne faut pas vous en faire,

Je suis la personne la plus sereine,

La plus tranquille de la terre.

 

La prison est une épreuve philosophique

Sans douceur, secrète, grave, stoïque.

On s’y lève avec le soleil,

On se couche avec le soleil,

Comme des satellites microscopiques.

 

Les heures se suivent égales,

Réglées par le bruit des clés.

Ventriloque du théâtre de bois,

On dialogue en aparté,

On parle seul à haute voix.

 

Cette vie en solitaire ;

Ne m’épouvante guère.

La solitude et la patience

Sont bien plus fières

Que ces aléas de l’existence.

 

 

 Le Ventriloque
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Published by Marco Valdo M.I.

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