Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
20 novembre 2008 4 20 /11 /novembre /2008 16:10

JUSTICE POUR GÊNES

Chanson italienne - Giustizia per Genova – Marco Chiavistrelli

Version française – Justice pour Gênes – Marco Valdo M.I. – 2008


Je suis le gars battu outragé désenchanté trahi

Ils ont vendu mon avenir à leur parti

Ils ont vendu mon âme au dieu Pouvoir

Mais mes rêves non, les barrières ne les arrêtent pas

Justice pour Gênes

Justice justice pour Gênes justice


Moi, je suis le gars qui allait seulement à la mer

Maintenant je suis ici dans le vent en une douleur muette

Même mort je ne peux me reposer

Car la violence du monde couvre le soleil

Justice pour Gênes

Justice justice pour Gênes justice


Je suis la femme offensée et humiliée

Dans les ruelles obscures, ils m'ont pourchassée

Les sbires de l'empereur bête et vil.

À présent il me reste ma fureur

Justice pour Gênes

Justice justice pour Gênes justice


Je suis le soldat pris et trompé

Je pensais servir la “justice” de l'État

Mais je me suis retrouvé au service de l'horreur.

La force brute des lâches n'est pas l'honneur.

Justice pour Gênes

Justice justice pour Gênes justice



Partager cet article
Repost0
Published by Marco Valdo M.I. - dans Marco Chiavistrelli
20 novembre 2008 4 20 /11 /novembre /2008 12:29

NOUS, NOUS N'Y SERONS PLUS.


Chanson italienne – Noi Non Ci Saremo – Francesco Guccini – 1967

Version française – Nous, nous n'y serons plus – Marco Valdo M.I. - 2008



Nous verrons seulement une grande boule de feu

plus grande que le soleil, plus vaste que le monde.

Il n'y aura même pas un cri et seul le silence s'étendra comme un suaire.

Entre ciel et terre pour mille siècles au moins,

Mais nous, nous n'y serons pas, mais nous n'y serons plus.

Ensuite, pendant un an, la pluie tombera du ciel

et les fleuves parcourront la terre à nouveau,

il s'en iront vers les océans et encore une fois, les plages résonneront de vagues

et haut dans le ciel resplendira l'arc-en-ciel

Mais nous, nous n'y serons pas, mais nous n'y serons plus.


Et les chaînes de montagne couvertes de neige

seront bordées de forêts de sapins.

Jamais la main de l'homme ne les touchera, et les plages résonneront encore de vagues.

Et en haut, loin, reviendra la sérénité

Mais nous, nous n'y serons pas, mais nous n'y serons plus.


Et le vent d'été qui vient de la mer

entonnera un chant au milieu de mille ruines,

au milieu des débris des villes, au milieu des maisons et des immeubles que lentement le temps décomposera.

Parmi les voitures et les rues resurgira le monde nouveau,

Mais nous, nous n'y serons pas, mais nous n'y serons plus.


Et des bois et de la mer reviendra la vie,

et la terre sera à nouveau peuplée;


Entre nuit et jour, le soleil fera mille saisons et note monde parcourra encore

les espaces de toujours pour mille siècles au moins,

Mais nous, nous n'y serons pas, mais nous n'y serons plus,

Mais nous, nous n'y serons pas...


Partager cet article
Repost0
Published by Marco Valdo M.I. - dans Francesco Guccini
20 novembre 2008 4 20 /11 /novembre /2008 12:23
PIAZZA ALIMONDA

Chanson italienne – Piazza Alimonda – Francesco Guccini – 2004

Version française – Place Alimonda – Marco Valdo M.I. – 2008



Comme dit Riccardo Venturi, cette chanson gucciniane à propos des faits de Gênes restera probablement la plus célèbre, en laissant d'autres dans l'ombre.

Il faudra considérer cette traduction française comme une contribution à la mémoire des événements, des battus,des matraqués, des frappés, des blessés, des torturés, des humiliés et de Carlo Giuliani, assassiné; j'ajouterai qu'il faut la comprendre aussi comme un déni du déni de justice.

Le meurtre a bien eu lieu, le cadavre de Giuliano est là pour en témoigner. Les exactions fascistoïdes des forces de l'ordre ont vraiment eu lieu; le monde entier les a vues de ses propres yeux.

Mais ...

Il n'est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre, il n'est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir.

Que la honte poursuive ces gens jusqu'au cœur de leurs nuits !






Gênes, écrasée sur la mer, semble chercher

sa respiration au large, vers l'horizon,

Gênes, républicaine de cœur, vent de sel,

à l'âme forte.

Gênes qui perd au centre des labyrinthes de tes vieilles ruelles,

des mots anciens et nouveaux comme tirés à coups d'arquebuses.

Gênes, cette journée de juillet, d'une chaleur torride

d'Afrique noire.

Sphère de soleil de plomb, rumeurs de gens, atmosphère tendue.

L'uniforme noir ou bleu, les ordres précis, sueur et rage;

faces et boucliers d'hoplites, la haine en dedans comme une gale.

Mais un peu plus loin, un pensionné et un vieux chien

Regardaient un aéroplane qui allait lentement tachant la mer;

Une voix interrompait le hurlement extatique des enfants.

Des vêtements étalés sur le sol, comme une dérision, à l'intérieur des jardins.



Sortir de la maison à vingt ans est presque une obligation, presque un devoir,

plaisir de rencontres en grappes, idéaux identiques, être et avoir,

la grande foule appelle, chants et couleurs, crie et avance

défie le soleil implacable, un incroyable quasi pas de danse.

Gênes enserrée de barreaux, Gênes souffre comme en prison,

Gênes marquée à vue attend un souffle de libération.

Dans les bureaux, des hommes froids discutent de leur stratégie

Et des hommes chauds explosent d'un coup sec, mort et folie.

Le temps se rompt et l'instant, pour un moment, reste suspendu,

accroché à l'ombre et au rien, puis l'absurde vidéo se rallume;

des marionnettes se meuvent, cherchant des alibis pour ces vies

dissipées et dispersées dans l'âpre odeur de la cordite.


Gênes ne sait encore rien, une lente agonie, feu et rumeur,

mais comme cette jeune vie s'éteint, Gênes meurt.

Pour combien de jours, la haine frappera-telle encore à pleines mains.

Du port, Gênes répond par le haut hurlement des sirènes.

Puis tout recommence comme chaque jour et qui celui qui a la raison,

je veux dire de nobles hommes, donne d'implacable justifications,

comme s'il y avait une manière, une seule, pour rapporter

une vie tronquée, toute une vie à imaginer.

Gênes n'a pas fait son deuil car il est difficile d'oublier,

Il y a le trafic, la mer et l'accent dansant et les ruelles pour déambuler.

La Lanterna impassible regarde depuis des siècles les écueils et l'onde.

Redevient comme toujours, presque normale, la place Alimonda.


La « salvia slendens » resplendit, couvre un parterre triangulaire,

le trafic ordinaire passe, s'écoulant rapide et irrégulier.

Du bar, des cafés et des gouttes, un édicule vert vend la vie.

Reste, amère et indélébile, la trace visible d'une blessure.



Partager cet article
Repost0
Published by Marco Valdo M.I. - dans Francesco Guccini
20 novembre 2008 4 20 /11 /novembre /2008 12:17

MONDE NOUVEAU



Chanson italienne – Mondo Nuovo – Francesco Guccini

Version française – Nouveau Monde – Marco Valdo M.I. – 2008
Francesco Guccini a raison de méditer :


L'homme nouveau fut le leitmotiv de bien des utopies, il fut chanté, encensé, annoncé, pressenti, appelé, réclamé, cherché, adulé par les religions, par certains philosophes, par quelques écrivains, par d'inspirés poètes, mais aussi par les hurleurs délirants, par les éructeurs en rut qui se groupèrent en axe peu avant le milieu du siècle dernier. Généralement, l'homme nouveau annonce le retour victorieux du bipède au cerveau de lémure, le retour de la bête immonde. Tel était un des hommes nouveaux qu'on nous a présenté à grand renfort de trompes. Blecktrommel, tambour de fer blanc menait la danse.

Il eut plein de cousins, tous aussi inquiétants.

Il faut se méfier des hommes nouveaux et des ordres nouveaux et on peut espérer que nous ne les connaîtrons jamais, nous autres de ce monde ancien perclus de rhumatismes.

Va be' pour changer le monde, d'accord, pour changer la vie, partant pour une autre façon de vivre...

Les nouveaux mondes – j'entends Dvorak qui dirige son orchestre – ont la fâcheuse habitude de nous retomber lourdement dessus et d'écraser l'homme présent sous l'ambition nouvelle.

On est toujours entre deux; c'est le sort du présent de se trouver entre le passé qu'il vient de quitter et le futur qu'il s'apprête à dissoudre, le transformant à l'instant où il le touche en passé, que déjà, il a quitté.

L'avenir a toujours été ce vide hallucinant à remplir de gré ou de force, le plus souvent - et c'est tant mieux – par ces gestes quotidiens dont on croit qu'ils comptent pour rien.


Nous, les hommes, les frères humains qu'on balance, pendules dérisoires, aux rythmes de l'histoire, n'avons en finale qu'une vie courte, courte, courte...



Il court rapide, mais dans quel sens

Notre temps inconnu et étrange

et nos yeux épouvantés

regardent ce qui nous entoure

et ne peuvent croire à un sortilège technique qui

indifférent peu à peu nous enlève

et nous entraîne vers une réalité

que nous ne verrons jamais (au milieu d'entités inconnues et d'ordinateurs)

que nous verrons jamais (au milieu de tableaux chiffrés et de villes)

que nous ne verrons jamais...


Et l'homme court confus vers

ce qu'il ne comprend pas lui-même,

qui a programmé sa propre vie,

on ne sait qui c'est ni où; mais ce qui

importe, c'est seulement ce qui le fait

déjà douter de son équilibre

et sa route est déjà obscurément ouverte

vers une nouvelle réalité

qu'il ne comprendra jamais (au milieu d'entités inconnues et d'ordinateurs)

qu'il ne comprendra jamais (au milieu de tableaux chiffrés et de villes)

qu'il ne comprendra jamais...


Et nous ne saurons pas pourquoi ni comment

Nous sommes dans une ère de transition

Entre une civilisation quasi-finie

et une nouvelle inconcevable

Si désormais presque personne ne croit plus

quelle pourra bien être notre nouvelle foi,

quels pourront bien être nos nouveaux buts

qui éteindront notre soif éternelle

de pouvoir être soi...

Même si ensuite l'un ou l'autre succombe

Je ne sais dire qui de nous deux sera

Cet homme nouveau

qui me passionne moi aussi

dans le monde nouveau

que nous ne verrons jamais

que nous ne verrons jamais (au milieu d'entités inconnues et d'ordinateurs)

que nous verrons jamais (au milieu de tableaux chiffrés et de villes)

que nous ne verrons jamais...




Partager cet article
Repost0
Published by Marco Valdo M.I. - dans Francesco Guccini
20 novembre 2008 4 20 /11 /novembre /2008 12:09

LA MORT DE S.F.


Chanson italienne, In Morte Di S.F., Francesco Guccini

Version française, Sur la mort de S.F., Marco Valdo M.I. – 2008



La route courait longue et droite, l'auto courait

Le doux été avait déjà commencé; elle souriait à côté de lui, à côté de lui, elle souriait


La main serrait fort le volant, le moteur chantait fort...

Tu ne le savais pas que ce jour-là t'attendait, ce jour-là t'attendait la mort...

Tu ne le savais pas que c'était la mort. Quand on est jeune, il est étrange

de penser que notre destin vient et nous prend par la main, vient et nous prend par la main...


Tu ne le savais pas, mais qu'as-tu ressenti quand la route s'est affolée,

quand la voiture est sortie de côté et a fini sur une autre, et sur une autre est allée...

Tu ne le savais pas, mais qu'as-tu pensé quand le fracas t'a tuée,

quand même le ciel par dessus d'est écroulé, quand ta vie s'est enfuie, quand ta vie s'en est allée...

Après, le silence seul régnait entre les tôles tordues,

sur l'autostrade, tu cherchais ta vie, mais tu as rencontré ta mort, mais tu as rencontré ta mort...

Je voudrais savoir à quoi a servi de vivre, d'aimer, de souffrir,

de passer tous ces jours si tu dois partir si vite, si tu as dû si tôt partir

Je veux me rappeler pourtant comme tu étais, penser que tu es vivante encor ,

je veux penser que tu m'écoutes encor et comme alors, tu souris et  tu souris, comme alors...


Partager cet article
Repost0
Published by Marco Valdo M.I. - dans Francesco Guccini
18 novembre 2008 2 18 /11 /novembre /2008 16:58
LA RONDE

Il a déjà été question ici de Fabrizio De Andrè, ce chanteur italien, qui mourut relativement jeune – en 1999, après avoir mené une longue carrière de poète chanteur – de la fin des années 50 à la fin des années 90. Il a écrit, composé et chanté de très nombreuses chansons, dont la plupart sont ignorées dans l'aire culturelle française. Pourquoi ? Allez savoir.

On peut – sans hésitation – faire le rapprochement avec Georges Brassens, d'autant qu'il l'a traduit et chanté en italien. Et comme Georges, il a, qui l'entoure et l'éclaire, une aura qui perce les nuages du temps et captive l'attention de ceux qui ont la chance ou la curiosité ou le tout en même temps de le rencontrer.

Ceci, bien évidemment, peut être dit à propos de nombre d'artistes.

Mais De Andrè , de ce qu'en j'en augure et de ce que j'en sais, a quelque chose de plus, il exerce – comme Brassens – un magistère particulier.

Que De Andrè ait désigné Ugo Dessy comme son maître à penser, comme son père spirituel était pour moi aussi une solide recommandation, une stupéfiante indication.

Ce sont de jeunes filles, de jeunes femmes italiennes, des Sardes de passage, qui ont insisté pour que je le connaisse, qui me l'ont fait connaître. J'étais bien ignorant, je le suis toujours.

D'autres depuis m'en ont dit mille choses, toutes plus belles. Me sachant traducteur de l'italien vers le français (et non l'inverse), on m'a dit que je devrais m'essayer à traduire de ses chansons.

J'ai pioché un peu au hasard, entre d'autres travaux, l'une ou l'autre chanson de Fabrizio De Andrè. Le choix en est aléatoire, mais il fallait bien commencer quelque part. J'irai chemin faisant découvrir le reste.

Cette première canzone chante la guerre sous l'habit d'une ronde. Comme la ronde autour du monde de Paul Fort, elle se veut comptine, comptine enfantine pour prévenir les enfants, évidemment, du monde qui les attend.

Elle a des sœurs chez d'autres antimilitaristes notoires : Le Marchand de canons de Boris Vian, dont tous les bons clients sont morts en chantant et qui seul dans la ville s'en va danser la carmagnole, y a plus personne sur le pavé, au survivant solitaire de Jacques Brel : on est mille contre mille à se croire les plus forts, mais à l'heure imbécile, cela fait deux mille morts. On se retrouve seul.

Reste à savoir comment faire connaître un poète dans une autre langue que la sienne ? Une solution et une seule existe : traduire. Mais pas n'importe comment, pas sans de précautionneuses précautions. Qu'on écoute bien le texte, car le texte est – en soi – de la musique. Il y faut donc du rythme, de la scansion, des sons, du son, des pas, des colorations; bref, une musicalité. Il y faut aussi de beaux mots parfois tranchants comme la bise qui court le long du chemin de halage, parfois hésitants comme une brume entre des saules. On y pourvoira comme on pourra.

Ici, on ne trouvera ici que les versions françaises pour la raison que ce sont celles que j'ai faites et que pour les textes de Fabrizio De Andrè, dans leur langue d'origine – italienne ou ligure – on les trouvera aisément chez les amis d'Italie. Les chercher amènera à découvrir l'œuvre immense sans l'écran du traducteur Marco Valdo M.I., qui, ainsi que l'indique son petit appendice, est définitivement un manœuvre intellectuel.

Il ne convient pas de chanter plus haut que son col.



LA RONDE



Fabrizio De Andrè – Girotondo

Version française : Marco Valdo M.I.




Si la guerre survenait, Marcondiro'ndero

Si survenait la guerre, Marcondiro'nda


Sur mer et sur terre, Marcondiro'ndera

Sur mer et sur terre, qui s'en sauverait ?


Nous sauvera le soldat qui ne la voudra pas

Nous sauvera le soldat qui la refusera


La guerre a déjà éclaté, Marcondiro'ndero

La guerre a déjà éclaté, qui nous aidera ?


Le bon Dieu nous aidera, Marcondiro'ndera

Le bon Dieu nous aidera, le bon Dieu nous sauvera.


Le bon Dieu a déjà fui, on ne sait où

Le bon dieu Dieu s'en est allé, qui sait quand il reviendra


L'aéroplane vole, Marcondiro'ndera

L'aéroplane vole, Marcondiro'nderà.


Il jettera la bombe, Marcondiro'ndero

Il jettera la bombe, qui nous sauvera ?


L'aviateur qui ne le fera pas

L'aviateur qui ne la jettera pas


La bombe est déjà tombée, Marcondiro'ndero

La bombe est déjà tombée, qui se la prendra ?


On la prendra tous, Marcondiro'ndera

Beaux ou laids, Marcondiro'ndà


Grands ou tout petits, elle les détruira

Malins ou crétins, elles les foudroiera


Il y a trop de trous, Marcondiro'ndera

Il y a trop de trous, qui les remplira ?


Nous ne pourrons plus jouer à Marcondiro'ndera

Nous ne pourrons plus jouer à Marcondiro'ndà


Et vous pour vous divertir, allez plus loin

Allez vous divertir où la guerre n'ira pas.


La guerre est partout, Marcondiro'ndera

Toute la terre est en deuil, qui la consolera ?


Les hommes, les bêtes, les fleurs,

Les bois et les saisons aux mille couleurs.


Des gens, des bêtes, des fleurs, il n'y en a plus

De vivants, il ne reste que nous et rien de plus.


La terre est toute à nous, Marcondiro'ndera

Nous en ferons un grand carrousel, Marcondiro'ndà


Nous avons toute la terre, Marcondiro'ndera

Nous jouerons à la guerre, Marcondiro'ndà




Partager cet article
Repost0
Published by Marco Valdo M.I. - dans Fabrizio De André
18 novembre 2008 2 18 /11 /novembre /2008 16:32


RUE DE LA PAUVRETÉ


Chanson italienne – Via della Povertà – Fabrizio De Andrè – 1974

Version française – Rue de la Pauvreté – Marco Valdo M.I. – 2008



Le salon de beauté au fond de la ruelle

est plein à ras bord de marins.
Essaye de demander à un d'eux quelle heure il est

et il te répondra « Je ne l'ai jamais su ».

Les cartes postales de la pendaison

sont en vente à cent lires pièce

Le commissaire aveugle derrière la station

pour un indice te lit son infortune.

Ils cherchent quelque chose qui ne va pas

tandis que moi et ma demoiselle

Nous nous rendons ce soir

Rue de la Pauvreté.


Cendrillon semble si facile

chaque fois qu'elle sourit, elle te capture.

Elle rappelle tout à fait Bette Davis

avec ses mains appuyées à la ceinture.

Roméo arrive essoufflé et lui crie

« Mon amour, c'est toi »

mais quelqu'un lui dit de s'en aller

et de ne plus recommencer

et l'unique son qui reste

quand l'ambulance s'en va

C'est Cendrillon qui balaye le trottoir

dans la rue de la Pauvreté.



Tandis que l'aube assassine la lune

et les étoiles se sont quasi cachées

La demoiselle qui lit la bonne fortune

s'en est allée en compagnie de l'hôte.

À l'exception d'Abel et de Caïn,

tous sont partis faire l'amour

en attendant que vienne la pluie

et de noyer la joie et la douleur

et le Bon Samaritain

Aiguise sa pitié

Il s'en ira au carnaval ce soir

dans la rue de la Pauvreté.


Les trois Rois Mages sont désespérés,

L'enfant Jésus est devenu vieux

et Mister Hyde pleure déconcerté

en voyant Jekyll qui rit dans son miroir.

Ophélie est derrière sa fenêtre

Jamais personne ne lui a dit qu'elle est belle.

À seulement vingt-deux ans, c'est une vieille tantine.

Sa mort sera très romantique

Elle s'en ira en se transformant en or.

Pour l'instant, elle déambule au long

de la rue de la Pauvreté.


Einstein travesti en ivrogne

a caché ses notes dans une malle.

Il est passé par ici il y a une heure

directement vers l'ultime Thulé,

il semblait si timide et si apeuré

quand il a demandé de s'arrêter un peu là

mais ensuite il a commencé à fumer

et à réciter l'alphabet

et à le voir on ne dirait jamais

mais il était renommé il y a quelques temps

pour jouer du violon électrique

dans la rue de la Pauvreté.

On se prépare pour la grande fête.

Il y a quelqu'un qui commence à avoir soif.

Le fantôme de l'opéra

s'est vêtu d'habits de prêtre,

il gave de force Casanova

pour le punir de sa sensualité.

Il le tuera en lui parlant d'amour

après l'avoir empoisonné de piété

et tandis que le fantôme crie

trois filles se sont déshabillées

Casanova va être violé

dans la rue de la Pauvreté.


Et bravo Neptune fameux farceur,

le Titanic coule à l'aurore.

Dans les chaloupes, les places

sont toutes occupées

et le capitaine crie « Il y en a encore »,

et Ezra Pound et Thomas Eliot

boxent sur la tour de commandement.
Les joueurs de calypso rient d'eux

tandis que le ciel s'éloigne

et penchés à leurs fenêtres sur la mer

tous pêchent des mimosas et des lilas

et personne ne doit plus se préoccuper

de la rue de la Pauvreté.



À minuit pile, les policiers

font leur travail habituel;

ils mettent les menottes aux poignets

de ceux qui en savent plus qu'eux.

Les prisonniers sont traînés

sur un calvaire improvisé là tout près

et le caporal Adolf les a avisés

qu'ils passeront tous par la cheminée

et le vent rit fort et personne ne réussira

à tromper son destin

dans la rue de la Pauvreté.



J'ai eu ta lettre justement hier.

Mais raconte tout ce que tu fais,

Mais il faut pas être ridicule

ne me demande pas « comment vas-tu ? ».

ces gens dont tu me parles

sont des gens comme nous tous

Il ne me semble pas que ce soient des monstres

Il ne me semble pas que ce soient des héros

et ne m'envoie pas de tes nouvelles encore

Personne ne te répondra.

Si tu persistes à m'expédier tes lettres

À la rue de la Pauvreté.

Partager cet article
Repost0
Published by Marco Valdo M.I. - dans Fabrizio De André
18 novembre 2008 2 18 /11 /novembre /2008 11:57

PEDRO BENJE


Chanson italienne - Pedro Benje – es Anarchistes – 2005

Version française - Pedro Benje – Marco Valdo M.I. – 2008



Pedro Benje fut un “martyr” de la révolution angolaise. Cristina Alioto et Claudia Guarducci reprennent ce chant qui le célèbre.

..

Les Blancs qui t'ont assassiné

Pedro Benje

Sont venus de loin...

Pedro Benje, mort pour l'Angola

Pedro Benje, tu parlais de tes camarades

tombés pour la libération

Pedro Benje, tu disais à tous qu'était arrivé

le temps de l'indépendance...

Mais les Blancs qui sont venus de loin

T'ont assassiné...

Partager cet article
Repost0
Published by Marco Valdo M.I. - dans Les Anarchistes
17 novembre 2008 1 17 /11 /novembre /2008 20:23

LOMBARDIE

Chanson italienne - Lombardia – Mercanti di Liquore – 2002

Version française – Lombardie – Marco Valdo M.I. – 2008





Atterris comme un 747 à Brianza (1)

Nous avons grandi en cachette, comme des châtaignes folles (2)

La reine Teodolinda (3) nous clignait de l'œil,

mais nous pas reconnaissants, nous ne lui avons pas fait la révérence.


Nous avons appris la guitare pour avoir une occasion

par peur de nous sentir comme un meuble à Lissone

puis nous nous sommes déguisés en mercenaires

pour chercher à grimper cette plaine pentue.



Lombardie, comme il est facile de ne pas t'aimer

Tu ne fais pas de sourires et maltraiter te plaît

Mais nous, nous sommes des enfants tordus, nés dans un bistrot

et nous réussissons à respirer, tout en étant en Lombardie.


A Milan, nous avons construit un manège de cristal

mais la pluie de monnaie l'a détruit au meilleur moment.

Nous nous sommes réfugiés dans les quartiers de la périphérie

car sous l'immondice est cachée la magie.



Et ce fut la nuit longue, soûle dans les faubourgs.

Nous avons appris à marcher du pas des balourds,

le parfum de l'asphalte et le nom des couteaux;

nous sommes devenus des ordures, nous sommes devenus fort beaux.



Lombardie, comme il est facile de ne aps t'aimer

Tu ne fais pas de sourires et maltraiter te plaît

Mais nous, nous sommes des enfants tordus, nés dans un bistrot

et nous réussissons même à voler, tout en étant en Lombardie.



Quand est venu l'ouragan, il nous surprit au-dessus de Lecco (4).

Nous le prîmes par la queue et nous le fichâmes dans notre sac.

Le lac aussi fut gentil, il nous a révélé son mystère

en échange de la promesse de ne pas le divulguer à la ronde.



Nous avons attrapé une étoile de la nuit bergamasque.

Tandis que le diable riait, nous lui avons volé sa farine,

puis, nous avons demandé à la montagne de nous chanter une chanson

et dans la vallée dessous, tous firent l'amour.



Lombardie, comme il est facile de ne pas t'aimer

Tu ne fais pas de sourires et maltraiter te plaît

Mais nous, nous sommes des enfants tordus, nés dans un bistrot

et nous réussissons à respirer, tout en étant en Lombardie.



Nous avons fait le pari d'une vie rapiécée

comme quand vient au jeu le deux que tu appelles.

La vulgarité ou le boucan ne nous provoque pas de honte

car même un œil poché peut voir assez loin


Alors, il ne faut pas nous blâmer si nous ne sommes pas révérants.

Il est difficile de parler avec un protège-dents

Si tu ne nous aimer, tiens-nous au moins compagnie

Tu sais où nous trouver... Bonne nuit, Lombardie.





  1. Brianza : région de la Lombardie où est située Monza, ville royale de Teodolinda

  2. châtaignes folles : traduction littérale et poétique de l'italien « castagne matte ». Sans doute, eût-il été plus conforme, mais moins poétique, de traduire « marrons » – ces châtaignes fausses, incomestibles.

  3. Teodolinda : reine des Lombards : +/- 590-627; capitale : Monza et Milan.

  4. Lecco et lac : Lecco est une ville au nord de Milan sur le bord du lac de Côme.

Partager cet article
Repost0
Published by Marco Valdo M.I. - dans Mercanti di Liquore
17 novembre 2008 1 17 /11 /novembre /2008 17:11


MARCHANDS DE LIQUEUR.



Chanson italienne – Mercanti di Liquore – Mercanti di Liquore

Version française – Marchands de liqueur – Marco Valdo M.I. – 2008


« Tenons-nous serrés ce soir, là dehors rôdent les hyènes ».

En italien, la chanson et le groupe portent le même titre et l'une exprime l'autre : le sens d'un combat artistique et de son urgence.


« Moi qui suis saint et assassin, j'ai une musique de sel et de vin

Houlala, houlala, marchands de liqueur »

Elle est une sorte d'autodéfinition chantée.... Si l'on suit l'histoire de ces « Mercanti di Liquore », Marchands de Liqueur, on verra qu'ils situent leur travail artistique à un niveau d'une grande exigence, ce qu'on ne songera pas à leur reprocher.

Voici un rapide portrait tiré des éléments plus détaillés que l'on peut trouver sur leur site.


Les « Mercanti di Liquore » (en français : Marchands de Liqueur) sont un groupe italien qui fut créé à Monza dans le milieu des années 1990, par trois musiciens d'un groupe rock « Zoo », sous la forme d'une formation orientée vers la musique acoustique.
Dans les derniers temps, les Mercanti di Liquore ont donné de très nombreux concerts et ont fait connaître leur musique dans toute l'Italie.

Tout au long de leur parcours, ils ont marqué leur attachement à la figure de Fabrizio De André.

Notamment, au travers le leur participation à la kermesse musicale en hommage à Fabrizio De André, «  Faber, amico fragile » à Gênes en 2000 et de leur spectacle « Gente invisibile », hommage à Fabrizio De André et à tous ceux qui racontent des histoires manquées. Les émotions et la folie de ces gens invisibles sont racontées à travers les chansons d'auteurs qui ont fait l'histoire de la musique italienne comme De André, Tenco, Ciampi, Lolli, Endrigo et de fragments littéraires et poétiques de Bukowski, Pasolini, Vian...



Aux dernières nouvelles, ils voguent encore au long cours....




Marchands de Liqueur.



Fête qui secoue les têtes, musique suante et puissante

Tenons-nous serrés ce soir, là dehors rôdent les hyènes

Et autour la joute se déroule, elle sent la vitalité

Regardons en face et tenons-nous serrés

Houlala, houlala, marchands de liqueur

Houlala, houlala, marchands de liqueur



Il y a un désir malade de doigts nerveux et contents

qui cassent le cul à la nuit, qui chantent

Houlala, houlala, marchands de liqueur

Houlala, houlala, marchands de liqueur



Moi qui suis marchand, marchand de liqueurs, je reconnais les gens à l'odeur

Moi qui suis saint et assassin, j'ai une musique de sel et de vin

Moi qui suis marchand, marchand de liqueurs, je reconnais les gens à l'odeur

Moi qui suis saint et assassin, j'ai une musique de sel et de vin

Houlala, houlala, marchands de liqueur

Houlala, houlala, marchands de liqueur


Partager cet article
Repost0
Published by Marco Valdo M.I. - dans Mercanti di Liquore