Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
24 juillet 2014 4 24 /07 /juillet /2014 22:24

Communiqués

 

Canzone française – Communiqués – Marco Valdo M.I. – 2014

 

Le Livre Blanc 8

 

Opéra-récit contemporain en multiples épisodes, tiré du roman de Pavel KOHOUT « WEISSBUCH » publié en langue allemande – Verlag C.J. Bucher, Lucerne-Frankfurt – en 1970 et particulièrement de l'édition française de « L'HOMME QUI MARCHAIT AU PLAFOND », traduction de Dagmar et Georges Daillant, publiée chez Juillard à Paris en 1972.

 

 

 

 

Mon ami Lucien l'âne, encore une canzone paradoxale, comme son titre te l'indique : « Communiqués ».

 

 

Eh bien, Marco Valdo M.I. mon ami, rien ne va droit dans cette histoire du Livre Blanc. A-t-on déjà vu une chansons constituée de communiqués ? Car j'imagine que c'est de cela qu'il s'agit...

 

 

En effet, c'est bien de cela qu'il est question : une chanson constituée de communiqués. Comme tu le sais, le communiqué est – dans notre univers médiatique – une forme très particulière de message. Je résume : entre personnes, on converse, on parle, on échange des propos, on communique l'un avec l'autre et réciproquement. C'est d'ailleurs le sens du verbe « communiquer ». Mais, si à ce stade la communication est assez informelle et s'en va au gré des relations entre les personnes et des mots, des idées, des sentiments qu'elles se communiquent, la communication prend d'autres allures quand il s'agit de communication venant d'institutions. Il s'agit de peser les mots et de peser du poids de l'institution sur le monde qui l'environne. On opère alors sur de plus grands nombres de gens. On ne peut laisser la chose au hasard, il s'agit d'une communication qui engage divers responsables et dès lors, elle prend des allures officielles et de ce fait, plus guindées. Ce type de message, cette communication formelle prend la forme du « communiqué ». C'est un texte « ne varietur » qui est diffusé par les moyens les plus appropriés et généralement, les plus étendus.

 

 

Tout cela est fort bien et cependant, je ne vois toujours pas ce que devient dans cette histoire de communiqués notre histoire d'Adam, qui marchait au plafond.

 

 

J'y viens, j'y viens. Évidemment, comme tu le dis, rien ne va droit dans cette affaire. L'aventure d'Adam, le premier homme qui marche au plafond – et pas seulement, il s'y assied, il s'y couche, il y dort … perturbe pas mal de monde et sape les fondements sur lesquels reposent de solides institutions qui ne peuvent dès lors laisser faire les choses sans réagir. Et c'est ainsi qu'on a droit à un communiqué de l'Académie des Sciences, un deuxième du Ministère de l'Éducation et un troisième de la Fédération sportive, sans compter tous les autres qui ne sont pas repris dans la chanson. Je te rappelle qu'on a déjà eu l'opinion du clergé avec Le Jeu du Diable. Je te laisse le plaisir de les découvrir. Mais une dernière réflexion, dans notre société médiatisée où la communication est en quelque sorte une phase de guerre, le communiqué est une arme lourde et plus lourde encore lorsqu'elle vise des personnes. D'ailleurs, la forme la plus achevée du communiqué est sans doute le communiqué de guerre et son double : le communiqué de presse. Le communiqué permet beaucoup de choses et vise avant tout pour l'institution qui l'émet à marquer sa position, désigner son camp et à stigmatiser ses ennemis. Ici, c'est notre Adam qui est au cœur de ce tir de barrage.

 

 

Je l'imaginais bien. Tout comme, j'imagine que ces communiqués rejoignent au panthéon des bêtises tous les communiqués du monde. De toute façon, avec le communiqué, comme on dit chez nous : « Ça ne rigole plus ». Le communiqué, c'est la parole en uniforme... Cela dit, il nous revient de poursuivre notre tâche et de tisser inlassablement le linceul de ce monde médiatique, communicant, institutionnel et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 

 

L'Académie des Sciences communique :

 

L'homme devient le maître de la nature

Il a vu la face cachée de la Lune
Le monde est connaissable

Ses lois sont formulables

Galilée formula l'inertie

Newton formula la gravitation

Einstein formula sa théorie

Ce sont là les conceptions

De l'essor humain vers

Les limites de l'Univers.

 

 

Le Ministère de l'Éducation communique :

 

L'enseignement de la physique

N'est en rien modifié

Le programme des examens n'est pas changé

Enseignants et professeurs de physique

Doivent s'en tenir aux directives

Ils ne peuvent agir d'initiative

En aucune manière,

Sous peine, que la chose soit claire,

De sanctions disciplinaires

Extrêmement sévères.

 

 

La Fédération de l'Éducation Physique et des Sports communique :

 

 

Vive le sport ! Vive le sport ! Vive le sport !

Tous les records de saut en hauteur,

De saut à la perche, de saut en longueur

Et de triple saut restent valables

Les seules performances sportives acceptables

Sont celles réalisées sans intervention

De l'intellect et de la réflexion.

En saut, les nouveaux champions

Devront se soumettre aux tests normalisés

Leur quotient intellectuel ne pourra excéder

Les limites fixées, sous peine de disqualification.

Vive le sport ! Vive le sport ! Vive le sport !

 

 

 

 
Communiqués
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
24 juillet 2014 4 24 /07 /juillet /2014 21:38

Le Jeu du Diable

Lettre pastorale à tous les prêtres et fidèles de l’Archevêché

 

 

Canzone française – Le Jeu du Diable – Marco Valdo M.I. – 2014

 

Le Livre Blanc 7

 

Opéra-récit contemporain en multiples épisodes, tiré du roman de Pavel KOHOUT « WEISSBUCH » publié en langue allemande – Verlag C.J. Bucher, Lucerne-Frankfurt – en 1970 et particulièrement de l'édition française de « L'HOMME QUI MARCHAIT AU PLAFOND », traduction de Dagmar et Georges Daillant, publiée chez Juillard à Paris en 1972.

 

 L'archevêque de K

Bien chers frères

Nous vous parlons avec confiance

Nous savons votre chrétienne obéissance

Fondée sur une foi dure comme fer

 

 

Le Jeu du Diable, mon ami Lucien l'âne, est une lettre pastorale. Et sais-tu ce que signifie une lettre pastorale ? J'imagine bien que oui, mais pour que les choses soient bien claires, je préciserai quand même qu'il s'agit d'un message fort envoyé par un évêque ou un archevêque aux fidèles de son diocèse ou de son archevêché – en somme, l'équivalent d'une lettre qu'un maire pourrait envoyer à ses administrés. Mais c'est aussi une lettre comminatoire, une injonction solennelle, une mise en garde, un rappel à l'ordre et l'indication par le pasteur du bon chemin à ses brebis. Elle passe par l'entremise des curés et des officiants des paroisses qui sont priés de la lire en chaire le dimanche et aussi, de la diffuser par toutes voies. En somme, c'est la ligne du parti, c'est la voix de l'orthodoxie. En somme, l'Église prend position et assure ses arrières. Voilà pour la théorie.

 

 

Au moins avec toi, les choses sont claires. Mais, dis-moi Marco Valdo M.I. mon ami, que peut-elle bien raconter cette lettre pastorale ? Et de quel archevêque vient-elle ?

 

 

Pour l'archevêché, la réponse est aisée : de l'archevêché dans lequel se situe la ville de K. On l'appellera pour la facilité du discours, l'archevêché de K et l'archevêque : l'archevêque de K. En fait, l'archevêque de K. intervient vigoureusement d'une part, pour soutenir l'ordre établi mis en danger par ce brave Adam Juracek et ses promenades au plafond et d'autre part, tout débordement hérétique. Imagine un instant que certains croyants y voient un miracle, un signe du ciel et en Adam, je ne sais pas moi, un nouveau messie, un sauveur... Au minimum, un saint... C'est très périlleux pour l'archevêque, car c'est périlleux pour l'Église en général... Et puis, il lui faut encadrer son troupeau et même, donner le « la » à ses curés. La question qui se pose à tous : mais quelle est donc la position de l'Église ? Que faut-il penser ? Qu'est ce qui est conforme et qu'est-ce qui ne l'est pas ? Et puis, en cas de dérapage, il faudra rendre des comptes en haut lieu... D'où cette lettre pastorale.

 

 

Si je suis bien, il condamne Adam...

 

 

Et pas un peu. Il va même l'accuser de faire le jeu du Diable et ça, c'est sans doute la plus terrible accusation. Du temps de Jean Huss, c'était le bûcher après une multitude de tortures, toutes plus douloureuses et atroces les unes que les autres. En somme, le bûcher, c'était l'ultime récompense, c'était la délivrance... Mais chaque chose en son temps...

 

 

Attendons donc la suite de l'histoire ; je suis même assez curieux de ce qui va advenir. Pour le reste, tissons le linceul de ce vieux monde bigot, clérical, croyant, crédule, superstitieux et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 

 

Bien chers frères

Nous vous parlons avec confiance

Nous savons votre chrétienne obéissance

Fondée sur une foi dure comme fer

Une foi, mes frères

Due à notre Mère l'Église, à notre Père

Et au Seigneur, notre Sauveur.

Jésus était un grand faiseur

D'incroyables miracles

Il multiplia les poissons et les pains

Et aux mariages, même le vin.

Mais il ne se donnait pas en spectacle.

 

Bien chers frères

Nous vous parlons avec confiance

Nous savons votre chrétienne obéissance

Fondée sur une foi dure comme fer.

Certains, d'autres, inspirés par l'Esprit

Objets des sarcasmes de nos ennemis

Ont rendu le faible fort

Fait voir l'aveugle, entendre le sourd

Marcher le cul-de-jatte, resurgir l'amour

Ils ont même réveillé les morts.

C'étaient des miracles de la foi

Reconnus par l'Église ; c'est la loi.

 

Bien chers frères

Nous vous parlons avec confiance

Nous savons votre chrétienne obéissance

Fondée sur une foi dure comme fer.

Seuls les miracles authentiques sont admis

Nous le réaffirmons solennellement ici

Mais des brebis au cœur endurci

Insensibles à la grâce de Jésus-Christ

Mettent à profit malicieusement

Certain exploit invérifiable

Pour crier au miracle et les inconscients

Font ainsi le jeu du diable.

 

Bien chers frères

Nous vous parlons avec confiance

Nous savons votre chrétienne obéissance

Fondée sur une foi dure comme fer.

Car, mes bien chers frères, marcher au plafond

Ce n'est pas un miracle, c'est une trahison

Qui dépasse toutes les limites

On ne peut laisser faire cette engeance maudite

Il faut dénoncer cet exploit révolutionnaire

C'est une action du Malin, elle doit être interdite

Priez, priez, mes bien chers frères

Allez en paix, la messe est dite.

 

 
Le Jeu du Diable
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
23 juillet 2014 3 23 /07 /juillet /2014 19:46

NI RAISINS, NI AMANDES

 

Version française – NI RAISINS, NI AMANDES – Marco Valdo M.I. – 2014

d'après la version italienne de Riccardo Venturi

d'une chanson yiddish Nitkayn rozhinkes, nit kayn mandlen – Isaiah Shpigl – Dovid Beyglman [David Beygelman] – 1943

 

 

 

 

Ni raisins secs, ni amandes,
Papa est parti pour affaires

Dors, mon enfant, dors !
Dors, mon enfant, dors !

(Photo du ghetto de Lodz : Henryk Ross)

 

 

 

Paroles d'Isaiah Shpigl (1906-1990), écrivain, poète et professeur qui survécut à la liquidation du ghetto de Łódź et à l'Holocauste
Musique de David Beyglman, qui par contre fut tué Auschwitz en août 1944, peu de jours après sa déportation de Łódź.
La chanson a été interprétée par beaucoup, par exemple par Abraham Brun dans l'album « Songs of the Ghetto », Folkways Records, 1965.

Le texte translittéré du yiddish a été trouvé sur Music and the Holocaust ; le texte original en caractères hébraïques est par contre une image reproduite de Der Yidisher Tem-Tem, revue pour l'apprentissage de la langue yiddish. L'image reproduit même le portrait de l'auteur des vers, Isaiah Shpigl.

 

 

Isaiah Shpigl écrivit cette chanson en mémoire de sa fille Eva, morte de privations dans le ghetto, la même fin que fit la femme de Beyglman.

 

Il l'écrivit en parodiant avec douleur et amertume une célèbre berceuse yiddish, Rozhinkes mit mandlen, composée en 1880 par le poète juif russe Abraham Goldfaden. À la tendresse et à l'optimisme du texte original (un père est lointain pour affaires mais il reviendra en apportant à son enfant des raisins secs et des amandes pour qu'il grandisse en bonne santé et puisse devenir un étudiant et un homme d'affaires lui aussi) se substitue ici le désespoir d'une mère qui, malgré tout, cherche de quelque façon à consoler son enfant, en le leurrant mais sans lui cacher la vérité : « papa reviendra, il n'y a pas doute, avec un sac de petits raisins et d'amandes, mais il n'y a maintenant rien à manger, car papa est parti et pas pour affaires ; il est loin, si loin, à la fin du monde, pendant que tout autour de nous, ululent les hiboux et hurlent les loups… »

 

 

Ni raisins secs, ni amandes,
Papa est parti pour affaires

Dors, mon enfant, dors !
Dors, mon enfant, dors !


Il nous a laissés,
Au bout du monde, il s'en est allé.

Dors, mon enfant, dors !
Dors, mon enfant, dors !

 

Ululent les chouettes, hurlent les loups,
Dieu nous aide et ait pitié de nous,
Dors, mon enfant, dors !
Dors, mon enfant, dors !

 

Il est quelque part et cherche
Des tas de raisins secs et d'amandes

Dors, mon enfant, dors !
Dors, mon enfant, dors !

 

Il reviendra un jour et alors
Il prendra soin de toi, mon trésor,

Dors, mon enfant, dors !
Dors, mon enfant, dors !

 

 
NI RAISINS, NI AMANDES
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
22 juillet 2014 2 22 /07 /juillet /2014 20:29

LE SEIGNEUR DES AGNEAUX

 

Version française – LE SEIGNEUR DES AGNEAUX – Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson italienne – Il signore degli agnelli – Riccardo Scocciante – 2006


 

 

 

Certaines fois, à Rome, sur une place énorme,

Paraît un homme à l'accent un peu étrange.

Des foules, des foules viennent et l'attendent ;

Il se montre et puis, psalmodie son message.

 

 

 

Lorsque Riccardo Scocciante, ou bien le dégoûtant personnage qui se cache derrière ce pseudonyme, m'a envoyé la chose qui suit, il m'a dit : « Écoute, tête de nœud, je sais que tu es en cheville avec un site de chansons contre la guerre. Voilà, tiens, j'ai écrit une chanson contre la guerre et même contre le pape, qui pour moi est cette espèce de zombie, dont certains affirment qu'il a fait partie de la SS, et qui me casse un peu les couilles. Veille à l'insérer, sinon cette nuit, je viens tuer ton chat. »

Je lui ai fait remarquer que je n'ai pas de chat, et que si j'en avais un, je lui scalperais les gencives au marteau-piqueur à ce tueur de chat, si seulement il touchait à un poil du minou ; mais puisque ce site accueille tout, mais vraiment tout (ou presque), je vous présente quand même sa « chanson » (dont je ne sais si elle a ou non une musique, mais la chose n'a pas beaucoup d'importance), espérant que soit la première et la dernière. Mais je ne nourris pas d'excessifs espoirs à ce sujet : il m'a dit d'en avoir prêtes d'autres. Que dire ? Je dois m'enlever cette dent, en espérant qu'il se calme et qu'il ne se manifeste pas au moins pour un temps. Mais je crains que nous en entendrons reparler. [RV]

 

 

 

 

Le Seigneur des Agneaux pour désigner Joseph Ratzinger... Pourquoi pas ? Mais par quel sacrement ? Le sacrement de l'agneau ou celui du buffle ? Ainsi pourrait-on poser la question, à la manière de l'écrivain allemand Heinrich Böll, assez catholique au demeurant, dit d'un ton quelque peu pensif Marco Valdo M.I..

 

 

Mais enfin que vient faire ici, Heinrich Böll ? Que vient faire ce – je te l'accorde – cet étonnant écrivain catholique allemand...

 

 

Mais enfin, la chose me paraît, à moi, évidente. Car ce pacifiste allemand, cet écrivain catholique et allemand aurait – s'il eût encore vécu, pu ratifier complètement la chanson de Riccardo Scocciante. Et sa manière de poser la question aurait été celle qu'il a posée dans son roman Billard und halb zehn – en français : « Les deux Sacrements », précisément les sacrement de l'agneau (on dirait ici celui qui institue les pauvres, les faibles, les opprimés...) et le sacrement du buffle (qui institue les riches, les puissants, les nazis...). En fait, il ne s'agit pas d'être du côté de l'agneau ou du buffle, il faut le vouloir, le désirer... Là passe la frontière. Pour résumer la chose, par ailleurs assez complexe : selon Böll, à un moment de sa vie (peut-être même dès la prime jeunesse), l'humain(e) bascule dans un camp ou dans l'autre, touché(e) par le sacrement du buffle ou de l'agneau. À première vue, ça a l'air un peu manichéen, je te l'accorde, sauf qu'il n'y a pas de prédestination. Il me semble que le sacrement résulte d'une volonté de l'être ; en somme, c'est une confirmation, une affirmation, également... Ceci dit, contrairement à ce que dit Venturi, la chanson de Scocciante est de première grandeur. Satyrique, certes, mais de bonne facture.

 

 

Ah, voilà qui va ravir Riccardo Scocciante, d'être ainsi conforté... Évidemment, pour ce qui est du Seigneur des Agneaux, on pourra toujours prétendre qu'il s'agit d'une chanson ancienne (2006) et qu'entretemps (mais quelles en sont au juste les raisons ?), l'ÉCAR (Église Catholique Apostolique et Romaine) a changé de pape et que si dérive il y a eu, le nouveau pape lave plus blanc que blanc (tout en étant issu de l'ordre noir ; sur son lit de mort, Montesquieu en confiant ses derniers manuscrits à son amie, disait ne pas faire confiance à la Société – en clair, aux Jésuites, qui les réclamaient et se proposaient de les éditer)... Mais tout cela, c'est ésotérisme et compagnie (de Jésus?). Quant à nous, qui ne sommes pas chrétiens (Noi, non siamo cristiani...) ni des branches, ni des racines..., reprenons notre tâche lente et longue qui consiste à tisser le suaire de ce monde croyant, crédule, criminel et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Certaines fois, à Rome, sur une place énorme,
Paraît un homme à l'accent un peu étrange.
Des foules, des foules viennent et l'attendent ;
Il se montre et puis, psalmodie son message.


Il parle bas, mais qu'importe,
Il y a là de puissants haut-parleurs.
Et dessous, à cent mille, ou plus encore,
Ils prient et implorent le Seigneur.

 

La guerre éclate ; Lui, il prie
Mais en son cœur, il s'en fout.
Le conflit éclate ; Lui, il prie
Le Seigneur pourvoira à tout.
La bombe éclate ; Lui, il prie,
Que Lui importe après tout.


Il dit « paix » en serrant les dents
Puis, défilent en lente procession
Ministres, roi, tyrans et présidents
Pour recevoir sa bénédiction.

 

On écoute, en un pieux silence, sa grande voix
C'est un expert, Lui, en deuils et en guerres
Car sous la bannière du Christ-Roi
On en a fait de plus rudes et de plus sévères


La guerre éclate ; Lui, il prie
Mais en son cœur, il s'en fout.
Le conflit éclate ; Lui, il prie
Le Seigneur pourvoira à tout.
La bombe éclate ; Lui, il prie,
Que Lui importe après tout.

 

La guerre est une folie, ce sont ses mots
Il parle tellement bien, ce dévot.
Ma tante me l'a dit, Dieu est avec Lui ;
Gott mit uns, qu'il dit.

 

Puis, dans ses appartements, il se retire,
S'assied sur ses papales fesses
Et à des sujets palpitants s'intéresse :
Peut-on baiser avant d'aller à messe ?


La guerre éclate ; Lui, il prie
Mais en son cœur, il s'en fout.
Le conflit éclate ; Lui, il prie
Le Seigneur pourvoira à tout.
La bombe éclate ; Lui, il prie,
Que Lui importe après tout.

 

Son autre occupation essentielle
Est : comment amasser plus d'argent ?
Pour Lui, pas question de bagatelle,
Il faut renflouer les comptes du Vatican.

 

Il a une banque magnifique et sûre
Qui gère de secrètes finances;
Mais Lui, il n'en a cure.
Pour le reste, l'Église veille.

 

La guerre éclate ; Lui, il prie
Mais en son cœur, il s'en fout.
Le conflit éclate ; Lui, il prie
Le Seigneur pourvoira à tout.
La bombe éclate ; Lui, il prie,
Que Lui importe après tout.

 

Régulièrement éclate un scandale
Une Éminence vend des indulgences aux croyants
Dans les bras d'une putain meurt un Cardinal
Un Évêque encule un bel enfant

 

Un Monseigneur est pris dans un foutoir,
L'Archidiacre est un exploiteur ,
L'Archevêque trafique l'argent noir,
Et le Nonce soutient le dictateur.


La guerre éclate ; Lui, il prie
Mais en son cœur, il s'en fout.
Le conflit éclate ; Lui, il prie
Le Seigneur pourvoira à tout.
La bombe éclate ; Lui, il prie,
Que Lui importe après tout.

 

Lui, radieux, se montre au balcon ;
Il paraît ; en bas, la foule de l'acclamer.
Et tous les jours, grâce à la télévision,
Le monde par Lui est illuminé.

 

Le monde, le monde explose, brûle et meurt

Les dieux ont soif : Charité ? Amour ? Bonheur ?
Les hommes meurtris sont toujours plus pieux.
Haine et sang sont le pain et le vin des dieux.

 

La guerre éclate ; Lui, il prie
Mais en son cœur, il s'en fout.
Le conflit éclate ; Lui, il prie
Le Seigneur pourvoira à tout.
La bombe éclate ; Lui, il prie,
Que Lui importe après tout.

 

 

 

 
LE SEIGNEUR DES AGNEAUX
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
20 juillet 2014 7 20 /07 /juillet /2014 18:32

Les Vacanciers

Chanson française - Les Vacanciers – Ricet Barrier – 1968

 

Auteurs compositeurs : Ricet Barrier - Lelou

http://www.dailymotion.com/video/x4iqk6_ricet-barrier-les-vacanciers_music

 

 

C'est les vacances, c'est la transhumance

Les vacanciers, c'est comme les fourmis

 

 

 

 

Tiens Lucien l'âne mon ami, comme c'est la saison des vacances, je m'en vais te faire voir les vacances du point de vue de ceux qui sont envahis par les vacanciers. Car les vacances, c'est un peu la blitzkrieg annuelle. Cette ruée des colonnes motorisées vers les côtes rappelle furieusement la fuite des réfugiés, la débâcle et la progression concomitante des armées survoltées volant vers la victoire.

 

 

 

 

Je sais, je sais, dit Lucien l'âne en maugréant. D'autre part, c'est aussi la soupape de sécurité du système et si j'ose te le dire, la carotte de l'âne. Dis-moi qui, dis-moi quoi, car à propos des vacances, je pense comme toi que c'est un attrape-couillons. Faire courir onze mois les gens pour quelques jours, au mieux quelques semaines, d'arrêt-buffet. Mais nous ne sommes pas là pour faire une sociologie des vacances. Alors, parle-moi de la chanson...

 

 

 

 

Alors, voilà. Qui ? Ricet Barrier, un fameux bonhomme, un gars qui a fait une foutue quantité de chansons de qualité. Bien entendu, elles ne sont pas toutes à présenter dans les Chansons contre la Guerre, mais il y en a déjà quelques-unes. Et comme tu sais, Ricet Barrier ne fait pas dans la chanson triste ; son moteur, c'est l'humour. Voilà pour le qui. Maintenant, le quoi. « Les Vacanciers », qu'elle s'intitule sa chanson. Elle est construite comme les Histoires d'Allemagne ; elle raconte les vacanciers tels qu'ils sont vus (et reçus) par un témoin privilégié, par un paysan qui les voit débarquer chez lui, chaque année, comme une invasion de sauterelles... Et imagine que la chanson date de 1968... Ça ne s'est pas arrangé depuis. Bref, toute une ambiance à découvrir.

 

 

 

 

Moi, dit Lucien l'âne en maugréant, moi, qui ai depuis si longtemps circulé parmi les pauvres des campagnes, des montagnes, des bords de mer, des maquis, des déserts... Moi, je trouve que ce déferlement n'est pas humain. C'est même souvent odieux la façon dont ces envahisseurs traitent les gens, les animaux, les lieux... Ce n'est plus ces moments où on allait quelques jours en famille, où on prenait un temps de retrouvailles... Cette vaste débandade commerciale ne me dit rien qui vaille et je n'arrive pas à digérer le mépris de ceux qui – même quelques jours par an – écrasent l'autre, les autres sous la férule de l'argent, qui exigent d'autrui d'accepter des conditions qu'ils refuseraient si on leur proposait, qui se muent instantanément en colonisateurs, en conquérants... avec tout ce que cela comporte. Mais, écoutons Ricet Barrier, c'est toujours un plaisir. Pour le reste, comme ni toi, ni moi, ne pouvons arrêter pareille avalanche, reprenons notre tâche et tissons lentement mais sûrement le linceul de ce vieux monde mercantile, méprisant, méprisable et cacochyme.

 

 

 

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

 

 

Cré vin dieu !
Voilà l'été, les vacanciers vont arriver
Voilà l'été, les vacanciers vont arriver
Y s'en viennent on sait pas d'où
Y s'en vont par un autre bout
Voilà l'été, c'est l'invasion des vacanciers.

Lucien (c'est mon fils !)
Écris donc « œufs frais » sur la porte
En deux mots imbécile !

C'est les vacances, c'est la transhumance
Les vacanciers, c'est comme les fourmis
Ça se répand partout dans le pays
Plus ça va et plus ça s'enhardit
L'an dernier, j'en avais ben trouvé un dans mon lit, oui !

Le vacancier du mois d'août, c'est vraiment une race à part
C'est comme des hiboux avec leurs lunettes noires
Y se promènent quasiment nus
On voit plus de poil que de tissu
Moi je rigole quand y s'assoient dans mes gratte-culs.

Viens donc voir Germaine (c'est ma femme !)
Regarde-moi celui-là
Oh ben, c'est y un homme ou une femme ?
Oh, ben, c'est une femme !
Elle a pas de braguette.

C'est les vacances, c'est la transhumance
Les vacanciers, c'est comme les sauterelles
Quand ça tombe, c'est pire que la grêle
D'un seul coup, on en voit partout
Y a vraiment que la pluie qu'arrive à en venir à bout, ouh !

Le vacancier quand y roule, faut se jeter dans le bas côté
Va falloir laisser les poules au poulailler
C'est bien pis quand y s'arrête
Y pense plus qu'à son gésier
Faut que je mette du barbelé à mes poiriers, yé !

Attention Sophie (c'est ma cadette !)
Je veux bien que t'ailles au bal
Mais avec ton frère
Pas faire comme ta mère, euh !

C'est les vacances, c'est la transhumance
Les vacanciers, y sont comme la pluie
Quand elle vient, on lui dit merci
Mais on se sent mieux quand elle est partie
Pourtant ça me plairait d'en trouver pour la Marie, oui !

C'est mon aînée! Et je sais pas quoi que je vais en faire.

Cré vin dieu !
Voilà l'été, les vacanciers vont arriver
Voilà l'été, les vacanciers vont arriver
Y a qu'une chose que je comprends pas
C'est pourquoi qu'y viennent ici
Moi, quand je veux des belles vacances
Je monte à Paris !

Avec la Jeannette, la Jeannette c'est… hum !! 

Les Vacanciers
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
17 juillet 2014 4 17 /07 /juillet /2014 20:37

DÉSERTEUR

 

Version française – DÉSERTEUR – Marco Valdo M.I. – 2014

d'après la version italienne de Riccardo Venturi d'une

Chanson tchèque – DEZERTÉR – Jaromír Nohavica – 1982

 

Texte de Jiří Šotola
Musique de Jaromír Nohavica

 

 

 

 

 

 

 

 

Nous croyons que cette chanson, sur un texte du poète Jiří Sotola et sur l'air d'une chanson populaire, est vraiment un des moments les plus élevés de l'art du grand Jarek Nohavica. Un soldat de garde tout seul, dans la nuit, sous la pluie, qui choisit peut-être la forme extrême de rébellion, de désertion, de dire « Je ne marche pas » : se tuer. Porter l'arme à la bouche en un « baiser glaçant » et se flinguer. Par l'auteur de la version tchèque du Déserteur. Personne ne peut savoir ce qui, alors, s'est passé dans la tête du soldat, dans cette nuit de solitude ; quelles pensées, quelles angoisses, quelles rages. Il est certain que cette chanson nous rappelle beaucoup, trop d'épisodes du genre arrivés réellement. Car il peut se passer qu'une personne en proie à mille problèmes, de quelque nature, ou simplement au mal de vivre, soit en même temps appelée « à servir la patrie », comme on dit, et à devoir passer une soirée sous la pluie à une garde d'inutiles, de stupides armureries loin d'un amour, d'un travail, d'une famille ou qui sait quoi qui s'en vont à la dérive. Le fameux « devoir », un « devoir » inutile qui ne tue pas seulement avec la guerre, mais même avec l'éloignement des choses vraiment importantes dans la vie d'une personne. Mais face à un épisode du genre, semble nous dire Nohavica, chaque jugement est inutile et risque d'être seulement une série de banalités. Car, au fond, nous sommes des étrangers. Indifférents au désespoir d'autrui, comme la pluie battante qui tombe sur chaque chose, en ne s'en souciant pas le moins du monde ; mais qui a, ajoutons-nous, au moins l'excuse d'être seulement pluie, et pas un être humain. [RV]

 

 

 


Juste deux mots pour indiquer que cette chanson de Nohavica est généralement connue sous le titre de Dezertér... raison pour laquelle je lui rends son titre, au moins dans la version française : DÉSERTEUR ; un titre qui dans les Chansons contre la Guerre s'impose... Ceci dit, cet éternel déserteur ou ce déserteur pour l'éternité vient de la Tchécoslovaquie de 1982 (sans doute même d'avant) et à l'époque, il n'était pas de bon ton, sinon pire, de parler de désertion, l'armée étant un des piliers de la nation et du système – peu importe le système. Dézerter, c'est net quand on entend la chanson, c'est bien le mot, l'essence du poème de Jiří Šotola et c'est à l'audition, le mot qui ressort. On ne peut donc esquiver la parenté avec celui de Boris Vian, qui inaugura les CCG. Mais si le Déserteur de Vian était un Déserteur en quelque sorte putatif, celui-ci est un déserteur accompli, complet, terminé, selon la définition du mort par le même Vian, dans « L'Herbe rouge » : « On n'est pas complet quand on n'est pas mort » ; bien entendu, la sentence vaut pour tout le monde. Et puis, comme le soldat en question est n'importe quel soldat, car n'importe qui aurait pu et pourrait faire ce qu'il a fait... j'ai pensé au soldat de Ramuz.

 

 

Je me souviens très bien de ce soldat et de la musique de Stravinski. Un opéra appelé « L'Histoire du Soldat »...

 

 

Donc, tu connais cette marche du soldat qui l'introduit :

« Entre Denges et Denezy,
Un soldat qui rentre chez lui...
Quinze jours de congé qu'il a,
Marche depuis longtemps déjà.
A marché, a beaucoup marché.
S’impatiente d’arriver,
Parce qu’il a beaucoup marché... »

 

Ainsi, tu peux voir d'où vient le fait que j'ai fait disparaître l'article comme Georges Perec fit disparaître la lettre « e » dans son roman « La Disparition ». Je te montre le premier couplet :

 

« Soldat sous pluie, déjà presque matin
Soldat sous pluie surveille dépôt d'armes,
Soldat là, pleut à verse
Déjà un peu jour, relève vient... »


 

 

Pour finir, quelques mots de présentation de l'auteur Jiří Šotola, qui somme toute mérite d’être connu lui aussi. Vers la fin des années 1960, Jiří Šotola se tourne vers la prose. Mais suite à l'écrasement du « Printemps de Prague », son premier roman ne sera pratiquement pas distribué et son auteur se verra réduit au silence jusqu'à son « autocritique », publiée au début de 1975. Ce roman,  Tovaryšstvo Ježíšovo (La Nuit baroque, 1969), bien que situé au XVIIe siècle, au moment où le pouvoir impose de force à la Bohême protestante la religion catholique par l'intermédiaire de la Compagnie de Jésus, n'est pas sans évoquer la mise au pas, après 1968, de la Tchécoslovaquie par un pouvoir étranger. Jiří Šotola s'inspire des faits historiques pour mieux cerner les problèmes du présent. La plupart de ses héros sont des petites gens. Marionnettes broyées par la Grande Histoire, qui essayent en vain, tantôt de la fuir, comme le héros tragi-comique de son roman Kuře na rožni (Les Jambes c'est fait pour cavaler), publié d'abord en samizdat – édition clandestine, en 1974. On pourrait dire un dissident, un résistant.

 

Jiří Šotola

 

 

 

Ainsi, dit Lucien l'âne, voici deux nouveaux résistants tchèques qui viennent rejoindre Chveik le soldat à la capacité de résistance infinie. Ce que nous devrions faire aussi si l'on en croit la devise que nous avons été chercher en Italie : Ora e sempre : resistenza ! À propos du sens de « La Nuit Baroque » (Tovaryšstvo Ježíšovo) de Jiří Šotola dans lequel on voit la Compagnie de Jésus instaurer par la force et par la ruse son ordre noir (et catholique) sur la Bohème de Huss, il est intéressant de remarquer que cette même Compagnie conquérante, colonisatrice et dictatoriale vient de placer un des siens (et pour la première fois) à la tête de l'ÉCAR – Église Catholique Apostolique et Romaine. La chose est plus qu'inquiétante, les Jésuites sont une armée et un ordre combattant... Il est utile de lire ou de relire cette « Nuit Baroque ». Quant à nous, hic et nunc, ici et maintenant, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce monde suicidaire, assassin, militarisé et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 


Soldat sous pluie, déjà presque matin
Soldat sous pluie surveille dépôt d'armes,
Soldat là, pleut à verse
Déjà un peu jour, relève vient.

 

Soldat prend fusil, porte canon à bouche
Amer baiser de glace,
Ce qui passe par tête,

Nul ne peut savoir, vraiment personne.

 

Étendu, ne respire pas, pluie lave blessure,
Sang coule, terre… avale, terre emporte…
Sang inutile, soldat inutile,
Pour toujours inutile, éternel déserteur.

 

Maintenant on est là et on voudrait donner un avis,
Ça ne se fait pas, un homme ne meurt pas ainsi,
Pour ce corps étendu là, ce corps humide,
Pour lui, aucun jugement, aucune sagesse.

 

 

Qui jamais lui donna un vêtement, qui l'aida vraiment
Les nuits où assis sur le lit, se sentait malade,
Parfois nous sommes étrangers, indifférents
À coups de fusil, de fusil, on tue nos camarades.

DÉSERTEUR
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
16 juillet 2014 3 16 /07 /juillet /2014 20:59

CONVOI POLONAIS

 

 

 

Version française – CONVOI POLONAIS – Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson tchèque de langue allemande - Polentransport – Ilse Weber – 1944.

 

Paroles d'Ilse Weber (1903 – 1944), écrivaine tchécoslovaque de religion juive

Musique de Bente Kahan, interprète norvégien de musique juive.
Dans le disque de Bente Kahan « Stemmer fra Theresienstadt » de 1995, sorti dans les années suivantes aussi en allemand et en anglais.

 

 

 

 

Et nous errons toujours plus loin, désorientés

 

Pauvre peuple tel Ahasverus tourmenté.

 

 

 

 

 

 

Ilse Herlinger Weber était une poétesse et écrivaine d'origine tchèque et de religion juive.
À Prague, où elle vivait, elle écrivit de nombreux récits pour l'enfance et réalisa de nombreux programmes radiophoniques pour les enfants. Après l'occupation nazie, en 1939, elle réussit à sauver son aîné Hanuš en l'envoyant en Suède par un « 
kindertransport » . Ensuite, elle, son mari et le plus jeune des enfants furent enfermés dans le ghetto de Prague et ensuite, internés au camp de Theresienstadt. Là, où furent déportés de très nombreux enfants, Ilse Weber fut infirmière dans le département enfants de l'infirmerie locale. Durant cette période, pour atténuer les peines des petits, elle composa de nombreuses poésies qu'elle improvisait en chansons en les accompagnant à la guitare. En octobre 1944, son mari Willi fut choisi pour le transfert à Auschwitz et Ilse demanda à le suivre. Elle et son fils Tommy furent tués dès leur arrivée. Willi survécut et put ensuite embrasser son fils Hanuš.

 

 

 

 

Un convoi polonais est arrivé -
Un cauchemar plane au-dessus de nos têtes
Les Anciens frémissent et se concertent
Et simulent une sorte de sérénité.

 

On se croise avec des regards craintifs et angoissés
On pense en grinçant : T'est-il aussi destiné ?
On voudrait fuir le plus loin possible
La liste fatale.

 

C'est, comme si rodait dans la caserne
Sur des semelles de silence, un désarroi
Nous avons une peur si terrible de la Pologne
Et on ne sait même pas pourquoi.

 

Si là-bas, la peine ou la ruine nous attendent,
Nous n'en avons pas connaissance.
Mais c'est pire que mourir d'aller en Pologne
Car quand on est mort, on est tranquille.

 

Demain ce sera ton tour, celui d'autres aujourd'hui.
Nous sommes tous sans droit, sans appui
Et nous errons toujours plus loin, désorientés
Pauvre peuple tel Ahasverus tourmenté.

 

C'est, comme si rodait dans la caserne
Sur des semelles de silence, un désarroi
Nous avons une peur si terrible de la Pologne
Et on ne sait même pas pourquoi.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

CONVOI POLONAIS
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
16 juillet 2014 3 16 /07 /juillet /2014 10:38

TANT QUE LES MEURTRIERS

 

 

Version française – TANT QUE LES MEURTRIERS – Marco Valdo M.I. – 2014

 

Chanson allemande – Solang die Mörder Ernst Busch – 1967

 


Poème russe Пока убийцы ходят по земле (1965) - : Jewgeni Jewtuschenko - Evgueni Aleksandrovitch Evtouchenko
Version allemande: Wladimir Wischnjak
Musique: Eduard Kolmanowski


 

Ceux-là et tous les autres....





 

M'est avis, dit Lucien l'âne, que j'ai déjà entendu une chanson qui ressemble à celle-ci par le thème central de l'enfant brûlé dans un camp qui s'envole en fumée...

 

 

En effet, Lucien l'âne mon ami, il y a bien une chanson qui raconte une histoire d'enfant brûlé dans le four d'un camp d'extermination et qui s'envole en fumée... Il s'agit d'une chanson de Francesco Guccini, intitulée Auschwitz et j'en avais fait une version française, moi aussi. Principalement, car cette chanson m'avait ému. Mais celle-ci parle de Dachau... et puis, elle est nettement plus dure ; c'est une chanson de haine et qui appelle à la poursuite et au châtiment des tueurs. Rien d'étonnant venant d'Evtouchenko, ce poète russe auteur également du poème Babi Yar, autour duquel Chostakowitch a créé sa treizième symphonie. Dommage que dans les deux cas, ici dans les Chansons conter la Guerre, l'auteur Evtouchenko soit en quelque sorte laissé au second plan. Car – et pour une fois, je crois bien que l'expression est exacte : c'est un grand poète. Sans lui, pas de treizième symphonie... Sans lui, pas de So lang die Mörder...

 

 

À propos de Babi Yar, n'avais-tu pas écrit toi aussi une canzone où tu relatais ce massacre, digne de l'enfer... Et, je crois bien que tu racontais aussi un match de football...

 

 

Oui, Lucien l'âne mon ami, j'avais écrit une canzone sur Babi Yar et sur le courage démentiel d'une équipe de football de Kiev ; cette canzone s'intitulait Le Pied d'Ivan, mais c'était bien des années après Evtouchenko, qui en Russie et en 1961 avait fait resurgir le souvenir de cet épouvantable tuerie. Ce n'était pas sans risques d'ailleurs car outre de rappeler la boucherie nazie, Evtouchenko révélait certain antisémitisme des non-Juifs de Kiev et sans doute, également, de toutes les Russies. Quant à moi, on sait tous ici que je ne risque absolument rien...

 

 

Enfin, jusqu'à présent. Mais que sait-on de ce qu'il adviendra ? D'ailleurs, comme tu peux te l'imaginer, en d'autres temps et en d'autres lieux, je n'aurais pas été si sûr de ta tranquillité... C'est arrivé à bien des autres, à bien des poètes ou des chanteurs, qui furent soudain pris dans la tourmente et furent massacrés de diverses façons. Il faudrait un jour les regrouper...

 

 

Mais, Lucien l'âne mon ami, il y en eut tellement et dans toutes les langues. Et depuis la plus haute Antiquité, ainsi que disait Vialatte. Cependant, je crois la chose utile et je ne sais trop comment on pourrait y faire. Peut-être, mais il faudrait la manière aussi...

 

 

En attendant, reprenons notre tâche et tissons, comme tous ceux-là dont nous parlons, tissons le linceul de ce vieux monde assassin, tueur, brutal, dissimulateur et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Dans cette nuit où les flammes me dévorèrent,

Et le train de four emmena mes cendres,

Je suis sorti de Dachau en fumée, par la cheminée

Et je suis retombé vivant sur la terre.

Une fois dehors, je voulus venger ma mort

Sur ceux qui me croient cendres encore

Comment pourrais-je vivre tranquille sous la terre

 

Tant que les meurtriers vivront de par le monde

Tant que les meurtriers vivront de par le monde

 

L'enfer est déjà plein de pécheurs

Mais il y manque certains sieurs.

Ma chanson appelle les victimes de ces barbares

Et les conduit sur la trace des tueurs .

Cherchez-les parmi les foules des trottoirs,

Portés par la haine, châtiez-les sur le champ .

Comment le ciel bleu pourrait-il briller paisiblement

 

Tant que les meurtriers vivront de par le monde

Tant que les meurtriers vivront de par le monde

 

Levez-vous, vous les enfants martyrs

Torturés à mort par ces bouchers.

Saisissez ces assassins et faites-les juger,

Au nom de tous les enfants des temps à venir.

Et vous qui avez survécu à ces tueries

Sur le Rhin, sur le Belt, à Paris, à Minsk, à Varsovie,

Le souvenir ne devrait jamais vous laisser dormir

 

Tant que les meurtriers vivront de par le monde

Tant que les meurtriers vivront de par le monde

TANT QUE LES MEURTRIERS
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
14 juillet 2014 1 14 /07 /juillet /2014 22:23

LES TRENTE-SIX HEURES

 

Version française – LES TRENTE-SIX HEURES – Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson italienne (Romanesque) – Se 36 ore – Ned Ludd – 2007

 

 

 

 

 

Eussent-elles été quarante
Vous en eussiez demandé quarante-deux
Eussent-elles été cinquante
Ç'eût été cinquante-deux

 

Eussent-elles été soixante, ce serait soixante-deux
Eussent-elles été septante, ce serait sans doute plus deux

Quatre-vingt sont trop peu
Mieux vaut quatre-vingt-deux
Et pour la nouvelle production nonante et même, nonante-deux

Eussent-elles été cent ou cent-deux
Les journaux diraient cent-dix, vous diriez c'est bien trop peu
Vous en demanderiez encore deux

À cent-vingt, cent-vingt-deux
Cent-trente, trop peu
Il nous en faut cent-trente-deux


À cent-quarante, cent-quarante-deux
À cent-cinquante, cent-cinquante-deux

À cent-soixante, cent-soixante-deux
À cent-soixante-quatre, mettez-en encore deux

 

À cent-soixante-huit, vous vous seriez arrêtés
Vous auriez convoqués les syndiqués

 

À cent-soixante-huit, vous vous seriez congratulés
À cent-soixante-huit en paix, vous nous auriez laissé

 

À moi qui en mathématiques ne suis pas un champion
Il m'est venu un doute dedans mon cabochon

 

Moi en mathématiques, je ne suis pas un champion
Pourtant, je vais vous exposer mon illumination

 

 

Combien peuvent donc bien faire vingt-quatre fois sept.... Telle est la question.

LES TRENTE-SIX HEURES
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
12 juillet 2014 6 12 /07 /juillet /2014 20:24

CHÔMAGE TECHNIQUE

 

Version française – CHÔMAGE TECHNIQUE – Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson italienne – A zero oreNed Ludd – 2007

 

 

 

Une lettre recommandée

Salutations distinguées

 

 

 

 

 

 

Marco Valdo M.I. mon ami, il faut que tu m'expliques... La chanson italienne s'intitule « A zero ore », ce qui devrait se traduire – littéralement s'entend – par « À zéro heure » et toi, tu l'intitules : « Chômage technique ». Moi, je ne comprends pas.

 

 

Lucien l'âne, mon ami, tu comprends très bien, car « Chômage technique » est en réalité l'exacte traduction de l'expression italienne « a zero ore » dans le contexte de l'entreprise, de l'économie et de l'assurance sociale. Simplement d'un pays à l'autre, les mots, les façons d'organiser et de réglementer les choses changent. Même quand le mécanisme est le même ou à peu près. « A zero ore » est le régime de « chômage technique ou économique » qui en Italie, permet de mettre un travailleur en quelque sorte « en attente » (sans prester une seule heure de travail – d'où le « zero ore ») de la reprise des activités dans son secteur, dans l'entreprise où il travaille (quand il travaille). Ici, on l'appelle tout simplement « chômage technique complet ». Cela me semble suffisant comme explication.

 

 

Oui, en effet et je t'en remercie bien. Maintenant, si tu veux bien me dire deux mots de la canzone...

 

 

Elle le mérite, car elle est assez complexe et elle raconte une histoire terrible et de surcroît, elle tient un double discours. En fait, on peut considérer qu'il y a un personnage qui parle alternativement à deux groupes de personnes différents. Ce personnage est, semble-t-il, un chef d'entreprise et il s'adresse d'une part, aux travailleurs de l’entreprise et d'autre part, à ses associés. Ce sont les deux faces de la même pièce : aux associés, propriétaires de l'entreprise, il explique comment profiter au mieux de la conjoncture – notamment d'un régime qui permet de jeter les travailleurs âgés ; aux travailleurs, il dit ses regrets de « devoir » les virer.

 

 

En somme, elle raconte la réalité quotidienne de notre monde et dévoile ce terrible double discours, cette hypocrisie du discours de « paix sociale » que diffuse par tous ses canaux « notre société ». Discours que la presse et la télévision et les radios rabâchent, rabâchent. Il est vrai que sans cette hypocrisie, sans ce double discours, sans ces perpétuels mensonges, leur société (celle des riches) ne tiendrait pas. La « société », leur société ne peut survivre que si elle cache ses véritables intentions. Il y a des choses qu'on n'avoue jamais ; par exemple, l'exploitation, l'iniquité du droit d'exploiter... et gare à celui qui ose le mettre en cause ce droit mortifère. Ainsi, au cœur de la Guerre de Cent Mille Ans que mènent les riches contre les pauvres afin d'assurer leurs richesses, de tenir ferme leur pouvoir, de conquérir toujours plus de richesses, d'étendre toujours plus la misère, de mieux asservir les autres humains et les autres espèces et la nature toute entière, au cœur de la Guerre de Cent Mille Ans, il y a cette terrible escroquerie, ce mensonge primitif, ce premier moteur... Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, il nous faudra encore et encore tisser le linceul de ce vieux monde mensonger, propagandiste, trompeur, inique et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Comme on le sait, notre société
Connaît une baisse d'activités
Qui nous force à décider

 

On est désolé, mais

Nous devons à notre grand regret
Vous mettre au chômage technique complet

 

Toutefois, vous pourrez être rappelé en service
À tout moment durant cette période

 

Au cas où vous déménageriez
Nous vous prions afin de pouvoir vous contacter
De nous informer par écrit au plus tôt et en personne
Et nous fournir votre nouveau numéro de téléphone


Salutations distinguées

Par lettre recommandée

 

Alors messieurs les associés
Comme vous le savez
Notre société
Offre maintenant de belles possibilités
Nous ne pouvons pas laisser passer
Cette formidable opportunité

 

Avec la nouvelle loi,
Nous avons la possibilité
De rénover tout ça.
On renvoie les anciens sous contrat

Et on engage des jeunes moins payés

 

Le truc est toujours le même
Nous les transférons dans une entreprise plus petite
Et puis après deux années
Salutations distinguées

 

Dans la liste dont je vous ai parlé
Souvenez-vous des syndiqués

Ce sont les moins disposés à changer
Ce sera même un beau signal pour les autres
Un beau signal surtout pour les autres

 

Couper les branches mortes
Se passer de ceux qui créent des problèmes
Souvenez-vous : c'est fini le temps des vaches grasses

 

Aujourd'hui, je vous ai réunis ici
Pour cette importante communication
Je vous ai choisis
Car vous êtes le moteur de notre maison

 

50 ans et du travail, il n'y en a plus
Il s'est envolé vers l'est - tout droit
Briser le dos et plus
De jeunes gens sans droits

50 ans et hop, la dernière fournée
Une lettre recommandée
Salutations distinguées

 

 

Au chômage, sans discussion
Vous êtes le moteur de notre maison

 

 

 
CHÔMAGE TECHNIQUE
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article

Présentation

  • : CANZONES
  • CANZONES
  • : Carnet de chansons contre la guerre en langue française ou de versions françaises de chansons du monde
  • Contact

Recherche