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25 septembre 2014 4 25 /09 /septembre /2014 19:45

L'AUBE EST TOUJOURS NEUVE

 

Version française – L'AUBE EST TOUJOURS NEUVE – Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson italienne – Sempre nuova è l'albaRocco Scotellaro – 1948

 

 

 

 

Derrière Grassano - Carlo Levi - 1935

 

 

 

 

 

 

 


 




Dans la préface au recueil « È fatto giorno » de 1954, Carlo Levi définit ces vers du poète de Tricarico comme la « Marseillaise du mouvement paysan »... 

 

J'ajouterais, dit Marco Valdo M.I., car c'est indispensable ici, ce que Rocco Scotellaro écrivait de Carlo Levi dans son roman inachevé « L'uva putannella » où il met en scène Carlo Levi, « torinese del sud », comme disait Gigliola Di Donato, et lucanien d'adoption depuis le Christ s'est arrêté à Eboli. On verra ici que Carlo Levi était pour Rocco Scotellaro bien plus qu'un ami, ce qui les a unis était au-delà même de la fraternité, ce fut quelque chose que j'appellerais « fratellance », une commune reconnaissance de fraternité, une sorte de parenté du cœur et de l'esprit, un engagement sans retour pour l'humanité de l'humaine nation.

Mais écoute le récit de Rocco Scotellaro (le « io » de l'histoire, le je du récit) – en italien et en français, dans ma version immédiate :

« A che vale leggere per noi, ve lo dice questo libro, che spiega pure quando e come e perchè uno scrive, io dissi. - Io ho avuto la fortuna di conoscere l’uomo che l'ha scritto, non è veramente mio amico, non è nemmeno, vi avverto, un vostro amico. Ha scritto questo che è il più appassionato e crudo memoriale dei nostri paesi. Ci sono parole e fatti da fare schiattare le molli pancie dei signori nel sonno, meccanicamente, per la forza di verità. Ci sono morti e lamenti da fare impallidire i santi màrtiri per la forza di verità. E le nostre terre si muovono da parere fiumi e i morti, tutti i morti i bambini e i vecchi vivono sulle nude terre tremanti e nei boschi. E i vivi... Leggiamo ora.

Però vi dicevo, dello scrittore, che non è un amico.

Non è un amico, come non può esserlo il padre, la madre, il fratello. Amico è l'avvocato, il medico, il testimone, il deputato, il prete. Quest’uomo è un fratellastro, mio, nostro, che abbiamo un giorno incontrato per avventura. Ciò che ci lega a lui è la fiducia reciproca per un fatto accaduto a lui e a noi e un amore della propria somiglianza. Eccolo qui, alla prima pagina, comincia, sentite. E' stato anche lui in galera e va dicendo che ognuno dal presidente al cancelliere, dal miliardario al pezzente, dovrebbe andarci una volta.

« ... Chiuso in una stanza, e un mondo chiuso, mi è grato riandare con la memoria a quell'altro mondo, serrato nel dolore e negli usi, negato alla Storia e allo Stato, eternamente paziente; a quella mia terra senza conforto e dolcezza, dove il contadino vive, nella miseria e nella lontananza, la sua immobile civiltà, su un suolo arido, alla presenza della morte »

 

« Quel intérêt pour nous de lire, c'est ce que vous dit ce livre, qui explique aussi qui, comment et pourquoi quelqu'un écrit, dis-je. J'ai eu la chance de connaître l'homme qui l'a écrit, ce n'est pas vraiment mon ami, et encore moins, je vous préviens, votre ami. Il a écrit ce qui est sans doute la plus passionnante et la plus crue des chroniques de nos villages. Ce sont des mots et des faits à faire crver les grossses panses de messieurs dans leur sommeil, mécaniquement, par la force de la vérité. Ce sont des morts et des lamentations à faire blêmir les saints martyrs à force de vérité. Et nos terres se meuvent comme des fleuves et les morts, tous les morts les enfants et les vieux vivent tremblants sur les terres nues et dans les bois. Et les vivants… À présent, lisons…

Mais avant, je vous disais, à propos de l'écrivain, que ce n'était pas un ami.

Ce n'est pas un ami comme peut l'être le père, la mère, le frère. Ami est l'avocat, le médecin, le témoin, le député, le prêtre. Cet homme est un frère de sang , mien, nôtre, que nous avons un jour rencontré par hasard. Ce qui nous lie à lui, c'est la confiance réciproque née d'un fait arrivé à lui et à nous et d'un amour de notre ressemblance. Voilà, il commence ainsi, écoutez. Lui aussi est allé en prison et il dit que chacun du président au greffier, du milliardaire au mendiant, devrait y aller une fois.

« … Enfermé dans une chambre, et un monde clos [ à Florence, dans la clandestinité, chez Anna Maria Ichino – piazza Pitti, 14 ], il me plaît de revenir par la mémoire à cet autre monde, enserré dans la douleur et les usages, nié par l'Histoire et l'État, éternellement patient ; à cette terre mienne, sans confort et sans douceur, où le paysan vit, dans la misère et l'éloignement, sa civilisation immobile, sur un sol aride, en présence de la mort. »

J'ai même entendu raconter que lorsque Rocco Scotellaro avait été mis en prison, il faisait des lectures du « Christ s'est arrêté à Eboli » aux prisonniers assemblés…

 

 

Ainsi Parlait Marco Valdo M.I.

 

 

 

 

L'aube est toujours neuve
Ne me criez plus 
en dedans, Ne soufflez pas en mon cœur Vos souffles chauds, paysans.


Buvons ensemble une tasse emplie de vin ! 
Quand au temps hilare du soir 
S'apaise notre vent désespéré.

 

Pointent aux poteaux encore 
Les têtes des brigands, et la caverne – 
L'oasis verte de la triste espérance – 
Conserve impeccable un oreiller de pierre….

 

 

Mais sur nos sentiers, on ne revient pas en arrière. 
D'autres ailes fuiront 
Des pailles du nid, 
Car au long de l'agonie des temps 
L'aube est neuve, est neuve.

L'AUBE EST TOUJOURS NEUVE
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Marco Valdo M.I.
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24 septembre 2014 3 24 /09 /septembre /2014 15:08

O GORIZIA, SOIS MAUDITE

 

 

Version française – O GORIZIA, SOIS MAUDITE – Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson italienne – O Gorizia, tu sei maledetta – anonimo - 1916

Voir aussi : https://www.youtube.com/watch?v=HbFINI9pxuU

 

 

 

 

Messieurs les officiers traîtres

 

C'est vous qui avez voulu la guerre !

 

Vous les égorgeurs de chair à vendre

Et ruine de la jeunesse.

 

 

 

 

 

 

 

 







 

 

 

 

 

La bataille de Gorizia (9-10 août 1916) coûta, selon des données officielles, la vie à 1.759 officiers et 50.000 soldats environ, du côté italien ; du côté autrichien à 862 officiers et 40.000 soldats environ.
Ce fut un des massacres les plus fous d'une guerre complètement folle.

 

« O GORIZIA, SOIS MAUDITE » est une chanson « dans » la guerre, qui fait toujours fait partie de la tradition anarchiste et antimilitariste.


On dit que celui qui était surpris à chanter cette chanson pendant la guerre était accusé de défaitisme et pouvait être fusillé.

La version originale fut recueillie par Cesare Bermani, à Novare, d'un témoin qui affirma l'avoir entendue des fantassins qui conquirent Gorizia le 10 août 1916.

 

1964 : scandale national au « Festival des Deux Mondes » de Spoleto.


En 1964, elle fut présentée au Festival des Deux Mondes de Spoleto par le Nuovo Canzoniere Italiano dans le spectacle « Bella ciao», en suscitant la colère des bien-pensants. Lorsque Michele L. Straniero et Fausto Amodei commencèrent à chanter « Gorizia », il se produisit des incidents dans la salle ; la droite chercha à empêcher les représentations ; Straniero, Leydi, Crivelli et Bosio furent dénoncés pour outrage aux Forces Armées.


[Michele Straniero], remplaçant pour l'interprétation de O Gorizia tu sei maledetta Sandra Mantovani, victime d'une extinction de voix, chanta en effet une strophe imprévue (Officiertraîtres/qui avez voulu la guerre / égorgeurs de chair à vendre/et ruine de la jeunesse) qui suscita dans la salle la réaction d'un officieet de dames en fourrurestandis que lors des soirées suivantes, le spectacle a été constamment perturbé par des groupes de fascistes. Ce scandale au centre de l'intérêt journalistique pendant plus d'une semaine sera par ailleurs le meilleur lancement pour les Dischi del Sole (Disques du Soleil), qui renforcent ainsi leur présence politico-culturelle dans le pays.
(Cesare Bermani, 
de A - rivista anarchica)

 

« Finalement nous sommes en scène face à une salle comble. Nous commençons à chanter. Silence mortel : tous sont curieux de ces chants, à commencer par Bella Ciao de Giovanna Daffini. À mesure qu'on avance, s'enflent les commentaires, murmurés, parfois même dits à haute voix. À la strophe de Sandra Mantovani « … et dans les stalles nous ne voulons plus mourir… » une voix de femme hurle : « Je possède deux cents âmes et aucune d'elles n'est morte dans les stalles ! ». Suivent une série de « Bouh » du poulailler.

 

Finalement se lève Michele Straniero et entonne Gorizia. À la strophe « Messieurs les officiertraîtres /qui avez voulu la guerre / égorgeurs de chair à vendre/cette guerre nous enseigne à punir » se déchaîne la colère de Dieu. Une voix se lève du parterre : « Hourra les officiers », suivie de choeurs « Hourra l'Italie ». Du poulailler arrive une réponse immédiate et on lance une chaise sur le parterre, pendant qu'on entonne Bandiera Rossa (Drapeau rouge)Du bas, ils répondent avec Facetta Nera (chanson fétiche des fascistes italiens)Bousculades à droite et à gauche. Tout autour, les gens continuent à discuter avec toujours plus d'« animation ». En somme, ils se cognent. »


(récit de Giovanna Marini)


La strophe « Messieurs les officiertraîtres» n'est pas présente dans toutes les versions et a été certainement ajoutée par la suite. À l'origine, elle provient de « O Venezia », sur la mélodie de laquelle, parfaitement adaptable, est parfois chantée « O Gorizia ». Entre les deux chansons existe certainement une corrélation très étroite.

Outre celle de Joe Fallisi, nous signalons aussi la très belle interprétation, pour voix féminine, de la part du groupe « Les Anarchistes » dans l'album «Figli di origine oscura - Enfants d'origine obscure » (2003) et celle de Suso dans l'album « Danni Collaterali », édité par Il Manifesto. Les versions plus classiques pour voix féminine, cependant, sont sans doute celles de Giovanna Marini et de Sandra Mantovani.

 

 

 

 

 

Mon cher ami Lucien l'âne, si j'ai pris la peine d'en faire de ces derniers jours des versions françaises (plus exactement, en langue française, vu que comme tu le sais, nous ne sommes pas en France, ni d'ailleurs originaires de ce pays et que moi, personnellement – comme disent en flamand les ministres, les burgmeesters et les coureurs cyclistes de ce pays : « Ik, persoonlijk... »…

 

 

Les derniers, plus optimistes, ajoutent généralement – en français, cette fois : « je ferai mieux la prochaine fois... »…

 

 

Tu as raison, mon ami l'âne Lucien, je ferai pareil pour mes versions… Cela dit, j'ai fait toutes ces versions françaises à destination d'un public qui n'a – dans le meilleur des cas – qu'une connaissance très très vague de ces épouvantables massacres qui eurent lieu entre 1915 et 1918 aux confins de l'Autriche et de l'Italie, afin de lui faire connaître ces événements absurdes et malheureux – quel que soit le côté où l'on se place.En ce qui concerne la seule Italie, cette guerre tua 650.000 militaires et environ la même quantité de civils, soit environ et pur la seule Italie, environ 1.300.000 morts. Sachant évidemment, que la plus grande partie des militaires tués étaient eux aussi des civils qu'on avait obligés – sous peine de sanctions pouvant aller jusqu'à la mort – à faire une guerre contre d'autres civils, mis dans les mêmes conditions…

 

 

Ah, si les guerres ne tuaient que les militaires, ce serait logique et cohérent, car c'est leur vocation, en quelque sorte ! Bref, les militaires avaient pris les gens (ouvriers, paysans, bourgeois, intellectuels, étudiants, jeunes...) en otages… C'était d'ailleurs le cas dans tous les camps adverses… Je te cite quand même un chiffre rassurant… En Italie, pour cette seule guerre, il y eut plus de 200.000 déserteurs.

 

 

 

S'ils n'ont pas été repris et fusillés, ceux-là au moins ont survécu… Mais revenons aux massacres de Gorizia. Pour information, Gorizia en italien , Gurize en friulano standard, Guriza in friulano goriziano, Gorica esloveno, Görz en allemand est une commune italienne d'environ 35.000 habitants, située sur l'Isonzo (Nord-Est de l'Italie). Elle se situe au point de rencontre entre les mondes latin, slave et germanique. Donc, les massacres firent des dizaines de milliers de morts, parmi des gens qui n'avaient aucun goût pour la guerre – d'où le « Sois maudite Gorizia ».

 

 

 

 

Et j'espère bien qu'elle le reste… dit Lucien l'âne, même si un lieu ne peut être tenu responsable de ce qui s'y est passé. En fait, il s'agit de ne plus recommencer, ce qui – l'échelle humaine – est sans doute un vœu pieux. Du moins tant que durera cette foutue Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants font systématiquement et obstinément aux pauvres afin d’accroître leur propre domination, leurs richesses, leurs privilèges et de conserver et de renforcer leur droit d’exploiter d'autres êtres humains (et pas seulement). Alors, Marco Valdo M.I. mon ami, en mémoire de tous ceux-là de Gorizia et d'ailleurs qui y ont laissé leur peau, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde absurde, idiot, militaire, massacreur et cacochyme.

 

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Le cinq août au matin
Partaient les troupes italiennes
Pour Gorizia, terres lointaines
Et chacun partit sans entrain

 

 

Sous l'eau qui tombait à verse

Les balles ennemies tombaient à grêle
Sur ces montagnes, ces collines et grands vallons
On mourait en se disant au fond :

O Gorizia sois maudite
Pour le coeur qui écoute sa conscience
L'aller pesait lourd
Et souvent, était sans retour

 


O lâches vous qui vous pouvez vous tenir
Avec vos femmes dans votre lit de laine
Offenseurs de nous autres chair humaine
Cette guerre nous enseigne à punir

 

 

Vous appelez champ d'honneur
Cette terre au-delà des frontières
Ici on meurt en criant assassins 
Vous serez maudits un matin.

 

 

Chère femme qui ne peut m'entendre
Je demande à mes camarades survivants
De veiller sur nos enfants
Je meurs avec ton nom dans mon coeur

 

 

Messieurs les officiers traîtres
C'est vous qui avez voulu la guerre !
Vous les 
égorgeurs de chair à vendre
Et ruine de la jeunesse.

 

O Gorizia sois maudite
Pour le coeur qui écoute sa conscience

L'aller pesait lourd
Esouvent, était sans retour.

 
 
 
O GORIZIA, SOIS MAUDITE
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Marco Valdo M.I.
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23 septembre 2014 2 23 /09 /septembre /2014 19:18

 

CONTRE LA GUERRE 1915-1918

Version française - CONTRE LA GUERRE 1915-1918 – Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson italienne – Contro la guerra 1915-1918 – anonimo - 1918

 

 


Tu avais un papa si bien
Il te voulait tant de bien
En partant, il t'a embrassé fort 
Contre lui, il t'a serré
Après un an de tranchée
On t'apprit qu'il était mort.


Fais dodo, enfant blond
Jamais plus, ton père ne reviendra.
Et quand au bout du monde
Prêcher, tu t'en iras 
Ironie suprême,
Fils d'un héros, tu seras.

 

 

 CONTRE LA GUERRE 1915-1918
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Marco Valdo M.I.
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23 septembre 2014 2 23 /09 /septembre /2014 18:33

Gentilz gallans de France - Gentils

 Galants de France

 

Chanson française – Gentilz gallans de France - Gentils Galants de France – anonyme - 1504

 

 

 

 

 

Gentil galant

 

 

 

 

 

 

 

Donc, mon ami Lucien l'âne, il te souviendra que je t'avais parlé d'une canzone où il était question de « gentils galants » et j'avais promis de la faire connaître ici. La voici dès lors. Mais avant de te la présenter, je voudrais te donner quelques indications. Et en premier lieu, essayer de te situer l'origine. Comme tu le verras ci-après, je la propose dans deux versions : une version dans un français un peu étrange pour nous, le français du temps de la Renaissance et une version contemporaine.

 

 

Je verrai cela dans le texte, mais j'aimerais que tu précises tes indications, qui me paraissent fort générales.

 

 

En premier lieu, je voudrais te faire remarquer qu'il s'agit de l'histoire assez classique elle aussi de la femme, la fiancée… qui demande des nouvelles de son ami parti à la guerre et qui apprend son tragique destin. Si elle n'est pas en soi explicitement une « canzone contro la guerra » ; elle en dénonce les effets dévastateurs. Ensuite, en ce qui concerne son origine, les choses ne sont pas claires et je ne suis pas historien, ni musicologue. Disons que j'ai pu en repérer deux datations l'une du XIVième siècle, l'autre de 1504. Quant à la version contemporaine de Luc Arbogast, on peut en juger par la vidéo jointe. (

Version contemporaine Luc Arbogast : https://www.youtube.com/watch?v=oxSi6KIZBFM)

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

« Gentilz gallans de France,
Qui en la guerre allez,
Je vous prie qu’il vous plaise
Mon amy saluer.

— Comment le saluroye
Quant point ne le congnois?
— Il est bon a congnoistre,
Il est de blanc armé;

Il porte la croix blanche,
Les esperons dorez,
Et au bout de sa lance
Ung fer d’argent doré.

— Ne plorez plus, la belle,
Car il est trespassé:
Il est mort en Bretaigne,
Les Bretons l’ont tué.

J’ay veu faire sa fousse
L’orée d’ung vert pré,
Et veu chanter sa messe
A quatre cordelliers.

 

Version française contemporaine.

 

 

« Gentils galants de France,

Qui en la guerre allez,

Je vous prie qu'il vous plaise

Mon ami saluer.

 

- Comment le saluerai-je,

Quand point ne le connais ?

- Il est bon à connaître,

Il est de blanc armé.

 

Il porte la croix blanche,

Les éperons dorés

Et, au bout de sa lance,

Un fer d'argent doré.

 

- Ne pleurez plus la belle,

Car il est trépassé ;

Il est mort en Bretagne,

Les Bretons l'ont tué.

 

J'ai vu faire sa fosse

A l'orée d'un vert pré.

Et vu chanter sa messe

A quatre cordeliers. »

 

 
 
 Gentilz gallans de France - Gentils  Galants de France
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Marco Valdo M.I.
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23 septembre 2014 2 23 /09 /septembre /2014 18:14

LE DÉSERTEUR

 

Version française – LE DÉSERTEUR – Marco Valdo M.I. – 2014

d'après la version italienne d'une

Chanson piémontaise – Il disertore – Cantovivo – 1979

 

Chveik le soldat


 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

La création populaire, dans ses moments les plus représentatifs tels les rites, les traditions liées aux cycles annuels, les danses, les ballades, exprime une inégalable capacité d'unir au sens de l'histoire une très riche dimension poétique, magique, imagine.

En présentant ce disque de chants, danses et ballades principalement piémontaises et occitanes, nous voulons reproposer l’esprit et les structures originaux de chaque musique, en intervenant dans une certaine mesure, dans le respect de la tradition populaire avec nos élaborations et nos arrangements.

« Le Déserteur » est une vieille ballade dont on connaît beaucoup de variantes surtout en Piémont et en France. Nous avons marié un texte piémontais à une musique de provenance française.

 

Comme pour la Ballade du volontaire (reproposée en italien du duo Centanaro/Winderling) [[48156]] le mobile de la désertion ou de la trahison est – pour des raisons de « censure » – transposé en événements amoureux ou plus inconsistants (aller saluer les parents), qui justifient le meurtre du capitaine, autrement inexplicable.

 

En outre, il me reste un doute relatif à l'exécution du déserteur, car je n’ai pas compris si on l'a fusillé (Oh tire fort jusqu'à ce que je tombe mort) ou si on l'a pendu (allez dire à mon père que je n'ai pas été pendu), mais le protagoniste ne le savait peut-être pas lui-même, qui, à propos, est celui qui, comme dans d'autres versions de la complainte, raconte à la première personne les événements.

 

(Gianfranco Robiglio)

 

 

 

 

Mon ami Lucien l'âne, voici une canzone issue du folklore, c'est-à-dire une chanson venue de lieux et de temps où les chansons, chants, lais, ballades… se transmettaient et circulaient de bouche à oreille, où l'essentiel de la « culture » était oral.

 

 

Oh moi, la chanson folklorique, je la connais bien ; elle est dans mes oreilles depuis si longtemps. Ce qui doit d'ailleurs être le cas de presque tout le monde. Par parenthèse, dit Lucien l'âne, en clignant de l’œil, ce doit encore être le cas aujourd’hui et d'autant plus qu'il y a des amplificateurs de portée kilométrique et même, continentale ou mondiale. Mais veux-tu bien m'en dire un peu plus à propos de cette canzone...

 

 

Maintenant, j'en viens à cette histoire de déserteur… Un sujet que l’on rencontre souvent dans les Chansons contre la Guerre et pour cause. Il doit y en avoir beaucoup des déserteurs et de toutes sortes et de toutes les époques.  Cela dit, celui-ci est quand même assez particulier en ce qu'on le retrouve dans une série de canzones - c'est un archétype et apparemment, la canzone de référence serait précisément une canzone du 15ième siècle, intitulée La Chanson du Déserteur [[963]]… dont seraient issues une série de canzones racontant à peu près la même histoire.

 

 

Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, tu as bien fait de dire « apparemment », car je me souviens qu'il y avait déjà des canzones qui racontaient des choses similaires dans les légions romaines, en Gaule, en Hellénie, en Ionie, en Perse, en Égypte et j'imagine bien en Chine.

 

 

C'est plus que vraisemblable, Lucien l'âne mon ami, car partout où il y a des armées, des guerres et toutes ces sortes de choses, il y a ipso facto des déserteurs et tout ce qui s'ensuit. Sinon comment expliquer les sanctions terribles qui sont promises à ceux qui désertent… pour autant qu'on les attrape, ce qui n'est pas toujours le cas. Heureusement !

 

 

Oui, oui, on ne les attrape pas toujours… Je pense, comme toi (ainsi que ton sourire malicieux me le révèle) à ce Brave soldat Chveik [[8859]] qui, sur l'ordre exprès du lieutenant « Chveik, en avant ! », partit à l'assaut, traversa les rangs ennemis, sortit de l'autre côté du champ de bataille et disparut à jamais dans la grande mer des civils.

« Surtout, ne me reconnaissez pas

J'étais Chveik le soldat

Et surtout, oubliez-moi,

J'étais Chveik le soldat. »

 

Donc, pour y revenir, cette canzone est la fille d'une longue tradition. Ce qui a été relevé par Gianfranco Robiglio. Mais avant d'en finir, je voudrais te dire deux mots à propos de la version que je propose… et spécialement du « Gentil Galant » , qui ne figure pas dans les autres versions – françaises, piémontaises ou italiennes. Certes, dans la version piémontaise et la version italienne, il est question d'un « bel galant »… Ce qui pourrait être et est assez proche, mais pas suffisamment… Car le « gentil galant » se raccroche à une autre canzone de la tradition qui s'intitule exactement : « Gentils Galants de France » et se rapporterait à une bataille du XIIIième siècle, le texte étant lui-même daté du XIVième.

et il existe une version plus contemporaine, elle aussi intitulée pareillement. Je m'empresserai d'ailleurs de te la proposer prochainement.

 

 

En attendant les « gentils galants de France », je te rappelle, Marco Valdo M.I. mon ami, qu'il nous revient, tout comme à des canuts, de tisser le linceul de ce vieux monde plein de guerres, de combats, d'exécutions, d'assassinats et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Gentil galant s'en est allé pour l'amour d'une blonde

Pour un seul baiser d'amour que le galant a demandé

Que le galant a demandé et la belle a refusé

En fille prudente, en fille honnête


Gentil galant pour son amour s'en est allé soldat

S'en est allé soldat et puis déserta

Gentil galant s'en va promener, l'a vu son capiston

« Holà soldat que fais-tu là loin du bataillon ? »

 

Gentil galant dégaine son épée et frappe le capiston

« Aie, je l'ai occis par erreur et ils me tueront.

Ne dites rien à ma mère, soldats de mon pays,

Dites-lui, si vous voulez, que je suis parti.

 

Quand je serai mort, allez dire à mon père

Que je n'ai pas été pendu et que je suis en terre

À Marguerite, portez mon cœur.

Elle dira : - Holà quel grand malheur, on a tué mon cœur ! »

 

Et quand d'une serviette blanche, les yeux on me bandera

Le soldat qui le fera sera le plus brave des soldats

Le plus brave des soldats, ce sera

Oh ami, mon ami très cher, ne me rate pas.

 

Oh tire juste, tire sans remords

Oh tire fort jusqu'à ce que je tombe mort.

 

 
LE DÉSERTEUR - Il disertore
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Marco Valdo M.I.
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23 septembre 2014 2 23 /09 /septembre /2014 16:44

ADAMELLO

 

 

Version française – ADAMELLO – Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson italienne – Adamello – anonimo – 1918

 

Adamello, guerre blanche

 

 







Le massif d'Adamello-Presanella est un massif des Préalpes orientales méridionales. Il s'élève en Italie (entre le Trentin-Haut-Adige et la Lombardie). La Cima Presanella est le point culminant du massif. Le Monte Adamello est le deuxième plus haut sommet. Le massif abrite d'importants glaciers.
Durant la guerre 1915-1918 (l'Italie n'entre en guerre qu'en 1915), la ligne de front s'établit sur l'Adamello et la confrontation dans les neiges éternelles reçu le nom de « guerre blanche ». Comme pour le reste du front, le nombre de victimes fut énorme.
Ici, c'est un mutilé qui remémore son parcours.

 

 

 


Adamello Adamello Adamello,
Pour venir te conquérir
Traversant les lacs Pian de Neige
Sous le feu, la mitraille et le canon.

 

Traversant péniblement

J'ai senti une balle me blesser,

Des camarades brancardiers me secourent

Et à quatre, me portent à l'hôpital.

 

À l'hôpital, à peine arrivé

L'infirmer m'a endormi

Et après le rêve, je me suis réveillé

Une jambe manquait, je l'ai senti

 

Plaignez-moi dames et messieurs,

Jambe de bois ne peut cheminer

À vingt ans, j'étais bon à la mine

Maintenant, je suis une belle ruine. 

ADAMELLO
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16 septembre 2014 2 16 /09 /septembre /2014 22:04

 

UN MONDE EN ESCALIER

 

Version française – UN MONDE EN ESCALIER – Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson italienne – Il mondo è fatto a scale – Claudio Lolli – 2000


Paroles de Claudio Lolli
Musique de Claudio Lolli et Paolo Capodacqua
Album: Dalla parte del torto

 

 

 

 

 

On dit comme tu le sais
Que le monde est un escalier
Qu'il y a des gens qui descendent
Qu'il y a des gens qui montent
Si au-dessus de nous tu veux monter
Tu trouveras celui qui te renverra en bas.


Sur la première marche, il y a les désespérés
Qui ont eu en don le pire sort
Derrière eux le vide, le puits de la mort
Qui a l'odeur du pain pour les trop affamés
Et pour un qui choisit l'odeur et l'illusion
Et un autre qui s'élève vers la rédemption
Dix, vingt, cent ont déjà pris leur place
En dette de fumée, en crédit de rôti.


Sur la seconde marche, respirent les poitrinaires
Avec ce peu de poumons qu'ils ont conservé
Sans le dire à personne pour ne pas être débusqués
Et condamnés comme voleurs de leur propre air
Ils respirent pourtant par ailleurs, ils ne font pas beaucoup
Ils ne réussissent même pas à lever la tête
Parfois, l'un tombe raide mort sur les genoux
Mais c'est seulement par hygiène qu'ensuite, on l'enterre.

 

Et sur la troisième marche, les travailleurs
Se bousculent car nul ne veut rester à l'extérieur
De leur grand voyage qui a pour but final
La fin de l'outrage, la destruction de l'escalier
Sans les trois cents autres, personne ne veut monter ;
Celui qui osera déroger sera mis à mal.
Un pari stupide, car après la victoire,
On l'appellera le tricheur, le traître de l'histoire.

 

On dit comme tu le sais
Que le monde est un escalier

Qu'il y a des gens qui descendent 

Qu'il y a des gens qui montent
Si tu regardes le visage de ceux qui montent
Tu verras qu'ils ont quelque chose qui t'échappe.


Sur la quatrième marche, il y a les négociants
Les boutiquiers, les huissiers et les représentants
Avec tous leurs enfants à pousser en avant
Vers des positions un peu plus considérables
Ils se regardent de travers, ils ont des yeux de diable
Et aux lamentations d'autrui sont imperméables
Ils cèdent au plus rusé, au plus fort, à celui qui pousse
Tant qu'il en fait tomber chaque jour encore.

Sur la cinquième marche, il y a les employés
Les petits bureaucrates, à peine diplômés
Les curés de campagnes, les sbires et les soldats
Les intellectuels sans ombre d’intelligence.
Convaincus tous ô combien de leur importance
En uniforme, en civil, avec ou sans mandat
convaincus tous d'être si appréciés
Qu'ils pourront conserver leurs facilités.


Sur la sixième marche, se tiennent les bien titrés
Les fils des puissants, bâtards ou abandonnés,
Nobles déshérités et déchus,
Princes, rois et sultans maintenant détrônés.
Ils ne sont pas très différents de mal nés.
Ils ont seulement de l'argent en moins et l'orgueil en plus
Et un seul désir, un gradin tout entier
Qui ne soit pas le fruit d'un travail roturier.

 

On dit comme tu le sais
Que le monde est un escalier
Qu'il y a des gens qui descendent
Qu'il y a des gens qui montent
Si tu regardes le visage de ceux qui tombent
Tu verras qu'ils ont quelque chose qui te ressemble.

Après la sixième marche, on a mis des barreaux
« Bravo crétin », dit un écriteau
« Bravo idiot, tu y es arrivé,
Tu as fait un bel usage de ta liberté »
Après la sixième marche, dans un grande hilarité
Ils ouvrent un égout, te donnent un coup de pied
Et en une seconde, têtu comme un mule,
Tu te retrouves au fond avec ton football dans ton cul…

 

On dit comme tu le sais
Que le monde est un escalier
Qu'il y a des gens qui descendent
Qu'il y a des gens qui montent
Si tu acceptes le jeu et tu te mets de la partie
Rappelle-toi que tu renonces à donner à un sens ta vie.

UN MONDE EN ESCALIER
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Marco Valdo M.I.
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14 septembre 2014 7 14 /09 /septembre /2014 19:07

 

 

 

L'AMOUR AUX TEMPS DU FASCISME

 

Version française – L'AMOUR AUX TEMPS DU FASCISME – Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson italienne – L'amore ai tempi del fascismo – Claudio Lolli2000

Paroles de Claudio Lolli
Musique de Claudio Lolli et Paolo Capodacqua
Album: Dalla parte del torto

 

 

 

 

Un Bongiste est un joueur de bongo

   

Deux bongistes sont deux joueurs de bongo

 


Bien regarder on marche
Pour ne pas piétiner les lignes,Toujours compter de un à dix
Avant de faire sauter les
barrières

Regarder en haut, à droite, à gauche,
Comme si c'était important
Attendre en fumant une femme intrigante,

En maugréant pendant plus de deux heures,
Et deux bongistes noirs
Et deux carabiniers
Qui les suivent du regard
Comme s'ils étaient étrangers…

Ce n'est pas de la rage gratuite
Même pas du cynisme
C'est le rythme de Bologne
C'est l'amour aux temps du fascisme.

Faire éclater le tempo entre les mains
Par peur de ne réussir rien et pourtant
Se retrouver dans une espèce de demain
Empli de personnes qui ressemblent à des « gens »,

Aligner des pensées coloriées
Et les lier avec des mots de cristal,
Et mon manteau
Aux bords effilochés

Et ton crépuscule qui devient trop jaune
Et deux laveurs de vitres polonais
Qui lavent du néant,
Parmi tes enfants, tes femmes,
Et ton souffle indifférent…

Ce n'est pas de la rage vraiment
Et même pas de l'arrivisme
C'est le froid de Milan
C'est l'amour aux temps du fascisme.

 


Voir ensuite tous les villages illuminés
Plus par l’orgueil que par la lumière,
Les blanches maisons filles des collines,
Lovées dans leur silence,

Dans lequel nous allons nous réfugier

Comme des malades en phase terminale
Ces lits blancs, les quelques hôpitaux
Où il est possible au moins d'être mal

Et les deux bongistes noirs,
Vingt carabiniers
Qui battent du pied absorbés
Dans leurs pensées…

Ce n'est de la rage inutile
Ce n'est pas plus du léninisme
C'est le ciel de Rome
C'est l'amour aux temps du fascisme.

Caresser la poésie avec tes doigts
Pour engloutir
Les longs jours de silence,
Boucles blondes enchaînées à une vie,

Plomb d'argent
Au fond de larmes d'absinthe…
Et deux Gitans slaves
Forcés par des clés

À fermer leur violon
Aux sons que tu aimais
Ce n'est pas du désespoir
Et même pas de la douleur

C'est le vent de Bologne,
C'est le fascisme
Au temps de l'amour
Et il n'y a pas de désespoir

Et même pas de la douleur
C'est un voyage en Italie
C'est le fascisme
Au temps de l'amour.

 

L'AMOUR AUX TEMPS DU FASCISME
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Marco Valdo M.I.
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12 septembre 2014 5 12 /09 /septembre /2014 20:17

SOIRÉE DE PÂQUES

 

Version française – SOIRÉE DE PÂQUES – Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson italienne – Sera di Pasqua - Eugenio Montale - 18 avril 1975

Vers d'Eugenio Montale, dans lrecueil « Cahier de quatre ans » publié en 1977.
Musique de Altera,

 

 

 

Il avait été tenté un peu avant
Par le diable travesti en femme nue

 

 

 

 


À la télévision

Le Christ en croix chantait comme un ténor
Pris dans une soudaine

Colique pop.

Il avait été tenté un peu avant
Par le diable travesti en femme nue.

 

 


Voilà la religion du vingtième siècle.

 

 

 

Probablement la nuit de la Saint Barthélémy
Ou la queue tronquée d'un lézard

Ont le même poids dans l'Économie

Dl’Esprit
Fondée sur le principe de l'Indifférence.


Mais peut-être faut-il dire que ce n'est pas vrai

Faut-il dire que la fausseté est vraie,

Puis on verra ce qui arrive. Entre temps

Fermons l'écran. Au reste

pourvoira qui peut (si ce « qui »
A un sens). Nous, nous ne le saurons pas.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

SOIRÉE DE PÂQUES
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Marco Valdo M.I.
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11 septembre 2014 4 11 /09 /septembre /2014 18:05

 

DREMONG

 

 

Version française – DREMONG – Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson italienne – Dremong – Max Manfredi – 2014

 

 

 

 

 

Je me lève, je me dresse debout, vivant
Dans le sommeil de ton enfant.

 

« Dremong » l'ours tibétain, totem de l'album, est un être inquiet et inquiétant au caractère – traditionnellement – mauvais et qui tend souvent à se dresser debout sur ses pattes, semblable aux humains, jusqu'à donner origine, selon certains, aux légendes du Yeti, l'Abominable Homme des Neiges. Un ours imprenable qui habite les altitudes et les solitudes himalayennes, et de temps en temps se montre aux humains…

 

 

 

Dremong est une étrange chanson, mon ami Lucien l'âne. Elle parle de ce personnage fantasmagorique et même, surtout, phantasmaphorique qui peut être parfois et par ici, le loup, loup-garou ou tout autant, selon les endroits, l'ours. En tous cas, un animal anthropomorphe. Il déambule ailleurs sous mille formes et au Tibet, sous l'inquiétante stature du Yéti, communément appelé l'Abominable Homme des Neiges.

 

 

Une chanson sur le Yéti, sur l'Abominable Homme des Neiges ? Mais c'est merveilleux… Une chose est certaine cependant, c'est que moi, personnellement, qui ai fréquenté bien des montagnes, je ne l'ai jamais rencontré. J’aurais bien aimé cependant… Mais faire un trajet jusqu'au Tibet, même pour un âne endurant comme moi, pour tenter de rencontrer un monsieur dont on n'est pas sûr qu'il voudra bien se montrer… C'est long. Donc, n'ayant pu le rencontrer par moi-même, je suis heureux d'en entendre quelques nouvelles par cette chanson. Mais que dit-elle ?

 

 

En fait, Lucien l'âne mon ami, il faut d’abord préciser que cette canzone est construite comme les histoires d'Allemagne que je t'ai contées. C'est une histoire dite, chantée, racontée par un narrateur, personnage essentiel, qui permet de présenter les choses d'un point de vue actif et ce narrateur, c'est le Dremong lui-même, qui n'est autre que ce démon de Yéti. Pour son apparence, il circule des photos, des vidéos où on peut voir quelque chose qui devrait lui ressembler. Et seules les neiges éternelles et les nuages qui les explorent pourraient nous en donner des nouvelles. Pour le reste, même si la légende circule qu'il s'agit d'un homme, d'un type d'homme particulier, nul n'a jamais pu établir un contact direct avec un tel personnage. Cependant, là-bas, de l'autre côté du monde, le yéti, dremong se confond avec l'ours noir, un grand animal fort impressionnant, dont on raconte – autre phantasme – que sa bile a je ne sais quelles vertus curatives et aphrodisiaques. Il n'en faut pas plus aux humains pour lui faire la chasse, le capturer, le tenir en cage et lui infliger un terrible supplice à l'aide d'un cathéter qu'on enfonce à demeure dans son ventre afin de drainer (en la pressant dans un étau) la vésicule biliaire. Les éleveurs s'enrichissent, les pharmaciens en tirent grand profit, les dames s'en badigeonnent en manière de séduction et l'ours meurt du cancer du foie, sous les yeux et les objectifs des touristes ursicoles.

 

 

J'en ai entendu causer moi aussi… C'est effrayant. L'humanité est vraiment une sale espèce…, dit Lucien l'âne en raclant le sol rageusement de son petit sabot noir, noir.

 

 

Mais, vois-tu Lucien l'âne mon ami, il y a comme une justice immanente en action de par le monde, car la bile prélevée ainsi serait pleine de pus, de bactéries, de toxines et d'autres désagréments pour ceux qui voudraient s'en enduire…

 

 

On peut espérer que cela les calmera, mais rien n'est moins sûr. Alors, pour les drémongs et les ours aussi, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde dont le bon vieux William disait qu'il était « full of sound and fury, signifying nothing » et cacochyme.

 

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Dans les forêts du Tibet, tous les chemins me sont fuites
Et je fuis ma maison – mais quand tu verras mes traces sur la neige
Tu penseras « Ici passa, oui, passa ici
Un monstre étrange peut-être qui sait, un yeti »
Un monstre passa, sûr qu'il passa : ce mystérieux monstre
Que l'homme appela homme.


Mes parents ne sont plus ; moi, je lèche le miel et mes blessures.
Frères et amis sont là-bas : les chasseurs les capturent
je pars à l'est, je m'en vais au nord… loin des humains
Peut-être as-tu compris que je suis un DREMONG… un ours !
Et je fais une razzia et tout au long de mon chemin
Animaux et hommes n'ont pas de secours !
… Mais je m'en vais… toi, tu es plus fort… tu es plus...
Même dans tes rêves, non, je ne reviendrai plus (jamais plus !)

Je me lève, je me dresse debout, vivant
Dans le sommeil de ton enfant.
Pour lui enseigner la réalité, j'habite dans son cauchemar, mais il se réveille
Et je reste là! Là !
Dremong, là !
Sous mon ciel qui rassemble les étoiles

Je ne vois plus la cuillère de miel,
Je ne dors plus dans les Grottes de la Lune.

Avec mes mâchoires non, je ne serrerai pas l'homme brutal

Qui m'a serré en un étau qui fait tellement, tellement mal,
Pour m'arracher le fiel.


Ruche d'étoiles et mantras hindous :
J'entrouvre les yeux dans la torpeur
Barres de cages de bambou
Géométrie de ma terreur
Et sang, tant de sang
D'yeux comme les miens.

Dans les pressoirs tant de hurlements.
Des ombres chinoises transvasent la bile jaune.
Comme des trophées
De la « Chen Gao toy »  dorés,
Des cathéters de métal s'enfoncent dans mon ventre.


Maintenant, tu peux acheter ma bile en pharmacie

Ou pour te faire belle à l'ombre de mon agonie
Mais je veux te dire une dernière chose…

Je nais avec le collier au cou
Et je sais que je ne me trompe mie :

La lune est toujours à l'autre bout
De la laisse.

 

 
 
DREMONG
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Marco Valdo M.I.
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