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25 mars 2015 3 25 /03 /mars /2015 20:08

L'Invitation au Voyage

 

 

Chanson française – L'Invitation au Voyage – Léo Ferré – 1957

In Les Fleurs du Mal – Charles Baudelaire – 1857

 

Les canaux, la ville entière,

D’hyacinthe et d’or ;

Le monde s’endort

Dans une chaude lumière.

 

 

 

 

 

 

 

Voici donc, Lucien l'âne mon ami, comme je te l'avais promis L'Invitation au Voyage, tirée des Fleurs du Mal de Charles Baudelaire – un de ces livres libres autant que sulfureux, promis à l'enfer et poursuivi par la justice des bien-pensants, tout comme son auteur. 

 

Dès lors, rien que pour ça, elle a tout lieu de figurer parmi les Chansons contre la Guerre... 

 

Certainement, mais de façon pleine et entière, il s'agit à mes yeux d'une de ces chansons qui sont résolument contre la guerre, au point même d'ignorer la guerre, de la traiter par le mépris. En fait, elle se présente comme une chanson au-delà de la guerre, qui comme L'Âge d'Or  de Léo Ferré (encore lui) raconte un monde où la guerre a été éradiquée, un monde rigoureusement sans guerre… Et dans le cas de l'Invitation au Voyage, ce n'est même pas une utopie. Elle vit dans un de ces trous du temps, un trou du temps tout comme il y a des trous dans l'espace, dont Lorenzo, sans doute, pourrait nous dire bien des choses. Elle se situe ni dans un non-lieu, ni dans un non-temps. C'est l'antonyme de la mort et de la société de cette Guerre de Cent Mille Ans qui ravage tant les vies humaines et détruit l'humaine nation. Suis bien mon raisonnement : premier pas : on ne vit qu'une fois ; deuxième pas, on est là dans un monde malade de la richesse, des richesses et des envies de richesse ; pourtant, vivre peut suffire au bonheur – la vie se suffit à elle-même, point n'est besoin d'artificieuses possessions… Bien au contraire, elles encombrent, elles polluent, elles finissent par étouffer ceux qui les accumulent. 

 

Ô, Marco Valdo M.I. mon ami, je préfère de beaucoup ce « Songe à la douceur »… 

 

Pour en revenir à la chanson, comme je le disais récemment, elle a ceci de très paradoxal d'être une chanson contre la guerre. Je le disais, souviens-t-en, en commentant la version française de la chanson de Tucholsky « Ruhe und Ordnung » .Elle fonctionne un peu à la manière dont Jarry soulignait qu'on trouvait les panneaux routiers annonçant une descente… toujours dans la montée. Ainsi en va-t-il de sorte que les chansons les plus résolument contre la guerre sont des chansons de paix. Ainsi en va-t-il du Temps des Cerises , ainsi en va-t-il de cette Invitation au Voyage. Chaque fois que je m'y replonge, pour moi, le monde guerrier est proprement annihilé, perdu dans les vagues du temps.

 

 

Il ne reste plus, dit Lucien l'âne d'une voix pleine de rire, joyeuse, ricochant sur les rayons de soleil, qu'à créer ici, le grand reposoir, l'immense chapitre des chansons de paix. Quant à nous, reprenons notre tâche pacifique et tissons le linceul de ce vieux monde malheureux, pénible, ennuyeux et cacochyme.

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Mon enfant, ma sœur,
Songe à la douceur
D’aller là-bas vivre ensemble !
Aimer à loisir,
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble !
Les soleils mouillés
De ces ciels brouillés

Pour mon esprit ont les charmes
Si mystérieux
De tes traîtres yeux,
Brillant à travers leurs larmes.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Des meubles luisants,
Polis par les ans,
Décoreraient notre chambre ;
Les plus rares fleurs
Mêlant leurs odeurs
Aux vagues senteurs de l’ambre,
Les riches plafonds,
Les miroirs profonds,
La splendeur orientale,
Tout y parlerait
À l’âme en secret
Sa douce langue natale.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Vois sur ces canaux
Dormir ces vaisseaux
Dont l’humeur est vagabonde ;
C’est pour assouvir
Ton moindre désir
Qu’ils viennent du bout du monde.

— Les soleils couchants
Revêtent les champs,
Les canaux, la ville entière,
D’hyacinthe et d’or ;
Le monde s’endort
Dans une chaude lumière.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

 L'Invitation au Voyage
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Marco Valdo M.I.
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24 mars 2015 2 24 /03 /mars /2015 22:04

LIBRES - Livres

 

Version française – LIBRES – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson italienne – LIBeRISusanna Parigi – 2014 

 

 

 

 

Durant tout ce temps, l'homme a défendu avec son sang l'écriture

Afin que la pensée et la beauté soient éternelles…

 

 

 

 

 

 

D'abord, les hommes nommèrent les roches…

Puis les métaux, puis les plaques d'or, les feuilles de plomb, les plaques d'argile,

Les papyrus, les parchemins. Puis vinrent les copistes.
Durant tout ce temps, l'homme a défendu avec son sang l'écriture
Afin que la pensée et la beauté soient éternelles…
Afin que la pensée et la beauté soient éternelles…

Afin que la pensée et la beauté soient éternelles…

 

Puis beaucoup de livres furent brûlés.

Mais cette haine n'est rien comparée à l'amour qui leur était porté
Et quelques hommes parlent, regardent,

Mangent, courent, rient, hurlent,
Mais ils sont morts.

Plus morts que des pierres, plus morts que les morts ;
Car ils n'ont pas faim de libération, ni la capacité de se passionner…
Car ils n'ont pas faim de libération ni la capacité de se passionner…
Car ils n'ont pas faim de libération ni la capacité de se passionner…
Tous les hommes doivent avoir accès au savoir. Voilà la justice.

 

Parfois un peuple dort comme un jour sans vent,

Dort l'eau d'un étang

Alors, certains livres peuvent éveiller les vagues
Et réveiller la vie.
Car encore aujourd'hui, l'ignorance est une terrible puissance,

Et tous nous savons que là où règne l'ignorance,

Il est très facile de confondre

Le mal avec le bien, la vérité avec le mensonge…
Le mal avec le bien, la vérité avec le mensonge…
Le mal avec le bien, la vérité avec le mensonge…
L'homme ne travaille pas pour lui-même, mais pour ceux qui viendront.

Tel est le sens dernier de toutes les révolutions

Et le vrai sens de la vie, au fond.

 

 
LIBRES - Livres
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24 mars 2015 2 24 /03 /mars /2015 14:23

CALME ET ORDRE

 

 

Version française – CALME ET ORDRE – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson allemande – Ruhe und Ordnung – Kurt Tucolsky – 1925

 

 

 

 

Le plus important est : ne rien entendre des affamés

Le plus important est : Ne pas troubler l'ambiance de la rue.

 

 

 

 

 

 

Loi et Ordre, un binôme souvent invoqué, à droite comme à gauche, surtout dans les moments de crise et de transformation. Puisque cependant en général personne ne rêve de les conjuguer avec Justice, voilà qu'il se révèle invariablement toujours pour ce qu'il est : Fascisme et Répression.

 

À propos d'Ernst Ottwalt, nom de plume d'Ernst Gottwalt Nicolas : Allemand, né en 1901, écrivain, communiste… La date de sa mort – août 1943 – pourrait nous faire penser que soit mort dans quelque camp de concentration nazi… Il n'en est pas ainsi : en 1933 Ottwalt et femme fuirent en Union soviétique ; en 1936, ils furent arrêtés par le NKVD, la police de Staline, et furent internés dans un goulag sibérien ; elle fut renvoyée dans son pays en 1941 (ne sait pas comment elle put survivre, d'abord et après) et seulement en 1958, elle sut que son mari était mort en 1943 quand il était encore prisonnier…

 

……………….

 

 

Vois-tu, Lucien l'âne mon ami, je soupçonne un peu notre cher Tucholsky d'avoir – volens, nolens – écrit ici un poème à la Baudelaire, mais comment dire, à l'envers, ou plus exactement, en termes de photographie, en négatif.

 

 

Mais que vient faire ici, Charles Baudelaire ? Demande Lucien l'âne un peu estomaqué. Au moment où Tucholsky écrit de poème, cette chanson (deux termes équivalents, pour autant que le texte auquel ils renvoient en vaillent la peine), Baudelaire est mort depuis soixante ans, plus d'un demi-siècle.

 

 

En effet, Lucien l'âne mon ami, et comme bien tu l'imagines, je le sais. Cependant, je persiste dans mon idée et je la précise. Tout m'est venu au moment de traduire le titre : « Ruhe und Ordnung ». J'ai d'abord songé à « Repos et Ordre », mais en vérité, ce n'est pas cela, me disais-je. Le commentateur italien, lui a pensé « Loi et Ordre ». C'est un des sens et il est certainement présent à l'esprit de Theobald Tiger quand il l'écrit. Mais, après avoir ruminé la chose quelques jours – si, si, pour certaines des versions, il me faut ruminer la chose, la laisser transiter entre mille événements quotidiens, lui faire passer une nuit ou deux, bref, j'en suis venu tout doucettement à une musique que je nomme la « musique mentale », celle qui envahit toute la tête et s'impose avec l'obstination d'un thème de Boléro vu par Ravel [http://www.youtube.com/watch?v=KK23BhEQVyU]. Et cette musique était une musique de mots : « Luxe, calme et volupté », directement venue de l'Invitation au Voyage de Baudelaire, que j'aimerais présenter ici comme une des ces formidables chansons contre la guerre, autrement dit comme une chanson de paix. Comme une chanson qui indique très exactement où voulait aller le Brave Soldat Chveik ou le Déserteur lui-même. Et ce n'est pas Tucholsky, Erich Maria Remarque, Chevallier, Léo Ferré et pourquoi pas, Riccardo Venturi, qui s'en plaindraient…

 

 

En somme, si je comprends bien, ce serait là la description d'un monde qui s'interdirait l'invitation au voyage… bref, ce serait la description du monde de la Guerre de Cent Mille Ans [[7951]] où les riches et les puissants pour nourrir leur boulimie, leur avidité, leurs grossiers appétits font une guerre de rapine contre les pauvres. Et bien, il ne te reste plus qu'à le faire et insérer ici cette chanson baudelairienne et tisser ainsi le linceul de ce vieux monde sclérosé, mentalement rigide, polémophile et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Quand des millions travaillent, sans vivre,
Quand des mères ne donnent aux enfants du lait coupé
C’est l'ordre.
Quand des travailleurs réclament : « Faisons la lumière !
Celui qui vole le travail doit être traduit devant la justice ! »
C'est le désordre.

 

Quand des tuberculeux courent à la tour,
Quand on dort à treize dans une pièce
C'est l'ordre.
Quand quelqu'un manifeste en hurlant,
Car il veut assurer sa vieillesse –
C'est le désordre.

Quand de riches héritiers dans la neige suisse 
Jubilent – et l'été, au lac de Côme –
Alors, le calme règne.
Quand le danger existe que les choses changent,
Quand on interdit de commercer avec la terre–
Alors, règne le désordre.

 

Le plus important est : ne rien entendre des affamés
Le plus important est : Ne pas troubler l'ambiance de la rue.
Surtout ne pas crier.
Avec le temps, cela viendra.
Tout vous apporte l'évolution.

 

 

Ainsi, vous avez découvert votre représentant du peuple.
D'ici là, vous serez tous crevés ?
Ainsi, on pourra lire sur vos tombes :
Ils ont toujours été calmes et disciplinés.

CALME ET ORDRE
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Marco Valdo M.I.
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21 mars 2015 6 21 /03 /mars /2015 12:28

ENFIN LA GUERRE EST FINIE

 

Version française – ENFIN LA GUERRE EST FINIE – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson italienne – Finalmente la guerra è finita – anonimo – ca. 1918/19

 

 

 

 

Paix, paix, nous sommes revenus

 

 

 

 

 

 

Voici, Lucien l'âne mon ami, une chanson qui donne à réfléchir à certains aspects de la mémoire des guerres. Je te précise tout de suite que je n'ai aucune envie de célébrer les chants guerriers, les hymnes à la nation combattante et autres fariboles, juste bonne pour les chœurs et les fanfares militaires et leurs aficionados nationalistes et guerriers. Je n'en ai pas plus pour les chants patriotards et les litanies aux glorieux vainqueurs – une fois dans un sens, une fois dans l'autre.

 

 

C'est donc une chanson qui raconte une autre histoire, une chanson de guerre mais qui ne sacrifie pas au Dieu de la Guerre : Arès ou Mars. Mais dis-moi ce qu'elle a de particulier...

 

 

Elle a une double caractéristique : d'une part, c'est une chanson sur une guerre finie, sur une paix renaissante et le héraut qui la chante n'est généralement pas repris au panthéon des héros. Et cela pour diverses raisons. D'abord, il a le très grand tort de ne pas être mort, car généralement, les héros, ceux que l'on classe comme héroïques, la plupart du temps sont morts ou à tout le moins mutilés. Ensuite, et la chose est paradoxale, c'est un vaincu, porteur du masque de la défaite et donc, aux yeux du vainqueur, des vainqueurs, de ses propres compatriotes, il a le grand tort de ne pas pouvoir stimuler les joies de l'exaltation patriotique. Cet étrange personnage, c'est le prisonnier qui revient de ses « grandes vacances », comme disait Ambrière. En plus, d'une certaine manière, c'est devenu un étranger, qui plus est, il est décalé dans le temps. Il revient de loin et surtout, il revient d'avant. Cet étrange personnage, c'est le prisonnier.

 

En effet, c'est un étrange statut que celui du prisonnier qui revient. Il est dérangeant, on avait pris l'habitude de vivre sans lui, comme s'il était mort. Depuis longtemps, on connaît cette scène du prisonnier qui revient chez lui et qui trouve sa femme mariée à un autre… La chose n'est pas nouvelle.

 

Curieusement, la chanson qui est une chanson de prisonnier rentrant, mais apparemment pas encore vraiment rentré… est pleine d'optimisme. Il suffit de lire les derniers vers :

Paix, paix, nous sommes revenus
De l'Autriche, de la faim et du bâton

En Italie, civile nation,
Et tes fils ne souffriront jamais plus.

 

« Ne souffriront jamais plus... », voire ! Pas si simple, il lui faudra se réinsérer dans un monde qui ne l'a pas attendu, mais dans un monde souvent détruit, lui-même en proie à une myriade de difficultés… En plus, le prisonnier a souvent des séquelles qui ne faciliteront rien… et puis, il va découvrir combien la paix est factice dans ce vieux monde qui n'en a pas fini avec cette Guerre de Cent Mille Ans. [[7591]]

 

 

Et rien ne dit que dans les temps qui suivent, on ne va pas remettre ça… Et c'est bien ce qui s'est passé. Quant à nous, voyons cette chanson et reprenons notre tâche que nous nous sommes assignée. Allons, tissons le linceul de ce vieux monde guerrier, incorrigible, héroïque et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 

Finalement la guerre est finie,
L'Europe est exsangue.
Nous sommes rentrés au soleil de l'Italie,
Nous en avons fini de nos souffrances.

 

Paix, paix, tu nous as ouvert à temps
Le chemin du retour et du soleil de l'Italie,
Et tu nous as libérés de cette harpie,
Qui nous a fait souffrir depuis si longtemps.

 

Autrichiens, vile race maudite,
Et sans cœur, gens infâmes,
Mais l'Italie se venge par la qualité
De notre martyre de prisonniers.

 

Aux travaux, vous nous avez forcés,
Pire encore que des esclaves vendus
À pied, affamés et battus,
Sans compassion et sans pitié.

 

Nous avons vu et plus d'une fois
Cent Italiens au poteau exécré,
La baïonnette sur la poitrine, tout droit
Mais qui bouge, est tué.

 

Au poteau cruel martyre 
Avec les mains liées derrière,
Avec la pointe des pieds en l'air
Le supplice dura deux heures.

 

En sept jours, un seul pain
Avec une soupe qu'un chien refusera,
Avec nous, vous avez été inhumains,
Pour vous, la haine toujours sera.

 

Paix, paix, nous sommes revenus
De l'Autriche, de la faim et du bâton

 

En Italie, civile nation,
Et tes fils ne souffriront jamais plus.

ENFIN LA GUERRE EST FINIE
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20 mars 2015 5 20 /03 /mars /2015 20:35

NOM : ÉMIGRANTS

 

 

Version française – NOM : ÉMIGRANTS – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson allemande – Über Die Bezeichnung Emigranten – Bertolt Brecht – 1937

[1937]Texte de Bertolt Brecht, écrit durant son exil à Svendborg. Recueil “Svendborger Gedichte” (1939)
Musi
que de Kurt WeillInterprétée par Katja Ebstein ‎in “Laßt Euch Nicht Verführen! - Katja Ebstein Singt Und Spricht Bertolt Brecht” – 1999.

 

 

 

Inquiets, nous sommes ainsi assis, au plus près de la frontière,

Attendant le jour du retour, guettant le moindre petit changement

 

 

 

 

J'ai toujours trouvé inexact le nom qu'on nous a donné :
Émigrants.
Ce qui signifie Expatrié. Mais nous
Nous n'avons quand même pas émigré de notre plein gré
Choisissant un autre pays . Nous ne sommes pas allés

Dans ce pays, pour y rester, peut-être pour toujours.
Nous nous sommes enfuis. On nous a expulsés, bannis.

Le pays, qui nous a accueillis est un lieu d'exil, pas une Patrie.

Inquiets, nous sommes ainsi assis, au plus près de la frontière,
Attendant le jour du retour, guettant le moindre petit changement
Au-delà de la barrière, observant chaque arrivant,
Questionnant avec passion, n'oubliant rien et ne renonçant à rien 
Et ne pardonnant rien non plus de ce qui est arrivé, jamais rien.

Ah, le silence de la honte ne nous trompe pas! Nous entendons les cris
De leurs camps jusqu'ici. Nous sommes nous-mêmes aussi
Des échos des méfaits qui se sont envolés
Par delà les frontières. Chacun de nous
Qui va parmi la foule avec des chaussures cassées
Témoigne du déshonneur qui maintenant salit notre pays
Mais pas un de nous
Ne restera ici.
Le dernier mot n'a pas encore été dit.

 

 
NOM : ÉMIGRANTS
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19 mars 2015 4 19 /03 /mars /2015 15:46

LA GUERRE, COMME

 

 

Version française – LA GUERRE, COMME – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson allemande – Der Krieg, wie – Hans Magnus Enzensberger – 1995

Texte d'Hans Magnus Enzensberger (1929-), écrivain, poète, traducteur, éditeur allemand.,
Musi
que de Wolfgang Nening (1966-), compositeur autrichienin « 4 Lieder nach Texten von Hans Magnus Enzensberger, no. 1. »

 

 

 

Elle s'étend comme la flaque derrière l'abattoir

 

 

 

 

 

Comme une bouteille de bière cassée au soleil, elle scintille 
À l'arrêt de bus devant la maison de retraite

 

Elle craque comme le manuscrit du nègre
À la conférence de paix

 

Elle clignote comme le reflet bleuâtre du téléviseur
Sur les visages des somnambules

 

Elle sent comme l'acier des appareils de remise en forme
Comme l'haleine du vigile à l'aéroport

 

Elle beugle comme le discours du président
Elle gonfle comme la fatwa dans la bouche de l'ayatollah

 

Elle chante comme le jeu vidéo de la disquette de l'élève
Elle étincelle comme la puce au centre informatique de la banque

Elle s'étend comme la flaque derrière l'abattoir

Respire
Bruisse
Se gonfle
Sent

Comme

 

 
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18 mars 2015 3 18 /03 /mars /2015 22:35

FRANÇOIS VILLON

 

 

Version française – FRANÇOIS VILLON – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson allemande – Vom François Villon – Bertolt Brecht – 1918

 

 

Une ballade (« chansonnette », comme Brecht même écrit dans la dernière strophe) dédiée à François Villon (1431 ou 1432 – après le 1463), titulaire d'une maîtrise ès lettres à Paris à 21 ans, continuellement impliqué dans des bagarres, vols et homicides, banni de la ville en 1463 et dès cet instant disparu toujours dans le néant, de profession poète et maudit…

 

 

 

 

Longtemps, il a fui le vent et la pluie.

 

Et à la fin, il eut un gibet comme récompense.

 

 

 

 

 

 

François Villon était un enfant de pauvres gens
Un vent glacé balançait son berceau. 
De sa jeunesse sous la neige et le vent
Seul le ciel libre tout là-haut était beau .
François Villon, qu'un lit ne couvrit jamais, 
A conçu vite et tôt qu'un vent plus frais lui plaisait.

 

Les pieds en sang et le derrière irrité
Lui ont appris que les pierres sont plus pointues que les rochers.
Il a appris tôt à jeter des pierres sur les autres

Et à se rouler sur la peau des autres.
Et allongé sous sa couverture :
Il a trouvé tôt et facilement, que s'étendre lui plaisait.

 

Il ne put pas picoler à la table de Dieu
Et du ciel jamais ne descendit une bénédiction.
De son couteau, il lui fallut trouer des gens
Et mettre son cou dans leur nœud coulant.
C'est pour ça qu'il demanda qu'on lui lèche le cul
Quand il mangeait et cela lui plaisait.

 

La douce récompense du ciel ne l'a pas touché.
La police cassa tôt la fierté de son âme
Et pourtant, c'était aussi un fils de Dieu. –
Longtemps, il a fui vent et la pluie.
Et à la fin, il eut un gibet comme récompense.

 

François Villon mourut en fuyant la fosse
Avant qu'on ne l'attrape, vite, dans les buissons par ruse –
Mais son âme insolente vit bien encore 
Aussi longtemps que cette chanson qui est immortelle .
Comme il étirait ses quatre membres et crevait,
Il trouva là un peu tard, que s'allonger lui plaisait.

FRANÇOIS VILLON
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16 mars 2015 1 16 /03 /mars /2015 21:32

POUR LA NATIONAL DEPOSIT BANK

 

Version française – POUR LA NATIONAL DEPOSIT BANK – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson allemande – Gründungssong der National Deposit Bank – Bertolt Brecht – 1931

Texte de Bertolt Brecht
Musi
que de Kurt Weill

 

 

 

 

N'est-ce pas, fonder une banque,

Chacun doit trouver ça épatant.

 

 

 

 

Une chanson insérée ex novo par Brecht dans le scénario de « Die Dreigroschenoper » (L'Opéra de Quatre Sous), prévue pour la transposition cinématographique de Georg Wilhelm Pabst. Cependant, elle ne paraît pas dans le film car Pabst décida d'utiliser seulement les parties musicales de l’œuvre originale.

 

 

N'est-ce pas, fonder une banque,
Chacun doit trouver ça épatant.
Si on ne peut pas hériter de son argent,
On doit l'acquérir d'une autre manière.

 

De plus, des actions, c'est mieux
Que le revolver ou le poignard.
Mais il y a quelque chose d'ennuyeux :
On a besoin du capital de départ.

 

Si l'argent manque toutefois 
Où le prendre, si on ne vole pas ?
Ah, nous ne nous demandons pas

D'où l'ont tiré les autres banques.
Il est venu de quelque part, cet argent
Elles l'ont pris aux gens.

 

 
POUR LA NATIONAL DEPOSIT BANK
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15 mars 2015 7 15 /03 /mars /2015 22:19

LA JOURNÉE DU SOLDAT

 

Version française – LA JOURNÉE DU SOLDAT – Marco Valdo M.I. – 2015

 

Chanson italienne – La giornata del soldato – anonimo – 1915-18

 

 

On forme les pelotons, hop là !

Garde à vous, tête droite, fixes,

 

 

 

 

 

Au matin de bonne heure, hop là !

On entend la diane, hop là !

Elle sonne le réveil, on se lève au clairon.

On se vêt, on se lave, hop là !

On se prépare pour l'instruction.

 

Après trois-quarts d'heure, hop là !

On entend le rassemblement, hop là !

On sort de la chambrette,

Sac au dos, fusil à la main, hop là !

La gourde et la musette.

 

Quand en bas dans la cour, hop là !

Commence l'instruction, hop là !

On forme les pelotons, hop là !

Garde à vous, tête droite, fixes,

Grand silence obligatoire !

 

Comment est le rata, hop là !

Riz et patates crues, hop là !

Potage à la verdure réchauffé

Et dessus, chers heureux appelés,

Les mouches et les araignées que nous devons manger.

 

Puis à cinq heures tapant, hop là !

J'entends sonner le clairon, hop là !

On s'élance tous, hop là !

Et sans un sou, sans tabac

Par la ville, on s'en va.

 

Et à neuf heures pile, hop là !
J'entends sonner le couvre-feu, hop là !
Le sergent fait son inspection : 
« Silence, bande de troufions, 
Sinon, je vous fous en prison ! »

Une demie heure passe, hop là ! 
Il pleut comme vache qui pisse, hop là !
On plante là le lit de camp, hop là !
Les chaussures à la main, on saute la barrière ;
On va retrouver sa bergère.

 

À minuit pile-poil, hop là ! 
On rentre dans les chambrées, hop là ! 
Le lieutenant fait une inspection : 
« Où avez-vous été, bande de troufions ? 
Trente jours sans permission ! »

 

 
LA JOURNÉE DU SOLDAT
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14 mars 2015 6 14 /03 /mars /2015 17:16

La Poésie Fout Le Camp Villon !

 

Chanson française – La Poésie Fout Le Camp Villon ! – Léo Ferré – 1958

Interprétations :

 

 

 

 

La poésie fout le camp François !

Emmène-moi, emmène-moi !

Nous irons boire à Montfaucon

 

 

 

 

 

Voici, Lucien l'âne mon ami, une chanson française dont j'ai été stupéfait de ne pas la trouver dans ce site des Chansons contre la Guerre qui comporte bien des chansons de Léo, mais aussi une très belle chanson de Wolf Biermann : Ballade auf den Dichter François Villon de quelques années postérieure à celle de Ferré et bien entendu, la Ballade des pendus [Épitaphe Villon]par Serge Reggiani .

 

 

Il me semble que tu es bien modeste ou discret ou timide, que sais-je ? Car, à mon sens, tu devrais ajouter ta Ballade des Pauvres  , directement parodiée de celle des Pendus de Villon. Mais quelle est donc cette chanson de Ferré dont tu nous parle ?, dit Lucien l'âne en relevant le front et jetant sa crinière en arrière, comme on rejette une mèche de cheveux pour dégager le front.

 

 

Et bien, c'est tout simplement la chanson que Léo Ferré avait intitulée : « La poésie fout le camp Villon ! ». Elle est d'un caractère abrupt et à y bien regarder, puissamment révoltée. La même révolte que le petit père François. Ce n'est pas une chanson révolutionnaire, que nenni… Elle va bien au-delà, car même après les révolutions, il y a toujours des juges et tout le tralala. Il n'y a qu'à demander à Wolf Biermann.

 

 

Alors, Marco Valdo M.I., mon ami, écoutons cette canzone de Léo Ferré et comme il le fit tout au long de la longue scène, tissons le linceul de ce vieux monde qui tenta de pendre Villon, qui toujours méprisa les poètes vagabonds, sauf après leur mort, brutal, assis et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 

 

Tu te balances compagnon
Comme une tringle dans le vent
Et le maroufle que l'on pend
Se fout pas mal de tes chansons.
Tu peux toujours t'emmitoufler
Pour la saison chez Gallimard,
Tu sais qu'avec ou sans guitare
On finit toujours sur les quais.

 

La poésie fout le camp Villon!
Y'a que du néant sous du néon,
Mais tes chansons même en argot
Ont quelques siècles sur le dos.

 

Si je parle d'une ballade
À faire avec mon vieux hibou,
On me demandera jusqu'où
Je pense aller en promenade.
On ne sait pas dans mon quartier
Qu'une ballade en vers français,
Ça se fait sur deux sous de papier
Et sans forcément promener.

 

La poésie fout le camp Villon!
Y'a que des bêtas sous du béton,
Mais tes chansons même en argot
Ont quelques siècles sur le dos.

 

En mil neuf cent cinquante et plus,
De tes juges, on a les petits.
Ça tient de famille à ce que l'on dit,
Ça se fout une robe et t'es pendu.
Tu vois rien n'a tellement changé
À part le fait que tu n'es plus
Pour rimer les coups de pieds au cul
Que nous ne savons plus donner.

 

La poésie fout le camp Villon!
Y'a que du néant sous du néon,
Mais tes chansons même en argot
Ont quelques siècles sur le dos.

 

Emmène-moi dedans ta nuit
Qu'est pas frangine avec la loi.
"J'ordonne qu'après mon trépas",
"Ce qui est écrit soit écrit".
Y'a des corbeaux qui traînent ici,
Peut-être qu'ils n'ont plus de pain
Et je n'attendrai pas demain
Pour qu'ils aient un peu de ma vie.

 

 

La poésie fout le camp François !
Emmène-moi, emmène-moi !
Nous irons boire à Montfaucon
À la santé de la chanson.

La Poésie Fout Le Camp Villon !
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Marco Valdo M.I.
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