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2 mai 2015 6 02 /05 /mai /2015 20:59

ET POURTANT ELLE TOURNE

 

 

 

Version française – ET POURTANT ELLE TOURNE – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson italienne – Eppur si muove – Carmen Consoli – 2002

 

 

 

 

Coupable d'avoir osé

Ce coup de dent à cette pomme

Sacrée 

 

 

 

Regarde, Lucien l'âne mon ami, une chanson de libération, une chanson écrite par une femme, Carmen Consoli, une chanson qui agit comme un philtre libératoire…

 

 

Un philtre libératoire, une sorte de purgation, veux-tu dire ? Mais de quoi ?

 

 

Mais bien évidemment de cette écrasante atmosphère, de cet étouffant environnement que l'on ressent en Italie où l'Église se répand partout, où s'inhalent des senteurs de catholicité, où s'exhalent par tous les pores du pays des relents de cléricalisme. Et que la chanson soit écrite et interprétée par une Sicilienne est encore plus remarquable. Et de surcroît, ce n'est pas une chanson ancienne… Ce qui montre bien que la chape de plomb divin pèse toujours là-bas presqu'autant que le soleil d'été à midi. Au cœur du dispositif oppressant dont parle la canzone, on trouve l'histoire du péché originel, lequel est une pure invention d'on ne sait quel religieux sadique, qu'on inculque aux humains dès leur plus petite enfance.

 

 

En somme, on les marque au fer d'une culpabilité dont ils ne sont en rien coupables. Et après, bonne chance pour s'en débarrasser d'autant plus qu'il y a de multiples piqûres de rappel, que de catéchisme en prêches, on rebat sans cesse le clou du péché. Donc, au départ, un lavage de cerveau et ensuite, sans cesse, la menace d'un châtiment éternel… en insistant bien sur la faute primordiale.

 

 

C'est bien de cela que parle la chanson et ce dont elle entend libérer les gens. Le grand Galilée lui-même eut le plus grand mal à affronter cette engeance et ne s'en tira que par une feinte soumission. Comme durent le faire des millions d'autres ; comme des millions d'autres doivent le faire encore aujourd'hui. Silence, elle tourne ! Et la chanson est libératoire car elle dit cette chose simple : il suffit de se débarrasser de ce sentiment de culpabilité et l'on peut enfin vivre… Se débarrasser de l'Église, de Dieu et du péché est le premier pas vers la liberté humaine.

 

 

Enfin, je me réjouis grandement d’être un âne, car nous les animaux, nous ne subissons pas cette vindicte divine, même si bien évidemment, elle est purement imaginaire et qu'il suffit de ne plus y croire pour y échapper. Mais j'y pense, c'est le moment de ressortir notre antienne : « Noi, non siamo cristiani, siamo somari » (Nous, nous ne sommes pas des chrétiens, nous sommes des bêtes de somme ») et j'ajoute : et heureux de l'être.

 

 

Je me rallie entièrement à ce « et heureux de l'être ». Car, je le suis aussi.

 

 

Alors, saluons la chanteuse et sa chanson et reprenons notre tâche sempiternelle et tissons le linceul de ce monde rongé par ses sentiments de culpabilité, étouffé par les croyances, écrasé par les religions et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 

Coupable d'avoir osé

Ce coup de dent à cette pomme

Sacrée et pour avoir contesté

Leur théorie géocentrique.

 

Et pourtant elle tourne,

Malgré l'inertie imposée,

Leur envahissant obscurantisme,

Et leur répression despotique.

Au fond, il ne reste qu'à effacer

Mes sentiments de culpabilité.

Un grand merci, sans façon,

Une poignée de main, évidemment,

Un au revoir, des félicitations,

Et mes plus respectueux sentiments.

 

Coupable d'une pensée

Impure jamais confessée,

Pour avoir mis en doute

Les anges et les croisades.

 

Je me souviens de cette enfant,

Affectée de troubles mentaux graves,

Jugée diabolique cependant

Pour avoir mâché l'hostie.

 

Au fond, il ne reste qu'à effacer

Mes sentiments de culpabilité.

Un grand merci, sans façon,

Une poignée de main, évidemment,

Un au revoir, des félicitations,

Et mes plus respectueux sentiments. 

ET POURTANT ELLE TOURNE
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Marco Valdo M.I.
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1 mai 2015 5 01 /05 /mai /2015 19:40

DANS LA TRANCHÉE

 

 

Version française – DANS LA TRANCHÉE – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson flamande – In de loopgraf – Einstürzende Neubauten – 2014

Texte – Poème : In de loopgraaf – Paul van den Broeck – 1916

 

 

 

 

Un coucou appelle.

Comment puis-je danser maintenant?

Comment puis-je danser un, deux, trois ?

Dans ma tombe, c'est trop étroit.

 

 

 

 

Ou je me trompe, ou voici un terrible jeu de mots en néerlandais et même, plus exactement, en flamand… Et j'espère bien qu'il en soit ainsi. Car, vois-tu Lucien l'âne mon ami, l'orthographe habituelle est « loopgraaf » qui signifie en français : tranchée. Cependant, il est nettement écrit : « loopgraf ». D'ailleurs, le poème original s'intitulait : « In de loopgraaf ».

 

 

Et alors, dit Lucien l'âne un peu stupéfait ?

 

 

Et alors, dit Marco Valdo M.I., il me semble que cette « erreur » est volontaire et au lieu d'avoir « un endroit creusé où l'on court » (graven est le verbe qu'on peut traduire par creuser) – c'est-à-dire effectivement une « tranchée » ; on aurait « une tombe où l'on court » (graf étant la tombe, le tombeau). Tu me diras que vu du côté de l'Yser, il y a cent ans, c'était du pareil au même. Les tranchées n'étaient en définitive que des « boyaux de la mort ». Donc, je me rallie à l'erreur volontaire. Par ailleurs, je me dois d'insister sur le fait que cette chanson est en flamand et pas en néerlandais (ABN), deux langues proches, mais il y a des nuances et s'agissant de la guerre de 1914-18, d'une incidence pas seulement linguistique. Et, je t'assure que je ne dis pas ça gratuitement. J'ai au moins deux bons arguments à avancer : le premier, c'est que l'auteur du texte est un Flamand – il s'agit de Paul van den Broeck (1882 -1940), pacifiste, connu comme « de "mysterieuze Vlaamse oorlogsdichter" (Le mystérieux poète de guerre flamand), dont on ne connaît que les deux poèmes repris dans les Chansons contre la Guerre ; ce qui soit dit en passant est fort dommage. Il aurait été proche de Paul Van Ostaijen, un autre poète flamand plus connu et comme lui, proche des mouvements dada et de l’expressionnisme. Le deuxième argument est la présence du mot « manillen », qui est recensé comme un mot du néerlandais de Belgique, autrement dit du flamand. La « manille » est un jeu de cartes venu de France et qu'on jouait dans les tranchées pour tuer le temps, en espérant ne pas être tué soi-même. J'ajoute un troisième argument – de taille celui-là – c'est que ces fameuses tranchées se trouvaient dans le réduit derrière l'Yser, donc en pays flamand et que les Pays-Bas (Nederland) se disaient neutres et n'intervenaient en rien directement dans ces histoires de tranchées, tout en donnant passage et refuge aux troupes allemandes en déroute et en donnant asile à l'Empereur Guillaume II[[38007]] – au point qu'à la fin de la guerre, l'armée néerlandaise était prête à envahir « préventivement » la Belgique, qui demandait réparation de cette fausse neutralité.

 

 

Et bien, Marco Valdo M.I., on en apprend tous les jours avec toi… Il y a bien longtemps qu'on ne m'avait plus parlé de cet épisode qui faillit – n'était l'intervention des Alliés – relancer immédiatement une autre guerre. Dis-moi, la chanson elle-même

 

 

C'est vraiment un très étonnant poème fait de notations sobres, qui rappelle les danses de morts du Moyen-Âge. Quant au coucou, en effet, on l'entendait tous les jours dans les tranchées… Mon aïeul, qui y fut 4 ans, quand il entendait un coucou, tressaillait encore des dizaines d'années plus tard.

 

 

Alors, voyons cette chanson et reprenons, à notre tour, notre tâche – des plus pacifiques – et tissons le linceul de ce vieux monde qui va de guerre en guerre vers sa propre disparition, inconscient et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Comment puis-je danser un, deux, trois ?
Comment puis-je danser dans 
ces boyaux étroits ?Cette nuit est si calme ;

La lune est ronde et pleine.

 

Je veux danser,
Je veux danser.
Mais comment puis-je danser dans ces tranchées étroites ?
Les camarades, jusqu'aux os, sont épuisés.
Les camarades ont un accordéon et du genièvre. 
Ils jouent
Avec leurs os enfoncés dans la boue.

 

Je veux danser un, deux, trois,
Dans mon boyau étroit ;
Pas dans mon abri,
Mais, libre dans la nuit.

 

 

Je veux danser, encore avec les dernières étoiles
L'aube apporte les salves et les grenades
Entre les lignes.
Imperturbable, malgré le grondement,
Un coucou appelle.
Comment puis-je danser maintenant?
Comment puis-je danser un, deux, trois ?
Dans ma tombe, c'est trop étroit.

DANS LA TRANCHÉE
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Marco Valdo M.I.
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1 mai 2015 5 01 /05 /mai /2015 09:26

ARRIÈRE-PAYS

 

 

Version française – ARRIÈRE-PAYS – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson flamande - Achterland – Einstürzende Neubauten – 2014

 

 

 

Font l'acier 

Fondent les rails 

Et les mortiers

Ne pas le dire ne pas le dire ne pas le dire ne pas le dire

 

 

 

Ne pas le dire ne pas le dire ne pas le dire ne pas le dire !

Ici, le repos veut dire :

Chasser les poux !

Ils vivent uniquement de notre sang

 

Mais

De sang, d’autres vivent ailleurs :

Producteurs d’obus,

Fournisseurs de rations, 

Poudre à canon, balles,

Tous dans l’arrière-pays

Des pays neutres.

 

Chauffeurs, filles, brancardiers, docteurs

Font l’acier, 

Fondent les rails, 

Et les mortiers.

Ne pas le dire ne pas le dire ne pas le dire ne pas le dire

(on devra aussi enlever mes pensées comme les poux)

De sang, ils vivent ailleurs.

 

Ne pas le dire ne pas le dire ne pas le dire ne pas le dire !

Ici, le repos veut dire :

Chasser les poux !

Ils vivent uniquement de notre sang

 

Mais

De sang, d’autres vivent ailleurs :

Producteurs d’obus,

Fournisseurs de rations, 

Poudre à canon, balles,

Tous dans l’arrière-pays

Des pays neutres.

 

 

 

 

 

ARRIÈRE-PAYS
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Marco Valdo M.I.
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30 avril 2015 4 30 /04 /avril /2015 19:28

LE DÉBUDE LA GUERRE MONDIALE EN 1914 

 

(avec l'aide d'un imitateur de voix animales)

 

 

Version française – LE DÉBUT DE LA GUERRE MONDIALE EN 1914 (avec l'aide d'un imitateur de voix animales) – 2015

Chanson allemande – Der Beginn des Weltkrieges 1914 (unter Zuhilfenahme eines Tierstimmenimitators) – Einstürzende Neubauten – 2014

 

 

 

 

Ces deux dames, ne soupçonnant rien, s'en vont promener ...

 

 

 

 

Maintenant, Lucien l'âne mon ami, je pense qu'elle va bien te plaire cette canzone, qui est une authentique Canzone contre la Guerre, mais en même temps une chanson drôle où interviennent les animaux. En somme, c'est le début de la Guerre mondiale vu par les animaux.

 

 

En effet, cela devrait me plaire et j'ai hâte de la découvrir. Cependant, dis-moi Marco Valdo M.I. mon ami, parmi tous ces animaux qui assistent au début d'une des plus grandes tueries parmi les hommes, y a-t-il un âne ?

 

 

Malheureusement non. Mais depuis ton intervention ici-même, oui. Cependant, je voudrais te rassurer en rappelant que La Déclaration Universelle des Droits de l'Âne [[49337]] – et cette fois, de l'âne seul – se voulait valoir pour toutes espèces, l'humaine y compris. Inversement, ici, les animaux qui apparaissent et se manifestent parlent pour tous les animaux et donc, aussi bien pour les ânes et les humains.

 

 

Mais en quoi est-elle contre la guerre… ? Peux-tu me le dire ?

 

 

Certainement, Lucien l'âne mon ami. En premier lieu, il est évident qu'elle ne contient aucune condamnation explicite de la guerre, ni des armées, ni rien de ce genre. Cependant, elle utilise une autre voie : elle présente ce grand moment de l'histoire de manière ridicule, elle vise à la noyer dans l'acide comique. Elle l'évoque avec une ironie décapante et lui signifie son mépris par les cris des animaux. L'oie fait « zschzschGUERRE. ZschzschGUERRE… », approuvée par son époux le canard qui dit : « nanana coincoin. nanana coincoin » ;

le chien déclare « zschzschGUERRE guerre
KRIIIGKRIIIGOU ! » ;

la poule : « cotcot-GUERRE, cotcot-GUERRE » et « kodaakSOLDAAATS… kodaak SOLDAAATS »… et pour finir , un paon qui s'exclame « HIITLER, HIIIIITLER, HIIIIITLER ».

 

 

Je comprends et j'apprécie beaucoup. Maintenant, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde grand faiseur de guerres, hautement belliqueux, matamoresque et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

ATTENTION

 

Nous entendons maintenant le début de la guerre mondiale en 1914
Les jours d'août 1914 sont encore inoubliables pour nous tous :
L'excitation qui saisissait alors l'humanité entière était si grande que même la faune fut saisie par elle.

 

Il suffisait seulement d'avoir des yeux et des oreilles.
Moi-même, j'eus l' occasion en Alsace de conforter mes observations à ce sujet.
Déjà la mi-août 1914, nous étions installés dans un petit village des Vosges ; et en plus de nous, il y avait là encore 
Une oie
Une oie correcte
Une oie merveilleuse
— qui avec un canard, ainsi que je l'ai appris plus tard, eut une fille illégitime, comme j'ai pu comprendre : elle l'avait couvée et par reconnaissance, les deux furent inséparables.

 

Ainsi : Ces deux dames, ne soupçonnant rien, s'en vont promener sur la route,
Quand tout à coup des nuages de poussière se mettent à tourbillonner
Et derrière lesquels se profilent en rang
Des masses grises d'une armée qui se rapproche.

 

L'oie, dont la vigilance est bien connue depuis le Capitole, est aussi dans ce cas la première qui remarqua le chahut, car elle fit demi-tour immédiatement, vînt jeter l'alarme dans la basse-cour :
« zschzschGUERRE. ZschzschGUERRE… » ; le canard placide cancane derrière elle, disant « nanana coincoin. nanana coincoin ».
Ils alertent le chien de garde : « zschzschGUERRE guerre
KRIIIGKRIIIGOU ! »
« OÙ ? Woua ? Où Woù ? »

 

Arrive la famille des poulets, la poule, une dame très curieuse et plus âgée qui veut vérifier la chose de ses propres yeux. Alors, elle saute sur le mur, avec un effort (par suite de son obésité) :« cotcot-GUERRE, cotcot-GUERRE »
Elle est maintenant en haut et elle voit maintenant aussi ce qui arrive :
Et correctement, elle énonce : « kodaakSOLDAAATS… kodaakSOLDAAATS »
Le coq, son époux, beaucoup plus jeune qu'elle, qui en outre se dit, toutefois en tant que son mari 
Très rigoureux, il se dit :
Soldats, c'est une notion fort large, mais « Quelle sorte de soldats, quelle sorte de soldats ? ? »
Avec facilité, il saute sur le mur et lève les yeux à sa manière et constate
« IIINFANTRIIIIE ! ! ! ! IIINFANTRIIIIE ! ! ! ! » 

Alors, s'approche également le dindon pépère, il demande au coq qui est encore là en haut :
« CAVALERIE là-bas ?»
« CAVALERIE là-bas ?»
Et maintenant, la cavalerie passe vraiment ; sur un air de musique
CAVALERIE ! ! ! ! CAVALERIE ! ! ! !

 

L'oie arrive près du mouton : « GUERRE… « Bêêê - bêêê » : le mouton stupide n'y croit pas ! Maintenant nous aussi, nous n'y avions en partie pas cru…
Voici la vache, la vache vorace – elle ne peut manquer d'en dire aussi quelque chose, comme elle entendait subitement la musique :
« MUUUH-SIK ! MUUUUH-SIK »

 

Et comme l'artillerie lourde défilait devant lui, le porc l'apprécia entretemps tellement disant : « Couiik Artillerie, Couiiik Artelleriiiie »


Mais le paroxysme sera atteint par le fait qu'un paon historique qui avait déjà participé à celle de 1870, sauta sur la plus haute colonne de l'entrée et de là-bas en haut, il reconnut son Excellence le Generalfeldmarschall Graf Нäsе 1ег et de manière plus amusante encore lorsqu'il passa à cheval.

 

Le paon lui présenta les honneurs d'une roue grotesque en paonnant :
« HIITLER, HIIIIITLER, HIIIIITLER »

LE DÉBUT DE LA GUERRE MONDIALE EN 1914
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Marco Valdo M.I.
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28 avril 2015 2 28 /04 /avril /2015 22:37

 

SOUVENIRS D'UN VAINCU

 

Version française – SOUVENIRS D'UN VAINCU – Marco Valdo M.I. – 2015

d'après la version espagnole de Caballero Bonald (RECUERDOS DE UN VENCIDO)

d'une chanson catalane – Records d'un vençut – Joan Isaac – 1977

 

 

 

 

Parc Güell, le dimanche.

 

 

 

 

 

L'histoire d'un vaincu de la guerre civile. L'exil en France, la tentative de recommencer une nouvelle vie, le rêve – qui pour beaucoup ne fut pas possible ou fut trop tardif – d'un retour dans une patrie libérée de la dictature.

 

 

 

Vois-tu, Lucien l'âne mon ami, c'est une chanson qu'on dira – à juste titre, antifranquiste et conséquemment, antifasciste, antiféloniste et d'une façon doublement particulière :

 

d'une part, car ce sont les remembrances d'un vaincu, d'un de ceux qui durent connaître le dur exil – pour des raisons que nous connaissons et qui pèsent encore et que l'on appelle communément « real politic » ou en jouant sur les mots : de « reale politica », celle qui sévit toujours aujourd'hui en Espagne (Una, grande...) ;

 

d'autre part, car c'est une chanson catalane, chose qu'on ne peut ignorer. Et c'est de ce dernier sens que j'aimerais que nous parlions un peu.

 

 

Pourquoi pas ? Il me semble, à moi, tout âne que je suis, moi qui ai parcouru depuis bien des siècles, bien des régions, bien des villages, bien des pays, il me semble que la langue est un des éléments les plus importants de la vie de l'humaine nation ; bref, tu as raison, il faut en parler.

 

 

Moi, comme tu le sais, mon ami l'âne Lucien, je vis dans un pays artificiel, dont la plus grande partie parle une autre langue (le flamand) que celle que je m'efforce de connaître et de pratiquer (le français). Et ces gens-là (comme disait Brel) ont parfaitement le droit et même raison de parler leur langue et de vivre en elle, puisque comme pour nous tous, c'est au travers de la langue que l'on pense et que se traduisent les émotions. Donc, c'est ainsi que transite la vie, la sensation de vie. Cependant, on m'obligea – dès l'enfance et pendant des années – à me farcir l'indigeste apprentissage de langues (flamand, anglais) qui, du coup, me donnèrent la nausée. On se sent ici comme dans certaines colonies… Ah, si j'avais pu choisir ; au lieu de perdre plus de douze ans d'apprentissage inutile et humiliant, j'eusse choisi l'une ou l'autre langue. Pour se convaincre que je n'ai rien contre le fait de m'efforcer de connaître d'autres langues que le français, il suffit de voir que je traduis des langues que je ne connais même pas et surtout qu'on ne m'a pas imposées de force.

 

 

Je connais çà, ces langues qu'on impose… Ora e sempre : resistenza !

 

 

Et, il faut comprendre, Lucien l'âne mon ami, que la langue devient enjeu politique à partir du moment où on l'impose pour museler les aspirations des êtres, mais aussi pour leur imposer une domination et une exploitation, y compris économique, y compris politique. Pour que nos amis italiens comprennent bien : la partie flamande de ce faux pays est sous la houlette de ce qui ressemble à la Ligue du Nord (en Italie) ou au national-radicalisme de Madame Le Pen (en France) et ces gens-là imposent en bons nationalistes leur conception de la société. Et leur moteur est la langue ; un peu comme pour le pangermanisme, celui des Allemands de souche, fut pareillement porté par d’autres nationalistes d'un autre temps.

 

 

Rien d'étonnant dès lors que les gens d'où qu'ils soient, n'aiment pas qu'on leur impose d'autres langues que la leur. J'imagine que c'est ton cas…

 

 

En effet, Lucien l'âne mon ami, cela se passe ici même, mais c'est aussi le cas par exemple au Québec, en Suisse romande, en Catalogne, en Euzkadi… Je n'en dirai pas plus. Je préfère laisser courir la réflexion au fil du temps.

 

 

Je pense que tu fais bien, car la chose est complexe et à mon sens, elle se dénouera d'elle-même. Cela dit, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde nationaliste, oppresseur, tyrannique et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Parfois, on le trouve au café

Accroché à un verre,

Les yeux à demi-fermés

Et la bouche sèche.
Parfois, sur un banc vert
Dans un parc éloigné,
Admirant son petit-fils dont il est toqué.

 

Il est né quand est passé
Le siècle dernier.
Fils d'un petit commerçant,

Il alla à l'école jusqu’à quatorze ans ;
Puis, on le mit à travailler.
Apprenti ou je ne sais.

 

Il conserve au creux de sa main

Le parfum parisien

Des vingt ans d'une fille

Nuage déjà dissipé

Et son canotier de paille beige

Illumine les cafés

Ou les concerts du parc Güell, le dimanche.

 

Il garde dans le fonds d'un tiroir discret
Certain très vieux « Diluvio »
Où dorment des mots
Que le temps a défaits.
S'ils savaient le bien qu'ils t'ont fait,
Vaincu peu t'appelleraient .

Ce dix-huit juillet de trahison

Cent mille fois maudit

Te vola ton sourire

Et une volée de compagnons,
Peur, sang, bombes et canons,
Témoins d'un triomphe 
Qui t'a rejeté très loin d'ici.

 

Puis, l'exil, les Pyrénées, la France,
Des gens de coutumes différentes
Et l'ardeur vrillée dans la poitrine
Qui garde l'espoir que ton temps revienne.
Nous combattons tous dans cette espérance.

 
 

 

 
 SOUVENIRS D'UN VAINCU
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Marco Valdo M.I.
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27 avril 2015 1 27 /04 /avril /2015 22:17

Le Bouffon de Franziska

 

Chanson française – LBouffon de Franziska – Marco Valdo M.I. – 2015

 

ARLEQUIN AMOUREUX – 5

 

Opéra-récit historique en multiples épisodes, tiré du roman de Jiří Šotola « Kuře na Rožni » publié en langue allemande, sous le titre « VAGANTEN, PUPPEN UND SOLDATEN » – Verlag C.J. Bucher, Lucerne-Frankfurt – en 1972 et particulièrement de l'édition française de « LES JAMBES C'EST FAIT POUR CAVALER », traduction de Marcel Aymonin, publiée chez Flammarion à Paris en 1979.

 

 

 

 

 

Harlekin, tu es mon non-sens

Pure invention, je te garde bouffon.

 

 

 

 

 

 

Cette fois, Lucien l'âne mon ami, notre Arlequin, amoureux et déserteur, est aux prises avec ses maîtres. Il y a bien sûr l'Arlecchina à laquelle il se doit de rendre des comptes, auprès de qui il veut trouver le sens de sa propre vie ; en qui il met toutes ses espérances.

 

 

On ne peut en effet être Arlecchino que si on joue la comédie de l'amour avec son Arlecchina et que toujours, à cette figure, on reste obstinément attaché, sinon fidèle. C'est donc bien là, sa vraie maîtresse. La chose est évidente, mais quels sont ses autres maîtres ?

 

 

Ah, Lucien l'âne mon ami, il te souviendra que Matthias le déserteur avait abouti dans le château de la petite ville de Bohème,d'où il était issu, car il ne supportait pas d’être loin du pays, mais aussi, car finalement, c'est là qu'il avait trouvé refuge contre l'hiver et une situation – sans aucun doute provisoire – mais où il mangeait et avait chaud. Cependant, il y périssait d'ennui et le printemps venant, il voulut reprendre son errance. C'était compter sans la Comtesse, une Hohenfeld, qui s'ennuyait dans son château tout autant que lui. Elle l'avait recueilli pour en faire le conseiller in teatro de son auguste mari, le Comte Wallenstein et voilà qu'elle le surprend à s'éclipser avant même que le Comte ne soit revenu de Vienne. Mais elle le retient, l'Harlekin déserteur en lui chantant ce petit refrain :

« Regarde, Harlekin, là dans la cour

Passer cet officier au pied de la tour.

C'est le responsable de ton régiment.

Harlekin, mon ami, sois prudent ! »

 

 

C'est du chantage, tout simplement, dit Lucien l'âne estomaqué. Mais dans le fond, comment tient-on les gens ?

 

 

Et puis, le Comte revenu est bien content de pouvoir discourir avec cet inconnu, bombardé par son épouse, conseiller in teatro. Il lui parle des affaires militaires, telles qu'elles sont perçues à Vienne où l'on craint par dessus tout dieser Bonapart et ses Français. Ils ne se trompaient pas ces prévisionnistes viennois. Il y faudra encore bien des années avant de mettre hors de combat l'Empereur auto-proclamé sur les cendres de la République. Une manie française qui se répétera. Mais, il convient de se souvenir que nous sommes tout au début du siècle, c'est-à-dire bien des années avant qu'à Vienne, précisément, on réduise en mille morceaux cet Empire trop audacieux. Leurs craintes pourront à loisir se révéler fondées.

 

 

Mais, dis-moi, Marco Valdo M.I. mon ami, il y a quelque chose qui souvent m'intrigue dans ces canzones de ton Arlequin : que veux-tu dire dans ces refrains étranges ? Parfois, c'est à n'y rien comprendre. Qu'en sais-tu ?

 

 

Moi, rien ; je suis comme toi, je découvre. Peut-être Arlecchino, en sait-il quelque chose ? Ce n'est pas sûr, mais il se laisse soliloquer en confiant le sens des choses à la poésie et la suite de son aventure.

 

 

Et puis, il change continuellement de nom… Explique-moi un peu.

 

 

Mais c'est simple, Lucien l'âne mon ami. Pour nous, il est Arlequin, Matĕj, alias Matthias, Matys, Matysek, Mathieu Kuře, qui signifierait poussin, poulet…D'où, le Pollo que lui lance son Arlecchina pour qui il est Arlecchino. Pour le Comte et la Comtesse, il est Luigi Sevastiano, le conseiller in teatro… Pour la Contessa, sa padrona, qui se prénomme Franziska et qui est Allemande, il est aussi Harlekin. Et puis, au fil de son histoire, on lui trouvera sans doute de nouveaux noms. Mais que veux-tu quand on est déserteur, quand on doit vivre dans la clandestinité, on vit de faux noms, de faux papiers.

 

Alors, voyons la suite de l'aventure de notre Arlequin amoureux et tissons nous aussi le linceul de ce vieux monde réactionnaire, militaire, ennuyeux et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Ach, dit la comtesse Franziska,

Le comte adore l'opéra.

L'opéra italien… pour tout dire.

Ah, padrona, je ferais mieux de repartir.

 

Repartir ? Où étais-tu auparavant ?

Je me suis enfui du régiment.

Je n'aimais pas la tenue militaire.

Elle ne me va pas. Elle n'a pas bel air.

 

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,

Oui, Monsieur Chi,

Oui, Monsieur Nelle,

Oui, Monsieur Polichinelle.

 

 

Harlekin, tu es mon non-sens

Pure invention, je te garde bouffon.

Arlechinna, ô délice de vie, mon espérance !

Arlecchino, tu es fin saoul. Comme un cochon...

 

Harlekin, où pars-tu comme ça ?

Que fais-tu, mon garçon ?

Mais que fais-tu de ce baluchon ?

Je m'en vais, Contessa. Loin d'ici, padrona.

 

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,

Oui, Monsieur Chi,

Oui, Monsieur Nelle,

Oui, Monsieur Polichinelle.

 

 

Tu t’en vas, tu t'enfuis… Mais pourquoi ?

Je m'ennuie, Arlecchina. On s'ennuie ici, padrona.

Moi aussi, Harlekin… Ne t'en va pas !

Sois mon fou ! Au moins, on s'amusera.

 

Regarde, Harlekin, là dans la cour

Passer cet officier au pied de la tour.

C'est le responsable de ton régiment.

Harlekin, mon ami, sois prudent !

 

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,

Oui, Monsieur Chi,

Oui, Monsieur Nelle,

Oui, Monsieur Polichinelle.

 

 

Hé, Matthias, la Flûte enchantée, tu connais ?

Pensez bien ! La Zauberflöte, autrefois, à Prague !

L'Histoire, Bonapart et ses Français

L'art, l'art… Les guerres sont plus puissantes.

 

Luigi Sevastiano, vilain Bohème

Bateleur errant, il nous faudrait un miracle

Ou un décor marin où des cormorans

Voleraient contre le soleil éternellement.

 

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,

Oui, Monsieur Chi,

Oui, Monsieur Nelle,

Oui, Monsieur Polichinelle.

 

 
Le Bouffon de Franziska
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Marco Valdo M.I.
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26 avril 2015 7 26 /04 /avril /2015 20:28

LE CROISÉ

 

Version française – LE CROISÉ – Marco Valdo M.I. - 2015

Chanson italienne – Il crociato – Joe Fallisi – 2006

 

 

 

 

 

 

 

En chantant de joie, nous levons la main ;

 

Pour notre Seigneur, élevons nos prières !

 

Très pure Vierge et Église de Rome

Nous vous offrons la proie enchaînée maintenant domptée.

 

 

 

 

 

 

 

Texte inédit envoyé par Joe. 
« 
Pour illustrer la barbarie de la conquête et les attitudes particulières de ses acteurs, voilà les réflexions de deux parmi rares critiques blancs contemporains des événements. Lmissionnaire dominicain espagnol Bartolomé de Las Casas écrivait dans sa Brevísima relación de ldestruyción de las Indias (1552) :

 

« Ils entraient dans les villages et ne laissaient ni enfants, ni vieux, ni femmes enceintes ou parturientes, si ce n'est après les avoir éventrées et coupées en morceaux. Ils pariaient lequel savait déchirer un homme d'un seul coup de couteau, ou lui coupait la tête d'un coup de pique, ou lui mettait à nu les viscères. Ils arrachaient les petits du sein des mères et leur claquaient la tête sur les roches. D'autres, de dessus leurs épaules, les lançaient dans les fleuves ; ils les embrochaient sur une épée avec leurs mères. Ils élevaient de longs gibets auxquels ils attachaient des groupes de treize personnes, en honneur et référence à notre Rédempteur et ses douze apôtres ; ils y mettaient feu et ils les brûlaient vifs. Les hommes et les nobles, ils les tuaient ainsi : sous les gibets, ils alimentaient un feu ténu, pour qu'ils rendissent l'âme lentement, en des hurlements atroces. J'ai vu toutes les choses que j'ai dites et bien d'autres, innombrables. Ne serait-il pas convenable d'appeler diables ces chrétiens et de confier les Indiens aux diables de l'enfer plutôt qu'aux chrétiens des Indes ? ».

 

Et, quelques années après, le voyageur italien Girolamo Benzoni dans son Historia del Mondo Nuovo (1565) : « En voyant la manière de vivre et les très grandes cruautés qu'on commettait partout, les Indiens n'ont non seulement jamais voulu admettre que nous soyons chrétiens, mais encore maintenant certains ne veulent pas croire que notre réalité est que nous sommes nés sur la terre et disent ainsi qu' « on a congelé la mer et nourri l'écume et que nous sommes venus sur la terre pour détruire le Monde.Disant que les vents ruinent les maisons, tronquent les arbres et le feu les brûle, mais que ceux-là dévorent tout, consument la terre, forcent les fleuves, ne sont jamais tranquilles, ni au repos, vont toujours en courant d'un côté et de l'autre en cherchant l'or et l'argent, en ne s'en rassasiant jamais ; ensuite, les jouent, font la guerre, se tuent, volent, jurent, renient, ils ne disent jamais le vrai, et sont privés de nos maintiens. Et finalement, ils maudissent la Mer qui a mis dans la terre de si mauvais et de si âpres fils. » (on peut trouver les deux les citations à l'intérieur du cap. II - pp. 33-52 - P. Coppo, Passages. Éléments de critique de l'anthropologie occidentale, I libri dell’Oroboro, Edizioni Colibrì, Milano 1998. Cfr. N. Chomsky, An 501, la conquête continue. L'épopée de l'impérialisme du génocide colonial à nos jours, Gamberetti Editrice, Roma 1993.)

 

Commettre des massacres abominables au nom du « Rédempteur » et de la « civilisation » était du reste une attitude avec de solides racines chez les chrétiens d'Occident. Il suffit de rappeler, bien avant l'Inquisition, le comportement des croisés dans le victorieux assaut de Jérusalem de 1099 : «  Une fois une brèche faite, les croisés purent monter l'escalier d'assaut et entrer par effraction dans Jérusalem. Les portes furent ouvertes, et les chrétiens s'essaimèrent au cri de « Dieu le veut, Dieu nous aide ! » dans les rues. Et commença l'horrible massacre des fugitifs :

 

« Les nôtres les poursuivirent de près, en les tuant à coups d'épée, jusqu'au temple de Salomon, où ils firent un tel massacre qu'on pataugeait dans le sang jusqu'aux chevilles. Pas une maison ne fut épargnée. Le simple meurtre de vieux, de femmes et d'enfants ne leur suffisait pas . Pour cela, certains furent forcés de se jeter des tours, d'autres furent jetés des fenêtres pour que la rupture de l'os du cou leur donne une mort lente ; et les enfants furent arrachés du sein maternel et lancés contre des murs et des poutres pour en faire jaillir le cerveau. Certains, enfin, furent rôtis à feu lent, à d'autres, ils ont déchiré le ventre pour vérifier s'ils avaient avalé de l'or ou des bijoux.

 

« Ce furent des choses admirables à voir, » trouve le clerc Raimondo d'Agiles. « D' innombrables sarrasins furent décapités , d'autres tués avec les flèches, d'autres flanqués des créneaux des tours, d'autres encore torturés pendant des jours et puis, livrés aux flammes. Les routes étaient couvertes de tas de têtes, de mains et de pieds coupés, et partout il fallait s'ouvrir un passage entre des chevaux morts et des cadavres humains. » Personne n'échappa au massacre. Les Juifs, réfugiés dans la synagogue principale, furent enfermés dedans et tous brûlés.

 

Entre 40 et 70.000 êtres humains, selon les chroniqueurs, perdirent la vie en un jour de la main des pèlerins venus au nom de la croix. Et un autre chroniqueur écrit : « Personne n'a jamais vu, ni entendu de tel massacre parmi les païens. » Et ce même chroniqueur, ayant fait le relevé des meurtres et des pillages, se hâte d'ajouter : « Dès lors, heureux et pleurant de joie, les nôtres allèrent vénérer la tombe de Notre Sauveur » (J. Lehman, I crociati, Garzanti, Milano 1996, pp. 127-128) Cfr. Historiens arabes des croisades, par F. Gabrieli, Einaudi, Torino 1987 ; . À Maalouf, les croisades vues des Arabe, SIX, Torino 2001 ; Bernard Lewis, What went wrong ? Western impact and Middle Eastern response, Oxford University Press, 2002 ; plus en général, sur le rôle de la chrétienté : http://www.uaar.it/documenti/cultura/numeri/numeri04.html. 

On peut lire semblable évocation horrible chez Ludovico Ariosto : «.../leurs destriers nageront jusqu'au ventre/dans le sang humain dans toute la campagne... » (Orlando furioso, III, 55). »

(de J. Fallisi, Maradona e l’emisfero australe, in preparazione)

 

 

 

Nous partîmes de la Lorraine par un froid matin

En selle vers la gloire et le salut divin.

Eustache et Baudouin, mes chers frères

Sous peu nous attendent des jours splendides.

Un fleuve de sang d'infidèles

Lavera les plaies du Christ notre Seigneur,
Jérusalem nous apparaîtra dans sa splendeur,

Nous en enlèverons les murailles pour le Rédempteur !

Quand je pense à cette histoire

Et me regarde dans le miroir,
Je vois un monstre, un damné.

Je suis Godefroid le croisé.

 

De se répandre en ville par les brèches, est venue l'heure,

Nos épées seront féroces comme nos cœurs.

Juifs, musulmans tremblez et implorez,

Le cœur des chevaliers est sans pitié.

Jésus Homme-Dieu, Christ rené, de toi

Notre Condottiere, j'écoute la voix.

Nous sommes les instruments du destin divin,

Du Dieu unique, du droit chemin.

Quand je pense à cette histoire

Et me regarde dans le miroir,
Je vois un monstre, un damné.

Je suis Godefroid le croisé.

 

Oh Sainte Jérusalem en flammes, tu flamboies

Nous exultons de la gloire que tu nous dois.

L'amour chrétien guide notre main

Et ouvre la route à un futur lointain.

Ô Christ de vie mort, tu veux que je donne la mort

Et la mort et encore la mort et toujours plus, la mort.

Christ, avec Christ, du Christ, de Christ
Oh Duce terrible, très saint Christ !

Quand je pense à cette histoire

Et me regarde dans le miroir,
Je vois un monstre, un damné.

Je suis Godefroid le croisé.

 

Arrachez les petits enfants aux seins tremblants ;
Jetez-les en repas aux chiens grondants !

Islam et Mahomet et dieux païens,
Pour vous maudits, il n'y a plus de lendemain.

Égorgez, mes preux, éventrez, pendez ;

De toutes les manières possibles, détruisez !

Brûlez la synagogue, brûlez-les vifs,

Cette race de déicides, ces infâmes Juifs 

Quand je pense à cette histoire

Et me regarde dans le miroir,
Je vois un monstre, un damné.

Je suis Godefroid le croisé.

 

Dans le sang jusqu'aux chevilles, nous marchons vainqueurs ;

Baisse la tête infidèle et puis, meurs !

On n'entend plus une plainte, pas une jérémiade ;

Seul reste le silence du Saint Sépulcre.

En chantant de joie, nous levons la main ;
Pour notre Seigneur, élevons nos prières !

Très pure Vierge et Église de Rome

Nous vous offrons la proie enchaînée maintenant domptée.

Quand je pense à cette histoire

Et me regarde dans le miroir,
Je vois un monstre, un damné.

Je suis Godefroid le croisé.

 

Quand je pense à cette histoire

Et me regarde dans le miroir,
Je vois un monstre, un damné.

Je suis Godefroid le croisé.

 

 

LE CROISÉ
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Marco Valdo M.I.
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22 avril 2015 3 22 /04 /avril /2015 14:24

MAFIA ET PRÊTRES

 

 

Version française – MAFIA ET PRÊTRES – Marco Valdo M.I. – 2015

 

Chanson sicilienne – Mafia e parrini – Rosa Balistreri – 1973

 

Texte : Ignazio Buttitta (1963)

Musique : Otello Profazio (1967), Joe Fallisi (2004)

Le texte d'Ignazio Buttitta, fut mis en musique et chanté d'abord par Otello Prefazio (1967).
Récemment, il a été repris et remis en musique par Joe Fallisi (2004).

 

 

 

 

Aussi loin que je m'en souvienne, dit Lucien l'âne, 

la mafia s'est toujours fort bien entendue avec l'Église catholique. 

Et inversement.

 

 

 

 

 

 

Voici, Lucien l'âne mon ami, une chanson qui ne mâche pas ses mots. Une chanson dont on ne peut penser qu'elle accepte le règne de l'omerta, de cette « loi du silence » qui écrase les pauvres de Sicile et enterre dans le silence leurs cris de détresse ou leurs protestations contre les humiliations et l'exploitation qu'ils subissent. C'est une chanson de dénonciation de l'alliance de la mafia et du goupillon.

 

 

Aussi loin que je m'en souvienne, dit Lucien l'âne, la mafia s'est toujours fort bien entendue avec l'Église catholique. Et inversement.

 

 

 

 

 

La mafia et les prêtres
La main se donnèrent.
Pauvre citoyen,
Pauvre paysan !

 

Mafia et prêtres
Se sont donné la main.
Mafia et prêtres
Se sont donné la main.

 

Mafia et prêtres :
Éternelles sangsues,
Le bât sur nos épaules
Et la corde qui nous étrangle.

 

Mafia et prêtres
Se sont donné la main.
Mafia et prêtres
Se sont donné la main.

 

L'un montre la croix,
L'autre cible et tire
L'un de l'enfer menace
Et l'autre de la lupara.

 

Sicile, de combien de peines,
De pleurs, ton cœur se défeuille :
Soutane et scapulaire
T'ont couverte de deuil.

 

N'avons-nous plus d'oreilles, de langue ? ? !
Brisons les chaînes !
La Sicile veut la gloire !
Pas la mafia ou les prêtres !

 

Mafia et prêtres
Se sont donné la main.
Mafia et prêtres
Se sont donné la main.

 
 
 
MAFIA ET PRÊTRES
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21 avril 2015 2 21 /04 /avril /2015 21:15

BEAU PAYS L'ITALIE

 

Version française – BEAU PAYS L'ITALIE – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson italienne – Bel paese l'Italia – Olindo Guerrini – 1901

Publiée le 21 février 1904 dans le n°. 5, anno I d'« Action Socialiste », hebdomadaire de la section socialiste de Brindisi (« Soyez des hommes, et pas des moutons fous !  », un des exergues en première page).

 

 

 

 

 

Le coup tordu de Napoléon le Petit sauva la Papauté et le Vatican, ouvrant ainsi la voie à la reconquête de l'Italie par les tenants du catholicisme

 

 

 

Chanson superanticléricale publiée dans le journal des socialistes des Pouilles, aux idées proches de celles du philosophe marxiste Antonio Labriola, pour déplorer comment après 1901 en Italie – alors gouvernée par Giolitti (libéral), mais traversée par de forts courants nationaux-catholiques – on avait déversé des bandes de religieux de tous ordres, surtout des Jésuites, chassés de France où le gouvernement de défense républicaine de Pierre Waldeck-Rousseau (celui qui auparavant avait légalisé les syndicats des travailleurs) avait promu une loi sur l'associationnisme qui soumettat à juste titre les congrégations religieuses, surtout celles qui s'occupaient de l'éducation des enfants, à la reconnaissance et à l'étroite vigilance de la part de l'État. Cela avait amené la fermeture de centaines d'instituts religieux et la migration en masse de milliers de « corbeaux » vers le « sein de la Sainte Mère l'Église ».

Et la « pédéraste armée de moines » encore aujourd'hui, à 110 ans du moment  fut composée cette chanson caustique, continue dans ses infamies : à Malte, deux prêtres viennent d'être condamnés par tribunal ordinaire à de discrètes peines de détention pour avoir abusé de nombreux mineurs dans un orphelinat religieux ; et en Irlande, on a vu ces derniers jours la publication du « rapport Cloyne » dans lequel le gouvernement dénonce le fait que les crimes sexuels au détriment de mineurs accomplis par des prêtres jusqu'il y a peu furent cachés par les évêques et le Saint-Siège qui chercha « à bloquer une enquête dans un État souverain, démocratique et républicain, il y a pas plus de trois ans, pas il y a trente ans », a déclaré le premier ministre irlandais Enda Kenny.

« Quel beau pays ! La descente des corbeaux des Alpes françaises dans la plaine italienne a suscité les colères de toute la démocratie, même de la tricolore qui a jusqu'ici flirté avec le Vatican. Et les journaux sont encombrés de protestations sensationnelles ; on voudrait rien de moins que l'application rigide de la vieille loi sur les congrégations… Mais plutôt que de s'abandonner à de mélancoliques considérations sur les lois , il vaudrait mieux relire les vers caustiques du poète Olindo Guerrini :  »

 

 

 

Sans relever toutes les allusions que contient ce texte, juste deux mots concernant Garibaldi… qui apparaît tout à la fin à Mentana. Il s'agit de la dernière bataille que livra Garibaldi à Mentana face aux troupes françaises de Napoléon III , en novembre 1867. Bataille perdue face aux nouveaux fusils Chassepot. Le coup tordu de Napoléon le Petit sauva la Papauté et le Vatican, ouvrant ainsi la voie à la reconquête de l'Italie par les tenants du catholicisme. À cet égard, plus d'un siècle après la chanson, la situation n'a fait qu'empirer. On peut à présent constater que l'Italie de la fin du XIXième siècle, qui était un pays moderne et laïc, a basculé (aidée en cela par le fascisme, qui signa les infâmes accords du Latran) dans la bigoterie institutionnalisée au point d'être devenue une sorte de Catholand ou de Katholikistan. Pauvre Garibaldi, en effet !

 

Ainsi Parlait Marco Valdo M.I.

 

 

 

La pédéraste armée de moines 
Que nous a envoyée la France
À présent, dans ses béates fainéantises

S'épand parmi nous et déroule sa panse

 

S'abattent les louches compagnies 
Leurs instruments et leurs professeurs sacrilèges
Qui distillent poisons et eaux-de-vie
Et fondent des collèges.

 

Beau pays, l'Italie belle 
Pour les tripes sacrées des charognards
Qui parmi les poux de leurs immondes cellules 
Sèment les bâtards.


Beau pays ! Si l'Autriche impose 
Son veto, si se bouge l'Espagne
Voici qu' accourent les frères
En ce merveilleux pays de Cocagne

 

Comme les brames de leurs bandes immondes
Sont pour nous des ordres,
S'ils veulent téter, notre mère l'Italie 
A de grandes mamelles

 

Ici, leurs clergés puants 
Ici, trouvent la terre qu'ils préfèrent
Ici, parmi nous où croissent les couvents
Et croulent les écoles.

 

Et les juges du roi servent la messe 
Avec le cierge par devant
Et la bannière de l'Italie est remise
À la garde du Vatican.

La prison est prête pour qui ne croit pas 
À la vertu des saints et des vierges !
Quel beau pays pour le Saint-Siège 
Et les moines aux semelles de bois.

 

Hélas, c'est ce déferlement 
De prêtres et de bandits
Qu'à Mentana, tu combattis vainement
Pauvre Garibaldi !

 

 
BEAU PAYS L'ITALIE
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20 avril 2015 1 20 /04 /avril /2015 16:54


LE PAUVRE ECHILEO

 

Version française – LE PAUVRE ECHILEO – Marco Valdo M.I. – 2015

 

Chanson italienne – Il povero Echileo – Gruppo Padano di Piadena – 1966

 

Texte de Sergio Lodi

Musicassette autoproduite par le Gruppo Padano di Piadena pour le spectacle « Ci ragiono e canto » créé en 1966.

Puis dans la première édition du spectacle « Ci ragiono e canto (vol. 2) » de Dario Fo – 1969

 

 

 

 

 

 

 

Le pauvre Echileo

Après avoir beaucoup souffert est mort
Si gracile et pourtant si fort

 

C'est qu'il faut du courage
Pour repousser le prêtre
C'est qu'il faut courage
Pour s'enterrer au cimetière

Sans bénédictions

 

 

Il n'y avait pas de prêtre
Mais derrière son cercueil
Il y avait le drapeau de la liberté

  LE PAUVRE ECHILEO
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