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28 février 2014 5 28 /02 /février /2014 14:15

TOMBES

 

Version française – TOMBES – Marco Valdo M.I. – 2014

 

Chanson allemande - Gräber – Wolf Biermann - 1990

 

Paroles et musique de Wolf Biermann

 

 

 

En Crète, j'ai trouvé un cimetière

Pour Patrie et Führer

Beaucoup de soldats allemands y dorment

Dans la colline au bord de la route

 

 

 

 

Le père de Wolf Biermann, Dagobert, non seulement était juif mais aussi ouvrier, non seulement était ouvrier, mais aussi communiste. Et non seulement il était communiste, mais aussi membre de la résistance antifasciste. Il fut arrêté et condamné à six ans de captivité pour avoir saboté les pièces destinées à un navire de guerre. En 1942, lorsque les nazis décidèrent d'appliquer la « solution finale au problème juif », le père de Wolf Biermann fut aussi déporté dans un camp d'extermination, à Auschwitz, où il fut assassiné le 22 février 1943.

 

En Allemagne démocratique de l'après-guerre, Wolf Biermann devînt ami et élève de Hanns Eisler, revenu au pays après avoir été chassé des USA car il était communiste ; avec le maestro , il partagea rapidement une attitude critique envers le « socialisme réel ». À partir de 1963, peu après la mort d'Eisler, les autorités communistes commencèrent à censurer les œuvres de Biermann et en 1965, ils le marquèrent officiellement comme « traître de la classe ouvrière ». Comme il le raconte lui-même dans cette chanson, il fut même empêché de voyager en Pologne voisine pour rendre hommage à son père tué à Auschwitz (« Je n'ai pas besoin de chercher la tombe de mon père : il est partout, où je vois une cheminée fumer »). Ensuite en 1976, pendant qu'il se trouvait en tournée en Allemagne de l'Ouest, le gouvernement de l'Est lui rétira la citoyenneté, l'empêchant de rentrer et le forçant à l'exil.

 

 

En Crète, j'ai trouvé un cimetière

Pour Patrie et Führer

Beaucoup de soldats allemands y dorment

Dans la colline au bord de la route

Et sur eux mûrit

Le vin jaune

Trop doux ! Le vin jaune

Que j'ai englouti.

 

Et à Formentera, les morts habitent

Dans le confort, juste à côté

Du grand cimetière de voitures.

Cela m'a un peu effrayé

Qu'avec leurs armes, comme des guerriers

Ils reposent, morts, disposés

Au voyage dans l'éternité

Dans des voitures démobilisées

 

À Moscou, au cimetière des nonnes

Se tiennent là sous les images et les pierres

Les meurtriers et leurs victimes

Os sur os, ils gisent

Et jurent et geignent et cognent

Et à vif se griffent l'un l'autre

Et crient avec la terre sanglante

Dans leur bouche béante

 

Ainsi, j'ai brouté quelque tombe

J'ai bouffé des fleurs mortes

Et sur mon âme pèse

Une pierre de juif de Prague

Les morts ont une vie particulière

Ils parlent calme et clair

Même les mensonges de leur vie

Deviennent vrais dans le silence

 

Moi je sais, les morts vivent

Et veulent, que leur rende visite

Celui qui passe froid près d'eux, froids

Damné et maudit, il sera – Moi pas !

La pierre tombale de mon père

Est partout. Moi je n'ai pas

À chercher longtemps sa tombe

Elle est très facile à trouver

Là, où fume une cheminée.

 

TOMBES
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Marco Valdo M.I.
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27 février 2014 4 27 /02 /février /2014 18:34

SEULEMENT UNE GUERRE

 

Version française – SEULEMENT UNE GUERRE – Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson italienne – Solo una guerra – Klaxon2002

 

 

OMBRE

 

 

 

 

 

On avait appelé mon ami
Il n'a pas eu la force de déclarer
Que ce n'était pas une guerre pour lui,
Qui ne savait pas tirer

 

Il n'avait jamais eu de raison, c'est certain
De cracher sur la vie d'un homme
Il n'avait jamais eu peur de rien,
C'était un homme d'honneur et de courage

 

Mais on l'avait forcé à combattre
Des gens comme lui
On l'avait forcé à penser des choses
Qui n'étaient pas de son univers à lui

 

Il n'avait pas envie de tuer
Mais il a tué pour vous
Il n'avait pas envie de pleurer
Mais il a pleuré pour vous

 

Il n'avait jamais cru à ses ragots,
Mais l'église l'a voulu avec soi.
Il n'avait jamais joué au héros,
Un héros pourquoi ?

 

Il ne savait pas combattre
Mais il a combattu pour vous
Il avait seulement l'envie de vivre
Mais il est mort pour vous

 

 

Seul un numéro restera de lui
Et je crois pas davantage et puis
C'est pour lui que je ne veux pas la guerre,
Que je ne veux plus combattre

SEULEMENT UNE GUERRE
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27 février 2014 4 27 /02 /février /2014 15:39

AU CIMETIÈRE DE MONTMARTRE

 

Version française – AU CIMETIÈRE DE MONTMARTRE – Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson allemande – Auf dem Friedhof am Montmartre – Wolf Biermann – 1979
Paroles et musique de Wolf Biermann

 

 

 

Henri et Mathilde

à Frankfort

 

 

 

 

Au début des années 30, Heinrich Heine abandonna l'Allemagne (« Deutschland, ein Wintermärchen », comme il l'écrivit une dizaine d'années plus tard) pour la plus libre France. La censure de ses œuvres dans son pays le frappa dès 1835, mais le poète ne pouvait pas imaginer qu'elle serait encore plus féroce cent ans après, lorsque ses livres – avec ceux de tant d'autres auteurs – ne furent pas seulement interdits, mais furent brûlés dans des autodafés (Bücherverbrennungen) organisés par les nazis en mai 1933…

 

 

 

Au cimetière de Montmartre

Les cieux de l'hiver pleurent.

Et moi avec mes petites chaussures, je saute

Par-dessus les flaques, où nagent

Les saletés qui se défont doucement

Les crottes des chiens de Paris

Et j'ai les pieds trempés, quand

Je trouve la tombe d'Heine Henri.

 

Là, gèlent sous le marbre blanc,

Au fond de l'exil, ses ossements.

Avec lui, là, rêve Dame Mathilde

Et ainsi, il n'est pas seul à geler.

Mais elle ne s'appelle plus Mathilde

Dans la pierre, on lit gravé

Son grand nom, à lui, là, en grand,

Et dessous : Madame Heine, uniquement

 

Quand les Allemands à leur arrivée,

Ont planté leurs croix gammées

Sur la ville aux bords de la Seine,

Il les gêna ce nom d'Henri Heine !

Et moi je ne sais pas comment, mais je sais

Ceci seulement qu'ils l'ont effacé

Et qu'il fut réécrit

Par des Français dans la nuit.

 

Au cimetière de Montmartre

Les cieux de l'hiver pleurent.

Et moi avec mes petites chaussures, je saute

Par-dessus les flaques, où nagent

Les saletés qui se défont doucement

Les crottes des chiens de Paris

Et ainsi j'avais les pieds trempés, quand

J'ai trouvé la tombe d'Heine Henri.

AU CIMETIÈRE DE MONTMARTRE
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26 février 2014 3 26 /02 /février /2014 21:35

MAINTENANT C'EST À NOUS !

 

 

Version française – MAINTENANT C'EST À NOUS ! – M arco Valdo M.I. – 2014

Chanson italienne – Adesso tocca a noi – Senza Sicura – 1997

http://www.antiwarsongs.org/canzone.php?lang=it&id=46875

 

 

 

 


Nous vêtirons de bleus les patrons

En voilà déjà un !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nous vêtirons de bleus les patrons

Nous les ferons chanter en chœur et à genoux
« Maintenant, c'est à nous de travailler pour vous ! »
Nous vêtirons les fascistes de chiffons et de cartons
Pour une vie de clochards, nous pourrons leur chanter
« C'est à nous de vous écœurer ! »
Mais nous, non, nous ne serons jamais comme vous
Mais nous, non, nous ne serons jamais comme vous

 

Aux flics, nous arracherons leurs uniformes et leurs écussons
Et nous les mettrons dans un ghetto à chanter à l'unisson
« C'est à vous de nous faire tenir tranquilles ! »
Au milieu des déshérités, nous enverrons prêtres et papes
Et en chœur, nous les ferons chanter
« Maintenant, c'est à vous de nous confesser ! »
Mais nous, non, nous ne serons jamais comme vous
Mais nous, non, nous ne serons jamais comme vous

Qui doit payer, vous l'avez décidé
Qui doit suer, vous l'avez décidé
Qui doit saigner, vous l'avez décidé

 

 

Frères, camarades, trop d'années ont passé
Nous avons saigné, payé et sué
Frères, camarades, trop de temps s'en est allé
Maintenant c'est à nous, maintenant c'est à nous, maintenant c'est à nous !
Maintenant c'est à nous, travailleurs et exploités
Maintenant c'est à nous, oubliés, désespérés
Maintenant c'est à nous, clochards sans maison et mal-aimés
Maintenant c'est à nous, maintenant c'est à nous, maintenant c'est à nous !
Maintenant c'est à nous, travailleurs et exploités
Maintenant c'est à nous, oubliés, désespérés
Maintenant c'est à nous, clochards sans maison et mal-aimés
Maintenant c'est à nous, maintenant c'est à nous, maintenant c'est à nous !

MAINTENANT C'EST À NOUS !
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25 février 2014 2 25 /02 /février /2014 21:48

CARNAVAL

 

 

Version française – CARNAVAL – Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson italienne – Carnevale – Sergio Endrigo - 1977


Paroles et musique de Sergio Endrigo
http://www.antiwarsongs.org/canzone.php?lang=it&id=46865

 

Lisez bien le texte, ne s'agit pas d'une simple chanson « nonsense »… Il y a toute l'âme poétique - et politique – d'Endrigo…

 

 

 

Tant qu'il dure, je reste ici

Tant que tout va bien ici

 

Carnaval, carnaval

Toutes les blagues se valent

 

 

 

 

La brebis a rugi
Le diable s'est converti
Ils ont loti la cathédrale
La cloche s'est pendue
À la lumière de la chandelle
Une sœur a bruni
Passe un enterrement
Elle sourit.

 

Carnaval, carnaval

Toutes les blagues se valent

 

On ne met pas le doigt entre femme et mari,
Une mulâtresse a enlevé ses habits
La famille tombe en ruine
Quand la femme n'est pas à la cuisine
La famille se détruit
L'État pense à tous et à tout, c'est certain
Le loup ne mange pas pain
Le chien, lui, a mangé un biscuit

 

Carnaval, carnaval

Toutes les blagues se valent

 

Une centrale est montée en l'air
Un oiseau nage dans la mer
Un poisson roucoule sur la grève
J'ai vu un atome avec ma longue-vue
Un magicien a lu mon futur
Dans le bac à ordures
Avec ma peau, je ferai un tambour
Avec mes os, je chanterai l'amour

 

Carnaval, carnaval

Toutes les blagues se valent

 

Petit enfant, j'étais bon
Obéissant et silencieux
J'étais un bon garçon
Soumis et respectueux
Je te donne la vie en usufruit
Je t'ai exploité ; ensuite, je t'ai jeté
J'ai été ce que je suis
Et maintenant, je suis brisé

Carnaval, carnaval

Toutes les blagues se valent

La vertu est une grande chose
Surtout pour qui se marier ose
La dame en a fait tant et plus
Elle n'a pas enlevé sa culotte
Devinez qui d'abord est venu
Le hibou ou la hulotte
Elle me semble très rationnelle
Cette cochonnerie dans la ritournelle

 

Carnaval, carnaval

Toutes les blagues se valent

La loi pour tous est égale
Mais chien ne mange pas chien
Je vois noir, noir et rouge
Le présent prisonnier se tient
Il pourrait s'en aller
À l'enfer tout entier
Tant qu'il dure, je reste ici
Tant que tout va bien ici

 

Carnaval, carnaval

Toutes les blagues se valent

 

Carnaval, carnaval

Toutes les blagues se valent

 

Carnaval, carnaval

Toutes les blagues se valent

CARNAVAL
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25 février 2014 2 25 /02 /février /2014 15:07

OÙ COUREZ-VOUS ?

 

 

Version française – OÙ COUREZ-VOUS ? – Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson italienne - Dove correte ! – Duilio Del Prete – 1968

 

Paroles et musique de Duilio del Prete
Reprise d'un chantauteur turinois méconnu, Carlo Credi (1947-1986), sur son unique disque intitulé “Chi è Carlo Credi?” (1976).

 

Où courez-vous

Mais où courez-vous ! ? !

 

 

 

 

 

Où courez-vous
Mais où courez-vous ! ? !
Poussés par le démon
Qui a réduit la vie
À un Grand Prix…

 

Où courez-vous
Mais où courez-vous ! ? !
Furieux fous
Pendant que vous vous massacrez
Chiens enragés

 

Vous courez comme les chevaux
Au plus haut niveau
À la voiture nouvelle
À la lettre de change nouvelle
Vous faites la course aux sous

La course aux armements
Pour à peine quatre sous
Au profit de quatre délinquants
Qui sont à la tribune
À vous débiter le mythe
Idiot et obsolète
« T'es perdu si tu t'arrêtes »

 

Mais où courez-vous
Où courez-vous ! ? !
La faim est une morsure
Plus elle court et plus elle est dure
Chiens de course

 

Vous avez des cors
Aux coudes et au cœur
Pour ne pas être dérangés
Pour pouvoir avancer
Mais vous êtes piégés
Premiers partis et derniers arrivés
Car à la fin de la compétition
Vous ne serez pas payés
À tous la même chanson
Car la course finie
Le fil que vous coupez
Est celui de votre vie
Vous n'aurez plus envie
De vous construire un passé

 

 

Mais où courez-vous ! ? ! …
Mais où courez-vous ! ? ! …
Mais où courez-vous ! ? ! …

OÙ COUREZ-VOUS ?
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Marco Valdo M.I.
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23 février 2014 7 23 /02 /février /2014 21:27

LUMIÈRE DANS LES YEUX

 

Version française - LUMIÈRE DANS LES YEUX – Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson italienne – Luce negli occhi – Sine Frontera – 2009

 

Texte d'Antonio Resta et Simone Dalmaschio

 

 

 

 

Fleur de terre tout près des cieux

Je suis mon sentier

Je vis ici à deux pas des dieux

 

 

 

 

Je ne sais lire ni écrire
Je dis mes paroles
Avec mon cœur, avec ma tête,
Je suis une femme
Je me bats pour un peuple martyr
Indio compañera
Lotto per la libertà
Mais le mauvais gouvernement ment et tire

 

Nous sommes des enfants de la terre
Qui vient en paix n'aura pas la guerre

Somos hijos de la tierra
Hijos del campo de la sierra

 

Fleur de terre tout près des cieux
Je suis mon sentier
Je vis ici à deux pas des dieux
Lumière dans les yeux
C'est mon nom en clandestinité
Indio campesina – Paysanne indienne
École et santé, je désire
Mais le mauvais gouvernement ment et tire

 

Nous sommes des enfantsde la terre
Qui vient en paix n'aura pas la guerre

Somos hijos de la tierra
Hijos del campo de la sierra

 

Sueur et mains laborieuses
Écoute ma pensée
Les gens ici résistent et tiennent
Au Mexique, au Tibet, au Kenya
Au Nicaragua, au Guatemala
Partout où on se trouve
Quelle que soit ta route
Pour la liberté lutte

 

Nous sommes des enfants de la terre
Qui vient en paix n'aura pas la guerre

 

Somos hijos de la tierra
Hijos del campo de la sierra

LUMIÈRE DANS LES YEUX
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Marco Valdo M.I.
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19 février 2014 3 19 /02 /février /2014 16:44

PAUVRE DIABLE

 

 

Version française – PAUVRE DIABLE – Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson italienne – Povero diavolo – Modena City Ramblers – 2011

 

 

 

Pape sàtan, pape sàtan aleppe! 

Pape Satan, Pape Satan, à l'aide !

 

 

 

 

Voici, Lucien l'âne mon ami, une canzone comme nous les aimons ... Je crois bien qu'elle te plaira, comme elle m'a plu... Une chanson pour tout dire « dantesque »... Mais au sens ancien du terme, je veux dire au sens où non seulement, la canzone est tout entière construite autour de l'Enfer de Dante, mais également autour des personnages antiques que lui-même avait revivifiés dans la Divine Comédie... Un texte qui ne date pas d'hier, comme tu sais...

 

 

Ah, Dante... Je m'en souviens très bien de celui-là quand nous allions – lui à côté de moi, car je portais ses bagages et ses livres... (ses armes, il les portait lui-même) au travers des plaines, des vallons et des montagnes. Ce fut un de ces voyages extraordinaires que seul, je crois bien sans me vanter, moi, l'âne Lucien, au travers des siècles de mon existence, j'ai pu faire... Bref, ce fut un beau voyage... Mais on marchait, on marchait de l'aube au crépuscule...

 

 

Mais, mon bon ami Lucien l'âne, il devait te prendre pour son Virgile...

 

 

En effet, Marco Valdo M.I. mon ami... pour son Virgile... Et d'un certain point de vue, on vivait l'enfer, car celui-là, je parle du Dante, il n'arrêtait pas de parler, du fait que – comme le fera Flaubert avec son gueuloir – il testait à pleine voix ses vers dans mes oreilles... Les pauvres, l'épreuve était rude... Car, imagine toute la Divine Comédie y est passée et plusieurs fois... Et puis lui, le Dante Alighieri, c'était un de ces hommes qui tiennent de l'adage : cent fois sur le métier, remettez votre ouvrage. Sauf que le métier, c'était mon entendement. Bon, d'accord, la chose se justifie... Il ne pouvait quand même pas écrire en marchant et les chemins étaient souvent escarpés. Certes, je suis un âne et mes sabots sont rugueux et à toute épreuve et j'en ai quatre ; crois-moi, c'est un avantage ; ça répartit le poids et l'effort. Passons, ce fut un beau voyage et voilà tout. Cependant, tu as raison, c'était il y a déjà bien longtemps, dans les débuts du Treizième siècle à compter de zéro. Donc, tout ce que je puis espérer, c'est qu'elle tienne la route cette canzone...

 

 

Oh, tu verras, mais je pense que oui. Cependant, si toi tu connais ton Dante et tu comprends aisément les allusions diverses qui la parsèment cette chanson, ce n'est pas le cas de tous ceux qui nous lisent ou nous écoutent, c'est selon. D'ailleurs, elle commence en plein mystère, cette histoire et bien des érudits s'y sont cassé les méninges sur ce vers : « Pape sàtan, pape sàtan aleppe! », tout droit venu de l'Enfer. Il y avait pour moi une complication supplémentaire, puisqu'il me fallait le garder intégralement et en même temps lui donner une signification. J'ai donc ajouté un vers à l'ensemble – gardant la version dantesque et y adjoignant ma « traduction »... et une nouvelle signification, dont je me demande si toi, tu l'approuveras...Écoute et dis-moi :

« Pape sàtan, pape sàtan aleppe! 

Pape Satan, Pape Satan, à l'aide ! »

 

 

Oh, dit Lucien l'âne en agitant frénétiquement sa queue, à cause d'une mouche frivole... Oh, qu'est-ce que je l'ai entendu cette rengaine-là. Bien sûr, que je la reconnais cette antienne, on dirait une formule kabbalistique... C'en est peut-être une, au demeurant... En ce qui concerne la traduction ou la version que tu en donnes, pour ce que j'en sais et qui me reviens en mémoire, elle me paraît assez exacte, d'autant plus qu'il faut considérer le fait qu'elle est placée dans la bouche d'un diable... À mon sens, et Dante sans doute aurait tenu le même langage, ta version est parfaite. D'autant plus qu'elle respecte le rythme et quasiment la sonorité de l'originale... Ce qui n'est pas rien et ça met cette étrange invocation en écho. Et puis, ce petit air de litanie, n'est pas mal venu, lui non plus...

 

 

Donc, selon toi, j'ai bien fait. Me voilà déjà rassuré, car ton jugement pèse son poids d'or... Cela dit, et devançant ton habitude, qui est de me réclamer le contenu de la chanson, je te dis tout de suite que – comme le titre le suggère, c'est l’histoire d'un pauvre diable – au sens propre et littéral du terme, un pauvre serviteur de l'Enfer, un homme de Satan ou une de ces multiples figures, allez savoir. Ce pauvre diable est bien malheureux et je te donne en mille pourquoi ? C'est que vois-tu, Lucien l'âne mon ami, ce pauvre diable, un peu comme toi, a été propulsé – pour des raisons que j'ignore – dans notre siècle et il se rend compte qu'il va bien avoir du mal à accomplir sa mission de diable, car les hommes de notre temps ont bien mal évolué ; du moins, ceux qui intéressent le diable, les gens de mauvaises vie et mœurs, les arsouilles, les pendards, les fripouilles, les truands, les vauriens, les débauchés, les voyous, les chenapans, les loubards, les crapules, les gouapes, les frappes, les bandits, les canailles, les coquins, les gredins, les faquins, les marauds, les scélérats, les voleurs, les brigands, les coupe-jarrets, les escarpes, les filous, les forbans, les exacteurs, les détrousseurs, les faussaires, sans compter les honnêtes assassins... ne sont plus ce qu'ils étaient. Antérieurement, c'était sa clientèle, c'était son fonds de commerce à ce pauvre diable. Et tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes... Mais – et c'est là le sel et le sens de la chanson, mais les vivants d'aujourd'hui ne sont plus les mêmes et ces gens-là (les escrocs et les autres cités ci-dessous) ont bien évolué et le diable s'en plaint :

« Un temps je vous comptais parmi les gens immondes
Mais ces gens-là maintenant vont fièrement par le monde ».

Ses clients ne le comptent plus pour rien, ils sont devenus des hommes d'affaires et des politiciens ou tout bonnement, s'ils ont gardé leur ancienne stature, ils ont été supplantés par ces nouveaux venus. Balayés, les escarpes, les pillards, les larrons de bas étage... Et le pauvre diable est condamné à la faillite, à la misère, au chômage... L'Enfer est mis en liquidation ; on n'a plus besoin de lui... On se galvaude fièrement, à présent ! En somme, c'est le Grand Pan est mort, version infernale.

 

 

M'est avis, Marco Valdo M.I., qu'elle est bien intéressante cette chanson... et que, tout comme nous, elle tisse – à sa manière – le linceul de ce vieux monde indélicat, tartufe, ambitieux, avide et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Pape sàtan, pape sàtan aleppe! 

Pape Satan, Pape Satan, à l'aide !

Un temps je vous comptais parmi les gens immondes
Mais ces gens-là maintenant vont fièrement par le monde
L'ange rebelle compte à présent pour du beurre
Les abysses infernales ont perdu toute leur valeur

Le feu éternel s'est éteint dans le marécage vert,
Là où on trouvait la pitié bien morte à cette heure
Il ne reste qu'une affiche « en vente en enfer »

 

Vous n'étiez pas faits pour vivre comme des brutes
Mais vous vous êtes habitués à vivre comme des brutes
Vertus et savoir vous avez négligés
Et être pécheurs n'est plus un péché
Pauvre diable Pauvre diable Pauvre diable oublié !
Pauvre diable Pauvre diable Pauvre diable désœuvré !

 

Caron le nocher a vendu son bac à l'encan
Son œil de braise est éteint à présent
Il se ronge ivre de fiel et de honte
À la queue du bureau de chômage
Cerbère, qui fier, terrible et cruel terrorisait
Aboie maintenant sans joie au bout d'une chaîne
Gardien de ces injustes qui un temps dévorait
Le voir dans cet état me provoque grand peine

 

Vous n'étiez pas faits pour vivre comme des brutes
Mais vous vous êtes habitués à vivre comme des brutes
Vertus et savoir vous avez négligés
Et être pécheurs n'est plus un péché
Pauvre diable Pauvre diable Pauvre diable oublié !
Pauvre diable Pauvre diable Pauvre diable désœuvré !

 

Vous n'étiez pas faits pour vivre comme des brutes
Mais vous vous êtes habitués à vivre comme des brutes
Vertus et savoir vous avez négligés
Et être pécheurs n'est plus un péché
Pauvre diable Pauvre diable Pauvre diable oublié !
Pauvre diable Pauvre diable Pauvre diable désœuvré !

 

Mais depuis que le monde est monde, moi, diable damné
Je cherche à vous égarer de la bonne vie
Et peut-être tout ce que maintenant, je vous ai raconté
Est mon ultime ruse, tout juste une fantaisie.

PAUVRE DIABLE
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19 février 2014 3 19 /02 /février /2014 15:08

LE PRINCE

 

 

 

Version française – LE PRINCE – Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson italienne – Il Principe – Massimo Troisi – 1975

 

 

 

Texte de Massimo Troisi
Musique di Massimo Troisi et Vincenzo Purcaro, à la scène Enzo Decaro, le troisième homme de “La Smorfia”
Disque de Enzo Decaro intitulé “Poeta Massimo”, 2008.

 

 

 

 

 

 

La Belle Dame sans Merci
Dante Grabriele Rossetti – 1848

 

 

Le prince sur son cheval blanc

File dans le vent

Vers le château de sa belle au bois dormant

 

Il court embrasser

La femme aimée

Que la magie

A endormie…

 

Il lui porte en cadeau

Un manteau d'étoiles

Des terres, un anneau

Et les plus beaux voiles…

 

Mais dans le bois vert,

Paysans et chemineaux

Se mettent en travers,

Du chemin du damoiseau

 

À leurs vestes,

À leurs visages et à leurs gestes

C'est sûr, il les reconnaît

Là, ce sont les mauvais !

Ils parlent tous à la fois

Et un mauvais patois...

 

Notre jeune seigneur

A le visage souffreteux…

Il admet ses erreurs,

Pour un bon, ils sont nombreux.

Ensuite il promet, il va...

Et il les convainc peu à peu

Avec ses trémolos de Roi…

 

Entretemps son père

A envoyé ses soldats

Avec leurs armures,

Et des flèches, plein leur carquois.

Maintenant les feuilles du bois

Sont teintes de rouge-feu

Mais ce n'est pas du sang bleu…

 

Le prince de sang

File dans le vent

Vers le château de sa belle au bois dormant...

LE PRINCE
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Marco Valdo M.I.
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18 février 2014 2 18 /02 /février /2014 16:26

À L'ATELIER DE COUTURE

 

Version française – À L'ATELIER DE COUTURE – Marco Valdo M.I. – 2014

d'après la version italienne de Riccardo venturi

d'une chanson yiddish – In shap, oder Di svet-shap - Moris Roznfeld [Morris Rosenfeld]1893 ?


Poème de Morris Rosenfeld, originairement publié dans la revue « Di Tsukunft » (« Le Futur »),

ensuite, peut-être, dans le recueil intitulé « Lider-bukh », traduite en anglais en 1898 et en allemand en 1902.

 

 

 

qui me rappelait soudain mon grand-père
 qui fut lui aussi ouvrier tailleur... 

 

 

 

 

 

 

 

J'ai eu une étrange sensation en traduisant cette chanson qui me rappelait soudain mon grand-père qui fut lui aussi ouvrier tailleur... Évidemment, quand je l'ai connu l'ouvrier de ses débuts était devenu artisan, puis maître tailleur... Et puis, plus rien... son métier était mort... Il l'a suivi quelques temps plus tard... Ceci dit, il y a plusieurs chansons autour de l'atelier de couture ou de tissage... C'est une chanson qui pourrait se retrouver dans un parcours des chansons autour du « textile »... Mais attends un peu... J'essaye de me souvenir... Il y a évidemment Les Canuts [[7841]], Les Fileuses [[38416]], la Complainte des tisserandes [[38011]], Les pauvres Fileuses [[46273]], Grève de femmes au Bangladesh [[34765]] et sans doute encore d'autres...

 

 

Et elles nous plaisent bien à nous qui nous revendiquons comme des canuts, dont la tâche consiste à tisser jour après jour le linceul de ce vieux monde de détresse, d'exploitation, dominateur, oppressant et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

Ici à l'atelier, règne le chahut infernal des machines

Souvent, dans ce vacarme, j'oublie qui je suis ;
Dans ce bruit terrifiant, je me perds et je suis
Comme vide : je deviens une machine.
Travail, travail, travail, sans s'arrêter.
On produit, on fabrique, on fabrique, on produit à l'infini :
Je ne sais pas, je ne demande pas pourquoi ? Et pour qui ?
Une machine, peut-elle jamais penser ? …

 

Ici, il n'y a aucun sentiment, ni raison, ni pensée,
Le travail dur et brutal anéantit

Tout : le fin, le bien, le bon, le sensé,
Tout ce qui donne ses dimensions à la vie.
Les secondes, les minutes, les heures, les journées
Volent comme voiles au vent, les jours et les nuits ;
Et moi, je pédale à ma machine pour les dépasser,
Je les poursuis comme un fou, comme un forcené.

 

L'horloge à l'atelier jamais ne s'arrête,
Elle scande tout, tic-tac – tic-tac, et tout toujours réveille;
Ce qu'elle veut dire, quelqu'un autrefois me l'a dit,
Scander et tenir éveillés : c'est un motif précis.
Je me rappelle quelque chose, comme un rêve :
L'horloge réveillait sens et vie en moi
Et encore autre chose – mais j'ai oublié quoi, ne me le demandez pas !
Je ne sais pas, je ne sais pas, je suis une machine ! …

 

Et parfois, quand j'écoute l'horloge
Elle me parle, et moi, je comprends ce qu'elle dit ;
Son tic-tac à devenir fou, ce tic-tac maudit
Pousse à travailler, trimer, peiner davantage.
Dans ce tic-tac, j'entends la voix âpre du patron,
Comme lui, droit dans les yeux, elle me regarde ;
L'horloge me pousse, j'en ai des frissons
Elle crie « Couds ! » et m'appelle « Machine ! ».


Seulement quand cesse cet effroyable vacarme
Et que le boss part pour la pause déjeuner,
Alors dans ma tête l'aube se lève ,
Et en moi, je me sens encore plus blessé.
Et je pleure d'amères et brûlantes larmes
Elles mouillent mon dîner – ma croûte de pain,
Elles me suffoquent… je n'arrive pas à manger, impossible !
Quelle terrible peine, quel horrible destin !

 

À midi, l'atelier ressemble
À un champ après la bataille
Autour de moi, je vois les morts à terre
Et sur sol, le sang versé se lamente
Une trêve, et soudain sonne la sirène,
Les morts ressuscitent et la bataille recommence :
Les cadavres se battent pour des étrangers,
Ils luttent, meurent et se noient dans l'obscurité.

 

Je contemple ce massacre avec une rage amère,
Avec horreur, avec douleur, j'aspire à la vengeance ;
Mais voilà que j'entends l'horloge dire
« Assez cet esclavage, ça doit finir ! »
Elle réveille mes sens et ma raison,
Et me montre comme le temps maintenant fuit ;
Je resterai malheureux tant que je me tairai,
Je serai perdu au monde, si je reste ce que je suis

 

 

L'homme qui dort en moi commence à se réveiller
Et l'esclave en moi commence à s'endormir ;
Maintenant, le bon moment est arrivé !
Suffit avec la misère, ça doit finir !
Mais, tout à coup, le sifflet : alerte, le patron !
J'oublie ma résolution ; à nouveau, je turbine.
Vacarme, combat ; et puis, je touche le fond.
Je ne sais pas, peu importe. Je suis une machine. 

À L'ATELIER DE COUTURE
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Marco Valdo M.I.
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