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21 juin 2013 5 21 /06 /juin /2013 19:07

TA PREMIÈRE LUNE

 

 

Version française – TA PREMIÈRE LUNE – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson italienne - La tua prima luna – Claudio Rocchi - 1970

 

 

 

Premiere-Lune-s.jpeg

 

 

 

 

PREMIÈRE LUNE

 

 

 

 

Peut-être est-ce une chanson qui peut dire peu à celui qui est jeune aujourd'hui, dans ce présent où chaque liberté semble être concédée.
Aux débuts des années soixante-dix, lorsque Claudio Rocchi l'a écrite, ce n'était pas vraiment ainsi.
Dans le film de Gillo Pontecorvo « Queimada » un chef révolutionnaire dit une chose du genre : « Ta liberté personne ne peut te l'offrir, ta liberté tu peux seulement te la prendre toi, toi seul peut la conquérir. » Ceci pour chercher à expliquer, même si seulement dans une très partiellement, la différence entre la liberté hier et les « libertés » d'aujourd'hui.
Je sais seulement que dans ces années-là, lorsque j'ai entendu cette chanson, j'ai senti que Claudio Rocchi racontait exactement ce que je pensais de moi et du monde que j'avais autour et aujourd'hui après tant de temps, cela semblera étrange, mais j'ai écrit ce texte de mémoire, parce que j'ai découvert ne jamais l'avoir oublié.

 

 

 

Voici ta première lune hors de chez toi
Tu sais que tu ne rentreras pas…
Aujourd'hui tu es sorti et tu t'es demandé
« Où vais-je aller et qu'est ce que je ferai ? »
Tu as fini dans un pré, à manger une pomme
Achetée en passant dans le centre
Où tes amis parlaient encore
De motos et de femmes

Toi, tu goûtais la joie d'avoir osé
Sortir de chez toi en emmenant
L'envie de ne pas y retourner…
Tu as peu d'argent,
Tu sais bien que demain
Personne ne t'aidera
Toi, tu aimerais un coup de main
Mais dans cette prison
Où ils t'ont appris à aimer
Peu de personnes, au fond,
Tu ne veux pas rentrer,
Tu veux aimer plus de gens,
Tu veux vivre au milieu des gens,
Pendant que tu dors sur le pré,
En sentant un peu le froid
Avec une forte envie de pleurer,
Une auto verte de la police vient à passer…
Ils ne te voient même pas…
Toi, tu les entends s'en aller…
Et tu comprends soudain

Que leur discours est différent du tien…

 

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Marco Valdo M.I.
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20 juin 2013 4 20 /06 /juin /2013 17:43

BALLADE DES EXTRATERRESTRES

 

 

Version française – BALLADE DES EXTRATERRESTRES – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson italienne – La ballata dell'invasione degli extraterrestri – Alberto Camerini– 1975

 

Texte et musique : Alberto Camerini, de l'album “Cenerentola e il pane quotidiano”, 1975.



chatextraterrestre.jpeg



Personne n'en fit cas, personne ne le nota,
Ça n'était jamais arrivé, personne ne s'alarma.
Il y a quelques années, ils arrivèrent par vagues.
Ils étaient anonymes, ils semblaient invisibles.
Personne ne sut jamais quelle planète ils fuyaient,
Ou quelle galaxie, ni pourquoi ils émigraient.
Les experts ne comprenaient pas comment ils voyageaient
Par télékinésie ou dans un astronef très discret.

 

Ils profitèrent du luxe de la civilisation avancée,
Ils se nourrissaient des restes de la société privée
Ils recyclaient les machines et les vêtements non employés,
Ils se vêtaient de rien, de chiffons colorés.
Ils vivaient en bandes dans des maisons abandonnées,
Ils n'avaient pas de famille, ni de traditions surannées
Entre eux, ils parlaient des langues nouvelles,
On les voyait différents, on les voyait rebelles.

 

On les appelait martiens, animaux, rôdeurs
Brigands, guérilleros, saltimbanques,
Voyageurs, extraterrestres
Visionnaires, anarchistes, voleurs.

 

Comme la terre tourne, lente, lente autour du soleil,
Comme changent les saisons, adagio sans pareil
Ils se matérialisèrent avec la même harmonie
Comme d'un bain d'acide naît une photographie.
Bientôt, il y en eut trop pour faire marche arrière
C'était trop tard, ils étaient déjà de ce côté du miroir,
Pour les repousser par la guerre dans l'espace noir
Et les effacer définitivement du visage de la terre.

 

On les appelait martiens, animaux, rôdeurs
Brigands, guérilleros, saltimbanques,
Voyageurs, extraterrestres
Visionnaires, anarchistes, voleurs.

 

Les journaux qui au début les ignoraient,
Devenaient plus hargneux et les attaquaient,
Mais d'un coup, comme ils étaient arrivés,
Plus personne ne les vit, ils s'en étaient allés.
Comment ? Personne ne sut dire comment.
Ils redevinrent invisibles, ils avaient disparu
Peut-être sont-ils encore là et attendent l'instant,
L'heure pour reparaître impromptu.

 

On les appelait martiens, animaux, rôdeurs
Brigands, guérilleros, saltimbanques,
Voyageurs, extraterrestres
Visionnaires, anarchistes, voleurs.

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Marco Valdo M.I.
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15 juin 2013 6 15 /06 /juin /2013 21:01

 

L'ÉGLISE SE RÉNOVE

 

 

Version française – L'ÉGLISE SE RÉNOVE – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson italienne – La Chiesa Si Rinnova – Giorgio Gaber – 1971 (version 1) et 1995 (version 2)

 

 

 

Dieu ce qu'ils nous emmerdent ces foutus calotins et tout ce qu'aussi ils pompent de deniers publics pour boucher le trou de leur culte.

 

 

Oh, oh, oh, Marco Valdo M.I., mon ami, tu y vas fort aujourd’hui. À t'entendre, on croirait que tu es passé dans le camp des bouffeurs de curés...

 

 

Mais voyons, Lucien l'âne mon ami, tu m'as déjà vu bouffer du curé... J'ai même jamais essayé... À mon avis, ce ne doit pas être très bon... Par contre, les curés, et leurs fidèles calotins, mangent eux du Dieu incarné dans l’hostie tous les dimanches, sinon plus souvent. Dès lors, rassure-toi, je ne suis pas plus bouffeur de curés que théophage. Laissons cette triste perspective alimentaire et venons-en aux faits. Si j'avais commencé de cette manière mon propos, c'était justement à propos de la chanson de notre ami Giorgio Gaber et je l'ai fait en citant – quoique très imparfaitement – une chanson de Georges Brassens, qu'il faudra bien mettre à la suite de celle de Gaber dans les Chansons contre la Guerre. Je te la promets pour très bientôt. C'est une chanson à chœur... J'entends encore la jolie voix de basse... « ces fichus calotins »... j'ai eu recours à cette chanson de Tonton Giorgio – Tempête dans un bénitier, gravée en 1976 – car elle est un écho à celle de Georges Gaber et spécialement à la première version de « La Chiesa Si Rinnova », qui date, elle, de 1971. C'était un tout jeune Gaber qui se lançait ainsi dans la dépollution de l’Italie. Et de fait, c'était l'époque où l'Église Catholique, Apostolique et Romaine (Écar) entendait reconquérir le public que son conservatisme lui faisait perdre et depuis longtemps déjà. Non seulement face à la montée lente, mais continue de la laïcité et de l'incroyance, mais aussi face aux autres Églises chrétiennes... car spécialement pour qui vit en Italie, il convient de rappeler qu'il existe bien des églises et même un grand nombre d'églises chrétiennes, qui toutes se baptisent elles-mêmes « L'Église ». Ainsi, sous la houlette de l'énième successeur de Pierre, elle (l'Écar) lança un concile, une sorte de risorgimento clérical. Pour le pape, il s'agissait – il s'agit toujours d'ailleurs – de sauver la mise à son église qui se veut universelle et ne rassemble que quelques centaines de millions de personnes (et encore... en théorie... car c'est le compte des baptisés, pas des pratiquants) sur les milliards d'êtres humains vivants. C'est surtout en Europe que se marque le déclin... Selon les statistiques de l'église catholique de France (car pour la France, on dispose de données chiffrées assez fiables)... le recul est constant et perdure – on est passé de presque 600.000 baptêmes catholiques en 1980 à environ 300.000 en 2009. (http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89glise_catholique_en_France) et ce mouvement n'est pas prêt de s'arrêter... bien au contraire.

 

 

Que voilà une bonne nouvelle..., dit Lucien l'âne en souriant et de mettant en croix ses deux oreilles pour souligner le fait. Mais qu'en est-il de la chanson de Giorgio Gaber, finalement ?

 

 

D'abord, laisse-moi te dire comment je l'ai trouvée cette chanson – qui par parenthèse, aurait dû figurer dans les CCG depuis longtemps. Je lisais un petit texte des amis de l'Uaar, une association italienne des Athées, Agnostiques et Rationalistes , intitulé « La religione se rinnova » [http://www.uaar.it/news/2013/06/13/la-religione-si-rinnova/] et se référait directement à cette chanson de Gaber, qui m'était inconnue. Je l'ai donc cherchée et bien entendu, trouvée. Il y en a deux versions et je les ai retenues toutes les deux.

 

En fait, la chanson illustre à sa manière le mouvement dont je viens de te parler. Ce glissement infernal qui conduit à la décatholicisation de l'Europe... Une évolution lente, mais qui s'accélère. Cette décatholicisation et j'ajouterais même, cette déchristianisation de l'Europe est due certes à l'augmentation de la population sensible à la religion islamique, mais surtout, à la montée de l'incroyance – touchant d'ailleurs aussi bien les populations catholiques, chrétiennes ou musulmanes... Pour en revenir à Gaber, il note ce fait dans deux versions d'une même chanson à près de 25 ans d'intervalle. Et il montre les efforts de l'Église catholique (Écar) pour enrayer – même en Italie, cette décrépitude.

 

 

Et nous voici, encore près de vingt ans après, qu'écrirait-il aujourd’hui ? En as-tu une idée, Marco Valdo M.I. mon ami...?

 

 

Comme ça, là, tout de suite, ex abrupto, illico, à l'instant... Non. Mais je vais y réfléchir. Comme tu en as sans doute entendu parler, on vient encore de changer de pape... et les deux vers du refrain de Gaber me semblent appropriés à ce moment, car on va - à coup sûr, nous les resservir :

"L'Église se renouvelle pour la nouvelle société

L'Église se renouvelle pour sauver l'humanité.".

Mais Giorgio Gaberscik a cessé d'écrire en 2003. Il ne pourra plus rien nous dire à présent, en dépit de toutes les résurrections...

 

 

Quoi qu'il en soit, les évidences énoncées par le bon curé Meslier [[5393]] restent de mise et notamment ceci que nous commentions :

« J'insiste pour qu'on relise la dernière phrase, dit Lucien l'âne, on dirait qu'elle parle de l'Italie actuelle et de bien d'autres pays.

 

Je la relis, Lucien mon ami : « Et en plus, vous vilipendez le pauvre peuple, vous le menacez de l’enfer éternel pour des peccadilles, et vous ne dites rien contre les voleries publiques, ni contre les injustices criantes de ceux qui gouvernent les peuples, qui les pillent, qui les foulent, qui les ruinent, qui les oppriment et qui sont la cause de tous les maux, et de toutes les misères qui les accablent. »

 

 

En effet, dit Lucien l'âne en redressant la tête et en lançant d'un coup de cou sec sa crinière en arrière pour dégager ses yeux, que cela plaise ou non aux cagots, Jean Meslier avait une vision du monde assez lucide. » Ce que disait Meslier situe la position de l'Écar dans cet affrontement de la Guerre de Cent Mille Ans; malgré tous les discours trompeurs et les simagrées évangéliques, l'Église catholique (Écar) a toujours fait le jeu des puissants et des riches, quoi qu'elle s'en défende ! Dès lors,nous qui avons comme devise : « Noi, non siamo cristiani, siamo somari » - « Nous, nous ne sommes pas des chrétiens, nous sommes des bêtes de somme », reprenons mon ami Marco Valdo M.I., notre tâche et tels les Canuts [[7841]], tissons le suaire de ce vieux monde cagot, bigot, pervers, onctueux, oint et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

Version de 1971

 

  gaber1972.jpeg

 

Le monde est pressé, il n'arrête pas de changer
Pour rester dans la course, il faut s'adapter
Même l'Église veut toujours mieux faire
Alors, on réunit les pères conciliaires.
Ils arrivent à Rome avec grande conviction
Vingt-cinq mille prêtres de toutes les nations.

L'Église se renouvelle pour la nouvelle société
L'Église se renouvelle pour sauver l'humanité.

 

Ça parle, ça discute de mille questions
On étudie déjà mille solutions.
On parle de divorce sans fausseté
D'autoriser le mariage des pauvres curés
On parle de la pilule et d'autres expédients
Car dans le monde, les gens font trop d'enfants.

 

L'Église se renouvelle pour la nouvelle société
L'Église se renouvelle pour sauver l'humanité.

 

Il faut en donner acte à ces monseigneurs
L'urgence des choses les a rendus meilleurs
Depuis le temps que nous l'espérions en vain
La messe, finalement, se dit en italien.
Et il s'est établi, après mille discussions
que le prêtre, étant un homme, peut porter le pantalon.
Et si le vendredi manger le poisson te débecte
Sans faire d'histoires, tu peux manger un steak !
Et aujourd'hui, pour quelques mots à un journaliste
Tous disent que le pape est devenu communiste.

L'Église se renouvelle pour la nouvelle société
L'Église se renouvelle pour sauver l'humanité.

 

 

 

gaber-95.jpeg

 

 

Version de 1995.

 

Le monde est pressé, il n'arrête pas de changer
Pour rester dans la course, il faut s'adapter
Même l'Église qui semble ne pas se mouvoir

Se repent et démontre son immense savoir

Atteinte soudain de modernisme

Elle vient de sortir un nouveau catéchisme

Où tout est à jour, tout est contemporain

Où on risque l'enfer pour un simple gain
Où toute forme de magie est condamnée
Où même l'astrologie est prohibée..
Où le sens de justice est encore plus fort
Où même parfois, réclamée la peine de mort .

 

L'Église se renouvelle pour la nouvelle société
L'Église se renouvelle pour sauver l'humanité.

 

Pour le peuple italien dans ce climat délétère
Surgit l'acuité de la pensée du Saint Père.
Et tous ont compris combien le Pape est profond
Quand il dit que la mafia est fille du démon.
Ce qui stupéfie, c'est le courage de la C.E.I
Qui vient de réhabiliter Galileo Galilei.
Et maintenant si on divorce, on peut même se remarier
À condition d'être sage et de ne pas baiser.

Mais ce nouveau sacrement pour être immaculé

Il faut aller le quérir chez un autre curé.

 

L'Église se renouvelle pour la nouvelle société
L'Église se renouvelle pour sauver l'humanité.

 

Dorénavant, le pratiquant a une autre perspective
plus gaie, plus désinvolte, presque alternative
Pour l'instant, la pilule ne peut être acceptée
mais elle est admise quand on prévoit d'être violée.
Et plutôt que d'utiliser les préservatifs
Il vaut mieux devenir tous séropositifs.
Après les militaires, et après les docteurs
maintenant nous avons les pharmaciens objecteurs.
D'ailleurs pour l'Église, l'idéal est l'abstinence
Comme une invitation à l'autosuffisance.

 

L'Église se renouvelle pour la nouvelle société
L'Église se renouvelle pour sauver l'humanité.

 

De Rome le Saint Père nous envoie son message
Chaque dimanche à part lorsqu'il est en voyage.
Il voulait aller en Bosnie, il l'avait annoncée
Mais au dernier instant, il y a un peu repensé.
Car l'homme est saint et pieux mais il est aussi très rusé
il le sait lui que mort un Pape, on en fait vite un autre.
Et alors il a écrit un livre qui est devenu un gros événement
Il sera un peu fatigué, mais il ne reste pas en place un instant.
Par son autoritarisme, on peut dire, sans offense
Que le pape Woytila est le Berlusconi de l'Église.
À une Église toujours vigilante, qui combat, qui rutile
Il est juste donner un beau huit pour mille.
Même si les trafics louches du Saint-Siège
Sont une partie intégrante des mystères de la foi.

 

L'Église se renouvelle pour la nouvelle société
L'Église se renouvelle pour sauver l'humanité.

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13 juin 2013 4 13 /06 /juin /2013 19:48

BONNES FÊTES CAMARADE TRAVAILLEUR

 

 

Version française – BONNES FÊTES CAMARADE TRAVAILLEUR – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson italienne – Buone feste compagno lavoratore – Alfredo Bandelli – 1970

Texte et musique d'Alfredo Bandelli

 

 

Je me rappelle qu'il y a quelque temps, il y eut une grande discussion, ici, à propos d'une chanson des années 70 où on parlait de tirer sur le patron (demain). C'était resté en travers de la gorge à une personne. Trop de « violence ». Et penser que cette chanson était, disons ainsi, plutôt farceuse, ou ironique ; et qu'elle a été écrite par quelqu'un qui ensuite, pour tout dire, il est allé à faire un beau petit métier (cinéaste), tous comptes faits. Cette chanson-ci dit par contre qu'au patron a été déjà réservée une corde pour le pendre. Elle a été écrite par un ouvrier qui a vécu une vie de merde qui s'est conclue par une mort de merde à même pas cinquante ans. Alfredo Bandelli, de Pise. cariste à la gare, ou bien celui qui portait dans les couloirs des trains les chariots avec les sandwichs caoutchouteux et le café qui sait de varech.

 

Émigré en Suisse et Allemagne. Ouvrier d'abord à la Fiat de Turin et ensuite chez Piaggio à Pontedera, dont il fut licencié sur le champ pour s'être présenté à l'usine, un matin, avec un réveil accroché au cou pour protester contre les horaires de travail tuants. Enfin, infirmier-auxiliaire à l'hôpital de Cisanello, le même où je crois travaille encore sa fille Evelin. Au début, il ne savait pas faire les accords des chansons qu'il écrivait ; il apprit plus tard à jouer un peu de la guitare. Il s'en foutait de déposer à SIAE ses chansons, que si tu entres maintenant dans un centre social elles les connaissent même les jeunots de dix-sept ans, les seuls qui croient qu'elles sont anonymes ou d'autres. Alfredo Bandelli l'a eu sur le dos, le cher patron. Dans la Pise de ces années, qui était un des centres du monde en ébullition (pas du tout comme Paris et son petit mai insuffisant de '68…), il mettait bien des marmites au feu . Il est mort de cancer, mais les cancers de ce pays et du travail salarié, il les avait déjà tous connus. Dans cette chanson ils sont racontés crûment, et ce sont des cancers qui sont bien lointains d'être guéris ; tout au contraire. Ils se sont, volontairement, aggravés. Et crue, par conséquent, elle est la médecine. [RV]

 

 

 

 

 

durobor.jpeg

 

 

 

 

 

Bonnes fêtes camarade travailleur
L'entreprise nous donne le colis de Noël
La bouteille de mousseux et un panettone
Et un Joyeux Noël.

 

Mais camarade souviens-t-en donc

Quand le lèche-bottes du patron
Venait avec ses amendes et ses suspensions
Pour nous faire faire plus de production.

 

À présent, notre patron
Comme le pain est bon
Il nous donne une nouvelle
Avec ses vœux de Joyeux Noël.

 

Il annonce ainsi : « Au Nouvel An
Pour cause de plan de redressement
L'entreprise vous met, pas de panique
Immédiatement au chômage technique ».

 

Bonnes fêtes, sonnent les cloches
Le prêtre nous donne la bénédiction
Ensemble tous : ouvriers et patron
et Joyeux Noël pour vos proches.

 

Mais camarade souviens-t-en
Du combat pour le renouvellement
Des batailles aux piquets le matin
Quand la police chargeait matraque à la main…

 

Cher patron très distingué
Nous aussi, nous voulons fêter
Celui qui nous a exploités
Et qui veut nous licencier.

 

Nous avons accroché au plafond
Rien que pour lui, la corde du pendu
Et nous avons écrit dessus
« Place réservée à notre cher patron! »

 

Nous avons accroché au plafond
Rien que pour lui, la corde du pendu
Et nous avons écrit dessus
« Place réservée à notre cher patron! »

 

 

 

 

 

 

 

Je me rappelle qu'il y a quelque temps, il y eut une grande discussion, ici, à propos d'une chanson des années 70 où on parlait de tirer sur le patron (demain). C'était resté en travers de la gorge à une personne. Trop de « violence ». Et penser que cette chanson était, disons ainsi, plutôt farceuse, ou ironique ; et qu'elle a été écrite par quelqu'un qui ensuite, pour tout dire, il est allé à faire un beau petit métier (cinéaste), tous comptes faits. Cette chanson-ci dit par contre qu'au patron a été déjà réservée une corde pour le pendre. Elle a été écrite par un ouvrier qui a vécu une vie de merde qui s'est conclue par une mort de merde à même pas cinquante ans. Alfredo Bandelli, de Pise. cariste à la gare, ou bien celui qui portait dans les couloirs des trains les chariots avec les sandwichs caoutchouteux et le café qui sait de varech.

 

Émigré en Suisse et Allemagne. Ouvrier d'abord à la Fiat de Turin et ensuite chez Piaggio à Pontedera, dont il fut licencié sur le champ pour s'être présenté à l'usine, un matin, avec un réveil accroché au cou pour protester contre les horaires de travail tuants. Enfin, infirmier-auxiliaire à l'hôpital de Cisanello, le même où je crois travaille encore sa fille Evelin. Au début, il ne savait pas faire les accords des chansons qu'il écrivait ; il apprit plus tard à jouer un peu de la guitare. Il s'en foutait de déposer à SIAE ses chansons, que si tu entres maintenant dans un centre social elles les connaissent même les jeunots de dix-sept ans, les seuls qui croient qu'elles sont anonymes ou d'autres. Alfredo Bandelli l'a eu sur le dos, le cher patron. Dans la Pise de ces années, qui était un des centres du monde en ébullition (pas du tout comme Paris et son petit mai insuffisant de '68…), il mettait bien des marmites au feu . Il est mort de cancer, mais les cancers de ce pays et du travail salarié, il les avait déjà tous connus. Dans cette chanson ils sont racontés crûment, et ce sont des cancers qui sont bien lointains d'être guéris ; tout au contraire. Ils se sont, volontairement, aggravés. Et crue, par conséquent, elle est la médecine. [RV]

 

 

 

Bonnes fêtes camarade travailleur
L'entreprise nous donne le colis de Noël
La bouteille de mousseux et un panettone
Et un Joyeux Noël.

 

Mais camarade souviens-t-en donc

Quand le lèche-bottes du patron
Venait avec ses amendes et ses suspensions
Pour nous faire faire plus de production.

 

À présent, notre patron
Comme le pain est bon
Il nous donne une nouvelle
Avec ses vœux de Joyeux Noël.

 

Il annonce ainsi : « Au Nouvel An
Pour cause de plan de redressement
L'entreprise vous met, pas de panique
Immédiatement au chômage technique ».

 

Bonnes fêtes, sonnent les cloches
Le prêtre nous donne la bénédiction
Ensemble tous : ouvriers et patron
et Joyeux Noël pour vos proches.

 

Mais camarade souviens-t-en
Du combat pour le renouvellement
Des batailles aux piquets le matin
Quand la police chargeait matraque à la main…

 

Cher patron très distingué
Nous aussi, nous voulons fêter
Celui qui nous a exploités
Et qui veut nous licencier.

 

Nous avons accroché au plafond
Rien que pour lui, la corde du pendu
Et nous avons écrit dessus
« Place réservée à notre cher patron! »

 

Nous avons accroché au plafond
Rien que pour lui, la corde du pendu
Et nous avons écrit dessus
« Place réservée à notre cher patron! »

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Marco Valdo M.I. - dans Bandelli
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12 juin 2013 3 12 /06 /juin /2013 14:44

ICI AUJOURD'HUI, DEMAIN LÀ

 

 

Version française – ICI AUJOURD'HUI, DEMAIN LÀ – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson allemande – Heute hier, morgen dort - 1972
Paroles e musique d'Hannes Wader

 

 

 

Rien, juste qu'elle m'a beaucoup plu cette chanson… La dédier à quelqu'un en particulier serait de la prétention… Nous disons que je la dédie à moi-même – voyageur jamais allé nulle part – et à tous ceux, rencontrés dans ces pages, qui s'y retrouvent et, dès lors, me ressemblent un peu, frères et compagnons méconnus.

 

 

 

Ici aujourd'hui, demain là,
À peine ici, je dois être là-bas,
Ainsi, je ne me plains jamais de rien ;
Je choisis moi-même,
Jamais je ne compte les années,
Jamais je ne questionne hier et demain.

 

Parfois, je fais de mauvais rêves,
Et alors il y a, je pense,
Un temps pour se reposer et un temps

Pour faire tout autre chose .
Ainsi, l'année après l'année passe,
Il est clair pour moi depuis longtemps,
Que rien ne demeure, que rien ne demeure,
Comme avant.

 

Qu'on me regrette à peine,
Après quelques jours déjà, oublié,
Quand je suis à nouveau longtemps ailleurs.
Ça ne me dérange, ça ne me préoccupe pas,
Mon visage reste peut-être
Dans l'une ou l'autre conscience.

 

Parfois, je fais de mauvais rêves,
Et alors il y a, je pense,
Un temps pour se reposer et un temps

Pour faire tout autre chose .
Ainsi, l'année passe après l'année,
Et il est clair pour moi depuis longtemps,
Que rien ne demeure, que rien ne demeure,
Comme avant.

 

Si on me demande, pourquoi

Je suis ainsi, je reste sans voix

Y répondre me paraît ardu

Car le neuf devient vieux

Et ce qui hier était au mieux

Aujourd'hui ou demain ne sera plus.

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Marco Valdo M.I.
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12 juin 2013 3 12 /06 /juin /2013 08:51

CHÔMAGE TECHNIQUE

 

Version française – CHÔMAGE TECHNIQUE – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson italienne – La cassa integrazione – Alfredo Bandelli – 1970

Texte et musique d'Alfredo Bandelli

 

 

 

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Écoute, Alfredo, maintenant on arrête de plaisanter. Comme on dit, le jeu est beau lorsqu'il dure peu. Voudrais-tu continuer à nous faire croire que tu serais « mort » en 1994 ? Quelques mois après la première victoire électorale de Berlusconi ? Et alors comme se fait-il que je te vois toujours là près de la station de Pise, avec ta grande barbe, gratter tes chansons et tes luttes sans quartier ? Qui chantent encore aussi les jeunots au ticheurt antifà, et même la Lucia dont les camarades de quinze ans existent encore, on ne sait pas comment mais existent ? Et cette chanson-ci ? De 1970 ? ! ? Mil neuf cent septante ? ! ? Mais quoi, tu te fous vraiment de nous, c'est une chanson au grand maximum de deux mille dix, maximum deux mille onze, mais elle pourrait être même d'il y à un quart d'heure… En somme, Alfredo, comment je dois te le dire de sortir, décide-toi… ? ! ? !

 

 

Ton ami et collègue Ibrahim le Cariste, Navacchio, Pise, Italy

 

 

 

 

 

 

Il a raison Ibrahim le cariste... Cette chanson n'a pas d'âge... Elle est d'hier, elle est d'aujourd'hui ou de demain aussi bien que d'avant-hier ou peut-être de toujours. Du moins, depuis qu'il y a des usines et des patrons... Avant, pour les paysans ou les artisans, c'était pareil, mais il n'y avait pas de chômage technique, ni d'indemnités... Et alors, c'était la misère, la famine, dont les autres noms sont : l'insuffisance alimentaire, la malnutrition, la dénutrition... Et c'est encore ainsi aujourd'hui pour de très grandes parties du monde... On le sait bien ici dans les Chansons contre la Guerre que c'est là une des causes des grandes migrations. Cependant, il faut absolument faire la distinction entre misère et pauvreté. La pauvreté, on peut vivre avec elle et même, sans doute, vivre bien et bien vivre – ce qui, sémantique pour sémantique, ne veut pas dire exactement la même chose que vivre de biens. Vivre bien, bien vivre ne nécessite que peu de choses... En somme, quand on a assez, on est content. Tandis que vivre de biens nécessite beaucoup de choses, nécessite une croissance permanente, c'est pour les riches... Mais la faim, la misère... Il n'y a qu'à fuir, là-bas fuir... Et on fuit par millions... Résumons : on a fui les campagnes, on a fui les famines d'Irlande, de Wallonie et de Flandres, on a fui celles des montagnes, on a fui le soleil de Sicile, de Lucanie ou de Sardaigne... On a fui la Grèce ou l'Allemagne ou la Roumanie... La Norvège, la Suède se sont vidées de leurs habitants... L'exode part dans tous les sens... On fuit d'Afrique, on fuit d'Asie... On fuit du Mexique ou d'Andalousie... On a fui le Sud, on a fuit le Nord, on a fuit l'Est, on a fuit l'Ouest... Et on fuit encore... Une hémorragie sans fin. Une litanie qui dure autant que la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres pour renforcer leur pouvoir, accroître la terreur, imposer le travail à bas coût, tirer des profits infinis, rabaisser les autres hommes pour se grandir eux-mêmes … Car, pense-z-y, Lucien l'âne mon ami, la richesse n'a de sens que s'il y a des pauvres, des pauvres vraiment pauvres et mieux encore, s'il y a de la misère. Et c'est ce qui se joue actuellement : comme ils n'en ont jamais assez, les riches deviennent de plus en plus riches, démentiellement riches dans le même temps – et c'est voulu, ce n'est pas du tout un hasard, c'est le fondement-même de la richesse, ils appauvrissent les pauvres. Avec urbanité, en costume et cravate (Ah, la cravate, sans elle...), entourés de gardes du corps... Les pauvres n'ont pas besoin de gardes, ni qu'on les regarde. Les riches, oui ! Et ce point est souvent ignoré – volontairement ; on ne veut pas mettre à jour le premier moteur du riche, sa boulimie d'autosatisfaction, son addiction à la vanité. Vanité, inanité, insanité des riches... Dureté, cruauté, méchanceté des riches. Car, je sais que le terme est inhabituel, les riches sont fondamentalement mauvais et méchants. Cela dit, on peut très bien vivre dans un monde où tout le monde serait pauvre – je te rappelle qu'il faut distinguer pauvreté et misère... Un monde où on arrêterait de produire quand il y en a assez, un monde où les gens seraient contents d'avoir leur content... Foi de Valdo, on peut vivre dans la fraternité des pauvres...

 

 

Oh, Marco Valdo M.I., je le sais, je l'ai toujours vécue cette fraternité et comme tu vois, je ne m'en porte pas si mal. Et j'ai vu tant de riches se détester et se combattre... ils appellent ça la concurrence... Cependant, nous ne pouvons quand même pas faire la révolution à nous deux... Mais nous pouvons préparer la fin de ce monde et lui tisser un linceul doré à ce vieux monde dur, cruel, méchant, vaniteux, insane et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Chômage technique et puis, licenciement

Le chômage arrive en traître

Et jour après jour, dans le coin, il n'y plus rien à faire

On ne s'en sort pas, si on ne trouve pas un arrangement.

 

Il faut sauver la production
Restructurons et licencions.
Tous d'accord, pacte social
Et reprenons le travail.

 

« Messieurs les patrons, faites-nous travailler,
Un mois de chantier ou un jour à décharger »
Sans assurance, les heures, les jours volés
Le désespoir fait tout accepter.

 

Maintenant ton contrat est signé
Ne va pas te plaindre si on t'a couillonné.
Attention à toi, à tout moment
On peut te coller un licenciement.

 

Ils veulent nous licencier pour nous effrayer
Nous faire chanter et nous empêcher de lutter,
Mais notre réponse pour ne pas nous faire baiser
C'est « Avec ou sans travail, nous voulons exister ».

 

La crise la dévaluation empirent
Mais on s'en fout de la production.
Notre droit à la vie nous le voulons
Nous voulons nous organiser pour en finir.

 

Luttez camarades, crevez patrons
L'heure est proche, révolution !

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Marco Valdo M.I. - dans Bandelli
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10 juin 2013 1 10 /06 /juin /2013 23:05

VIE DE VIRÉ

 

 

 

Version française – VIE DE VIRÉ – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson italienne – Tagliato fuori – Del Sangre – 2002

 

 

 

Dis, Marco Valdo M.I. mon ami, toi qui as écrit des « chansonchômes », des chansons de chômage, dont une se termine également par un suicide...

 

Je m'en souviens si bien, celle que j'avais été chercher chez Trénet et qui s'intitulait : « Je chôme »... Cette chanson [[9561]] où le chômeur qui se pend, se retrouve fantôme et terrible vérité, les gens se moquent de lui : « Un fantôme qui chôme, on trouve ça rigolo »... Avec son côté surréaliste et primesautier, elle est d'une épouvantable véracité... Tout comme celle-ci. Regarde sa vie à ce futur chômeur, ce futur rejeté, ce futur viré... Elle est déjà pas drôle... Il a bien eu une jeunesse un peu enthousiasmante ; ancien boxeur, il a dû connaître des heures de gloire pour avoir accumulé quelques trophées. Mais après... Comme dit Claude Léveillée... « La vie t'a bouffé, comme elle bouffe tout le monde... »[http://www.youtube.com/watch?v=_JQPREYIXZo]. Une vie d'ouvrier, une vie de rien, peut-être même, une vie pour rien. Qui sait ? Laminé par le laminoir... C'est pas par hasard que parfois, certains, ou tous, allez savoir, veulent en finir avant l'heure. Mais avant l'heure, c'est pas l'heure... Après, il est trop tard pour philosopher.

 

 

Mais quand même, trente-cinq ans, ce ne devrait pas être l'heure... Ni pour un suicide, ni pour une vie de viré.

 

 

De toute façon, on ne sait pas grand chose du suicide ouvrier... Je sais, je sais, je vois tes yeux... Mais il n'y a pas de statistiques sur le suicide ouvrier, ni d'ailleurs sur le suicide des chômeurs... Suicide express : un balle et hop dans le néant. Suicide plus lent, au jour le jour, à l'usine, au boulot... Le travail tue lentement, sauf accident. Mais tue, à l'usure. Et puis, à partir du moment où on fait partie de la classe ouvrière, du grand parti des travailleurs, du combat ouvrier... Se suicider devient de la désertion. Même ceux qui ont le même destin de « vie quand même », « ceux en qui tu croyais », te rejettent, t'accusent de trahison. Désertion par le suicide sur le front du travail... Quelle dérision ! Toi qui te lèves face à ce « réveil qui viole nos rêves », même seul, même en n'allant pas jusqu'au bout de ta douleur...

 

 

Quel monde, quel monde absurde et dégueulasse. Oh, la vie dans les montagnes d'Ionie était dure, mais au moins, elle n'avait pas ce goût amer de la modernité, avide de rentabilité et de bénéfices – seules causes des malheurs des hommes . Alors, dans les vents venus de la mer pas si lointaine, elle n'avait que le goût d'elle-même, que le goût de la vie. Alors, Marco Valdo M.I. mon ami, aide-moi à tisser le linceul de ce vieux monde suicidaire, oppresseur, étouffeur, mortifère et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

viedevire.jpeg

 

 

 

 

Vie de tous les jours, vie quand même,
Le réveil viole nos rêves
Ceux en qui je croyais, ont baissé la tête à présent
Et on m'a cassé les dents
Aujourd'hui on fait la file pour être refusé
Ce sont des temps durs pour les gens du chantier
Il souffle un vent mauvais
Qui m'emporte d'avoir bu trop après
Pour étourdir le mal qui m'avait miné
Ma femme et mon fils de trois ans s'en doutaient
Le monde auquel je croyais m'a viré

 

Vie à racler le fond du puits
La dignité s'est enfuie
Je me souviens encore des engagements
Emportés par le vent
J'ai jeté mes trophées de boxeur
Fini un peu plus tard au chômage
J'ai trente-cinq ans et plus de coeur
Je vous jure le meilleur de mon âge
Ils me l'ont pris, ces voleurs.

 

Vie de tous les jours, vie quand même,
On recommence, sans savoir comment ça finira
J'ai pointé désespéré une arme sur ma tête
Mais je n'ai pas eu le cœur de faire ça.

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Marco Valdo M.I.
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8 juin 2013 6 08 /06 /juin /2013 22:24

L'Homme au Casque Rouge

Chanson française – L'Homme au Casque Rouge – Marco Valdo M.I. – 2013

 

 

 

 

 

georg

 

 

 

 

 

Ah, Lucien l'âne mon ami, vois comme vont les choses... Il y a à peine trois-quarts d'heure, je postais à l'adresse des CCG un très long travail de traduction, celui de la chanson Via dei Georgofili, l'histoire d'un attentat à Florence le 27 mai 1993. [[44724]]. Et l'aventure de notre ami Ventu, ambulancier volontaire à ses heures, m'avait véritablement ému et m'a paru imposer une chanson. Est-ce à cause de la remarque que R.V. faisait en disant que les chansons sur divers attentats, il y en a assez bien et que sur cet attentat-ci, à part une allusion des Del Sangre, on n'en trouvait pas. J'ai voulu combler ce vide. Je n'en dirai pas plus... Mais cette chanson la voici... Elle est consacrée à un personnage un peu secondaire de cette dramatique histoire florentine... C'est – comme dans les histoires d'Allemagne – le point focal de la narration... Il est là, il regarde, il enregistre... Il encaisse lui aussi le choc... Vingt ans après , il en est encore tout retourné. Pour lui, la nuit du 26 au 27 mai est à jamais une nuit blanche. Cet homme, c'est, tu l'auras deviné, Riccardo lui-même à qui je dédie cette chanson.

 

 

Marco Valdo M.I., mon ami, laisse-moi te dire que tu as bien fait de faire cette chanson, comme ça, tout à trac, comme elle venue... J'espère qu'elle trouvera un musicien... Je voudrais à mon tour dire deux mots de la position particulière du témoin ou de toute personne impliquée (sans y avoir participé d'une quelconque manière) dans un attentat, des dégâts psychiques incroyables que cette personne va subir au fil du temps. Elle est marquée au fer rouge, au plus profond de sa chair et de sa conscience et jamais, ce souvenir indélébile ne la laissera en repos. C'est là ce qui a frappé notre ami Riccardo, comme doivent être ainsi frappés tous ceux qui – professionnels ou non – se portent au secours des autres... et souvent, échouent et c'est sans doute là le pire... cet échec à contrecarrer le malheur. À quand donc un monde sans malheurs provoqués ? Il y a déjà assez de circonstances et d'événements tristes comme ça, sans en rajouter idiotement. Ainsi va le monde, je l'entends souvent cette antienne ... et bien, pour nous, Marco Valdo M.I. mon ami, nous ne pouvons nous résigner à ce que le monde aille comme ça et dès lors, tissons le linceul de ce vieux monde imbécile, brutal, inconscient, pervers et cacochyme.

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

L'homme au casque rouge

Penche la tête comme halluciné

Son tablier blanc déboutonné bouge

Sur le latex gris de ses gants désolés

 

Il dort depuis un moment

Le vacarme le réveille

Il plaisante un instant

Le téléphone tremble et grésille

Il ne se coiffe pas, il ne se lave pas

Appel SOS. Il part sur le champ

Il fonce, fonce et ne s'arrête pas

Chauffeur d'ambulance n'a pas le temps

 

L'homme au casque rouge

Penche la tête comme halluciné

Son tablier blanc déboutonné bouge

Sur le latex gris de ses gants désolés

 

L'homme au casque rouge regarde les pieds du papa

Nadia la petite fille sort des gravats

Un pompier au trop léger fardeau semble ivre

En face, l'étudiant a fini de vivre

Sur un brancard, sous un linceul, une femme

Poussières, ruines, larmes, flammes

Pleurs, peur, frayeur, terreur

La nuit du 27 mai, l'homme au casque rouge compte les heures.

 

L'homme au casque rouge

Penche la tête comme halluciné

Son tablier blanc déboutonné bouge

Sur le latex gris de ses gants désolés

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8 juin 2013 6 08 /06 /juin /2013 20:57

VIA DEI GEORGOFILI

 

 



Version française – VIA DEI GEORGOFILI – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson italienne - Via dei Georgofili - Raja Marazzini – 2009

Dans l'album des Gang avec Daniele Biacchessi "Il paese della vergogna" « LE PAYS DE LA HONTE » (2009)

 

Texte du poète Raja Marazzini en hommage aux victimes de l'attentat de la via dei Georgofili, Florence – 27 mai 1993

 

 

 

JE L'AI DÉJÀ VU
de Riccardo Venturi, 26 mai 2007

 

 

 

Je revois dans sa destruction
La pierre sculptée des mains
Des poussières anciennes, la vie
Estropiée, les images arrêtées ;
Me cueillirent ici, dans la nuit
De mai, les épaules un peu courbées
Pendant que déjà, au loin, explosait
Dans le rêve, la douleur, la fin.

 

C'est de cette nuit du 27 mai 1993 que je vais répétant une chose, périodiquement, chaque fois qu'elle me revient à l'esprit ou bien quand je vois un œuf Kinder. Je dis, toujours, que peu importe si je vais en enfer ; je l'ai déjà vu.

 

Je l'ai vu du lit de la via San Salvi, où je dormais. Deux heures avant, j'avais téléphoné, ou peut-être était-ce une heure et demie, ou peut-être, n'a-t-elle jamais été et l'ai-je rêvée ; oui, je dormais, mais d'un de ces sommeils étranges de cette année-là. Ce n'étaient que chiens indolents, puants d'alcool, souillés d'illusions, embrouillés à la folie. On entendit un terrible vacarme .

 

Mon logeur, un fou très intelligent, l'entendit aussi ; nous nous retrouvâmes dans le couloir, en caleçon, presque en plaisantant. « Ils bombardent », dit-il en riant. « Maintenant, voici les hélicoptères », je lui répondis ; je retourne au lit. Sonne le téléphone.

 

« Riccardo, vite, il y a une boucherie, un massacre  !

 

À l'autre bout du fil, quelqu'un de l'association du volontariat sanitaire dont je fais partie depuis maintenant je ne sais pas combien d'années, à en perdre le décompte. Instinctivement et immédiatement, je reliai la chose à l'explosion entendue quelques minutes auparavant.

 

Je pris ma tenue et je m'habillai comme je pus en une demi-minute. Une minute après, je fonçais au local dans ma vieille Ford Escort blanche, celle que deux mois plus tard, je décapoterai en allant cogner du toit la plate-forme abaissée d'un camion parqué en travers, risquant de me décapiter moi aussi.

 

Au local, il y avait quarante personnes, réveillées comme moi, l'explosion, l'appel téléphonique. Parmi eux, quatre médecins qui s'étaient mis à disposition gratuitement. Sans rien dire. Une équipe était déjà partie ; on fit partir les autres ambulances. J'étais le chauffeur d'une d'elles. Un Fiat Ducato, immatriculé Milan 4.

 

Depuis ce moment, sont passés quatorze ans exactement. Et j'ai encore tout dans les yeux. La ville bloquée par la police, les agents, la Protection Civile. Le parcours obligé par le lungarno de la Zecca Vecchia et du cours des Teinturiers, déjà fermé avec des barrières. Les gens qui ne comprenaient pas ce qui avait bien pu se produire. Et l'arrivée.

 

Piazza Signoria transformée en un cimetière de vitres cassées ; par terre, il y en avait une couche de dix centimètres.

 

Les fenêtres du Palazzo Vecchio arrachées.

 

La colonne de fumée qui montait derrière les Uffizi.

 

L'ambulance s'arrête. On descend et on court à pied avec le brancard, les couvertures, les médicaments, l'équipement de réanimation.

 

Via Lambertesca.

 

Via dei Georgofili.

 

Peu m’importe d'aller en enfer. Je l'ai déjà vu.

 

Je revois dans sa destruction
La pierre sculptée des mains

 

Les gravats

Les blocs de pierre tombés

La fumée

Les flashs

 

L' "Antico Fattore" brûlé, avec les marques de l'enseigne « Trattoria », qui avait fondu, encore visibles sur le mur.

 

Les gens qui continuaient à s'enfuir.

 

Les cris.

 

Une ancienne porte de bois, qui devait peser trois tonnes, balayée. À l'intérieur, une Mercedes sombre enterrée sous les décombres. Seul ressortaient le coffre arrière et la plaque : FI H9 .....

 

De poussières anciennes, la vie
Estropiée, les images arrêtées

 

Les pompiers qui creusaient.

 

Et moi, et nous là, avec nos casques protecteurs rouges sur la tête.
Je me sentis ridicule.
Je ne pus pas ne pas me sentir ridicule avec l'enfer devant les yeux.
Je fermais les yeux toutes les deux secondes et je les rouvrais en espérant que ce fût un cauchemar.

 

Pointaient deux pieds glaçants, d'un adulte.

 

Il était encore en pyjama.

 

Sortit une fillette morte. Elle avait un œuf Kinder dans sa main.

 

Et, puis, sa petite sœur de quelques mois. De quelques jours. On crut qu'elle vivait encore. Elle était encore vivante. Un pompier la prit, enveloppée dans une couverture, la porta à une ambulance.

 

Elle mourut elle aussi.

 

Comme était déjà morte sa mère, qui avait été la première à être extraite des décombres de la Torre dei Pulci.

 

Comme mourut un jeune étudiant de l’immeuble en face.
Il vivait avec sa copine.
Il était réveillé.
Il étudiait.

 

Il y a quatorze ans que je pense à cette fille.
Où elle serait maintenant.
Ce qu'elle ferait.
Si elle était à nouveau tombée amoureuse.
Ou bien si son amour aura pour toujours vingt-deux ans.

 

Me cueillirent ici, dans la nuit
De mai, les épaules un peu courbées

 

Une photographie de la revue « Epoca », pendant que le pompier portait le nouveau-né. Les épaules courbes, la tête se baisse.

 

Je restai toute la nuit, toute la matinée, tout le jour là.

 

J'ai vu arriver les autorités, des politiciens, des journalistes. Carlazzeglio Ciampi, qui à l'époque était Premier Ministre, et dont la cohorte de gorilles me donna un coup dans le dos qui, pour un peu, m'envoyait rouler à terre.

 

Pendant cette journée, j'ai dû téléphoner.
Ou peut-être pas, je ne m'en souviens pas bien.

 

Une voix me répondit. Ou peut-être non. Je racontais. Je devais le raconter à quelqu'un.
La voix était étrange, froide.
Pourtant je me souviens que, peu de jours après, sur un pré, à cette voix, je montrai la photo d'« Epoca ».

 

Pendant que déjà, au loin, explosait
Dans le rêve, la douleur, la fin.

 

Un mois après c'était à mon tour, d'exploser.
Et c'était, là aussi, une explosion qui venait de la même nuit.
Aucune équipe de secours ne fut envoyée pour ramasser les débris.

 

Passent les années.

 

Comme passent les années.

 

Tous les ans, arrive la nuit entre le vingt-six et le vingt-sept mai.

 

Que personne ne me demande, dans cette nuit, de faire quoi que ce soit.

 

Que personne ne mette jamais plus devant moi un œuf Kinder.

 

 

 

LA MAIN
de
Riccardo Venturi, 28 mai 2010.





Voilà qu'est passé un autre vingt-sept mai. Avec ses habituels prémices. Une petite affiche au CPA (Centro Popolare Autogestito FirenzeSud: depuis 1986 activités culturelles et politiques pour l'antifascisme et la solidarité sociale). Un texte sur un autre blog qui le rappelait, avec un poème d'une enfant. Je me disais de ne plus en parler, je me disais.

 

Aussi car, comme toujours, je me serais retrouvé à dire des choses déjà dites et redites. À rappeler, comme je le fais depuis dix-sept ans, que cette enfant de la poésie, je l'ai vue de mes yeux sortir des décombres, à un mètre et demi de distance. À redire comment, depuis lors, je n'ai plus supporté même la vue d'un œuf Kinder. À radoter à nouveau à propos d'un pied en pyjama à lignes, et d'un petit fardeau qui passait devant moi dans les bras d'un pompier. Tout de cette nuit maudite, depuis l'explosion, jusque dans les plus minuscules détails. L'enseigne fondue de l' « Antico Fattore », qui avait laissé seulement la trace noircie de l'inscription « Trattoria ». La Mercedes sombre, immatriculée FI H9 et quelque chose, enterrée dans son garage. Les vitres. Le matin.

 

Et j'aurais dû, encore une fois, prendre en considération ce qui, vraiment dans ces instants, se passait ailleurs. Je n'avais pas cependant la moindre intention de le faire. Doucement doucement cette chose s'est comme diluée dans le temps, et n'en sont restées que des quantités homéopathiques. Demeurent seulement ces images. Je devrais, donc, recommencer à parler de l'enfer, qui ne me fait pas peur car je l'ai déjà vu, à Florence, dans ma ville, la nuit du 27 mai 1993. Avec sur mon dos, une tenue blanche sale, un ridicule casque rouge sur la tête, les épaules courbées, les mains avec les gants de latex.

 

Redire tout cela ; mais je l'ai déjà fait beaucoup, trop de fois. Même si ce ne fut jamais pour dire « moi, j'y étais ». J'aurais voulu ne pas y être du tout. Si je pouvais, je rayerais ce jour. Si je pouvais, je rayerais chaque chose. J'aurais voulu continuer à dormir dans la chambre du magasinier fou. Ce qui arrivait ailleurs, serait arrivé tout pareil ; il n'y avait aucun besoin que cela se double d'un massacre. Je voudrais que ces personnes, cette famille et cet étudiant, fussent encore vivants et aient mené une vie normale. Nadia serait, maintenant, une jeune femme. Sa petite sœur serait une fille. L'étudiant serait diplômé, et maintenant il serait tout ce que le destin aurait voulu : un professionnel confirmé, un vacataire, un satisfait, un déçu, un célèbre, personne, un suicidé. N'importe quoi. Le destin, cependant, a été interrompu. Combien de fois me suis-je posé des questions sur le pourquoi de cette interruption ; je n'ai jamais trouvé de réponses plausibles.

 

Puis, un mois après, ce fut la mienne d'explosion. Je l'ai racontée trop de fois celle-là. Je voulais m'en défaire de n'importe quelle manière, et sa fin fut d'avoir été, au moins par certains, moquée. Mais c'est bien ainsi, il n'y a pas des problèmes. Tout, tôt ou tard, éclate. En ces jours lointains, la Fiorentina se retrouva en série B ; j'aurais dû, peut-être, en parler aussi. Et d'une bicyclette verte, d'un studio plein de paperasses qui me dégoûtaient, de nuits étranges, de personnes parties, de croisements de vent. Pourtant de temps en temps, de ces jours, me revient une molécule ; elle passe et s'en va.

 

Florence, ensuite, a su plus facilement que moi oublier cette nuit. Encore l'un ou l’autre article non lu dans les journaux, encore l'un ou l'autre témoignage, et ensuite tout s'évanouira. La tour, on l'a refaite plus belle et plus ancienne qu'avant. Ils ont refait à la perfection la maison d'en face, et qui sait qui habitera dans la chambre où est mort l'étudiant. Qui sait ce qu'il fera. Ils ont mis une pierre tombale avec le poème de Nadia, et une information écrite dans je ne sais pas combien de langues. L'autre matin, tôt, en passant par hasard en voiture sur le lungarno, je suis descendu un instant ; il y avait un touriste qui traduisait à ses copains dans une quelconque langue slave, tchèque ou slovaque, l'inscription en anglais. On a planté un olivier où il y avait eu le cratère du Fiorino ; mais pourquoi ont-ils choisi pour faire exploser leur bombe justement un fourgon qui portait le nom de l'ancienne monnaie de cette ville. Tout est redevenu tourisme et curiosité. Les Uffizi sont à un pas. Personne, sur cette nuit, n'a écrit même une chanson ; il y en a des dizaines sur la Piazza Fontana, il y a Ringhera de Della Mea sur la Piazza della Loggia, il y a Agosto di Lolli pour l'Italicus. Pour la via dei Georgofili, même pas une. Ce n'était pas un massacre assez d'État, peut-être. C'était la mafia. Naturellement, mafia et État sont deux choses très différentes. Il y a eu seulement les Del Sangre qui, sur la couverture de leur second album, ont mis une image de la via dei Georgofili. Mais, putain, qui les connaît les Del Sangre. Ils font des chansons sur les Indiens en Maremme, sur les partisans romagnols, sur les bandits siciliens et l'un d'eux supporte la Lazio.

 

Cette bombe me souleva même. Elle me prit. Elle me poussa hors de ma ville. J'ai eu de la peine, une extrême difficulté, pour la récupérer ; la même difficulté à me récupérer moi-même. C'est un effort que je fais encore, et que je ferai toujours. Partout où je me trouvais, me suivaient des ombres. Cette nuit a été une bifurcation, une ligne de partage des eaux ; il y a l'avant et il y a l'après. Voilà, c'est ainsi. J'en parle encore... c'est l'aube, car ce ne sont pas des choses, celles-là, qu'on peut écrire quand le soleil donne. Je ne suis pas arrivé à dormir. Il y a dix-sept ans que je n'arrive plus à dormir autour de cette date. Maintenant, je n'entends plus me bouger de Florence ; cursum perficio. Je suis devenu un spécialiste de ses banlieues, celles-là où aucune mafia ou aucun État ne pensera jamais placer une voiture piégée comme symbole. Je circule pour photographier les vieilles voitures. Il y a eu de tout et le contraire de tout ; des amis devenus des ennemis, des amours devenus des haines. Je ne le savais pas encore, cette nuit, pendant que je voyais emporter ces morts, pendant que je cherchais à secourir les blessés du mieux que je pouvais. Elle me prenait la main cette bombe, et me jetait ailleurs pour la moitié de ma vie, en me faisant ricocher dans tous les ailleurs de ce monde.

 

 

DES CHOSES QUE J'AURAI TOUJOURS DEVANT LES YEUX

Riccardo Venturi - 27/5/2013 – 00:30

 

Vous voudrez bien m'excuser d'avoir inséré dans cette page deux choses écrites chez moi , ailleurs, dans les ans passés ; toutes deux autour de ce vingt-sept mai. Si vous avez déjà lu les deux choses, vous aurez compris que dans cette malheureuse nuit d'il y a vingt ans j'étais là, vraiment là. J'ai vu la destruction. J'ai vu sortir les cinq victimes du massacre de via dei Georgofili. Et ce sont des choses que j'aurai toujours devant les yeux et en moi.

 




georg.jpeg


Riccardo Venturi est l'homme au casque rouge



Piazza della Signoria. Pas loin.
Via dei Georgofili, le 27 mai, on est bien dehors.
Taches de couleur : les yeux de la Madone, le nez de l'Enfant.
Les couleurs brillent pendant qu'une famille marche sans penser à mal.

 

Angela Fiume in Nencioni 36 ans
Fabrizio Nencioni 39 ans
Nadia Nencioni 9 ans
Caterina Nencioni 6 mois

 

Une famille qui se promène avant de rentrer à l'hôtel, dans les rues florentines où poussent des hommes de lettres et de peinture.
Les statues sont immobilisées en gestes anciens.
Merveilleuses.
Et la vie, encore donne le meilleur d'elle-même.

 

Dario Capolicchio 22 ans

 

L'une de la nuit.
La lune pâle ombre les rougeurs des amants.
Les huiles éternelles se liquéfient comme des aquarelles à la chaleur des soupirs.
Deux enfants collés à la vespa par les baisers : jambes coincées dans un amour total, même où il ne faudrait pas mais comment faire pour ne pas écouter ses sourires, devenir une seule chose dans l'ombre de la rue, la serrer toujours, ne jamais la quitter.

 

« Encore cinq minutes... »

« Je dois y aller » et puis, rire... ensemble

 

Comment partir sérieusement , on croirait partir pour toujours et alors… Si, un baiser, reste.
« Encore cinq minutes… ce n'est pas fatigant : assieds-toi sur la vespa, devant moi : je veux sentir tes cheveux… parfum de lavande tient loin les moustiques, mais pas moi qui ris attiré dans ton jeu… mais il se fait tard. »
« Il n'est pas encore l'une… »
« Un baiser, je dois y aller. »
« Encore cinq minutes »
« Non, il est tard, je dois y aller… à demain. »
« Si amour, nuit. Un baiser aussi. Douce nuit.  »

 

« Encore cinq minutes »

 

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Marco Valdo M.I.
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6 juin 2013 4 06 /06 /juin /2013 12:53

C'EST TOUT UN PLAISIR

 

Version française – C'EST TOUT UN PLAISIR – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson italienne – Ogni tanto fa un certo piacere – Dario Fo– 1963

Texte de Dario Fo
Musique de Fiorenzo Carpi

 

 

Regarde quelle coïncidence, Lucien l'âne mon ami...

 

 

Comment ça, quelle coïncidence ? Ce n'est pas clair. Il n'y a que toi qui dois savoir à quoi tu fais allusion.

 

 

En effet, en effet... Je m'explique. Hier ou il y a quelques jours, je t'ai rapporté une Histoire d'Allemagne qui s'intitulait : « Ni d'Est, ni d'Ouest. Nazis ! ». Cette histoire était narrée par un policier qui dénonçait ces bandes de criminels et leurs exactions assassines. Il dénonçait au passage le manque de moyens et d'effectifs pour faire face à ces bandes armées. La chanson d'aujourd'hui, qui nous vient d'Italie, où les choses n'ont pas sensiblement évolué, est chantée par le groupe des assassins et même, par leurs commanditaires – en Italie, ils sont fascistes, qui se réjouissent de la complicité de la police, de la protection qu'elle leur apporte dans leurs actions criminelles.

 

 

Ah, je vois, dit Lucien l'âne. Je me souviens très bien de cette histoire d'Allemagne [[44790]] et mieux, j'en ai encore de l'effroi dans le dos de tous ces nazis au crâne rasé qui massacraient de coups les travailleurs vietnamiens et leurs familles et incendiaient la cité où ils vivaient... Du temps de la guerre d'Algérie et en France, on appelait ça des ratonnades.

 

 

 

ratonnade.jpg

 

 

 

Exactement. À propos de Paris et de skinheads fascistoïdes (je précise et c'est important, car il y a des gens au crâne rasé qui ne sont pas nazis du tout et même, carrément opposés à ces crapules – voir absolument : http://www.redskinheads-de-france.fr/), un jeune homme, venu de Bretagne pour étudier à Paris, vient d'être assassiné alors qu'il sortait d'un magasin et précisément par des skinheads, qu'on qualifie pudiquement de droite... Et finalement, ce n'est pas inexact... Car la droite est comme le vin mousseux... D'abord, elle est pleine de bulles (papales), elle est en quelque sorte graduée... Quand tout va bien, que tout coule dans le sens qui lui convient, son niveau de réactivité est doux et ses propos sont onctueux, ses gestes enveloppants et d'une rondeur évangélique; quand – pour elle, les choses se compliquent, son taux de réactivité passe au niveau, demi-sec – c'est le temps de l'invective, de l'insulte modérée à l'encontre des gens qui ne sont pas de son bord ; on parle, mais on ne fait rien encore ; un cran au-dessus, on en vient aux mots blessants, aux méchancetés, aux manifestations de rue (Paris vient d'en subir quelques unes – et tous les prétextes sont bons : ici, il s'agissait de mettre en cause le mariage des homosexuel(le)s) – avec la bénédiction des évêques et la bienveillance du Vatican ; comme disait Voltaire ; « la caque sent toujours le hareng » ; on m'a dit aussi que c'était le bon Henry de Navarre, du temps où il n'avait pas encore touché le calice empoisonné qui était l'auteur de cette sentence et indiquait ainsi qu'il sentait de loin arriver le papiste et même si je fabule, l'expression et la sensation qu'elle figure sont exactes) ; et puis, quand les événements s'y prêtent, la droite durcit encore le ton et on en vient au niveau brut, qui comme son nom l'indique, est assez musclé – là, on démarre à l'insulte, on cogne, on frappe, on matraque, on assomme, on tue, on assassine... mais en quelque sorte, à petite échelle... Ensuite, à l'étape suivante, c'est Maurras (Charles Marie Photius Maurras – 1868-1952), c'est l'Action française, ce sont les bandes armées, c'est l'affrontement, c'est le putsch, c'est la prise de pouvoir... C'est l'État National ou l'Empire. On est cousin d'Adolf ou de Benito. Je laisse à chacun le soin de transposer cette graduation de la droite dans son aire géographique.

 

 

J'imagine très bien ce que ça doit donner en Espagne, en Grèce, au Portugal, en Allemagne, en Autriche, en Hongrie, en Pologne, en Italie... Pour m'en tenir à l'Europe où nous vivons... Ainsi donc, notre tâche est incommensurable et pourtant, il nous faut bien nous y remettre et recommencer à tisser le linceul de ce vieux monde un peu trop gris, un peu trop feldgrau, un peu trop noir, un peu trop brun... un peu trop enclin aux crapuleries, aux assassinats, aux massacres et aux guerres et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Dàlli, dàlli, dàlli, dàlli, dàlli,
De temps en temps, c'est tout un plaisir
De pouvoir assommer quelqu'un,
De pouvoir légalement laisser courir
Sa méchanceté sur quelqu'un.
Corsetés de mesquinerie,
Sus, chantons, couvrons de huées
Cette lamentation de bêtes à genoux :
Sus, écrasons-les sans pitié,
Sus sus, écrasons-les sans pitié.
Oh quelle grande invention l'ennemi,
Un ennemi qui est désarmé :
Remercions qui nous l'a procuré,
Indiqué et déjà malmené.
Remercions les autorités :
Avec leurs forces de l'ordre dans la rue
Pour nous, le monde est une aubaine
Chaque chose est faite pour nous
Chaque chose est faite pour nous
Pour nous gens aisés,
Pour nous gens bien-pensants,
Pour nous gens moralisateurs,
Pour nous gens conformistes,
Christ est mort pour nous,
Car nous l'avons fait tuer,
Pour ensuite le faire dorer
Et sur des croix d'argent clouer,
Et sur les trophées et les armes graver,
Afin que l'on sache que, sauf imprévu
Telle est la fin de tout Christ.

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Marco Valdo M.I. - dans Dario FO
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