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16 octobre 2014 4 16 /10 /octobre /2014 22:16

Le Joueur De Pipeau

Chanson française – Hugues Aufray – 1966

https://www.youtube.com/watch?v=s_bvblMl23w

 

 

 

Les petits enfants en chemise de nuit

Cherchèrent le vent et le pipeau dans la nuit

 

 

 

Voici donc la chanson dont je t'avais parlé à propos du Charmeur de Rats [[48281]] . Elle est plus accessible, notamment par les enfants et d'ailleurs, elle est illustrée ici par un dessin animé. Mais, elle n'a pas du tout la portée de la version allemande. Elle irait même à l'encontre de celle-ci.

 

 

Que veux-tu dire ?, Marco Valdo M.I. mon ami. Elle dirait donc blanc où la version d'Hannes Wader

dirait noir, ou rouge, ou bleu… Que sais-je ? Une autre tonalité, une autre couleur ? Un autre sens…

 

 

Exactement. Ce Joueur de Pipeau, je te le dis tout de suite, est très conforme à la version traditionnelle. Le vagabond est définitivement le méchant, il va tuer les enfants pour se venger. C'est le message que la bonne société, celle qui se voit comme la bonne société, la société des bonnes gens, ces gens de quelque part, de ces gens atteints de respectabilité et d'une inguérissable avidité qui remettent toujours sur d'autres leurs propres turpitudes… On voit bien où mène cette condamnation de l'étranger, de celui venu d'ailleurs, de celui qui n'a pas pignon sur rue…

 

 

Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, ne m'en dis pas plus, je vois très bien de quoi il retourne. Reprenons notre tâche qui n'est certes pas de jouer du pipeau ou de dératiser les villes, mais bien de tisser le linceul de ce vieux monde respectable, conscient de sa haute valeur, considérable et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Un étranger est arrivé un beau soir
De son pipeau, il tirait des sons bizarres
Ses cheveux longs
Lui donnaient l'air d'un vagabond

En ce temps-là
La ville était envahie
Par tous les rats
Venant du fond du pays
Privés de pain
Les habitants mouraient de faim

Le musicien leur dit
"Si vous le voulez,
Je peux sur l'heure
Du fléau vous délivrer"
Pour mille écus
Le marché fût bientôt conclu

Devant l'église, il joua de son pipeau
Comme le berger qui rassemble son troupeau
Et de partout, les rats sortirent de leur trou

Et tous ces rats qui le suivaient dans la rue,
Chemin faisant, ils étaient cent mille et plus
Ils arrivèrent à la rivière
Et s'y noyèrent

"C'est un sorcier !" s'écrièrent les bourgeois
Et déjà chacun le désignait du doigt
À coups de pierres
Et sans parjures, ils le chassèrent

Tout le village dormait paisiblement
Lorsque soudain, on entendit dans le vent
Un doux refrain
Que les enfants connaissaient bien..

Les petits enfants en chemise de nuit
Cherchèrent le vent et le pipeau dans la nuit
Ils arrivèrent à la rivière
Et s'y noyèrent.

 

 
Le Joueur De Pipeau
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Marco Valdo M.I.
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15 octobre 2014 3 15 /10 /octobre /2014 22:03

LE CHARMEUR DE RATS

 

Version française – LE CHARMEUR DE RATS – Marco Valdo M.I. – 2016 (nouvelle version)

Chanson allemande – Der Rattenfänger  Hannes Wader  1974

 

Paroles et musique de Hannes Wader

 

 

Jusqu’à ce que toute la vermine couinante me suive dans la Weser

 

Le joueur de flûte de Hamelin, chanté par Hannes Wader, libère la ville des rats en échange de la simple promesse d’être rétribué. Cependant, quand, le travail fait, il se présente pour encaisser son dû, les autorités de la ville non seulement refusent de l payer et le raillent, mais ils le font massacrer et dévorer par des chiens, ignorant que le joueur de flûte – figure semblable au « Juif errant » – est une créature surnaturelle, un immortel.

 

Celui-ci en effet revient bientôt en ville, le dimanche, quand tous les adultes, faux et hypocrites, sont à la messe et seuls les enfants sont restés à la maison. Le joueur de flûte les rassemble au son de sa flûte et leur chante son malheur, si bien que les gamins décident de l’aider à obtenir justice contre leurs pères. La réaction ne se fait pas attendre : les parents, mis au pilori, n’hésitent pas à frapper leurs propres enfants et, en réponse à leur détermination et à leur résistance, ils en arrivent à les emprisonner, à les faire disparaître, en les chassant de la ville, cherchant ensuite à faire endosser la faute au joueur de flûte.
Mais les enfants de Hamelin ne sont pas morts ; au contraire, ils se sont répandus dans le monde entier et continuent à lutter contre la terreur, les mensonges et la violence infligés par le Pouvoir.

 

 

Dialogue maïeutique

 

Connais-tu toi aussi, Lucien l’âne mon ami, cette histoire des enfants d’Hamelin, qui fut contée par les frères Grimm, reprise sous diverses formes par bien d’autres et par exemple, dans la chanson française, par Hugues Aufray, auteur et interprète d’un « Joueur de Pipeau », auquel nous reviendrons un de ces quatre.

 

Et comment donc que je la connais cette légende, Marco Valdo M.I. mon ami. Et depuis très longtemps, crois-moi et même bien avant qu’elle soit écrite par Goethe, les frères Grimm, Mérimée et sans doute, d’autres encore. Car cette histoire courait d’oreille en oreille, elle allait sur les routes et traversait le monde. À tel point que je l’avais entendue dans ma jeunesse quand j’étais encore en Grèce chez les Atrides. En ce temps-là, les rats étaient des sortes de guêpes, de grosses mouches qui mordaient, piquaient et poursuivaient sans relâche les habitants de Mycènes, depuis l’assassinat d’Agamemnon. Elles ne me gênaient pas trop, car comme tu le sais, les ânes ont la peau dure, un poil dru et une queue solide et agile, qui frappe sans erreur les bestioles importunes. Et j’ai de mes yeux vu les Érinyes quitter la ville à la suite d’Oreste, le rédempteur.

 

Hou la, tu vises haut, Lucien l’âne mon ami, et tu ferais ainsi remonter cette histoire de charmeur de rats aux Érinyes, qui si j’ai bonne mémoire étaient en effet elles aussi de sales bêtes…

 

Certes, mais par la volonté d’Athéna, elles se muèrent sur le tard en Euménides, écoute bien ça, chargées de faire régner la justice… Mais le mythe du rédempteur va resurgir sous diverses formes et pour ce qui nous intéresse ici, sous la forme du Charmeur de rats d’Hamelin, dont il me paraît que la chanson raconte parfaitement l’histoire. Quant à cette mutation des Érinyes en Euménides, gardiennes de la justice, on en retrouve la marque dans la légende allemande d’Hamelin dans le passage de rats en enfants, qui entourent le « rédempteur » afin que justice se fasse et puis, qui s’en allèrent en exil, installant ce souci partout dans le monde au travers de la diaspora qui s’ensuivit. Je laisse à ta sagacité le soin d’établir le lien de cette légende avec la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres afin de perpétuer leur exploitation, d’étendre leur emprise, d’assurer leur pouvoir et d’imposer leur domination. Quant au reste, il nous faut reprendre notre tâche et tisser le linceul de ce vieux monde endormi, vasouillard, mielleux, sournois, violent et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Presque tout le monde sait ce qui s’est passé à Hamelin, il y a mille et une années,

Comment des rats ont mangé tout ce qui n’était pas en fer ou en bois.
Après un long voyage, j’étais arrivé comme musicien en ville, ce matin-là
Et au marché, j’ai entendu les hérauts crier,
Celui qui libèrera – avec l’aide de dieu ou tout seul – la ville des rats,
À la municipalité, cent thalers d’or sont prêts pour celui-là.


J’ai pris mon sac, ma flûte et ma lyre et je me suis présenté au Conseil.
On m’eut à peine vu qu’on refermait la porte
Et j’entendis les messieurs dire qu’un homme d’une drôle de sorte,
Dépenaillé, puant, en haillons bariolés, avec un anneau dans l’oreille.
Cet homme dit aux messieurs qu’il venait de loin et même au-delà,
Et qu’il offrait son aide, car il est charmeur de rats.

J’attendis longtemps, puis au travers de la porte fermée, j’entendis une voix :
« Détruis les rats et tu obtiendras les thalers promis pour cela ! »
Et je partis dans la nuit et sur un seul ton de la flûte, j’ai joué –
Si haut que seuls les rats l’entendaient, et aucun ne put s’échapper,
Jusqu’à ce que toute la vermine couinante me suive dans la Weser
Et au matin, dans le courant dérivaient cent mille cadavres vers la mer.

Quand les citoyens d’Hamelin ont vu les rats dans la Weser,
Ils ont dansé dans les rues, aucun n’a même pensé à moi.
Et moi, j’allai à nouveau devant l’hôtel de ville et j’exigeai mon salaire.
Cette fois encore, j’ai trouvé porte de bois.
En se moquant, ils disaient que seul le diable pouvait avoir guidé mon bras,
Ce pourquoi il était juste que je touche de lui mes cent thalers.

J’ai attendu heure après heure ; jusqu’au soir, je suis resté,
Les édiles assis à l’intérieur ne se sont pas montrés.
Avec la nuit, des types armés, une douzaine ou plus, sont arrivés ;
Ils me frappèrent de leurs piques et hors de la ville, me poussèrent à coups de pieds,
Lançant leurs chiens sur moi et ces bêtes féroces ne m’ont pas épargné,
M’ont mordu et sur mon visage ensanglanté, ont pissé.

 

Au clair de lune, j’ai rapetassé mes chiffons, lavé mes blessures dans le courant
Et j’ai pleuré ma faiblesse et ma rage, jusqu’à ce que la nuit me ferme les yeux.
Puis, je suis retourné en ville et j’ai mis en œuvre mon plan.
C’était dimanche, les citadins se rendaient à l’office religieux ;
Ainsi, les enfants restaient seuls en attendant
Et j’espérais qu’ils se montreraient plus justes que leurs parents.


J’avais couvert mon visage déchiqueté d’un masque bariolé
Et garni ma blouse de plumes de coq, afin qu’on n’en voie pas les trous.
J’ai joué et chanté, aussitôt les enfants vinrent à moi de partout
Pour entendre ce qu’avec colère, je chantais et que je ne pourrai jamais oublier
Et les enfants ont décidé de m’aider et de ne plus rester
Où règne l’injustice, mais de toujours s’y opposer.

 

Et les enfants d’Hamelin ont tenu parole et par justice,
Mis au clair la méchanceté et les mensonges de leurs parents
Et ont ainsi, chez leurs aïeuls, suscité une honte
Et, car il avait honte, un père a frappé son enfant.
À chaque coup, le courage des enfants grandissait
Et les citoyens impuissants au Conseil se plaignaient.


Cela arrive encore aujourd’hui, là où la tranquillité vaut plus que le droit,
Car là où les puissants veulent leur tranquillité, l’autorité ne va pas droit.
Ainsi, il fut décidé l’expulsion d’une génération entière.
Dans la nuit du même jour, l’action infâme a commencé ;
Sous la garde de leurs propres parents, menottés et ligotés,
On a emmené les enfants de Hamelin hors de la ville de leurs pères.


Le calme était revenu entre les murs d’Hamelin, comme autrefois ;
La fourberie fleurit, les conseillers ont rédigé à la hâte une lettre
Jointe à la chronique de la ville, avec le sceau des édiles,
Qui raconte que les enfants furent tués par le charmeur de rats.
Cependant, les enfants d’Hamelin dispersés par le monde,
Ont à leur tour engendré des enfants et ils leur content cette histoire.


Aujourd’hui encore, des hommes soutiennent les droits des plus faibles ;
Ces hommes sont les héritiers des enfants d’Hamelin.
Cependant, le mensonge écrase encore la vérité en ce monde
Et tant que la force et la peur tiendront le pouvoir entre leurs mains,
Je ne pourrai pas mourir, ni fuir, ni me reposer, ni rien de tel.
Car les hommes prennent toujours l’injustice pour un phénomène naturel.

 

Musicien et charmeur de rats, j’irai toujours plus loin,

Condamner la méchanceté et l’injustice.

Demain encore, j’élèverai les enfants contre elles.

Musicien et charmeur de rats, j’irai toujours plus loin,

Condamner la méchanceté et l’injustice.

Demain encore, j’élèverai les enfants contre elles.

LE CHARMEUR DE RATS
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Marco Valdo M.I.
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8 octobre 2014 3 08 /10 /octobre /2014 20:57

 

LA LÉGENDE DU SOLDAT MORT

 

Version française – LA LÉGENDE DU SOLDAT MORT – Marco Valdo M.I. – 2012

D'après la version italienne LEGGENDA DEL SOLDATO MORTO – Roberto Fertonani – 1971 d'une

Chanson allemande - Legende vom toten Soldaten – Bertolt Brecht – 1918

 

 

 

 

 

Avec les caisses et les au revoir

Et les femmes et les chiens et le curé !

Et le soldat mort noir

Comme un singe bourré.

 

 

 

 
 
 
 
 
 
 
 

 

 

1918 : le jeune Eugen Berthold Friedrich Brecht fils d'un sévère dirigeant de quartier, a un peu plus de vingt ans. Il écrit des poésies. Pas seulement ; il les met en musique, seul, en écrivant les accords pour la guitare et avec une vieille guitare, il les joue pour les amis. Et l'année de la défaite de l'Allemagne du Kaiser, la première « année zéro » d'une Allemagne qui, plus tard, aura à en revivre une autre, plus terrible encore. Il vient alors à l'esprit du jeune Brecht, depuis toujours opposé à la guerre, d'écrire une ballade antimilitariste. Ainsi naquit la « Legende vom toten Soldaten », le 13 août 1918. Une fois encore, il écrit la musique. À vingt ans, Brecht écrit celui qui sera sans doute le plus féroce texte antimilitariste allemand de tous les temps. Celui-là même qui, en 1935, servira de justification aux nazis pour lui ôter la nationalité allemande, alors qu'il était déjà en exil. La même année, Paul Dessau en réécrit la musique. La version anglaise ("The Legend of the Dead Soldier"),dont le texte est jusqu'à présent resté introuvable fut interprétée par Dave Van Ronk [R.V.]

 

 

Tu sais, Lucien l'âne mon ami, être confronté à Bert Brecht, ou à Kurt Tucholsky, ou à Franz Jozef Degenhardt... est une aventure redoutable... On est là soudain devant de la poésie assez rude, assez charpentée et de la poésie qui conte certaines heures effroyables de la guerre de Cent Mille Ans... Loin de Charles d'Orléans ou de Ronsard. Et si l'on se place dans le domaine de la chanson, la constatation est évidemment la même, mais ce que je voudrais ajouter, c'est que ces textes, par ailleurs et pas toujours, musicalisés, montrent nettement le fait qu'il y a des genres et des niveaux très variés dans la chanson et qu'on ne peut en faire abstraction. Ceci m'amène à parler du site des Chansons contre la Guerre lui-même et des chansons qu'il rassemble. Lui aussi, il rassemble des choses exceptionnelles, qui dans leur ensemble, ont un ton particulier. Ce n'est pas tant qu'elles soient contre la guerre – cela va de soi, qui importe, mais bien le fait qu'elles sont la plupart du temps (il y a certes des exceptions...) d'une qualité qu'on ne retrouve que rarement dans ce que déversent les médias et l'industrie du disque.

 

Voilà de bien étranges considérations et je me demande quel rapport il peut y avoir avec la chanson dont tu vas me parler...

 

J'y viens, j'y viens... La raison... C'est que précisément cette Légende du Soldat mort est exemplaire de ce que je viens de te décrire. C'est une poésie, un poème rude, de haut vol, terrible. La musique ne vient qu'ensuite... je veux dire la musique instrumentale, car la musique elle-même est déjà dans les paroles. Et puis, elle est d'une densité au sens strict du mot « extraordinaire ». C'est là une de ces grandes chansons qui content les épisodes de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches mènent contre les pauvres, que les puissants réservent aux faibles, que les princes d'empire font à l'encontre des paysans révoltés...

 

En effet, Marco Valdo M.I., mon ami, dit Lucien l'âne en secouant sa belle crinière noire, et nombreux sont les empires où ce genre de massacres eut lieu. Maintenant, ce soldat mort m'intrigue... Je n'arrive pas à comprendre qu'on le traîne ainsi par les routes... Quel étrange cortège nocturne... Mais il me rappelle une autre chanson qui parle de ces années-là et dont, sauf ta modestie, tu es l'auteur – avec l'aide de Günter Grass, ce qui n'est certes pas rien... Elle s'intitule : « À la prochaine ! » [[http://www.antiwarsongs.org/canzone.php?id=37758&lang=it]].

 

De fait, avec l'aide de Günter Grass... Tu y vas fort, Lucien l'âne mon mai. C'est plus qu'avec l'aide... Sans lui et son livre, il n'y aurait rien eu. Que savais-je moi de toutes ces Histoires d'Allemagne ? Mais évidemment, pour ce qui est du jeune Brecht, la situation était fort différente... Il avait le nez dedans... Et crois-moi, ça sentait....

 

Ça sent toujours les grands massacres, dit l'âne Lucien d'un air sentencieux. Et c'est une odeur très particulière... Ainsi, les guerres sont une des choses les plus caractéristiques de ce vieux monde où les riches et les puissants entendent bien conserver par tous les moyens leur domination ; c'est ce qui rend ce monde si détestable... mais reprenons notre tâche et tissons le suaire de ce monde valeureux, héroïque, guerrier, fier, cent fois victorieux et cacochyme.

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

On en était au cinquième printemps

Aucun espoir de paix devant

Le soldat conclut le propos

Et mourut de la mort du héros.

 

La guerre n'était pourtant pas finie encore

Il ne plaisait pas au Kaiser,

Que son soldat fut mort :

Il lui semblait qu'il était bien trop vert.

 

L'été s'étala sur les tombes

Et le soldat dormait comme une bombe.

Quand arriva dans la nuit estivale

Une commission militaire médicale

 

La commission s'installa

Au-dedans du cimetière.

Et d'une pelle consacrée sortit de terre

Le malheureux soldat.

 

Le Docteur examina le soldat

Ou du moins, ce qui restait de celui-là.

Le Docteur trouva le soldat en parfait état

Et il le déclara bon pour le combat.

 

Ils emmenèrent le soldat fantasque

La nuit était belle et bleuie

On peut, quand on ne porte pas de casque,

Voir les étoiles de la patrie.

 

Ils versèrent un schnaps d'enfer

Dans son corps putréfié

Et à son bras, ils mirent deux infirmiers

Et une femme au majestueux derrière.

 

Le soldat puait la rage ou même, pire,

Alors, on vit boiter un curé tout noir

Qui balançait au-dessus de lui un encensoir

Pour qu'on ne puisse rien sentir.


Devant la musique et les grosses caisses

Jouait une marche militaire.

Et le soldat, comme il avait appris à le faire,

Levait les jambes jusqu'à ses fesses.

 

En le tenant fraternellement par le bras

Les deux infirmiers marchaient au pas.

Sans eux, dans la boue, il retomberait déjà

Et cela ne se peut pas.

 

Ils enduisirent son suaire

De rouge de blanc de noir

Et ainsi, ils l'emmenèrent

Sous les couleurs, la saleté s'égare.

 

Un monsieur en frac marchait devant

Avec sa poitrine amidonnée

Il se tenait comme un vrai Allemand

Conscient de devoir assumer.

 

Ils passèrent ainsi avec les grosses caisses

Ils s'engagèrent sur la route sombre

Et le soldat balançait son ivresse

Comme les flocons dans l'ombre.

 

Les chats et les chiens criaient,

Les rats des champs sifflaient sauvagement

Ils ne veulent pas être français

Car c'est un un avilissement

 

Et quand ils traversent les hameaux,

Toutes les femmes sont là.

La Lune brille. Les arbres font les beaux

Et tous crient Hourra !

 

Avec les caisses et les au revoir

Et les femmes et les chiens et le curé !

Et le soldat mort noir

Comme un singe bourré.

 

Et quand ils traversent les hameaux,

Personne ne peut le voir

Tant ils sont autour du héros

Avec les caisses, les hourras et l'encensoir.

 

Tant à brailler et danser autour du héros

Qu'on ne le voit pas.

Peut-être le verrait-on de haut

Où les étoiles brillent déjà.

 

Mais les étoiles ne sont plus là,

Voici l'aurore

Alors, comme il a appris à le faire, le soldat,

Se redresse en héros mort.

LA LÉGENDE DU SOLDAT MORT
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7 octobre 2014 2 07 /10 /octobre /2014 21:14

 

YOUPLALA !

Version française – YOUPLALA ! – Marco Valdo M.I. – 2014

d'après la version italienne de Riccardo Venturi d'une

Chanson Basque – Yup la la – Etxamendi eta Larralde1973

 

 

 

 

 

 

Youplala!
Les anges chantent :
Va te faire foutre !



La chansonnette présentée ici est de 1973, et parle de l'attentat contre le premier ministre franquiste Luis Carrero Blanco, homme très pieux. Sur toute l'histoire de l'attentat à Carrero Blanco, dit El Ogro (L'ogre), on renvoie à une autre célèbre chanson relative, Carrero voló de SOAK ; une chanson de 1990. L' « envol » de Carrero Blanco se produisit le 20 décembre 1973 Calle de Claudio Coello à Madrid ; et si cette chanson est de 1973, cela veut dire qu'elle dut avoir été écrite ans la foulée des faits. Chose qui pouvait se révéler beaucoup plus dangereuse qu'en 1990.

Le duo qui la composa était composé d'Eñaut Etxamendi et Eñaut Larralde ; les deux Eñaut, tous deux Navarrais et tous deux nés en 1935. Ils étaient connus comme un duo de chansons traditionnelles basques, mais avec Yup la la, ils furent d'un coup célèbres dans tout l'État espagnol, bien qu'ils aient écrit leur « canzoncina » en euskara, langue généralement incompréhensible à n'importe qui en dehors du Pays Basque. Sous la forme d'un chant d'église « a capella », avec des voix de prêtre et de latineries. Chose qui correspondait à Carrero Blanco, qui avait été liquidé par l'ETA justement au sortir de la sainte messe.

 

Une « canzoncina » qui certainement n'a pas cessé d'être connue dans toute l'Espagne. En 2003, la Banda Bassotti l'a reproposée, en s'accompagnant d' accordéon et dans l'original en langue basque, dans l'album « Así es me vida » et l'a portée en tournée même en Espagne, où le groupe est très connu ; ouvre-toi ciel. Protestations vibrantes à El Ferrol, la ville galicienne où il nacquit Francisco Franco, et surtout de la part AVT, de l'Asociación de Víctimas du Terrorisme liée, comment en douter, au Partido Popular de droite. [RV]

 

 


 

 

In nomine patris et filii...
Il a sauté en l'air et ensuite il est retombé !
Il en avait expédié beaucoup au ciel
Et donc nous étions en reste avec Carrero !



Persécuteur cruel,
À présent, puni !
Youplala!
Les anges chantent :
Va te faire foutre !

Et ite, missa est.

 

Et il faut que Madrid et Paris
Apprennent une bonne fois,
On ne peut opprimer les Basques
Éternellement.


Persécuteur cruel,
À présent, puni !
Youplala!
Les anges chantent :
Va te faire foutre !

Et ite, missa est.

Nous t'acclamons, ETA,
Tu es le bras de peuple !
Grand est ta force,
Le peuple est protégé !

 

Persécuteur cruel,
À présent, puni !
Youplala!
Les anges chantent :
Va te faire foutre !

Et ite, missa est.

Persécuteur cruel,
À présent, puni !
Youplala!
Les anges chantent :
Va te faire foutre !

Et ite, missa est.

YOUPLALA !
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Marco Valdo M.I.
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6 octobre 2014 1 06 /10 /octobre /2014 22:08

 

ADRESSE AUX MILLIONNAIRES

 

Version française - ADRESSE AUX MILLIONNAIRES – Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson allemande - Ansprache an Millionäre – Erich Kästner – 1930

 

 

Ah, il suffirait d'une douzaine d'intelligents
Avec vraiment beaucoup d'argent…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tu vois, Lucien l'âne mon ami, toi, tu le vois combien il m'est difficile de traduire l'allemand, car à la vérité, je l'ai déjà dit souvent, je ne connais pas cette langue. Alors, comme tu peux t'en rendre compte, je dois arracher mot par mot, phrase par phrase, ce que finalement, je propose comme version en langue française… et je l'ai déjà expliqué aussi, c'est seulement alors que je comprends ce que j'ai pu ainsi faire venir au jour.

 

 

C'est bien ainsi que je te vois faire et vraiment, je ne comprends pas, moi, je ne comprends pas comment tu y arrives. Mais aussi, je dois reconnaître que souvent, c'est fort intéressant… Par ailleurs, je me demande bien comment tu peux savoir qu'un texte que tu ne comprends pas sera un bon texte, sera intéressant.

 

 

Là, mon ami Lucien l'âne, c'est relativement simple. Prenons le cas d'Erich Kästner. Je l'ai connu au travers des romans pour enfants qu'il avait écrits il y a bien longtemps et dont il existe des traductions en langue française. Je l'ai donc lu et connu en français. Il a été traduit dans beaucoup d'autres langues aussi, d'ailleurs. Et il n'y a pas dans la littérature enfantine tant d'auteurs de ce calibre, tant d'auteurs qui racontent des histoires de cette manière et avec tant de considération pour le lecteur, pour sa sensibilité, pour son imagination et pour son intelligence – ce lecteur étant censément une ou un enfant ;mais il est de grands enfants et même, me concernant, de vieux enfants. Enfin, vieux pour être considérés comme des enfants.

 

 

Et moi alors, dit Lucien l'âne tout guilleret. Moi à qui une sorcellerie a arrêté le décompte du temps quand je sortais à peine de l'enfance… Souviens-toi, lors même que je découvrais les joies de la jeunesse… Moi qui suis depuis tant de temps aux portes de l'enfance, sur le seuil d'un autre âge, je peux te garantir qu'on vit du mieux qu'il soit quand on garde en soi les territoires de l'enfance…

 

 

 

Lucien l'âne mon ami, je te dis foin de ces considérations sur l'enfance ; je reprends mon récit. Et donc un jour, au hasard de mes pérégrinations dans les chansons, j'ai rencontré un chanteur qui chantait un texte d'Erich Kästner... S'il en existait un, il devait en exister d'autres et je me suis mis à chercher les textes "poétiques" de Kästner... Forcément en allemand et puis, je les ai trouvés... J'ai aussi un peu cherché qui était Kästner, sa vie et tout ça. À la suite de quoi pour moi, il était devenu certain que lire et traduire (même mal comme je le fais) Kästner était une bonne idée. Pour le vérifier, il ne me restait plus qu'à traduire… Là, au premier abord, c'est boiteux et souvent pire encore. C'est franchement désastreux… mais cent fois sur le métier, remettez votre ouvrage… C'est lent, c'est tortueux, mais enfin, il y a un résultat et je trouve qu'il n'est pas si mal. Enfin, à moi, il me convient.

 

 

 

À moi aussi. Je dirais même qu'il me plaît. Et citons ici sans crainte un Maréchal de France, président de la République (en quoi tu vois qu'il ne peut s'agir de l'ignoble Pétain), massacreur des Algériens (déjà) et boucher de la Commune, mieux connu pour un mot presque aussi célèbre que le mot de Cambronne, dont j'ai déjà parlé. Il s'agit d'un descendant d'Irlandais, le célèbre Mac Mahon – célèbre grâce à cette phrase consternante : « C'est vous le nègre ; très bien, continuez ! ». On en a retenu une autre, tout aussi consternante : devant les inondations catastrophiques de la Garonne, on entendit tomber de la bouche du Président de la République, censé réconforter les sinistrés, cette constatation triviale : « Que d'eau ! Que d'eau ! ».

 

 

D'accord, c'est drôle, dit Marco Valdo M.I. en riant, mais au fait, peux-tu me dire pourquoi tu parles de ce Mac Mahon si disert.

 

 

Certes. Tu as l'air de croire que j'ai perdu un peu le fil de ce que je voulais dire. Rassure-toi, il n'en est rien. En l'occurrence, le nègre, c'est toi et c'est à toi que je disais : « Très bien, continuez ! ». Mais dis-moi quand même deux mots de la chanson…

 

 

Oui, bien sûr et elle le mérite, car elle montre un Kästner d'une effrayante lucidité, un homme qui voit venir le pire et qui le dit et qui tente malgré tout de sauver le monde, tout en sachant que c'est peine perdue. Dans l'absolu, la solution qu'il propose de quelques riches intelligents pour contrer la montée au pouvoir des nazis est une belle esquisse, mais – et Kästner le premier le sait – elle ne tient pas… C'est une démonstration par l'absurde, en quelque sorte. Si… Mais on est au cœur de cette Guerre de Cent Mille Ans que les riches mènent contre les pauvres pour asseoir leur domination… Et même si quelques riches « intelligents », c'est-à-dire qui comprennent ce qui va se produire et perçoivent l’innommable, les autres vont faire le serment ignoble… Mais laissons courir la pensée poétique de Kästner, elle s'exprime mieux que nous…

 

 

Et reprenons notre tâche, à nous autres somari et tâcherons, qui consiste à tisser le linceul de ce vieux monde riche, trop riche, perclus de richesse et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Pourquoi attendez-vous si longtemps,

Voulez-vous vraiment
Qu'on s'en prenne à vos femmes fardées,

À vous-mêmes et dans le jardin au marbre des poupées ?

Pourquoi alors ne voulez-vous pas vous améliorer ?
Bientôt ils s'imposeront sur les planchers
Et vous poignarderont avec des couteaux de cuisine
Et ils vous pendront aux fenêtres.

 

Ils vous pousseront dans les fleuves.
Cris et prières n'auront plus de sens, alors.
Ils couperont vos têtes.
Il sera trop retard, alors.

Alors, le jet des fontaines se colorera de rouge.
Alors, ils vous colleront au mur du jardin.
Ils viendront et se tairont et tueront.
Personne ne portera votre deuil.

Combien de temps encore allez-vous vous enrichir ?
Combien de temps encore allez-vous stocker de l'or et des papiers
En rouleaux, en paquets en lingots ?
Vous allez tout perdre.

Vous êtes les hommes des machines et des États.
Vous avez pris l'argent et le pouvoir.
Pourquoi ne voulez-vous pas changer le monde,
Avant qu'ils n'arrivent ?

Vous n'agissez pas du tout pour le bien !
Vous n'êtes pas bons. Et eux aussi ne le sont pas !

Il ne s'agit pas de vous, mais du monde à transformer,
C'est votre devoir !

 

L'homme est mauvais. Il le restera demain.

Vous ne devez pas vous lier les mains
Vous ne devez pas être bon, mais raisonnable.
Nous parlons affaires.

On n'aide personne, si ce n'est qui vous aide.
On ne peut avoir de cadeau, seulement si on donne.
Améliorer le monde et quand même gagner -
Ça vaut la peine d'y penser.


Faites un pas. Ordonnez. Montrez la voie.

Organisez la transformation du monde !
Ah, il suffirait d'une douzaine d'intelligents
Avec vraiment beaucoup d'argent…

 

Vous n'êtes pas intelligents. Vous voulez encore patienter.

Ça nous fait de la peine. Vous allez souffrir.

Envoyez quelques cartes postales du ciel !
Cela nous fera plaisir.

 

 

ADRESSE AUX MILLIONNAIRES
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Marco Valdo M.I.
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5 octobre 2014 7 05 /10 /octobre /2014 20:20

Décret

 

Canzone française – Décret – Marco Valdo M.I. – 2014

 

Le Livre Blanc 11

 

Opéra-récit contemporain en multiples épisodes, tiré du roman de Pavel KOHOUT « WEISSBUCH » publié en langue allemande – Verlag C.J. Bucher, Lucerne-Frankfurt – en 1970 et particulièrement de l'édition française de « L'HOMME QUI MARCHAIT AU PLAFOND », traduction de Dagmar et Georges Daillant, publiée chez Juillard à Paris en 1972.

 

 

 

 

En vue d'assurer l'ordre et la sécurité de l'État

Le Gouvernement décrète

L'État d'urgence

 

 

Comme je connais ta mémoire à éclipses, ta distraction proverbiale et ta curiosité insatiable, je te remémore rapidement les épisodes antérieurs de cette saga du Livre Blanc. Tout a commencé, il t'en souviendra…

 

 

Je veux bien, Marco Valdo M.I. mon ami, que tu me taquines et que fasses des circonlocutions tarabiscotées pour épater le lecteur ou l'auditeur, c'est selon, mais quand même, je te rappelle qu'en matière de mémoire et de souvenance, je ne suis pas en reste vis-à-vis de beaucoup… Dois-je te rappeler le nombre de fois où je t'ai démontré péremptoirement une faculté de souvenir largement au-delà de tout ce que tu pourrais trouver chez d'autres, excepté peut-être et encore, chez des historiens de profession.

 

 

Ho, Lucien l'âne mon ami, ne t'emballe pas ainsi. Je le sais bien tout ça et j'ai souvent apprécié tes souvenirs. Néanmoins, si ce n'est pour toi, il me faut faire ce récapitulatif afin de recadrer l'histoire et de préciser le sens de l'intervention du Gouvernement en cette affaire. Ça ne sera pas long et ce l'aurait été encore moins si tu ne m'avais malencontreusement interrompu. Jusqu'ici, nous avons eu dix épisodes : au premier, Adam s'élève au plafond – dans sa propre chambre et effraye sa maman ; elle le prend pour un génie. À partir de là, tout s'enchaîne : au deux, son collègue, professeur de physique, le dénonce à la police ; au trois : le directeur de l'école tente d'étouffer l'affaire ; au quatre, l'oncle Hopner dévoile le ressort secret de l'histoire : une loi transgressée n'est plus une loi ; au cinq : la presse s'en mêle : c'est l’interview ; au six : la genèse d'Adam, petit détour biographique une nuit de Noël ; au sept : la diabolisation d'Adam par l'Église ; au huit : tirs d'artillerie médiatiques ; au neuf : sommé de se rétracter, Adam se marre ; au dix : les partisans d'Adam se réveillent… Nous en sommes au onze…

 

 

Bien. Au onze. Et que se passe-t-il ?, dit Lucien l'âne en tapant le sol d'un coup de sabot.

 

 

Le onze… C'est le moment où intervient le Gouvernement. Franchement, il ne pouvait plus attendre. Enfin, je veux dire, pour un gouvernement ; et il va s'en occuper sérieusement (d'Adam et des remous qu'il déclenche) en décrétant rien moins que l'état d'urgence et en définissant une série de missions et d'interventions des plus hautes autorités, car à ses yeux, l'affaire a pris une trop grande dimension et il s'agit de reprendre les choses en mains avant que le désordre ne s'empare de la nation et que le pays ne devienne ingérable et peut-être même, qui sait, se lance dans une révolution…

 

 

C'est un processus classique bien connu. Une réaction typique du pouvoir face à un mouvement d'opinion qui le dérange ; c'est en quelque sorte, « la réaction ».

 

 

Bien évidemment, tu as raison. C'est typique, c'est classique et c'est quasiment automatique. Mais ici, il faut y insister, on est dans la satire, comme c'était le cas dans Clochemerle, roman vigneron du Beaujolais. Et comme pour Clochemerle, ça n'en est que plus savoureux. Pour le reste, je te laisse découvrir la chanson.

 

 

Oui, oui, je suis tout ouïe. Juste un mot cependant en ce qui concerne Clochemerle, j'y étais et ce fut une immense partie de plaisir. Et pas seulement lors du concours du premier biberon… Cela dit, revenons à notre tache et tissons le linceul de ce vieux monde sécuritaire, recroquevillé, policier, gouvernemental et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 

 

Attendu que… et cetera, et cetera

En vertu de la loi… et cetera, et cetera

En vue d'assurer l'ordre et la sécurité de l'État

Le Gouvernement décrète

L'État d'urgence

En foi de quoi :

Il est interdit à toute la population

Sans aucune distinction

D'âge, de sexe, de couleur, de religion

De se promener au plafond

De procéder à toute forme d'ascension

De critiquer de n'importe quelle façon

L'intangible Loi de Newton.

 

 

Attendu que… et cetera, et cetera

En vertu de la loi… et cetera, et cetera

En vue d'assurer l'ordre et la sécurité de l'État

Le Gouvernement décrète

L'État d'urgence.

Sont chargés de l'application

Des présentes dispositions :

Le Ministre de l'Intérieur : sur terre

Le Ministre des Armées : sur mer et dans les airs

Le Ministre de l'Éducation a pour mission

De suspendre les cours de sciences sans distinction

Le Ministre de la Justice a pour mission

De poursuivre le responsable de la situation

Et tous autres trublions

En respectant toutefois les lois et la Constitution.

 

 

Attendu que… et cetera, et cetera

En vertu de la loi… et cetera, et cetera

En vue d'assurer l'ordre et la sécurité de l'État

Le Gouvernement charge le Ministre de la Communication

Par tous les moyens et sans délai

D'informer la nation qu'il est :

Interdit à toute la population

Sans aucune distinction

D'âge, de sexe, de couleur, de religion

De se promener au plafond

De procéder à toute forme d'ascension

De critiquer de n'importe quelle façon

L'intangible Loi de Newton.

 

 

Attendu que… et cetera, et cetera

En vertu de la loi… et cetera, et cetera

En vue d'assurer l'ordre et la sécurité de l'État…

Attendu que… et cetera, et cetera

En vertu de la loi… et cetera, et cetera

En vue d'assurer l'ordre et la sécurité de l'État…

Décret
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Marco Valdo M.I.
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5 octobre 2014 7 05 /10 /octobre /2014 16:14

 

LOIN LOIN…

 

Version française – LOIN LOIN… – Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson italienne – Lontano lontano…Franco Fortini1990-91

Interprétation : Margot – 2011

 


Une des « Sette canzonette del Golfo – Sept chansonnettes du Golfe » du recueil « Composita solvantur », le dernier publié avant la mort du poète en 1994 et qui rassemble des poèmes écrites entre 1984 et 1993.
Musique de Margot Galante Garrone, de son album « Margot » d
e 2011.

 

 

Moi, je me suis blessé ce matin

À une tige de rosier, me piquant le doigt ;

 

 

 

 


Cynique chanson du vieux et désenchanté Fortini, désormais proche de son départ libérateur de ce monde cruel. Dédiée à la guerre par laquelle Bush Senior inaugura le Nouvel Ordre Mondial dans le sang des millions se noient/nous pataugeons encore aujourd'hui…

 

 

Admettons, dit Lucien l'âne en se penchant avec douceur et lançant un regard de derrière ses oreilles tombantes… Admettons que je ne puisse juger de cette canzone qu'au travers de ta version…

 

 

Admettons, dit Marco Valdo M.I. Admettons cela, Lucien l'âne mon ami , et il le faut bien puisque c'est là souvent – pour celui qui n'entend que le français, la seule façon de faire et qu'il lui faut alors s'y résigner. Admettons…

 

 

Cela admis, dit Lucien l'âne relevant le crâne, je trouve cette canzone, ce poème, d'une grande lucidité et en cela, terrible. Ainsi, Fortini avait raison. Et puis, elle a l'air de sortir tout droit des grands champs de poésie où cueillirent qui la rose, qui le coquelicot ; on y entend comme en écho, Odilon-Jean Périer ou peut-être, Verlaine. Sans doute, parlaient-ils d'autres choses, mais ils ne parlaient pas différemment.

 

 

Oh, je sais, je sais…, Lucien l'âne mon ami. La poésie, cette songerie… les grands tam-tams et les bruyantes boîtes la fracassent à chaque instant… Mais la poésie… tout de même.

 

 

Tout de même, la poésie pour tisser le linceul de ce vieux monde plein de bruits, de guerres, de tristesses, de morts et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

 

Loin loin, on fait la guerre ;

Le sang des autres coule à terre.

 

 

Moi, je me suis blessé ce matin

À une tige de rosier, me piquant le doigt ;

 

En suçant ce doigt, je pensais à la guerre

Oh, pauvres gens, qu'elle est triste la terre.

 

Je ne puis parler, je ne peux maudire ;

Ni par le ciel, ni par la mer, je ne peux partir.

 

Et si même, ô gens sans défense, je le pouvais,

Mon arabe est nul ! Indigent mon anglais !

 

 

Puis-je sous la tête des corps à terre

Déposer mon fort volume de vers ?

 

 

Je ne le crois pas. Cessons cette ironie vaine.

Le soleil va tomber. Mettons une laine.

 

 

LOIN LOIN…
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Marco Valdo M.I.
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4 octobre 2014 6 04 /10 /octobre /2014 20:53

CATHARSIS

 

Version française – CATHARSIS – Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson italienne – SfogoMargot – 2013

 

Tirez-vous de mes pieds ou je vous assomme !

 

 

 

Poètes puants
Lecteurs hypocrites
Farceurs de merde
Valets de cœurs
Ministres fumiers
Prêtres casse-couilles
Dentistes assassins
Enfants pustuleux


Réalisateurs séducteurs
Banquiers menteurs
Doctes philologues
Architectes corrompus
Médecins-chefs fascistes
Et commerciaux
Reines de cœurs
Et vivisecteurs


Voisins cornus
Et arbitres vendus
Pédophiles cochons
Touristes radins
Vieux excités
Culturistes gonflés
Psychiatres arrogants
Et princes chanteurs

 

Adulateurs visqueux
Archivistes chiants
Parents serpents
Et superviseurs
Bonnes albanaises
Adolescents obèses
Acteurs envieux
Avocats suffisants


Performers faillis
Présentateurs invétérés
Barmans envahissants
Plaisanciers endurcis
Gardiens empotés
Stylistes oxygénés
Agents certificateurs
Roi de cœurs trompeurs

Aspirantes vélines
Et sœurs ursulines
Chasseurs de grives
Et critiques balourds
Binoclards académiques de mon cul
Tirez-vous de mes pieds ou je vous assomme !

 

 
 
CATHARSIS
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Marco Valdo M.I.
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3 octobre 2014 5 03 /10 /octobre /2014 14:30

AUX ARMES SOYONS FASCISTES !

 
 
Version française – AUX ARMES SOYONS FASCISTES ! – Marco Valdo M.I. – 2014
Chanson italienne – All’armi siam fascisti! - Franco Fortini - 1961
 
Sur les places des villes, dans les rues des vieux bourgs,Voici les importants, les dignitaires, les fiduciaires...
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Texte de Franco Fortini, du film « All’armi siam fascisti!» réalisé de Lino Del Fra (1927-1997, Romain, réalisateur et scénariste), Cecilia Mangini (1927-, des Pouilles, réalisateur et photographie) et Lino Miccichè (1934-2004,Sicilien, historien et critique cinématographique).
Musique d'Egisto Macchi (1928-1992, 
Toscan, compositeur). 

 
 
 
Hier soir j'ai regardé ce splendide film dont Franco Fortini écrivit le texte, magistralement interprété en voix off par Gian Carlo Sbragia, Nando Gazzolo et Emilio Cigoli.
 

« All’armi siam fascisti! » révolutionna le cinéma documentaire en Italie et fut vite d'une épine dans le flanc d'un pays qui, encore solidement dans les mains de nombre des protagonistes et complices du Ventennio (20 ans de fascisme), abordait l'époque radieuse du boom économique, bien disposé à étendre un voile pieux sur le récent, interminable passé de dictature, de sang et de guerre. Les réalisateurs Del Fra, Mangini e Miccichè eurent beaucoup de peine à réaliser ce chef-d’œuvre : d'abord, l'Istituto Luce, détenteur des droits sur toutes les actualités et documentaires tournés pendant le Ventennio , de but en blanc révoquèrent l'autorisation d'accès à ses archives et à tirer des copies des séquences déterminées ; ensuite ce fut le Ministère du Spectacle à refuser permis et autorisations… Mais entre temps, le film était présenté à la Mostra de Venise de 1961 et il était évident que personne et rien n'aurait pu l'arrêter, car il n'y avait pas de photogramme qui n'était pas tiré de documents authentiques de l'époque et donc chaque image était sans équivoque vraie, il devenait difficile d'en défendre la libre et intégrale vision si ce n'est pour des raisons indicibles, inavouables. 


Pourtant pendant des mois, on retarda le visa de la censure. C'est seulement suite à la courageuse initiative personnelle du maire de Florence Giorgio La Pira, démocrate-chrétien mais éclairé, qui décida de le projeter de toute façon en public au Festival des Peuples, finalement en Mars 1962 « All’armi siam fascisti! » eut l'autorisation de distribution. Toutefois beaucoup de copies déjà dans les salles furent coupées (la séquence des prêtres qu'ils font le salut romain et celle des mariages et des accouchements de masse pour fournir des « fils à la patrie ») et à un festival en Tchécoslovaquie le film ne fut pas projeté à cause des séquences sur le culte de la personnalité de Staline et sur le pacte Molotov-Ribbentrop et en raison d'un passage dans lequel Fortini compare la guerre d'Espagne à la répression en Hongrie.

Et ensuite « All’armi siam fascisti!  » provoqua les réactions, disons, « désordonnées » des (fascistes du Mouvement Social Italien) . À Rome, après la projection au cinéma Quattro Fontane, les fascistes flanquèrent par des fenêtres des chaises et des tables sur le public à la sortie de la salle, en causant des dizaines de blessés. Et ce ne fut pas un épisode isolé… Comme il écrit Fortini : « Ce film ne veut persuader personne. Ce film veut dire seulement que nous sommes les fils des événements rapportés à l'écran, mais que nous sommes aussi responsables du présent. À tout instant, dans chaque choix, dans chaque silence comme dans chaque mot, chacun de nous décide du sens de sa vie et de celle d'autrui. »
(sources : le livret qui accompagne DVD du film, publié par Rarovideo ; recension sur le site 
della Scuola di cinema documentario intitolata a Cesare Zavattini
Quelle est la séquence qui m'a plu le plus ? Sans hésitation, celle d'une visite de Mussolini dans la Maremme bonifiée, où on a suspendu tout commentaire sonore et musical et où résonne seulement l'interminable mugissement des vaches posées en paradetout au long de la route du cortège : « Meuh! ! ! Meuh ! ! ! Vive le Duce ! ! ! Meuh ! ! ! Meuh ! ! ! »…
À environ une demi-heure du début, on trouve ce poème qui je crois est un peu le résumé du film, l'explication parfaitement synthétique de ce qui fut et du pourquoi du Fascisme, « l'organisation armée de la violence capitaliste » : 
 
 
Sur les places des villes, dans les rues des vieux bourgs,Voici les importants, les dignitaires, les fiduciaires,Les puissants, les excellences, les éminents,Les influents, les députés, les notables,Les autorités, les protégés, les podestàs,Les hommes de l'autorisation, de l'intimidation,Del'onction et de la recommandation ;
Voici ceux qui font le prix du grain et des opinions,
Qui ont en main le marché du travail et celui des consciences,
Et puis, il y a ceux qui ouvrent les guichets,
Baisent la main à « votre excellence », et remercient toujours
Car ils ne connaissent jamais leurs droits.
Les voilà à dire oui
Dire oui
Car tous font ainsi;
Dire oui
Car l'a dit Monseigneur l'évêque
Et le commandeur qui a étudié
Dire oui
Car ils ont quatre enfants
Dire oui
Car il faut faire carrière
Dire oui
Car on ne veut plus crever de faim
Dire oui
Car on a un crédit
Dire oui
Car on a une dette
Dire oui
Car on y croit
Dire oui
Car on n'y croit pas.
Car enfin rien ne compte.
Car on ne compte pas…
 
Dire oui
Car on n'a plus de camarades...
 
 
 
AUX ARMES SOYONS FASCISTES !
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Marco Valdo M.I.
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2 octobre 2014 4 02 /10 /octobre /2014 20:35

PROLÉTAIRES SANS CUL

 

Version française – PROLÉTAIRES SANS CUL – Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson italienne - Proletari senza culo – Margot

Pour entendre et voir l'originale 

 

  

Quand la merde

Atteindra à la bourse

Une discrète cotation

Alors les prolétaires

Naîtront

Sans cul. 

 

 

Rêve de riches

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

Quand la merde

Atteindra à la bourse

Une discrète cotation

Alors les prolétaires

Naîtront

Sans cul. 

 
PROLÉTAIRES SANS CUL
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