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1 octobre 2013 2 01 /10 /octobre /2013 11:50

POÈTES ANDALOUS

 

 

Version française – POÈTES ANDALOUS – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson espagnole – Poetas andaluces – Los Aguaviva – 1970

 

Poème Balada para los poetas andaluces de hoy de Rafael Alberti (1953)
Musique : Manolo Díaz – 
1970

 

 

 

Chantent encore les poètes andalous

C'était en 1970 et, en Espagne, le généralissime Franco jouirait d'encore bien cinq ans de sa dégoûtante vie. Le poète andalou de lointaine origine toscane Rafael Alberti (son grand-père Tommaso Alberti Sanguinetti était un garibaldien pistoiais réfugié en Espagne) était par contre en exil en Italie. Faisant partie de la fameuse Generación de '27, comme Aleixandre, García Lorca, Salinas et Guillén, il avait adhéré au Parti Communiste et avait combattu le franquisme ; depuis 1939, il n'était plus rentré en Espagne ; depuis 1963, il vivait à Rome.

Son poème « Balada pare los poetas andaluces de hoy » parle du présent d'alors, des poètes andalous de cet aujourd'hui qui se retrouvaient seuls, après que leurs prédécesseurs, les hommes libres, avaient été détruits, anéantis, exilés par la dictature franquiste. Une poésie où la liberté se heurte au désert, à la solitude. Les poètes existent encore, mais que chantent-ils, que voient-ils, que ressentent-ils ? Ils chantent, voient et entendent avec des voix d'hommes, mais les hommes n'y sont plus. Ils sont seuls.

Il semble que l'Andalousie entière soit restée sans rien, privée de ses meilleurs hommes. Tuée par les fusils des traîtres, envoyée au loin sans plus d'espoir de retour. Et Alberti, qui était profondément andalou malgré l'exil qui l'avait ramené sur la terre de ses lointains aïeux, le sentait bien, mieux que les autres. Il le sentira encore plus lorsque, trois ans après, son ami et camarade Pablo Neruda, qui avait l'Espagne dans son cœur, mourra, seul, dans l'horreur d'une autre dictature qui avait à peine commencé à ensanglanter le Chili ; il lui dédiera, à Florence, un discours ému commencé dans un italien incertain et poursuivi en espagnol, et un volume intitulé « A Pablo Neruda, con Chile en el corazón»

Mais les poètes ne sont jamais seuls. Ils chantent, regardent et entendent plus haut ; d'autres voix répondront, d'autres yeux regarderont, d'autres oreilles entendront. Avec cette poésie, Rafael Alberti énonce dans la manière la plus simple (la simplicité est le vrai mètre de la grande poésie) la manière avec laquelle les poètes communiquent, même lorsque leur terre est en proie à la plus sombre et la plus noire solitude de la tyrannie.

Cette même année 1970, un groupe folkloriste espagnol, Los Aguaviva, qui jouissait alors d'une discrète renommée, même en Italie, décida de mettre en musique cette poésie, en la réélaborant pour l'adapter à la mélodie composée leur leader, producteur et compositeur Manolo Díaz. C'étaient vraiment d'autres temps, des temps où une poésie du genre de Rafael Alberti, mise en musique et chantée par un groupe folk espagnol pouvait bondir en tête des classements des disques les plus vendus. Présentée avec le titre abrégé de Poetas andaluces, elle réussit à entrer dans le hit parade italien. On l’entendait jusque dans les juke boxes.

Et je m'en souviens aussi ; rapportée chez nous par mon frère aîné Francesco, qui en était littéralement tombé amoureux, je me vois me la chantonner gamin, , même sur la plage : « hombres, dónde los hombres ? », comprenant à peine le sens des mots. Une des chansons remisée dans un coin de mon esprit, et sortie aujourd'hui par Adriana, que je voudrais remercier de façon entièrement spéciale ; en construisant une page qui en soit digne. [RV]

 

 

Apparemment, le chant d'Alberti a été entendu et à présent, l'Andalousie offre ses poètes sans voiles au monde entier : http://www.poetasandaluces.com/index.asp

[Lucien Lane]

 

 

 
 

 

Rafael Alberti

 

 

Apparemment, ce tableau du peintre Abbé Nozal [http://nozal.com/pintura/piedra.htm] représentant le visage de Rafael Alberti -  poète andalou, aurait lui aussi disparu... Si j'en crois ce message qui l'accompagne :

« -Si si usted, de pronto, cree haber visto este cuadro en algún lugar y puede ofrecer alguna pista de su paradero, por favor comuníquelo de inmediato a través de email. Gracias.

 

 
 

 

Si vous croyez avoir vu ce tableau dans un certain lieu et pouvez offrir une certaine piste pour le trouver, voulez-vous s'il vous plaît la communiquer immédiatement via cet email. Merci. »

 

 

 

 

 

 

 

Que chantent les poètes andalous d'à présent ?
Que voient les poètes andalous d'à présent ?
Qu'entendent les poètes andalous d'à présent ?

 

Ils chantent d'une voix d'homme. Mais, où sont les hommes ?

Avec des yeux d'homme, ils voient. Mais, où sont les hommes ?

Avec leur poitrine d'homme, ils ressentent. Mais, où sont les hommes ?


Ils chantent, et quand ils chantent, on dirait qu'ils sont seuls
Ils voient, et quand ils voient, on dirait qu'ils sont seuls
Ils entendent, et quand ils entendent, on dirait qu'ils sont seuls

 

Que chantent les poètes andalous d'à présent ?
Que surveillent les poètes andalous d'à présent ?
Qu'entendent les poètes andalous d'à présent ?

 

Et quand ils chantent, on dirait qu'ils sont seuls
Et quand ils surveillent, on dirait qu'ils sont seuls
Et quand ils entendent, on dirait qu'ils sont seuls

 

Mais, où sont les hommes ?

 

Peut-être qu'en Andalousie, il n'y a plus personne

Peut-être que dans les montagnes andalouses, il n'y a plus personne

Que sur les terres et les mers andalouses, il n'y a personne ?

 

N'y a-t-il plus personne qui réponde à la voix du poète,
Qui voie le cœur sans voiles du poète ?
Tant de choses sont mortes, il n'y a plus rien que le poète


Chantez haut, vous entendrez ce qu'entendent d'autres oreilles
Regardez haut, vous verrez ce que voient les autres yeux
Battez haut le cœur, vous saurez où palpite un autre sang

 

Même enterré dans son obscur sous-sol, le poète n'est pas seul
Son chant monte du plus profond,
Quand il sort au jour, il est déjà à tous les hommes.

Et déjà, sa chanson est à tous les hommes
Et déjà, sa chanson est à tous les hommes
Et déjà, sa chanson est à tous les hommes
Et déjà, sa chanson est à tous les hommes

 

 

POÈTES ANDALOUS
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Marco Valdo M.I.
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28 septembre 2013 6 28 /09 /septembre /2013 23:57

Jules César

 

Chanson française – Grand Jojo – 1982

 

http://www.youtube.com/watch?v=M8JP0SUz-FY

http://www.youtube.com/watch?feature=player_detailpage&v=M8JP0SUz-FY

 

 

 

 

 

 

 

 

Mon cher Lucien l'âne, mon ami, toi qui as connu la Rome Antique, toi qui as circulé tout au travers de l'Empire, toi qui as accompagné les légions au travers des territoires, franchi les Alpes, surmonté les Pyrénées, tu as certainement dû rencontrer Jules César, l'envahisseur de la Gaule, celui qui plus tard écrivit – tant il avait pris de raclées dans nos paysages vallonnés et boisés : « Horum omnium fortissimi sunt Belgae, propterea quod a cultu atque humanitate provinciae longissime absunt, minimeque ad eos mercatores saepe commeant atque ea quae ad effeminandos animos pertinent inportant, proximique sunt Germanis, qui trans Rhenum incolunt, quibuscum continenter bellum gerunt. ». J'imagine que cette péripétie de l'histoire gauloise, tu as dû l'entendre des milliers de fois lors des campagnes des Gaules par les légions romaines, dont parle si bien notre ami Ricet Barriet dans sa version des bords de Marne, intitulée La Java des Gaulois. [[40011]]

 

 

Oui, certes, mais Marco Valdo M.I. mon ami, je l'ai même porté sur mon dos, ce vieux guerrier chauve avec sa couronne grise sur la tête ; je l'ai même supporté dans son triomphe avec ses lauriers, qu'il lui fallait remettre en place constamment, car ils glissaient sur son crâne comme un skieur sur la neige. Je l'entends encore qui serinait à longueur d'étapes, pendant que marchaient d'un pas alerte ses légions, son « Veni, vidi, vici ». Entre nous, c'était une vaste blague, il n’arrêtait pas de se faire lanterner par les Gaulois, qui se retiraient à son approche et revenaient une fois les matamores passés. Mais peux-tu me dire pourquoi tu me parles de tout ça ?

 

 

Je peux le dire... comme pouvait le dire évidemment l'éminent Sar, incarné par Pierre Dac, philosophe disciple de Mordicus d'Athènes. Pour ton plaisir et celui de tous nos amis, je t'offre une version de ce sketch du grand Sar de l'Indre, sans doute le plus célèbre duo des compères Francis Blanche et Pierre Dac, sketch où l'on entend le fameux « Il peut le dire » [http://www.youtube.com/watch?v=YXCIwSgXYX0], mais aussi une autre version sans doute plus connue encore http://www.youtube.com/watch?v=SIKtYsdKOJw ].

 

Donc, je te parle de tout cela pour te faire comprendre le lien qu'il y a entre cette canzone du Grand Jojo et les Chansons contre la Guerre. Les fauteurs de guerre, les puissants de ce monde et comme il apparaît ici, ceux de l’Antiquité déjà, ont toujours eu le goût des triomphes et de la pompe qui les magnifiaient. A contrario, les moquer, les ridiculiser, les brocarder a toujours été un moyen de les dénoncer, de les affaiblir et de les combattre. Dans la Guerre de Cent Mille Ans (et dès lors, dans toutes les guerres, qui n'en sont jamais que des épisodes partiels), la lutte symbolique, la lutte autour de la respectabilité du pouvoir, de ses manifestations les plus diverses, de ses préceptes et de ses représentants a toujours constitué un enjeu essentiel, une des dimensions fondamentales de l’affrontement. D'où le crime de lèse-majesté ou les sanctions prévues pour protéger la personne « inviolable » du Chef, qu'il soit Roi, Empereur, Caudillo, Conducator ou Président. L'homme est aussi un être symbolique, son monde est aussi un monde symbolique. Il suffit de réfléchir un instant au rôle du drapeau, des médailles, des hymnes, des sonneries, des cortèges, des uniformes et hors de la sphère militaire, le rôle du costume, de la cravate, de l'apparence, de l'automobile, de la coupe de la chemise, jusqu'à la manucure et la coupe cheveux... La Guerre de Cent Mille Ans s'insinue et se mène jusque dans les apparences.

 

 

Jusque là, Marco Valdo M.I., je t'ai suivi et je suis parfaitement d'accord. Mais, dis-moi, la canzone elle-même ?

 

 

Comme son titre te l'indique, elle chansonne Jules César, dont il te souviendra qu'il fut un général romain, un consul et finalement, si je ne me trompe, un « dictateur à vie », précurseur de l'Empire. C'est en quelque sorte l'archétype de tous les Empereurs (son nom de César et ses variantes Czar, tsar... désignera l'Empereur), le symbole et le rêve de tous les candidats au pouvoir suprême, de tous les « bâtisseurs d'empire » de l'Occident. Peu importe, faut-il le préciser, qu'ils soient formellement « empereurs », qu'il y ait formellement un empire ou que leur empire soit une peau de chagrin ou une bulle en suspension dans l'air du temps. Donc, brocarder César, le mettre en jupette face à l'Histoire, lui ôter son falzar ou autrement dit, son pantalon, c'est – par extension ou par un biais – s'en prendre à tous ceux-là – empereurs, dictateurs, présidents... qui se complaisent et se gonflent de leur pouvoir ou de leur fonction. Une telle chanson dans le Portugal de Salazar, l'Espagne de Franco, l'Italie de Mussolini (pour en rester aux pays latins) aurait valu à son auteur de redoutables remontrances, si ce n'est pire. Thyl et Chveik [[8859]] l'avaient appris à leurs dépens. Ceci reste vrai même si l'intention première de l'auteur de la chanson était tout simplement d'amuser et de faire rire son public.

 

 

Sur ce dernier point, Marco Valdo M.I. mon ami, tu as raison ; il est dangereux de faire rire et par ailleurs, parfois, la chanson prend son autonomie et impose d'elle-même son sens profond. Aussi, souvent la chanson, celle-ci en particulier, tisse le linceul de ce vieux monde dictatorial, impérial, respectueux de l'ordre établi, compassé, triomphal, césarien et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

 

Je vais vous raconter l'histoire banale
De Jules César qui était empereur
Il avait un long nez comme une banane
Et ses oreilles étaient comme des… choux-fleurs !

Le soir doucement sur ses chaussettes
En pyjama en-dessous de son peignoir
Il retrouvait Cléopâtre en cachette
Mais ça personne ne pouvait le… savoir !

Jules César
On l'appelait Jules César
Il ne mettait pas de falzar
Pour qu'on voie ses belles jambes
Ses jolies jambes
Ses jambes de Superstar

Quand Jules César revenait de la guerre
Tout fier et victorieux sur son grand char
Il ordonnait qu'on distribue de la bière
Qu'on buvait à la santé de… César !

Les gladiateurs dans l'arène
Passaient avec des sandwiches boudin noir
La fiesta durait parfois six semaines
Il fallait l'avoir vu pour… le croire!!

Cléopâtre un jour lui a dit peut-être
Je vivrai chez toi, je quitterai mon rez-de-chaussée
Fou de joie, il cria par la fenêtre : Yodel lala itou
Tous les Romains ont dit il est… cinglé!

Jules César
On l'appelait Jules César
Il ne mettait pas de falzar
Pour qu'on voie ses belles jambes
Ses jolies jambes
Ses jambes de Superstar

 

 

Jules César
On l'appelait Jules César
Il ne mettait pas de falzar
Pour qu'on voie ses belles jambes
Ses jolies jambes
Ses jambes de Superstar

Jules César
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Marco Valdo M.I.
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26 septembre 2013 4 26 /09 /septembre /2013 19:40

Le Sergent Flagada (clap clap sound)

Chanson française – Grand Jojo – 1983

Auteurs compositeurs : Jean-Marie Troisfontaine - Burt Blanca - Vannick - Armath

 

 

 

Lucien l'âne mon ami, tu as sans doute comme moi et bien d'autres déjà pu constater que le rire est une arme terrible...

 

 

Bien sûr que je connais ça... C'est le résultat de l'acide comique quand on l'applique à une situation, une institution, un personnage... Le résultat est encore plus flagrant si on y ajoute une bonne dose d'acide ironique et bien évidemment, dans le cas de la chanson, il faut aussi y mettre une certaine quantité d'acide musique. Bref, les mots et les choses trempés dans ces acides ont un fort effet de dérision, assez indélébile au demeurant.

 

 

Lucien l'âne mon ami, tu me retires les mots de la bouche, en quelque sorte ; en clair, tu dis ce que je voulais te dire. Dès lors, nous sommes du même avis. Mais il me paraît utile, cependant, d'y ajouter la nécessité absolue d'un fort penchant à ce qu'on appelle le « second degré » et même quelquefois, au troisième, etc jusqu'au énième. Car, comme tu le sais, c'est d'une pratique commune et fréquente par chez nous que d’appliquer la matière forte de la pensée divergente aux lieux communs et aux propos plats.

 

 

Marco Valdo M.I., mon ami, je ne peux que confirmer tes propos. Faut dire qu'on campe en plein territoire surréaliste, celui qui recouvre grosso mode l'ancien comté de Hainaut - Comitatus Hanoniæ en latin, graafschap Henegouwen en néerlandais, Hennegau en allemand - lequel s'étendit du Brabant et du Namurois jusqu'aux limites de l'Artois et de la Picardie. Pays incroyablement comique et ironique où la Trouille conflue dans la Haine, en un lieu de terribles batailles.

 

 

Pays aussi où un journal appelait récemment à voter pour le chat Sugus, félin clairvoyant, avec le slogan décapant de « Avec nous, du mou pour tous ». Faut dire qu'il s'agissait du « Batia Mourt Soù », version hennuyère du « Bateau Ivre », œuvre du poète voisin de Charleville.

 

 

 

 

 

Mais en fait, où veux-tu en venir ? De quelle chanson peut-il bien s'agir pour être précédée de toutes ces circonvolutions langagières et circonlocutions circonspectes ?

 

 

Si j'ai pris pareils chemins de traverse, c'est que – vois-tu, Lucien l'âne mon ami – la chanson que je vais te faire voir et entendre est tout entière baignée dans ce mélange d'acide comique et ironique à prendre au ixième degré. Tu imagines bien cela puisqu'il s'agit d'une chanson du Grand Jojo, chanteur populaire que d'aucuns se plaisent à mépriser. Tu verras ici combien c'est absurde. Comme nous sommes dans les Chansons contre la Guerre, on ne peut certes insérer n'importe quoi et le minimum, c'est que la chanson ait un rapport avec l'objet du site. Par exemple, qu'elle applique au guerrier, au militaire, à la guerre et à tous ses acolytes, un traitement à l'acide comique, ironique, etc. Et c'est parfaitement le cas du Sergent Flagada, dont tu entendras la légende ci-après. On pourrait d'ailleurs rapprocher cette chanson d'une chanson de Fabrizio De André, celle où il ridiculise le grand Charles Martel, intitulée dans sa version française « Charles Martel revient de la bataille de Poitiers » [[1095]]. Évidemment, le sergent Flagada ne revient pas d'aussi loin dans le temps – il est notre contemporain, ni d'une aussi prestigieuse croisade, mais à sa façon, il rejoint cette inénarrable parodie de Müller et Reboux [[9143]], où le militaire ne jouait pas du clairon comme dans l'original de Déroulède, mais mangeait son drapeau. Rien que son nom déjà est toute une histoire. Je ne le dis pas pour toi, car je sais que tu sais, mais pour nos amis étrangers. Flagada veut dire : mou, mollasson, flapi, raplapla, vasouillard, fatigué, épuisé, sans force et par extension, fainéant, feignant, tire-au-flanc... Le reste est à l'avenant. Tu remarqueras également qu'il s'agit d'un Yankee, soldat parmi les plus envahisseurs de tous les temps.

 

 

Il faudrait peut-être, dit Lucien l'âne en se gondolant comme un toit de plastique en plein midi, il faudrait – toujours pour nos amis venus d'autres horizons – préciser ce qu'est une « médaille en chocolat », car c'est un objet désopilant s'agissant d'une médaille « al valor militare »... Surtout dans un pays où il fait chaud... (l'Irak, par exemple). Je te laisse deviner la tache qu'elle fera sur le costume quand Flagada défilera en plein soleil... Allons, foin de commentaires, reprenons notre tâche et tissons, en riant de grand cœur, le linceul de ce vieux monde militaresque, envahisseur, rodomontesque, matamoresque, honneur et patrie et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

 

 

( Pour le voir : www.youtube.com/watch?v=1iJqwxEHB40)

 

 

 

Jules Vanobbergen, né le 6 juillet 1936 à Bruxelles, est un chanteur mieux connu sous le pseudonyme Le Grand Jojo ou Lange Jojo chez les néerlandophones.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Grand_Jojo

 

 

 

 

 

 

Le sergent Flagada
Un Yankee, un soldat
Les muscles de ses bras
C'est comme du nougat

 

 

Oui mais à la trompette
C'était une vraie vedette
Une star de cinéma
Le sergent Flagada

 

 

C'est lui qui réveillait
Tous les matins
La garnison américaine
Tout le monde au pied du lit
En petit caleçon
Pour l'inspection du capitaine

 

 

Mais lui c'était un planqué
Un carottier
C'était le roi de la combine
Il jouait de la trompette
Car il ne savait pas tirer à la carabine

 

 

Le sergent Flagada
Un Yankee, un soldat
Les muscles de ses bras
C'est comme du nougat

 

 

Oui mais à la trompette
C'était une vraie vedette
Une star de cinéma
Le sergent Flagada

 

 

Mais un jour les Indiens
Ont attaqué
La garnison américaine
Tout le monde était allé
Au supermarché
Pour le shopping fin de semaine

 

 

Le sergent Flagada
Qui était là
Sonna l'alerte à la trompette
Ils ont tous rappliqué
À pied, à cheval, en pédalo
En trottinette

 

 

Le sergent Flagada
Pour avoir fait ça
A reçu de ses gars
Une médaille en chocolat

 

 

Le sergent Flagada
Pour avoir fait ça
A reçu de ses gars
Une médaille en chocolat

 

 

 

Le sergent Flagada
Pour avoir fait ça
A reçu de ses gars
Une médaille en chocolat 

Le Sergent Flagada
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Marco Valdo M.I.
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25 septembre 2013 3 25 /09 /septembre /2013 20:56

SOUS LE VOLCAN

Version française – SOUS LE VOLCAN – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson italienne - Sotto il vulcano – Litfiba – 1993

 

 


Cette chanson fut dédiée par les Litfiba à Augusto Daolio des Nomades. Demain Auguste aurait eu 65 ans. Et il s'en est allé il y a déjà 20 ans. Cette page me semble une belle manière de se souvenir de lui

 

 

Etna depuis Taormina (1843)  

 Thomas  Cole

 

 

Pierres, nous roulons sur la peau de la Terre
Qu'on me donne un sens, une direction, un cheval de lumière
SOS Terre SOS homme
Je suis un volcan et personne ne m'arrête
Hé non
Je suis un volcan et personne ne m'arrête
Oh non non

 

Coeur rouge
Ma terre a un coeur qui bat très fort
Il pompe le sang rouge, rouge
Du nombril de la vie et de la mort
On ne doit pas gacher du sang
Et on ne peut jeter le mien
Qui naît dans le ventre du volcan
Dans le ventre du volcan
Quelqu'un me donne la main

 


Sous le volcan
Quelqu'un me donne la main
Quelqu'un ici cependant
Le travail d'une vie vaut un prix au-delà du sens
Mais dans le volcan, tu tombes je tombe je tombe je tombe
SOS Terre SOS homme
Fantôme sous le volcan

 

 

Mais tu tombes je tombe je tombe je tombe dans le volcan
Mais tu tombes je tombe je tombe je tombe dans le volcan
Mais tu tombes je tombe je tombe je tombe dans le volcan
Sous le volcan
SOS terre SOS homme SOS
Vent balaye tout
Tremblement de terre efface nous
SOS SOS SOS

SOUS LE VOLCAN
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Marco Valdo M.I.
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24 septembre 2013 2 24 /09 /septembre /2013 22:59

La Canzonisation d'Angelina

 

Canzone française – La Canzonisation d'Angelina – Marco Valdo M.I. – 2013

Histoires d'Allemagne 95

 

An de Grass 96

Au travers du kaléidoscope de Günter Grass : « Mon Siècle » (Mein Jahrhundert, publié à Göttingen en 1999 – l'édition française au Seuil à Paris en 1999 également) et de ses traducteurs français : Claude Porcell et Bernard Lortholary. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Comme toutes les précédentes, cette Histoire d'Allemagne raconte une séquence au travers du soliloque d'un narrateur ; ici, il s'agit d'un journaliste ou d'un chroniqueur – en l'occurrence, Günter Grass lui-même. Au départ, il devait tirer d'un certain professeur Vonderbrügge, une sommité internationale dans la génétique appliquée, les plus scientifiques révélations concernant le clonage des brebis Megan et Morag. Sans doute, cette année-là, le Professeur Vonderbrügge était-il trop occupé, sautant d'un congrès à l’autre, d'un colloque à une conférence... La science n'attend pas, pas plus que la renommée. Comme les call-girls de Koestler, il courait après l'une en courtisant l'autre. En fait, le problème avec ces brebis clonées et les clones en général, c'est – bioéthique oblige – qu'on pourrait se passer de père. La procréation sans père... On était en 1996. Depuis...

 

 

Bien évidemment que ça fait problème, même chez nous, chez les ânes. On a beau être des ânes, on n'aimerait pas trop faire les clones.

 

 

Certes, Lucien l'âne mon ami, je te comprends, mais rassure-toi pour cette fois, du fait de la défection du professeur, et du fait aussi que notre narrateur n'y connaît pas vraiment grand chose aux clones, il va subitement changer de sujet et je dois te l'avouer, je ne l'ai pas suivi entièrement dans la canzone.

 

 

Quoi !? Tu racontes une autre histoire ?

 

 

En effet, c'est bien ça. Car notre narrateur dans son récit originel raconte surtout des péripéties familiales, vues et développées par le pater familias, qu'il est. Bref, une envolée patriarcale comme peut en faire notre grand écrivain moustachu et ardent fumeur de pipes. Faut dire qu'il a de quoi raconter avec ses trois femmes, ses multiples enfants... Sans compter les autres, les putatifs et les petits-enfants issus de sa propension à la procréation naturelle. Comme tu le comprends, les clones, ça le fait bondir...

 

 

Donc, si je comprends bien, Marco Valdo M.I. mon ami, dit Lucien l'âne en grattant le sol devant lui d'un sabot exalté, tu as laissé le récit du narrateur dans le livre et tu nous en as concocté un autre... Et si je peux le savoir, es-tu disposé à me dire de quoi il s'agit et surtout, le pourquoi de cette trahison ?

 

 

Comme tu le sais, Lucien l'âne mon ami, il est une sorte de principe existentiel qui veut que l'occasion crée le larron. Et c'est précisément lui qui est tout à trac entré en action ici-même. Je m'explique. D'un côté, je l'avoue, j'avais du mal à mettre en canzone cette année 1996 dans la version de Günter Grass et comme je te l'ai déjà expliqué, une canzone, une chanson comme celles que je fais en partant de récits d'un auteur, demande un temps de maturation, parfois longue. Ici, je n'y arrivais pas. Il fallait que surgisse un déclencheur, une idée, un fil conducteur, un axe poétique en quelque sorte. Oh, il couvait sans doute depuis longtemps... Et il a surgit ce dimanche... Tu vas comprendre. D'abord : combien de fois, n'ai-je pas dit : REGARDEZ CE QU'ILS FONT AUX GRECS ou encore, combien de fois, n'ai-je pas parlé du « rêve d'Otto »... C'est une des clés.

 

 

Je commence à comprendre. Mais, Marco Valdo M.I. mon ami, tout cela est déjà abordé dans les précédentes histoires d'Allemagne ou dans d'autres de tes chansons... Mais, tu me dis, que c'est une des clés. Quelles sont les autres ?

 

 

Je dirais plutôt, « quelle est l'autre ? » Eh bien, Lucien l'âne mon ami, l'autre, c'est tout simplement le résultat des élections allemandes de ce dimanche et tout le tam-tam qui est fait autour d'Angela Dorothea Merkel, née Kasner, l'indéboulonnable chancelière allemande. Du moins, jusqu'à présent.

 

 

Mais tout a une fin...

 

 

D'ailleurs, en soi, elle importe peu. Comme d'autres avant elle, elle est le véhicule du « rêve d'Otto », qui comme tu l'as bien noté est le thème central de ces Histoires d'Allemagne. Restait quand même à trouver une autre clé, celle qui conduit à la canzonisation de notre héroïne. Et là, je dois bien avouer mon goût pour certain chanteur populaire de nos régions, tu l'as certainement déjà entendu, vu qu'il est un producteur de scies et de tubes, tout en poursuivant sa carrière de trente-six métiers. Bref, c'est en fredonnant son Angelina que m'est venue enfin cette canzone. J'ai d'ailleurs conservé – pour le rythme et le clin d'oeil une bonne citation de l'Angelina d'origine.

 

 

Marco Valdo M.I., mon ami, je vais te prouver ici, illico, sur le champ que je connais moi aussi cette Angelina du Grand Jojo et te la réciter du début à la fin :

 

« ANGELINA

 

 

Elle faisait des macaronis

Dans une fabrique de spaghettis

Angelina

Angelina

C'était la reine de la pizzeria

 

Elle avait de beaux cheveux longs

Et des yeux noirs comme du charbon

Angelina

Angelina

Et elle jouait bien de la mandolina

 

Ti voglio bene

(Ti voglio bene)

Angelina, c'est la plus belle

Amore mio

(Amore mio)

Y a des p'tites fleurs sur ses jarretelles

Ma qu'elle est belle

Dans sa chemisette en flanelle

O mama mia

(O mama mia)

Angelina, baccia mi

 

Elle m'a présenté son papa

Ses frères, ses sœurs et sa mama

Angelina

Angelina

C'était la reine de la pizzeria

 

Oui, mais ce que je n' savais pas

C'est qu'ils étaient de la Mafia

Angelina

Et le lendemain j'ai pris le train

Pour l'Italie, voir le parrain

 

O mama

Zouma zouma, j'étais là

O mama

Qu'elle était chouette, Angelina

O mama

En Italie, ça va comme ça

Allez, tout le monde en chœur et en avant la musica !

 

Et le parrain était d'accord

On s'est mariés, c'était du sport

Entourés de nos deux témoins

Des moustachus, des Siciliens

 

En voyant sa robe de dentelle

Ils ont crié "Ma qu'elle est belle !"

Pendant que moi, j' tenais sa main

Elle m'a dit oui en italien

 

O mama

Zouma zouma, j'étais là

O mama

J'aurais jamais dû faire ça

O mama

En Italie, ça va comme ça

Allez, tout le monde en chœur et en avant la musica ! »...

 

 

Bravo, Lucien l'âne mon ami. Ceci dit, c'est quand même une chanson sur l'immigration italienne en Belgique... Donc, j'avais trouvé mon personnage et un substrat musical, suffisamment dérisoire pour portraicturer ce personnage d'Angelina. Et c'est ainsi que la Chancelière, incarnant le « rêve d'Otto » est devenue Angelina la bergère menant les moutons européens droit dans le cauchemar d'Otto.

 

 

Mais que viennent faire ici le buffle et l'agnelle ? Si tu le sais, dis-le moi... Donne-moi, là-aussi, au moins une clé...

 

 

Lucien l'âne mon ami, je ne pourrais rien te refuser. Note que là, on change carrément de registre et de procédé de décapage du vernis de la bonne et vertueuse société allemande. Alors, la clé s'appelle Heinrich Böll, auteur des Deux sacrements...qu'il te faudra bien aller lire pour découvrir le sacrement du buffle et celui de l'agneau, qui au féminin devient l'agnelle.

 

 

Allons, finissons cette petite conversation et voyons ta chanson et tissons le linceul de ce vieux monde cauchemardesque, clonesque, angélique, moutonnier et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Cette année-là, le professeur

Vonderbrügge devait me parler

De Megan et Morag, deux sœurs

Parfaites brebis clonées

Cependant, il ne le fit pas.

Je ne connais pas les clones, moi

Alors, je parlerai d'Angelina

Déjà ministre cette année-là

 

Elle avait de beaux cheveux blonds

Et des yeux d'un bleu profond

Angelina

Angelina

Avec un tempérament de bufflon

 

Alliance du buffle et de l'agnelle

Parfaite Union

Marquée à l'aune immortelle

Des deux sacrements germains

Angelina, d'ex-voto en ex-voto

Accomplit son destin

Portée par le rêve d'Otto

 

Elle avait un pasteur pour papa

Sa maman, un frère et sa sœur Irena

Angelina

Angelina

C'est la reine de la Germania

Angelina

Céleste agnelle

Au sourire d'agneau

Au front de buffle

Portée par le rêve d'Otto

 

De loin, de plus près, des bruits de pieds

Un troupeau de moutons gris

Brebis suivant le bélier

Agneaux suivant les brebis

Avec l'insouciance moutonnière

Ignorant les clones sans père

Suivait Angelina la bergère.

Avec la même insouciance moutonnière

Des troupeaux qu'on mène à l'abattoir

Marche maintenant l'Europe entière

 

Accomplissant le rêve d'Otto ou plutôt, son cauchemar.

La Canzonisation d'Angelina
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Marco Valdo M.I.
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24 septembre 2013 2 24 /09 /septembre /2013 09:51

BRIGAND ON MEURT

 

Version française – – Marco Valdo M.I. – 2011 (2013)

Chanson napolitaine – Brigante se more – Musicanova

De Carlo D'Angiò et Eugenio Bennato

 

 

 

Fin d'été au Sud

 

 

 

 

Oh, mais, Marco Valdo M.I. mon ami, tu l'avais déjà publiée cette version, cette version française de la chanson de Bennato... Ce BRIGAND ON MEURT.

 

Certainement. Et si je la republie aujourd'hui, c'est que je voulais la rafraîchir un peu pour l'envoyer à un mien ami d'origine napolitaine qui vit dans ces pays-ci et qui s'intéresse à ses racines et dès lors, au sud et aux brigands. Je ne démêlerai d'ailleurs pas tous les fils qui l'y conduisent. Il vit ici et y a passé toute sa vie (jusqu'à présent...), car c'est un enfant de l'émigration (au départ), de l'immigration (à l'arrivée). Pour le reste, il s'y reconnaîtra, tout comme tu l'as reconnu. J'en reviens au texte de départ...

 

 

 

Être sudiste en d’autres terres.

Voilà les pensées que me suscite cette remarquable chanson.

 

 

Quoi ? Tu es du Sud... ?, toi Marco Valdo M.I. mon ami. Je ne l'aurais jamais cru. Que je sois du Sud, moi, le somaro, l'âne, enfant d'Apulée de Madaure (Tunisie, actuellement), je le comprendrais, mais toi...

 

 

Quoi ? Tu es du Sud... ?, toi Lucien l'âne mon ami. Je ne l'aurais jamais cru. Comment peux-tu prétendre cela, toi qui viens, tu l'avoues à l'instant, du Nord, de l'Afrique du Nord... Tu vois, Lucien l'âne mon ami, tout est relatif pour un enfant ou un âne du Niger ou d'Angola, du Congo ou de la Tanzanie, tu es franchement du Nord. Pareillement, un Padanien (si tant est qu'il en existe...) peut sans doute se targuer d'être du Nord, mais il est franchement du Sud quand on le regarde avec mes yeux ou avec des yeux danois, suisses, autrichiens, luxembourgeois, hollandais, polonais, russes, finnois, suédois, norvégiens... Bref, on est toujours au Nord ou au Sud de quelqu'un ou de quelque part. Il faudrait camper sur le pôle pour échapper à cette dichotomie. Encore qu'au pôle Sud, on soit au Sud de tout le monde et au pôle Nord, au Nord de tout le monde. Ce qui n'est vrai que pour une personne... À ceci près toutefois, que ce sont des endroits inhabitables.

 

 

Marco Valdo M.I., tu es un personnage plein d'humour et j'aime beaucoup cette manière ironique de mettre à mal certaines prétentions fondées sur une boussole folle. Mais cependant que veux-tu dire, toi qui es très largement au Nord de toute l'Italie, quand tu me dis que tu es du Sud ?

 

 

Eh bien, tout remonte à la construction d'un État fantôme, imposé aux peuples par les puissances séculaires, dont certaines ont depuis disparu... L’Empire austro-hongrois, l'Empire russe, la Prusse et toutes les principautés germaniques... Mais l’État qu'ils avaient imposé par peur des Lumières est toujours là et opprime les populations qui y habitent. Cet État, que je me garderai bien de qualifier autrement en tant que tel, n'a – à proprement parler, comme tous les États d'ailleurs, rien fait, rien décidé, rien proposé, rien développé... Il fut et reste l'instrument de certaines personnes, castes, partis, groupes, holdings, gangs... qui ont tout intérêt à le maintenir en place, car en quelque sorte, c'est leur raison d'exister. Il est loisible à chacun de donner à ceux-là le nom qu'ils méritent à ses yeux.

 

 

C'est précisément ce que nous reprochons aux États en général, dit Lucien l'âne. Quand je dis nous, c'est moi, c'est toi, c'est le peuple, ce sont les « somari ». Je te le répète : les États sont les instruments de certaines coteries... C'est bien le sens du Christ s'est arrêté à Eboli, c'est bien le sens de la phrase des paysans sans terre de Lucanie (mais tout autant de ceux de Sicile, de Calabre, de Sardaigne, d'Afrique du Nord, du Sud, d’Amérique du Sud, d'Asie et d’ailleurs...). « Noi, non siamo cristiani, siamo somari ». Jusqu'à présent dans l'histoire des hommes, « L’État, c'est moi, l’État, c'est nous » est une parole de riches, de puissants, de gens du pouvoir. Leur seule légitimité, c'est d'avoir pris le pouvoir... De quelque façon que ce soit... D'ailleurs, crois-moi, on prend toujours le pouvoir par un tour de passe-passe, par force ou en se fondant sur la tromperie (ils appellent ça des promesses électorales)... Le pouvoir, c'est comme la richesse, on le prend toujours au détriment des autres, des plus faibles, des crédules... L’État est un instrument des riches dans la Guerre de Cent Mille Ans qu'ils mènent contre les pauvres pour prendre le pouvoir, pour garder le pouvoir, pour accroître leurs richesses, pour étendre leur domination, pour assurer leurs privilèges, pour exploiter le travail des pauvres, pour prendre la vie des gens et l'obliger à s'épuiser à leurs profits. Par corollaire, toute participation à la machinerie mise en place pour camoufler cette vérité implacable est une pure et simple abdication de sa propre qualité d’être humain, un ralliement au camp et à la société des riches dans la Guerre de Cent Mille Ans et une acceptation de la responsabilité que cette société (qui n'est pas la nôtre et à laquelle nous ne nous rallions pas) endure dans la destruction des espèces vivantes, toutes les espèces, y compris l'espèce humaine. La poursuite de la richesse est la pire ennemie de la vie elle-même.

 

 

D'accord, Lucien l'âne mon ami, mais ce n'était pas la question ici. Quoique... Pour en revenir à mon qualificatif de « sudiste » ou d'habitant du Sud... Il se réfère tout simplement à la Wallonie, qui est une région du Sud, située sur le territoire de l’État Belge... dont plus personne ne sait ce qu'il est, ni sa raison d’être, hormis celle évoquée ci-dessus. Tout ce que je peux en dire, c'est qu'ici aussi, le Sud est exploité par le Nord, que les régions du Sud sont écrasées par la domination du Nord, même si les gens du Nord prétendent à une autre vérité historique, même si leur propagande affirme le contraire. Notre région a subi et subit encore un destin similaire à celui des populations de l'autre côté du mur : chômage, destruction industrielle, misère croissante des services publics, sous-équipement, privatisation accélérée... Bref, un destin de Sud au sens où l'entend la chanson du jour. Il est temps que cela se sache et que la propagande venue de notre Nord ne soit plus prise au sérieux par personne, si tant est qu'il y ait eu un jour quelqu'un pour y croire...

 

 

C'est toujours ainsi avec la propagande, dit Lucien l'âne. Son but principal est de faire prendre le faux pour le vrai, le mensonge pour vérité, d'inverser offenseur et offensé... Et tant plus on en remet, tant plus le mensonge est énorme, tant plus on arrive à y faire croire... Mais nos amis italiens le savent bien eux qui ont subi le fascisme et qui subissent aujourd’hui le bunga-bungisme.

 

 

Pour éclairer ta lanterne, sache, mon ami Lucien l'âne, toi qui viens de si loin, que les gens d'ici (ceux du Sud, ceux de Wallonie) n'ont jamais, au grand jamais attaqué personne, n'ont jamais au grand jamais exploité une population, c'est-à-dire d'autres gens, n'ont jamais – comme tous les somari du monde ni envahi, ni conquis les pays et les régions voisines ; ils n'ont jamais fait que se défendre... Quant à la caste wallonne, cette couche de riches qui exploitait la population wallonne, elle était tellement nulle qu'elle n'aurait pu être conquérante ailleurs et par voie de conséquence, elle n'a jamais pu exploiter... les régions du Nord... Elle a d’ailleurs perdu son propre dominium dans le Sud... Quant à obliger les populations du Nord à parler la langue en usage chez nous (le français, qui est notre italien à nous), jamais au grand jamais, il n'en a été question, jamais au grand jamais, ce ne fut une volonté des populations du Sud – d’ailleurs leurs volontés n'ont jamais été prises en compte... Elles ont même été systématiquement étouffées, contrecarrées, écrasées... Mais l'inverse est vrai... Pour quelque obscure raison que nous n'arrivons pas à entrevoir, on nous impose contre notre volonté la langue des deux tiers de la population de ce pays fantôme, de cet ectoplasme, on l'impose dans l'enseignement, on gaspille des sommes folles à vouloir l'inculquer (enfoncez-vous bien ça dans la tête !) à nos enfants comme on nous l'a fait bouffer à nous-mêmes – sans trop de résultat, je te rassure. On l'impose en matière d'emploi, elle est cause de discrimination, y compris salariale. Comme disait Léo Ferré, Y en a marre !

 

 

Oui, tu as raison, Marco Valdo M.I. C'est là aussi un épisode de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres pour accroître leur richesse, renforcer leur domination, étendre leurs pouvoirs, multiplier leurs profits... Car vois-tu, il en va des régions ou des pays comme des hommes... les régions, les pays eux aussi sont acteurs dans cette terrible guerre. Et pour cela aussi, il nous faut avec « obstination et en sens contraire » tisser le linceul de ce vieux monde mensonger, paré de propagande et cacochyme.

 

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 

 

 

 

Eugenio Bennato

 

 

 

 

 

Nous avons posé nos guitares et nos tambours

Car cette musique doit changer.

Nous sommes des brigands, nous faisons peur

Avec le fusil, nous voulons chanter.

 

Et maintenant, nous chantons cette chanson nouvelle

Tous les gens doivent l'apprendre

Nous nous foutons du roi Bourbon

Notre terre est nôtre et on n'y touche pas.

Notre terre est nôtre et on n'y touche pas.

 

Tous les villages de la Basilicate

Se sont réveillés et veulent lutter

Même la Calabre est en révolte

Et nous faisons trembler cet ennemi

Et nous faisons trembler cet ennemi

 

Celui qui a vu le loup et s'est épouvanté

Ne connaît pas encore la vérité.

Le vrai loup qui mange les enfants

C'est le Piémontais que nous devons chasser

C'est le Piémontais que nous devons chasser

 

Belles femmes qui donnez votre cœur,

Si vous voulez sauver le brigand

Ne le cherchez pas, oubliez jusqu'à son nom,

Qui nous fait la guerre est sans pitié

Qui nous fait la guerre est sans pitié.

 

Homme on naît, brigand on meurt

Mais jusqu'au dernier, nous devons tirer

Et si nous mourons, apportez une fleur

Et malédiction pour cette liberté.

Et malédiction pour cette liberté.

BRIGAND ON MEURT (2013)
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Marco Valdo M.I.
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23 septembre 2013 1 23 /09 /septembre /2013 22:32

OESTERHELD

 

 

Version française – OESTERHELD – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson italienne – Oesterheld – Rocco Rosignoli – 2013


Texte et musique de Rocco Rosignoli

 

 


 

Une des plus belles œuvres dédiées à la liberté et à la résistance est une bande dessinée : l'Eternauta (L'Éternaute). Ce n'est pas un hasard s'il sortit dans les années 1950 en se fondant sur l'expérience européenne de résistance au nazisme. La science-fiction de matrice américaine a été identifiée comme une sublimation de la paranoïa collective des États-Unis, dans lesquels Alieno était un alias du communiste. L'Eternauta, oeuvre argentine, se place par contre sur un autre versant ; l'invasion « aliène » est seulement un scénario, dans lequel les hommes sont les protagonistes. L'humanité, au bord du désastre, réussit à donner le meilleur d'elle-même dans la tentative de résister à l'envahisseur.

Cette histoire de science-fiction a été vue comme une sorte de prophétie, dans laquelle le scénariste Héctor Oesterheld pressentait ce qui sera le triste destin de son pays : la dictature autoritaire de Jorge Videla, les stades employés comme camps de concentration, les trente mille « desaparecidos » (disparus). C'est sans doute précisément en raison de sa clairvoyance qu'Oesterheld fut un de ces trente mille. Et à lui, et au concept de liberté, Rocco Rosignoli a dédié cette chanson, contenue dans les cd Testuggini.(Tortues)


 

 


Héctor Germán Oesterheld (Buenos Aires, 23 Juillet 1919 – 21 avril 1977) était un auteur de bandes dessinées argentin.

Il naquit en 1919 d'une famille d'origine allemande. Malgré une licence en géologie, sa passion resta pour toute sa vie la littérature, en particulier celle pour l'enfance (grâce à sa profession de géologue, et à son activité parallèle de correcteur pour des éditions, en commençant à écrire ses premières œuvres, pour un public enfantin, il eut la possibilité de traverser l'Argentine pour des recherches pétrolifères pour le compte de la société YPF, alors d'État).
Il commença à travailler comme correcteur d'épreuves auprès d'une imprimerie, puis à écrire des récits pour enfants et en suite, à partir de 1949, à adapter ses premières histoires à des bandes dessinées pour l'Editorial Abril, propriété de Cesare Civita, d'un juif italien réfugié en Argentine pour éviter les persécutions raciales. Auprès de cet éditeur, il travailla à des séries telle que Ray Kitt, Sergento Kirk, Bull Rockett, Uma-Uma, Alan y Grazy, Lord Commando.


 

En 1957, il fonda avec son frère Jorge l'Editorial Frontera ; avec ces nouvelles éditions, il publia des titres fondamentaux pour l'histoire de la bande dessinée argentine comme Hora Cero et Frontera, qui virent vraiment dans les scénarios d'Oesterheld une des raisons principales de leur succès. En 1957, l'auteur argentin écrivit la première histoire d'Ernie Pike sur le premier numéro du mensuel argentin Hora Cero ; ce premier épisode est dessiné par le déjà célèbre Hugo Pratt, qui en tout en réalisera 34. Pour créer le protagoniste de cette série, Oesterheld a pris la figure d'un reporter américain connu, Ernie Pyle qui fut tué des Japonais en 1945 à Okinawa. Pyle fut correspondant de guerre de 1941 à 1945 à la suite des troupes américaines en Afrique du nord, en Italie, en Angleterre et ensuite en France.

 

Toujours pour l'Editorial Frontera , il écrivit d'autres séries fameuses comme Ticonderoga ( elle aussi dessinée par Pratt, tout comm la nouvelle version du Sgt. Kirk), Randall (avec les dessins d'Arturo de Castillo), Sherlock Time et Dottor Morgue, ces derniers ont comme dessinateur Alberto Breccia, avec lequel il collaborerait aussi en 1968 à la réalisation d'une biographie d'Ernesto Guevara, publiée posthume en Espagne en 1987 à cause de l’ostracisme du gouvernement dictatorial argentin ; au projet, a collaboré aussi Enrique, fils d'Alberto (Breccia).

 

Pour la même maison d'éditions, il publia aussi celle qui reste une des plus belles et importantes oeuvres de la bande dessinée mondiale et du genre science-fiction en particulier : L'Eternauta [http://www.eternauta.com/indexframe.htm]. La saga, publiée en feuilleton sur Hora Cero Semanal et dessinée par Francisco Solano López, à beaucoup a semblé un métaphore annonciatrice de la dictature qui pau après avait bouleversé l'Argentine.

 

Oesterheld disparut le 21 avril 1977 à la Plata, enlevé par une bande armée. De ce moment, il a fait partie de la nombreuse cohorte des desaparecidos argentins. En juin de l'année précédente avaient disparu deux de ses filles, Beatriz Marta et Diana Irene, cette dernière enceinte de six mois. En novembre 1977 à disparaître, ce fut une troisième de ses filles, Marine (enceinte de huit mois), dont le mari était déjà disparu. Le mois après fut tuée, avec son mari, Estrela Inés, la dernière de ses filles, qui jusqu'alors avait survécu à la sale Guerre de la junte militaire argentine.

 

Selon les registres récoltés par la CONADEP, il fut détenu dans la caserne Campo de Mayo et dans les centres de détention clandestine connus comme El Vesubio et El Sheraton et il fut même vu dans le Batallón de Arsenales 601 Domingo Viejobueno ; il fut assassiné, on croit, à Mercedes, en province de Buenos Aires, en 1978.


 

 

 

 

 

Ora e sempre : Resistenza !

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I et Lucien Lane

(reprenant en chœur leur sentence favorite, tirée de l'Ode à Kesselring de Piero Calamandrei)


 


 


 


 

Je voudrais raconter ton histoire,
Mais je ne sais si je saurai le faire :
Il est des lieux communs et des pièges
Difficiles à éviter.

 

Tu as saisi la meilleure part de l'homme,
Montré les miracles qu'il fait
Quand il affronte qui ne montre pas son visage
Et veut lui ôter la liberté,

 

C'est un petit mot,
Employé trop,
N'importe qui s'en emplit la bouche,
Qui parle de communisme ou d'économie.

 

C'est un mot bien joli
Qui vide ne veut rien dire .
Mais ce que tu racontes
Ce sont les miracles de l'esprit.

 

Quand aujourd'hui, il neige à Buenos Aires
Tout le monde se souvient de ton histoire ,
Car résister est plus que nécessaire,
C'est une exigence de la nature.

 

L'histoire éternelle ne peut s'interrompre
Même si qui l'écrit vient à disparaître,
Tes étincelles dans la pénombre
Nulle horreur ne pourra les éteindre.

 

Alors qu'à l'appel tu manques encore
Comme les trente mille après l'ouragan
Sur Buenos Aires tombe la neige :
On ne l'avait pas vue depuis nonante ans.


 

OESTERHELD
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Marco Valdo M.I.
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22 septembre 2013 7 22 /09 /septembre /2013 00:13

À BAS LES ARMES !

 

 

Version française - À BAS LES ARMES ! - Marco Valdo M.I. – 2013

à partir de la version italienne – GIU' LE ARMI! de Riccardo Venturi – 2008

d'une chanson allemande – Die Waffen nieder! – Reinhard Mey – 2004


 

 

 

 

Dresde 1945

 

 

Né dans une ville ravagée et détruite par la guerre ,
Dès que j'ai pu entendre, j'ai entendu : « Jamais plus la guerre ! »
J'ai si bien appris ma leçon et j'ai vu
La guerre de si près, que même l'enfant a compris, ce qui arrivait là.
Cette angoisse, je le sais, ne me quitte plus
Et les images dans ma tête ne s'effacent pas.
La guerre est un crime, aucune guerre n'est juste
Et, vous qui en parlez si bien et méprisez votre serment
Je vous entends zélés battre le tambour, vous les pieux en prière
Et envoyer à vos massacres les enfants d'autres gens
Rappelez-vous, vous ne vouliez plus jamais, jamais la guerre
À bas les armes !

 

Certes, vous faites votre travail, vous accomplissez votre devoir.
Vous avez beau minimiser, nous tromper, c'est sans espoir.
L'emploi s'appelle poser des mines, le devoir s'appelle bombarder,
Détruire et mutiler, effacer et liquider,
S'appelle piller, conduire des hommes à la mort,
Perdre pour toujours votre âme sans remords.
Parfois, je vois un visage d'enfant sous son grand casque
Dans son épouvante aveugle, parle le désespoir pur,
Quand ébranlé, il lui faut voir à quel acte infâme,
À quel crime honteux, il s'est prêté et augure
Que jamais la faute ne s'effacera, jamais. Plus jamais la guerre,
À bas les armes !

 

 

 

 

Croyez-vous, vous, dans vos trous perdus dans le sable du désert
Défendre vos enfants, votre pays ou votre village?
Croyez-vous, vous qui venez avec vos grandes ailes,
Bombarder un village et le renvoyer à l'âge de la pierre ,
Que vous pourriez par une effusion de sang libérer les hommes,
Mettre la paix dans le cœur des femmes ?
Non, à nouveau ils vous ont abusé en effet :
Pour le pouvoir, pour l'huile, pour l'acier, pour nourrir leur machine de guerre,
Ces grands conglomérats, qui quand il leur plaît,
À la fin, font de vous aussi des cibles vivantes.
Refusez d'obéir, refusez de la faire, dites : Plus jamais la guerre,
Et à bas les armes !

À BAS LES ARMES !
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Marco Valdo M.I.
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20 septembre 2013 5 20 /09 /septembre /2013 16:26

TOUT EST LA FAUTE DES JUIFS

 

Version française - TOUT EST LA FAUTE DES JUIFS – Marco Valdo M.I. – 2013

d'après la version italienne de Riccardo Venturi

Chanson allemande - An allem sind die Juden schuld - Friedrich Hollaender – 1931

]
Texte: Friedrich Hollaender
Musique: Georges Bizet (dalla Carmen)
Première interprète: Annemarie Haase
De la revue
Spuk in der Villa Stern ("Fantômes à la Villa Stern")

 

 

 

 

 

Dans cette page, nous nous occupons d'une chanson satirique, probablement une des plus célèbres en langue allemande : An allem sind die Juden schuld (« TOUT EST LA FAUTE DES JUIFS»). Pas seulement célèbre, mais aussi réellement particulière sous chaque chacun de ses aspects ; à commencer par son auteur, Friedrich Hollaender (1896-1976). Il n'arrive pas souvent que celui qui est connu (et il l'est resté) pour être un musicien de valeur soit connu pour avoir écrit le texte d'une chanson dont la musique est reprise en réalité d'un opéra, dans ce cas-ci, Carmen de Georges Bizet ; mais c'est le cas précisément de cette chanson, qu'Hollaender inséra dans la revue musicale Spuk en der Villa Stern (des « Fantômes à la Villa Stern »), représentée pour la première fois au cabaret qu'il gérait à Berlin, le Tingel-Tangel-Theater, en septembre 1931 (la chanson fut interprétée pour la première fois par Annemarie Haase).

 

Friedrich Hollaender était né à Londres de parents Juifs allemands, et appartenait à une famille de musiciens ; mais de musiciens « sui generis ». Le père, Victor Hollaender, était directeur de l'orchestre du célèbre cirque Barnum ; l'oncle, Gustav Hollaender, était par contre directeur du Conservatoire Stern de Berlin. Rentré en Allemagne à l'âge de trois ans, Friedrich Hollaender devint lui-même musicien, et il atteint la notoriété internationale en composant, en 1930, la musique du film L'Ange bleu, avec ses chansons chantées par Marlène Dietrich. Le film est le symbole de la République de Weimar, il est interprété par une fière antinazista et mis en musique par un juif ( à noter que par contre, le protagoniste masculin ainsi que le premier Oscar de l'histoire, Emil Jannings, flirta ensuite avec le nazisme). 1930, 1931 : les dernières années de Weimar, unique et très libre atmosphère de cette Allemagne qui glissait à grands pas vers le gouffre sur un pas de danse et dans les fumées des cabarets. Puisque juif, Friedrich Hollaender vivait dans sa chair cette atmosphère où Hitler s'apprêtait à prendre le pouvoir avec le but précis de balayer la « corrompue et infernale » République de Weimar. L'antisémitisme allemand, du reste, marchait à plein régime, et l'intérêt historique de cette chanson satirique réside aussi et surtout dans sa valeur de témoignage d'une période où, en Allemagne, quand même il était encore permis de s'exprimer librement pour des Juifs qui voyaient monter la marée irrépressible.

 

Hollaender écrivit donc cette chanson en employant une arme particulièrement haïe par les nazis et tous les antisémites allemands : le ridicule. Il choisit, en la caricaturant, une musique très célèbre (celle de Carmen de Bizet, et en particulier son air le plus connu, la Habanera), en y installant un texte où l'image antisémite du juif, considéré comme à la base de tout le mal, de tous les malveillances et malheurs du monde, est mise au pilori par le biais de toutes sortes d'exagérations et en élevant ainsi à l'absurde les plus typiques argumentations antisémites. Les antisémites, et pas seulement les militants nazis, donnaient la « faute aux Juifs » pour chaque chose, sans donne de raison ou en justifiant le tout avec des arguments impossibles à prouver jusqu'à arriver à la simple faute tautologique : « C'est la faute des Juifs car c'est leur faute ».

 

Aux débuts des années 1930, du reste, dans ses revues musicales, Hollaender y allait assez fort ; dans la même revue satirique « Fantômes à la Villa Stern », dont cette chanson fait partie, il fait dire par exemple au Fantôme, à l'instant de son apparition : « Houhou ! Tutu ! Je suis un petit Hitler et je mords sans préavis ! Je vous mettrai tous dans ce damné sac ! Houhou ! Hihi ! Haha ! Wawa ! » Au Baron de Münchhausen, qui paraît aussi parmi les personnages, Hollaender fait dire : « Mensonges ! Mensonges ! Mensonges ! Mensonges ! Mensonges ! Tout ce que l'homme a vu, ce sont des mensonges ; cependant il les raconte tellement bien ! , et ainsi de suite. La chanson comporte des strophes contenant toutes les principales accusations contre les « Juifs », coupables, par exemple, de toutes les catastrophes mondiales (la guerre mondiale, la révolution russe de 1917 et les crises économiques de l'après-guerre). De ces accusations, qui étaient formulées authentiquement et quotidiennement, on passe à celles-là totalement des ridicules qui forment, inutile le dire, la vraie force ravageuse de la chanson. Est faute des Juifs, par exemple, que Greta Garbo ait une dent cariée, ou bien que la neige soit Que la neige soit terriblement blanche
Et de là, dit-on, froide », ou bien que le feu flambe, que les arbres soient dans le bois ou qu'un oignon ne soit pas une rose. On comprend ainsi que des accusations du genre n'ont pas certes pas moins de fondement que les plus « sérieuses », comme du reste cela se produit de nos jours (« les immigrés volent le travail aux Italiens », « les Gitans enlèvent les enfants », « les Roumains viole les femmes car c'est dans leur culture »). La chanson, donc, est un parfait symbole de la stupidité universelle de masse, principal bouillon de culture de tous les fascismes, les racismes et combien d'autres.

 

La chanson fait partie de cette douzaine de chansons, publiées entre 1930 et 1936, où est mentionnée l'homosexualité ; dans une des strophes, elle est donc faute des Juifs si le Prince du Pays de Galles est un « fenouil » [ NDT : en italien finocchio – fenouil est un des termes communs pour désigner un homosexuel : on peut le traduire par tante, tantouse, tapette, pédé, etc ] : ( j'emploie ici le terme politiquement incorrect en traduisant à la lettre l'allemand « schwul »). Hollaender se référait à Édouard VIII d'Angleterre, dont était connue l'homosexualité dès 1926 lorsque l'avait révélée la revue allemande Freundschaftblatt (« Revue de l'Amitié »). La chose à noter est que la revue en question était une revue gay ; dans l'Allemagne de Weimar, la publication (d'une revue homo) était libre. Il va de soi que la chanson de Hollaender obtint un succès sensationnel, et même une sorte d'hymne antinazi au moment où, avec les élections de 1930, l'insignifiant petit parti de Hitler était devenu la seconde force du Parlement. L'interprétation fut confiée à Annemarie Haase, elle aussi d'origine juive, qui, étant donnée la mélodie, pour la rendre encore plus satirique l'interpréta avec un accent « espagnol ». Bien qu'à l'évidence, le texte de Hollaender diverge totalement du livret de Carmen, la relation entre les deux textes est plus étroite que ce qui semble ; dans le texte de l'air lyrique, en effet, on affirme que « tout l'amour provient des gitans », cependant que dans la chanson tout le mal provient des Juifs.

 

Selon le musicologue Dietmar Klenke, la chanson de Hollaender est un parfait exemple du mécanisme de la soi-disant « projection du bouc émissaire » ; en parlant de l'effet que fit la satire de Hollaender, le même Klenke affirme que « les contemporains, pendant l'époque de Weimar, associaient la mélodie au monde des gitans avec un texte dans lequel une jeune gitane s'exprime en termes amoraux sur le thème de la sexualité. En mettant la chanson dans la bouche d'un nazi, le compositeur le ridiculise aux yeux des contemporains cultivés. La mélodie non appropriée aide à considérer les opinions nazies comme immatures et infondées. La force provocatrice de la chanson peut être encore mieux comprise en tenant compte du climat de heurts et d'hostilité parmi les diverses composantes de la population allemande durant la Grande Dépression ». [RV]

 

 

 

 

Qu'il pleuve, qu'il grêle,
Qu'il neige ou qu'il éclaire
Qu'il s'assombrisse, qu'il tonne,
Qu'il gèle ou qu'on sue,
Qu'il fasse beau, qu'il se couvre,
Qu'il dégèle ou qu'il verse,
Qu'il bruine, qu'il ruisselle,
Qu'on tousse, qu'on éternue :

 

De tout cela, les Juifs sont coupables !
Les Juifs de tout sont coupables !
Pourquoi, pourquoi sont-ils coupables ?
Enfant, tu ne peux pas comprendre, ils sont coupables !
Ils sont coupables ! C'est ce qu'on dit !

Les Juifs sont, sont et sont coupables !
Et même si tu ne le crois pas, ils sont coupables,
De tout, de tout les Juifs sont coupables !
C'est ainsi !

 

Si le téléphone est occupé,
Si la baignoire coule,
Si tes impôts sont augmentés,
Si ta saucisse goûte le savon,
Si le pain du dimanche n'est pas bon,
Si le prince de Galles est pédé,
Si la nuit les meubles grincent,
Si le chien gronde :

 

De tout cela, les Juifs sont coupables !
Les Juifs de tout sont coupables !
Pourquoi, pourquoi sont-ils coupables ?
Enfant, tu ne peux pas comprendre, ils sont coupables !
Ils sont coupables ! C'est ce qu'on dit !

Les Juifs sont, sont et sont coupables !
Et même si tu ne le crois pas, ils sont coupables,
De tout, de tout les Juifs sont coupables !
C'est ainsi !

 

Si le ministre Dietrich paye tes impôts,
Si la Dietrich de la tête au pied te sourit,
Si l'Okasa se renchérit,
Si une vierge dit : « Moi, je le fais, chéri ! » ,

Si les banques sont en crise,
Si la radio radote de vieilles histoires ,
Si la Garbo a une carie,
Si au cinéma, la jeune première pète :

 

De tout cela, les Juifs sont coupables !
Les Juifs de tout sont coupables !
Pourquoi, pourquoi sont-ils coupables ?
Enfant, tu ne peux pas comprendre, ils sont coupables !
Ils sont coupables ! C'est ce qu'on dit !

Les Juifs sont, sont et sont coupables !
Et même si tu ne le crois pas, ils sont coupables,
De tout, de tout les Juifs sont coupables !
C'est ainsi !

 

Que la neige soit terriblement blanche
Et de là, dit-on, froide,
Qu'en revanche le feu chauffe
Et qu'en forêt, du bois, on fagotte,
Que la rose ne soit pas l’échalote
Et que le cafard cafarde
Que Heine soit plein de santé
Et qu'Einstein soit surdoué :

 

De tout cela, les Juifs sont coupables !
Les Juifs de tout sont coupables !
Pourquoi, pourquoi sont-ils coupables ?
Enfant, tu ne peux pas comprendre, ils sont coupables !
Ils sont coupables ! C'est ce qu'on dit !

Les Juifs sont, sont et sont coupables !
Et même si tu ne le crois pas, ils sont coupables,
De tout, de tout les Juifs sont coupables !
C'est ainsi !

 

 
TOUT EST LA FAUTE DES JUIFS
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Marco Valdo M.I.
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16 septembre 2013 1 16 /09 /septembre /2013 23:38

FERME LA PORTE, PETIT

 

 

 

Version française – FERME LA PORTE, PETIT – Marco Valdo M.I. – 2013

d'après la version italienne FRATELLINO, CHIUDI LA PORTA de Stanislava

d'une chanson tchèque de Karel Kryl : Bratříčku, zavírej vrátka – 1968

 

 

 

 

Exil

(ici, celui des Républicains espagnols...)

 

 

 

 

 

Le répertoire de Karel Kryl n'est pas encore épuisé. Je voudrais ajouter aussi cette chanson qui à mon avis, est parmi ses chansons les plus touchantes. Le contexte est toujours celui de l'invasion de (la Tchécoslovaquie par les troupes « amies » du pacte de Varsovie) 1968. ...

 

 

 

Est-ce le chant d'exil ? Le chemin tortueux de la longue nuit de l'exil de nombre de jeunes (et moins jeunes) Tchécoslovaques... Te souviens-tu de Miluška ? Et pour la quantième fois dans le siècle, la quantième fois dans leur histoire ?

 

 

Oh, dit Lucien l'âne, on ne les compte plus ces envahisseurs et ces touristes d'un temps ou d'un autre. Les derniers en date étaient les Autrichiens, les Allemands, les Russes... Et à présent, les touristes et les investisseurs... Je me demande d'ailleurs si ce ne sont pas les pires... je veux dire, si on n'assiste pas là et ailleurs à une colonisation d'un nouveau genre (le genre « européen » et « libéral »), à cette domination par la paix et la « liberté obligatoire » dont on parlait l'autre jour. D'ailleurs, les Tchèques, les Slovaques comme les Allemands, les Polonais, les Hongrois, les Grecs, les Bulgares, les Roumains, les Espagnols, les Portugais, les Italiens, etc (je parle des pauvres évidemment) commencent à subir les effets de cette nouvelle forme de servage salarié, instauré au nom de et au profit de la « paix ».

 

 

Tu as touché juste... Je me souviens du temps où on marchait dans les rues en criant « Guerre à la guerre ! » . C'était limpide, c'était clair. Mais comment faire quand il faut faire la guerre à la paix, sans faire la guerre... ?

 

 

Comment combattre la paix ? En fait, il faut replacer cette idée dans le contexte de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres où la paix n'est qu'une des phases de la guerre toujours en cours, une sorte de temps mort dans le grand combat du temps... Un temps mort où se taisent les armes, où les armées fonctionnelles rentrent dans leurs casernes et n'encombrent plus les routes et les rues, où provisoirement les uniformes ne servent qu'à la parade. C'est une sorte de mirage et comme tu peux le constater, la guerre militaire n'est jamais bien loin ; elle rampe sur la surface de la terre depuis si longtemps et dans un certain sens, elle est consubstantielle à la richesse. De toute façon, si les armées sont dans leurs casernes, les forces de maintien de l'ordre sont toujours actives. J'arrête ici pour aujourd'hui. Nous y reviendrons.

 

 

Je le pense bien. En attendant reprenons notre tâche qui consiste à tisser le linceul de ce vieux monde malade de la paix, empêtré dans son gigantesque mensonge pacifique, malade de son avidité, épuisé par ses ambitions, rongé par sa recherche frénétique du profit, pourri par ses richesses et dès lors, cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Petit, ne pleure pas !
Ce ne sont pas des monstres effrayants
Maintenant tu es grand…
Ce sont seulement des soldats.
Ils sont arrivés dans leurs mécaniques
Aux formes cubiques.

 

Avec une larme à la paupière
Nous nous regardons mutuellement.
Petit, reste près de moi
Je suis préoccupé pour toi.
Sur les sentiers tortueux,
Petit avec tes petites chaussures…

 

Il pleut ; dehors, le soir tombe.
Cette nuit ne sera pas brève.
Au loup, l'envie d'un agneau est venue
Petit, as-tu fermé la porte ?

 

Petit, ne pleure pas,
Ne gâche pas tes larmes.
Repousse les outrages
Épargne tes forces.
Et ne me jette pas la pierre
Si nous n'arrivons pas.

 

Apprends la chanson,
Ce n'est pas si difficile.
Appuie-toi, petit,
Le sentier est détruit.
C'est très dangereux
Mais nous ne pouvons plus retourner.

 

 

Il pleut ; dehors, le soir tombe.
Cette nuit ne sera pas brève.
Au loup l'envie d'un agneau est venue
Petit, ferme la porte !
Ferme bien la porte !

FERME LA PORTE, PETIT
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Marco Valdo M.I.
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