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16 février 2013 6 16 /02 /février /2013 13:01

LE PARTI DE L'UNITÉ ALLEMANDE

 

Version française – LE PARTI DE L'UNITÉ ALLEMANDE – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson allemande – Die deutsche Einheitspartei– Erich Kästner (1932)

 

 

Ah, Lucien l'âne mon ami, voici une incroyable chanson de notre poète de référence Erich Kästner, dont tu te rappelles certainement que nous avons constaté avec consternation la méconnaissance totale, l'ignorance désolante dans les régions dites de « culture française ». Méconnaissance aujourd’hui, mais pire encore, méconnaissance hier aux temps noirs où il osait écrire de telles chansons – comme je te l'ai déjà dit : dans le ventre de la bête immonde.

 

 

Oui, je me souviens bien de cela. Mais, cette idée du « parti de l'unité allemande », on aurait même pu y ajouter de l’unité de la nation allemande... Me paraît fort « allemand », car cette histoire, qui est une parabole, je le vois bien, cette histoire-parabole vaut pour bien d'autres pays, nations, peuples, régions... Demain peut-être, pour l'Europe... Qui sait ? On n'est jamais à l'abri d'un tel délire... Ainsi, pas loin d'ici, de l'autre côté de la frontière qui n'existe pas – je veux dire qu'il n'y a pas (encore?) de miradors, donc, la frontière entre le Nord et le Sud, la plus grande partie des gens de là se rallient à un parti de l'unité nationale... avec son drapeau aux couleurs jaune et noir, le tout sur un fond de couleur brune. Là, on n'impose pas encore (c'est trop tôt ?) le nom du chef comme patronyme obligatoire, mais on impose déjà sous peine d’exclusion ou de sanctions diverses la connaissance et la pratique de la langue. Quant à l'Italie, par exemple, dans sa partie Nord, certains auraient bien vu se répandre le patronyme de Bossi...

 

 

Oh, combien d'Adolf, combien de Benito... Mais en effet, il s'agit du Parti de l'Unité Allemande... Cependant, regarde bien la date où elle fut écrite cette chanson : 1932 [http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89lection_pr%C3%A9sidentielle_allemande_de_1932] et ce qui se passait ces années-là en Allemagne... C'était une chanson prémonitoire, une chanson-Cassandre et comme Cassandre, malgré sa lucidité, elle ne put empêcher le désastre. À mon sens, elle est une des chansons allemandes (je rappelle qu'en ce qui nous concerne, on a abandonné l'usage du mot chanson dans son sens purement commercial et nous entendons donc chanson dans son sens premier, ample, complexe, musical, conteur... Raconteur...) de ces temps-là qui incarne le mieux la position des gens d'intelligence, de culture et de résistance ; ceux de l' « Ora e sempre : Resistenza ! » allemande. Ceux qui vont devoir prendre la route de l'exil, finir dans un camp, lutter clandestinement dans la nuit des noirs cauchemars, ceux qui ne voudront pas accepter d'être baptisés « Müller ». Nous sommes en 1932 et les « Müller » vont bientôt accéder au pouvoir et avec Müller Un en tête vont déclencher et perpétrer un des plus grands et des plus odieux massacres de l'Histoire.

 

Chanson-Cassandre, comme tu l'as dit... On devrait écouter plus les poètes, les aèdes, les troubadours, les trouvères, les chantauteurs... Mais leur destin me semble bien tragique et il me paraît inévitable tant que durera cette Guerre de Cent Mille Ans que les riches (Müller ou quel que soit leur nom) font aux pauvres afin d'asseoir leur domination, de renforcer leur pouvoir, d'accroître leur richesse... que nous chantions nos petites chansons et que nous tissions ainsi le linceul de ce vieux monde empli de pays, de nations, de peuples élus, de frontières et d'assassins... et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Bundesarchiv_Bild_102-14271B-_Reichsprasidentenwahl-_Anspr.jpg

 

 

Müller fait sa campagne

 

 

 

Quand les extrêmes s'affrontèrent
À quel point il était nécessaire, Max Müller comprit.
Et sur le coup, il fonda le parti
De tous ceux qui s’appellent Müller.

 

Müller aimait toutes les classes.

Il n'avait aucune conviction politique.
Une seule chose lui importait sur Terre :
Rassembler l’ensemble des Müller.

 

La force émanait de son cri de ralliement.
« Nous défendons », écrit-il catégoriquement,
« Progrès et réaction, paix et guerre,
Patrons et prolétaires. »

 

« Liberté du Commerce et encadrement du marché
Ont notre sympathie.
République et monarchie
Doivent gouverner ! »

 

Tous les Müller se joignirent à lui
Et les autres vinrent en masse
Se faisant baptiser à la hâte
Et renforcèrent le nouveau parti.

 

Et le parti grandit, en dépit des hurlements.
Sans hésiter, il alla au pouvoir
Dans le nouveau gouvernement
Dix ministres s'appelaient Müller.

 

Cette majorité Müller chassa sur le champ

Tous ceux qui portaient un autre nom que Müller.
Et qui ne s'étaient pas fait baptiser immédiatement.
Jusqu'à ce que toute l'Allemagne s'appelle Müller !

 

 

 

 

jeuxolympiques36.jpg

 

 

 

Victoire des Müllers

 

 

 

De Memel jusqu'au bord du Rhin
Ils célébrèrent alors la réconciliation allemande.
À Aix-la-Chapelle, on le couronna sans attendre
Et l'empereur s'appela : Müller Un.


Des canons et des pétards le fêtèrent solennellement.
Mais la chance tourna court subitement.
Car le jour d'après, quelle déception !

Möller arriva

Qui fonda
Le Parti d'opposition.

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Marco Valdo M.I.
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15 février 2013 5 15 /02 /février /2013 14:40

AFRO

 

 

Version française – AFRO – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson italienne – Afro – Modena City Ramblers – 2013

 

 

 

 

 

Vlora zur Zeit der italienischen Besatzung 1916-1920

 

AFRO

 

 

Version française – AFRO – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson italienne – Afro – Modena City Ramblers – 2013

 

Pour les Italiens, la chose est évidente et les rapports impérialistes de l'Italie vis-à-vis de l'Éthiopie et d'autres pays de l'Afrique du Nord-Est sont bien connus. Pour les gens du reste de l'Europe, c'est moins connu... Alors, petit retour dans le passé de la glorieuse Italie. Sans remonter à Rome et à Carthage, à la colonisation du bassin méditerranéen par la République et l'Empire romains qui ont montré la voie et sont restés la source d'inspiration, l'Italie sous la houlette des Savoies mena plusieurs guerres de conquêtes coloniales à commencer par le Royaume des Deux Siciles. Ayant ainsi colonisé le Sud de la Botte, elle s'en prit à l'Afrique et eût-on laissé faire Mussolini, l'Italie s'étendrait jusqu'aux Indes... Son discours de juin 1940 est des plus éclairants à ce sujet : « Combattenti di terra, di mare e dell'aria, Camicie nere della Rivoluzione e delle Legioni, uomini e donne d'Italia, dell'Im­pero e del Regno d'Albania … dalle Alpi all'Oceano Indiano... » - « Combattants de terre, de mer et de l'air , Chemises noires de la Révolution et des Légions, hommes et femmes d'Italie, de l'Empire et du Royaume d'Albanie ... des Alpes à l'Océan Indien... ».

 

 

Un malade... C'est un malade, ce type, dit Lucien l'âne... Il ne parle pas encore de l'espace... Mais on y a pensé pour lui ... Corrado Guzzanti les envoya sur Mars [[3816]]... dès le 10 juin 1939...

 

 

Cela dit, dans le genre colonial et impérialiste en Afrique et sur d'autres continents, les Italiens font figure d'amateurs inexpérimentés (http://fr.wikipedia.org/wiki/Empire_colonial_italien) à côté d'autres nations européennes : Espagne, Portugal, Pays-Bas, Belgique, France, Grande-Bretagne, Allemagne... Mais vu par le soldat, un meurtre reste un meurtre, une boucherie reste une boucherie... Et c'est dur à avaler... Ça se passe souvent très mal pour ceux qui reviennent de ce genre d'expéditions... C'est le thème de la chanson...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un malade... C'est un malade, ce type, dit Lucien l'âne... Il ne parle pas encore de l'espace... Mais on y a pensé pour lui ... Corrado Guzzanti les envoya sur Mars [[3816]]... dès le 10 juin 1939...

 

 

Cela dit, dans le genre colonial et impérialiste en Afrique et sur d'autres continents, les Italiens font figure d'amateurs inexpérimentés (http://fr.wikipedia.org/wiki/Empire_colonial_italien) à côté d'autres nations européennes : Espagne, Portugal, Pays-Bas, Belgique, France, Grande-Bretagne, Allemagne... Mais vu par le soldat, un meurtre reste un meurtre, une boucherie reste une boucherie... Et c'est dur à avaler... Ça se passe souvent très mal pour ceux qui reviennent de ce genre d'expéditions... C'est le thème de la chanson...

 

 

Certes, Marco Valdo M.I., nombreuses sont les nations et les compagnies privées (et d'ailleurs même, ce furent souvent d'abord les compagnies privées) qui se sont illustrées dans ces épisodes sanglants de la Guerre de Cent Mille Ans et si j'en crois ce qui se passe, ce n'est pas fini... Les compagnies privées, en somme les riches, continuent à vouloir avaler le monde entier et à contraindre les États à les y aider... (voir ce qui se passe en RDC – ex-Congo belge... et dans les pays voisins). Alors, il n'y a rien de plus pressé que de tisser le linceul de ce vieux monde guerrier, cupide, impérialiste, colonisateur, meurtrier et cacochyme.

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Tu me racontas ta vie,
Ton destin dans cette histoire,
Tu racontas que tu étais soldat
Et qu'ils ne t'ont pas tué.

En Éthiopie, tu portais le fusil,
Au combat, tu as dû tirer
Sur un homme d'une autre couleur
Et de ce jour, tu le vis mourir.

 

Tu rentrais au camp
Et dans ta tête le silence te suivait
Dans le noir sur ton lit de camp
Tu pleurais mais ce n'était pas assez.

 

Tu aurais voulu hurler au ciel
Ta rage et ta douleur,
Tu aurais voulu arrêter la guerre,
Mais tu n'étais qu'un soldat.

 

Tu me parlas de ton camarade,
Qui mourait et de la main que tu lui tenais,
Des gaz et des bombes lancées sur l'ennemi
Et de ce lieutenant au sourire d'épouvante.

 

Ensuite tu racontas que tu étais retourné,
Tu me racontas comment tu avais recommencé,
Tes yeux se remplirent de douleur,
Ta voix s'éteignit dans ton cœur.

 

Tu aurais voulu hurler au ciel
Ta rage et ta douleur,
Tu aurais voulu ne pas l'avoir tué,
Ne pas voir chaque nuit ses yeux !

 

Tu aurais voulu qu'il tire
Pour ainsi en finir,
Tu aurais voulu arrêter la guerre,
Mais tu n'étais qu'un soldat.
Tu aurais voulu…

Mais tu n'étais qu'un soldat.

 

 

 

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14 février 2013 4 14 /02 /février /2013 18:07

OCCUPY WORLD STREET

 

 

Version française – OCCUPY WORLD STREET – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson italienne – Occupy World Street – Modena City Ramblers – 2013

 

 

 

Sous les tentes dans les parcs de la ville,
Face à la police,
Les drapeaux flottent comme un arc-en-ciel.
Il n'y a pas de chef, il n'y a pas de parti,
Les 99 pour cent,
En cent langues différentes entonnent « Équité » !

 

 

 

 

 

Chicago8.jpg

 

 

 

 

 

 

Du Printemps de Tahrir à la morsure dans la Grande Pomme,
Souvenez-vous des Chicago Eight, Robin Hood qui défiez l'OTAN !
Hey Mister, suis ton coeur !
Il doit y avoir un monde différent,
Il attend au-delà de cette finance et des entreprises mafieuses.

« Occupy World Street » !

 

La seule solution est la révolution mondiale

On n'a pas besoin de Wall Street pour construire notre société !

 

Ils ont déjà appris la leçon,
Ils ne tomberont pas dans la provocation,
Il y a un écho loin dans le temps,
L'Histoire aide à comprendre.
Les projectiles ne suffisent plus
À faire taire la révolte
Et jamais vous ne les domestiquerez
Ils ont trop payé.

 

« Occupy World Street » !

 

La seule solution est la révolution mondiale

On n'a pas besoin de Wall Street pour construire notre société !

 

Sous les tentes dans les parcs de la ville,
Face à la police,
Les drapeaux flottent comme un arc-en-ciel.
Il n'y a pas de chef, il n'y a pas de parti,
Les 99 pour cent,
En cent langues différentes entonnent « Équité » !

 

« Occupy World Street » ! « Occupy World Street » !

 

 

 

 

 

 

 

Levellers_declaration_and_standard.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

La seule solution est la révolution mondiale

On n'a pas besoin de Wall Street pour construire notre société !
Venez bêcheux et niveleurs modernes

Ce monde est à nous, nous sommes la majorité !

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Marco Valdo M.I.
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14 février 2013 4 14 /02 /février /2013 10:41

MIETTES ET ÉPINES

 

 

Version française – MIETTES ET ÉPINES – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson italienne - Briciole e spine - Modena City Ramblers – 2013

 

 

 

Du pain des roses restent miettes et épines,
Une longue attente pour un lendemain meilleur.
Lorsque le soleil se couche sur tes lèvres entrouvertes,
Ce sourire un peu triste convainc plus que tant de mots,
La sueur de nos grands-pères a nourri cette terre
Et dans nos oreilles les usines font encore du bruit.
Nos pères grâce à Dieu nous ont fait étudier
Et parfois même enseigné ce que veut dire savoir rêver,
Mais réussir est difficile lorsqu'on ne sait sur quoi compter,
Un temps on chantait « Qui ne travaille pas , ne fait pas l'amour » ;
Peut-être même est-ce pour cela qu'aujourd'hui élever un enfant
C'est un luxe qui tarde à venir.
Et se perdent les jours du calendrier feuilles malades de l'automne.
Deux poissons égarés qui regardent la mer au-delà des retrouvailles.

Combien de promesses abandonnées avec le temps,
Combien de baisers engagés pour chaque étoile en ciel ;
Ils parlent de marchés, de défis et de compétition,
Ce mantra qui nous ensorcelle vole le sens de nos mots.
Comme dans les années d'après-guerre, aux coins des rues
On fait la charité ou on vend des choses,
Notre amour héroïque vécu en tranchée
Nous a faits maîtres de ce pain, de ces roses ;
D'une terre qui nous est mère, maîtresse et amante,
Qui nous plie l'échine mais qui jamais nous abandonne,
Les jours de fête reviendront, disent les hirondelles et les cloches
Qui s'embrassent au crépuscule depuis qu'est née la ville,
Et alors nos baisers auront encore ce vieux goût qui nous soûlait le cœur,
Rêves aux yeux ouverts de poésie, d'horizons, de larmes…Et d'amours.

 

 

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13 février 2013 3 13 /02 /février /2013 22:03

À PROPOS, SOLITUDE !

 

Version française – À PROPOS, SOLITUDE ! – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson allemande – Apropos, Einsamkeit !– Erich Kästner – 1938

http://www.youtube.com/watch?v=K9wjYRvBgrU

 

 

 

À propos, à propos... À propos de la chanson Apropos, Einsamkeit ! – À PROPOS, SOLITUDE !, je voudrais revenir un instant sur la démarche qui m'amène à traduire ; elle n'est pas évidente pour tout le monde et dans sa simplicité-même, elle échappe à la façon commune d'envisager le « traducteur ». En fait, contrairement au « traducteur » patenté ou à quelqu'un qui aurait l'ambition d'être traducteur, je ne traduis pas pour donner la connaissance ou la compréhension du texte traduit à d'autres, mais bien et uniquement au départ, pour comprendre le texte moi-même. Et en quelque sorte, c'est le résultat de cette entreprise de découverte que finalement, puisqu'il existe, je mets à disposition d'autrui. Par entropie... Un peu comme le Dieu de Plotin, l'Un qui ne saurait être autre chose que lui-même et qui n'aurait d'effet sur le monde que par ricochet, par une sorte de perte, une sorte de résidu de rien.

 

 

Mais, si tu le veux bien, Marco Valdo M.I. mon ami, laissons ce Plotin de côté et continue tes divagations sans lui...

 

 

Donc, je trouve un texte et a priori, je ne sais ce qu'il y a dedans. Quand il est dans ma bonne vieille langue française, généralement, un rapide coup d’œil me permet de savoir si ce qu'il contient peut ou non m’intéresser. À partir de là, je poursuis ou non ma lecture et en finale, il n'y a pas de résidu matériel de cette lecture. Aucun texte nouveau n'a été fabriqué. Il n'y a rien à transmettre d'autre que le texte de départ lui-même. Laissons de côté toute présentation ou conversation à propos...

 

 

D'accord, mais quand il s'agit d'un texte dans une autre langue...

 

 

Là, lorsqu'il s'agit d'une autre langue, la situation est bien différente. Car... Car je ne connais aucune autre langue que le français... Il me faut donc – souvent difficilement – traduire ce texte qui est devant moi pour que je le comprenne. Et souvent, quasiment toujours pour tout dire, je dois le « mettre » en français, l'ordonner en fonction des exigences propres à la langue française pour enfin pouvoir le lire et le comprendre. C'est la méthode que j'ai appliquée à l'italien, parfois à l'anglais ou à l'espagnol et que j'expérimente maintenant avec les textes de chansons d'Erich Kästner, lequel écrit en allemand ; ceci car je suis persuadé de la qualité particulière de ce qu'il peut me raconter. En langue française – je ne sais en italien – Kästner est un auteur quasiment inconnu comme poète et penseur. Il est connu – relativement comme auteur de livres pour enfants. J'ai donc formé le pari de Kästner... Voici donc ma nouvelle aventure. Je vais à la découverte et selon ce qui paraîtra, je le ferai connaître. Il faut quand même que j'insiste sur le fait que je ne connais pas l'allemand et qu'à mes yeux, je ne peux aborder les textes de Kästner que parce qu'ils sont poétiques. Et les images utilisées en allemand peuvent ainsi être apportées en français dans toute leur étrangeté sans que cela nuise en rien au texte poétique... Bien au contraire...

 

 

Maintenant que ton discours de la méthode est terminé, peux-tu me dire de quoi parle cette chanson et en quoi, elle peut intéresser les Chansons contre la Guerre...

 

 

Elle parle de la solitude... qui est un des maux dont on souffre dans ce monde trop occupé à prôner l'individualisme intéressé, trop occupé à diviser pour régner, à morceler le corps social... la fin du texte est aussi tragique que le « Seul » de Brel ...[[7837]]. Oh, ce n'est pas que la solitude ne puisse être une excellente façon de vivre ou de créer, mais elle l'est pour certains et non pour d'autres...

 

 

Bien sûr, moi qui ne suis qu'un vieil âne, je vis dans la solitude, je marche solitaire depuis des siècles et des siècles et parfois seulement, j'ai rencontré des gens avec qui converser... Ce qui, soit dit en passant, ne m'a nullement gêné... Mais toi, tu vis dans le monde...

 

 

Je vis dans le monde et par la solitude, je m'en préserve suffisamment pour pouvoir faire ce qui me donne le plaisir de vivre... Il s'agit évidemment d'une solitude bien tempérée... Une solitude nourrie de création, dont elle emprunte les matériaux au monde. Tiens, on parlait tout à l’heure de Célestin qui par goût ou tempérament, préféra sa vie d'ermite à celle de grand de l’Église. Je le cite car nombreux furent ceux qui suivirent cette voie de la solitude créative : les ermites, mais aussi les savants, les chercheurs, les poètes... et tous ceux qui s'en vont par le monde accompagné de soi-même et bien content de l'être. La chanson ne parle pas de cette solitude-là, mais de l'autre solitude, de ce sentiment, cette sensation de solitude qui née de la peur de la liberté, n'est rien d’autre que l'isolement. L'isolement meuble le monde d'objets, d'images, de sons, d'apparences, de fantômes ; la solitude se meuble et se nourrit de son propre processus de création...et meuble le monde d'elle-même, car c'est – au sens le plus fort – son monde. Elle ne peut donc jamais ressentir l'ennui ou l'angoisse, jamais tomber dans le vide... Dans la solitude, on n'est jamais vraiment seul puisqu'on est avec soi-même et le monde qu'on s'approprie à chaque instant ; dans l'isolement, on est seul avec le rien, face au néant. A propos, pour situer la chanson de Kästner et certaine résonance, je te rappelle qu'elle fut écrite vers 1938 ou en tout cas, dans cette période et qu'il devait être terrible de subir la solitude en ce temps-là et ces lieux-là, sous ce régime-là. »Seuls dans Berlin »....[[39118]]

 

 

J'ai bien saisi tout cela et il me paraît que compte tenu des ravages de l'isolement qui frappe tant de gens, il nous faut reprendre notre œuvre qui est de tisser le linceul de ce vieux monde écrasant, toxique, néantisant et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

On peut parfois être terriblement seul !
Ça ne sert à rien d'écarter les ennuis
Et devant des affaires se dire à soi-même :
Ce chapeau est joli au dedans, mais juste un peu petit…

 

Ça ne sert à rien d'aller au café
Et de regarder les autres rire.
Ça ne sert à rien de copier leur rire.
Ça ne sert à rien non plus, de se croire encore pareil.


On mesure là ses propres ombres.
Celui-là saute et se dépêche, pour ne pas se retarder,
Et des gens viennent qui froidement l'écrasent .
Ça ne sert à rien, si on ne peut pas pleurer.

Ça ne sert à rien, de se réfugier chez soi – à la maison
Et, si on a du bromure à la maison, de prendre le bromure.
Ça ne sert à rien de se faire honte
Et de fermer les rideaux précipitamment.


On sent là, ce que c'est d'être petit.

D'être aussi petit que l'enfant qui vient de naître !

Alors, on ferme les deux yeux et on devient aveugle.
Et on se retrouve seul…

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Marco Valdo M.I.
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13 février 2013 3 13 /02 /février /2013 21:59

 

LE DÉVELOPPEMENT DE L'HUMANITÉ

 

Version française - LE DÉVELOPPEMENT DE L'HUMANITÉ – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson allemande – Entwicklung der Menschheit – Erich Kästner – 1932

 

 

 

affe4.jpgSINGE (George Grosz)

 

 

Sur les arbres, à un moment, ces mecs

Poilus et laids de visage.

Se sont accroupis
Plus tard, ils ont quitté la forêt vierge
Asphalté et surélevé le monde
Jusqu'au trentième étage.

Maintenant, ils sont assis là à s'épucer

Dans leurs pièces au chauffage central.
Maintenant, assis là, ils téléphonent.
Et c'est encore juste le même ton
Qu'au temps où ils étaient sur les arbres.

 

Ils entendent de loin. Ils voient loin.

Ils sont en contact avec l'univers.
Ils se lavent les dents. Ils respirent la modernité.

La Terre est une étoile cultivée
Truffée de chasses d'eau.

 

Ils tirent les papiers par une canalisation.
Ils se couchent et élèvent des microbes.
Ils équipent la nature de tout le confort.
Ils s'envolent droit dans le ciel
Et ils y restent deux semaines.

 

Ce que votre digestion laisse,
Ils en font de l'ouate.
Ils divisent des atomes. Ils guérissent l'inceste.

Et ils établissent par des études stylistiques,
Que César avait des pieds plats.

 

Ainsi, ils ont avec la tête et la bouche

Créé le progrès de l'humanité.
Mais ceci mis à part et
Tout bien considéré, ce sont au fond
Encore toujours les vieux singes.

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Marco Valdo M.I.
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13 février 2013 3 13 /02 /février /2013 21:57

LE MONSIEUR SANS MÉMOIRE

 

Version française - LE MONSIEUR SANS MÉMOIRE – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson allemande – Der Herr ohne Gedächtnis – Erich Kästner - 1928

 

 

Il serra la vie dans ses poches
Et alla plaisanter avec la Mort et le Diable.

Sa gueule était sale
Il a bu pas mal de toutes les bouteilles
Et prit de nuit la mesure des étoiles.
Il se trouvait sur le balcon de l'année,
vit des choses terribles et merveilleuses,
et il oublia.

 

Il connut plus de mille dames .
Qui tournèrent son cœur en bourrique.
Il joua dans mille drames.
Il voyagea sous mille noms
Et vit au travers des murs comme au travers du verre.
Il vécut de restes.
Il habita parfois dans les palais.
Et il oublia.

 

Il fut coiffeur. Et charbonnier.

Il fut malade. Et il guérit.

Il tira des descentes de lit au Congo
Et fut Alpenjäger sur l'Isonzo
Et se perdit presque lui-même à Gra.
Il fut sur des vapeurs qui se brisèrent.
Il toussa dans toutes les langues.
Et il oublia.

 

Et quand ils le mesurèrent avec des yeux,
Où il trouva un léger effroi,
Il s'enfuit sur des îles avec oasis.
Chez des hommes, qui mangeaient des hommes,
Parmi lesquels il lisait la bible.
Souvent, le deuil passe maintenant pour une farce…
Il espérait qu'on l'oublierait,
Comme il oublia les autres.
Et ce fut ainsi..

 

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Marco Valdo M.I.
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11 février 2013 1 11 /02 /février /2013 21:06

 

ET TOI, TU VIENS ME DIRE

 

Version française - ET TOI, TU VIENS ME DIRE – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson italienne – E tu mi vieni a dire – Giorgio Gaber - 1973

Texte de Sandro Luporini

Musique de Giorgio Gaber

 

 

 

À Milan, meurent en des circonstances mystérieuses
Certains témoins du massacre d'État
Entretemps à la télévision le Président
Exhorte au calme le peuple italien .

 

Et toi tu viens me dire « Moi, j'aime » comme si l'amour…
Et toi, tu viens me dire « Moi, je meurs » comme si la mort…
Et toi, tu viens me dire « Moi, je souffre » comme si la douleur…

 

À Rome, les huissiers chamarrés du Parlement

Font une cérémonie solennelle
Est venue du Vietnam du Sud une délégation
Pour confirmer leur amitié à notre nation.

Et toi tu viens me dire « Moi, j'aime » comme si l'amour…
Et toi, tu viens me dire « Moi, je meurs » comme si la mort…
Et toi, tu viens me dire « Moi, je souffre » comme si la douleur…

 

Comprendre ce qu'il y a derrière la douleur
Savoir l'analyser et motiver
Alors cette douleur, c'est ma rage
Face à des répressions toujours plus alarmantes
La rage d'un, la rage de tellement.

À Naples, comme si de rien n'était, Devant un étal
Rempli de cocardes tricolores
Il y avait des garçons qui demandaient des fonds
Pour le Mouvement Social Italien.

Et toi tu viens me dire « Moi, j'aime » comme si l'amour…
Et toi, tu viens me dire « Moi, je meurs » comme si la mort…
Et toi, tu viens me dire « Moi, je souffre » comme si la douleur…


Comprendre ce qu'il y a derrière la douleur
Savoir l'analyser et motiver
Alors cette douleur, c'est ma rage
Face à des répressions toujours plus alarmantes
La rage d'un, la rage de tellement.

Comprendre ce qu'il y a derrière la douleur
Savoir l'analyser et motiver
Alors cette douleur, c'est ma rage
Face à des répressions toujours plus alarmantes
La rage d'un, la rage de tellement.

 

 
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11 février 2013 1 11 /02 /février /2013 20:39

GUÉRI

 

Version française – GUÉRI – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson italienne – Il Guarito – Giorgio Gaber - 1973

 

Texte de Sandro Luporini

Musique de Giorgio Gaber

 

 

 

Cher docteur, je vous suis très reconnaissant,
De tout ce que vous avez fait pour moi.
Je vivais avec ma famille et avec ma tante
Et je me perdais, et je ne savais pas pourquoi.
Vous m'avez dit : « Votre maladie est un cas de schizophrénie ».

En effet, j'étais vraiment hors de moi.

 

Ma pauvre maman
Mon pauvre papa
Tout ce qu'ils ont fait
Pour mon bonheur.
Même ma pauvre tante
Combien elle m'a aimé
Et mes parents quelle peine
Quelles larmes pour moi.

 

Cher docteur, je vous suis très reconnaissant,
Vous m'avez sauvé pour toujours de la folie.
Je suis vraiment bien, j'ai les idées plus claires
Je comprends presque tout, même ma tante.
Maintenant je suis lucide et conscient
Je contrôle bien mon esprit
Je vous écris d'un bureau de police.

J'ai tué ma maman
J'ai tué mon papa
J'ai même tué ma tante
Pour mon bonheur

J'ai tué mes parents
Vous seul pouvez me comprendre
J'aurais dû le faire enfant
Mieux vaut tard que jamais.

[parlé] :
Merci docteur, maintenant je suis vraiment bien :

Je suis vraiment guéri !

 

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11 février 2013 1 11 /02 /février /2013 19:05

RETROUVAILLES DE CLASSE

 

Version française – RETROUVAILLES DE CLASSE – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson allemande – Klassenzusammenkunft – Erich Kästner - 1938

 


 

 

 

 

 

Lucien l'âne mon ami, tu te souviens sans doute qu'ici-même nous avions présenté cette fabuleuse chanson de Jacques Brel, intitulée Les Bourgeois [[38553]], chanson sans aucun doute tirée du répertoire étudiant et donc, due pour l'origine à l'auteur le plus prolifique qui soit : l'anonyme.

 

 

De fait, je m'en souviens très bien et on l'avait même chantée ensemble. « Les bourgeois, c'est comme les cochons ; plus ça devient vieux plus ça devient bête. Les bourgeois c'est comme les cochons ; plus ça devient vieux plus ça devient con. »...

 

 

Exactement et tu vas voir que si elle confirmait une vérité internationale, ancestrale et transhistorique, elle confirmait aussi ce que tu vas découvrir dans cette chanson de 1938, date à laquelle elle fut écrite par Erich Kästner. Cependant, tu l’auras sans doute pressenti à sa date et à l'endroit où vivait Kästner à ce moment, celle de Kästner, qui en français s'intitule « RETROUVAILLES DE CLASSE » si elle vise la bourgeoisie, vise aussi et surtout, les nouveaux riches et les nouveaux maîtres de l'Allemagne que sont les nazis et leurs sympathisants, plus ou moins enthousiastes. Avant d'aller plus loin, je ferai une parenthèse concernant la bourgeoisie allemande, il y avait une partie qui s'opposait nettement au régime et qui  était purement et simplement éliminée – soit par l’exil, soit physiquement par l'assassinat, soit envoyée dans les camps. Une autre part s'est ralliée au régime et même, dans la partie la plus fortunée a financé le parti nazi et l'a porté (notamment, financièrement) au pouvoir ; elle lui a fourni certains de ses cadres. Et puis, il y a celle qui est toujours du côté du pouvoir, quel qu'il soit – pour autant qu'il lui laisse faire ses affaires (grandes ou petites) ; c'est la bourgeoisie souple comme l'élastique, celle qui tient pour principe : « Je suis en commerce, moi, Monsieur ». En fait, le ventre mou, la gélatine sociétale... Bien entendu, elle est comme sont le vin ou le libéralisme : douce quand tout va bien (à ses yeux), demi-sec quand la situation n'en plus aussi favorable à ses profits, sec quand on approche de la confrontation et qu'on remet en cause certains de ses privilèges et carrément brute quand elle se sent menacée ou qu'elle sent qu'elle peut de ce fait accroître démesurément son champ de bénéfices. Mais ici, dans la chanson, il faut comprendre le mot « classe » dans les deux sens du terme : au sens de classe scolaire ou universitaire et classe au sens de « classe sociale ». Bref, Kästner raconte une réunion d'hommes... Je te laisse découvrir comment ils traitent leurs femmes... Et, seul un « juste » ou un plus intelligent, un plus honnête ou un moins con sauve l'homme du bourgeois... Cela dit, c'est une de ces chansons assaisonnée aux épices d'ironie...

 

Alors, écoutons-la. Et reprenons, Marco Valdo M.I., mon ami, notre tâche quotidienne qui est, je sais que tu le sais, mais c'est mieux de le dire et le redire afin que nul ne l'oublie, de tisser le linceul de ce vieux monde bourgeois, intéressé, veule, sclérosé, féroce, bête et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

Ils ont bu verre sur verre

Et avaient la tête à la blague

Et allaient jusqu'à se tirer le chapeau

Ils étaient bruyants et bien portants

D'un seul moule, mais à l'intérieur creux,

Et ils n'avaient rien à dire.

 

Ils ont fait l'éloge enfin, avec précision

Des formes du corps de leur femme,

De leur seins et de toutes ces choses…

À peine trente ans, et déjà en retard !

Ils étaient assis étendus et gonflés

Comme des cadavres pas tout à fait morts.

 

Là, pour finir, il y en a un qui s'est levé

Et sans hésitation a dit que lui

En avait assez d'eux.

Il leur a souhaité vraiment beaucoup de barbe

Et cent enfants de leur calibre

Et il s'en alla se coucher.

 

Les autres ne voyaient pas très bien,

Pourquoi ce type était parti.

Ils ont rayé son nom.

Et préparé une excursion.

Pour dimanche prochain. À la Maison des Chasseurs.

Mais cette fois avec des dames.

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Marco Valdo M.I.
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