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29 septembre 2015 2 29 /09 /septembre /2015 23:04

La Guenon Hérétique

 

 

Chanson française – La Guenon Hérétique – Marco Valdo M.I. – 2015

 

 

Ulenspiegel le Gueux – 3

 

Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).

 

 

L'an 1575, la ville nommée Oudewater fut le huitième jour d'août prise par force des Espagnols et tous les habitants d'icelle mis à mort sans distinction de sexe et d'âge.

 

 

 

Ah, Marco Valdo M.I. mon ami, quel beau titre que cette Guenon hérétique…

 

Malheureusement, Lucien l'âne mon ami, cette pauvre guenon hérétique va connaître le sort qui attend généralement les hérétiques ; elle finira en martyr.

 

Ah, Marco Valdo M.I. mon ami, que voilà une bien triste chanson.

 

Triste et effrayante, elle l'est et plus encore qu'il n'y paraît. En deux phrases d'abord, un aperçu de l’histoire qu'elle raconte. Charles-Quint rentre de la guerre en Espagne et de retour en son palais de Valladolid, fait mappeler son fils Phlippe, lequel ne se manifeste pas. Il lui faut l'aller chercher où ce prince et futur roi d'Espagne se terre. Ou – son père et l'archevêque, qui lui sert de tuteur, le découvrent dans un coin sombre perdu au fond du palais. Dans la pièce, liée à un piquet, la guenon hérétique achève de se consumer.

 

Mais c'est vraiment épouvantable, cette histoire, dit Lucien l'âne en raclant le sol d'un noir sabot. Comment peut-on s'en prendre pareillement à une petite bête, sans défense. C'est un sadique, ce Philippe.

 

Un sadique et un futur roi catholique qui, quand il régnera, se livrera aux pires exactions afin d'éteindre les velléités d'indépendance et aussi, l'esprit de liberté de conscience qui enflammait les provinces du Nord. De cela, on en saura plus bientôt, car c'est précisément le sujet du roman de Charles De Coster. On est en plein dans les guerres de religion et l'Espagne, où est née l'Inquisition, sera à la pointe dans la répression et la Contre-Réforme. Elle le sera encore quatre siècles plus tard…Et de ce côté-ci de l'Europe, on s'en souvient encore…

 

Et on a bien raison, dit Lucien l'âne et foi d'âne, il importe de se garder tous les fanatismes. « Fanatiques de tous les pays, calmez-vous ! », telle est notre antienne. Alors, vive la chanson et à bas ce vieux monde religieux, inconscient, incendiaire et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

L’empereur Charles de guerre s'en revînt,

En son palais d'Espagne, un beau matin.

Mande son fils saluer son père.

Philippe refuse, il n'aime que livres et prières,

 

Se tenir seul dans le noir

Toujours rodant dans les couloirs.

Longtemps, avec l’archevêque, son père le chercha

Dans un réduit des plus sombre, il le trouva.

 

Un local de terre battue qu'éclaire une lueur pâle.

Un pieu en son milieu s'orne

D'une guenon petite et mignonne,

Cadeau d'un roi des Indes occidentales.

 

Sa bouche béante criait la mort

Et sa face terrifiait plus que son corps.

L'odeur des poils brûlés sentait l'enfer.

La guenon avait tant souffert.

 

L'infant Philippe tapi dans le fond

De noir vêtu suçait un citron,

Songeant qu'un jour, bon prince catholique,

Il fera par milliers rôtir les hérétiques.

 
La Guenon Hérétique
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Marco Valdo M.I.
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25 septembre 2015 5 25 /09 /septembre /2015 20:02

Till et Philippe

 

 

Chanson française – Till et Philippe – Marco Valdo M.I. – 2015

 

 

Ulenspiegel le Gueux – 2

 

Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).

 

 

« Ik ben ulen spiegel » 
– 
« Je suis votre miroir »

 

 

 

Évidemment… Évidemment, Lucien l'âne mon ami, je n'ai pas pu – pour une fois – résister à mon goût caché (généralement) de me plonger dans un dictionnaire afin de vérifier certain mot qui m'est venu à l'esprit, la bouche, à la plume, à la pointe ou au bout des doigts, selon que je le pense, le parle, l'écrive (au stylo ou au crayon) ou le tape au clavier. À la suite de cette exploration savante, je ne résisterai pas à l'envie d'expliquer (une fois n'est pas coutume) un vers, mais un seul, de cette canzone. Même si elle mériterait bien elle aussi qu'on s'y attarde. Notamment dans ce parallèle entre le futur Gueux et le futur roi d'Espagne. Mais de cela, il en sera question tout au long de cette légende de Till le Gueux, car c'en est le principe moteur, comme le Ying et le Yang pour certaine philosophie chinoise, comme le blanc et le noir en photographie, comme le oui et le non dans les questionnaires ou le zéro et le un en informatique… Principe binaire définissant ici les deux pôles de ce moment de la Guerre de Cent Mille Ans [[7951]] que fut la Guerre des Gueux, où l'on tortura, brûla, assassina, massacra, éventra à qui mieux mieux les pauvres gens de par ici.

 

 

Ne m'embrouille pas encore une fois et dis-moi quel est donc ce vers si mystérieux…

 

 

Mystérieux, je ne dis pas. Je dirais plutôt mystifiant ou mystificateur. D'ailleurs, le voici ; s'agissant de Till, il dit :

« Il se gausse, c'est un zwanzeur. »

Ce que je m'empresse de traduire en français standard contemporain – au passage, remarque qu'une langue qui perd ses mots ou l'usage de ses mots entre en déliquescence. Comme tu le vois, mon propos est tout à l'inverse (alla rovescio). Donc, je traduis le français en français : « Il se moque, c'est un blagueur » ou « Il raconte des craques, c'est un fouteur de gens » ou « Il dit des conneries, il se fout du monde »… On pourrait en ajouter bien des autres. Mais il s'agit de Till et de rendre hommage à Charles De Coster, son très mortel auteur – tous deux zwanzeurs émérites. Car, et il convient que cela se sache, De Coster avait formulé le projet et avait finalement tenu la gageure d’introduire dans ce roman baroque, dans cette épopée burlesque (mais pas seulement), tous les néologismes et les mots qui lui passaient par la tête (et il y en avait beaucoup), y compris ceux que de savantes têtes dénonçaient comme vocables patoisants, localement usités, mais à déconseiller fortement. C'est le cas du « zwanzeur », qui selon le Dictionnaire vivant de la langue française(http://dvlf.uchicago.edu/mot/zwanzeet surtout, le Centre national de ressources Textuelles et Lexicales (http://www.cnrtl.fr/definition/zwanze ), remonterait au néerlandais « zwans : queue; membre viril », etc (se reporter à la notice du Centre National de ressources textuelles...). Mais ce n'est pas tout. Il me faut avouer également que j'ai trouvé fort plaisante la conjonction de ce zwanzeur avec « gausse », car (toujours selon la notice), ce serait André GOOSSE qui aurait fait connaître zwanze, zwanzer et zwanzeur aux érudits du français.

 

 

Ce petit intermède terminé, nous diras-tu ce qu'il y a dans la chanson ?

 

 

Mais je l'ai déjà dit… Il s'agit tout simplement de la présentation des deux héros de l'histoire, car comme dans toute bonne pièce, nouvelle, légende, épopée, saga ou dans n'importe quel (bon) roman, il convient de présenter les personnages. J'ajouterai cependant et c'est mon dernier vers (pour ce soir), qu'il y a là une explication – mais directement donnée par De Coster – de l'étrange surnom de Till et sa signification. Car il veut dire quelque chose cet Ulenspiegel… et on trouve cela dans la canzone, au dernier vers.

 

 

Et bien, allons voir ce dernier vers, découvrir ces protagonistes et leur contraste et puis, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde binaire, divisé, empli d'assassins, de dévots sadiques et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Le fils du charbonnier Claes croissait en malice ;

Pluie, neige ou soleil tapant, il dansait.

Le rejeton impérial dolent traînait sa peau lisse

Dans les longs corridors noirs du palais.

 

Dans la chaleur de l'été triomphant,

Philippe étendait son corps frissonnant.

Mal au ventre, à la tête, aux mollets,

Loin des jeux de son âge le tenaient.

 

Mon homme, où est notre Till, maintenant ?

Till a quitté la maison depuis trois jours.

Avec les chiens vagabonds, il court.

Femme, notre enfant n'a que neuf ans.

 

Charles dit : Mon fils, il te faut rire et t'amuser.

Je n'aime point jouer, dit Philippe.

Charles dit : Mon fils, il te faut courir et sauter.

Je n'aime point bouger, dit Philippe.

 

Till éclaire les tristes mines de ses sauteries ;

Il enchante la compagnie de ses gamineries ;

Il fait des niches, c'est un amuseur ;

Il se gausse, c'est un zwanzeur.

 

Inerte, sec, revêche, sans émotion,

Philippe, fils de Carolus Quintus

Confit en dévotions.

Philippe se signe à l'Angélus.

 

À la belle, Till prend deux baisers ; au moine, deux patards.

Au clerc enflé, au soudard étonné, au vieillard encorné,

Pour un peu de cuivre, Till dit leurs quatre vérités.

Puis, il dit : « Ik ben ulen spiegel » – « Je suis votre miroir ». 

Till et Philippe
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Marco Valdo M.I.
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23 septembre 2015 3 23 /09 /septembre /2015 20:51

Katheline, la bonne sorcière

 

 

Chanson française – Katheline, la bonne sorcière – Marco Valdo M.I. – 2015

 

 

Ulenspiegel le Gueux – 1

 

Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).

 

 

 

 

 

 

Proclamation solennelle tirée de la harangue du hibou Bubulus Bubb :

 

« De quoi vit votre politique depuis que vous régnez sur le monde ? D'égorgements et de tueries.

Moi, hibou, le laid hibou, je tue pour me nourrir et nourrir mes petits. Je ne tue point pour tuer. Si vous me reprochez de croquer un nid de petits oiseaux, ne pourrais-je pas vous reprocher le carnage que vous faites de tout ce qui respire ?

Poète criard, tu tapes à tort et à travers sur ceux que tu appelles bourreaux…. Tu n'es pas prudent… Il est de gens qui ne te pardonneront point… tes personnages principaux sont des imbéciles ou des fous, sans en excepter un : ton polisson d'Ulenspiegel prend les armes pour la liberté de conscience ; son père Claes meurt brûlé vif pour affirmer ses convictions religieuses ; sa mère Soetkin se ronge et meurt de suite de la torture… »

 

 

Lucien l'âne mon ami, il m'est venu l'autre jour, je ne sais plus trop à quelle occasion, ou plutôt, je ne le sais que trop bien, car c'est là une idée qui depuis si longtemps me trotte dans la tête… il m'est venu l'idée de raconter en chansons, comme je l'ai fait pour d'autres histoires, les aventures picaresques de Till le Gueux, mieux connu sous le nom de Till Ulenspiegel, telle qu'elle fut narrée de façon si extraordinaire par le bon Charles De Coster (http://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_De_Coster), dont ainsi nous prendrons l'erre.

 

Oh, je me souviens très bien mon ami Marco Valdo M.I. à quelle occasion récente on doit cette décision et c'était celle de la mise en parallèle de l'Asino romain, cette revue qui me tient tant à cœur et l'Uylenspiegel, une revue du même tabac anticlérical, publiée à Bruxelles au milieu du XIXième siècle, où Charles De Coster fit ses armes.

 

Donc voilà établie l'origine de cette nouvelle épopée, que n’aurait pas désavouée Jacques Brel, lui qui incarna un superbe Don Quichotte, par exemple. J'ai voulu ce Till sans doute pour les mêmes raisons que son romancier-auteur auquel, comme De Coster le fit lui aussi de légendes et de récits antérieurs, j'ai emprunté tant et plus ; on le constatera. Comme il se doit, je ferai Till à mon image, plus ouvertement lui-même que dans les légendes allemandes, flamandes et même, chez De Coster. Je lui laisserai montrer que sa gueuserie est une des figures de l'anarchie et son combat pour la liberté de conscience, la pratique d'un athéisme irréductible.

Si certains, oppresseurs en diable, criminels insignes se vantaient d'avoir Dieu avec eux et il y en a encore de ces jours… Nous – toi, moi et Till, sommes tout simplement sans dieu, sans religion d'aucune sorte. Car : il n'y a que comme ça que nous respirons, que hop là, nous vivons.

 

Il me paraît que tu te lances là dans un projet grandiose. Souviens-toi que Charles De Coster mit dix longues années à écrire – sur la petite table de sa chambre, à côté de son lit de fer, le cul sur une simple chaise – son Till…

 

 

Je ne l'ignore pas. Mais d'autre part, je n'ai pas la prétention de faire une œuvre de l'amplitude et de la hauteur de celle de De Coster, qui fit là un des chefs d’œuvre de la littérature mondiale et de plus, en le sachant. Je me contenterai de suivre sa trace et de-ci de-là, la marquer d'une chanson, « car ça m'amuse, car ça m'amuse... ».

 

 

Soit. Mais dis-moi un peu pourquoi tu as donné comme titre à la première chanson de la série : « Katheline, la bonne sorcière »…

 

 

Alors là, je le sais, au moins en partie. D'abord, parce que chez De Coster, Katheline est celle qui met au monde Till et tu connais mon goût pour les naissances, à commencer par celle de Tristram Shandy. Ensuite, et c'est le titre qui l'indique : c'est un titre quasiment sorti de Brassens : mettons en parallèle : Margoton, la jeune bergère … et cette Katheline, la bonne sorcière… Et ce n'est pas tout, puisque, comme on le sait, la sorcière est un personnage central du « Christ s'est arrêté à Eboli » et de la peinture de Carlo Levi… La sorcière, je le rappelle, est pour Carlo Levi est, et pour moi aussi, l'image de la Mère Universelle, de la femme qui prend soin de tous, dont l'Église catholique a voulu brouiller l'image en inventant la Madone… et en brûlant les sorcières. Et enfin, Katheline, la bonne sorcière, renouant avec l'Antiquité grecque renvoie à Cassandre (https://fr.wikipedia.org/wiki/Cassandre), annonçant les dangers à venir. C'est un personnage très complexe.

 

 

Je commence à m'en rendre compte. Je suis, j'ai grand plaisir à le dire, diantrement heureux que tu donnes une place à Till, car – comme je l'ai croisé à plusieurs reprises dans toutes ses aventures, je l'ai porté sur mon dos… c'est vraiment un gars sympathique, empli d'une honnête impertinence. Je me réjouis déjà de la suite. Cela dit, revenons à notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde où l'on vénère les Madones et où l'on déconsidère les sorcières, gloria, gloria pour Katheline et toutes ses sœurs de par le monde…, ce vieux monde plein de religions excédentaires, de divinités superfétatoires, de dieux impotents et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Dans le même empire

Où le soleil jamais

Ne se couchait,

Deux enfançons naquirent.

 

À Damme en Flandre, aux aubépines

Ulenspiegel, fils de Claes, vit le jour

Dans les bras de Katheline,

La bonne sorcière aux doigts de velours,

 

Avec la marque du diable à l'épaule,

Petit point noir sur le destin.

Chanteclair hélait ses poules,

Le jour s'étirait au matin.

 

Katheline la bonne sorcière

Apportait l'angélique, le fenouil et le thym;

Toutes les herbes de la terre,

Toutes les herbes, mais pas de florins.

 

Lamme, Lamme, chasse, chasse,

Par ici, par ici, le poisson.

Lamme, Lamme, chasse, chasse,

Brochets, anguilles, carpes et gardons.

 

Et le poisson de la rivière

Miracle se changea en florins

Et Katheline la bonne sorcière

En fit du miel, du lait et du pain.

 

Quoi, quoi, qu'as-tu vu,

Katheline, bonne sorcière ?

Fauchant les hommes, j'ai vu, j'ai vu

Les spectres aux yeux de pierre.

 

À Charles l'empereur, exactions, crimes, horreurs,

À Claes le charbonnier, bon vivant et travailleur,

Succéderont Philippe le bourreau

Till grand docteur en joyeux propos.

 

L'infant Philippe, roi devenu.

J'ai vu, j'ai vu de mes yeux de sorcière

Les filles mises vives en terre

Violées en leurs corps nus.

 

Ulenspiegel ne mourra pas, rira de la sottise,

Courra le monde, toujours défiant la bêtise.

En haut, les mangeurs de peuple, frelons de l'enfer ;

En bas, les victimes, ainsi disait Katheline la bonne sorcière.

 

Dans le même empire

Où le soleil jamais

Ne se couchait,

Deux enfançons naquirent.

 Katheline, la bonne sorcière
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Marco Valdo M.I.
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22 septembre 2015 2 22 /09 /septembre /2015 22:05

JE NE VEUX PAS

 

 

 

Version Française – JE NE VEUX PAS – Marco Valdo M.I. – 2015

Littéralement le titre est : « LA SCIENCE, LE PROGRÈS, LA NOUVELLE NOBLESSE »

 

 

 

 

 

 

 

 

Tu vois, Lucien l'âne mon ami, il arrive qu'on s'y perde dans ce labyrinthe des CCG et moi j'arrive à me perdre dans mes propres classements. Et pas seulement dans les classements, mais aussi dans mes souvenirs, car en bonne logique, j'aurais dû garder trace dans ma mémoire de ce que j'avais fait antérieurement… Il faut bien constater que ce n'est pas le cas.

 

 

Je l'imagine, mais il faut aussi dire que c'est une canzone que tu avais traduite en 2009 et que depuis, il y en a eu des centaines d'autres…

 

 

Cependant, Lucien l'âne mon ami, à tout prendre, ce n'est pas une mauvaise chose. Car la chanson dont je viens de faire une deuxième version française, je te le dis tout net, le mérite assurément, car la version de 2009 était carrément exécrable à bien des points de vue.

 

 

Voilà qui est un aveu des plus directs, mais, Marco Valdo M.I. mon ami, ne te désole pas pour autant, car cela montre plusieurs choses : un, que tu es capable de reconnaître tes déficiences et c'est là une grande qualité ; deux, tu as la volonté d'y remédier ; trois, que tu as sans doute progressé dans ta maîtrise dans l'art de ces traductions. Pour ce qui me concerne, j'en suis plutôt ravi.

 

 

À vrai dire, moi aussi, j'en suis très heureux. Mais, dit Marco Valdo M.I., l'affaire ne s'arrête pas ici. Car, figure-toi, que je n'ai découvert cette errance qu'au moment d'insérer la « nouvelle » version dans les CCG. Il me restait à vérifier si ça valait la peine de le faire, s'il y avait intérêt à montrer cette nouvelle version et comme tu le vois, j'ai conclu. Voici donc ce texte nouveau. J'en profite pour ajouter quelques mots à propos de la chanson elle-même, dont je ne t’ai encore rien dit. Et d'abord, tant que j'y pense, il me faut dire que cette canzone pourrait et même, à mon sens, devrait être insérée dans le « parcours des canzones anticléricales », car c'est une chanson anticléricale et puis aussi, autant le dire tout de suite, une chanson libertaire, anarchiste et athée. De ce fait, je m'en vais revoir les autres chansons de Fausto Rossi, alias Faust'o, qui en effet comme le dit le commentateur italien, est un chanteur méconnu. Ce qui est d'une grande injustice, mais est sans doute lié à ce qu'il n'a pas dû et ne doit toujours pas bénéficier des grâces divines et médiatiques de la Catholie.

 

 

Oui, oui, je le confirme, il existe une forme de mise à l'écart sous influence épiscopale et vaticane, une mise à l'écart par les médias, une occultation des chanteurs et artistes anticléricaux. C'est la version moderne de l'enfer des bibliothèques, cet endroit où on remisait ce qui ne pouvait être vu ou lu. L'enfer, ce lieu où l'on dissimule et on oublie tout ce que Dieu et ses sbires ne sauraient voir. Une question cependant : il me semble que tu as donné à cette nouvelle version française un titre fort différent du titre italien. Comment expliquer cette différence ?

 

 

Oh, Lucien l'âne mon ami, c'est une façon de faire qui est légitime, mais assez inhabituelle. L'expliquer est fort simple: c’est le résultat du travail d'adaptation que doit faire celui qui recrée un texte dans une autre langue. Ainsi, j'en suis venu à considérer que le caractère profondément libertaire et anarchiste de cette canzone était l'élément fondamental, dont découlait tout le reste. Au cœur de cette chanson, il y a le refus du monde tel qu’il est et dont « Je ne veux pas » est le maître-mot. Quant au caractère athée et aux harmoniques d'areligion et de mécréance, il est très net ; je te cite :

« Je ne veux pas être gouverné et contraint

Par un Dieu et par des monstres

Qui ne me ressemblent en rien…

Je ne veux pas que l'Église

M'appelle son fils naturel... ».

Voilà donc pourquoi j'ai choisi ce titre-là.

 

 

Il me plaît bien aussi le titre de la version française et comment dire, il me paraît plus parlant que celui d'origine. Enfin, voyons, écoutons cette canzone et ensuite, reprenons notre tâche et tissons sans désemparer le linceul de ce vieux monde catholique, religieux, oppressant, pénible et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 

Je ne veux pas que les animaux m'adorent

Ni les végétaux ou n'importe quel habitant

De cette planète qu'est la terre.

Je veux pouvoir faire l'amour librement

N'importe où, avec n'importe qui, n'importe quand

Et pas avec des filles ou des mecs imaginaires.

 

Je ne veux pas de police dans les rues,

De sons jaunes et bleus de jour et de nuit

Qui rappellent les asiles et les morgues.

Je ne veux pas d'un travail qui soit solitude,

Misère et pauvreté et empoisonne notre vie.

 

Alors volez, volez pour de vrai

Alors brûlez, brûlez pour de vrai

Et respirez, respirez pour de vrai

Alors volez, volez pour de vrai.

 

Je ne veux pas être gouverné et contraint

Par un Dieu et par des monstres

Qui ne me ressemblent en rien

Si ce n'est par notre commune nature.

Je ne veux pas tomber à genoux

Devant vos machins

Qui sont des asiles dans le désert où

La terre est douce et le ciel inhumain.

 

Je ne veux pas que l'Église

M'appelle son fils naturel

Pour m'inviter à ses trafics surnaturels

Qu'elle appelait autrefois Guerre Sainte.

Je ne veux plus de télévision dans nos maisons

Mais le silence absolu et profond

Pour chaque être humain sur cette planète.

 

Alors volez, volez pour de vrai

Alors brûlez, brûlez pour de vrai

Et respirez, respirez pour de vrai

Alors volez, volez pour de vrai.

JE NE VEUX PAS
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Marco Valdo M.I.
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17 septembre 2015 4 17 /09 /septembre /2015 22:32

LE TILLEUL

 

 

 

Version française – LE TILLEUL – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson italienne – Albero di tiglio – Zen Circus – 2014

 

 

Li Tiyou do vî Payis

 

 

 

Voici, Lucien l'âne mon ami, toi qui – selon la déclaration universelle des droits de l'âne (et de tous les êtres vivants) [[49337]] – est athée, une chanson où le protagoniste, celui qui parle, celui qui chante est Dieu lui-même. Cependant, elle devrait te plaire.

 

 

D'abord, Marco Valdo M.I. mon ami l'homme, je voudrais avant de laisser aller les choses plus loin éclairer un peu cette affirmation qui me fait athée. Non pas comme on va le voir que je sois de la moindre manière déiste ou croyant ou je ne sais quoi du genre, telle n'est pas la question. Cependant, pour la bonne compréhension des choses, il faut savoir que je ne suis athée que par ricochet ; en ce sens que je ne le suis que parce que des gens ont inventé des dieux, puis surtout, ceux qui ont inventé un Dieu (ce sont les pires), constatant que moi et bien des autres, on ne partage pas leur délire qu'ils appellent « croyance en Dieu», nous ont forgé ce nom d'athée. Et comme les Gueux d'Ulenspiegel, nous nous sommes fait un nom de cette appellation. Et comme les Gueux, nous dirons : « Athée est fier de l'être ». Au passage, je te rappelle que Claes, le propre père de Till fut brûlé sur un bûcher, car il ne croyait pas comme euxMieux encore, cet Uylenspiegel [https://fr.wikipedia.org/wiki/Uylenspiegelest une sorte de cousin bruxellois de l'Asino [https://it.wikipedia.org/wiki/L'Asino ], qui dérida Rome au tournant du siècle précédent et mena franc du col le combat contre Mussolini et sa clique. Il y a une deuxième raison au fait que je sois désigné comme athée et la voici. C'est à cause de ma volonté de ne pas perturber ces pauvres gens qui croient à un Dieu qu'ils font à leur image… Imagine que je ne sois pas athée, il faudrait donc qu'il y ait pour moi un Dieu à mon image… Tu vois d'ici la tête du Pape, celle de Mahomet ou de Jéhovah, selon que je me rallierais à l'une ou l'autre de ces coteries religieuses. Cela dit, parle-moi de cette nouvelle chanson…

 

 

Et bien, voilà… Donc, c'est Dieu lui-même qui interpelle les humains. Il leur dit, et il faut le comprendre, car il a raison, que le pouvoir et a fortiori le pouvoir divin (absolument absolu) ne peut en aucun cas avoir forme humaine, ni être régi par quelqu'un qui serait à l'image de l'homme. Ce serait trop dangereux et pour tout dire, catastrophique. Tel est le sentiment de ce Dieu, qui de fait est un tilleul.

 

 

J'aime assez m'endormir sous les grands bras de grands tilleuls, surtout quand c'est le temps des fleurs… Alors, j'attends avec une certaine impatience la chanson. Et ensuite, si tu le veux bien, nous reprendrons notre tâche et recommencerons à tisser le linceul de ce vieux monde arboricide, guerrier, fanatique, humain, trop humain et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Des chiens furieux, un rat çà et là,
Restes de toutes les civilisations
Qui croissent,
Puis brillent,
Puis gonflent,
Puis explosent.


Je sais cela, messieurs,
Je suis celui que vous appelez Dieu.
Vraiment, vous avez cru aussi 
Que je pouvais être votre ami ?
Aucune personne avec ce pouvoir souverain
Ne voudrait jamais faire le bien.
C'est une loi de toute la création,
Le pouvoir a le mal intégré dans son fond.
Et puis le bien, c'est votre idée,

Fruit seulement de votre ignorance,
Une ancienne et grande menterie,

Dite pour vous compliquer la vie.

 

Le mari violent.
La mère qui tue son enfant.
L'évêque corrompu et corrupteur.
Le maire prévaricateur.
Le soldat frappé et tué,
L'autre soldat qui l'a abattu.
Les femmes et leur douleur
Violées dans leur sang et dans leur cœur.
Tout ceci vous l'avez voulu,
Croyez-vous que le bien vous ait aidé ?


Regardez ce chêne millénaire
Détruit par votre guerre.
Vous pleuriez mille fils morts,
Cet arbre devait vivre encore.
Vous croyiez que j'étais fait
À votre image et à votre ressemblance ;
Vous l'avez lu dans ce livre contrefait
Que vous avez écrit vous-mêmes.
Je n'ai jamais eu de fils, et puis même,
Moi qui suis un tilleul, comment l'aurais-je fait ?

 

 

 

 

 

 

LE TILLEUL
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Marco Valdo M.I.
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15 septembre 2015 2 15 /09 /septembre /2015 20:37

L'ANARCHISTE ET LE GÉNÉRAL

 

 

Version française – L'ANARCHISTE ET LE GÉNÉRAL – Marco Valdo M.I.

Chanson italienne – L’anarchico e il generale – Zen Circus – 2014

 

 

 

 

 

Boum
L'amiral a fait Boum
Tout avec lui a dit Boum
Et l'auto fait Boum Boum

 

 

 

Une chanson qui raconte un attentat contre un général et un attentat réussi, l'auteur est arrêté et mis en prison. Il y reste tellement longtemps… qu'à sa sortie, voir la suite dans la chanson. Et voilà que je tombe sur le thème du Livre Blanc, cycle que j'avais commencé et que je n'ai pas encore terminé, dans lequel le personnage principal marche au plafond et finira en prison, plutôt à l'asile et n'en sortira que des années plus tard… et à sa sortie…

 

 

Il faudra bien que tu finisses le cycle, on ne peut quand même pas laisser cette histoire en suspens. Quel suspense...

 

Certes, tu as bien raison, Lucien l'âne mon ami. Mais tout cela vient de ces satanées Chansons contre la Guerre, où il y a tant à faire et toujours du nouveau. Il faudra bien se rendre à l'évidence, on n'en viendra pas à bout. Pour en revenir à cette histoire de la chanson L'Anarchiste et le Général, j'imaginais quelle illustration y mettre et j'en ai trouvé deux : l'une concerne l'élimination d'un général ( par la suite amiral), mais en le faisant sauter en l'air comme une fusée Ariane (donc pas de revolver) et l'exécution était le fait d'un groupe de l'ETA, dès lors pas par un individu et pas nécessairement, anarchiste. Il s'agissait de l'attentat : Boum ! [[7833]], qui mit fin à la carrière et à la vie de l'amiral Carrero Blanco, premier ministre du sinistre Franco. L’autre illustration montre bien un anarchiste revolvérisant et tuant un important personnage, mais c'était un roi… Il s'agit bien de Gaetano Bresci et d'Umberto I. Mais Gaetano Bresci [[8334]] ne sortira jamais de sa prison-tombeau ; on l'y pendra.

 

Enfin, voyons cette chanson et reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde misérable et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Gaetano Bresci revolvérise Umberto.

 

 

 

Enveloppés dans du papier journal
Il avait une longue-vue et un revolver
Car une fois tué le général,
Son bateau aurait pris la mer,
Aurait immédiatement pris la mer.
Mais ils le prirent par le cou
Et le rouèrent de tant de coups.
On le tînt en cellule si longtemps
Qu'à sa sortie, son fils avait des enfants,
Autant qu'il avait passé d’années dedans.


Dehors, plus rien n'était comme autrefois
Il n'y avait plus de camarades et plus de patronat,
Le fils de son fils ne travaillait pas,
La femme de son fils dit qu'il chômait,
La fille de son fils était là et dansait.
Et de ses amis artisans,
Tous étaient morts sans descendants.
Il dit « Tu peux travailler avec moi » à son petit-fils 
Mais il ne voulut rien savoir, le petit-fils
Il voulait être général, son propre petit-fils. 

Peu avant de mourir,
Il alla chez la petite-fille du général.
Il ne demanda pas pardon, elle ne fit pas de scandale,
Il ferma les yeux et se laissa partir.
Ainsi, le général fut vengé.
Et pendant que tout s'éteignait,
Il savourait l'éternel repos qui l'attendait.
Arrivé devant le Dieu le Père, ce dernier,

D'un coup de tonnerre, droit en enfer, l'expédia.
Depuis si longtemps, le général l'attendait déjà.

 

 
L'ANARCHISTE ET LE GÉNÉRAL
L'ANARCHISTE ET LE GÉNÉRAL
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Marco Valdo M.I.
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13 septembre 2015 7 13 /09 /septembre /2015 20:37

LA VACHERIE

Version française – LA VACHERIE – Marco Valdo M.I. – 2015

 

Chanson italienne – La vaccata – Ivan Della Mea – 2000

 


Texte : Ivan Della Mea
Musi
que : Paolo Ciarchi
Interpr
étation et guitare : Paolo Ciarchi
Album: 
La Cantagranda


 

 

 Ça me ferait trop mal au cœur de laisser comme ça une vache réfugiée sans aide et protection, tout comme je ne chercherai certainement pas à profiter de son lait sans bonne contrepartie. De toute façon, entre âne et vache, on se comprend assez bien.

 

 

 

Une vache demande l'asile politique et l'hospitalité à ses 

 

 

camarades ânes

 

 

de Rosa Luxembourg



Salut camaradesJe suis Rosa. Rosa Luxembourg. Longtemps j'ai été la vache d'Ivan Della Mea qui, par bontéme gardait dans sa maison, à Milan, rue Montemartini, de Sudadio Giudabestia. Comme on voit, il écrivit aussi une chansonnette sur moi ; ô Dieu, une vraie vacherie – comme le dit du reste le titre – qu'il eut la bonne idée, dans l'album de la Cantagranda, de faire jouer et chanter par ce fou furieux de Paolo Ciarchi ; dans la chanson, d'autre part, il préfigurait mon abattage. 

Le problème est que, 
le pauvre Ivan s'en est allé d'abord ; et je me suis retrouvée seule et sans but. Et où le trouverai-je un autre comme Ivan, qui me prenne chez lui ? Les ouvriers de l'usine ? Jusqu'à présent, tant que c'était lui qui me conduisaitparfait ; ensuite, lorsque je m'y suis présentée toute seule en demandant la solidarité et un peu d'herbe (comme vache, je me contente de peu…), ils ont inventé mille excuses : et la crise, et la sécurité, et l'article 18 pas extensible aux vaches, et tout ça, et tout ça… en somme, oui, un peu de solidarité, un demi tract, une paire de posts sur deux blogs militants, mais de l'herbe, pas un brin ; et penser à tout le lait frais que j'avais donné gratis à ces chômeurs. Mais bonles malheureux ; je les comprends un peu aussi. Déjà qu'ils se font entuber tout seuls, dans les maquignonnages de Marchionne et de Camusse (entre les patrons et les syndicats)ils n'ont vraiment pas besoin de se mettre une vache sur le dos.

Je garde la chanson, qui ne fait pas de mal ; vous voyez un peu quel type était l'Ivan, et comme il tanna pour les fêtes des psychologues démocratiques (P.D.) qui voulaient le faire passer pour fou parce qu'il me gardait chez lui sans problème, en me confiant même ses ineffables métaphores sur la classe ouvrière, sur soixante-huit, sur la mémoire des camarades et combien d'autres choses. Je peux vous assurer que je lui ai été reconnaissante. Un peu de lait, je le lui ai donné même sur le point de mourir, peut-être en a-t-il même emporté un peu de l'autre côté. Cependant, maintenant, errant en vaguant, je suis arrivée ici. Et puisque je ne vois pas, malheureusement, de sections ou de « parcours » sur les vaches, je demande l'asile politique et hospitalité à vous autres les ânes. Je ne cause pas d'ennuisil me suffit un petit coin du site avec un peu d'herbe fraîche. Lait frais pour tous, webmaster et administrateurs, hôtes fixes, Marchivaldi, Gianpieri Teste, Donchisciotti, il suffit de me traire. Muuuuuuuuh !


P.o. Rosa Luxemburg.

 

 

 

 

 

 

La vache parle drôlement, dit Lucien l'âne. D'ordinaire, elles disent « Meuh ».

 

 

Certes, Lucien l'âne mon ami. Tu as une bonne oreille, Meuh, c'est du français, muuuuuh, est très différent. On pourrait croire à première vue que c'est du finnois, car les vaches finnoises disent : ammuu, muu ; mais en réalité, c'est du lombardEn fait, c'est une vache régionaliste ; elle meugle en lombard.

 

 

Cela dit, si c'est une réfugiée, la chose est évidente ; si elle demande l'asile chez les ânes, on lui accorde sans rechigner. Je rappelle que les ânes ont fait une déclaration universelle des droits de l'âne [[49337]], en précisant bien qu'elle s'applique pour tous les êtres vivants. Bienvenue à cette vache historique et marxiste. Cela va dans le sens de l'histoire. C'est une vache progressiste; mais elle devrait prendre garde; si on la pousse un peu, elle pourrait verser dans l'activisme révolutionnaire et finir dans le Ticino. Ça s'est déjà vu; en particulier, pour Rosa Luxemburg, qui a fini dans la Spree, même qu'on n'a jamais retrouvé ses tueurs. Mais je ne pense pas que ça puisse lui arriver à cette nouvelle Rosa. Depuis le temps qu'Ivan est parti, elle a dû reprendre sa route et quitter ces endroits malsains. Enfin, je vais peut-être la croiser un de ces jours en montagne et je lui proposerai de prendre la route avec moi. Si ça se trouve, je lui ferai voir le film avec Marguerite [[https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Vache_et_le_Prisonnier]]. Ça devrait lui plaire.

 

 

Bonne idée, mon ami Lucien l'âne. Avec toi comme guide, elle ne risque pas de s'égarer dans d'autres lieux mal famés. Il y a encore en Europe des endroits où une vache libre et libertaire peut être gentiment accueillie.

 

 

Je m'y efforcerai, je te le garantis. Ça me ferait trop mal au cœur de laisser comme ça une vache réfugiée sans aide et protection, tout comme je ne chercherai certainement pas à profiter de son lait sans bonne contrepartie. De toute façon, entre âne et vache, on se comprend assez bien. Pour le reste, revenons à cette étrange et très amusante chanson et ensuite, reprenons notre tâche et tissons, avec l'aide de Rosa, le linceul de ce vieux monde humain, trop humain, oublieux, méprisant et méprisable et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 

 

Peeeeeellerin qui vient de Rome,Va le coupé, va le coupé,
Peeeeellerin qui vient de Rome
Avec des chaussures cassées aux pieds....

Muuuuuuuuuuuhhhhhh....!

 

 

 

Salut la vache -, je lui ai dit, et elle m'a répondu muuuuh.
À sept heures du matin, je l'ai montée sur des patins à roulettes et je l'ai conduite devant l'usine.

J'ai distribué le lait de vache aux chômeurs ; ils étaient contents.

La chose s'est sue.
Un congrès de psychologues démocrates était en cours je ne sais où.

Ils sont venus me chercher.

Ils nous ont pris moi et la vache et ils nous ont emmenés dans une villa de Somma Lombardo, celle des couvertures de laine, dans la bruyère.

Ils ont lié la vache à un arbre.
Muuuuuh.
Ils m'ont donné une chambre avec vue sur le green.
Ils voulaient me poser des questions :

- Pourquoi la vache sur des patins à roulettes ?
- Pour ne pas frapper le lait sur les mamelles.
- Pourquoi devant l'usine ?

- Parce que la classe ouvrière est encore l'unique classe qui puisse lever le drapeau du rachat de l'homme dans le besoin, de la venue du socialisme comme phase de transition vers le communisme avant et l'utopie après, car comme dit Karl Marx etc, etc.

- Pourquoi le lait aux chômeurs contents ?

- Par solidarité militante, pour donner un sens à la vache et à moi qui l'entretiens.
- Où la gardez-vous ?
- Chez moi.
- Où chez toi ?
- Dans le bain.

- Et ta femme… ?
- Elle veut bien.
- Et ton fils ?
- Il voudrait qu'elle dorme dans sa chambre avec lui.
- Et pour manger ?
- Je la mène au Parc des Roses.
- Et les déchets… enfin, tu comprends ?

- Ils engraissent les géraniums du balcon et les roses du jardin.
- Et les autres locataires ? 
- Il y a celui qui a un chat, celui qui a un chien, celui qui a une maîtresse, moi, j'ai la vache...
- Et elle, que fait-elle à la maison ?
- Elle fait la vache, elle reste dans ses habitudes. 
-Et cela te semble normal... ?
- En quel sens ?
- Dans le sens qu'il n'est pas normal de garder une vache chez soi...
- Alors, ce n'est pas normal, et puis quoi ?
- Il doit y avoir un motif, une raison, un pourquoi ...
- Il y en a.
- Et lequel ?
- Elle est belle, elle est bonne, elle est généreuse, elle est discrète, elle est démocratique et je l'ai gagnée à une tombola d'une fête de l'Unità dans un village de la Basse Cremonèse. 
- Et les autorités municipales ? Et la police ?

- Que pourraient-ils faire ? Elle ne pollue pas, elle engraisse, elle respecte les feux et ne dépasse jamais les limites de vitesse ; elle a des stops, des catadioptres et des flèches sur les oreilles ; elle est en règle ; elle a sa médaille, ses certificats de vaccination, elle ne mord pas et je paye la taxe pour elle.

- Et les ouvriers devant l'usine comment la prennent-ils ?
- Ils ne la prennent pas.
- Certes, mais disons, comment réagissent-ils… ?

- Ils boivent le lait ou le remporte chez eux ou ils laissent tomber, c'est-à-dire qu'ils font comme pour tout le reste, les tracts, les journaux, les activistes syndicaux ; quelqu'un dit que c'est une bonne camarade. 
- Elle a un nom cette vache...
- Rosa. 
- Rosa Luxemburg !

- C'est vous qui le dites.
- Tu as fait 68… ?

- Et aussi 48 et 58 et 78, mais je n'avais pas la vache.

- Et qu'avais-tu … ?
- Des amis et des camarades, puis Marx Lénine Mao Che Guevara Castro Ho-Chi-Minh Gianni Bosio Franco Solinas mon frère Luciano l'Inter vainqueur et la classe ouvrière avancée.
- Et maintenant, tu n'as plus rien, juste … ?

- J'ai encore tout, mémoire, raison, histoire, femme et enfants, une maison et en plus, la vache.

En somme pour toi, c'est un peu la compensation des frustrations soixane-huitardes ?
Quand elle me donne du lait, c'est une compensation, sinon une madone ne compense pas et en tout cas, je ne la fouette pas. 
- Et demain… ?
On verra.
Mais tu ne peux pas imaginer de conserver une vache chez toi...
Je le pense et je le fais, ce n'est pas difficile, ce n'est pas rien ; nous vivons ensemble et nous survivons tous là.
Tu as cité Mao et cela signifie-t-il que Rosa pour toi est un fétiche, un totem…
C'est une vache et elle fait muuuuuh.


À ce moment, Rosa a fait muuuuuh.
Je me suis levé.
- Les psychologues démocratiques (P.D.) se sont levés.
Que se passe-t-il ? - ont-ils demandé.
Elle a fait muuuuuh et je dois m'en aller.
Je suis sorti.
J'ai rejoint Rosa.
Je l'ai traite.
J'ai offert le lait aux psychologues.

Ils l'ont bu.
Et quand elle sera trop vieille… ?, ont-ils demandé.
- La macello e me la mangio. Meglio tran trun taratrun...tran-su-stanzionare con una vacca che con il padreterno, non vi pare?

- Je la tue et je la mange. Il vaut mieux tran trun taratrun… transsubstantier avec une vache qu'avec Dieu le Père, n'est-ce pas ?

Ils ne m'ont pas répondu.
- Et demain ? - m'ont-ils demandé.
- Autre usine et autre lait, tant qu'il y en a…


Comme on voit, 68 a fini en vache, mais ce n'est sûrement pas le pire de tous les maux.
Pour le moins, il y a une continuité dans la générosité.
Sans nostalgie et sans mélancolie.
On peut finir aussi en vache dans la joie.
Ceci aussi, en finale, est une pensée de menga … et qui a une vache la garde.

 

(Rappel : loi de Menga : Qui l'a dans le cul, la garde)
J'ai pris Rosa par la longe.
Allons, je lui ai dit, et elle m'a répondu muuuuuh.

 
 
LA VACHERIE
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Marco Valdo M.I.
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10 septembre 2015 4 10 /09 /septembre /2015 21:26

Chanson des Exilés

 

Chanson française – Chanson des Exilés – Marco Valdo M.I. – 2015


 

Nul son, sinon nos pas sonores,

N'embellissait le décor.

Une voix nous disait : " Marche encore ! "

 

De l'image comme matériau


Pour des raisons assez fondamentales, à mes yeux, j'ai l'habitude de ne pas indiquer l'origine, l'auteur, la provenance des illustrations des chansons, des canzones et plus généralement, des textes que je propose au vent des temps. En très bref, le principe en est que l'image est par essence une illustration, un commentaire, une sorte de matière incorporée en tant que telle (je veux dire en tant que matériau) au texte et elle ne peut être l'objet d'un droit de propriété à partir du moment qu'elle vogue dans l'éther. Elle est une chose évanescente, une sorte de paillon que parfois, je capte et j'apprivoise. Souvent, j'en change les couleurs, la taille, je la travaille un peu. Ce n'est plus la même image, elle n'est plus elle-même. Je dis tout cela en préambule à une démarche exceptionnelle et contraire concernant ces marcheurs de l'exil.


 

Je le dis abruptement ; qu'on ne s'y trompe pas, ils ne sont plus les mêmes ; ils ne sont plus eux-mêmes. Et en cela, pour cela, à cause de cela, il importe de les nommer dans leur pristin état. Car, à les voir, vraiment, on ne les reconnaît pas pour ce qu'ils étaient. Donc et c'est une belle et terrible histoire, qui me rappelle une de mes premières chansons pour les C.C.G. : Rainer sculpteur, qui relatait l'histoire d'un sculpteur allemand exilé en France, fuyant le nazisme qui rongeait son pays, et mis dans un camp. À l'époque déjà, on mettait dans les camps les réfugiés.


 

Donc, le tableau, la peinture ici présentée semble – à première vue, montrer des gens d'un monde ancien, qui marchent appuyés sur des bâtons, la tête prise dans ce qui ressemble à un bonnet ou un turban. On les dirait venant du Moyen-Orient, portraicturés dans un tableau ancien. En plus, le titre du tableau – je veux parler de son titre originel, est tout aussi amphibologique : La Marche de Saint Nicolas… On songe à l'évêque de Myre, vers 300, là-bas dans l'ancienne Lycie (pays des loups), partie de l'actuelle Anatolie. C'est d'ailleurs ainsi que je l'avais – dans un premier temps interprétée. Interprétation fausse, on le verra, mais qui sert bien la chanson des exilés.

Et maintenant, la véritable histoire de cette image. Elle est l’œuvre d'un des leurs, d'un de ceux qui figurent sur le tableau, qui fut aussi de nos contemporains – certains d'entre nous l'ont croisé : il s'agit d'Henry Gowa (Hambourg 1902 – Munich 1990), peintre allemand, exilé antinazi, réfugié en France dans les années 30. J'extrais quelques lignes de sa notice dans le wiki allemand et j'en donne une version française :


 

« Gowa est né Hermann Gowa à Hambourg. Après des études de décorateur à Munich. Il travailla à Munich, Leipzig et à partir de 1928 au théâtre d'artiste de Francfort. En 1931, le galeriste Ludwig Schames lui a consacré une exposition, où ses peintures et projets de scénographie ont été montrés pour la première fois dans une exposition particulière. Avec la prise de pouvoir des nazis, Gowa a émigré à Paris et a été interné. Du dégoût de son homonymie avec Hermann Göring, il a changé son prénom en Henry. Grâce à ses contacts dans la Résistance, Gowa put se cacher dans un village de montagne du sud de la France et a pu ainsi échapper à la Shoa. »


 

Revenons à ces marcheurs de Saint Nicolas, un tableau daté du 27 juin 1940, époque où la France est coupée en deux et où jusqu'en 1943, dans la zone sud se sont réfugiés tous ceux qui fuyaient le nazisme et où on les interne : « L'odyssée du Train des Milles s'achève quelques jours plus tard : le convoi rebrousse chemin, il est ensuite stoppé en rase campagne, dans la proximité de Nîmes. Les passagers du train effectuent une longue marche parmi les garrigues, vers un autre camp où l'on se hâte de décharger des bottes de paille et des tentes marabout. Cette longue marche jusque vers le château de Saint-Nicolas dans le Gard est magistralement transposée dans une toile peinte par Gowa le 27 juin 1940, sa reproduction figure au début de cet article. » (Avril-Juin 1940 : le peintre Henry Gowa à Lambesc et au camp de Saint-Nicolas).


 

Ainsi, on le voit, il y a là une image derrière l'image et les marcheurs allemands anti-nazis de 1940 peuvent à présent, grandioses figurants, interpréter, comédiens de l'histoire, tous les marcheurs exilés du monde, quelles que soient les raisons et les circonstances de l'exil.


 

Comme on le voit, resituer l'image dans le contexte de sa création et de son créateur répond, cette fois, à une nécessaire compréhension politique.


 


 

Ainsi Parlait Marco Valdo M.I.

 

 

 

 

 

Lucien l'âne mon ami, voici une chanson de l'exil : c'est la chanson des exilés. Pas d'un exil particulier, mais de tous les exils qui, dans le fond, se ressemblent. Simplement, il s'agit d'un exil à pied ; un exil qui se gagne à la plante du pied, car souvent même, c'est la dernière planche de salut.

 

 

Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, ce n'est pas à moi que tu dois exposer les bienfaits et les inconvénients de la marche… Ni les rigueurs de l'exil… Moi, qui, âne d'or pourtant, vit l'exil depuis tant de temps. Mais parle-moi de la chanson...

 

 

Elle est écrite aujourd'hui dans un moment où des cohortes d'exilés vont et viennent entre les pays, entre les continents. Il y a là une fuite éperdue qui rappelle les grandes migrations, dont nous sommes les descendants. Comme tu le sais, l'exil est une constante des grands groupes humains. Quant à la chanson, c'est toute une histoire. Elle m'est venue en tête en raison des événements qui bruissent dans le vent et il fallait donc une chanson de l'exil et qui chante un exil où l'on marche. Faut dire que cette idée m'est arrivée quand j'étais occupé à faire la version française de la dernière canzone de Riccardo Venturi - La Crociata dei Siriani ; et, tout en traduisant cette épopée, j'avais la mémoire qui me démangeait et glissant entre les mots comme un goût de poésie, comme un souvenir de Verlaine. J'ai repris La Bonne Chanson et je suis arrivé à ces chemins perfides… Une chanson d'amour, dont je te livre le texte, si tu le désires…

 

 

Certes, certes, certainement que je veux t'entendre dire, chantonner du Verlaine. Ce sera la meilleure des introductions et la preuve aussi qu'en ton cœur la poésie chante aussi. Maintenant, va-s-y, je t'écoute...

 

 

Avant cela, juste deux mots pour faire ressortir le parallélisme entre les deux textes : celui de Verlaine et le mien… Comme tu pourras le constater, mon texte est véritablement une parodie – au sens poétique du terme. La chanson, l'ai-je dit déjà, s'intitule « J'allais par des chemins perfides », elle date de 1870. Maintenant, écoute la voix étrange et pénétrante de Paul Verlaine :

 

J'allais par des chemins perfides,
Douloureusement incertain.
Vos chères mains furent mes guides.

Si pâle à l'horizon lointain
Luisait un faible espoir d'aurore ;
Votre regard fut le matin.

Nul bruit, sinon son pas sonore,
N'encourageait le voyageur.
Votre voix me dit : " Marche encore ! "

Mon cœur craintif, mon sombre cœur
Pleurait, seul, sur la triste voie ;
L'amour, délicieux vainqueur,

Nous a réunis dans la joie.

 

 

Alors là, Marco Valdo M.I. mon ami, quelle musique… Les mots sont des notes, les vers sont des lignes de mélodie... Je suis maintenant encore plus impatient qu'à l'ordinaire de voir ce que tu en as fait… D'autant que tu n'hésites pas à faire connaître cette source miraculeuse…

 

 

Tu sais, Lucien l'âne mon ami, nous qui griffonnons nos chansons, on va par les chemins de l'écriture, un peu somnambules, un peu à l'aventure… En somme, on vit en exil dans ce monde trop agité par des envies triviales. Non, je ne serai pas gêné par la comparaison, me fût-elle imputée à honte. Mais tout compte fait, je préfère travailler sur une bonne planche. On est comme les arbres fruitiers, on mature des fruits, on les laisse à qui les veut… Parfois, ils sont rouges, parfois, ils sont bleus. Parfois, ils râpent la langue, parfois même, ils donnent la colique… Que sais-je ? Ce sont des fruits. 

 

 

Passons à la chanson d'exil… et ensuite, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde violent, cataclysmique, tremblant sur ses bases (militaires) et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Nous avons fui par des chemins perfides.
Odieux et avides,
Les passeurs furent nos guides.

Si pâle, si vague, si incertain,
Le havre gîtait dans un lointain
Et nos regards ne portaient pas si loin.

Nul son, sinon nos pas sonores,
N'embellissait le décor.
Une voix nous disait : " Marche encore ! "

Nos corps craintifs, nos sombres cœurs
Rongeaient, seuls, notre longue peur ;
On ne venait pas du camp des vainqueurs,

Ah ! Demain ! Demain ! Il s'agit de survivre, pour l'heure.

 
 
 
Chanson des Exilés
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Marco Valdo M.I.
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10 septembre 2015 4 10 /09 /septembre /2015 18:58

 

PAS DE PAIX, PAS DE FIN

 

Version française – PAS DE PAIX, PAS DE FIN – Marco Valdo M.I. – 2015

 

d'après la version italienne de Bernart Bartleby.

 

de la chanson anglaise No Peace No End – Richard Thompson – 2015

 

 

 

 

 

 

Au musée de la paix, il y a une colombe belle

Qui nous rappelle à tous l'amour universel.

Vous pouvez la louer pour parer vos banquets

 

 

 



Où étiez-vous quand les murs tombaient ?

Où étiez-vous quand les fusils tonnaient ?

Où étiez-vous quand les chiens de l'enfer

Emportaient les enfants et les mères ?

M'avez-vous vu sur la pente glissante

Du mauvais côté de la lorgnette ?

N'avez-vous jamais soufflé

Dormeur debout dans la journée ?

 

Ne voulez-vous pas un jour

Prendre mon tour

Et voir comme moi le monde alentour.

Pas d'espoir, pas de copains,

Pas de paix, pas de fin.

 

Je gis sur le sol entre deux pierres,

Il ne restera de moi que des os tout à l'heure.

Qui sera mon bon sauveur

Avant que je ne retourne en poussière ?

Êtes-vous la main qui m'a tué ?

Êtes-vous la main qui va me sauver ?

Si toutes deux vous jettent à la rivière,

À qui se fier ?

 

Ne voulez-vous pas un jour

Prendre mon tour

Et voir comme moi le monde alentour.

Pas d'espoir, pas de copains,

Pas de paix, pas de fin.

 

Au musée de la paix, il y a une colombe belle

Qui nous rappelle à tous l'amour universel.

Vous pouvez la louer pour parer vos banquets

Et en être très satisfaits.

La Convention de Genève est une passoire.

La branche d'olivier, un joli accessoire.

Il n'y a qu'un vainqueur au jeu de la guerre

Et c'est toujours un autre.


Ne voulez-vous pas un jour

Prendre mon tour

Et voir comme moi le monde alentour.

Pas d'espoir, pas de copains,

Pas de paix, pas de fin.

 

 

PAS DE PAIX, PAS DE FIN
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Marco Valdo M.I.
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9 septembre 2015 3 09 /09 /septembre /2015 20:20

LA CROISADE DES SYRIENS

 

 

 

Version française – LA CROISADE DES SYRIENS – Marco Valdo M.I. – 2015 (9/9)

 

Chanson italienne – La crociata dei Siriani [Der Syrierkreuzzug] – Riccardo Venturi – 2015 (8/9)

 

 

Par là-bas à l'été,

On entendit les gens parler

D'une grande marche bigarrée

Qui, en Hongrie, s'était formée.
(Objet touristique déjà ?, dit Lucien l'âne)

 



Une parodie de la Croisade des Garçons de Bertolt Brecht adaptée à ces lumineux temps nouveaux, et même très nouveaux. Basée sur la traduction de Ruth Leiser et Franco Fortini et peut-être même sur la musique de Benjamin Britten ou d'autres où on parle de gens en marche, de murs, de soldats, de gares, de premiers ministres, de quotas de réfugiés et même de chiens.

 

 

Voici, mon ami Lucien l'âne, une version française de cette « Crociata dei Siriani » de Riccardo Venturi, soit «  LA CROISADE DES SYRIENS ». Cette chanson est tirée en forme de parodie de la Croisade des Enfants  de Bertolt Brecht, qui avait subi le même sort : traduction italienne de Franco Fortini, version française de Marco Valdo M.I. En voyant le texte hier dans les Chansons contre la Guerre, je me suis dit qu'il fallait que je la traduise toutes affaires cessantes… Ce que j'ai fait. J'avais envoyé un petit mot à Ventu pour lui annoncer mon intention. Je ne savais pas, je ne m'étais pas rendu compte que c'était si long. Cependant, c'est fait. J'envoie. Et quand je dis toutes affaires cessantes, ce fut vraiment le cas. J'ai interrompu un travail difficile sur Carlo Levi, la traduction en cours d'autres canzones… Mais, on verra que la chose en valait la peine. Riccardo Venturi a sorti là, dans l'urgence lui aussi, un texte de toute première bourre.

 

 

Voilà, dit Lucien l’âne en retroussant ses naseaux, voilà qui met, si j'ose dire, l'eau à la bouche. Je vais m'empresser de le découvrir. J'espère que ta version française sera à la hauteur de l'original. Cela dit, il me paraît que tu avais déjà – en quelque sorte – fait une croisade. N'était-ce pas « La Croisade de Pierre » ? Comme tu le sais, j'y étais, ainsi qu'en atteste le tableau qui illustre cette chanson dans l'Asino (http://asinonuovo.blogspot.com/2015/09/la-croisade-de-pierre.html). En effet, comme tu le sais, comme je l'ai vu de mes yeux d'âne vu, elle marchait dans l’autre sens, cette croisade et elle était composée de bons et valeureux catholiques qui, répondant à l'appel de leur Église, s'en allaient délivrer Jérusalem ; elle était brutale, massacrante et pillarde.

 

 

Juste, juste. J'en tire une sentence nouvelle et je rappelle une de nos antiennes. Sentence nouvelle : La peste soit des croix, des croisés, des croisades ! L'ancienne antienne : Fanatiques de tous les pays, calmez-vous !


 

Holà, elles me semblent tout à fait indiquées pour les temps présents. Et j'ajouterai celle qu'utilisait en concluant chacune de ses Chroniques de la Montagne, notre maître ès écriture, Alexandre Vialatte : « Et c'est ainsi qu'Allah est grand ! », il y a plus d'un demi-siècle déjà. Et pour l'exemple, voici la fin de la Chronique bien utile du requin bleu (5 mai 1968), où il est tout naturellement question de l'âne :

 « On peut même dire qu'il est très difficile de confondre l'âne de Turquie avec la pastenague ou même le rhinobate. Et c'est ainsi qu'Allah est grand ! ». Pour ta gouverne, sache que l'âne de Turquie est un grand âne, la pastenague est généralement une raie et le rhinobate est mieux connu sous le nom musical de « guitare de mer ». 

Cela étant, voyons la chanson et puis, reprenons notre tâche et tissons d'un cœur joyeux mais ferme, obstiné et contraire, le linceul de ce vieux monde massacrant, épouvantable, inhospitalier et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Entre 2012 et 2015 en Syrie,

Il y eut une grande guerre

Qui fit ruines et désert

De tant de villages et de villes.

 

La sœur y perdit le frère,
La femme, le mari ou l'amant.
Les petits enfants entre le feu et les décombres 
Ne retrouvent plus leurs parents.

 

De Syrie, il ne vint plus rien,
Malgré Twitter et Fessemachin.
Pourtant dans l'Est de l'Europe,
On raconte une histoire étrange.

 

Par là-bas à l'été,
On entendit les gens parler
D'une grande marche bigarrée
Qui, en Hongrie, s'était formée.

 

Cheminaient sur les autoroutes

Des gens affamés et attroupés,
Et des villages bombardés
Amenaient d'autres exilés.

 

Ils voulaient fuir les abattoirs
Et tous ces cauchemars
Et finalement un jour, un soir,
Parvenir à la paix d'un terroir.

 

C'était des passeurs
Qui les avaient guidés jusque là.
Ils avaient dû donner leurs valeurs
Pour être traités comme des rats.

 

Certains étaient crevés,
On les avait trouvés prostrés ;
Telle avait été la fin pathétique
De leur voyage vers la paix utopique.

 

Avec eux marchait un enfant, bien petit 
Dans son maillot de Lionel Messi;
Habitué aux combats de rues
Comme un homme, il s'était battu.

 

Deux frères menaient le cortège.

Ç'avait été de grands stratèges

Dans les ruelles étroites

De leur lointain village.

 

Il y avait un grison, efflanqué,
Qui rodait seul dans les camps,
Avec son terrible tourment.
Il venait, dit-on, de Kobanê.

 

Dans leurs rangs, une enfant

Ne voulait pas épouser
Un vieux barbon obsédé
Caquetant les mots d'un dieu répugnant.

 

Il y avait un chien, aussi.
Pour le manger, ils l'avaient pris ;
Mais le courage leur avait manqué. 
Maintenant, il mangeait à leurs côtés.

 

Il y avait une école et un petit
Maître, un peu décati.
Sur un char, un écolier
Griffonnait « paix », à même l'acier.

 

Maintenant, sur l'autoroute, ils avançaient ;
Policiers et soldats les regardaient.
D'étranges écriteaux et d'étranges panneaux,
Indiquaient : Budapest ; pour les autos.

 

Il y avait un amour,

Elle avait douze ans, il en avait quinze.

Dans une cour de décombres,

Il peignait ses cheveux lourds.

 

Il y avait même un mur
Dressé par le gouvernement ;
Grilles, barbelés, treillis
Hongrie ! disait le cri.

 

Le criant comme allaient criant
Presque soixante ans auparavant
Ses compatriotes, ses camarades de classe,
Qui fuyaient en masse,

 

Criant, criant : Liberté !
Personne ne les avait arrêtés.
Les fugues et les douleurs du passé...
Aujourd’hui, tout est oublié.


L'amour ne put pas résister
Dans cette énorme ville ;
Ils se retrouvèrent amassés
Devant la grande gare.

 

Il y eut même une guerre,
Contre d'autres bandes amies.
Mais la guerre fut vite finie,
Car il n'y avait pas de raison de la faire.

 

Quand le combat faisait rage encore,
Sur la place de la gare,
On vit qu'à tous, il barrait le chemin
Des quais, des voies et des trains.

 

Quand les autres l'ont compris
Ils envoyèrent – cela doit être dit
Des leurs, protester sans mollir,
Exiger qu'on les laisse déguerpir.

 

Entretemps, on discutait de quotas,
D'invasions, d'intégration et bla bla bla.
Alors, de la grande gare,
On fit un camp provisoire.

 

On aurait cru un camp de concentration

En terre hongroise.

Un camp de concentration sans conscience.

L’hypocrisie gangrenait la nation.

 

Entre-temps sur les réseaux sociaux,
Sur les télés, les écrans, les journaux 
On voyait la belle image
D'un enfant sur une plage.

 

Il y eut un grand émoi
Chez les chefs, les ministres et les papas.

Comme par miracle, furent relancés
Les pleurs, les charités, les solidarités.


Ainsi, entre les murs rigides,
Les marches forcées, les gares, 
Ils allaient par les chemins perfides
Silhouettes que nul ne veut voir.


Il y avait confiance et espoir ;
Il n'y avait ni viande ni pain.
Vous qui n'offrez pas un toit à leurs soirs,
Ne venez pas dire qu'ils volaient vos grains.

 

Personne n'imputera la faute à ces pauvres
Qu'ils n'invitent pas à table.
Pour ces éprouvés, c'est à manger
Qu'il faut, pas la seule bonté.

 

C'est au nord qu'ils allaient

C'est au nord que l'argent est,

L'état social, le travail, la belle vie

Et la paix et la sainte famille.

 

Ils trouvèrent même un soldat
Avec une photo d'Assad ;
Il n'avait pas de billet,
Mais connaissait le trajet.

 

Il dit : « En Almanya !
Doitzland, Cemania, ! »
Il mourut avant de monter,
En Hongrie, il est enterré.

 

Comme les trains prenaient le départ
En dépit des flèches et des placards,
Ils durent s'en aller à pied,
Et sortirent de là dépités.

 

Des chiffres et des sigles, sait-on ;
C'est pour la sécurité, n'est-ce pas
Et la rationalisation.
Les choses dissolvaient déjà.

 

Tonnaient les premiers ministres,
Pansus, lombards et cerbères ;
Quelqu'un vit la frontière
Il dit : « Ce doit être là derrière. »

 

La frontière semblait ouverte,
Les frontières ne sont jamais ouvertes.
Ils passèrent à la file indienne
Dans l'« Union Européenne ».

 

Ils traversèrent d'autres campagnes, 
D'autres villages, d'autres montagnes ;
Ils grimpèrent dans les autobus ;
Enfin, tous en Doitzlànd. Terminus.

 

Où autrefois, on pouvait être Syrien
Maintenant il n'y a rien, plus rien.
Ou bien le tout, et la totalité
Ne mène pas à la vérité.

 

Je ferme les yeux et en imagination
Je les vois qui errent
Des ruines d'un village
Aux ruines d'une civilisation.

 

Au-dessus d'eux, là-haut dans les nuages,
Je vois d'autres cortèges, nouveaux, grands !
Ils se heurtent à des murs et des frontières
Sans patrie, sans but évident.

 

Cherchant la paix sur une terre
Sans incendie, sans ouragan,
Pas comme celle qu'ils laissèrent.
Leur cortège s'étend.

 

Ce n'est pas Alì, son cas est plus grave.
Ce n'est pas du cinéma, il n'a pas les yeux bleus.
Ici, on cherche de nouveaux esclaves,
La solidarité y est pour bien peu.

 

On ne les accueille pas, on les engage.
Leur fuite ne finira pas maintenant.
Par terre ou par mer se déplace
Désormais, cette humanité dans le néant.

 

Par terre et par mer, se déplace
Désormais, cette humanité dans le néant ;
Frontières, pontons, plages,
Soldats, Salvini et Orbán.

 

Réunions, traités, Dublin,
Schengen, profits, discours bergoglien.
Églises et gouvernements faisaient des comptes,
Sultans et porte-feuilles.


En Hongrie, cet été,
Un chien fut attrapé.
Il avait un écriteau accroché
À son cou décharné.

 

Dessus, il était écrit en arabe
Et en un anglais épouvantable :
« Helb us were hungry
An go to Germany. »


Le monde entier s'est mobilisé
Pour ce pauvre chien.
Il fut pris et restauré
Et maintenant, lui, il va très bien.

 

On lui donna un nom hongrois,
János, Miklós, on ne sait comment;
On dit qu'il a été adopté là-bas
Par le premier ministre Orbán.

 

 
LA CROISADE DES SYRIENS
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Marco Valdo M.I.
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