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17 août 2015 1 17 /08 /août /2015 16:56

CHANT DES MALFAITEURS

 

 

Version française – CHANT DES MALFAITEURS – Marco valdo M.I. – 2015

Chanson italienne – Inno dei malfattori, o Canto dei malfattori – Attilio Panizza – 1892

 

Texte de Attilio Panizza

Sur une musique populaire anonyme

 

 

 

Répression des malfaiteurs vers 1900

Mais vite, les jours viendront pape, rois et seigneurs
Avec le
urs sbires tomberontPar le fait des malfaiteurs.

 

 


Connu simplement aussi comme l'« Hymne de Panizza », il est sans doute un des chants anarchistes de langue italienne les plus connusOn y décèle évidemment aussi une composante antimilitariste. Le sculpteur anarchiste milanais (Attilio Panizza) le publia anonymement sur le numéro unique de L'amico del popolo (L'Ami dpeuple) du 29 mai 1892 ; il « lui fut officiellement attribué » seulement en 1899 par Carlo Frigerio dans son célèbre opuscule Il canzoniere dei ribelli (Le chansonnier des rebelles)On peut le trouver dans le Canzoniere International (Chansonnier International) sur le disque Gli Anarchici 1864-1969 (Les Anarchistes 1864-1969de 1973.

 

 

 


À nos cris, à nos gémissements
De populace bernée,
La ligue des puissants
Tremble effrayée.
Princes et magistrats
Crient avec les seigneurs
Que nous sommes des enragés,
De rudes malfaiteurs.


Nous ne sommes ni fous, ni tristes;
Ni barbares, ni vauriens;
Nous sommes des anarchistes
Militant pour le bien.
Et le juste et le vrai recherchant,
Nous cherchons à corriger les erreurs.
C'est pourquoi, on nous a mis au ban
En nous traitant de malfaiteurs.

 

Dépêche-toi de t'épandre,

Ô soleil de l'avenir !
Nous voulons vivre libres,
Nous ne voulons plus servir.

 

Nous sommes les enfants du travail
Et d'accord avec le travail,
Nous voulons échapper aux griffes
Des vils patrons avides
Qui nous ont volé
Notre pain, à nous travailleurs
Et pour ça, ont proclamé
Que nous sommes des malfaiteurs.

 

La Nature, mère commune,
Ne refuse ses fruits à personne
Et ces castes de goinfres et de ladres
Volent ce qui est à tout le monde.
Qu'en commun, on vive,
On travaille et on se réjouisse :
Voilà notre bonheur
À nous les malfaiteurs.

Dépêche-toi de t'épandre,

Ô soleil de l'avenir !
Nous voulons vivre libres,
Nous ne voulons plus servir.


Qui répand l'imposture
Enveloppé dans sa noire tenue,
Qui nie la nature,
Nous le fuyons comme la peste.
Nous méprisons les dieux célestes
Et de leurs faux cultes.
Par la vérité, nous curons les erreurs
Voilà pourquoi, nous sommes des malfaiteurs.

L'amour rassemble
Les affections naturelles
Et n'a pas besoin de rites
Ni des liens du mariage.
Nous de ces sordides marchés,
Nous voulons préserver les cœurs.

Voilà pourquoi les maires et les curés
Nous appellent malfaiteurs.

 

Dépêche-toi de t'épandre,

Ô soleil de l'avenir !
Nous voulons vivre libres,
Nous ne voulons plus servir.

 

Par la tromperie, ils ont divisé
Villes, peuples et terres ;
D'où les injustes inimitiés
Qui engendrent les guerres.
Nous qui en suivant la vérité
Crions tous en chœur
Que la patrie est le monde entier,
Ils nous appellent les malfaiteurs. 

 

L'Église et l'État,

Lbourgeoisie avide
Se disputent à qui a créé

La voie de la liberté ;
Mais vite, 
les jours viendront

 pape, rois et seigneurs
Avec le
urs sbires tomberont

Par le fait des malfaiteurs.

 

 

Alors nous verrons s'épandre
Le soleil de l'avenir.
En paix, nous pourrons vivre
En liberté, nous réjouir.

CHANT DES MALFAITEURS
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Marco Valdo M.I.
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16 août 2015 7 16 /08 /août /2015 23:23

NOËL

 

Version française – NOËL – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson allemande – Weihnachten – Kurt Tucholsky – 1918


Texte de Kurt Tucholsky, publié sous le nom de Kaspar Hauser (un de ses pseudonymes) sur Die Weltbühne d19 décembre 1918
Musi
que de Hanns Eisler
Interpr
étée par Ernst Busch in “Ernst Busch Singt Tucholsky Und Brecht – Deutsches Miserere »


 

Kurt Tucholsky

 

 

Eh bien, il nous fallait vraiment une chanson de Noël !

Sauf que celle de Tucholsky - écrite en décembre de 1918, à peine plus d'un mois après la fin de la Grande Guerre, dont l'Empire était sorti abîmé par la faute des « idées spartakistes et des socialistes qui empoisonnaient l'armée allemande », comme le dit le grand général Ludendorff, et en plein dans la rébellion socialiste qui de là à peu serait écrasée dans le sang – ce n'est pas vraiment une chansonnette rassurante…

 

 

Ah, Lucien l'âne mon ami, tu connais assez Tucholsky pour savoir qui il était et quel talent et quel tempérament l'animaient. C'était un homme qui savait faire deux choses : penser et écrire… dans cet ordre. Entre les deux, il était journaliste. Enfin, il y aurait beaucoup de choses à dire de ce mot de « journaliste » et de ce qu'il recouvre. Mais peut-être n'est-ce pas le lieu, ni l’heure…

 

 

Moi, je trouve plutôt que si. Je suis terriblement intéressé à ce que toi, précisément, tu pourrais en dire. Car, si je ne me trompe, il fut un temps où tout comme Tucholsky et d’autres, tu exerças cette noble profession. J'en ai encore des échos aujourd'hui.

 

 

Bon, pour te faire plaisir et comme tu m'y pousses en quelque sorte, je m'en vais dire quelques mots de ce métier. Il est clair que derrière cette « étiquette » de « journaliste », on trouve mille et une figures. Cela va de l'honnête correspondant local qui relate les faits divers et les événements au chroniqueur sportif qui commente les actualités, sans oublier les « grands reporters ». Mais, ici on parle d'autre chose. À un moment donné, le journaliste – à force de relater des faits finit par quand même énoncer des éléments de la réalité et contraint par la logique des choses, il se retrouve à prendre parti. Dans le domaine sportif, tant qu'on reste au niveau interne de la compétition (et encore…), on reste à un niveau superficiel, on ne touche pas au réel. Mais si – et ce fut le cas de Tucholsky et bien d'autres – on relate la société et ses mécanismes, on se retrouve à devoir révéler ce qui ne peut l'être, mais aussi à expliquer ce qui est et pour ce faire – c'est pure question de correction intellectuelle – appeler un chat un chat et par exemple, l'Empereur un dictateur, le patron un exploiteur… Arrivé à ce point, tout va dépendre du journal et de sa direction. Tucholsky à la Weltbühne avait toute liberté d'écrire ; c'était aussi un « petit » journal – tirage 15.000 exemplaires et ce n'était pas un quotidien. Il rassemblait aussi une belle et incroyable série de journalistes- écrivains… Mettons – présents dans les CCG : Kurt Tucholsky et ses hétéronymes : Paulus Bünzly, Kaspar Hauser, Theobald Körner, Peter Panter, Theobald Tiger, Ignaz Wrobel Ernst Toller Erich Mühsam  ; Walter Mehring  ; Else Laksker-Schüler ; Klabund ; Erich Kästner et d'autres encore sans douteC'était un endroit exceptionnel mais et c'est important, ce n'était pas là un hasard, car le propriétaire-fondateur du journal – Siegfried Jacobsohn – était lui aussi un personnage et un journaliste de haut vol. Et puis, c'est pas que je veux faire une conférence, mais je voudrais ajouter encore quelques remarques.

 

 

Oh, mais n'hésite pas, je suis tout ouïe, dit l'âne Lucien en agitant ses oreilles comme des pavillons de marine par grand vent.

 

 

Prenons la question sous un autre angle. Toi, Lucien l'âne mon ami, tu me dirais bien pourquoi alors que je n'ai été « journaliste » que deux ou trois ans, il y a maintenant fort longtemps et que depuis j'ai fait mille autres choses, on continue à m'en attribuer le « titre ». Il y a là une sorte de mystère, une aura qui entoure la profession… Moi, je dis que – regarde la liste des ceusses de la Weltbühne – ce qui à mes yeux les caractérise, c'est que ce sont des journalistes si l'on veut, mais surtout des écrivains, des poètes, des intellectuels et des gens personnellement engagés dans la Guerre de Cent Mille Ans et du côté des pauvres, bien évidemment. Si je devais indiquer un équivalent en Italie, je citerais Giustizia e Libertà. En fait, cette question du journalisme est trouble ; ou bien, on regarde les entreprises de presse, les médias et on s'aperçoit que dans leur immense majorité, ils font le jeu du système – quel qu'il soit. En somme, leur devise est « bizzness as usual », comme on dit par chez nous et fondamentalement, ils fonctionnent avec une autre devise assez répandue chez nous : « Moi, je ne veux rien dire, je suis en commerce » et leurs « journalistes » suivent la politique de l'entrepriseGénéralement, il faut dire les choses convenues de manière convenue. Ce n'était pas le cas de Tucholsky. Qui, en plus, s'exprimait sous forme de poèmes trempés dans l'acide ironique. Regarde son Weinachten, publié à peine un mois après l'armistice de 1918, disons aussi de la capitulation allemande de 1918, il ne devait pas plaire à tout le monde, ce sapin qui chante dans les ruines de l'Allemagne et demande :

« À qui doit-on tout le malheur ?
Qui nous a jetés ainsi dans le sang et les douleurs ?
Nous 
les Allemands à la patience d'agneau ?. »

 

 

Oui, j'imagine assez. Allons, reprenons notre tâche et à notre tour et sans relâche, tissons le linceul de ce vieux monde écrasé par l'industrie de l'information, décervelé, abêti et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 


Ainsi me voilà maintenant devant les débris allemands
Et moi, je me chante mon chant de Noël doucement.
Je ne me sens plus concerné,
Par ce qui arrive dans le monde entier.
C'est l'affaire des autres. Nous plus rien. 
Moi, je ronfle tranquille, je le remarque à peine,
Comme aux jours de ma jeunesse :
Ô mon beau sapin !


Si j'étais le père Fouettard à Noël
Et que j'arrivais dans ce bordel
– les Allemands n'apprennent jamais rien –

Dieu sait !, je ferais demi-tour tout de suite.
Le dernier grain de pain tire à sa fin.
La rue gronde. Ils s'excitent.
Je les accrocherais volontiers dans tes branches,
Ô mon beau sapin !


Couvert de bougies grésillantes, je déclare bien haut :
À qui doit-on tout le malheur ?
Qui nous a jetés ainsi dans le sang et les douleurs ?
Nous les Allemands à la patience d'agneau ?
Eux ne souffrent pas. Eux sagement attendent.
Je rêve mon vieux rêve :
Frappe, peuple, la morgue de caste, abats-la !
Ne crois jamais, jamais plus ces gars !
Alors chante les chants de Noël, sans trêve :
Ô mon beau sapin !

Ô mon beau sapin !

 

NOËL
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Marco Valdo M.I.
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14 août 2015 5 14 /08 /août /2015 22:21

MORTS BLANCHES SUR HORIZONS NOIRS (AUX MORTS AU TRAVAIL)

 

 

 

Version française – MORTS BLANCHES SUR HORIZONS NOIRS (AUX MORTS AU TRAVAIL) – Marco Valdo M.I. – 2015

 

 

 

 

 

Vous, morts blanches sur des horizons noirs,

Destins promis à votre enterrement...

 

 

 

 

IL MEURT DANS LES CHAMPS, ON LE TRANSPORTE À LA MAISON POUR MASQUER L'ACCIDENT

d'Erica Di Blasi et de Jacopo Ricca de la Repubblica du 13 août 2015

C'est arrivé à Carmagnola, dans le Turinois : la victime est un journalier roumain qui était payé au noir. Le procureur d'Asti ouvre une enquête.





Il arrive encore de mourir au travail, sans être en règle. Et pas seulement au sud, même au Piémont. C'est arrivé cet été à Carmagnola, célèbre pour sa Fête du poivron. Et c'est précisément ce que ramassait le 17 juillet un journalier roumain. Il s'appelait Ioan Puscasu, il avait 46 ans. Ensemble avec son frère, il travaillait depuis quatre ans dans une exploitation agricole via Pret. On l'a vu ressentir une forte douleur à la poitrine et ensuite, s'effondrer à terre. Cependant, avant d'appeler l'ambulance, il a été déplacé par ses camarades en toute hâte, peut- être sur indication du propriétaire, dans l'habitation près de la ferme utilisée pour se reposer durant la pause du déjeuner. Sur l’entrefaite, sont arrivés les enquêteurs du Spresal et les carabiniers de Moncalieri. Hier, a été envoyé au Procureur à Asti un rapport détaillé sur ce qui s'était produit ce jour. Ce que les investigateurs veulent vérifier c'est si l'étranger a été porté où il vivait pour l'étendre, et donc en une naïve forme de courtoisie, ou par contre, s'il a été enlevé du poste de travail pour éviter que la vérité ne fasse surface. Le fait est que lorsque l'ambulance du 118 est arrivée à la ferme, le Roumain était déjà mort, selon quelques témoins, depuis environ une heure et demie. Son frère qui a été vite informé par des « collègues » est en larmes. Il travaille aussi au noir dans la même exploitation agricole. Et des contrôles effectués suite à la mort du journalier, il est apparu que c'est la pratique de cette entreprise d'employer des étrangers sans contrat ni quelque forme de protection. Il n'est pas exclu que le Roumain se soit senti mal, victime d'un coup de chaleur. Lorsque il s'est effondré, il ramassait des légumes dans une serre où la température, en soi déjà élevée, était rendue encore plus insupportable par la chaleur étouffante de ces jours. Et où en somme, il était impossible de travailler plusieurs heures de suite.
Le propriétaire de l'exploitation agricole aurait ensuite payé l'enterrement de l'homme et le transfert du corps et de la famille en Roumanie. « Mais tout ceci ne suffit pas - rétorque Denis Vair, secrétaire provincial des Flai Cgil - on ne peut pas continuer ainsi. Des épisodes comme celui-ci lèvent le voile sur une question qu'on ne veut pas poser : même en Piémont, il y a le caporalat (intermédiation illicite et exploitation du travail). Le moment est venu de dire halte au travail au noir ». Dans quelques semaines, il y aura la Fête du poivron. « et les nombreux visiteurs qui se presseront dans les rues de Carmagnola - ajoute Vair - doivent savoir que derrière les produits, il y a des personnes qui non seulement travaillent et peinent, mais meurent même pour les ramasser et les cultiver. Depuis quelques années, le syndicat des travailleurs de l'agriculture de la Cgil mène des campagnes contre l'exploitation du travail dans les champs piémontais. Une loi régionale sur ce thème est toujours plus nécessaire ».

 

 

 

 

 

Morts
En grappes, à terre, précipités
D'échafaudages en sous-traitance, sous terre
Dans le ventre sans fond ensevelis 
De mines affamées de profits.

 

 

 

Plus bas, avalés dans le rien sidéral
De listes et de statistiques, de données et de chiffres, 
Tus par les langues fourchues qui s'agitent
Sur la face putréfiée de l'information.

 

 

 

Outragés de fausses larmes versées
Pour les mêmes assassinats qui continuent
À pisser sur vos droits niés,
Sur vos tombes oubliées.


Sur vos enfants dans la misère jetés, 
Sur vos noms dans l'oubli gravés, 
Vous, esclaves d'un quignon précaire,
Vies à louer du vide à perdre

 

 

 

Vous, morts blanches sur des horizons noirs,
Destins promis à votre enterrement,
Vous, dans cette merde de futur atypique,
Qui avez construit les grattes-ciel pour les riches.

 

 

 

Pour vous les voir retomber sur le dos
En même temps que des montagnes d'iniquités écroulées
En cimetières d'omerta et de mensonges
Comme un rosaire le long d'un blasphème.

 

 

 

À réciter la liste défigurée
D'injustices à la voix affable
Qui prient des insoutenables promesses
Sur l'abîme oublieux de la sécurité.

 

 

 

Vous, qui seuls avez supporté le deuil
En payant le prix d'un progrès ingrat.
Vous, armées sans honneurs ni fanfares,
Criez, bon sang ! Criez un hurlement qui réveille la raison !

 

 

 

Et enflamme un ciel rouge de honte,
Plus rouge que l'incendie couché
Sur les décombres éteints du soleil de l'avenir.

 

 

 

 

Vous, un drapeau arraché qui s'agite
Nu, en berne, dans le vent fatigué
De nos poings rendus.

MORTS BLANCHES SUR HORIZONS NOIRS
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Marco Valdo M.I.
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12 août 2015 3 12 /08 /août /2015 22:25

FEU SUR LA COLLINE

 

 

 

 

 

 

Version française – FEU SUR LA COLLINE – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson italienne – Fuoco sulla collina – Ivan Graziani – 1979

 

 

 

 

 




 

Ivan Graziani est né hier, l'année de la Libération, et est mort le jour de l'an de 1997…
Je ne me lancerai pas dans des interprétations de cette hermétique chanson mais, selon moi, c'est une chanson contre la guerre…

 

 

 


Hier, j'ai rêvé d'un jardin
Là, avec moi, il y avait un homme
Il me tournait le dos
Seulement pour que je ne voie pas son visage


Je t'en prie laisse moi partir,
Je t'en prie qui que tu sois.
Comment es-tu si aveugle ?
Ne vois-tu pas le feu sur la colline…


Et le feu projette les ombres,
Elles arrivent jusqu'aux grilles,
L'écho renvoie les bruits.
N'entends-tu pas, là-haut on se bat.


Je prendrai la route du fleuve,
En une heure, je serai au pas.
Les autres ont déjà rejoint le sommet.
Nous verrons le feu sur la colline.

Et peut-être après, nous chanterons.
À gorge déployée, nous chanterons.
À seize ans, courir essoufflé est doux.


Naïf, romantique et con - il me répondit -Les feux dont tu parlesSont les phares sur le champDes tracteurs qui moissonnent.


Hier, j'ai rêvé d'un jardin
Là, avec moi, il y avait un homme
Il me tournait le dos
Seulement pour que je ne voie pas son visage.

 

 

 

 
 
FEU SUR LA COLLINE
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Marco Valdo M.I.
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11 août 2015 2 11 /08 /août /2015 23:12

La Patrouille portant potence

 

 

Chanson française – LPatrouille portant potence – Marco Valdo M.I. – 2015

 

ARLEQUIN AMOUREUX – 12

 

Opéra-récit historique en multiples épisodes, tiré du roman de Jiří Šotola « Kuře na Rožni » publié en langue allemande, sous le titre « VAGANTEN, PUPPEN UND SOLDATEN » – Verlag C.J. Bucher, Lucerne-Frankfurt – en 1972 et particulièrement de l'édition française de « LES JAMBES C'EST FAIT POUR CAVALER », traduction de Marcel Aymonin, publiée chez Flammarion à Paris en 1979.

 

 

Hop, hissez le rideau !

Cette cour, c'est mon berceau

Dit Matthias tout joyeux

Rentrant au logis de ses aïeux.

 

 

 

Donc, Lucien l'âne mon ami, nous voici encore une fois de retour auprès de l'Arlequin amoureux. C'est la douzième. Et, comme toujours avec chaque nouvelle chanson, je me repose la même question.

 

Et quelle question pourrait-elle être si lancinante ? Je pense qu'il devrait s'agir de ce doute qui te prend et où comme nombre de ceux qui écrivent des paroles, des musiques, qui peignent… tu t'interroges sur ce que tu es en train de faire. Est-ce que je me trompe ?

 

Certes pas, Lucien l'âne mon ami, au contraire, tu as mis le doigt sur ce qui me transperce, car c'est bien une question comme celle-là qui me revient à chaque fois. Je me demande si je fais assez bien, si je fais bien de faire, si je ne ferais pas mieux de ne rien faire, si cette façon de faire est bonne. Oh, je ne suis pas aussi tourmenté qu'un Gombrowicz, mais enfin, c'est bien de cet ordre-là. On est dans l'ordre de la création et non de la production. C'est en quelque sorte vital, existentiel. Et puis, en finale, je conclus en me disant que si le cerisier devait se poser de telles questions, il n'y aurait jamais de cerises et honnêtement, je vois bien ce que ce travail a d'original, comme il s'écarte des chemins fréquentés et advienne que pourra !

 

 

Moi, dit Lucien l'âne, je vais te dire, Marco Valdo M.I. mon ami, ce que j'en pense, moi qui suis ton compagnon de voyage et sans doute, ta conscience réflexive. D'abord, il te faut te persuader que tout ceci est l'expression tranquille de ta liberté, qui ne demande qu'à se déployer dans le temps et le lieu (hic et nunc) où tu résides. Où pourrait-elle te trahir ? Ensuite, et c'est assez essentiel, tu le fais pour le faire et sans véritablement d’autre intérêt que la réalisation elle-même, au jour le jour, comme va la vie elle-même. Cahin-caha ! C'est une démarche lente et créatrice et cela est bien. Pour le reste, comme tu le dis, advienne que pourra.

 

 

Tant qu'on y est à parler de ça, laisse-moi te dire, Lucien l'âne mon ami, un dernier mot. Ces séries – il y en a plusieurs – et ces centaines de versions de chansons me semblent constituer elles-mêmes une sorte de très grand récit, une épopée qu'on peut lire en la prenant par tous les bouts. Et on pourrait en dire autant des CCG, ouvrage collectif, s'il en est. Mais aussi on peut en extraire des récits singuliers ou des histoires plus grandes. J'ai par exemple repris à part, comme il arrive qu'on le fasse d'une partie d'un livre – par exemple, les 100 chansons des Histoires d'Allemagne et les deux vialatteries qui les introduisent et j'en ai fait une version digitale (http://ansdegrass.blogspot.be/en les présentant dans l'ordre chronologique comme elles le seraient dans un livre. C'est un tout cohérent et une sorte de livre électronique. Je l'ai fait aussi pour Dachau Express et ses 24 chansons. Je devrai le faire pour le Cahier Ligné et ses 104 chansons. Et les autres… Je sais aussi que ce sont là des suites tellement démesurées qu'elles en deviennent des chansons impossibles. On pourrait certes en extraire l'une ou l'autre, mais elles seraient comme orphelines. 

 

 

D'accord, Marco Valdo M.I. mon ami, voilà qui me paraît tout à fait bien mis au point et maintenant, dis-moi où on en est dans cette histoire d'Arlequin amoureux.

 

 

Arlequin, souviens-toi, Lucien l'âne mon ami, était après un long voyage arrivé devant chez lui, devant la ferme familiale. Au village, il a déjà appris que sa mère est morte, que sa sœur est morte et que son frère cadet Lukas est devenu le maître des lieux et est en cheville avec une matrone, qui porte au doigt la bague de la mère morte – tout un signe. Cette nouvelle chanson demande : que va-t-on faire du revenant ? C'est souvent malheureusement ainsi que se pose la question du retour du soldat et pire encore, du déserteur. Moment crucial que l'entrée dans la maison. Il va se jouer  un drame terrible entre 4 personnages : Mattias-Matysek, notre Arlequin de retour ; Lukas, son frère cadet ; Rosalie la matrone, la fiancée de Lukas et Barbora, sa fille. En fait, il y en a même un cinquième : Arlecchina, qui ne s'adresse qu'à l'Arlecchino. C'est un drame, car Matthias découvre très vite qu'il n'est pas le bienvenu, qu'on le suspecte de vouloir reprendre la ferme, qu'il est ou sera dénoncé par son frère et qu'il ne lui reste qu'à reprendre son errance – après l'hiver, lui concède-t-on, on attendra bien jusque là. Comme il est dit : Rosalie veut sa maison… la bague de la mère morte en témoigne. On retrouve ici l'effrayant instinct maladif de propriété, ce goût avide de la richesse, même médiocre, même minuscule.

 

Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, des histoires atroces circulent depuis longtemps qui racontent ces sordides manœuvres engendrées par la possession de la possession. C'est une des sources de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches, les possédants et les aspirants à la richesse (aussi médiocre, aussi petite soit-elle) – mènent contre les pauvres pour maintenir leur pouvoir, assurer leur propriété et leurs privilèges, étendre leurs possessions. Alors, il nous faut plus encore reprendre notre tâche et tisser le linceul de ce vieux monde propriétaire, possesseur, avide et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Hop, hissez le rideau !

Cette cour, c'est mon berceau

Dit Matthias tout joyeux

Rentrant au logis de ses aïeux.

 

Qui donc es-tu toi ?
Je suis la fille, on me nomme Barbora.

Que fais-tu là, Barbora ?

J'égerme les pommes de terre, comme tu vois.

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

Matysek entre dans la maison.

Qui est celle-là ? La mère du laideron.

Jeune, elle avait taille fine et pied léger

Elle avait épousé le savetier, à présent décédé.

 

Resterait-il la nuit, allait-on le loger ?

Nous sommes frères, Matysek, dit Lukas.

Coucher ici ou filer après le repas ?

Rien ne presse, il n'est pas temps de s'en aller.

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

Au matin, le coq s'égosille

Les mouches bourdonnent, le pigeon s'envole.

Eh, pollo, tu t'enracines, tu es toujours là.

Allez vous rhabiller, madreperla.

 

Arlecchino, où est ta raison ?

Je ne bouge plus d'ici, Arlecchina.
Mais, pollo, Rosalie, la fiancée de Lukas

Veut obstinément sa maison.

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

Matysek, j'ai parlé au curé.

Matthias, j'ai tout dit au bailli.

Matthias, il faut t'en aller.

Ou bientôt, tu seras repris.

 

Nous sommes frères, dit Lukas, écoute-moi bien.

On me l'a dit, Matysek, en confidence.

Après l'hiver, le printemps vient

Et pour le déserteur, la patrouille portant potence.

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

 
La Patrouille portant potence
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Marco Valdo M.I.
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9 août 2015 7 09 /08 /août /2015 20:57

VIVRE SA VIE

 

 

 

Version française – VIVRE SA VIE – Marco Valdo MI .I. – 2015

 

Chanson italienne – Vivere la vita – Alessandro Mannarino – 2011

 

 

 

 

 

Et maintenant, on vit…

Car on n'a rien de mieux à faire

Jusqu'à ce que mort s'ensuive.

 

 

 

 

 

 

Lucien l'âne mon ami, voici une chanson… La version française d'une chanson italienne.

 

 

Pourquoi me dis-tu ça, Marco Valdo M.I. mon ami ? Depuis le temps que tu me fais connaître tes « versions françaises ou versions en langue française » de chansons et autres textes tirés de diverses langues...

 

 

Certes, mais c’est que je voudrais préciser certaine chose. Si j'utilise le mot version de préférence au mot traduction, c'est pour indiquer que je n'entends pas faire de la traduction, qui – à mes yeux – est une affaire d'experts patentés et suppose des compétences que je n'ai pas. Une version… est une interprétation, une sorte d'adaptation, de recréation dans une autre langue d'un texte quelconque, ici de la chanson originelle. Bref, la version n'est pas la reproduction à l'identique, tout en donnant une assez bonne idée de ce que dit le texte d'origine. Voilà pour le principe. Maintenant, en ce qui concerne la chanson de Mannarino, je vais montrer dans ce cas précis, en quoi consiste le travail de réécriture. En bref, le texte italien se présente comme une interpellation d'une personne tierce par l'auteur, un peu comme un adulte s'adresserait à un enfant. Le tout me donnait une forte sensation de paternalisme qui me gênait et qui, pour moi, détruisait tout le contenu intéressant de la chanson. Alors, chemin faisant, petit à petit, comme un sculpteur taille doucement la forme, j'ai introduit une dimension plus collective et au lieu d'adresser ces reproches (jusqu'à dire « Crétin ») à quelqu'un en particulier, je les ai répercutés à tous, à tous ceux qui écoutent, mais aussi à celui qui chante et bien évidemment, à celui qui a établi la version en langue française. Pour le reste, rien de changé… Juste un petit réglage… Une petite adaptation. C'est ce qui revient de droit à l'auteur de la version. Et ce n'est pas négociable…

 

Et concrètement, comment ça se marque dans le texte ? Donne-moi quelques exemples…

 

Oh, c'est facile. Au troisième vers, par exemple. Le texte italien dit : «  Sei partito da un piccolo porto », ce qui se traduit généralement par : « Tu es parti... ». La version française dit : « On est parti... », qu'il faut comprendre comme « Chacun est parti... ». Et ainsi de suite, le « on » englobe tout et tous, y compris le « crétins », du coup mis au pluriel. Cela dit, je précise maintenant que ce glissement de la deuxième personne du singulier « tu, te... » (en italien) vers le « on » en français, je l'opère souvent…

 

 

Autant le savoir, dit Lucien l'âne en riant. Cela dit, c'est une bien intéressante chanson. Quant à nous, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde énorme, terrible, amusant et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 


Vivre sa vie est une chose vraiment énorme ;
On a le monde entier entre le berceau et la fosse.
On est parti d'un petit port
Avec une soif abondante et un biberon réduit
Et maintenant, on vit…
Car on n'a rien de mieux à faire
Jusqu'à ce que mort s'ensuive.
La vie est une grande biture.
Quand on boit, alors tout tourne autour de soi 
Et on rencontre un tas de personnes.
Quand on passe, on ne le sait pas ;
Il ne faut pas avoir peur, un autre se souviendra.
Mais la question est… Pourquoi ?
Car on lui a offert quelque chose
Ou bien car on n'a pas remboursé une dette…?
Il n'y a rien de pire que le talent déprécié,
Il n'y a rien de plus triste qu'un père qui n'a pas aimé.

 

Vivre sa vie, c'est comme une grande farandole.
Parfois on est en haut, parfois on dégringole.

Et puis, on a la peur au ventre.
La nuit, on n'est pas en forme ;
Au matin, on se relève sur ses jambes
Et on est l'homme plus fort du monde.
Elle se maquille fort pour cacher une douleur
Lui enfile ses doigts dans son gosier… pour voir s'il a un cœur.
Et puis, l'amour a fait ce que n'avait pas fait la société,
Regardez-les qui marchent maintenant légers.

 


On peut changer de chemise, si on en a envie
Et en confiance, on peut changer de chaussures.
Si on a des chaussures neuves, on peut changer de route
Et changeant de route, on peut changer d'idées
Et avec les idées, on peut changer le monde,
Mais le monde ne change pas aisément.
Alors la vraie révolution sera de se changer soi-même, évidemment.
Sur un petit bateau de journal : défier les ondes de la radio-télévision,
Le long de la nationale : frapper du poing un exploiteur,
Dans son studio : écrire une chanson.
À la guerre dans le désert : déserter.
Maintenant sur le lit, on ne veut plus se lever
Et on se lamente des gouvernements et de la crise générale.


Puis-je dire une chose qu'on dit aux enfants ?
Sortons de chez nous ! Sourions ! Respirons fortement !
Crétins. Soyons vivants !

VIVRE SA VIE
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Marco Valdo M.I.
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7 août 2015 5 07 /08 /août /2015 13:10

PAUVRE CHRIST

 

 

 

 

 

Version française – PAUVRE CHRIST – Marco Valdo M.I. – 2015

 

 

Chanson italienne – Povero Cristo – Nanni Svampa – 1969

 

Parolede Nanni Svampa

Musique de Lino Patruno

 

 

 

Entrée du Christ à Bruxelles

J'y suis, dit Lucien l'âne... Cherchez-moi.

 

 

Ah, Lucien l'âne mon ami, voici une chanson qui se doit d'être interprétée et comprise au-delà de son titre. Un titre, à mon sens, déjà ambigu. Et à plus d'un titre. Au départ, je veux dire avant d'avoir lu et traduit la chanson, j'ai pensé qu'elle usait du mot Christ à l’italienne, soit que le mot Christ compris comme synonyme du mot homme. Ce pauvre christ étant alors un pauvre homme, un homme lamentable et la chanson une lamentation.

 

 

Je connais en effet ce sens du mot christ en Italie. Même s'il n'est jamais utilisé ainsi en français. Et selon toi, ce n'était pas cela…

 

 

Exactement. Il s'agit bien du personnage dont l'histoire légendaire est racontée dans ce texte connu sous le nom de nouveau testament – nouveau car il y en avait déjà un qui du coup, fut baptisé ancienMais, laissons de côté pour l'instant la véracité de ce récit ou d'autres qui en reprennent la trame. J'en reviens à la chanson qui de fait, se réfère au départ à l'usage diversifié qu'on peut faire et qu'on fait de ce nom ; elle analyse les sens qui sont donnés à ce « Pauvre Christ »… qu'on pourrait traduire aussi par « pauvre mec », « pauvre type », « pauvre homme ». Puis, d'un glissement souple, elle se retourne vers le personnage légendaire et à l'usage que certains en font. Car cette légende tombée des cieux sert de fondement à des entités bien terrestres – en clair, la démocratie chrétienne et l'Église catholique, apostolique et romaine, bref, les enfants du pape. Puis, elle interpelle le personnage de légende en lui demandant compte de son inactivité face aux grandes calamités : les guerres et massacres qui se déroulaient ou s'étaient déroulés dans le monde réelBref, elle le confronte à la réalité. Mais vois-tu, Lucien l'âne mon ami, tout tient encore une fois à une certaine dose d'ironie, à un double sens, à une démarche en crabe et repose sur l'interpellation du personnage légendaire lui-même… qui est mis en confrontation avec ce que ses fans ont réellement bâti autour de sa légende : parti, église, banque, inquisition…

 

 

On pourrait y ajouter les croisades ou les guerres dites de religion , dit Lucien l'âne. Par exemple, le sac de Jérusalem, la Saint-Barthélémy, la Guerre de Trente Ans et la Guerre de Quatre-Vingts ans… sans compter toutes les autres et tous les massacres perpétrés au fil du temps.

 

 

Bien évidemment ! Cependant, je voudrais te soumettre une idée… Il me paraît que cette chanson opère une inversion du sens de la réflexion. En fait, on s'aperçoit que ce personnage légendaire n'a pas besoin d'avoir réellement existé puisque son rôle, son aura et lui-même sont des pures projections, des constructions a posteriori. Dans un sens, il semble même que ce soit bien le cas ; le personnage en question étant décidément théorique.

 

 

En somme, dit Lucien l'âne, si je synthétise ton propos, ce n'est pas ce Povero Cristo qui a édifié sa légende et l'église et la banque, et le parti, et la religion… mais bien à l'inverse, la religion, le parti, la banque et l'église qui ont inventé et créé de toute pièce cette figure, cette icône de légende qui les sert si bien. Ce n'est pas Dieu qui a créé l'homme, mais l'homme qui a inventé Dieu et ce Christ n'est finalement qu'un succédané, une sorte de réplique à usage des foules crédules. On pourrait se référer en la matière au bon curé Meslier qui a traité cette question en profondeur. J'ajouterais un bout de testament à tous ces testaments : « Frères humains, encore un effort pour devenir athées ! » Cela dit, finissons-en, écoutons la chanson et reprenons notre tâche qui consiste à tisser le linceul de ce vieux monde endurci dans ses crédulités, fanatique, dément et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane
 

 

Pauvre Christ dit-on de quelqu'un qui n'y arrivera pas
Pauvre Christ dit-on de quelqu'un qui ne percera pas
Pauvre Christ dit-on de quelqu'un qui ne nous la fait pas

Non, tu n'es pas arrivé
À changer l'humanité.

Pauvre Christ, pauvre Jésus
Tu n'avais pourtant pas dit
Fondez-moi un parti
Qui vend la peur
Qui exploite les vieilles
Qui invente la censure.


Pauvre Christ, pauvre Jésus
Tu n'avais pourtant pas dit
Écoute, tu es Pierre
Et en tant que disciple
Tu fonderas la Banque
Catholique de la Vénétie.


Pauvre Christ, pauvre Jésus
Pourquoi n'es-tu pas revenu
Au Biafra ou au Vietnam
Ou bien encore avant
Sous l'Inquisition,
Ou chez Hitler ou à Hiroshima.


Pauvre Christ dit-on de quelqu'un qui ne nous la fait pas
Pauvre Christ dit-on de quelqu'un qui n'y arrivera pas
Pauvre Christ dit-on de quelqu'un qui naît dans un endroit

Sans chauffage perdu dans le froid.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

PAUVRE CHRIST
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Marco Valdo M.I.
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6 août 2015 4 06 /08 /août /2015 11:24

ON PART À L'ASSAUT, CE MATIN

 

Version française - ON PART À L'ASSAUT, CE MATIN – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson italienne - Stamattina si part all’assalto - I Gufi – 1965 (?)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

On part à l'assaut, ce matin.
J'ai peur, maman. 
Maman, je t'écris maintenant
Mais demain ? Je ne sais pas
On part à l'assaut, maman,
Avec en tête le lieutenant.
Combien n'en reviendront pas ?
Moi, j'espère que non… Maman.
On part à l'assaut, ce matin.

 

 

 
ON PART À L'ASSAUT, CE MATIN
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Marco Valdo M.I.
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5 août 2015 3 05 /08 /août /2015 22:05

La Bague de la Mère Morte

 

 

Chanson française – La Bague de la Mère Morte – Marco Valdo M.I. – 2015

 

ARLEQUIN AMOUREUX – 11

 

Opéra-récit historique en multiples épisodes, tiré du roman de Jiří Šotola « Kuře na Rožni » publié en langue allemande, sous le titre « VAGANTEN, PUPPEN UND SOLDATEN » – Verlag C.J. Bucher, Lucerne-Frankfurt – en 1972 et particulièrement de l'édition française de « LES JAMBES C'EST FAIT POUR CAVALER », traduction de Marcel Aymonin, publiée chez Flammarion à Paris en 1979.

 

 

 

 

Famille paysanne vers 1800

 

 

Lucien l'âne mon ami, il te souviendra que nous avions laissé notre Arlecchino tout à la joie du bel accord intervenu lors de la Paix d'Amiens. On était en 1802 et il était déserteur depuis deux ans déjà, à vagabonder au travers de l'Europe, tentant en réalité de rentrer chez lui en évitant de se faire remarquer. On l'avait laissé au sortir de la forêt, à l'entrée du village.

 

 

Mais quand -même on ne peut pas le laisser là éternellement, dit Lucien l'âne en riant rien qu'à l'idée de ce déserteur suspendu à quelques pas de chez lui.

 

 

Certes, l'entrée du village, c'est l'entrée du village et le paysage qu'on y voit est très familier. Bref, on se sent déjà chez soi ; mais chez soi, c'est encore autre chose… On y a vécu, dormi, grandi… Que sais-je ? On y a un toit, un lit, un coin à soi et même, de quoi vivre. Pour Matthias, alias Matĕj, Matys, Matysek, Mathieu, Arlecchino le déserteur, Arlequin amoureux, chez soi, c'est dans la maison, dans la ferme familiale, dans ce qui devrait être aussi son héritage. C'est à ce retour de l'Arlequin qu'est consacrée cette chanson.

 

 

C'est une histoire classique, dit Lucien l'âne, qui a fait l'objet de bien des chansons. Par exemple : Quand un soldat , la très jolie chanson de Francis Lemarque et l’inénarrable Adèle , que chantaient si drôlement les Quatre Barbus ou encore, La demoiselle de magasin . Et sans doute, bien des autres et dans d'autres langues.

 

 

Comme cela est arrivé à des milliers, si ce n'est des millions d'autres, notre déserteur de retour au foyer arrive à l'improviste et il va découvrir une situation nouvelle : entretemps, sa mère est morte, sa sœur est morte, il ne reste de la famille que son frère Lukas. Mais Lukas s'est doté d'une compagne et de la fille de cette matrone. Il faut bien faire tourner la ferme et seul, c'est seul. En fait, la chanson est tout entière consacrée à la découverte de la situation. En somme, un état des lieux, mais qui laisse transparaître certaines dérives embarrassantes. Matthias peut constater – de visu – qu'une puissante étrangère s'est emparée de la bague de la mère morte, un peu comme on s'empare des signes du pouvoir et a mis la main sur le faible Lukas. On dirait même qu'on n'espérait plus trop le retour du soldat.

 

 

C'est souvent le cas et parfois, l'aventure tourne au tragique et dans le fond, ce sera peut-être le cas. En attendant d'en savoir plus, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde oublieux, incertain, désolant et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Déserteurs, soldats

Même combat !

Il faut rentrer chez soi.

Ah ! Ça ira ! Ça ira ! Ça ira !

 

Une femme bien aimée, quand on en a,

Nous attend-elle ou ne nous attend-elle pas ?

A-t-elle trouvé un jeune homme avec des bras ?

L’agriculture manque de bras, tout le monde sait ça.

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

Pour le revenant, toute la question est là :

Être ou ne pas être

Par le chien, comme Ulysse, peut-être

Reconnu sous son propre toit.

 

Avant, il y avait Katerina

La puînée, tant aimée, de Matthias le soldat

À présent, elle n'est plus là, la bonne Katerina

Veuve et morte, la sœur d'Arlecchino le déserteur

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

Il reste Lukásěk, mon frère,

Mon petit frère bien-aimé, Lukas

Il a grandi avec Katerina et moi

On en était si fiers

 

Être ou ne pas être ?

Comme je n'étais pas là

Qui sait ? Mort peut-être

À force d'être soldat.

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

Lukas, lui, n'était plus seul sous notre toit.

Il y avait Barbora et sa mère opulente :

Des seins comme des balles ballantes,

Un fessier marchant comme deux oies.

 

Puissante, avide, conquérante,

Elle avait tout pris : les vaches, leurs pis,

La ferme, la terre et l'homme dans le lit

Et la bague de la mère morte de la fièvre ardente.

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

 
La Bague de la Mère Morte
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Marco Valdo M.I.
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3 août 2015 1 03 /08 /août /2015 21:48

La Maman Des Poissons

 

Chanson française – La Maman Des Poissons – Boby Lapointe – 1969

 

 

La maman des poissons, elle est bien gentille ! 

 

 

 

 

 

On se souviendra, mon cher ami Lucien l'âne, qu'on s'était promis et qu'on avait promis d'insérer ici-même deux chansons dans le bestiaire, suite à la version française des Animaux  que j'avais proposée.

 

 

Bien sûr que je m'en souviens et tu avais même dit – je cite de mémoire, mais de mémoire d'âne (la Comtesse, vers 1860, y avait d’ailleurs consacré tout un livre, aux mémoires d'un âne ; ah oui, la comtesse, la bonne âme, avait d'ailleurs eut l'honnêteté d'écrire : « Vous verrez enfin que lorsqu’on aura lu ce livre, au lieu de dire : Bête comme un âne, ignorant comme un âne, têtu comme un âne, on dira : De l’esprit comme un âne, savant comme un âne... »). Donc, de mémoire d'âne :

« Moi, elle m'a remis en mémoire deux chansons que j'aime beaucoup et qui trouveraient place elles aussi dans un bestiaire des chansons contre la guerre : l'une est une sorte de zoo à elle toute seule, elle s'intitule Les Éléphants et l'autre, à laquelle – comme on le découvrira – il est fait allusion dans la version française ci-dessous, s'intitule « La Maman des Poissons ».

et j'y répondais :

« Moi aussi, je les aime beaucoup les nouvelles chansons que tu annonces et j'espère qu'elles seront bientôt dans le bestiaire des Chansons contre la Guerre... »

 

 

Comme tu confirmes la chose, insérons, insérons. Cependant, mon bon Lucien l'âne mon ami, il est de coutume de trouver une justification au moment de l'insertion d'une chanson nouvelle dans ce site. Notons qu'on en a déjà une : on avait promis et nous, on tient nos promesses. Imagine le lecteur lointain, tout seul la nuit, attendant que nous lui présentions les chansons promises. D'accord, il en a déjà reçu une : Les Éléphants , qui jouèrent aux chars d'assaut dans la Rome antique. Ce n'est cependant pas une raison pour le priver de la seconde, qui est précisément cette « Maman des Poissons ». Une deuxième raison, outre le fait que l'auteur en est Boby Lapointe, natif de Pézenas, comme Molière, il y a que c'est une chanson très pacifique et surtout, qu'une fois qu'on l'a entendue, il y a de fortes chances qu'on ne l'oublie jamais. Pour ce qui est de trouver une raison raisonnable, on reprendra celle qu'avançait Raymond Queneau pour « justifier » le titre de ce très curieux roman de Boris Vian : « L'Automne à Pékin » en déclarant à peu près ceci : c'est un titre logique, vu que le roman se passe ni en automne, ni à Pékin. De la même façon, dans son apparence, cette maman des poissons ne dit strictement rien à propos de la guerre – ni contre d'ailleurs. Cependant, on l'a déjà dit ici, les meilleures chansons contre la guerre par nature n'en parlent pas, car la guerre est une situation qu'elles traitent par le mépris.

 

 

En effet, les meilleures chansons contre la guerre sont forcément des chansons de paix. Et puis, pour faire court, je suggère une maxime pour les CCG : « Une bonne chanson vaut mieux qu'une bonne guerre » et il en va de même, pour les mauvaises chansons… Alors, ayant ainsi sacrifié aux rite et coutume locaux, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde guerrier, militarisé, uniformisé et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 

Si l'on ne voit pas pleurer les poissons 
Qui sont dans l'eau profonde,
C'est que jamais quand ils sont polissons, 
Leur maman ne les gronde.

Quand ils s'oublient à faire pipi au lit, 
Ou bien sur leurs chaussettes, 
Ou à cracher comme des pas polis, 
Elle reste muette.

La maman des poissons, elle est bien gentille ! 

Elle ne leur fait jamais la vie, 
Ne leur fait jamais de tartine, 
Ils mangent quand ils ont envie, 
Et quand ça a dîné, ça redîne. 

La maman des poissons, elle a l’œil tout rond ; 
On ne la voit jamais froncer les sourcils ; 
Ses petits l'aiment bien, elle est bien gentille 
Et moi, je l'aime bien avec du citron. 

La maman des poissons, elle est bien gentille ! 

S'ils veulent prendre un petit vers, 
Elle les approuve de deux ouïes, 
Leur montrant comment sans ennuis, 
On les décroche de leur patère. 

La maman des poissons, elle a l’œil tout rond ; 
On ne la voit jamais froncer les sourcils ; 
Ses petits l'aiment bien, elle est bien gentille 
Et moi, je l'aime bien avec du citron.

La maman des poissons, elle est bien gentille ! 

S'ils veulent être maquereaux ,
Ce n'est pas elle qui les empêche 
De se faire des raies bleues sur le dos 
Dans un banc à peinture fraîche. 

La maman des poissons, elle a l’œil tout rond ; 
On ne la voit jamais froncer les sourcils ; 
Ses petits l'aiment bien, elle est bien gentille 
Et moi, je l'aime bien avec du citron.

 


Si l'on ne voit pas pleurer les poissons 
Qui sont dans l'eau profonde,
C'est que jamais quand ils sont polissons, 
Leur maman ne les gronde.

Quand ils s'oublient à faire pipi au lit, 
Ou bien sur leurs chaussettes, 
Ou à cracher comme des pas polis, 
Elle reste muette.

La maman des poissons, elle est bien gentille !

La Maman Des Poissons
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Marco Valdo M.I.
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