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22 août 2016 1 22 /08 /août /2016 22:52

TEMPO DE BERCEUSE

(ICI NOUS SOMMES ENTERRÉS POUR TOUJOURS)

 

Version française – TEMPO DE BERCEUSE (ICI NOUS SOMMES ENTERRÉS POUR TOUJOURS) – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson italienne – Tempo di Berceuse (Qui siamo sepolti per sempre) – I Gufi – 1969

 

 

 

Lucien l’âne mon ami, voici une chanson des Gufi qui me paraît fort proche et même directement inspirée de l’anthologie de Spoon River d’Edgar Lee Masters, comme en fera plus tard – deux ans plus tard – Fabrizio De André et comme je pense également que furent inspirées les Voix du Charnier [[44836]] d’Erich Kästner, plus de quarante ans auparavant. Dans tous les cas, ces épitaphes sont très critiques à l’égard du monde des vivants.

 

Oui, Marco Valdo M.I. mon ami, je les entends encore ces Voix du Charnier et aussi, les chansons de Fabrizio De André, du moins celles dont tu avais fait une version française – comme La Collina [[405]], Un Blasfemo [[36994]], Un Giudice [[45029]], Un Matto [[8630]], Un Medico [[36983]], tout comme le renvoi historique aux épigrammes, épitaphes grecs. Mais j’imagine que cette chanson des Gufi même si elle ressortit du même genre, se différencie des autres ; les Gufi étant ce qu’ils sont ; n’était-elle pas d’eux la chanson qui me fit tant rire « Poussez pas, on fout le camp comme vous ![[671]] ».

 

Tu te souviens bien, Lucien l’âne mon ami, ta mémoire est d’une grande fidélité, je le sais pour l’avoir si souvent expérimentée. Pour cette berceuse, car c’en est une, une berceuse pour le long sommeil sous la terre, les Gufi (les Hiboux, si tu préfères) n’ont pas abandonné leur ton mi-comique, mi-ironique, mi-sarcastique, un ton d’entre-deux, comme tu le vois. C’est donc un mort qui parle (un des enterrés là), mais pas seulement ; ils sont plusieurs cette fois, comme sur la colline d’Edgar Lee Masters et tous vivent leur mort dans la contradiction.

Le premier est un Allemand qu’on a enterré en le prenant pour un Anglais ;

Le second est Polonais qui prenait l’Italie pour le « pays où fleurissent les citronniers » et a trouvé le « pays où fleurissent (aussi) les canons [[1844]]» ;

Le troisième, un Étazunien, un noir du Mississippi très honoré d’être mort et enterré là avec les blancs.

La fin tient quant à elle de la science-fiction ou plus exactement, du roman d’anticipation qui se situe sur une Terre où la Guerre de Cent Mille Ans serait finie depuis longtemps ; depuis si longtemps qu’il faut raconter aux enfants de ce temps qu’il y a eu des guerres et leur expliquer ce que peut être une guerre.

 

Voilà, Marco Valdo M.I. mon ami, un bien heureux temps que celui-là. Mais comme j’entends, même en allant fort vite, il n’est pas pour demain. En tous cas, ce ne sont pas aux enfants d’aujourd’hui qu’il faut dire qu’il y a des guerres et que les humains assassinent avec une certaine obstination et en bandes. Alors, il ne nous reste qu’à continuer notre tâche et à mener à bien notre engagement de tisser le linceul de ce vieux monde catastrophal, belliqueux, guerrier, meurtrier et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 


Nous sommes enterrés ici pour toujours ;
Pour nous, le temps 
s’est arrêté ce jour.
On a pleuré pour nous,
On se souvient parfois encore de nous.

 

À peu à de pas d’ici, tout près,
À peu à de pas d’où,
Disent les autres, là où
« Nous reposons en paix »,
Les automobiles passent à toute vitesse
Sur la grand-route d’asphalte.

À la fenêtre arrière, on voit
Les enfants nerveux qui rient
Et sur le toit,

Le canot rouge ou les skis.
On aperçoit, derrière les pins, derrières les haies, discrètes,
Mille croix blanches
« Un cimetière militaire.

On pense, tant de morts ! »
Ensuite, 
d’un coup, on accélère
Vers le week-end et le port.

 

Sur ma croix, il n’y a pas de nom
À mon corps carbonisé sous un char, méconnaissable
Personne n’a pu donner de nom.
À l’examen des chaussures, l’unique élément reconnaissable,
On m’a déclaré « unidentfied British soldier »,
Soldat anglais non identifié.
Je faisais partie de la Wehrmacht ; en réalité,
Je suis de Berlin. Mon nom est Richard Gruber. 
Mes godillots étaient cassés,
J’avais emprunté ceux d’un mort oublié.
Elles servaient à tenir au chaud mes pieds. 
Finalementgrâce à eux, me voici :
Encore toujours parmi les vainqueurs, moi aussi.

 

Mon nom est Ian Piazinski.
Un 
début, une fin et deux dates.
Vingt ans entre ces dates.
La guerre m’a 
pris
Me chassant de la Pologne de mon cœur
En cette Italie, que j’avais toujours pressentie
Un pays de soleil, de chants et de fleurs
Et que j’ai vue par un terrible automne de feu et de pluie.
Je suis mort un jour, en novembre,
Touché par une bombe, par hasard.
J’ai vécu, sans avoir le temps de comprendre.

Je suis mort, sans avoir le temps de m’en apercevoir.

 

Charlie Wright est mon nom, toujours je riais,

Alors, on m’appela Smiley.
Pauvre nègre, je suis né sur les rives du Mississippi,
Traité à coups de pied, de crachats et de vexations

Par les blancs de mon pays.
Un jour, un homme blanc venu de Washington
M’a dit : « Ça suffit. Nous sommes tous égaux, 
Nous sommes tous frères,

Quelle que soit la couleur de notre peau.
Viens avec nous, frère nègre ! »
Je suis allé et, les gars, c’était vrai !
Je voyageais avec les blancs, je marchais avec les blancs,
J’ai eu l’honneur de mourir, avec les blancs !
Moi, Charlie Wright dit Smiley,
Pauvre nègre né sur les rivages du Mississippi
Et mort sur le bord d’un fossé,
Un jour de mars, en Italie.

 

Ce sont nos voix, entre mille autres,
Qu’entendent, la nuit, les arbres, la lune et les grillons.
Un jour nos croix tomberont
Et se confondront avec la terre.
Et avec la terre se confondront nos osselets,
Qui ne reposent pas encore en paix.
Sur les prés, viendront des enfants
Et parmi tant de questions d’enfant,
peut-être, aussi celle-ci : « Papa, c’est quoi la guerre ? »
Et alors, il faudra expliquer qu’un temps,
Mais il y a très très longtemps,
Les hommes se massacrèrent.
On rangea les hommes d’une tribu,
D’une ville, d’un État.

« C’est quoi un État ? »
Face aux hommes d’une autre tribu,

Ou d’un continent, 
D’une autre ville, d’un autre état, d’un autre continent
Avec des fusils.

« C’est quoi des fusils ? »
Avec des canons.

« C’est quoi des canons ? »
Avec des bombes.

« C’est quoi des bombes ? »
Ils se tuèrent. C’est ça la guerre.
« Oui, mais pourquoi papa ? Pourquoi ? »

 

Et alors pensifs, nous ferons silence.
Et, peut-être, alors nous saurons nous aussi, finalement, pourquoi. 

TEMPO DE BERCEUSE  (ICI NOUS SOMMES ENTERRÉS POUR TOUJOURS)
Marco Valdo M.I.
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15 août 2016 1 15 /08 /août /2016 23:16

CHANSON DU MIRACLE ÉCONOMIQUE

 

Version française – CHANSON DU MIRACLE ÉCONOMIQUE – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson allemande – Lied vom Wirtschaftswunder – Wolfgang Neuss – 1958

Pseudonyme de Günter Neumann (1913-1972), d’artiste polyédrique, cabarettiste, auteur-compositeur et pianiste.

Musique de Günter Neumann et de Franz Grothe (1908-1982), compositeur.


Tirée du film : « Wir Wunderkinder » – 1958 (Nous les enfants prodiges).

 

 

 

 

Allemagne du premier au second après-guerre. Le réalisateur Kurt Hoffmann transpose au cinéma un récit « Wir Wunderkinder » – 1958 (Nous les enfants prodiges) de l’écrivain Hugo Hartung (1902-1972) et, sur un ton pétillant et de cabaret (les scènes sont reliées entre elles par des chansons, en style brechtien), il raconte la montée du nazisme et ensuite la reconstruction de l’Allemagne après la guerre à travers des tribulations de deux protagonistes, Hans Boeckel (interprété de Hansjörg Felmy) et Bruno Tiches (Robert Graf), deux camarades de classe. Le premier est un journaliste honnête rencontrant beaucoup de difficultés sous le régime nazi ; le second est par contre un opportuniste intrigant qui fait carrière durant le Reich et ensuite, se livre au marché noir avec les Alliés et devient un gros entrepreneur. Mais un jour arrive le moment où il faut rendre des comptes.




Comme le racontait Horst Lommer dans ses Nürnberger Betrachtungen, la prétendue « dénazification » de l’Allemagne fut beaucoup plus de la propagande qu’autre chose. Par ailleurs, nous ne « défascistifiâmes » rien ou presque, il est vrai que dans les deux les pays les démocrate-chrétiens revinrent au pouvoir etse recyclèrent dans leurs rangs nombre de gens qui avaient (bien) vécu à l’ombre des régimes. On avait sauvé le statu quo du « grand péril rouge », au prix de quelque compromission avec ceux qui avaiensoutenu – ou au moins n’avaient pas dénoncé – le nazifascisme. La reconstruction de l’Europe Atlantique, soutenue par les généreuses subventions américaines, était une priorité qui ne pouvait pas se perdre dans des distinguos et des finesses : tout faisait farine. Ensuite le « miracle économique » des années 60 poussa les démocrate-chrétiens à coopter les sociaux-démocrates, pour se soutenir mutuellement et se partager l’appétissant gâteau ; en Allemagne, ce furent les « Große Koalition », inaugurées par un (ex-) nazi, le chancelier Kurt Georg Kiesinger ; en Italie, ce fut le « Centre-gauche » des divers gouvernements Fanfani (lequel avait beaucoup écrit sur la « Doctrine Fasciste » et avait été parmi les signataires du « Manifeste de la Race ») et Moro (qui pendant le fascisme avait été enseignant de « Politique coloniale » et avait activement participé aux « Littoriali » (Lictoriales), organisés par les Jeunesses Universitaires Fascistes).



Commentaire italien de Bernard Bartleby (Chansons contre la Guerre)

 

 

Dialogue maïeutique

 

 

Lucien l’âne mon ami, je pense que cette fois, tu ne me demanderas pas trop d’éclaircissements à propos du titre, ni de détails quant à la chanson et à l’histoire qu’elle raconte. Beaucoup a été dit par notre commentateur italien. Cela étant, il nous faut réfléchir au sens de cette histoire et à ce qu’elle peut signifier aujourd’hui. Et là, il y a des choses à dire.

 

Ho ho, dit Lucien l’âne en ouvrant des yeux comme des pupilles de chat à la tombée de la nuit. Je suis fort impatient de savoir de quelles choses il peut s’agir et aussi, de voir quels genres de commentaires cette chanson va t’inspirer. J’en ai bien une petite idée, mais tout en sachant que tu vas me bassiner de considérations à propos du miracle économique, je me dis que tu le feras d’une façon inhabituelle et c’est ce qui me turlupine – un peu. Ce sera sans doute – je le parie – dans le droit fil de ce qu’on peut deviner de l’ironie de la chanson, car il me paraît que cette chanson recadre les faits et situe – à sa manière – la résurrection économique de l’Allemagne dans un continuum, dans un flux issu des épisodes précédents de son histoire (et de la nôtre, conséquemment).

 

Tu as vu juste, Lucien l’âne mon ami, mais laisse-moi le temps de mettre mes lunettes. D’abord, car cette canzone est bien une parodie, elle est pleine d’ironie, amère sans soute, mais qui ne l’aurait pas été en voyant ce qui se passait alors en Allemagne. Par parenthèse, ce fut pareil dans tous les pays qui avaient fait partie de l’Axe (notamment, Japon, Italie) ou pour ceux qui dans les pays envahis s’étaient acoquinés avec l’occupant – marché noir, profits, fortunes, postes honorifiques, gratifications, sinécures, prébendes et bénéfices divers à des degrés divers. Bref, c’était « on prend les mêmes et on continue ». Ceci m’amène à une première réflexion concernant le titre du roman « Wir Wunderkinder » de Hugo Hartung et du film qui en est tiré par Kurt Hofmann. Cette réflexion porte sur la traduction du mot « Wunderkind », qui est généralement traduit par « enfant prodige ».

 

Voilà qui est intéressant, dit Lucien l’âne en approuvant solidement d’un mouvement vertical de la tête et de ses oreilles à contretemps. Mais encore ?

 

Mais encore ?, reprend Marco Valdo M.I. sans se soucier beaucoup plus de l’interruption. Mais encore ceci : j’ai l’idée qu’en français et dans le contexte historique de la chanson, il eût mieux valu utiliser le mot « prodigue », au sens biblique du terme. Autrement dit, il valait mieux évoquer des enfants qui reviennent et qu’on accueille à bras ouverts et « en tuant le veau gras », en faisant débauche de victuailles et de boissons et en passant pudiquement et soigneusement l’éponge sur le passé. Car c’est précisément e qui s’est passé en Allemagne et ailleurs. Il faut cependant distinguer les enfants, comme le fait implicitement la chanson. Car il y a plusieurs sortes d’enfants et il faut éclaircir une fameuse ambiguïté (sur laquelle repose l’ironie de la chanson) entre les enfants de l’Allemagne (les enfants du pays, de la patrie, laquelle est éternelle et amphibie, en ce quelle passe d’un régime à l’autre sans trop de distinction) et les enfants suffisamment jeunes pour ne pas avoir été impliqués directement dans les malversations et les crimes passés. Ceci, vois-tu Lucien l’âne, renvoie très exactement à mon problème de traduction du mot « Wunderkind ». Pour ce qui est des enfants : on aura les enfants « prodigues » qui ressurgissent du passé et les d’enfants « prodiges », ceux du présent. Encore que ce mot « prodiges » me semble sujet à caution, sauf pour les mères pour qui – par principe – tous leurs enfants sont des « prodiges ». Confondre les deux serait une terrible erreur, même si cette erreur fut volontairement orchestrée par les gens du pouvoir. Un discours dans le genre : « La patrie détruite a besoin de tous ses fils pour se reconstruire et retrouver sa prospérité d’antan. » Pour donner une dimension plus large à cette remarque, je te renverrais volontiers à quelques auteurs allemands de l’époque : Ernst Wiechert, Heinrich Böll, Hans-Magnus Enzensberger, Günter Grass et quelques autres sans doute, mais je ne suis pas une encyclopédie vivante et je ne peux te parler que de ce que je sais. Aucun de ceux-là n’a pu accepter cette Allemagne ventrue, mafflue, pesante et satisfaite d’elle-même, sans remords, plongeant sans l’ombre d’une conscience dans sa renaissance économique. Cette Allemagne recyclant sans vergogne – après (pour certains, mais pas pour tous) une sanction, une peine de prison que l’on qualifiera pudiquement de symbolique.

C’est ainsi qu’on a retrouvé à la tête des pouvoirs publics nationaux, régionaux, locaux, à la tête des villes, dans les partis politiques, à la tête des grandes entreprises, des grandes banques, des ministères, de la justice, etc, des gens qui avaient plus que collaboré avec le Troisième Reich, des gens qui en avaient été des acteurs et des responsables. Ce sont ceux-là les « enfants prodigues ». Quant au miracle économique – limité à l’Allemagne dite de l’Ouest, on sait qu’il fut le résultat des injections massives de capitaux et de prêts venant des Zétazunis, d’une mobilisation « patriotique », d’un réel effort populaire pour retrouver une vie plus confortable, d’une vraie compétence technique générale et d’une exploitation de la main d’œuvre, des réfugiés et de gens venant de régions plus défavorisées. Pour l’essentiel, ce fut le cas dans la plupart des pays d’Europe occidentale. Dans le cas de l’Allemagne, particulièrement, il faut ajouter qu’il y eut aussi le fait qu’elle n’a que très peu rendu ce qu’elle avait soutiré par la force aux pays occupés durant la guerre. Quant au miracle économique, tel qu’il est vu par la chanson, il est vu de l’intérieur, il est montré au niveau de la vie quotidienne, il est vu par un citoyen qui constate d’une part une extrême misère, qui n’est pas aidée ou secourue et de l’autre, la mansuétude à l’égard des anciens (?) nazis. Mais, je te laisse découvrir les détails en même temps que la chanson.

 

C’est bien ce que je disais, ce « miracle économique » n’en était pas un, il était simplement une restauration de l’ordre social tel que le rêve les riches. Quant aux nazis recyclés, il s’agit de nourrir les chiens de garde ; ce sont toujours les mêmes d’un régime à l’autre ; ce sont les piliers de tous les pouvoirs. Quant à nous, Marco Valdo M.I. mon ami, il nous reste à reprendre – miracle économique ou pas – notre tâche et tisser inlassablement le linceul de ce vieux monde peuplé d’enfants prodigues, oublieux, amnésique, amnistiant et cacochyme.

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Les rues sont remplies de solitude ;
Passe une auto, elle est très vieille,
Elle cliquette, elle avance de guingois.

Il n’y a pas de miracle après la guerre perdue
Les rideaux sont du carton et du bois,
Une mosaïque de papier couvre la clôture.
Celui qui veut fumer peut se servir lui-même.
Il n’y a pas de miracle après la guerre perdue.

 

Nous étions libres auparavant
Maintenant, nous sommes occupés
Le pays est divisé
Que faire à présent ?

 

Maintenant, nous avons le miracle économique. 
Maintenant, nous avons le miracle économique.
Maintenant, on a des carbonnades et du flétan fumé.
Maintenant, nous avons le miracle économique.
Maintenant, nous avons le miracle économique. 
Le ventre allemand se refait et est déjà vraiment rondelet ;
Le jambonneau a retrouvé son bon goût dans sa gelée.
Il n’y a pas de miracle après la guerre perdue.
On ne doit plus épargner le combustible, on peut rouler ;
Celui qui a des soucis, a aussi de l’alcool et même en quantité ;
Les magasins nous offrent à nouveau des produits de luxe ;
Les premiers nazis écrivent avec application leurs mémoires,
Car les éditeurs manquent de sens critique.
Il n’y a pas de miracle après la guerre perdue.
Il n’y a pas de miracle après la guerre perdue.

 

Car nous sommes aussi un pays appauvri
Et qui est pas mal détruit,
Nous montrons que nous sommes imposants.
Comme nous sommes flamboyants,
Nous faisons la bringue à nouveau.
Nous vivons haut haut haut haut haut plus haut !

 

Car nous sommes aussi un pays appauvri
Et qui est pas mal détruit,
Montrons que nous sommes imposants.
Comme nous sommes flamboyants,
Nous faisons la bringue à nouveau.
Nous vivons haut haut haut haut haut plus haut !

 

C’est le miracle économique !
C’est le miracle économique !

 

 

Certes, il y a des gens qui vivent encore aujourd’hui dans la saleté et le désordre,
Mais pour les enfants des nazis qui sont responsables de cette purée,
Notre État a beaucoup d’argent et chaque mois, il leur distribue des subsides.
Nous sommes une république non qualifiée.
Il n’y a pas de miracle, il n’y a pas de miracle.
Il n’y a pas de miracle après la guerre perdue.

CHANSON DU MIRACLE ÉCONOMIQUE
Marco Valdo M.I.
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14 août 2016 7 14 /08 /août /2016 22:00

CONSIDÉRATIONS NUREMBERGEOISES

Version française – CONSIDÉRATIONS NUREMBERGEOISES – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson allemande – Nürnberger Betrachtungen – Horst Lommer – 1946

 

 

 

 

À l’avènement d’Hitler, Lommer – comme une partie des intellectuels et des artistes – s’inscrivit au parti nazi et pendant des années, il travailla au théâtre en gardant un profil très bas. Mais à l’éclatement de la guerre, les choses changèrent et Lommer manifesta ouvertement son désaccord au travers de textes satiriques comme « Das Tausendjährige Reich » (« Le Reich millénaire »). Recherché par la Gestapo, en 1944, il fut contraint de disparaître de la circulation, caché dans la maison d’un ami jusqu’à la fin de la guerre.


Dans cette chanson – intitulée des « Considérations nurembergeoises » – Lommer parle du célèbre procès (1945-46) qui aurait dû « dénazifier » radicalement l’Allemagne et qui se réduisit par contre à un événement de propagande au cours duquel, entre les dénégations des prévenus, leurs « je ne sais pas », « je ne me rappelle pas » et « j’ai seulement exécuté les ordres » furent infligées seulement très peu peines exemplaires et une grande partie de la nomenclature nazie resta impunie ou presque. Je pense, par exemple, à des gens comme Hans Globke (1898-1973), un éminent juriste qui contribua à la rédaction de nombre des mesures liberticides et antisémites de Hitler, qui fut collaborateur d’Adolf Eichmann et ensuite devint directeur de la chancellerie fédérale allemande sous Adenauer ; ou à Kurt Georg Kiesinger (1904-1988), proche collaborateur de Goebbels et devenu ensuite chancelier allemand entre 1966 et 1969 ; ou à Hans Karl Filbinger (1913-2007), nazi jusqu’à la fin – même s’il fut accueilli en raison de son appartenance précédente de « démocrate-chrétien » – et par la suite président du Bundesrat…

 

(texte italien de Bernart Bartleby – 2/4/2014 )

 

 

 

Dialogue maïeutique

 

 

Dis-moi, Marco Valdo M.I. mon ami, que peuvent bien être ces Considérations nurembergeoises et à quoi et à qui elles peuvent bien être rapportées ?

 

 

Tu fais bien de poser de poser la question de cette façon, Lucien l’âne mon ami, car, en effet, la réponse est double. Elle doit déterminer qui parle et de quoi on parle.

Commençons par le de quoi, par ce dont on parle : ce sont le procès de Nuremberg qui furent menés par un tribunal militaire international à Nuremberg en 1945-46 pour juger les responsables de la barbarie nazie, qualifiée de « crime contre l’humanité ». Certains ont tendance à l’oublier aujourd’hui et à vouloir en redorer le blason en minimisant les crimes collectifs et individuels qui en ont découlé. La chanson est une sorte de commentaire en marge de ces procès. Tout comme c’était le cas de « La Lorelei et le Svastika », que j’avais tiré des « Bananes de Koenigsberg » d’Alexandre Vialatte, un des journalistes qui avait été admis à suivre ces audiences.Il y eut des condamnations à mort, exécutées rapidement et par pendaison ; mais il y eut aussi des acquittements difficilement compréhensibles, car quand même, ces acquittés n’étaient en rien innocents (sauf rarissime exception). Ils avaient tous trempé dans l’affaire et – au temps de la gloire du nazisme – ils avaient tous assumé en toute connaissance de cause de hautes responsabilités qu’ils se sont empressés d’éluder dès que le vent a tourné.

 

 

En somme, c’était une bande de crapules prise la main dans le sac, qui par la menace et la terreur avait emmené tout un peuple dans le meurtre, la rapine, le viol, l’assassinat collectif, bref, la guerre. Il est important de rappeler que le premier crime nazi fut celui-là, cette coercition imposée aux gens d’Allemagne, cette tentative de les rendre tous complices de leurs pratiques criminelles. En finale, et c’était le cas à Nuremberg, ça permet de diluer les responsabilités dans l’ensemble de la population et de tenir l’argument que comme tous sont coupables, on ne peut quand même pas poursuivre certains et pas d’autres. C’était une fuite honteuse…

 

 

Lors du procès, il y eut pourtant une remarquable exception et une seule : l’ex-ministre des Armements et de la Production de Guerre du Reich (Reichsministerium für Rüstung und Kriegsproduktion) : Albert Speer, lequel déclara (et il maintint cette déclaration jusqu’à sa mort en 1981) qu’il devait assumer d’autant plus que les autres accusés se dérobaient et que le chef du gouvernement allemand s’y était soustrait devant le monde entier et le peuple allemand. Il ajoutait : « Dans la vie politique, il y a une responsabilité de l’homme dans son propre secteur. Pour celle-là il est évidemment entièrement responsable. Mais au-delà de cela, il y a une responsabilité collective lorsqu’il a été l’un des dirigeants. Qui tenir pour responsable du cours des événements si ce ne sont les assistants les plus proches du chef de l’État ? »

Autres considérations nurembergeoises D’abord, le choix de Nuremberg comme lieu de justice formelle était judicieux : c’était la ville symbole du nazisme, celle où se faisaient les grands défilés et rassemblements, la ville symbole du nazisme en tant que parti, mouvement, culture, bande criminelle et idéologie. Judicieuse aussi, l’idée de considérer la guerre, la guerre en tant quelle, c’est-à-dire la guerre d’État, la guerre militaire, la guerre d’agression, la guerre de conquête comme un crime contre l’humanité est établie à Nuremberg. Tout comme fut une excellente disposition de considérer (toujours à Nuremberg) tous les accusés comme directement responsables et solidairement responsables, à des degrés divers selon les cas ou le degré d’engagement. Tout comme à Nuremberg encore, il fut dit (mais malheureusement, ne faut pas appliqué) que l’appartenance et l’implication à un poste de responsabilité, même minime, au nazisme était en soi un crime.

 

 

Voilà pour les considérations, mais qu’en est-il de la chanson elle-même ?, demande Lucien l’âne.

 

 

Parler de la canzone, c’est en quelque sorte tenter de répondre à la question du « qui parle ? », dit Marco Valdo M.I. Celui qui parle est un des accusés, un des grands accusés, un des douze condamnés à mort et on peut éliminer Rudolf Hess. Reste les autres et parmi eux, l’idéologue du parti, le thuriféraire du führer, l’exaltateur de la théorie de la « race » : Alfred Rosenberg et il s’imagine ensemençant le sol allemand sous la forme du myosotis, fleur du souvenir et pourquoi pas, fleur de la conservation de la mémoire – en attendant le retour ?

 

 

Quelle horreur ! Mais il est vrai que certains y songeaient à cette époque et que d’autres y songent à présent. Enfin, on ne peut sonner le tocsin en permanence, ce qui n’empêche nullement de rappeler la nécessaire vigilance. Ce que nous faisons, avec nos moyens assez réduits quand nous tissons le linceul de ce vieux monde incertain, tanguant, branlant et cacochyme.

 

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

J’avance comme dans un rêve,
La paralysie me gagne,
Je n’ai plus de mémoire,
C’est comme un coup de théâtre.



Je suis sur la chaise du coupable
Comme Primadonna de l’Idée,
Je ne sais rien, suis-je somnambule ?
Suis-je un Premier ? Suis-je un prophète ?


Savais-je moi, main droite d’Hitler
Ce que sa main gauche pouvait faire ?
Étais-je son garant, étais-je son mandataire,
Étais-je un Infant dans l’État du Führer ?

 

 

Après tout, ce que je lisais en fin de compte,
Me donnait une horreur de la politique.
Une seule politique m’amuse,
La politique de l’autruche.

 

 

Ah, si le monde entier pouvait quand même être sujet
Comme Rudolf-Hess, à l’oubli profond
Alors, probablement autour de moi, on dirait
Il n’y a aucun fond à toutes ces accusations.

 

 

Et personne ne serait sur ma trace,
Je volerais hors de la cour internationale 
Et je fleurirais sur le sol allemand
Tel un myosotis charmant.

 

 

 

 

CONSIDÉRATIONS NUREMBERGEOISES
Marco Valdo M.I.
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9 août 2016 2 09 /08 /août /2016 19:42

LAVE REPASSE LAVE

 

Version française – LAVE REPASSE LAVE – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson italienne – Lavo stiro lavo – Giovanna Dazzi – 2010

 

 

 

 

 

 

 

La chanson, Lucien l’âne mon ami, tu le sais, n’est pas toujours un chant de gloire, un péan du guerrier vainqueur. Il est d’autres chansons qu’on ne peut méconnaître, même si – à première vue ou à première audition – elles ne concernent que des moments, des gestes ou des sentiments obscurs ou minuscules, des choses ordinaires, trop ordinaires pour être dites ou, a fortiori, chantées. Pourtant, on aurait bien tort de les ignorer et plus encore, de les mépriser. Ne fût-ce que parce que la Guerre de Cent Mille Ans s’y reflète dans ces moments, ces gestes, ces sentiments, ces choses plus sans doute encore que dans les autres, car ces instants, gestes, sentiments, choses ordinaires sont de loin les plus fréquents et les plus nombreux, de façon écrasante. Sous leur apparence anodine, ce sont des lieux de confrontation essentiels ; ils sont les véritables enjeux du combat, car ils fondent littéralement la relation de domination, ils sont le fondement et l’affirmation toujours réitérée de l’inéquité du monde.

 

 

Je suis parfaitement de ton avis, Marco Valdo mon ami, et je pense que c’est un point très négligé en raison notamment du goût de nos contemporains pour les informations sensationnelles, pour les grands nombres et pour tout ce qui a des allures de record. Mais dans les faits, tout cela se tient ; c’est le même principe de quantité qui mesure la richesse et qui accuse la pauvreté. Même si paradoxalement, seule la richesse peut payer l’objet rare, unique ou presque.

 

 

Certes, Lucien l’âne mon ami, mais seulement à raison de sa valeur marchande ; chaque caillou est unique, le plus minuscule et le plus anonyme et le plus banal des grains de sable est unique lui aussi. Rien me dira-t-on ne pourrait ressembler plus à un grain de sable qu’un autre grain de sable ; c’est vrai, mais en même temps, ce grain de sable est unique et ne ressemble à aucun autre. Dire cela, c’est mal connaître les grains de sable, c’est tout simplement faire preuve d’ignorance, de manque de finesse d’esprit et d’intelligence du monde. Il en est de même de la personne, du geste ou de la vie de la ménagère. On peut considérer que sa vie est banale et elle l’est, mais en quoi est-ce dérangeant ou méprisable. Il y a des milliards d’années que le soleil – unique dans le système qui nous inclut, mais vraisemblablement pas au-delà – va et vient, se couche, se lève avec une franche et insistante monotonie, il n’y a rien de plus banal et pourtant. Mais dans le fond, il vaudrait mieux que je parle de la chanson.

 

 

Il serait bien temps, tu n’en as encore rien dit grand-chose, Marco Valdo M.I. mon ami et moi, j’aimerais quand même en savoir quelque chose.

 

 

Eh bien, comme tu pouvais t’y attendre avec pareille introduction, c’est l’histoire d’une ménagère racontée par elle-même. Une dame qui se lamente du sort qui lui est fait, de la monotonie des jours et de ce sentiment d’esclavage qu’elle finit par ressentir ; en quoi, elle n’a pas tort si alors que ce travail est indispensable et rythme le quotidien – exactement comme le soleil dans sa grande banalité, autour d’elle, le monde et ses proches n’en reconnaissent pas l’essentielle unicité et méprisent à la fois, ces tâches et celle qui les accomplit. On comprend qu’elle râle, mais à mon sens, à tort et c’est ce qui la rend malheureuse.

 

 

Comment ça, à tort. N’a-t-elle pas raison dans sa dénonciation et dans sa protestation ?, dit Lucien l’âne interloqué.

 

 

Bien sûr qu’elle a raison de protester, de râler, de tempêter et de revendiquer ; là n’est pas la question ; surtout, si on la maintient dans ce rôle, si on la réduit à ces travaux qu’en même temps, on méprise et on se refuse à faire. Elle a raison, mille fois raison ; enfin, pas uniquement. Il y a aussi qu’elle a tort d’adopter, d’accepter le point de vue des autres sur ce qu’elle fait et sur ce qu’elle est. Je résume : elle est tout ce qu’elle fait en plus d’être elle-même ; il n’y a pas de raison qu’elle en démorde. Il en va des tâches simples de la même manière que du soleil, elles sont banales, répétitives et cependant, sans elles, le monde ne pourrait pas exister ; elles sont le sel de la vie bien plus que les exploits guerriers ou sportifs, dont certains se glorifient. Ainsi, dit-elle : Je lave, repasse, lave.

 

 

Oh, Marco Valdo M.I., on pourrait discuter de ça encore longtemps. Mais, laissons pour cette fois, il nous faut retourner – nous aussi – à notre tâche, minuscule et répétitive et tisser, tisser, Marco Valdo M.I. mon ami, comme les canuts et comme les fileuses le linceul de ce vieux monde banal, assoiffé de gloriole, pénible et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien LaneJe lave repasse lave,

 

 

 

Je lave repasse lave,
Je suis membre de la famille,
Je lave repasse lave,
Même le chien me ressemble.
Je lave repasse lave,
J'accroche un bras à la poignée.

 

Fer à repasser, ordures, lessive :
Dès demain matin, je vais au syndicat.
Tu as tenté le coup : Deux euros de l’heure !
Moitié salaire pour un seul bras.
Anticalcaire, cuisine, lessive.
« Le pavement, je te le laisse trempé » (!)
Tu peux t'acheter le torchon. Deux euros de l’heure !
Fatiguée d'être seulement ce que je fais.

 

Je lave repasse lave,
J’arrête ma douleur avec une pastille.
Je lave repasse lave,
Je fais tomber la vaisselle.
Je lave repasse lave.
Une personne qui me conseille


Fer à repasser, ordures, lessive :
Dès demain matin, je vais au syndicat.
Tu as tenté le coup : Deux euros de l’heure !
Moitié salaire pour un seul bras.
Anticalcaire, cuisine, lessive.
« Le pavement, je te le laisse trempé » (!)
Tu peux t'acheter le torchon. Deux euros de l’heure !
Fatiguée d'être seulement ce que je fais.

 

 

 

 

LAVE REPASSE LAVE
Marco Valdo M.I.
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4 août 2016 4 04 /08 /août /2016 11:44

CHAQUE JOUR

 

Version française – CHAQUE JOUR – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson allemande – Alle Tage – Ingeborg Bachmann – 1952

 

 

 

 

 

Cette chanson, Lucien l’âne mon ami, m’a demandé beaucoup de temps, car j’ai dû m’y reprendre à plusieurs fois pour établir ma version française – celle qui me permet de comprendre.

 

De comprendre ? Je ne te comprends pas, Marco Valdo M.I. mon ami. Dois-je comprendre qu’au départ, tu ne comprends pas ?

 

En effet, Lucien l’âne mon ami, c’est bien ça. Je te rappelle – je sais parfaitement que tu le sais, mais il y a d’autres qui peuvent ne pas savoir – je te rappelle donc que hormis le français, je ne connais aucune langue et que si je « traduis », c’est pour comprendre ce qui s’offre à mon regard comme un rébus. Passons sur le fait qu’à la longue, les choses sont plus faciles et que je finis quand même par pouvoir déchiffrer plus aisément certaines langues. L’italien, par exemple. De là à dire que je connais vraiment la langue de Carlo Levi, il y a de la marge.

 

Soit. J’imagine, Marco Valdo M.I., que les choses se présentent ainsi : devant toi, il y a un texte que tu ne comprends pas ou que tu ne saisis pas complètement.

 

C’est exactement le cas. Donc, c’est de faire la version française qui me permet de comprendre ce que j’ai devant moi. J’insiste sur le faire, sur ce travail particulier, sur cette manipulation des mots et des idées et des sensations et de certaines intuitions ; vue ainsi, la « traduction » est une recréation. Je ne pars donc pas d’une « science » préalable que j’appliquerais à ce qui est là donné, mais bien de mon « ignorance » pour m’éclairer – moi, tout le premier – quant au sens de ce que je découvre ainsi et pour assurer mon savoir nouveau, je lui donne une forme, je le transforme en un objet qui me satisfait. Avant d’en terminer avec ces considérations personnelles, je voudrais revenir un instant sur la question de la rime. Question, à mes yeux, essentielle en ce qu’elle est intimement liée à la musicalité du texte poétique. Verlaine ne critiquait la rime que pour mieux la magnifier. La rime, c’est le bâton du poète ; elle l’aide à marcher. Cependant, en qui me concerne, elle a un autre rôle, c’est qu'elle contraint à réfléchir le texte, à en reconstituer une image dans un autre miroir, à le soumettre à certaines torsions particulières, à le plier dans tous les sens et à chercher des mots, à tourner les phrases.

 

En somme, dit Lucien l’âne, si j’ai bien suivi, la rime force à donner place à la forme ; elle contraint à l’esthétique de la pensée poétique.

 

Elle force, elle forge, elle martèle ; mais l’art du sculpteur – de bois, de pierre, de marbre ou de phrases, peu importe – impose de marteler. Ingeborg Bachmann, poétesse autrichienne de langue allemande, elle forgeait différemment.

 

J’aimerais, dit Lucien l’âne en souriant, Marco Valdo M.I. mon ami, que tu me parles un peu de cette poétesse et puis aussi, de cette chanson.

 

C’est ce que je comptais bien faire, mais cette introduction était nécessaire, précisément, car il s’agissait d’un poème d’Ingeborg Bachmann, laquelle menait un combat littéraire assez éloigné de la forme de la chanson telle que je la pratique – forme qui se réclame de l’aède aveugle et nécessite le martèlement du récit. Par ailleurs, il s’agit aussi de tisser, comme tu le sais.

 

Tisser et marteler, tisseur et marteleur, ce pourrait être une définition du poète, du chanteur de la langue. Peu importe la langue, d’ailleurs. Il me plaît de penser cela, dit Lucien l’âne. Mais, je t’en prie, continue.

 

J’en viens à Ingeborg Bachmann qui est une étoile apparue dans le ciel trop sombre de l’après-Reich. Ce n’est pas un hasard si elle s’est mêlée au Gruppe 47 (groupe 47), lequel – dès 1947 – s’employa à redonner une littérature à l’univers de langue allemande et une littérature allemande à la littérature mondiale.

 

Et il y est arrivé, dit Lucien l’âne.

 

Et comment !, poursuit Marco Valdo M.I. Dans ce groupe 47, on retrouve à peu près tout ce qui compte d’écrivains de langue allemande de la seconde moitié du siècle dernier, dont bien sûr, Günter Grass, notre guide dans ces histoires d’Allemagne. Pour les autres, je préfère ne citer personne, car la liste est vraiment longue et j’avoue mon ignorance, car je connais assez peu la plupart de ces auteurs.

Donc, Ingeborg Bachmann a écrit ce « Alle Tage » – « Chaque jour ». « Chaque jour » : d’abord, est-ce bien ce qu’elle voulait dire ? Aurait-elle préféré « Quotidien », comme je l’ai pensé ? Je ne le saurai jamais. Quand je l’ai eu mise en forme, « Chaque jour » m’a stupéfié en ce que cette chanson est celle de la quotidienneté de la lutte et de la résistance aux ordres. Elle m’est apparue comme familière, comme si Ingeborg Bachmann avait écrit le vade-mecum de la Guerre de Cent Mille Ans.

 

Mais, c’est chronologiquement impossible, dit Lucien l’âne en roulant des yeux comme des spirales lumineuses. « Alle Tage » a été écrit environ soixante ans avant la première ligne de la Guerre de Cent Mille Ans .

 

Oh, je le sais, dit Marco Valdo M.I. Je le sais que c’est anachronique, mais je considère quand même « Alle Tage » ainsi ou comme une glose. À moins que ce ne soit l’inverse, évidemment. Voilà tout.

 

Voilà tout, dis-tu, Marco Valdo M.I. mon ami. Ce tout n’est pas rien et il me plonge dans un abîme de réflexion qui ne me déplaît pas. Cependant, il nous faut, nous aussi, comme Ingeborg Bachmann le fit toute sa vie, tisser le linceul de ce vieux monde si peu poétique, plat, stupide et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

La guerre ne sera plus déclarée,

Elle est seulement continuée.

L’inouï est devenu quotidien.

Le héros se terre dans un coin.

Le faible est envoyé à la bataille.

La patience est l’uniforme de l’heure.

La décoration, la pauvre étoile,

Espoir au-dessus des cœurs.

 

On l’attribuera

Quand plus rien n’arrivera,

Quand le feu roulant se taira,

Quand l’ennemi disparaîtra,

Et l’ombre de la protection éternelle

Alors couvrira le ciel.

 

On l’attribuera aussitôt

Pour la débandade des drapeaux,

Pour la bravoure face à l’ami,

Pour la révélation des secrets interdits,

Pour la résistance

À tous les ordres.

CHAQUE JOUR
Marco Valdo M.I.
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2 août 2016 2 02 /08 /août /2016 22:52

TOUTES LES ARMES CONTRE HITLER

 

Version française – TOUTES LES ARMES CONTRE HITLER – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson allemande – Alle Waffen gegen Hitler – Ernst Busch – 1941

 

 

 

Contre la Guerre

 

 

Weinert – Tucholsky – Brecht - Eisler

 

 

 

 

L’appel « Toutes les armes contre Hitler ! » fut écrit par le militant communiste allemand Erich Bernhard Gustav Weinert. Combattant dans les Brigades Internationales pendant la guerre d’Espagne, Weinert se réfugia ensuite en Union soviétique où, après l’agression nazie, il devînt l’initiateur et un représentant de premier plan du « Nationalkomitee Freies Deutschland » (NKFD), le Comité National pour une Allemagne Libre, une des principales organisations anti-nazies allemandes à l’œuvre pas seulement à l’étranger mais aussi en Allemagne.

Malheureusement encore souvent on 
croit généralement que le « Widerstand », la Résistance allemande au nazisme, a été un phénomène marginal, soit en raison du consentement populaire dont Hitler jouissaitsoit de l’impitoyable et efficace machine de répression de l’opposition intérieure
Ce ne fut pas vraiment ainsi, et le démontrent les histoires de Sophie Scholl, des Weiße Rose, de l’Edelweißpiraten, des Swings Kinder, Otto et d’Elise Hampel…

 

Réunion du NKFD (Comité national pour la libération de l’Allemagne) Assis à la gauche du général Walther Kurt von Seydlitz-Kurzbach (acteur de la bataille et de la défaite allemande de Stalingrad, condamné à mort par le Troisème Reich), se trouve le communiste Erich Weinert, auteur de cette chanson.


Il faut ajouter que les plus implacables ennemis d’Hitler se trouvaient parmi ses subordonnés, certains à ses côtés. Beaucoup d’officiers de haut rang du Wehrmacht avait pressenti très vite l’immense tragédie dans laquelle Hitler allait précipiter l’Allemagne et l’Europe et s’activèrent depuis 1938 pour chercher à renverser le national-socialisme. Des hommes comme le brigadier général Hans Oster, l’amiral Wilhelm Canaris, le chef d’État-major de l’Armée Ludwig Beck, le feld-maréchal Erwin von Witzleben travaillèrent sérieusement à organiser un coup d’État qui aurait pu conjurer la guerre mondiale ; ils furent trahis par l’indécision de nombre de leurs pairs, mais aussi par l’« apaisement » des Anglais et des Français qui n’avaient rien compris aux visées de Hitler et qui trop longtemps s’illusionnèrent de pouvoir le calmer et contrôler avec quelque « brimborion »…
Le front de l’opposition parmi les rangs militaires s’élargit ensuite énormément après le début des l’opération « Barbarossa ». Des militaires de carrière comme le colonel Henning von Tresckow comprirent immédiatement le danger de l’ouverture d’un second front et en outre, furent dégoûtés des massacres menés par les SS et les Einsatzgruppen en Pologne et en Union soviétique, se convainquant définitivement qu’Hitler n’était rien d’autre qu’un « chien furieux » à abattre sans retard. Tresckow, avec le colonel Claus Schenk von Stauffenberg, fut l’inventeur de l’« Opération Valchiria », le plan pour tuer Hitler qui malheureusement échoua en juillet 1944 : von Stauffenberg fut fusillé, Tresckow se fit sauter avec une grenade, mais Hitler ordonna que son corps soit brûlé dans le four crématoire du camp de concentration de Sachsenhausen, où il fit expédier aussi tous les membres de sa famille.



Après la défaite allemande à Stalingrad, beaucoup d’officiers prisonniers adhérèrent au NKFD. Des militaires aristocrates, comme le général Walther von Seydlitz-Kurzbach, et des conservateurs, comme le feld-maréchal Friedrich Paulus, s’assirent aux côtés de militants communistes – comme Erich Weinert – et mirent au point des plans de propagande pour augmenter les désertions dans le camp allemand et, même, ils offrirent aux Soviétiques – qui refusèrent – d’organiser et d’entraîner quelques milliers de soldats allemands prisonniers pour les joindre à l’Armée Rouge. Beaucoup de membres du NKFD combattirent avec des unités de résistants le long des frontières allemandes, d’autres – les soi-disant « troupes de Seydlitz » – furent effectivement infiltrés en Allemagne et presque tous connurent une fin terrible des mains de leurs compatriotes.



« L’assassinat doit être tenté à tout prix. Même si 
elle ne devait pas réussir, il faut faire une tentative de prendre le pouvoir à Berlin. Ce qui importe maintenant ce n’est pas tant l’objectif pratique du coup d’État, que de montrer au monde et à l’histoire que les hommes de la résistance furent assez courageux pour entreprendre le pas décisif. En comparaison à cet objectif, rien d’autre n’est important. » (Major-Général Henning von Tresckow)

 

 

 


Grondent par le monde, 
Leurs cris autoritaires. 
Sur leurs traces, le feu et les décès abondent. 
Leurs hordes amènent l’esclavage et encore
Les gibets, la destruction et la mort.


Par la tromperie, par l’escroquerie, 
Par l’assassinat, par les tueries, 
Ils ont déshonoré l’Allemagne à la face du monde. 
Ils ont volé et ont pillé tous les biens, 
Et ont chassé des millions de gens.

‎ 
Peuples du monde, 
Prenez les armes, 
Écrasez l’engeance fasciste. 
Vous soldats allemands, 
Libérez votre pays, en étouffant
Cette folie furieuse, qui répand le sang.


Frappez à mort les chiens qui vous ont précipités dans cette guerre

Et les peuples seront heureux et libres.


Retourne ton fusil 
Soldat trompé, mon ami. 
Des criminels règnent sur notre pays. 
Suivre ces führers est de la haute trahison, 
Insensée est la mort sur la berge de la Volga.


Viens de ce côté, 
Pas ennemi des ouvriers. 
Il n’y a pas trahison, quand on veut et on agit, 
Pour une Allemagne libre, quand le peuple s’unit, 
Et met fin à l’État nazi !

‎ 
Peuples du monde, 
Prenez les armes, 
Écrasez la bête immonde. 
Vous soldats allemands, 
Libérez votre pays, en étouffant
Cette folie furieuse, qui répand le sang.

 

Frappez à mort les chiens qui vous ont précipités dans cette guerre

Et les peuples seront heureux et libres.

 

 
 
TOUTES LES ARMES CONTRE HITLER
Marco Valdo M.I.
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1 août 2016 1 01 /08 /août /2016 14:34

TOUJOURS LENTEMENT

 

Version française – TOUJOURS LENTEMENT – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson allemande – Immer langsam – Max Ehrlich – 1943

 

 

 

Humor und Melodie, mis en scène en septembre 1943 
par des prisonniers dans le camp de concentration de Westerbork.

 

 

 

 

Écrite par Willy Rosen et Max Ehrlich pour le spectacle Humor und Melodie, mis en scène en septembre 1943 par des prisonniers dans le camp de concentration et de transit de Westerbork.
Interprétée par Max Ehrlich, avec Mara Rosen et Günther Witepski, dans une petite scène en carrosse située dans la période soi-disant « Biedermeier » (première moitié du 19ième siècle allemand), celui où, durant la Restauration, triomphait l’esthétique petit-bourgeoise. 

« Prenons-la vie avec calme, inutile de courir, nous avons encore plein de temps… », chantaient-ils joyeusement à Westerbork, devant Albert Konrad Gemmeker, commandant allemand du camp… En août 1944, Gemmeker mit fin à toute activité récréative des prisonniers… 
Pas même un mois après, Ehrlich, Rosen et beaucoup d’autres furent transférés à Auschwitz et à peine arrivés au camp, menés aux chambres à gaz.

 

 

 

Toujours lentement, toujours lentement,
Toujours en douceur
Nous avons beaucoup de temps
Il n'est pas encore l’heure
Toujours lentement, toujours en douceur
Alors soyons résolument calmes
Commençons par une pause
La hâte est inutile quand un carrousel nous entraîne.

Dans cette vie, on vient 
Assez tôt pour prendre le temps.

Toujours lentement, toujours lentement !
Nous avons encore le temps.
Ce n’est pas si loin !

 

 

TOUJOURS LENTEMENT
Marco Valdo M.I.
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31 juillet 2016 7 31 /07 /juillet /2016 21:34

SOCRATE GITAN

Version française – SOCRATE GITAN – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson espagnole – Un Sócrates gitano – Olga Manzano y Manuel Picón – 1978

Paroles et musique de Manuel Picón

 

 

 

 

 

Voici, messieurs, ici présent
Ce Socrate gitan,
Qui se baigne dans l'eau-de-vie
Et dans les odeurs des gens
Des bars et des barques.

 

Je leur vends les vérités

Apprises sur les routes.
Il n'y a pas meilleur dieu pour semer

Que la sueur mouillant le blé.
Il n'y a pas meilleurs hommes que les hommes

Qui donnent abri à d'autres hommes.
Il n'y a pas meilleures mamans

Que les femmes qui aiment leurs enfants.

 

Il n'y a d'autres guerres que les guerres que tous ont perdues.
Et, va là, guitare, dans des mouchoirs rouges tenue.
Il n'y a pas meilleures bouches

Que les bouches qui ont embrassé d'autres bouches.
Il n'y a pas meilleures bouches

Que les bouches qui ont embrassé d'autres bouches.


Voici, messieurs, chantant,
Des mots en sa gorge noués,
Ce poète priant
Pour les gens habillés
De vin renversé.

 

Le ver qui mue en papillon se transforme .
Le peintre de deux couleurs peint le monde et une rose.
Et, le tyran, même entouré d’uniformes,
A un arbre qui l'attend avec un nœud et un corde.


Peu à peu, toujours, l'histoire règle tous ses comptes.
Va là, guitare libre, comme un oiseau des contes.
Horizons, toujours lointains, mon dieu ! Comme j'ai vécu.
Horizons, toujours lointains, mon dieu ! Comme j'ai vécu.


Je leur vends les vérités, toutes

Apprises sur les routes.
Il n'y a pas d'autres hommes que les hommes

Qui donnent abri à d'autres hommes.

 

 
SOCRATE GITAN
Marco Valdo M.I.
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31 juillet 2016 7 31 /07 /juillet /2016 15:07


Le Parti des petits Lapins

 

 

Chanson française – Le Parti des petits Lapins – Henri Tachan – 1982

 

 

 

 

 

Lucien l’âne mon ami, si je pensais un instant que tu ne connaissais pas Henri Tachan, je me lancerais illico dans une longue histoire à propos de ce chanteur que je connais depuis longtemps. Mais voilà, je sais que tu le connais et qu’il n’est pas nécessaire de te tresser une biographie. Cependant, il me paraît utile de dire deux trois choses à propos de cette chanson. Sans doute, Henri Tachan devait avoir dans l’oreille ou dans un coin perdu de sa mémoire, le souvenir d’une chanson de Pierre Dac et Francis Blanche qui portait un titre fort proche de celui-ci : Le Parti d’en rire et qui abordait l’univers politique avec une forte dose d’acide ironique. Tachan est lui aussi sceptique que ces deux-là et que par exemple, Georges Brassens. Cela dit, à lire son titre, on dirait une chanson enfantine ou une chanson pour enfants – et elle l’est assurément.

 

Et pourquoi pas ?, demande Lucien l’âne. Pourquoi ne le serait-elle pas ? C’est très bien de faire des chansons pour les petits enfants.

 

De fait. Note, Lucien l’âne mon ami, et la chose te plaira que le même Henri Tachan avait fait une chanson sur La Chasse, que je trouve pas piquée des hannetons et qui prenait le parti des animaux face aux bourreaux en mal de loisirs actifs. Ici aussi, il prend le parti des animaux – et m’est avis que s’il avait connu la Déclaration Universelle des Droits de l’Âne, il l’aurait adoptée. D’ailleurs, quand on la lit, on a bien envie d’être comme toi, un âne.

 

Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, voilà qui fait plaisir. Malheureusement, ce n’est donné à tout le monde d’être un âne et le devenir est très difficile et comme je le sais d’expérience, fort périlleux. Mais je suppose qu’il ne dit pas que ça dans sa chanson.

 

Il s’annonce également comme rallié au parti des lapins, des enfants, des vieux, des fleurs et définitivement incurablement hors système. En somme, Henri Tachan est un « en dehors », un « à l’écart » des chemins trop fréquentés, un qui – tiens, comme Brassens, encore lui – ne suit pas le droit chemin. Tachan – comme le lapin – se perd volontiers dans la luzerne.

 

Comme tu le sais certainement, c’est aussi une habitude des ânes, que de baguenauder et d’aller se perdre dans des endroits eux-mêmes perdus. Mais rassure-toi, Marco Valdo M.I mon ami, on s’y retrouve fort bien. Alors, écoutons la chanson et puis reprenons notre tâche et tissons (dans la luzerne ou à l’orée du village ou carrément dans le bois où l’on évitera soigneusement de déranger les papillons) le linceul de ce vieux monde chasseur, tueur, sacrificiel, religieux et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

J’ai ma carte, je suis au parti des petits lapins,

Depuis quarante ans, leur drapeau, c’est le mien :

Carotte rose sur fond de luzerne,

Ça ne fait pas fuir les badernes

Qui me traquent, une carabine à la main.

 

J’ai ma carte, je suis au parti des petits lapins

Qui finissent à la moutarde, au romarin,

En civet, à la casserole,

Ne croyez pas que ça me console

De ne pas vieillir dans mon champ de thym.

 

Ma vie,

Qui l’a choisie?

J’ai les mains vides,

Ils ont le fusil.

 

J’ai ma carte, je suis au parti des petits enfants

Qui ne veulent pas plus tard devenir grands,

Qui ne veulent pas jouer au facteur ;

Qui ne veulent pas jouer au docteur ;

Ni jouer au papa et à la maman.

 

J’ai ma carte, je suis au parti des petits enfants

Qui s’ennuient beaucoup au milieu des parents

Mais qui s’envolent sur l’aile

Bien tiède d’une hirondelle

Qui, pour eux, quelquefois fait le printemps.

 

Ma vie,

Qui l’a choisie ?

J’ai les mains vides,

Ils ont le fusil.

 

J’ai ma carte, je suis au parti des pauvres vieux

Entassés dans ces fourrières de banlieue,

À l’hospice, à l’hôpital,

Mourir, c’est le moindre mal

Quand on est loin de chez soi, seul et vieux.

 

J’ai ma carte, je suis au parti des pépés, mémés

Qui n’ont plus personne à voir ni à aimer,

Même pas un bouquet de violettes,

Un chat de gouttière, une voilette ;

Que leurs souvenirs déjà embaumés.

 

Ma vie,

Qui l’a choisie?

J’ai les mains vides,

Ils ont le fusil.

 

J’ai ma carte, je suis au parti des petites fleurs,

Au parti de tout ce qui souffre et qui meurt,

Loin de leurs jeux olympiques

U.R.S.S. – Amérique,

Loin de leurs cliquetis d’armes vainqueurs.

 

J’ai ma carte, et je persiste et je signe,

Je suis incurable, je reste dans ma ligne,

Et je garde dans l’oreille,

Juste avant le grand sommeil,

Un violoncelle qui pleure la Mort du cygne.

 

Ma vie,

Je la choisis,

Je garde les mains vides,

Eux, le fusil !

 
 
 
 Le Parti des petits Lapins
Marco Valdo M.I.
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26 juillet 2016 2 26 /07 /juillet /2016 22:35

LE CHANT DU COMPROMIS

 

 

 

Version française – LE CHANT DU COMPROMIS (Hymne du Cabaret Cornichon) – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson allemande – Das lied dem Kompromiß – Max Werner Lenz – 1935

 

Paroles de Max Werner Lenz (1887-1973), acteur, réalisateur, cabarettiste et auteur suisse
Musique d’Otto Weißert (1903-1969), compositeur et directeur de théâtre allemand.

 

 

 

 

Cette fois-ci, Lucien l’âne mon ami, je t’amène une vraie rareté, une chanson quasiment introuvable et que j’ai transcrite à partir d’une photographie d’une revue publiée en 1954 à Zurich et qui reprenait des textes du programme du Cabaret Cornichon, à l’occasion de ses vingt ans. Je te rappelle qu’il s’agissait d’un cabaret monté en 1934 en Suisse par des artistes exilés allemands qui fuyaient le nazisme qui empestait leur pays. Cette chanson est en fait en quelque sorte l’hymne du Cabaret Cornichon, qui si j’ai bien compris, était chanté lors de chacune des représentations.

 

Voilà qui est fort bien, Marco Valdo M.I. mon ami, mais j’imagine que ce devait être un chant en allemand.

 

Évidemment, Lucien l’âne mon ami, mais en un allemand de cabaret et nullement standard ; peut-être, est une langue ancienne, je veux dire de ce temps-là – milieu des années 30 du siècle dernier ; peut-être aussi, un peu suisse. Bref, je t’en ai fait une version française, mais en quelque sorte au pif. Et si elle est fidèle quant au fond, elle peut parfois s’éloigner du pied de la lettre. Ce qui laisse la porte ouverte à toutes les remarques et corrections que toi ou quelqu’un d’autre voudra suggérer.

 

Oh, mais c’est déjà très bien ainsi, Marco Valdo M.I. mon ami. Mais j’aimerais quand même quelques mots de cette chanson de résistance de cabaret.


Pour ce qui est de la résistance de cabaret, c’est la manière dont les artistes de cabaret – genre fort développé et florissant à Berlin au temps de la République de Weimar, au temps où régnait là-bas une grande activité artistique et une grande liberté de mœurs – menèrent le combat contre la bête immonde. Après la venue au pouvoir des nazis, nombre de ces artistes ont fui et se sont exilés – en Autriche, en Suisse – pays limitrophes et de langue allemande où ils ont repris leur activité de résistance – souvent dans des conditions difficiles. Quant à la chanson, même si elle est d’une prudence de Sioux et d’une tonalité quasiment diplomatique, elle prend fermement position pour la république et la démocratie. Elle fait, en effet, l’éloge du compromis face aux héroïques postures ; en ce sens, c’est à la fois, une vraie chanson contre la guerre et une chanson de paix. Et le fait de la répéter, soirée de cabaret après soirée de cabaret, était déjà en soi une forme de résistance. Et puis, même en Suisse, en ces années-là, rien n’était sûr et spécialement en Suisse allemande, les pressions nazies étaient considérables.

 

Tu sais, Marco Valdo M.I. mon ami, comme toi, je comprends combien de courage et de volonté il a fallu à ces cabarettistes militants antinazis pour exercer cette forme de résistance. Imagine aujourd’hui, des artistes d’un pays de dictature, géographiquement proche de l’Europe, qui critiqueraient et dénonceraient le grand Turc tous les soirs et ridiculiseraient l’islamofascisme d’Erdoquoi, d’Erdoqui ? Ces gens-là ne seraient pas en sécurité et les pressions contre eux seraient considérables. C’est juste un exemple. Il en va de même pour tous les exilés qui pratiqueraient semblables activités, même avec une relative prudence. Ce qui me fait dire que nous, qui sommes pour l’instant dans une situation privilégiée, il nous revient de poursuivre inlassablement notre tâche et de tisser, comme ces cabarettistes de l’entre-deux guerres, le linceul de ce vieux monde brutal, héroïque, autoglorificateur, dictatorial et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 

 


Il y a une forme d’État, qui repose sur le peuple,
Qui aujourd’hui est calomniée dans le monde entier,

Mais en Suisse, elle resplendit dans sa forme la plus haute
Car chez nous, elle confine à l’idéal.
Cette forme d’État, que vous connaissez tous, 
On l’appelle la république et on la nomme démocratie.

 

Démocratie, c’est une chose populaire, 
Qui unit la circonspection à la tolérance. 
Si nous aussi parfois, nous braillons comme des fous , 
Elle nous unit tous, elle nous élève. 
Car chaque désaccord, chaque déchirure profonde, 
Sont infailliblement guéris par le compromis entre nous.


Les États qui ne connaissent pas le compromis, 
Nous traitent de démocraties méprisables, 
Car chez eux un seul règne et commande, 
Ils sont admiratifs d’héroïques postures. 
Ils mettent un couvercle sur chacune la déchirure, 
Car quand on veut être des héros, ainsi vraiment… 
Très certainement !

 

 
 LE CHANT DU COMPROMIS
Marco Valdo M.I.
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