Mardi 10 novembre 2009

Lù l'è mort, e mi sôn chi

Canzone léviane – Lù l'è mort, e mi sôn chi – Marco Valdo M.I. – 2009

Cycle du Cahier ligné – 63

 

Lù l'è mort, e mi sôn chi est la soixante-troisième chanson du Cycle du Cahier ligné, constitué d'éléments tirés du Quaderno a Cancelli de Carlo Levi.

 

Au fait, Marco Valdo M.I., dit Lucien l'âne polyglotte, on dirait du wallon le titre de cette canzone.

 

En effet, Lucien mon ami aux longues oreilles et aux naseaux luisants, ça ressemble à du wallon, mais en fait, je crois bien, qu'en réalité, c'est en quelque sorte comme du wallon du Piémont, je veux dire du piémontais. Je pense cela car il s'agit d'une phrase reprise à un texte de Carlo Levi, lequel était originaire de Turin et que sa famille (ses familles, car on a tous plusieurs familles ascendantes...) étaient dans la région depuis plusieurs générations. Mais quand même, ce sont deux langues parlées à mille kilomètres de distance... Et la ressemblance est frappante. D'ailleurs, tu le sais bien qu'il nous arrive souvent de lire un texte dans une des multiples langues régionales d'Italie et de le comprendre à première lecture. De le comprendre, pas de le traduire, j'insiste.

 

Bon, j'ai compris..., dit Lucien l'âne en souriant de son immense sourire, mais moi, j'ai un peu de mal à être sûr de ce que je comprends. Alors, cette phrase de la grand-mère veut bien dire : « Lui, il est mort et moi je suis ici... », n'est-ce pas.

 

J'ai bien l'impression que oui. Pour le reste, cette lamentation est en réalité tout autre chose, c'est un moment de révolte de notre guerrier-blessé-prisonnier, dont on devine qu'il est en prison pour des raisons un peu mystérieuses; à moins que ce soit la prison elle-même qui soit mystérieuse. Encore une fois, le texte se fait devant moi et je m'efforce de le comprendre...

 

En somme, dit Lucien lui aussi un peu perplexe et cela se voit dans son regard un peu hagard, tu t'efforces de te comprendre toi-même.

 

Il y a de ça, en effet, dit Marco Valdo M.I. Je crois que cela s'explique par le niveau poétique de l'écriture – poétique, je te le rappelle, veut tout simplement dire « le niveau auquel la chose, la phrase se fait », la poésie étant somme toute l'art de faire, le poète est un faiseur de phrases, un jongleur de mots. Mais je m'égare. Pour en revenir à la canzone, disons que notre ami emprisonné continue cette méditation que nous suivons depuis un certain temps et repense à des séquences de l'histoire humaine et aux racines violentes et destructrices de certaines tumeurs doucereuses et corrosives qui investissent le corps de l'Europe. C'est là aussi une partie de la Guerre de Cent Mille Ans.

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

Doux sourire, doux miel, douce eau

Pasqua, Pasquetta, Pasquino,

J'écris en prison :

"Spinoza tu m'enseignes que tristesse est diminution »

Répétition de mon expérience d'autrefois

Quelle amitié peut me ramener,

À marcher, marcher, marcher,

Sur ma route ancienne, à recompter mes pas,

À chercher dans la boue des souvenirs perdus

Les traces d'un ours cavernicole inconnu.

"Lù l'è mort, e mi sôn chi", disait ma Nonna,

Qui s'appelait, quel paradoxe, Grazia.

 

Doux sourire, doux miel, douce eau

Pasqua, Pasquetta, Pasquino,

Sans passé, je sais ce qui m'attend.

Des milliers d'années bancales

Cinq mille sept cent cinquante-quatre ans

Depuis la haute civilisation pastorale et patriarcale,

Trois mille ans depuis les héros d'Homère,

2700 et quelques années depuis les héros romains,

Et combien depuis les souriants et féroces dieux indiens

Birmans, chinois ou khmers.

"Lù l'è mort, e mi sôn chi", disait ma Nonna,

Qui s'appelait, quel paradoxe, Grazia.

 

Doux sourire, doux miel, douce eau

Pasqua, Pasquetta, Pasquino,

Tous assassinés par le doux Intolérant,

Le Civilisé, le Tendre, le Beau, le Gentil,

Le Christ est éternel, malgré les paysans de Lucanie.

Il veut imposer son testament délirant

Prélude aux croisades, aux persécutions.

Aux bûchers et aux massacres de l'inquisition.

Et le voici de nouveau là

Plaqué en croix sur la paroi.

"Lù l'è mort, e mi sôn chi", disait ma Nonna,

Qui s'appelait, quel paradoxe, Grazia.

 

Doux sourire, doux miel, douce eau

Pasqua, Pasquetta, Pasquino,

Son miel l'a mangé,

Depuis l'Empire romain

Pendant des siècles, ses rats ont rongé

Le monde des humains.

Sous la menace de la mort

Ses corbeaux l'étouffent encore.

Comment sauvegarder les futures générations

De cette corrosion, telle est la question..

"Lù l'è mort, e mi sôn chi", disait ma Nonna,

Qui s'appelait, quel paradoxe, Grazia.

 

Par Marco Valdo M.I. - Publié dans : Marco Valdo M.I.
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Dimanche 8 novembre 2009

ALDROVIT

 

Version française – ALDROVIT – Marco Valdo M.I. – 2009

Chanson italienne – AldroVive – Matteo Perdrini - 2006

 

 

Federico Aldrovandi, Aldro, 18ans, mourut à Ferrare à l'aube du 25 septembre 2005 entre les mains de la police, après avoir été arrêté alors qu'il rentrait chez lui un samedi soir avec ses amis. On laissa pendant des heures son corps sur l'asphalte, en cachant la vérité à sa mère, qui le cherchait. La version officielle parle de l'appel d'un résident, alarmé par le comportement du garçon, qui une fois arrêté se serait énervé. On ne sait si c'est vrai. La police nie la responsabilité de sa mort, soutenant que Federico s'est fait mal tout seul et serait mort suite à l'absorption de drogue. Les examens toxicologiques ont démonté la fable de l'overdose; les rapports des médecins parlent de nombreuses marques de coups sur tout le corps, des cercles violets des menottes à ses poignets... Sa maman raconte qu'elle a reçu en retour les vêtements de Federico complètement imbibés de sang, tandis que l'information est restée enterrée pendant des mois....

 

 

Comme une habitude.... Note incidente

 

« On laissa pendant des heures son corps sur l'asphalte, en cachant la vérité à sa mère, qui le cherchait. » : c'est exactement la même attitude que les carabiniers avaient eue lors de l'assassinat de Salvatore Carnevale en Sicile dans les années 50 du siècle dernier. (Voir – Salvamort – http://www.antiwarsongs.org/canzone.php?id=7734&lang=it).

 

Ce doit être une habitude chez eux, conclut Lucien l'âne sentencieux.

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

Vérité, je crie ton nom / pour ce qui ne devait pas arriver / pour ce qui n'est pas encore arrivé / pour que cela n'arrive plus jamais.

Moi la mort, je l'ai toujours imaginée

Vêtue de noir et encapuchonnée

Peut-être ne le croiras-tu même pas toi

La mort avait un uniforme bleu, cette nuit-là.

Ils étaient cinq ce matin-là

C'était l'aube d'une jour et d'une vie

Comment cela se passa, je ne me le rappelle pas

Mais dans cette rue chacun devint sourd, par magie

Je crie ton nom : Vérité

Et des personnes par milliers

Parcourent la ville en émoi

Pour voir si tu habites encore là.

 

Vingt-trois septembre et le soleil tape fort

Et leurs bastonnades ne tueront pas deux fois

On ne fait pas taire plus de huit mille personnes

On ne les ignore pas

Même si on ne veut pas les voir.

Et verrouillez vos portes

Et occultez vos vitrines

Nous crierons encore plus fort

Que quelque part nous en sommes certains

ALDROVIT

Je crie ton nom : Vérité

Et des personnes par milliers

Parcourent la ville en émoi

Pour voir si tu habites encore là.

Et vous uniformes ensanglantés

Cachés derrière un manteau

Vous ne retrouvez pas votre conscience

Peut-être est-elle dans votre matraque.

 

Et vous nous écrasez de coups

Et avec le sang aux gencives

Nous crierons encore plus fort

Nous sommes sûrs quelque part du' ALDROVIT

Dans ce courage qui nous porte ALDROVIT

En celui qui tient les yeux ouverts ALDROVIT

 

 

Par Marco Valdo M.I.
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Jeudi 5 novembre 2009

LES POÈTES



Version française – LES POÈTES – Marco Valdo M.I. – 2009

Chanson italienne – I poeti – Pierangelo Bertoli



Cette façon de voir les poètes et le poète ressemble fort à un règlement de comptes. Il est en effet de ces poètes de kermesse ou des gens aux prétentions poétiques qui le méritent...

Il en est d'autres cependant qui de la poésie sont de vrais amants et qui s'en vont de par le monde lançant leurs paroles aux vents les plus divers et ne participent jamais aux concours, ni ne se laissent aller aux discours culturels.... Léo Ferré les a chantés sous le même titre : Les Poètes – allez-y voir, c'est une tout autre façon d'envisager les poètes....



Les poètes sont poètes car ils écrivent des poésies.

Ils participent à des concours où on gagne des mensonges

De ces concours avec du salami, avec une médaille d'or

Ils ont le culot de t'expliquer que ce sont eux les poètes.

 

 

Le poète est un homme las qui s'éveille à mi-journée

Qui se met au balcon et jette un coup d'œil aux alentours

Inquiet et toujours incertain, il se traîne dans son antre

Café au lait avec les œufs que sa maman lui prépare.

Les poètes sont des fous qui ne payent pas le péage

Qui font semblant de comprendre quand ils écrivent “courage”

Mais s'il faut faire la guerre, le poète descend à la cantine

Fait l'amour à la serveuse et se tape la reine.

Le poète a des secrets qu'il ne dit à personne

Ce sont des formules de songe qui lui font vendre de la fumée

Avec ce t air un peu sournois, privilège de l'artiste.

Il aime les chats, boit du vin, oublie de compte du dentiste.

Les poètes sont le soleil qui réchauffe les espoirs

Des gens désespérés qui se nourrissent de blasphèmes.

Les poètes sont la mer qui encercle tout

Mais ils ont la peau trop claire et ils n'en font pas trop.

Les poètes sont poètes car ils écrivent des poésies

Ils participent à des concours où on gagne des mensonges

Ces concours avec diplômes et des discours culturels

Où ils gagnent le droit de ne pas être normaux.

Par Marco Valdo M.I.
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Jeudi 5 novembre 2009

L'âne anar

 

Chanson française - L'âne anar – Marco Valdo M.I. et Lucien Lane – 2009

 

 

Dis Marco Valdo M.I., dit Lucien l'âne en se dressant de toute sa hauteur et en faisant miroiter son poil noir, as-tu vu le message d'Alessandro, comme il est beau ?

 

J'ai vu, j'ai vu et j'en suis tout content, dit Marco Valdo M.I. C'est vraiment une belle histoire qu'il nous a racontée là et c'est tout à fait conforme à l'âne que tu es. Un âne anar, mais tous les vrais ânes sont anars.

 

Dis Marco Valdo M.I., dit Lucien l'âne en se tortillant un peu comme s'il était embarrassé par une importune mouche, si on faisait une canzone pour Alessandro. Ce serait drôle et sans doute, cela sauverait son merveilleux récit. Mais dans la canzone, tu mettras l'âne, Séraphine et même, Alessandro.

 

Allons-y... , dit Marco Valdo M.I.. Et comme on dit ici, à la guerre comme à la guerre....Ça vaudra, ce que ça vaudra...

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

Les ânes me sont sympathiques

Dit Alessandro

Ce sont des bêtes fantastiques

Dit Marco Valdo

Quand j'étais petit

Dans ce bourg de montagne, tout petit

Ce pays d'où je viens, en somme

Était une vieille personne

Qui s'appelait Séraphine

En route dès mâtines

Elle avait un âne tout blanc

Et jouisseur, un vrai épicurien

Il se refusait à faire et ne faisait rien

Il s'en allait tout le jour flânant

Un vieil âne anar

qui ne rentrait chez lui

Que pour manger et dormir à l'envi.

De son jeanfoutre d'âne anar

Séraphine s'enrageait

Mais pourtant, elle lui donnait

Un peu d'amour, la polenta et le pain.

L'âne anar mourut de vieillesse serein

Et il dort dans le terrain.

Où Séraphine l'a rejoint.

D'autres ânes sont venus depuis

Aussi trapus, aussi petits

Dans les montagnes escorter les troupeaux

Ils écartent les loups, ils portent les agneaux

Ils rêvent debout, ils contemplent les paysages

Et philosophent comme des sages

Et n'ont pas peur du noir.

De beaux animaux, libres, utiles et fiers

De vrais ânes anars

« Ni la carotte par devant, ni le bâton par derrière »

Par Marco Valdo M.I. - Publié dans : Marco Valdo M.I.
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Mercredi 4 novembre 2009

QUEL EN EST LE PRIX

Version française – QUEL EN EST LE PRIX – Marco Valdo M.I. – 2009

Chanson italienne – A questo punto il prezzo qual è – Ivan Della Mea

 

 

On peut aimer la vigne sur la colline

Le jeu des pierres mangées par le canal

Le pain rond, l'olive qui murit

Mais l'important est de savoir

À ce moment, quel en est le prix.

On peut aimer la maison sur la montagne

Qui rit vers la vallée

Entre les yeuses et les châtaigniers,

L'amour à l'ancienne

D'un homme constant.

Mais l'important est de savoir

À ce moment, quel en est le prix.

 

On peut aimer la paix légère

La souche qui chante dans la vieille cheminée,

La noix qui croque,

La gorgée de vin.

Mais l'important est de savoir

À ce moment, quel en est le prix.

 

Et je peux aimer

Le doute de dieu

Qui me prend le cœur

En regardant le soir.

Peur des étoiles,

Peur de terre.

Mais l'important est de savoir

À ce moment, quel en est le prix.

Et je peux aimer

L'envie bourgeoise

De l'homme fatigué qui laisse la guerre

Pour faire l'amour avec son grillon bavard.

Mais l'important est de savoir

À ce moment, quel en est le prix.

Et je peux aimer

La rage perdante,

L'étranglement d'angoisse de la ville,

Le cri solitaire:

Je rentre au pays.

À ce moment, rien ne sert de savoir

Il faut brûler tous ses vaisseaux.

Pour chaque épuisé,

Le prix est Guevara

C'est Inti Peredo,

Vietnam, Mariguella,

Ceccanti e Avola e Battipaglia

Brûle mon gars brûle

La lutte continue encore
Brûle mon gars brûle

La lutte continuera.

Par Marco Valdo M.I. - Publié dans : Ivan Della Mea
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