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18 février 2017 6 18 /02 /février /2017 13:36

DOCTEURS, MÉDECINS ET SAVANTS


Version françaiseDOCTEURS, MÉDECINS ET SAVANTS – Marco Valdo M.I.2017

Chanson italienne – Dotti, medici e sapienti - Edoardo Bennato – 1977

 

 

 

 

 


«Burattino senza filiMarionnette sans fils » est un album d’Edoardo Bennato sorti en 1977, dont on a vendu environ un million de copies. Il raconte les aventures de Pinocchio de manière métaphorique et propose une double clé de lecture : l’histoire de Carlo Collodi telle quelle et une exposition allégorique des personnages moderne. Toute la poétique de « Marionnette sans fils » est une métaphore du pouvoir, qui impose sa culture et sa notion de normalité, en repoussant et en opprimant celui qui s’éloigne des règles fixées et ose chercher sa vision du monde personnelle . Les morceaux de « Marionnette sans fils » sont presque tous centrés sur la réinterprétation des personnages de l’histoire en fonction du dualisme normal/anormal. Le thème fondamental de l’évolution de Pinocchio de marionnette à enfant devient, alors l’histoire d’un renoncement à sa nature et de son abandon à l’observance résignée des codes de la culture dominante.

 

Dialogue maïeutique

 

Lucien l’âne mon ami, sans doute connais-tu, toi aussi, les aventures de Pinocchio, aimable marionnette imaginée par Carlo Collodi, un auteur italien, toscan, florentin, connu à la ville et dans l’administration sous le patronyme de Carlo Lorenzini.

Et sans doute aussi, sais-tu combien ce petit personnage imaginaire est connu dans le monde et énormément apprécié par les enfants d’Italie.

Sans doute, sais-tu aussi, que face à Pinocchio, tous (ou presque) les adultes de la péninsule redeviennent de petits enfants, au moins pour un instant. Non qu’ils retombent en enfance et sombrent dans un gâtisme anticipé, mais bien au contraire, à ce moment, ils retrouvent une certaine fraîcheur d’esprit et disons, de cœur. Et, crois-moi, pour beaucoup, ce n’est pas rien.

 

Évidemment que je le connais ce petit bout de bois, à la tenue multicolore, qui devient un petit gars, tout comme moi, jeune homme intrépide et imprudent, je suis devenu l’âne que tu vois, déclare Lucien l’âne tout sourire.

Vois-tu, Marco Valdo M.I. mon ami, entre légendes sorties tout armées de la tête de personnages lunatiques, on finit tous par se connaître. Je le connais, c’est sûr, tout comme je connais le baron perché. D’ailleurs, il ne m’étonnerait pas que je le rencontre un jour ; c’est une probabilité assez forte, mais il est bien jeune. Enfin, jeune et récent, pour moi ; en fait, je veux dire exactement qu’il n’est pas dans le monde depuis longtemps.

 

À peine un gros siècle, en effet, dit Marco Valdo M.I. ; ça dépend comment on regarde.

 

Certes, Marco Valdo M.I. mon ami, cependant, je voudrais juste ajouter à ton premier commentaire que Pinocchio est quand même connu bien au-delà des frontières nationales de l’Italie et même, de ses extensions par émigration sur toute la planète.

C’est un personnage mondial ; il est devenu une célébrité et il est apprécié sur les sept continents, en ce compris celui qu’ils viennent de découvrir aux confins de l’Australie.

 

Qu’est-ce que c’est que cette histoire de nouveau continent ? Jusqu’à ce que tu m’en parles, Lucien l’âne mon ami, je n’en connaissais que six : l’Europe, où nous résidons, l’Afrique toute proche, l’Asie voisine, l’Amérique lointaine, l’Océanie encore plus éloignée et l’Antarctique à l’autre bout du monde.

 

C’est exact, Marco Valdo M.I., ton énumération est parfaite, mais il va falloir y ajouter dorénavant la Zealandia, située aux confins de l’Australie, qui par son nom rappelle sans doute la Zélande, notre voisine.

Un drôle de nom en passant que Zealandia, on dirait un mot valise ou un mot bâtard de Zeeland, où un géographe bègue hésiterait entre le Zee néerlandais et le Sea des Anglais. Mais maintenant, dis-moi, que dit de Pinocchio cette canzone, car toi, jusqu’ici tu ne m’en as rien dit ?

 

Comme tu t’en es sans doute rendu compte, Lucien l’âne mon ami, si tu connais un peu Pinocchio, c’est un personnage un peu turbulent et un peu innocent aussi. J’entends innocent, bien évidemment au sens où nous l’entendons par ici lorsqu’on dit de quelqu’un : « C’ti là, c’esse t-in innocînt ! » (Celui-là, c’est un innocent !) ou quelque chose du genre ; phrase qu’on peut aussi traduire en français banal par « C’est un demeuré ».

Pour la bonne bouche et la compréhension générale, on y ajoutera : abêti, hébété, bête, bêta, crétin, débile, déficient, obtus, benêt, abruti, brute, ahuri, ébaubi, ébaudi, niais, idiot, andouille, balourd, borné, bouché, imbécile, gourde, sot, patate, cornichon, bovin, nigaud, naïf, dadais, simplet, nouille, couille, couillon, tocard, bûche, pantin, nunuche, stupide, inintelligent, animal, godiche, lourdaud, baudet, rustaud, butor, béjaune, blanc-bec, limité, étroit, incapable, ganache, ignorant, ignare, inepte, inapte, insensé, diable, fêlé, retardé, chenapan, sacripant, filou, galopin, gamin, coquin, drôle, galapiat, polisson, fripouille, arsouille, fripon et plein d’autres encore, dont un célèbre entre tous à cause de son bonnet que j’ai omis par délicatesse.

 

Merci bien. Cela dit, Marco Valdo M.I. mon ami, je trouve que tu es un rien injuste avec ce brave (tiens, en voilà un que tu as oublié !) Pinocchio.

 

Mais pas du tout, Lucien l’âne mon ami, je pense que Pinocchio est comme ça au début et initiation par la vie aidant, il va échapper à cette triste destinée. C’est ainsi que Collodi l’avait envisagé.

Rappelle-toi quand même qu’à l’origine, ce devait être une histoire moralisatrice, comme l’était toute la littérature enfantine en vogue à cette époque ; dans sa conception, Pinocchio est plus proche d’Hector Malot et d’Edmondo De Amicis que de l’impétueux Gian Burrasca de Vamba, alias Luigi Bertelli – un de ses descendants littéraires, d’ailleurs tout aussi aimé et connu des enfants italiens.

Maintenant, je te présente ce que raconte la canzone. Je t’explique la chose.

La scène (celle que rapporte la chanson) raconte une séance de consultation, un colloque qui se déroule autour de Pinocchio, qui n’est manifestement pas conforme aux normes en usage et de ce fait inquiète toutes ces bonnes gens et la chanson rapporte les opinions émises par tous ces docteurs, médecins et savants à propos de ce jeune un peu distrait et vaguement audacieux.

En soi, il est un « problème ».

Tout ce beau monde y va de sa spécialité et de l’opinion correspondante. On dirait, tiens, un de ces colloques qu’on organise régulièrement dans notre société sénile pour trouver des solutions aux problèmes que lui posent les « jeunes » ou plus généralement, toute population dérangeante, en ce qu’elle diffère du modèle déposé, du citoyen doc, à dénomination d’origine contrôlée et de préférence, locale. Le dissemblable dérange nos bons gâticulteurs.

Le seul à ne pas vouloir de cette docte assemblée et de n’y voir aucune utilité, ni aucun intérêt, c’est évidemment Pinocchio. Non seulement, il voit dans cette sollicitude sénile une intrusion dans son monde personnel, mais en même temps et surtout, il ressent la chose comme une oppression insupportable et qui l’effraye. Alors, il s’enfuit laissant l’assemblée en plein désarroi.

Cette fuite et cette histoire me rappelle d’ailleurs très fort La Chasse à l’enfant, où les enfants révoltés et en fuite sont poursuivis par les « bonnes gens » ou encore le Charmeur de Rats (ou d’enfants), version française de la chanson allemande intitulée Der Rattenfänger.

 

Eh bien, Marco Valdo M.I. mon ami, je pense qu’on en a assez dit et qu’il est temps de reprendre notre tâche qui consiste à tisser, tisser encore et toujours, ora e sempre, le linceul de ce vieux monde sénile, menteur, brutal, débile, avide, ambitieux et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

Au nom du progrès supérieur
Le débat est lancé,
Tous viennent parler,
Les médecins, les savants, les docteurs.

 

Tous se tiennent autour du lit
De quelqu’un malade très gravement,
Et quelqu’un dit
Que ce malade est agonisant.

 

Si jeune, c’est un péché
Qu’il se soit ainsi desséché,
On donne alors la parole
Au docteur de l’école.

 

Je vous suis très reconnaissant
D’avoir été consulté comme praticien.
Pour moi, le cas est évident :
Celui-là est seulement un comédien.

 

Ce n’est vraiment pas de bon coeur,
Que je contredis l’estimable professeur,
Ce gars-là est un inadapté
Qui doit être interné !

Au congrès, ils sont plus de cent
Docteurs, médecins et savants,
À parler, juger,
Évaluer et diagnostiquer,
Et proposer des solutions
Pour le jeune en question.

 

Ce jeune est contaminé,
Je sais comment il doit être soigné !
Il est déjà trop infecté,
Il doit être isolé.

Je suis sûr et j’ai les preuves :
C’est un cas très grave.
Traitement radical
Avant qu’il ne finisse mal !

J’ai l’opinion contraire :
Pour moi, le cas est élémentaire.
Ce garçon n’a pas été militaire,

C’est un impubère !

 

Au congrès, ils sont plus de cent
Docteurs, médecins et savants,
À parler, juger,
Évaluer et diagnostiquer,
Et proposer des solutions
Pour le jeune en question.

 

Permettez une parole,
Je ne suis jamais allé à école
et
au milieu de gens importants,
Moi qui suis ignorant
Je ne devrais peut-être pas parler.
Mais après
tout ce que vous avez dit
Je me sens comme interdit,
Et donc avant que vous m’arrêtiez
Je dois hurler, et crier,
Je dois me prévenir,
Debout et fuis !
me si tous te regardent,
Allez, fuis… ! Fuis ! … Fuis !
Attrapez-le… gardes !
Il
s’enfuit ! ! !

DOCTEURS, MÉDECINS ET SAVANTS
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Marco Valdo M.I.
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15 février 2017 3 15 /02 /février /2017 21:48

 

FRANKENSTEIN

Version française – FRANKENSTEIN – Marco Valdo M.I. – 2017

Chanson italienne – Frankenstein – Mercanti di Liquore (Zoo)- 2002

 

 

Mon cher Lucien l’âne mon ami, j’espère que tu connais, au moins de réputation, le docteur Frankenstein, Victor Frankenstein, ce malheureux créateur d’une malheureuse créature, qui tous deux sont de malheureuses créatures de Mary Shelley, fille de l’écrivain de tendance anarchiste anglais William Godwin. Mary Shelley les – Victor Frankenstein et son monstre, plus une série de personnages annexes – avait mis au monde – si j’ose dire ainsi – lors de l’édition en 1818 de son roman « Frankenstein ou le Prométhée moderne ». Pour le cas où les détails te seraient sortis de la mémoire, ou pour assurer une compréhension plus immédiate du texte de la canzone, je résume l’affaire.

 

Je t’arrête là, Marco Valdo M.I. mon ami, car moi, j’ai connu tout le monde dans cette affaire. D’abord et avant tout, Prométhée, un bien brave jeune homme qu’il était lorsque nous avons voyagé ensemble dans les montagnes de Thessalie, il y a bien des temps et des temps. On était plutôt copains à cette époque. Après, il y a eu cette malheureuse histoire avec Zeus et puis, Prométhée buvait un peu trop d’ambroisie, puis de tous les vins qu’il pouvait trouver ; à la fin, il souffrait assez d’une sorte de cirrhose, qui le fatiguait beaucoup ; alors, arrivé à la fin de l’après-midi, il se tenait le ventre ; on voyait bien qu’il avait très mal ; il se couchait exténué et il dormait dessus, comme on dit, et le lendemain, il n’y paraissait plus rien, jusqu’à ce qu’avec Zeus, il se remette à boire. Fallait entendre les fariboles qu’ils pouvaient se raconter ces deux-là et puis, ils se disputaient souvent et violents avec ça ; ça cognait dans tous les coins, un vrai combat de Titans, quand ils s’y mettaient. À part ça, de braves garçons. Mary Shelley, c’est évidemment une autre époque. Je me souviens d’avoir fait une promenade avec elle – sur mon dos – dans les Alpes. C’est là qu’elle m’a raconté l’histoire de Victor Frankenstein et de son monstre. Cela dit, elle avait des idées un peu sombres, mais dans l’ensemble, c’était une bonne fille.

 

Donc, tu sais ce que docteur Victor Frankenstein avait comme idée fixe. Il voulait créer un nouvel homme à partir d’éléments disparates, de morceaux d’hommes. Il y est arrivé, mais son personnage avait comme un défaut, qui va lui gâcher l’existence et le conduire à de tristes extémités. Il était spécialement laid ; repoussant même. Il va suivre et poursuivre Victor Frankenstein et j’arrête là, ce qui se passe dans le roman de Mary Shelley est connu et de toute façon, se trouve dans ce roman. Pour ce qui est de la canzone qui nous intéresse ici, il s’agit d’une conversation entre ces deux-là : Victor et le monstre, comme il l’appelle, car moi, je n’ai jamais entendu d’autre appellation à son propos. En tous cas, pas un nom ou un prénom. Donc, dans la chanson, c’est le monstre qui parle à son créateur et il décrit le comportement des hommes à son égard et sans doute, à l’égard de tous ceux qui sont étrangers aux us et coutumes locaux. Comme tu le verras, il n’a pas une haute opinion de cette humanité.

 

Et je le comprends, dit Lucien l’âne. J’ai connu les mêmes attitudes à mon égard depuis que je suis âne. Je t’assure, Marco Valdo M.I. mon ami, l’humanisation de l’espèce humaine est encore à faire. Alors reprenons vite notre tâche et tissons, tissons le linceul de ce vieux monde triste, sombre, méchant, stupide, brutal, assassin et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

Remercions le ciel, monsieur Frankenstein, ici personne ne nous connaît vous et moi

Écoutez ce bourdonnement, monsieur Frankenstein, ce sont des rats bien-pensants, des rats.

Ils me regardent féroces. Leur vérité ne me convainc pas, elle ne me plaît pas,

Vous verrez que tôt ou tard, ils viendront s’en prendre à nous,

Nous étions affolés par la peur, monsieur Frankenstein, oh quelle nostalgie !

Aujourd’hui même vous, monsieur Frankenstein, vous n’êtes qu’une pâle doublure.

Leur vérité est une bêtise évidente et ils me regardent féroces

Vous verrez que tôt ou tard, ils s’en prendront à nous,

Ce sont des bêtes plus que vous, bien plus que vous.

Mieux vaut partir, monsieur Frankenstein, avant que la ville ne s’éveille

Car maintenant arrivent les marchands et leurs fils trop malins,

Nombreux et courageux comme des lapins, les ménagères, les vagabonds et les mondains.

Et tous à la chasse d’une frontière ou d’un éternel rêve

Qui les éloigne un peu de leur besoin, ce sont des bêtes affamées de bassesse.

Leur vérité est une bêtise évidente et ils me regardent féroces

Vous verrez que tôt ou tard, ils s’en prendront à nous,

Ce sont des bêtes plus que vous, bien plus que vous.

Nous avons tout le mal face à nous et tout le bien au cœur

Nous avons tout le mal face à nous et tout le bien au cœur

Nous avons tout le mal face à nous et tout le bien au cœur

Nous avons tout le mal face à nous et tout le bien au cœur.

FRANKENSTEIN
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Marco Valdo M.I.
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13 février 2017 1 13 /02 /février /2017 21:31

 

LA GUERRE AUX VIEILLARDS

 

Version française – LA GUERRE AUX VIEILLARDS – Marco Valdo M.I. – 2017

Chanson italienne – La guerra dei vecchiettiRemo Remotti

 

Récitatif

 

 

Le siècle que nous avons derrière nous est le Vingtième Siècle. Un siècle de sang, de mort, de sueur, de larmes. De douleur.

Il y eut la première guerre mondiale, quelques millions de morts dans une connerie. Avant, il y avait eu la guerre de Libye. Et ensuite, la guerre civile espagnole : trois années où les hommes se sont tués comme des bêtes féroces. La guerre d’Afrique. Et finalement, la seconde guerre mondiale. CINQUANTE MILLIONS DE MORTS. Vingt millions rien qu’en Russie. Six millions de Juifs : l’holocauste. Hiroshima. CENT QUARANTE MILLE MORTS CE MATIN-. Nonante mille morts à Nagasaki. Le jour sont débarqués les alliés, les Américains en Normandie, le D-DAY. Sauvez le soldat Ryan. En ce seul jour : TROIS MILLE MORTS. LÀ, SUR LA PLAGE.

 

 

 

 

Je suis un ex-colonel du Génie. Je suis un génie. On m’appelle Eugène. Je suis au repos, mais je ne me repose jamais. Je cogito ergo sum. Je pense. Et l’autre nuit, j’ai pensé. Une idée géniale m’est venue qui fera de moi un des hommes les plus célèbres après Einstein. Ils me donneront le prix Nobel pour la paix. J’irai aux Nations Unies exposer mon plan. Une bêtise. Un œuf de Colomb. Ça suffit ces guerres où nous envoyons tuer et se faire tuer ces jeunes dix-huit, vingt ans pour enrichir des pétroliers ou des banquiers internationaux. Dorénavant les guerres seront faites par les vieux !

« Quel âge avez-vous ? »
« S
eptante ans. »
« En avant, sous les drapeaux ! »

 

Ces vieillards que vous abandonnez dans les jardins publics en compagnie des chiens, des chats et d’autres animaux pour aller faire un voyage dans le monde l’été, dorénavant… un coup de pied au cul !

TOUS À LA CASERNE ! MÊME LES VIEILLES !

Les vieilles nous les mettrons toutes à la Croix Rouge. Nous les ferons marner ces vieillardes, putain !

Allez, la vieille, à la Croix Rouge !
« Ils tirent sur la
Croix Rouge ! »
« 
On s’en fout ! »C’est dans l’ordre des choses. Nous irons dans les hôpitaux, nous irons dans les hospices, partout. Tous les malades en phase terminale : tous kamikazes !
« Mais je suis mal ! »
« 
Putain, on s’en fout, tu dois mourir, et putain con ! Quelle euthanasie, euthanasie mon cul !

Quoi, vous voulez faire mourir votre petit-fils, qui y a dix-huit- vingt ans ? Allez vous faire enculer ! »

Il vaut mieux mourir d’un coup sur la tête, d’une balle dans la tête, que mourir sans couilles : dans un hôpital là, intubé comme un serpent après des mois de souffrances.

Monsieur Marinetti, le futuriste, disait « Les guerres, c’est la hygiène de l’humanité ». Une vilaine phrase, elle ne m’a jamais plu. Mais peut-être dans ce cas, elle pourrait quand même faire bon usage.

 

Et puis, ces guerres au front seront plus paisibles, comment dire ?, plus débonnaires.

Première ligne :
« 
Tirez ! »
« Et
sur quoi, je tire ? Je ne vois pas à deux mètres ! J’ai la cataracte. Et vous voulez que je tire ? ! ? ! »
«
Alors, lancez une grenade ! »
« 
OUI, bonne chance ! La grenade… j’ai l’épaule ici que je ne peux pas bougerAllez vous faire lanlaire ! »
« Mais que
faites-vous ? Vous vous chiez dans le froc ? Vous avez peur ? »
« Mais que
lle peur, je n’ai pas peur ! J’ai passé quatre-vingts ans, bordel ! De temps en temps, je chie dans mon froc ! Et quoi, vous ne le savez pas ? »

 

« Achtung achtung ! Un instant ! Frères, ennemis que faisons-nous ici, que sommes-nous en train de faire ? Traduisez un peu ! Achtung ! Ah À quoi joue-t-on ici ? Nous avons réussi à arriver à nos quatre-vingts ans et on va se massacrer comme un tas de cons ? On vous aime bien frères ! Venez ici que nous fassions la paix, embrassons-nous ! »

« Vous connaissez la dernière ? »
« Que s’est-il passé ? »
« Ils ont pris trois otages italiens. »
« Ah
les pauvres garçons… »
« Mais quels garçons ?
Ils ont septante, quatre-vingts, nonante ans… Tout le monde s’en fout ! Et ensuite, même s’ils les renvoient ces otages, nous, savez-vous ce que nous ferons ? Nous les remettrons à l’hospice ! »

 

 LA GUERRE AUX VIEILLARDS
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Marco Valdo M.I.
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9 février 2017 4 09 /02 /février /2017 20:07

Le bon Président

Chanson parodique de langue française - Le bon Président – Marco Valdo M.I. – 2017

inspirée par Eugène Pottier et sa chanson Leur Bon Dieu – 1884

 

 

 

 

 

 

L’autre soir, Lucien l’âne mon ami, j’ai reçu moi aussi la visite d’un revenant inquiet. Souviens-toi de la Commune, souviens-toi de Nuremberg, il est des massacreurs, il est des assassins qu’il vaut mieux arrêter avant qu’ils ne sévissent.

 

Un revenant, un fantôme, tu en as d’étranges visiteurs nocturnes ? Marco Valdo M.I. mon ami. Je me demande qui ça peut être et pourquoi tu en parles ici.

 

Il m’a dit : prends une de mes chansons et fais-en une bigarade contre ce gros balourd étazunien. Peut-être, lui demandai-je, veux-tu dire une arlequinade, une pasquinade, enfin bref, un pasquin. 

Et il m’incite plus encore : fais-en une moquerie, une raillerie, un brocard, une goguenardise, une ironie, envoie-lui des lazzi et des gros mots. Cet homme-là, me dit-il, est un sot. 

Un sot, dis-je, mais il est Président ? 

Ô, me répond-t-il, on peut être Président et sot, président et ambitieux, Président et menteur, Président et dictateur et même, la chose s’est déjà vue, demain, pourquoi pas, comme Napoléon le petit, Président et Empereur. 

Fais cela pour moi, car je ne le peux plus, n’étant plus, depuis si longtemps que poussière et ombre sur les murs et souviens-toi à ma mise en terre l’étoffe rouge et la noire même étaient mes bannières. Il me dit tout cela et voilà pourquoi, j’en parle ici. J’y suis bien forcé, si je veux répondre au vœu de cet ancien auteur.

 

Certes, dit Lucien l’âne un peu éberlué. Mais de qui s’agit-il ? Finiras-tu par me le dire qui était ce visiteur du soir ?

 

Bien sûr, Lucien l’âne mon ami, je te le dirai volontiers dans un instant, d’autant que lui ne risque pas d’essuyer les foudres de ce mannequin américain, de cet épouvantail à corniauds, de ce tordu d’envergure. Je te le dirai et même, je n’aurai pas un seul moment l’impression de le dénoncer, de faire du maccarthysme avec plus un demi-siècle de retard et même pas du trumpisme, version nouvelle de ce vieil art de la dénonciation et de la chasse aux sorcières.

Non, je ne le ferai certainement pas, car, comme il est dit plus haut, en son corps, il ne risque plus rien. Pour sa réputation et sa mémoire, il ne risque plus rien non plus, il a déjà tout entendu et plus encore. 

L’insulte-même ne l’atteint pas, il la prend pour un compliment quand elle vient d’un ennemi, fût-il Président ou se prît-il pour un Titan. Il avait du talent plus que je n’en aurai jamais, du courage à décourager l’obstination du répresseur, il avait l’ambition de dire au monde certaines vérités et il y est arrivé. Il avait été immigré en son temps, ici, sur l’île d’Albion et ironie du sort, pendant plusieurs années au pays d’Amérique où règne impudemment ce pseudo-Président.

 

Ça t’amuse, il me semble de me faire pareil rébus, Marco Valdo M.I. mon ami. Je crois bien cependant que je commence à deviner de qui il peut bien s’agir, mais je ne voudrais pas casser ton jeu. Continue.

 

Eh bien, Lucien l’âne mon ami, j’y reviens. Cent cinquante ans après, on le chante encore ; il a écrit le chant le plus célèbre de tous les temps, ce fantôme, vois-tu Lucien l’âne mon ami, peut-être même qu’un jour de son vivant, tu l’as croisé. C’était au temps de la Commune, celle de Paris, évidemment.

D’ailleurs outre cette chanson, il m’a recommandé de rappeler ici un passage de sa chanson la plus célèbre en insistant, a-t-il ajouté, tu en feras un avis au milliardaire qui se prend pour un tribun et s’il faut changer un peu mon texte, me concéda-t-il en clignant de l’œil et en hochant sa barbe, je t’en prie va-z-y, entre nous, pas de copyright, pas de droit d’auteur, pas de manigance d’argent.

J’ai donc fait ce qu’il a demandé et voici ce qu’il en est résulté :

 

« Il n’est pas de sauveurs suprêmes
Ni Dieu, ni César, ni tribun,

Hideux dans ton apothéose
As-tu jamais fait autre chose
Que dévaliser le travail
et les gens du commun
Dans les coffres-forts de ta bande
Ce qu
e les hommes ont créé s’est fondu
En décrétant qu’on le lui rende
Le peuple ne veut que son dû. »

 

Oh, dit Lucien l’âne, il me semble reconnaître comme une variation sur l’Internationale et même, j’en suis sûr. Mais ce mystérieux fantôme, je sais qui c’est maintenant. Il s’appelait Eugène Pottier.

 

C’est bien elle et c’est bien lui, dit Marco Valdo M.I. ; c’est bien lui qui comme François Villon (ces temps-ci, c’est péremptoire, il s’agit en prononçant le nom de ce poète méritoire d’éviter l’accent d’outre-Rhin) chez Wolfgang Biermann, hante mes nuits de pleine lune. C’est Eugène Pottier qui m’a soufflé cette chante-fable de circonstance.

 

 

Alors, Marco Valdo M.I. mon ami, il ne reste qu’à la voir, la voir et l’entendre – le jour où quelqu’un la chantera et puis à reprendre notre tâche sempiternelle et nécessaire et tisser, tisser, tisser encore le linceul de ce vieux monde malade de sa richesse, de ses ambitieux, de ses menteurs, de ses vantards, de ses milliards, de ses milliardaires en dollars et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

 

Au citoyen Donald Trump de New-York.

 

Président jaloux, sombre turlutaine,

Cauchemar de citoyens hébétés,

Il est temps, vieux croquemitaine,

De te dire tes vérités.

Tes invectives, tes sérénades vieillottes,

Font sourire les bonnes sœurs.

Bon Président des idiotes,

Tu n’es qu’un farceur.

 

Tu déclares sans qu’on t’y invite,

Face au monde ébahi,

Qu’à toi seul, foi de sybarite,

Demain, tu mettras au pas tous les pays.

Ton monde, en six jours tu le bâcles,

Ô tout-puissant républicain.

Président des miracles,

Tu n’es qu’un crétin.

 

Le Mur se fera par ton ordre.

Tu fais wa-wa tout le temps,

Comme un chien prêt à mordre ;

Tu fais peur aux petits enfants.

Tes ministres, tu les consacres,

Tu les soûles de tes grommelots.

Président des futurs massacres,

Tu n’es qu’un vieux sot !

 

On connaît tes masquarades

Et l’on te voit, perruqué,

Te pourlécher de fanfaronnades,

Faire ton numéro à la télé.

Tes discours sont des menteries,

Beaucoup de bruit pour rien.

Président des supercheries,

Tu n’es qu’un gredin.

 

Tu hurles, tu cries, tu éclates:

Rien pour les autres et tout pour toi !

Ton honneur tient tout dans ta cravate,

Tu ruineras les peuples et les États,

Tu conduis le monde de mal en pire,

C’est toi le fol en rut,

Président de ton Empire,

Tu n’es qu’une brute.

Le bon Président
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Marco Valdo M.I.
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5 février 2017 7 05 /02 /février /2017 14:35

FLEXIBLE

 

Version française – FLEXIBLE – Marco Valdo M.I. – 2017

Chanson italienne – Il flessibileBanda Putiferio – 2007

 

 

 

 

Travailler aujourd'hui : comment survivre ?


Un livre à plusieurs voix tente d’y répondre qui, à partir d’un projet commun, a impliqué des écrivains et des musiciens : une œuvre collective, née du désir de s’amuser et d’amuser, propre à dénoncer des situations qu’il y a seulement dix ans, nous n'aurions pas considérées comme acceptables.
Une chanson pour chaque récit, un récit pour chaque profession.
Le résultat est une anthologie chorale, ironique et coupante, et un cd à la musique simple et jamais banale. Nous entrons dans la vie de chauffeurs, de coiffeurs et de balayeurs, mais aussi de députés et de publicitaires, pour découvrir qu’au fond nous sommes tous, également, travailleurs. Et c’est vraiment à eux que ce livre donne un mot d’ordre : Attention ! Sortie d’ouvriers.

 

 

Dialogue maïeutique

 

Cette fois, Lucien l’âne mon ami, voici une chanson qui raconte la réalité quotidienne de millions de gens dans nos pays, de milliards de gens dans le monde. Je ne pouvais décemment pas la laisser passer sans la traduire, afin que nul n’en ignore.

On n’entend plus que ça : rentabilité, performance, élasticité, rendement, flexibilité, contrats souples, à durée déterminée, emplois fermés, temps (de travail) dilaté, report des congés, allongement de la journée (de travail), jobs multiples, retraite retardée, etc. J’arrête là, tout le monde a compris ce dont il s’agit. Il s’agit de raboter l’humain dans le robot et de rebouter le robot dans l’humain, de booster le travail et de bouter le travailleur hors de l’emploi. Comme on dit par ici, bouter et rebouter, c’est toujours travailler.

 

Tu as raison, Marco Valdo M.I., moi qui traîne mes sabots tout partout, je n’entends plus que ce refrain-là, sauf évidemment chez ceux qui en profitent et qui en tirent profit ou chez ceux qui par servilité et opportunisme, se rangent à leurs côtés.

 

Il n’y a rien là d’étonnant que certains chantent en fausset avec la voix de leurs maîtres, poursuit Marco Valdo M.I. ; ce sont ces gens pour qui, dès la plus petite école, le maître a toujours raison. Ils ont un tempérament canin. Ils vont même jusqu’à lécher les pieds et le lendemain, se laissent même aller à baiser les mains.

 

On ne fait pas ça chez les ânes, Marco Valdo M.I. mon ami, et même, on serait plutôt rétifs, plus disposés à ruer que de nous laisser enlicoler de plein gré. Oui, je sais « enlicoler » n’existe pas en français, mais sans doute, j’en suis même certain, tu as compris ce que j’ai voulu dire avec cet étrange néologisme où l’on retrouve les mots « licul et encoler ».

 

C’est étrange, Lucien l’âne mon ami, mais il me semble que tu as fourché ta langue encore une fois. J’imagine ce que tu as pu dire, mais pour m’en assurer, veux-tu répéter…

 

Ne me fais pas dire ce que j’ai dit, dit Lucien l’âne en riant. Disons en bref que nous ne nous laissons pas facilement emmener ni par-devant, ni par-derrière.

 

Cependant, dit Marco valdo M.I., la canzone aborde cette question de la flexibilité, d’une manière différente, d’un point de vue assez particulier. Comme chacun peut s’en rendre compte, cette fameuse et très répandue dans certaines sphères et par certaines gens qui y ont grand intérêt, cette flexibilité est un concept vague et dangereux quand on l’applique à autre chose qu’à la physique ou à la biophysique.

Cela dit et pour en revenir à la chanson, elle évoque – par la voix de son protagoniste – le discours que doit quasiment faire à chaque nouvel employeur, celui qui cherche un emploi et cela, quel que soit son âge, son sexe, son expérience, son passé professionnel.

On voit comment et combien dans les faits, dans la réalité d’aujourd’hui, on en est revenu au marché aux esclaves avec les sociétés d’intérim comme margoulins tentant de placer leurs marchandises humaines.

Et comme tu le sais, des sociétés marchandes d’esclaves, il y en a à tous les coins de rue et la plus grande de toutes, c’est la société publique qui poursuit les « sans-emplois » de ses foudres réglementaires.

Ici, dans la canzone, c’est pire encore, pour satisfaire aux exigences de ces dresseurs d’humains, aux réquisitions de ces apôtres de l’Arbeit macht frei !, l’esclave doit avoir l’échine souple, avaler la carotte par-devant et le bâton par-derrière et en plus, il lui faut dire merci, patron ! Ah, quel plaisir de travailler pour vous !. Voilà ce qu’elle raconte cette canzone.

Et ce personnage plein d'enthousiasme pour le travail obligatoire, ce nouvel esclave au zèle dithyrambique, c’est le flexible. Et comme on le verra, le flexible peut aussi bien être la flexible.

La flexibilité dans le travail est un destin auquel nul n’échappe.

 

Elle me plaît déjà bien beaucoup cette canzone, dit Lucien l’âne ; rien que d’entendre cette expression de zèle dithyrambique, j’imagine comme elle doit être baignée d’acide ironique. Écoutons-la et puis reprenons notre tâche, bénévole et volontaire, tissons, tissons le linceul de ce vieux monde esclavagiste, margoulin, avide, aride, absurde et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Je suis agile et bondissant,

Une imagination en mouvement.

Je suis utile et vibrant,

Je n'arrête jamais un instant.

 

Je suis flexible,

Un travailleur infatigable,

Flexible, Flexible,

Un manuel habile.

 

Je nettoie vos toilettes,

Je prends soin de vos liquettes,

Je respire même vos effluves

Et je ne crée pas de problèmes.

 

Je suis flexible,

Une travailleuse infatigable,

Flexible, Flexible,

Une manuelle habile.

 

Je ne me tombe jamais malade.

Quand vous partez en congé,

Je continue à travailler

Pour vous, qui avez un emploi fixe.

 

Un travail sûr

À la solde de messieurs

Un peu barbares et pas sûrs,

Mais assez généreux.

 

Je suis une jeune, une étudiante,

Une trentenaire, une immigrée,

Je suis une femme, une indigente,

Quinquagénaire ou licenciée.

 

Je suis flexible,

Une travailleuse infatigable,

Flexible, flexible,

Une manuelle habile.

 

Je ne me tombe jamais malade.

Quand vous allez en congé,

Pour vous, qui avez un emploi fixe,

Je continue à travailler.

 

 FLEXIBLE
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Marco Valdo M.I.
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4 février 2017 6 04 /02 /février /2017 20:35

PATRIE

Version française – PATRIE – Marco Valdo M.I. – 2017

Chanson allemande – VaterlandVorkriegsjugend – 1984

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lucien l’âne mon ami, il te souviendra de ce groupe punk-hard-rock du Kreuzberg qui s’appelle Vorkriegsjugend – Jeunesse d’avant la [prochaine] guerre et qui chantait Wir sind die Ratten – Nous sommes les rats.

 

Oui, oui, certainement, Marco Valdo M.I. mon ami, et toute cette histoire du Kreuzberg que tu nous avais fait connaître en plus. À cet égard, je pense que ce genre de combat contre les spéculateurs et les promoteurs immobiliers et les prometteurs de jours meilleurs mener au Kreuzberg – en pleine grande ville – par les squatteurs et plus au-delà par la suite, par l’ensemble des habitants du quartier dans les années 80 du siècle dernier, peut être rapproché des combats des paysans sans terre d’Amérique latine ou par exemple d’Italie.

En effet, c’est tout à fait parallèle et relève de la même logique de confrontation. Et ce n’est pas seulement une histoire du siècle dernier, c’est une histoire d’aujourd’hui. J’en prends exemple de ce que raconte notre ami Venturi dans son introduction à Dachau Express en italien où il dit ceci :

 

« la traduction a été faite intégralement à la main, en un laps de temps de deux mois, durant les moments libres du temps passé à m’occuper d’une chose assez singulière : une commune agricole occupée.
La raison de cette traduction à la main n’est pas une quelconque forme de snobisme, ou de primitivisme. Simplement, une commune ou un collectif agricole, jusqu’à peu est restée totalement dépourvu de courant électrique, ce pourquoi il aurait été impossible de se servir de n’importe quel appareil, tel un ordinateur, qui ait le défaut de fonctionner au courant. Étant donné que cette commune ou collectivité, formée de trois hectares de fonds agricole et d’un bâtiment d’exploitation, tous deux occupés (à compter du 7 février 2015), la
loi qu’a fait voter en grande pompe le gouvernement Renzi prévoit qu’il n’est pas possible de demander le branchement au réseau électrique, afin de (faire) respecter la légalité.

La légalité consiste, pour ces messieurs, à laisser un terrain de propriété communale (situé via del Guarlone, dans la zone de Florence Sud) totalement à l’abandon pour trente ans, en attendant l’instant propice pour vendre à quelque spéculateur, ou promoteur, ou constructeur d’immeubles de prestige. Et, par contre, un beau jour nous autres (je dis « nous autres » parce que ce 7 février 2015, j’y étais moi aussi, rigoureusement vêtu en paysan et avec les outils agricoles en main), nous l’avons occupé. Une série de gars et de filles d’un quartier populaire, deux ou trois vieilles épaves du passé (parmi lesquels le soussigné, justement), des réfugiés palestiniens de Gaza, autres immigrés. Et on a commencé à nettoyer, à sarcler, à refaire les serres, à nettoyer le puits, à retaper les oliviers qui y étaient, à planter des choux, pommes de terre, carottes, tomates, fèves, bettes, aubergines, fines herbes, piments rouges et tant d’autres choses. En vendant ensuite directement les produits à qui les voulait dans le quartier, sans passer par des marchés, de grandes surfaces et autres. Cet endroit nous l’avons appelé I’Rovo, « La Ronce » en Florentin, parce que lorsque nous sommes entrés, justement, il n’y avait que des ronces. Des tonnes de ronces. Ils parlent tant de « dégradation », alors qu’ils sont les premiers à la produire, ces messieurs, et en pleine ville. Un lieu totalement laissé à l’abandon et à la vente de drogue, par ailleurs bien tolérée par les autorités qui, ne désirant pas dans le centre historique-commerce-vitrine, le déplacent complaisamment dans les faubourgs. »

 

J’ai comme l’impression, dit Lucien l’âne, que les ronces ont refait de cette terre paysanne un terrain vague. En somme, c’est le Kreuzberg à la campagne ; c’est le même combat contre la gentrification des lieux de vie…

Mais au fait, que raconte la canzone, dont je vois bien qu’elle s’intitule La Patrie, ce qui me paraît un thème intéressant spécialement quand il s’agit de l’Allemagne divisée de ces années-là, de la partie fédérale, vue par les mêmes yeux.

 

Eh bien, dit Marco Valdo M.I., c’est certainement une chanson fort intéressante, notamment pour les raisons que tu évoques. Dans cette Allemagne replète, gonflée comme une baudruche par le Miracle économique, qui a fait appel – comme d’autres pays d’Europe – à des populations pauvres venues d’abord de ses propres campagnes et de ses zones économiquement en difficulté, puis à des populations immigrées de pays plus ou moins lointains, mais venus d’ailleurs que de l’Est de l’Europe dont encore pour quelques années, elle est coupée pour des raisons politiques, qui ont établi un solide mur et un efficace rideau de fer, afin de freiner les exodes, dans cette Allemagne boursouflée, le concept de patrie est très fortement marqué politiquement, plus encore qu’à l’ordinaire.

Pour percevoir le sens de la canzone, il faut se rappeler ce qu’est réellement la patrie.

 

Oh, dit Lucien l’âne, c’est là un spectre dont, en effet, on ne perçoit pas bien la nature. Selon comment on la regarde, elle semble changer d’apparence, elle est une sorte de caméléon nationaliste.

 

Effectivement, Lucien l’âne mon ami. Au fin fond du fond, la patrie est le lieu des pères, auquel par conséquent, au sens logique du terme, tout étranger est exclu.

Ne peuvent en vérité faire partie d’une patrie et vu les antécédents, d’une patrie allemande plus que de toute autre – il y a là une lourde hérédité – que ceux dont le père et si possible, les aïeuls et mieux encore, les aïeux, sont des nés natifs du pays, même si ce pays a changé de nom et de dimensions dans les siècles qui précèdent. C’est évidemment tout à fait farfelu, mais il y en a qui y croient et c’est précisément ceux-là que dénonce la chanson en jouant sur une opposition entre le pays rationnel où l’on vit sans qu’il y ait une référence à la naissance ou aux aïeux, d’une part et d’autre part, le pays passionnel des nationalistes, qui est lui clairement « la patrie ». Ce genre de définition du pays comme patrie avait déjà servi quelques dizaines d’années auparavant à liquider par trains entiers ceux qui n’étaient de « vrais Allemands », de souche, de sperme et de sang.

La chanson s’en prend à ceux-là qui – crânes rasés, têtes vides – s’en vont en bandes dans les quartiers, dans les rues, vers les places comme autrefois chasser l’étranger, le non-Allemand et même au besoin, l’Allemand résistant.

La chanson est une chanson de résistance qui se termine par un appel terrible :

 

« Levez la main contre la patrie,
Contre l’Allemagne, votre patrie ! »

 

Car pour ceux qui se définissent eux-mêmes comme les « rats » – reprenant l’insulte comme un titre d’orgueil comme aux pays de Gueldre, de Zélande, de Flandre, de Brabant, de Liège et de Hainaut, dans le passé, les Gueux avaient endossé ce manteau de honte, ce surnom méprisant « Gueux » comme un nom de combat face aux armées du pouvoir – l’heure est à la résistance car repoussent les plantes vénéneuses du nationalisme. C’est une chanson de colère.

 

Si je comprends bien, Marco Valdo M.I. mon ami, cette chanson jette un cri d’alarme, sonne le tocsin face au retour de la peste brune. Elle n’a pas tort et cette engeance pestiférée et pestiférante est toujours là aujourd’hui (plus de trente ans après) et pas seulement en Allemagne.

Méfiez-vous, marins, les vents changent !, disait déjà Isaac Asimov (The Winds of Change).

Alors, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde pestiféré, vénéneux, brun, nationaliste, patriotique, patriote et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Les hordes brunes se remettent en marche ;
Des hordes de têtes rases marchent ;
De nouveau fleurissent les meurtres
Allemagne, mon pays allemand,
Un bord brun enserre tes drapeaux maintenant !

C’est pour ça que je lève la main
Contre ma patrie
Et que s’élève ma main

Contre ma patrie,
Contre l’Allemagne, ma patrie !

 

Trompé, renié et maudit,
Ma patrie, je te le redis :
Ici seul celui qui a de l'argent, peut demander ;

Seul celui qui a de l’argent, peut commander.
À se demander quand ce peuple stupide va se réveiller.

C’est pour ça que je lève la main
Contre ma patrie
Et que s’élève ma main

Contre ma patrie,
Contre l’Allemagne, ma patrie !

 

Quand on a l’air différent, on est bon à jeter
Loin de tous les autres, à évacuer,
À purifier au Zyklon B dans les chambres,
Quelques malencontreux cadavres.

 

C’est pour ça que je lève la main
Contre ma patrie
Et que s’élève ma main

Contre ma patrie,
Contre l’Allemagne, ma patrie !

 

Levez la main contre la patrie,
Contre l’Allemagne, votre patrie !

 

PATRIE
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Marco Valdo M.I.
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2 février 2017 4 02 /02 /février /2017 21:43

NOUS SOMMES LES RATS

 

Version française – NOUS SOMMES LES RATS – Marco Valdo M.I. – 2017

Chanson allemande – Wir sind die Ratten – Vorkriegsjugend – 1983

 

 

 

 

 

Il n’y a pas à dire, dit Lucien l’âne, il y a quand même des chansons qui ont des titres bizarres. Qu’est-ce que c’est que ce titre incroyable : « Nous sommes des rats », alors que ce sont manifestement des humains qui chantent ? Je n’ai rien contre les rats, ni même contre les humains, mais il ne faut pas tout mélanger. C’est comme si je disais moi qui suis un âne, que je suis un humain. Enfin, dans mon cas, c’est relativement vrai. Je suppose donc qu’il s’agit de « rats » humains, d’une utilisation symbolique du nom de « rat ».

 

Précisément, répond Marco Valdo M.I. en souriant, il s’agit de rats symboliques, d’humains qui se désignent eux-mêmes comme des rats. Enfin, pas exactement. Ils ne se désignent eux-mêmes comme des rats que par référence au fait que d’autres humains les considèrent comme tels, d’une part ; mais aussi, d’autre part, car ils vivent dans des conditions réelles assez misérables qu’ils peuvent assimiler à celles dans lesquelles sont tenus les rats. Et qui sont-ils ? Ceux qui chantent, évidemment, mais aussi, ceux parmi lesquels ils vivent dans ce quartier paupérisé du Kreuzberg berlinois et ceux qui vivent dans tous les autres quartiers et régions du monde du même genre. Comme les rats, ils vivent dans les coins pourris en marge de l’humanité triomphante (relativement) et à Berlin ces coins pourris, ce sont les squats où ces rats symboliques, de rats métaphoriques, de rats de parabole se regroupent, vivent en bandes et font de la musique.

 

Oh, dit Lucien l’âne en secouant vivement la tête, je vois très bien de quoi il s’agit et j’ai l’idée qu’il doit y avoir dans le monde bien des endroits semblables et spécialement dans les grandes concentrations urbaines, formées par ces gens chassés des zones de faim, de démographie élevée, attirés par l’espoir d’une situation meilleure, d’une vie moins éprouvante, moins figée dans le malheur et la détresse ou alors, les artistes qui les rejoignent, car ils ne peuvent vivre de leur art du fait qu’il ne s’agit pas d’une marchandise, du fait que l’art ne peut faire l’objet de commerce ou de spéculation sans perdre sa nature, sans se perdre lui-même.

Il y a dans ces grandes concentrations, dans ces amas d’êtres humains, des coins où finissent les rejetés, les sans moyens, les pauvres, les réprouvés en tous genres pour lesquels les gens de la ville, les gens installés dans leur confort et leurs lieux aux décors sophistiqués n’ont que mépris. Les installés, les fortunés considèrent ces zones comme ils regardent les terrains vagues où s’entassent les déchets et où souvent, on voit courir les rats.

 

Ainsi, reprend Marco Valdo M.I., dans cette Allemagne replète au ventre et aux joues rebondies, qui s’intoxique de ses propres graisses, qui s’enfonce dans son confort comme les armées dans le marécage au dégel, ce groupe de jeunes venus de Bavière au quartier berlinois du Kreuzberg, à l’époque quartier des squats se revendique comme une jeunesse [avant la prochaine] guerre – en allemand : Vorkriegsjugend, qui est le nom du groupe musical, un groupe punk-hard-rock, que sais-je du genre, un groupe de résistance à cette société allemande, qui a donné comme titre d’une de ses publications : Widerstand dem Teutonenland : Résistance (au sein) du pays des Teutons. Comme on peut le voir dans le texte, la canzone est un véritable réquisitoire dans lequel toute une jeunesse va se reconnaître.

 

J’ai bien entendu ça, dit Lucien l’âne, mais la vraie question qui me vient à l’esprit par rapport à cette opposition entre la jeunesse – c’est-à-dire les survenants dans une société installée dans son confort, et les rassis, assez repus de leur richesse, fût-elle relative et à crédit, est de savoir pourquoi ce mouvement se répète et pourquoi la société ne tente jamais d’y mettre fin par de vraies solutions. De cette manière, elle finit par chasser ses propres enfants comme ce fut le cas à Hamelin, quand ces derniers suivirent le « Rattenfänger », le charmeur de rats.

 

Comme toi et bien d’autres, Lucien l’âne mon ami, je me pose cette question. Je constate que lorsque les jeunes se révoltent – dans leur cas souvent momentanément avant de se ranger, et retrouvent ainsi (tout aussi momentanément) ce que j’ai appelé l’esprit de 68, qui n’est pas un caractère spécifiquement « jeune », mais plutôt un rejet de certaines normes et coutumes, une rébellion contre l’insupportable – la société a une forte tendance à vouloir les remettre au pas, les encaserner, et au besoin, les écraser, les éradiquer.

Et comme tu l’as bien vu, cela se passe à divers endroits. En fait partout, mais de manière concentrée et donc, plus remarquable, plus marquante et plus puissante dans les grandes concentrations. Mais si on veut y comprendre quelque chose, il faudrait reprendre la réflexion en prenant comme fondement cette Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants font aux pauvres (les pauvres étant ceux qui n’ont pas accès à la richesse, qui ne s’accoutument pas de la richesse ou qui ne peuvent s’y accoutumer) afin de conforter leur pouvoir, d’assurer leur domination, d’étendre leurs richesses, de renforcer l’exploitation, une guerre qui traverse toutes les périodes (pré-) historiques et qui comme une marée sans cesse recommencée vient frapper les mêmes rochers. On avait connu Spartacus à Rome ; on l’a connu à Berlin.

 

Arrêtons là notre dialogue et reprenons notre tâche ; tissons, tissons le linceul de ce vieux monde gangrené par la richesse, méprisant, méprisable, méprisé et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Vous voulez nous détruire
Avec votre merde quotidienne
Vous voulez nous empoisonner
Et à tout prix comme ça,
Vous voulez nous prendre la vie ;
Vous ne savez même pas pourquoi.
Vous voulez nous vendre vos saloperies

Quand même et stupides,
Nous vivons dans la merde

 

Nous sommes les rats
Et nous vivons dans la merde
Nous sommes les rats
Et nous vivons dans la saleté

 

Nous devons vous obéir
Vous, mon bon monsieur
Vous voulez nous opprimer 
Et détruire notre monde
Vous voulez nous encaserner
Et nous faire surveiller
Vous voulez nous rééduquer 
Et faire de nous de bons citoyens

 
NOUS SOMMES LES RATS
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Marco Valdo M.I.
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29 janvier 2017 7 29 /01 /janvier /2017 22:13

L’élu des cons

 

 

Chanson parodique de langue française – L’élu des cons – Marco Valdo M.I. – 2017

 

 

 

 

 

 

 

 

Lucien Lane avait écrit en son temps une chanson intitulée « Berluscon », comme je suis extrêmement paresseux en période d’hibernation, amsi sommé par l’urgence de l’actualité et la nécessité de consacrer le nouveau « Berluscon » étazunien, je me suis empressé de reprendre le texte le Lucien Lane, lequel l’avait déjà partiellement emprunté au dénommé Georges Brassens, ci-devant chanteur-auteur-compositeur et à sa chanson « Le Roi des Cons ». Ce nouveau « Berluscon », comme son prédécesseur, a grands renforts de mensonges et de menteries, de vantardises et d’insinuations malveillantes s’est fait élire. Nous le nommerons Mr. Trumpe-la-Mort en attendant d’être démenti par les faits.

 

Comme je le disais l’autre jour et comme je ne suis pas moins paresseux que tout à l’heure, je reprends – une fois n’est pas coutume – la partie de notre dialogue maïeutique entre Lucien l’âne et moi-même qui concerne ce Mr. Trumpe la Mort (jusqu’à preuve du contraire) que nous avions eu en commentant le « lynchage médiatique » du petit Barron. Cette partie – voir ci-dessous – est reprise dans la canzone de la manière suivante :

 

« L’autre jour, il a dit à tout le pays
Je serai Président avec toute ma famille ».

 

Le dialogue susmentionné disait :

 

« Pareillement donc, ces jours-ci, un processus similaire s’est mis en action de l’autre côté de l’Atlantique lorsque dans le cadre d’une cérémonie officielle à vocation télévisuelle universelle, un homme public [Mr Trumpe la mort] met sur l’estrade ses enfants et petits-enfants, y compris un certain Barron qui serait mineur d’âge.

 

Puis, cet homme s’étonne qu’on s’en étonne et s’indigne qu’on s’en indigne et qu’une journaliste prenne la défense de cet enfant ainsi exposé et otage de l’ambition et d’un orgueil mal placé – un orgueil mal placé a ceci de commun avec un furoncle mal placé, il suppure.

La question qui se pose ici est de savoir à qui revient la responsabilité de la mise en cause de l’enfant Barron de 13 ans ?

Elle ne peut en aucun cas être attribuée à la journaliste qui a fait remarquer cette incongruité, cette immense faute déontologique et les dégâts que pareil traitement pourraient comporter pour cet enfant jeté dans la cage aux lions.

 

En effet, dit Lucien l’âne. Réglons d’abord cette première question. À mon sens, et au sens de toute personne raisonnable, si faute il y a et il y en a même plus d’une, elles sont imputables entièrement et uniquement aux adultes « responsables » qui ont organisé cette pratique monarchique, de surcroît hors de propos dans une République.
On a élu Monsieur Machin, soit, même si la chose n’est pas claire et qu’elle est mise en discussion ; mais on n’a certainement pas élu sa femme, son fils, son petit-fils, son oncle, sa tante, son petit ami, son chien… Dès lors, à partir du moment où l’enfant (ici, le prénommé Barron) est mis en avant sur la scène comme une marionnette, il devient une marionnette présidentielle et cet enfant-marionnette risque de subir le sort d’une figurine de foire qu’on place comme cible au tir à pipes.

C’est précisément un des dangers que dénonçait la journaliste.

 

D’accord avec toi, Lucien l’âne, ton raisonnement est imparable. Il s’agit avant tout d’épargner l’enfant et il serait parfaitement imbécile et injuste de s’en prendre à la journaliste.
De plus, s’il n’y avait pas eu cette malheureuse exposition en public, qui aurait su que Barron s’appelait Barron, si on l’avait laissé avec les enfants hors des affaires de son grand-père. À cet égard, la journaliste notait aussi l’isolement du gamin dans la Tour patriarcale et elle y voyait – à juste titre – une situation qui serait préjudiciable pour un enfant, quel que fut cet enfant.

Je continue le récit : il y a comme un soupçon de mégalomanie chez ce président dont il appert qu’il devrait être affublé d’un titre plus conforme à ses comportements de satrape et de monarque absolu. Peut-être y rêve-t-il ? Peut-être va-t-il l’exiger et qui sait, vu la tournure des choses, l’obtenir aux forceps ?

 

Oh, dit Lucien l’âne en riant, j’ai quelques propositions : dans un premier temps, Ras, Rais, Roi, Koning, Koenig, Dux, Duce, Conducator.

Puis, dans quelques semaines, car les choses vont vite : Kaiser ou mieux encore, Empereur ou Imperator.

 

De ce fait, Lucien l’âne mon ami, tout qui se trouve sous la houlette du berger immobilier est en quelque sorte devenu, comme dans l’entourage des rois de France, un oint du Seigneur.

En l’occurrence, de ce que j’ai entendu de cette Cour relookée, il y en a tant à oindre, qu’on s’y trouve dans la nécessité impérative d’accélérer la réalisation des oléoducs en construction.

Oindre et adouber, ce sont là des pratiques féodales et franchement, moyenâgeuses tout comme serait une pratique ancienne de faire la guerre au pays voisin, mettons pour une histoire de mur mitoyen. Toutes ces pratiques me paraissent assez déplacées dans un pays qui, au départ (1776) et dans sa Constitution (1787), s’est construit contre ce genre de pratique. »

 

Tout cela est bien beau et j’aimerais quand même savoir ce que dit la chanson, dit Lucien l’âne. Je l’imagine aisément et je suis par avance d’accord que ce gros lourd étazunien est assez comparable à bien des égards à Berluscon. Mais j’aimerais que tu commentes un peu ton texte.

 

J’y viens à l’instant. Elle commence ma chanson avec l’élection boiteuse du magnat de l’immobilier, le nommé Mr Trumpe la Mort. Elle lui fait savoir qu’une entourloupe ne fait pas le printemps. Avec un Président qui délire, les Zétazunis sont mal, mais nous aussi, car il ne faudrait pas oublier qu’il pourrait se muer en une sorte de Dr Folamour et qu’on en prendrait tous sur la tête.

Ensuite, elle dit successivement qu’on n’entend pas le soutenir, qu’on ne le croit pas, qu’on ne l’apprécie pas, que sa mégalomanie nous laisse froids, que tout patriarche monarchisant qu’il est, il n’aura pas droit au sacre des rois et des empereurs, que les femmes exècrent ce vieux bouc, que le monde entier se moque de lui, qu’on a destitué certains de ses prédécesseurs (pour moins que ça), que face à des juges intègres, il est foutu et pour conclure, comme disait ma grand-mère que « Ce n’est pas à 75 ans qu’on devient parachutiste ».

 

Alors là, ça m’a l’air fort de café. Regardons-la et puis reprenons notre vraie tâche qui est de tisser le linceul de ce vieux monde « plein de rumeur et de fureur - absurde » et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 
 

Ils sont mal les Zétazunis

Ils sont mal les Zétazunis

Avec un Président qui délire

Avec un Président qui délire

 

Il y a peu de chances qu’on

Soutienne l’élu des cons.

 

Il peut bien mentir ce malin

Il peut bien mentir ce malin

Du soir jusqu’au petit matin

Du soir jusqu’au petit matin

 

Il y a peu de chances qu’on

Qu’on croie l’élu des cons.

 

Je tu il elle nous vous ils

Je tu il elle nous vous ils

Il nous prend pour des imbéciles

Il nous prend pour des imbéciles

 

Il y a peu de chances qu’on

Apprécie l’élu des cons.

 

Il se prend pour le plus grand

Il se prend pour le plus grand

Des Présidents de tous les temps

Des Présidents de tous les temps

 

Il y a peu de chances qu’on

Dépasse l’élu des cons.

 

L’autre jour, il a dit à tout le pays

L’autre jour, il a dit à tout le pays

Je serai Président avec toute ma famille

Je serai Président avec toute ma famille

 

Il y a peu de chances qu’on

Consacre l’élu des cons.

 

Président, roi, puis demain, empereur

Président, roi, puis demain, empereur

Mr Trumpe la Mort a tout d’un dictateur

Mr Trumpe la Mort a tout d’un dictateur

 

Il y a peu de chances qu’on

Couronne l’élu des cons.

 

Les femmes des Zétazunis

Les femmes des Zétazunis

Congédient ce vieux Papi

Congédient ce vieux Papi

 

Il y a peu de chances qu’elles

Adulent l’élu des cons.

 

Les autres peuples de la Terre

Les autres peuples de la Terre

De rire roulent par terre

De rire roulent par terre

 

Il y a peu de chances qu’on

Exporte l’élu des cons.

 

Que ça c’est vu dans le passé

Que ça c’est vu dans le passé

Richard Nixon fut expulsé

Bill Clinton fut expulsé

 

Il y a toutes les chances qu’on

Liquide l’élu des cons

 

Quand du pouvoir d’État, il abuse

Quand du pouvoir d’État, il abuse

Si des juges intègrent l’accusent

Si des juges intègres l’accusent

 

Il y a beaucoup de chances qu’on

Condamne l’élu des cons

 

À force d’avaler du viagra

À force d’avaler du viagra

En épectase, un soir il mourra

En épectase, un soir il mourra

 

Il y a toutes les chances qu’on

Enterre l’élu des cons.

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Marco Valdo M.I.
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28 janvier 2017 6 28 /01 /janvier /2017 15:32

 

Le Rêve d’Adolf sur papier

 

 

 

Après le Rêve de Guillaume, premier tome des Histoires d’Allemagne et le second tome intitulé : Le Rêve de Weimar, voici un autre livre de Marco Valdo M.I. : il s’intitule Le Rêve d’Adolf et couvre les années 1933 à 1945, les années où un Reich à vocation millénariste s’est essayé à dominer le monde. Certains crurent à ce délire et imposèrent leurs folies sadiques à leurs contemporains. Il en résultat des dizaines de millions de morts et tant d’autres malheurs et destructions. Le Reich fit lamentablement plouf après douze ans.

Ce qu’il faut absolument dire ici, ce qui mérite d’être dit et souligné ici, c’est que sans les Chansons contre la Guerre (CCG), cette édition papier n’aurait sans doute jamais existé puisque toutes les chansons et tous les textes (ou presque) qui y figurent viennent en droite ligne des C.C.G. Ils y ont été conçus et ils y ont grandi ; l’auteur y a aussi appris à les faire.
Au final, il y a 30 chansons pour 13 années. Il y en a 13 tirées des récits de « Mein Jahrhndert » de Günter Grass et mises en chanson, une est une évocation des Bananes de Koenigsberg d’Alexandre Vialatte et 16 qui sont des versions françaises de chansons allemandes, proposées ici par Marco Valdo M.I. ; pour certaines, il a même fallu faire la version française expressément afin de pouvoir les insérer dans le livre.

 

Republier ce qui existe déjà dans les CCG et sur au moins, deux blogs (Canzones et Histoires d’Allemagne) peut sembler paradoxal, mais il n’en est rien. Il y a diverses raisons à cela.

La première, c’est la demande de plusieurs amis qui souhaitaient pouvoir trouver ces Chansons contre la Guerre (en langue française) sur papier ; essentiellement par commodité de lecture. Les écrans lassent l’œil.

La deuxième, c’est le souhait de l’auteur de voir son travail présenté sous une autre forme ; peut-être aussi, son envie de faire des livres et le fait que j’aime les livres.

La troisième est une opportunité de l’évolution ; tout comme Internet avait permis la création et le développement (notamment) des Chansons contre la Guerre (et d’un milliard d’autres sites, blogs…), les nouvelles formes d’édition sont apparues qui permettaient de publier des livres sans disposer de grands moyens financiers et pour tout dire, sans moyen. C’est une forme d’édition libre qui naissait. Concrètement, je suis mon propre éditeur, mais également, celui qui écrit les textes, les compose, les met en page, les corrige ; il n’y a que les imprimer que je ne fais pas. Ce travail artisanal se rapproche assez de celui du peintre, du sculpteur. Évidemment, tout ceci n’est possible que parce qu’un imprimeur peut – grâce à des nouvelles techniques – proposer une impression à la demande, un exemplaire à la fois et à un prix raisonnable à l’exemplaire. Ainsi, chaque personne qui le souhaite peut publier un livre (mais il faut évidemment pouvoir le faire, c’est-à-dire concevoir et écrire un livre, ce qui est un autre sujet), mais aussi, chaque personne peut commander directement son exemplaire du Rêve de Weimar à l’imprimeur et régler son dû à l’imprimeur.
Une des conséquences de cette manière de faire est qu’il ne se trouvera pas des paquets de ce livre sur les étals des libraires, sauf si un libraire particulièrement enthousiaste décide de le faire dans sa librairie.
On me demande souvent si je fais ces livres pour gagner de l’argent…

Avec ce système de vente à l’exemplaire, c’est à peu près impossible ; mais en fait, comme disait mon grand-père, ce n’est pas le but du jeu ; traduction : on s’en fout. Dès lors, il est clair qu’on ne pousse pas à la consommation : lit qui veut.

Une autre raison de cette publication est que les Histoires d’Allemagne avaient été conçues sur une durée de plusieurs années et apparaissaient dispersées et perdaient une bonne part de leur vitalité en raison-même de cet éparpillement. Il convenait d’y mettre de l’ordre et de les rassembler en un ensemble structuré.

Bonne idée car en les regroupant, il est apparu que ces chansons jouaient un rôle de catalyseur de la réflexion sur ce qui est actuellement le « problème central de l’Europe » : l’Allemagne.

L’Allemagne, qui fut le Rêve d’Otto (von Bismarck), est déclinée ici en six rêves qui prolongent celui du premier chancelier. Tous ces rêves tendent vers le même but : la Grande Allemagne.
On commence par celui de Guillaume II, dit le Kaiser, qui est donc un chapitre du déroulement du rêve allemand. Comme on sait, il se terminera par un épouvantable désastre.

Ensuite, à l’effondrement du Reich, apparaîtra une République, connue sous le nom de République de Weimar; elle aussi fera un rêve tumultueux qui se termine tragiquement par la venue au pouvoir des nazis.

C’est ce troisième rêve qui est présenté ici sous titre : « Le Rêve d’Adolf », un rêve effroyable, qui se termine aussi par la disparition du régime et dans ce cas, de son Führer dans les ruines et le désastre de tout le pays et même au-delà.
L’unification allemande était certes un rêve et aurait pu être un rêve réussi, s’il n’y avait une question de méthode : la méthode militaire, l’usage de la force, l’ambition territoriale, le nationalisme et la guerre étaient des erreurs tragiques.
L’idée était bonne, excellente même, mais la méthode absolument exécrable. C’est ainsi qu’on finit par mourir pour des idées…

D’autres volumes sont prévus. On en reparlera.

Ainsi Parlait Marco Valdo M.I.

On peut le trouver à l'adresse :


http://www.publier-un-livre.com/fr/le-livre-en-papier/333-le-reve-d-adolf

 

 

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Marco Valdo M.I.
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27 janvier 2017 5 27 /01 /janvier /2017 18:22

LA NEIGE N’ARRIVE JAMAIS

(pour ceux qui ne sont plus Charlie !)

 

Version française – LA NEIGE N’ARRIVE JAMAIS (pour ceux qui ne sont plus Charlie !) – Marco Valdo M.I. – 2017

 

 

 

Du lynchage médiatique et autres

modernités

Cher Lucien l’âne, voici une chanson écrite à chaud malgré son titre et les circonstances climatiques qu’elle évoque. Ce qui est certain dans ces temps tourmentés par un vent d’hiver, c’est que rien que ma formulation me vaudrait auprès de certaines gens – au minimumune excommunication ou carrément une pendaison. On évoquerait le « mauvais goût » de cette « chanson écrite à chaud », alors qu’elle raconte une histoire de gens ensevelis sous des mètres de neige. Personne ne pourra prétendre que je ne l’ai pas remarqué et que par ailleurs, je le revendique. Mais voilà, je n’ai pas plus l’intention de retirer cette expression «  écrite à chaud » que d’émasculer la langue française.

 

Émasculer la langue française ?, en voilà une drôle expression. Que veux-tu dire, Marco Valdo M.I. mon ami ?

 

Il se trouve, répond Marco Valdo M.I., qu’en français, cette expression signifie tout simplement « écrite tout de suite », « écrite sans délai » et ne pas en user, car certains pourraient mal comprendre, ce serait plus qu’une faute, ce serait une erreur ; ce serait abdiquer devant le règne de la facilité et m’incliner à mon tour devant la conjuration des imbéciles, déjà dénoncée par J.K. O’Toole, un auteur étazunien. De plus, l’écrire de cette manière, c’est-à-dire « à chaud » et dans l’urgence, était en quelque sorte une nécessité interne aux événements que la chanson relate et une urgence qui ne résultait pas de la « faute » de l’auteur – le célèbre Anonyme Toscan, mais bien de celle des médias rapporteurs, qui dès demain passeront à une autre catastrophe, à un autre désastre.

 

De quelle catastrophe, de quel désastre est-il question dans la canzone ?, demande Lucien l’âne.

 

En deux mots, Lucien l’âne mon ami, la canzone réagit à un lynchage de Charlie (hebdo – anciennement Hara-kiri hebdo, journal bête et méchant, définitivement interdit après une première page, une « une » mémorable où il était titré sous une croix de Lorraine : « Bal tragique à Colombey : Un mort » – le mort était l’ex-Président de la République, Charles De Gaulle. C’était le choc de deux événements. D’un côté, la mort de Charles De Gaulle (1 mort) ; de l’autre, il y avait eu au même moment, un bal tragique (dans la région parisienne) avec des dizaines de morts, mais la presse se souciait bien plus du cadavre de Colombey que de ces anonymes citoyens rôtis dans un dancing.

Je disais un lynchage de Charlie (hebdo) par des national-populistes italiens qui s’en prenaient violemment à l’hebdo (Charlie) suite à une caricature montrant la mort skiant à vive allure sur une pente enneigée et s’écriant : « Italie : de la neige, il n’y en aura pas pour tout le monde ». Une caricature violente ?

 

D’abord, Marco Valdo M.I. mon ami, je me demande ce que serait une caricature molle ? Un dessin de Dali, peut-être ?

 

 

Il me semble que s’ils réfléchissaient un brin…, dit Lucien l’âne, mais peut-être est-ce là précisément le problème : ils ne réfléchissent pas. Comme certain ministre de chez nous, ils ont comme devise : « J’agis d’abord, je pense après ! ». Je ne sais trop s’ils ne peuvent pas réfléchir (insuffisance) ou s’ils ne veulent pas réfléchir (inconscience). Je ne sais d’ailleurs pas quel est le pire.

 

 

 

Soyons sérieux : c’est le propre d’une caricature que de choquer, c’est dans sa nature, elle est faite pour ça : créer un choc mental salutaire. En vérité, la caricature ne choque que les gens inintelligents, précisément parce qu’ils le sont et qu’ils ne comprennent pas. En s’en prenant à la caricature, ils s’en prennent à leur propre insuffisance. On comprend fort bien que ça leur fasse mal et qu’ils soient en rage et comme ils ne peuvent, ni ne veulent – ce serait d’ailleurs assez suicidaire – tourner leur rage contre eux-mêmes, il leur faut donc un bouc émissaire pour diriger leur fiel en dehors d’eux-mêmes ; alors, ils s’en prennent au dessin (avant de s’en prendre physiquement au journal, au livre – ce sont les bûchers et ensuite, à l’auteur, au dessinateur – ça s’est déjà vu) pour purger leur bile.

Il y avait donc nécessité de sortir du bois pour que ne puisse prospérer sans réplique la lâcheté de s’en prendre à Charlie (hebdo bête et méchant) et calmer ces gens qui se comportent comme les fanatiques d’un Prophète ou d’un Dieu idiots ou de je ne sais quelle idéologie totalitaire.

 

Pour mieux faire comprendre la chose, dit Marco Valdo M.I., je vais parler brièvement d’une autre affaire à cet égard similaire.

Pareillement donc, ces jours-ci, un processus similaire s’est mis en action de l’autre côté de l’Atlantique lorsque dans le cadre d’une cérémonie officielle à vocation télévisuelle universelle, un homme public met sur l’estrade ses enfants et petits-enfants, y compris un certain Barron qui serait mineur d’âge.

Puis, cet homme s’étonne qu’on s’en étonne et s’indigne qu’on s’en indigne et qu’une journaliste prenne la défense de cet enfant ainsi exposé et otage de l’ambition et d’un orgueil mal placé – un orgueil mal placé a ceci de commun avec un furoncle mal placé, il suppure.

La question qui se pose ici est de savoir à qui revient la responsabilité de la mise en cause de l’enfant Barron de 13 ans ?

Elle ne peut en aucun cas être attribuée à la journaliste qui a fait remarquer cette incongruité, cette immense faute déontologique et les dégâts que pareil traitement pourraient comporter pour cet enfant jeté dans la cage aux lions.

 

En effet, dit Lucien l’âne. Réglons d’abord cette première question.

À mon sens, et au sens de toute personne raisonnable, si faute il y a et il y en a même plus d’une, elles sont imputables entièrement et uniquement aux adultes « responsables » qui ont organisé cette pratique monarchique, de surcroît hors de propos dans une République.

On a élu Monsieur Machin, soit, même si la chose n’est pas claire et qu’elle est mise en discussion ; mais on n’a certainement pas élu sa femme, son fils, son petit-fils, son oncle, sa tante, son petit ami, son chien

Dès lors, à partir du moment où l’enfant (ici, le prénommé Barron) est mis en avant sur la scène comme une marionnette, il devient une marionnette présidentielle et cet enfant-marionnette risque de subir le sort d’une figurine de foire qu’on place comme cible au tir à pipes.

C’est précisément un des dangers que dénonçait la journaliste.

D’accord avec toi, Lucien l’âne, ton raisonnement est imparable. Il s’agit avant tout d’épargner l’enfant et il serait parfaitement imbécile et injuste de s’en prendre à la journaliste. De plus, s’il n’y avait pas eu cette malheureuse exposition en public, qui aurait su que Barron s’appelait Barron, si on l’avait laissé avec les enfants hors des affaires de son grand-père. À cet égard, la journaliste notait aussi l’isolement du gamin dans la Tour patriarcale et elle y voyait – à juste titre – une situation qui serait préjudiciable pour un enfant, quel que fut cet enfant. Je continue le récit : il y a comme un soupçon de mégalomanie chez ce président dont il appert qu’il devrait être affublé d’un titre plus conforme à ses comportements de satrape et de monarque absolu. Peut-être y rêve-t-il ? Peut-être va-t-il l’exiger et qui sait, vu la tournure des choses, l’obtenir aux forceps ?

Oh, dit Lucien l’âne en riant, j’ai quelques propositions : dans un premier temps, Ras, Rais, Roi, Koning, Koenig, Dux, Duce, Conducator.

Puis, dans quelques semaines, car les choses vont vite : Kaiser ou mieux encore, Empereur ou Imperator.

De ce fait, tout qui se trouve sous la houlette du berger immobilier est en quelque sorte devenu, comme dans l’entourage des rois de France, un oint du Seigneur.

En l’occurrence, de ce que j’ai entendu de cette Cour relookée, il y en a tant à oindre, qu’on s’y trouve dans la nécessité impérative d’accélérer la réalisation des oléoducs en construction.

Oindre et adouber, ce sont là des pratiques féodales et franchement, moyenâgeuses tout comme serait une pratique ancienne de faire la guerre au pays voisin, mettons pour une histoire de mur mitoyen. Toutes ces pratiques me paraissent assez déplacées dans un pays qui, au départ (1776) et dans sa Constitution (1787), s’est construit contre ce genre de pratique.

 

Voilà qui est bien dit, reprend Marco Valdo M.I., et à présent, revenons à la chanson de l’Anonyme toscan qui elle aussi met en cause certain lynchage journalistique, certaines attaques partisanes contre la liberté artistique, journalistique, de création, de pensée, d’expression et tout ce qui s’y rattache.

La parole, l’écrit, le dessin et la caricature sont libres et doivent le rester.

Il reste néanmoins entendu qu’on peut toujours les contester, y apporter des remarques, des appréciations – qui sont elles-mêmes des paroles, écrit

Mais là où ça ne va plus, c’est quand on répond au dessin par le TNT, la mitraillette ou le lynchage médiatique.

Ils ont lynché Charlie par analphabétisme, car ils ne savent pas lire l’image ; ils ont lynché Charlie par manque de culture et de sens civil ; ils ont lynché Charlie tout simplement par bêtise.

 

Cela dit, l’Anonyme pose une question pour laquelle il n’y a jamais eu de bonne réponse de la part d’une presse qui entend vendre du papier, du son (pas celui que mangent les ânes), de l’image ou le tout ensemble, une presse qui entend satisfaire les plus basses des pulsions et joue sur la fascination de la mort – ce qui lui rapporte énormément.

Cette présse (ces médias…) en sont restés à la loi du mort-kilométrique, à savoir que plus le mort est lointain, moins il importe ; plus il est proche, mieux il se vend ; plus il est riche, plus il fait recette – là aussi, le pauvre ne compte pour rien.

Ce qui dans la chanson se traduit par :


« De tout ceci, on peut tirer :
Qu’une avalanche au centre de l’Italie,
Et les barouds racistes organisés
À Goro-Gorino, par quelques chrétiens fanatisés
Importent plus que tous les réfugiés de la Syrie. »

 

Oh, dit Lucien l’âne, il faudrait y ajouter l’« étranger-kilométrique » et les conséquences racistes de pareils principes.

 

Juste une dernière note complémentaire. En parallèle à la canzone, il serait bien de renvoyer, car elle aide à comprendre, à cette réflexion poétique et caricaturale d’Erich Kästner qu’était « Wintersport », dans laquelle – était-ce par anticipation ou prémonition ? – il écrivait :

 

« Des avalanches dévalent de temps en temps
Et elles sont fort critiquées.
En quoi la neige intéresse-t-elle les gens ?
Elle tombe. Et
c’est bien assez. »

 

À ce propos, à quoi bon accuser la nature, les intempéries, le relief, le temps, les nuages, le froid ou que sais-je ?

La neige est comme le chameau : la neige s’en fout.

Elle tombe et puis, c’est tout.

 

Ce qui me désole dans toutes ces affaires, dit Lucien l’âne, c’est de découvrir la bassesse d’une grande partie de l’espèce humaine et spécialement, dans celle qui bénéficie et tire le plus profit des efforts de toute l’espèce, y compris des anciens et des ancêtres. Ça me déçoit tant que je me demande si j’accepterai jamais de redevenir un être humain et je me pose la question de savoir comment et quand l’humanité va arriver à se débarrasser de ces comportements nombrilistes et racistes.

Cela dit, je propose de lire cette chanson sans musique, comme l’étaient celles d’Homère, de Villon, de Pétrarque ou de Kästner et puis, de reprendre notre tâche et tisser tranquillement mais obstinément le linceul de ce vieux monde réactionnaire, borné, nationaliste, autoritaire, myope et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Cantate ou « oraison civile », si on veut ainsi dire,

Sur certains événements d’une brûlante actualité.

 

1.

Comme c’est archiconnu,
Quand la neige n’arrive plus,
L’économie s’en ressent,
Et en pareille circonstance évidemment
Pour des secteurs entiers, c’est embêtant.

 

Se lamentent les aubergistes ,
Et les économistes,
Et les skieurs,
Et les restaurateurs
Et même les alpinistes.

 

Un jour la neige arrive
Et même beaucoup qu’il en arrive .
Le
téléski est comble,
Fini la neige artificielle,
Enfin, voici l’hiver réel.

 

La neige est une charogne,
Elle m’insupporte.
La neige m’est étrangère,
Et pas pour rien :
Je suis un Méditerranéen.

 

Elles me font toujours un peu rire
Ces foules à skis, au fort sourire,
Ces familles qui pratiquent le telemark,
Et se prennent pour Ingemar Stenmark,
Et ces hors-pistes, fétus de marques.

 

Il y a des hôtels de luxe
Dans les Apennins ou les Alpes,
Construits au pied de la montagne.
Mais très sûrs, on vous l’assure
Et vive l’aventure !

 

Un jour la neige arrive,
Il en tombe beaucoup même.
Elle arrive, et comme on sait,
Là où frappa le séisme,
En lieu plutôt reculé.

 

Avec sa petite route sinueuse
sous des mètres de neige
 ;
Soudain, c’est l’avalanche,
Et la poudreuse déboule,
Mort, deuil, ruine.

 

À ce moment, cette histoire

Au début touristique,
Devient tragique et très héroïque.
À l’heure où j’écris, il y a encore

Sous l’auberge ensevelie, des corps.

 

Dans ce pays, nous avons
Toujours des héros de l’après.
Avant, c’est un tissu très épais
D’idiotie et de prétention,
Assaisonné de mafias et de cohésion.

 

Et lorsque la neige arrive
Il faut un chasse-neige,
On en achèterait tant et tant
Pour le coût de seulement
Un F 35 d’entraînement.

 

Et lorsque la neige arrive
(
prévue et annoncée)
On oublie, on se grime

Pour faire la rime
À secours et héroïsme.

 

On pleure nationalisme.
On prie bienfaisance.
On oublie tous les torts,
On ramasse les morts
En creusant le décor.

 

Mais jamais question de conscience,
L
a conscience gêne,
On doit rester unis
Et sous peine d’ennuis,
Épargner le fortin et la garnison.

 

Chez nous, les héros sont légion :
Jamais dans l’action et toujours au balcon.
Ce pourquoi, on enquête à reculons
Sur l’habituel désastre frauduleux,
On enquête, mais respectueux

 

Des morts de la route soudain sous terre,
Des morts d’avalanches de luxe,
Des morts de négligences et de crises,
Des morts tués par le néant,
Des morts d’un État déficient.

2.

Et pendant que les héros excavateurs
Et les courageux sauveteurs
Attendent depuis des années en vain,
Enterrés eux aussi sous des trains
De discours malsains,

 

Leur contrat de travail ;
Tandis que les politiques réunis
S’en allaient tous en une belle pagaille
Se donner de l’excellence et du cher ami,
Et se faire des selfies en après-ski ;

 

Et pendant que l’on fait des veillées funèbres
Et des neuvaines de prières,
Et pendant qu’on vend pour urgence
Ce qui est chose
qui serait normale

 

En un hiver banal,

Resplendit une évidence première :
On n’installe pas de résidence de luxe

Dans les vallées glacières,
Une petite revue française

 

Sans doute un peu tigneuse
Publie un dessin, une simple image
Où l’on voit la camarde
Descendant à ski, dire rigolarde :
« Italie
 : de la neige, y en aura pas pour tout le monde ! »

 

Pas de quoi fouetter une chatte, dit-il là-bas.
Elle a déjà fait de meilleures caricatures.
Pourtant, quand elle en fait de meilleures,
Certains messieurs, n’est-ce pas,
Ne le digèrent pas.

 

Ils prennent un café au bar,
Puis, hurlent « Allah akbar ! »,
Et tirent comme des sapeurs
Sur ces maudits dessinateurs.
Et alors, tous sont Charlie dans l’heure.

 

La liberté d’expression ! La belle affaire !
Et soudain,

Le manque de respect sacro-saint
Ne vaudrait seulement que s’il moque
Mahomet le prophète.

 

La satire, on le sait, fait mal,
Même quand en passant, elle parle
D’une avalanche normale,
Naturellement mortelle,
Dans un hiver banal.

 

Alors que la neige enterre
Les zones sinistrées,
Précisément là on a ouvert
L’hostellerie multistellaire
Si mal placée.

 

La liberté d’expression !
Qui ne vaut seulement que
Si elle ne vous vise pas.
Q
ui ne vaut seulement que
Si elle ne vous touche pas.

 

À ce moment, inévitablement,
Se manifeste bruyamment
Le national-populiste :
Le maire d’Amatrice
Dont par ailleurs, on attend

 

Qu’il pense plus aux préfabriqués
Par le sort attribués
Plutôt que de répondre à des images,
Par une caricature
Héroïque et nationaliste

De ce Ghisberto, raciste
Et même, notoire fasciste,
Qui exalte le « Secours Alpin » ;
Ces Tartarins
Du Pays du lendemain.

Puis, Fiorello le clownique,
Paradigme emblématique
Du cerveau italique ;
Répond sans retard :
« Charlie
 ? Des salopards ».

Et entre temps, on espère
Sauver d’autres victimes
Terrées sous cette auberge
Comme si ce quatre étoiles

Était une mine.

 

Comme au Bois du Cazier à Marcinelle,
On creuse, on creuse et on espère
Tandis quà une frontière,
Dans l’indifférence générale
Et le gel d’une froidure banale

 

Des milliers d’êtres humains
Qui crèvent de froid chaque matin
Et attendent que les gardiens
Libèrent une barrière ;
Mais là, vraiment, on désespère.

 

De tout ceci, on peut tirer :
Qu’une avalanche au centre de l’Italie,
Et les barouds racistes organisés

À Goro-Gorino, par quelques chrétiens fanatisés

Importent plus que tous les réfugiés de la Syrie.

3.

Morale finale : dans leur Italie,
On n’est plus Charlie.
On est Charlie dans le brouhaha,
Quand Charlie moque Allah ;
Quand il y a de l’indignation

Pour une sorte de liberté d’expression.
Quand par contre, on crève,
Et quand le mouroir arrive

D’une criminelle gestion
(dans un hiver maison)

Sur son propre territoire,
Alors, il faut et faut sur le champ
Un bouc émissaire.
Et combien sont-ils, maintenant,
À penser
 : quelle misère !

Ils pensent qu’au fond,
Ils ont eu ce qu’ils méritent
Et que l’Isis a bien fait de tuer
Ces impudents détracteurs
De nos italianissimes grands
cœurs,

Ce Pays de Sauveteurs
Qui secourent à toute heure
Le blessé, l’assassiné
Par son État national;
En traitant de « chacal »

Celui qui met les points sur les « i »,
Comme le fit un jour, à propos de Longarone,
Le fasciste Indro Montanelli
(À propos de barrages –
Soit dit entre parenthèses).

Ce n’est que prières et bavardages
Et statuettes du Père Pie,
Quand dans les intempéries,
On creuse parmi les ruines
Éternelles de cette belle Patrie.

Ils disent
 : Désastre par imprudence.
Ainsi, on escamote toute faute
Et seul reste le désastre.
Sur la prochaine maisonnette
On mettra une caricature.

Et l’hiver prochain, la jérémiade
Sonnera en échos la même litanie,
Là-haut sur la montagne :

« Il ne neige pas ! Il n’y a pas de neige !
Une catastrophe pour l’économie !
 »

Sur les montagnes éventrées
Aux pistes de ski si bien fréquentées,
Aux pentes violées
Par les
tire-fesses et les télésièges,
Aux forêts entières essartées,

Pour faire place aux banales
Idioties hivernales,
Aux hôtels dans les vallées glacières,
Aux spas, aux bien-être et autres piscines,
Aux victimes d’avalanches.

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Marco Valdo M.I.
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