Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
29 décembre 2015 2 29 /12 /décembre /2015 18:53

 

J’AI ENCORE LA FORCE

 

Version française – J’AI ENCORE LA FORCE – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson italienne – Ho ancora la forza – Francesco Guccini – 2000

Interprètes : Francesco Guccini ; Luciano Ligabue

 

 

 

 

 

J’ai encore la force de marcher...

 

 

 

 

 

Lucien l’âne mon ami, comme tu le vois, cette chanson s’intitule : « J’AI ENCORE LA FORCE ». Elle est de Francesco Guccini.

 

Quand il l’a écrite, j’imagine qu’il devait se dire : « Je voudrais par cette chanson, rassurer les amis.

 

Sans doute ; mais, je vois à ton œil frétillant, que tu te dis que je devrais avoir le même désir. Et après tout, pourquoi pas ? Je serais en bonne compagnie avec rien moins que Guccini, Brassens, Rutebeuf et Ferré. Le premier pour cette canzone-ci  - en italien, « Ho ancora la forza » (2000) ; le deuxième, pour sa chanson « Le bulletin de santé » (1966) et le troisième et le quatrième, ensemble, pour la complainte de Rutebeuf, intitulée : Pauvre Rutebeuf (1955). Au passage, je signale que si Rutebeuf, dans ses Poèmes de l’Infortune, se lamentait de la disparition de ses amis, il est mort lui-même bien avant l’âge de la retraite.

 

Qu’a-t-elle à voir avec les chansons contre la guerre cette canzone ? Je ne pense pas que Guccini ait fait une chanson pour tel un Tartarin, se vanter d’avoir encore la force d’aller au combat.

 

Je le vois mal faire cela, en effet, dit Marco Valdo M.I. en éclatant de rire. Lucien l’âne mon ami, je te soupçonne très fort d’être un pince-sans-rire et de te moquer ou de Guccini (ce qui ne serait pas correct) ou de moi (ce qui peut être amusant).

 

Tu as bien résumé la situation, Marco Valdo M.I., mon ami. Sache que ça m’amuse beaucoup de plaisanter. Cependant, je n’ai du coup par la réponse à ma question : « Qu’a-t-elle à voir, etc ? » Si je te pose cette question, c’est pour satisfaire aux exigences du site, même si – comme toi – je pense que toute chanson, pour autant qu’elle soit bonne est une chanson contre la guerre, spécialement si elle n’en parle pas. Et bien évidemment, si je te le demande, c’est qu’en apparence, celle-ci ne comporte pas d’expression directe qui se réfèrent à la guerre.

 

Je te ferai une réponse en deux temps. D’abord, figurent dans ces Chansons contre la Guerre un tas de chansons qui – en apparence – ne parlent pas de la guerre. Ensuite, tout dépend de la conception qu’on a de la guerre. La Guerre de Cent Mille Ans dans laquelle vivent toutes nos sociétés humaines est en œuvre aussi en dehors de champs de bataille. Elle passe tout au travers de la société et tout au travers du temps. Elle touche chacun en permanence. Et, vois comme on se rapproche du thème de la chanson de Guccini, dans ce continuel affrontement, elle écrase les êtres humains et il suffit de faire un peu attention pour voir qu’une grande (très grande, la plus grande) partie d’entre eux est sont « usés avant l’âge ». Avant, les vieux avaient cinquante-cinq – soixante ans ; ils se tenaient comme les vieux de Brel. Maintenant que les vieux vieillissent plus tard, ce n’est plus la même chanson. Il suffit de réfléchir un instant à la manière dont on essaye de retarder l’âge de la retraite, car – dit-on – les pensionnés (ceux qui survivent) vivent trop longtemps sans travailler. En clair, sans être encore « taillables et corvéables ».

 

Mais c’est dans l’air du temps : les vieux survivants coûtent trop cher ; en clair, ils mettent à mal les caisses de pensions publiques (qu’il faudra – horreur ! – combler par l’impôt) et celles des sociétés d’assurances complémentaires, dont ces folles dépenses rabotent les profits.

 

Je ne peux m’empêcher de penser que quand on avait fixé l’âge de la retraite à (par exemple) 65 ans, on comptait bien que les retraités (la plupart) ne dépasseraient pas cet âge de beaucoup. Mauvais calcul ; surtout que cela ne va pas s’arranger ; c’est le triomphe de la médecine. Les vieux se portent mieux et comme Guccini, nombre d’entre eux disent : « J’AI ENCORE LA FORCE DE VIVRE ». Donc, maintenant qu’une part d’entre eux se portent mieux, on (les riches, les puissants et leur basse-cour) veut retarder l’échéance de la libération du travail. C’est ce combat caché que révèle la chanson de Francesco Guccini.

 

J’ai cependant la nette impression que ce n’est pas le cas de tous.

 

En fait, pour la plupart des gens – surtout les plus pauvres, même s’ils survivent, cette force-là, ils ne l’ont plus. On peut, on doit considérer cette chanson de Guccini comme celle d’un survivant qui aurait échappé au naufrage ou qui serait revenu vivant de la guerre ; un Chveik en pleine forme et qui chante sa fortune.

 

Je t’interromps, car tu te lances et on ne sait jamais où tu vas t'arrêter et il nous faut reprendre ici notre tâche et tisser le linceul de ce vieux monde cachottier, lamentable, menteur, tricheur et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I.

 

 

 

 

J’ai encore la force de marcher,

De réagir pour ne pas me laisser aller.

J’ai encore cette force qui donne confiance

Quand on dit : « On commence ! »

 

J’ai encore la force de regarder alentour

Mêlant mes mots à deux paquets par jour,

D’aller là où on m’attend,

Toujours plein d’allant.

 

J’habite toujours chez moi

Dans cette rue qu’on ne reconnaît pas

Et je suis allé par le monde

Et du monde, je suis revenu vif encore.

 

J’ai encore la force d’être là racontant

Mes histoires de toujours et mes amours

Et mes erreurs que jour après jour

Pour d’étranges raisons, je vais répétant.

 

J’ai encore la force de ne pas me planquer,

De choisir ma vie en savourant chaque pas,

De compter les amis disparus et de marmonner

« Nous nous reverrons… », à part moi.

 

J’ai encore la force de choisir mes paroles

Par jeu, pour le goût de m’épancher

Car, que cela plaise ou non, il s’est trouvé

Que c’est ce que je sais faire.

 

J’habite toujours chez moi
Dans cette rue qu’on ne reconnaît pas
Et je suis allé par le monde
Et du monde, je suis revenu vif encore.


Et j'ai encore la force de demander pardon
Ou, la conscience offensée, d'encore fulminer
De vous dire ma partie de toute façon
Je peux vous l'assurer

 

 

 
J’AI ENCORE LA FORCE
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
28 décembre 2015 1 28 /12 /décembre /2015 23:29

CIRCUS LA PAUVRETÉ

 

 

Version française – CIRCUS LA PAUVRETÉ – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson italienne – Circus la pauvreté – Casa Del Vento – 2001

 

 

 

Je me demande ce que demain on cherchera ;

Le train est passé et qui sait quand il reviendra.






















Comme dirait Marco Valdo, une chanson sur la guerre de 100, 1000 ans.

Vois-tu, Lucien l’âne mon ami, notre ami des Chansons contre la Guerre, DQ82, dit que cette chanson est une canzone sur la guerre de 100, 1000 ans. Et pourquoi pas ? Ce n’est pas faux. Il se peut qu’il y ait aussi des guerres de cent (100) ans (j’en connais au moins une), des guerres de mille (1000) ans et une telle chanson pourrait s’y référer. 

Ah, dit Lucien l’âne en souriant, on dirait que cette idée de Guerre de Cent Mille Ans fait son petit bonhomme de chemin.

C’est vrai et j’en suis bien content. Cependant, la Guerre de Cent Mille Ans, telle que je l’avais imaginée, est une guerre un peu particulière, car c’est la Guerre qui contient à la fois les épisodes de guerre (militaire) et les épisodes intercalaires de paix (militaire) ; mais en plus, elle est bien plus vaste, car elle postule que la guerre militaire n’est qu’une des formes possibles de la guerre. C’est une modélisation d’une conception dont le fondement est que la guerre durera tant que les conditions qui la fondent se maintiendront. Le chiffre de Cent Mille Ans servait à montrer son ampleur par rapport à la durée de vie humaine ; c’est un nombre arbitraire qui veut signifier que cette guerre n’est pas un phénomène momentané (disons par exemple une guerre de cent ans pour fixer les frontières entre des États), mais un phénomène de l’évolution comme qui dirait, intrinsèque à l’espèce humaine. Cette Guerre de Cent Mille Ans est le résultat d’une aberration, d’un raté de l’évolution – au sens darwinien. 

Je pense bien suivre ton idée, Marco Valdo M.I. mon ami, en disant que dans le domaine du spectacle, on parlerait d’une erreur de casting ou quelque chose du genre. 

On peut en effet dire quelque chose du genre, même si ce n’est pas vraiment ça. L’essentiel pourrait bien être que d’une part, il faut tenir compte de sa longueur – qui balaye bien des illusions et d’autre part, de sa nature particulière. Elle est le résultat, lui-même évolutif, d’un processus – toujours en cours – de privatisation du monde, d’un processus d’accaparement par certains humains ou groupes d’humains de ce que l’ensemble de l’espèce produit dans sa relation avec la nature.

Alors, dit Lucien l’âne soudain pensif, le problème est donc de savoir comment l’espèce humaine va se sortir du piège de la richesse, dans lequel elle s’est elle-même enferrée.

Tu parles d’or, Lucien l’âne mon ami. Pour être plus net quant à la richesse (aux richesses…), on la définira comme : « ce que l’ensemble de l’espèce humaine produit ». Il faut également préciser ce qu’elle produit, à savoir : elle-même (des êtres humains), de la vie, des groupes, de l’organisation, des vivres, des objets, des soins, etc. C’est tout cela qu’ils accaparent et bien d’autres choses encore

Arrêtons là, si tu veux bien, car… 

Arrêtons, arrêtons, on n’en finirait pas. Je veux juste ajouter ceci que la réflexion sur la nature de la guerre me paraît le sujet central des Chansons contre la Guerre. Cela dit, je n’en ferai pas un traité. D’ailleurs, ici, il se fait tout seul : chanson après chanson. 

Admettons ; il doit bien y avoir du vrai dans tout ce que tu racontes, dit Lucien l’âne en agitant la queue. Reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde polémophile, belliqueux, guerroyant, malade de la richesse et cacochyme.


Heureusement !


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 


Il se fait, que le temps ne donne plus
Quelque chose de plus,
Quelque chose que nous n’avons pas là,
Qui ne suffira pas, qui ne durera pas,
Même pas pour celui qui l’a eu.


Je me demande ce que demain on trouvera ;
Le train est loin et qui sait quand il repassera.

Je sais que je ne trouverai pas
Une place pour moi
Il est déjà trop tard, si je le sais
Vraiment je pourrai ?
On verra ce qui va suivre
Le moyen de survivre. 

Je me demande ce que demain on cherchera ;
Le train est passé et qui sait quand il reviendra.

Regarde combien nous sommes
Circus la pauvreté
J’imaginais être un homme
Dans cette pauvreté
Le chariot sait déjà
Avec qui il voyagera
Ne reviendra pas, n’échappera pas
À la pauvreté.


Ce qu’ensuite, il y aura
Celui qui nous avilira
Nous tenant dans la pauvreté
Qui nous achètera
Et nous liquidera
En tissant pour la disparité.


Pourquoi vous riez, il ne faut pas se moquer.
Le train ne passe pas et il n’entend pas passer. 

Regarde combien nous sommes
Circus la pauvreté
J’imaginais être un homme
Dans cette pauvreté
Le chariot sait déjà
Avec qui il voyagera
Ne reviendra pas, n’échappera pas
À la pauvreté.

CIRCUS LA PAUVRETÉ
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
27 décembre 2015 7 27 /12 /décembre /2015 22:55

La Théière Céleste

 

Chanson française – La Théière Céleste – Marco Valdo M.I. – 2015

 

 

 

 

 

 

 

La théière est irréfutable comme l'éléphant.

À la disparition du Soleil, elle nous sauvera, pourtant.

 

 

 

 

 

 

 

Voici, Lucien l’âne mon ami, l’histoire de la théière céleste.

 

 

Quoi ? De quoi tu me parles, Marco Valdo M.I., mon ami ? D’une théière céleste, et il faudrait y croire.

 

 

Bien évidemment qu’on doit y croire et qu’on ne saurait la nier sous peine de sévère réprobation. Mais je ne t’en veux pas de ta stupéfiante ignorance ; dans le fond, tu es un âne. Écoute bien, Lucien l’âne mon ami, la théière céleste est attestée par les plus grandes écritures, par les livres les plus saints, par les saints les plus ivres. Mordicus d’Athènes, philosophe éminent, inspirateur de l’école éthylique, l’attestait déjà de toute son autorité. T’ai-je dit que c’était une planète, du moins en apparence, mais c’est bien plus que ça. Elle date d’avant le big-bang et ce serait elle qui l’aurait provoqué en laissant couler sur le monde un peu de son thé sacré. Il nous faut donc assurément chanter sa gloire et c’est ce que fait cette chanson.

 

 

Cette théière céleste, dis-moi, d’où vient-elle ? Qui donc l’a inventée ? Où l’as-tu pêchée ?

 

 

Lucien l’âne mon ami, tu es trop perspicace. On ne saurait se gausser de toi. J’avoue : cette théorie n’est pas de moi, mais elle est l’œuvre d’un grand philosophe, d’un grand mathématicien et d’un grand pacifiste. Tu auras sans doute reconnu Bertrand Russell qui, dans un de ses ouvrages (Is there a god ? - 1952), se demandait en bonne logique – et il était logicien – pourquoi fallait-il que ce soient les sceptiques (entendons ici, les athées) qui prouvent l’inexistence de Dieu ou des Dieux. Il eut fallu d’abord en bonne logique assurer l’existence de Dieu ou des Dieux pour pouvoir aborder la question de leur existence ou de leur inexistence. Que penserait le Pape ou je ne sais quel grand croyant si par exemple, je lui demandais, si je lui enjoignais de prouver l’inexistence du Chlurp, entité surnaturelle de première grandeur qui au nom de la sainte concurrence et des règlements de l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) entendrait s’installer également dans les églises, qui je te le rappelle, sont la plupart du temps financées par les fonds publics. 

 Comme dit tonton Georges dans Tempête dans un bénitier :

« Le souverain pontife avec

Les évêques, les archevêques
Nous font un satané chantier »

 

 

Comme ici, on est sérieux, j’aimerais, Marco Valdo M.I. mon ami, que tu me dises exactement où je peux trouver trace en français de cette sacrée théière.

 

 

C’est légitime et je te réponds sans hésitation et en pleine transparence. Je l’ai rencontrée dans un petit ouvrage publié aux éditions Perrin (Collection Tempus) d’un certain Richard Dawkins, intitulé « Pour en finir avec Dieu. La traductrice, d’une écriture excellente au demeurant, est Marie-France Desjeux-Lefort. On trouvera cette anecdote de Russell à la page 71.

Une théière, il fallait bien être Anglais pour imaginer une théière. Les Romains, ancêtres des Italiens ont bien imaginé un Dieu… Il est vrai qu’au milieu de tous les objets divers qui circulent dans l’espace, une petite théière a toutes les chances de passer inaperçue.

 

 

En tous cas pas ici. Cela dit, reprenons notre tâche et tissons le saint suaire de ce vieux monde rongé par les mythes, imaginatif, halluciné, spirituel et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 

 

Beaucoup de croyants disent

Ne pas aimer qu’on les contredise.

Ils n’admettent la discussion

Que si d’avance, on leur laisse raison.

 

Aux autres, disent-ils, de réfuter

Nos intangibles dogmes.

On ne saurait nous-mêmes

Les prouver.

 

C’est ici qu’intervient la théière.

J’y crois, je l’ai vue toute entière.

La preuve, elle m’a proposé

Après ma mort, l’éternité.

 

Entre Mars et la Terre

Gravite la théière

De belle et bonne porcelaine,

C’est une planète naine.

 

Elle se promène en ellipse

Comme une grande autour du Soleil.

Personne ne peut le contredire

Une planète et une planète, c’est pareil.

 

Dans l’espace, elle est si petite,

Les télescopes ne peuvent l’apercevoir.

Il faudrait pourtant bien voir

Que quelqu’un la mette en doute.

 

Son existence est attestée

Par mille légendes sacrées,

Par les livres les plus anciens,

Écrits de la main des plus grands saints.

 

Tous les dimanches aux offices

On la prêche.

Toute l’année à l’école

On l’enseigne.

 

Qui la niera sera vilipendé

S’il lui prend l’envie d’en discuter.

La théière est irréfutable comme l'éléphant.

À la disparition du Soleil, elle nous sauvera, pourtant.

 

 

 
La Théière Céleste
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
27 décembre 2015 7 27 /12 /décembre /2015 18:34

Procès et condamnation

Chanson française – Procès et condamnation – Marco Valdo M.I. – 2015

Ulenspiegel le Gueux – 18

 

Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).

(Ulenspiegel – I, LXIX)

 

Cette numérotation particulière : (Ulenspiegel – I, I), signifie très exactement ceci :

Ulenspiegel : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs, dans le texte de l’édition de 1867.

Le premier chiffre romain correspond au numéro du Livre – le roman comporte 5 livres et le deuxième chiffre romain renvoie au chapitre d’où a été tirée la chanson. Ainsi, on peut – si le cœur vous en dit – retrouver le texte originel et plein de détails qui ne figurent pas ici.

 

Autan et sécheresse dépérissent les arbres

Quand on étouffe la libre conscience.

 

 

 

Nous voici, Lucien l’âne mon ami, à la dix-huitième canzone de l’histoire de Till le Gueux. Les dix-sept premières étaient, je te le rappelle :

 

01 Katheline la bonne sorcière  (Ulenspiegel – I, I)

02 Till et Philippe (Ulenspiegel – (Ulenspiegel – I, V)

03. La Guenon Hérétique (Ulenspiegel – I, XXII)

04. Gand, la Dame (Ulenspiegel – I, XXVIII)

05. Coupez les pieds ! (Ulenspiegel – I, XXX)

06. Exil de Till (Ulenspiegel – I, XXXII)

07. En ce temps-là, Till (Ulenspiegel – I, XXXIV)

08. Katheline suppliciée (Ulenspiegel – I, XXXVIII)

09. Till, le roi Philippe et l’âne (Ulenspiegel – I, XXXIX)

10. La Cigogne et la Prostituée (Ulenspiegel – I, LI)

13Indulgence  (Ulenspiegel – I, LIV)

14. Jef, l’âne du diable  (Ulenspiegel – I, LVII)

15. Vois-tu jusque Bruxelles ?  (Ulenspiegel – I, LVIII)

16. Lamentation de Nelle, la mule et la résurrection (Ulenspiegel – I, LXVIII)

17. Hérétique le Bonhomme  (Ulenspiegel – I, LXIX)

 

Sans doute, Lucien l’âne mon ami, as-tu encore dans les oreilles le lancinant appel de Katheline : « Le feu ! Le feu ! Creusez-un trou, l’âme veut sortir ! » et sans doute aussi, avais-tu pressenti que c’était là une sorte de prémonition, un cri de Cassandre. En effet, dans Till le Gueux, un peu comme dans “La Jeune Fille et la Mort” de Franz Schubert s’entrecroisent les thèmes et la mort fait entendre sa voix au travers des incantations de Katheline. Et sans doute encore, te souviens-tu de l’arrestation de Claes par le prévôt et les quatre sergents.

 

Sûrement que je m’en souviens, Marco Valdo M.I., mon ami, et même, j’ai comme l’idée que ce qui arrive à Claes est à interpréter d’un point de vue symbolique. Je veux dire que j’ai la conviction que Claes est une figure qui incarne tous ceux qui sont – au cours de l’Histoire – dénoncés comme hérétiques par un pouvoir ou une religion.

 

Peut-être bien, dit Marco Valdo M.I. Cependant, pour les pouvoirs d’État (sauf s’ils sont théocratiques ou religieux), il n’y a pas d’hérésie, car ils ne se fondent pas sur une croyance à un ou plusieurs dieux, même s’ils peuvent l’être sur une eschatologie, sur l’espérance ou l’annonciation de mondes meilleurs. Dans ce dernier cas, il peut y avoir des sortes d’hérésies et d’hérétiques. Le vocabulaire qu’on leur applique est cependant différent, on parle alors d’opposants, de déviationnistes, de dissidents, etc. Mais globalement, la démarche est la même : ils ne suivent pas dans le droit chemin. Pour les puissants, ils sont simplement de la mauvaise herbe.

 

De la mauvaise herbe qu’il faut extirper, j’imagine, dit Lucien l’âne d’un ton sévère. Ce serait une mauvaise idée, car nous les ânes, on aime la mauvaise herbe…

 

Bien sûr, c’est le destin de la mauvaise herbe vu par le jardinier entiché de pelouse et de gazon ras. Cette chanson « Procès et Condamnation » raconte ce qu’il advient de Claes qu’on avait mis en prison. Son interrogatoire est très émouvant et montre comment un homme libre peut jusqu’au bout garder sa dignité. Claes ne plie à aucun moment sur l’essentiel. Il résiste, résiste, résiste.

 

On dirait bien, Marco Valdo M.I. mon ami, que cet hérétique applique jusqu’au bout la devise que nous avons adoptée : « Ora e sempre : Resistenza !».

 

Ensuite, il y a le visage du traître, du dénonciateur qui – en dépit de l’anonymat de sa honteuse action – est révélé à tout le monde. Ici, une petite parenthèse s’impose. Le roi Philippe avait – à la suite de son père – mis en place un système de délation efficace et particulièrement profitable. Il accordait au dénonciateur en « héritage » une part des biens du condamné : voilà pour l’efficace ; et il s’en gardait la plus grande partie, voilà pour le profitable. Pour le zélateur, les conséquences viendront plus tard, car les gens – même dans ce terrible régime – n’aimaient pas les délateurs. Et à propos de régime, celui-là comme tous les autres régimes, a comme principal ennemi la liberté de pensée ou de conscience – ce qui foi de Valdo, est la même chose. Pour le pouvoir, il s’agit de l’empêcher d’exister, car elle finit toujours par troubler l’ordre public. Mais, Lucien l’âne mon ami, ne te laisse pas prendre à cet astucieux tour de passe-passe, qui consiste à confondre ordre public et paix. À car égard, Claes pose la bonne question : « Quand pourra-t-on vivre en paix ? ».

 

Je vais te rassurer, Marco Valdo M.I. mon ami, sur l’état de ma pensée en ce qui concerne cette utopie qu’est la « paix » tant que durera la Guerre de Cent Mille Ans [[7951]] que les riches et les puissants font aux pauvres pour assurer leur main-mise sur le monde, renforcer leur domination sur les gens, accroître leurs richesses, étendre leurs privilèges, développer l’exploitation des hommes et de la nature… je me pose la même question que cet accusé d’antan. C’était il y a cinq siècles et nous nous posons encore et toujours, la même question, bien que l’on connaisse la solution : la disparition de la richesse et de l’avidité qui en découle.

 

On voit donc bien comment atteindre la « paix » ; reste à savoir quand on y arrivera. En la matière, il existe deux solutions : une solution apocalyptique et une solution ordinaire. Je penche nettement pour l’ordinaire qui découle d’une évolution.

 

Mais laissons cela… sinon nous y serons encore demain et tissons le linceul de ce vieux monde pieux, vieux, inquisitorial, mortel et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

On sut bientôt dans tous les alentours

Qu’un homme était prisonnier et serait jugé

L’Inquisiteur Sans Pitié le fera brûler

Comme il le fait toujours.

 

Sous le tilleul, le tribunal se réunit.

Le populaire en grande multitude dit :

Les juges ici ne diront pas justice,

Ils condamneront, c’est leur saint office.

 

Le dénonciateur, anonyme comme il se doit

Entre d’autres hérésies, avait ouï, caché en retrait :

« La Prostituée romaine un jour tombera. »

Et Claes qui disait : « Quand pourra-t-on vivre en paix ? »

 

Qui est ce dénonciateur, ce traître vil et bas,

Avide, avare, âpre au gain comme le roi ?

C’est toi le poissonnier au vilain museau de rat

Pour l’héritage, tu as fait cette laide chose-là.

 

Le juge demande : « Dis-moi, si tu crois

Que le Pape représente Dieu ici-bas. »

« Non, dit l’accusé, je ne le pourrais pas. »

Jusqu’au bout, Claes ne se rendit pas.

 

« Où est Till, mon fils en errance ?

Seras-tu brave, ma douce commère ? »

Autan et sécheresse dépérissent les arbres

Quand on étouffe la libre conscience.

 

Et les gens criaient : « Pitié, miséricorde ! »

Et le juge en place du feu offrait la corde.

Et les gens dirent encore : « Feu ou corde, c’est la mort ! »

L’Inquisiteur clamait : « Ce n’est rien de brûler les corps.

 

Aux hérétiques, il faut sauver l’âme impure.

Les forcer par la torture à renier leurs erreurs.

Il faut aux peuples imposer la foi par la terreur. »

Les femmes disaient : « Où il y a aveu, il n’y a pas torture. »

 

Pour l’Inquisiteur, il faut abjurer avant de mourir ;

On ne put amener le Bonhomme à se dédire.

La torture n’étant point prescrite par la loi,

Hérétique ; à brûler jusqu’à la mort, on le condamna.

 

Claes cria : « Tu mourras de male mort, immonde scélérat

Qui pour un petit denier, un homme libre dénonça. »

Et le poissonnier, comme le roi,

D’une part des biens du martyr hérita.

 

 

 
 
 Procès et condamnation
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
26 décembre 2015 6 26 /12 /décembre /2015 22:28

CHANSON GUERRIÈRE

 

Version française – CHANSON GUERRIÈRE – Marco Valdu M.I. – 2015

d'après la version italienne (littérale) de Krzysiek Wrona

d'une

Chanson polonaise – Piosenka walcząca – Grzegorz Dąbrowski – 2015

 

 

 

Nous luttons seulement avec nous-mêmes

Contre notre tête.

 

 

Je me bats contre moi-même ;

Je suis mon ennemi le plus proche ;
Je me bats seul avec moi-même
Contre ma tête.
Celui-ci lutte pour son terroir
Un autre lutte pour le savoir ;
Celui-ci lutte pour l'équité
Et un autre pour l'égalité.

 

Le monde entier lutte, lutte
Depuis déjà des années, lutte, lutte.
Je me bats et tu te bats ;
Qui a gagné, qui gagna ?


La lutte contre le cancer est une chose effrayante,
Celle contre les moulins à vent n'est pas moins importante.
Si on partage la croyance
Que cette lutte change quelque chose :
La lutte contre le feu et la lutte contre le froid,
La lutte contre les ténèbres et la lutte contre la faim,
La lutte contre le racisme et la lutte contre la xénophobie,
La lutte pour la vérité, la lutte contre les armes nucléaires,
La lutte pour la liberté, argument fréquent
Pour la démocratie, mais particulièrement pour qui a le droit,
La lutte pour l'honneur, de préférence au nom de Dieu,
La lutte pour l'ego et la lutte pour les paroles.

 

Le monde entier lutte, lutte
Depuis déjà des années, lutte, lutte.
Je me bats et tu te bats ;
Qui a gagné, qui gagna ?


Un combat pour un autre
Et l'autre demande : « Mais qu'est-ce que j'y gagne ? »
Aujourd'hui, tu luttes pour les idéaux ;
Demain, tu fomentes les incendies.
Aujourd'hui, tu luttes pour le pouvoir ;
Demain, tu méprises tout le monde.
Nous luttons contre nous-mêmes ;
Là, se trouve notre ennemi le plus proche.
Nous luttons seulement avec nous-mêmes
Contre notre tête.

 

Le monde entier lutte, lutte
Depuis déjà des années, lutte, lutte.
Je me bats et tu te bats ;
Qui a gagné, qui gagna ?

 

 
 CHANSON GUERRIÈRE
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
25 décembre 2015 5 25 /12 /décembre /2015 23:17

Hérétique le Bonhomme

 

Chanson française – Hérétique le Bonhomme – Marco Valdo M.I. – 2015

Ulenspiegel le Gueux – 17

 

Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).

(Ulenspiegel – I, LXVII)

 

Cette numérotation particulière : (Ulenspiegel – I, I), signifie très exactement ceci :

Ulenspiegel : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs, dans le texte de l’édition de 1867.

Le premier chiffre romain correspond au numéro du Livre – le roman comporte 5 livres et le deuxième chiffre romain renvoie au chapitre d’où a été tirée la chanson. Ainsi, on peut – si le cœur vous en dit – retrouver le texte originel et plein de détails qui ne figurent pas ici.

 

 

Hérétique, hérétique, le bonhomme.

On l’a dénoncé, il doit mourir.

 

 

 

Nous voici, Lucien l’âne mon ami, à la dix-septième canzone de l’histoire de Till le Gueux. Les seize premières étaient, je te le rappelle :

 

01 Katheline la bonne sorcière [[50627]] (Ulenspiegel – I, I)

02 Till et Philippe [[50640]](Ulenspiegel – (Ulenspiegel – I, V)

03. La Guenon Hérétique [[50656]](Ulenspiegel – I, XXII)

04. Gand, la Dame [[50666]](Ulenspiegel – I, XXVIII)

05. Coupez les pieds ! [[50687]](Ulenspiegel – I, XXX)

06. Exil de Till [[50704]](Ulenspiegel – I, XXXII)

07. En ce temps-là, Till [[50772]](Ulenspiegel – I, XXXIV)

08. Katheline suppliciée [[50801]](Ulenspiegel – I, XXXVIII)

09. Till, le roi Philippe et l’âne [[50826]](Ulenspiegel – I, XXXIX)

10. La Cigogne et la Prostituée [[50862]](Ulenspiegel – I, LI)

11. Tuez les hérétiques, leurs femmes et leurs enfants ! [[50880]](Ulenspiegel – I, LII)

13Indulgence [[51015]] (Ulenspiegel – I, LIV)

14. Jef, l’âne du diable [[51076]] (Ulenspiegel – I, LVII)

15. Vois-tu jusque Bruxelles ? [[51124]] (Ulenspiegel – I, LVIII)

16. Lamentation de Nelle, la mule et la résurrection [[51150]] (Ulenspiegel – I, LVIII)

 

 

Lors donc, Lucien l’âne mon ami, toi qui aimes que je t’explique d’abord le titre des canzones, il est à présent question d’un bonhomme, d’un hérétique. L’hérétique est quelqu’un qui fait l’objet d’une vindicte particulière de la part d’une église ou d’une religion ; en pratique, est hérétique toute personne qui dérange une église ou une religion ou qui met en cause ses fondements ou son existence. Il est certes toutes sortes d’hérétiques. C’est une production prolifique des religions (sans religion, pas d’hérétique)et dans le cas de la chanson, de la religion catholique. Depuis sa création, elle en a produit quasiment sans interruption de nouveaux modèles, comme l’industrie automobile. Est hérétique, tout qui met en cause le dogme, les pratiques ou le pouvoir de l’Église. Je te prie de considérer que l’Église et sa prétention à l’unicité résulte – en définitive –de la nécessité pour l’Empire de disposer d’une religion unique. C’était encore, il t’en souvient sans doute, le projet de Charles-Quint et Philippe le roi, son fils, entendra faire pareil dans son royaume. Ceci pour la première partie du titre de la canzone.

 

Salut à toi, Marco Valdo M.I., mon ami, j’apprécie en effet beaucoup de t’écouter expliciter les titres, gloser à propos des canzones ou d’autre chose. Donc, pour ce qui est des hérétiques, me voilà servi, du moins pour l’instant, car je pense qu’on y reviendra. Ce qui m’intrigue plus, c’est ce bonhomme, avec majuscule en plus.

 

Qu’est-ce qu’un Bonhomme, singulièrement quand il s’agit d’hérétiques. Historiquement, on connaît des Bons Hommes et des Bonnes Femmes, suspects d’hérésie. C’étaient les noms que se donnaient les Cathares qui, si tu veux bien t’en souvenir, firent l’objet de la part de l’Église Catholique d’une série de furieuses croisades, de procès inquisitoriaux et de grands massacres jusqu’à leur complète élimination. Ce qui prit plus de trois cents ans. Ce fut une persécution immonde, en tous points semblable à celle dont firent l’objet – à la même époque – les membres de la Fraternité des Pauvres de Lyon, autrement dit les partisans de Valdo et en Italie, les Dolciniens, partisans de Dolcino et de Marguerite. Et l’affaire n’est pas close. Suis bien ceci un instant que ces Bonshommes, ces hérétiques – au-delà des errances théologiques – étaient surtout poursuivi de la vindicte ecclésiastique en ce qu’ils mettaient en cause le plus important pour l’Église (en ce temps-là et aujourd’hui encore) : le pouvoir et son avidité pour les richesses terrestres. En peut-il exister d’autres, d’ailleurs ?

 

En somme, dit Lucien l’âne en balançant la tête et col, excuse-moi pour cette intervention, c’est toujours là une facette de cette Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants font aux pauvres et aux démunis afin de maintenir leur domination sur le monde, de tenir les pauvres en soumission, d’empêcher toute remise en cause réelle de l’état des choses, de promettre tout et n’importe quoi et de ne pas le tenir, le paradis et la rédemption, d’accroître leurs fortunes, de développer l’exploitation des hommes et de la nature et de garantir leurs privilèges.

 

Bien évidemment et cela perdure à présent. Il s’agit de mener le troupeau et de réduire toutes les voies de la liberté. Venons-en à présent, car cela t’importe aussi, à la canzone et à la suite de l’histoire de Till le Gueux. Cette fois, c’est en quelque sorte un épisode intermédiaire, mais rempli d’enseignements sur la suite des événements, que toutefois, je ne dévoilerai pas trop.

 

Il te faudra sans doute y revenir, dit Lucien l’âne en se dandinant. Car le futur éclaire le présent comme le présent éclaire le passé.

 

Car le passé éclaire le présent comme le présent, le futur. N’oublions pas que cette Légende d’Ulenspiegel est déjà écrite (par Charles De Coster, notamment), mais pas entièrement. Pour l’instant, je te le dis, nous avançons à tâtons. C’est ma façon de procéder.

 

Mais dis-moi quand même quelques choses…

 

En résumé, c’est la canzone du retour de Till, de l’arrivée du messager, de l’annonce du supplice de Josse (le frère de Claes et donc, l’oncle de Till) et de l’arrestation de Claes pour hérésie. Je disais l’épisode intermédiaire, il faut comprendre central. Le tout bercé par l’intermittente lamentation de Katheline : « Le feu ! Le feu ! Creusez-un trou, l’âme veut sortir ! ».

 

Me voilà comblé et il ne me reste plus qu’à écouter la canzone que – beau ménestrel – tu vas me dire et nous reprendrons ensuite le cours de notre tâche en tissant de nos pauvres mains le linceul de ce vieux monde malade du pouvoir, impotent, trompeur, criminel et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Quand roulait la procession du Saint Sang,

Claes attendait Till anxieusement

Sur le pas de la porte, il guignait

L’homme de haute stature qui s’en venait.

 

L’homme ramassait les carottes

À même la terre et crues, les croquait.

L’homme arriva au coin de la rue, peu après.

Entre chez moi, dit Claes, retire tes bottes.

 

Bénis ceux qui sont doux à l’errant.

Tu as soif, tu as faim.

Depuis huit jours, je ne mange rien

Que les racines des bois et les carottes des champs.

 

Apportes-tu des nouvelles, messager ?

Ton frère Josse est mort sur la roue.

Méchant bourreau, mon pauvre frère.

L’homme donne à Claes le fraternel baiser.

 

Le messager resta sept jours entiers.

Toutes les nuits, il entendait Katheline crier :

« Le feu ! Le feu ! Creusez-un trou, l’âme veut sortir ! ».

Puis, le Bonhomme dut repartir.

 

Voici le prévôt et quatre sergents ;

Qui donc viennent-ils chercher ?

Claes se bat pour sa liberté.

Il est innocent, il est innocent.

 

« Le feu ! Le feu ! Creusez-un trou, l’âme veut sortir ! »

Qu’a donc fait mon pauvre homme ?

Hérétique, hérétique, le bonhomme.

On l’a dénoncé, il doit mourir.

 

La male heure a sonné, dit le fermier.

Till affolé se dépêche d’arriver.

Nelle lui dit : « Ne rentre pas chez toi !

Les soldats t’attendent là-bas. »

Hérétique le Bonhomme
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
24 décembre 2015 4 24 /12 /décembre /2015 17:50

À LA GLOIRE DE LA PATRIE

 

 

 

Version française – À LA GLOIRE DE LA PATRIE – Marco Valdo M.I. – 2015

d'après la version italienne

d'une chanson polonaise – Ku chwale ojczyzny - Grzegorz Dąbrowski – 2015

 

Des bougies, de l’encens et un curé,
Dans le tumulus, on a piqué
Le drapeau rouge et blanc

Rouge et blanc.

 

La Pologne, globalement, pour toi comme pour moi, est une terra incognita, ou presque. Un monde situé quelque part par là. Et en grande partie, le mot de Jarry situant le royaume du Roi Ubu reste de mise : « En Pologne, c’est-à-dire nulle part ». J'ajoute volontiers, comme Pierre Dac disait à propos du schmilblick dans Du Côté d'Ailleurs, « une machine qui si elle ne sert à rien, peut par conséquent servir à tout ». Transposons : nulle part, c'est-à-dire partout et ailleurs. Donc, on peut aussi bien renverser la proposition de Jarry et dire "En Pologne, c'est-à-dire partout et ailleurs".

 

 

Mais pourquoi donc, dis-tu, Marco Valdo M.I., des choses aussi banales, qui pourraient être mal interprétées par des gens sourcilleux en ce qui concerne le pays où ils vivent et où souvent, ils sont nés.

 

 

Mais justement, je le dis en pensant à ces gens-là. Précisément, ces gens-là, car je viens de terminer une version française d’une chanson polonaise. Je l’ai faite cette version française, car je suis très curieux de savoir ce que raconte la chanson polonaise et surtout, une chanson polonaise que nous présente Krzysiek Wrona, qui l’a traduite en italien. Grâce à sa traduction, j’ai pu en faire une version française, en ce compris les dérives de la duplication transformiste du processus. C’est cette version française que tu peux contempler ici. Et j’ai beaucoup aimé ce « à la gloire de la patrie » qui construit une perspective étrange. On ne parlait plus beaucoup, ici dans nos pays, de patrie, même si ces derniers temps, dans certains milieux, le mot revient de loin et en forceEt ce n'est pas bon signe. Le mot patrie évoque toujours des moments guerriers, des périodes troubles, des bruits de bottesPatrie par ci, patrie par là… J’ai toujours l’impression que quelqu’un, là un peu plus loin, proclame : « Quand j’entends le mot patrie, je sors mon militaire ».

 

 

Ce mot de « patrie » doit souffrir d'un défaut de connotation, certainement, dit Lucien l'âne en souriant en coin.

 

 

Certes, mais quand on y accole le mot « gloire », il y a de quoi s’inquiéter. Cependant, dans cette version française, tirée d’une version italienne d’une chanson polonaise, il y a comme un parfum d’ironie qui me rassure et qui me l’a fait apprécier.

 

 

Brisons là, j’ai hâte de découvrir. Puis, cela fait, reprenons notre tâche et tissons à nouveau le linceul de ce vieux monde patriotique, encensé, glorieux et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 


Aux funérailles de Tomek, il y avait beaucoup de gens,
Des bougies, de l’encens et un curé,
Des chants indiens et le tambour du chaman.
Dans le tumulus, on a piqué
Le drapeau rouge et blanc

Rouge et blanc.

Je chante à la gloire de la patrie ce chant
Pour rappeler à la gloire de la patrie
Les morts et les vivants,
Les gens d’honnête vie,
Ceux qui pour le principe
Ont vécu ou vivent
Pour le bonheur, la joie
Et l’allégresse.


À la gloire de la patrie, il convient de rappeler
Les vivants qui n’ont ennuyé personne,
Les fous et les forcenés 
Qui savent rêver sans briser le rêve.
Il faut chanter aussi à la gloire de la patrie
Celui qui cherche le ciel
Sur terre, dans l’espace interpersonnel.
Célébrer à la gloire de la patrie
Aussi qui connaît les visions,
Les apparitions et les hallucinations,

Les beuveries des hommes et les grâces de filles.

 

Je chante à la gloire de la patrie ce chant
Pour rappeler à la gloire de la patrie
Les morts et les vivants,
Les gens d’honnête vie,
Ceux qui pour le principe
Ont vécu ou vivent
Pour le bonheur, la joie
Et l’allégresse.


Toutes ces filles à la gloire de la patrie :
Les mariées, les divorcées et les maîtresses,
Les mignonnes, les vierges et les prêtresses
Qui vivent, car ainsi va la vie.
Les activistes, les typographes, les pêcheurs de Casciubia,
Les découvreurs, les mystiques ou les atteints d’écomanie.
Laissons-les vivre à la gloire de la patrie
Voyager vers l’Inde ou boire la vodka.


Je chante à la gloire de la patrie ce chant
Pour rappeler à la gloire de la patrie
Les morts et les vivants,
Les gens d’honnête vie,
Ceux qui pour le principe
Ont vécu ou vivent
Pour le bonheur, la joie
Et l’allégresse.


Iiaha iiaha iiaha
Iiaha iiaha 
Iiaha iiahaaa 

Iiaha iiahaaa 

Iiaha iiahaaa
Iiahaaa

 

 

 

 

 

À LA GLOIRE DE LA PATRIE
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
22 décembre 2015 2 22 /12 /décembre /2015 23:56

PAUVRE DE MOI

 

Version française – PAUVRE DE MOI – Marco Valdo M.I. – 2015

à partir de la version italienne d’une chanson abruzzese – Scuramaja – Anonyme du Dix-Huitième siècle (Traduzione italiana sempre dal sito Alto Sannio, a cura di Enzo. C. Delli Quadri.)

et

une seconde version française

à partir de la traduction italienne de la version de Nino Rota interprétée par Anna Melato.

 

 

 

 

Pauvre de moi, pauvre de moi !

Tu es mort et moi je fais quoi ?

 

 

 

 

 


Selon it.wikipedia, Scura maje (connu même comme Mara maje) est un chant populaire d’auteur inconnu provenant des Abruzzes. Quelques sources le donnent comme d’origine balkanique et remontant au XVme, à l’époque des migrations dues à l’invasion ottomane. Selon d’autres, l’origine pourrait être même médiévale ; mais de toute façon, c’est au XVIIIème que remonte le premier témoignage écrit de ce chant, publié sous le titre Scura mai dans un livre de poèmes dialectaux de Romualdo Parente, poète de Scanno, province de l’Aquila.


Selon Antonio De Nino (1833-1907), chercheur des Abruzzes, la lamentation se composait originairement de 17 strophes écrites autour de 1830 par Sebastiano Mascetta de Colledimacine, dans la province de Chieti.
Je reprends le texte – en 9 strophes, par Enzo. C. Delli Quadri – du site Alto Sannio.
Je 
signale que le texte sur le Réseau est par contre celui réduit dans l’arrangement de Nino Rota pour le « Film d’amour et d’anarchie », dirigé en 1973 par Lina Wertmüller, dans lequel la chanson est interprétée par Anna Melato (comme même Antonio Soffiantini, detto Tunin‎ e Canzone arrabbiata, déjà présentedans les CCG).J’ajoute enfin que « Mare maje » pourrait avoir inspiré Mario Panzeri pour sMaramao perché sei morto?immortalisée par le Trio Lescano en 1939.


La chanson décrit le sentiment d’abandon et de douleur d’une femme contrainte à élever toute seule ses enfants, car elle a perdu subitement son mari. De la cause de la mort de celui-ci, il n’y a pas trace dans le texte, mais dans le temps, il était très fréquent que dans les classes subalternes, on mourut à la guerre, ou massacrés par la soldatesque de passage, ou de fatigue dans les champs ou de maladies dues aux conditions de vie… Je crois que pour cela-même la chanson mérite sa place dans les CCG, dans ce super-parcours qui idéalement, unit tous les parcours existants, celui de la « Guerre de 100.000 ans que les riches font aux pauvres »… Je crois aussi qu’elle peut figurer dans le parcours de la « Violence contre les femmes », vu que l’organisation sociale de ce temps – pas entièrement passée encore aujourd’hui sur de vastes portions de la Terre – n'imaginait même pas qu’une femme puisse survivre une fois abandonnée par son mari, à moins que quelque autre mâle l’accepte comme esclave en l’incorporant à son éventuelle famille précédente. Et en effet dans la dernière strophe, la protagoniste désespérée arrive à souhaiter de trouver même seulement un « sterpone » (rustre, ignorant, mauvais, laid,…) qui la prenne avec lui, elle et son enfant…

 

 

Pauvre de moi, pauvre de moi !
Tu es mort et moi je fais quoi ?
Je déchire mes nattes et mon visage,
Je me jette sur ton corps sage :
Pauvre de moi, pauvre de moi !


J’avais une maisonnette, avant ;
Je n’ai plus de lieu, maintenant,
Sans lit et sans toit,
Sans pain et sans accompagnement :
Pauvre de moi, pauvre de moi !


Il me reste une famille
Affamée, nue et amaigrie
Et la nuit, elle crie.
Elle veut du pain et je n’en ai pas :
Pauvre de moi, pauvre de moi !

 

Hier, je suis allée chez le beau-frère,
Demander de l’aide,
Il me réprimanda,
Avec une latte, il me frappa:
Pauvre de moi, pauvre de moi !


Sois maudit, sois maudit, 
Tout le bien que je t’ai fait !
Pour le sang d’une chatte qui sourit,
Qui ensorcelle, c’est moi qui subis.
Pauvre de moi, pauvre de moi !

 

Et la nuit subitement,
Quand tu dors, subrepticement,
Je vais entrer par le trou de la porte,
Je vais boire tout ton sang :
Pauvre de moi, pauvre de moi !

 

J’étais grasse comme une ourse,
Je suis devenue sèche, sèche.
Pas un chien qui me lèche,
Qui me chasse et qui aboie pour moi :
Pauvre de moi, pauvre de moi !


Qu’ai-je fait au ciel ?
Au monde pauvre fille,

Je suis restée jeune veuve,

À présent je me fâche, je me fâche :
Pauvre de moi, pauvre de moi !


Oh ! Ciel, fais-moi don
Pour mari d’un barbon,
Car quand on n’a pas le mouton,
Le chiot toujours aboie :
Pauvre de moi, pauvre de moi !

 

 

AMÈRE MOI
seconde version française

à partir de la traduction italienne de la version de Nino Rota interprétée par Anna Melato.

 

Amère moi, triste moi,
Tu es mort et moi, que fais-je ?
Je déchire mes nattes et mon visage,
À présent, je me tue au-dessus de toi.


Amère moi, amère moi, amère moi,
Triste moi, triste moi, triste moi,
Maintenant je me tue, maintenant je me tue, maintenant je me tue.
Au-dessus de toi.

 

Je suis une brebis perdue,
Le mouton m’a laissée,
Le chiot toujours aboie,
De faim, maintenant, il s’enrage.


Amère moi, amère moi, amère moi,
Triste moi, triste moi, triste moi,
Maintenant je me tue, maintenant je me tue, maintenant je me tue.

Au-dessus de toi.

 

J’avais une maisonnette,
Je suis sans remède,
Sans lit et sans toit,
Sans pain et sans repas.

 

Amère moi, amère moi, amère moi,
Triste moi, triste moi, triste moi.
Maintenant je me tue, maintenant je me tue, maintenant je me tue.
Au-dessus de toi.

 

 
PAUVRE DE MOI
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
21 décembre 2015 1 21 /12 /décembre /2015 17:26

SOCIÉTÉ JE TE HAIS !

 

Version française – SOCIÉTÉ JE TE HAIS ! – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson italienne – Società io ti odio – Alessio Lega – vers 1990.

Texte dAlessio Lega
Lib
rement inspiré de:
Société tu m’auras pas d
e Renaud

 

 

 

 

Je hurle ma rage et sais que j’exaspère

Comme la puce folle sur le cou de la panthère.

Mais il me reste la colère seulement

À vomir dans le cou des gens.

 

 

 

 

 

Déposée aux Archives Prolétariennes Internationales de Milan, fondées et tenues par Santo Catanuto, Société je te hais doit probablement sa survie au Canto anarchico in Italia Chant anarchiste en Italie du même Catanuto et de Franco Schirone, où elle a été insérée dans l’édition de 2009 à la page 353. Ce doit être une des premières chansons écrites par le très jeune Alessio Lega, inspirée d’une célèbre chanson d’un autre qui était très jeune en 1974, Renaud. Mais si pour Renaud la « société ne l’aurait pas eu », Alessio Lega âgé de vingt ans ou un peu plus déclarait même tout sa haine à la société elle-même. 

Si, sûrement, il ne nous est pas donné 
de savoir quels et combien de dommages Alessio procuré à « Caritas », ce qui peut-être est à regretter un peu est que cette chanson primordiale dans sa production n’en ait pas provoqués en tant que chanson en soi, perdue qu’elle est dans un volume et absolument inconnue au grand Réseau jusqu’aujourd’hui. Nous cherchons donc à remédier, aussi parce que – disons-le franchement – on ressent beaucoup le manque de fiers « détestateurs » de la Société, de ses ordres constitués et de ses composants « spirituels ». [RV] 

On ne peut pactiser avec ta violence,

Il y a quelque chose de pourri dans ton existence

Et je ne m’accorderai jamais avec ce que tu as fait,
Carcela dit entre nous, société, je te hais.
Il n’y a pas moyen de s’entendre entre nous ;
Quand je hurle ma douleur, tu me traites de fou.

Ce contrat entre nous, je ne l’ai jamais signé

Et jusqu’à mon dernier souffle, société je te haïrai.


Tu aimes les uniformes : les tenues, les costumes ;
Si dessous, il y a un fauve, tu ne vas pas y voir.
Je hais ton soldat, je hais ton gendarme ;
J’aimerais le voir pendre aux drapeaux noirs !
Je suis sanguinaire ! Je suis imparfait !
Mais lui se croit viril… et ce n’est même pas un homme !
Société… je te hais !


Tu te débarrasses en vitesse de celui qui te rejette ;
À le cataloguer « clochard » ou « drogué », tu es toujours prête. 
Puis quand sous ta « civilisation », tu les as écrasés ?
Tu donnes le coup de grâce de ta pitié,
Société, je te hais !
Et préviens tes bonnes sœurs et préviens tes curés,
Car ce seront les premiers à être égorgés !
Nous rendrons ainsi la « charité chrétienne »
Eux « fils de dieu », nous « fils de pute ! »
Société, je te hais !

Ne nous dites pas que « famille et travail » sont pour l’homme,
Ni ce vide dédain qu’on appelle« décorum ».
Nous ne voulons pas de maîtres, nous ne voulons pas de prophète ;
Nous fracasserons au sol toutes vos comètes
Et votre asphyxiant secours qu’on dégueule,
Nous vous le rabattrons sur la gueule.
Société, je te hais !


Je ne cherche pas mes barreaux, je ne veux pas vivre en travaillant ;
Les cages sont des cages, même les cages d’or !
Vous exploitez mon esprit, vous exploitez mon corps,
Mais si je ne sers plus,
Mais si je ne sers plus… vous débranchez le courant
Société, je te hais !
Si je trouve encore des paroles qu’elles soient dures et sourdes ;
Si vraiment je dois claquer, je sauterai sur les cordes
Pour trouver ma voix, avoir l’illusion
De pouvoir vous renverser d’une chanson.
Société, je te hais !


Je hurle ma rage et sais que j’exaspère
Comme la puce folle sur le cou de la panthère.
Mais il me reste la colère seulement
À vomir dans le cou des gens.
Pour aller au-delà de la mascarade
De la « société », chercher ce que nous sommes :
Amis… frères… camarades,

Je vous aime !

 

 

 

 

 

SOCIÉTÉ JE TE HAIS !
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
20 décembre 2015 7 20 /12 /décembre /2015 00:05

GIORDANO BRUNO

 

Version française – GIORDANO BRUNO – Marco Valdo M.I. – 2015

 

Chanson italienne (Laziale romanesco) – Giordano Bruno – Stefano Rosso – 2007 

 

 

 

l’inauguration (1889) et le Campo dei Fiori empli d'athées, libres-penseurs, laïques et de plus de cent bannières de francs-maçons flottant au vent

 

 

 


Sur un sympathique fond musical, Stefano nous narre la triste fin du moine dominicain, qui fut condamné au bûcher parce qu’il soutenait que la terre tournait, chose impensable pour l’époque.

Il me semble voir notre Stefano, qui à la conclusion du sonnet, rit sous cape et nous dispense un des conseils les plus sages et anciens du monde : "Si nun te voi scottà e fatte la bua te devi fa sempre li cazzi tua!". « Si vous voulez que personne ne vous brûle et ne vous fasse des misères
Occupez-vous de vos affaires ! ».

 

 

L’ami Lucien l’âne, je m’en vais te présenter la version française que je viens de terminer d’une chanson italienne bien amusante. Elle raconte – à sa façon – l’histoire d’un brave garçon qu’un Pape délirant fit cuire en place publique, car il en savait trop. Ce savant impudent s’appelait Giordano Bruno (https://fr.wikipedia.org/wiki/Giordano_Bruno) ; on le nomme aussi Il Nolano, du fait qu’il était né à Nola, près de Naples au temps de Till le Gueux [[51150]]. Je te rappelle en quelques mots pour bien situer la suite que Giordano Bruno était un moine dominicain, ceux qui firent les croisades contre les Occitans, les Cathares et les Vaudois et instruisirent l’Inquisition. C'était un moine dominicain qui apostasia et se défroqua ne supportant plus de vivre dans la suffocation mentale et il se mit alors avec une passion tenace à explorer les territoires du savoir et ceux qu’il fallait encore éclairer.

 

 

Bref, il était parti dans la vie sur de mauvaises bases et me dis-tu, cette hyène féroce se défit de ses crocs et de ses laides pensées et rejetant la superstition se mit en quête des vérités de la nature.

 

 

C’est bien ainsi qu’on pourrait dire la chose. Mais ces bonnes dispositions lui valurent une exécution capitale. On le carbonisa vif en un lieu connu encore sous le nom de Campo dei FiorI. Je note au passage que c'est la seule place de Rome où il n’y a pas d’église. Sache, mon ami Lucien l’âne, que la statue de ce Nolano, ce Giordano Bruno méchamment exécuté sur ce Campo dei Fiori, est finalement la plus belle fleur de ce champ ; sache aussi que ce monument est l’œuvre du sculpteur et grand architecte Ettore Ferrari, qui le fit ériger le 9 juin 1889. Ce ne fut pas sans mal, même si Ettore Ferrari le fit gratuitement – ceci vaut la peine d’être dit. Toutefois, si c’était son œuvre et sa volonté, il ne put aboutir tout seul. Nombreux furent ceux qui l’aidèrent dans cette noble tâche de mémoire, au travers notamment d’une souscription internationale à laquelle souscrivirent des donateurs inconnus et des gens célèbres. Giordano Bruno n’était pas oublié. Cependant, l’intervention d’Ettore Ferrari comportait un autre message, elle signifiait autre chose encore.

 

 

Ah ?, dit Lucien l’âne intrigué, levant les oreilles en points d’interrogation.

 

 

On le vit lors de l’inauguration du monument quand le Campo dei Fiori fut empli de manifestants athées, libres-penseurs, laïques (http://www.uaar.it/sites/default/files/webfm/all/ateo/2005/Ateo-36-2005-1.pdf) et de plus de cent bannières de francs-maçons flottant au vent. Ettore Ferrari sera des années plus tard grand maître du Grand Orient d’Italie – de 1904 à 1917. Donc, Ettore Ferrari n’avait rien d’un religieux et il n’avait pas non plus l’intention de se soumettre à des injonctions papales. Pourtant, le pape de l’époque (peu importe son nom, d’ailleurs ; les papes passent, l’Église reste), s’adressa à l’État italien pour exiger qu’il interdise l’érection de la statue de Giordano Bruno. Ce porteur de tiare menaça même de quitter l’Italie, autrement dit de transporter ailleurs le siège de l’Église Catholique et Apostolique ; ailleurs : hors du territoire italien et donc, du Vatican.

 

 

Que ne l’a-t-il fait !, dit Lucien l’âne en riant.

 

 

Mais hélas, il se ravisa devant la réponse italienne. On lui fit savoir que s’il quittait l’Italie, il n’y rentrerait plus. Cela dit, cette statue de Giordano Bruno, où chaque année le 17 février, un rassemblement très anticlérical commémore l’assassinat du philosophe, reste en travers de la gorge du Pontife et à mon sens, il faudra encore la défendre contre de nouvelles attaques des cléricaux. On mesure mal la haine qu’une religion porte aux hommes à la pensée libre. Je pense à d’autres hommes qui eurent à subir les foudres religieuses ; par exemple, à ce savant, philosophe, penseur du monde qu’était Averroes, qui subit les attaques des sectateurs du Coran ou cet autre encore, vivant aux Pays-Bas, ostracisé par les rabbins, qui s’appelait Spinoza. Pour ne pas parler des contemporains…

 

 

Juste une réflexion un peu ésotérique sans doute, mais très très contemporaine aussi, dit Lucien l’âne d’un air mystérieux. Quand je la regarde, je me demande toujours si cette statue de Giordano Bruno n’a pas inspiré l’apparence de ce Dark Vador, alias Anakin Skywalker, dont la silhouette hante le monde imaginaire futur des étoiles.

 

GIORDANO BRUNO

 

Qui sait ? Et en tout cas, la ressemblance est frappante ; elle ressort avec force quand on regarde la statue à contre-jour. À mon sens, on ne peut pas ne pas y penser. Il me reste à développer très courtement le lien que j’entrevois entre le destin de Giordano Bruno et celui des autres penseurs, savants, scientifiques, philosophes, tous ceux qui font profession d’intellectuels (manœuvres ou pas) et la Guerre de Cent Mille Ans [[7951]] que les riches et les puissants font aux pauvres afin d’imposer leur domination, d’accroître leur pouvoir, de multiplier leurs richesses, d’étendre l’exploitation, de s’approprier le monde jusque dans ses moindres recoins et de voler la vie des hommes en convertissant l’or du temps en vil plomb de l’argent.

 

 

En cela, tu dis vrai, Marco Valdo M.I. mon ami, car contrairement au proverbe, le temps n’est pas de l’argent ; le temps, c’est le flux de la vie. Il nous faut maintenant cesser ce bavardage et reprendre notre tâche qui consiste, comme on le sait fort bien, à tisser le linceul de ce vieux monde mercantile, propagandiste, publicitaire, marqueteur et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 

Giordano Bruno, moine dominicain,
Fixait le ciel du soir au matin ;
Il volait une petite heure à la prière
Pour deviner ce qu’il y avait en l’air
Et à force de regarder, qu’est-ce qu’il découvrit ?

Que l’univers était infini.
On sait les prêtres de mauvaise foi ;
Quand tu dis que c’est différent pour toi,
Ils deviennent revêches et hypocrites
Et quand tu dis : « C’est ce que je crois ! »,
Ils te disent que tu blasphèmes
Et tu casses les couilles aux évêques.

Alors, il jeta son froc et s’en alla bien loin
Où il fut considéré comme un grand savant
Lui qui n’était plus dominicain
Et il expliqua les choses aux gens,
Il parla à tous en italien
Qui n’était pas encore cispadan.

Il expliquait que Copernic l’allemand
Voyait tout dans son télescope.
Que si en l’air, on jetait une pierre,
Elle retombait toujours là par terre
Puisque la Terre et ce qui s’y appuie
Du même mouvement doivent tourner.
Les prêtres y décelèrent l’hérésie

Et puis, un Dominicain ? Insensé !
Tous le mettent au pilori
Plus encore, car on sait qu’il fut prêtre
Et un apostat peut apporter beaucoup ennuis.
Les gens peuvent le croire, peut-être ?
Alors, ils organisèrent
Une cabale pour piéger ce grand philosophe.
Entretemps il disait : « Ce n’est pas un dogme, c’est la nature
Qui fait les choses au hasard, la chose est sûre »

Pour qui y réfléchit, c’est du Panthéisme
Et ils taxèrent Bruno d’hérétisme,
De trahison pure l’accusant,
Car il avait juré foi au Vatican.

À celui qui lui dit : « Avez-vous les preuves
Que le monde se meuve ? »
Il répondit : « Si vous êtes myope,
Pourquoi n’achetez-vous pas un télescope ? »

Bruno fut arrêté et condamné 
Et on se décida pour le Campo dei Fiori.
Ensuite, on mit Giordano sur le bûcher
Et on entassa les fagots autour de lui ;
Ils mirent le feu à cette vivante tour
Qui connut la fin de l’agneau au four.
On était le dix-sept février mille six-
Cent quand Giordano fut mis au supplice,

Quand au Campo dei Fiori la meilleure fleur
Fut immolée au nom du seigneur
Par les grands chefs de la grande Secte
Qui cuisirent Bruno comme une côtelette.
Il nous reste seulement le monument.
On ne connaît que bien peu de lui ou néant.
Je le sais, car je l’ai demandé à des tas de gens.
Il nous reste seulement cet enseignement :
Si vous voulez que

Personne ne vous brûle

Et ne vous fasse des misères
Occupez-vous de vos affaires !

 

 


 

 

 

GIORDANO BRUNO
GIORDANO BRUNO
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article

Présentation

Recherche