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10 février 2016 3 10 /02 /février /2016 23:47

Le Géant Hiver – Till et Nelle (1)

 

Chanson française – Le Géant Hiver – Till et Nelle (1) – Marco Valdo M.I. – 2016

Ulenspiegel le Gueux – 26

 

Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).

(Ulenspiegel – I, LXXXV)

 

Cette numérotation particulière : (Ulenspiegel – I, I), signifie très exactement ceci :

Ulenspiegel : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs, dans le texte de l’édition de 1867.

Le premier chiffre romain correspond au numéro du Livre – le roman comporte 5 livres et le deuxième chiffre romain renvoie au chapitre d’où a été tirée la chanson. Ainsi, on peut – si le cœur vous en dit – retrouver le texte originel et plein de détails qui ne figurent pas ici.

 

 

 

 

 

Nous voici, Lucien l’âne mon ami, à la vingt et sixième canzone de l’histoire de Till le Gueux. Les vingt-cinq premières étaient, je te le rappelle :

 

01 Katheline la bonne sorcière  (Ulenspiegel – I, I)

02 Till et Philippe (Ulenspiegel – (Ulenspiegel – I, V)

03. La Guenon Hérétique (Ulenspiegel – I, XXII)

04. Gand, la Dame (Ulenspiegel – I, XXVIII)

05. Coupez les pieds ! (Ulenspiegel – I, XXX)

06. Exil de Till (Ulenspiegel – I, XXXII)

07. En ce temps-là, Till (Ulenspiegel – I, XXXIV)

08. Katheline suppliciée (Ulenspiegel – I, XXXVIII)

09. Till, le roi Philippe et l’âne (Ulenspiegel – I, XXXIX)

10. La Cigogne et la Prostituée (Ulenspiegel – I, LI)

13Indulgence  (Ulenspiegel – I, LIV)

14. Jef, l’âne du diable (Ulenspiegel – I, LVII)

15. Vois-tu jusque Bruxelles ? (Ulenspiegel – I, LVIII)

16. Lamentation de Nelle, la mule et la résurrection (Ulenspiegel – I, LXVIII)

17. Hérétique le Bonhomme (Ulenspiegel – I, LXIX)

18. Procès et condamnation  (Ulenspiegel – I, LXIX)

19. La Mort de Claes, le charbonnier  (Ulenspiegel – I, LXXIV)

20. Le Talisman rouge et noir (Ulenspiegel – I, LXXV)

21. La Vente à l’encan (Ulenspiegel – I, LXXVI)

22. Telle est la Question (Ulenspiegel – I, LXXVIII)

23. Charles et Claes (Ulenspiegel – I, LXXIX)

24. Trois cents ans de torture (Ulenspiegel – I, LXXIX)

25. Au bord du canal (Ulenspiegel – I, LXXXIV)

 

 

Après sa ballade le long du canal et l'élimination du poissonnier, Till reste comme assommé, écrasé par le chagrin et la colère et sa vengeance inassouvie et sa lutte contre l'oppression des clercs comme suspendue en l'air. Till est en pleine tourmente intérieure, il est tout à fait désemparé. Il s'en va demander l'aide de Katheline, la bonne sorcière. À partir de là, par la magie d'un philtre, il va être propulsé en compagnie de Nelle dans un monde fantastique, qui rappelle furieusement certains tableaux de Jérôme Bosch. Mais ce n'est pas tout, c'est aussi la chanson où s'accomplit l'union de Till et de Nelle.

 

Tout ela est bien étrange, dit Lucien l'âne en dressant les oreilles et la queue. Comment cela se peut-il ? Seraient-ils drogués ? Et quand même, Katheline est la mère de Nelle… Et ce serait elle qui les unit ?

 

À mon avis, certainement. Je te rappelle que Katheline est une sorcière et qu'à ce titre, elle connaît l'usage des simples, des plantes et aussi, comme cela se faisait dans les sociétés d'avant l'invasion chrétienne et patriarchique, ce sont les sorcières qui président aux rites et qui unissent les jeunes couples. Et pense que l'intervention de Katheline a ce sens-là ; celui d'une contestation du pouvoir inquisiteur et normatif de l'Église et de la religion et l'affirmation de manières moins guindées. De ce point de vue, les quatre chansons de ce cycle particulier qui clôturent le premier livre de la Légende d'Ulenspiegel de Charles De Coster tracent une sorte de voyage initiatique étonnant comme, dit-on, en provoquent certains champignons ou certaines substances. Cet usage de la drogue pour libérer les amoureux de la chape de plomb de la morale religieuse et pudibonde est conforme aux usages de sociétés plus libres. Par ailleurs, si on y regarde de plus près, il apparaît à mon sens, autre chose encore. C'est le passage de Till l'espiègle à Till le libéré, vers Till le libertaire. Till doit mourir pour renaître plus fort et pour cela passer par de grands effrois. C'est ici qu'intervient sa confrontation avec le Géant Hiver,qui est le thème de cette chanson. Mais à on sens encore, ce qui est le plus surprenant, c'est que Nelle y soit directement mêlée à l'égal de Till. Mais il est vrai que, de ce moment : « Till regarde Nelle autrement. »

 

Et puis ensuite ? Dis-moi, la chanson, oh, oui, la suite, dis-moi, que se passe-t-il ?

 

La suite, la suite… C'est que Till et Nelle sont propulsés dans le monde du Géant Hiver et qu'à la fin de la chanson surgit le Roi du printemps, Lucifer. Quant à la suite, il te faudra attendre les trois autres chansons : Le Roi du Printemps, le Printemps et Vengeance et Mort.

 

J'attends avec impatience cette série. Mais justement, pourquoi présenter ces quatre chansons comme une série, comme si elles n'en faisaient qu'une ?

 

Eh bien, c'est qu'elles s'emboîtent et qu'elles sont difficilement dissociables et que pourtant, elles doivent être séquencées. Dans le récit de Charles de Coster, elles sont d'un seul tenant, elles forment le plus long et le dernier chapitre du premier Livre. Elles forment à elles seules, comme le chapitre lui-même, comme un roman dans le roman. Mais à propos, Lucien l'âne mon ami, n'as-tu pas déjà rencontré pareille configuration ?

 

Certes que oui. Je ne suis pas pour rien Lucien l'âne et le protagoniste du premier roman de la littérature de nos pays, où les histoires fantastiques fleurissent. Mais tu accables ma modestie et dès lors, j'insiste, reprenons notre tâche modeste qui est de tisser le linceul de ce vieux monde empli de religion, normatif, pudibond et cacochyme.

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

La graisse des victimes fume

Les restes sur les bûchers se consument.

Till submergé de chagrin et de colère

En appelle à Katheline la bonne sorcière.

 

Je veux t'aider si une fille demoiselle

Te prend et t'aide pareillement.

Je le prends, dit Nelle.

Et Katheline verse le philtre aux amants.

 

Till regarde Nelle autrement

Comme à la lune pleine, le firmament.

Alors, ils se dévêtent sous la lampe.

Ainsi nus, l'un en l'autre s'entremêlent.

 

De là, ils s'élancent dans le vide.

Soudain, ils ne voient plus rien.

Ni la terre des paysans, ni la mer des marins.

Ils volent ainsi jusqu'au pôle.

 

Le Géant Hiver, un géant chenu

Se tient contre un mur de glace.

Les ours, les phoques, à son appel venus,

Dansent. Hiver dit : Prenez place !

 

De sa grave voix enrouée

Il appelle la grêle, la neige et les vents
Le brouillard, les froides ondées et les grises nuées.

Le Géant Hiver – Till et Nelle (1)
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Marco Valdo M.I.
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9 février 2016 2 09 /02 /février /2016 15:18

IL ÉTAIT UNE FOIS

 

Version française – IL ÉTAIT UNE FOIS – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson italienne – C'era una volta – Giorgio Laneve – 1976

 

 

 

 

 

À MONSIEUR CHARLES ROBERT DARWIN EN MÉMOIRE DE SON EXCELLENT OUVRAGE « DE L'ORIGINE DES ESPÈCES » PARU EN 1859.

 

 

 

 

 Aux débuts des années '70, dans la vague « cantautorale » (chansonnière) italienne qui aura duré, plus ou moins, jusqu'à la fin de la décennie pour ensuite succomber (même musicalement) lors des années de strontium de la décennie suivante, Giorgio Laneve représenta une voix certes menue et polie, mais avec des traits d'originalité (et d'authentique poésie). Ingénieur électronique de formation, Giorgio Laneve commença fort jeune et, pendant une certaine période, il jouit même d'une certaine popularité, sans jouer des coudes (moi-même je me rappelle d'avoir vu une allusion à lui dans le journal de Mickey Mouse, je ne plaisante pas). En 1970, à 24 ans à peine, arriva à l'improviste en second au alors très célèbre « Disque pour l'été » avec Amore dove sei?Amour où es -tu ? , qureste probablement sa chanson la plus célèbre. Il fut même dénommé l'« auteur-compositeur de l'ère spatiale » dans une interview de la revue « Ciao 2001 ». Ses points de référence ? Pour sa référence à Georges Brassens (dont il traduisit et interpréta Marquise, en italien Bella Marchesa, quoique le texte soit composé de trois strophes de Corneille et pour ldernière, fort irrévérencieuse, de Tristan Bernard), Jacques Brel, Barbara (dont il traduisit quelques chansons), de Luigi Tenco, de Fabrizio De André ; mais je préfère de toute façon dire que la référence de Giorgio Laneve a été Giorgio Laneve lui-même, dont je suis – j'admets – particulièrement heureux de pouvoir accueillir quelque chose dans ce site. Depuis toujours attentif au monde des enfants, presque au terme de sa parabole musicale (reprise ensuite, presque à l'improviste, en 2015) enregistré pour Divergo de Mario de Luigi son LP « Accenti », passa presque inaperçu ; son dernier morceau enregistré, avant son retrait de l'activité en 1980, fut le motif musical d'un dessin animé, l'inspecteur Nasy. [RV]

 

 

 

 

Mon ami Lucien l'âne, voici une chanson qui à l'air parfaitement anodine. On dit (Venturi dixit) que Giorgio Laneve était (principalement) un auteur pour enfants et que même le journal de Mickey Mouse l'avait à la bonne. C'était il y a quarante ans. Et elle a bien l'air de ça cette chanson dans la façon dont elle est écrite. Cependant…

 

 

Cependant quoi ?, Marco Valdo M.I. mon ami. Quoi précisément, car il doit bien y avoir une raison à ce cependant ?

 

 

Cependant, à bien y regarder, elle n'est pas si anodine que ça, j'y décèle une touche, un soupçon d'acide comique. Un peu comme dans la chanson française « L'Homme de Cro-Magnon » [[7817]], elle raconte de façon décalée, certes, mais assez exacte les origines de l'humaine nation. Et, le moins qu'on puisse en dire, c'est que cette histoire n'a rien de biblique. En fait, elle nous redonne conscience de nos racines (les fameuses racines de l'Europe, lesquelles sont assurément préadamites ainsi que le démontre le Duc d'Auge à son chapelain dans les très jolies « Fleurs Bleues » de Raymond Queneau). L'homme, Lucien l'âne mon ami, est une espèce animale parmi d'autres (des millions, des milliards d'autres, que sais-je?), une de ces espèces qui a réussi à survivre à bien des catastrophes.

 

 

Et même aux religions, dirait-on à entendre la chanson.

 

 

L'humaine nation a survécu même aux religions. En effet, contrairement aux racontars fols du Livre judéo-christiano-musulman – marchandise d'importation qui nous fut imposée par un matraquage publicitaire millénaire, on trouve dans cette chanson un homme, une espèce humaine qui sont les vrais créateurs d'eux-mêmes et puis ensuite, les créateurs de leurs propres civilisations, sans intervention quelconque d'un être imaginaire tout puissant. En un mot comme en cent, c'est une chanson athée.

 

 

À ce propos, dit Lucien l'âne d'un ton joyeux, justement, en Italie, ces jours-ci, on fête le Darwin Day (http://www.uaar.it/news/2016/02/08/darwin-day-uaar-2016/) en de multiples rencontres savantissimes. Je rappelle pour que nul n'en ignore que Charles Robert Darwin est ce savant britannique qui écrivit « De l'origine des espèces », ce livre tranquille qui bouleversa les sciences et institua la biologie, comme science de la vie. On devrait lui dédier cette version française.

 

 

Ainsi soit-il !, approuve Marco Valdo M.I. Nous la dédierons donc à ce bon vieux Charles Robert.

 

 

À présent, nous pouvons reprendre notre tâche et continuer à tisser le linceul de ce vieux monde croyant, crédule, propagandiste, intoxiqué, fidéiste et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 

 

Il y avait autrefois… garçons, quelle voûte !
Et l'homme sous la splendide voûte
Vit la lumière pour la première fois,
Vit la lumière pour la première fois.

 

Les heures passaient sereines et légères :
Même les fauves étaient dociles.
L'homme frère de la création entière
Sans problèmes vivait heureux.
L'arbre lui offrait ses fruits juteux
Et dans ses branches, des siestes légères.


La douce vie sans pensées
Changea avec les sombres années.
Vînt la période glaciaire :
Les brontosaures quittèrent la Terre,
Le mammouth puissant fut vaincu …
L'homme résiste par quelque chose de plus.
Il n'est pas seulement plus rusé et plus faraud,
Il sait faire travailler son cerveau.


Pour survivre, il se terre
Sous la voûte d'une caverne.
Il doit se défendre, il doit se nourrir
Et contre le gel, il lui faut se couvrir.


Mère nature se fait marâtre,
Mais comme arme, elle lui offre la pierre.
Pour la vie, commence une lutte opiniâtre :
Les ours fournissent nourriture et fourrure,
Cependant pour vivre, c'est encore peu
L'homme alors trouve le moyen du feu.

Il se sent enfin créateur :
Il peut créer la lumière, la chaleur.
Certes, il conquiert toute la terre,
Mais il s'habitue à faire la guerre.
Ensuite avec le mirage de la fortune,
Il délaisse sa planète, il vise la lune.
Et poursuit toujours avec davantage d'audace,
Il ignore la paix, il conquiert les espaces.

Une autre victoire l'attend maintenant
Il doit savoir se dominer lui-même,
Car la civilisation véritablement
Toute l'humanité embrasse,
Et rassemble tous les êtres,
Comme autrefois, sous la voûte.

 

 
IL ÉTAIT UNE FOIS
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Marco Valdo M.I.
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8 février 2016 1 08 /02 /février /2016 23:05

LES FOURMIS

 

Version française – LES FOURMIS – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson italienne – Le formiche – Giorgio Laneve – 1976

 

 

 

 

 

 


Aux débuts des années '70, dans la vague « cantautorale » (chansonnière) italienne qui aura duré, plus ou moins, jusqu'à la fin de la décennie pour ensuite succomber (même musicalement) lors des années de strontium de la décennie suivante, Giorgio Laneve représenta une voix certes menue et polie, mais avec des traits d'originalité (et d'authentique poésie). Ingénieur électronique de formation, Giorgio Laneve commença fort jeune et, pendant une certaine période, il jouit même d'une certaine popularité, sans jouer des coudes (moi-même je me rappelle d'avoir vu une allusion à lui dans le journal de Mickey Mouse, je ne plaisante pas). En 1970, à 24 ans à peine, arriva à l'improviste en second au alors très célèbre « Disque pour l'été » avec Amore dove sei?Amour où es -tu ? , qureste probablement sa chanson la plus célèbre. Il fut même dénommé l'« auteur-compositeur de l'ère spatiale » dans une interview de la revue « Ciao 2001 ». Ses points de référence ? Pour sa référence à Georges Brassens (dont il traduisit et interpréta Marquise, en italien Bella Marchesa, quoique le texte soit composé de trois strophes de Corneille et pour ldernière, fort irrévérencieuse, de Tristan Bernard), Jacques Brel, Barbara (dont il traduisit quelques chansons), de Luigi Tenco, de Fabrizio De André ; mais je préfère de toute façon dire que la référence de Giorgio Laneve a été Giorgio Laneve lui-même, dont je suis – j'admets – particulièrement heureux de pouvoir accueillir quelque chose dans ce site. Depuis toujours attentif au monde des enfants, presque au terme de sa parabole musicale (reprise ensuite, presque à l'improviste, en 2015) enregistré pour Divergo de Mario de Luigi son LP « Accenti », passa presque inaperçu ; son dernier morceau enregistré, avant son retrait de l'activité en 1980, fut le motif musical d'un dessin animé, l'inspecteur Nasy. [RV] 

 


Pour un peu de terrePour un peu de terreA éclaté la guerreA éclaté la guerreEt maintenant les fourmisS'affrontent en ennemis,En file indienne, se serrent
Sortant de la fourmilière.


Et d'un camp à l'autre,
Et d'un camp à l'autre,
Toutes vont à l'assaut,
Toutes vont à l'assaut
Et les morts et les blessés,
Sur les fleurs des prés, 
Fauchés comme les foins,
Gisent sur le terrain.

 

Il n'y a que douleur,
Il n'y a que douleur
Pour vaincus et vainqueurs,
Pour vaincus et vainqueurs.
Pourtant, on recommencera,

Passé un an ou un mois,
À se déclarer la guerre
Pour ce peu de terre.

 

 

 

 

 

LES FOURMIS
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Marco Valdo M.I.
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6 février 2016 6 06 /02 /février /2016 17:33

LES CONDAMNÉS À MORT

 

 

Version française – LES CONDAMNÉS À MORT – Marco Valdo M.I. – 2016

d’après la version italienne de Riccardo Venturi

d’une chanson suédoise - De dödsdömda – Jan Hammarlund – 2008

Un poème de Karin Boye (1927)mis en musique et chanté par Jan Hammarlund

Karin Boye (1900-1941).

La Grande Karin Boye, autrice de Kallocain, roman distopique qui anticipa 1984 de George Orwell, écrivit cette poésie en 1927 pour Sacco et Vanzetti. Le texte nous a été envoyé directement par l’ami Jan Hammarlund, que l’a mis en musique et chanté. [RV]

 

 

 

 

 

Nous nous en allons sans honte,

 

Étincelants, audacieux et fiers.

 

 

 

 


Le 22 août 2014 s’est déroulé à l’Istituto De Martino de Sesto Fiorentino, un important événement pendant lequel a été projeté le très rare et survivant film des enterrements de Sacco et de Vanzetti (présenté par l’Université Libertario de Florence). En marge, il m’est revenu à l’esprit que, en février 2008, j’avais traduien italien cette chanson de Jan Hammarlund tirée d’une poésie de Karin Boye. La traduction nous la fîmes en réalité ensemble, dans un bar crémerie de Via degli Alfani à Florence, en la testant et en la retestant pendant une matinée face des clients abasourdis (au bar crémerie se trouvait entre autre à deux pas de ma vieille faculté universitaire, où pendant des cours lointains de suédois, j’avais connu Karin Boye bien avant que Kallocain ne fut traduit par l’Iperborea). Jan Hammarlund, que cette même nuit, chez moi, je fis littéralement fuir car je ronfle comme une scie à ruban, la présenta dans un petit concert à CPA Firenze Sud, et ensuite l’a enregistrée et gravée en Suède. Raison pour laquelle je suis inscrit à la société des auteurs suédois, naturellement sans jamais avoir vu revenir la moindre demi couronne. Mais cela me fait plaisir et de le dire justement aujourd’hui, jour anniversaire de l’exécution de Sacco et Vanzetti. À ma manièrece fut mon « Here’s to you » à Nicola et à Bart. [RV]

 

 

Cette fois, Lucien l’âne mon ami, la chanson correspond à son titre et raconte bien une petite partie de l’histoire de deux condamnés à tort à mort, deux personnes humaines assassinées, car il fallait faire un exemple. Ce fut un assassinat longuement préparé et couvert par la machine judiciaire. Ce crime d’un État contre des gens aux idées trop généreuses pour être tolérées fut commis car cet État d’Amérique vivait et vit encore dans la peur du rouge…

 

Comme les bovidés, dit Lucien l’âne en redressant le front et en poussant un éclat de rire. La peur du rouge, c’est pour les vaches.

 

Mais soyons précis. Ces deux êtres humains, passés à la chaise électrique, le 9 avril 1927, s’appelaient Nicolà Sacco et Bartolomeo Vanzetti. L’un était cordonnier, l’autre marchand de poisson. Ils avaient le double tort d’être des immigrés dans ce pays et des anarchistes dans leur cœur et dans leur espritL’affaire dont parle la chanson fit un tollé international, mais malgré l’absence de vraies preuves (car il y a eu des preuves, mais elles étaient fausses) et l’existence d’aveux (et les déclarations d’innocence des accusés) d’autres personnes qui se déclaraient coupables, cette « justice » ne voulut pas revenir sur ses erreurs. Cette affaire de Sacco et Vanzetti n’a d’ailleurs pas fini de faire couler de l’encre ; elle est racontée dans de nombreuses chansons.

 

Le commentateur italien (traducteur et coauteur de la chanson), notre ami Ventu, se réfère justement à une des plus célèbres de ces chansons, une chanson étazunienne, intitulée « Here’s to you ».

 

Maintenant, deux mots à propos de la chanson elle-même. C’est en fait un dialogue entre les deux condamnés et l’idée qu’ils développent est que leur condamnation et conséquemment, leur exécution, est le début de leur aventure – post-mortem. Elle dit ceci :

« L’un dit alors à l’autre :
Personne ne sait ce qui nous incombe,
Peut-être est-ce le début seulement
D’une aventure qui nous attend. »

et Bartolomeo Vanzetti dira textuellement au juge lors du procès en réponse à la condamnation :

« Si cette chose n’était pas arrivée, j’aurais passé toute ma vie à parler au coin des rues à des hommes méprisants. J’aurais pu mourir inconnu, ignoré : un raté. Ceci est notre carrière et notre triomphe. Jamais, dans toute notre vie, nous n’aurions pu espérer faire pour la tolérance, pour la justice, pour la compréhension mutuelle des hommes, ce que nous faisons aujourd’hui par hasard. Nos paroles, nos vies, nos souffrances ne sont rien. Mais qu’on nous prenne nos vies, vies d’un bon cordonnier et d’un pauvre vendeur de poissons, c’est cela qui est tout ! Ce dernier moment est le nôtre. Cette agonie est notre triomphe.

(If it had not been for these things, I might have lived out my life talking at street corners to scorning men. I might have died, unmarked, unknown, a failure. Now we are not a failure. This is our career and our triumph. Never in our full life could we hope to do such work for tolerance, for justice, for man’s understanding of man as now we do by accident. Our words — our lives — our pains — nothing! The taking of our lives — lives of a good shoemaker and a poor fish-peddler — all! That last moment belongs to us — that agony is our triumph.) »

(https://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_Sacco_et_Vanzetti)

 

 

 

 

 

 

Et en effet, il avait raison et sans doute, cette histoire serait restée une affaire locale, si le juge n’avait pas été aveuglé par la haine et avait tout simplement reconnu son erreur ou dénoncé celles de l’enquête (menée à charge…), s’il avait acquitté ceux qui devaient l’être et qu’il envoya à la mort électrique.

 

 

 

Mais, Lucien l’âne mon ami, c’est toujours ainsi dans la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres pour protéger leurs privilèges, pour maintenir leur pouvoir, pour multiplier leurs richesses, pour renforcer leur domination et pour imposer leur terreur. Cependant, cette attitude, cette haine aveugle, fille de leur cupidité, les condamne aux yeux de l’humaine nation et les ramène au niveau de la brute, au degré zéro de la conscience commune. Dans ce sens, on peut dire qu’ils se sont mis hors de l’humanité.

 

 

 

N’épiloguons pas plus et reprenons notre tâche qui consiste à tisser le linceul de ce vieux monde injuste, immoral, brutal et cacochyme.

 

 

 

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 


Au grand tribunal,
Après la sentence de mort,
Les condamnés parlent
De ce qui les attend encore.


L’un dit alors à l’autre :
Personne ne sait ce qui nous incombe,
Peut-être est-ce le début seulement
D’une aventure qui nous attend.

 

Tes joues sont blanches,

Comme la braise ardente 
Vives comme la flamme,
La mort a du temps encore.


Étincelants, audacieux et fiers
Nous nous en allons sans honte,
Étincelants, audacieux et fiers.
L’âme brille et ensuite, monte.

 

Dans l’espace vide et glacé
Par les vents transportés,
Là où le bois est plus cassant
Jaillissent deux rayons ardents,

 


Où le bois est plus cassant
Jaillissent deux rayons ardents.

LES CONDAMNÉS À MORT
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Marco Valdo M.I.
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5 février 2016 5 05 /02 /février /2016 21:02

DYNAMITE

Version française – DYNAMITE – Marco Valdo M.I. – 2016

 

Chanson suisse alémanique (Schwyzertüütsch) – Dynamit – Mani Matter – 1973

 

 

 

 

 

L’avocat Hans-Peter Jan Matter, plus connu comme Mani Matter, est par la force des choses un phénomène exclusivement suisse ; bien plus, de la seule Suisse allemande. Il a été, reste et restera le plus célèbre et célébré Liedermacher (faiseur de chansons, trouvère) produit par la Confédération Helvétique, mais aussi, un « enfant » de la chanson d’auteur française et de Georges Brassens, en particulier. Les chansons de Mani Matter sont « in toto » brassensiennes, mais avec une touche suisse qui pourrait se révéler difficilement perceptible à qui ne l’est pas (Suisse), mais a été un peu initié aux choses de ce pays pas commun. Toujours assez, évidemment, pour qu’il réussisse à comprendre au moins un peu ce qui est dit dans ses chansons ; Mani Matter, Bernois jusqu’à la moelle (malgré sa mère hollandaise), écrivait et chantait exclusivement in Bärndüdsch, l’allemand alémanique bernois, un idiome absolument incompréhensible même aux locuteurs de la langue allemande standard.


Logique que, malheureusement, ses chansons soient connues (et même : très connues, archiconnues) seulement en Suisse allemande ou un peu au-delà ; et c’est vraiment un péché, car ce sont des chefs-d’œuvre d’ironie sulfureuse. Comme ce « Dynamit », où dans une venteuse et froide Berne nocturne qui rappelle au moins un peu l’atmosphère du Juge et son bourreau (Der Richter und sein Henkerd’un autre grand Bernois, Friedrich Dürrenmatt, l’avocat Hans-Peter Matter affronte rien moins qu’un barbu auteur d’attentat anarchist(l’ombre de Marco Camenisch [[3735]] plane toujours sur la vertueuse Suisse, dit Lucien l’âne) qui veut faire sauter le Parlement Fédéral. En tant que bon citoyen, et avec une ardeur toute patriotique, il réussit à faire renoncer l’auteur d’attentat à ses intentions insensées, tellement bien que ce dernier s’en retourne chez lui, presque ému, remballant sa dynamite. Sauf que, une fois rentré chez lui tout fier, c’est l’avocat Matter qui commence à avoir des doutes…


Une petite note personnelle.

À traduire cette chanson des années et des années après, à savoir après avoir un peu pratiqué le Schwyzertüütsch, j’ai eu l’étrange impression qu’on ressent lorsque quelque chose se déroule en des lieux connus. Je suis passé au moins une dizaine de fois sur la Terrasse Fédérale de Berne et sur la Place Fédérale, j’ai acheté, au marché du quartier, une chemise de bûcheron que je porte encore (à un étal où on vendait seulement des pipes, des allumettes et des chemises de montagnard, tenu par un certain M. Frankenstein, sic). Quant au « discours de Premier Août » (Le Premier Août est le Quatorze Juillet des Suisses – et inversement, dit Lucien l’âne), j’ai assisté une fois à un de ceux-ci, prononcé par le maire (de droite) de Fribourg. À l’heure actuelle, c’est le discours le plus bref et le plus incroyable qu’on ait entendu en une occasion du genre : en trente secondes, le maire a dit : « Citoyennes, citoyens, aujourd’hui, c’est jour de fête pour tous : Suisses, étrangers, immigrés, touristes. La Suisse est à tous ; et maintenant amusez-vous ! » Alors, commencèrent les bals et commencèrent à circuler de gigantesques marmites de soupe au fromage. [RV]

 

 

 

Une nuit, je rentre tard chez moi,

Je traverse la Terrasse Fédérale.

Un gars s’en vient vers moi

Et putain, voyez l’animal,

À l’heure où les gens cuvent leur cuite,

Vient faire sauter le Parlement à la dynamite.

 

Un peu effrayé, quand même, je lui dis :

Excusez-moi, mais il me semble, l’ami,

Que vous avez le désir surprenant

De faire sauter le Parlement.

Oui, dit-il, c’est bien mon envie :

Foutre en l’air la boutique, je suis pour l’Anarchie.

 

Qu’aurais-je, comme citoyen, pu tenter

Si ce n’est de l’en dissuader ?

Je lui parle de tous les avantages

De notre État et même davantage,

Je lui dis le Rütli, la démocratie, la liberté

Et je le supplie de laisser tomber.

L’angoisse me donne un talent d’orateur.

Autour de nous souffle un vent glacial,

Mooi, je lui tiens un discours de rhéteur

Qui rendrait patriote un cheval.

Le gars, ému de mes mots jusqu’à l’âme,

Tente vainement de retenir ses larmes.

 

Et c’est ainsi que j’ai sauvé l’État

Et que le gars est reparti avec sa dynamite.

Ce soir-là, en rentrant chez moi,

Je me félicite de ma conduite.

Mais chose étrange, le jour suivant,

Je me mis à douter de mon jugement.

 

J’aurais, à ce gars, vanté à bon droit la Suisse ?

Je me le demande encore à présent.

M’aurait-il passé son envie interdite ?

Car depuis, quand je passe devant le Parlement,

Je pense qu’il n’en a plus pour longtemps.

Car pour le faire sauter, il suffit d’un peu de dynamite.

 

 
DYNAMITE
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Marco Valdo M.I.
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5 février 2016 5 05 /02 /février /2016 11:55

LES FEMMES PEINTURLURÉES

 

Version française – LES FEMMES PEINTURLURÉES – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson italienne – Le donne pitturate – Anonyme – 1943-45


Chanson « partisane et amoureuse » répandue dans les monts du Val d’Arda, provincia dPiacenza.

 

 

 

 

 

Nous, nous avons nos fées

Les brunes pastourelles.

 


Les femmes peinturlurées
Ne sont pas nos belles
Nous, nous avons nos fées
Les brunes pastourelles.

Ô comme l’amour est charmeur
Finie la bataille
Au milieu de la broussaille
Unis à cœur à cœur.


Les mousses parmi les roches
Sont nos tapis cachés
À l’ombre des hêtres
Où il est bon de rêver.


Rêver l’Italie grande
L’Italie libérée
Rêver notre aimée
Qui attend d’une si longue attente.


On descendit dans la plaine au printemps
Avec, à la main, notre mitraillette
Effroi des fascistes,
Terreur des Allemands.

 

 
LES FEMMES PEINTURLURÉES
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Marco Valdo M.I.
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4 février 2016 4 04 /02 /février /2016 16:29


Ode à Jésus : Personne ne connaît ma joie


Ode à Jésus : Personne ne connaît ma joie – Marco Valdo M.I. – 2016

 

 

 

 

 

 

Personne ne connaît ce trouble en moi !

Sauf Jésus le chat.

 

 

Mon ami Lucien l’âne, je suis très content de te dédier cette petite chanson joyeuse, athée et impertinente. « Inspirée » par Jésus lui-même, elle est une ode au bonheur de vivre – même mal. Il existe d’ailleurs d’autres chansons qui se réfèrent à Jésus comme porte bonheur ; par exemple : la Jésus Java et le Jésus Tango.

 

Une ode à la joie, Marco Valdo M.I. mon ami, voilà une bien grande chose pour une chanson frivole, car elle m’a tout l’air d’être une parodie cette chanson-là. Une ode à la joie, rien moins que ça, comment y as-tu pensé ? Que peut-elle bien signifier ?

 

Laisse-moi te dire, et c’est important, Lucien l’âne mon ami, même si tu l’as compris – qu’il s’agit d’une chanson de paix, c’est-à-dire – selon toute évidence – d’une chanson contre la guerre. Mais il y a beaucoup d’autres choses à en dire. Et d’abord, son origine et la façon dont elle m’est venue à l’esprit et enfin, ce titre « beethovenien ».

 

 

J’ajouterais une question : n’y a-t-il pas là aussi une réminiscence de Jean-Sébastien Bach et sa cantate qui s’intitule : « Jésus que ma joie demeure ! », du moins en français.

 

Évidemment, il y a aussi de ça et plus qu’on peut le penser. J’ajoute, comme tu pourras le constater en ce qui nous concerne, que c’est même la pure vérité – je veux dire ce lien entre la joie et Jésus. Cependant, comme pour toutes les chansons qu’il m’arrive de faire, celle-ci est assurément polysémique. Donc, je reprends mon commentaire. Son origine… Comme chanson, on ne peut passer sous silence le fait qu’elle m’a été inspirée par Jésus lui-même, un être qui me donne tant de tranquille joie tant il en diffuse lui-même. Il suffit de le regarder, de s’asseoir près de lui, de le caresser doucement, de lisser son poil… Il se met à s’étirer et à ronronner. On baigne alors dans un instant de bonheur.

 

 

Ah !, dit Lucien l’âne, il s’agit de Jésus. Tu m’as fait peur je croyais que tu entendais rejoindre une secte ou l’autre. Mais s’il s’agit de Jésus, notre Jésus, me voilà rassuré. Tu as raison, il est très doux et il a une queue magnifique.

 

 

Je reviens à la chanson et à son origine qu’il faut chercher du côté de la musique spirituelle : du baroque allemand au spiritual des Noirs d’Amérique, y compris pour le texte, qui reprend la forme d’un spiritual célèbre, qui peut d’ailleurs servir de base musicale pour la chanson.

 

 

N’y aurait-il pas, Marco Valdo M.I. mon ami, quelqu’impiété à traiter ainsi de choses spirituelles ?

 

 

Je suppose que oui, mais s’il en est ainsi, c’est purement volontaire. Une bonne raison étant que de nos jours, il est de mauvais vents qui tentent de réinstaurer le délit de blasphème et par-delà, une théocratie larvée. Je te rappelle, quand même, que le blasphème consiste à moquer, insulter, ridiculiser… (par le geste, la parole, le dessin, l’écrit, le cinéma, la chanson…) quelqu’un ou quelque chose qui n’existe pas. C’est à l’évidence un délit absurde et totalitaire, qui ne tient aucun compte de la réalité.

 

 

Vous les humains, vous vivez vraiment dans un monde de fous. J’aime mieux être un âne et le rester.

 

 

Sans doute, Lucien l’âne mon ami, as-tu raison. Enfin, deux mots à propos de l’Ode à la Joie, c’est évidemment une référence à Beethoven et à Schiller, façon comme une autre d’insister pour que l’Europe se débarrasse des relents de christianisme qui la rendent si intolérante.

 

 

Il est temps, en effet, d’y mettre le holà. Mais brisons ici et reprenons notre tâche qui consiste à tisser le linceul de ce vieux monde absurde, religieux, sectaire et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Personne ne sait ce trouble en moi !

Personne ne connaît ma joie !

Personne ne connaît ce trouble en moi !

Sauf Jésus le chat.

 

Parfois, ça va ; parfois, ça ne va pas !

Ah oui, madame !

Parfois, je suis vraiment comme ça !

Mais oui, madame !

 

Même quand Jésus part au loin

Ah oui, madame !

Toujours, toujours, il revient.

Mais oui, madame !

 

Si Jésus part avant moi au fond du jardin

Ah oui, madame !

Je le rejoindrai un autre matin.

Mais oui, madame !

 

Personne ne sait ce trouble en moi !

Personne ne connaît ma joie !

Personne ne connaît ce trouble en moi !

Sauf Jésus le chat.

 Ode à Jésus : Personne ne connaît ma joie
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Marco Valdo M.I.
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3 février 2016 3 03 /02 /février /2016 21:26


ON A JOUÉ GUILLAUME TELL

 

Version française – ON A JOUÉ GUILLAUME TELL – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson alémanique (Schwyzertüütsch) – Si hei dr Wilhälm Täll ufgfüert – Mani Matter – 1966 
Paroles et Musique: Mani Matter
Album: I han en Uhr erfunde ("Ho trovato un orologio")

 

 

 

À la taverne « Le Lion » de Nottiswil, un village imaginaire de la Suisse profonde, un soir on joue le « Guillaume Tell » de Schiller, à la façon d’un mélodrame napolitain : une moitié du village sur scène, et l’autre moitié est le public, muni d’énormes cruches de bière. Appeler Mani Matter le « Brassens suisse » n’est pas chose originale, vu que Mani Matter lui-même, depuis ses tout débuts, avait déclaré ouvertement s’inspirer de Brassens. Il est certain que, parmi les chansons de Mani Matter, celle-ci est une des plus « brassensienne » (pour le contenu on pense évidemment à l’Hécatombe)[[1264]] dans l’absolu, jusque dans la musique ; comme Brassens, il se produisait seul avec sa guitare et il n’est pas à exclure que même ses moustaches noires n’étaient pas, au fond, inspirées elles aussi de Tonton Georges. Ce qui vraiment, cependant, distingue Mani Matter est l’ambiance locale, son adaptation des motifs « brassensiens » à la petite et étroite réalité suisse en la prenant souvent en dérision aimablement, mais en la frappant en même temps férocement dans ses façons d’être et dans ses mythes.

Retournons ainsi à Nottiswil : la pièce collective du Guillaume Tell « commence comme dans le scénario, avec les nobles mots de Frau Stauffacher (interprétée par la pasteure), adressés au tailleur du village ; et on s’imagine cette communauté locale tellement férue de théâtre, que ce ne doit pas être la première fois qu'elle joue et que le tailleur, cette fois, est tellement « pris » qu’il reproche à la pasteure de s’être fait faire un costume de scène trop cher (qu’il a dû, on suppose, offrir pour l’occasion). À un certain moment, entre en scène l’instituteur du village, qui joue Guillaume Tell ; son fils, cependant, au beau milieu de la scène commence à lui poser des questions stupides une après l’autre, en retardant vraiment le moment crucial de la scène mère, juste avant le mythique et dramatique tir à la pomme. Un autre acteur, qui interprète un soldat de la Garde des Habsbourg de Gessler, s’impatiente et dit au garçon de s’arrêter et de se dépêcher, avec certaines considérations exprimées à haute voix. Et patatras : un d’Altdorf, à savoir un partisan de Guillaume Tell, se retourne et fout une claque au Garde, qui répond avec une « hallebardade » en plein ventre. La bagarre éclate, elle se déroule consciencieusement avec fausses hallebardes, épées de carton, pièces de décor, gifles, coups de pied et, naturellement, des verres (« la bière se mélange au sang » ). Tout se passe en deux heures, le local est détruit, l’aubergiste est désespéré, sa femme arrange les os cassés et l’assurance paye. Il s’ensuit une considération finale finaude de la part de l’auteur, autre caractéristique pleinement « brassensienne ».

 

Il serait facile considérer tout cela comme un tableau, une petite historiette comique (et, de toute façon, l’effet comique est assuré) ; on doit cependant remarquer l’authentique ridiculisation du mythe fondateur de la Suissechose qui en 1966, quand sortit la chanson, ne fut pas acceptée par tous avec facilité (et puis, les Suisses ne sont certainement pas célèbres pour leur sens de l’humour). Dans les mains de Mani Matter, qu’on excuse ma remarquele Mythe Sacré Helvétique est, en pratique, réduit à une bagarre de village, « Et jamais dans un style aussi naturaliste ! » et il n’est pas exclu que le fait historique, si jamais il y a eu, n’ait pas été vraiment plus semblable à tout cela plus qu’à la légende dont semble être née une Confédération entière avec tant de drames schilleriens et d’œuvres de Rossini. Ce que sous-entend la chanson est que les « grands mythes » ont souvent une origine fort terre-à-terre, de bagarre en taverne. Autre chose que Guillaume Tell, autre chose que Pacte sacré des Rütli, mais plutôt une sensationnelle peignée qui rappelle les films avec Bud Spencer et Terence Hill. Le tout pendant qu’on joue un drame qui, en Suisse, a caractère presque que d’écriture sacréeOn comprend donc mieux l’ambiance brassensienne de la chanson, ce que Mani Matter avait visé : « On gagne la liberté, quand on se bat comme ça ! » . Ce quisoit dit en passant, équivaut pleinement à ces deux sacs de dynamite [[35286]] que le même Mani Matter déclarait vouloir utiliser, tôt ou tard.

Hors de Suisse, il n’est pas inhabituel de se moquer de la légende de Guillaume Tell ; cela fait partie, généralement parlant, aussi de la médiocre sympathie dont la Suisse et les Suisses jouissent (jouissent, façon de parler). Ainsi, par exemple, il est presque naturel de relier cette chanson de Mani Matter au Figlio di Guillaume Tell [[21743]] de Davide Van De Sfroos, pour donner un exemple. Mais Mani Matter, en son temps, comment dire, « agit de l’intérieur » , très profondément suisse d’un côté qui savait bien où frapper, et de l’autre, suisse « métis » (il était à moitié hollandais par sa mère). Comme Brassens (et comme De André, Nohavica et autres) a dû donc être « neutralisé » , et il n’y a pas meilleure manière pour neutraliser quelqu’un qu’en lui portant une affection presque immodérée, en le transformant en icône et mythe nationaux. Sa tragique fin en jeune âge a sans doute apporté sa contribution à tout ceci. Comment cela finit-il ? Je vous le raconte brièvement. En ce qui concerne cette chanson, qui parlait d’une pièce fictive, il en a été tiré une pièce authentique, par le « Theater am Tatort » (Théâtre sur le Lieu du crime), qula reproduit ; elle dure les deux heures de la chanson et prévoit une authentique bagarre simulée entre le public et acteursComme Nottiswil n’existe pas, on l’a créée avec même un panneau de signalisation, dans la localité de Madiswil (village de 2216 habitants dans le Canton Berne),  existe vraiment une auberge et taverne avec aussi une salle théâtrale, et face à cette taverne, où on joue la chanson de Mani Matter, a été placée une belle plaque routière qui indique « Nottiswil – BE » similaire aux plaques routières suisses. Pas seulement : comme on peut le voir sous le titre, l’auberge/taverne, qui s’appelle « Gasthof zum Bären » (Auberge de l’Ours) a été à l’entrée rebaptisée « Gasthof Löwen » avec le titre de la chanson de Mani Matter. Le tout sponsorisé par Kambly, la très connue (et excellente) biscuiterie suisse. [RV]

 

 

 

Au « Lion » de Nottiswil, on a donné le Guillaume Tell de Schiller
Il y avait la foulela moitié du villagedans la pièce se retrouvait,L’autre moitié par contre était dans la salle, devant de grandes bières,À faire le public, regardant et écoutant avec attention ce qui se passait.

Au début, tout allait bien, jouant la femme de Stauffacher,

La pasteure disait au tailleur des mots d’une grande sagesse,

Mais émue, elle n’a pas dit cette fois, l’habit est si cher,

Et il lui a répondu de ne pas perdre le fil de son texte.

 

Au moment de tirer la pomme, arrive l’instituteur qui jouait Tell,

Son fils pose des tas de questions, alors uGarde

Lui crie tellement fort que tout le monde peut l’entendre :

Comment pose-t-il des questions si stupides, n’a-t-il donc rien appris à l’école ?
 

Un ami de Tell, un gars de Altdorf, le frappe dans la figure,

Et le garde, réagit, sans réfléchir, enchaîne

Et lui colle un coup de hallebarde dans le ventre,

 ON A JOUÉ GUILLAUME TELL
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Marco Valdo M.I.
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2 février 2016 2 02 /02 /février /2016 15:22

Au bord du canal

 

Chanson française – Au bord du canal – Marco Valdo M.I. – 2016

Ulenspiegel le Gueux – 25

 

Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).

(Ulenspiegel – I, LXXXIV)

 

Cette numérotation particulière : (Ulenspiegel – I, I), signifie très exactement ceci :

Ulenspiegel : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs, dans le texte de l’édition de 1867.

Le premier chiffre romain correspond au numéro du Livre – le roman comporte 5 livres et le deuxième chiffre romain renvoie au chapitre d’où a été tirée la chanson. Ainsi, on peut – si le cœur vous en dit – retrouver le texte originel et plein de détails qui ne figurent pas ici.

 

 

Till repousse l’ombre d’un geste banal

Et pensif, s’en repart au long du canal.

 

 

 

Nous voici, Lucien l’âne mon ami, à la vingt et cinquième canzone de l’histoire de Till le Gueux. Les vingt-quatre premières étaient, je te le rappelle :

 

01 Katheline la bonne sorcière  (Ulenspiegel – I, I)

02 Till et Philippe (Ulenspiegel – (Ulenspiegel – I, V)

03. La Guenon Hérétique (Ulenspiegel – I, XXII)

04. Gand, la Dame (Ulenspiegel – I, XXVIII)

05. Coupez les pieds ! (Ulenspiegel – I, XXX)

06. Exil de Till (Ulenspiegel – I, XXXII)

07. En ce temps-là, Till (Ulenspiegel – I, XXXIV)

08. Katheline suppliciée (Ulenspiegel – I, XXXVIII)

09. Till, le roi Philippe et l’âne (Ulenspiegel – I, XXXIX)

10. La Cigogne et la Prostituée (Ulenspiegel – I, LI)

13Indulgence (Ulenspiegel – I, LIV)

14. Jef, l’âne du diable  (Ulenspiegel – I, LVII)

15. Vois-tu jusque Bruxelles ? (Ulenspiegel – I, LVIII)

16. Lamentation de Nelle, la mule et la résurrection (Ulenspiegel – I, LXVIII)

17. Hérétique le Bonhomme (Ulenspiegel – I, LXIX)

18. Procès et condamnation (Ulenspiegel – I, LXIX)

19. La Mort de Claes, le charbonnier (Ulenspiegel – I, LXXIV)

20. Le Talisman rouge et noir (Ulenspiegel – I, LXXV)

21. La Vente à l’encan (Ulenspiegel – I, LXXVI)

22. Telle est la Question  (Ulenspiegel – I, LXXVIII)

23. Charles et Claes (Ulenspiegel – I, LXXIX)

24. Trois cents ans de torture (Ulenspiegel – I, LXXIX)

 

Et l’aventure de Till le Gueux continue ; cette fois au bord du canal…

 

Oh ! Un canal !, dit Lucien l’âne tout rêveur. Selon les jours et les heures, et le temps qu’il fait, un canal change de figure et de nature. Par beau temps, il peut être cette eau apaisante et calme, si on la compare au torrent de montagne.Il peut être ce miroir où l’on s’abîme. Il peut être ce promenoir à bateaux, ce plongeoir à cormorans, ce reposoir à hérons, ce dortoir à canards. Brel disait beaucoup de belles choses à propos de ces rivières endormies dans son Plat Pays :

 

« Avec un ciel si bas qu’un canal s’est perdu
Avec un ciel si bas qu’il fait l’humilité
Avec un ciel si gris qu’un canal s’est pendu
Avec un ciel si gris qu’il faut lui pardonner
Avec le vent du nord qui vient s’écarteler
Avec le vent du nord écoutez-le craquer
Le plat pays qui est le mien ».

 

Eh bien, évidemment ! Mais qui a dit que Brel n’écrivait pas mieux, n’était pas mille fois plus poétique et meilleur chansonnier que nous. Et alors, est-ce que ça nous empêcherait de compter cette mirifique chanson de paix, qui raconte la plaine là-bas au loin au bas de chez nous, parmi les chansons contre la guerre ? Bien au contraire !

 

 

Curieuse chanson, «  Avec de l’Italie qui descendrait l’Escaut », cette chanson parle du petit rieu, de la petite rivière, du ruisseau, ruisselet ruisselant, le ru qui passe en bas de chez nous, le ry où tu baignes tes sabots noirs comme les pierres du terril, est déjà l’Escaut, est une de ses sources qui sont nombreuses, même si on l’appelle d’un autre nom et finalement, peu importe lequel et l’Italie d’ici est celle de ces exilés qui ont perdu le Sud. Il y a autour de nous d’étranges villes où l’on croise un étrange italien, une langue mâtinée qui métisse notre parler à force de s’intégrer.

 

 

Et demain, en viendront d’autres, ainsi va le vent qui porte les nuages et les oiseaux. Mais, dis-moi, Marco Valdo M.I. mon ami, à part cette apologie du canal, que raconte cette chanson ?

 

 

Elle raconte le vol du « trésor » de Josse, qui fit déjà deux morts et qui achève Soetkin, la mère de Till. Le passé est passé. Till se retrouve seul , avec Nelle, face au destin, ce perpétuel inconnu, et en devoir de vengeance, en devoir de justice. Et dans cette chanson aussi, une page se tourne lorsqu’il croise le poissonnier au bord du canal.

 

Chanson manquante pour chanson manquante, dit Lucien l’âne en baissant l’oreille gauche, il faudrait penser à Monsieur mon Passé, cette chanson de Léo Ferré qui fait ses comptes avec le passé.

 

 

Sans doute. Un dernier mot pourtant. Pour une fois, je vais attirer l’attention sur un quatrain, car outre ce qu’il raconte de la mise à l’écart du poissonnier, il rend un hommage amusé à un petit poème de Charles Cros, qui dans cet « Hareng saur », tiré de son coffret de santal, disait :

« Il était un grand mur blanc – nu, nu, nu, 
Contre le mur une échelle – haute, haute, haute, 
Et, par terre, un hareng saur – sec, sec, sec... »

Voyons voir ça et puis, reprenons notre tâche sans jamais nous décourager et tissons le linceul de ce vieux monde mal, mal, mal, sec, sec, sec, banal, banal, banal et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Un noir démon avait suborné Katheline

Pour s’emparer du trésor

Il avait appris ainsi de façon clandestine

Où gisaient les carolus d’or.

 

Au matin, une hirondelle jette un cri.

Ruinée, Soetkin s’en est allée de la nuit.

On la met en terre au champ des pauvres.

Contre le cœur, battent les cendres.

 

Rêveur, dolent, maussade, fâché,

Jour et nuit, Till erre désespéré,

Toujours répondant : battent les cendres .

Et Nelle pleurait de l’entendre.

 

Le poissonnier veule, veule, veule,

Vit de hareng sec, sec, sec ;

Les gens le huent seul, seul, seul ;

Les enfants le fuient bec, bec, bec.

 

Il se rend aux trois cabarets.

Au premier, les buveurs sortent,

Au deuxième, la patronne s’emporte,

Au troisième, le patron ferme le loquet.

 

Au bord du canal, loin du village,

Il est un bouge sans étage.

On y sert tout le monde ;

Tous, jusques aux plus immondes.

 

Contre le cœur, murmurent les cendres.

Justice, justice, il faut rendre.

Au bord du canal, marche le meurtrier.

Till arrête le poissonnier.

 

Ah, je suis vieux, je suis faible.

Pardon ! Pardon ! Je m’en vais boire.

En ville, on ne veut plus me voir.

Je paierai, je rendrai les meubles.

 

Le fils ne veut rien entendre

Sur son cœur battent les cendres.

Justice, justice sans plus attendre.

Chez les poissons, il lui faut descendre.

 

À genoux, laid, tremblant et lâche,

Le poissonnier supplie et pleure.

Till repousse l’ombre d’un geste banal

Et pensif, s’en repart au long du canal.

 

 
 
 
Au bord du canal
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Marco Valdo M.I.
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2 février 2016 2 02 /02 /février /2016 15:15

AU LAC, UN OISEAU CHANTE

 

Version française – AU LAC, UN OISEAU CHANTE – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson allemande – Singt ein Vogel am See – Eva Lippold – entre 1933-1945


Paroles et musique d’Eva Rutkowski Lippold (1909-1994), poétesse et écrivaine, militante communiste, activiste du Secours Rouge allemand et de la résistance antinazie à Berlin. Chanson écrite par Eva Lippold pendant ses longues années de détention dans les prisons nazies de Jauer (Jawor, en Pologne) et Waldheim (Saxe).

 

 

 

 

 

Au lac, un oiseau chante

Plein de joie et de douleur






 

 

Eva Rutkowski Lippold (1909-1994) avait des origines prolétariennes : 12 frères, une mère blanchisseuse, un père méconnu. Elle exerça la profession de sténographe et dactylographe. Son mari, Rudolf Lippold, l’abandonna vite après l’avoir épousée et elle se lia à Hermann Danz, un militant actif du Secours Rouge du Parti. L’organisation fut démantelée par les nazis en 1934 ; son chef, Rudolf Claus, il fut exécuté l’année suivante dans la prison berlinois de Plötzensee ; Hermann Danz et Eva Lippold furent condamnés à des années de prison. Eva Lippold sortit de prison en 1943 pour être arrêtée à nouveau en 1944… De fait, elle passa tout le nazisme et la guerre enfermée dans une cellule, où il écrivit beaucoup de poésies et de chansons…
 

Petite note adjacente

 

J’avais déjà terminé la version française quand j’ai découvert la ote du traducteur italien. J’ai lu avec le plus grand intérêt cette note de Riccardo Venturi et sans aucun doute, elle doit être exacte dans cette idée que l’inversion introduit comme une supposition dans les propos de la belle ou du beau, selon les cas. Cependant, la version française que je propose ne va pas dans ce sens, car à la vérité, rasoir d’Ockham, il n’y pas besoin de cette supposition pour donner sa dimension amoureuse à cette chanson. L’essentiel en l’affaire, c’est le cœur.

 

Marco Valdo M.I.

 

 

Au lac, un oiseau chante
Plein de joie et de douleur
Tirili, tirili, je n’ai qu’un cœur,
Tirili, tirili, je n’ai qu’un cœur.

Il chante le laid, le beau,
Au milieu de la verdure.
Tirili, tirili, je te le donne,
Tirili, tirili, je te le donne.

Il chante à l’hiver dans la neige
Au printemps, dans la lumière.
Tirili, tirili, ne le brise pas,
Tirili, tirili, ne le brise pas.

 

 
AU LAC, UN OISEAU CHANTE
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Marco Valdo M.I.
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