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23 janvier 2016 6 23 /01 /janvier /2016 17:24

LE PAPILLON

 

Version française – LE PAPILLON – Marco Valdo M.I. – 2016

d’après la version allemande Der Schmetterling d’une

Chanson tchèque – Motýl [[44599]] – Pavel Friedman – 1942 (Theresienstadt)

 

 

 

 

 

 

 

 

Lucien l’âne mon ami, laisse-moi te conter l’aventure que j’ai connue avec cette chanson, dont j’ai cru qu’elle avait été écrite en langue allemande. Il n’en est rien et je m’en suis rendu compte à temps, comme tu vas t’en apercevoir. Une remarque préliminaire est importante : s’il ne m’était pas paru anormal qu’un écrivain tchèque, par ailleurs juif, écrive en langue allemande, c’est que j’avais en tête l’exemple de Franz Kafka. Il n’y avait pour moi, rien d’inhabituel à ce que cette chanson ait pour titre « Der Schmetterling ».

 

Sauf, soit dit en passant, que Franz Kafka et Rainer Maria Rilke sont des exceptions. Généralement, du moins à partir du siècle dernier et après la guerre de 1914-18, les écrivains tchèques écrivent en tchèque.

 

Sauf aussi qu’il y eut Ilse Weber [[37938]]… Donc, reprenons au début de l’aventure. Il te souviendra que récemment, je travaillais à la version française de Lager [[259]], une chanson de Francesco Guccini et que je l’ai finalement publiée. Ce faisant, j’avais trouvé une version en italien de « La farfalla » d’un jeune poète tchèque Pavel Friedman, sans aucune référence à l’originale, qui figure pourtant dans les CCG dans sa langue et sous son titre de Motýl. Pavel Friedman – en fait, je ne le connaissais pas – est bien un poète tchèque, né à Prague, et juif, qui a fini dans le vent d’Auschwitz en 1944. Il avait 21 ans. Son patronyme à consonance allemande (mais on est dans l’ancienne Autriche-Hongrie) n’était pas une indication. Comme tu le vois, cette circonstance ne m’empêche pas de joindre aux versions tchèque, anglaise et italienne, une version française, dont je te précise qu’elle est tirée de la version allemande, que je joindrai aussi.

 

Et la chanson elle-même ?, dit Lucien l’âne en souriant. J’aimerais savoir ce que tu as à en dire.

 

Je serai très bref, car elle se dit très bien elle-même. C’est une chanson d’une beauté et d’une lucidité stupéfiantes et en même temps, effrayante et bouleversante, car elle se situe très consciemment au bord de l’abîme (façon feutrée pour dire : à l’entrée du crématoire). Enfin, au pissenlit, aux bougies des châtaigniers (en fleurs), j’ajouterais volontiers pour donner à butiner au papillon, le myosotis, tiré de la chanson Les Deux Oncles de Georges Brassens [[394]] afin que nul n’en perde la mémoire.

 

À propos de myosotis (en allemand :  Vergissmeinnicht – Ne m’oubliez pas), j’aimerais que tu reprennes un de ces jours sa chanson Le Myosotis, réelle chanson d’amour, mais pas seulement, où Tonton Georges fait allusion (et c’est le sens profond de la chanson) à son séjour forcé en Allemagne pour cause de S.T.O. (Service de Travail Obligatoire). C’est du moins ce qu’il m’a semblé en la lisant l’autre jour. En attendant, regardons ce Papillon dans toutes ses versions et reprenons notre tâche qui consiste à tisser encore et encore le linceul de ce vieux monde guerrier, nationaliste, bête et méchant et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Le dernier des derniers,
Aussi fort, clair, jaune luisant,
Qu’une larme du soleil se posant
Sur une pierre blanche.

 

D’un si profond jaune,
Tout léger, s’élève.

Je pense, s’en est allé,
Car à mon dernier monde
Il voulait donner un baiser.

 

J’ai vécu sept semaines là.
Ghettisé.
J’ai trouvé ici les miens.

Le pissenlit et même les bougies blanches

Des châtaigniers dans la cour me réclament.

 

Cependant je n’ai jamais
Vu de papillon ici.

 

Cétait le dernier de son genre.

Car les papillons ne vivent pas ici,

Dans le ghetto.

 

 
 
LE PAPILLON
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Marco Valdo M.I.
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22 janvier 2016 5 22 /01 /janvier /2016 23:24

LAGER

 

Version française – LAGER – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson italienne – Lager – Francesco Guccini – 1981

 

 

 

 

 

 

Qu’est-ce qu’un lager ?
Une chose née en des temps tristes,
Où plus tard passent les touristes

 

 

 

Un lager.

Qu’est-ce qu’un lager ?
Une chose née en des temps tristes,
Où plus tard passent les touristes
Aux yeux incrédules face aux horreurs vues
(Ne pas jeter la peau du saucisson !)
Qu’est-ce qu’un lager ?
C’est une chose comme un monument,
Et le souvenir au fil des années s’éteint
Il n’y en avait jamais eu, seulement à ce moment,
L’homme au fond est bon,
Excepté le nazi infâme !
Qu’est-ce qu’un lager ?
Oui, il y en a, il y a celui qui les a vus,
Ou sont-ce des inventions de survivants ?
Illégaux les témoins muets,
Ils ne savent même pas parler !
Qu’est-ce qu’un lager ?


Ce sont mille et mille orbites vides,
Ce sont des mains maigres accrochées aux fils
Ce sont des baraques et des bureaux, des horaires, des timbres, des roues,
Ce sont des routines et des rires derrière des fusils
Il y a la peur l’unique émotion,
Il y a l’angoisse des années où le rien est tout
C’est une folie et une hallucination
Telles que notre ennui semble presque un rot
C’est le côté sombre de notre esprit,
C’est une chose à oublier
C’est une éternité de rire de dément,
Il y a une pétition qu’on peut signer
C’est un lager.

 

Qu’est-ce qu’un lager ?
Le phénomène fut. C’est fini !
Nous les commémorons, le reste est un mythe !
Ils l’ont confirmé hier mon à parti,
Celui qui l’affirme est un chien indifférent .
Qu’est-ce qu’un lager ?
C’est une chose sale, une chose des patrons,
Une chose honteuse de certaines nations
Nous, nous tuons seulement pour de bonnes raisons,
Quand sont-elles bonnes ?
C’est à nous de juger.

 

Qu’est-ce qu’un lager ?
Il y a une foi certaine et elle sauvera les gens,
L’utopie qui un jour viendra
Une idée millénaire, la grande purge de l’occident,
Qui s’oppose est un judas
Et l’écraser, il faudra.
Qu’est-ce qu’un lager ?


Ce sont des clôtures et des stalles d’animaux étranges,
Des jambes qui font les mêmes pas depuis des années
Des êtres différents, à peine humains,
Chose parmi les choses, l’herbe, les mitraillettes et les cailloux
Une ironie pour ce que nous nommons raison,
Des erreurs admises toujours trop tard
Au début, on avance une justification,
Une cause sainte, un but lumineux
Il y a l’habituelle pratique de la terreur,
Toujours pour quelque chose, toujours pour la paix
C’est une place où souvent les gens meurent,
C’est une place où, pire,
Les gens naissent. 

 

C’est un lager.
Qu’est-ce qu’un lager ?
C’est une chose qui fut, une chose qui sera,
Ce peut être un ghetto, une fabrique, une ville
Contre ces choses ou qui ne le voudra pas,
Contre qui va à l’encontre ou qui les défendra
D’abord pour qui perd et ensuite qui vaincra,
Un y finit et un en ressortira
Toujours pour le bien de l’humanité,
Qui de vous sera kapò, qui victime sera
Dans un lager.

 

 
LAGER
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Marco Valdo M.I.
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21 janvier 2016 4 21 /01 /janvier /2016 17:08

ALORS LE MONDE FINIRA

 


Version française – ALORS LE MONDE FINIRA – Marco Valdo M.I. – 2016

 

Chanson italienne – Allora il mondo finirà – Francesco Guccini – 1967

 

 

 

quand tu comprendras

Que seul en ce monde, tu n’es pas

Et qu’un jour, tu le quitteras.

 

 

 

 

 

Petite introduction de Lucien Lane.

 

Every one of us is, in the cosmic perspective, precious. If a human disagrees with you, let them live. In a hundred billion galaxies, you will not find another.” 
~ Carl Sagan, Cosmos

http://astronomicalwonders.tumblr.com/post/117181220640/every-one-of-us-is-in-the-cosmic-perspective


« Chacun de nous est, dans la perspective cosmique, précieux. Si un humain est en désaccord avec vous, laissez-le vivre. Dans cent milliards de galaxies, vous n’en trouverez pas un autre ».

 

Quoique si vous rencontrez Hitler ou Mussolini… N’hésitez pas, tuez-le. Car, dans cent milliards de galaxies, vous n’en trouverez pas un autre. »

Du moins, il faut l’espérer, dit Lucien l’âne.

 

 

 

 


Ce n’est pas un nouveau morceau, seulement une reprise du disque Folk beat n°1 de Guccini, et il fait référence à une apocalypse nucléaire, déjà présente dans autres morceaux de cet album :

L’atomica cinese (L’atomique chinoise) et Noi non ci saremo (Nous n’y serons pas), et puis, Il vecchio e il bambino (Le vieux et l’enfant) tiré de son album Radici.

 

 

 

Francesco Guccini avait inséré dans son disque Folk beat n°1 de 1967 (la date a son importance) d’autres chansons de la même veine. Mais il n’était pas le premier, ni le dernier à le faire ; il suffit de se reporter à la liste des chansons antinucléaires relevées par les Chansons contre la Guerre. Ceci m’amène à l’idée suivante : le spectre d’une guerre nucléaire hantait les années qui suivirent le milieu du siècle dernier. On craignait « la bombe », on craignait « la guerre », de préférence mondiale. C’était un temps où il y avait de grandes manifestations [[47061]], un temps où on construisait des abris antinucléairesPuis, le curseur s’était doucement déplacé et vînt le temps des luttes contre les centrales nucléaires. Et le temps continue à passer. À l’heure actuelle, même si la pression populaire se maintient pour l’abandon du nucléaire civil, on ne connaît plus et depuis longtemps, dans nos pays, de manifestations de grande ampleur contre la guerre nucléaire. Cependant, la menace est toujours là et sans doute, plus grave qu’auparavant, en raison de la multiplication des bombes et des détenteurs de bombes.

 

 

Je me demande bien pourquoi, dit Lucien l’âne. Sans doute, les gens se sont faits à l’idée et ont, en quelque sorte, refoulé leur peur.

 

 

En fait, ces mouvements de foule se fondent principalement sur l’émotion et comme elle, ils sont dès lors sujets à des variations d’humeur et d’intensité. Ils ne sont absolument pas rationnels, même si on peut leur trouver des raisons rationnelles et des bonnes. L’émotion qui y préside sort du même terreau que celui qui nourrit la crainte de la mort.

 

 

Si tant est qu’on en ait peur, car rationnellement, il n’y a aucune raison de craindre la mort. Au contraire, dans bien des cas, on peut être amené à y aspirer. On peut aussi bien trouver dommage de mourir quand on a une vie passionnante, ou une vie qu’on aime, tout simplement. On peut en détester l’idée et surtout, on peut craindre la douleur. Mais la mort elle-même (individuelle, en groupe, tous ensemble, tous ensemble…) quand elle survient, on a à peine le temps (si on l’a) de l’apprécier. Boris Vian disait :

« Je voudrais pas crever
Avant d’avoir goûté
La saveur de la mort
 » 

 

 

Donc, par peur de la mort, on refoule la pensée, car autrement pour celui qui la craint, il n’y a pas moyen de vivre tranquille. Or, la pensée est le seul moyen d’accéder à la compréhension de ce mécanisme émotionnel qui provoque et développe l’angoisse, cette peste émotionnelle.

 

 

Comme tu le soulignes, les mouvements de foule fondés sur l’émotion varient et comme elle, ils sont éphémères. Une émotion chasse l’autre. C’est le même phénomène (et ils sont d’ailleurs liés) que dans le domaine de l’information médiatisée. Cent mille morts ici, cent millions de crève-la-faim là, un massacre ce matin, un attentat cet après-midi, une tornade ce soir… À l’infini.

 

 

On passe sans cesse de l’un à l’autre. C’est pour ça qu’on parle de « nouvelles ». Des « nouvelles » anciennes, c’est comme du poisson périmé. Le public n’en veut plus. C’est souvent même devenu une question de secondes. On zappe !

 

 

Bien sûr ! Et c’est la grandeur des Chansons contre la Guerre de travailler dans la durée et sur la durée. Prenons cette chanson de Francesco Guccini ; elle aurait  sombrer dans l’oubli ; elle aurait pu être seulement un morceau sur un disque oublié, comme des centaines de milliers, des millions, si pas des milliards d’autres morceaux égarés sur des disques périmés. Mais voilà, on la reprend et on réactualise son propos. Lequel propos est toujours approprié ; il durera ce que durera l’humanité, à qui on peut attacher ce vers de Malherbe :

« ...elle a vécu ce que vivent les roses, l’espace d’un matin ».

 

Et Cassandre, même si elle avait raison trop tôt (on ne saurait lui reprocher), avait tout simplement raison. Et ici, Francesco Guccini a raison, absolument raison :

« l’humanité

En poussière retournera 

Et pour l’éternité.

Alors le monde finira. »

 
 

 

À condition évidemment de s’entendre sur le mot « monde » ; par exemple, en lui faisant désigner la Terre, ou le système solaire, ou la galaxie… Mais si on entend par monde, disons pour simplifier, l’ensemble des univers (visible, invisible), le cosmos… Alors, Guccini a tort, celui-là est infini.

 

 

Si « l’humanité en poussière retournera », alors, c’est pareil pour toutes les espèces (ânes, y compris) et pour la Terre elle-même. C’est juste un question de patience. Poussez pas, chacun son tour. En attendant, la seule chose raisonnable est de vivre, vivre, vivre… à petits pas d’âne pour moi, sans trop se tracasser, en sachant ce qu’il en est et en tentant à la mesure de nos forces, avant qu’il ne soit trop tard, de tisser le linceul de ce vieux monde mortel, mortifère, morticole et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 


Un jour, le ciel s’ouvrira
Et l’air feu deviendra
Et la lune flambera
Et sur la terre tombera.


Lorsque la poussière sera
La seule chose qui vivra
Et ne se trouveront
Plus traces de notre civilisation.

 

Quand s’écrouleront les villes,
Aucun homme ne pourra 
Arrêter la main qui effacera
L’humanité fragile.

Alors le monde finira.

Dis-moi ce qui se passera
Quand une main poussera
Sur un seul petit bouton.
Quand une seule explosion,
Le monde entier balayera.

 

Mais dis-moi, à quoi servit
Ta fausseté étudiée
Et le mensonge dont tu vis
Comme si c’était la vérité.

 

Peux-tu me dire en quoi t’a aidé
La fausse paix que t’a donnée
L’hypocrisie que tu as cultivée
Depuis les âges les plus reculés ?

Alors le monde finira.

 

Arrête-toi homme avant
Qu’un autre dément

Pousse un bouton
Et que l’explosion
Tue tout ce qui est vivant.

 

Mais dis-moi quand disparaîtra
Ton égoïsme et quand tu comprendras
Que seul en ce monde, tu n’es pas
Et qu’un jour, tu le quitteras.


Car sous peu viendra
Le jour où l’humanité
En poussière retournera 
Et pour l’éternité.

Alors le monde finira.

 

 
ALORS LE MONDE FINIRA
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Marco Valdo M.I.
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20 janvier 2016 3 20 /01 /janvier /2016 23:15

L’AMOUR AUX TEMPS DU CHAOS

Version française – L’amour aux temps du chaos – Marco Valdo M.I. – 2008

Chanson italienne – L’amore ai tempi del caos – Modena City Ramblers – 1997

 

 

 

 

Le jour se presse, se dépêchent les années ;

Les montres poursuivent leurs aiguilles.

 

 

 

 

 

La radio appelle, le marchand crie.

Le journaliste court après des mensonges.

En silence, mon amour sourit,

Elle connaît le vrai, elle connaît les songes.

Au milieu des guerres saintes pour de nobles engagements,

Des gens vont à la chasse aux places sûres.

Mon amour me parle gentiment,

Elle ne craint pas les rêves, elle ne craint pas le futur.

 

Le jour se presse, se dépêchent les années ;

Les montres poursuivent leurs aiguilles.

Mon amour chemine tranquille,

Aucun temps ne peut la piéger.

 

Le jour se presse, se dépêchent les années ;

Les montres poursuivent leurs aiguilles.

Mon amour chemine tranquille,

Aucun temps ne peut la piéger.

C’était un jour d’hiver

Et dans la rue, j’ai rencontré mon amour

Tandis que les gens couraient tout autour,

Criaient des certitudes, vendaient des faits divers.

Dehors, il pleuvait épouvantablement.

Elle m’a pris par la main et m’a recueilli.

Le temps est arrivé”, m’a-t-elle dit doucement.

Elle m’a séché et m’a offert un abri.

 

 

 

 
L’AMOUR AUX TEMPS DU CHAOS
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20 janvier 2016 3 20 /01 /janvier /2016 22:05

Viva la Vida, Muera la Muerte !

 

 

Version française - ! Viva la Vida, Muera la Muerte !- Marco Valdo M.I. – 2008

Chanson italienne - ! Viva la Vida, Muera la Muerte ! - Modena City Ramblers

 

 

 

 

 

 

 

 

« ...C'est seulement en se mettant en jeu pour améliorer un peu la vie qu'on réussira à « défaire » la mort. ! Viva la Vida, Muera la Muerte! Est la phrase avec laquelle les représentants des communautés zapatistes du Chiapas concluent leurs discours de bienvenue aux hôtes qu’ils considèrent comme des amis. »

 

 

 

C’est ton temps, faut pas le laisser

Un vent qui passe et qui ne reviendra jamais.

Cours vite, sans hésiter.

Ne regarde pas en arrière le temps qui s'en va

C'est ton temps, il se tient au fond de ton cœur

Il bat avec ton sang et cours fort dans tes veines

C'est ta respiration, ne le méprise pas.

Il brûle en un regret, si tu te perds à attendre

Des politiciens, des gens qui se taisent.

Des temps de guerre, mais en temps de paix.

Temps modernes à consommer.
Suis le rythme maintenant, c'est le temps de sauter !


Viva la vida, muera la muerte !
Viva la vida, muera la muerte !
Que viva, la vida !

Il n'est plus temps de se lamenter

Et d'appeler publiques les affaires privées.

Ce n'est plus le temps des modérés

Toujours à l'arrêt au centre, sans volonté de changer

Des politiciens, des gens qui se taisent

Des temps de guerre, mais en temps de paix

Des songes précaires à consommer

Suis à présent le rythme, c'est le temps de sauter !

Viva la vida, muera la muerte !
Viva la vida, muera la muerte !
Que viva, la vida !

 

 

 

 
Viva la Vida, Muera la Muerte !
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20 janvier 2016 3 20 /01 /janvier /2016 21:08

Telle est la Question

 

Chanson française – Telle est la Question – Marco Valdo M.I. – 2016

Ulenspiegel le Gueux – 22

 

Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).

(Ulenspiegel – I, LXXVIII)

 

Cette numérotation particulière : (Ulenspiegel – I, I), signifie très exactement ceci :

Ulenspiegel : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs, dans le texte de l’édition de 1867.

Le premier chiffre romain correspond au numéro du Livre – le roman comporte 5 livres et le deuxième chiffre romain renvoie au chapitre d’où a été tirée la chanson. Ainsi, on peut – si le cœur vous en dit – retrouver le texte originel et plein de détails qui ne figurent pas ici.

 

La Question est, je le rappelle, cette méthode d’interrogatoire musclé, brutal et souvent, assassin qui avait été formalisée par l’Inquisition.

 

 

 

 

Nous voici, Lucien l’âne mon ami, à la vingt et unième canzone de l’histoire de Till le Gueux. Les vingt et une premières étaient, je te le rappelle :

 

01 Katheline la bonne sorcière [[50627]] (Ulenspiegel – I, I)

02 Till et Philippe [[50640]](Ulenspiegel – (Ulenspiegel – I, V)

03. La Guenon Hérétique [[50656]](Ulenspiegel – I, XXII)

04. Gand, la Dame [[50666]](Ulenspiegel – I, XXVIII)

05. Coupez les pieds ! [[50687]](Ulenspiegel – I, XXX)

06. Exil de Till [[50704]](Ulenspiegel – I, XXXII)

07. En ce temps-là, Till [[50772]](Ulenspiegel – I, XXXIV)

08. Katheline suppliciée [[50801]](Ulenspiegel – I, XXXVIII)

09. Till, le roi Philippe et l’âne [[50826]](Ulenspiegel – I, XXXIX)

10. La Cigogne et la Prostituée [[50862]](Ulenspiegel – I, LI)

11. Tuez les hérétiques, leurs femmes et leurs enfants ! [[50880]](Ulenspiegel – I, LII)

13Indulgence [[51015]] (Ulenspiegel – I, LIV)

14. Jef, l’âne du diable [[51076]] (Ulenspiegel – I, LVII)

15. Vois-tu jusque Bruxelles ? [[51124]] (Ulenspiegel – I, LVIII)

16. Lamentation de Nelle, la mule et la résurrection [[51150]] (Ulenspiegel – I, LXVIII)

17. Hérétique le Bonhomme [[51196]] (Ulenspiegel – I, LXIX)

18. Procès et condamnation [[51215]] (Ulenspiegel – I, LXIX)

19. La Mort de Claes, le charbonnier [[51256]] (Ulenspiegel – I, LXXIV)

20. Le Talisman rouge et noir [[51272]] (Ulenspiegel – I, LXXV)

21. La Vente à l’encan [[51310]] (Ulenspiegel – I, LXXVI)

 

 

Mon cher ami Lucien Lane, je m’en vas faire une chose que je ne fais jamais habituellement…

 

Ah ! Et laquelle ? Je suis bien curieux de l’apprendre…

 

Oh, ne t’attends pas à quelque chose de très extraordinaire. Je vais tout simplement résumer les épisodes précédents pour – en quelque sorte faire le point dans cette longue histoire de Till le Gueux. On a commencé fort logiquement, comme dans Tristram Shandy, du moins comme ç’aurait dû être dans Tristram Shandy, par la naissance de Till et celle concomitante de Philippe, le fils de Charles-Quint. Ce qui avait son importance vu que le récit est justement bâti sur l’opposition de ces deux personnages : Till, l’enfant de gens pauvres et le fils d’un Empereur, Philippe, qui lui-même régnera sur un véritable empire intercontinental. Ce sont là, les deux premières chansons.

 

De cela, je me souviens fort bien, dit Lucien Lane. Mais ensuite ?

 

Ensuite, il y a trois chansons qui sont consacrées à Philippe et à ses cruautés et ses exactions.

 

De cela aussi, je me souviens. Et puis ?

 

Et puis, viens la condamnation de Till à un exil de trois ans et à l’obligation qui lui est faire d’aller quérir la bénédiction papale. Ce qui le conduit à Rome et l’entraîne à mille aventures, dont celles qu’il partage avec Jef, l’âne du Diable. Du côté de Philippe, on assiste à l’abdication de Charles-Quint et à l’accession de Philippe au trône d’Espagne, notamment. Enfin, il y a ce moment grandiose où Till fait un miracle en faisant renaître le chien mort.

 

Nul besoin d’être grand clerc pour comprendre l’ironie de cette résurrection. Et vu le climat de l’époque, j’ai même l’impression que Till jouait là avec le feu.

 

Certes et la dame l’eût-elle dénoncé à l’Inquisiteur qu’il eût illico fini sur un bûcher. Les chansons suivantes, les quatre dernières sont plus noires et entrent comme qui dirait dans le vif du sujet, touchant directement au thème fondamental de l’histoire de Till le Gueux en racontant l’oppression religieuse à l’encontre de ces hérétiques que l’Église poursuit, fait torturer, condamner et exécuter de diverses manières. Mais, voici le point important : ce qu’on découvre tout doucement dans cette histoire, c’est la lutte pour la liberté de conscience et son prolongement logique, la liberté de pensée. Tel est le sens de toute cette saga, comme on pourra le découvrir au fur et à mesure de son déroulement. En somme, c’est l’affrontement entre d’un côté, les femmes et les hommes libres ou entrain de se libérer et la religion, quelle qu’elle soit, car toute religion finit par condamner et vouloir éliminer – au besoin physiquement – ceux qui mettent à mal son fondement, sauf pour elle de renoncer à tout dogme et à toute prééminence de la croyance et de la foi sur la raison et sur les faits.

 

Serait-ce donc, Marco Valdo M.I. mon ami, que cette histoire du XVIᵉ siècle qui s’en prend à la religion catholique, vaudrait aussi pour les autres religions, y compris celles d’aujourd’hui ?

 

Bien entendu. C’était le projet de Charles De Coster il y a 150 ans, c’est le nôtre aujourd’hui de mettre en accusation toutes les religions : les religions du Livre (juive, chrétienne, musulmane) comme toutes les autres, y compris les religions athées ou laïques. En fait, les religions (avec ou sans Dieux, avec ou sans Églises) sont des acteurs majeurs dans la Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants font aux pauvres et aux faibles. Dans cette guerre, elles sont soit directement le pouvoir, soit les instruments du pouvoir, soit les alliés du pouvoir et quoi qu’elles disent ou racontent, elles sont toujours dans le camp des riches et des puissants, à de très rares exceptions près, lesquelles ont toujours été très minoritaires et déconsidérées ou persécutées par l'establishment.

 

Il te reste à me dire quelques mots de la chanson qui porte un titre si shakespearien.

 

Le titre « Telle est la question » est en effet tiré d’une réplique du monologue d’Hamlet, mais c’est aussi une interpellation ironique, car en fait de question, il s’agit de la torture que l’on va infliger à Till et à sa mère Soetkin, pour les obliger à révéler où sont cachés les 700 carolus que le Messager avait apportés à Claes, le charbonnier, de la part de son frère Josse, déjà brûlé sur le bûcher. Un terrible héritage. La Question est, je te le rappelle, cette méthode d’interrogatoire musclé, brutal et souvent, assassin qui avait été formalisée par l’Inquisition. Comme on les supplicie l’un en face de l’autre (supposant que de voir souffrir l’un sa mère, l’autre son fils, les amèneraient à céder) avec des tas de raffinements atroces (dont je t’épargne le détail), ils vont – tout au contraire – s’encourager et s’affermir mutuellement par la formule : « Le poissonnier, haine et force ! » et malgré la dureté des souffrances, ni l’une ni l’autre, ni la mère, ni le fils ne vont craquer. Et comme le conclut la chanson, ils sont finalement libérés ; quant au poissonnier, il n’aura rien et en sera fort dépité.

 

Voilà une fin bien morale. Dis-moi donc la chanson et ensuite, reprenons notre tâche et tissons, comme Till et les hérétiques tenants de la liberté de pensée, le linceul de ce vieux monde religieux, trop religieux, croyant, crédule et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 

Le matin à dix heures

On emmène Till et sa mère

À la grange de torture

Pour leur faire grande douleur.

 

Il y a le bailli, les échevins, le greffier,

Le bourreau, son valet et un chirurgien-barbier.

De moi, vous ne pourrez rien obtenir.

Je n’ai rien, dit-elle, je ne peux rien détenir.

 

Till parle sans ambages

Des sept cents carolus de l’héritage.

Mais, dit Till, le voyageur est reparti

Et les carolus sont partis avec lui.

 

Avouez, avouez le recel et vous serez pardonnés.

Qui n’avoue pas doit subir la Question.

Prenez-moi à sa place, messires ! Pas question !

C’est mensonge et médisance de poissonnier.

 

Le bourreau prépare les outils de vérité.

Il faut commencer par la femme,

Le fils ne pourra le supporter.

Le poissonnier, haine et force !

 

On met les baguettes aux mains ;

On met les baguettes aux pieds.

On serre pour faire parler.

On brise les mains, les pieds, en vain.

 

Les os craquent, le sang coule.

La femme résiste. Haine et force !

Torturez donc son fils maintenant !

Réveillez-la, qu’elle voie son enfant souffrant !

 

Malgré les baguettes et le feu sous les pieds,

Mère et fils n’ont rien avoué.

Les juges les déclarent libres et libérés.

Le poissonnier est fort dépité. 
Telle est la Question
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Marco Valdo M.I.
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18 janvier 2016 1 18 /01 /janvier /2016 22:03

LA TRÊVE DE NOËL

 

Version française – LA TRÊVE DE NOËL – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson italienne – La tregua di Natale – Wu Ming Contingent – 2015

 

 

 

 

Pauvres choses, comme était pauvre notre Noël,

Et pauvres, nous étions dans cette guerre de riches.

 

Juste deux mots à propos de cette peinture d'Oskar Kokoschka qui représente un village de l'Isonzo au travers duquel passe la tranchée entre les Autrichiens et les Italiens. Kokoschka fit cette peinture en 1916 quand il combattait dans ce village – côté autrichien; il faillit y être tué; la chapelle, prise dans le même bombardement, n'en réchappa pas.. 

 

 

 

 

 

 

 

La tregua di Natale (La trêve de Noël) est le premier morceau (se dit encore individuel ?) de l’album Schegge de shrapnel (Éclats d'obus).

 

 

Le texte est tiré de l’interview d’un rescapé cameranese (du village de Camerano, près d’Ancona) de la Grande Guerre, recueillie il y a maintenant trente ans par Alberto Recanatini et publiée dans le volume Di che brigata sei? La mia ha i colori di Camerano… (Camerano, 1994).

 

À ce qu’il paraît, il ne s’agissait pas d’un individu « contraire à la guerre », ni d’un antimilitariste convaincu. Ceci, selon nous, augmente le sens de sa stupeur face à une trêve spontanée, décidée grâce à des regards d’entente, des mots bredouillés au hasard et des lancements de cadeaux dans les tranchées opposées. Le témoignage a une valeur particulière, car il n’y a pas beaucoup de documents qui parlent des « trêves Noël » sur le front d’italien (ici sommes proches de Kambreško, dans la haute vallée d’Isonzo), alors que bien davantage a été écrit et chanté autour du Christmas Truce entre les Allemands et les Britanniques, dans les Flandres, à l’occasion de Noël 1914 (celle ici décrite se déroule deux ans après).


« Des épisodes isolés, vite effacés par la violence de la guerre, de brefs instants qui toutefois suffirent à faire crouler une perception abstraite de lennemi proposée par la propagande : les Autrichiens se révélaient également déchirés, accablés et fatigués, ils nourrissaient le même désir de paix et de repos. Auprès de la sensation de partager avec les soldats ennemis les mêmes conditions de vie et le même destin, affleure parfois une perception plus profonde : s’il avait été possible de s’arrêter sur ces sentiments de partage, si de l’ennemi, on avait entendu la voix, ou aperçu le visage, si on en avait connu les sentiments, l’agression n’aurait pas été plus possible. »
(B. Bianchi, La follia e la fuga. Nevrosi di guerra, diserzione e disobbedienza nell’esercito italiano (1915 – 1918) 
[La folie et la fuite. Névroses de guerre, désertion et désobéissance dans l'armée italienne (1915-1918)] (Roma, Bulzoni, 2001), pp. 353-354)

 

 

 

Sans qu’on s’en aperçoive, Noël arriva ;
Un matin quelqu’un dit étonné « Aujourd’hui, c’est Noël ».
Au long de la tranchée, la nouvelle courut de bouche à oreille.
Elle étonna si fort le cœur endurci de tous les gars
Que l’envie de tirer nous manqua ce jour-là

 

Les Hongrois n’attaquaient pas ;
Quelqu’un commença à chanter, d’abord à mi-voix
Mais peu après, elle remplit toute la vallée.
Un objet tomba dans notre tranchée 
On pensait que c’était une bombe à retard
Mais c’était seulement un paquet de cigares


On répondait d’un lancer de chocolat
Quelqu’un sortait la tête du parapet 
Et les tireurs ne tiraient pas !
Les visages de quelques Hongrois apparaissaient ;
De timides mots en italien sans sens, qu’ils disaient.


On se tendait les mains,
Les officiers laissaient faire,
Bouleversés eux aussi par ce climat irréel et humain
Pour une tranchée dans cette seconde année de guerre.
On rivalisait pour s’échanger quelque chose, 
Un peu de vin, des fruits secs, des galettes.


Pauvres choses, comme était pauvre notre Noël,
Et pauvres, nous étions dans cette guerre de riches.
La trêve dura jusqu’au soir ; on nous déplaça dès le lendemain,
En affectant à un autre secteur notre brigade.
Par la suite, on sut que le commandement autrichien avait fait pareil… et il faisait bien,
Car jamais plus, nous ne nous serions tirés dessus, c’est certain.
Après cette trêve de Noël ! ! !

 

 

 

 

LA TRÊVE DE NOËL
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Marco Valdo M.I.
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17 janvier 2016 7 17 /01 /janvier /2016 10:24

MONDE NOUVEAU

 

Version française – Monde Nouveau – Marco Valdo M.I. – 2016 (2008)
Chanson italienne – Mondo Nuovo – Francesco Guccini – 1978

 

 

 

Et déjà s'ouvre la route obscure

Vers une nouvelle réalité

 

 

Je ne sais plus trop pourquoi ni comment je suis retombé, dans mes pérégrinations, sur cette chanson de Francesco Guccini dont j’avais fait une version française, il y a quelques années. C’était en 2008, une éternité déjà. En (re)lisant le commentaire à une voix (Tu n’étais pas encore là, Lucien l’âne mon ami) et la version française, je me suis dit que j’allais la corriger et introduire cette nouvelle version (2016) par notre habituel dialogue. Mais d’abord, voici le commentaire que je faisais à l’époque :

 

 

« Francesco Guccini a raison de méditer :

 

L’homme nouveau fut le leitmotiv de bien des utopies, il fut chanté, encensé, annoncé, pressenti, appelé, réclamé, cherché, adulé par les religions, par certains philosophes, par quelques écrivains, par d’inspirés poètes, mais aussi par les hurleurs délirants, par les éructeurs en rut qui se groupèrent en axe peu avant le milieu du siècle dernier. Généralement, l’homme nouveau annonce le retour victorieux du bipède au cerveau de lémure, le retour de la bête immonde. Tel était un des hommes nouveaux qu’on nous a présenté à grand renfort de trompes. Blecktrommel, tambour de fer blanc menait la danse.

Il eut plein de cousins, tous aussi inquiétants.

Il faut se méfier des hommes nouveaux et des ordres nouveaux et on peut espérer que nous ne les connaîtrons jamais, nous autres de ce monde ancien perclus de rhumatismes.

Va be’ pour changer le monde, d’accord, pour changer la vie, partant pour une autre façon de vivre…

Les nouveaux mondes – j’entends Dvorák qui dirige son orchestre – ont la fâcheuse habitude de nous retomber lourdement dessus et d’écraser l’homme présent sous l’ambition nouvelle.

On est toujours entre deux; c’est le sort du présent de se trouver entre le passé qu’il vient de quitter et le futur qu’il s’apprête à dissoudre, le transformant à l’instant où il le touche en passé, que déjà, il a quitté.

L’avenir a toujours été ce vide hallucinant à remplir de gré ou de force, le plus souvent – et c’est tant mieux – par ces gestes quotidiens dont on croit qu’ils comptent pour rien.

 

Nous, les hommes, les frères humains qu’on balance, pendules dérisoires, aux rythmes de l’histoire, n’avons en finale qu’une vie courte, courte, courte… »

 

Eh bien, Marco Valdo M.I. mon ami, c’était un excellent commentaire et terriblement d’actualité, toujours et encore d’actualité. Et ce sera le cas tant que durera cette fichue Guerre de Cent Mille Ans [[7951]] que les riches et les puissants font aux pauvres et aux faibles afin d’assurer leur domination, d’asseoir leur pouvoir, de multiplier leurs richesses, de tirer profits de l’exploitation des gens et de la nature.

 

À propos, comme je ne crains pas l’anachronisme, je dirai que cette chanson de Guccini pourrait s’intituler : « Dernières nouvelles de la Guerre de Cent Mille Ans » et si mon commentaire de l’époque te semble si actuel, c’est tout simplement parce que la chanson de Francesco Guccini elle-même est d’actualité » et le sera encore longtemps. Car, vois-tu, Lucien l’âne mon ami, pour dire les choses de la façon triviale dont on use ici : « Nous ne sommes pas sortis de l’auberge ».

 

Je le pense bien, dit Lucien l’âne en mâchouillant son bout de branche. J’ai en tête l’idée que ce vieux monde ne sait plus trop où il en est et distingue pas ce qui pourra lui succéder. Si tant est toutefois qu’il ait une succession, ce qui reste à démontrer. D’ailleurs, en ce qui me concerne, je suis plus que dubitatif pour ce qui est de la conception de successions de mondes différents. Mon sentiment est qu’il s’agit plutôt d’un continuum, meublé sans doute de hauts et de bas, un continuum qui avance comme des vagues sur la mer et qui sont toujours la même eau.

 

Ainsi, selon toi et je m’empresse de dire que je te rejoins complètement, il n’y aurait pas une succession de mondes, une succession de périodes nettement différenciées, mais qu’il y aurait un seul et même mouvement, fait des interactions des milliards et des milliards d’événements singuliers. De fait, je pense comme toi que chaque grain de sable d’une plage est un événement unique du monde. Mais revenons à la chanson de Guccini. Même si le grain de sable, l’homme ne le comprennent pas, on est toujours

« dans une ère de transition

Entre une civilisation quasi-finie

et une nouvelle inconcevable vie »

 

 

Pour en terminer avec ces réflexions sur le « Monde Nouveau », reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde inconcevable, finissant, indifférent et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Il court rapide, mais dans quel sens

Notre temps inconnu et étrange

Et nos yeux pleins d’épouvante

Regardent ce qui nous entoure

Et ne peuvent croire au sortilège technique

Indifférent qui peu à peu nous enlève

Et nous entraîne vers une réalité

Que nous ne verrons jamais

Au milieu d’ordinateurs et d’entités

Que nous verrons jamais,

Au milieu de villes et de tableaux chiffrés

Que nous ne verrons jamais…

 

Et l’homme confus s’en va

Vers ce qu’il ne comprend pas,

Ce qui a programmé sa vie, il ne sait

Ni qui c’est, ni où ; mais

Ce qui importe seulement est ce qui le fait

Douter déjà de son équilibre

Et déjà s'ouvre la route obscure

Vers une nouvelle réalité

Que nous ne verrons jamais

Au milieu d’ordinateurs et d’entités

Que nous verrons jamais,

Au milieu de villes et de tableaux chiffrés

Que nous ne verrons jamais…

 

Ni le pourquoi ni le comment, nous ne saurons.

Nous sommes dans une ère de transition

Entre une civilisation quasi-finie

Et une nouvelle inconcevable vie

Si désormais presque personne ne croit plus

Quelle pourra bien être la foi nouvelle,

Quels pourront bien être nos nouveaux buts

Qui éteindront notre soif éternelle

De pouvoir être soi-même

Au milieu d’ordinateurs et d’entités

Que nous verrons jamais,

Au milieu de villes et de tableaux chiffrés

Que nous ne verrons jamais…

 

Même quand l’un ou l’autre succombera

Je ne sais lequel de nous deux sera

Cet homme nouveau,

Qui moi aussi me passionnera,

Dans le monde nouveau

Que nous ne verrons jamais,

Au milieu d’ordinateurs et d’entités

Que nous verrons jamais,

Au milieu de villes et de tableaux chiffrés

Que nous ne verrons jamais

Au milieu d’ordinateurs et d’entités

Que nous verrons jamais,

Au milieu de villes et de tableaux chiffrés

Que nous ne verrons jamais…

 

 
 
MONDE NOUVEAU
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14 janvier 2016 4 14 /01 /janvier /2016 21:44

LE ROI DE FRANCE

 

Version française – LE ROI DE FRANCE – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson sefardite en Judeo-espagnol - El rei de Fransia – anonyme – circa Xième siècle

d’après la version italienne de Riccardo Venturi.

Provenance attestée : Smyrne (Turquie), XVIème siècle

 

 

 

Smyrne vers 1500

 

Il doit être, je pense, assez connu maintenant que, de temps en temps, l’ici présent a besoin de quelque « retour » dans le temps, et même fort en arrière. Avec l’espoir d’être accompagné aussi par celui qui éventuellement lit et écoute les délibérément très inactuelles pages du genre, ce soir je voudrais vous emmener dans l’Espagne sefardite du onzième ou douzième siècle, époque à laquelle sans doute ce chant doit trouver son origine. Un chant que, si possible, je vous conseillerais d’écouter dans le noir, ou les yeux fermés ; il parle d’un rêve. Le beau rêve d’une très jeune fille, peut-être encore une enfant, fille d’un fabuleux roi de France, qui brode, et qui ne veut pas être réveillée par sa mère. Sa mère, cependant, le lui interprète : en extrême synthèse, le sujet de cette ancienne composition en Juif-espagnol, langue qui à l’époque correspondait à l’espagnol commun (avec ses évidents judaïsmes) mais qui, avec l’expulsion à l’époque de la reine Isabelle (le 12 octobre 1492, le jour-même de la « découverte de l’Amérique » par Colomb), s’en alla très loin, sur les rivages orientaux, pour y rester cristallisée ; de sorte que les juifs sefarades, peu nombreux, restés dans cette région parlent encore l’espagnol d’il y a huit siècles. El rei de Fransia (LE ROI DE FRANCE) est réapparu au seizième siècle environ, dans des canzoniers écrits en alphabet hébreu et arabe, provenant de la ville de Smyrne. Et il fait partie de la tradition musicale de la ville de Smyrne ; on dit qu’il fut chanté en grec. Alors qu’il était déjà tout un mélange de langues, d’exodes, de peuples. Au fond, j’aurais été tenté de ne pas mettre ce chant parmi les « Extras », comme tout ce qui provient de n’importe quelle diaspora de n’importe quel temps : fils d’exils, de chasses, de violences, de traditions et de chansons qui suivaient et suivent les peuples éradiqués. Et ainsi, pendant qu’une reine très catholique chassait les Juifs d’Espagne, ceux-ci emportaient la chanson de rêve de bonheur et de joie de la fille d’un roi. [RV]

 


LE ROI DE FRANCE


Le roi de France
Avait trois filles
Une travaillait
L’autre cousait.

 

La plus jeune
Brodait
Et de travailler, travailler
Vint le sommeil.

 

Sa mère qui la vit
Voulut la réveiller :
« Ne me réveillez pas, mère,
Non vous ne me réveillerez pas.

 

Je faisais un rêve
De joie et de bien-être. »

« Vous faisiez un rêve,
Et je vais vous le traduire. »

 

« J’étais sortie à la porte,
Je vis la lune pleine,
Je me suis mise à la fenêtre,
Je vis Vénus l’étoile.

 

J’étais allée au puits
Je vis un pilier d’or
Avec trois petits oiseaux
Qui becquetaient l’or. »

 

« La lune pleine
Est ta belle-mère,
Vénus l’étoile
Est ta belle-sœur.

 

 

Les trois petits oiseaux
Sont tes petits beaux-frères,
Et le pilier d’or
Est le fils du roi,
Ton fiancé. »

LE ROI DE FRANCE
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Marco Valdo M.I.
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13 janvier 2016 3 13 /01 /janvier /2016 19:03

ON NOUS A ENSEIGNÉ

 

Version française – ON NOUS A ENSEIGNÉ – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson italienne – Ci hanno insegnato – anonyme - 1976

 

 


Bergoglio libro ? Non, merci !

 

Bergoglio libro ? Non, merci !

La signification est polysémique :

le livre de Bergoglio (la Bible) : non merci !

ou Bergoglio libre : Non merci ! - Je rappelle à ce sujet que depuis plus d'un siècle le Pape est cantonné au Vatican, même s'il semble (voir la télé) régner sur l'Italie entière. 

 

 

 

Lucien l’âne mon ami, toi qui erres depuis des temps immémoriaux, toi qui as vu, de tes yeux vu, la condition que les hommes ont laissée aux femmes dans leur société.

 

Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, bien sûr que je l’ai vue et ce n’est pas à la gloire de la partie mâle de l’espèce humaine. Tiens, ils traitent souvent leurs femmes comme ils nous traitent nous les ânes et parfois même, pire. Enfin, presque. Heureusement, la plupart du temps, ils nous évitent, à nous les quadrupèdes, leurs caresses et ils ne nous obligent pas à certaines pratiques. Sur ce plan-là au moins, nous sommes exemptés de service.

 

Deux choses à ce sujet, au sujet de la manière dont les hommes traitent les femmes : d’une part, il est important de dire que ce n’a pas toujours été le cas – il fut un temps où l’homme et la femme traitaient en véritables partenaires de vie ; c’était d’ailleurs le même temps où les sorcières étaient reconnues d’utilité publique en raison même de leur savoir, de leur compréhension et de leur sollicitude, en raison de leurs capacités à soigner hommes et bêtes ; raisons pour lesquelles on les a pourchassées ; on, c’est-à-dire principalement les prêtres.

 

Je me souviens de cela aussi. En fait, les sorcières étaient de redoutables concurrentes pour ces messieurs du sacerdoce et de ce fait, elles gênaient le développement des religions.

 

En effet. D’autre part, si l’humaine nation arrive un jour à s’humaniser, cette façon méprisante et méprisable de traiter les femmes humaines et en corollaire, les autres espèces vivantes, cette façon disparaîtra. Alors, nous en serons à la fin de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants mènent contre les pauvres et les faibles.

 

Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, il n’y a rien de gênant à être pauvre ou faible ; le vrai problème, c’est le culte de la force et de la richesse d’où surgissent l’ambition, l’avidité, l’arrogance et l’absurde désir de paraître. Tout ce baratin, tous ces grands discours sur la force et l’énergie, sur les énergies, relèvent d’une mentalité de dominateur paranoïaque. Les rodomontades de ces matamores de la croissance perpétuelle conduisent – sauf à modifier la trajectoire à temps – à une fin misérable. Mais, dis-moi, la chanson ?

 

La chanson ? C’est une chanson féministe, donc, une chanson de femmes, faite par des femmes qui se dressent face à la société masculine, c’est-à-dire la société patriarcale d’antan couverte du voile de la modernité. Une chanson toute simple qui dénonce l’endoctrinement auquel sont soumises les petites filles, les jeunes filles et les femmes (mais aussi, en sens contraire, les garçons, petits et grands, adolescents et les hommes). Dans nos régions (et c’était plus encore le cas lorsque fut écrite la chanson en 1976), cet endoctrinement est le fait de la religion chrétienne (Bergoglio libro ? Non merci !). Mais comme tu le sais en la matière, la doctrine d’une autre religion qui s’installe aussi dans nos pays, celle qui s’inspire du Coran, n’est pas moins oppressante, ni moins opprimante. Il n’y a là rien d’étonnant puisque toutes ces religions (y compris la religion juive) proviennent du même magma déicole, magma qui trouve ses racines sur un continent voisin – l’Asie occidentale.

 

Vues d’ici, ce sont des doctrines d’importation et elles sont extrêmement oppressives vis-à-vis des femmes. Il est plus que temps d’y mettre le holà, on ne peut tergiverser encore face à cette sorte de racisme qui n’ose dire son nom. Je dis bien racisme, car il est manifeste que dans ces doctrines, la femme, les femmes sont considérées comme une espèce inférieure à l’homme. Et comme tu sais, nous les ânes, nous sommes très sensibles sur ce chapitre. D’ailleurs, je ne saurais trop conseiller de lire et relire notre Déclaration Universelle des droits de l’âne et des autres espèces. Les religions feraient bien de s’en inspirer plutôt que de répandre leurs calembredaines. Par ailleurs, il est invraisemblable qu’on laisse l’enseignement aux mains des religieux, toutes religions confondues et plus encore, qu’on le subventionne. De ce pas, reprenons notre tâche et tissons le suaire de ce vieux monde déicole, oppressant, oppresseur, oppressif, opprimant et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

On nous a enseigné sur les bancs de l’école
Que ce sont les hommes qui font l’histoire.
Ils ont fait les guerres et un tas d’inepties
Et entre temps, sur les bûchers brûlaient les sorcières.

 

Huit millions de femmes mises à cuire,
Car elles voulaient comprendre la science ;
Mais les livres le taisent,
Mais les livres devront le dire.


On nous a enseigné sur les bancs de l’école
Que Dieu a créé l’homme,
Que femme est une insignifiante partie de lui,
Que c’est juste et que c’est bien que je l’apprenne aussi.

 

On nous a enseigné à nous soumettre à un homme,
Que c’est lui le poète, le guerrier, l’artiste
Et nous toujours invisibles, mais c’est juste une sottise.
On est là dans le mythe des très douces amies,
On est là dans le lit à caresser leurs fatigues.


Mais maintenant nous avons compris que cette culture,

C’est la vanité du mâle nourrie de nos silences
Et nous avons infiniment de choses à dire,
Infiniment de façons de convertir
En défi, le faix d’être des femmes,
En lutte, la joie d’être femme.

 

 
ON NOUS A ENSEIGNÉ
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