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5 octobre 2014 7 05 /10 /octobre /2014 20:20

Décret

 

Canzone française – Décret – Marco Valdo M.I. – 2014

 

Le Livre Blanc 11

 

Opéra-récit contemporain en multiples épisodes, tiré du roman de Pavel KOHOUT « WEISSBUCH » publié en langue allemande – Verlag C.J. Bucher, Lucerne-Frankfurt – en 1970 et particulièrement de l'édition française de « L'HOMME QUI MARCHAIT AU PLAFOND », traduction de Dagmar et Georges Daillant, publiée chez Juillard à Paris en 1972.

 

 

 

 

En vue d'assurer l'ordre et la sécurité de l'État

Le Gouvernement décrète

L'État d'urgence

 

 

Comme je connais ta mémoire à éclipses, ta distraction proverbiale et ta curiosité insatiable, je te remémore rapidement les épisodes antérieurs de cette saga du Livre Blanc. Tout a commencé, il t'en souviendra…

 

 

Je veux bien, Marco Valdo M.I. mon ami, que tu me taquines et que fasses des circonlocutions tarabiscotées pour épater le lecteur ou l'auditeur, c'est selon, mais quand même, je te rappelle qu'en matière de mémoire et de souvenance, je ne suis pas en reste vis-à-vis de beaucoup… Dois-je te rappeler le nombre de fois où je t'ai démontré péremptoirement une faculté de souvenir largement au-delà de tout ce que tu pourrais trouver chez d'autres, excepté peut-être et encore, chez des historiens de profession.

 

 

Ho, Lucien l'âne mon ami, ne t'emballe pas ainsi. Je le sais bien tout ça et j'ai souvent apprécié tes souvenirs. Néanmoins, si ce n'est pour toi, il me faut faire ce récapitulatif afin de recadrer l'histoire et de préciser le sens de l'intervention du Gouvernement en cette affaire. Ça ne sera pas long et ce l'aurait été encore moins si tu ne m'avais malencontreusement interrompu. Jusqu'ici, nous avons eu dix épisodes : au premier, Adam s'élève au plafond – dans sa propre chambre et effraye sa maman ; elle le prend pour un génie. À partir de là, tout s'enchaîne : au deux, son collègue, professeur de physique, le dénonce à la police ; au trois : le directeur de l'école tente d'étouffer l'affaire ; au quatre, l'oncle Hopner dévoile le ressort secret de l'histoire : une loi transgressée n'est plus une loi ; au cinq : la presse s'en mêle : c'est l’interview ; au six : la genèse d'Adam, petit détour biographique une nuit de Noël ; au sept : la diabolisation d'Adam par l'Église ; au huit : tirs d'artillerie médiatiques ; au neuf : sommé de se rétracter, Adam se marre ; au dix : les partisans d'Adam se réveillent… Nous en sommes au onze…

 

 

Bien. Au onze. Et que se passe-t-il ?, dit Lucien l'âne en tapant le sol d'un coup de sabot.

 

 

Le onze… C'est le moment où intervient le Gouvernement. Franchement, il ne pouvait plus attendre. Enfin, je veux dire, pour un gouvernement ; et il va s'en occuper sérieusement (d'Adam et des remous qu'il déclenche) en décrétant rien moins que l'état d'urgence et en définissant une série de missions et d'interventions des plus hautes autorités, car à ses yeux, l'affaire a pris une trop grande dimension et il s'agit de reprendre les choses en mains avant que le désordre ne s'empare de la nation et que le pays ne devienne ingérable et peut-être même, qui sait, se lance dans une révolution…

 

 

C'est un processus classique bien connu. Une réaction typique du pouvoir face à un mouvement d'opinion qui le dérange ; c'est en quelque sorte, « la réaction ».

 

 

Bien évidemment, tu as raison. C'est typique, c'est classique et c'est quasiment automatique. Mais ici, il faut y insister, on est dans la satire, comme c'était le cas dans Clochemerle, roman vigneron du Beaujolais. Et comme pour Clochemerle, ça n'en est que plus savoureux. Pour le reste, je te laisse découvrir la chanson.

 

 

Oui, oui, je suis tout ouïe. Juste un mot cependant en ce qui concerne Clochemerle, j'y étais et ce fut une immense partie de plaisir. Et pas seulement lors du concours du premier biberon… Cela dit, revenons à notre tache et tissons le linceul de ce vieux monde sécuritaire, recroquevillé, policier, gouvernemental et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 

 

Attendu que… et cetera, et cetera

En vertu de la loi… et cetera, et cetera

En vue d'assurer l'ordre et la sécurité de l'État

Le Gouvernement décrète

L'État d'urgence

En foi de quoi :

Il est interdit à toute la population

Sans aucune distinction

D'âge, de sexe, de couleur, de religion

De se promener au plafond

De procéder à toute forme d'ascension

De critiquer de n'importe quelle façon

L'intangible Loi de Newton.

 

 

Attendu que… et cetera, et cetera

En vertu de la loi… et cetera, et cetera

En vue d'assurer l'ordre et la sécurité de l'État

Le Gouvernement décrète

L'État d'urgence.

Sont chargés de l'application

Des présentes dispositions :

Le Ministre de l'Intérieur : sur terre

Le Ministre des Armées : sur mer et dans les airs

Le Ministre de l'Éducation a pour mission

De suspendre les cours de sciences sans distinction

Le Ministre de la Justice a pour mission

De poursuivre le responsable de la situation

Et tous autres trublions

En respectant toutefois les lois et la Constitution.

 

 

Attendu que… et cetera, et cetera

En vertu de la loi… et cetera, et cetera

En vue d'assurer l'ordre et la sécurité de l'État

Le Gouvernement charge le Ministre de la Communication

Par tous les moyens et sans délai

D'informer la nation qu'il est :

Interdit à toute la population

Sans aucune distinction

D'âge, de sexe, de couleur, de religion

De se promener au plafond

De procéder à toute forme d'ascension

De critiquer de n'importe quelle façon

L'intangible Loi de Newton.

 

 

Attendu que… et cetera, et cetera

En vertu de la loi… et cetera, et cetera

En vue d'assurer l'ordre et la sécurité de l'État…

Attendu que… et cetera, et cetera

En vertu de la loi… et cetera, et cetera

En vue d'assurer l'ordre et la sécurité de l'État…

Décret
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Marco Valdo M.I.
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5 octobre 2014 7 05 /10 /octobre /2014 16:14

 

LOIN LOIN…

 

Version française – LOIN LOIN… – Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson italienne – Lontano lontano…Franco Fortini1990-91

Interprétation : Margot – 2011

 


Une des « Sette canzonette del Golfo – Sept chansonnettes du Golfe » du recueil « Composita solvantur », le dernier publié avant la mort du poète en 1994 et qui rassemble des poèmes écrites entre 1984 et 1993.
Musique de Margot Galante Garrone, de son album « Margot » d
e 2011.

 

 

Moi, je me suis blessé ce matin

À une tige de rosier, me piquant le doigt ;

 

 

 

 


Cynique chanson du vieux et désenchanté Fortini, désormais proche de son départ libérateur de ce monde cruel. Dédiée à la guerre par laquelle Bush Senior inaugura le Nouvel Ordre Mondial dans le sang des millions se noient/nous pataugeons encore aujourd'hui…

 

 

Admettons, dit Lucien l'âne en se penchant avec douceur et lançant un regard de derrière ses oreilles tombantes… Admettons que je ne puisse juger de cette canzone qu'au travers de ta version…

 

 

Admettons, dit Marco Valdo M.I. Admettons cela, Lucien l'âne mon ami , et il le faut bien puisque c'est là souvent – pour celui qui n'entend que le français, la seule façon de faire et qu'il lui faut alors s'y résigner. Admettons…

 

 

Cela admis, dit Lucien l'âne relevant le crâne, je trouve cette canzone, ce poème, d'une grande lucidité et en cela, terrible. Ainsi, Fortini avait raison. Et puis, elle a l'air de sortir tout droit des grands champs de poésie où cueillirent qui la rose, qui le coquelicot ; on y entend comme en écho, Odilon-Jean Périer ou peut-être, Verlaine. Sans doute, parlaient-ils d'autres choses, mais ils ne parlaient pas différemment.

 

 

Oh, je sais, je sais…, Lucien l'âne mon ami. La poésie, cette songerie… les grands tam-tams et les bruyantes boîtes la fracassent à chaque instant… Mais la poésie… tout de même.

 

 

Tout de même, la poésie pour tisser le linceul de ce vieux monde plein de bruits, de guerres, de tristesses, de morts et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

 

Loin loin, on fait la guerre ;

Le sang des autres coule à terre.

 

 

Moi, je me suis blessé ce matin

À une tige de rosier, me piquant le doigt ;

 

En suçant ce doigt, je pensais à la guerre

Oh, pauvres gens, qu'elle est triste la terre.

 

Je ne puis parler, je ne peux maudire ;

Ni par le ciel, ni par la mer, je ne peux partir.

 

Et si même, ô gens sans défense, je le pouvais,

Mon arabe est nul ! Indigent mon anglais !

 

 

Puis-je sous la tête des corps à terre

Déposer mon fort volume de vers ?

 

 

Je ne le crois pas. Cessons cette ironie vaine.

Le soleil va tomber. Mettons une laine.

 

 

LOIN LOIN…
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Marco Valdo M.I.
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4 octobre 2014 6 04 /10 /octobre /2014 20:53

CATHARSIS

 

Version française – CATHARSIS – Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson italienne – SfogoMargot – 2013

 

Tirez-vous de mes pieds ou je vous assomme !

 

 

 

Poètes puants
Lecteurs hypocrites
Farceurs de merde
Valets de cœurs
Ministres fumiers
Prêtres casse-couilles
Dentistes assassins
Enfants pustuleux


Réalisateurs séducteurs
Banquiers menteurs
Doctes philologues
Architectes corrompus
Médecins-chefs fascistes
Et commerciaux
Reines de cœurs
Et vivisecteurs


Voisins cornus
Et arbitres vendus
Pédophiles cochons
Touristes radins
Vieux excités
Culturistes gonflés
Psychiatres arrogants
Et princes chanteurs

 

Adulateurs visqueux
Archivistes chiants
Parents serpents
Et superviseurs
Bonnes albanaises
Adolescents obèses
Acteurs envieux
Avocats suffisants


Performers faillis
Présentateurs invétérés
Barmans envahissants
Plaisanciers endurcis
Gardiens empotés
Stylistes oxygénés
Agents certificateurs
Roi de cœurs trompeurs

Aspirantes vélines
Et sœurs ursulines
Chasseurs de grives
Et critiques balourds
Binoclards académiques de mon cul
Tirez-vous de mes pieds ou je vous assomme !

 

 
 
CATHARSIS
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Marco Valdo M.I.
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3 octobre 2014 5 03 /10 /octobre /2014 14:30

AUX ARMES SOYONS FASCISTES !

 
 
Version française – AUX ARMES SOYONS FASCISTES ! – Marco Valdo M.I. – 2014
Chanson italienne – All’armi siam fascisti! - Franco Fortini - 1961
 
Sur les places des villes, dans les rues des vieux bourgs,Voici les importants, les dignitaires, les fiduciaires...
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Texte de Franco Fortini, du film « All’armi siam fascisti!» réalisé de Lino Del Fra (1927-1997, Romain, réalisateur et scénariste), Cecilia Mangini (1927-, des Pouilles, réalisateur et photographie) et Lino Miccichè (1934-2004,Sicilien, historien et critique cinématographique).
Musique d'Egisto Macchi (1928-1992, 
Toscan, compositeur). 

 
 
 
Hier soir j'ai regardé ce splendide film dont Franco Fortini écrivit le texte, magistralement interprété en voix off par Gian Carlo Sbragia, Nando Gazzolo et Emilio Cigoli.
 

« All’armi siam fascisti! » révolutionna le cinéma documentaire en Italie et fut vite d'une épine dans le flanc d'un pays qui, encore solidement dans les mains de nombre des protagonistes et complices du Ventennio (20 ans de fascisme), abordait l'époque radieuse du boom économique, bien disposé à étendre un voile pieux sur le récent, interminable passé de dictature, de sang et de guerre. Les réalisateurs Del Fra, Mangini e Miccichè eurent beaucoup de peine à réaliser ce chef-d’œuvre : d'abord, l'Istituto Luce, détenteur des droits sur toutes les actualités et documentaires tournés pendant le Ventennio , de but en blanc révoquèrent l'autorisation d'accès à ses archives et à tirer des copies des séquences déterminées ; ensuite ce fut le Ministère du Spectacle à refuser permis et autorisations… Mais entre temps, le film était présenté à la Mostra de Venise de 1961 et il était évident que personne et rien n'aurait pu l'arrêter, car il n'y avait pas de photogramme qui n'était pas tiré de documents authentiques de l'époque et donc chaque image était sans équivoque vraie, il devenait difficile d'en défendre la libre et intégrale vision si ce n'est pour des raisons indicibles, inavouables. 


Pourtant pendant des mois, on retarda le visa de la censure. C'est seulement suite à la courageuse initiative personnelle du maire de Florence Giorgio La Pira, démocrate-chrétien mais éclairé, qui décida de le projeter de toute façon en public au Festival des Peuples, finalement en Mars 1962 « All’armi siam fascisti! » eut l'autorisation de distribution. Toutefois beaucoup de copies déjà dans les salles furent coupées (la séquence des prêtres qu'ils font le salut romain et celle des mariages et des accouchements de masse pour fournir des « fils à la patrie ») et à un festival en Tchécoslovaquie le film ne fut pas projeté à cause des séquences sur le culte de la personnalité de Staline et sur le pacte Molotov-Ribbentrop et en raison d'un passage dans lequel Fortini compare la guerre d'Espagne à la répression en Hongrie.

Et ensuite « All’armi siam fascisti!  » provoqua les réactions, disons, « désordonnées » des (fascistes du Mouvement Social Italien) . À Rome, après la projection au cinéma Quattro Fontane, les fascistes flanquèrent par des fenêtres des chaises et des tables sur le public à la sortie de la salle, en causant des dizaines de blessés. Et ce ne fut pas un épisode isolé… Comme il écrit Fortini : « Ce film ne veut persuader personne. Ce film veut dire seulement que nous sommes les fils des événements rapportés à l'écran, mais que nous sommes aussi responsables du présent. À tout instant, dans chaque choix, dans chaque silence comme dans chaque mot, chacun de nous décide du sens de sa vie et de celle d'autrui. »
(sources : le livret qui accompagne DVD du film, publié par Rarovideo ; recension sur le site 
della Scuola di cinema documentario intitolata a Cesare Zavattini
Quelle est la séquence qui m'a plu le plus ? Sans hésitation, celle d'une visite de Mussolini dans la Maremme bonifiée, où on a suspendu tout commentaire sonore et musical et où résonne seulement l'interminable mugissement des vaches posées en paradetout au long de la route du cortège : « Meuh! ! ! Meuh ! ! ! Vive le Duce ! ! ! Meuh ! ! ! Meuh ! ! ! »…
À environ une demi-heure du début, on trouve ce poème qui je crois est un peu le résumé du film, l'explication parfaitement synthétique de ce qui fut et du pourquoi du Fascisme, « l'organisation armée de la violence capitaliste » : 
 
 
Sur les places des villes, dans les rues des vieux bourgs,Voici les importants, les dignitaires, les fiduciaires,Les puissants, les excellences, les éminents,Les influents, les députés, les notables,Les autorités, les protégés, les podestàs,Les hommes de l'autorisation, de l'intimidation,Del'onction et de la recommandation ;
Voici ceux qui font le prix du grain et des opinions,
Qui ont en main le marché du travail et celui des consciences,
Et puis, il y a ceux qui ouvrent les guichets,
Baisent la main à « votre excellence », et remercient toujours
Car ils ne connaissent jamais leurs droits.
Les voilà à dire oui
Dire oui
Car tous font ainsi;
Dire oui
Car l'a dit Monseigneur l'évêque
Et le commandeur qui a étudié
Dire oui
Car ils ont quatre enfants
Dire oui
Car il faut faire carrière
Dire oui
Car on ne veut plus crever de faim
Dire oui
Car on a un crédit
Dire oui
Car on a une dette
Dire oui
Car on y croit
Dire oui
Car on n'y croit pas.
Car enfin rien ne compte.
Car on ne compte pas…
 
Dire oui
Car on n'a plus de camarades...
 
 
 
AUX ARMES SOYONS FASCISTES !
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Marco Valdo M.I.
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2 octobre 2014 4 02 /10 /octobre /2014 20:35

PROLÉTAIRES SANS CUL

 

Version française – PROLÉTAIRES SANS CUL – Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson italienne - Proletari senza culo – Margot

Pour entendre et voir l'originale 

 

  

Quand la merde

Atteindra à la bourse

Une discrète cotation

Alors les prolétaires

Naîtront

Sans cul. 

 

 

Rêve de riches

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

Quand la merde

Atteindra à la bourse

Une discrète cotation

Alors les prolétaires

Naîtront

Sans cul. 

 
PROLÉTAIRES SANS CUL
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Marco Valdo M.I.
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2 octobre 2014 4 02 /10 /octobre /2014 14:10

VOIX DU CHARNIER (POUR LE JOUR

 

DES MORTS. AU LIEU D'UN PRÊCHE)

 

 

Version française – VOIX DU CHARNIER (POUR LE JOUR DES MORTS. AU LIEU D'UN PRÊCHE) – Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson allemande - Stimmen aus dem Massengrab (Für den Totensonntag. Anstatt einer Predigt) – Erich Kästner – 1927

 

 

 

Quatre ans de meurtre, et aujourd'hui une paire de couronnes !

Ne vous fiez jamais à Dieu et à ses gens ! 

Nom de Dieu, n'oubliez jamais ça !

 

 

 



 






Poème du grand écrivain et poète allemand, drecueil intitulé « Herz auf Taille » publié en 1928.
Je crois que 
le premier à mettre en musique ce très beau et terrifiant poème fut le peintre et musicien allemand Hans Trimborn (1891-1979) en 1941.En2012 Campino, le leader de Die Toten Hosen, a inclus ce poème dans le double CD que le groupe a publié sous le titre « Ballast der Republik ».

 

 

 

 

Ah, Lucien l'âne mon ami, ces morts qui parlent font penser à l'Anthologie de Spoon River d'Edgar Lee Masters… Il n'y aurait là rien d'impossible… La-dite anthologie date de quinze ans avant le poème de Kästner…

 

 

Peut-être, dit Lucien l'âne, mais je crois plutôt plus encore que ce sont les épigraphes grecques qui elles datent de bien des siècles et qui ont elles-mêmes inspiré le poète de l'Illinois.

 

 

Quoi qu'il en soit des inspirations, c'est un texte terrible et prémonitoire. Il date de 1927 et dit déjà :

«Nous sommes morts. Mais nous sommes morts pour rien.
Comme nous hier, vous serez abattus demain. »

 

 

Et voyant cela, dit Lucien l'âne, je fais juste une parenthèse, pour dire le rôle révélateur de la poésie. On ne constate souvent que longtemps après qu'elle disait ce qu'il adviendrait et le pire, mais Homère le racontait déjà, c'est que très rares sont ceux qui la croient.

 

 

Pour le reste, il faut rendre à Kästner cette place, qui lui revient, de poète d'insigne envergure, qui dans la sphère de culture française a été ignoré, négligé ou carrément oublié. Et il faudra bien aussi aller voir l'essayiste, le militant pacifiste, l'écrivain, le journaliste… Un homme, quoi ! Un de ceux qui dans la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres et font faire aux pauvres afin d'accroître leur puissance, leurs richesses, leurs dominations… Un de ceux qui ont nettement marqué leur choix, nettement montré de quel côté ils entendaient être – toujours ( le côté des pauvres, évidemment) et s'y sont tenus à travers tout.

 

 

Tu fais bien d'insister, Marco Valdo M.I. mon ami, car des hommes de cette trempe sont rares et leur histoire est exemplaire…

 

 

Parenthèse pour parenthèse, Lucien l'âne mon ami, à propos de cette idée d' « exemplaire », Erich Kästner est aussi un romancier pour enfants et dans ce genre particulier, les romans qu'il écrivit sont eux aussi « exemplaires » en ce sens qu'outre d'être des histoires passionnantes, ils indiquaient – dans les temps difficiles où ils furent conçus – comment ne pas se laisser prendre aux avilissantes pratiques des adultes en chemises d'uniformes… Bien sûr, ils (ces adultes aux mœurs avilissantes) ont brûlé ses livres sur les places publiques…

 

 

Allons dans son sens et prolongeons ses efforts en tissant, nous aussi, le linceul de ce vieux monde bancal, exécrable, ennuyeux, mortifère et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Nous gisons là et depuis longtemps en morceaux.
Vous passez et vous pensez : ils doivent bien dormir.
Mais sans dormir nous gisons sur le dos,
Car notre peur de vous nous empêche de dormir.

 

 

Nous avons de la boue en bouche. Nous devons nous taire.
Mais nous pleurerons jusqu'à ce que la tombe se casse !
Mais nous monterons sur nos tombes en criant à pleine voix!
Nous avons de la boue en bouche. Vous ne nous entendez pas.

 

 

Vous n'entendez que les prêches des desservants,
Qui se concertent avec votre chef, confidentiellement.
Votre cher Dieu a perdu une guerre
Et il vous fait dire : Laissez les morts en terre !

 

 

Vous pouvez faire l'éloge des serviteurs du Très Haut.
Au charnier, ils ont bien parlé du devoir.
Nous étions en bas, et ils étaient en haut.
« La vie n'est pas le bien le plus méritoire. »

 

Nous gisons lànotre bouche morte emplie de saleté.
Et il est 
advenu autre choseque ce qu'en mourant nous avions pensé.
Nous sommes morts. Mais nous sommes morts 
pour rien.

Comme nous hier, vous serez abattus demain.

 


Quatre ans de meurtre, et puis le carillon sonne!
Vous passez et vous pensez : ils dorment profondément.
Quatre ans de meurtre, et aujourd'hui une paire de couronnes !
Ne vous fiez jamais à Dieu et à ses gens ! 

Nom de Dieu, n'oubliez jamais ça !

 

VOIX DU CHARNIER (POUR LE JOUR  DES MORTS. AU LIEU D'UN PRÊCHE)
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Marco Valdo M.I.
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1 octobre 2014 3 01 /10 /octobre /2014 19:21

DRING DRING, LA SONNETTE SONNE

Version française – DRING DRINGLA SONNETTE SONNE – Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson italienne – Din din, suona 'l campanello – Margot - 1976

 

 

 

 

Dame Justizia, la grande marionnette

 

 

Dring dring, la sonnette sonne

Les jurés sortent
Ils mont donné dix-huit ans

Dix-huit ans de prison.

 

Ils m'ont donné dix-huit ans

Mais je suis content

Ils passeront comme le vent
Le communisme triomphera

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

DRING DRING, LA SONNETTE SONNE
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Marco Valdo M.I.
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28 septembre 2014 7 28 /09 /septembre /2014 21:40

Les Rupins

 

 

Chanson française – Les Rupins – Léo Ferré - 1961

 

 

 

 

 

Depuis ce temps-là, ils n'ont pas changé

 

 

 

 

 

 











 

Voici donc, mon cher Lucien l'âne mon ami, cette chanson de Léo Ferré que je t'avais promise l'autre jour. Cette chanson pour laquelle j'avais fait une digression sur le sens du mot qui en est le titre : « rupin ». Je te rappelle, non que je pense que tu as peu de mémoire et que tu ne t'en souviennes pas, mais car cela a son importance, que j'avais fait cette digression en devisant avec toi d'une canzone italienne dont j'avais intitulé la version française «  ROME EST FAITE POUR LES RUPINS » [[48219]]. Ces deux canzones se répondent et se complètent. Toutes les deux se situent dans une capitale : Rome et Paris. Celle de Rome, on le sait, décrit très exactement la situation de misère qui est faite aux pauvres ; celle de Paris, décrit très exactement les « rupins ». Très exactement et au picrate. Résultat : elle fut interdite… En fait, ce fut tout le disque qui subit le même sort… 

 

 

 

 

En fait, comme tu dis, c'est assez dans le style de la censure de ne pas trop faire le détail…, dit Lucien l'âne légèrement sentencieux. Mais, pour en revenir à la chanson « Les Rupins », j'ai un peu l'impression que si on la sort de son contexte « parisien », elle décrit tout simplement ce que l'on appelle maintenant la « jet-set » et plus classiquement, la haute bourgeoisie…

 

 

 

 

Oui, la « haute » tout court, celle que l'on trouvait déjà dans la chanson d'Erich Kästner « Wintersport » [[43751]]. On est bien dans ce monde en escalier de Claudio Lolli [[48142]], mais en haut. Comme aurait Nizan, il faut connaître ses ennemis… de l'intérieur, comme une introspection. Avec précision.

 

 

 

 

Bref, c'est en quelque sorte un éclairage, un coup de projecteur sur le camp des riches qui s'active dans la Guerre de Cent Mille Ans que les riches (précisément) mènent contre les pauvres afin de les domestiquer, de les réduire à rien ou presque, de les exploiter afin de renforcer leurs privilèges, d'accroître leur domination, de multiplier leurs richesses. Ainsi nous faisons notre tâche en tissant le linceul de ce vieux monde riche, trop riche, rupin, requin et cacochyme.

 

 

 

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le chapeau sur l’œil,
Le reste à Auteuil,
Ils ont trente-six mains,
Les rupins.

Aux Galeries La Farfouillette,
Ils farfouillent et font leurs emplettes ;
Aux Galeries Saint-Honoré,
Ils se foutent un gâteau dans le cornet.

La serviette au col,
Le pif sur le bol,
Ils ont le bec fin,
Les rupins.

Leur couteau comme un stylographe,
Ils découpent et font des paraphes
En regardant sur le mur blanc
Pendre l'assiette en vieux Rouen.

Mille hectares de bois,
Un hectare au Bois,
C'est très parisien,
Les rupins.

Le fric, c'est comme les parchemins,
Ça se met en tas dans un petit coin ;
C'est pas méchant, ça ne fait pas de bruit,
Pas même quand ça fait ses petits.

Madame allongée,
Le plumard anglais,
Ils font ça très bien,
Les rupins.

Quand on est deux, c'est pour la vie ;
Quand on est trois, c'est plus gentil ;
Quand on est quatre, c'est plus carré ;
Suffit de savoir s'y retrouver.

Mademoiselle est là,
Le ventre aux abois ;
C'est pas des lapins,
Les rupins.

Voyages en Suisse, produits anglais :
Faut voir comme ils sont informés,
Faut pas ternir les vieux blasons,
Faut que tout soit propre à la maison.

Faut la Mercedes,
Bizness is bizness,
Ça n'est pas chauvin,
Les rupins.

On part au ski bridger un brin ;
On part à Cannes, quand on revient ;
Si partir, c'est mourir un peu,
Les rupins, ça ne doit pas se faire vieux.

La révolution,
C'est une opinion ;
Ça ne mange pas que du pain,
Les rupins.

On coupe une tête par-ci par-là,
Vingt ans après, tiens, les revoilà !
Les rupins, c'est comme la chienlit :
Plus on l'arrache, plus ça se reproduit !

 

 
Les Rupins
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Marco Valdo M.I.
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27 septembre 2014 6 27 /09 /septembre /2014 16:47

 

AUX BARRICADES


Version française – AUX BARRICADES – Marco Valdo M.I. – 2014

d'après la version italienne de Krzysiek Wrona d'une

Chanson polonaise – Na barykady – Włochaty2005

Texte de Jeż et Wichru
Musique de Jeż
Album "Miłość i bunt" (Amour et révolte)

 

 

 

 

Varsovie 1944

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


La rébellion du dedans
Dit sur nous toute la vérité 

C'est notre jeunesse foutue qui crie 

C'est notre futur volé qui appelle 

Au lieu de la destruction – la création

La nécessité de chercher notre route 

Au milieu de toute cette folie, nous ne sommes pas capables de grand chose
Excepté les mots de la réflexion

 

 

Lutte, domination, $ous, joie,
Tourments, hauts, bas, désespoir,
Euphorie, passion, froideur, préjugés, tolérance.
Repousser
L'impuissance acquise
L'accoutumance à l'obéissance
La soumission aux autorités
Le libre cours à l'ignorance
Le chauvinisme révélé

 

 

Notre réalité
Nous a cassé les couilles
Nous la connaissons trop bien
Pourtant nous vivons en elle depuis des années
Le monde n'a pas de sens
C'est à toi de lui donner
Compromis ? Pas à tout prix
La lutte pour soi-même à outrance

 

 

Ce monde fonctionne ainsi
Car nous sommes insipides
C'est l'heure et le lieu
De se réveiller de ce cauchemar
Que nous ont créé les autres
Avant qu'ils ne nous prennent, ne nous anéantissent
Quand nous n'y serons plus – notre révolte restera
Avant qu'ils ne nous prennent, ne nous anéantissent

 

 

Tu as un cerveau, alors raisonne
Tu as des mains, alors agis
Ne me demande pas quoi faire
Ne me demande pas quoi penser
C'est ta vie
Commence – MAINTENANT !

 

AUX BARRICADES
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26 septembre 2014 5 26 /09 /septembre /2014 21:59

ROME EST FAITE POUR LES RUPINS

 

Version française – ROME EST FAITE POUR LES RUPINS – Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson romanesque (italienne) – Roma è fatta pei ricchi signori – anonimo - 1970

 

 

 

 

Chantier à Rome - Carlo Levi - 1949

 

On comprend ici pourquoi Rocco Scotellaro, venu à Rome sans chaussettes (ainsi que le racontait Linuccia Saba, l'amie de Carlo Levi, lorsque Rocco était arrivé chez eux de Matera), n'a pu rester dans cette ville, ogresse tentaculaire. Il le racontait dans Passaggio alla città - Passage vers la ville  Et je vais te dire que j'ai un peu galéré en ce qui concerne le titre de la canzone. 

 

 

Tu as galéré ? Et pourquoi ? Je ne vois vraiment pas où est le problème et ce qui a pu t'arrêter, dit Lucien l'âne en ouvrant des yeux et si noirs qu'on aurait dit des lacs de haute montagne à la tombée du jour et en dressant ses oreilles en points d’interrogation…

 

 

Sans doute, vu de l'extérieur, c'est simple, mais… J'aurais, vois-tu Lucien l'âne mon ami, j'aurais dû traduire (et si on traduit, c'est évidemment la bonne solution) « Roma è fatta pei ricchi signori » par quelque chose comme : « Rome est faite pour les riches messieurs »… Mais çà, crois-moi, ça ne tient pas la route en français.

 

 

Oh oui, dit Lucien l'âne, je le sens bien… Ça ne va vraiment pas. Il vaudrait mieux, si tu permets, il eût mieux valu – car je vois bien que tu ne reviendras pas sur ton titre… il eût mieux valu dire : « Rome est faite pour les gens riches », ce que raconte très bien « La dolce vita » de Fellini.

 

 

Et c'est bien comme ça que je l'avais traduit une première fois. Le sens est exact et la formule est bonne. Mais je l'ai abandonné aussi cette traduction ; ça disait bien ce que ça voulait dire, mais il manquait quelque chose, un je ne sais quoi d'ironique… C'est ça, il manquait un peu d'acide ironique, un peu de crème de mépris pour ces « gens-là » ; pour cette caste. Alors, il m'est revenu ce mot de rupin. D'où vient-il ? Si j'en crois les dictionnaires, c'est un mot ancien, on le trouverait déjà au XVIième siècle… Mais pour moi, il m'est revenu de Léo Ferré qui l'avait repêché dans l'argot parisien ; il en a d'ailleurs fait une chanson, que je vais m'empresser de te faire connaître – et nous en discuterons ensemble. Mais pour résumer la chose et en clair, les « rupins », ce sont les riches, les richetons…

 

 

Rome est faite pour les riches… Mais toutes les grandes villes, toutes les capitales… sont faites pour les riches et dans toutes, le destin des pauvres est bien celui décrit ici… Misère et compagnie. Et même si la chanson date de 1970, on dirait une description, une histoire d'aujourd'hui…

 

 

Alors, Marco Valdo M.I. mon ami, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde méprisant, méprisable, condescendant, rampant et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

Nous avons du temps à chômer

Nous avons du temps pour flâner

Avec ces sous qu'ils nous ont donnés

On ne peut s'en tirer.

 

Les prix montent, montent

Et toujours descend le salaire

Dis-moi comment on fait à Rome

Dis-moi comment on fait à Rome

 

Rome est faite pour les rupins

Pour les grands requins

Et nous nous n'avons rien

 

Quand on mange, on ne s'habille pas

Quand on s'habille, on ne mange pas

Quand on doit payer un loyer

On va au mont de piété

 

L'autre soir, ma femme m'a déclaré

Avec cette misère qu'ils nous donnent, on ne peut aller bien loin

Et ainsi l'ouvrier est obligé

De se jeter dans le fleuve, il n'y a plus de saints.

 

 

 

 
ROME EST FAITE POUR LES RUPINS
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