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10 décembre 2014 3 10 /12 /décembre /2014 21:52

CHANT DE NOËL,

 

CHIMIQUEMENT NETTOYÉ

 

Version française – CHANT DE NOËL, CHIMIQUEMENT NETTOYÉ – Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson allemande – Weihnachtslied, chemisch gereinigt – Erich Kästner – 1928

 

 

Le Père Noël vient demain.

Mais seulement chez les voisins.

 

 

La canzone de Kästner est un antichant de Noël, parodie du «  chant de Noël pour enfants » traditionnel «  Morgen, Kinder, wird’s was geben! »(« Demain, enfant, on donne quelque chose ! ») ; Kästner dit : « Morgen, Kinder, wird's nichts geben! » (« Demain, enfant, on ne donne rien ! ») . Le texte de« Weihnachtslied für Kinder » est de Philipp von Bartsch (1795)  et la lodie de Gottlieb Hering (1809)Le premier vers de ce chant classique, que connaissent tous les enfants à qui on le serine, dit textuellement : « Morgen, Kinder, wird’s was geben! » - « Demain, enfant, on donne quelque chose ». Bref, c'est le jour des cadeaux au pied du sapin vert… Sur le souvenir de quoi se construit une vision nostalgique de cette fête ; nostalgie qui crée cette ambiance sirupeuse qui caractérise cette période de décembre. Au fait, tout va bien (du moins sur le moment…) quand on peut le faire, quand on peut jouer à faire des cadeaux aux enfants.

 

 

Pourquoi cette restriction, demande Lucien l'âne un peu estomaqué. Pourquoi ce « du moins sur le moment » ?

 

 

Tout simplement ceci, qu'on ne mesure pas les ravages que peut créer pareille coutume à terme dans une population très largement infantile ; il suffit de songer au formidable hochet que constitue le cadeau : cadeaux d'affaires, cadeaux fiscaux, corruption, goût des jouets – type grosse bagnole, gadget dernier cri, mode… Transformation de la femme (ou de l'homme) en jouet érotique, réification du monde et mercantilisation … C'est Noël tous les jours pour certains… ou à tout le moins, le désir… La glorification de la société capricieuse.

 

 

Je vois, dit Lucien l'âne en hochant la tête. Mais quand même, pourquoi Erich Kästner éa-t-il écrit un tel « Noël chimiquement nettoyé »…

 

 

Ça tient à son histoire personnelle. Vois-tu, Lucien l'âne mon ami, dans son enfance et toute sa jeunesse, Erich Kästner a vu trimer sa mère… Ida Amalia Kästner, sa mère, travaillait pour son fils les nuits entières. Le jeune Erich sut très tôt, qu'il n'a une enfance et une jeunesse (des études...) que grâce à la quantité de travail inhumaine que sa mère s'imposait pour lui. La reconnaissance pour sa mère le marquera pour sa vie entière. Alors, il va présenter aux (autres) enfants la vérité sur Noël et pour cela, il va « nettoyer chimiquement » le chant traditionnel et en faire une parodie décapante et instructive. Un chant de lumière, une chanson de lucidité.

Aux enfants de pauvres, aux enfants de chômeurs, de mutilés de guerre, de sans-logis, d'ouvriers et d'employés sous-payés, il adresse ce chant qui commence par : « Demain, les enfants, vous n'aurez rien ! ». Il s'agit de briser l'illusion, le tour de passe-passe social. C'est Noël au cœur de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres, y compris aux enfants de pauvres.

 

Oui, mais je me demande, dit Lucien l'âne en dressant ses oreilles en points d'interrogation et sa queue en point d'exclamation… Je me demande si une telle chanson a des chances d'être entendue...

 

 

Oh, Lucien l'âne mon ami, tu poses là une question fort pertinente et qui concerne toutes les chansons du monde. Mais pour celle-ci, j'ai une réponse très étonnante et encourageante. Je te cite une maman allemande de nos jours parlant de Noël et de la chanson de Kästner :

 

« Nous n'avons pas d'argent pour cela, vous le savez bien quand même !  », je devais dire au moins une fois cette phrase CHAQUE JOUR à mes trois enfants. (Et encore pour moi c'est comme une pointe dans le coeur : Je pourrais hurler de désespoir - laisser course libre à mes larmes, quand il n'y a personne !) 
Au début mes enfants me demandaient toujours à nouveau : « Pourquoi pas ? » 
L'année dernière, à Noël, Erich Kästner a donné à mes enfants la réponse à leur question.

Mes enfants sont depuis lors devenu calmes - - - peut-être : réveillés. 
La plus jeune a 10 ans. Mais je crois, elle a compris. »

 

 

En effet, c'est une réponse à ma question et elle me fait augurer que d’autres chansons ne sont pas si insignifiantes qu'on pourrait le penser. Du moins quand elles disent quelque chose et à ce propos, que ce CHANT DE NOËL, CHIMIQUEMENT NETTOYÉ ?

 

 

En somme, dit la chanson, Noël, c'est pour les riches ! Vous les pauvres, les enfants pauvres, vous pouvez regarder, mais pas toucher. Bien sûr qu'il y a des cadeaux et en masse, vous pouvez les voir dans les vitrines, et ces cadeaux, ces jouets, ces friandises, ces jolies choses – comme dans la vie des adultes – iront dans les maisons de ce qui en ont, dans les maisons des possédants. Ceux qui n'ont rien au départ, n'auront rien à l'arrivée de Noël, comme dans la vie de tous les jours. Ils pourront toujours aller dans les rues écouter sonner les cloches…

 

 

Et, ajoute Lucien l'âne en râpant le sol d'un de ses petits sabots noirs, sans qu'on sache exactement lequel, je pense qu'Erich Kästner a raison de démystifier la Sainte Nuit, ce grand office de la réconciliation sociale, « Paix sur la Terre, etc. », « Mes bien chers frères et autres fadaises…. ». C'est véritablement un attrape-chrétiens...

 

 

Et chaque année, ça recommence… et c'est efficace. On est en présence d'un véritable escroquerie. Car, Noël veut tout simplement dire nouveau et nouveau quoi ? Eh bien, nouvel an, pardi ! Et pourquoi ou comment en est-on venu à cette fête de l'an nouveau ; car c'est le solstice d'hiver… Et cette fête du solstice d'hiver, ce sapin vert qui fêtaient le tournant de l'année et le moment où les jours vont s'allonger, le moment où le temps bascule, où l'on peut à nouveau voir venir (lentement, mais sûrement) le printemps, ont été littéralement volés par le christianisme aux fins de propagande… Pareil pour la crèche et son nouveau-né, lequel n'est à nouveau autre que l'an nouveau, que l'enfant de la Terre et du Soleil qui va grandir dans sa lumière, n'est autre que le jour qui va croître jusqu'au solstice d'été. Et là vraiment, on comprend le sens de la fête… C'est celui du temps sans cesse recommencé, la vie qui bat… comme un gigantesque cœur.

 

 

Ainsi donc, à moi, Lucien l'âne, je trouve ce Noël social tout à fait à mon goût. Il me rappelle un autre chant qui revendiquait Noël comme fête du solstice, comme grande fête athée. Il me souvient aussi que tu en étais l'auteur… Oui, Oui, Noël est à nous !  et raison de plus pour reprendre notre tâche et tisser le suaire de ce vieux monde déiste, religieux, escroc, menteur et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Demain, les enfants, on ne donnera rien !
Seul celui qui a déjà, recevra un cadeau demain.
Votre mère vous a offert la vie.
Quand on y pense, ça suffit.
Votre temps aussi viendra. 
Demain n'est pas encore là.

 

Mais il ne faut pas être triste.
Les riches aiment les pauvres.
L'oie rôtie se lamente.
Les poupées, ce n'est pas moderne. 
Le Père Noël vient demain.
Mais seulement chez les voisins.

 

Allez donc dans les rues !
Là, on célèbre Noël.
Le christianisme, du haut de la tour sonnant
Rend les petits enfants intelligents.
Bien secouer la tête avant l'usage !
Ça marche aussi sans arbre de Noël.


Lampes Osram - Sapin Vert
Apprends à siffler ! Sois fier ! 
Arrache les planches,
Car dans le fourneau le bois manque !
Douce nuit et sainte nuit -
Ne pleure pas, si elle s'en va ! Au contraire : ris !

 

Demain, les enfants, il n'y aura rien ! 
Sauf de la patience pour qui n'a rien !
Demain, vous comprendrez Noël !
Dieu n'est pas seul coupable.
La bonté de Dieu est si grande…
Ah, le bon temps de Noël !

CHANT DE NOËL, CHIMIQUEMENT NETTOYÉ
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Marco Valdo M.I.
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9 décembre 2014 2 09 /12 /décembre /2014 19:44

BETTOGLI, 1911

 

Version française – BETTOGLI, 1911 – Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson italienne – Bettogli, 1911 - Bededeum – 2008

 

 

 

 

 

Le texte du morceau est inspiré d'un fait réel : le 26 Juillet 1911, dans la marbrière, propriété des Comtes Lazzoni, dans la localité de Bettogli (près de Carrare), la montagne s'écroula tout à coup, en tuant dix mineurs, dont quelques-uns très jeunes.


C'est seulement un des multiples épisodes qui pourraient être racontés, dans l'interminable défilé de morts dans les carrières de Carrara ou dans n'importe quel autre lieu de travail…
La mélodie est un morceau traditionnel écossais « Clyde's bonnie banks », elle aussi inspirée d'un dramatique incident minier produit à Blantyre (près de Glasgow) le 22 Octobre 1877, où moururent plus de deux cents mineurs.


Ce morceau est dédié à tous les morts au travail, de tous les temps et de partout, et à la mémoire de ceux qui, comme Alberto Meschi, se sont battu généreusement pour que cette extermination cesse.

 

Alberto Meschi (1879-1958), anarchiste et syndicaliste italien, est un personnage remarquable à plus d'un égard et sa vie vaut la peine d'être contée. 
Maçon et autodidacte, dès sa jeunesse, il entre dans les organisations ouvrières de La Spezia. En 1905, il émigre en Argentine où il poursuit durant quatre ans son travail syndical ; puis, expulsé, il rentre en Italie et à partir de 1911, il dirige la Bourse du Travail de Carrare ; il prend la tête des luttes des carriers des Alpes apuanes et des travailleurs de la Versilia. Soldat lors de la 1ère Guerre Mondiale, il finit prisonnier dans les Carpates. À la fin du conflit, il revient chez lui et reprend vite sa place à Carrare, en entrant au Conseil général de l'Union syndicale italienne.


Après l'avènement du fascisme en mai 1922 , Meschi se réfugie en France. Il est un des fondateurs de la Concentration Antifasciste et de la Ligue italienne des droits de l'homme. Lors de la Guerre civile en Espagne, il rejoint la Colonne Rosselli, qui regroupe des Italiens antifascistes combattant aux côtés des républicains espagnols contre les franquistes, les fascistes et les nazis. À la chute de la République espagnoleil revient en France. Quelques années plus tard, comme Joseph Porcu [[8748]] et des milliers d'autres, il est arrêté par le gouvernement collaborateur de Pétain. À la fin de 1943 après une fuite rocambolesque, il revient clandestinement en Italie et, au lendemain de la Libération du 25 avril 1945, il est chargé par CLN (Comité de Libération Nationale) de diriger la Bourse du Travail de Carrarejusqu'en 1947. Puis, pendant environ 20 ans jusqu'à sa mort, il a continué à s'intéresser à la problématique de l'unité syndicale en développant aussi une activité éditoriale en se consacrant à la publication du « Cavatore » (Carrier), une feuille syndicale.


Par sa vie aventureuse et son travail de syndicaliste, il est devenu, pour les travailleurs du marbre , le personnage emblématique du syndicalisme « apuano ». Secrétaire de la Bourse du Travail de 1911 à l'immédiat après-guerre, avec la parenthèse du Ventennio fasciste, Meschi, homme au caractère certes tenace et rugueux mais aussi homme de médiation dans les longues négociations syndicales, sut cicatriser les déchirures internes entre les composantes socialistes, républicains et anarchiques et guider les travailleurs à des conquêtes syndicales et sociales qui restent exemplaires : comment ne pas se rappeler la réduction de l'horaire journalier de 12 heures à 6 heures 50 pour les travailleurs du marbre.

 

 


Carrare épiait en silence sa plainte, 
Le matin d'automne où je rencontrai

Ce visage de seize ans que la douleur égratignait ;
Chaque larme était un sillon qui jamais ne disparaîtrait

« Dis moi, je te prie, qui ou quoi t'a blessée… »
Surprise, elle leva les yeux, dénoua son cœur et parla :

« Vingt ans, la chaleur d'un baiser. Et un sourire…
Ainsi l'homme que j'aimais à la montagne monta….

Il avait les yeux couleur du bois qui domine la mer,
Le courage du faucon qui défie le soleil… »

Chaque muscle tendu à briser la pierre,
La roche plus blanche que la Lune offre…

Mille hommes accrochés au flanc de la montagne
Pour un gramme de pain que le patron nous donne…

Un instant à peine, suspendu dans le temps…
Le fracas de la montagne submerge les cris

Ensuite sur chaque corps, le vent pieux pose…

Comme un blanc linceul, la poussière blanche.

La corne sonne et les cœurs s'éteignent,
Et un fleuve de plaintes de la carrière monte…

Châles noirs, moites, avec l'angoisse dans les pieds ;
Sur les lèvres, ce nom tremble et demande pitié…

Dix flambeaux allumés sur la route des maisons ;
L'un est l'homme que j'aimais qui jamais plus ne reviendra

Rouge est la sueur qui lave la pierre,
Noir le destin qui ne laisse pas de trêve…

De celui mort en arrachant une bouchée à la vie,
Le visage et le nom, il vous faut vous souvenir.


STRENTA ANDREA 20 ANS, PASQUINI ANGELO 71 ANS, GARELLA GIUSEPPE 43 ANS, MAZZI LUIGI 32 ANS, GIROMINI ROMEO 30 ANS, MUSETTI GIOVANNI 35 ANNI, FRACASSI MASSIMO 47 ANS, VERDINI DOMENICO 31 ANS, BARBIERI CLEONTE 15 ANS, CUPINI GALLIANO 13 ANS

 

 
BETTOGLI, 1911
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Marco Valdo M.I.
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8 décembre 2014 1 08 /12 /décembre /2014 22:17

LES LARMES DU PAYS

 

ANNO 1636

 

Version française – LES LARMES DU PAYS / ANNO 1636 – Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson allemande – Tränen des Vaterlandes / Anno 1636 – Andreas Gryphius – 1636

 

Texte d'Andreas Gryphius (1616-1664), poète et dramaturge allemand , Glogau, en Basse Silésie (aujourd'hui Głogów, Pologne).
Musique de Jacques-Louis Monod (1927-), pianiste, compositeur et de directeur d'orchestre 
franco-américain, dans son « Cantus contro Cantum IV » pour choeur mixte, sackbuts (du français « saqueboute », un ancien trombone à coulisse) et des trombones.

 

 

 

Comme disait leur commandant en chef, le très honorable Comte t'Serclaes de Tilly, excellent élève des Jésuites  : « Il faut bien que le soldat s'amuse... »

 

 

 


Un très beau et terrible sonnet qui en trois coups de pinceau décrit toute la mort et la destruction, extérieure et intérieure, causée par la terrible Guerre de Trente Ans qui déchiqueta l'Europe dans la première moitié du XVIIième siècle (de 1618 à 1648) et qui accompagna l'auteur de la plus tendre enfance jusqu'à l'âge adulte. 
À la fin du conflit, dans le seul Empire germanique la population s'était réduite de 3 
à 4 millions, avec une baisse démographique de 15 à 20 pour cent…

 

 

 

 

En quelque sorte, le sonnet décrit une « magdebourisation », terme rappelant le « sac de Magdebourg » par une armée catholique de 24000 hommes lesquels incendièrent, volèrent, violèrent, assassinèrent et massacrèrent 25000 des 30000 habitants de la villeComme disait leur commandant en chef, le très honorable Comte t'Serclaes de Tilly, excellent élève des Jésuites  : « Il faut bien que le soldat s'amuse... »

 

 

Il ferait très bien comme Reichsführer-SS, ce t'Serclaes…, dit Lucien l'âne en frémissant du bout des oreilles au bout de la queue.

 

 

Sans aucun doute. Donc, pour en revenir à ce que je voulais te dire, en établissant cette version des Larmes du pays, je me grattais le crâne en me disant que tout cela me disait bien quelque chose et que j'avais rencontré Gryphius en pleine conversation avec d'autres écrivains et artistes dans une auberge quelque part au milieu des troubles. Je tournais et je retournais la chose dans ma tête et cela m'est revenu. J'avais croisé Andreas Gryphius et d'autres écrivains et poètes de langue allemande de son époque dans un excellent roman de Günter Grass : Das Treffen in Telgte (1979), littéralement La Rencontre à Telgte, publié en français sous le titre : Une rencontre en Wesphalie (1981). Il fallait que ma mémoire arrive à mettre ces réminiscences en place… Et elle y est arrivée.

 

 

Décidément, Marco Valdo M.I. mon ami, tu as une mémoire presque aussi bonne qu'une mémoire d'âne. Car moi, de mon côté, je me souviens de Gryphius et d'autres de ce temps dont j'ai porté le corps et les livres sur mes petites pattes noires que tu vois ici. Par bonheur, j'avais pu quitter Magdebourg à temps… Je voyais les flammes d'assez loin pour ne pas m'y brûler le poil et y rôtir entier comme tant de gens. Je pense, mémoire d'âne, que cet épisode épouvantable de Magdebourg vaut bien la prise de Jérusalem par les Croisés ( le chroniqueur dit : « «A peine les nôtres eurent-ils occupé les murs et les tours de la ville, alors ils purent voir des choses terribles : certains, et c'était une chance pour eux, étaient décapités, d'autres tombaient des murs criblés de flèches ; beaucoup d'autres enfin brûlaient dans les flammes. A travers les rues et les places, on voyait des têtes amoncelées, des mains et des pieds coupés ; hommes et chevaux couraient parmi les cadavres. Mais cela n'était rien encore : parlons du Temple de Salomon, où les Sarrasins avaient l'habitude de célébrer leurs cérémonies religieuses. Que s'y était-il passé ? Si nous disions la vérité, nous ne serions pas crus : disons seulement que dans le Temple et dans le portique de Salomon, on avançait avec du sang jusqu'à la hauteur des genoux et des mors des chevaux. »), les massacres obstinés de la croisade contre les Albigeois (dont une part étaient des disciples de Valdo), et compte tenu des armes et de la taille des villes de ce temps, ce sac de Magdebourg vaut bien le bombardement de Dresde, ville ouverte et désarmée, qui fit environ 135.000 morts.

 

 

De cela aussi, j'ai un souvenir de lecture de Kurt Vonnegut où dans Abattoir 5, il en parle en témoin direct… et un des rares survivants. Donc cette chanson est tirée d'un sonnet de 1636 d'Andreas Gryphius qui devait en avoir, comme toute la population, vraiment marre de ces armées vagabondes. Cependant, Lucien l'âne mon ami, on ne saurait passer sous silence que cette Guerre de Trente Ans à peine finie, on en commença d'autres et d'autres encore. Comment expliquer cela ? On ne peut imputer cette frénésie assassine à Dieu, lequel selon le point de vue : soit n'existe pas ou s'il existe, s'en fout complètement des humains et de leurs querelles – ce sont les deux meilleures solutions pour les dieux ; soit un dieu est le premier moteur de ces tueries et c'est un sadique de première grandeur… Je pense qu'il vaut mieux finalement s'en tenir à la Guerre de Cent Mille Ans [[7951]] que les riches et les puissants font aux pauvres afin de maintenir, d'asseoir et de développer leurs pouvoir, domination, privilèges…

 

 

Alors, reprenons notre tâche qui ne prendra fin qu'avec cette foutue guerre et tissons le suaire de ce vieux monde saccageur, massacreur, incendiaire, assassin et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Nous sommes finalement dévastés complètement, entièrement !
Le peuple en foule déchaînée, les sacquebutes en délire 
Les épées gluantes de sang, les couleuvrines tonnant
Ont dévoré toute la sueur, le travail et les réserves.


Les tours se dressent dans les lueurs, l'église est anéantie.
Le Rahthaus gît en capilotade, les forts sont détruits. 
Les filles sont violées, et par tout le pays,
Le feu, la peste et la mort transpercent le cœur et l'esprit.

 

Ici, des fortifs et de la ville, le sang frais sans arrêt s'écoule.
Cela fait déjà trois fois six ans que le flux de notre fleuve,
Presque bouché par les cadavres, lentement se pousse.

 


Et je ne dis rien de ce qui est pis que la mort,
Plus terrible que la peste, le feu et la faim, encore,
Qu'à nombre de nous, même de l'âme fut dérobé le trésor 

LES LARMES DU PAYS  ANNO 1636
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Marco Valdo M.I.
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7 décembre 2014 7 07 /12 /décembre /2014 22:41

LE GOÛT DE CONSOMMER

Version française – LE GOÛT DE CONSOMMER – Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson espagnole - Consumo gusto – Ska-P – 2002

 

 

 

 

il suffit de regarder le ciel au-dessus de la ville et de voir toutes ces traînées blanches qui s'entrecroisent…

 

 

 

Ah, Lucien l'âne mon ami, autour de nous, comme dit la chaisière, les hommes, ils ne pensent qu'à ça…

 

 

Certes, ce sont des obsédés, mais foi d'âne, il n'y a pas que ça dans la vie… Le tout évidemment, c'est de savoir ce que c'est que ce ça… Le célèbre docteur Freud le disait bien : le ça, ça compte.

 

 

Précisément, Lucien l'âne mon ami, tu as mis le doigt sur le point central de cette histoire : ça compte et ça n’arrête pas de compter. Au centre du monde, tirant toutes les ficelles, il y a le comptable. C'est comme ça dans cette société. Je veux parler de cette société malade du pognon et de la consommation. Une société qui mène l'espèce tout droit à sa propre destruction.

 

 

C'est toujours comme ça, disait le hérisson. C'est toujours comme ça dans cette Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres depuis tant et tant de temps.

 

 

La société de consommation est là depuis des dizaines d'années et elle se maintient , elle croît même malgré les ravages que manifestement elle crée – à titre d'exemple, mon ami Lucien l'âne, voici un indice en quelque sorte : il suffit de regarder le ciel au-dessus de la ville et de voir toutes ces traînées blanches qui s'entrecroisent… Ce sont les avions. Et dans les avions, il y a les gens, des millions de gens pris par ce délire collectif de la vitesse, de la consommation… Et ces avions ne font pas que tracer des lignes dans le ciel – ce qui est déjà une infection, mais en outre, ils font du bruit et ils bouffent des tonnes et des tonnes de carburant et d'oxygène… Je dirais surtout d'oxygène. Sans compter les crasses qu'ils balancent dans l'air. Et ce n'est là qu'un début ; faut voir comme ils sont fiers de vanter les millions de pékins qui se pressent dans les aéroports et la plupart pour des futilités. Et ils font tout, rigoureusement tout ce qu'ils peuvent pour accroître encore cette surpopulation aérienne. Tout ça, c'est riches (Les mêmes que décrit Kästner dans Wintersport – c'était en 1929) – candidats et imitations de riches… On peut résumer la chose par « Je dépense, donc je suis », comme on le lisait sur une affiche de 1968.

 

 

Je me demande, dit Lucien l'âne en riant, je me demande quand l'intelligence viendra aux hommes ; j'entends homme, au sens générique ; car ici, comme dans d'autres domaines, les femmes ne sont pas en reste. Bref, les hommes sont d'un infantilisme tellement insondable. Certains arrivent à surmonter cette addiction ; mais actuellement, c'est une petite minorité et globalement, l’humanité est atteinte de ce goût de la consommation (« Consumo gusto », précisément) qui la mène à sa perte. Alors, Marco Valdo M.I. mon ami, reprenons notre tâche et tissons le suaire de ce vieux monde perclus d'avidité, rongé d'envies, infecté par ses consommations, malade du développement et de la croissance et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Acheter des choses qui ne valent rien
Acheter pour les oublier au grenier
Acheter est un plaisir divin
Acheter, car on aime gaspiller

 

Toute la journée à bosser comme un con jusqu'au soir
Pour un salaire de merde qui vient toujours en retard
La télé dit de consommer
On accepte avec plaisir, on se laisse persuader


Payer, le collège de l'enfant
Payer, le gaz, l'eau et l'électricité
Payer, la résidence de maman
Payer, la vie consiste à dépenser

On paye la facture de la voiture, on paye les impôts
On paye la putain d'hypothèque, on paye son compte au bistrot
On paye la facture du vidéo, on paye la facture du téléviseur
On paye l'assurance de la voiture, on paye la facture de l'ordinateur


Putain de pognon, putain d'argent
La société de consommation fait de nous ses serviteurs
Putain de pognon, putain d'argent
Toujours le couteau sur la gorge, c'est la vie du consommateur
ESCLAVE DE LA PUBLICITÉ 
ON EST ESCLAVE
ESCLAVE DE LA SOCIÉTÉ

LE BIEN-ÊTRE N'EST PAS POUR TOUT LE MONDE


C'est l'histoire des travailleurs humbles
Qu'on a utilisés et ne l'ont même pas vu
Qui tire profit, qui tire les ficelles ?

Ceux qui sont « en haut », ceux qui prennent notre dû.

 

 
 
LE GOÛT DE CONSOMMER
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Marco Valdo M.I.
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6 décembre 2014 6 06 /12 /décembre /2014 09:22

LA LOI DU MARCHÉ

 

Version française – LA LOI DU MARCHÉ – Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson italienne – Loi du marché – Casa Del Vento – 2004

 

 

 

 

 

Au-delà des nuages :

Précarité, flexibilité,

La « loi du marché »

À nos rêves, nous fait renoncer

 

 

 

 

 

 

Je me rappelle mon grand-père occupé à raconter

Des histoires de terre, de sueur et de pauvreté

Ouvrier agricole à la journée au noir

Sans syndicat, sans espoir

Tes enfants un jour auront un bel avenir

Tu verras, de tes mains, la joie naîtra.

J'ai presque trente ans, mais ça viendra 
ce temps est malade à mourir

 

Prends-moi la main, prends-la

Reste près de moi

Nous, nous ne nous plierons pas

À un avenir qui n'existe pas

Ce n'est pas la loi de marché
Qui fera ma liberté
Nous ne nous rendrons pas
À un futur qui n'existe pas

 

Je voudrais te donner la joie et un monde meilleur

Une maison, un fils qui court dans le soleil ; d'ailleurs

Comment y croire et rêver ?

Je regarde, rien ne semble changer



Prends-moi la main, prends-la

Reste près de moi

Nous, nous ne nous plierons pas

 

À un avenir qui n'existe pas

Ce n'est pas la loi de marché
Qui fera ma liberté
Nous ne nous rendrons jamais
À un futur qui n'existe pas

LA LOI DU MARCHÉ
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Marco Valdo M.I.
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5 décembre 2014 5 05 /12 /décembre /2014 12:01

MANIFESTE AMOUREUX

 

 

Version française – MANIFESTE AMOUREUX – Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson italienne – Amore Manifesto – Casa Del Vento – 2008

 

L'abeille vole

Vers un lys ou une viole

 

 


L'abeille voleVers une fleur qui fleure
Vers une fleur qui consoleVers un lys ou une viole

Et vole l'abeille !
Il existe tant de fleurs
Aux tailles multiples
Aux multiples splendeurs

Vole l'abeille
Vole libre dans l'air
Vole de pair
Entre les draps vole

Et vole l'abeille 
Il n'y a rien là d'anormal
C'est un choix qui fait mal
Il n'y a rien là que de pareil


C'est une joie.
Une émotion, une danse
Ne cache pas toujours
Son amour


Amour manifeste
Je suis sans masques
Quand je m'en vas
Je ne me déguise pas

Ô splendide famille
Père mère fils et fille
Cette merveille
À tous en tout pareille

Mais le soir tout change
Les choses déchantent
Le père repart dans la nuit
La famille s'évanouit

Il n'arrive plus à trouver
Quelque manière de parler
Il ne sait pas communiquer
Chaque frisson part en fumée

Mais il sait bien où aller
Et il sait qu'il suffit de payer
L'important est ne pas voir
Ainsi le cœur n'est pas blessé

 

C'est une joie.
Une émotion, une danse
Ne cache pas toujours
Son amour

 

Amour manifeste
Je suis sans masques
Quand je m'en vas
Je ne me déguise pas

Amour manifeste
Je suis nu, sans voile

Je ne m'habille pas
Je ne me déguise pas

Comme la soutane est sadique

Toujours contre l'amour gai
Sa voix ne se fatigue jamais
Quelque chose lui manque
Elle dit péché se donner de l'amour
Fleur avec la même fleur
Elle sent une force au cœur
Qui la porte vers l'amour

 

C'est une joie.
Une émotion, une danse
Ne cache pas toujours
Son amour

 

Amour manifeste
Je suis sans masques
Quand je m'en vas
Je ne me déguise pas

Amour manifeste
Je suis nu, sans voile

Je ne m'habille pas
Je ne me déguise pas

 

Amour manifeste
Je suis sans masques
Quand je m'en vas
Je ne me déguise pas

Amour manifeste
Je suis nu, sans voile

 

Je ne m'habille pas
Je ne me déguise pas

MANIFESTE AMOUREUX
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Marco Valdo M.I.
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3 décembre 2014 3 03 /12 /décembre /2014 12:26

 

Il est cinq heures, Paris s'éveille

 

Chanson française – Il est cinq heures, Paris s'éveille – 1968
Texte : Jacques Dutronc, Jacques LanzmannAnne Ségalen

 

 

 

 

Je suis le dauphin de la place Dauphine 

Et la place Blanche a mauvaise mine.

 

 

 

 

 

 

 

Cette chanson originale, dans le ton et la forme, mérite et de loin d'être reprise comme chanson contre la guerre en tant que telle. Peu importe d’ailleursquand et pour quoi elle avait été conçue… Même si elle avait été conçue en mars (était-ce aussi le 22 mars?), même si elle n'était qu'une chanson parmi d'autres, liée au commerce de l'édition médiatique, elle déboula comme le son de la tempête. On entendait cet étrange bruit serpentant, le solo de flûte inventé par Roger Bourdin, à toutes les heures du jour et de la nuit… Puis, sortant des transistors à pile, venait la voix un peu métallique et sèche de Jacques Dutronc… « Il est cinq heures, Paris s'éveille ». On était en mai 1968 et Paris (et pas seulement Paris, d'ailleurs, mais c'était le cœur de la révolte qui gagnait feu de brousse le territoire de langue française) était en révolte contre la société qui l'étouffait et qui soit dit en passant, l'étouffe encore.

 

Car, c'est elle, la chanson de mai 1968. Pas seulement en théorie, dans une sorte de nostalgique réminiscence. Non, elle était la voix du mouvement. Comme Grandola [[229]], pour d'autres lieux et d'autres jours. C'était la chanson de mai 1968, celle qu'on entendait partout et qu'on chantonnait partout - pour être plus précis, que les révoltés chantaient, qui les aidait à passer les nuits et spécialement, lors des occupations vers l'aube naissante. Forcément, quand on occupe, on y reste les nuits entières et le matin est bienvenu pour ceux qui ont tenu la garde ; c'est l'heure où en effet, ils rentrent se coucher. Pour la situer, « Il est cinq heures... » est en quelque sorte à mai 1968, ce que par exemple, est « Le Temps des Cerises » [[41674]] à la Commune de Paris.

Certes, à un autre moment, cette chanson aurait pu être le pendant des « Paumés du petit matin » [[41858]] de Jacques Brel ; ce qu'elle devait être au départ… Mais entretemps, la vague estudiantine a déferlé, les ouvriers ont embrayé et le soleil de mai a brillé.

 

Elle était tellement présente, tellement prégnante qu'elle fit quasi-immédiatement l'objet d'une parodie situationniste [[48570]], d'un détournement qui était dans l'air du temps. Le situationnisme se répandait ; c'était un des facteurs de la révolte.

 

Au fait, elle devrait figurer dans les « Canzoni fondamentali » aux côtés de Lili Marleen [[1600]] et du Déserteur [[1]]… Car là est sa vraie place.

 

Puis, elle apparaît avec le recul comme une chanson prémonitoire… Surtout, si l'on veut bien la lire en entier.

 

Par exemple, ceci :

 

« Les journaux sont imprimés 
Les ouvriers sont déprimés 
Les gens se lèvent, ils sont brimés 
C'est l'heure où je vais me coucher 

Il est cinq heures 
Paris se lève 
Il est cinq heures 
Je n'ai pas sommeil »

 

qui – volens nolens – annonçait la liquidation du mouvement par les apparatchicks des grandes organisations ouvrières – politiques (PCF) et syndicales (CGT) en tête, qui n'avaient rien compris à ce qui était en train de se passer … ou alors, avaient trop bien compris. Allez savoir ! Il est vrai que comme en d'autres lieux – à Prague, par exemple, la révolte se faisait sans eux, sans qu'ils l'aient préméditée et sans qu'ils puissent la conduire. Alors, on liquide ! Circulez, il n'y a rien à voir !

Ô la grande victoire des accords de Grenelle… Depuis lors, les journaux sont imprimés, les ouvriers sont déprimés et ils ne sont pas près d'en sortir de cette dépression. Et de fait encore aujourd'hui, « Les gens se lèvent, ils sont brimés... ».

 

La Guerre de Cent Mille Ans [[7951]] que les riches font aux pauvres se poursuit.

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I et Lucien Lane

 

qui tissent encore aujourd'hui le linceul de ce vieux monde déprimé, en éternelle crise, plein d'accords, de stratégies et de tactiques, d'apparatchicks, de dirigeants et cacochyme. Heureusement !

 

 

 

 

Je suis le dauphin de la place Dauphine 
Et la place Blanche a mauvaise mine.
Les camions sont pleins de lait, 
Les balayeurs sont pleins de balais. 

Il est cinq heures, 
Paris s'éveille,
Paris s'éveille. 

Les travestis vont se raser, 
Les striptiseuses sont rhabillées ; 
Les traversins sont écrasés, 
Les amoureux sont fatigués.

Il est cinq heures, 
Paris s'éveille,
Paris s'éveille. 

Le café est dans les tasses, 
Les cafés nettoient leurs glaces 
Et sur le boulevard Montparnasse, 
La gare n'est plus qu'une carcasse.

Il est cinq heures, 
Paris s'éveille,
Paris s'éveille. 

Les banlieusards sont dans les gares, 
À la Villette, on tranche le lard. 
Paris by night, regagne les cars, 
Les boulangers font des bâtards. 

Il est cinq heures, 
Paris s'éveille,
Paris s'éveille. 

La tour Eiffel a froid aux pieds, 
L'Arc de Triomphe est ranimé 
Et l'Obélisque est bien dressé 
Entre la nuit et la journée. 

Il est cinq heures, 
Paris s'éveille,
Paris s'éveille. 

Les journaux sont imprimés,
Les ouvriers sont déprimés. 
Les gens se lèvent, ils sont brimés ;
C'est l'heure où je vais me coucher. 

Il est cinq heures, 
Paris se lève. 
Il est cinq heures, 
Je n'ai pas sommeil.

 

Il est cinq heures, Paris s'éveille
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Marco Valdo M.I.
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30 novembre 2014 7 30 /11 /novembre /2014 09:09

ITHAQUE 

 

OU LE VOYAGE À  ITHAQUE)

 

Version française – ITHAQUE (OU LE VOYAGE À ITHAQUE) – Marco Valdo M.I. – 2014

d'après la version italienne de Lorenzo Masetti

d'une chanson catalane – Ítaca (o Viatge a Ítaca) Lluís Llach1975

Pour Gian Piero Testa qui aujourd'hui a rejoint son Ithaque, après un chemin plein d'aventures, plein de connaissances



Texte tiré d'Ithaque (Ιθάκη), poème de Konstandinos Kavafis/Κωνσταντίνος Καβάφης
traduction catalane de Carles Riba (1893-1959), professeur de grec à l'Université Autonome de Barcelone de 1925 à 1939, traducteur
en catalan de l'Odyssée et de poètes grecs modernesAdaptation de Lluís Llach
Musique de Lluís Llach
Arrangements du pianiste Manel Camp leader du groupe de rock progressif Fusioon


On est 1975, la terrible dernière année de la dictature franquiste. Le dictateur mourra en novembre ; en mai, Llach présente au Palau de la Música de Barcelone son nouvel album. Le récital sera suivi de l'immanquable rétorsion : pour avoir proféré des paroles considérées comme offensantes envers les institutions et l'autorité en vigueur, le chanteur est condamné à une amende de 100.000 pesetas et les concerts suivants sont interdits.


L'album représente un tournant dans la carrière de Lluís Llach qui se détache de la forme chanson (formatée) en composant une véritable suite de quinze minutes, divisée en trois parties qui occupent tout le premier côté du LP. Les textes sont une adaptation de poésies de Kavafis que Llach avait lu sur les conseils de son ami poète Biel Mesquida.


La poésie dont est tirée la première chanson de la suite est une de plus célèbres de Kavafis, unanimement considérée une des plus profondes et significatives revisitations modernes de l'Odyssée. La métaphore est très claire. Le voyage à Ithaque est le chemin de la vie : l'homme doit espérer que son voyage soit long, empli de connaissances et d'aventures, tout comme l'épique retour d'Ulysse en sa patrie. Les vicissitudes élargissent l'esprit humain, ce sont les expériences et les difficultés qui donnent à la vie un sens et une valeur. (Voir Epica omerica in Kavafis de Patrick Manuello).


Telle est l'interprétation plus commune de la poésie. Mais à cette lecture on en flanque une autre plus « politique », qui fait rentrer de plein droit cette très belle chanson dans notre recueil. Le voyage peut représenter la lutte pour la liberté et Ithaque peut être l'Utopie, le monde meilleur que nous voulons construire et que, si même il nous décevra (Companys, no és això, camarades, n'est pas ça, chantera Llach quelques années après) ; elle nous a pourtant donné nos années meilleurs, les années de l'engagement.
Cette lecture, peut-être un peu forcée, d'Ithaque (mais « la poésie n'
appartient pas à qui l'écrit, elle est à qui s'en sert ») se réfère directement à la célèbre citation d' Eduardo Galeano.

 

"La utopía está en el horizonte. Camino dos pasos, ella se aleja dos pasos y el horizonte se corre diez pasos más allá. ¿Entonces para qué sirve la utopía? Para eso, sirve para caminar."

« L'utopie est à l'horizon. J'avance de deux aps, elle s'éloigne de deux pas et l'horizon s'en va dix pas plus loin. Alors, à quoi sert l'utopie ? Ben voyons, elle sert à avancer. »

Comme l'affirme le même Llach dans une interview donnée à l'occasion d'une émission spéciale consacrée à cette chanson, la sévérité de la censure imposait aux auteurs-compositeurs de recourir à des métaphores toujours plus difficiles pour faire passer au public leur message.

 

Même traduite en catalan et créée dans le contexte historique de l'Espagne des années '70, Ithaque reste une poésie profondément grecque : des « millénaires sont passés depuis l'époque pré-homérique et la mer reste toujours liée à l'imagination grecque, aux joyeuses images d'anses, de ports, d'escales maritimes de ce peuple intelligent, amant de la curiosité et hospitalier. En somme, un peuple prêt à accueillir l'étranger, à instaurer avec lui des relations commerciales, et, en même temps, à s'enrichir de ses connaissances et soulever des questions de tous genres » (G. Vrissimitzàkis, Τὸ Ἔργο τοῦ Κ. Π. Καβάφη, Alessandria 1917 - traduction du grec de Patrick Manuello).

Pour cette raison, j'ai pensé à l'insérer en souvenir de Gian Piero qui dans ces pages nous a présenté un véritable voyage sur la mer de la chanson et de la poésie grecque moderne.

 

 

 


Ah, Marco Valdo M.I. mon ami, je suis content que l'ami Lorenzo ait également pensé à insérer une traduction de sa main in memoriam de Gian Piero. C'est un hommage particulièrement bien choisi… J'imagine même qu'on ne pouvait mieux faire que d'évoquer ainsi cette Ithaque, qui sans aucun doute plaît à Gian Piero Testa… Si tant est évidemment que quoi que ce soit puisse encore lui plaire ou lui déplaire. Mais enfin, il n'y a qu'un âne comme moi pour traverser les siècles sans en être autrement incommodé et capable de ressusciter autant de fois que nécessaire. Pour en venir à la chanson elle-même et au voyage vers Ithaque et plus particulièrement encore à Lluis Llach, j'aimerais te soumettre deux trois réflexions de mon cru.

 

 

Avant que tu n'ailles plus loin, Lucien l'âne mon ami, laisse-moi dire que moi aussi, je suis content de saluer Gian Piero pour son arrivée à Ithaque. Peut-être sera-t-il reconnu par un vieux chat qui l'avait connu dans une vie précédente.

 

 

Oh, les chats ayant – selon les endroits, sept ou neuf vies, c'est fort probable. Je me demande parfois si vous autres les humains vous n'arriverez pas un de ces jours à découvrir ce secret des chats, à vous en approprier et à vivre vous aussi, sept ou neuf vies selon les endroits. Mais ce n'était pas du tout ce que je voulais dire et même, j'en suis certain, sauf qu'avec tes digressions, je ne sais plus où j'en suis, ni ce dont je voulais te faire part. Ah oui, ça me revient maintenant. C'est qu'il s'agit d’une chanson en langue catalane. Au demeurant, langue qui a une aire de diffusion jusqu'en l'actuelle Italie, outre qu'elle rayonne sur la France et l'Espagne, toutes deux aussi actuelles. Bref, voilà une langue ancienne qui rayonne sur des États-nations somme toute encore fort jeunes et plus jeunes qu'elle assurément. Et ainsi j'en viens ainsi à la dimension politique complexe de cette chanson et de ce fait, à la censure dont elle fut frappée et son auteur-interprète aussi… Frappés aussi du fait qu'elle était catalane. C'était une des réflexions que je voulais faire et faire ainsi remonter cette dimension régionaliste qui déplaît tant aux pouvoirs en place. C'est un des aspects de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants et leurs affidés mènent contre les pauvres afin d’asseoir plus encore leurs privilèges et leurs dominations et pouvoir ainsi continuer à tirer profits des choses, des gens, des animaux, des territoires… Bref, de tous et de tout, indistinctement. Leur adage est cruel : Tout fait farine au moulin, il suffit de broyer.

 

 

En effet, nous sommes quarante ans après la création de la chanson et la Catalogne rue encore dans les brancards hispaniques. Par ailleurs, cette Catalogne fut aussi une région où passa un grand souffle libertaire ; il doit en rester quelque chose, malgré le franquisme et ses descendants, actuellement encore au pouvoir en Espagne. Cependant, s'agissant de ce « quelque chose qui reste », le feu couve sous la cendre, qui parfois rougeoie. Cela dit, je me demandais en écrivant cette version en langue française, quelles pouvaient bien être ces «  paroles considérées comme offensantes envers les institutions et l'autorité en vigueur ». Je me suis demandé si ce n'était pas ces deux derniers couplets qui rendraient (aux oreilles de la censure) un hommage trop appuyés aux combattants républicains. Car on peut le comprendre ainsi . Écoute :

« Bon voyage pour les guerriers
Fidèles à leur peuple
Veuille le Dieu des vents gonfler
Les voiles de leur barque,
Et en dépit de leurs vieilles batailles
Que l'amour leur offre son corps, ses soupirs,

Qu'ils retrouvent les voies des vieux désirs
Pleines d'aventures, combles de connaissances. »

 

 

Va-t-en savoir ce qui peut bien se passer dans la tête d'un censeur, dit Lucien l'âne en se tortillant pour marquer sa perplexité, ce qui fait balancer ses oreilles et tout ce qui peut balancer chez un âne qui se tortille. N'épiloguons pas et reprenons, si tu le veux bien notre tâche et recommençons à tisser, tisser le linceul de ce vieux monde censeur, grandement ignare, accroché à ses « arbres pourris » et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 



Lorsque on part pour faire le voyage d'Ithaque,
Il faut espérer que le voyage soit long
Empli d'aventures, comble de connaissances.
Il faut espérer que le voyage soit long,
Que les matins soient en nombre
Où tu entreras dans un port que tes yeux découvrent,
Où tu iras dans les villes apprendre ce qu'elles savent.

Garde toujours au cœur l'idée d'Ithaque.
Tu dois y arriver, c'est ton destin,
Cependant ne force la traversée en rien ;
Qu'elle dure longtemps est préférable,
Que tu sois vieux aussi quand tu aborderas l'île,
Riche de tout ce que tu auras gagné en chemin,
Sans attendre qu'elle te donne grand chose.


Ithaque t'a donné un beau voyage
Tu ne serais pas parti sans elle
Et si tu la trouves pauvre, ce n'est pas qu'Ithaque
T'ait trompé. Avec toute ta sagesse,
Tu dois bien savoir ce que veulent les Ithaques.

 


Éloignez-vous, éloignez-vous toujours

Des arbres pourris qui à présent nous emprisonnent,
Et quand vous les aurez essartés
Gardez-vous de vous arrêter.
Éloignez-vous, éloignez-vous toujours
Éloignez-vous de ce jour qui maintenant nous enchaîne.

Et quand vous serez libérés
Amorcer de nouveaux pas, sans hésiter
Éloignez-vous, éloignez-vous encore
Éloignez-vous du demain qui maintenant s'approche.
Et quand vous croirez être arrivés, cherchez de nouveaux sentiers.


Bon voyage pour les guerriers
Fidèles à leur peuple
Veuille le Dieu des vents gonfler
Les voiles de leur barque,
Et en dépit de leurs vieilles batailles
Qu'ils tirent du plaisir de corps très aimables.
Qu'ils emplissent leurs filets de bonnes étoiles
Pleines d'aventures, combles de connaissances.

Bon voyage pour les guerriers
Fidèles à leur peuple
Veuille le Dieu des vents gonfler
Les voiles de leur barque,
Et en dépit de leurs vieilles batailles
Que l'amour leur offre son corps, ses soupirs,

Qu'ils retrouvent les voies des vieux désirs
Pleines d'aventures, combles de connaissances.

 

 

 

ITHAQUE

 

Poème de Constantin Cavafis - 1911

 

 

Lorsque tu mettras le cap sur Ithaque,
fais de sorte que ton voyage soit long,
plein d'aventures et d'expériences.
Les Lestrygons et les Cyclopes,
et la colère de Poséidon ne crains,
ils ne se trouveront point sur ton chemin
si ta pensée reste élevée, si une émotion de qualité
envahit ton esprit et ton corps. Lestrygons Cyclopes,
et la fureur de Poséidon tu n'auras à affronter
que si tu les portes en toi,
si c'est ton âme qui les dresse devant toi.

Fais de sorte que ton parcours soit long.
Que nombreux soient les matins
oú - avec quel délice et quelle joie! -
tu découvriras des ports inconnus,
des ports nouveaux pour toi, et tu iras
t'arrêter devant les échoppes Phéniciennes
pour acquérir les belles marchandises
nacres, coraux, ambres, ébènes
et des parfums voluptueux,
surtout beaucoup de parfums voluptueux;
et tu iras d'une ville égyptienne à l'autre
pour apprendre, et encore apprendre, de la bouche des savants.

La pensée d'Ithaque ne doit pas te quitter.
Elle sera toujours ta destination.
Mais n'écourte pas la durée du voyage.
Il vaut mieux que cela prenne des longues années
et que déjà vieux tu atteignes l'île,
riche de tout ce que tu as acquis sur ton parcours
et sans te dire
qu'Ithaque t'amènera des richesses nouvelles.

Ithaque t'a offert le beau voyage.
Sans elle, tu n'aurais pas pris la route.
Elle n'a plus rien à te donner.

Et si tu la trouvais pauvre, Ithaque ne t'a pas trompé.
Sage à présent et plein d'expérience,
tu as certainement compris
ce que pour toi Ithaque signifie.

 

 
ITHAQUE
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28 novembre 2014 5 28 /11 /novembre /2014 21:40

LOUMBA

 

Version française – LOUMBA – Marco Valdo M.I. – 2014

d'après la version italienne de Gian Piero Testa

d'une chanson en langue grecque – Λούμπα – Gian Piero Testa – 2012

Texte de Gian Piero Testa
Musi
que : inédite
Premier interprèteLe vent de la nuit

 

 

Il aimait les ânes et les chats ; nous, on l'aimait bien.

 

 

 

Riccardo Venturi nous fait part aujourd'hui de ce qui suit :

 

« Voici la plus triste nouvelle qu'on puisse donner, mais malheureusement nous devons le faire.
Gian Piero Testa, collaborateur historique de ce site et âme de la « Section Grecque », avec des dizaines de traductions magistrales, nous a laissé cette nuit suite à une très grave et très rapide maladie.
À celui qui l'a connu en personne restent pas un, mais dix mille souvenirs ; à celui qui ne l'a pas connu reste son œuvre dont ce site s'emploiera encore plus à la mettre en relief et à la valoriser comme elle mérite.
Que pour Gian Piero, tombé amoureux de la Grèce, de sa culture et de sa langue, résonne à juste titre le cri : ΑΘΑΝΑΤΟΣ ! »

 

Nous ne faisions pas partie de ceux qui ont connu Gian Piero Testa « en personne ». Mais on le connaissait bien par son œuvre, qu'on suivait de loin (géographiquement, s'entend ! - Il nous suivait aussi) et que parfois, on traduisait (à notre façon) en français. Lui aussi nous a traduit nos textes… Ce qu'on vient de faire une fois encore… In memoriam d'une amicale sympathie. Il aimait les ânes et les chats ; nous, on l'aimait bien.

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 


Nos riches

Mangent comme des cochons
Mais le compte - c'est con - 
Jamais ils ne le payent.

Ils interpellent le peuple

Et en riant, ils disent :

Surveille notre clôture.

Nous sommes une grande famille.

Ah, les grillades que nous avons mangées...

Mais peuple, vous êtes la majorité

Les os vous reviennent
Et aussi, bien sûr, la note.

 LOUMBA
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28 novembre 2014 5 28 /11 /novembre /2014 09:47

BONJOUR, PATRON

 

 

Version française – BONJOUR, PATRON – Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson italienne – Buongiorno, signor padrone – anonimo – 1946-56

 

 

Maintenant vous êtes contents,

Vous faites tout avec le moteur !


Chant recueilli à Acquaviva, fraction de Montepulciano, en Valdichiana, en 1976. 
L'informateur 
était Sesto Marchetta, ex métayer, analphabète, 68 ans.



Dans la recherche 
où il est question de l'affrontement entre patron et métayer, il y a d'autres textes de chants populaires toscans sur le thème des revendications des paysans et des métayers entre la fin du dix-neuvième et l'après-guerre. Dans tous, est claire la dénonciation de la profonde injustice des rapports de classe, « l'arbitraire qui présidait à la répartition des produits et la vie parasitaire des patrons et leur arrogance », et est aussi décrite la tentative des paysans de se rebeller face aux abus du patron et à la misère. Mais ensuite la rébellion est défaite de manière humiliante, le patron réussit encore une fois à rouler le paysan qui non seulement se contente de quelque miette en plus (un tonneau de vin, un sac de grain) mais même, dans certains cas, doit consentir à ce que sa femme cède au patron, afin d'obtenir un traitement meilleur. Comme ça ne me va pas de proposer les ici ces chants de défaite, bien que indubitablement ils soient le témoignage d'une évolution de la conscience paysanne et du graduel changement des rapports de force entre des classes dominantes et subalternes.
L
'« affrontement » qui suit remonte par contre à l'après-guerre, des années qui virent une très forte confrontation, en Toscane comme dans toute Italie, qui aboutirent la réforme agricole de 1950 et aux premières coopératives agricoles.
Et en effet, au patron qui 
rappelle que dans les premières années 20, les paysans étaient beaucoup plus obéissants et serviles, le métayer lui rappelle qu'alors il y avait les matraques fascistes pour tenir en respect aux travailleurs, mais le fascisme est vaincu et avec lui l'exploitation et l'arrogance du patron.

 

 

 

[Métayer]


Bonjour, patron
Je suis venu vous saluer.
La ferme ne me rapporte pas,
Je cherche à l'abandonner ;
Je travaille jour et nuit
Seulement pour manger,
Je vous rends les clés,
Venez y travailler vous-même !

 


[Patron]


Oh paysan lâche
Et sans pudeur,
Tu abandonnes ma ferme
Car tu es un grand monsieur :
Tu as une belle auto
Du vin à volonté
Et tu achètes un appartement
En ville !

[Métayer]


Oh écoutez, patron,
Je suis un homme ruiné,
Si je reste dans votre ferme
Je deviendrai un malheureux !
J'ai mon enfant qui va à l'école
Et il a envie d'étudier ;
Vous dites que vous avez la ferme,
Venez y travailler vous-même !

 

[Patron]


En vingt - vingt et un,
Les paysans étaient meilleurs ;
À propos d'égoïsme
Ils avaient de l'attachement ;
Ils travaillaient jour et nuit
Avec force et ardeur.
Maintenant vous êtes contents,
Vous faites tout avec le moteur !

 

 

[Métayer]

En vingt - vingt et un,
Pour un oui, pour un non,,
Alors, vous employiez
Votre vieille matraque.
En septante-six,
Vingt et un n'est plus,
Alors votre matraque
Ici n'existe plus !

 

(Moi, dit Lucien l'âne j'aurais conclu :

 

En septante-six,

Vingt et un n'est plus

Et votre vieille matraque

Vous pouvez vous la foutre au cul !)

BONJOUR, PATRON
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Marco Valdo M.I.
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