Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
27 novembre 2014 4 27 /11 /novembre /2014 12:18

NE JOUE PAS AVEC LES ENFANTS SALES

 

 

Version française - NE JOUE PAS AVEC LES ENFANTS SALES – Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson allemande - Spiel nicht mit den schmuddelkindern – Franz-Josef Degenhardt - 1965

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

NE JOUE PAS AVEC LES ENFANTS SALES, ne trouves-tu pas Marco Valdo M.I. mon ami qu'on dirait là un titre sorti tout droit de l'imagination d'Alexandre Vialatte ?

 

 

 

 

Oh que si ! Lucien l'âne mon ami, laisse-moi te dire qu'outre d'avoir deux oreilles, tu as de l'oreille… Évidemment, de l'oreille d'âne, mais d'un âne outrageusement cultivé. Car qui irait voir là un titre sorti tout droit de l'imagination d'Alexandre Vialatte ? Et ton sentiment est juste et la chose se vérifie dans toute la chanson de Degenhardt. Elle sent comme sentait La Complainte des Enfants frivoles, mais avec en plus une autre histoire, une autre dimension. Un ton commun, un autre air, en quelque sorte. J'ai d'ailleurs failli donner comme titre à la version française : « La Complainte des enfants sales ».

 

 

 

 

Ce serait un beau titre, en effet, dit Lucien l'âne. Cependant, j'imagine bien qu'il s'agit d'une histoire d'enfants, mais encore… Que dit-elle ? Car encore une fois, tu t'égares dans des considérations exotiques…

 

 

 

 

Pas tellement, comme tu vas le voir… Alors, que dit-elle… Beaucoup de choses. Elle raconte pour une part une histoire que Georges Brassens, notre Tonton Georges (dont Degenhardt se revendiquait et dont il a chanté les versions allemandes de 10 chansons qu'il avait lui-même concoctées) que Tonton Georges donc avait été chercher chez Jean Richepin : celle des enfants de bourgeois [[44602]]. Mais, si le point de départ est semblable, la chanson de Degenhardt raconte quand même tout autre chose. Il y a là une ambiance de destin sinistre ; elle tient du fait-divers et du fatum ; elle raconte la reproduction sociale et ses dérapages à l'heure de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres depuis tant de temps. Pour le reste, pour les considérations plus générales, pour les interprétations, je laisse le champ libre à l'imagination.

 

 

 

 

Laissons, laissons, tu as raison, laissons courir l'imagination et reprenons notre tâche que n'aurait pas dédaignée Franz-Josef Degenhardt, l'avocat chantant, qui dans la chasse aux chômeurs et dans la chasse aux pauvres se tient toujours du côté des pauvres. Reprenons cette tâche infinie, du moins tant qu'il y aura des riches et des richesses, qui consiste à tisser le linceul de ce vieux monde de « la ville haute », répressif, respectable, respectueux, brutal et cacochyme.

 

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

 

 

 

« Ne joue pas avec les enfants sales,
Ne fredonne pas leurs airs.
Va donc dans la ville haute,
Fais comme tes frères »


Ainsi, parlait la mère, parlait le père, prêchait le pasteur.
Cependant, il se glissait toujours par la porte du jardin
Dans les clapiers, où on jouait au bésigue
Pour du tabac et des peaux de rat, 
On zyeutait sous les jupes des filles.
Sur de vieilles caisses en bois
Des chats au soleil somnolaient.
Quand la pluie tombait,
On écoutait Englebert le benêt,
Celui qui sur un peigne en plastique,
Jouait des airs hypnotiques
Le soir à la table familiale, après le bénédicité,
Il entendait alors : « Tu sens de nouveau le clapier.
Ne joue pas avec les enfants sales,
Ne fredonne pas leurs airs.
Va donc dans la ville haute,
Fais comme tes frères »

 

On l'inscrivit dans une école dans la ville haute,
On lui lissa aussi ses cheveux et son parler confus.
On lui apprit à plier son échine et ses phrases.
Au lieu de ses airs touffus,
Il devait jouer du classique.
Devant de vieilles dames squelettiques,
Sous leurs cils rouges,
Une kyrielle d'enfants grelottent -
Alignés en rang par quatre,
Leurs os geignent pourris, toujours plus pourris -
Sous les drapeaux
Ils hurlent, qu'ils sont pour l'amitié.
Parfois le soir, il gagnait le clapier ;
Accroupis, les enfants sales chantaient des grossièretés.

Ne joue pas avec les enfants sales,
Ne fredonne pas leurs airs.
Va donc dans la ville haute,
Fais comme tes frères »


Par revanche, il est devenu riche. Dans la ville haute,
Il s'est construit une maison. Il prend un bain tous les matins.
Il sent comme sentent les meilleures personnes.
Il rit grassement, quand tous les rats du coin
Se jetèrent angoissés dans les ravines
Car ils l'avaient senti.
Il a détruit les clapiers
À leur place, il a construit
Des jardins pour les enfants du quartier.
Il aimait des femmes de la haute,
Les voitures rapides et la musique,
Blondes et bruyantes et moelleuses.
Son fils, le renfermé, un soir tard, est rentré
Il l'a senti, l'a frappé, il a crié : « Tu pues le clapier.

Ne joue pas avec les enfants sales,
Ne fredonne pas leurs airs.
Va donc dans la ville haute,
Fais comme tes frères »

 

Un jour, il manqua un virage.
On l'a sorti du tas de ferraille.
Lui plus tard par les routes
Boitait, on le vit des journées entières
Sur un peigne de plastique jouer des airs,
La peau de rat au ras du col.
Il boitait sautillant derrière des enfants,
Il voulait barrer le chemin de l'école
Et retourna autour des clapiers.
Un jour en pleine clarté
Il a ensorcelé un enfant,
Il l'a entraîné dans une étable.
On a trouvé son corps qui flottait dans la mare aux rats ;
Tout autour les enfants sales sur leur peigne fredonnaient déjà :

 

« Ne joue pas avec les enfants sales,
Ne fredonne pas leurs airs.
Va donc dans la ville haute,
Fais comme tes frères »

 NE JOUE PAS AVEC LES ENFANTS SALES
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
26 novembre 2014 3 26 /11 /novembre /2014 15:59

ΒΟΝ, LA FRANCE

 

Version française – ΒΟΝ, LA FRANCE – Marco Valdo M.I. – 2011

Chanson allemande – Bon, la France – Franz-Josef Degenhardt – 1980

 

 

 

 

 

Jusqu'aux années 1940, tous les 20-40 ans, les Allemands ( qui sont notoirement de grands nomades depuis le temps des Völkerwanderungen) ont effectués plus que volontiers de excursions en France. Sauf qu'il s'agissait d'excursions un peu particulières, avec des régiments d'artillerie dans les bagages, de l'aviation, des chars et des divisions d'infanterie. Dans cette chanson, Franz-Josef Degenhardt reconstruit à sa manière l'histoire de ces petits tours, se servant d'une paire de Fritz qui personnifient les deux inséparables âmes de l'expansionnisme allemand : le militaire et l'affairiste : financier et banquier. Sans ces deux Fritz, Hitler n'aurait jamais pu exister. On commence au premier tour, la guerre franco-prussienne de 1870, on poursuit avec la guerre de 1914 et puis avec celle de 1940 ; et comme dit la chanson, : « Les patrons sont les mêmes. Seuls ont changé les modes,... » Il s'agissait toutefois de guerres « guerrières », avec leurs Sedan, Verdun, Ligne Maginot et leurs entrées à Paris. Elles pouvaient se passer bien ou mal, mais le résultat est que, tôt ou tard, de leur volonté spontanée ou à coups de pied dans le cul, les Allemands rentraient chez eux. Puis un jour finalement, ils ont découvert comment faire, sans tirs et fils barbelés, mieux valent les sous et la finance. Si possible sans trop se faire remarquer. La chanson est de 1980, mais sa dernière strophe est , je dirais, plus qu'actuelle. [R.V.]

 

 

 

Je voudrais ajouter une ou deux choses au commentaire de Riccardo, dit Lucien l'âne. D'abord, dire combien cette chanson va dans le même sens que les « Histoires d'Allemagne », jusqu'à présent 50 chansons que tu as écrites, mon ami Marco Valdo M.I., en tirant la substance d'un livre de Günter Grass qui raconte son « Siècle » allemand (1900 – 2000). Ensuite, elle confirme ce mouvement continu depuis, en gros, Otto von Bismarck et qui tend à faire une plus « grande Allemagne » et à mettre l'Allemagne à la dimension de l'Europe (a minima).

 

En effet, dit Marco Valdo M.I., on voit actuellement en Europe – au niveau des institutions européennes, au niveau des convulsions européennes, des contractions de parturition européennes, comme une sorte de « merkelisation » de l'Europe, comme une prémonition de Cinquième Reich... par les voies « pacifiques » de la domination commerciale, financière, administrative, réglementaire et politique. Avec comme le souligne si bien l'histoire des deux Fritz, derrière les circonstanciels politiques (Adenauer, Brandt, Schmidt, Kohl, Schröder, Merkel...) , toujours les mêmes puissances d'argent et d'industrie… En somme, l'illustration parfaite d'un grand épisode de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres pour étendre leur domination, pour accroître leurs profits, pour renforcer leurs pouvoirs et multiplier leurs privilèges... « Voyez ce qu'ils font aux Grecs... Demain, ce sera votre tour... »

 

Sans doute, dit Lucien l'âne en raclant le sol de son noir sabot, sans doute, ne pourrons nous seuls empêcher que pareil mouvement tectonique se poursuive... Mais, crois-moi, si on laisse ce monde (ici, cette Europe) aller son train , si l'on n'y met fin et rapidement, les pires choses pourraient revenir... Alors, tissons le linceul de ce vieux monde riche, avide, affairiste, arrogant, prétentieux et cacochyme.

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

Bon, la France
Bon, la France, bien compris,
Savoir vivre, oui oui oui
Les Allemands vont à Paris
Heidi-heido-heida haha,
Et cette fois, nous sommes là.


Ainsi chantaient ces deux-là à pleine voix (à tue-tête)

Pleins comme des boudins de noix

Le junker Fritz et Frizt Krauter.

Le junker à cheval avec les hussards

Manteau rouge et galons d'argent.

Manteau noir, Krauter fixait les prix

Des fusils et des munitions.

Tous deux rêvaient de feu et de sang.

Combien de grenades, combien de soldats

Avait-on vu crever à

Mars-la-Tour et à Gravelotte

Là-bas à Sedan sur les hauteurs

On était en mars septante et un

Quand on entra à cheval dans Paris,

Soûls, même nos chevaux,

Tous les Fritz chantaient en chœur

 

Bon, la France
Bon, la France, bien compris,
Savoir vivre, oui oui oui
Les Allemands vont à Paris
Heidi-heido-heida haha,
Et cette fois, nous sommes là.

 

On change de manteaux et de galons

En à peine plus d'une génération

Mais les Fritz ne changent pas

Ni leurs fabricants de canons.

Le colonel Fritz a galopé tant et plus

Et, en fedlgrau, il veut encercler Paris.

Fritz en frac, fait des dividendes

Il troque l'or contre du fer.

Comme tombent du ciel têtes,

Bras, jambes, éclats de fer

Aucun cri ne résonne comme le tonnerre

Devant Verdun dans la tempête d'acier.

Actionnaires et colonels

Parlèrent aussitôt de coup de poignard,

Les Fritz habituels ronds comme des queues de pelle,

Entonnèrent à nouveau :

 

Bon, la France
Bon, la France, bien compris,
Savoir vivre, oui oui oui
Les Allemands vont à Paris
Heidi-heido-heida haha,
Et cette fois, nous sommes là.

 

Peuple et Führer, Sang et Terre,

Les patrons sont les mêmes.

Seuls ont changé les modes,

Les mots et les signes.

L'Hauptsturmführer Fritz porte des galons,

L'économiste Fritz la chemise brune,

Plus l'artillerie tire vite

Plus s'améliore l'humeur

Des guerres-éclair victorieuses.

Et déjà brûlent les fours

Qu'on place le long des lieux

Où l'on exploite les esclaves du travail.

En 1940, Paris est prise,

Les mêmes Fritz arrivèrent à fond de train,

On est arrivés chez Maxims

Chantent-ils ainsi, par blague.

 

Bon, la France
Bon, la France, bien compris,
Savoir vivre, oui oui oui
Les Allemands vont à Paris
Heidi-heido-heida haha,
Et cette fois, nous sommes là.

 

Une génération plus tard,

Ils sont de nouveau là, les Fritz,

Jeunes directeurs de filiales

Et spécialistes de l'Europe,

L'un, major de la Bundeswehr,

Veston plus clair et très à son aise.

Fritz le banquier, porte beau.

Dès le matin au beau, tous deux

S'arrêtent un instant

Devant le tombeau du soldat inconnu,

Regardent de biais les passants,

Avant de reprendre leur chemin

Discrètement, et ils se dirigent

Vers les Champs-Élysées,

Attaché-case à la main,

Sourire en coin, ils chantonnent :

 

Bon, la France
Bon, la France, bien compris,
Savoir vivre, oui oui oui
Les Allemands vont à Paris
Heidi-heido-heida haha,
Et cette fois, nous restons là.

 

 
ΒΟΝ, LA FRANCE
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
25 novembre 2014 2 25 /11 /novembre /2014 23:28

TONIO SCHIAVO

Version française – TONIO SCHIAVO – Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson allemande – Tonio Schiavo – Franz-Josef Degenhardt – 1966 

 

 

 

 

Franz-Josef Degenhardt (1970) avec Hannes Wader (à gauche)

 

 

 

 


Cette chanson est dédiée au travailleur immigré italien Tonio Schiavo. Il n'a vécu que peu de temps dans la ville ouest-allemande de Herne.


En 1971, Franz-Josef Degenhardt ajoutait : 


J'ai écrit cette chanson en 1966. C'est une bonne vieille chanson de Degenhardt. Aujourd'hui, en 1971, une dernière strophe manque. Elle devrait dire ainsi : Quand les travailleurs de tous les pays comprendront, qu'ils sont des camarades de classe, ils ne s'insulteront et ne se poignarderont plus mutuellement. Alors, ils dirigeront leurs armes contre leur véritable ennemi. Ce processus de compréhension est en plein développement, il s'étend de Hanoï à San Francisco, de Leipzig au Cap. Et il aboutira très sûrement. Amen.

 

 

C'est l'histoire de Tonio Schiavo
Né rachitique dans le Mezzogiorno
Une femme et huit enfants dont à peine trois vivent
Et deux demi-sœurs dans une pièce
Tonio Schiavo est parti.

Il est parti au loin – au paradis
Quelque part près de Herne en Germanie

 

 

En haut dans la mansarde de l'immeuble
Avec douze camarades du Mezzogiorno
Pour cent marks, loyer et lumière 
Il s’asseyait le soir et buvait son Nero
Parfois cela semblait vu de la lucarne
Bonne étoile ? – le paradisQuelque part près de Herne en Germanie

 

Tonio envoyait son bon argent à la maison

On comptait et on riait au Mezzogiorno

Il bossait et bossait pour dix à cette construction
Ils étaient tous soûls à l'inauguration

Le contremaître l'a traité de salaud

On n'entend pas ça volontiers au paradis
Quelque part près de Herne en Germanie

 

Tonio Schiavo a tiré son couteau
Le couteau à cran d'arrêt venait du Mezzogiorno
Il l'a enfoncé dans le ventre gras du contremaître
Il a coulé beaucoup de sang et de bière 
Ils ont pris Tonio Schiavo à quatre

Il a vu Herne et le paradis
Et ce n'était vraiment plus si loin

 

Telle est la fin de Tonio Schiavo
Né rachitique dans le Mezzogiorno
De plus de septante mètres, on l'a jeté 
Il est tombé sur le pavé et s'est écrasé
Devant dix hommes maigres, lâches et fatigués

Ils venaient tout droit du même pays
Du Mezzogiorno au paradis
Quelque part près de Herne en Germanie

 

 

 

 
TONIO SCHIAVO
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
22 novembre 2014 6 22 /11 /novembre /2014 22:46

BERCEUSE 

 

D'ENTRE LES GUERRES

 

 

Version française – BERCEUSE D'ENTRE LES GUERRES – Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson allemande – Lullaby zwischen den Kriegen – Franz-Josef Degenhardt – 1984

 

 

 

Les Mainzelmännchen savent tout.

 

 

 

 

 

Prends mon poing et fais un vœu.
Oui, nos fenêtres sont en verre de sécurité.
Et le général galactique 
Aux chapelets de dents de lait et aux doigts d'acier,
Joue à E.T. et met ses pantoufles, 
On ne sait jamais combien une nuit dure.
Naturellement, la fille sans jambes et sans main
Sous les décombres en Orient,
Avec dans son bras encore sa poupée, son nœud dans les cheveux,
Ne sent plus rien comme avant.
Oui, je regarde encore une fois sous ton lit,
Si l'ogre n'y est pas tapi.
La fièvre monte,
La fièvre descend,
Dors, mon enfant, rêve
Tu dois rêver seul, mon enfant.


Non, le bruit ne vient pas du téléviseur,
C'est un avion qui vole encore si tard.
Mais non, il ne va certainement pas tomber,
Car, c'est l'état-major stratégique,
Qui fait un voyage en Angleterre.
Non, Stuttgart n'est pas encore brûlée.
Oui, Spock de l'Enterprise,
Est là, car il sait tout.
Il nous transportera peut-être sur la planète verte,
Où ta mère se trouve au stand d'information.
La pétition est sûrement déjà complète,
Du coup, le sieur Reagan n'est déjà plus si fanfaron.
La fièvre monte,
La fièvre descend,
Dors, mon enfant, rêve
Tu dois rêver seul, mon enfant.

 


Écoute, mon enfant, écoute, comme souffle la tempête.
Non, je ne chante pas la chanson,
Car elle ne va plus la chanson .
Nous comprenons ce que l'homme noir
Au pantalon d'argent chante si joyeusement :
Que demain, le matin commencera sûrement
Et Bobby Ewing gagnera encore.
Oui, Max et Moritz sont tous les deux morts,
Ils ont été écrasés par la grenaille brune.
Oui, c'est Donald Duck qui a tout arrangé.
Oui, tu peux également oublier le grand méchant Loup,
Mickey Mouse nous en a libéré.
Les Mainzelmännchen savent tout.
La fièvre monte,
La fièvre descend,
Dors, mon enfant, rêve
Tu dois rêver seul, mon enfant.


Oui, tu dois rêver seul, mon enfant,
Car le rêve aide, mon enfant.
Viens sur le pont au-dessus des cannes et du roseau
Et tiens-toi fermement à la branche qui plie.
Là, tu vois que tout va très bien jusqu'ici.
Le bourdonnement dans ta tête, c'est ton sang chaud.
N'aie pas peur non plus de la gorge étroite,
Nous la franchirons pour notre évasion.
Les soldats bleus ne chevauchent plus,
Ils n'ont plus de balles pour leur fusil.
Aujourd'hui, c'était leur dernier tir, 
Et les chasseurs rouges ont déjà passé le fleuve.
La fièvre monte,
La fièvre descend,
Dors, mon enfant, rêve
Tu dois rêver seul, mon enfant.

 

 
BERCEUSE D'ENTRE LES GUERRES
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
21 novembre 2014 5 21 /11 /novembre /2014 18:47

ET PUIS QUOI ?

 

 

Version française - ET PUIS QUOI ? - Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson allemande – So what – Franz-Josef Degenhardt – 1998

 

 

 

 

 

 

 

 

Et puis quoi ?

 

 

Oui, Marco Valdo M.I. mon ami, c'est la question que je te pose. Et puis quoi ? Pourquoi dis-tu : Et puis quoi ?

 

 

Je disais Et puis quoi ?, car c'est le titre de la chanson. Et d'une superbe chanson de Franz-Josef Degenhardt et surprenante : on la dirait sortie du four ce matin alors qu'elle a été enregistrée en 1998. Il y a plus de quinze ans.

 

 

C'est le propre des grandes chansons de durer ainsi dans une sorte de permanente pertinence. Mais de quoi donc peut bien parler Franz-Josef Degenhardt dans cet Et puis quoi ?

 

 

Je m'en vais te le dire, Lucien l'âne mon ami. Je m'en vais te le dire immédiatement. Mais d'abord, il te souviendra de ces chansonchômes que j'avais présentées ici du temps où nous étions chômeurs, toi et moi. Et des chômeurs de la pire espèce : des chômeurs de longue durée, des chômeurs endurcis : des chômeurs wallons. Une espèce en péril, comme tu le sais. Proscrite, poursuivie, chassée, persécutée… Obligée à une quête infinie d'un Graal illusoire dont certains rebattent les oreilles du pauvre monde. L'emploi, les patrons, les riches, les officiels n'ont que ce mot-là à la bouche, mais dans le réel, ça n'existe pas… Sinon comment expliquer plus de 25.000.000 de chômeurs recensés en Europe – sans parler de ceux qui ne sont pas ou plus (les virés du chômedu) repris sur les listes et sans parler du reste du monde. Et cette chasse continue, alors que comme tout le monde peut le comprendre – à condition d'être intellectuellement et moralement honnête et de penser un peu – il est impossible de trouver des choses qui n'existent pas. Mais le pouvoir fait semblant de ne pas comprendre cette vérité essentielle, tant il est soumis aux riches. Car il n'y a pas d'autre explication possible à cette feinte cécité.

 

 

Tu as raison, Marco Valdo M.I. mon ami… Il n'est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. Leur devise est celle d'un analphabétisme de commande : « Je ne veux pas le savoir ! ». Et le mensonge est leur arme favorite, avant de passer à d'autres plus sanglantes. Mais tu avais bien exposé tout ça dans tes « Lanternes libérales » où le dernier couplet rappelle furieusement le « Et puis quoi ? » de cette chanson de Franz-Josef Degenhardt.

 

« Monsieur prend sa vessie libérale 
pour une lanterne démocratique.
Et alors ? Et alors ?
Et alors, et alors ?
Il se brûle!!! »

 

 

Certes, mais il y en a d'autres de ces proximités avec Degenhardt et particulièrement, en ce qui concerne le chômage, son ambiances, ses conséquences et les destructions de personnes qu'il provoque et qu'il entraîne. Sûr que je n'ai pas été abîmé par ces dix années de chômage, maison avait de la ressource humaine : la mienne et celle des enfants… Qu'aurait-on fait sans eux ? Celle aussi d'être trois personnes en une. Nous deux et l'autre, le chômeur.

 

 

Soit, mis à part notre résistance (Ora e sempre : Resistenza !), combien en avons-nous vus des malades de l'inactivité, des écrasés du système, des chômeurs méprisés et ridiculisés par les tenants et les sbires du système. Oh, les ravages de la superbe… Et ceux qui « à mourir pour mourir, je choisis l'âge tendre et partir pour partir, je ne veux pas attendre... »car il est d'autres combats que ceux du champ de bataille. Ce sont ceux de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres, une agression permanente, systématique, tortueuse, sournoise, dissimulée sous de bonns intentions, mais terriblement destructrice.

 

 

 

Voilà bien de quoi parle également la chanson de Franz-Josef Degenhardt, à sa manière, au second degré, mais qu'importe, elle disait juste. So what ? Et pus quoi ? Et puis, il nous faut reprendre notre tâche interminable, mais tout aussi indispensable – c'est juste une question de dignité humaine et d'amour propre – et tissons le linceul de ce vieux monde horriblement vantard, terriblement menteur, immensément hypocrite, mortellement lâche, démentiellement destructeur et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 

 


Chômage ?
Et puis quoi !
Sur ce thème

Il faut laisser les émotions de côté
Déjà l'idée ! Ça sent le renfermé.
Chômeur.
Ça sent les chiottes et le chou.
Temporairement sans-emploi
C'est l'expression juste.
N'est-ce pas la réalité
Au-delà du vacarme d'une réduction des avantages sociaux
Et de la redistribution ?
Eh bien ?
Le tissu social y est quand même malgré tout
Encore attaché.
Et s'il vous plaît
Avec une fraction de cette aide
Qu'on reçoit ainsi ici
Un coolie à Calcutta
Se prend pour Crésus.
Et puis quoi ! 


C'est clair -
On doit seulement comprendre un détail :
Parfois, il y a du travail
Parfois, il n'y en a pas.
L'un en a, l'autre pas. 
Rien n'est plus évident.
Mais l'homme actuel rêve de la sécurité totale.
La vie, c'est fatal,
Et on doit l'enseigner encore pourtant
A des hauts et des bas 
Une fois comme ci, une fois comme ça.
On vit très bien
Ensuite, on est à nouveau sans rien..
Au lieu de saumon et de Veuve Cliquot 
Arrive sur la table un mauvais fricot
Et une cannette de bière. 
Et puis quoi !
Oui - il y aura toujours des pauvres
Et évidemment toujours des riches.
C'est le fondement de la différence.
On doit accepter ça.

C'est comme ça partout en général
Sur le plan ethnique, culturel ou social. 

 


C'est comme ça quand on veut une vie d'aventure
Captivante, colorée et toujours encore différente.
Veut-on échanger par exemple ceci
Contre le gris, la tristesse, l'ennui
Du socialisme par exemple ?
Et puis quoi ! 

 

 

Beaucoup ici ne veulent pas encore l'accepter :
Un travail, un métier
Et une longue vie.
C'est fini.
Oui - deux trois emplois
Et pas seulement successifs mais à la fois
C'est annoncé.
Et là, il y en a des tas :
Porteur et livreur de pizza, cireur ,
Gardien de parking, balayeur, placeur
Pour en citer quelques-uns.
Yes Mac's Job, en voilà un.
Puis, par exemple
Récemment en Floride
J'ai fait nettoyer mes chaussures
Par un nègre
Un Afroaméricain, je veux dire.
Ce qu'on a pu discuter avec lui!
Il avait beaucoup appris
Et il a été à l'Université.
Même – il n'était pas scandalisé
De devoir faire un boulot comme ça
C'est lui qui me l'a dit.

Et puis quoi !

 

 

Le fait est , c'est pas banal,
Qu'un nouvel âge commence :
Des techniques toutes nouvelles
Une globalisation totalement totale.
Alors, ne peut suivre que
Celui qui change constamment et s'adapte.
L'autre est abandonné comme une épave.
Le nouvel homme - le type 2000
Aspire à l'ouverture
Sur des Inline-Skates
Avec un sac à dos léger comme bagage
C'est un mélange de Hans-la-chance
Et d'artiste du style de vie
Un jobiste intérimaire
Entraîné et toujours en forme
À l'écart, neutre.
Sa rengaine, c'est de dire :
Le perdant aujourd'hui est peut-être demain gagnant
Il fonce vers l'avenir
Dans son baladeur et sur ses lèvres
On entend la chanson du changement :
Et puis quoi !

 

 

 

 
ET PUIS QUOI ?
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
19 novembre 2014 3 19 /11 /novembre /2014 23:10

GÖTTINGEN

 

Version française – GÖTTINGEN – Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson allemande – GöttingenFranz Josef Degenhardt – 1983

 

 

 

 

 

 

 

 

Connais-tu la Gänseliesel de Göttingen ? Je vois à ton œil joyeux que bien évidemment, tu la connais et que sans doute, comme tant d'autres, tu l'a embrassée de façon gourmande…

 

Sûr que je l'ai embrassée et pourquoi ne l'aurais-je pas fait, vu que telle est la coutume et que, dit-on, cette charmante gardienne d'oies est la jeune personne la plus embrassée de par le monde… Les pulpeuses dénudées des magazines n'ont qu'à aller se rhabiller… C'était même récemment encore chose interdite… Il est vrai que le ridicule ne tue que rarement. Mais pourquoi me parles-tu de cette aimable Lison de Göttingen ? En serait-il question dans la canzone dont tu viens de faire une version française ?

 

Exactement, mon ami Lucien l'âne perspicace. D'ailleurs, la canzone se nomme : « Göttingen » et je précise tout de suite que son auteur, Franz-Josef Degenhardt savait très bien que la chanteuse française Barbara avait auparavant elle aussi écrit et interprété une chanson intitulée Göttingen [[705]]. En voici donc une deuxième, dans laquelle on trouve une explicite référence à la première :

« Ici, Barbara chantait les enfants blonds
Les roses aussi et la mélancolie, »

Mais bien évidemment, tu connais Degenhardt, la canzone raconte aussi autre chose… Le passage de l'avocat Degenhardt dans la ville est escorté du passage du chanteur Degenhardt, armé de sa guitare. Il raconte l'histoire de l'Allemagne (version ouest), son évolution marquée par les mouvements de contestation politique et écologique, par aussi certaines évolutions désastreuses nées de la désespérance d'une jeunesse allemande brisée dans ses élans généreux et libertaires.

« Car nous avons enterré une amie morte,
Qui s'était tiré une overdose de neige. »

Une histoire semblable était contée par la chanson Golden Shoot à Stuttgart [[41548]], qui parlait de 1971. Et comme tu le vois, des années plus tard, la même désespérance… Et maintenant encore, elle perdure… Le Mur [[7911]] auquel se heurte la population n'est pas encore tombé

 

 

Au fait, dis-moi, qu'en est-il advenu de ce « Christian Klar », dont parle la chanson…

 

 

Après 26 ans, Christian Klar est enfin sorti de la prison où on l'avait jeté en raison de ses activités révolutionnaires au sein de la Rote Armee Fraction. Il avait notamment participé en 1977 à l'enlèvement et à l'assassinat du patron des patrons allemands de l'époque (avant ça, Président de Daimler Benz), Hans Martin Schleyer, un nazi, officier SS de haut rang et à ce titre, du temps de l'occupation, responsable de la politique d’extermination en Tchécoslovaquie.

 

 

On comprend évidemment la désespérance qui ronge ce pays, qui n'a pas su vraiment se purger de son infection nazie. Comme quoi, il importe que nous continuions à tisser le linceul de ce vieux monde gangrené, désespérant, mortifère et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Göttingen


Dans cette ville, on devrait cavaler, my love,
Comme un hussard, la cape au vent,
Se laisser glisser sur la Lison aux oies
S'asseoir, les cheveux flous,
Boire des coups de sa bière, se taire
Et se ressouvenir des nuits d'août :


On jouait là de l'harmonica et du violon,
Et autour de la fontaine, nous dansions sans façon.
Adenauer était en partance,
Nous chantions à haute voix une république libre,
Beaucoup rêvaient d'une nouvelle alliance
Noble orgueil de prince et chance d'enfant sale.


J'ai chanté ma chanson dans cette ville,
Éclaboussé et malmené par la gazette.

Elle me traitait de sale gamin prolétaire.
Ça m'a peu servi auprès des camarades.
Là, des enseignants ont tiré sur des élèves,
Dans ma robe, face à la Cour, j'ai hurlé.
Avec la guitare, j'ai riposté.
J'étais témoin, mais ici, on ne m'a pas fait confiance.
Ici, Barbara chantait les enfants blonds
Les roses aussi et la mélancolie,
Qu'en eux les enfants de vaincus ont,
Jusqu'à devenir des Mescaleros, et libérer leur vie.

 

e cours dans le vent sur les tombes.
Par exemple, l'Hans voulait poursuivre la ville,
Car nous avons enterré une amie morte,
Qui s'était tiré une overdose de neige.

Laisse-moi guider et allons à la Tour de Bismarck
Le pensionné aveugle cliquette tout comme un étudiant
Dans les duels corporatifs, il exhibe le sabre de Bismarck
Un ruban, un chapeau et une chemise tachée de sang.
Je cours dehors et je vois devant moi sur le rempart
Peint en rouge : « Vengeance pour Christian Klar ».
Je découvre encore toujours plus précisément,
Que ce pays ne restera plus comme il était avant.

 

 
GÖTTINGEN
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
19 novembre 2014 3 19 /11 /novembre /2014 21:01

EN GUERRE

 

 

Version française - EN GUERRE – Marco Valdo M.I. – 2014

 

Chanson allemande – Im Krieg – Franz-Josef Degenhardt – 2000

Poème d'Andreas Gryphius - 1636

 

 

Andreas Gryphius 

 

 

 

 

Franz-Josef Degenhardt introduit ainsi la chanson :

Pendant la guerre de l'OTAN contre la Yougoslavie, pendant que les bombes ravageaient le pays auquel on voulait prodiguer les droits humains, ensemble parmi d'autres à Rudolf Scharping, avec lequel j'avais déjà manifesté à Mutlangen contre les missiles de l'OTAN, je lus encore une fois des textes d'Andreas Greif, qui se faisait appeler Gryphius. Pendant la guerre de Trente Ans, en 1636, Andreas Gryphius écrivit ce poème :

 

 

Nous sommes déjà complètement dévastés, et plus encore :

Les peuples en foule insolente, la saquebute enragée,

L'épée toute poisseuse de sang, dans le tonnerre des couleuvrines,

Ont sueur, chair et raison pulvérisées.

 

 

Les tours sont en flammes, l'église a croulé

L'hôtel de ville est ravagé, les forts écrabouillés,

Les filles sont violées et maintenant où que l'on regarde

On voit le feu, la peste, la mort ; le cœur et l'esprit s'effondrent.

 

 

Des fortifs et de la ville, le sang frais toujours dégouline

Et ça fait déjà bien trop longtemps que notre fleuve engorgé

De tas de cadavres ne s'écoule plus qu'avec peine.

Mais il me faut encore révéler

Pire que la mort, pis que la peste, le feu et la famine :

Le trésor de l'âme même fut à tant de gens, arraché.

 EN GUERRE
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
19 novembre 2014 3 19 /11 /novembre /2014 09:36

SOUS LE PONT DU DIABLE

Version française - SOUS LE PONT DU DIABLE – Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson italienne – Sottoil ponte del diavolo - Luf – 2005

 

 

 

Sous le pont du diable
Où 
se glisse l'eau noire

 

 


Sous le pont du diable
Où 
se glisse l'eau noire
Il y a un homme qui sème la haine
Et 
recueille seulement la tempête
Un autre homme regarde au loinMoi, un jour l'ai vu partir
Les arbres me 
l'ont dit cette nuit
Demain il 
reviendra pour mourir

 

Cet homme, c'est peut-être mon père
Et à cette heure je dois rentrer
Empoigner ma guitare
Et recommencer à tirer
Serrer ma guitare
Et recommencer à chanter
Cette terre est ma terre
Et personne ne pourra l'empoisonner


Sous le pont du diable
Où se glisse l'eau noire
J'ai enterré mes rêves les plus beaux
J'ai planté mon drapeau.
Quand il sera plus grand
Je dirai à mon fils de l'aller chercher
Avec les pieds posés sur les montagnes
Mais le bleu de la mer dans les yeux.
Avec deux sous de pain en poche,
Mais dans le coeur le soleil au crépuscule
Quand il sera grand
Il gagnera son morceau de monde

 

Cette terre est ma terre
On ne peut pas ni la vendre ni l'acheter
Cette terre est ma terre
Et personne ne pourra l'empoisonner

 

 
SOUS LE PONT DU DIABLE
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
19 novembre 2014 3 19 /11 /novembre /2014 09:34

La Croisière des Nanavortées

 

ou

 

Amsterdam-sur-eau

 

Chanson française - La Croisière Des Nanavortées ou Amsterdam-sur-eau – Agnès Varda – 1965 (+/-)

 

 

 

 

 

 

Dans les années un peu passé le milieu du siècle dernier, ou si l'on veut dans les années d'après-guerre ou de guerre froide ou après la guerre de Corée ou autour de la guerre d'Algérie ou pendant la guerre du Viet-Nam…

 

 

Quelle énumération… On dirait que le monde est étalonné par les guerres, dit Lucien l'âne un peu interloqué…

 

 

Mais précisément, c'est le cas… Évidemment, il y a une explication globale à cela, c'est que les guerres sont des événements marquants et spectaculaires. En somme, il y a de l'action et dans notre monde où l'image animée, le bruit et la rumeur font marcher le commerce des médias, les guerres sont d'un très bon rapport. C'est aussi le paysage de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres afin de maintenir et d'accroître l'écart qui les sépare de la valetaille.

 

 

Maintenir l'écart ? Accroître l'écart ?

 

 

Et bien oui ! Maintenir et accroître l'écart – soit d'une part, les riches toujours plus riches ; d'autre part, les pauvres toujours plus pauvres. Et pas seulement en ce qui concerne les biens matériels ou les conditions de vie, mais aussi dans tous les domaines. Réfléchis un instant à ceci : À quoi servirait-il d'être riches si on ne voyait pas la différence, si on ne marquait pas la différence, si on n'était pas reconnus comme tels. Donc, j'en reviens à la canzone, au milieu un peu passé du siècle dernier et à ce voyage étonnant de ces femmes sur les canaux d'Amsterdam.

 

Pourquoi Amsterdam ?, demande l'âne Lucien en agitant les oreilles pour attirer l'attention.

 

 

Tout simplement, car à l'époque, la Hollande, les Pays-Bas étaient une nation très en avance sur le reste de l'Europe en ce qui concerne les libertés et les solidarités. Du moins, pendant un moment. Ils ont un temps (trop court, malheureusement) laissé entrevoir une Europe tolérante, intelligente et proche des gens. C'est le temps où 50 ans avant tout le monde, Amsterdam avait mis à disposition des vélos gratuits, où la liberté sexuelle n'était plus réprimée, où un monde à la fois égalitaire et libertaire était sereinement envisagé, où germaient 68 et ce qui s'ensuit encore aujourd'hui … Forcément, un tel univers était (et reste) intolérable pour le système, pour la société, pour leur monde… Nous, comme tu le sais, nous, toi, moi, les mais, on s'en accoutume fort bien, mais pas les riches et pas leur suite. Toujours cette question de l'écart… Par exemple, à cette époque, en Hollande, aux Pays-Bas, les dames, les femmes, les filles, nos compagnes qui le souhaitaient (traduire : que la vie contraignait à), pouvaient être « aidées » en toute clarté, dans des conditions médicalement acceptables, sans faire l'objet de réprobation … En Belgique et ailleurs, cela viendra plus tard… Après bien des combats contre l'obscurantisme … Même si de courageux médecins, y compris les médecins de famille, mais aussi des infirmières, des étudiants… pratiquaient cette solidarité – chacun avec leurs capacités tentaient de pallier aux obstructions légales. De façon générale, on en était à la clandestinité organisée… dans le meilleur des cas. Il y avait aussi forcément le pire. Le pire risque bien de revenir quand les gens des services de santé – les médecins, les para-médicaux font ce qu'ils appellent joliment de l'objection de conscience… Belle conscience qu'on a vue à l’œuvre ici quand les nonnettes revenant du Congo ont été avortées avec la bénédiction papale et la couverture de toute l'Église. Toujours ce fameux : « deux poids, deux mesures ».

 

 

Mais enfin, Marco Valdo M.I., mon ami, tu le sais bien quand ce diction : « Dieu reconnaît les siens ! » ; en l'occurrence, les siennes. Rappelle-toi, le procès du Softenon, où une femme euthanasia son enfant pour lui éviter de vivre l'enfer sur terre… Le pape de l’époque (et celui d'aujourd'hui ferait pareilcondamna ce geste généreux. Comme disait Léo Ferré : « Quand tu verras un Pape sans bras, avec quoi donc, il te bénira ? » ; je cite de mémoire, mais la chanson s'intitulait : Les Temps Difficiles. [[41561]]. Mais il n'empêche, tu as raison, c'est une honte que cette soi-disant « objection de conscience » de gens sans conscience humaine. D'autant que pour les riches (toujours cet écart), la chose (innommable et innommée – et je ne parle pas de Dieu, mais de l'avortement !) ne pose aucun problème… Ils ont de quoi payer, de quoi voyager et en plus, ils font partie de la société protégée… Jamais, au grand jamais, on ne les condamnera ; d'ailleurs, on étend un voile pudique sur leurs écarts.

 

 

Donc, voici une chanson de l'époque, écrite par Agnès Varda, une de ces dames, qui deviendra une grande cinéaste… Une chanson qui raconte le voyage en Hollande. Un voyage organisé… Rentabilité oblige ! Une nef des mères forcées, moderne et terrible, vue par une des participantes. Et dire que certains – ici, en Europe, au vingt et unième siècle, voudraient y revenir. Des malades, ces gens-là … Quand les prêtres, les évêques, les archevêques, etc... accoucheront, ils pourront émettre un avis sur la question… En attendant, qu'ils mangent leur dieu et laissent le monde en paix.

 

 

Et pourquoi n'as-tu pas cité le Pape dans cette énumération ecclésiastique ?

 

 

Par hommage à la Papesse Jeanne qui accoucha lors du défilé de la Fête-Dieu… Évidemment, le bon peuple de Dieu s'empressa de la massacrer et de massacrer aussi l'enfant. En fait, remarque Lucien l'âne mon ami que le vrai scandale n'était pas que la papesse accouche, mais le vrai scandale était que cet événement révélait soudain que le pape était une femme… Au passage, on notera que la Marie était aussi une femme… Quant au père de l'enfant de Marie … On ne sait trop. C'est un mystère.

 

 

Pauvre Jeanne ! Chez ces gens-là, Monsieur, on ne pardonne pas, Monsieur, on tue, aurait dit le grand Jacques. Quant au tourisme sanitaire, il risque bien de reprendre cours dans les temps qui viennent… Du moins, dans certains coins de l'Europe… L'Infâme et ses partisans relèvent la tête, redonnent de la voix, envahissent à nouveau les rues, ils remuent… Ils s'en prennent à l'humaine nation. Raison pour laquelle nous ne pouvons cesser de tisser le suaire de ce vieux monde réactionnaire, cagot, pompier, rétrograde et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Glissant sous les ponts d’Amsterdam
Sur un bateau-mouche hollandaise
Nous les éclopées de la baise
Nous les mamzelles, nous les madames,
Les maladroites et les niaises
Les distraitresses abusées
On a fait — ne vous en déplaise —
La croisière des nanavortées.

 

C’est pas romantique
Le vaporetto
Après la clinique
Amsterdam-sur-eau
Tulipe et vélo
Je m’en souviendrai…

 

En voyant passer les vélos
On a parlé de la pilule
De nos amours au fil de l’eau
De nos enfants de nos ovules
On a ri, on a dégoisé
Sans avoir peur du ridicule
Sur un bateau trop pavoisé
Baladant des nanavortées.

 

Quarante ans ou seize
C’est le même lot
Le même malaise…
Amsterdam-sur-eau
Tulipe et vélo
Je m’en souviendrai…

 

Le long des canaux d’Amsterdam
Au son du trilingue blabla
D’une guidesse à cheveux plats
Nous les mamzelles, nous les madames
Celles qui voulaient se libérer
Et celles qui n’en parlaient pas
On a fait en riant ou pas
La croisière des pauvres nanas.

 

Ces florins qu’on claque
C’est pas rigolo
Quand on est patraque
Mais c’est moins gros cœur
Quand on est plusieurs
On a moins le trac.

 

On n’est pas unique
C’est moins trémolo
C’est plus sympathique
Amsterdam -sur-eau
Tulipe et vélo
Je m’en souviendrai…

 

 
La Croisière des Nanavortées  ou  Amsterdam-sur-eau
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
13 novembre 2014 4 13 /11 /novembre /2014 21:22

PRIÈRE POUR LES PRISONNIERS

 

 

 

Version française - PRIÈRE POUR LES PRISONNIERS – Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson allemande - Gebet für die GefangenenKurt Tucholsky – 1924

 

 

 

 

Spartakiste arrêté - 1919

 

 

 

 

 

 


Texte de Kurt Tucholsky, publié - sous le pseudonyme de Theobald Tiger - dans Die Weltbühne, 23 décembre 1924. Ensuite inséré dans « Deutschland, Deutschland über alles » (1929), un « journal de lutte réalisé avec des photographies de tendance » écrits de Tucholsky et appareil iconographique (photographies et montages photographiques) d'Helmut Herzfeld, en art John Heartfield 
Musique de Hanns Eisler.
Interprétée 
par Ernst Busch, mais aussi par d'autres artistes sur sa musique, comme Peter Janssens et Leon Boden avec Bernd Klinzmann.

Après la répression de la révolution sparta
kiste de 1919, les prisons de la République de Weimar (nouveau-né de l'alliance entre l'armée impériale et la social-démocratie) se remplirent de communistes, si bien que ensuite en 1933, les S.A. de Hitler finirent seulement l'efficace travail commencé à cette occasion  par les « Freikorps » de la République, les assassinats de presque tous les dirigeants du « Novemberrevolution », de Rosa Luxemburg à Kurt Eisner, de Karl Liebknecht à Leo Jogiches, de Gustav Landauer à Eugen Levine, et de centaines de militants…

 

 

 

Seigneur Dieu !
Si tu as par hasard le temps, entre deux cotations boursières
Et une bataille idiote au Maroc de - peut-être,
T'intéresser aux pauvres :
Écoute en Allemagne
Geindre en prison sept mille communistes ?
Kyrie eleison - !


Il y a là-dedans de pauvres gars, qui se tenaient tous

Et maintenant, sont entre les mains des juges ;
Sur eux, s'est abattu le bâton de la police,
Qui pend perpétuellement au-dessus de nous tous…
Kyrie eleison - !


Il y a là aussi des plus âgés qui avaient des convictions,
Du cœur et du courage -
Ce n'est toutefois pas au goût de ces juges,
Et pour eux, cela n'augure rien de bon
Kyrie eleison - !

 

Là aussi se trouvent ceux qui ont cru défendre

Une république - aux couleurs : Noir-rouge-or ! (**)

Mais Fritz Ebert (*) lui n'a pas voulu le faire.
Car il a beaucoup plus peur de ses amis
Que de ses ennemis - 
Kyrie eleison - !

 

Seigneur Dieu ! Ils sont assis depuis des années dans de petites cellules
Et sont malades, pâles et sans femme ;
Par Monsieur l'Inspecteur Maschke, ils sont brutalisés,
Insultés, emmenés dans la cave et là en bas, tabassés…
Kyrie eleison - !


Certains ont une araignée ; c'est leur amie ;
Beaucoup sont cassés, tous sont désespérés et mélancoliques -
Un jour, Grand Dieu, là-bas dure mille ans !
Kyrie…


Peut-être es-tu bienveillant,
Et consultes-tu parfois le Nouveau Testament ?
Chez nous, les pasteurs lisent ça, mais le dimanche seulement ;
En semaine, seuls comptent le code pénal

Et le Président du tribunal régional.
…. eleison - !

Tu sais peut-être, Bon Dieu, pourquoi ces sept mille
Se trouvent dans les prisons allemandes ?
Moi je le sais. Mais moi je ne le dis pas. Tu peux bien l'imaginer par toi-même.
Amen. 

(*) Fritz Ebert (1894-1979), social-démocrate, il survécut aux camps de concentration nazis et à la guerre et ensuite, il devînt un haut dirigeant de l'Allemagne communiste.
(**) Schwarz-Rot-Gold, noir-rouge-or, les couleurs de l'Allemagne mais surtout, à l'époque, était ainsi appelé le « Reichsbanner Schwarz-Rot-Gold », la puissante organisation paramilitaire du parti social-démocrate (tellement puissante qu'en 1933, elle se liquéfia comme neige au soleil).

 
 

 

PRIÈRE POUR LES PRISONNIERS
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article

Présentation

Recherche