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15 février 2010 1 15 /02 /février /2010 10:16

Tout finit ici


Canzone léviane – Tout finit ici – Marco Valdo M.I. – 2010
Cycle du Cahier ligné – 88

Tout finit ici est la huitante-huitième chanson du Cycle du Cahier ligné, constitué d'éléments tirés du Quaderno a Cancelli de Carlo Levi.

 

Tout finit ici est la huitante-huitième chanson du Cycle du Cahier ligné, constitué d'éléments tirés du Quaderno a Cancelli de Carlo Levi.

 

On pourrait croire, vois-tu Lucien mon ami l'âne aux yeux froncés, on pourrait croire qu'avec un titre pareil : Tout finit ici, que c'est la fin de tout, que notre ami le prisonnier-blessé-guerrier est définitivement désespéré. Qu'il s'est effondré, au moins moralement. On pourrait le croire, mais rassure-toi, il n'en est rien. Même s'il ressent une sorte de dépression, d'accès de mélancolie, de plongée dans la mer de la tristesse et de fatalité... Ce n'est pas la dernière canzone.

 

J'espère bien, car elle est assez désespérante, dit Lucien l'âne.

 

Mais, elle l'est en effet, comme le sont les conditions de vie en prison ou dans tout lieu d'enfermement. Ce n'est quand même pas une partie de plaisir que d'être enfermé, que d'être bloqué en un lieu... Ainsi, notre ami a un coup de bleu, comme cela arrive à de nombreuses personnes enfermées dans ces lieux désolés et contraintes à l'isolement et à des conditions de vie assez peu enthousiasmantes, pour ne pas dire carrément désastreuses et insupportables. Vois-tu, même si les lieux sont – disons – modernisés, si les cellules ont des allures de chambrettes, si l'on y met un peu de couleur sur les murs... il n'en reste pas moins que tout y est « comme moisi, tout a le goût du renfermé... »... On y perd son humeur joyeuse... Au point que – outre ceux qu'on y suicide, certains s'y suicident ... Le phénomène est fréquent et souvent, ce sont des personnes qui pouvaient espérer en sortir assez rapidement... C'est ce goût du renfermé le véritable poison... Enfin, cette canzone décrit l'emprisonnement vu de l'intérieur... Je veux dire de l'intérieur de la prison et du prisonnier.

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

Tout ici est comme moisi

L'air, la lumière sont aseptisés

Tout a le goût du renfermé.

La tristesse suinte des murs gris

Où est mon humeur joyeuse ?

Où est cette force heureuse,

Pour laquelle aucun effort n'est trop grand, et

Pour laquelle aucun poids n'existe, Et...

Il est vain de la rechercher:

On ne peut poursuivre le bonheur;

Ne l'atteint que celui qui l'a au cœur.

Parfois tôt, parfois tard, parfois trop tard.

On le trouve seulement par hasard

Avec émerveillement et plaisir,

Comme un élan du désir

Au coin d'une rue d'une ville lointaine

Un soir, un matin, une fin de semaine.

Exilé, en relégation, en prison,

Du plus profond

Je regarde le monde ancien…

Et dans le noir,

Émerge le temps lointain

De ma mémoire.

Les rites des jours avivent

Les heures de transparence

Où le bruit du monde arrive

Éreinté de tant de patience

Comme dans le coquillage, la rumeur du vent.

Cette solitude imposée, cet isolement violent,

Étouffent la vie et tout bonheur.

Les yeux fermés par force sombrent

Dans les cendres et les ombres.

Et s'enfoncent en un monde intérieur.

À la lumière du matin, le jour s'éveille

Une fine mélancolie éloigne le sommeil.

Une odeur proche, une voix familière

Quelques mots, la neige, l'étoile amère.

Il est vain de s'illusionner ainsi.

Tout finit ici.

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14 février 2010 7 14 /02 /février /2010 15:04

LE MORAL DES TROUPES

 

Version française – LE MORAL DES TROUPES – Marco Valdo M.I. – 2010

Chanson italienne – Il Morale delle Truppe – Max Manfredi - 2008



Le moral des troupes

N'a jamais été ainsi

Si haut, si vif

Si vrai, si, si...

 

Tous savent que la guerre

Ne se fait pas avec des mais et des si

Et ils repoussent les assauts

D'un simulacre d'ennemi

 

L'ennemi ne t'écoute pas

Ne sait même pas que tu existes

Mais s'il croit, il te fait faire

Tout ce qu'il veut

 

L'ennemi est partout,

L'ennemi, c'est nous.

Si parfois nous nous tuons

C'est pour jouer au héros

On nous a donné du bon

Dans les nuits de tranchée,

Ainsi on ferme l'œil

En attendant la marée.

Quand nous rouvrirons les yeux

La tranchée ne sera déjà plus là

Une joute entre les étoiles

Quatre chars avec Jésus

 

On a amené nos épouses,

On les a mises à l'arrière

Sauf que depuis deux mois

Elles s'en sont allées.

Il y a la belle vivandière

Qui s'offre à tout le monde;

Si elle te prend par surprise,

Démontre-lui qui tu es.

Souvent l'aumônier

Nous prépare un café

Il raconte ses histoires

Il nous fait un peu de cabaret

 

Hélas avec les chiens en dotation

On va nous écrasant

Sous les ruines de la guerre

Depuis de très nombreuses années.

 

Les tavernes de frontières

Ont des parfums de Hongrie

On t'y porte à boire

Une bière d'abbaye

 

Chaque fin de semaine

On se soûle en bas en ville

Et nous pensons : Le général

Sait au moins ce qu'il fait.

 

Le moral de la troupe

Est toujours ce qu'on sait:

Il dit que sans une guerre

Un jour ou l'autre on s'ennuiera

 

C'est au front que la paix

Semble une bonne idée;

Quand on rentre chez soi

On regrette la tranchée.



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Marco Valdo M.I.
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14 février 2010 7 14 /02 /février /2010 15:03

IL ARRIVERA

Version française – IL ARRIVERA – Marco Valdo M.I. – 2010

Chanson italienne – 'L Rivarà – Ivan Della Mea - 1979

 

 

'L Rivarà ("IL ARRIVERA" en dialecte milanais) est la chanson introductive de Sudadio Giudabestia, seulement précédée brièvement de la première strophe de Io so che un giorno. Introductive et en un certain sens, récapitulative : l'univers de la rue Montemartini, la rue du quartier Corvetto où vivait et est mort Ivan Della Mea, est présenté tout entier, dans sa composante humaine et politique.

 

Ivan Della Mea n'aimait pas trop faire de préambule. Il se lance directement, et d'un coup. La chanson se « passe » en un jour précis : celui de la mort de Che Guevara. C'est, donc, le 9 octobre 1967. Un navetteur qui travaille toute la journée rue Montemartini, venant de qui sait quel coin perdu de l'hinterland milanais a manqué son train et vague, bourré, par la rue. En quelques mots, il dit tout à un Della Mea qui vague comme lui et c'est toute une vie, tout un désespoir, toute une solitude. La mort de sa femme et de son fils, qui sauta sur une mine après guerre (encore proche alors) et l'attente quasi-messianique des « justes » et des « héros » qui « viendront aussi pour nous ». Peu importe qui ils seront, des merdes, Staline ou Dieu. Le vin et le rachat d'un jour. Della Mea est embarrassé, justement ce soir-là il vient d'apprendre que le héros, le Che, a été assassiné. Il tire dix mille lires de sa poche, montrant ainsi un sentiment de culpabilité à penser au héros lointain tandis que devant lui il a une terrible quotidienneté ( « Sa raison était mon tort »).

Il s'aperçoit alors, et nous avec lui, que dans cet univers circonscrit, visible de la fenêtre de sa maison, les « héros » n'existent pas. Existent des gens quelconques, avec leurs grandeurs impensables (« Divin par le haut « ) et leurs pires bassesses (« bestial par le bas »), qui sont inséparables et qui devraient rendre inutile la recherche ou l'espoir en des « héros » et en des mythes lointains. Subitement, l'univers Montemartini s'ouvre. Ivan Della Mea décide de le chanter dans son intégralité.

 

À commencer par Rita, la « folle de la rue », figure centrale de la chanson, qui fait subitement son apparition. Ainsi dans cette première chanson elle est déjà dans les jardins avec la rose et son besoin d'amour. Della Mea est comme abasourdi, de cet étourdissement qui frappe quand on comprend subitement quelque chose qui ne s'est pas encore bien formé dans la tête : un éclair, qui pourtant dans les premiers instant se heurte au vide. Nonobstant, même ce vide, avec le navetteur qui dort sur la rue et Rita dans les jardins, doit être chanté. [RV]

Je sais qu'un jour

Viendra vers moi

Un homme blanc

Vêtu de blanc

Et il me dira

Mon cher ami

Tu es fatigué

Et avec un sourire

il me donnera la main...

 

et tout commença avec le navetteur

Étendu par terre brouillard printemps

Ses lèvres violettes dures à mâchonner

Et son vieil œil fixe dans le soir.

 

« J'ai travaillé », dit-il, il était serein,
«  Durant tout le jour justement dans cette rue

Puis vin grappa puis j'ai manqué le train

J'ai perdu mes sous dans l'auberge.


Ma femme je l'ai déjà perdue en soixante

Mon fils sur une mine après guerre

J'ai manqué le train de six heures quarante

Laissez-moi dormir ici par terre.

 

Mais un jour il reviendra aussi pour nous »,

Je le regarde : « Qui viendra ? », je demande

« Les justes », dit-il, « Les martyrs, les héros,

Enfin tous, merde, Staline, Dieu. »

Et alors je ne sus plus quoi dire

Sa raison peut-être était mon tort

Je lui donnai fautif dix mille lires

Je lui dit : « Excuse-moi, mais le héros est mort.

Le héros est mort ce soir

Avec son œil dur suspendu à essuyer

Et celui qui l'a tué au printemps

Au fond est seulement un navetteur. »

De ma fenêtre je ne vois plus de héros

De ma fenêtre aujourd'hui je vois seulement

Des faces, des yeux, des corps et des têtes de gens comme nous

De ma fenêtre, je ne vois plus de héros

Mais bien plus souvent un bête humain

Divin par le haut bestial par le bas, le même

Que celui dont vous ne voulez plus de héros

Et maintenant chez moi la tête vide

Je me penche sur la rue Montemartini

Ma femme est avec moi à la fenêtre

Elle me dit : « Il y a Rita dans les jardins ».

Rita de l'amour, dame Rita

À sa manière est une navetteuse

L'hiver enfermée à la Villa Fiorita

Et maintenant sur la plaine de jeux, elle attend.


Elle attend on ne sait quoi

Avec un sourire et en main une fleur

La même fleur, une tige de rosier

« Je suis Rita », chante-t-elle, « et je veux un peu d'amour.

Auf wiedersehen encore mon amour
Auf wiedersehen encore de Rita
Auf wiedersehen à tous même à Dieu
Au revoir à la Villa Fiorita. »

 

Et je reste là avec le vide dans ma tête

Et l'œil perdu dans la rue Montemartini

Ma femme tranquille ferme la fenêtre

Elle la ferme sur Rita et ses jardins.

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11 février 2010 4 11 /02 /février /2010 23:09

RITA EST REVENUE


Version française – RITA EST REVENUE – Marco Valdo M.I. – 2010

Chanson italienne – La Rita è tornata – Ivan Della Mea – 1979


Sur ce site, sont déjà présentes deux chansons provenant de Sudadio Giudabestia, l'œuvre collective qu'Ivan Della Mea et sa bande de « pirates » (que j'ai eu la chance de connaître) écrivirent et mirent en scène en 1979 : il s'agissait de

Storia di un cane e Sebastiano. Obligatoirement, tout le Sudadio devrait être inséré. Peu importe comment, et sous n'importe quel prétexte; petit à petit, il en sera ainsi. Entretemps, en insérant cette chanson magistrale que Ivan martelait presque en un crescendo rossinien, avec sa voix inépuisable nonobstant les neuf mille cigarettes par jour qu'il fumait ou d'autres choses du genre, je prends l'occasion de parler un peu mieux du Sudadio et de Rita qui en est la figure centrale.



Le Sudadio est l'épopée de la rue milanaise où habitait Ivan Della Mea, et où il est mort à cette aube maudite du 14 juin 2009. Rue Montemartini, ses jardins, ses maisons quelconques, ses chiens, ses gamins, ses seringues d'héroïne, ses révolutions et, précisément, sa Rita. Rita est la folle de la rue. Dans chaque rue, il y a une folle; même moi, ici, dans la rue de l'Argingrosso à Florence, j'ai ma folle de référence sur laquelle j'écrirais des dizaines de chansons si je savais les écrire comme Ivan.


Le Sudadio, qui ne découle pas par hasard d'une autre et ancienne chanson d'Ivan,
Io so che un giorno... est la description totale de l'univers Montemartini; un univers de dureté et de douceur, de lutte et de résignation, d'ouvertures et de fermetures, de la mort gratuite donnée à un chien et de la vie qui naît désespérément; et pour naître désespérée, ne peut faire autrement que le faire par le truchement d'une soi-disant « folle ». Rita. Celle qui est toujours dans les jardins. Ce devait être une femme mûre mais pas encore vieille, encore belle, encore avec sa poitrine dressée et ses gestes d'amour vécu; il vient à l'esprit, qui sait, une Alda Merini dans la quarantaine.



Rita est une folle avérée. Elle a sa chambre à la « Villa Fiorita » ( Villa Fleurie – nom typique des pavillons d'asiles d'aliénés : à Florence également, au milieu de la zone de San Salvi ancien asile, on trouve actuellement une Villa Fiorita qui sert pour aux « visites fiscales » pour la concession des pensions d'invalidité), et elle sait déjà qu'un jour... Là tout de suite, elle est dehors, dans un automnal après-midi enchanteur dans la rue Montemartini, avec en main une tige de rose à laquelle elle veut redonner vie et elle le plante en terre. Puis, elle accomplit un autre et décisif acte de vie, un geste primaire. Elle se déshabille, nue. Elle veut elle aussi devenir une rose en se débarrassant de tout vêtement humain. On songe, avec ce geste, à une de ses sœurs folles : la
Teresa Torga de José Afonso.


Comme pour Terresa Torga, arriva la police; pour Rita, arriva l'ambulance. Je suis conducteur d'ambulances et je ne sais combien de fois il m'est arrivé , en trente-deux ans de service volontaire, d'être appelé à « emmener des fous ». Je me souviens d'une femme sarde, à l'incroyable nom d'Elmas Piras, qui dans la Florence des années 1980 aimait s'étendre au milieu des carrefours les plus fréquentés de la ville, bloquant complètement le trafic et créant autour elle un vide qui ramenait la rue à un calme absolu, presque irréel. Elle créait une île comme sa Sardaigne lointaine.

Nous arrivions et nous devions l'« emmener » pour recréer les conditions normales de confusion : ainsi va la vie. Arrive l'ambulance et Rita se rhabille « doucement doucement » et se laisse emmener. Dans son habituelle Villa Fiorita. Encore comme Teresa Torga, Rita s'était mise à danser nue; c'est sa fête. Folle, sainte, anarchique, ce qu'on veut : surtout belle.


Car de cette chanson émane un sens de la beauté, que même l'intervention de l'autorité et le « rétablissement de la normale » n'arrivent pas à éliminer. Le temps s'arrête presque, comme le souligne la façon dont Ivan exprime l'heure : quinze heures soixante. Pas quatre heures. Quatre heures n'arrive pas et n'arrivera jamais; il faudrait garder ces minutes de poésie et liberté. Des minutes qui sont en arrêt par la présence de Rita, en forme de « rose étrange » qui reste plantée là où elle était.[RV]


C'est très émouvant cette chanson et cette histoire de la Rita, dit Lucien l'âne. Et tu connais ma passion absolue et nécessaire pour les roses... Et puis aussi, Ivan Della Mea, tu as déjà traduit de ses chansons. La chanson de la Teresa Torga aussi tu l'avais traduite... Mais il me souvient d'une des chansons que tu avais écrite aussi à propos d'une folle...


Ah !, tu t'en souviens de Clara... Mais la mienne, c'est une folle de village, une folle dans un pays bien différent de ces grandes villes que sont Milan ou Lisbonne... C'est l'histoire de Clara la pazza qui finit dans le feu... et j'entends encore sa lamentation, son long hululement avant de quitter volontairement cette vie où on la laissait périr. Je l'avais rencontrée dans ce village de Sardaigne décrit par ce merveilleux conteur qu'est Ugo Dessy. J'en tremble encore du cri de Clara … C'est d'ailleurs le titre de la canzone : HOU HOU ! (http://www.antiwarsongs.org/canzone.php?id=8853&lang=it)...


Cela dit, ce monde des humains est quand même assez barbare, dit Lucien l'âne...



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.






Quinze heures quarante

Rue Montemartini

L'automne s'enchante déjà

Dans le vide des jardins

Quinze heures quarante

Rita est sur le banc

Sculptée comme une sainte

Ou comme une Madone

La poitrine bien dressée

Semble aussi poser

Sa main tient droit serrée

Une tige de rosier


Comme si elle priait

La tête penchée à droite

On dirait qu'elle regardait

Par la fenêtre, droite

Au moment où l'amour

Doucement se renferme

Rita a pris la fleur

Et l'a plantée dans la terre

Ô rose bénie

à l'eau de la fontaine

Plus personne ne t'attend

Ni sainte ni putain

Toi l'ultime illusion

que le délirant accroche,

Ta passion si rouge

Déteint là dans la guerre.


« J'ôte ma robe

Je me défais de tout,

De toute vêture humaine,

Pour devenir rose »

L'ambulance arrive,

Avec sa sirène hurlante,

Rita danse nue

Et crie : « C'est ma fête ! »


La fête de la douleur

Une tige de rose

Qui découvre l'amour

Dans le néant de chaque chose

« Emmenez-moi donc,

Je suis folle et sainte

L'anarchie est douce

À quinze heures soixante.

Rendez-moi ma chambre

Là-bas à la Villa Fiorata,

Ayez un peu de clémence

Pour Rita qui est affolée. »

Elle se vêt doucement doucement

Avec des gestes de poésie,

Puis chante à mi-voix :

« Courage, allons-y. »

Quinze heures soixante

Rue Montemartini

L'automne encor enchante

Le vide des jardins


Et de ma fenêtre,

Ni sainte, ni putain

Regardant sur la droite

Il y a cette rose étrange.

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11 février 2010 4 11 /02 /février /2010 23:08

Les Routes Parfumées


Canzone léviane – Les Routes Parfumées – Marco Valdo M.I. – 2010
Cycle du Cahier ligné – 87

Les Routes Parfumées est la huitante-septième chanson du Cycle du Cahier ligné, constitué d'éléments tirés du Quaderno a Cancelli de Carlo Levi.

 

Décidément, Marco Valdo M.I. mon ami, les titres de tes canzones sont souvent bien étranges ou inattendus... Celui-ci est porteur d'une poésie lointaine qui me ravit tellement... On a comme une sensation d'immenses espaces un peu déserts et où le vent ramasse en un parfum unique le thym, la menthe, le pin, la rose et l'odeur puissante de la lavande et du mimosa. Mille couleurs envahissent ma bouche et mille saveurs tourbillonnent en ma pauvre tête d'âne soudain éwaré. D'où peuvent-elles bien venir tes routes parfumées que j'ai l'impression de sillonner depuis l'aube des siècles...

 

Elles viennent, Lucien l'âne mon ami, via Carlo Levi, tout droit d'un poète du Sud, d'un poète mort trop vite et trop tôt, qui s'appelait de son vivant et qu'on appellera encore ainsi maintenant Rocco Scotellaro... Oui, ce même Rocco qui rejaillit au cinéma sous le titre de Rocco et ses frères. D'ailleurs, les poésies de Rocco sont bien plus parfumées encore que l'évocation ici ironique et dérisoire des routes de la modernité. Il conviendrait d'ailleurs de remplacer dans les écoles les cours de religion par des cours de dérision... Cela aurait plus de sens.

 

Oui, sans doute, mais que dit-elle d'autre la canzone ? Est-ce toujours ce voyage à l'intérieur du monde de notre ami le prisonnier ? , demande Lucien l'âne aux yeux noirs de soleil.

 

Que veux-tu que ce soit d'autre, mon ami l''âne Lucien ? On ne peut jamais jeter l'ancre dans cette navigation intérieure où l'on traverse la mer des enfers en voguant sur les plateaux pierreux et blanchis par les lumières insensées du grand midi. Celui qui baisse la tête, celui qui entre dans le jeu de ce monde frelaté est dans la position du joueur, assuré d'une seule certitude : celle de toujours perdre.

 

Finalement, dit Lucien l'âne révolté, la seule manière de vivre est de se tenir encore et toujours à l'écart de ce monde vil et cacochyme et de lui tisser inlassablement son linceul... jusqu'à sa complète disparition.

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Sans scrupules et sans respect

Derrière leurs regards lasers

Ils avancent comme les criquets

Par dessus les déserts

Après leur passage, nuage de malheur,

Il ne reste ni un brin d'herbe ni une fleur

Mais seulement des trous, des ravins

Une Lune qui tourne en vain

Une horloge sans passé.

Des entreprises, des agences, des sociétés

Animent le monde pour cacher le malheur

Simulent et vendent du bonheur,

Et diffusent de rassurantes comédies,

Pour transformer en jeu la tragédie,

Et peindre les ruines de vives couleurs.

Travestissement, leurres.

Ils imposent cette guerre,

Il nous faut la faire,

En tenant le terrain pas à pas.

Une espèce de guérilla

Dans les villes et dans les bois,

Ora e sempre : Resistenza !

Partout, dans tous les temps,

La bataille dure depuis si longtemps,

Plus le pouvoir est immense,

Plus s'étend son impuissance.

Le monde est fait désormais de routes,

De routes pour tous ! Des routes

Belles, attrayantes, merveilleuses routes parfumées

Dans un perpétuel week-end de plage ensoleillée

Couvertes de papiers sales, de plastic et de cannettes

Qui submergent la planète.

Nous avons fait tant de chemin ensemble

Comme des chevaliers du Temple

Qui combattent sans même plus savoir pourquoi

Chrétiens ou sarrasins liés par cette folie de la foi.

Où chacun court à sa perte.

Ni héros ni soldats dans les caillasses désertes

Qui conduisent aux villages d'antan

Où pendant le jour, on rencontre de rares paysans.

Où la nuit, les esprits vacillent

Et le chien veille sur les brebis endormies.

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10 février 2010 3 10 /02 /février /2010 16:38

Berluscon

 

Chanson parodique française – Lucien Lane – 2010


Et bien, Lucien mon ami l'âne, voilà que tu te mets à faire des chansons satiriques maintenant. Je ne te connaissais pas ce talent. Et une parodie, en plus. Et pas n'importe laquelle... J'en suis tout épastrouillé... Une parodie du Roi des Cons de Georges Brassens.


Ce ne fut pas facile, mais j'y suis arrivé et j'ai même ajouté un couplet ; il fallait bien conclure. Ce ne fut pas facile, mais j'y suis arrivé et j'ai même ajouté un couplet ; il fallait bien conclure. Au fait, sais-tu ce qu'est une épectase, dans son élargissement sémantique, s'entend ou dit autrement, dans son sens large... C'est la grande mort par la petite mort ou la mort à la suite ou durant un orgasme...



En effet, vu le personnage, çà lui pend au... nez, dit Marco Valdo M.I. en riant comme un damné. Il y a des précédents : un Président de la République français Félix Faure, un cardinal... Celui-là dont on rapporte officiellement que c'est « dans l’épectase de l'Apôtre qu’il est allé à la rencontre du Dieu Vivant ».


Et puis, comme tu sais, la grande tradition veut que l'on brocarde – en ces temps de Carnaval – ceux qui s'y croient, qui se prennent pour des gens d'importance, qui pètent plus haut que leur cul, les « gros cous » comme on dit chez nous... et parmi tous ceux -là, particulièrement les gens de pouvoir, les personnages politiques. Tu connais sans doute l'adage de Michel Eyquem de Montaigne, qui me paraît correspondre tout à fait à la situation et au personnage visé par ma chanson – un certain Berluscon :


"Plus haut monte le singe, plus il montre son cul. "


J'aimerais autant ne pas le voir, dit Marco Valdo M.I.


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Elle est mal partie l'Italie

Elle est mal partie l'Italie

Avec un Premier qui délire

Avec un Premier qui délire


Il y a peu de chances qu'on
Détrône le Berluscon.

Il peut bien mentir ce malin

Il peut bien mentir ce malin

Du soir jusqu'au petit matin

Du soir jusqu'au petit matin

Il y a peu de chances qu'on
Croie le Berluscon.

Je tu il elle nous vous ils
Je tu il elle nous vous ils
Il nous prend pour des imbéciles

Il nous prend pour des imbéciles

Il y a peu de chances qu'on
Apprécie le Berluscon.

Il se prend pour le plus grand

Il se prend pour le plus grand

Des ministres de tous les temps

Des ministres de tous les temps


Il y a peu de chances qu'on
Dépasse le Berluscon

L'autre jour, il a dit à Fini
L'autre jour, il a dit à Fini
Je serai Président de l'Italie
Je serai Président de l'Italie


Il y a peu de chances qu'on
Se débarrasse du Berluscon.


Quand du pouvoir d'État, il abuse

Quand du pouvoir d'État, il abuse
Quand enfin les juges l'accusent

Quand enfin les juges l'accusent


Il y a peu de chances qu'on
Condamne le Berluscon

Que les jeunes filles d'Italie

Que les jeunes filles d'Italie
Congédient ce vieux Papi
Congédient ce vieux Papi

Il y a peu de chances qu'elles
Conservent le Berluscon.

Les autres peuples de la Terre
Les autres peuples de la Terre
De rire se roulent par terre
De rire se roulent par terre

Il y a peu de chances qu'on
Exporte le Berluscon.

Que ça c'est vu dans le passé
Que ça c'est vu dans le passé
Mussolini fut renversé
Mussolini fut renversé

Il y a toutes les chances qu'on
Liquide le Berluscon.


À force d'avaler du viagra

À force d'avaler du viagra

En épectase, un soir il mourra

En épectase, un soir il mourra


Il y a toutes les chances qu'on
Enterre le Berluscon.

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Marco Valdo M.I. - dans Lane Lucien
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8 février 2010 1 08 /02 /février /2010 12:21

GUERRE EN VILLE

Version française – Guerre en Ville – Marco Valdo M.I. – 2010

Chanson italienne – War in the City – Gang – 1984




Il y a la guerre en ville

C'est la guerre cette nuit

Les couteaux brillent à la lumière des néons

C'est la nuit des héros

C'est la guerre

Çà n'a rien de romantique

Il n' y a pas de clairons ni de drapeaux

Seulement des rats qui attendent de manger

Des cadavres puants

C'est la guerre

Ils sont prêts à combattre

À vaincre ou mourir

Ils ont chanté des chansons de mort

Et il n' a pas de peur dans leurs yeux

C'est la guerre

Elle brûle cette ville

Dans la longue nuit rouge

La vengeance hurle

Dans ses rues grises

Entre les murs de béton.

C'est la guerre.




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Marco Valdo M.I. - dans Gang
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7 février 2010 7 07 /02 /février /2010 22:35

NOËL 1944

Version française – NOËL 1944 – Marco Valdo M.I. – 2010

Chanson italienne – Natale '44 – Andrea Sigona

 

 

Il est difficile d'imaginer la Milan différente telle qu'elle était en 1944, l'année la plus dure, celle de la répression et du lynchage. Mais aussi l'année de la Résistance et des hommes qui ensemble conquirent leur liberté à pleines mains. Certains revinrent, d'autres non. Comme cet amour né fortuitement en hiver ne vit jamais le printemps, mais qui valait la peine d'être vécu jusqu'à la fin.

 

 

Voilà pour toi, Lucien l'âne mon ami qui aime les fleurs bleues, dit Marco Valdo M.I., une histoire d'amour, çà te changera... En plus, elle bien jolie... Même, si funeste télégramme, triste béret... elle finit bien mal.

Je l'aime beaucoup et elle fend mon cœur d'âne pourtant solide comme le diamant... J'espère quand même, dit Lucien l'âne en souriant comme un bienheureux, que cette fois aussi, ta traduction plaira à l'auteur...

 

Moi aussi, dit Marco Valdo M.I.

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Tandis que la lune s'en allait promener...

(Et le vent criait en banlieue)

Dans cette Milan si différente

À l'horizon de la démocratie

Deux cœurs que le destin a croisés

Malheureusement distants comme un crépuscule

Noël proche de 1944

L'histoire aux portes d'un songe interrompu

Elle était couturière pour se faire deux sous

Et lui boulanger (la vie la plus dure)

Les mains maculées de sel et de farine

Il revient le matin, elle rentre le soir

Et ce fut juste un hasard qu'au retour

Une seule seconde, il la vit passer

Elle lui sourit, puis s'enfuit

Comme parfois l'aiguille échappe au doigt

Mais elle n'oublia jamais plus ce regard

Ainsi justement à cette heure elle voulut repasser là

Car parfois les pensées sont comme les ombres

Elles te suivent où que tu ailles sans te lâcher

Et ce fut ainsi que de petits regards

Comme les accords font les chansons

On les met ensemble pour un instant

Puis, on les retrouve mêlant nos émotions

« Maudite soit cette guerre infinie

Qui tôt ou tard devra pourtant finir

Même pas le temps de faire l'amour

Mon cœur se brise de devoir repartir. »

Et de ce jour seulement le silence

Et un message apporté du front

Et un béret volé par le vent

Pour y broder la nuit...

Et Milan … dans coin de banlieue

Deux cœurs que le destin a croisés

Juste à l'orée de la démocratie

«Que s'en aillent ces bêtes de fascistes

Il suffit de le vouloir au-delà des mots »

C'est comme dans la nuit les pires cauchemars,

Il suffit de se réveiller... Et ils s'en vont au premier soleil.

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Marco Valdo M.I.
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7 février 2010 7 07 /02 /février /2010 22:33

Amériques


Canzone léviane – Amériques – Marco Valdo M.I. – 2010
Cycle du Cahier ligné – 86

Amériques est la huitante-sixième chanson du Cycle du Cahier ligné, constitué d'éléments tirés du Quaderno a Cancelli de Carlo Levi.

 

Salut, Lucien l'âne mon ami, je suis bien content de te voir. En fait même, il me tardait de te voir, car je suis impatient de te faire connaître ma nouvelle canzone. Quand je l'ai découverte, j'ai été fort surpris de tout ce qu'elle signifie.... Ne me regarde pas avec des yeux aussi ahuris... Je te l'ai déjà dit pourtant que j'étais le premier lecteur de mes canzones et leur premier découvreur. Je t'ai déjà dit que quand je commence une canzone, je ne sais ni comment elle sera, ni ce qu'elle pourra bien en finale raconter. En quelque sorte, elle se fait au travers de moi et je t'avouerai aussi qu'il m'arrive de batailler contre elle pour la mener où j'aimerais qu'elle aille. C'est très curieux... Parfois, çà marche, parfois, elle se rebiffe...

 

Si je te comprends bien, mon ami Marco Valdo M.I., tu es en train de me dire que tes chansons se font toutes seules...

 

Non, non, Lucien l'âne aux oreilles si douces, ce n'est pas cela que j'essaie de te dire. Ce qui se passe quand je fais une canzone, c'est un peu ce qui se passe entre un sculpteur et une pierre ou un marbre ou un bois. Je prends l'exemple du sculpteur, mais ce pourrait être un peintre... Donc, le sculpteur est face à sa pierre, c'est-à-dire une forme massive et comme tu le sais ou le devines, chaque pierre, chaque roc est différent et sa structure interne est différente; bref, il est unique et le sculpteur se voit obligé d'en tenir compte. N'oublie pas que je parle d'une canzone léviane qui est, comme il est chaque fois rappelé, constituée d'éléments tirés de la (ma) traduction du Quaderno a Cancelli de Carlo Levi. J'ai donc ma pierre brute au départ, c'est un un texte préexistant, une sorte de matière première, si tu veux, d'où je vais extraire la canzone après nombre de réécritures – ce sont les coups de ciseau du sculpteur et de ces milliers de mots, j'en retire finalement quelques dizaines ordonnés autour d'un sens qui jaillit du texte en train de se former. C'est un travail par à coups comme le fait le sculpteur, avec des reculs, des périodes de maturation... En plus, il y a les résistances de la matière... et ses propres caractères qui entrent en jeu. C'est plus complexe et plus difficile que la traduction, car c'est un monde nouveau qui se crée et dès lors, un être imprévisible qui sort au jour.

 

Restons-en là, si tu veux bien, dit Lucien l'âne, et dis-moi quand même de quoi elle parle ta canzone.

 

 

C'est la découverte de l'Amérique et ensuite, des Amériques, c'est aussi une histoire de guerres, de révolutions, d'émigrations, de colonisations, de massacres... Les génocides des populations amérindiennes n'y apparaissent pas sous ce nom-là, mais ce sont elles dont elle parle en disant « combien de vies piétinées par les chevaux du lointain Occident... » Non, elle ne se trompe pas ma canzone, elle le sait d'où viennent ces chevaux – ils viennent d'ici, d'Europe et donc d'un lointain Orient, mais les massacres qu'ils font avec Cortez par exemple, mais bien sûr aussi avec la Cavalerie étazunienne participent de ces génocides dans ce lointain Occident que sont les Amériques. Puis, les chars et les bombes de l'Occident iront massacrer ailleurs... Tout le site en est rempli de chansons qui racontent ces guerres lasses...

 

Je comprends, je comprends, dit Lucien l'âne en se tortillant... Mais quand même, ce qui me surprend le plus, c'est que tu ne savais pas au départ que ce serait de tout cela qu'elle serait faite...

 

Non, je ne le savais pas. Cela dit, je te rappelle qu'elle est une part de la méditation du blessé-prisonnier-guerrier... et qu'elle n'est en somme qu'un épisode qui illustre la Guerre de Cent Mille Ans... et qu'il y a là à l'œuvre une logique globale et que ces guerres se tiennent l'une l'autre... et que pour les pauvres de partout, il n' y a qu'une seule chose à faire aujourd'hui comme ils ont toujours dû le faire : résister...

 

Oui, je le pense bien, dit Lucien l'âne. D'ailleurs, c'est notre principe de vie à nous les ânes : Ora e sempre : Resistenza !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo et Lucien Lane

 

 

 

 

Un cheval court dans la prairie

Dans la solitude des nuits

Au milieu des hurlements inconnus

Entre des arbres et des rochers perdus

Des villes naissantes et brutales

Une jungle rude, un foutu carnaval

Pas moyen de s'y retrouver

Et quelles luttes pour fédérer

Ceux qui venait d'endroits éloignés

Fuyant les guerres, les famines, les atrocités

Avec dans la tête, une montagne, un lointain village

Avides d'or, avec un demi-visage

Une jambe de bois et une de chair

Pour une vie encore à faire

Le cœur et le corps macérant dans la solitude

Une langue mastiquée d'incertitude

Et des insultes et des imprécations

Femme, enfants, amis: vieilles illusions

Au-delà de l'eau en une traversée,

Changer de langue, changer d'azur

L'autre monde n'a pas nos mesures

Entre le Nord, le Sud et ses haines compliquées,

Ce monde sourcilleux

Presse tant qu'il peut

Pour aplatir et amoindrir

Rendre plus mince qu'un soupir

Faire mourir pour renaître

Faire courber et l'accepter en maître.

Au bout du long chemin de l'émigration

Au bout du long massacre de la colonisation

Combien de larmes avalées,

Combien de sang,

Combien de vies piétinées

Par les chevaux du lointain Occident !

Pour 'st Amérique

Cet autre monde, ces Amériques

Combien de larmes avalées,

Combien de sang,

Combien de vies écrasées

Par les chars et les bombes du lointain Occident !

Pour 'st Amérique

Cet autre monde, cette Amérique.

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7 février 2010 7 07 /02 /février /2010 22:31

UN MOMENT DE PAIX

Version française – UN MOMENT DE PAIX – Marco Valdo M.I. – 2010

d'après la version italienne BISOGNO CORPORALE (UN ATTIMO DI PACE) de Gian Piero Testa [2010] d'une Chanson grecque Σωματική ανάγκη (Μια στιγμή ειρήνης) de Dionysis Savvopoulos / Διονύσης Σαββόπουλος – 1988

 

 

 

Je suis tombé par hasard sur cette chanson de Dionysis Savvopoulos / Διονύσης Σαββόπουλος. C'est un musicien que je ne connais pas bien …

Et je me suis diverti à voir comment il décrit le but de la paix, dont les voies sont infinies. Cela semblera une chose un peu vulgaire, je ne le nie pas. Mais que la guerre soit vue comme un excrément que nous portons dans le corps, dont nous avons du mal à nous libérer, eh bien, ce n'est pas une idée déplaisante. Même si, pour sûr, les voies de la guerre sont infinies. Il me vient en tête une nouvelle de Sacchetti... dans laquelle on raconte comment une petite ville entière de votre Toscane se mit en alarme et éclata un conflit en son sein, car en plein marché un vieux corbeau était aller fouiner de son bec ( et il dit, en fait, « mettre son bec ») dans le trou du cul d'un grand mulet teigneux. Il se renversa tous les étals des marchands; et les différentes corporations coururent aux armes en craignant une attaque de leurs rivaux.

 

Ainsi raconte notre Gian Piero Testa. Pour ce qui me regarde, par contre, je trouve cette chanson pas du tout « vulgaire », ou alors vulgaire , mais de cette façon très élégamment populaire de « L'hymne du corps libéré Faites caca, pas la guerre ! » de Roberto Benigni; et il a bien fait GPT (c'est cas... cas de le dire NDT) de citer le Toscan Sacchetti, car nous autres Toscans avons avec la merde un rapport particulier, carrément unique. Une chanson grecque de Savvopoulos, qui pourrait même faire la paire avec celle d'un autre Toscan, Lello Vitello.[ Vu sous un autre angle, Riccardo Venturi le connaît vraiment bien : http://www.youtube.com/watch?v=o2E8CTTObDc] , La Pierina voleva pisciare; si dans la chanson de Lello , inspirée d'un fait authentique, une pisse déclenche la guerre, ici par contre c'est une cacade qui déclenche la paix. Paraphrasant le grand Thomas à Kempis, tel qu'il est cité par Umberto Eco dans Le Nom de la Rose : In omnibus requiem quaesivi, et nusquam inveni nisi in latrina cum libro. L'original disait in angulo (dans un coin) , mais quel coin meilleur que les chiottes pour trouver la paix avec un bon livre ? Une réponse indirecte à Francesco Guccini qui dans son «  Avvelenata », déclarait agacé qu'il ne pouvait avoir « un moment à soi », même aux chiottes... ce qui est absolument tragique. [RV]

 

Ah ! Ah ! , Lucien l'âne mon ami, as-tu vu ce qui arrive sur ce marché de Toscane ? Culotté ce vieux corbeau... Enfin, on trouve son bonheur où on peut ...

 

Oui, Marco Valdo M.I. mon ami, je connais cette nouvelle de Franco Sacchetti que j'avais d'ailleurs croisé sur un marché près de Florence vers 1370 et qui me l'avait lui-même racontée – un peu comme toi, en riant avec un soupçon d'ironie dans la voix... Mais, je vois ton sourire en coin et tes yeux qui pétillent... Il est bien dit que c'était un mulet grand et teigneux... et puis, je ne me laisse pas approcher de ce côté-là; souviens-toi de ma devise, qui est celle de tous les ânes : « Ni la carotte par devant, ni le bâton par derrière ». Va voir à ce sujet ma chanson : Nous, les ânes ( http://www.antiwarsongs.org/canzone.php?id=10640&lang=it). Pour le reste, tissons le linceul de ce vieux monde décrépit et cacochyme. Ora e Sempre : Resistenza !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

On a combattu du soir au matin – taratata boum boum

Nous par ci et par là l'ennemi


Et pas d'eau – un ou deux

Pas de pain – trois ou quatre

Et voici qu'arrive une autre soirée

Les ennemis sont en nombre

Soudain, nous avons besoin

Il n' y a pas de trêve

 

Nous déposons les armes

Et nous allons derrière les arbres

Toujours ennemis

Et les officiers aussi nous suivent

 

Maintenant tout est fini dans un gargouillis

Roi, religion et Patrie

Et reste seule sœur Guerre

Comme une vieille avec un dérangement

 

Vienne la paix pour cause de « force majeure »

Et qu'elle dure, pour sûr, toute notre petite vie.

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Marco Valdo M.I.
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