Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
23 mars 2013 6 23 /03 /mars /2013 20:29

PAUVRES PARTISANS

 

 

Version française – PAUVRES PARTISANS – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson italienne – Poveri partigiani – Ascanio Celestini– 2007

 


Texte et musique : Ascanio Celestini



Il y a deux immeubles.

 

Un est le centre commercial avec sa belle enseigne, son toit hyperbolique et ses baies vitrées translucides qui le font ressembler à un auto-grill d'une autoroute pour Mars.

L'autre est un parallélépipède rectangle imaginé par un géomètre atteint de coliques ; c'est un centre d'appels.

L'un est fait pour être regardé et en effet, tous le voient.

L'autre est invisible ; un peu car ça ne fait plaisir à personne de le voir, un peu car le jumeau voyant qui est à côté capte toute l'attention. Par contre, il se fait entendre.

Il nous parle au téléphone pour nous vendre à domicile un aspirateur ou un nouveau plan tarifaire.

Il nous parle quand on appelle un numéro vert écrit sur l'étiquette d'une boisson gazeuse ou d'un tampon absorbant.

À côté de ces jumeaux de béton armé passe la route et autour se trouve le faubourg.

À côté du faubourg, il y a la ville ou peut-être, est-ce le contraire. Et au milieu se meut le peuple.

 

Le peuple est un enfant.

 

Il s'enrage contre les injustices, il s'émeut face à la douleur, il s'illusionne et il s'amourache. Puis, il éteint la télévision et va dormir tranquille.

Le peuple travaille, gagne et dépense. Ils l'ont convaincu que l'économie fonctionne ainsi. Il faut faire tourner la roue.

Mais ensuite entre les néons du centre commercial et les téléphones du centre d'appel quelqu'un cesse de tourner. Peut-être est-ce seulement la chenille qui sort du trou, le cadavre qui essaye de se ressusciter tout seul.

Peut-être est-ce le voleur et on se rend compte qu'il ne suffit pas de voler les voleurs pour égaliser les comptes. Et en effet c'est un collectif de travailleurs, Mais c'est aussi un morceau de peuple.

Christian dit « nous avons commencé parce que nous n'avions rien à perdre ». Maurizio dit « cette place est comme le Titanic. Le transatlantique coule et les passagers font comme si de rien n'était. Mais nous ne coulerons pas en chantant ».


Saintes paroles !





Pauvres partisans menés en procession,
Dans les journaux télévisés, à la télévision,
Survivant un temps aux fosses communes,
Mais enterrés dans ce temps de l'information.

 

Ils défilent le 25 avril, avec des médailles accrochées aux drapeaux
Suivent les femmes des sous-secrétaires à peine sorties de chez le coiffeur
Elles disent à voix basse : « Vive la constitution ! Mais maintenant il est tard, la poste ferme… Je dois aller chercher ma pension… »

 

Pauvres déportés qui montrent aux caméras entre deux publicités leur matricule, ce sombre tatouage
« Cette extermination vous est gentiment offerte par une boisson gazeuse et un célèbre fromage »

 

Pauvres prénoms et pauvres noms des morts de toutes les guerres
qui sont toujours dans la bouche des politiques
Avec tous ces morts en bouche, ils auront sûrement une haleine lourde
leur langue est un cimetière… où ils ressuscitent de temps en temps…

 

Pauvres morts de Nassirya qui peut-être croyaient vraiment que

Celui qui meurt meurt avec honneur…

Celui qui survit vit dans la douleur
Pauvre Nicola Calipari ! I Ils lui ont même dédié une zone piétonnière
Comme sa femme sera contente d'avoir épousé une zone à trafic limité.

 

Pauvres parents des héros,

qui au moins pour un jour ont été des héros,

Par leurs enterrements en mondovision
Mais le jour après, ils étaient morts eux aussi…
Des morts… qui se remémoraient d'autres morts.

 

Souvenez-vous des morts

Mais souvenez-vous d'eux vivants

Souvenez-vous les morts

Mais souvenez-vous d'eux vivants

Souvenez-vous les morts

Mais souvenez-vous d'eux vivants

Souvenez-vous les morts

Mais souvenez-vous d'eux vivants

Souvenez-vous les morts

Mais souvenez-vous d'eux vivants

Souvenez-vous les morts

Mais souvenez-vous d'eux vivants
….



Repost 0
22 mars 2013 5 22 /03 /mars /2013 18:25

CHANSON POUR LES DISPARUS

 

 

Version française – CHANSON POUR LES DISPARUS – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson italienne – Canzone per i Desaparecidos – Nomadi– 1996

 

 

 

Si tu veux bien t'en souvenir, Lucien Lane mon ami, on a déjà ici même retrouvé et discuté d'une canzone d'Alberto Cesa : le Tango de Plaza de Mayo – [[34467]]. C'était aux temps où il n'y avait pas encore de pape argentin...

 

Mais depuis tout récemment, il y en a un et il me paraît que cette canzone resitue bien le débat et j’ajoute même, le combat. Mais au fait, comment s'appelle-t-il encore celui-là ? Car tu sais Marco Valdo M.I. mon ami, depuis le temps, j'en ai vu passer des papes : des grands, des petits, des gros, des gras, des tout maigres, des quasiment squelettiques, des rondouillards, des bons vivants et des pisse-vinaigre, des chevelus, des chauves, des édentés, des ingambes, des impotents, des carrément infirmes, des sourds, des discoureurs, des voyageurs, des casaniers, des qui durèrent, un express – il dura à peine quelques semaines, il devait gêner, on l'éloigna, des solennels, des humbles... Au fait, as-tu lu L'ÉLU de Thomas Mann, une papesse à laquelle s'intéressa Alfred Jarry, lui s'appelait Grégoire, elle s'appelait Jeanne... il y eut ceux qu'on assassina, ceux qui assassinèrent. S'appelle-t-il Pierre, Pie, Paul, Jean, Jules, Grégoire, Linus, Anaclet, Clément, Évariste, Alexandre, Sixte, Télesphore, Hygin, Anicet, Sôter, Éleuthère, Victor, Zéphyrin, Calixte, Hyppolite, Urbain, Pontien, Antère, Fabien, Corneille, Novatien, Lucius, Étienne, Denys, Félix, Eutychien, Caïus, Marcellin, Marcel, Eusèbe, Miltiade, Sylvestre, Libère, Damase, Ursin, Sirice, Anastase, Innocent, Zozime, Eulalien, Boniface, Célestin, Léon, Hilaire, Simplice, Gélase, Symmaque, Laurent, Hormisdas, Dioscore, Agapet, Silvère, Vigile, Pélage, Benoît, Sabinien, Adeodat, Honorius, Séverin, Théodore, Martin, Eugène, Vitalien, Donus,Agathon, Conon, Pascal, Serge, Sisinnius, Constantin,Zacharie, Philippe, Adrien, Valentin, Nicolas, Marin, Formose, Romain, Christophore, Landon, Thierry, Albert... ? Comme tu le vois, il y a le choix... Mais bien sûr, on peut toujours innover...

 

Eh bien, il a innové... Coupons court, Lucien l'âne mon ami, il s'appelle François Ier, comme le vainqueur de la bataille de Marignan, celui qui fit venir Leonardo da Vinci en France. Pour le reste, je t'ai déjà dit qu'il était Argentin, ce novissimo Pontifex, jésuite et que malgré ses fonctions romaines, il doit bien se souvenir de la Place de Mai et si tel n'était pas le cas, on la lui rappellerait... Par exemple, avec cette chanson...

 

En somme, c'est une piqûre de rappel..., dit Lucien l'âne en éclatant d'un riresonore qui rappelle la trompette ou le buccin.

 

 

Sans doute, mais sans aucune illusion quant aux rapports de l'ÉCAR (Église Apostolique Catholique et Romaine) avec les dictatures. Elle a toujours su ce qui était à César...et elle a toujours pris place du côté du plus armé, sauf évidemment quand ses propres intérêts séculiers étaient en cause. Malgré toutes ses prétentions, malgré ses discours, malgré ses prêches et ses homélies, et comme l'a démontré le sort qu'elle a fait à Valdo et à d'autres, dans la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres, l'Écar a toujours en définitive pris le parti de l'ordre et dès lors, le parti des riches... Comment pourrait-elle faire autrement elle dont les richesses temporelles sont des plus immenses. Que fait-elle à se prendre pour un État, qu'a-t-elle besoin de finances, de palais, de toute cette armée de maîtres et de serviteurs ?

 

 

Oh, Marco Valdo M.I., mon ami, ce que tu dis n'est que trop vrai et cela ne doit pas nous empêcher de faire revivre la voix de ces « disparus innocents » et de tisser encore et toujours le linceul de ce vieux monde honorable, secret, hypocrite, faux aveugle, vrai menteur, hâbleur et cacochyme.

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. Et Lucien Lane

 

 

 

 

Un immeuble étincelant aux fenêtres luminescentes,

Une porte dissimulant l'enfer sous-jacent.
Troisième étage, le plus important, derrière une table le pouvoir,

Une commission militaire y décrète la mort.
Second étage, de grands salons pour recevoir les honneurs,

Et d'importants ambassadeurs.
Premier étage, les bureaux avec leurs fichiers secrets

N'ouvrent jamais à personne pour informer les gens.

Desaparecidos, Desaparecidos,

Disparus

 

 

Les horreurs sont enfouies

Ces murs suent le sang de ces vivants sans voix au milieu des instruments de torture.

On les compte par milliers : femmes, hommes, enfants.

La culture et la misère sont effacées de la terre.

Même les hommes de Dieu n'ont rien vu, rien entendu

Ils ont perdu le courage et leur message de pitié

 

Desaparecidos, Desaparecidos,

Disparus

 

 

Ces horreurs sont maintenant terminées,

Par la loi effacées,

Qui a survécu rappellera.

Il n'y a ni tombe ni croix,

Ils n'ont ni visage, ni voix,

Sur cette feuille où on cherche la vérité, ils ont un nom seulement

Sur la place de Mai, une foule silencieuse fait revivre ces voix des disparus innocents.

 

Desaparecidos, Desaparecidos,

Disparus

Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
19 mars 2013 2 19 /03 /mars /2013 20:54

LES MACS DE LA MORALE

 

 

 

Version française – LES MACS DE LA MORALE – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson espagnole – Los macarras de la moral – Joan Manuel Serrat – 1998

 

 

 

 

 

 

 

Ô grands moralisateurs, ô prêcheurs immenses, ô Père la Pudeur, Ô Pontifex maximus... Rentrez sous la terre d'où vous n'auriez jamais dû sortir. Retournez aux enfers que vous avez inventés... L'homme est trop bonasse qui vous laisse vivre et qui supporte vos exordes, vos exhortations et vos homélies... Mais nous les ânes, on n'en a cure... On vous connaît trop bien et depuis si longtemps... On vous a vus quand vous dressiez vos bûchers et rôtissiez toute une humanité, on vous a entendus quand vous prêchiez la croisade et quand depuis des temps immémoriaux, vous appeliez aux meurtres... On vous a connus bénissant les bannières, les chevaux et les canons. Vous avez mis vos dieux dans tous les camps... Vous vendiez l'indulgence et le paradis et vous le faites encore... Et vous osez faire la morale aux hommes...Votre suffisance est incommensurable

 

Ainsi Parlait Lucien Lane

 

 

 

Sans hâte mais sans pause, comme la bruine

Depuis la plus tendre enfance,

Ils te fourguent leur pâtée :

« Si tu ne manges pas ta soupe, tu ne grandiras pas... »,

« Si tu te touches, tu deviendras aveugle... »

Ils te troublent pour la vie en t'instillant la peur,

En pêchant dans le flot louche du péché et de la vertu,

En te faisant passer un chat pour un lièvre par le biais d'un credo

Qui fabrique les pots cassés qu'on te fera payer.

 

Ils sont la sauce de la farce

La quintessence du mal

La mèche de la suspicion

Le feu de la peur

L'âme de l’inquiétude,

De la méfiance et de l'effroi.

Les barbeaux de la menterie

 

Les macs de la morale.

 

Ils annoncent des apocalypses et se vantent d'être les sauveurs

Et si on leur cède, on est perdu sans recours ;

Ils manipulent nos rêves et nos peurs,

Ils savent que la peur n'est jamais innocente.

Tu dois les suivre en aveugle et leur être dévoué

Les croire les yeux fermés et leur donner raison

Car : « Celui qui ne se tient pas tranquille ne sera pas sur la photo... »

« Pour celui qui sort du troupeau,

Il n'y a qu'exil et excommunication. »

 

Ils sont la sauce de la farce

La quintessence du mal

La mèche de la suspicion

Le feu de la peur

L'âme de l’inquiétude,

De la méfiance et de l'effroi.

Les barbeaux de la menterie

 

Les macs de la morale.

 

Sans hâte et sans pause, ces vieillards

Organisent leurs croisades contre l'homme libre

Responsable plus ou moins de tous les maux

Car il pense par lui-même,

Il songe et le raconte.

Si ces gens-là n'étaient pas si terribles, on en rirait.

Si ces gens-là n'étaient pas si mauvais, on en aurait pitié

Car comme les fantômes, sans hâte et sans pause,

Ils ne sont rien si on leur arrache leur drap.

 

Ils sont la sauce de la farce

La quintessence du mal

La mèche de la suspicion

Le feu de la peur

L'âme de l’inquiétude,

De la méfiance et de l'effroi.

Les barbeaux de la menterie

 

 

Les macs de la morale.

 

LES MACS DE LA MORALE
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
18 mars 2013 1 18 /03 /mars /2013 22:44

Marizibill



Chanson française – Marizibill – Léo Ferré – 1969

Texte : Guillaume Apollinaire – 1913

Musique : Léo Ferré

 

 

 


 

 





Voici une sorte de Bocca di Rosa, version rhénane...On se reportera audacieusement à la chanson de Georges Brassens, Le Père Noël et la petite fille [[43084]]... On y trouve la Chanson de Marinelle et Bouche de Rose...

Quant à Apollinaire et Ferré ils auraient sans aucun doute aimé que leur chanson voisine celles-là.



Cela dit, l'interprétation de Léo Ferré est des plus étonnantes.





Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I.







Dans la Haute-Rue à Cologne
Elle allait et venait le soir
Offerte à tous en tout mignonne
Puis buvait lasse des trottoirs
Très tard dans les brasseries borgnes

Elle se mettait sur la paille
Pour un maquereau roux et rose
C'était un juif il sentait l'ail
Et l'avait venant de Formose
Tirée d'un bordel de Changaï

Je connais des gens de toutes sortes
Ils n'égalent pas leurs destins
Indécis comme feuilles mortes
Leurs yeux sont des feux mal éteints
Leurs cœurs bougent comme leurs portes

Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
18 mars 2013 1 18 /03 /mars /2013 15:46

TRÈS SAGES CONTEMPORAINS

 

 

 

Version française - TRÈS SAGES CONTEMPORAINS – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson allemande - Zeitgenossen, Haufenweise – Erich Kästner – 1929

 

Lärm im Spiegel, 1929

 

 

 

 

Quand Erich Kästner s'adresse à ses Très sages contemporains, on est en 1929 et il ne s'adresse évidemment qu'à une partie de ses contemporains, qu'à une partie de ceux qui vivent autour de lui. Ceux qu'on pourrait appeler comme disait Brel... "Ces gens-là". Ce sont très exactement les gens qui se sont laissé aller vers la richesse et le pouvoir, les gens marqués par le sacrement du buffle, ainsi que les baptisa Heinrich Böll. Vois-tu Lucien l'âne mon ami, il s'agit précisément de cette couche de population que décrira avec la même amertume vingt à trente ans plus tard, car ils sont toujours là, cet autre membre du Groupe 47 qu'était Heinrich Böll - car je te le dis en passant, Heinrich Böll comme Erich Kästner, comme Günter Grass ont fait partie de ce groupe d'écrivains qui redonnèrent sa dimension à une littérature allemande qui avait presque entièrement sombré après quelques années de nazisme – à peine douze ans entre l'arrivée d'Adolf H. au pouvoir et son suicide. C'est pourtant cette couche de population qui aujourd'hui encore perpétue cette Allemagne détestable à plus d'un titre : dominatrice, arrogante, grosse, ambitieuse, marchande, avide (Oh ! Surtout, avide !).

 

 

Je vois, je vois de quoi il peut bien s'agir et surtout, de qui. Cependant, Marco Valdo M.I. mon ami, il faut quand même bien dire que l'Allemagne n'a pas l'exclusivité de ce genre de gens... On les retrouve partout et partout, ils se comportent de la même manière. Et partout et toujours, ils font le malheur du monde. Outre de se rouler dans la mélasse de leur vie gluante de compromissions et de pratiques confortables, ils collaborent sans aucune gêne à l'édification de l'indignité de la société dans laquelle ils se prélassent.

 

 

En effet et tant qu'ils seront là, avec leur mesquinerie et leur prétention, il ne pourra pas être mis fin à la guerre... je parle bien évidemment de cette Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres de tant et tant de temps et qu'ils mènent afin de renforcer leur pouvoir, d'étendre leur domination, de faire proliférer leurs profits, d'imposer le droit d'exploiter les autres... et ainsi de suite. De fait, Erich Kästner a raison de leur dire : « Il n'est pas facile de vous dépeindre sans haine, Et tout à fait impossible sans ironie. »

 

 

Tout comme il a sans doute raison et les événements qui suivirent dans les années 30 en Allemagne, lui ont donné plus que raison, lorsqu'il déclare : « vous avez beaucoup trop de complices, Pour que vous soyez abattus par nous. » Quel carnage, cela ferait, s'il fallait tous les éliminer.... On ne peut donc procéder que par auto-élimination. Pierre Valdo a bien abandonné toutes ses richesses, le jour où il prit réellement la mesure de ce que représentait la "richesse". Il nous faut donc reprendre sans désemparer notre effort, notre tâche tranquille et indispensable et nous remettre à tisser le linceul de ce vieux monde dominateur, arrogant, gros, ambitieux, marchand, avide (Oh ! Surtout, avide !) et cacochyme.

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

Il n'est pas facile de vous dépeindre sans haine,
Et tout à fait impossible sans ironie.
Vous avez des têtes comme des images détachables
Et, à la place du cœur, un téléphone.

 

Vous savez pertinemment que les cercles sont ronds
Et les jambes d'invalide sont en bois.
Vous parlez aisément, et pour cette raison

Vous êtes jour et nuit – y compris le dimanche – fiers de vous.

 

Dans vos mains, tout devient de la marchandise.
Dans votre âme, brûle une lumière électrique.
Vous mesurez même l'incommensurable
Pour vous, ce qui ne peut être compté n'existe pas !

 

Vous avez d'énormes protubérances à la tête
Presque comme celles que vous avez aux fesses.
Quand vous jouez avec des enfants, vous rougissez,
Vous vivez d'amours programmés.

 

Vous ne chantez jamais (même pas en août)
De jolie chanson de Noël dans la rue.
Vous n'êtes jamais heureux et vous êtes toujours envieux.
Et vous pensez, si vous pensez, par le nez.

 

Vous faites un inlassable éloge de notre temps,
Tout comme vous vous réjouissez tant de vos tantièmes.
Votre intellect se couvre d'une double épaisseur
Vous ne pouvez connaître la honte même en pleine lumière.

 

Vous avez de l'humour et vous ne pouvez le retenir.
Vous savez beaucoup de choses que vous ne comprenez pas.
Il faut voir comme vous coupez les cheveux en quatre !
C'est à grimper aux murs.

 

On devrait vous faire de petits trous !
Votre dernier cri serait encore du dernier cri.
Toutefois, vous avez beaucoup trop de complices,
Pour que vous soyez abattus par nous.
On ne vous atteint jamais.

Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
17 mars 2013 7 17 /03 /mars /2013 21:53

Les Assis

 

Chanson française – Les Assis – Léo Ferré – 1969

Texte : Arthur Rimbaud – 1871

Musique : Léo Ferré

 

http://www.wat.tv/video/rimbaud-leo-ferre-assis-1yidw_2fgqp_.html

 

 

 

Comme tu le vois, Lucien l'âne mon ami, il a fallu à la chanson de Rimbaud quasiment un siècle pour trouver un musicien et un interprète.

 

 

Comme quoi, on a raison de dire devant une canzone sans musique que tout simplement, ce sont les musiciens qui sont en retard... Ils auront sans doute manqué le rendez-vous. Ce sont de choses fréquentes.

 

 

Donc, Lucien l'âne mon ami, souviens-toi, j'avais repensé aux Assis en traduisant ce formidable texte d'Erich Kästner dans lequel il décrit ses contemporains, ceux-là même de l'après-guerre de 14-18. Chanson, canzone, poème du « voyant », elle, date elle-aussi de juste après une guerre – celle de 1870-71... Cette guerre, qui elle aussi vit l'effondrement d'un monde. Sedan, à peu de distance de Charleville où vivait Rimbaud vit la capitulation de l'Empereur et la victoire de la Prusse, l'envahissement du pays et la réalisation du Rêve de Bismarck... Un même effondrement de la conscience se produira en 1940 dans les rangs de l'armée française en déroute... Alexandre Vialatte, tu sais le Fidèle Berger, finit ainsi à l'asile et il eut bien du mal à s'en remettre..

 

 

Quoi, ce serait le même Bismarck que celui de ce Rêve d'Otto dont tu nous parles si souvent, ce rêve initiateur des Reichs successifs et de l'ambitieuse arrogance de la Grande Allemagne, ce Rêve qui aujourd'hui encore taraude l'Europe... Ce rêve d'Otto qui faillit détruire la planète et qui maintenant, est cause de ce qu'on met à mal la Grèce, l'Espagne, le Portugal... Je te disais qu'Arthur Rimbaud était clairvoyant... De cela, on peut discuter, mais il est certain qu'il avait lui aussi perçu le Rêve d'Otto et je te le démontre en te lisant le texte ci-dessous -, que Rimbaud écrivit en novembre 1870 :

 

"Le Rêve de Bismarck

 

C'est le soir. Sous sa tente, pleine de silence et de rêve, Bismarck, un doigt sur la carte de France, médite ; de son immense pipe s'échappe un filet bleu.

Bismarck médite. Son petit index crochu chemine, sur le vélin, du Rhin à la Moselle, de la Moselle à la Seine ; de l'ongle, il a rayé imperceptiblement le papier autour de Strasbourg : il passe outre.

À Sarrebruck, à Wissembourg, à Woerth, à Sedan, il tressaille, le petit doigt crochu : il caresse Nancy, égratigne Bitche et Phalsbourg, raie Metz, trace sur les frontières de petites lignes brisées, — et s'arrête...

Triomphant, Bismarck a couvert de son index l'Alsace et la Lorraine ! — Oh ! sous son crâne jaune, quels délires d'avare ! Quels délicieux nuages de fumée répand sa pipe bienheureuse !... Bismarck médite. Tiens ! un gros point noir semble arrêter l'index frétillant. C'est Paris. Donc, le petit ongle mauvais, de rayer, de rayer le papier, de ci, de là, avec rage, enfin, de s'arrêter... Le doigt reste là, moitié plié, immobile.

Paris ! Paris ! — Puis, le bonhomme a tant rêvé, l'œil ouvert, que, doucement, la somnolence s'empare de lui : son front se penche vers le papier ; machinalement, le fourneau de sa pipe, échappée à ses lèvres, s'abat sur le vilain point noir...

Hi ! povero ! en abandonnant sa pauvre tête, son nez, le nez de M. Otto de Bismarck, s'est plongé dans le fourneau ardent... Hi ! povero ! va povero ! dans le fourneau incandescent de la pipe..., Hi ! povero ! Son index était sur Paris !... Fini, le rêve glorieux !

Il était si fin, si spirituel, si heureux, ce nez de vieux premier diplomate ! — Cachez, cachez ce nez !...

Eh bien ! mon cher, quand, pour partager la choucroute royale, vous rentrerez au palais [mots illisibles] avec des crimes de... dame [mots illisibles] dans l'histoire, vous porterez éternellement votre nez carbonisé entre vos yeux stupides!...

(Lignes manquantes)

Voilà, fallait pas rêvasser !"

 

 

J'avoue, dit Lucien l'âne en se dressant raide comme la liberté, que c'est étonnant et peut-être était-ce bien ainsi que rêvait ce bâtisseur d'empires. Pour en revenir à la chanson, ces assis ne sont-ce pas ces vaincus, ces gens qui venaient de conduire le pays à la ruine et qui allaient quelques temps plus tard faire le siège de Paris et de la Commune, histoire de débarrasser le camp des riches de ce début d'insurrection mondiale qui les gênaient bien plus que la victoire prussienne. Ils entreront à Paris le 21 mai 1871 et contrairement aux gars du 17 ième qui à l'honneur de l'humanité refusèrent de tirer sur leurs frères « Salut, salut à vous, à votre geste magnifique, vous auriez en tirant sur nous assassiné la République » [[704]], les troupes du gouvernement vont massacrer le peuple de Paris pendant huit jours... Il y aura des milliers de morts. Huit jours, en français, c'est une semaine... On l'appellera la Semaine Sanglante. Ce que les troupes allemandes n'avaient pu faire, ce sont eux qui le feront.. Ce sale travail de la répression contre les pauvres...

 

 

En somme, un épisode de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches mènent - dès qu'ils le peuvent - jusque dans le sang et le massacre contre les pauvres afin de répandre la terreur, de marquer dans l’extrême douleur leur domination, d'imposer leur droit à la richesse et à l'exploitation, de pérenniser leur pouvoir...

 

 

Ainsi sont les Assis... ces chers « contemporains » d'Arthur Rimbaud... Une bande de tueurs à gage... Pleins d'hargnosités... Presque cent-cinquante ans après, notre détestation les poursuit encore.

 

 

En fait, si je comprends bien, ces Assis ne sont rien d’autre que ce vieux monde dont obstinément et sans relever la tête, pour « Quand l'austère sommeil aura baissé leurs visières », nous tissons ici le linceul... de ce vieux monde rabougri, perclus, tors, rachtitique, tremblant, crispé, boursouflé, suant, atroce et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 

 

Noirs de loupes, grêlés, les yeux cerclés de bagues
Vertes, leurs doigts boulus crispés à leurs fémurs,
Le sinciput plaqué de hargnosités vagues
Comme les floraisons lépreuses des vieux murs ;

Ils ont greffé dans des amours épileptiques
Leur fantasque ossature aux grands squelettes noirs
De leurs chaises ; leurs pieds aux barreaux rachitiques
S'entrelacent pour les matins et pour les soirs !

Ces vieillards ont toujours fait tresse avec leurs sièges,
Sentant les soleils vifs percaliser leur peau,
Ou, les yeux à la vitre où se fanent les neiges,
Tremblant du tremblement douloureux du crapaud.

Et les Sièges leur ont des bontés : culottée
De brun, la paille cède aux angles de leurs reins ;
L'âme des vieux soleils s'allume, emmaillotée
Dans ces tresses d'épis où fermentaient les grains.

Et les Assis, genoux aux dents, verts pianistes,
Les dix doigts sous leur siège aux rumeurs de tambour,
S'écoutent clapoter des barcarolles tristes,
Et leurs caboches vont dans des roulis d'amour.

- Oh ! ne les faites pas lever ! C'est le naufrage...
Ils surgissent, grondant comme des chats giflés,
Ouvrant lentement leurs omoplates, ô rage !
Tout leur pantalon bouffe à leurs reins boursouflés.

Et vous les écoutez, cognant leurs têtes chauves,
Aux murs sombres, plaquant et plaquant leurs pieds tors,
Et leurs boutons d'habit sont des prunelles fauves
Qui vous accrochent l'oeil du fond des corridors !

Puis ils ont une main invisible qui tue :
Au retour, leur regard filtre ce venin noir
Qui charge l'oeil souffrant de la chienne battue,
Et vous suez, pris dans un atroce entonnoir.

Rassis, les poings noyés dans des manchettes sales,
Ils songent à ceux-là qui les ont fait lever
Et, de l'aurore au soir, des grappes d'amygdales
Sous leurs mentons chétifs s'agitent à crever.

Quand l'austère sommeil a baissé leurs visières,
Ils rêvent sur leur bras de sièges fécondés,
De vrais petits amours de chaises en lisière
Par lesquelles de fiers bureaux seront bordés ;

Des fleurs d'encre crachant des pollens en virgule
Les bercent, le long des calices accroupis
Tels qu'au fil des glaïeuls le vol des libellules
- Et leur membre s'agace à des barbes d'épis.

 

Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
15 mars 2013 5 15 /03 /mars /2013 22:17

CALAMANDREI

 

 

 

Version française – CALAMANDREI – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson italienne – Calamandrei – Francesco de Francisco

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Elle en inspira des jeunes filles, des jeunes gens, des jeunes femmes, des jeunes hommes à présent d'un bel âge – s'ils vivent encore – cette harangue de Piero Calamandrei, ce discours qu'il fit aux étudiants de Milan en 1955, un an avant sa mort. Et même si c'était un cri en écho aux chants de la Résistance, c'était pourtant déjà l'époque de la « désistance ». [[39124]] La « désistance », si tu te demandes ce que c'est, c'est le détricotage de tout ce que, au péril de leurs vies, les partisans avaient réussi à construire de conscience humaine, de dignité et de décence, de confiance dans l'avenir, de solidarité entre les gens, de promesse de liberté et de bien-être.

 

 

Tu as raison, Lucien l'âne mon ami, le discours de Piero Calamandrei tendait à mettre en garde et à dénoncer l'engloutissement de l’Italie dans les compromis et les compromissions, à faire apparaître sa lente descente dans l'indignité, à montrer son apathie devant le retour des fascistes, à accuser son oubli et à éclairer l'occultation volontaire des fondements de sa Constitution... Toutes choses qui dès 1945 avaient commencé à croître à l'ombre des gouvernements, du Vatican et des Alliés. Et cette mérule qui parasitait l'Italie s'est perpétuée... On en a vu les ravages... Elle a englouti bien des espérances, lesquelles comme le printemps – et c'est heureux –, ont une furieuse tendance à resurgir de sous la neige et la boue. Il n'avait pas fallu attendre dix ans pour voir à l’œuvre les forces qui avaient enfoncé l'Italie au plus profond de l'indignité. Dès 1945, la désistance s'organisait déjà, les noirs corbeaux avaient repris leur place sous une autre parure, sous une autre étiquette. Le podestat était devenu le sindaco... Son emblème n'était plus le fascio, il avait adopté l'écu. Depuis, comme l'on sait, ils sont revenus à l'air libre... triomphants et on les sent en coulisses tout prêts à se relancer encore.

 

 

Cependant, comme l'ont montré tes Histoires d'Allemagne, il n'y a pas qu'en Italie qu'ils ont repris place … Ce qui se passe en Italie ne peut être indifférent au reste de l'Europe... Souviens-toi, il fut un temps où on a cru pouvoir s'en laver les mains et laisser faire en Italie (Mussolini), en Espagne (Franco), au Portugal (Salazar), en Allemagne (Adolf H.), en Grèce (Metaxas), en Hongrie (Horty) ... On connaît la suite du programme... Plusieurs dizaines de millions de morts...

 

 

En fait, la guerre n'est pas finie et les vainqueurs, finalement, ne sont pas ceux que l'on a cru; certes, on ne la mène plus avec des avions et des chars et, pour l'instant, on ne voit plus arriver les fiers uniformes; à présent, on se contente des costumes trois-pièces, d'attachés-cases, de voitures blindées, de mesures financières, d'obscures réglementations, de décisions budgétaires, de prêts et de taux d'intérêts... Le plus lourd impose son poids, on réactive le rêve d'Otto avec d'autres méthodes : on met les autres dans les dettes en leur prêtant l'argent aux seules fins de pouvoir vendre ses machines, ses appareils, ses voitures et puis, on leur impose d'imposer pour rembourser (les bons comptes font les bons exploiteurs!) à leurs populations un régime de rigueur financière qui réduit les salaires, les allocations et les pensions, met les vieux à la disette, jette les fonctionnaires et autres agents publics à la rue, affame les campagnes, liquide les entreprises, crée de toutes pièces la faillite nationale des autres États... Ensuite, on les accuse. Bref, on répand la misère chez les autres pendant que d'une main, on récolte ce qui reste d'épargne (que fait d'autre la Deutsche Bank?), leurs derniers argents et que de l'autre, on pointe le doigt pour imputer aux gens pauvres les gabegies des riches. Ainsi, on oblige les pauvres d'un pays à rembourser par leur misère les dettes et les caprices des riches de ce même pays (quel pauvre aurait donc eu les moyens d'acheter une grosse berline ?). Par ailleurs, je te rappelle que cette guerre se mène au niveau européen et même, au niveau international et mondial.

 

 

Pour en revenir, Marco Valdo M.I. mon ami, à Calamandrei et à cette canzone qui porte son nom, je crois bien me souvenir que par deux fois au moins, tu es intervenu dans le site des Chansons contre la Guerre pour relayer la voix du poète lapidaire et de l'écrivain toscan. La première fois, c'était un peu par le biais d'un commentaire d'une autre chanson que tu forças le passage à cette épigramme que Piero Calamandrei adressa comme une pierre au Kamarade Kesselring : Lo avrai Kamerata Kesselring !, que tu avais intitulée ODE À KESSELRING [[39124]]. La seconde fois, tu écrivis à partir d'un texte de l'ancien recteur de l'Université de Florence – car Piero Calamandrei fut honoré de cette fonction à la libération de la ville : libération des nazis, mais aussi des milices fascistes – tu écrivis cette canzone sur L'Insurrection de Florence [[8936]]. Il me souvient que Calamandrei est celui qui nous a donné cette admirable sentence : Ora e sempre : Resistenza ! (Maintenant et toujours : Résistance!), même s'il savait qu'il s'agirait là de la devise quotidienne de bien peu de gens. Et rien que cette sentence nous donne le courage encore et toujours, imperturbables, tranquilles, obstinés, volontaires, discrets, de tisser tels les Canuts [[7841]] le linceul de ce vieux monde indigne, ravageur, trompeur, dominateur, usurier et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

Si tu veux aller en pèlerinage

Là où est née notre Constitution

Tu devras avoir beaucoup de courage

Pour arriver à destination

Monter en haut des montagnes

Où tombèrent les partisans

Et voir les prisons

Où ils furent emprisonnés

Et les champs, les rues, les places

Où ils furent pendus

 

Là où est mort un Italien

Pour délivrer la liberté

Un camarade une camarade

Vrais professeurs de dignité

C'est là que tu devras aller

Toi, jeune, espère

Avec ton cœur et ta raison

Là où est née notre Constitution.

 

Et alors allons en pèlerinage

Où rageaient la tourmente et le vent

Où celui qui tomba écrivit

Avec son amour un testament

Mots écrits qui sont vivants

Vivant dans tes mains

Pour ouvrir grand les prisons

Où nous sommes emprisonnés

Et nettoyer les rues et les places

Libérées par les Partisans.

 

Là où est mort un Résistant

Pour conquérir la liberté

Un camarade une camarade

Nous apprenons la dignité.

C'est là qu'il nous faut aller

Défenseurs de l’espérance

Avec notre cœur et notre la raison

 

Là où est née notre Constitution

Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
15 mars 2013 5 15 /03 /mars /2013 00:03

KURT SCHMIDT, EN GUISE DE BALLADE

 

Version française - KURT SCHMIDT, EN GUISE DE BALLADE – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson allemande - Kurt Schmidt, statt einer Ballade – Erich Kästner - 1930

 

 

Ah, Lucien l'âne mon ami, toi qui t'interroges toujours sur la signification des titres des canzones... Enfin, je vois à ton regard noir comme la poudre à canon que tu jettes un trouble sur mon affirmation... Dès lors, j'obtempère à cet œil malicieux et je tempère l'expression... Disons que tu m'interroges souvent à propos du titre de la canzone que je te présente. Eh bien, tu ferais au mieux de le faire aujourd'hui et pour celle-ci, car le titre est déjà en soi, toute une histoire. Je veux dire qu'on va trouver dans ce titre tout ce qu'il faut pour une conversation, un dialogue à la hauteur de la chanson elle-même et de celui qui l'a écrite... Car, tu en conviendras maintenant, Erich Kästner est un fantastique écrivain, un poète majuscule et d'ailleurs, je regrette fort de ne pas l'avoir rencontré plus tôt, mais personne ne m'en avait jamais touché mot. Et pour cause rien n'avait été publié en langue française, hors bien sûr ses romans pour enfants. J'ai vu depuis qu'il était quelque part dans les Chansons contre la Guerre, mais caché derrière un chanteur... On ne le voit pas, il ne restait plus qu'à le découvrir et l'amener dans notre langue.

 

 

Tout ce que tu dis, mon ami Marco Valdo M.I., me fait plaisir, mais j'aimerais encore plus que tu me dises de quoi il s'agit et comment avec ce titre, tu vas me faire la conversation et surtout, où elle va nous emmener.

 

 

Encore une fois, car je te l'ai déjà dit, mon ami Lucien l'âne, tu parles d'or. En premier lieu, il me faut avouer mon ignorance et je ne pense pas pouvoir jamais la combler... J'ignore qui est ce Kurt Schmidt, dont elle parle, cette canzone. Cela posé, j'ai beaucoup de choses à te dire concernant des Schmidts, dont la canzone dit qu'ils sont partout dans le monde : « Et sur le globe, il n'y a aucun pays, Où les Schmidts ne soient pas dans la majorité. » J'ajouterais volontiers qu'on les trouve sous des vocables à envergure variable tels que Schmitt, Schmit, Smet, Smith...et bien d'autres encore, j'arrête là mon énumération.

 

 

Ainsi, Schmidt, ce serait un peu comme Martin, Dupont, Dupond, Duval, Durant, Durand...pour les gens de France, de Navarre, de Wallonie, du Québec et autres nations où l'on pratique le français comme langue commune...

 

 

En effet et si tu veux bien considérer qu'il s'agit d'une sorte de ballade qui lui est consacrée et ce sera ma première réflexion, ce Schmidt m'a directement fait penser à Jean Martin et la ballade au blues que Boris Vian lui avait consacré : Blues pour Jean Martin [[41629]]. En fait, comme tu pourras le constater, c'est la même histoire épouvantablement triste d'une vie gâchée par la Guerre de Cent Mille Ans et que les riches mènent contre les pauvres afin de leur imposer l'esclavage qui rend libre... Traduction anhistorique de la célèbre devise libérale : « Arbeit macht frei ! - Le travail rend libre ». Saint Orwell, protégez-nous de l'antiphrase...

 

 

Je connais bien ce Blues pour Jean Martin et je l'aime beaucoup. Ceci expliquerait la ballade, mais tu m'as dit qu'il y avait encore d'autres choses à en dire de cette canzone de Kästner.

 

 

Mais évidemment comme tu t'en doutes un peu, je n'en ai pas fini avec les Schmidt, Schmitt, Schmit, Smet, Smith... Donc, Schmidt, c'est en quelque sorte l'homme moyen, l'homme de la rue... Il n'est ni riche, ni célèbre... Même si, dans certaines circonstances, il peut devenir une personne de référence... Ainsi en va-t-il de Smith... Non pas, le célèbre John Smith qui peut incarner comme Jean Martin ou Jean Dupont peuvent incarner la France, et qui peut incarner l'Angleterre... Même si étant Smith et autant dire cet individu moyen, censément bonenfant, il peut-être même une sorte de boy-scout, de ranger, qui finit partant de cette position assez banale à force d'every day common whiteness, ce qui se rapprocherait assez de la common decency d'Orwell [http://www.pileface.com/sollers/article.php3?id_article=753], il finit par prendre la posture du Don Quichotte et mettre en cause le système, la machine, la caste et tout ce qui s'ensuit. Un tel Smith est le héros de Mr. Smith goes to Washington, film de Frank Capra (Italien émigré) dont le titre français est M. Smith au Sénat [http://fr.wikipedia.org/wiki/Monsieur_Smith_au_S%C3%A9nat] . Je te cite ce Smith-là et je t'indique le fil pour le trouver... [

http://www.dailymotion.com/video/x9vkw2_mr-smith-au-senat-1-7_webcam#.UUGzNxwWVok]

Mais le film tout entier doit être vu et je l'ai regardé une nouvelle fois, juste pour écrire ces quelques lignes.

 

 

 

 

 

 

Là aussi, je viens de reregarder ce film et j'apprécie cette posture du Don Quichotte, comme dit Saunders, alias Clarissa. Posture du Don Quichotte chargeant de politiques moulins,(Posture qui est une des caractéristiques de ce site et de certains de ses participants) qu'adopte Jefferson Smith. Ceci dit, je trouve que le film de Capra, sous des dehors de comédie patriotico-américaine, éclaire bien des événements de la Guerre de Cent Mille Ans et cette histoire de magnat de la construction, magnat de la presse, détenteur de toutes les radios de son État qu'il tient à la botte en envoyant ses avocats, ses journalistes et ses casseurs contre le brave Smith et toute personne qui généralement s'oppose à ses ambitions et à son avidité... Cette histoire me rappelle singulièrement certain personnage italien proche de la prison. Et à propos de common decency, ce grand manipulateur est doté d'une indécence peu commune. Mais y a-t-il encore un Schmidt, Schmitt, Schmit, Smet, Smith... dont tu voudrais me parler. À voir tes yeux rieurs, il doit bien y en avoir encore un que je pense – et j'espère – tu vas nous sortir d'un de tes tiroirs secrets...

 

 

Tu as l'art divinatoire, mon ami Lucien l'âne... Mais enfin, il n'y a là rien d'étonnant pour un âne initié aux plus grands mystères par la plus mystérieuse des sorcières de l'antique Antiquité. Je te gardais, comme il se doit, un dernier Schmidt pour la fin... Et censément, Orwell lui-même le confirmerait, un Schmidt des plus méconnus et des plus vilipendés... de tous lieux, de tous bords... Un Schmidt qui serait le Socrate de notre époque, un philosophe et le plus sulfureux qui soit, je veux parler de Johann Kaspar Schmidt, plus habituellement connu comme le philosophe au grand front (d'où son nom de Stirner) ou de son nom de penseur de Max Stirner [http://fr.wikipedia.org/wiki/Max_Stirner#L.27Unique_et_sa_propri.C3.A9t.C3.A9]. Je ne t'en dirai rien d'autre, il te reste tout juste à le lire – je veux dire à lire de bout en bout et sans te laisser distraire par des considérations oiseuses « L'unique et sa Propriété »

 

 

Je vais m'y mettre dès ce soir.... Et dès à présent, en même temps que tous ces Schmidt, Schmitt, Schmit, Smet, Smith..., tissons Marco Valdo M.I. mon ami, ce linceul définitif qui est celui de ce vieux monde combinard, oppressant, indécent, indigne et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

 

L'homme, dont on parle, s’appelle

Schmidt (Kurt Schmidt. In extenso).

Il se lève le matin à 6 heures, sauf le dimanche,

Et va tous les soirs à 8 heures au lit, tôt.

 

Pendant 10 heures, il se repose muet et aveugle.
Il a besoin de 4 heures pour se déplacer et manger.
Pendant 9 heures, il est dans l'usine à glaces.
Une petite heure reste pour des intérêts plus élevés.

 

Il dort son content seulement le dimanche et les jours de fête.
Il se rase, jusqu'à ce que la peau lui brûle.
Ensuite, il va danser. Dans les salles en ville.

Où il fait vite connaissance de demoiselles inconnues.

 

Le lundi, la même rengaine recommence .
Et c'est toujours le même couplet !
Une année est morte. Une autre année commence.

Et ce qui advient ne change jamais.

 

Emmitouflé au cœur de ce temps, Schmidt se trouve fort bien
Parfois, il rêve la nuit de pays lointains.
Et le temps donne à Schmidt la cadence.
Demain tout peut changer. Schmidt le pense.

 

Là, il se goure complètement
Une demoiselle Brandt lui donne un enfant.
Son fils naît. Bien accroché à la Terre.

(Schmidt a 40 marks de salaire hebdomadaire.)

 

Le temps marche comme un grenadier.
D'un même pas. Et Schmidt suit.

Le temps passe. Et Schmidt passe avec lui.

Un jour, Schmidt remarque combien il doit en baver.

 

Il remarque qu'il n'est pas le seul ainsi
Et cependant, il est seul face aux dangers.
Et sur le globe, il n'y a aucun pays,
Où les Schmidts ne soient pas dans la majorité.

 

C'est ainsi. Il s'est trompé jusqu'à présent.

C'est ainsi, c'est établi, ainsi ça reste.
Il a compris... Il ne sera jamais différent.
Et ce qu'il a espéré, l'a conduit dans une nasse

 

L'homme est aussi essentiellement une sorte de légume,
Dont les autres se nourrissent.
L'âme n'est pas sise dans l'épiphyse
Elle ne vaut rien, si elle existe.

 

Schmidt sue pendant 9 heures à l'usine.
Durant 4 heures, abruti et épuisé, il se déplace et mange
Il se repose 10 heures, muet et aveugle.
Et dans la petite heure qui lui reste, il se tue.

Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
12 mars 2013 2 12 /03 /mars /2013 19:12

 

FANTAISIE D'APRÈS-DEMAIN

 

Version française – FANTAISIE D'APRÈS-DEMAIN – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson allemande - Fantasie von Übermorgen – Erich Kästner – 1929

 

Kästner Gedichte: Lärm im Spiegel, 1929

 

 

 

 

Une sorte de mythe, de légende, de récit, de rêve, d'imaginaire, de fantôme traverse l’histoire des hommes – je veux dire ainsi l'histoire humaine, l'histoire du genre humain – si j'ose dire : sans tambour, ni jupette, et tu vas comprendre pourquoi, mon ami Marco Valdo M.I.. Cette histoire se présente régulièrement sous des formes diverses et elle me semble à proprement parler une sorte de féerie en ce qu'elle est séduisante, jusqu'à présent peu réaliste et même, carrément surréaliste. Il s'agit d'une sorte de conte primitif, une structure, un squelette d'histoire qui se meut dans l'idée que les femmes vont mettre fin à la guerre. Aristophane, de mon temps, la racontait déjà ; ici, c'est notre quasi-contemporain Erich Kästner qui la fabule à son tour...

 

 

Certes, mais je te prie, Lucien l’âne mon ami, de bien considérer s'agissant d'Erich Kästner qu'il l'intitule : Fantasie von Übermorgen, que j'ai traduite par « Fantaisie d'après-demain » et que j'aurais tout aussi bien pu traduire : « Fantaisie pour après-demain ». Somme toute, cette guerre-là n'a pas encore eu lieu, elle est purement imaginaire et les femmes pourront ainsi l'interrompre avant même qu'elle n'éclose. Une sorte d'avortement préventif, une action prophylactique, un geste médicatoire. Ce n'est pas, tu peux me croire, que l'idée que les femmes puissent mettre fin à la guerre me désole... Bien au contraire ! Comme toi, j'en suis persuadé, je ne demanderais pas mieux qu'elles y missent fin à cette foutue Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres pour accroître leur domination, pour étendre leur dominium, pour conforter leur droit d'exploiter, pour imposer l'impunité de leur avidité... Mais précisément, toute l'affaire gît là. Cette histoire de femmes qui en raison de leur genre ?, de leurs bonnes intentions ?, de leur nature ?... mettraient fin à la guerre, c'est pure imagination, rêve, illusion... Car, tu en conviendras aisément, les femmes aussi peuvent être riches ou pauvres et c'est bien là, la vraie ligne de partage ou plus exactement, de refus de partage. Le fait d'être homme ou femme n'a strictement rien à y faire. Il est des femmes aussi rapaces que certains hommes. Ce sont des bêtes de proie aussi redoutables et aussi, avides. Mais passons sur ces considérations rationnelles et plongeons dans la féerie imaginative de Kästner.

 

 

Ce que j'en dirais moi, avant de conclure, c'est que malgré tout, même si c'est un rêve, une rêverie, un songe, un fantasme, une utopie, une fantasmagorie, bref, comme dit Kästner, une fantaisie, c'est quand même un songe intéressant, passionnant et bourré d'une sympathique espérance... et une fameuse façon de mettre en garde les hommes contre les folies guerrières... Rappelle-toi qu'il écrit ça en 1929, qu'Hitler et les gens du genre déploient déjà leurs drapeaux, serrent déjà leurs ceinturons, lubrifient leurs bottes, assouplissent leurs matraques, marchent au pas en cadence, carrent leur menton et donnent déjà de la voix... Leurs aboiements emplissent déjà les rues un peu partout en Europe... et c'est de la part de Kästner une fameuse manière de tisser, comme nous entendons le faire, le linceul de ce vieux monde belliqueux (de cheval), belliciste, brutal, bête , querelleur, avide, assassin et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Et lorsque la guerre suivante commença,
Les femmes dirent : Non !

Et renfermèrent frère, fils et mari
Solidement en leur logis.
Alors, elles se rendirent dans chaque pays,
Devant la maison du capitaine
Elles tenaient des bâtons en main
Elles ont viré les types.
Et ont mis à genoux,
Ceux qui ordonnèrent cette guerre :
Ces messieurs de la banque et de l'industrie,
Le ministre et le général.
On cassa là ainsi un peu de bâton .
Et les grandes gueules se turent.
Dans tous les pays, il y eut des cris,
Et nulle part, il n'y eut la guerre.
Les femmes rentrèrent alors à la maison,
Au frère, au fils et au mari,
Elles dirent : la guerre est finie!
Les hommes se précipitèrent aux fenêtres
Et ne virent pas les femmes…

Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
12 mars 2013 2 12 /03 /mars /2013 14:59

RODEO

 

 

Version française – RODEO – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson italienne – Rodeo - Lucio Dalla – 1976


Paroles de Norisso (pseudonimo di Roberto Roversi)
Musique di Lucio Dalla
Album «Automobili»‎

 

Texte tiré de Zeroincondotta, quotidien autogéré ‎de Bologne.‎

 

 

 

Il y à vingt ans, avec « Automobiles », s'interrompit la collaboration entre Roberto Roversi et Lucio Dalla. Le disque, de toute façon très beau, fut très différent du projet initial, réducteur par rapport au spectacle qui Dalla avait mis en scène (et duquel, tôt ou tard, sortira une version pirate). Une partie des chansons fut écartée, quelques textes furent abrégés. Dans les notes de couverture, les textes sont signés Norisso ; les musiciens qui collaborèrent avec Lucio Dalla étaient : Carlo Capelli, Marco Nanni, Giovanni Pezzoli, Luciano Ciccaglioni, Ruggero Cini, Rodolfo Bianchi, Tony Esposito, Rosalino Cellamare. Mais à réécouter, ces chansons, et à relire, ces textes sur l'automobile et sur l'homme au volant, émergent des images et des catégories très modernes. Et même prophéties de Crash.
« Le futur de l'automobile » est le spectacle chanté d'une idée : ou, disons-le avec simplicité, sera peut-être seulement le projet de ce spectacle chanté. Et notre idée est celle-ci : chacun à sa mode et dans son champ d'intérêt et de travail, mais tous ensemble, nous devons nous hâter à redessiner la carte de l'homme, cet homme de ` 76, qui chaque jour semble brûler sur le papier de cent journaux.

Nous devons chercher à lui redonner un visage (notre visage), un coeur (notre coeur), des sentiments (nos sentiments), un amour (notre amour), même une ombre (notre ombre). Nous devons l'accompagner, lui parler, discuter, l'écouter ; l'écouter surtout dans les instants où se croyant seul il parle ou cherche à parler à haute voix. Nous devons avec un doigt chercher à suivre même la légère poussière de son souffle. Nous le voyons ici avec les pieds sur terre, avec une nouvelle expérience, avec une rage différente, avec ses problèmes qui sont terribles mais même avec sa volonté de comprendre et de vivre le futur. Donc avec le besoin de se mêler et s'unir aux autres pour chercher (Roberto Roversi, 1976)


Aujourd'hui est-il différent d'alors ? Plus compliqué et impossible ? Beaucoup de ces textes, en substance, disent des choses des pertinentes encore aujourd'hui, je crois. Je dirais disaient, tels quels. À part « Les murs du vingt et un », la chanson épique, comme sur la guerre de Troie ; mais qui me donne encore des frissons. Qu'importe ? L'épisode, les paroles de « l'Engorgement » sont-ils tirés d'un journal de 76 ou d'aujourd'hui ? Et « Entevue avec l'Avocat », à part les rides ? Ensuite , il y a Nuvolari, qu'alors beaucoup avaient oublié (mais aujourd'hui j'ai le regret vrai de ne pas avoir obtenu la chanson sur Achille Varzi, l'adversaire lucide et impitoyable ; très moderne personnage de légende ; pour moi le plus grand pilote du siècle, parmi tant de champions).

 

 

nuvolariportrait

 

 

Ainsi « Mille Miglia » un et deux ; films sur des routes encore libres et bordées d'arbres, seulement en partie goudronnées, poussiéreuses, peu éclairées. Pourraient-ils y avoir des courses aujourd'hui, hors des autodromes ? De nuit, au lit, beaucoup entendaient les moteurs lointains rugir. Non, cela ne se pourrait pas ; seule la mémoire, le souvenir, l'oblitération du présent, pour qui de quelque façon les a vues. Le monde d'aujourd'hui est aussi épique mais en mode atroce ; mais les champions sont trop voisins et trop présents, toujours, pour donner les frissons. (Roberto Roversi, 1996)

 

De Zeroincondotta, quotidien autogéré en Bologne.

 

 

 

 

L'asphalte se dénoue en tourniquets,

en courbes défilées.

Les villes petites ou grandes s'éteignent comme des chandelles.

Monte une odeur longue de café

des fenêtres grand ouvertes.

Le dernier rayon de soleil dort sur ton genou.

Ensuite la route se remplit de gens

aux croisements ou sur les boulevards, ils font un barrage

ils font des barrages routiers,

il y a de la fumée dans l'air et on ne voit plus rien autour .

Pneus de caoutchouc, piles, haut-parleurs qui crient,

Femmes et jeunes alignés

Tirent une feuille à travers les vitres baissées,

Parlent d'usines

Parlent de cinq usines occupées.

Le paysage ici est maintenant changé.

Les camions sont arrêtés le long des murs.

La mer a disparu, le vent semble un vent infernal

Il bat et rebat les volets fermés.

Un jeu

Le jeu semble arrivé au rush final.

Ces hommes et les femmes

Disent dix mots,

Ce sont des mots durs comme un caillou,

Ce n'est pas un tison à éteindre sous le talon.

Cette année

Pour la première fois

Nous aurons une récession globale ;

On dit que tout change

Et les hommes le savent

Dans le monde industriel.

On dit qu'il n'en sera pas toujours ainsi.

Même si ces temps sont durs

En arrière

En arrière

En arrière nous ne nous laisserons pas rejeter.

Ils disent dix mots

Ou des mots ils en redisent cent

Tandis que nous reprenons ce voyage.

La vioture court sur un viaduc.

Nous volons comme un planeur

Qui léger étend ses ailes sur les prés

Et nous voyons là dessous

Blanc nu et seul, un homme

Qui agite un violon cassé

Et se bat en duel avec une ombre.

Silence autour

Un silence étrange

Un silence dur

Un beau silence.

Repost 0
Marco Valdo M.I. - dans Dalla Lucio
commenter cet article