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19 janvier 2013 6 19 /01 /janvier /2013 18:29

LES MIRAGES

 

Version française – LES MIRAGES – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson italienne – Le mirage – Rino Gaetano


Texte tiré du livre « Rino Gaetano - Mais le ciel est toujours plus bleu - pensées, récits et chansons inédites » de Massimo Cotto. Le texte fait partie d'un des cahiers sur lesquels Rino Gaetano écrivait, justement, des pensées, récits et chansons. Voici une partie de l'introduction de Massimo Cotto au texte :

 

Lesmirages


Composition numéro 12.Parodie des moyens de défense qui devraient protéger notre intégrité. La bombe atomique « Nous avons la bombe atomique / Gagnée avec les points de la mayonnaise», la flotte : « Nous avons aussi une force navale / Dans nos eaux territoriales / Gagnée avec les bouchons de lait », le submersible : « Nous avons un sous-marin / Gagné avec les points du fromage gras».

 

Les Mirages – voir l'image de l'avion français...

 

 

 

mirage-2000-5

 

 

 

et pour l'intrigante Nanà, il s'agit de cette héroïne nippo-italienne, qui hanta la télé italienne de l'époque de Rino Gaetano et circonvenait odieusement les enfants. (http://lottovolante.plnet.forumcommunity.net/?t=42071127)

 

 

 

 

nan2a

 

 

 

 

 

Nous avons la bombe atomique

Gagnée avec les points de la mayonnaise
Pour défendre la paix

Dans nos eaux territoriales
Nous avons aussi une force navale
Gagnée avec les bouchons de lait
Maintenant nous voulons même voler
Sur l'avion « made in France »
Mais ça coûte cher d'y arriver
Ça nous fera de nouvelles dépenses
Mais avec les mirages, la vie s'envolera
Pour les mirages, les enfants paient seulement la moitié
Sur les mirages, la vie s'envolera
Et plus haut encore si avec nous, on a Nanà
Avec Nanà, la vie s'envolera
Les enfants paient seulement la moitié avec Nanà,

Pour la défense de nos fonds marins
Nous avons un sous-marin
Gagné avec les points du fromage gras


Et les uniformes chamarrés d'un million d'officiers
Contre de vieux journaux, nous les avons échangés.

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Marco Valdo M.I.
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18 janvier 2013 5 18 /01 /janvier /2013 10:41

 

LA VALISE DE L'ÉMIGRANT

 

Version française – LA VALISE DE L'ÉMIGRANT – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson italienne – La valigia dell’emigrante – Gianni Rodari

Ce n'est pas gros, ce n'est pas pesant
La valise de l'émigrant…
Il y a un peu de terre de mon village
Pour ne pas être seul en voyage…
Un vêtement, un pain, un fruit,
Et c'est fini.
Mais mon cœur non, je ne l'ai pas emporté :
Dans la valise, il n'est pas entré.
Il avait trop de peine pour venir
Au-delà de la mer. Il ne veut pas partir.
Il reste, fidèle comme un chien,
Sur la terre sans pain :
Un petit champ, vraiment là au-dessus…
Mais le train court : on ne le voit plus.

 

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Marco Valdo M.I.
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17 janvier 2013 4 17 /01 /janvier /2013 21:50

LES NAVETTEUSES

 

 

Version française - LES NAVETTEUSES – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson italienne – Le pendolari - Ahmed il Lavavetri – 2013


Sur la musique des Passantes de Georges Brassens
(ou Le passanti de Fabrizio de André, c'est le même)

 

 

 

L'autre soir, il m'est arrivé d'assister à un concert dans une usine occupée. Il y avait là un groupe, un « cover band », qui jouait tout le répertoire de Rino Gaetano (qui, sans discussion, était beaucoup mieux là que sur les affiches de Forza Nuova), et il y avait les travailleuses et les travailleurs de l'usine mise en faillite et fermée pour ensuite être rachetée à un prix, justement, de faillite. Avec ce qui, probablement, s'en suivra. En voyant tout ce grand débat de « passants » qu'il y eut hier sur ce site, me sont venues à l'esprit les « Passantes » de chaque jour; celles-là dont les yeux ne réfléchissent vraiment plus aucun paysage. Je me suis mis à penser à ce que verrait aujourd'hui, Antoine Pol dans le train ou aux fenêtres ; et, alors, il m'est venu ce qui suit. [Ahmed il Lavavetri – Ahmed le Laveur de vitres]

 

 

 

Je veux dédier ce refrain
Aux femmes serrées dans un train
Au retour du soir, à l'aller du matin
À celles licenciées à peine,
Anciennes, il ne valait pas la peine
De les garder jusqu'au lendemain

 

À celles qu'on doit réveiller
Avant quatre heures pour aller
Travailler jusqu'à en mourir
Et dorment dans le train sans sourire,
Une grimace barre leur profil
Tandis qu'elles passent de ville en ville.

 

À la compagne de voyage
Chômeuse d'une boîte de nettoyage
Qui vous glisse un tract en main ,
En gare, par la fenêtre, elle en passe
À une fille de l'usine de glaces
Qu'on a fermée ce matin.

 

À celles ponctuelles travailleuses
Qui ont cru pouvoir être heureuses
Et faire confiance à la direction
Maintenant elles manifestent ici
Elles en appellent à la démocratie

À la face de l’État et des patrons

 

À la navetteuse dont le collègue
Palpe le cul, et qui ne peut réagir
Sauf à ne plus vivre, c'est la règle
À celle à qui le patron fait sentir
Qu'il est mieux de se taire si elle ne veut

Pas aller laver les petits vieux

 

Le syndicat ne peut plus t'aider
On te demande de te sacrifier
Pour le bien de la nation,
Silencieuse, tu ne dois pas protester,
Ni te défendre, ni manifester,
Sinon, c'est la prison.

 

Le soir toutes à nouveau sur ce train
Plus puant encore, et plus plein
De visages ternes, d'espérances enfuies
Puis à la maison, il y a le ménage
Les repas, la télé et la rage
Et à laver des vaisselles infinies.

 

Alors dans les instants de solitude
Penser aux révoltes devient une habitude,
Une manière de contrer l'épouvante
Mais le matin, à nouveau sur les rails
Les voilà là, navetteuses du travail

Et quelqu'un siffle « Les Passantes ».

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17 janvier 2013 4 17 /01 /janvier /2013 18:05

SUR LA LUNE

Version française - SUR LA LUNE – Marco valdo M.I. – 2013

Chanson italienne - Sulla Luna – Gianni Rodari

 

J'ai découvert cependant que « Sulla Luna », avec une dizaine d'autres comptines du grand pédagogue (Gianni Rodari), a été mise en musique par Stefano Panzarasa, géologue, éducateur ambiantal et musicien, et est inclue dans son CD intitulé « Orecchioverde », publié en 2009.
« L'Oreille Verte de Gianni Rodari » est également un livre de Panzarasa et publié par Presse Alternative.

 

 

Salut, merci d'avoir trouvé ma chanson et pour la citation de mon livre…
J'ai mis en musique plus de 40 textes de tendance écopacifiste du grand poète Gianni Rodari, sur la solidarité, la paix, contre la guerre et les bombes nucléaires, l'égalité, l'amour pour l'enfance et la nature.
Quelques-unes de ces chansons sont dans le cd annexe au livre, d'autres ou les mêmes font maintenant partie du répertoire du groupe éco-rock rodarien « Insalata Sbagliata » et j'insérerai dans les C.C.G. celles expressément contre la guerre.
Salut et bon travail,
Stefano Panzarasa


www.orecchioverde.ilcannocchiale.it
bassavalledeltevere@alice.it

Stefano Panzarasa –12/8/2012

 

La guerre des cloches

 

de Gianni Rodari,

tiré de « Fables au téléphone » – 1962

 

 

 

Il y eut autrefois une guerre, une grande et terrible guerre, qui faisait mourir beaucoup de soldats d'une côté et de l'autre. Nous étions ici et nos ennemis étaient là, et ils nous tiraient dessus jour et nuit, mais la guerre fut si longue qu'à un certain point, il vint à manquer le bronze pour les canons, le fer pour les baïonnettes, et cetera.

 

Notre commandant, le Supergénéral Bombon Sparon Pestafracasson commanda d'enlever toutes les cloches des clochers et de les fondre toutes ensemble pour fabriquer un très gros canon : un seul, mais assez gros pour gagner la guerre avec un seul coup.

 

Pour soulever ce canon fallut cent mille grues ; pour le transporter au front, il nous fallut nonante-sept des trains. Le Supergénéral se frottait les mains de contentement et disait : – Lorsque mon canon tirera, les ennemis s'enfuiront sur la lune.

 

Voici le grand moment. Le supercanon était pointé sur les ennemis. Nous nous étions rempli les oreilles d'ouate, car le vacarme pouvait nous casser les tympans et la trompe d'Eustache.

 

Le Supergénéral Bombon Sparon Pestafracasson commanda : – Feu !

Un artilleur pressa un bouton. Et tout à coup, d'un bout à l'autre du front, on entendit un gigantesque tintement de cloches : Ding ! Dong ! Dang !

 

Nous enlevâmes l'ouate de nos oreilles pour mieux entendre.

- Ding ! Dong ! Dang ! – tonnait le supercanon. Et cent mille échos répétaient par les montagnes et les vallons : – Ding ! Dong ! Dang ! - Feu ! – cria le Supergénéral pour la deuxième fois : Feu, Nom de Dieu !

 

L'artilleur pressa à nouveau le bouton et à nouveau un joyeux concert de cloches se répandit de tranchée en tranchée. Il semblait que sonnaient ensemble toutes les cloches de notre patrie. Le Supergénéral s'arrachait les cheveux de rage et continua à se les arracher jusqu'à ce qu'il ne lui en resta plus un seul.

 

Puis, il y eut un instant de silence. Et voilà que de l'autre côté du front, comme un signal répondit un allegro assourdissant : – Ding ! Dong ! Dang !

 

Car vous devez savoir que même le commandant des ennemis, le Mortechal Von Bombon Sparon Pestafrakasson avait eu l'idée de fabriquer un supercanon avec les cloches de son pays.

Ding ! Dang ! – tonnait maintenant notre canon. – Dong ! – répondait celui des ennemis.

Et les soldats des deux armées bondissaient des tranchés, couraient les uns vers les autres, dansaient et criaient : – Les cloches, les cloches ! C'est la fête ! C'est la paix !

 

Le Supergénéral et le Mortechal montèrent sur leurs automobiles et s'enfuirent ; ils consommèrent toute l'essence, mais le son des cloches les poursuivait encore.

 

 

 

 

Sur la Lune, je vous en prie,
N'envoyez pas de général :
Il en ferait une caserne
Avec trompette et caporal.

N'envoyez pas de banquier
Sur le satellite d'argent,
Il le mettrait dans un coffre d'acier
Pour le montrer contre paiement.

N'envoyez pas de ministère
Avec sa suite de huissiers :
Il remplirait de papier
Les cratères lunaires.

Il y faut un poète
À poser sur la Lune ;
Avec sa tête dans la Lune

Dame, c'est sa planète

À rêver les plus beaux rêves
Il est depuis toujours habitué :
Il sait espérer l'impossible
Même quand il est désespéré.

Pour que les rêves et les espérances
Éclosent en fleurs d'évidence,
Sur la Lune et sur la Terre
Faites place aux rêveurs !

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Marco Valdo M.I.
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16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 20:56

MOI, JE M'EN VAIS SUR LA LUNE

Version française – MOI, JE M'EN VAIS SUR LA LUNE – Marco Valdo M.I. – 2013

d'après la version italienne de Riccardo Venturi

d'une chanson sicilienne – Mi 'nni vaju 'nta la luna – Ciccio Busacca -1971

Écrite par Ciccio e Concettina Busacca

 

 

 

Histoire de Ciccio (qui alla sur la Lune en 600 Multipla)
deRiccardo Venturi.

 

 

Francesco Busacca, dit Ciccio (ou mieux, Cicciu), né à Paternò en province de Catane le 15 février 1925, parcourait la Sicile, jusque dans les villages plus isolés et oubliés, à bord de sa vieille Fiat 600 Multipla avec son toit ouvrant. À bord il avait peu de choses : une paire de guitares, des cordes de rechange et le panneau qui illustrait les histoires qu'il racontait en musique. Les dessins il les faisait lui-même ; les histoires, parfois, il les écrivait avec sa sœur Concettina. C'était un aède, un chantauteur , un vrai, un de ceux-là, nés dans les campagnes du monde, qui allaient de village en village raconter des histoires véridiques, « des faits et des faits divers » qui s'étaient produits à un kilomètre ou aux antipodes. Dans le monde rural (mais, pas seulement, dans les villes aussi), ils faisaient fonction de véritable « journal chanté », même si le « journalisme » qu'ils exerçaient était ce qu'aujourd'hui nous appellerions un journalisme de bas étage, des « Faits-divers » ; mais, parfois, ils développaient une passion pour le récit et pour la dénonciation civile qui les élevait au rang des poètes et des chantres populaires. Ciccio Busacca était un de ceux-ci ; il possédait en outre, cas pas fréquent, une grande sensibilité musicale.

 

Après avoir écouté dans sa prime jeunesse les plus grands aèdes de Paternò, Paolo Garofalo et Gaetano Grasso, et en avoir appris l'art, en 1951, il commença en chantant et en représentant, sur la place de San Cataldo, en province de Caltanissetta, l'histoire de l'Assassinat de Raddusa. C'était l'histoire, entièrement vraie, d'une fille de dix-sept ans qui s'était vengée de l'homme qui l'avait violée, en l'approchant sur la place du village déguisée en femme âgée et en le poignardant. La Sicile des années 50 était remplie d'aèdes grands et experts (Orazio Strano, Turiddu Belle, Vito Santangelo, Matteo Musumeci, « Ciccio Rinzinu » et autres) ; le très jeune Busacca, à un peu plus de vingt-cinq ans, devint une étoile grâce à son habileté. Sa renommée le mena tellement loin qu'en 1956, il débuta au Petit Théâtre de Milan avec un spectacle intitulé Pupi et aèdes de Sicile. En 1957, à Gonzaga (MN), il conquit le premier prix de « Trouvère d'Italie » conféré par l'AICA, l'Association Italienne des Chantauteurs Ambulants ; et à « ambuler » Busacca continuait, malgré son authentique renommée.

 

Dans les années qui suivirent, il rencontra un grand poète : Ignazio Buttitta. De cette rencontre, jaillira la composition la plus fameuse de Busacca, Lamentu pi la morti di Turiddu Carnivali, sur des vers de Buttitta dédiés à l'histoire d'un syndicaliste socialiste, Salvatore Carnevale, tué par la mafia en 1955 [7734]. Dans les années 70, il connut une célèbre expérience théâtrale avec Dario Fo , en participant au spectacle de chansons populaires Ci ragiono e canto; on l'entendait souvent même à la radio, et on le voyait à la télévision.

 

Avec la fin des années 70, la période d'intérêt dans les joutes de chantauteurs populaires (et même des chantauteurs qui n'étaient pas populaires) commença inexorablement à décliner ; les funestes années 80 s'annonçaient. Cela ne correspondit cependant pas du tout à un déclin artistique de Busacca et des autres chantauteurs siciliens, qui cependant durent littéralement succomber à la diffusion de la télévision et des autres moyens de communication de masse. Ce n'était pas la fin seulement du chantauteur (parmi lesquels survécut, peut-être, le seul Franco Trincale) mais d'une civilisation entière qui, dans ses formes (parmi lesquelles la diffusion orale des nouvelles en musique à travers l'activité du chantauteur), avait traversé les siècles. Les faits-divers, maintenant, arrivaient aux gens directement des écrans de télévision, sans aucune « médiation » poétique ; le chantauteur était une épave d'un passé millénaire. Ciccio Busacca meurt à Busto Arsizio, en Lombardie, le 11 septembre 1989.

 

Pourtant, il ne s'était pas passé beaucoup d'années depuis 1971, quand il voulait aller sur la Lune, lui aussi. Peut-être, peut-être, à bord de sa 600 Multipla qu'il avait encore. C'étaient des années durant lesquelles la Lune était fort à la mode ; seulement deux ans auparavant, en juillet 1969, l'Homme y avait posé le pied pour la première fois (Allez, Merckx!, dit Lucien l'âne en riant). « Un petit pas pour moi, un grand pas pour l'humanité », avait dit Neil Armstrong ; il y eut ensuite les autres expéditions « Apollo ». Elle mit assez peu de temps, cependant, pour passer de mode la Lune ; en 1972, avec le dernier voyage d'Apollo 17, on n'en parla plus. Durant ces quelques années cependant, ils voulaient tous y aller sur la Lune; et alors, pensa Ciccio Busacca dans sa 600 Multipla, pourquoi ne pas y aller travailler moi aussi ? Pourquoi ne pas y émigrer ? Et ce fut ainsi que, au lieu de raconter un fait-divers, dans cette chanson qui fut publiée dans des 45 tours des « Disques du Soleil » (Lune et le Soleil sur le même disque, dirait-on…) Busacca emmena les Siciliens et tous les Sudsdu monde sur la Lune. Pas tout à fait une affaire de quatre sous !

 

 

[ Incise de Lucien l'âne : Trenet disait :

Le soleil a rendez-vous avec la lune
Mais la lune n'est pas là et le soleil l'attend
Ici-bas souvent chacun pour sa chacune
Chacun doit en faire autant
La lune est là, la lune est là
La lune est là, mais le soleil ne la voit pas
Pour la trouver il faut la nuit
Il faut la nuit mais le soleil ne le sait pas et toujours luit
Le soleil a rendez-vous avec la lune
Mais la lune n'est pas là et le soleil l'attend
Papa dit qu'il a vu ça lui...]

 

 

Il les y mena cependant, sur la Lune, dans les formes usuelles de l’émigration. Pas du tout avec l'astronef superinformatisé de la NASA, qui débarqua sur la Lune guidé par un « cerveau électronique » qui avait la puissance d'un portable actuel en vente à 20 euros au supermarché. Non, il les y mena avec leurs valises, sans doute liées avec de la ficelle – même si la chanson ne le dit pas. Il les mena, naturellement, faire fortune ; mot qui, inexorablement, a sa rime avec « lune » et ce doit être ainsi. Il les mena faire de l'argent, sur la Lune, de la même manière qu'on allait à Turin, en Amérique ou en Australie. Il les mena travailler à des conditions finalement justes, car – comme il est notable – sur la Lune on travaille, on gagne et il n'y a personne qui est forcé. Il les mena avec les chants de sa terre, comment en douter ? Sur la Lune ne pouvait pas résonner seulement la langue barbare des astronautes (même si il semble que, à un certain point, un d'eux – peut-être même Armstrong, je ne me rappelle pas lequel, s'est exclamé « Mamma mia ! » en italien, qui sait pourquoi) ; on y voulait même Vitti 'na crozza et, pourquoi pas, même l'histoire de la fille qui avait poignardé son violeur et celle du syndicaliste tué par les mafieux. Et sur la Lune, ensuite, il n'y a personne qui commande (peut-être, qui sait, y aura-t-il trouvé même son compatriote Alfonso Failla, peut-être avec un carrier de Carrare ; qui sait combien de marbre y doit y avoir sur la Lune, sans que ne viennent le prendre les multinationales). Sur la Lune, il n'y a pas de voleurs, n'existent même pas les juges et les tribunaux ; et il n'y a pas de roi, de présidents, d'états et de ministres. Il n'y a pas de bureaucratie. Il n'y a pas la guerre. Il y a la vraie liberté.

 

C'est, qu'on me le laisse dire, une chanson extraordinaire. J'ai un souvenir, toutefois décoloré et de gamin, de ces années de la Lune. Nous aussi on jouait, à l'école primaire, à imaginer ce que nous aurions fait sur la Lune ; nous avions dépassé la phase de « vouloir faire l'astronaute ». Nous étions déjà des astronautes et nous nous trouvions déjà sur la Lune à vouloir faire, peut-être, les électriciens. Ou les ingénieurs. Ou les ouvriers lunaires. C'est ainsi que, sans le savoir, nous avons rencontré tous Ciccio Busacca, qui sur la Lune naturellement y était déjà allé avec la moitié de la Sicile. Il parcourut la Mer de la Tranquillité (qui, je crois, était en province de Syracuse) à bord d'une Fiat 600 Multipla, et racontait des histoires en les chantant

 

+++++++

 

Voilà donc une chanson mon bon Lucien l'âne qui devrait te plaire au plus haut point et qui devrait te rappeler ta jeunesse, du temps où tu étais toi-même un des premiers écrivains de l'Histoire... N'essaye pas de nier que tu fus un temps Lucien à Samosate, dans ce qui est aujourd'hui la Syrie. Lieu où se déroule encore un des ces grands massacres, dont sont coutumières ces régions du côté ,du Pont-Euxin; là-bas aussi, le prix de la connerie en graine est en train de monter . Et fameusement … Nul ne sait à quelles hauteurs astronomiques il va s'arrêter. Que tu fus déjà Lucien et que tu écrivis cette Histoire véritable qui inspira Cyrano et Voltaire et le bon Jules Verne – entre autres. Ne rabats pas tes oreilles par timidité ! Ne fais pas ta Modestine !

 

Je ne fais pas ma Modestine, dit Lucien l'âne en rougissant à travers son poil noir comme les rejets de l'Etna et les maisons de Catane. Et peut-être même que ce Lucien de Samosate ne fut pas le premier à relater un voyage dans la Lune. Tu sais bien comme moi que la Lune a toujours attiré les poètes. Quant à ce qui s'est passé en 1969, on n'est pas sûr du tout que le fameux « petit pas » d'Armstrong ait été réellement dit ce jour-là... On raconte que le brave Armstrong, Neil de son prénom, aurait tout simplement dit : « Good luck, Mr Gorsky ». En français : « Bonne chance, Monsieur Gorsky ! ». Certains avaient cru entendre Trotsky ou quelque chose du genre... Ce qui préoccupa beaucoup les services secrets étazuniens. Le fait est qu'à son retour sur Terre, Neil Armstrong ne voulut pas s'expliquer sur ces étranges propos. Motus et bouche cousue pendant 30 ans. Et pourtant la question revenait à tout bout de champ. La Lune a toujours, comme tu vois, mon ami Marco Valdo M.I., engendré des légendes quelque peu cryptographiques...

 

 

De fait, mais tu sais dans ce cas, Lucien l'âne mon ami, on en a su un peu plus le jour où Neil Armstrong lui-même levé le voile sur cette affaire. Ce n'est qu'en 1995, lors d’une conférence de presse à Tampa, qui comme on sait est une ville en Floride, qu'Armstrong a dévoilé le mystère. Il pouvait enfin parler sans mettre dans l'embarras le mystérieux Monsieur Gorsky, qui venait de décéder. Voici donc l'élucidation du mystère et comme on le verra, elle est assez juteuse.

Quand il était enfant, Neil Armstrong, par un bel après-midi d'été, jouait à la balle avec un ami dans la cour de l'immeuble où résidait sa famille. La balle finit sur la terrasse de la chambre à coucher des résidents du rez de chaussée... Les Gorsky.

Neil courut rechercher la balle et en la ramassant, il entendit Madame Gorsky, très en colère et d'une voix plus qu'indignée, dire à Monsieur Gorsky « Une pipe ? Tu veux une pipe ? Je te ferai une pipe quand le gosse des voisins marchera sur la Lune ! ». Pauvre Monsieur Gorsky ! Mais quelle délivrance vingt ans après... On n'a d'ailleurs jamais su ce qui était advenu de la promesse... S'est-elle réalisée ? Dans le fond, à son retour de la Lune, Neil Armstrong aurait dû s'en enquérir auprès de Monsieur Gorsky. Peut-être l'a-t-il fait, mais il n'en a rien dit et maintenant qu'il est lui aussi décédé... On ne le saura donc jamais.

 

 

Magritte-La-trahison-de-image.jpg

 

La Trahison de l'Image - René Magritte

 

 

 

Et puis, si j'en crois le peintre hainuyer René Magritte qui disait à propos de son tableau « Ceci n'est pas une pipe ! » : « La fameuse pipe, me l’a-t-on assez reprochée ! Et pourtant, pouvez-vous la bourrer ma pipe ? Non, n’est-ce pas, elle n’est qu’une représentation. Donc si j’avais écrit sous mon tableau « ceci est une pipe », j’aurais menti ! ». Ah, dit Lucien l'âne très troublé et pensif, les manières des humains me stupéfieront toujours... Nous les ânes, on ne fait pas tant d'histoires, surtout pour une malheureuse pipe ! Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, trucidons ce vieux monde plein d'ecclésiastiques, pudibond, menteur, dissimulateur et décédément, cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Je vous salue, chers amis,
Je pars chercher fortune.
J'ai déjà prêtes mes valises,
Je m'en vais sur la Lune.

Sur la Lune, sur la Lune,
Sur la Lune on travaille,
Il n'y a personne qui bâille,
On y fait des sous, sur la Lune.

Tous les chants de vie
de ma belle terre ,
Qui sont tout de poésie
et je m'en vais les divertir.

Sur la Lune, sur la Lune
Il n'y a personne qui commande,
Ces foutus voleurs n'y sont pas
La condamnation n'existe pas

Ces foutus dirigeants n'y sont pas
Et n'y sont pas ces foutus ministres,
Il n'y a ni papiers ni registres,
Nous sommes tous égaux là-bas.

Là nous sommes tous nos maîtres
Car là-bas, la terre est libre
Personne n'y fait la guerre,
C'est la vraie liberté
C'est la vraie liberté
C'est la vraie liberté.

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Marco Valdo M.I.
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13 janvier 2013 7 13 /01 /janvier /2013 21:56

UN SOIR ORDINAIRE EN ITALIE



Version française – UN SOIR ORDINAIRE EN ITALIE – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson italienne – Una sera qualunque in Italia – Yo Yo Mundi – 1999



...et à la télé il y a un idiot qui marche dans la rue bousculant tout qui se trouve devant

 

 

 

Il n'y a pas de place ici, on se serre tous
Il n'y a déjà plus d'air pour nous,
Des mots confus dans le temps violé
Des gens importuns embusqués
Ma tête éclate dans la fumée de l'ennui,
Pourquoi suis-je venu ici

Où il n'y a que votre enfer privé

 

Ami pousse-toi si tu ne peux pas vivre à grande vitesse.

 

Ici il y a peu de lumière, seule l’obscurité tremblée
D'un écran se réfléchit sur les vitres embuées
À la télé, il y a un idiot qui marche dans la rue

Bousculant tout qui se trouve devant
Il est convaincu d'aller à contre-courant

Hé l'ami esquive-toi si tu ne peux pas vivre à grande vitesse.

L'ami pousse-toi plus loin, pour ton ingénuité, ici il n'y a pas place

 

Ici ça pue l'alcool et les gens envient
L'Amérique et son style de vie
Ainsi est fasciste, violent, égoïste, illusoire,
Le système idéal pour leur avenir
Ce n'est pas un beau jeu, cette manigance ne va pas,
Mes mains n'ont pas, mes yeux ne connaissent pas
Les réponses à ce qui se passe ici autour
En dehors et au dedans de nous chaque jour

Hé l'ami esquive-toi si tu ne peux pas vivre à grande vitesse.

L'ami pousse-toi plus loin, pour ta dignité, ici il n'y a pas place

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Marco Valdo M.I.
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11 janvier 2013 5 11 /01 /janvier /2013 22:39

FLEURS

 

Version française – FLEURS – Marco Valdo M.I. – 20 13

Chanson italienne – Fiori – Sergio Endrigo – 1988

Texte de Sergio Endrigo
Musique de Sergio Endrigo et Rocco De Rosa

 

 

Un extraordinaire emploi de la métaphore connote ce morceau, à mon avis particulièrement émouvant.

Je n'ai pu l'écouter pour la première fois seulement que très récemment, sans en connaître par avance le texte (introuvable - que je sache - même dans si riche et très soigné site officiel de l'artiste)… et je ne m'attendais certes pas, étant donné l'incipit exquisément « floral » en syntonie avec le titre, sa « éclosion » progressive (c'est le cas de le dire !), à surprise, dans une dénonciation anti-guerre très dure, puissante, vigoureuse mais capable, en même temps, d'être toujours profondément poétique.

À l'égal de « Stations », une autre CCG de grand impact offerte par Endrigo, ces « Fleurs » ont la malchance de faire partie de l'album peut-être le plus méconnu de l'artiste istrien, et depuis longtemps introuvable : « Le Jardin de Giovanni » (New Enigma, 1988), publié par une obscure maison de disques destinée, peu après, à être déclarée en faillite.
Le titre de l'album, qui est ensuite celui du morceau d'ouverture, est dédié à Giovanni D'Amico - un ami réel d'Endrigo - et à son jardin dans l'île de Pantelleria.

 

 

 

Fleurs
Fleurs, messieurs
Fleurs jaunes au printemps
Et pour les amours
Pour les amours d'un soir
Fleurs rouges traîtres
Fleurs vraies
Qui semblent feintes

Fleurs peintes
Sur ta peau
Fleurs de vent
Dans tes cheveux
Fleurs rebelles
Qui semblent vraies
Si tu as perdu tes mots
Dis -le avec des jasmins et des violettes
Avec les camélias de Paris, ô chère
Et entretemps, dehors on tire
Entre les roses de Bagdad
Et les tulipes d'Amsterdam
Fleurs
Fleurs, messieurs
Fleurs bleues parfumées
Et entre les mains
Entre les mains des soldats
Fleurs à perdre et à mourir
Fleurs vraies
Qui semblent fausses
Fleurs disparues
Des vieux murs
Fleurs de plomb
Et de cobalt
Fleurs déjà blanches
Qu'ils semblent noires
Ainsi meurt l'espoir
Fleurs fraîches dans une chambre
Pour un instant font heureux le cœur
Et entretemps, dehors on meurt
Entre les beaux lis de Jésus
Et les lentilles d'Esaù
Fleurs
Fleurs, madame
Il ne fallait pas vous déranger
Il y a des roses, des tubéreuses et des capucines
Et le billet de compliments
Et les pavots
Fleurs innocentes
Fleurs fauchées
Avec le blé
Et qui ne donnent
Même pas de pain
Fleurs de sang
Mortes pour rien
Voici une fleur de dictateur
Prends garde, elle veut t'embrasser
Mon enfant, il ne faut pas avoir peur
Et entretemps, dehors on torture
Entre les roses de Bagdad
Et les tulipes d'Amsterdam.

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Marco Valdo M.I.
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11 janvier 2013 5 11 /01 /janvier /2013 21:40

L'ENFANT DE CRAIE

Version française – L'ENFANT DE CRAIE – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson italienne – Il Bambino di gesso - Sergio Endrigo

 

Texte de Gianni Rodari
Musique de Sergio Endrigo e Luis Bacalov







« Un jour quelqu'un a eu l'idée de faire ce disque, mais personne ne se rappelle plus qui c'était. De toute façon maintenant, le disque est et les mots ont été écrits par Gianni Rodari, les musiques par Luis Bacalov et d'Endrigo. Les enfants qui ont chanté sont Annapaola et Giovanni Bacalov, Cristiana (fille de Nora Orlandi), Claudia Endrigo, Giorgia Lepore, Manuela et Maura (les jumelles de Cianciarelli), Silvia Somigli et Laura Pierazzuoli qui malheureusement n'a pas pu finir le disque parce qu'au moment crucial, elle a attrapé la rougeole. Tous ont été instruits et dirigés par Nora Orlandi. Les voix qui ne chantent pas mais parlent sont des personnes qui passaient par hasard et ont voulu dire un mot.
Les arrangements – c'est-à-dire tous les sons qu'on entend sur le disque, sont de Luis Bacalov. Pour les arrangements ont été employés les instruments de musique suivants et d'autres : violon, viole, violoncelle, contrebasse, guitare classique, guitare électrique et une petite guitare ; piano, clavecin, piano électrique, orgue hammond, trompettes, trombones, flûtes en do, flûtes douces, cors, tuba, baryton, piccolo, clarinette, clarinette basse, hautbois, basson, vibraphone, mandolines, roucoule, sifflet et autres petites diableries bruyantes. En plus, une boîte en fer-blanc, un seau d'eau, 4 pièces de 100 lires, une paire de 10 et de cinquante et un jeton téléphonique, un cendrier de céramique, d'un demi-kilo de haricots haricots rouges (crus), un sachet de chips, un paquet de gressins, un rouleau de papier aluminium, les spectateurs de la dernière rencontre Roma-Lazio, un canon et un cheval.
Attention : après avoir écouté le disque, prenez une feuille et faites un dessin inspiré par la chanson que vous préférez, ou bien écrivez une « pensée » sérieuse ou amusante, dédiée à un des sujets traités dans le disque. Les plus beaux dessins et les « pensées » plus originaux seront récompensés.
Spécial pour les écoles : toutes les classes du monde peuvent participer à ce « concours » avec un travail collectif ; les plus beaux, selon un jury approprié, seront récompensés par un tourne-disques stéréophonique. Les dessins et les « pensées » doivent être envoyés à la rédaction du Corriere dei piccoli (Via Solferino 28 Milano) sur les les pages duquel vous pouvez trouver, toutes les semaines, les détails du concours .

 

du site officiel de l'artiste http://www.sergioendrigo.it

 

 

 

En traduisant la chanson de Sergio Endrigo, je me disais, j'ai déjà entendu quelque chose comme ça quelque part … J'ai déjà entendu ces paroles-là quelque part... Comme on dit chez nous, ça me disait quelque chose...

 

À moi aussi, dit Lucien l'âne en souriant de ses longues dents et de ses oreilles itou. J'ai dans la tête comme un goût de déjà vu, de déjà entendu, de déjà lu... Enfin, je ne sais quoi, mais quelque chose résonne en moi...On dirait que je revois un poème, un poème d'un poète que j'aime beaucoup... et que les enfants – quand ils ont la chance qu'on leur fasse connaître, aiment beaucoup aussi... Pour tout dire, si c'était en français, on dirait du Prévert.

 

 

C'était bien ma sensation aussi et j'ai vérifié et vois-tu, Lucien l'âne mon ami, c'est du Prévert, mais en quelque sorte à l'envers.

 

 

Du Prévert à l'envers.... Oh, Prévert aurait bien aimé une telle expression... Mais excuse l'interruption.

 

 

Imagine, Lucien l'âne mon ami, cette chanson raconte l'histoire d'un bon petit garçon – c'eût pu être une petite fille, d'ailleurs que ça n'aurait pas changé grand chose. Donc, l'histoire d'un petit garçon sage, sage, tellement sage qu'il en est trop sage et que toute sa vie va être ainsi gâchée par une échine trop souple, un sourire servile, un œil baissé, un pas prudent, un respect des convenances, des autorités, des réglements, des lois et de toutes les choses imposées. Bref, un enfer, qu'il subit sans broncher avalant couleuvre sur couleuvre, perdant toute capacité d'autonomie...

 

 

Un animal bien dressé, parfaitement domestiqué, définitivement émasculé... Le citoyen rêvé par toutes les autorités : certaines obtenant ce résultat par la terreur dictatoriale, d’autres par la ruse de la démocratie... Car vois-tu, Marco Valdo M.I. mon ami, chez vous les hommes, les autorités qu'elles soient élues ou autoproclamées, qu'elles soient politiques, administratives, religieuses ou simplement, mafieuses aiment et exigent – au besoin par la force – qu'on les respecte, qu'on leur obéisse, qu'on s'incline sur leur passage, qu'on les salue – elles et leurs drapeaux, qu'on les louanges, qu'on les congratule... Et bien évidemment, cet homme de craie fait tout cela et dès lors, correspond parfaitement à cette caricature d'humain.

 

 

Et le pire, Lucien l'âne mon ami, est que non seulement tu as parfaitement raison, mais en plus et c'est assez désolant, ils sont les plus nombreux. Mais, j'en reviens à mon allusion à Prévert et à son poème qui relate , résume, condense le personnage du cancre... Tu sais, celui qui n'écoute pas trop à l'école, qui se contrefiche des autorités et qui finit par résister aux pressions qu'on lui fait subir pour le dresser, le domestiquer... C'est Huck Finn, c'est – voilà qui est tout à ton honneur – c'est le personnage symbolisé par l'âne. Et le poème de Prévert que je vais illico te réciter s'intitule évidemment tout simplement Le Cancre :

 

Il dit non avec la tête
Mais il dit oui avec le cœur
Il dit oui à ce qu'il aime
Il dit non au professeur
Il est debout
On le questionne
Et tous les problèmes sont posés
Soudain le fou rire le prend
Et il efface tout
Les chiffres et les mots
Les dates et les noms
Les phrases et les pièges
Et malgré les menaces du maître
Sous les huées des enfants prodiges
Avec des craies de toutes les couleurs
Sur le tableau noir du malheur
Il dessine le visage du bonheur.


Jacques Prévert (Paroles – 1945)

 

Au passage, pour une fois je le souligne, tu remarqueras que dans la traduction, il y a une quasi-citation du Jacques – en miroir :

Prévert dit : « Il dit non au professeur » et Rodari dit : « Il dit « Oui » au professeur».





Elle parle divinement cette chanson de Prévert et devait, à mon sens, figurer dans les Chansons contre la Guerre... Ce qui est évidemment le cas [42607], et dire que je ne m'en étais pas encore aperçu jusqu'à présent, mais nous sommes dans un immense labyrinthe et parfois on s'y perd. Mais sais-tu, Marco Valdo M.I. mon ami, sais-tu le mieux de tout... Le mieux de tout, c'est qu'elle m'est dédiée... Je dois avoir de terribles oreilles pour la mériter... Ce sont des choses réjouissantes que pareils gestes d'amicale reconnaissance... Bien merci aux amis... Mais cela n'empêche qu'il nous faut reprendre notre tâche et tisser le linceul de ce vieux monde autoritaire, abscons, domestiqueur, esclavagiste, respectivore, autolouangeur, terroriste et cacochyme.





Heureusement !





Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane







[Ne bouge pas ! Tais-toi ! Ne mets pas les coudes sur la table ! Ne sois pas distrait ! Regarde où tu marches ! Fais attention ! Ne renverse pas l'eau ! Ne laisse pas tomber ton stylo ! Et ne perds pas tes pastels ! Ne joue pas pendant les cours ! Ne cours pas dans les escaliers ! Ne siffle pas ! Ne claque pas les portes ! Ne traîne pas les pieds ! Ne shoote pas dans les cailloux ! Sois gentil, car maman a mal à la tête, car le maître a mal à la tête, car ta tante a mal à la tête, car la concierge a mal à la tête.]





Il ne courait pas, il ne sautait pas
Il ne déchirait pas son pantalon
Il ne disait pas de gros mots
Il ne faisait pas de contorsions



Il ne salissait pas le pavement
Il se lavait toujours les dents



Il ne criait pas, il ne riait pas
Il ne se plaignait pas
Pas de taches sur les doigts
Pas de trous dans les bas



Un véritable enfant de craie
Il respirait s'il avait la permission
Il restait où on lui disait
Comme un bon enfant de craie
Qui ne répond pas et qui ne dit jamais « non »



Maintenant il est devenu grand
Mais il n'est pas très différent :
Assidu, prudent
Obséquieux, diligent



Il dit « Merci » au supérieur
Il dit « Oui » au professeur



Quand on le frappe sur la tête
Il dit merci et ne proteste pas
Il n'arrête pas de faire des courbettes
Il n'a pas de trous dans ses bas



Maintenant c'est un homme de craie
Il respire s'il en a la permission
Et reste où on le met
Comme un homme de craie
Qui ne discute pas et ne dit jamais « non »

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Marco Valdo M.I.
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10 janvier 2013 4 10 /01 /janvier /2013 22:43

Tout va très bien, Madame la Marquise

 

Chanson française – Tout va très bien, Madame la Marquise – Ray Ventura et les Collégiens – 1935


Paroles : Paul Misraki & Bach et Laverne
Musique: Paul Misraki 

 

 

L'interprétation de  Ray Ventura 1935 : 

 



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lucien l'âne mon ami, connais-tu ce petit refrain qui enchanta la France au point d'être une scie à l'égal du Petit Chemin de Mireille et Jean Nohain et que je m'en vais illico te fredonner, on verra si tu suis et si tu m'emboîtes le pas.

« Tout va très bien...

 

 

...Madame la Marquise. Tout va très bien tout va très bien... ». Évidemment que je le connais. Ici, tout le monde le connaît, même si on ne se rappelle plus trop la suite et les détails. C'est devenu une phrase qu'on utilise à tout propos et de façon certainement ironique. Généralement, quand, de fait, cela ne va pas très bien et même, pas bien du tout.

 

 

Tout va très bien Madame la Marquise est devenu une expression proverbiale pour désigner une attitude d'aveuglement face à une situation désespérée ou désespérante, c'est tout comme.

 

 

L’histoire que raconte la chanson, tu la connais donc ; une marquise – sans doute épouse d'un vieux marquis fort argenté – est absente du château conjugal et passe quelques jours – probablement à Paris. Elle téléphone pour prendre des nouvelles et de Tout va très bien en Tout va très bien, les serviteurs lui annoncent par bribes et morceaux que sa jument est morte, que l'écurie a flambé, que le château y est passé lui aussi, tout comme le marquis qui s'est suicidé et enfin, qu'elle est ruinée...

 

 

Oui, oui, en effet, je connais bien cette histoire et j'ai toujours eu comme le sentiment qu'elle devait raconter autre chose que ce qu'il semblait et que si ce n'était pas le cas à l'origine, elle fut ressentie ainsi – même inconsciemment – par les auditeurs...

 

 

Certes, Lucien l'âne mon ami, ton sentiment est fort juste. Quand la chanson paraît sur les scènes, les disques et les ondes françaises, on est en 1935. Au cœur d'années tumultueuses et dans un monde aux allures telluriques. Dans un certain sens, avec le recul, on peut même la considérer comme prophétique... Quatre ans plus tard avec entre deux la Guerre d'Espagne, l'Anschluss, l'invasion de la Tchécoslovaquie, l'invasion de la Pologne... toute l'Europe est en flammes avant d'enflammer le reste du monde. Quant à ses manières prophétiques, par exemple, les négociateurs de Munich sont assez bien portraiturés par cette chanson. À Munich, tout le monde chante « Tout va très bien Madame la Marquise »... Tout va très bien, en effet, mais pour qui ? C'est vrai que certaines chansons finissent par connaître un destin imprévisible et signifier tout autre chose que ce qu'elles étaient censées exprimer au départ ; je retiendrai deux exemples : Le Temps des Cerises de Clément [[41674]] et celle-ci. Elle trouva rapidement un emploi politique dans l'acide comique de Pierre Dac : « Tout va très bien Mon Führer » – Hitler venait de perdre Stalingrad.

 

 

Mais au fait, d'où est-elle venue cette chanson, dont on dit que son auteur n'était pas sans avoir pêché son inspiration chez d'autres...

 

 

En effet, Paul Misraki l'a écrite pour l’orchestre de Ray Ventura, dont il faisait partie, mais très rapidement, les fantaisistes Bach et Laverne firent valoir leur antécédence. Donc, comme tu le vois, l'affaire n'est pas simple et d'aucuns y ont vu successivement l'origine dans un sketch de Bach et Laverne datant du début des années 1930, lui-même inspiré d'une pièce de théâtre en un acte de Gabriel de Lautrec (1893) ; on y a vu la patte de Ponson du Terrail, d'Alexandre Dumas... Peut-être même d'Alphonse Allais... D'autres en font remonter l'origine à une histoire connue en Autriche un siècle auparavant et ainsi de suite, de région en région, de période en période, on finit au Portugal vers 1100... Arrêtons-nous là... Cela dit, elle est toujours là et reprise régulièrement par des interprètes les plus divers. En quelque sorte, c'est devenu un standard.

 

 

Une dernière chose, Marco Valdo M.I., mon ami, je crois bien qu'on pourrait la proposer aux Grecs cette chanson (au deuxième degré et avec des pincettes), et REGARDEZ CE QU'ILS FONT AUX GRECS, ILS VOUS LE FERONT BIENTÔT, on pourrait tout aussi bien la seriner à l'Europe qui fonce droit dans le mur... Tant on a l'impression d'être dans un « remake » de 1938, tant on sent planer sur le continent l'inquiétant « rêve d'Otto » (von Bismarck). Si les pauvres d'Europe n'obligent pas certains à aller demain à Canossa, on pourrait en voir retourner à Munich en chantant bien évidemment « Tout va très bien Madame la Marquise ». Certains chefs d'état et de gouvernement, certains dirigeants européens, certains dirigeants d'institutions, la chantent en chœur cette chanson. « Tout va très bien », pour Qui ? Pour les riches, pardi. On renfloue les banques et les pertes des riches avec des impositions qui touchent les pauvres... C'est encore une fois un de ces épisodes de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres. Alors, Marco Valdo M.I., tissons le linceul de ce vieux monde qui se berne lui-même et qu'on baigne dans un doucereux optimisme. Ce vieux monde furieusement trompeur, manipulateur, lénifiant et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Allô ! Allô ! James ! Quelles nouvelles ?

E suis absente depuis quinze jours,

Au bout du fil je vous appelle.

Que trouverai-je à mon retour?

 

Tout va très bien,

Madame la Marquise

Tout va très bien, tout va très bien

Pourtant il faut,

Il faut que l'on vous dise,

On déplore un tout petit rien,

Un incident,

Une bêtise,

La mort de votre jument grise.

Mais à part ça,

Madame la Marquise

Tout va très bien, tout va très bien

 

Allô ! Allô ! Martin! Quelles nouvelles ?

Ma jument grise morte aujourd'hui?

Expliquez-moi, cocher fidèle

Comment cela s'est-il produit ?

 

Cela n'est rien,

Madame la Marquise

Cela n'est rien,

Tout va très bien.

Pourtant il faut,

Il faut que l'on vous dise,

On déplore un tout petit rien.

Elle a péri

Dans l'incendie

Qui détruisit vos écuries.

Mais à part ça,

Madame la Marquise

Tout va très bien, tout va très bien

 

Allô ! Allô ! Pascal! Quelles nouvelles ?

Mes écuries ont donc brûlé ?

Expliquez-moi, mon chef modèle

Comment cela s'est-il passé ?

 

Cela n'est rien,

Madame la Marquise

Cela n'est rien,

Tout va très bien.

Pourtant il faut,

Il faut que l'on vous dise,

On déplore un tout petit rien.

Si l'écurie brûla, madame

C'est que le château était en flammes

Mais à part ça,

Madame la Marquise

Tout va très bien, tout va très bien

 

Allô ! Allô ! Lucas! Quelles nouvelles ?

Notre château est donc détruit ?

Expliquez-moi, car je chancelle.

Comment cela s'est-il produit ?

 

Eh bien ! voilà madame la Marquise.

Apprenant qu'il était ruiné,

À peine fut-il revenu de sa surprise

Que Monsieur le Marquis s'est suicidé,

Et c'est en ramassant la pelle

Qu'il renversa toutes les chandelles

Mettant le feu à tout le château

Qui se consuma de bas en haut.

Le vent soufflant sur l'incendie

Le propagea sur l'écurie,

Et c'est ainsi qu'en un instant

On vit périr votre jument.

Mais à part ça,

Madame la Marquise

Tout va très bien, tout va très bien

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Marco Valdo M.I.
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9 janvier 2013 3 09 /01 /janvier /2013 21:36

 

TAXI

 

Version française – TAXI – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson italienne – Taxi – Banco Del Mutuo Soccorso – 1981

 

 

 

 

Nuit vagabonde en taxi complaisant
Chauffeur réservé, même indifférent
« Monsieur, dites-moi donc, où voulez-vous aller ? »
Je dis – allez donc où il vous plaît, choisissez.
Tout est parfaitement clair
Même les réverbères ont une respiration régulière.

 

Nuit sans cœur, mystérieuse comme tant
La radio parfois n'est pas convaincante
Des émissions spéciales ont invité les usagers
« Dormez plus tranquilles avec le couteau entre les dents »
Tout est normal cependant
Même les étoiles sont encore là à regarder .

 

Même si le Président d'une voix naturelle
A dit que demain c'est la guerre mondiale
Même si le Président entre un applaudissement et un hourra
A dit que ce sera la dernière cette fois
Même si le Président d'une voix naturelle
A dit que demain c'est la guerre mondiale
Même si le Président entre un applaudissement et un hourra
A dit que ce sera la dernière cette fois

 

Nuit de premier amour, toi qui meurs demain matin
Le taxi tournicote à la recherche d'un plein
Je lis un livre de Bukowsky sur l'éjaculation
Il faut suivre les instructions avec extrême attention
À la santé du Président et même de la nation.
Tout est superbement normal
Faudrait voir, j'ai dû comprendre mal

 

Même si le Président d'une voix naturelle
A dit que demain c'est la guerre mondiale
Même si le Président entre un applaudissement et un hourra
A dit que ce sera la dernière cette fois

 

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Marco Valdo M.I.
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