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9 octobre 2012 2 09 /10 /octobre /2012 21:26

CHANSON DE LA MARCHE POUR LA PAIX



Version française - CHANSON DE LA MARCHE POUR LA PAIX – Marco Valdo M.I. – 2012

Chanson italienne - Canzone della marcia della pace - Cantacronache- 1961

Texte de Franco Fortini



Improvisée en septembre 1961 de Franco Fortini et Fausto Amodei pendant la marche de la paix Pérouse-Assise, une « manifestation populaire contre l'impérialisme, le racisme, le colonialisme, l'exploitation. » Gravée par Maria Monti dans "Le canzoni del no" (1966) (« Les Chansons du non »), cette chanson provoqua la saisie du disque entier et Fortini subit un procès dont il fut cependant acquitté bientôt.

(de "Chansons italiennes de protestation - 1794/1974 - De la Révolution Française à la répression chilienne", par Giuseppe Vettori, Paperbacks poeti/26, Newton Compton Éditeurs, 1974)

 

 

Quand même, je trouve que le premier couplet est terriblement d'actualité quand il dit :

« Si Berlin appelle

Dis-lui qu'il aille se faire pendre

Crever pour les riches

Non merci ! On ne marche plus ! »

C'est ce que doivent penser bien des Grecs... et d'autres gens en Europe...

 

 

 

 

Adolfmerkel.jpeg

 

 

 

 

En effet... Tu sais, Lucien l'âne mon ami, mon père, mon grand-père et mon arrière-grand-père, et pour tout dire tous mes aïeuls des deux sexes, tous ces parents anciens et proches, pensaient déjà la même chose... Non seulement, ils le pensaient, mais ils le disaient... Ce qui leur a valu quelques déboires et comme tu le sais, au travers des Histoires d'Allemagne (notamment), j'éprouve les mêmes réticences quant à la réalisation du grand rêve d'Otto (von Bismarck)... Cette Grande Allemagne dont les limites se confondraient avec celles de l'Europe... Bref, celle qu'on essaye de nous faire avaler aujourd’hui... à coups de mensonges économiques et de promesses fallacieuses. C'est d'ailleurs le sens du « REGARDEZ CE QU'ILS FONT AUX GRECS, ILS VOUS LE FERONT BIENTÔT »... si on les laisse faire ( et si ce n'est déjà fait – voir le sort des pauvres d'Irlande ou d'ex-RDA). D'où, la justesse de la sentence « Ora e sempre : Resistenza ! » [[39124]].

 

 

 

 

Merkelmange-l-Europe.jpeg

 

 

 

 

 

 

Décidément, Marco Valdo M.I. mon ami, il ne nous reste qu'à reprendre notre tâche et à tisser encore et toujours le linceul de ce vieux monde trop plein d’ambitieux et d'ambitions, de riches et de richesse, de papes et de papesses, d'abbés, d'abbesses, exploiteur, affameur, pingre, assez méprisable et cacochyme (Heureusement !).

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Si Berlin appelle

Dis-lui qu'il aille se faire pendre

Crever pour les riches

Non merci ! On ne marche plus !

 

Si l'OTAN appelle

Dis-lui qu'il s'en aille

Mêmes les pierres le savent

On n'en veut plus !

 

Si ton amie t’appelle

Ne la fais pas attendre

Service militaire

Seulement avec elle.

 

Si la patrie t’appelle

Laisse-la appeler

Au-delà des Alpes ou de la mer

Il y a une autre patrie.

 

Et si la patrie demande

Que tu lui offres ta vie

Réponds que c'est ta vie

Et qu'elle t'est bien utile.

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Marco Valdo M.I.
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6 octobre 2012 6 06 /10 /octobre /2012 23:46

Croix de Bois, Croix de Fer

 

 

Canzone française – Croix de Bois, Croix de Fer – Marco Valdo M.I. – 2012

Histoires d'Allemagne 80

 

An de Grass 81

Au travers du kaléidoscope de Günter Grass : « Mon Siècle » (Mein Jahrhundert, publié à Göttingen en 1999 – l'édition française au Seuil à Paris en 1999 également) et de ses traducteurs français : Claude Porcell et Bernard Lortholary.

 

 

 

Qu'est-ce que c'est encore que cette histoire de croix de bois, croix de fer ? Que viennent-elles faire dans les histoires d'Allemagne ?, dit Lucien l'âne en tapant ses oreilles en l'air.

 

 

Enfin, Lucien l'âne mon ami aux oreilles splendides, tu sais aussi bien que moi que dans notre langue française, il existe une antienne enfantine de chez nous qui dit : « Croix de bois, croix de fer, si je mens je vais en enfer ! ». Une antienne qui est serinée aux enfants depuis que les catholiques ont inventé l'enfer et la punition comme mode de régulation de la société. Pour les croix de bois, il suffit d'aller voir les cimetières militaires ou de relire Roland Dorgelès. Pour les croix de fer, c'est une décoration militaire allemande... Oh, elle date du premier Reich et même, du royaume de Prusse... On ne l'a pas abandonnée depuis... Toujours la même distinction... Imagine ce que ça signifie... Remarque au passage qu'elle est devenue le symbole de l'actuelle armée allemande.... Peut-être n'y a-t-il là rien d'inquiétant...

 

 

J'aimerais le croire, dit Lucien l'âne en raidissant l'échine. Mais, je n'en suis pas si certain...

 

 

Moi, non plus ! Comme disait Voltaire à propos de l'Église catholique : « La caque sent toujours le hareng ! » Par ailleurs, pour en revenir à notre canzone, c'est toujours complexe ces histoires d'Allemagne ; ce qui fait qu'il faut presque toujours les expliquer... Au moins un peu. Cela dit, ce sont des canzones et on ne peut exiger d'elles plus qu'elles ne peuvent donner... Le genre a ses limites... Il réclame l'indulgence de l'interlocuteur, tout autant qu'une certaine dose d'intelligence de la part de ce dernier. Cependant, tu as raison, on ne peut lui refuser quelques indications... Ainsi, l'histoire est contée par un narrateur dans une lettre qu'il envoie à son amie, laquelle se prénomme Rosi. Le narrateur est un jeune Berlinois qui squatte (avec foule d'autres) dans le quartier du Kreuzberg.

 

 

Jusque là, dit Lucien l'âne, j'ai suivi.

 

 

Donc, notre jeune homme – dont on ne connaîtra jamais le nom, ni le prénom... explique son brusque départ par un télégramme de sa grand-mère paternelle, dite Mamie, une dame assez autoritaire. Comme il l'explique : avec Mamie, on ne discute pas ; on exécute. Et Mamie en mémoire de ses deux fils Karl et Konrad, morts sous la mer, lui intime l'ordre d'assister avec elle à l'enterrement d'un nazi de haut rang, l'amiral Dönitz, dit le grand amiral. C'est au cimetière de Hambourg, autour du cercueil du « héros des océans » que ce jeune Allemand va découvrir un tas de Croix de fer... Ce sont les survivants du grand massacre sous-marin – il y avait quand même eu trois cent mille cadavres dans ces cercueils flottants de la Kriegsmarine. Il va donc les découvrir et les entendre chanter, les survivants – accompagnés par de jeunes clampins en culottes courtes, avec uniformes et tambours...

 

 

La nouvelle vague ?, demande Lucien l'âne...

 

 

Sans doute. Le terme est bien choisi... Je me demande même, s'il ne faut pas voir dans cette Mamie quelque peu dictatoriale l'incarnation de la continuité de l'Allemagne... convoquant son petit-fils pour qu'il prenne la relève... D'ailleurs, dans la lettre que ce dernier envoie à son amie, on apprend que cette grand-mère de fer lui suggère de venir habiter chez elle avec Rosi – la destinatrice du courrier. Mais là, c'est pure interprétation...

 

 

Peut-être, peut-être...

.

 

Peut-être, en effet, Lucien l’âne mon ami. Peut-être est-ce pourtant bien l'Allemagne de cette année 1981 qui invite le jeune homme (c'est-à-dire la jeunesse allemande) à revenir à la bonne tradition. Dès lors,la question est de savoir de quelle tradition, il s'agit. Et là, j'ai une certaine idée de la chose...

 

 

Tu n'as peut-être pas tort... dit l'âne Lucien en marquant sa réflexion d'un raclement de sabot.

 

 

Je pense même qu'il faut voir les choses plus profondément. Car, qui est donc ce « grand amiral », si ce n'est le successeur désigné de Hitler et le Président du Quatrième Reich ; celui-là même qui aurait voulu sauver le régime nazi au travers d'une paix négociée avec les Alliés occidentaux afin de poursuivre le grand rêve bismarckien... En somme, c'est le continuateur... C'est bien lui qu'on enterre là, c'est bien lui qui est dans un cercueil, couché sous le drapeau noir-jaune-rouge de la République fédérale, avec sa haie d'honneur – bras levés et tendus des survivants à la croix de fer et le « Deutschland über alles... ». Dès lors, la Mamie serait donc bien la vieille Allemagne, nostalgique des Reichs engloutis et passant le flambeau aux jeunes...

 

 


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On en voit d'ailleurs les effets à présent..., dit Lucien l'âne. Cette Allemagne-là s'est perpétuée et tend à prendre le contrôle de l’Europe, à la confondre avec la réalisation de sa propre ambition. On voit bien ce qu'il va en être du rêve d'Otto quand on regarde ce qui se passe à Athènes... Über alles in Europa... REGARDEZ CE QU'ILS FONT AUX GRECS, ILS VOUS LE FERONT DEMAIN. On y ajoutera bientôt les Espagnols et sans doute après, les Italiens et puis, tous les autres. Quant à la progression vers l'Est... Elle est déjà bien entamée. Ceci aussi est un épisode de la Guerre de Cent Mille Ans et une raison de plus de nous atteler à notre tissage du linceul de ce vieux monde nauséabond, nostalgique, impérialiste et cacochyme. (Heureusement !)

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 

Un ordre de Mamie, sans détour

Immédiatement, train pour Hambourg

Croix de bois, croix de fer

Si tu meurs, tu vas en enfer

 

 

Du squat de Kreuzberg, j'étais parti bien matinal

Pour le dernier voyage du grand amiral

Croix de bois, croix de fer

Moins les trois cent mille sous la mer

 

 

Ils sont venus, les survivants

Les sous-mariniers d'antan

Croix de bois, croix de fer

Moins les trois cent mille sous la mer

 

 

On était deux cents à l'enterrement

De Dönitz à se geler dans le vent

Croix de bois, croix de fer

Moins les trois cent mille sous la mer

 

 

Croix de fer au cou, casquette sur la tête

Sans manteau, comme face à la tempête

Croix de bois, croix de fer

Moins les trois cent mille sous la mer

 

 

Les rescapés dans le froid de canard

Portaient le cercueil drapé rouge, jaune et noir

Croix de bois, croix de fer

Moins les trois cent mille sous la mer

 

 

Et tous chantaient, nostalgie et mémoire

L' « Über alles » et le Kamerad, leurs vieux chants de gloire

Croix de bois, croix de fer

Moins les trois cent mille sous la mer

 

 

J'étais là. Mamie m'avait obligé

Pour oncle Konrad et oncle Karl qui n'étaient jamais remontés

Croix de bois, croix de fer

Dans les trois cent mille sous la mer

 

 

En rentrant, les flics avaient tout dégagé

À la matraque. On va se reloger dans le quartier.

Croix de bois, croix de fer

Nous, on ne se laisse pas faire.

 

 

 

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4 octobre 2012 4 04 /10 /octobre /2012 20:15

SANTIAGO

 

Version française – SANTIAGO – Marco Valdo M.I. – 2012

Chanson italienne – Santiago – Briganda

 

 

 

 

Ah, Lucien l'âne mon ami, toi qui viens d'un pays de bords de mer, tu as dû en entendre des histoires de pêcheurs,de mer, de marées, de poissons, de vagues, de barques et de voiles...

 

 

Bien entendu. Elles ont d'ailleurs souvent un air de famille... Je pense par exemple à l'histoire de N'toni le sicilien... ou à Han d'Islande ou à ce vieil homme ou au capitaine Achab et je pourrais t'en remémorer bien d'autres. Tu sais, le pêcheur – pour les peuples maritimes - est un personnage important, c'est une sorte de héros... Avec ceci de bien que c'est un héros pacifique. Un peu comme le paysan ou le montagnard. En somme, le pêcheur, c'est la paysan de la mer, c'est le montagnard des vagues... Sa vie est rude et il vit de peu.

 

 

Et ici, dans cette chanson, le pêcheur incarne, en effet, tout un peuple, tout le petit peuple de Santiago, dont il porte d'ailleurs le nom. À moins que ce ne soit l'inverse... Que la ville, capitale du Chili, porte un nom de pêcheur... Qui sait ? Enfin, la chanson mêle les deux sans que finalement, on puisse écarter l'un de l'autre, l'homme de la ville. Mais, parlons-en de la ville, car ce n'est pas n'importe quelle ville et son histoire – comme celle de bien des villes et de bien des hommes, est fort tourmentée... On s'y souvient d'un 11 septembre avec de l'effroi dans le dos. Ce jour-là, une chape d'acier tomba sur ses quartiers et sur tout le pays... Ce sont les chars d'assaut de la chanson... Mais Santiago a fini par s'en débarrasser de ces sanguinaires... En fait, voici un pêcheur et une ville qui à leur tour ont vécu, dans l’indifférence d'une grande partie du monde et la complicité d'une autre partie des plus puissantes de la planète, un épisode virulent de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font contre les pauvres afin d'assurer leur domination, de renforcer leur pouvoir, d'imposer leurs exigences, d'intensifier l'exploitation...

 

 

Toujours la même haine du riche contre les pauvres, toujours la même superbe, la même arrogance, la même traîtrise, toujours la même félonie et toujours pour la même ambition folle, le « moi, je » du héros maléfique et méphitique... Nous les ânes, tu le sais bien, Marco Valdo M.I., mon ami, on s'efforce de passer inaperçus et de vivre sans importuner les voisins... Et je pense bien que tu fais pareil... Ainsi, nous allons conversant de chanson en chanson, discourant de choses et d'autres et tissant à l'infini le linceul de ce vieux monde toussant, crachotant, défilant et cacochyme (Heureusement !) afin que le suaire soit prêt à l'ensevelir quand le moment sera venu.

 

 

Quand ? … Rappelle-toi la sentence :

 

« Au matin du grand soir, le coq rouge pondra l’œuf noir. ».

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Santiago est vieux depuis des décennies

Et depuis des décennies est pêcheur

Santiago part le matin pour la mer

Et l'aube froide est un pari,

Le vent chaud, une caresse

Le ciel bleu sur les épaules, une tendresse.

 

 

Santiago, lieu de bataille

Ville qui lutte pour la vie

Santiago où celui qui rate perd la partie

Santiago peuple enchaîné

Que le monde veut oublier

Santiago où tout, vraiment tout, est à refaire

 

 

Santiago lutte de sueur

Dans la nuit froide et sombre

Santiago lutte contre le vent et la peur

Santiago eau en furie

Et calme après la tempête

Santiago mer qui ressemble à la forêt

 

 

Santiago temps à passer

Saison sombre et infinie

Santiago attend de lutter pour la vie

Santiago les gardes et les chars d’assaut

Santiago enlevée à ses citoyens

Villes de martyrs, de poètes et d'assassins

 

 

Santiago a gagné la bataille

Et à présent revient chez lui

Santiago revient et se prépare à repartir

Santiago une lutte jamais finie

Santiago prêt à lever l'ancre

Santiago prêt à enlacer encore la mer

 

 

Santiago a gagné la bataille

Ville d'élections libres

Ville de chants de poètes et de chansons

Santiago tous désormais le savent

Santiago prête encore à donner

Santiago prête à combattre et à lutter

 

 

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Marco Valdo M.I.
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3 octobre 2012 3 03 /10 /octobre /2012 22:01

Les Grands Sentiments

 

 

Canzone française – Les Grands Sentiments – Marco Valdo M.I. – 2012

Histoires d'Allemagne 79

 

An de Grass 80

Au travers du kaléidoscope de Günter Grass : « Mon Siècle » (Mein Jahrhundert, publié à Göttingen en 1999 – l'édition française au Seuil à Paris en 1999 également) et de ses traducteurs français : Claude Porcell et Bernard Lortholary.

 

 

 

L'histoire d'Allemagne d'aujourd'hui, celle de l'année quatre-vingts de l'autre siècle, demande une double explication particulière. D'abord, pour en situer le contexte et ensuite, pour expliquer sa confection ou l'inverse, comme il appert. Je dis sa confection, car le mot création me paraît excessif. En somme, vois-tu, Lucien l'âne mon ami, je ne suis qu'un faiseur, une sorte d'artisan qui assemble des mots en pensant à la façon dont ils seront projetés dans l'air, à la façon dont ils seront mis au jour. Et il arrive, c'est le cas cette fois, qu'une chanson ou un air entendu autrefois, en un autre lieu, en une autre circonstance, un air qui n'a rien à voir vienne donner le rythme, vienne donner le ton, vienne entraîner l'histoire dans la danse.

 

 

C'est tout simplement ta vieille habitude de la parodie qui te reprend... Et tu le sais bien et tu sais aussi bien que moi que comme tu n'es pas plus musicien que moi, il t'arrive d'avoir besoin de cette aide pour façonner ta canzone. Il n'y a d'ailleurs rien de mal à ça et même, je trouve que c'est très bien. L'essentiel, finalement, c'est qu'il y ait une canzone.

 

 

C'est bien comme ça que je l'entends. Dans le cas qui nous occupe là tout de suite, cette histoire de l'année quatre-vingts du siècle de Grass, l'an de Grass 1980, que j'ai intitulée Les Grands Sentiments – titre qui correspond tout-à-fait au sens profond de cette histoire, dans ce cas donc, il y a une chanson française qui a servi de canevas... très exactement de canevas, tu sais ce système que l'on utilise pour guider une réalisation... Par exemple, les couturières l'utilisent, mais aussi les architectes, les romanciers, les ingénieurs, les artisans, les hommes de métiers... Et comme le rappelle un dictionnaire, le canevas est le « plan sur lequel les comédiens italiens improvisaient autrefois leurs pièces ».

 

 

On en saurait mieux dire... dit Lucien l'âne en brayant comme une trompe marine. Mais dès lors, quel est donc ce fameux canevas ?

 

 

C'est une chanson de Guy Béart qui s'intitule Les Grands Principes... Une série de quatrains où l'on retrouve les grands principes qui se confrontent avec les grands sentiments... En voici le premier comme exemple :

 

« Aujourd'hui les filles s'émancipent

et vous parlent de leurs grands principes,

puis elles font comme leur maman,

en vertu des grands sentiments. »

 

 

 


 

 


 

Elle me trottait dans l'oreille cette ritournelle de Béart et elle me guignait pour porter l'histoire d'Allemagne de cette année-là. Alors que faire d'autre que de suivre le canevas ? Maintenant pour l’histoire elle-même, elle est narrée par un personnage qui en est un des protagonistes... C'est un fonctionnaire du Ministère des Affaires Étrangères qui relate à son ministre la visite qu'il a faite sur commande au siège d'une association qui s'entête à vouloir sauver les boat-peoples vietnamiens sans tenir compte des principes du droit maritime international et du droit international régissant les réfugiés; et moins encore, les recommandations du Ministre en question. Bref, une association humanitaire qui se soucie comme de colin-tampon des réglementations et qui face aux Grands Principes des diplomates oppose les Grands Sentiments des gens. Il faut te dire que le siège de cette association bénévole ou militante (ce qui est somme toute la même chose) se trouve dans la cuisine d'une dame, qui demande au fonctionnaire de touiller dans la casserole pendant qu'elle répond au téléphone... Tu verras d'ailleurs que ce fonctionnaire se laisse tout doucement prendre par les sentiments et change de camp... et finit par porter l'accusation face à son Ministre... Cette histoire date, mais elle est exemplaire... Les mêmes débats se retrouvent aux portes de l'Europe d'aujourd'hui...

 

 

Bien sûr, tu avais d’ailleurs écrit une chanson à propos du Radeau de Lampéduse... [[12413]] Et les gens se noient encore et toujours en Méditerranée et dans l'Atlantique... Probablement, en Mer Noire aussi... Ou ailleurs encore...

 

 

Et comme toujours, derrière tout ça, derrière cette hypocrisie qui veut distinguer parmi ceux qui fuient la guerre – les politiques et les autres, dits économiques... Comme si la misère n'était pas le résultat de la guerre que les riches font aux pauvres dans tous les pays du monde, depuis tant de temps... Comme si la misère n'était pas un acte de guerre, une guerre au quotidien, j'insiste, que les riches font aux pauvres. Bref, le résultat de cette Guerre de Cent Mille Ans [[7951]] qui dure et perdure en raison-même de cet absurde et indécent penchant pervers des humains pour la et les richesses.

 

 

En foi de quoi, l'humanité et les autres espèces, et même nous les somari (les bêtes de somme, les ânes), risquons bien d'être rayés du monde par cette peste, cette maladie infantile qui ronge l'humaine nation. En vérité, je te le dis, la richesse est un produit hautement toxique ; elle est le moteur des pires entreprises... Il importe de l'éradiquer avant qu'il ne soit trop tard. Quant à nous, faisons ce que nous pouvons faire, tissons le linceul de ce monde vieux, abject, ambitieux, avide, avare, assassin et cacochyme. (Heureusement !)

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Monsieur le Ministre, il faut que je vous explique

Ces personnes ont de grands principes,
Ils ne pensent qu'à sauver les gens
En vertu de grands sentiments.


Monsieur le Ministre, ce sont de braves types
Qui s'en tiennent à leurs grands principes,
Et qui se fichent des ordres du gouvernement
En vertu des grands sentiments.


Monsieur le Ministre, c'est une petite équipe,
Mais elle a de grands principes,
Et pour l'aider, les gens lui donnent de l'argent,
En vertu des grands sentiments.

 

Monsieur le Ministre, ce sont des gens très pacifiques

En vertu de leurs grands principes

Mais ils ont armé un bâtiment

En vertu des grands sentiments

 

Monsieur le Ministre, en Mer de Chine, c'est magnifique

En vertu des grands principes

Ils sauvent tout le monde indistinctement

En vertu des grands sentiments


Monsieur le Ministre, dans la cuisine où tout se trafique,
J'ai rappelé vos grands principes,
La diplomatie, le ministère, nos engagements
Et tout le saint tremblement

 

Monsieur le Ministre, j'ai dit « ce ne sont pas des réfugiés politiques »

Toujours en vertu des grands principes

« Avec les réfugiés économiques évidemment

On ne fait pas de grands sentiments. »


Monsieur le Ministre, la dame m'a dit d'un air sceptique
Toujours en vertu des grands principes,
Nous, on s'en fout de vos règlements,
En vertu des grands sentiments.

 

Monsieur le Ministre, les enfants m'ont trouvé sympathique
Toujours en vertu des grands principes,
Ils m'ont souri très gentiment
En vertu des grands sentiments.

 

Monsieur le Ministre, ils m'ont donné un canard en plastique
Pour me rappeler les grands principes,
Les droits de l'homme et ceux des gens
En vertu des grands sentiments.

 

Monsieur le Ministre, le canard flotte, c'est symbolique

Toujours en vertu de grands principes

Monsieur le Ministre, je vous le remets officiellement

Comme preuve de leurs grands sentiments.

 

Monsieur le Ministre, c'est dramatique

Qu'en vertu de vos grands principes

On laisse crever tant de gens

En dépit des grands sentiments.

 

Monsieur le Ministre, c'est dramatique

Qu'en vertu de vos grands principes

On laisse crever tant de gens

En dépit des grands sentiments.

 

Monsieur le Ministre, c'est dramatique

Qu'en vertu de vos grands principes

On laisse crever tant de gens

En dépit des grands sentiments.

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2 octobre 2012 2 02 /10 /octobre /2012 21:08

FÉLIX

 

Version française – FÉLIX – Marco Valdo M.I. – 2012

Chanson italienne – Felice – Banco Del Mutuo Soccorso

 



Je ne sais pas si les Banco alludaient à quelqu'un en particulier, peut-être seulement (seulement?!?) à la Liberté... Il reste que celle-ci me semble une belle chanson contre la répression...

 

 

 

Félix s'était fabriqué des sabots robustes,

Lui qui aimait l'air, les arbres et les chevaux.

 

Félix a les yeux profonds qu'on ne peut regarder,

Car cela fait peur ; Félix est comme la mer.

 

Quelqu'un qui se trouve en haut, monsieur de la lune

A dit « ce type nous portera malchance.

Il vaut mieux faire vite car on ne sait jamais,

Des gens comme ça n'amènent que des ennuis. »

 

Félix s'était fabriqué des sabots robustes,

Jouant par les rues avec la folie du rouge.

 

Félix fut accusé de tout, de tout ceci,

Il avait les yeux profonds qu'on ne peut regarder.

Il fut pris un soir, seul comme une voile.

 

Félix s'était fabriqué des sabots robustes,

Lui qui aimait l'air, les arbres et les chevaux.

Quelqu'un a décidé, mais non, on ne peut pas l'arrêter

À l'improviste Félix, Félix est comme la mer.

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Marco Valdo M.I.
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2 octobre 2012 2 02 /10 /octobre /2012 21:07

LAIT DISSOLVANT

 

Version française - LAIT DISSOLVANT – Marco Valdo M.I. – 2012

Chanson italienne – Latte dissolvente – Apuamater Indiesfolk– 2006

 

 

 

Ils disent : C'est la nuit

Qui te protégera

Chœurs de voix fatiguées

Fragile identité.

 

Charge et décharge

Lait dissolvant

Volé.

J'ai mille yeux et plus

D'oreilles pour écouter.

J'ai peu de confiance

Dans mon prochain,

Les personnes deviennent pour moi

Des obstacles à éviter.

 

Ils disent : C'est la nuit

Qui te protégera

Sur les trottoirs, sur les boulevards

De cette ville.


Ils disent : C'est la nuit

Qui te protégera

Chœurs de voix fatiguées

Fragile identité.

 

Le long de la rue

Actions

À peine esquissées.

Chiens dressés,

Alarmes de rondes impitoyables.

Le destin de pâles files,

De mes mains

Un unique geste manqué.

 

Ils disent : C'est la nuit

Qui te protégera

Sur les trottoirs, sur les boulevards

De cette ville.


Ils disent : C'est la nuit

Qui te protégera

Chœurs de voix fatiguées

Fragile identité.

 

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Marco Valdo M.I.
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1 octobre 2012 1 01 /10 /octobre /2012 20:26

UN SURVIVANT DE VARSOVIE

 

 

Version française – UN SURVIVANT DE VARSOVIE – Marco Valdo M.I. – 2012

Opéra - Texte d'origine en anglais et hébreu – A Survivor from Warsaw – Arnold Schönberg – 1947

Textes de natures et de provenances diverses, tirés des témoignages des survivants de la révolte du ghetto de Varsovie (1943)

Musique : Arnold Schönberg

 

 

 

 

 

 

Au terme de la Seconde Guerre Mondiale, le nazisme définitivement vaincu, Schönberg écrivit un opéra pour évoquer la persécution menée par l'Allemagne de Hitler contre les Juifs. Il utilisa le récit d'un de ceux-ci, échappé au massacre du "ghetto" de Varsovie.

Il s'agit d'une composition dodécaphonique où une voix raconte en anglais (avec de brèves insertions en allemand) le moment dramatique où un groupe de prisonniers juifs sort des baraquements pour être mené aux chambres à gaz.

Le récit de ce jour, fait par un Juif de Varsovie qui a survécu au massacre, peut parfois paraître très cru ; en lisant le texte et en écoutant la musique, nous ne pouvons pas manquer de réfléchir et méditer; la férocité de la persécution, la force et la confiance en Dieu des Juifs, la condamnation de tout type de fratricide: tout ceci ressort clairement de la musique et du texte, tous deux d'un impact émotionnel très fort.

 

Au travers de cet opéra, Schönberg veut faire comprendre l'absurdité du massacre antisémite: pourquoi existe-t-il des haines entre les hommes?

Pourquoi l'homme opère-t-il des distinctions de race, de couleur, de religion ?

Pourquoi l'homme tue-t-il ses semblables?

Ne sommes-nous pas tous égaux ?

Ne devrions-nous pas être tous frères ?

Pourtant nombre de fois, au cours de l'histoire, l'homme a haï, ségrégué, tué.

L’opéra "Un survivant de Varsovie" veut nous aider à ne pas oublier ce qui s'est passé afin de ne pas faillir à nouveau.

L'opéra fut écrit en 1947 et publié aux États-Unis. Dans les années qui suivirent la Seconde Guerre Mondiale commencèrent à se répandre les nouvelles affreuses sur les camps de concentration nazis. Schönberg lui-même avait appris depuis peu que son petit-fils était mort dans un de ces monstrueux "lagers". Ceci explique pourquoi le public, après que le morceau fut présenté pour la première fois, n'applaudit pas, mais resta plongé stupéfait dans un recueillement silencieux.

 

 

 

UN SURVIVANT DE VARSOVIE

Arnold Schönberg
Condamnation de la persécution antisémite.

 

Le texte de l'opéra commence avec une brève introduction de l'orchestre ; quelques secondes de musique qui rendent bien le but de l’œuvre, c'est-à-dire aider à réfléchir sur l'absurdité de l'extermination des Juifs en faisant ressortir toute la férocité et la cruauté auxquelles ils ont été soumis. Voilà d'où naît l'impact émotif fort de la musique, toujours caractérisée par une dramaticité croissante. Les sonneries de trompettes, les dissonances, les crescendos soudains créent autour de nous, avec toute leur efficacité, une scène déchirante, faite de douleur et de mort. La musique ne se limite pas à souligner la netteté déjà présente dans le texte de l’opéra, mais contribue de manière déterminante à reconstruire la scénographie et à recréer l'ambiance des faits racontés.

 

 

 

 

 

INTRODUCTION INSTRUMENTALE

 

 

Après la brève introduction de l'orchestre commence à parler la voix narrante, qui pendant tout l'opéra décrira avec l'orchestre les tristes faits arrivés ce jour dans le ghetto de Varsovie. Le narrateur affirme ne pas pouvoir se rappeler tout car il est resté privé de sens pendant la plus grande partie du temps à cause des coups subis de la part des soldats; dans cette brève introduction, il fait référence au moment grandiose (qui correspond à la dernière partie de l'opéra) durant lequel ses camarades entonnèrent un chant hébraïque peu avant d'être tués dans les chambres à gaz.

 

 

INTRODUCTION DU NARRATEUR

 

 

Je ne peux tout me rappeler

J'ai dû être inconscient la plupart du temps

Je me rappelle seulement le moment grandiose

Quand ils ont tous commencé à chanter, comme si c'était arrangé d'avance,

La vieille prière qu'ils avaient négligée pendant tant d'années

Le credo oublié !

Mais je n'ai pas souvenance de comment j'ai fait

Pour vivre en sous-sol dans les égouts de Varsovie pendant un si long temps.

 

 

Ici commence la description d'une journée typique dans le ghetto de Varsovie: tous étaient réveillés tôt, avant que le soleil ne se lève; le narrateur souligne l'impossibilité pour les Juifs du ghetto de dormir, du fait qu'ils avaient été séparés de leurs chers et que personne ne savait ce qu'ils étaient devenus. Les préoccupations tenaient en éveil les gens toute la nuit en les empêchant de dormir ; le narrateur lance alors un cri douloureux: "How could you sleep?" - "Comment pourrait-on dormir?" Après le réveil chaque personne devait se rendre au point de ralliement pour l'appel. La musique dans ce cas aussi accompagne les divers moments de la scène: le pizzicato des contrebasses souligne le réveil douloureux des condamnés et des phrases rythmiques convulsives, susurrantes et brisées, accompagnent dès lors leur chemin désordonné vers le point de ralliement. Le sergent nazi cependant est pressé et en hurlant commence à frapper les prisonniers avec la crosse de son fusil, suivi à la brève distance de ses adjoints qui n'épargnent leurs coups à personne. Tous les prisonniers qui ne pouvaient pas se tenir debout étaient alors frappés sur la tête ; les hurlements de ces personnes sont soulignés tant par la musique que par la voix narrante. À un moment donné le texte dit: "It was painful to hear them groaning and moaning" – "Il était douloureux de les entendre gémir et se plaindre ». Le narrateur, en effet, lit les deux mots "groaning" et "moaning" comme deux faibles cris, pendant que l'orchestre reprend ces deux cris avec des notes longues et en decrescendo pour matérialiser la perte sensible de force et d'énergie des prisonniers. En anglais, en outre, le verbe "to moan" possède une nuance plus légère que le verbe "to groan", ainsi avec le choix approprié des mots, Schönberg a voulu souligner là la forte présence de douleur, mais aussi la perte progressive d'énergie de la part des personnes frappées avec une extraordinaire férocité par les gardes nazis.

 

 

 

INTRODUCTION DU NARRATEUR

 

 

 

Le jour commença comme d'habitude :

Réveil quand il fait encore noir

Vous étiez séparés de vos enfants,

De votre femme, de vos parents ;

Vous ne saviez pas ce qu'il en était d'eux

Comment pouviez-vous dormir ? Sortez !

Que vous dormissiez

Ou que des tourments vous tinssent éveillés

toute la nuit

Les trompettes à nouveau – Dehors !

Le sergent sera furieux.

On sort. Certains très lentement ;

Les vieux, les malades.

Certains agités.

Ils craignent le sergent.

Ils se pressent tant qu'ils peuvent

En vain ! Trop, beaucoup trop de bruit,

Trop beaucoup trop d'agitation – et pas

Vite assez ! Le Feldwebel crie

« Achtung! Stillstanden!

Alors, on se décide. Ou je dois

vous aider avec la crosse du fusil ?

Bien ; puisque vous l'aurez voulu ! »

Le sergent et ses sous-fifres

Frappent tout le monde : jeune ou vieux,

Calme ou nerveux, coupable ou innocent.

C'était douloureux de les entendre gémir

Et se lamenter. Je l'entendais malgré

Que j'avais été frappé très fort,

Tellement fort que je ne pus éviter

De tomber. Tous par terre,

Celui qui ne pouvait se relever, alors

Était frappé à la tête.

 

 

 

Le narrateur perd connaissance à cause des coups subis ; pendant ce temps, tout autour de lui se fait silence car aucun prisonnier n'avait été épargné par la férocité des soldats, et personne n'avait plus les forces pour se relever. Mais le silence, comme le rappelle après le narrateur, porte en soi "fear and pain", c'est-à-dire "peur et douleur." Le narrateur déclame avec lenteur extraordinaire et dramatique les deux mots: d’abord "fear", suivi par une brève réponse, dépourvue de force, de l'orchestre, puis la conjonction "and" ; là, un bref silence est interrompu à l'improviste par le mot "pain", très marqué, mais prononcé presque hors de haleine; l'orchestre semble imiter ce déclenchement de douleur du narrateur en faisant suivre le mot "pain" d'une série rapide de notes en decrescendo et bien marquées.

 

 

PERTE ET RETOUR À LA CONSCIENCE DU NARRATEUR

 

 

Je devais avoir sombré dans l'inconscience.

La chose suivante que je vis était un soldat

Qui disait : « Ils sont tous morts »,

Sur ce le sergent ordonna

de nous faire disparaître.

Moi, je gisais là à demi-conscient.

Tout était fort calme peur et douleur.

 

 

Puis le moment dramatique du comptage de ceux qui, survivant aux coups sont emmenés à la chambre à gaz: cet épisode est accompagné d'une accélération continue du rythme jusqu'à l'hymne final, un chant hébraïque avec lequel les condamnés ont encore la force de proclamer leur credo religieux. Le moment est dramatique: les soldats doivent en effet compter combien de gens doivent être envoyés à la chambre à gaz. Le comptage n'est pas bien fait et alors le sergent ordonne de recommencer depuis le début ; le comptage reprend, en commençant lentement, puis en accélérant toujours plus, formant un tumulte semblable, comme dit le texte à "une fuite de chevaux sauvages".Une chose à remarquer est, dans une partie du texte suivant, l'opposition texte/signifié utilisé pour marquer encore plus la dramaticité des actions. Quand le texte dit que le comptage "became faster and faster sait fast that it...", "devint plus rapide et de plus en plus rapide, aussi rapide que...", le narrateur lit les mots "faster... faster...fast" d'une manière spéciale ; au lieu d'accélérer, comme du reste la musique procède en suivant ce qui est le sens du texte, la voix narrante déclame les mots qui indiquent une augmentation de vitesse en ralentissant et en s'arrêtant sur eux. L'effet qui se crée est fort contrasté, car les mots qui expriment un sens de rapidité et de progression rapide sont mis en contraste à travers leur lecture ralentie et marquée. Alors cette partie se termine avec l'augmentation d'intensité et de vitesse sonores qui culmineront dans le credo hébraïque "Shema Ysroël", chanté par les prisonniers avant d'être envoyés dans les chambres au gaz

 

COMPTAGE DES PRISONNIERS

 

 

Alors, j'entendis le sergent crier : « Comptez ! »

Ils commencèrent lentement et irrégulièrement :

Un deux, trois, quatre - « Achtung ! »

Le sergent cria à nouveau : « Plus vite ! »

« Recomptez encore une fois au début !

Je veux savoir en une minute,

Combien je vais en livrer à la chambre à gaz !

Comptez ! »

Alors on recommença, d'abord lentement : un,

Deux, trois, quatre, puis plus vite

Et plus vite, tellement vite que

À la fin, ça sonnait comme un sauve-qui-peut

De chevaux sauvages et tout-à-coup

En plein milieu

On commença à chanter le Shema Ysroël.

 

 

Un chœur entonne à l'unisson cet hymne qui se veut la réponse courageuse du fidèle devant la brutalité aveugle de l'homme et de la guerre.

Même pas dans les moments les plus difficiles, l'homme n'oublie sa propre foi et son propre espoir en Dieu, source d'amour et de paix.

 

 

 

HYMNE JUIF « SHEMA YSROËL»

 

 

 

Écoute Israël

Le Seigneur est notre Dieu,

Le Seigneur est unique.

Tu aimeras le Seigneur ton Dieu

De tout ton cœur

De toute ton âme

De toutes tes forces.

Et ces paroles

Que je te dicte aujourd'hui,

Dans ton cœur,

Tu les répéteras à tes fils

Et tu en parleras avec eux,

Chez toi

Dans la rue

Quand tu te coucheras

Et quand tu te lèveras.

 

 

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Marco Valdo M.I.
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1 octobre 2012 1 01 /10 /octobre /2012 13:34

CONTE POUR ENFANTS


 

Version française – CONTE POUR  ENFANTS – Marco Valdo M.I. – 2012

Chanson en allemand – Kindermärchen – Fritz Böda-Löhner – 1939/1942).

 

Musique du compositeur germano-étazunien Gershon Kingsley, de son œuvre théâtralo-musicale intitulée Voices From The ‎Shadow réalisée en 1997 et publiée en 2005.





 

Une brève, explicite et prophétique‎ fable pour enfants écrite à Buchenwald par l'auteur du célèbre Buchenwald-Lied, Fritz Böda-Löhner.




Fritz Böda-Löhner, autrichien d'origine tchèque, de religion israélite, librettiste et auteur d'opérettes et de chansonnettes pour le cabaret viennois, fut arrêté par la Gestapo en 1938 et transféré d'abord à Dachau et puis, à Buchenwald où, lui qui aimait la chanson légère, écrivit son fameux Buchenwald-Lied sur une musique d'Hermann Leopoldi.‎

En août 1942, sa femme Hélène et ses filles Liselotte et Evamaria, de 13 e 14 ans, furent prises et tuées dans une de ces chambres à gaz mobile montées sur camion que les nazis utilisèrent avant la pleine utilisation de celles bien plus efficaces des camps d'extermination.

En octobre de cette même année, Fritz Böda-Löhner fut transféré à Buna-Monowitz (Auschwitz III) pour travailler à la construction de l'usine chimique de l' IG Farben, la même destination quelques temps après échut à Primo Levi. Mais Fritz Böda-Löhner, contrairement à Levi, ne fut pas un « sauvé », mais un « noyé ». À la Buna, il eut seulement le temps d'écrire cet autre chant de prison … Presque sexagénaire, profondément marqué par quatre ans de détention très dure et par la destruction de sa famille, le 4 décembre 1942, durant une inspection des responsables du chantier, il fut désigné aux SS comme un individu qui travaillait peu...
Fritz Böda-Löhner ne rentra pas à l'usine et les gardes le tuèrent sur place à coups de poings et de pieds.


 

Il était une fois un dragon

Qui avait une grande gueule

Et des dents comme un tigre

Et des sabots de cheval.

Il avait toujours faim

Et il mangea toute la ville.


 

Il mangea les pays et les peuples

Et malgré ça, il n'était pas rassasié.

Il mangea de l'aube au coucher

Il bouffa , bouffa

De sorte qu'à sa dernière bouchée

Il éclata

 

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Marco Valdo M.I.
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27 septembre 2012 4 27 /09 /septembre /2012 21:59

ALLONS À LA PLAGE.IT

 

Version française – ALLONS À LA PLAGE.IT – Marco Valdo M.I. – 2012

Chanson italienne – VAMOS A LA PLAYA – Righeira – 1983

 

vAMOS-A-LA-PLAYA-copie-1.jpg

 

 

Deux mots d'explication, mon ami Lucien l'âne. Dis-moi un peu comment se fait-il qu'il y ait une chanson italienne et une chanson espagnole qui portent le même titre et qui ont le même auteur...

 

 

Et bien, c'est fort simple... Il s'agit de la même chanson écrite dans les deux langues... pas traduite... mais écrite par Righeira – en réalité, la « canzone » fut écrite par Stefano Righi (Johnson Righeira) pour le texte et par le même Stefano Righi et Carmelo La Bionda pour la musique. Righeira est un groupe italien... Et le texte des deux chansons est sensiblement différent, même si la tonalité et la musique sont les mêmes. Comme les commentateurs l'ont noté, il s'agit bien d'une « chanson d'après »... Une chanson d'après l'explosion de la bombe atomique... Une chanson à l’humour décapant, un peu à la manière des Monty Pythons... Ce qui n'avait pas été perçu par tout le monde... Comme quoi, il ne faut pas être distrait des deux oreilles et nous, les ânes, on sait se servir de nos deux oreilles. Donc, la plupart des gens ne s'étaient pas rendu compte de ce que ces chansons disaient... D'où l'importance d'une traduction des deux chansons. L'espagnole ayant été traduite, je te charge de la traduction de l'italienne...

Cela dit... Elle risque bien de nous servir cette "playa" le jour où comme dit Caussimont :

 

À tant jongler avec la bombe

Un jour, faudra bien qu'elle tombe

C'est son but et c'est notre lot

Il faudra bien que ce jour vienne

Adieu Paris et adieu Vienne

Adieu Rome et Monte-Carlo !

 

dans sa fabuleuse chanson « Nous Deux ».[[9227]]

 

 

 

Pour ce qui est de la traduction de cette chanson parodique des « tubes de l'été », lesquels sont généralement vides, je te la rends à l'instant. Quant au sens parodique du Vamos a la playa, je te suggère vivement de l'appliquer à la situation de la Grèce qui est actuellement rançonnée et de l'Espagne qui va bientôt s'effondrer... Sauf évidemment, si on arrive à empêcher le massacre qui se produit au nom de la Grande Europe...

 

 

En effet, dit Lucien l'âne en raclant le sol d'un sabot aussi noir que colère, REGARDEZ CE QU'ILS FONT AUX GRECS, ILS VOUS LE FERONT BIENTÔT...

 

À propos de colère, dit Marco Valdo M.I., je t'invite à relire le chapitre V des Raisins de la Colère de John Steinbeck, un livre de la fin des années 30 du siècle dernier, il y a quatre-vingts ans... Une histoire qui se passait en Californie... mais c'était déjà le même monstre en action... Écoute ce passage – où les représentants des banques et des assurances chassent les métayers de leur terres :

« … les représentants se fâchaient :

Il faudra que vous partiez

Mais c'est à nous, criaient les métayers. Nous...

Non, c'est la banque, le monstre, qui est le propriétaire. Il faudra partir.

Nous prendrons nos fusils comme Grand-père... »

 

On en revient toujours à cette Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres, contre les pauvres afin de toujours s'enrichir, de toujours prospérer en exploitant les autres... Crois-moi, Marco Valdo M.I. mon ami, il nous faut tisser le linceul de ce vieux monde toujours aussi ringard, toujours aussi pingre, toujours aussi riche pour les riches et pauvre pour les pauvres et toujours aussi oppressant et oppresseur et de surcroît, cacochyme. (Heureusement, d'ailleurs !)

 

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Vamos a la playa, oh oh oh oh oh.
Vamos a la playa, oh oh oh oh oh.
Vamos a la playa, oh oh oh oh oh.
Vamos a la playa oh oh.

 

Allons à la plage,

La bombe vient d'éclater

Éclairs nucléaires

Nous bronzerons d'autant mieux.


Vamos a la playa, oh oh oh oh oh.
Vamos a la playa, oh oh oh oh oh.
Vamos a la playa, oh oh oh oh oh.
Vamos a la playa oh

Allons à la plage,

Parmi les statues de robots,

Les légions de mutants

Nous combattrons en surfant.

Vamos a la playa, oh oh oh oh oh.
Vamos a la playa, oh oh oh oh oh.
Vamos a la playa, oh oh oh oh oh.
Vamos a la playa oh

Allons à la plage,

La vague neuve est là

Avec ses pizzas radioactives

On nous nourrira.

Vamos a la playa, oh oh oh oh oh.
Vamos a la playa, oh oh oh oh oh.
Vamos a la playa, oh oh oh oh oh.
Vamos a la playa oh

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Marco Valdo M.I.
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26 septembre 2012 3 26 /09 /septembre /2012 21:12

LA FILLETTE EN ROUGE

 

 

Version française – LA FILLETTE EN ROUGE – Marco Valdo M.I. – 2012

Chanson italienne – La bambina in rosso – Briganda

 

 

 

 

 

« se non sbaglio questa canzone si ispira al famoso film "Schlinder's List"; il testo della canzone fa venire i brividi quando ripenso a quell'unico particolare a colori in un film in bianco e nero »

Andrea - 19/8/2008 – 16:42

 

 

 

 

 

 

 

« Si je ne me trompe pas », disait Andrea en 2008, « cette chanson s'inspire du fameux film « La Liste Schindler » ; le texte de la chanson fait frisonner quand on repense à cette unique tache de couleur dans un film en noir et blanc. » et il est vrai que cette particularité crée une très puissante émotion... Et on peut certes confirmer la chose (à défaut d'explications directes de Briganda). Par contre, Lucien l'âne mon ami, l'affaire ne s'arrête pas là.

 

 

Quoi ? Que veux-tu dire, Marco Valdo M.I. mon ami ? Il y aurait une suite à cet épisode ?

 

 

En effet et dans un certain sens, une suite heureuse... Pas totalement, comme tu le verras, mais une suite heureuse quand même.

 

 

Qu'essaies-tu de me faire entendre ? Que la fillette aurait survécu à l'horreur...

 

 

 

Roma-Ligocka.jpeg

 

 

 

 

 

Si on peut dire les choses ainsi, oui. Elle a survécu et même, elle a vu le film et elle s'y est reconnue... Évidemment, ce n'est plus une fillette et elle a d'ailleurs écrit son histoire sous forme de roman dont le titre est précisément « La petite fille au manteau rouge »... Du moins, dans sa traduction française.

 

 

Ah, dit Lucien l'âne en bronchant de toute son échine, sans doute, vit-elle encore... Mais où ? Et qu'est-elle devenue ?

 

 

Sauf erreur, elle vit encore. Elle s'appelle Roma Ligocka. Elle était née Roma Liebling le 13 novembre 1938 à Cracovie. C'est une artiste peintre polonaise, qui a écrit plusieurs romans autobiographiques pour résister aux angoisses venues de la nuit des hommes en noir. Des angoisses dont elle souffre beaucoup encore maintenant et qui compromettent gravement sa sérénité... Pour le reste, tu liras toi-même ce qu'en dit Wiki... (http://fr.wikipedia.org/wiki/Roma_Ligocka)... Et si tu comprends le polonais, tu peux toujours aller voir les nombreuses vidéos, comme celle-ci, qui date de cette année encore : http://www.youtube.com/watch?v=VGVKKzOD4aU. Évidemment, je n'ai pas la moindre idée de ce qu'elle dit...

 

 

Mais il y a peut-être eu d'autres fillettes au manteau rouge qui se sont trouvées dans des circonstances analogues...

 

 

Peut-être... Mais dans tous les cas, la seule qui ait dit se reconnaître, c'est elle.... Voilà tout...

 

 

Voilà tout, en effet. Sauf que ces derniers temps, je ne sais si d’autres ont la même perception que moi, mais je sens comme un vent qui revient de là-bas... Oh, les « hommes en noir » ne sont plus là, ils ne se promènent plus en uniforme... On les affuble à présent de costumes trois-pièces d'honorables financiers... Mais quant au fond, c'est le même projet qui se relance, ce sont les mêmes mobiles qui l'animent... Toujours cette volonté de dominer, d'imposer aux autres une domination sans faille, un pouvoir puissant entièrement acquis à cette folie des riches ... Il suffit de regarder ce qu'ils font aux Grecs et d'imaginer ce qu'ils vont faire partout en Europe, si on les laisse faire... Il importe donc que nous tissions obstinément le linceul de ce monde plein de revenants déguisés, de loups aux pelages d'agneaux... De tisser le linceul de ce vieux monde qui tel un disque rayé revient toujours à ses anciennes antiennes, un monde qui bégaye, un monde méprisant et méprisable, trop ambitieux, arrogant, avide et cacochyme... ( Heureusement !)

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

 

 

Elle passait sur la place la fillette en rouge

Entre les hommes et les uniformes, entre les chars et les paysans

Elle passait sur la place la fillette en rouge

 

Il y avait là un officier qui tirait sur un juif

Il portait un uniforme noir avec des bottes noires,

Il portait un écusson et un aigle royal,

Il tirait sur ceux qu'il voyait passer le long du boulevard.

 

Elle passait sur la place la fillette en rouge

Parmi les tirs et le désordre, et les rires d'un peloton

Elle passait sur la place la fillette en rouge

 

Une famille se cachait dans une armoire

Une autre cherchait refuge dans un grenier

Un musicien se cachait dans son piano

Ils le tuèrent en riant tandis qu'il jouait du Bach

 

Elle montait les escaliers la fillette en rouge

Personne ne la voyait, personne ne l'entendait

Elle montait les escaliers la fillette en rouge

 

Elle cheminait cherchant un refuge dans une maison

Car il n'y avait rien, ni son ni bruit

Elle sourit ensuite en trouvant une place sous un lit

Elle s'y glissa heureuse et s'endormit.

 

Plus tard, sur un camion, on vit son manteau rouge

Les aigles en uniforme l'avait trouvée

Sur un camion, elle passa la fillette en rouge.

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Marco Valdo M.I.
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