Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
5 octobre 2010 2 05 /10 /octobre /2010 21:16

 

N'ENSEIGNEZ PAS AUX ENFANTS
Version française - N'ENSEIGNEZ PAS AUX ENFANTS – Marco Valdo M.I. – 2010

Chanson italienne – Non insegnate ai bambini – Giorgio Gaber – 2003

 

 

On pourrait, je veux dire : nous pourrions nous contenter de la traduction de cette chanson de Giorgio Gaber, vois-tu Lucien l'âne mon ami, comme on pourrait le faire pour toutes les chansons de Giorgio Gaber. On peut voir les choses ainsi et ce serait très bien. Mais...

 

Mais quoi, mon ami Marco Valdo M.I., cela ne te va pas de ne pas commenter, de ne pas mettre ton grain de sel ou de poivre dans la soupe. On dirait que tu n'arrives pas à tenir ta langue, à retenir le flot de tes paroles.

Bref, tu as à la fois, envie de parler et envie de donner un avis, disons même, ton avis. À croire que tu aurais un tempérament de commentateur ou de journaliste ou de moraliste à l'ancienne ou alors, une sorte d'essayiste à la Sterne ou à la Montaigne.

 

Lucien l'âne mon ami, si tu n'étais pas mon ami et si tu n'étais pas un âne, je te dirais que tu l'es... Un âne. Je pense que tu dis à la fois des choses vraies et que tu le dis à faux, en porte à faux. Si je commente ainsi certaines chansons, et spécialement certaines chansons de Giorgio Gaber, c'est sans doute car je ne peux réfréner mon goût de parler de Gaber, mais c'est tout simplement aussi qu'elles en valent la peine, ses chansons, et même, qu'elles ont certaines résonances qui me chavirent. Et puis, le portrait que tu as cru tracer de moi était plus celui de Giorgio Gaber que le mien. Ou alors, tu as peut-être mis le doigt sur une certaine parenté d'esprit. Laquelle coïncidence expliquerait , pour ce qui est de Gaber, mais aussi d'autres, ma propension à entamer, en quelque sorte, le débat, la conversation avec eux... À distance, je te le concède, à distance comme je le ferais avec Meslier ou Voltaire ou Carlo Levi, par exemple ou bien entendu, Italo Calvino. En fait, comment dire, je me sens leur contemporain exact, quel que soit le siècle ou le lieu où ils ont vécu.

 

C'est tout à fait pareil pour moi, dit Lucien l'âne. J'ai toujours l'impression d'avoir rencontré ces gens de bien au détour d'une rue, d'un sentier ou d'une montagne. Je me souviens de celui-là, ce vieillard à barbe blanche qui attendait le train sur le quai d'une gare perdue... J'ai toujours l'impression de les avoir côtoyés et cette parenté mentale me rend bien heureux, elle brise certaine solitude qui parfois me pèse. Mais si tu veux bien, Marco Valdo M.I., trêve de philosophie, parle-moi de la chanson de Giorgio Gaber... Dis-moi comment elle s'intitule et de quoi elle parle...

 

Son titre est une mise en garde; elle s'intitule : « N'enseignez pas aux enfants »; en fait, il faut entendre : ne leur enseignez pas la résignation, ce suicide quotidien. Laissez votre morale cacochyme au vestiaire et entrez plutôt avec eux dans la ronde de l'amour et la confiance réciproque. Ronde, ronde, danse le monde. Et regarde, mon ami Lucien l'âne, le glissement de sens : Ronde, ronde, change le monde.

 

Excellent conseil, car les enfants, comme les poissons, pourrissent et périssent par la tête et en effet, il faut changer le monde. Allons, Marco Valdo M.I., mon ami, tissons le linceul de ce vieux monde ratiocineur et égrotant.

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

N'enseignez pas aux enfants

N'enseignez pas votre morale

Elle est si lasse et malade

Elle pourrait faire mal

Ce serait une grave imprudence

De les laisser à la merci d'une fausse conscience.

 

Ne faites pas l'éloge de la pensée

Qui est toujours plus rare

Ne leur indiquez pas

Une route connue

Mais si voulez vraiment

Enseignez seulement la magie de la vie.

 

Ronde, ronde, change le monde

 

N'enseignez pas aux enfants

Ne répandez pas vos illusions sociales

N'en remplissez pas leur futur

De vieux idéaux

L'unique chose certaine est de les tenir au loin

De notre culture.

 

N' exaltez pas le talent

Qui est toujours plus éteint

Ne les amenez pas au bel canto, au théâtre,

À la danse

Mais si vous voulez vraiment

Racontez-leur le rêve

D'une ancienne espérance

 

N'enseignez pas aux enfants

Mais cultivez votre cœur et votre esprit

Soyez-leur toujours proches

Faites confiance à l' amour, le reste n'est rien.

 

Ronde, ronde, change le monde

Ronde, ronde, change le monde.

Repost 0
4 octobre 2010 1 04 /10 /octobre /2010 20:03

 

LE MIRACLE
Version française - LE MIRACLE – Marco Valdo M.I. – 2010

Chanson italienne – Il Miracolo – Giorgio Gaber – 1994



Un miracle, un miracle... Où çà ?, dit Lucien l'âne tout fébrile et joyeux. J'aime les miracles. Je me souviens qu'un petit gars qui était né sous mes yeux dans une étable, un soir d'hiver, il y a bien longtemps, s'était mis à faire des miracles. Du moins, c'est ce qu'on a dit. J'ai pas trop bien suivi l'affaire, mais je crois bien que çà a mal fini pour lui. Mais ce sont des rumeurs, des bruits, rien de vraiment sérieux dans tout çà. Alors, moi les miracles, j'aimerais bien en rencontrer un, un vrai, véritablement vrai. Et la chanson du jour en raconte un. Fais-moi voir, raconte-moi.



Ah, Lucien l'âne mon ami, en matière de miracles, il n'y a pas de miracle... Tu vas être déçu. Il y a bien un miracle, mais un miracle, comment dire, virtuel – en cela, il ressemble à tous les autres miracles dont on a jamais parlé. Quand même, il y a de l'espoir pour toi, car c'est un miracle virtuel, mais futur; en somme, un miracle potentiel, un miracle dont la réalisation effective est encore à venir et pour le coup, cette fois, possible. Quoique improbable... Du moins, à court terme. Un peu comme la révolution... Elle est possible, elle est future et la seule chose qu'on ignore, c'est le comment et le quand de sa réalisation. Et bien, dans ce sens, ce miracle est une révolution.



Ah bon, dit Lucien l'âne, un peu désappointé et dubitatif. Finalement, c'est quoi ce miracle ?



C'est tout simplement l'arrêt, la disparition de la télévision.



La télé va disparaître, dit Lucien l'âne en ouvrant des yeux plus grands que son ventre. La télé va disparaître... Ce serait un miracle, ce serait une vraie révolution, en effet. Mais enfin, il y a tellement de gens qui gagnent de l'argent ou tiennent le pouvoir avec elle qu'ils ne la laisseront jamais tomber.



Évidemment. Ceux-là s'accrocheront au radeau tant qu'ils pourront. Mais, le miracle sera que tout simplement les gens, les simples gens, vivront un désamour, une désaffection, puis un rejet, une pure indifférence face aux gesticulations de l'écran, face aux soubresauts de la machine à décerveler, si chère à Ubu et à ses successeurs... Voilà comment se réalisera ce miracle, selon Gaber. Tu comprends, les télés seront toujours là, les écrans seront toujours aussi glauques, les marionnettes continueront à diffuser leurs baratins, mais il n'y aura plus personne pour les regarder. On ne les éteindra même pas; au mieux, on coupera le son pour ne plus entendre leurs borborygmes. Les écrans continueront à s'agiter, mais dans leur coin dans l'insouciance générale. Voilà le miracle. D'ailleurs, en partie, c'est déjà le cas. Si tu additionne ceux qui sont indifférents, ceux qu'elle ennuie, ceux qu'elle rend allergiques et ceux qui s'endorment devant l'écran, tu verras que cela représente déjà beaucoup de monde.



Ah, dit Lucien l'âne, la machine à décerveler tournant dans le vide, voilà qui est réjouissant comme perspective. À propos de miracle et de suaire, il temps que l'on tisse le linceul de ce vieux monde télévisuel et cacochyme.





Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.







Dit : L’œil humain, comme je crois l’œil bovin, est l'organe pour la réaction des stimuli de la lumière qui sont immédiatement transmis aux centres nerveux. Il suffit d'un minimum d'effort, une toute petite fente pour impressionner nos sens qui sont déjà fort nerveux.

 

 

Écran fluorescent unique source de magie

Soirée de télévision

Lumière diffuse dans ma maison, des voix de compagnie

Mais soudain

Un peu d'incertitude jusqu'à ce que

La main se serre sur la télécommande

Et s'illumine le monde

Écran fluorescent unique source d’énergie

Mais soudain

 

Et si soudain te vient à l'esprit

Te vient à l'esprit comme un film de science-fiction

Que ce verre lumineux pourrait aussi finir

Dans l'indifférence totale

Si tu en viens à penser pour un instant seulement qu’il n'existe pas

De spectateur

Et si en regardant la bouche d'un acteur, d'un journaliste ou d'un président

Il devient évident

Que plus personne n'écoute

Que tous sont sortis, tous sont partis

Et qu'au premier plan, il n'y a que cette bouche

Et sa folie...

Miracle ! Miracle !

 

Et si soudain te vient à l'esprit

Te vient à l'esprit que cette bouche colorée

Passe dans les chambres en vain

La grand gueule est là qui parle

Et, on n'entend même pas le son.

Si tu vois ta maison vide

Comme vue de loin, toujours de plus loin

Dans les immeubles, il y a seulement la télévision et

Personne.

S'il te vient à l'esprit que rien n'a résisté

Que la masse est morte doucement et l'individu

S'est réveillé...

Miracle ! Miracle !

 

La grande fluorescence n’enchante plus personne

Miracle !

La douce ensorceleuse ne séduit plus personne

Un Miracle !

 

Et dehors, sur les places et dans les rues

La vie

Recommence à être vraie

Et l'air frais, et on respire

Et dehors, sur les places et dans les rues

La vie

Repost 0
4 octobre 2010 1 04 /10 /octobre /2010 17:21

 

VERS DE LIBERTÉ

Version française - VERS DE LIBERTÉ – Marco Valdo M.I. – 2010

d'après la version italienne - VERSI PER LA LIBERTÀ – Riccardo Venturi – 2005 d'une chanson sicilienne - Virsi pi la libirtà – Pippo Pollina – 2001 , d'après une poésie de Paolo Messina – 1955.

 

 

 

Menottez le vent

Si vous croyez

Qu'il décoiffe les cheveux

Le vent qui entre dans les maisons

Pour consoler le chagrin

Le vent qui entre dans les maisons

 

Menottez le chagrin

Si vous croyez

Pour tranquilliser le monde

Le chagrin qui mûrit dans les poitrines

Et détruit les murs et mouche les chandelles

Et détruit les murs et mouche les chandelles.

 

Menottez la faim

Si vous croyez

que défendre vos galons

Le chagrin n'a pas de honte

La faim n'a pas de bras

Le chagrin n'a pas de honte

Le vent ne connaît pas les barreaux.

 

Menottez les ombres

Qui vont la nuit en les jardins

Mettre des drapeaux sur les pierres

Et appellent à voix forte les mères

Qui n'ont plus sommeil

Et veillent derrière les portes (fermées)

Menottez les morts

menottez les morts

Si vous croyez.

Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
4 octobre 2010 1 04 /10 /octobre /2010 07:22

 

LE CONFORMISTE

 

Version française – LE CONFORMISTE – Marco Valdo M.I. - 2010

Chanson italienne – Il Conformista – Giorgio Gaber – 1996

 

 

 

Encore une chanson de Giorgio Gaber et de quoi parle-t-elle, dit Lucien l'âne en riant de ses belles dents d'âne ?

 

Oui, en effet, Lucien l'âne mon ami, une chanson de Gaber, encore une chanson de Gaber. En fait, je n'y suis pour rien... C'est Gaber lui-même qui a écrit beaucoup de chansons et j'ajoute, beaucoup de bonnes chansons, lesquelles dès lors méritent d'être connues des gens de langue française et donc, voilà pourquoi je suis obligé d'introduire des chansons de Giorgio Gaber, malheureusement absentes des Canzoni contro la Guerra. Je te dirais même que je ne comprends pas bien pourquoi elles ont échappé à la vigilance de nos amis. Bref, celle d'aujourd'hui s'intitule Il Conformista que j'ai tout simplement traduit par LE CONFORMISTE.

 

C'est une excellente traduction; on ne pouvait faire mieux. Et même si j'en ai bien une idée, dis-moi de qui, de quoi elle parle.

 

De ce que son titre annonce... du conformiste. Pas du conformiste de tous les temps – quoique celui-ci ressemble assez bien au modèle, mais d'un conformiste contemporain. Du conformiste de notre temps. C'est çà aussi l'intérêt de publier ici les textes de Gaber, c'est qu’ils sont en prise avec la réalité contemporaine et même, un peu clairvoyants. Gaber pointe cet « homme nouveau », appelé de tous leurs vœux par les futuristes, par d'Annunzio, par les fascistes, par les nazis, un homme nouveau qui s'adapte à tout et spécialement, au régime dominant. En fait, c'est cela sa caractéristique principale : il cherche toujours à être du côté du manche. Quand celui qui tient le manche change, il change aussi. Ainsi, il est toujours du bon côté, du côté où il y a avantage à être. En fait, ce conformiste est un opportuniste. LE CONFORMISTE de Gaber, c'est l’opportuniste de Dutronc [[http://www.antiwarsongs.org/canzone.php?id=8864&lang=it]].

 

Un personnage peu ragoûtant que je n'aime pas fréquenter..., dit Lucien l'âne en frémissant de tous ses poils.

 

Tu as raison, moi non plus, je n'aime pas de croiser ces gens-là... Mais, vois-tu, Lucien l'âne mon ami, il y a juste un petit problème, c'est que comme les cons, ils sont vraiment nombreux ces tourneurs de vestes.

 

J'imagine... Ce sont des avides, des gourmands, ils mangent à tous les râteliers. On en a même chez nous les ânes de ces lézards mimétiques, de ces caméléons collants qui donneraient n'importe quoi : leur voix, par exemple (ils n'ont d'ailleurs rien d'autre à donner, si l'on veut rester dans les limites de la décence... Sinon, ces demoiselles deviennent ministres) pour on ne sait trop quoi... Une place, de l'argent, des honneurs, un ruban, une décoration, des cacahouètes, un yoyo officiel... Et à mon sens, ce sont eux qui par leur bassesse, assurent le pouvoir aux régimes les plus extravagants ou les plus répugnants. Face aux turpitudes, face aux escroqueries des gens du pouvoir, face aux gestes les plus obscènes (politiquement obscènes) , comme ils ont donné leur voix au régime, comme ils n'ont plus de voix, ils se taisent. Ils laissent fleurir les pires injustices, ils laissent dépérir toute solidarité, toute véritable liberté... La plupart du temps, ils trahissent leurs (ex-)amis, ils effacent leur conscience, ils se trahissent eux-mêmes. Souvent même, ils hurlent avec les loups. Ce sont eux qui portent aux nues les imbécillités du pouvoir et qui peuplent ce monde répugnant et cacochyme, dont il nous faut absolument tisser le linceul, jour après jour, avec obstination et sérénité.

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

Je suis un homme nouveau

Tellement nouveau

Que ça fait bien du temps

Que je ne suis même plus fasciste

Je suis sensible et altruiste

Porté sur l'Orient

Et dans le passé, j'ai été

Un peu soixantehuitard

Depuis peu de temps, me voici écologiste

Il y a quelques années, dans l'euphorie, je me suis senti

Comme un peu tout le monde socialiste


Je suis un homme nouveau

Par charité, au sens littéral

Je suis progressiste

En même temps un peu libéral

Antiraciste

Et je suis fort bon

Je suis animaliste

Je ne suis plus assistentialiste

Dernièrement, je m'en vais à contre-courant

Je suis un peu fédéraliste

Le conformiste

Est quelqu'un qui d'habitude est toujours

Du côté de la justice

Le conformiste a toutes les réponses

Dans sa tête.

C'est un concentré d'opinions

Qui tient sous le bras deux ou trois quotidiens

Et quand il veut penser

Il pense à s'entendre dire

Peut-être

Comme un bon opportuniste

Il s'adapte en ne faisant pas de cas

Et il vit dans son paradis.


Le conformiste

C'est un homme tout en rondeur qui se meut
Sans consistance, le conformiste

S'entraîne à surfer

sur la mer de la majorité

C'est un animal assez banal

Qui vit de mots, de conversations

La nuit, il pense et sourdent

Les songes des autres rêveurs

Le jour

Explose sa fête

Qui est d'être en paix avec le monde

Et de prendre le large en flottant
Le conformiste

Le conformiste

 

Je suis un homme nouveau

Et avec les femmes, j'ai un rapport extraordinaire

Je suis féministe

Je suis disponible et optimiste

Européiste

Je n'élève jamais la voix

Je suis pacifiste

J'étais marxiste-léniniste

Et après un instant, je ne sais comment , je me suis retrouvé

Catho-communiste

Le conformiste

N'a pas bien compris

Qui mieux qu'un ballon rebondit

Le conformiste

Aérostat évolué

Qui est gonflé d'information

Est le résultat d'une espèce

Qui vole toujours à bas régime en surface

Puis il effleure le monde d'un doigt

Et il se sent

Vivant

Et cela lui suffit déjà

Et je dois dire que désormais

Il ressemble beaucoup à nous tous

Le conformiste

Le conformiste

 

Je suis un homme nouveau

Tellement nouveau

Qu'on le voit à première vue

Je suis le nouveau conformiste

Repost 0
3 octobre 2010 7 03 /10 /octobre /2010 08:13

 

GOAL !
DE L'AUTRE CÔTÉ DE LA GRILLE

Version française – GOAL ! DE L'AUTRE CÔTÉ DE LA GRILLE – Marco Valdo M.I. – 2010

Chanson italienne – Dall'altra parte del cancello (GOAL !) – Giorgio Gaber – 1973

 

 

 

L'antienne de cette chanson est : « Nous sommes sains... », mais est-ce si sûr ?

 

Non, dit Lucien l'âne.

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

J'ai vu un homme fou

C'est impressionnant l'effet que ça peut faire

Un homme seul, oublié, abandonné

Derrière les barreaux toujours fermés d'une grille

 

Nous, de l'autre côté de la grille

Nous qui sommes normaux, nous pouvons tout faire

Nous qui avons la chance d'être sains

Nous raisonnons sans perdre notre calme

Avec le contrôle de nous-mêmes, sans visions horribles.

 

Nous nous sommes sains, nous nous sommes sains

Nous échappons aux problèmes de la psyché

Toujours en paix avec notre cerveau et avec nos sentiments

Si normaux, nos gestes équilibrés

Ne gênent personne, toujours lucides et conscients.

 

Nous nous sommes sains, nous nous sommes sains, nous nous sommes normaux

Nous qui pouvons compter sur notre cerveau

Nous sommes sûrs, nous sommes forts, nous sommes entiers

Nous de l'autre côté de la grille.

Un homme le regard fixe

Un homme seul à la recherche de soi-même

Un homme en morceaux, si apeuré, si bloqué

Derrière les barreaux toujours fermés d'une grille

Nous, de l'autre côté de la grille

Nous qui sommes normaux, nous pouvons tout faire

Nous qui avons la chance d'être sains

Nous pouvons avoir un bon travail, une famille

Toujours unie, une existence pleine de rapports humains.

 

Nous nous sommes sains, nous nous sommes sains, nous nous sommes normaux

Nous qui avons les instruments pour nous réaliser

Avec un diplôme

On peut voyager, on peut avoir un passeport, un permis

Le port d'arme et le dimanche au match.

 

Nous nous sommes sains, nous nous sommes sains, nous nous sommes normaux

Nous qui pouvons compter sur notre cerveau

Nous préparons nos enfants pour demain

Et nous de ce côté de la grille

De ce côté de la grille.

 

Nous sommes parfaitement normaux, nous pouvons tout faire

Nous qui avons la chance d'être sains

Nous raisonnons sans perdre notre calme

Avec le contrôle de nous-mêmes, sans visions horribles.


Nous nous sommes sains, oui, nous nous sommes sains

Nous échappons aux problèmes de la psyché

Toujours en paix avec notre cerveau et avec nos sentiments

Si normaux, nos gestes équilibrés

Ne gênent personne, toujours lucides et conscients.

Nous nous sommes sains, nous nous sommes sains, nous nous sommes normaux

Nous qui pouvons compter sur notre cerveau

Nous préparons nos enfants pour demain

Et nous de ce côté de la grille

De ce côté de la grille.

 

Nous sommes parfaitement normaux, nous pouvons tout faire

Nous qui avons la chance d'être sains

Nous pouvons avoir un bon travail, une famille

Toujours unie, une existence pleine de rapports humains.

 

Nous sommes sains, nous sommes sains

Nous sommes sains, nous sommes sains

Nous sommes sains...

 

[Bruit de fond]

 

GOAL !

Repost 0
2 octobre 2010 6 02 /10 /octobre /2010 22:35

LA NUIT DES CRAYONS BRISÉS

 

Version française - LA NUIT DES CRAYONS BRISÉS – Marco Valdo M.I. – 2010

D'après la version italienne de Riccardo Venturi - LA NOTTE DELLE MATITE SPEZZATE – de la chanson argentine Noche de los lapices de Rogelio Botanz – 1986

 

 

 

 

 

 

 

 

Claudio de Acha - 17 ans.

Gustavo Calotti - 18 ans.

María Clara Ciocchini - 18 ans.

Pablo Díaz - 18 ans.

María Claudia Falcone - 16 ans.

Francisco López Muntaner - 16 ans.

Patricia Miranda - 17 ans.

Emilce Moler - 17 ans.

Daniel Racero - 18 ans.

Horacio Ungaro - 18 ans.


 

 

 

 

Les nuits des crayons, des bolzanettes, des boucheries.
 

de Riccardo Venturi

1982: Pablo Díaz, 24 ans, sort. Pas même d'une prison. De nulle part. Il sort du néant. Il sort de la desaparición (disparition). Il sort de la mort militaire. Il y était entré avec ses compagnes et ses compagnons d'école, le 16 septembre 1976. Ils les avaient enlevés à l'aube, accusés d'avoir réclamé l'abonnement d'autobus gratuit, ou moins cher, pour les enfants des écoles de La Plata, le boleto estudiantil – le billet étudiant. Il suffisait de cela dans l'Argentine de la junte militaire bénie par Monseigneur Pio Laghi, pour être considéré comme subversif. Ils l'ont appelée, tout le monde doit le savoir, la Noche de los lápices, La Nuit des Crayons. [ L'humour des militaires m'échappera toujours, dit Lucien l'âne en frémissant].

 

Les policiers et les militaires arrivèrent à l'aube. Noche de los lápices était le nom qu'ils avaient donné à l'« opération ». Ils séquestrèrent les garçons et les filles et les emmenèrent en divers endroits secrets de la ville; et quand les familles, apprenant qu'ils avaient été enlevés, allèrent demander dans quelle prison ils avaient été enfermés, il leur fut répondu qu'ils n'étaient pas en prison. Ils avaient été conduits directement à quelque chose de pire, dans l'enfer, et si l'enfer est une blague inventée par les prêtres, les souterrains des casernes ou d'autres lieux, où les étudiants avaient été emmenés, au contraire existaient. C'étaient des lieux. C'était l'anéantissement de toute humanité. C'était le pouvoir dans son essence véritable.

 

Pris, emprisonnés, bandés, torturés. Les filles violées à sang. Maria Clara avait 18 ans, Maria Claudia 16, toutes deux avaient des noms italiens, marque d'une ancienne émigration qui était partie en Argentine avec une espérance. L'espérance s'était muée en torture et mort. À un garçon qui, pendant qu'ils le massacraient, invoquait Dieu, un militaire répondit Aqui Dios somos nosotros. Ici, Dieu, c'est nous. Des dizaines d'enfants séquestrés, il n'en survécut que trois. Toutes les filles moururent. Pablo Diaz, revenant au jour sans renaître (car une expérience du genre rend mort pour toute la vie), raconta toute l'histoire de cette nuit et de la Nuit entière. En 1986, le cinéaste Héctor Olivera, qui enfant avait étudié dans une école militaire et qui en avait gardé une horreur insoutenable, réalisa un film La Noche de los Lápices. Pablo Diaz participa à l'écriture du scénario.

 

Quelque faits, quelques noms. L'opération fut réalisée conjointement par le Battaglione 601 de l'Armée argentine et par la Police du district de Buenos Aires. Elle était dirigée par le général Ramón Camps. Il s'agissait d'une dissuasion contre la « subversion dans les écoles », la mission, selon les mots de Camps, était : « Les adolescents séquestrés devaient être éliminés après avoir subi des peines indicibles ». Les enfants furent tous emmenés dans des centres clandestins de détention : Arana, le « Puits de Banfield », le « Puits de Quilmes », la Questura Provinciale de Buenos Aires, les commissariats de La Plata et de Lanús (le faubourg où est né Maradona) et le polygone de tir de la Questura de Buenos Aires.

 

Cela se passait sous une dictature impitoyable. On se demande encore comment cela fut possible. Des gosses au lycée. Puis, on nous donne la réponse : dans une dictature militaire sud-américaine, ç'a été possible. Chez nous, une chose pareille, heureusement, ne serait jamais possible. Nous sommes une démocratie, nous avons des « forces de l'ordre » démocratiques, notre pouvoir est un pouvoir démocratique. [C'est bien là le problème, dit Lucien l'âne... La loi des plus forts, la loi des plus nombreux...] Chez nous, un inspecteur de police ne pourrait jamais massacrer un lycéen.

Chez nous, il n'existe pas de centre de détention de la police où on massacre et on torture, où l'on bastonne au cri de Un-due-tre viva Pinochet (en français et pour la rime : Un-deux-trois Vive Videla, ou Massera – Pinochet ou Galtieri, çà ne rime pas), où on viole, où les inspectrices appelle les filles « putes communistes » en les giflant

 

Chez nous, enfin, une Nuit des Crayons... Il ne manquerait plus que çà. Chez nous, les crayons servent à écrire et écrire est subversif. Nous préférons les boucheries et leurs nuits [de Gênes].

 

École Diaz, en effet. Curieuse coïncidence. Le même nom que des dizaines et des dizaines d'écoles en Italie, du nom d'un général de merde (il s'appelait Diaz [Armando Diaz] – sur le front en 1917-18). Moi aussi, en primaires, je suis allé à une « Diaz ». Il faudrait retirer cet « Armando » qui a été responsable du massacre d'une guerre où il a envoyé mourir une génération entière d'adolescents. Ce serait bien de dédier toutes ces écoles à Pablo Diaz et à tous les enfants dont on brisa les crayons et la vie. Mais ce n'est pas notre souvenir. Pas notre mémoire : La memoria - RV, 1er octobre 2010.

 

 

 

 

Claudia fut liquidée d'un coup de pistolet dans la nuque dans les souterrains de Banfield entre le 1 et le 15 janvier 1977. Pour la loi argentine, elle est encore « disparue ».

 

Voilà, Lucien l'âne mon ami, la chanson du jour, car tu vas certainement me le demander, raconte, évoque un bel amour, une jeune fille de Buenos-Aires, une adolescente, Claudia, qui fut arrêtée, enlevée, séquestrée, brutalisée, martyrisée... Elle s'intitule « La Nuit des Crayons brisés »... Les militaires et les policiers à l'origine de cette rafle et de ce massacre, avec un humour ravissant, avaient intitulé leur crapuleuse opération, qui rappelle la Rafle du Vel d'Hiv et d'autres razzias du même acabit : « Nuit des Crayons », car il s’agissait bien d'enfants, de jeunes élèves. Sans doute, avec un rappel subliminal à la « Nuit de Cristal », où l'on brisa tant de vitres. J'ai gardé dans le titre de ma traduction l'idée de « crayons brisés », en rappel à cette organisation antifasciste et antimilitariste de chez nous en Wallonie dont le nom était « Les Fusils Brisés ».

 

Oui, je comprends, dit Lucien l'âne. On est touché au cœur par cet amour brisé.

 

Ah, Lucien l'âne mon ami, c'est vraiment une atroce histoire que celle de cette chanson et quel destin horrifique que celui de ces jeunes gens enlevés par la police et les militaires et martyrisés, là-bas en Argentine. Tout çà pour satisfaire le goût du pouvoir d'une caste d'imbéciles. Tu sais, notre ami Riccardo Venturi a raison de rappeler que l'Italie démofasciste actuelle ne se comporte pas vraiment mieux, elle qui se pare des plumes de la démocratie... Ce qui s'est passé à Buenos-Aires, s'était passé en Grèce, cela s'est passé en Italie (et pas seulement sous Benito regnans), c'était à Gênes, c'était il y a peu de temps. Comme tu le vois, dans les faits, la démocratie est un paravent, elle est un leurre, c'est le cache-sexe du libéralisme lequel est comme le vin : liquoreux, moelleux, doux, demi-sec, sec et franchement brut quand il le juge nécessaire. En l'espèce, il l'a jugé nécessaire. Il a montré sa brutalité. On voit alors sortir de la boîte à (mauvaises) surprises des policiers, des militaires, des colonels, des généraux « rebelles » (ce fut le cas en Espagne, au Chili, en Argentine...) et jusque des maréchaux – « Maréchal, nous voilà ! » qu'ils chantaient en 1940.

 

C'est très exactement la chose comme elle se passe !, dit Lucien l'âne en fronçant ses grands yeux. C'est une des formes de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches mènent contre les pauvres afin de maintenir, d’accroître, de perpétuer, de développer leurs privilèges, leurs pouvoirs et leurs richesses. Usque tandem ? Je te le dis, Marco Valdo M.I mon ami, en définitive : Proprietas delenda est !

 

Regarde, Lucien l'âne mon ami, les événements de ces derniers jours. On croit que l'Europe, que Bruxelles... sont des exemples de démocratie. En effet, ils le sont ! Pas plus tard qu'hier, à Bruxelles, capitale de l’Europe qui se dit démocratique, on a démocratiquement arrêté, mis en prison, emmené dans des lieux réservés à la police plus d'une centaine de personnes qui avaient l'intention (je dis bien l'intention) de manifester. La feuille de vigne constitutionnelle est tombée et on a vu le vrai visage de notre « démocratie ». La Constitution (comme toute Constitution d'ailleurs, comme les élections – souviens-toi d'Allende (9/11), par exemple ou de la République espagnole ) ne vaut que quand elle sert certains intérêts... à d'autres moments, elle est tout simplement effacée, oubliée, mise au placard. Je te le dis, Lucien l'âne mon ami, la maladie italienne a franchi les Alpes... Elle monte, elle monte et si l'on n'y prend garde, elle va submerger l'Europe...

 

Tu sais, Marco Valdo M.I. mon ami, toi et moi, nous deux tout seuls, nous n'y pouvons pas grand chose si ce n'est résister (Ora e sempre : Resistenza !) et tisser notre partie du linceul de ce monde en putréfaction et décidément, cacochyme.

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 

 

Ton amour grandit

Il fait craquer du dedans les cadenas de l'horreur

Nous reconnûmes ton regard dans le regard de celui qui vit

Dans tes yeux palpiter un cœur.

 

Claudia, tu le sais

Tu n'es pas seule, ce n'a pas été en vain,

Ton silence est assourdissant, par la main

De ton ami nous est parvenue ta soif d'amour

Et l'allègre ordre de trinquer.

 

Aujourd'hui comme hier

Avec le dernier soupir de l'année qui meurt

Chaque larme impuissante nous la baignerons dans le champagne

Et en levant le calice nous crierons OÙ SONT-ILS ?

 

Je tire le fil de la mémoire à partir de ce moment

Avec mes crayons de couleur, je te dessine une chanson

Un cœur avec une flèche, Claudia et Pablo,

De chaque côté, pour toujours le même amour.

 

Claudia, tu le sais...

Depuis lors, Saint Sylvestre est le patron du souvenir

Et chaque Nuit des crayons, il écrit une fois de plus

Sur la queue d'une comète : OÙ SONT-ILS ?

 

Je tire le fil de la mémoire à partir de ce moment

Avec mes crayons de couleur, je te dessine une chanson

Un cœur avec une flèche, Claudia et Pablo,

De chaque côté, pour toujours le même amour.

LA NUIT DES CRAYONS BRISÉS
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
1 octobre 2010 5 01 /10 /octobre /2010 17:36

 

L'ENGRENAGE

Version française – L'ENGRENAGE – Marco Valdo M.I. – 2010

Chanson italienne – L'ingranaggio (prima parte & seconda parte) – Giorgio Gaber – 1972


Un engrenage

Un engrenage


Un engrenage si absurde et si compliqué

Si parfait et si bouleversant.

Un engrenage fait de mystérieuses roues

Si impitoyable et si massacrant.

Un engrenage comme un monstre toujours en mouvement

Qui moud les choses, qui moud les gens

Si, si, moi aussi

Si, moi aussi

Moi aussi je dois aller de l'avant toujours

Sans perdre un moment

Je dois aller de l'avant toujours

Et travailler, travailler, travailler

Et continuer à travailler, travailler, travailler

Et ne jamais s'arrêter.

 

Et ne jamais s'arrêter.

Et ne jamais s'arrêter.

Et avoir au dedans le sentiment

Que tu n'es plus vivant

Et fatiguer tellement

Se retrouver avec un vieil ami

Et ne savoir que dire.

Comprendre que je n'ai plus le temps

Pour le rire et le pleur

Le savoir et ne pas avoir la force

De recommencer.

 

Ce n'est pas que la volonté me manque

Ou que le courage me manque

C'est que désormais je suis au dedans

Dans l'engrenage

 

Je me rappelle ces discussions

Pleines de passion

Quand nous restions tard

Dedans un bar.

L'amour, la conscience, l'art,

La révolution

Nous étions sûrs de trouver

La force de nous en aller.

 

Ce n'est pas que la volonté me manque

Ou que me manque le courage

C'est que désormais je suis au dedans

Dans l'engrenage

 

L'engrenage

Cet engrenage

Cet engrenage si absurde et si compliqué

Si parfait et si renversant.

Cet engrenage fait de mystérieuses roues

Si impitoyable et si massacrant.

Cet engrenage comme un monstre toujours en mouvement

Qui moud les choses, qui moud les gens

Si, si, moi aussi

Si, moi aussi
Moi aussi je dois aller de l'avant toujours

Sans perdre un moment

Je dois aller de l'avant toujours

Et travailler, travailler, travailler

Et continuer à travailler, travailler, travailler

Et ne jamais s'arrêter !

 

Et ne s'arrêter jamais

Et ne s'arrêter jamais

Et rentrer chez soi

Silencieux et fatigué

Sans plus rien en soi

À peine l'esquisse d'un sourire

Sans conviction.

La caresse habituelle à l'enfant

Qui vient à ta rencontre

Manger et puis voir le film

À la télévision.

 

Ce n'est pas que la volonté me manque

Ou que me manque le courage

C'est que désormais je suis au dedans

Dans l'engrenage.

 

Repost 0
1 octobre 2010 5 01 /10 /octobre /2010 16:46

 

AU BAR CASABLANCA

Version française - AU BAR CASABLANCA – Marco Valdo M.I. – 2010

Chanson italienne – Al bar Casablanca – Giorgio Gaber – 1972

 

Ah, Lucien l'âne mon ami, voici une chouette chanson de Gaber. Tu sais que je traduis les chansons italiennes vers le français pour diverses raisons. La première de toutes ces raisons, c'est qu'il me faut comprendre et pour comprendre, il me faut traduire. Au début, je traduisais des livres. C'était passionnant – faut dire que je traduisais Carlo Levi, Giuseppe Dessì, Ugo Dessì, Antonio Tabucchi et bien d'autres et uniquement, comme une forme de lecture plus attentive, plus lente, plus approfondie aussi. Mais depuis deux ans, je traduis essentiellement des chansons et accessoirement, j'en écris.

 

Je m'en étais rendu compte, dit Lucien l'âne en riant de tout son piano. Et j'en ai vu passer des chansons que tu as traduites. C'est normal, je dois les relire tes traductions. Je crois bien qu'il y en a plusieurs centaines. J'en ai écrites aussi quelques-unes... Mais, ce que je n'arrive pas à bien discerner, c'est le pourquoi de ce choix un peu particulier.

 

Vois-tu, Lucien l'âne mon ami, les chansons sont plus courtes que les romans et leur brièveté (qui peut être relative) permet de connaître beaucoup d'auteurs différents, beaucoup de sujets différents, beaucoup d'idées (oh, le vilain mot !) différentes et ce n'est pas le moindre intérêt pour un traducteur amateur dans mon genre, les chansons permettent en raison de leur lien avec le réel immédiat et de leur contemporanéité d’étendre et les sujets traités et le vocabulaire employé... D'autant qu'avec tous ces italiens régionaux, ces langues régionales, le champ s'étend encore.

 

J'apprécie et je vois bien tes soucis de linguiste amateur, mais tu ne m'as rien dit d'autres raisons de traduire...

 

L'autre raison, qu'on pourrait qualifier de principale, c'est que dans l’Italie contemporaine, celle du Loup de Rome et des son emprise sur les médias, la chanson – enfin, celle qui compte, celle qui ne passe pas sous les fourches caudines des télévisions; bref, celle qui chante dans les rues, celle qui se colporte de place en place, celle des tréteaux et des petites salles, celle du grand air, celle du vent, devient un des lieux – un des seuls lieux – où souffle un vent de liberté, un peu de pensée, un air salubre. Et le « modèle » italien – en clair le « fascisme », qui a déjà coûté si cher dans le passé aux populations d'Europe et au-delà, a muté, on en est au médiafascisme, au fascisme souriant et cauteleux, mais la bête immonde , ainsi camouflée, ronge l'Italie et a déjà passé les Alpes... Son rictus funèbre ternit le paysage européen. Il faut trouver le moyen de l'abattre avant qu'elle ne nous étouffe tous. Ainsi, la chanson de Gaber est elle aussi d'une certaine manière un avertissement. On peut toujours discuter aux terrasses des bistrots ou des bars, mais pendant ce temps-là la bête mi-caïman, mi-pieuvre continue d'avancer.

 

Il avait bien raison, dit Lucien l'âne, celui-là qui écrivit en termes lapidaires : Ora e sempre : Resistenza! Quant à nous, continuons notre tâche à l'ombre de la traduction : tissons, veux-tu, Marco Valdo M.I. mon ami, le linceul de ce vieux monde libidineux et cacochyme.

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Au bar Casablanca

Assis à l'extérieur

Une bière glacée

Nous regardons les femmes

Nous regardons les gens

Avec un air un peu las

Chemise ouverte

Le pull à la main

Nous parlons, nous parlons de prolétariat

De révolution.

 

Au bar Casablanca

Avec une Gauloise

Notre Nikon, nos lunettes

Et sur la chaise

Le titre rouge de nos journaux

Nos jeans décolorés

Notre barbe maculée d'un peu de glace

Nous parlons, nous parlons de révolution

De prolétariat

 

L'important est que l'ouvrier prenne conscience. Par exemple, les comités unitaires de base... Regarde les ouvriers de Pavie et de Vigevano n'ont même pas attendu que la politique syndicale réalise ses objectifs, ils ont réagi, ils ont pris l'initiative ! Nous, ce n'est pas que nous devons prendre la tête des ouvriers. C'est à eux de faire, nous...

 

Au bar Casablanca

Assis à l'extérieur

une bière glacée

Nous regardons les femmes

Nous regardons les gens

Avec un air un peu las

Chemise ouverte

Le pull à la main

Nous parlons, nous parlons de prolétariat

De révolution.

 

Repost 0
30 septembre 2010 4 30 /09 /septembre /2010 21:19

 

OÙ ALLEZ-VOUS ?

Version française - OÙ ALLEZ-VOUS ? – Marco Valdo M.I. – 2010

Chanson italienne – Dove andate ? - Giorgio Gaber – 1972 (Paroles et musique d'Anton Virgilio Savona.

 

 

 

Où, où allez-vous ?

Et pourquoi vos épées

Sont-elles dégainées

Si elles étaient déjà reposées au fourreau ?

 

Vous croyez que ce fut peu

Le sang versé en mer et sur terre

Pour traîner l'ennemi enchaîné

Et pour causer vos ruines ?

 

Ni les loups, ni même les lions

Ne massacrent les animaux

De leur espèce

 

Qu'est-ce qui vous pousse, vous ?

Qu'est-ce qui vous entraîneur

À satisfaire le désir

De la violence ?

 

Personne ne me donne de réponse

Personne ne peut, sur son visage

Cacher sa peur.

 

Vous êtes conduits par un destin tragique

Et les frères tuent les frères

Depuis que la terre fut souillée

Par le sang de Rémus.

 

Où, où allez-vous ?

Et pourquoi vos épées

Sont-elles dégainées

Si elles étaient déjà reposées au fourreau ?

Vous les aviez seulement cachées.

Repost 0
30 septembre 2010 4 30 /09 /septembre /2010 20:57

 

 

Margot au chômage



Chansonchôme wallonne de langue française – Margot au chômage – Marco Valdo M.I. – 2010

Parodie de Brave Margot, chanson française de Georges Brassens – 1952






Ah, Marco Valdo M.I. mon ami, depuis le temps que je t'attends ici, qu'as-tu fait ? Que t'est-il arrivé ?

La chose est simple, mon brave ami Lucien l'âne, j'ai été assez malade et quelque peu hospitalisé. Ce sont des choses qui arrivent dans la vie et seulement dans la vie. Avant ou au-delà, il n'y a pas de maladie. L'essentiel, c'est que je sois revenu et j'espère – mais je vois que c'est bien le cas, que tu es content de me retrouver.

Et comment donc ! Que je suis content. Je ne savais plus à qui parler. Dois-je citer Aragon ? et son « Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre, que serais-je sans toi que ce balbutiement... » Mais au fait, est-elle connue de nos amis italiens et d'autres pays cette belle chanson... que chantèrent Jean Ferrat et Marc Ogeret ? Il me paraît même qu'elle devrait figurer sur le site des Chansons contre la Guerre et si ce n'est fait, nous la proposerons un de ces jours. Cela dit, quelle est la chanson du jour ?

On dirait, Lucien l'âne mon ami, que tu me poses cette question, un peu comme on dit « Qu'est-ce qu'on mange ? ou Quel est le plat du jour ? ». Cela dit, il y a bien une chanson du jour et c'est une chansonchôme, une de ces chansons qui raconte le chômage dans nos régions. Comme tu le sais, le chômage est une des facettes de ce grand combat permanent qu'est la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres afin d'arracher encore plus de privilèges, encore plus de richesses, encore plus de pouvoir... Afin de dominer plus encore les populations de cette pauvre planète.

Je vois, je vois, dit Lucien l'âne en frémissant au petit vent d'automne. Mais que raconte-t-elle exactement ?

Et bien voilà. C'est l'histoire d'une chômeuse, qui est obligée de chercher un emploi sous peine de perdre toute aide, toute allocation. C'est ce que les patrons et leurs gouvernements appellent l’État Social Actif. Alors, comme les choses sont faites, la chômeuse doit se soumettre à toutes sortes d'interrogatoires, doit satisfaire à toutes sortes de sollicitations, doit accepter mille brimades pour espérer trouver un emploi.

Et dis-moi, Marco Valdo M.I., comme je te connais, c'est encore une parodie... Et si c'est bien le cas, de qui et de quelle chanson ?

Tu as parfaitement deviné. C'est bien une parodie et la parodie d'une chanson de Tonton Georges Brassens et célèbre entre toutes puisqu'il s'agit de la chanson de la bergère qui laisse voir son petit chat...

Ah oui, celle qui s'intitule « Brave Margot ». Je l'aime beaucoup, elle me fait beaucoup rire.

Tu as bien raison d'en rire, elle est très drôle. Mais tu sais, Lucien l'âne mon ami, l'exploitation est une chose indécente, le fait-même de tirer profit de quelqu'un d'autre est en soi une ignominie, mais en ce qui concerne les femmes, spécialement les jeunes femmes, il y a encore un plus. À l'exploitation dans le travail, vient s'ajouter certaine exigence d'ordre sensuel ou sexuel à laquelle l'impétrante doit se soumettre dans l'espoir d'obtenir un emploi... Espoir généralement rapidement déçu... Je t’accorde que cela arrive aussi parfois pour les hommes, mais c'est plus rare. Dans la chanson, Margoton, comme dans Bocca di Rosa de Fabrizio De André est dénoncée (ici pour son travail en noir) et doit quitter le village (le "pays", comme dit Brassens). Elle doit fuir à Paris et finit par faire le même métier que Loulou... ou Marie-Madeleine, dont Saramago dans son Évangile selon Jésus, dit qu'elle épousa le Christ.

Votre univers des humains est assez peu ragoûtant, dit Lucien l'âne. Cette façon de traiter les femmes est particulièrement ignoble. Il est temps, comme le proposent les Canuts, de lui tisser son linceul à ce vieux monde répugnant et cacochyme.

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


Margoton la jeune chômeuse
Trouvant dans le journal un emploi
Pour une jeune travailleuse
S'informa
On entrouvre sa collerette
Et on sort un peu son sein
C'était tout ce qu'elle avait pauvrette
Comme destin.
Au bureau des intérimaires
On la questionna tout de go
Émue, Margot se laissa faire
Pauvre Margot
Un patron passant à la ronde
Trouvant la chômeuse à son goût
L'engagea en noir avant tout le monde
Et l'on vint de partout

Pour voir Margot dégrafer son corsage
Pour garder son petit emploi
Tous les patrons, tous les patrons du village
Étaient là, la la la la la la
Étaient là, la la la la la
Et Margot qu'était simple et très sage
Présumait que c'était pour offrir un emploi
Que tous les patrons, tous les patrons du village
Étaient là, la la la la la la
Étaient là, la la la la la

Le maître de forges et ses moustaches
Les directeurs, les épiciers, les bougnats
Négligeaient carrément leur tâche
Pour voir ça
Le contrôleur d'ordinaire si spépieux
Aux chômeurs ne réclamait plus
Les lettres que personne au reste
N'aurait lues
Pour voir ça, sans que Dieu leur pardonne
Les évêques au beau milieu
Des offices abandonnent
Le saint Lieu
Les marchands d'armes, même les marchands d'armes
Qui sont par nature si salauds
Se laissaient toucher par les charmes
Du joli tableau

Quand Margot dégrafait son corsage
Pour pouvoir dégotter un emploi
Tous les patrons, tous les patrons du village
Étaient là, la la la la la la
Étaient là, la la la la la
Et Margot qu'était simple et très sage
Présumait que c'était pour lui offrir un emploi
Que tous les patrons, tous les patrons du village
Étaient là, la la la la la la
Étaient là, la la la la la

Mais les autres patrons de la commune
Jaloux du succès de leur concurrent
Accumulèrent la rancune
Patiemment
Puis un jour ivres de colère
Belle bande de faux jetons
Lâchement, ils dénoncèrent
Margoton
La chômeuse après bien des larmes
Pour se consoler s'en alla à Paris
Et y dévoila encore plus ses charmes
Qu'au pays
Le temps passa sur les mémoires
On oublia l'évènement
Seuls des vieux racontent encore
À leurs petits enfants

Quand Margot dégrafait son corsage
Pour pouvoir dégotter un emploi
Tous les patrons, tous les patrons du village
Étaient là, la la la la la la
Étaient là, la la la la la
Et Margot qu'était simple et très sage
Présumait que c'était pour lui offrir un emploi
Que tous les patrons, tous les patrons du village
Étaient là, la la la la la la
Étaient là, la la la la la
Repost 0