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27 avril 2011 3 27 /04 /avril /2011 08:18

BANDITS RURAUX

 

Version française – BANDITS RURAUX – Marco Valdo M.I. – 2011

d'après la version italienne de Riccardo Venturi d'une

Chanson argentine de langue espagnole– Bandidos rurales - León Gieco– 2001

Texte : León Gieco – Musique : Luis Gurevich


 

l'histoire de l'italien Bairoletto qui tirait sur les policiers et les propriétaires terriens et les ailes des moulins et qui couvrait la terre de tracts anarchistes...

 

 

 

 

Hors-la-loi : il faut évidemment savoir de quelle loi il s'agit... De la loi de qui... Celle du plus fort, celle des riches... Il faut replacer toutes les histoires de ces « hors-la-loi » dans le cadre général de la Guerre de Cent Mille Ans et moi, dit Lucien l'âne, je te propose de traduire différemment ce terme de « hors-la-loi », car il a une signification cachée extrêmement lourde de sens. « Hors-la-loi » laisserait supposer qu'il n'y a qu'une loi, qu'elle serait un phénomène naturel et intangible, qu'elle serait suprahumaine, qu'elle serait en quelque sorte au-dessus et en dehors des luttes humaines... C'est un concept dictatorial, qui justifierait les pires exactions d'État – la loi est la loi, disent-ils, et cela ne se discute aps. Dura lex sed lex, soit - surtout pour les pauvres, mais elle incarne la volonté publique et de ce fait, elle doit être respectée apr tous, même si elle est mortifère. C'est une absurdité, et la preuve, c'est que, par exemple, dans un régime nazi ou fasciste, elle est toujours la loi et les opposants, les résistants sont dès lors, naturellement et logiquement, des « hors-la-loi ». Cette logique d'intangibilité me paraît relever de la plus haute barbarie.

 

En fait, dit Marco Valdo M.I.,il vaudrait mieux dire « hors-leur-loi », c'est-à-dire hors de la loi de ceux qui font la loi, qui l'imposent, qui la justifient; bref, hors de la loi du pouvoir et à propos de pouvoir, comme je te l'ai déjà dit l'expression « pouvoir dictatorial » est un pléonasme... Tout pouvoir est par nature une dictature, fût-elle celle du plus grand nombre. En l'occurrence, une loi qui impose, instaure par exemple le droit d'exploiter d'autres hommes, qui fait passer le droit de propriété au-delà du simple droit d'usage, qui met la propriété des choses, mais aussi des esclaves, des salariés, des humains... avant la liberté et la dignité des hommes, qui fait passer le droit des choses avant le droit des gens... Cette loi-là est inique, c'est la loi du plus fort, c'est la loi des propriétaires et des possédants, c'est la loi du premier occupant, c'est la loi des seigneurs ; elle est le fondement de tout esclavage... La preuve, c'est que c'est elle qui détient les armes les plus fortes, en plus grand nombre, les plus perfectionnées... C'est même elle qui impose aux pauvres d'être désarmés, qui les punit dès qu'ils font mine de vouloir se défendre... Tu connais l'expression : « Force doit revenir à la loi »... Elle dit bien tout le mal : il faut la force pour imposer sa loi...

 

Et c'est ainsi que va le monde, c'est même ainsi que va la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres précisément pour imposer leur loi... Prenons ces bandits ruraux qui assassinent quelques riches, quelques sbires... Comparons ces quelques morts aux millions de gens qui meurent du paludisme, de faim, des guerres... du fait de l'accaparement des ressources du monde par les riches sous le couvert de la « loi »... de « leur loi ». La preuve en est que lorsque les pauvres, même pas « bandits » authentiques, veulent modifier cet état de choses, veulent empêcher cette misère, cette mort blanche, cette exploitation, ces exactions économiques (qu'on appelle « affaires »), ces gangs (qu'on appelle « marchés »), ils (les riches et leurs sbires) s'empressent de noyer ces velléités égalitaires et libertaires dans le sang.

 

Et le pire, c'est que toutes les sirènes de la société (de leur société), toutes les institutions qu'ils – j'insiste les riches, les puissants, les propriétaires, les détenteurs de biens et de pouvoirs - ont édifiées font propagande dans ce sens et cela depuis des milliers d'années. Et malheur à celui qui met en doute les fondements de leur pouvoir, malheur à qui met en doute « leur loi »... Ils lancent leurs chiens sur lui, ils organisent d'une façon ou d'une autre l'élimination du contestataire...

 

Voilà, voilà pourquoi, Marco Valdo M.I. mon ami, moi j'aime beaucoup que tu aies traduit cette chanson sur les bandits ruraux. Car, vois-tu, ce qui me plaît, c'est qu'elle montre, qu'elle met à nu le mécanisme central de l'oppression, le rôle pervers de « la loi ». Et tu verras que cette loi, "leur loi" si elle s'écoutait, elle s'empresserait de nous dire « hors-la-loi » (le mot actuel est « terroriste »), nous autres, du simple fait que nous tissons avec une certaine obstination, il faut le reconnaître, le linceul de ce monde de l'ordre, légaliste, assassin et cacochyme.

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I et Lucien Lane.

 

 

Né à Santa Fé en 1894,

près de Cañada, d'immigrants italiens

Ils le prénommèrent Juan Bautista, nom Bairoletto

Danseur émérite, effronté et coureur de femmes

Winchester à la selle, à la ceinture deux armes légères

Un couteau à l'arrière et un cheval alezan

La raie au milieu avec un foulard, la peau tatouée

Il devînt hors-la-loi. Il devînt hors-la-loi.

 

Il s'amouracha de la femme que guignait un policier

Un certain Farach Elias le frappa et le mit en prison

« Va-t-en de Castex », lui dit-il, « ici nous avons des lois ».

On était en 1919

Avant de partir, il alla le trouver dans sa boutique

Avec un 450 belge, un revolver en main

Il lui troua le cou et le laissa là ainsi.

À présent, il est hors-la-loi, à présent, il est hors-la-loi,

 

Bandits ruraux, difficiles à attraper

Cavaliers rebelles portés par des vents sauvages

Bandits ruraux, difficiles à attraper

Comme d'enfermer des étoiles dans la terre de personne.


Au même moment, il y eut un autre brigand

Pour vols et vagabondage, 19 fois emprisonné

On l'extrada au Paraguay, au pénitencier de Resistencia

Là, il connut Zamacola et Rossi en 26.

En 1897, à Monteros, Tucumán,

Le 3 mars, on dit que naquit

Segundo David Peralta, alias Mate Cosido,

Lui aussi hors-la-loi, lui aussi hors-la-loi.

 

Entre Campo Largo et Pampa del Infierno

Le payeur de Bunge et Born lui donna 6000 Pesos pour ne aps être tué

Grand assaut au train du Chaco, mont de Sáenz Peña,

Anderson et Clayton société cotonnière

Ils soutirèrent sans violence 45.000 à Dreyfus

Ward le gérant de Quebrachales leur donna 13.000

Il séquestra Negroni, Garbarini et Berzón

Il résista hors-la-loi, il résista hors-la-loi

 

Bandits ruraux, difficiles à attraper

Cavaliers rebelles portés par des vents sauvages

Bandits ruraux, difficiles à attraper

Comme d'enfermer des étoiles dans la terre de personne.

 

Bairoletto tomba à Colonia San Pedro de Atuel,

Il se réserva la dernière balle

Vicente Gascón, un galicien de 62 ans,

Paya de sa vie à Pico cette trahison

Soleil, sable et solitude, cimetière d'Alvear ;

Sur sa tombe des fleurs, des chandelles et des plaques de métal

Ultime romantique, sa femme Telma, le pleure.

Il mourut hors-la-loi, il mourut hors-la-loi.

 

Ils ne sauront rien de moi, je ne leur laisserai pas mon corps blessé,
Quitilipi, Machagai, où est donc Mate Cosido ?

Il s'enfuit en 36 et ils le recherchèrent mort ou vivant

2.000 de récompense, les bûcherons se turent

Il réussit à l'encerclement de Solveyra, un tortionnaire

De la gendarmerie , qu'on avait renseigné

Herminia et Ramona doutèrent qu'ils l'aient tué

Ce hors-la-loi, ce hors-la-loi.

 

Bandits ruraux, difficiles à attraper

Cavaliers rebelles portés par des vents sauvages

Bandits ruraux, difficiles à attraper

Comme d'enfermer des étoiles dans la terre de personne.

 

Dans un endroit neutre, je crois près de Buenos Aires,

On connaît deux frères de ce calibre, de ce sang,

Ils laissent scellé là un morceau de passé

Et ils décident de frapper celui qui vole le quebrachal.

Pour cela les deux bandes tuèrent , très près de Cote Lai

Un certain Mieres, régisseur de la Forestal.

Le silence se rompt avec des balles, vol qui ne peut être.

Deux hors-la-loi, deux hors-la-loi.

 

Martina Chapanay, bandite de San Juan,

Juan Cuello, Juan Moreira, Gato Moro y Brunel,
El Tigre de Quequén, Guayama et Bazan Frías,

Barrientos et Velázquez, Calandria et Cubillas,
Gaucho Gil, José Dolores, Gaucho Lega et Alarcón,
Bandits populaires de légende et de cœur

Chéris par les anarchistes, les pauvres et les filles de bordel

Tous hors-la-loi ; tous hors-la-loi.

 

Bandits ruraux, difficiles à attraper

Cavaliers rebelles portés par des vents sauvages

Bandits ruraux, difficiles à attraper

Comme d'enfermer des étoiles dans la terre de personne.

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Marco Valdo M.I.
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23 avril 2011 6 23 /04 /avril /2011 19:12

THYSSEN KRUPP, EN MÉMOIRE DE

 

Version française - THYSSEN KRUPP, EN MÉMOIRE DE – Marco Valdo M.I. – 2011

Chanson italienne – Thyssen Krupp, in memory of – Francesco Chiummento

 

 

 

Il y a dans la vie des moments où tout semble inutile

Quelqu'un hurle à pleine voix : « Ce fut une tragédie »

Un autre ajoute : « On ne peut pas parler de fatalité »

L'atmosphère devient tendue

Les médias allument leurs feux

La classe ouvrière est ressuscitée

Dans un goutte à goutte quasi sans fin

Un après l'autre nos camarades s'éteignent

Cette tragédie restera dans les annales

Car les morts blanches sont une triste réalité

Qu'on ne peut plus taire.

 

J'ai vécu dans la tristesse ces derniers jours

L'atmosphère est devenue irréelle

Le bombardement des médias pressant

Nous ne savons pas encore nous faire à l'idée ce de qui s'est passé

La mort horrible de nos camarades doit être un avertissement

Pour ceux qui nous considèrent comme un numéro

Et veulent épargner sur la sécurité

En dépit de la dangerosité de certaines tâches

Un entrepreneur est allé jusqu'à dire

Que dans certains travaux, les décès

Même s'il y en a peu sont physiologiques

Si la justice terrienne n'intervient pas

Un autre y pourvoira.

 

Il est difficile de trouver les mots justes

Pour exprimer ses propres états d'âme.

La rhétorique est un art

Que d'aucuns usent presque avec cynisme

Même moi, je me sens un miraculé

Et mes pensées retournent là

Quand je restai prisonnier

De la table à souder.

Et pourtant ente ces murs tristes

Moi et tant d'autres

Nous avons construit en partie notre futur

Et la fin de cette usine est survenue

De la pire manière.

Par delà les coups

je reste totalement en sympathie avec qui souffre

Et solidaire de qui ne peut accepter des morts.

Dans ce crescendo d'un climat de fête

Je me sens offensé et je partage pleinement

La demande de justice qui monte

Et je désire si possible, un peu de silence.

 

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Marco Valdo M.I.
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22 avril 2011 5 22 /04 /avril /2011 19:01

Le Maître et Martha

 

 

Canzone française – Le Maître et Martha – 1933 – Marco Valdo M.I. – 2011

Histoires d'Allemagne 32

 

Au travers du kaléidoscope de Günter Grass. : « Mon Siècle » (Mein Jahrhundert, publié à Göttingen en 1999 – l'édition française au Seuil à Paris en 1999 également) et de ses traducteurs français : Claude Porcell et Bernard Lortholary.

 

 

 

 

Décidément, Marco Valdo M.I. mon ami, les titres de tes canzones sont bien souvent surprenants ou alors, comme ici, semblent évoquer quelque chose, renvoyer à une autre histoire... ici, à une histoire faustienne, en quelque sorte, à une histoire née dans un autre monde... N'a-t-il pas un rapport ce titre avec celui du roman de Mikhaïl Afanassievitch Boulgakov, lequel était de Kiev, si je ne me trompe...

 

En effet, il s'agit bien d'évoquer ici ce titre du roman de Boulgakov – Le Maître et Marguerite – et tout ce qui tourne autour... le mystère, le mal terrifiant qu'on sent derrière l'histoire de Marguerite... mais quand même, c'est un renvoi à l'histoire, allemande celle-là, de Faust et à tout ce qu'elle porte. Une dernière chose ... Regarde le jour où nous publions cette histoire... C'est le jour du bal de Marguerite... En somme, c'est l'histoire d'un pacte avec le diable et que va donc faire d'autre l'Allemagne ? Ou une grande partie de la population allemande de l'époque ? La canzone, cette petite Histoire d'Allemagne raconte très exactement une journée particulière (c'eût pu être aussi son titre... mais il était déjà pris pour un autre jour mémorable où en 1938, le Menton rencontra à Rome la Moustache) à Berlin. Nous sommes au début de 1933, juste au soir du 30 janvier 1933. Le 30 janvier 1933 vers midi, Adolf Hitler est nommé Chancelier... Le soir même, des milliers de ses partisans – en fait, des membres des Sections d'Assaut – défilent aux flambeaux sous les Tilleuls (Unter den Linden), devant le hurleur moustachu et terminent leur parade en passant la Porte de Brandebourg. Pendant ce temps, un peintre, un vrai peintre, un véritable peintre, fort âgé, un des grands impressionnistes allemands, Max Liebermann, dit ici le Maître et sa femme, Martha - du haut du toit de leur maison de la Pariser Platz regardent cette délirante manifestation avec effroi. Cent mille excités, emplis de haine, avides de pouvoir et de puissance passent en chantant sous leurs fenêtres. Juste un détail cependant ... Max Liebermann est de confession juive...

 

En ce temps-là, çà n'aidait pas, dit Lucien l'âne. Même si à ce moment, ils (les baveux colériques) n'avaient pas encore trop explicité leur grand dessein criminogène et proprement criminel.



Donc, le défilé passe devant la maison Liebermann – une grande maison de famille – sur la Pariser Platz, et du haut de son toit, le Maître dit en berlinois la phrase suivante : ....« Ick kann jar nich soville fressen, wie ick kotzen möchte », autrement : « Je ne pourrai jamais autant manger que je ne pourrai vomir » ou de façon moins léchée : « Je ne peux même pas bouffer autant que j'ai envie de dégueuler ». Mais malgré ce dégoût, malgré les exhortations les plus pressantes à partir en exil, le Maître et Martha ne partiront pas. Le maître mourra de vieillesse, à 88 ans, deux ans plus tard ; Martha, quant à elle, Martha Mackwald, se suicidera en 1943 pour éviter sa déportation à Buchenwald.



Comme je les comprends, dit Lucien l'âne, ces vieux Allemands... À leur manière, ils ont résisté à la fureur du peintre en bâtiment et aux affres de la nausée brune et noire.



En effet, et la résistance de Max Liebermann (Ora e sempre : Resistenza ! À Berlin comme ailleurs) consista tout d'abord à ne pas abandonner son poste de Président de l'Académie des Beaux-Arts... Il expliquait cette position en disant : « Il serait plus naturel de démissionner. Mais cela passerait, de la part du Juif que je suis, pour de la lâcheté. » Ce vieil homme, ce quasi-nonagénaire affirme ainsi face aux millions de nazillons qui l'entourent, en plein Berlin, à la fois, son désaccord, son refus, sa haine du racisme, sa judéité et son humanité.



Cela demandait bien du courage et de la lucidité, dit Lucien l'âne, mais je crois avoir entendu dire qu'il avait quand même finalement démissionné...



Tu ne te trompes pas, mais il l'a fait en réaction à un événement particulier et particulièrement ignoble... Il ne pouvait rester dans réagir face à la barbarie de l'autodafé [[http://www.ina.fr/fresques/jalons/fiche-media/InaEdu02012/autodafe-en-allemagne.html]] du 10 mai 1933. Ce soir-là, même scène de délire collectif, même ignominie... les SA et les étudiants nazis se déchaînent contre la pensée, contre les artistes et les intellectuels... les éternels ennemis du fascisme et ils font au cœur de Berlin un immense incendie de livres. Et Max Liebermann, cette fois démissionne... Il avait tout-à-fait bien compris que lorsqu'on commence à brûler les livres, on en vient bientôt à brûler les gens.



Ainsi va la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres afin de les contraindre à reconnaître comme normale l'exploitation, à accepter la domination des puissants, à ne pas mettre en cause la richesse elle-même, à participer au mythe de la société commune... Crois-moi, Marco Valdo M.I. mon ami, faisons comme ce vieil impressionniste, tissons de nos mains le linceul de ce vieux monde incendiaire, assassin, médiocre et cacochyme.



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.



 

 

Le Maître et Martha portaient de longs manteaux

Le vent de Berlin disait une drôle de chanson

D'en bas, par vagues, arrivaient les ovations

En cadence, à la lueur fuligineuse des flambeaux

Qui pourrissaient l'air et l'atmosphère

Dans le sérieux des visages coupés à la jugulaire.

Par six de rang, ils remontaient l'allée de la Victoire

Au pas de l'oie, vers d'autres victoires

En levant haut la jambe, en levant haut le genou

Marquer le pas, surtout pas d'arrêt

Marcher sur place, surtout pas d'arrêt,

En levant haut la jambe, en levant haut le genou

 

 

Face au désastre, le vieil homme tenait la main de Martha

On était fin janvier mil neuf cent trente-trois

« À présent, le peintre en bâtiment va être artiste peintre... »

Le Maître dorénavant refuserait d'encor peindre

Le Maître et Martha supputaient l'avenir

Il est temps de filer, il est temps de partir

Le Maître et Martha supputaient l'avenir

Il est temps de filer, il est temps de partir

 

 

Les colonnes brunes tissaient l'effroyable toile

Plus de cent mille fourmillaient autour de la Grande Étoile.

Comme avant eux, les vainqueurs de Sedan

Comme avant eux, d'autres casques à pointe conquérants

Comme avant eux, les marins révolutionnaires venus de Kiel

Muets, le Maître et Martha contemplaient tranquilles

La Porte de Brandebourg, grise, renfrognée

Qui ployait sous les Sieg Heil ! L'incantation mille fois répétée.

En levant haut la jambe, en levant haut le genou

Marquer le pas, surtout pas d'arrêt

Marcher sur place, surtout pas d'arrêt,

En levant haut la jambe, en levant haut le genou

 

 

On était fin janvier mil neuf cent trente-trois

Le Maître et Martha se tenaient sur le bord du toit

De la terrasse de la Pariser Platz, on entendait les chants

Les acclamations, le nouveau Chancelier des Allemands

« Jamais je ne pourrai manger autant que j'ai envie de dégueuler »

Disait le vieux Liebermann sans même sourire.

« Jamais je ne pourrai manger autant que j'ai envie de dégueuler »

Disait le vieux Liebermann sans même sourire.

 

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20 avril 2011 3 20 /04 /avril /2011 22:39

LA PETITE CHANSON DU MILITAIRE À VÉLO.

 

Version française – LA PETITE CHANSON DU MILITAIRE À VÉLO – Marco Valdo M.I. – 2011

Chanson italienne – La canzoncina del militare in bicicletta – Ahmed il Lavavetri – 2011





Ahmed le Lavevitres nous propose cette chanson simple en quête d'une musique sur un récit divertissant que lui a fait R.V., un personnage assez connu de ce site. Quelques jours avant, ce dernier été appelé avec son ambulance pour une intervention assez curieuse : ramener à la caserne, d'un hôpital de province, un militaire de carrière victime d'un accident plutôt singulier. Le dimanche avant, alors qu'il se promenait en VTT sur un sentier forestier, l'officier s'était trouvé à l'improviste devant un âne qui se faisait cuire au soleil. Il s'en aperçut au dernier moment et ne pouvant freiner son erre, il buta violemment sur l'âne, lequel n'a absolument rien eu, tandis que le militaire fit une dégringolade terrible et encourut des fractures multiples. En racontant l'affaire, R.V. cachait mal ses rires ; Ahmed a dès lors pensé composer sur cet épisode une petite chanson, donnant à l'âne un nom également connu de ce site. Voilà bien la puissance des ânes ! Et si on les utilisait pour créer des groupes indestructibles contre les armées ? Selon Ahmed, contre les ânes, il n'y a rien à faire. S'ils s'y mettent, ils arrêtent même les chars d'assaut ; bien autre chose qu'une bicyclette !

 

***

 

Lucien mon ami, comment vas-tu ?, dit Marco Valdo M.I., moitié riant, moitié inquiet. Je suis quand même un peu peiné pour ton arrière... J'ai entendu dire qu'un militaire t'avait foncé dessus...

 

Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, je te remercie. Mais ne sois pas inquiet pour mes fesses... Regarde toi-même, elles vont très bien... dit Lucien l'âne en opérant une petite ruade de démonstration. Je vais d'ailleurs t'expliquer comment les choses se sont passées. Ahmed le Lavevitres, que je salue avec bien du plaisir... a mis en chanson l'histoire que lui avait rapportée notre autre ami, Riccardo Venturi, que je te demande de saluer avec moi aussi. D'abord, rassure-toi, moi, à part un poil ou deux arrachés, je n'ai rien du tout.

 

C'est l'essentiel, me voilà tout-à-fait content de te savoir indemne de cette lâche agression... Ces militaires, ça se croit tout permis. Sous prétexte de l'uniforme... Même quand ils sont en slip ou en calbar.

 

Donc, j'étais parti sur un de ces sentiers de montagne ; je m'en allai brouter l'herbe tendre, quelques épineuses, un peu de thym, de la menthe, du serpolet... des ronces, que sais-je ? Sommeiller et rêver comme font les ânes en liberté. C'était dimanche, et dans la vallée, jour de grande presse touristique et sportive. J'avais d'abord un peu trottiné, bu en passant à la rivière et dans une trouée des frondaisons, je m'étais au soleil effondré. Je reposai de tout mon long comme un bienheureux. Et comme je te l'ai dit, je m'apprêtais à rêver... Quand tout à coup, j'entends un bruit étrange, une sorte de halètement de dragon, un souffle de Vulcain, comme une forge en pleine activité, une fusée Ariane au décollage ; pour tout te dire, comme une locomotive à vapeur lancée à l'assaut d'une colline ou un cycliste en haut du Ventoux.

 

C'est à ce moment que le Ventoux rit..., dit Marco Valdo M.I.

 

Bref, un chahut à faire peur. Je n'ai pas même le temps de me relever que voilà un monstre casqué et multicolore, qui hurle et fonce tout droit dans ma croupe, il bascule par dessus et rapatapam, sur son élan, s'en va finir sa course dans un tronc qui borde le fossé. Au début, un peu groggy comme un boxeur au quinzième round, assommé, comptant les étoiles, il se tait... je le crois mort... Mais non, voilà soudain qu'il se réveille et se met à beugler pire qu'une vache qui vêle. Il implore le ciel, les Dieux, Jésus, Marie, tous les saints, le protecteur de la pédale, son père et sa mère... Il appelle l'armée entière à son secours... Un vrai bébé... Quel douillet ! Il n'arrêtait pas de se plaindre... Et moi, et moi là-dedans, j'avais quand même pris tout le choc et dans quel endroit de ma personne... Jusqu'au soir., je n'ai pu m'asseoir.... Crois-moi, Marco Valdo M.I. mon ami, moi les militaires, maintenant, plus encore qu'avant, les militaires, Marco Valdo M.I. mon ami, j'en ai plein le cul...

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

C'était un militaire, il était très sportif

Le sport lui fait du bien et ça le rend vif.

Le dimanche, il prend son vélo

Tous-terrains et il monte là-haut.

 

Par une belle journée qu'on aurait dit d'été

Les mollets forts, musculeux et bien galbés

Bref, un jeune, baraqué et pas une mauviette

Rien ne peut l'arrêter dans son héroïque grimpette.

 

Plus loin, sur un sentier un peu écarté

L'âne Lucien au calme s'est posé.

Tranquille, il regarde le monde et boit le soleil

Gestes antiques qui n'ont cure des réveils.

 

À un moment, cependant, il entend les crissements d'une chaîne

Et un halètement qui grandit derrière les chênes.

Trempé de sueur, ahanant dans la nature

Splendide, le militaire arrive à toute allure.

 

Il semblait dire : En avant, tire-toi de mon passage !

Mais Lucien l'âne, comme un barrage

Ne bouge pas et indifférent reste planté

Au beau milieu du chemin accidenté.

 

Pensez-vous que s'inquiète le militaire ?

Un officier s'arrêter ? Rien à faire !

« Que nenni, s'imagine le bonhomme,

Je ne m'arrête pas pour une bête de somme. »

 

Il continue à pédaler comme un bourricot

Entre les glycines et les buissons de sambuco.

Comme il s'aperçoit que l'âne ne bouge pas

Il lui fonce dessus et ne freine pas.

 

Mais l'âne ensommeillé ne se soucie pas

De l'imprudent officier à la tête de bois.

Comme il se prend le militaire dans la croupe

D'une ruade, il envoie au fossé l'homme de troupe.

 

La scène fit se marrer sans détour

Le personnel du centre de secours

Un âne qui broute brutalement interrompu

Et un militaire au bassin rompu.

 

Trois côtes brisées et une main

Il est dur le cul de l'âne Lucien !

La morale de l'histoire : Par un âne têtu

L'armée fut versée tête par dessus cul.

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16 avril 2011 6 16 /04 /avril /2011 15:10

LES FABRICANTS DE GUERRE

 

 

Version française – LES FABRICANTS DE GUERRE – Marco Valdo M.I. – 2011
d'après la version italienne de
Bartleby
d'une chanson argentine en espagnol de Los Cantores de Quilla Huasi – 1970

Texte et musique : Oscar “Cacho” Valles (Oscar Arturo Mazzanti, membre des Cantores de Quilla Huasi jusqu'en 1983, compositeur et auteur d'une centaine de chansons devenue parts intégrantes du folklore argentin) et de Díaz Ribeiro.

 

 

 

 

Les fabricants de guerre

Passent leur vie à parler de paix

Et de la valeur des soldats

Qu'ils enverront tuer.

 

Les fabricants de guerre

Ont transformé la paix

En petites colombes armées de fusils

Qui ne peuvent plus voler.

 

Les fabricants de guerre

Agissent comme dans un jeu;

Pour protéger les rois

Ils font mourir le pion en premier.

 

Il est facile de faire la guerre

Du haut de son trône,

Puisque ce sont les soldats qui vont mourir

Et qu'on reste assis dessus.

 

Que soit tué, que soit tué,

D'abord, celui qui a voulu faire la guerre

Qu'il nous laisse, qu'il nous laisse

Jouir de la paix comme il nous plaît.

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Marco Valdo M.I.
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15 avril 2011 5 15 /04 /avril /2011 20:32

LE FANTÔME DU LAC

Version française - LE FANTÔME DU LAC – Marco Valdo M.I. – 2011
d'après la version italienne de Gian-Piero Testa
d'une chanson en comasque laghée de Davide Van De Sfroos – El Fantasma del Laac – 1992


Davide Van De Sfroos doit aimer les fantômes ou alors, il en rencontre souvent , peut-être fait-il partie lui-même d'une confrérie fantasmatique... Allez savoir... Voici donc sa deuxième chanson où un fantôme paraît dans le titre... Et un deuxième fantôme qui court autour du lac dans le pays de Côme...

Oh, dit Lucien l'âne en faisant semblant de trembler de tous ses membres et de tout son dos, en hérissant les poils de sa colonne de la tête à la queue, brrr, des fantômes... Ils me donnent le frisson, rien que d'y penser. mais à la vérité, je n'en ai jamais rencontré beaucoup et les seuls que j'ai vus étaient de bien braves gens, un peu déboussolés, mais gentils quand même. Aimables. Cela dit, je me demande, si ce ne serait pas le même fantôme, revenu à des années d'intervalle. Et puis, n'avais-tu pas toi-même fait une canzone où des fantômes apparaissaient dès le titre...

Si, tu as bonne mémoire. J'en ai fait une, elle s'intitulait Les fantômes de Lunebourg [[http://www.antiwarsongs.org/canzone.php?id=37565&lang=en]], mais ils étaient bien plus terrifiants ceux-là, souviens-toi...



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 

Je voyage sur le lac,

Comme une mouche sur le verre,

J'avance et je recule

De Bellagio à Bolvedro

Et je voyage sur les routes

Et il y a un moment que je voyage

En effrayant les jeunes filles

De Cadenabbia à Tremezzo...

 

Ooh, aah, je suis le fantôme du lac...

 

J'ai vu la guerre,

J'ai vu les partisans,

Et celui qu'ils ont assommé

Là au-dessus d'Azzano,

Et je voyage dans le vent

Et je me gratte une couille

Cette nuit pour dormir

Je resterai là-bas à Sala (Comacina)...

 

Ooh, aah, je suis le fantôme du lac...

 

Je suis mort trois cents fois

Et je suis encore en paix

À moi, il me plaît de courser

Les petites jeunes de Domaso.

Pourtant parfois

J'ai un coup de bleu

Et je pleure un petit peu

En bas sur la rive de Colonno...

 

Ooh, aah, je suis le fantôme du lac...

 

Et les carabiniers d'Argeno

Me poursuivent

Ils veulent m'enfermer dans

Une maison de bois

Et les douaniers de Nobiallo

Me poursuivent

Et je leur dis

De ne pas me casser les couilles.

Et même les frères de Piona

Me poursuivent

Ils veulent me changer

En une quelconque Madone,

Et je fuis

Sans parebrise

Il me prend de changer de lac

Et je finis là-haut à Porlezza.

(sur le lac de Lugano).

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Marco Valdo M.I.
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15 avril 2011 5 15 /04 /avril /2011 20:31

VINGTIÈME

Valerio Sanzotta

Version française – VINGTIÈME – Marco valdo M.I.

Chanson italienne – Novecento – Valerio Sanzotta



Et je m'éveillai un matin dans une vie inconnue

Une vie qui semblait déjà vécue

Dans la lumière qui balbutiait et la maison qui chuchotait

Un rêve se décolorait entre les cils.

Mon grand-père était un manoeuvre, mon père un clandestin,

Ouvrier au Lingotto à Turin,

On l'appella rapidement mère sa bien- aimée

Je vins au monde en Italie libérée.

Les hommes changeront et ils changeront le roi.

Passeront des routes en pente.

Un désert brûlera où étaient des jardins

Changeront les langues et les frontières

Et ce ne fut pas seulement un rêve et nous n'y crûmes que peu

Mettre le monde à feu et à sang

Tandis que déjà une autre saison sonnait la cloche

Le premier tintement fut la Place Fontana

C'était un jour de mai, un jour de travail

Le matin où ils trouvèrent Aldo Moro

Et l'esprit fut le même et identique le geste

Assassin qui tua Guido Rossa.

Les hommes changeront et ils changeront le roi.

Passeront des routes en pente.

Un désert brûlera où étaient des jardins

Changeront les langues et les frontières

À Padoue le soir, il y avait l'Italie entière.

Ce soir-là, à la place de la Frutta

Et ce fut comme abandonner un père ou un ami

Quand le ciel rappela à lui Enrico.

maintenant, j'ai de bons jours et une vie digne

Mais je ne me plie pas à une conscience silencieuse

Dans le futur, j'emporte en dot sa mémoire

Dans mon coeur rugit le hurlement de son histoire.

Les hommes changeront et ils changeront le roi.

Passeront des routes en pente.

Un désert brûlera où étaient des jardins

Changeront les langues et les frontières.

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Marco Valdo M.I.
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15 avril 2011 5 15 /04 /avril /2011 19:32

LA MAJESTÉ DU PEUPLE : PABLO NERUDA ET FLORENCE

 

écrit par la chatte Pampalea le 16 mars 2010.



Sale hiver, mes chers. Spécialement pour une chatte, noire ou de n'importe quelle couleur. Nous autres, chats, nous aimons le soleil, nous ne sommes pas faits pour des hivers comme celui que, par chance et avec des incidents divers, se termine, ainsi nous prêtons notre voix aux autres incidents, souvent humains, qui éloignent de ce qu'on voudrait faire. Mais quand même, et ce qui est fait est fait et archivé, parfois timidement, ressort le soleil. Et alors, on retourne faire un tour en ville, ce qui se révèlera ensuite ici dénommé : une chatte noire en balade en ville. Et je suis partie faire un tour à San Salvi.



Tôt ou tard, ils s'en empareront, San Salvi, ces messieurs aux affaires louches et aux politiques obscures. Ils s'en empareront, ils y feront des maisons et des immeubles, ils feront semblant de restructurer et de sauver de la dégradation et c'en sera fini . Les projets existent déjà, comme tout le monde le sait. Tous le savent et tournent la tête ailleurs; et San Salvi ne peut opposer que bien peu de choses à part ses arbres, ses villas à moitié en ruines, son histoire de douleurs et sa socialité. Il y a de tout à présent dans cette énorme aire qui fut un asile : des centres de jour, des bâtiments publics, les anarchistes qui sont sous la menace constante d'une expulsion, le Social Bar, le théâtre avec ceux de la Balance et les chantauteurs souterrains, jusqu'à un jardin d'éducation routière constamment désert. Et les allées, et le chemin de fer qui passe à côté, et un cri déchirant de restitution aux mille et mille activités de tous et pour tous qu'une aire de ce genre imposerait à une ville qui se dit civile. Mais ils la pilleront nos messieurs, avec leurs galères et les avals, avec leurs autorisations et leurs journaux qui répandront, comme à l'habitude, des mensonges. Il a son destin déjà tracé, San Salvi. Un jour, arriveront les pelles. Ce qui les intéressera sera sauvé et le reste sera détruit. Surgira le mot « prestige ». Surgiront les noms habituels.



À San Salvi, entre ses édifices en ruines, il y en a un qui résiste sur lequel, il y a tant et tant d'années, on a peint un mural de style andin, avec un graphisme qui rappelait celui des disques DICAP de la Nouvelle Chanson Chilienne (Nueva Canción Chilena). Il y avait eu le coup d'État militaire de Pinochet. Les Inti-Illimani, dont le brevet d'ennuyeux par antonomase n'avait pas encore été officiellement consacré, remplissaient la Grande Piazza. Octante-trois, septante-quatre, septante-cinq. Le dix avril 1975un arçon, communiste, fut tué dans une manifestation contre la répression; il s'appelait Rodolfo Boschi. Temps durant lesquels, sur le mural andin peint au milieu de ce qui était encore un asile et un lager, apparaissait une signature au nom de ce garçon mort.



Temps auxquels un certain jour de printemps avait une Valeur, dans toutes les acceptions du terme qui sont dépréciées aujourd'hui. Temps durant lesquels les mots du grand poète, qui avait été une des premières victimes du coup d'état fasciste dans un pays lointain, étaient non seulement appelés, mais associés à ce jour d'avril et à un jeune tué des mains de la police. le grand Poète chilien les avaient écrits , quand lors de la première guerre mondiale, il était arrivé dans cette ville et avait été reçu par un maire ouvrier, Mario Fabiani. « Y cuando en el Palacio Viejo, bello como un ágave de piedra, yo subí los escalones consumados, pasé por los antiguos cuartos y vino darme el bienvenido un obrero, jefe de la Ciudad, del viejo río, de las casas talladas como en piedra de luna, no me surprendí: la maestad del Pueblo gobernaba. » (Et quand dans le Vieux Palais, beau comme un agave de pierre, je descendis les escaliers usés, passa par les vieux tableaux et vint me donner la bienvenue un ouvrier, chef de la Ville, au vieux fleuve, aux maisons taillées dans la pierre de lune, cela ne me surprit pas : la majesté du peuple gouvernait. ») Ce poète s'appelait Pablo Neruda et parlait de cette ville avec les plus beaux mots qui lui ont peut-être jamais été dédiés. Tellement beaux et tellement vrais, qu'ils ont été complètement oubliés, excepté sur ce mural, sur cette fresque populaire qui s'écaille sur les murs d'une maison en ruines dans un lieu qui disparaîtra bientôt.

Il n'avait pas fini de parler le poète. Il dit encore... Eh bien, lisez les ces mots tant qu'ils résisteront. Il est bel et bon d'en rendre compte et de les transmettre, fût-ce par les pattes d'une chatte vagabonde et noire.



« Mais derrière, il n'y avait pas l'auréole du passé; sa splendeur était la simplicité du présent. Comme un homme, du métier à tisser ou de la charrue, de la fabrique sombre, il gravit les marches avec son peuple et dans son Palazzo Vecchio, sans épée, le peuple, le même qui franchit avec moi le froid des Cordillères des Andes, était là. Pour cela, je crois chaque nuit au jour, et quand j'ai soif, je crois à l'eau, car je crois à l'homme. Je crois que nous monterons jusqu'à l'ultime marche. De là, nous verrons la vérité partagée, la simplicité restaurée sur la terre, le pain et le vin pour tous. »

Vous avez lu et compris quelles paroles cette ville réussissait à inspirer à un poète. Vous avez lu la simplicité, l'espérance et le pain et le vin pour tous. Tout est écrit sur les murs ébréchés, délabrés. Et il ne s'agirait même pas de sauver ces murs, mais ces mots. Il s'agirait de se les réapproprier et d'en faire un présent et un avenir. Il s'agirait d'un tas de choses. Et entretemps, on entend battre les grandes caisses de la « dégradation », et quand elles battent ce n'est jamais pour qu'on donne le pain et le vin à tous. Elles battent toujours pour que, non pas le pain ou le vin, mais l'argent s'accumule dans les poches de certains. Et alors, faites-vous chat, vous aussi. Glissez-vous, sans être vus, au-dedans de San Salvi. Allez voir ces murs et regarder cette fresque. lisez ces mots. La majesté du peuple a cessé de gouverner depuis longtemps. Mais ces murs résistent et disent encore. C'est à qui lit, alors, de décider.



( Riccardo Venturi)

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14 avril 2011 4 14 /04 /avril /2011 20:12

N'importe quoi, mais quelque chose

 

Canzone française – N'importe quoi, mais quelque chose – 1932 – Marco Valdo M.I. – 2011

Histoires d'Allemagne 31

 

Au travers du kaléidoscope de Günter Grass. : « Mon Siècle » (Mein Jahrhundert, publié à Göttingen en 1999 – l'édition française au Seuil à Paris en 1999 également) et de ses traducteurs français : Claude Porcell et Bernard Lortholary.

 

 

 

 

C'est vraiment « N'importe quoi... », le titre de ta chanson d'Allemagne..., dit Lucien l'âne en se marrant et en sautant d'un pied sur l'autre, à quatre temps.

 

 

Oui, évidemment et je ne vois pas ce qui te fait tant marrer. D'ailleurs, quand tu sauras de quoi il s'agit et ce que cela suppose, subodore, implique, entend, sous-entend, prédit en quelque sorte, il n'y a vraiment pas de quoi se réjouir. Déjà, si tu as un peu de mémoire, tu te souviendras qu'à la précédente canzone d'Allemagne, on entendait des fanfares et des bruits de pas. Tes grandes oreilles d'âne avaient bien perçu le son fêlé du Blechtrommel, du tambour de fer-blanc, les hurlements rauques et stochastiques de l'oncle incarné. Adolf, de cent mille adulateurs annonçait un règne de mille ans. Ses inférences, heureusement, l'égaraient...

 

 

N'empêche, dit Lucien l'âne, il a démontré que l'horreur est humaine. C'est donc cela ce n'importe quoi qui parsème ton récit.

 

 

Cela et bien d'autres choses encore. Par exemple, ces millions de chômeurs; par exemple, ces régions entières transformées par les miracles de la terminologie officielle en poches de chômage... pendant que – comme disait Léo Ferré – pendant que l'Europe bavarde.

 

Attends, attends, Marco Valdo M.I. mon ami, n'es-tu pas atteint de dyschronie, cette maladie qui cafouille avec le temps, avec laquelle tu prends une époque pour une autre, où la confusion règne tellement qu'on finit par ne plus savoir quand se passent exactement les choses. Bref, est-ce que tu ne bats pas la campagne ? Car, j'ai bien l'impression que les années se mêlent dans ton esprit.

 

 

Allons, allons, Lucien l'âne mon ami, ne t'inquiète pas ainsi. Bien sûr, on est en 1932; bien sûr, on est à Remscheid dans la Ruhr, et c'est bien de cela que parle la canzone ou plutôt, le narrateur de la canzone. Mais il parle de maintenant, je veux dire d'un endroit dans le temps qui est notre contemporain, disons, si tu le veux bien, au début de ce millénaire. Et il se souvient de son enfance, dans ce quartier de Remscheid rongé par la rouille et la misère. Qui est ce narrateur, peu importe. Il est celui-là qui raconte et qui fait les comptes avec le temps passé. Et il compare ce qui était hier l'Allemagne, la grande Allemagne en gestation et aujourd'hui, l'Europe, la grande Europe en gestation... Et ce qu'il entrevoit, c'est que ce qui était hier est encore aujourd'hui. Simplement, le terrain s'est agrandi, le nombre de participants a été multiplié, mais globalement, la situation est semblable, sinon pire... Et crois-moi, il a raison :

« Aujourd'hui, des choses pareilles peuvent à nouveau arriver

À part les millions de chômeurs, on a tous un boulot – mal payé

On regarde à la dépense, on mange quand on peut

Chez nous, comme partout, les riches, vivent de mieux en mieux

Il faut qu'il se passe quelque chose

N'importe quoi, mais quelque chose. »

Je le pense aussi. Il faut qu'il se passe quelque chose, il nous faut résister (Ora e sempre : Resistenza !), il faut mettre fin à ce monde imbécile avant qu'il ne soit trop tard et que ne reviennent hanter nos jours et nos nuits les hurlements rauques et stochastiques de l'oncle incarné... Car, vois-tu, lui aussi a des descendants, eux aussi ont des ambitions pour l'Europe. D'ailleurs, ils recommencent à se promener en chemises de couleur...

 

 

Et nous, Marco Valdo M.I. mon ami, du haut de nos grands âges, il nous faut – c'est impératif – il nous faut tisser le linceul de ce vieux monde richissime, méprisant, ignoble et cacochyme.

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 

 

À Remscheid, chez nous, en trente-deux, on chômait

En trente-deux, dans le quartier, quasi tout le monde pointait.

Chez nous, à Remscheid, il y en avait tant des chômeurs,

Comme dans toute l'Allemagne, des millions de chômeurs.

Il fallait qu'il se passe quelque chose

N'importe quoi, mais quelque chose

 

Des élections, encore des élections, à répétition

Lois, décrets, ordonnances, décisions à répétition

Rien n'a changé, monde à répétition

Bourse, profit, honte, chômage, exploitation

Il fallait qu'il se passe quelque chose

N'importe quoi, mais quelque chose

 

À Remscheid, chez nous, en trente-deux, on chômait

En trente-deux, dans le quartier, tout le monde pointait.

Fallait pas qu'ils restent à rien faire au chômage

Alors, on les obligea à travailler au barrage.

Il fallait qu'ils fassent quelque chose

N'importe quoi, mais quelque chose.

 

Du printemps à l'hiver, dans le chaud, dans le froid

Avec la honte pour compagne et l'effroi

Le « travailleur sans emploi », l'ex-travailleur

En trente-deux, à Remscheid, était encore chômeur.

Il fallait qu'on fasse quelque chose

N'importe quoi, mais quelque chose

 

Chez nous, on regardait à la dépense, on mangeait peu

Des patates et fallait pas tomber malade, en trente-deux,

Tampon sur les cartes, tout le quartier vivait ainsi, au ralenti,

Tous en avaient ras le bol de faire la queue sous la pluie.

Il fallait qu'on refasse quelque chose

N'importe quoi, mais quelque chose.

 

Trois hivers déjà que chaque jour il pointait

La nuit, dans la chambre, papa pleurait

Maman disait : « Ça ne peut pas être pire ! »

À Remscheid, en trente-deux, elle le disait sans rire.

Il fallait qu'il se passe quelque chose

N'importe quoi, mais quelque chose.

 

Aujourd'hui, des choses pareilles peuvent à nouveau arriver

À part les millions de chômeurs, on a tous un boulot – mal payé

On regarde à la dépense, on mange quand on peut

Chez nous, comme partout, les riches, vivent de mieux en mieux

Il faut qu'il se passe quelque chose

N'importe quoi, mais quelque chose.

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14 avril 2011 4 14 /04 /avril /2011 10:07

CHANT GÉNÉRAL

(Partie 4)

 

Version française - CHANT GÉNÉRAL- Marco Valdo M.I. – 2011 d'après la version italienne de Cristina Martin.

Chanson espagnole (Chili) – Canto General – Pablo Neruda – Mikis Theodorakis – [1974/75]

 

 

 

Emiliano Zapata sur son cheval

Emiliano Zapata sur son cheval

 

10. Végétations

 

Sur les terres sans nom et sans nombre

Descendait le vent d'autres lieux,

La pluie apportait ses fils célestes,

Et le dieu des autels imprégnés

Rendait des fleurs et des vies.

 

Le temps crut dans la fertilité.

La jacaranda élevait une écume

Faite de splendeurs ultramarines

L'araucaria hérissé de lances

Opposait sa grandeur à la neige,

L'acajou, arbre primordial

De sa cime distillait du sang,

Et au Sud des cèdres

L'arbre tonnerre, l'arbre rouge,

L'arbre à l'épine, l'arbre mère,

L'érythrine vermillon, l'arbre caoutchouc,

Étaient des volumes terrestres, du son

Étaient des territoires d'existence.

 

Un nouveau parfum diffus

Emplissait, par les interstices

De la terre, les respirations

Converties en fumée et en parfum.

Le tabac sylvestre élevait

Son rosier d'air imaginaire.

Comme une lance au bout de feu

Apparut le maïs, et sa silhouette

S'égrena et il renaquit ensuite,

Dissémina sa farine, prit

Les morts sous ses racines

Et ensuite, dans son berceau, regarda

Grandir les dieux végétaux.

Ride et excroissance, il disséminait

La semence du vent,

Sur les plumes de la cordillère,

La lumière épaisse de germes et de brins,

Aurore aveugle nourrie

Par les onguents terreux

De l'implacable latitude pluvieuse,

Des sombres nuits surgissantes,

Des citernes matutinales,

Et bien que dans les plaines

Comme des tranches de la planète,

Sous un frais village d'étoiles,

Roi de l'herbe, l'ombù retient

Son air libre, son vol bruyant

Et il montait la pampa en l'enserrant

De sa ramification de branches et de racines.

 

Amérique boisée,

Ronce sauvage entre les mers,

De pôle à pôle tu balances,

Trésor vert, ta broussaille.

 

La nuit germait

Dans des villes d'écorces sacrées

En bois sonores,

Feuilles étendues que couvraient

La pierre germinale, les naissances.

Vert utérus, américaine

Savane séminale, magasin comble

Une branche naquit comme une île,

Une feuille prit la forme de l'épée,

Une fleur fut éclair et méduse,

Une grappe arrondit son résumé

Une racine descendit dans les ténèbres.

 

 

11. Amor América

 

Avant la perruque et la casaque,

Il y eut les rivières, rivières artérielles

Il y eut les cordillères, sur la vague desquelles

Le condor et la neige paraissent immobiles.

Il y eut l'humidité et la luxuriance, le tonnerre

Toujours sans nom, les pampas planétaires.

 

L'homme fut terre, pot, paupière

De boue tremblant, forme d'argile,

Il fut cruche caraïbe, pierre chibcha,

Coupe impériale ou silice araucan.

Il fut tendre et sanguinaire, cependant dans la poignée

De son arme de cristal embuée,

Les initiales de sa terre étaient écrites.

 

Depuis personne ne put

S'en rappeler : le vent

Les oublia, la langue de l'eau

Fut enterrée, les clés se perdirent

Ou s'inondèrent de silence ou de sang.

 

La vie ne se perdit pas, frères pastoraux

Mais comme une rose sauvage

Tomba une goutte de sang dans la masse

Et s'éteignit une lampe de terre.

 

Je suis ici pour conter l'histoire.

Depuis la paix du buffle

Jusqu'aux sables fouettés

De la terre finale, dans les écumes

Accumulées de la lumière antarctique,

Et par les tanières perdues

De la sombre paix vénézuelienne,

Je te cherchai, mon père,

Jeune guerrier de ténèbres et de cuivre

Ou toi, plante nuptiale, chevelure indomptable,

Mère caïman, colombe métallique.

 

Moi, de descendance inca,

Je touchai la pierre et je dis :

 

Qui m'attend ? Et je serre la main

Sur une poignée de cristal vide.

Pourtant je me promenai parmi les fleurs zapotèques

Et la lumière était douce comme un cerf

Et l'ombre était comme une paupière verte

 

Ma terre sans nom, sans Amérique,

Étamine équinoxiale, lance de pourpre,

Ton arôme monte par mes racines

Jusqu'à la coupe que je buvais, jusqu'à la plus menue

Parole qui soit jamais née de ma bouche.

 

12. Emiliano Zapata

 

Quand redoublèrent les douleurs

Sur la terre, et que les épinaies désolées

Furent l'héritage des paysans,

Et que comme autrefois, les rapaces

Barbes cérémonieuses, et leurs fouets,

Alors, fleur et feu galopant.

 

« Soûle je vais

Vers la capitale... »

 

Se cabra à l'aube fugace

La terre battue de couteaux,

Le péon de son repaire amer

Tomba comme un épi de maïs égrené

Sur ma solitude vertigineuse.

 

« Le dire au patron

Qui m'envoie chercher »

 

Alors Zapata fut terre et aurore

La multitude de sa semence armée

Dans une attaque d'eaux et de frontières

La source ferreuse de Coahuila,

Les pierres sidérales de Sonora;

Tout vint à son pas avancé,

À son orage agraire de fers à cheval.

 

« Qui quitte le rancho

Y reviendra bientôt »

 

Partage le pain, la terre;

Je t'accompagne.

Je renonce à mes paupières célestes.

Moi, Zapata, je m'en vais avec la rosée

Des cavalcades matutinales,

D'une traite depuis les nopales

Jusqu'aux maisons aux murs roses.

 

« … Petits nœuds pour tes cheveux

Ne pleure pas pour ton Pancho... »

 

La lune dort au-dessus des montures

La mort entassée et partagée

Gît avec les soldats de Zapata.

Le sommeil cache sous les bastions

De la nuit lourde son destin,

Sa sombre savane incubatrice.

Le bûcher concentre l'air insomniaque :

Gras, sueur et poussière nocturnes.

 

« Soûle, je m'en vais

Pour oublier. »

 

Nous demandons une patrie pour l'humilié

Ton couteau divise le patrimoine

Et des tirs et des coursiers effrayaient

Les punitions, la barbe du bourreau.

La terre se partage au fusil.

N'attends pas, paysan poussiéreux,
Après ta sueur, la lumière complète

Et le ciel en parcelles dans tes genoux.

Lève-toi et galope avec Zapata.

 

« … Moi, je veux l'emporter

Il dit que non... »

 

Mexico, agriculture sauvage, terrestres

Aimée répartie entre les obscurs :

Des épées de maïs sortirent

Au soleil tes centurions en sueur.

De la neige du Sud je viens te chanter

Et m'emplir de poussière et de charrues.

 

« … Car s'il faut pleurer

Pourquoi retourner... »

 

13. Amérique insurgée

 

Notre terre, large terre, solitudes,

Se peuple de bruits, de bras, de bouches.

Une syllabe silencieuse allait brûlant,

S'alliant la rose clandestine,

Jusqu'à ce que les prairies tremblent

Couvertes de métal et de galops.

 

La vérité fut dure comme un soc.

 

Il rompit la terre, établit le désir,

Il enfonça ses germes de propagande

Et il naquit dans le printemps secret.

Sa fleur fut silence, sa réunion de lumière

Fut rechassée, la levée collective

Fut combattue, le baiser

Des drapeaux cachés,

Pourtant il surgit rompant les parois,

Éloignant les prisons du sol.

Le peuple obscur fut sa coupe,

Reçut la substance rechassée,

Il la propagea dans les limites maritimes,

Il la pila dans des mortiers indomptables.

Et il sortit avec les pages martelées

Et avec le printemps sur le chemin.

Heure d'hier, heure de mi-journée,

Heure d'aujourd'hui encore, heure attendue

Entre la minute morte et celle qui naît,

Dans l'âge hérissé du mensonge.

 

Patrie, tu naquis des bûcherons,

De fils sans baptême, de charpentiers,

De ceux qui appelèrent oiseau étrange

Une goutte de sang volante,

Et aujourd'hui tu naîtras de nouveau durement

D'où le traître et le garde-chiourme

Te croient pour toujours plongée.

 

Aujourd'hui, tu naîtras du peuple comme alors.

Aujourd'hui, tu sortiras du charbon et du roc

Aujourd'hui tu arriveras à ébranler les portes

Avec des mains maltraitées, avec des morceaux

D'âme survivante, avec des grappes

De regards que la mort n'éteint pas,

Avec des outils sauvages

Armes sous tes haillons.

CHANT GÉNÉRAL (Partie 4)
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Marco Valdo M.I. - dans NERUDA
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