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1 avril 2012 7 01 /04 /avril /2012 11:22

L'ABATTOIR

 

Version française – L'ABATTOIR – Marco Valdo M.I. – 2012

d'après la version italienne de Riccardo Venturi, IL MATTATOIO

d'une chanson grecque Το σφαγείο de Mikis Theodorakis / Mίκης Θεοδωράκης

 

 

Écrite par Théodorakis dans les prisons de la police d'Athènes, après le coup d'État des colonels grecs du 21 avril 1967 et dédiée à un jeune communiste torturé afin qu'il révèle les noms de ses camarades. Ce jeune homme était Andreas Lentakis (o Lendakis, Ledakis) [1935-1997]. Ανδρέας Λεντάκης [1935-1997].



À midi, ils torturent dans le bureau,

Je compte les coups, je mesure la souffrance.

Je suis une bête qu'ils mènent à l'abattoir,

Aujourd'hui, c'est à toi, demain c'est à moi.

 

Ce soir, ils torturent Andreas sur la terrasse,

Je compte les coups, je mesure le sang.

Nous nous retrouverons ensemble au travers du mur

Tac-tac tes doigts, tac-tac mes doigts

 

Comment dire

dans cette langue muette:

Je résiste bien, ne t'inquiète pas, je ne cède pas.

 

C'est la fête dans nos coeurs:

Tu fais tac-tac, tac - tac je réponds,

Tu fais tac-tac, tac - tac je réponds.

 

Parfum de thym à l'abattoir

Et dans notre cellule, le ciel couleur sang

Parfum de thym à l'abattoir

Et dans notre cellule, le ciel couleur sang

 

Ce soir, ils torturent Andreas sur la terrasse,

Je compte les coups, je mesure le sang.

Nous nous retrouverons ensemble au travers du mur

Tac-tac tes doigts, tac-tac mes doigts

 


Comment dire

dans cette langue muette:

Je résiste bien, ne t'inquiète pas, je ne cède pas.

Comment dire

dans cette langue muette:

Je résiste bien, ne t'inquiète pas, je ne cède pas.

Parfum de thym à l'abattoir

Et dans notre cellule, le ciel couleur sang

Parfum de thym à l'abattoir

Et dans notre cellule, le ciel couleur sang

 

 

 

ANDREA


Transposition en italien de Leoncarlo Settimelli et Curci
Adapatation musicale d'Alberto Cesa

 

 

Sur la terrasse, ils torturent Andréa

Aujourd'hui c'est toi, demain c'est moi

Au delà du mur, nous sommes encore une fois ensemble

Ta-ta-ta tu es là, ta-ta-ta je suis ici

Et pour nous, ça veut dire je résisterai

Ta-ta-ta pour toi, ta-ta-ta pour moi.

 

La nuit descend et ramène Andréa

Aujourd'hui c'est toi, demain c'est moi

Au travers du mur, nous sommes ensemble encore une fois.

Ta-ta-ta tu es là, ta-ta-ta je suis ici

Et pour nous, ça veut dire je résisterai

Ta-ta-ta pour toi, ta-ta-ta pour moi.

Dans nos cœurs, une grande fête commence

Ta-ta-ta-ta pour toi ta-ta-ta-ta pour moi

Ta-ta-ta-ta ta-ta-ta-ta « je ne parlerai pas ».

 

L'abattoir maintenant est une montagne

Et nous attendons l'ennemi

Le ciel est rouge et s'allume l'espoir

Tout comme Andréa personne ne parlera

Tout comme Andréa personne ne parlera

 

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Marco Valdo M.I.
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31 mars 2012 6 31 /03 /mars /2012 11:47

Exit Strategy ou La retraite victorieuse

 

Chanson française – Exit Strategy ou La retraite victorieuse – Marco Valdo M.I. – 2012

 

D'habitude, je le sais bien, Lucien l'âne mon ami, j'ai toujours l'air de me traîner dans le temps et d'avoir un regard sur le passé. D'abord, c'est vrai... Je scrute le passé, mais pour comprendre et le passé et le présent. Ce dernier découlant du précédent... Il y a dans tout ça, ce qu'on appelle le paradoxe temporel. Je te l'explique ou je te le rappelle. Le passé n'est plus, le futur n'est pas encore et le présent est déjà passé au moment où j'en parle ; bref, il n'est nulle part et pourtant, c'est lui qui fait les deux autres et toutes nos existences. En fait, on est dans un présent continu qui s'appelle la vie... Elle a toujours un début et toujours une fin. Je vois à ton œil noir fluorescent que tu te demandes où donc je vais pouvoir encore t'emmener...

 

En effet, ton discours est assez sibyllin et ce qui est sibyllin, je le connais bien, dit Lucien l'âne en éclatant d'un rire roulant comme les cascades du Zambèze. Je peux te garantir que tu me fais impérieusement penser aux sibylles, dont une des plus célèbres, que j'ai d'ailleurs eu le plaisir de promener durant la célèbre Guerre de Troie n'était autre que Cassandre... Mais, je t'en prie, poursuis ton discours, tu m'intéresses.

 

Tu as l'esprit plus perçant encore qu'un chat. Je vais, comme on dit, avec cette canzone terriblement contemporaine, jouer au Cassandre et en quelque sorte, prophétiser. Il n'y a rien là de mal, rassure-toi. D'ailleurs, pour une Sibylle, je serai fort clair. Voici l'affaire : je ferai comme pour les Histoires d'Allemagne... Je vais montrer un mouvement, une sorte de courant souterrain, une force inertielle à l'œuvre au travers des vicissitudes de l'histoire... La mise à nu d'un projet clandestin ou généralement ignoré dans son ensemble. Bref, je vais reconstituer un puzzle et indiquer ce qui pourrait s'ensuivre. On a vu, nous avons vu au travers des histoires d'Allemagne un tel mouvement inertiel se poursuivre depuis au moins deux siècles – et ce n'est pas fini... ce mouvement développe l'ambition du grand Reich, née dans le petit royaume de Prusse. C'est le danger qui guette l'Europe entière. Le mastodonte une fois lancé a bien du mal à s'arrêter. Ici, c'est le profil d'un autre mouvement tectonique que la chanson tente de cerner... et elle y arrive. La conclusion quant à un tel mouvement est que les Zétazunis sont en train de faire la guerre de façon quasiment ininterrompue depuis deux cent cinquante ans. Je dis bien depuis près de 250 ans. Un quart de millénaire...

 

C'est hallucinant, dit Lucien l'âne... Je ne m'étais jamais aperçu de ce fait...

 

C'est pourtant ce qui ressort de l'histoire telle qu'on peut la lire... L'avantage de la chanson, c'est qu'elle synthétise ce qui est caché au milieu du fatras des faits... Une des conséquences... je laisserai à d'autres le soin de décortiquer l'ensemble des conséquences de ce fait, de ce mouvement souterrain de l'histoire étazunienne, une des conséquences les plus évidentes est dite dans la chanson : « Le Kosovo, la Libye... On était en guerre tout le temps.

Rien d'étonnant, on a la plus grande industrie d'armements. » . Et oui, la plus grande industrie d'armements... Tu imagines les intérêts en jeu...

 

Si on examinait tout cela à l'aune de la Guerre de Cent Mille Ans... On pourrait dire que dans cet épisode, les riches font faire la guerre aux pauvres et les forcent à travailler pour développer leur industrie de l'armement...

 

C'est un peu caricatural, mais c'est assez exact, finalement. Les sommes en jeu sont considérables... On parle en centaines de milliards de dollars... par an. Rien que pour les seuls Zétazunis. Sans guerre, tout ceci ne tiendrait pas... Quelle perte pour certains ! Voilà qui met au jour, un des plus puissants ressorts de la Guerre de Cent Mille Ans... Vu par l'industrie de l'armement, la paix est une aberration totale... en quelque sorte, intolérable. Il ne faut certes pas la guerre partout et tout le temps... Mais une bonne guerre de temps en temps, à gauche, à droite, ici et là... C'est bon pour le commerce et le moral de ces braves gens.

 

Mais dis-moi, Marco Valdo M.I., mon ami, qu'est-ce que cette histoire de la valeur d'un Afghan... et cette Exit Strategy ?

 

Pour l'Afghan, la réponse est simple. Vois-tu, Lucien l'âne mon ami, dans les guerres, il y a toujours des bavures, des erreurs de tirs, des balles perdues. Ainsi, en Afghanistan, qui est le pays des Afghans, quand un ou plusieurs (généralement, plusieurs) Afghans – des civils qui passent par là, se font tuer par l'armée alliée des Zétazuniens... On indemnise les familles...

 

Ça leur fait une belle jambe... dit Lucien l'âne.

 

D'accord, ça ne résout rien, mais tenons-nous au fait. On indemnise. Habituellement, un Afghan mort vaut quatre à cinq mille dollars. Pas plus. Pas de funérailles nationales pour lui, pas de président avec une tête d'enterrement. Pour la victime étazunienne, soldat ou sergent, on en est à cinquante mille dollars par tête. Il y a comme un déséquilibre patent. Le prix du mépris. Quant à l'Exit Strategy, c'est un nouveau nom sur une vieille habitude étazunienne (et pas seulement étazunienne, d'ailleurs !)... Maquiller l'échec en victoire et baptiser la retraite en sortie stratégique victorieuse. C'est ce qui se fait en Irak et qu'ils auraient bien voulu faire au Vietnam... Mais là, la défaite était trop grosse. Quant aux Afghans, demain après l'apothéose de l'Exit Strategy, ils retourneront à leur opium, leurs guerres locales et leurs talibans...

 

Je vois, je vois, dit Lucien l'âne. Mais si on écoutait ta chanson qui m'a l'air de tisser à sa manière le linceul de ce vieux monde grippe-sou, bassement intéressé, guerroyeur et cacochyme.

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

Que vaut la vie d'un Afghan

Tué sans son consentement ?

Trois à quatre mille dollars

Le soldat étazunien ou son sergent

Vaut cinquante mille dollars

 

Après le Viet-Nam, la Somalie et l'Irak,

Exit Strategy s'annonce maintenant

Notre retraite victorieuse de l'Afghanistan

Après avoir cassé la baraque,

On rentre au pays triomphants.

 

La guerre, la guerre, ça nous connaît

On l'a faite partout depuis cent cinquante ans

D'abord contre les Indiens, puis contre les Anglais

Puis toujours chez nous, c'est entre nous qu'on se tuait

Ensuite contre l'Espagne, on s'est fait les dents

 

Au Mexique, on a pris la moitié du pays

Le Colorado et la Californie,

Le Nevada, l'Utah, l'Arizona

On est même allés en Algérie, en Tunisie

En Uruguay, au Nicaragua

 

Fallait pas se gêner

Vera Cruz, Dominique, Haïti, occupés

On a carrément annexé

Porto-Rico, Hawai, les Philippines,

On a même débarqué en Chine

 

On est allés au Salvador, à Panama,

Au Guatemala, à Sumatra

Avec deux Guerres mondiales qu'on voulait pas

On a envahi le monde entier.

Et c'est pas fini, attendez.

 

On a vu la Corée, le Vietnam, l'Iran

Le Chili, le Congo et l'Afghanistan

Le Honduras, la Grenade, le Liban

Le Kosovo, la Libye... On était en guerre tout le temps.

Rien d'étonnant, on a la plus grande industrie d'armements.

 

Le soldat étazunien ou son sergent

Vaut cinquante mille dollars

Maintenant, l'Afghan vaut quatre mille dollars

Mais ne vaudra bientôt plus l'ombre un dollar

Quand Exit Strategy... on sera foutu le camp.

 

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31 mars 2012 6 31 /03 /mars /2012 11:44

LIBERTÉ ET FORÊT

 

 

Version française - LIBERTÉ ET FORÊT – Marco Valdo M.I. – 2012

Chanson italienne – Libertà e Foresta - Elisabeth– 2012

 


Voici l'histoire de deux jeunes filles, deux estafettes partisanes, appelées Liberté et Forêt. Pendant une certaine période, on n'avait plus de nouvelles de Forêt et sa sœur, Liberté alla à sa recherche.

 

 

Deux sœurs dans un monde instable

Liées par une destinée dont encore

Aujourd'hui mieux rire

Tous les appellent Liberté et Forêt

Ce sont deux estafettes, un vent

Qui chuchote des messages

 

Ce n'est pas toujours facile de se séparer,

Ce n'est pas simple de se quitter et se perdre,

Forêt est partie

 

Liberté a des fortes jambes

Et un grand cœur pour son âge,

Courageuse comme le vent nouveau,

Elle est la conscience qui éclaire la route juste,

Elle a le courage d'une jeune femme

Qui ne se donne pas pour vaincue.

 

La forêt est tranquille, il y passe l'air de la liberté

Le vent souffle dans la forêt, on y respire la liberté

La forêt est tranquille, il y passe l'air de la liberté

Le vent souffle dans la forêt, on y respire la liberté

 

Forêt porte les marques de l'histoire passée

Et entre ses sentiers, elle cache la mémoire de blessures

Et de guerres qui n'appartiennent pas

À une fille à la peau brillante et lisse

Comme le fleuve qui la traverse

 

La forêt est tranquille, il y passe l'air de la liberté

Le vent souffle dans la forêt, on y respire la liberté

La forêt est tranquille, il y passe l'air de la liberté

Le vent souffle dans la forêt, on y respire la liberté

 

Un lien si étroit n'a pas limites

Un lien si étroit n'a pas de limites

 

La forêt est tranquille, il y passe l'air de la liberté

Le vent souffle dans la forêt, on y respire la liberté

La forêt est tranquille, la liberté est revenue

Le vent souffle dans la forêt, la liberté

La liberté est arrivée...

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Marco Valdo M.I.
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29 mars 2012 4 29 /03 /mars /2012 13:10

CE SERA LE BORDEL EN VILLE


Version française – CE SERA LE BORDEL EN VILLE – Marco Valdo M.I. – 2012

Chanson italienne – There Will Be Trouble In Town (Ci saranno guai) – Andrea Sigona – 2010


Edoardo Massari, dit Éclair, a été retrouvé pendu dans sa cellule de la prison des Vallette à Turin, le 28 mars 1998. Maria Soledad Rosas, dite Soleil, a été retrouvée pendue dans la maison dans laquelle elle était aux arrêts domiciliaires, le 11 juillet du même an. Les deux étaient accusés - des juges turinois Laudi et Tatangelo - de faire partie d'une association subversive et d'une bande armée qui aurait réalisé différents sabotages dans le Val de Suse dans les années 90, en particulier contre les tarières et les chantiers du TGV (TAV). Finalement, ils seront tous acquittés; seul le troisième accusé, Silvano, subira une petite condamnation pour un délit mineur..

 

 

Histoire d'un homme qui avait du courage

Né dans les jours de luttes et de joie

Arrêté par erreur ou déjà condamné

Par ceux qui ont voulu l'enlever

Le cinq mars s'allument les phares

En ces deux vies vécues

Comme deux fleurs dans un champ de mai

Arrachées et coupées parce que fragiles


Ce sera le bordel en ville

Ce sera le bordel en ville

 

Suicide d'état vingt-huit mars

Chiens de garde et police

L'aube faisait du bruit dans l'immeuble

Un coup de pied au cul à la démocratie

Ce sera le bordel en ville

Ce sera le bordel en ville

Le bordel en ville

 

Jusqu'à mon dernier souffle

Jusqu'à mon dernier jour

Jusqu'à mon dernier cri

Jusqu'à mon dernier souffle

Tant que ma parole et ma voix ne se briseront pas.


Ce sera le bordel en ville

Ce sera le bordel en ville

 

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Marco Valdo M.I.
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28 mars 2012 3 28 /03 /mars /2012 20:07

Les Siffleurs excités


Canzone française –Les Siffleurs excités Marco Valdo M.I. – 2012

Histoires d'Allemagne 64

Au travers du kaléidoscope de Günter Grass. : « Mon Siècle » (Mein Jahrhundert, publié à Göttingen en 1999 – l'édition française au Seuil à Paris en 1999 également) et de ses traducteurs français : Claude Porcell et Bernard Lortholary.

 

 

http://www.auto-pub.net/divers_Allemagne/DKW_Wartburg/DKW_cat_2.jpg

Cette fois, Lucien l'âne mon ami, c'est l'auteur lui-même qui joue au narrateur. En 1965, sur le conseil ou l'insistance de son maître ès conscience, l'écrivain Hans Werner Richter, fondateur du Groupe 47, un groupe informel d'écrivains des « deux Allemagnes » – la Démocratique et la Fédérale, Günter Grass se lance dans une tournée électorale de soutien au SPD (Parti Social-Démocrate) et son voyage en DKW l'amène dans une série de bastions catholiques, plus réactionnaires les uns que les autres. Une plongée dans l'Allemagne fédérale et la Bavière où il ne fait pas bon tenir des propos progressistes, où il est mal vu de vouloir des solutions pacifiques aux séquelles de la guerre nazie, de proposer de signer la paix avec la Pologne en lui laissant les ex-territoires allemands de Silésie, de Prusse orientale et de Poméranie et même, ce qui est plus difficile à concevoir pour Günter Grass qui en est originaire, Dantzig... Une plongée dans une Allemagne de l'Ouest où il est dangereux de plaider pour la légalisation de l'avortement. Et ce n'est dès lors qu'interruptions, chahuts, sifflets et jets d'œufs. Mais l'orateur tient bon et le discours est prononcé, la réplique est donnée... Quitte à essuyer les dégoulinades d'œufs sur le chemin du retour.

 

Mais pourquoi donc, Günter Grass se lança-t-il dans pareille aventure ?, demande Lucien l'âne en mettant ses oreilles en points d'interrogation.

 

Certes pas pour le plaisir du voyage, ni pour tester la DKW, son moteur deux-temps et sa roue libre... En fait, c'est que le narrateur, comme les autres membres du Groupe 47, comme nombre d'intellectuels et d'artistes allemands, voudrait tourner la page de la guerre et surtout, mettre un terme aux attitudes revanchardes, extrêmement dangereuses de la droite – essentiellement composée des chrétiens-démocrates au pouvoir en République Fédérale Allemande et plus encore, en Bavière...

 

Est-ce que ce sont les mêmes qui aujourd'hui président aux destinées de l'Allemagne ? demande Lucien l'âne un peu effrayé.

 

En effet, ce sont les mêmes. En gros, ils n'ont jamais digéré d'avoir perdu deux guerres successives... de n'avoir pu étendre le Reich. Ils portent en eux, tiens-toi bien, Lucien l'âne mon ami, la haine du rouge, du syndicalisme, du socialisme et de tout ce qui y ressemble de près ou de loin... Ils sont porteurs de grandes ambitions pour la nation allemande... Et bien que chrétiens, ce ne sont pas des enfants de chœur. Comme tu le verras à la fin de la chanson, ils sont haineux et pyromanes. Un dernier point, et non des moindres, c'est la bataille qui durera encore longtemps autour du « paragraphe 218 », comme il est d'usage de la nommer en Allemagne, c'est-à-dire la bataille autour du droit à l'avortement...Une bataille fondamentale pour la liberté et la dignité de la femme et par voie de conséquence, bien entendu, de l'homme. Évidemment, tu imagines bien qu'au pays du KKK - Kinder, Küche und Kirche (Enfants – Cuisine – Eglise), les femmes sont avant tout des mères porteuses... Pas question du minimum d'humanité à l'égard de celles qui ne sont, en fait, que des humains de seconde zone. Pas question de leur laisser la liberté de décider de leur propre vie, de leur propre destin... Alors, venir dans ce fief de corbeaux, où comme dit le narrateur « même les vaches sont catholiques... », défendre le droit à l'avortement... Le faire à Münster devant des familles entières de paysans fanatisés par la propagande ecclésiastique... C'était pour le moins courageux... Un écrivain engagé, en quelque sorte. Et le danger n'était pas que dans les chahuts et les bousculades... À peine rentré chez lui, à Berlin, on incendiait sa maison... Comme dit, Günter Grass, évoquant mil neuf cent soixante-cinq : « Depuis, quelques petites choses ont changé en Allemagne, sauf la pyromanie. »

 

Décidément, l'Allemagne gardait le goût de certaines manières antérieures... On avait brûlé des livres, ici, on brûle la maison de l'écrivain... Alors, quand on entend de ces jours-ci que la même Allemagne, celle des siffleurs excités, affirme ouvertement qu'elle veut diriger l'Europe pour assurer sa prospérité, il y a de quoi avoir des frissons... Bien sûr, on le voit dans la chanson, il existe des gens en Allemagne à qui ces ambitions ne plaisent pas, il existe une autre Allemagne, mais comme d'habitude, il faut replacer cette histoire dans celle de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font contre les pauvres afin de les dominer, de les exploiter, de les asservir, de les soumettre à la loi libérale de l' « Arbeit macht frei », cette loi du travail obligatoire, aux salaires réduits... « Regardez ce qu'ils font aux Grecs... ». Alors, Marco valdo M.I., mon ami, faisons comme Günter Grass a fait tout au long de son œuvre, tissons le linceul de ce vieux monde débile, gâteux, malsain, minable et cacochyme

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Le peuple sifflomane rugit par le sifflet

Quand on siffle, on est égaux.

Ça ne mange pas de pain et ça tient chaud

Et ça fait toujours de l'effet.

 

Qu'allaient-ils tous, cette année-là

Faire à Munich en pays bavarois ?

Allons, allons, poussez pas, messieurs-dames.

À l'expo, tous en train, tous en tram.

 

Hans, le fils du pêcheur

Mon maître et mon précurseur

M'a dit : maintenant, c'est à toi de t'user

Et j'y suis allé.

 

Passager dans la DKW, je regarde par la fenêtre

Un soir à Kiel, un soir à Passau, on bouffe du kilomètre.

Hier à Mayence, et de bourg en bourg,

D'églises en cloches, aujourd'hui Wurtzbourg.

 

On a roulé en pays catho, toute la sainte journée

Que cherchez-vous dans la ville de Killian ?

Comme Diogène avec sa lanterne... Je cherche Tilman

Tilman Riemenschneider, le sculpteur aux mains brisées

 

On roulait socialo, on roulait pour la paix

On disait de renoncer, de laisser aux Polonais

La Prusse-Orientale, la Silésie

Dantzig et la Poméranie.

 

Allons, allons, poussez-vous, messieurs-dames.

À l'expo, tous en train, tous en tram

À Munich, dans la rue de Mars, sous la toile

Dans la cage aux lions, sur la piste aux étoiles

 

À cause du paragraphe 218, partout où on passait

On recevait des œufs, ça dégoulinait

Dépénaliser l'avortement, un geste d'humanité

Rien que l'idée déchaînait les excités.

 

Le peuple sifflomane rugit par le sifflet

Quand on siffle, on est égaux.

Ça ne mange pas de pain et ça tient chaud

Et ça fait toujours de l'effet.

 

Qu'allaient-ils tous, cette année-là

Faire à Munich en pays bavarois ?

Allons, allons, poussez pas, messieurs-dames.

À l'expo, tous en train, tous en tram.

 

Quand je suis rentré à Berlin, j'étais épuisé

Le passé s'est réveillé en pleine nuit

Anne et les enfants ont entendu du bruit

L'entrée était en feu, les pyromanes étaient passés.

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28 mars 2012 3 28 /03 /mars /2012 10:40

LE PAIN NOIR

 

Version française – LE PAIN NOIR – Marco Valdo M.I. – 2012

d'après la version italienne UNA DOLCE GOMMA de Gian Piero Testa – 2012

d'une chanson grecque Μια γόμα γλυκιά – Thalès Triandafillou / Θαλής Τριανταφύλλου – 2012

Texte de Yorgos Doultsinos et musique de Thalès Triandafillou

 

Photo :

Des députés grecs se rendant au Parlement pour voter les “mesures”, encapuchonnés comme les délateurs collabos durant l'Occupation.

Photo : Mikis Theodorakis avec Manolis Glezos, qui fit disparaître le drapeau nazi de l'Acropole. À l'enlèvement du svastika flottant sur l'Acropole participa aussi Lakis (Apostolos) Sandas qui nous a malheureusement laissé l'an dernier.

 

 

Notre ami grec Yorgos Doultsinos, auteur aussi de Η κυβέρνηση – LE GOUVERNEMENT , nous a envoyé une toute récente chanson intitulée « Gomme douce », laquelle serait le peuple grec, quand il se décidera à à effacer les chèques en blanc de ses gouvernants. Les vers sont de lui, la musique de son ami musicien, Thalès Triandafillou, qui la chante aussi, en attente qu'elle soit interprétée par quelque voix plus célèbre de la sienne. Il s'agit d'une avant-première, exclusive pour les CCG, et de ceci nous sommes très reconnaissants aux deux auteurs.

 

Le sujet est l'abcès actuel des Grecs: les mesures anticrises impitoyables imposées par la finance internationale. Ces mesures qu'en Grèce, on appelle "koùrema", c'est-à-dire coupe de barbe et cheveux à ras, comme la boule à zéro que les conscrits subissent encore là-bas. Ces mesures qui ont transformé la "génération du sirocco 700", la paye moyenne du Grec précaire, en "génération du sirocco 450 "; pendant que, par charité patriote, ces messieurs ont déjà mis à l'abri dans les banques du monde plus ou moins 70 milliards d'Euros de leurs petites monnaies.

 

Le fait que cette danse infernale soit menée surtout par les Allemands est ressenti par les Grecs comme un couteau retourné dans la plaie. Comment ? Les revoici à commander dans notre pays! Il ne leur suffit pas de nous avoir déjà joués une fois; ils sont revenus pour clôturer les comptes, restés en suspens, depuis la dernière guerre.

Nous des CCG, nous savons que la guerre est passablement plus longue que ce qu'ils en pensent en Grèce: la guerre qui nous avons à l'esprit ne dure pas moins de cent mille ans, elle coïncide pratiquement avec la présence humaine sur la planète. Ceci n'enlève rien au fait que beaucoup de Grecs - parmi lesquels notre bon Doultsinos – vivent ainsi l'ingérence allemande; et même quand ils semblent en rire, on sent bien qu'ils ne le font certainement pas pour plaisanter. Leurs gouvernants, qui se sont pliés aux accords imposés, sont tranquillement désignés comme traîtres et renégats. Et celui qui semble se fier encore à leurs mensonges, au lieu de donner vie à une seconde résistance, passe pour imbécile incurable, écervelé du ballon et de la télévision.

 

La chanson populaire, comme il arrive depuis que la Grèce est indépendante, continue à accompagner les événements publics, les crises et les tragédies. Et le cadeau que nous ont fait Yorgos et Thalès le démontre. (gpt)

 

Je traduis le beau message de Yorgos Doultsinos, que je remercie à nouveau.

"Chers amis des CCG, je vous remercie beaucoup pour cette publication dont je me sens honoré, d'une autre de mes chansons. Hier, c'était l'équinoxe de printemps, et la chose n'est pas sans signification, car c'est le moment où le jour commence à s'allonger au détriment de la nuit. Et il beau et émouvant de voir combien peut devenir créatrice la différence et comment les peuples sont unis par les mêmes espoirs et les mêmes expectatives. Le choix de la photographie de Mikis et de Manolis Glezos est comme un petit hommage à leur contribution inestimable à la guerre séculaire contre ceux qui dépouillent l'humanité. Je remercie en particulier l'ami de la Grèce G.P.T., Riccardo Venturi et évidemment le compositeur exceptionnel mon ami, Thalès Triandafillou. La chanson est une "démo", seul au piano et avec la voix de Thalès. Une approche professionnelle ne nous intéressait pas, mais seulement l'expression de l'âme et notre petite participation aux luttes de nos concitoyens. Merci." Gian Piero Testa - 22/3/2012 -13:55

 

Laisse-moi, avant d'aller plus loin te dire, à toi, ô Lucien l'âne mon ami, et tu le comprendras sûrement, pourquoi j'ai choisi un autre titre, bien loin du titre grec, que j'aurais dû traduire par « Ma Gomme douce »... Si j'ai choisi comme titre « LE PAIN NOIR », c'est qu'il figure dans la canzone et surtout, qu'il est un souvenir (dans toute l'Europe contemporaine) de l'Occupation (nazie ou apparentée) et de toutes les périodes de disette, de famine, de malheur qui ont frappé au cours de l'histoire... Le pain noir, c'est aussi et toujours, le pain des pauvres, le pain de la misère... fait de la mélique, melica, meliga, d'orge, de sorgho, de maïs. C'est le pain de la longue patience, c'est le pain de l'endurance, c'est le pain de la résistance (Ora e sempre : Resistenza !).

 

Tu dis juste, Marco Valdo M.I., mon ami. Ce pain noir, on l'appelle ici, le « pain allemand »... C'est tout dire. Quant à la chanson elle-même, elle raconte, me semble-t-il, ce que tu résumes souvent par « Regardez ce qu'ils font aux Grecs ! » - sous-entendu, à peine d'ailleurs, « Regardez ce qu'ils vont vous faire demain... » et je pense que tes Histoires d'Allemagne sont aussi à considérer dans ce sens. Avant de conclure, deux mots sur la chanson... Comme tu le sais, je suis Lucien l'âne, et ce n'est pas un hasard, si je suis le « porteur de lumière »... je viens de la nuit des temps et je peux ainsi confirmer que la chanson – en Grèce particulièrement, puisqu'il s'agit de la Grèce, mais pas seulement – est le véhicule par excellence des mots de résistance : elle se chante, elle se passe de bouche à oreille, elle se siffle, elle se marmonne, elle se muse, elle se susurre, elle se murmure, elle se chuchote, elle se crie, elle se hurle... Elle se dresse droite dans l'air, elle rase le sol, elle monte au ciel, elle raconte, elle énonce, elle accuse, elle dénonce, elle maudit, elle jette des sorts, elle ensorcèle... Elle rampe, elle circule, elle vole, elle gronde, elle illumine, elle fulmine, elle grogne, elle râle, elle sonne le tocsin, elle appelle aux armes et finalement, elle célèbre la victoire... Avec elle et par elle, nous tissons, toi et moi et les Grecs et les autres, jour après jour, obstinément, le linceul de ce vieux monde corrompu, frêle, morbide et cacochyme

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 

 

Cette fois, il n'y a ni tanks ni mitrailleuses

Les casques ont disparu mais les cravates sont là

Qui à coups de gifles sur une feuille blanche

Feront signer les renégats

 

Et après, ils fixeront les délais

Et après, ils révèleront leurs conditions

Auxquelles ces blonds croisés nous sauveront

Qui en prendront le contrôle direct

Même cela ne suffira pas

Ne passera pas, ce n'est pas assez

Encore une fois, se relèvera celui qui est plié

Et droit, il fera face de toute sa hauteur

Il déchirera leurs dossiers noirs

De dures tirades, il percera leurs oreilles

Et l'esclavage qu'ils auront ordonné

Une douce gomme saura l'effacer.

 

Nous ne verrons pas leurs camions de bottes noires

Mais leurs Mercédès noires et leurs costumes gris

Et nos grands-parents se ressouviennent du pain noir

Et s'en vont rechercher les anges en enfer.

 

Les crédules sont prêts à gober d'autres fables

Ils savent seulement peupler les gradins

Et mourront dans la vérité du renégat

Eux qui acceptent leurs boucliers de protection.

 

Même cela ne suffira pas

Ne passera pas, ce n'est pas assez

Encore une fois, se relèvera celui qui est plié

Et droit, il fera face de toute sa hauteur

Il déchirera leurs dossiers noirs

De dures tirades, il percera leurs oreilles

Et l'esclavage qu'ils auront ordonné

Une douce gomme saura l'effacer.

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Marco Valdo M.I.
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27 mars 2012 2 27 /03 /mars /2012 15:56

SANS PATRIE

 

Version française – SANS PATRIE – Marco Valdo M.I. – 2012

Chanson italienne – Senza Patria – Nomadi – 1990

 

 

Je précise qu'ici par « patrie », on entend certes la « nation », mais plus exactement le « sol national ». La chanson est librement inspirée de L'armata dei fiumi perduti(1983) de Carlo Sgorlon, libre à son tour inspiré des rares notes qui racontent la double tragédie du peuple cosaque, les Kazakhs auxquels « l'impassibilité impitoyable de l'Histoire avait soustrait pour toujours la possibilité d'avoir une patrie », et aussi le peuple frioulan, dont la terre fut offerte comme butin de guerre de l'envahisseur allemand...

Le cheval comprend qu'il souffrira

dans la recherche désespérée d'une vraie patrie rêvée

Le cheval il comprend qu'il souffrira..

 

Temps de rapines et de loups, Ghireikhan, Ghireikhan

De destinées noires et sombres, Ghireikhan, Ghireikhan

De temps de mots amers, Ghireikhan, Ghireikhan

Aucune icône ne peut sauver, Ghireikhan, Ghireikhan.



Il a marché des jours et des nuits, Ghireikhan, Ghireikhan

Il a traversé monts et vallées, Ghireikhan, Ghireikhan

Sans plus d'espérance sans patrie, Ghireikhan.

 

Même l'homme comprend qu'il souffrira

Lui, le seul prédestiné, l'ancien orgueil déjà blessé.

Même l'homme comprend qu'il souffrira.

 

Il n'a ni rêves ni bottes, Ghireikhan, Ghireikhan

Il n'a ni épouse ni anneaux, Ghireikhan, Ghireikhan.

Dans la nuit des couteaux, Ghireikhan, Ghireikhan

Ses yeux comme fous, Ghireikhan, Ghireikhan.

Il a marché des jours et des nuits, Ghireikhan, Ghireikhan

Il a traversé monts et vallées, Ghireikhan, Ghireikhan

Sans plus d'espérance sans patrie, Ghireikhan.

Le cheval comprend qu'il mourra

Héros et vaincus, envahisseurs envahis, restent seulement les délateurs,

Même l'homme comprend qu'il mourra

Même l'homme comprend qu'il mourra



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Marco Valdo M.I.
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26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 22:49

MORT SUR MA VILLE

 

Version française – MORT SUR MA VILLE – Marco valdo M.I. – 2012

Chanson étazunienne – Death to My Hometown - Bruce Springsteen – 2012

 

 


 

 

 

Quand j'ai lu la traduction de la première strophe de Μια γόμα γλυκιά , je n'ai pas pu faire autrement que de penser à cette nouvelle chanson de Springsteen. Grèce ou États-Unis, la situation est extraordinairement semblable. Et je dois dire que le Springsteen désillusionné et féroce me plaît beaucoup plus que le Springsteen enthousiaste de Obama. Ainsi on voit, dans la Guerre de Cent Mille Ans, le Boss sait très bien de quel côté aller !

Lorenzo - 24/3/2012 – 22:57

 

 

 

"Death of my hometown" (Mort sur ma ville) sonne comme une parade le jour de la Saint Patrick à New York, mais pose la question de l'homme simple: comment il est possible que sans bombes, sans coups de feu, sans dictateurs ils ont pu jeter la mort sur ma ville? Le Boss est sérieusement furieux. Si l'après-11 septembre avait été un résurrection, nous sommes ici au milieu du gué de la souffrance; avant d'arriver au "The rising", il faut simplement envoyer « ces putains de fricards en enfer ». Son objectif est le monde de la finance et des banques, mais le vrai cancer a été causé de couches d'avidité et de décennies de dissolution de l'État social qui ont ouvert à ce monde les portes tout grand et ils lui ont laissé les mains libres.

 

Rockol

 

Wrecking Ball est le disque de la Grande Crise du troisième millénaire, la crise qui a détruit lers villes et les rapports sociaux sans qu'il y ait besoin de bombes et de canons, simplement avec les armes de la spéculation, du hasard et du capital financier :

« Ils ont détruit les fabriques de nos familles

Et ils ont pris nos maisons

Ils ont abandonné nos corps à terre

Les vautours picoraient nos os. »

 

Alessandro Portelli

 

Born in the Usa (Né aux USA), qui à la moitié des années 80, fit de Bruce Sprinsgteen une star mondiale, se terminait sur une chanson intimiste, mélancolique, peut-être même sombre. Elle s'intitulait "My Hometown", c'est-à-dire « Ma ville », et elle racontait l'histoire d'un homme d'âge moyen qui avait probablement perdu son travail et qui était en train de penser à abandonner l'endroit où il avait grandi et où il avait toujours vécu, maintenant que "sur la rue principale il y a seulement des vitrines blanchies et tu dialogues dans le vide." Eh bien, aujourd'hui, l'hometown de Bruce Springsteen n'est pas vide. Elle est morte, c'est le décor d'un film d'horreur. Trouve une chanson à chanter, dit un père de nos jours à son fils, dans la chanson "Death Of My Hometown", parce que les assassins reviendront, les vautours n'ont pas fini de se rassasier avec nos cadavres.

.

tiré de Springsteen un racconto horror della crisi Usa

di Piero Negri, da La Stampa

 

 

Bon, voilà... Tu sais, Lucien l'âne mon ami, combien j'aime peu traduire de l'anglais... Car pour moi, c'est la langue de l'envahisseur, c'est la langue des riches, des puissants, la langue de ces maîtres du monde ou de ceux qui croient l'être, ou de ceux qui voudraient l'être... ou celle de leurs sbires ou celle de leurs séides. Dès lors, ma réaction est très exactement un acte de résistance – Ora e sempre : Resistenza ! Je dis cela pour indiquer combien je suis bouleversé par ces quelques chansons de Springsteen que j'ai traduites récemment. Car, en quelque sorte à mon grand étonnement, j'ai traduit de l'anglais... Plus exactement, l'étazunien de Springsteen. Je le fais car comme lui, je crois qu'il y a urgence à le faire... je veux dire : lui à écrire et chanter ses chansons, moi, à en traduire l'une ou l'autre. Et celui qui m'a ouvert les yeux, qui m'a conduit à cette réflexion... c'est Lorenzo... Dans son commentaire de ce jour, que j'ai mis en exergue ici même... Son commentaire où il évoque soudain à propos de Springsteen, la Guerre de Cent Mille Ans... De fait, cette chanson raconte tout simplement un épisode de la Guerre de cent Mille Ans... Voilà que Springsteen se met lui aussi à tisser le linceul de ce vieux monde ravageur où les riches font la guerre aux pauvres pour les asservir, pour leur sucer jusqu'à la moelle des os... Je voudrais cependant ajouter que cette histoire que raconte Springsteen d'une ville ravagée par ces « vautours » n'est pas neuve et certainement pas aux Zétazunis, ni ce ravage d'une ville ou d'une région entière, ni le massacre des populations ouvrières. En fait, on n'est pas en présence d'une crise, mais bien dans un état endémique, dans un réajustement de « leur système ». Quant à la comparaison avec ce qui se passe en Grèce, elle est tout-à-fait fondée... (Regardez ce qu'ils font aux Grecs...). L'une est la réplique de l'autre ; c'est l'application pure et simple au niveau international des désastres qu'ils ont déjà accomplis (et plusieurs fois) aux Zétazunis... On ne peut opposer la misère ouvrière ou paysanne étazunienne à la misère ouvrière ou paysanne grecque (ou de n'importe où dans le monde)... Car c'est la même et que les responsables sont les mêmes. La Guerre de Cent Mille Ans [[http://www.antiwarsongs.org/canzone.php?id=7951&lang=it]] fait rage partout et elle explique bien des choses, tout comme elle balise bien des combats – passés et à venir. Ainsi, c'est le Canut que je suis, un parmi tous les autres de la Fraternité des Pauvres, qui tisse aujourd'hui la traduction de cette chanson de Springsteen... « Renaître canuts, tisser

Un linceul pour ce vieux monde

En silence, la révolte gronde

 

Car

Nous vivons encore maintenant

À chaque moment, à chaque instant

La guerre de cent mille ans. »

 

Oh, Marco Valdo M.I., mon ami, je te rejoins dans cette modeste et insignifiante démarche et comme toi, moi qui ne suis qu'une bête de somme ( Souviens-toi : « Noi, non siamo cristiani, siamo somari »), un être paysan, je m'efforce obstinément de tisser le linceul de ce vieux monde fricard, malsain, minable, corrompu et cacochyme.

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Il n'y eut pas d'obus

Aucun fusil ne nous a abattus

Pas de bombes tombées des cieux

Pas de sang sur le sol répandu

Aucun éclair n'a aveuglé nos yeux

Aucun tonnerre assourdissant n'est venu

Mais aussi sûr que la main de Dieu

Ils ont jeté la mort sur ma ville

Ils ont apporté la mort dans ma ville

 

Aucun éclat ne déchira le ciel du soir

Aucune cité n'a brûlé

Aucune armée n'emporta les digues qui nous ont tués

Aucun dictateur ne fut couronné

Dans la très douce nuit

Je n'entendis aucun bruit

Les maraudeurs rôdaient dans le noir

Et jetaient la mort sur ma ville

Les gars, la mort dans ma ville.

 

Ils ont détruit les fabriques de nos familles

Et ils ont pris nos maisons

Ils ont abandonné nos corps à terre

Les vautours picoraient nos os.

 

Alors, écoute-moi mon garçon

Prépare-toi pour quand ils viendront

Car aussi sûr que le jour, ils reviendront

 

Maintenant fais-toi une chanson à chanter

Et chante-la jusqu'au bout

Oui, chante-la fort et chante-la bien

Envoie ces putains de fricards en enfer

Ces voleurs avides qui arrivent

Et bouffent la viande de tout ce qu'ils trouvent

Dont les crimes sont impunis aujourd'hui encore

Arpentent nos rues en hommes libres.

 

Et ils jettent la mort sur notre ville, les gars

La mort sur notre ville, les gars

La mort dans notre ville...

 

 

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Marco Valdo M.I.
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26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 14:16

Les Souris et les Chats

 

Fable électorale

 

Chanson française – Les Souris et les Chats – La Chanson du Dimanche – 2012

sur une idée originale de Thomas Douglas, fondateur de la sécurité sociale au Canada : “Mouse land”

 

http://www.dailymotion.com/video/xpnuab_les-souris-et-les-chats-la-chanson-du-dimanche-s05e06_music

 

 

Ah, Lucien l'âne mon ami, voici une chanson qui parle de souris, de chats et de leurs relations quelque peu tendues, le tout enveloppé dans un superbe emballage électoral. Dans cette histoire, tu le verras, c'est presque incroyable, les souris votent pour les chats. En gros, cette histoire électorale me rappelle la réalité de toutes les élections de l'histoire, avec des intensités différentes... Mais toutes et toujours débordent sur l'installation au pouvoir de gens qui, comme dit Léo Ferré... qui plaisent aux riches [[http://www.antiwarsongs.org/canzone.php?id=28963&lang=it]]. Quand ce n'est pas le cas, on leur fait le coup du 11 septembre – un petit coup d'État, un Pinochet et hop, c'est reparti pour une séance de dictature.

 

Si je comprends bien, dit Lucien l'âne en clignant de ses yeux noirs d'avoir tant vu le soleil noir, si je comprends bien, quand les gens du peuple, les gens tout simplement, ont l'idée saugrenue d'élire – encore faut-il qu'il y en ait et que ce soit possible – des gens qui ne plaisent pas aux riches, des gens qui se rangent du côté des pauvres, des gens qui tiennent leurs promesses et n'en dérogent pas... Alors, le scénario est simple : soit, on les liquide purement et simplement et on installe une dictature de transition vers une « vraie démocratie ». ; soit, on les décrie, on les déconsidère, on les met en quarantaine, on les encercle, on les ruine, on les affame, on fait le blocus... On voit ça vingt fois, cent fois par an... partout dans le mond.

 

Donc, la chanson démontre une chose : les souris ont bien tort de voter pour les chats. L'ennui, c'est qu'elle en reste là. La chanson est assez juste quand elle parle de la « souris » qui propose de voter pour les souris, solution rejetée par les autres souris – toujours aussi myopes – qui accusent la malheureuse – qui avait el malheur d'être un peu logique – d'être communiste, terroriste... On connaît l'antienne, on l'a souvent entendue cette chanson... mais, il serait intéressant de poser la question : que se passerait-il si en effet, elles votaient pour des souris...

 

Mais, Marco Valdo M.I, mon ami, cela ne fait que déplacer la question... Tout simplement, dit l'âne Lucien, comme on l'a déjà souvent vu tout au travers de l'histoire, il se créerait une bande de souris, qui prenant goût aux privilèges et au pouvoir, engagerait sans doute des chats (pas beaucoup) pour les protéger, elles, leur pouvoir, leurs privilèges, leurs richesses... Et pour cela, elles iraient même jusqu'à passer des accords – tacites ou formels, peu importe – avec le pays des chats... Car tel est le vrai problème de la « démocratie » ... C'est qu'elle délègue le pouvoir, c'est-à-dire le droit de dominer, le droit de décider, les privilèges et les richesses qui s'ensuivent. Et qu'on soit chat ou souris... Une fois au pouvoir, il s'agit d'y rester...

 

 

À l'évidence, ce n'est pas là, la bonne solution. Du moins tant que durera la Guerre de Cent Mille Ans que les riches (chats, souris, hommes...) font aux pauvres pour garder et étendre leurs richesses, multiplier leurs profits, renforcer l'exploitation, et surtout, surtout, assurer leur domination – sans laquelle ils ne seraient rien... Le monde est malade de la richesse et cette maladie le ronge, le ronge jusqu'à en crever...

 

Et cela ne saurait tarder, du moins à l'échelle du temps planétaire. La vie de toutes les espèces, à commencer par celle de l'espèce humaine toute entière, risque bien de faire les frais de pareille avidité, de pareil infantilisme de la possession et de la domination. Résumons : la vie elle-même est en grand danger de disparaître si les hommes n'éliminent pas la richesse, le droit d'exploiter d'autres hommes, d'autres espèces et les ressources ultimes de la planète. Alors, pour sauver la vie sur terre, pour sauver l'espèce humaine de sa propre folie, il importe de mettre fin à ce cycle infernal de la Guerre de Cent Mille Ans et au vieux monde qui en découle. Alors, Marco Valdo M.I. mon ami, tissons sans relâche le suaire de ce vieux monde crachotant, maladif, égrotant et cacochyme

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

Il était une fois des souris
Qui avaient élu à leur tête
Une bande de chats tout gris
Qui avaient l’air plutôt honnêtes

La première loi des chats tout gris
Fut d’élargir les souricières
Pour pouvoir choper les souris
Sans se salir les pattes arrière

Et les souris ne comprenaient pas
Pourquoi la vie était devenue un enfer
Non les souris ne comprenaient pas
Pourquoi la vie était devenue un combat

Les souris toutes rabougries
Voulurent chasser les chats tout gris
Alors elles votèrent massivement
Pour une bande de chats tout blancs

La première loi des chats tout blancs
Qui avaient promis du changement
Fut d’élargir les souricières
Pour soulager leurs pattes avant

Et les souris ne comprenaient pas
Pourquoi la vie était devenue un enfer
Non les souris ne comprenaient pas
Pourquoi la vie était devenue un combat

Les souris élurent pour changer
Des chats moitié gris, moitié blancs
Elles appelèrent ça « cohabiter »
Quand une souris sortit du rang

Pourquoi dit-elle élire des chats ?
On devrait élire des souris ! ”
Les autres lui dirent : ” Scélérat !
Sale communiste ! Va t’en d’ici ! ”

Et les souris ne comprenaient pas
Pourquoi la vie était devenue un enfer
Non les souris ne comprenaient pas
Pourquoi la vie était devenue un combat

Et les souris ne comprenaient pas
Pourquoi la vie était devenue un enfer
Non les souris ne comprenaient pas
Qu’elles se feraient manger tant qu’elles voteraient pour des chats !

 

 

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Marco Valdo M.I.
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24 mars 2012 6 24 /03 /mars /2012 21:24

LE MAT – LE FOU

 

Version française – LE MAT – LE FOU – Marco Valdo M.I. – 2011

Chanson italienne – LE MAT – Germano Bonaveri

Texte : Germano Bonaveri

Musique : A. D'Urso, G. Bonaveri

 

Encore une histoire de fou ?, dit Lucien l'âne en riant. Il y en a des chansons qui parlent de la folie, des fous, des asiles (manicomi) et autres lieux d'enfermement, du destin tragique que la société réserve à ceux qui ne suivent pas les chemins fréquentés, qui sont – aux yeux de vos cruels jardiniers – de la mauvaise herbe [[http://www.antiwarsongs.org/canzone.php?id=2673&lang=it]]...

 

En effet, Lucien l'âne mon ami, le destin que l'on réserve dans ce monde aux plus démunis d'entre nous est absolument épouvantable... Parfois, dans certains lieux, dans certains pays seulement, l'homme différent est accueilli comme un homme, comme un «autre je ». C'est assez rare, mais ça existe. Mais de façon générale, le fou, le mat, le malade mental, le rêveur de l'absolu... subit le sort de l'autre, du différent, de celui venu d'ailleurs, du non-conforme, du nomade, du clandestin, du déviant par rapport aux rigidités sociales, de celui que la petitesse d'esprit et l'égoïsme titanesque des contemporains fulminent et stupéfient... Je te rappelle, mais je te l'ai déjà dit, la façon dont je formule cette pensée de Pascal à propos de la folie : Quelle folie que de n'être point fou !

 

 

Je disais encore une chanson sur la folie... Car il me souvient, Marco valdo M.I., mon ami, que tu en as déjà abordé plusieurs dans ce site et tu en as même écrite une... Elle était d'ailleurs confondante, bouleversante, renversante de tendresse... Si je me souviens bien, elle s'intitulait Hou ! Hou ! [[http://www.antiwarsongs.org/canzone.php?id=8853&lang=it]]... et donc, cette fois...

 

Donc, cette fois, c'est une chanson de Germano Bonaveri que j'ai traduite et qu'il chante en italien, en espagnol et en français, dans la version ci-dessous. Mais outre que de parler de la folie et de la place du fou dans le monde des hommes, elle parle aussi du destin, car le fou qui apparaît dans la chanson, c'est un arcane du tarot de Marseille... connu sous le nom du Mat, vieux nom français pour le fou. On le retrouve ce nom de Mat en anglais sous le mot déformé de « mad » et bien sûr, en italien « matto ». Regarde, cette belle façon de décrire la personne du mat : « Celui qui vit comme un chat ». Autrement dit, celui qu'on ne soumet pas, celui qui sans trop se poser de question vit en pleine liberté.

 

Oui, c'est bien mon avis aussi, ce monde – que j'ai parcouru dans bien des sens, m'apparaît comme bien trop policé. C'est ça, le monde des humains est trop policé... On a bien du mal à y vivre dans la sérénité. Pourtant, comme dit Léo Ferré : « la vie est courte et il n'y en a qu'une. Qu'on soit Ricain ou qu'on soit Russe... Y en a marre ! » [[http://www.antiwarsongs.org/canzone.php?id=7794&lang=it]]. Crois-moi, Marco Valdo M.I., mon ami, le monde actuel, celui de la Guerre de Cent Mille Ans, celui qui veut que tout le monde soit sous la domination des riches, où tous doivent subir les effets du droit d'exploiter la terre, le temps et la vie des autres, où tous doivent payer de leur sueur, de leur sang les caprices des riches, ce monde de l' « ARBEIT MACHT FREI », ce monde du libéralisme et du travail obligatoire, ce monde-là est incurable et l'origine de sa maladie, l'élément moteur de sa folie, c'est l'avidité, le goût de la richesse, la richesse elle-même que d'aucuns poursuivent comme des enragés... en écrasant tout et tout le monde sur leur passage... À côté des riches d'à présent, Attila était un chérubin plein de délicatesse... Alors, Marco Valdo M.I., mon ami, reprenons notre tâche prophylactique et tissons le suaire de ce monde destructeur, brutal, inconscient et cacochyme.

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Depuis des millénaires, j'habitais au milieu des mers

Comme dans un pouding, flotte une cuillère :

Au-dessus de ma tête, tout bleu, un haut ciel

Sous mes pieds, un autre ciel tout pareil.

 

Cependant, un jour, j'imaginai un autre matin

Je décidai avec ingénuité de sauter

Vers l'autre rive, bien au-delà du destin

Que l'existence semblait me réserver.

 

Puis, à l'improviste, Tempête m'agrippa

Océan debout me paralysait de terreur,

D'un seul coup, ma barque chavira

Et je fis naufrage sur les plages de l'erreur.

 

Dites-moi fou, s'il faut

Car le gêne de la folie

N'est pas un défaut

N'est pas une maladie.

 

Je suis l'unique qui n'a pas de chiffre ;

La vraie liberté n'a pas d'adresse.

C'est pourquoi on dit fada,

Celui qu'il vaut mieux écarter

Celui qui vit comme un chat,

Celui qui choisit de rester

En marge du monde

Où il n'y personne qui réponde

Pour qui a touché l'infini

Et n'en a pas encore fini.

 

Moi, depuis ce jour, je ne connais plus de peine

Et je n'agis que pour ce que je sais

La légèreté sans l'influence du passé

Est comme le chien qui me pousse dans l'aine :

 

Pure action dans cet éternel présent

Mon espace, c'est moi. Je n'ai plus de lieu,

Je suis le phénomène effronté et impertinent

La métaphore parfaite et indéchiffrable de Dieu

 

Appelez-moi fou, s'il vous chaut

Car le gêne de la folie

N'est pas un défaut

N'est pas une maladie.
Je suis l'arcane majeur

Qui n'est pas numéroté

Telle est la valeur

De ma liberté.

 

C'est comme ça, on dit fou

Sans trop chercher, par où

Esquiver l'embarras

De qui ne comprend pas

Celui qui vit comme un chat

Aujourd'hui comme demain.

Donc fou, criez-le moi

Vous êtes si loin.

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