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2 août 2020 7 02 /08 /août /2020 11:48

 

 

Noir et Blanc (version noire)

 

Version française – Noir et Blanc (version noire)Marco Valdo M.I. – 2020

 

 

 

 

 

K.K.K.

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Je t’avais annoncé, Lucien l’âne mon ami, qu’il y aurait une version noire – seulement en langue française, et c’est donc une chanson nouvelle, quels que soient ses airs de parodie – de cette ancienne chanson italienne intitulée Bianco e nero, qu’interprétait il y a plus d’un demi-siècle le Quartetto Cetra et comme bien des parodies, elle revêt la vêture de sa partition originale. Elle lui ressemble et cependant, elle s’en distingue. Ici, par une noirceur accentuée des faits, par un parfum musqué de réalité ; c’est une chanson réaliste. Elle s’inscrit dans un autre courant du Mississippi, elle nage dans un bras sans berges. C’est une fille de la House of Rising Sun, sans le fard, sans le vernis, sans les fanfreluches et sans le parfum qui cachent ses vraies senteurs et son intangible destin.

 

Holà, Marco Valdo M.I., arrête-toi, arrête-toi là, arrête ta logorrhée et dis-moi ce qu’elle raconte et qui justifie cette appellation de « version noire », car c’est ce qui m’intéresse pour le moment. Mais avant, puisque tu évoques la Rising Sun, ce bordel du bayou, laisse-moi te dire un mot de la parodie : il y avait donc à l’origine (?) une chanson de la Nouvelle-Orléans – lamentation d’une fille perdue, qui passée par tes mains en langue française a donné « La Maison du Soleil levant », par celles d’Hugues Aufray « L’HÔTEL DU SOLEIL LEVANT », par celles de Johnny Halliday, plus pudiquement devenue « Le Pénitencier » – entretemps, la fille avait changé de genre et à nouveau par les tiennes, avec cette chanson hyperréaliste – parodie de la parodie, qui raconte l’aventure de tant de nos contemporains et qui à juste titre, clôturait le cycle : « La Fermeture ».

En fait, répond Marco Valdo M.I., elle reprend l’histoire de ces deux garçons Noir et Blanc – Blanc étant le noir et Noir étant le blanc, qui jouaient du jazz de leur facture et qu’un archange (était-il blanc ou noir ?) est venu couvrir d’un voile protecteur pour leur permettre de jouer encore leur musique à la Nouvelle-Orléans. C’est là que les choses bifurquent et prennent une autre tournure, la version noire introduit dans le spectacle la dimension dramatique, carrément tragique, celle que l’on trouvait déjà dans « I shall spit on your graves », petit roman noir interdit de Vernon Sullivan – dont comme on le sait, il n’y a jamais eu de version originale, vu que Boris Vian en avait directement écrit la « traduction » en français sous le titre mieux connu de « J’irai cracher sur vos tombes » (1946)titre qui, soit dit en passant, valut à Vian les pires ennuis avec les associations d’anciens combattants. La dimension tragique à laquelle je fais allusion est celle de personnages issus du réel des États du Sud, à savoir selon la chanson, les « cagoulards de la Nouvelle-Orléans », autrement dit les gens du KKK (Ku Klux Klan), qui viennent chercher les enfants et les pendent du fait précisément qu’ils forment un duo noir et blanc, un appariement diabolique. C’est ici qu’il faut avancer la dimension sexuelle de la chanson, une situation hypothétique où ce duo (n-b ; h-f ; h-h, et toute autre combinaison que l’on voudra mettre dans l’équation) musical prend un sens autrement scandaleux. Certes, lui joue de la clarinette et elle (il ?) de ses caisses, mais passons, on risquerait d’être graveleux. Cependant, je ne peux m’empêcher de penser qu’il y a derrière ça autre chose de plus tourmenté, mariné à la sauce raciale, à une histoire criminelle du genre de celle qui tua les métis Emmet Till et Lee Anderson. Comme disait Vian, toujours lui :

 

« S’il n’y avait pas de rapports sexuels entre les Blancs et les Noirs, il n’y aurait pas de métis. »

 

Stop, dit Lucien l’âne, sinon on n’en finira jamais. Juste deux remarques ; la première à propos de l’acronyme KKK, qui certes aux Zétazunis indique le Ku Klux Klan, mais qui aussi, est-ce un véritable hasard ?, existe en Allemagne où c'est un précepte nazi, venu de la très chrétienne Bavière : Kinder, Küche, Kirche - Enfant, Cuisine - Église ; la seconde remarque, c’est que s’il n’y avait pas de rapports sexuels, il n’y aurait pas de cocus et accessoirement, il n’y aurait pas de vie, du moins celle qu’on vit à présent et pas d’espèce humaine non plus ; même pas d’âne. Alors, tissons le linceul de ce vieux monde sexué, sexuel, scandaleux, correct, racial, raciste, racialisé et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Dans les rues de la Nouvelle-Orléans,

Il y avait deux enfants

De bons amis. Ils s’appelaient Noir et Blanc.

Noir jouait de la clarinette, de la batterie jouait Blanc

Quel succès, quelle joie avec leur jazz !

On aurait dit les enfants du jazz.

 

Noir est blanc, Blanc est noir,

Vous ne devez jamais l’oublier !

Noir est blanc, Blanc est noir,

C’étaient de très bons amis, malgré

Que l’un fut blanc et l’autre noir :

Comme le lait et le café !

Comme le lait et le café !

 

Deux impresarios de la Nouvelle-Orléans avaient appris

Que ces amis étaient noir et blanc. Quand ils les ont pris,

Ils ont dit : « Jamais ! Ça ne va pas les enfants,

Nous ne voulons pas du noir en duo avec le blanc,

Nous ne sommes pas intéressés les amis

Par votre propre jazz métis. »

 

Noir est blanc, Blanc est noir,

Vous ne devez jamais l’oublier !

Noir est blanc, Blanc est noir,

C’étaient de très bons amis, malgré

Que l’un fut blanc et l’autre noir :

Comme le lait et le café !

Comme le lait et le café !

 

Au lever du soleil de la Nouvelle-Orléans,

Des anges cagoulés en robe blanche

Ont pendu haut et court les enfants.

À la plus haute branche

Et les enfants maudissaient les anges blancs,

Les cagoulards de la Nouvelle-Orléans.

 

Noir est blanc, Blanc est noir,

Vous ne devez jamais l’oublier !

Noir est blanc, Blanc est noir,

C’étaient de très bons amis, malgré

Que l’un fut blanc et l’autre noir :

Comme le lait et le café !

Comme le lait et le café !

 

Et en noir et blanc,

Leur duo jazzifiant

Joue sa musique encore

Et toujours, haut et fort,

À la Nouvelle-Orléans !

 

 

Noir et Blanc (version noire)
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Published by Marco Valdo M.I.
31 juillet 2020 5 31 /07 /juillet /2020 20:39

 

 BLANC ET NOIR (version blanche)

Version française – BLANC ET NOIR (version blanche)Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson italienne – Bianco e nero Quartetto Cetra1961

 

 

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Comment ça, Marco Valdo M.I. mon ami, une version blanche ? Qu’est-ce que ça signifie ? Il y aurait une version noire ? Et puis, que raconte cette chanson Blanc et Noir ?

 

Ah, mon ami Lucien l’âne, je m’en vais te dépêtrer ça tout de suite. D’abord, pour répondre à ta question, c’est une chanson qui raconte l’histoire de deux enfants – un blanc et un noir – qui jouent ensemble du jazz à la Nouvelle-Orléans – censément la capitale originelle du jazz. Au départ, c’est une chanson italienne du Quartetto Cetra, un ensemble vocal que nous avons déjà rencontré dans le passé, dont nous avons mis en français notamment Le Testament du Taureau, Le Chameau et le Dromadaire et L’Homme, la Femme et la Fleur.

 

Oui, dit Lucien l’âne, et même aussi mis en français des chansons d’Anton Virgilio Savona, pivot du groupe, dont particulièrement, Le Testament du Curé Meslier, cet homme qui était curé le jour et athée la nuit, c’est-à-dire un de ces athées cachés que créent par leur intolérance les religions et les religieux, car, vois-tu, moi qui ai traversé le monde et les siècles de mes petits pas d’âne, j’ai vu tant de fois tant de gens contraints et forcés de se dire, de se montrer croyants afin de pouvoir vivre leur vie en paix. Tous n’y arrivaient d’ailleurs pas, car comme toujours sous le régime de la peur et de la domination – in nomine domini, on voit fleurir la dénonciation, le cafardage et la délation. Mais revenons à cette chanson Bianco e nero.

 

Donc, je te disais, Lucien l’âne mon ami, que j’ai fait une version française de Bianco e nero que j’ai tout naturellement intitulée Blanc et Noir, mais chemin faisant, il m’est venu l’impression que cette version du Quartetto Cetra de 1961 était un peu trop douce, trop édulcorée, qu’elle était – comment dire – un peu trop angélique et trop magique ou trop merveilleuse, qu’elle occultait le réel. C’est ainsi que je l’ai qualifiée de « version blanche », une version qui tendait à camoufler, à dissimuler, à chloroformer la virulence raciste, celle qui sévit encore aujourd’hui dans le Sud des Zétazunis, la guerre raciale que mènent encore à présent les « suprémacistes blancs » dans les États du Sud.

 

Ah, dit Lucien l’âne, pourtant, il ne sert pas à grand-chose de vouloir éloigner le réel, enterrer sous le mensonge la réalité, car comme le naturel, le réel revient à la surface, comme les cadavres ressortent toujours des glaciers.

 

En effet, répond Marco Valdo M.I., c’est bien pourquoi j’en ai fait une version plus réaliste, moins idéaliste, moins angélique ; en somme, plus vraie, une version nettement plus revendicative, plus réelle. Je n’en dirai pas plus, on la verra en son temps.

 

Certes, dit Lucien l’âne, et je suis très intéressé à la découvrir le plus prochainement. En attendant, tissons le linceul de ce vieux monde raciste (encore et toujours), angélique, aveugle (volontairement) et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Nouvelle-Orléans

Nouvelle-Orléans

Nouvelle-Orléans

Nouvelle-Orléans

 

Dans les rues de la Nouvelle-Orléans,

Il y avait deux enfants,

De bons amis. Ils s’appelaient Noir et Blanc.

Noir jouait de la clarinette, de la batterie jouait Blanc

Quel succès, quelle joie avec leur jazz !

On aurait dit les enfants du jazz.

 

Noir est blanc, Blanc est noir,

Vous ne devez jamais l’oublier !

Noir est blanc, Blanc est noir,

Ce sont de très bons amis, malgré

Que l’un soit blanc et l’autre noir :

Comme le lait et le café !

Comme le lait et le café !

 

Deux impresarios de la Nouvelle-Orléans ont voulu

Connaître Noir et Blanc. Quand ils les ont vus,

Ils ont dit : « Jamais ! Ça ne va pas les enfants,

Nous ne voulons pas d’un noir en duo avec un blanc,

Nous ne sommes pas intéressés par votre jazz !

Par votre propre jazz. »

 

Noir est blanc, Blanc est noir,

Vous ne devez jamais l’oublier !

Noir est blanc, Blanc est noir,

Ce sont de très bons amis, malgré

Que l’un soit blanc et l’autre noir :

Comme le lait et le café !

Comme le lait et le café !

 

Au lever du soleil de la Nouvelle-Orléans,

Un archange est apparu dans le ciel rutilant,

Il a tendu sur le monde un grand voile de lune

Il n’y avait plus de couleurs, plus de rancunes.

Et les deux enfants ont remercié l’ange du jazz,

L’archange du jazz.

 

Noir est blanc, Blanc est noir,

Vous ne devez jamais l’oublier !

Noir est blanc, Blanc est noir,

Ce sont de très bons amis, malgré

Que l’un soit blanc et l’autre noir :

Comme le lait et le café !

Comme le lait et le café !

 

Et en noir et blanc, leur duo jazzifiant

Vole haut, dans le ciel de la Nouvelle-Orléans !

 

 

  BLANC ET NOIR (version blanche)
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Published by Marco Valdo M.I.
29 juillet 2020 3 29 /07 /juillet /2020 16:25

 

LES SORCIÈRES DE BARGACE

 

 

Version française – LES SORCIÈRES DE BARGACE – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson italienne – Le streghe di BargazzaCaterina Bueno – 1997

Chanson populaire des Apennins toscans-émiliens interprétée par Caterina Bueno dans son disque intitulé « Canti di maremma e d’anarchia », en supplément de l’hebdomadaire Avvenimenti, 1997.

 

 

 

 

 

 

 

Baragazza – Bargace est un hameau de la commune de Castiglione dei Pepoli, province de Bologne, dans les Apennins toscano-émiliens. Dans les temps anciens, il y avait une forteresse à Baragazza, contestée entre les Bolognais et les Florentins, qui fut ensuite abandonnée et détruite en 1400 – qui sait si ce n’est pas le palais qui apparaît et disparaît dans cette chanson. Elle est curieuse cette chanson, qui raconte avec une légèreté et une joie inhabituelles un sabbat satanique, quand juste à Baragazza, à Boccadirio, à la fin de 1400 est apparue la Madone. Aujourd’hui, il existe un important sanctuaire pour les pèlerinages. Ces culs-bénits, cependant, s’y rendent à pied, ou tout au plus en voiture ou en bus, et ne savent certainement pas « comme c’est beau d’y aller par l’air ! » Le texte raconte une histoire qui témoigne de la vision paysanne du sabbat et est emprunté à une ancienne feuille, diffusée sous le titre « Les sorcières de Bargazza ». (notes du disque)

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

Oh !, dit Lucien l’âne, encore une chanson de sorcière ? Ou je me trompe ? Je dis encore, car on vient pourtant de présenter la version française de La Strega – LA SORCIÈRE.

 

De fait, dit Marco Valdo M.I., il s’agit de ma version d’une chanson de sorcière et d’une chanson de sorcière d’origines populaires – toscane, pour tout dire ou peut-être même, qui sait, étrusque.

 

Quoi, s’étonne Lucien l’âne, les Étrusques, ça fait bien longtemps que j’en ai entendu parler. Mais de mes souvenirs, du temps où je me promenais en Étrurie, menant par les collines, tel un Dante prématuré, un lucumon distingué qui s’en allait ainsi sur les sommets à la rencontre de sorcières antiques. Car c’est par elles qu’il se faisait soigner de certaine maladie dont les hommes attribuent volontiers la source à Vénus, comme ce méchant coup de pied dont parle Georges Brassens dans le Bulletin de Santé :

« Vénus parfois vous donne
De méchants coups de pied qu’un bon chrétien pardonne,
Car, s’ils causent du tort aux attributs virils,
Ils mettent rarement l’existence en péril. »

 

Il buvait pour ce faire des eaux vénérables, salées, pierreuses et s’oignait, ou plutôt par la main de la sorcière se faisait oindre, de certaine huile essentielle qui le raidissait d’abord, puis le détendait subitement et ensuite, généralement, il s’endormait pour un moment. Il en ressentait un très grand bien, me disait-il.

 

Voilà qui est intéressant, dit Marco Valdo M.I. ; d’ailleurs, on trouve la trace de cette pratique dans la chanson. Il suffit de regarder son antienne pour comprendre :

 

« Que c’est bon d’aller en l’air ! »

 

Elle est intéressante à plus d’un titre cette canzone populaire, car elle permet de faire surgir une fois de plus les fondements du mythe de la Vierge ou de la Madone, c’est tout comme. Comme on le sait, dans l’histoire des deux derniers millénaires, il a bien fallu faire apparaître la Vierge Marie pour tenter d’effacer jusqu’au souvenir des sorcières et ainsi pouvoir s’approprier leur action bénéfique auprès des paysans. Mais ceux-ci n’ont rien oublié ou à tout le moins, ont gardé la trace du temps où les sorcières de tout le pays se réunissaient – souvent par trois (au minimum), pour faire la fête. C’était le sabbat des sorcières ; en somme, le samedi soir de l’ouvrier. Les fêtes, dites de sabbat, ne sont rien d’autre que des réunions de joyeuses commères.

 

Tout cela est bien vrai, dit Lucien l’âne. J’ajouterais cependant cette occurrence que à la mi-août, la grande fête des moissons, était en fait la fête des sorcières, moment où elles se retrouvaient pour plusieurs jours en une grande foire annuelle et elles faisaient des concours et des spectacles qui faisaient la joie des gens et des pays. Elles échangeaient là aussi tous leurs mystères et s’en retournaient ensuite dans leurs campagnes et leurs montagnes reprendre leurs activités quotidiennes, qui consistaient en gros à soigner les gens et les animaux, aider les femmes à avorter et à accoucher – selon les cas, les vaches à vêler, les chèvres à mettre bas ; ou encore, à aider les vieux à vieillir – elles visitaient les grabataires, elles secouraient le nécessiteux – et quand venait le temps, elles aidaient ces vieux miséreux à finir leur vie, au besoin aussi, à l’abréger ; elles prenaient sue elles le temps qu’il fallait à conseiller les jeunes filles et les jeunes garçons, les enfants et leurs parents, les maris et les amants ; elles savaient tout des maladies, elles savaient tout de la vie des gens et du pays.

 

Avec elles, dit Lucien l’âne, il n’y avait pas besoin de prêtres, de religions et pire que tout, elles chassaient les nuages de la peur et de la superstition. Bien sûr, si elles savaient beaucoup des choses de la nature et de l’humaine personne, elles ne savaient pas tout, mais c’était chez elles qu’on allait chercher de l’aide et du réconfort. De plus, elles avaient ce qu’on appelle de la morale, elles avaient une sorte d’éthique qui les empêchait de se laisser aller et de profiter leurs pouvoirs et de leur influence sur les gens. Ainsi, elles dérangeaient, elles faisaient barrage à la religion, marchandise d’importation venue du Moyen-Orient.

 

C’est d’ailleurs, rappelle Marco Valdo M.I., en cela qu’elles étaient dangereuses : elles empêchaient par leurs actions les prometteurs de beaux jours éternels et les charlatans séculiers d’opérer leurs manœuvres circonvenantes auprès des populations et c’est ainsi et pour ces raisons que l’on substitua à la sorcière, en vue de l’éradiquer, le culte de la Vierge, en ce compris la grande fête de la mi-août. La Vierge (et c’est là le sommet de l’indécence) serait – selon ses bénisseurs et ses adorateurs – la Personnification de l’Amour : marial, lustral, immaculé, invraisemblablement détaché des choses du corps et du réel. Et comme le relevait déjà Cavanna dans sa Lettre ouverte aux culs-bénits (1994) :

 

« Qu’ont en commun les inquisiteurs, les brûleurs de sorcières, les massacreurs de populations au nom de la foi (soixante mille égorgés lors de la prise de Jérusalem pendant la première croisade), les bénisseurs d’armées, les pendeurs d’hérétiques, les incitateurs à l’assassinat pieux, les lapideurs de femmes adultères, les qui vont-à-la-messe, bouffent du foie gras et laissent un abbé Pierre leur astiquer la bonne conscience en se faisant le bouc émissaire de la charité ? Ils ont en commun le mot clé de tous les culs-bénits : AMOUR. »

 

Et que dit de ça, cette chanson ?, demande Lucien l’âne.

 

Elle répond, Lucien l’âne mon ami, « Que c’est bon d’aller en l’air ! ». En français, on dit la chose un peu différemment, on dit : « Qu’il est bon de s’envoyer en l’air ! », mais en disant ça dans leur chanson – car c’est une chanson d’origine paysanne, les paysans savaient très bien de quoi il s’agissait et ils aimaient leur nocturne liberté.

 

Certes, dit Lucien l’âne, je le sais aussi. Mais n’épiloguons pas plus et tissons le linceul de ce vieux monde cagot, hypocrite, menteur, suborneur et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Plus de trains, ni de postillons,

Plus de voitures et de wagons.

Or, certains boucs là-bas

Font mille milles par la pensée.

Je peux vous dire que j’y suis allé.

Et ce n’est pas une fable, croyez-moi.

Qui n’y est pas allé, désespère.

Que c’est bon d’aller en l’air ! »

 

L’autre jour, je fus à Bargace,

J’y fus à une fête,

« Deux filles de conte de fées ».

M’ont tenu la jambe toute la soirée

Puis quand vint l’heure de partir

Chez elles, elles m’invitèrent.

Je les suivis et du coup, je peux dire :

« Que c’est bon d’aller en l’air ! »

 

Discourant sur le chemin, tout du long,

Nous sommes arrivés à leur maison.

Je ne vous dis pas quel bazar,

J’en tremblais comme à la foire.

Bientôt arrivé, sitôt d’un pot,

Tous s’oignirent, et je m’oins moi aussi aussitôt

Disant : « S’oindre, quel bien, ça peut faire !

Et que c’est bon d’aller en l’air ! »

 

Dans cette circonstance,

Un bouc grand, gros et noir s’avance.

Je lui demandai la vérité

Et comment on allait y aller.

Une répondit, celle du milieu :

« Au plus vite et au mieux !

Il est déjà tard, il faut prendre l’air. »

Que c’est bon d’aller en l’air !

 

On monta tous en croupe,

Il emmena si loin toute la troupe

Qu’on touchait les étoiles du matin

Rien qu’en tendant la main.

L’éclair entre les comètes et la Terre,

C’était ce bouc et nous autres trois.

Chose impossible, si « on ne croit pas

Que c’est bon d’aller en l’air ! »

 

Je n’ai vu ni campagnes

Ni villes, ni plaines, ni montagnes.

Le diable nous a emmenés

Dans un palais illuminé

À l’intérieur et devant, une place ornée

De tentes et de pendules toute décorée.

Ce n’est pas là paroles en l’air

Et que c’est bon d’aller en l’air ! »

 

J’ai vu certaines matrones, là,

Demoiselles fabuleuses

À l’exception de certains visages

Différents de ceux qu’ici, on a.

Moi, toujours muet, je m’assis,

Sans bouger et sans bruit,

En un silence qui sut me plaire.

Que c’est bon d’aller en l’air ! »

 

Vint l’heure des douceurs et des liqueurs.

Comme dans les fêtes,

Aux dames, aux danseurs,

Deux serviteurs présentent

Crèmes, biscuits et confitures

Pâtisseries, tartes, bouteilles et verres.

Et sans misère, je le déclare, sincère,

Que c’est bon d’aller en l’air ! »

 

Elles ont de particuliers usages

Pour nous, différents et étranges,

Comme d’user et abuser

Du dialecte ou du patois,

De toute une mimique sans voix,

Sans se mouvoir et sans parler.

Qui n’y a pas été, s’y perd :

Que c’est bon d’aller en l’air ! »

 

Tout disparut en un moment,

Il ne resta que les murs

Et la coutumière monture

Prête à partir à l’instant

— C’était un bouc de belle race,

Je ne sais où il est né –

De la maison du diable jusqu’à Bargace,

En un instant, nous a ramenés.

 

LES SORCIÈRES DE BARGACE
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Published by Marco Valdo M.I.
24 juillet 2020 5 24 /07 /juillet /2020 21:21

 

LES HÉROS

 

Version française – LES HÉROS – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson italienne – Gli eroiCollettivo Víctor Jara – 1979 (?)


 


 

 

Le Héros 

Cohen le Barbare


 


 


 

 

Dialogue Maïeutique 

 

 

 

 

 

« Les Héros », dit Lucien l’âne, je les connais depuis longtemps ; d’ailleurs, j’en suis un moi-même, mais sans doute pas du genre de héros dont parle la chanson.

 

 

 

Certes, Lucien l’âne mon ami, tu fais bien de le remarquer, car, en effet, il y a héros et héros, des héros de toutes conditions et de tous âges.

 

 

 

C’est bien là, la question, dit Lucien l’âne. Qu’est-ce qu’un héros ? Ou de quel héros parle-ton ? De façon générale, on considère comme un héros quelqu’un qui d’une manière ou d’une autre est auréolé d’une gloire, même minime, même quasi-imperceptible. A fortiori, si cette gloire est grande ou immense. Quand on pense aux héros, on voit tout de suite surgir Ulysse, Hector ou Agamemnon, Don Quichotte, Hamlet, Roland ou Cohen le Barbare. Il y a tant de héros qu’une telle énumération serait fastidieuse, sinon carrément impossible.

 

 

 

Oui, ajoute Marco Valdo M.I., d’autant plus qu’on n’a même pas pensé à ces dames. Alors, en effet, de quels héros parle-t-on dans la chanson ? Donc, il s’agit du héros au sens le plus commun, du héros guerrier, du héros massacreur, celui pour qui « la raison du plus fort est toujours la meilleure », celui qui entend sortir vainqueur de la confrontation, celui assomme la concurrence, le paranoïaque par excellence.

 

 

 

À moins que ce soit l’excellence paranoïaque, dit Lucien l’âne. Bref, le héros unidimensionnel est une réplique exacte de l’homme unidimensionnel  dont Herbert Marcuse fit le portrait, il y a déjà 50 ans, est ce héros sans cervelle et dont même l’histoire et la préhistoire sont parsemées des cadavres.

 

 

 

Exactement, dit Marco Valdo M.I., c’est précisément le thème de la chanson que de faire l’histoire de ce géant de l’imbécillité au travers des temps, des plus immémoriaux au temps présent. C’est une chanson parfumée aux senteurs de l’ironie, trempée dans la soude comique, baignée d’acide folklorique et de lucidité sarcastique. On peut aisément s’en rendre compte à la fin de la chanson quand elle dit :

 

 

 

« À présent il est paré, il veut dominer le monde

 

Avec son armée la plus puissante, la plus grande. »

 

 

 

et sa conclusion est sans fard :

 

 

 

« Les héros sont les pires criminels. »

 

 

 

Oui, dit Lucien l’âne, l’inconvénient avec le héros, je parle du héros de son plein gré, du héros né de l’ambition de l’être, celui qui se veut tel, celui qui est atteint de cette étrange folie, de cette impotente idiotie, c’est qu’il est tellement dopé de soi qu’il est un danger de première grandeur pour son entourage, pour tout ce qu’il contrôle et quand il arrive accéder au pouvoir, il a fortement tendance à en abuser. Et plus il monte haut à l’arbre de la célébrité, plus on voit ses failles, mais aussi, plus il devient mégalomane, plus sa démence se révèle et plus grandit le danger pour ceux qu’il entend dominer.

 

 

 

Je te comprends très bien, Lucien l’âne mon ami, je comprends très bien ce que tu essaies de dire sans trop dévoiler la couronne du Roi des Cons, celui dont Brassens chantait les mérites perpétuels dans « Le Roi ». C’est utile, car actuellement, le jeu de cons n’est pas terminé et les concurrents sont nombreux à vouloir atteindre la première place du classement – à tous les niveaux. En somme, il faut bien s’en pénétrer, on n’est pas sorti de cet asile d’aliénés.

 

 

 

Je le pense aussi, répond Lucien l’âne, et je ne vois pas comment y arriver. Le héros est une hydre très résiliente. C’est une figure centrale de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants font aux pauvres et aux plus faibles afin d’asseoir leur domination, de renforcer leur pouvoir, d’étendre leurs privilèges et de multiplier leurs richesses, si possible à l’infini. Enfin, c’est une raison de plus pour tisser – encore et toujours – le linceul de ce vieux monde paranoïaque, aveugle, respectueux, sourd, héroïque, imbécile et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 


 


 

Voici l’origine du combat historique :

Il y eut la question de la possession

Entre un homme à mains nues et un avec un bâton.

Ainsi naquit au nom du progrès l’homme héroïque.


 

Vive l’intelligence et son héros !


 

S’armant d’une massue, le vaincu se relève,

Se relance l’attaque à moitié nu ;

L’autre riposte et l’arrête,

Grâce à l’accessoire utile qu’est son écu.


 

Vive la technique et son héros !


 

Avec sa grande détermination, son écu et sa masse,

Il s’élance pour s’ouvrir un nouveau passage ;

L’autre sans rien dire sort du feuillage.

Et ricanant, de son arc, il le menace.


 

Vive la balistique et son héros !


 

Avec son arc, son écu et sa masse, l’imbécile

Attaque encore, il s’y casse la figure,

Brisant ses flèches contre le fer qui protège

Notre héros enferré dans sa bonne armure.


 

Vive le lansquenet et le héros !


 

Ce héros exceptionnel, armé de belle manière,

Conquit la France, l’Espagne et les pays avoisinants.

Armé jusqu’aux dents, il pesait lourdement

Sur la peau du paysan sans défense.


 

Il profite pendant 20 ans, sans soucis.

Cette fois-ci, il va le payer cher.

La poudre noire l’envoie en l’air :

En trois minutes, il est occis.


 

 

Vive la Renaissance et le héros !

 


 

Il court acheter une arquebuse

Et avec elle, menace d’exécutions sommaires.

Par malheur, il ignore les techniques récentes :

Le fusil à répétition et la carabine Winchester.


 

À bas les Peaux Rouges ! Vive le Colt et le héros !


 

Exaspéré et secoué, rouge de rage,

En un éclair, il fait un beau canon,

Mais l’autre, diabolique, tel un orage,

Le fulmine du haut de son avion.


 

Vive la Luftwaffe et son héros !


 

À présent il est paré, il veut dominer le monde

Avec son armée la plus puissante, la plus grande,

Paré pour la vengeance, mais du ciel tombe une bombe

Trois… deux… un… zéro ! Fiiiiiii… Pum ! Ah !

Un grand champignon, une forte chaleur, et puis, plus un chat.


 

Le héros ne s’y trompe pas, c’est la technique importe.

Il crée des armes mortelles

Pour semer la mort par la technique la plus forte.

Les héros sont les pires criminels.


 

Le héros ne s’y trompe pas, c’est la technique importe.

Il crée des armes mortelles

Pour semer la mort par la technique la plus forte.

Les héros sont les pires criminels.

 

 LES HÉROS
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Published by Marco Valdo M.I.
23 juillet 2020 4 23 /07 /juillet /2020 20:35

 

L’Inventeur

 

Chanson française – L’Inventeur – Marco Valdo M.I. – 2020

 

Scènes de la vie quotidienne au temps de la Guerre de Cent Mille Ans.

Histoire tirée du roman « Johnny et les Morts » – du moins de la traduction française de Patrick Couton de « Johnny and the Dead » de Terry Pratchett. (1995)

 

 

 

 

 

L’invention du téléphone

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

Par le grand Onos, dit Lucien l’âne, un inventeur.

 

Oui, dit Marco Valdo M.I., un inventeur. Ce n’est pas tous les jours qu’il y a une chanson pour vanter les mérites d’un inventeur.

 

Pourtant, dit Lucien l’âne, souvent, ils les méritent ces mérites.

 

Surtout, continue Marco Valdo M.I., quand ce sont des inventeurs émérites comme Addison Vincent Fletcher, un gars presque célèbre qu’on célèbre ici dans cette chanson. Fletcher était un fameux bricoleur, comme l’oncle de Vian, dans la Java des bombes atomiques.

 

Comme on pourra le mieux encore plus tard, dit Marco Valdo M.I., les personnages de cette galerie de portraits ont en commun, étant de la même époque, d’avoir connu la Guerre de 14-18.

 

Ah ! Si la Guerre de Quatorze n’avait pas eu lieu !, dit sentencieux Lucien l’âne, ils ne l’auraient pas connue et ils auraient quand même vécu leur vie.

 

Différemment, sans doute, reprend Marco Valdo M.I., mais on ne peut changer ce qui a été et le héros de cette chanson passa ses années de tranchées et de jeunesse à méditer et à ruminer des inventions, car de par son caractère, ses penchants, ses goûts, ses talents aussi, c’était un inventeur. Un inventeur-né, en quelque sorte.

 

Soit, dit Lucien l’âne, voici donc après le Cimetière où paraît l’alderman, l’Illusionniste, le Syndicaliste, la Suffragette, le Footballiste et le Taxidermiste – l’inventeur. Mais qu’a-t-il pu inventer qui le rende si célèbre ?

 

Presque, Lucien l’âne, presque célèbre. Nuance !, car il est presque célèbre et même localement. Cependant, pour répondre à ta question directement, il a inventé le téléphone, mais avec au moins 50 ans de retard. Le monde est déjà rempli de téléphones. Mais, selon lui, s’il n’avait pas déjà existé, il l’aurait à coup sûr inventé. Pour se justifier, il déclare qu’il l’a amélioré, mais il ne dit pas comment et sans doute, ne le saura-t-on jamais. Par contre, à l’inverse, il a inventé, mais trop tôt, le téléphone mobile qu’on nomme à présent « smartphone » – téléphone intelligent. Pareil pour la radio et pour l’ordinateur, il les aurait volontiers inventés ; Addison Vincent Fletcher aurait tout inventé si on l’avait laissé faire. C’était un enthousiaste. C’était une sorte de Leonardo da Vinci du XXe siècle. Avec son ami Einstein (Salomon), en tandem, il va animer la vie des morts et introduire la physique moderne dans leur univers, jusque-là ignorant de la chose. Pour les autres détails, voir la chanson.

 

C’est ce que je vais faire, dit Lucien l’âne, non sans relever tout de suite deux des clins d’œil dont tu entrelardes la chanson. Le premier est le « fameux bricoleur », un clin d’œil à Boris Vian, comme tu l’as signalé déjà ; et le second est un clin d’œil au jeune Stéphane Mallarmé, clin d’œil sur lequel s’achève la chanson. Maintenant, tissons le linceul de ce vieux monde technique, pratique, véridique, technologique, technicolore et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M. I. et Lucien Lane

 

 

 

La nouvelle bibliothèque est pleine de couleurs

Et fourmille d’écrans d’ordinateurs.

Sur les écrans, tout le Guardian de Blackbury,

Avec Fletcher l’inventeur parmi les célébrités du pays.

 

Un fameux bricoleur, Addison Vincent Fletcher,

Il avait maturé durant toute la Grande Guerre,

En Artois, coincé au fond de sa tranchée,

Une sorte de téléphone, améliorée.

 

Et la télégraphie sans fil ? La T.S.F., la radio ?

Inventée avant le siècle par la comtesse Alicia Radioni,

Ou alors, par le physicien italien Italo Macaroni ?

Un savant italien ? Oui, il s’appelait Guglielmo Marconi.

 

Alors, qui a vraiment inventé le téléphone ?

N’est-ce pas Sir Humphrey Téléphone ?

Non, c’est un Étazunien : Graham Bell.

Fariboles, bêtises, conneries et des belles !

 

Le vrai inventeur, c’est Tony Meucci ;

Et c’est encore un Italien, Madame Liberty,

Et moi, j’aurais bien aimé inventer le premier,

Et dit Fletcher, je l’ai juste amélioré.

 

Addison dit : « Pour Salomon, l’espace est une illusion,

Et si l’espace est nul, il n’y a plus besoin de liaison.

Alors, plus de problème pour la transmission.

Le téléphone sans fil, voilà mon invention.

 

Les ondes, c’est le secret de tout ce bazar :

Les petites ondes font les grandes histoires.

Comme ça, dit Fletcher, j’ai bricolé sur ma table,

En vingt-deux, un téléphone transportable.

 

Au cimetière, il y avait un vieux téléviseur ;

L’écran était en miettes, un rebut, une horreur.

Addison Fletcher et Salomon Einstein le bricolaient avec amour :

Bientôt, l’image et le son étaient de retour.

 

Dans son cadre vide, l’écran luisait.

Miroir de moire rempli de ciel,

Sans électricité, il se striait

D’éclairs zébrés couleur de miel,

 

Et la Capri bleue dans le canal ?

Avec Salomon, on va la sortir,

On lui refera un moteur meilleur

Et comme les oiseaux, on pourra fuir, là-bas, fuir.

 

 

 L’Inventeur
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Published by Marco Valdo M.I.
21 juillet 2020 2 21 /07 /juillet /2020 21:03

 

LA SORCIÈRE

 

Version française – LA SORCIÈRE – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson italienne – La strega – Collettivo Víctor Jara – 1979

 

 

 

 

LA SORCIÈRE

 

Angelo Caroselli vers 1630

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

 

Une fois encore, Lucien l’âne mon ami, on revient à la question de la sorcière ; de la vraie sorcière, de ce personnage essentiel de la vie paysanne, de celle qui incarnait la fibre maternelle, qui était à elle seule le service de santé de la société – de santé physique, de la naissance (accoucheuse) à la mort (accompagnatrice du mourant), aidant l’humaine personne à entrer dans le monde et l’aidant à en sortir ; elle était aussi celle à qui on pouvait confesser ses malheurs, ses tristesses, ses faiblesses, celle qui savait vraiment ce qu’il en était de la vie réelle, la consolatrice et la salvatrice ; une femme savante qui savait les méandres des plantes et de l’humaine condition. Auprès de qui on allait chercher aussi des conseils de vie. On y revient cette fois-ci avec une chanson italienne intitulée : « La Strega » – « LA SORCIÈRE ».

 

Ce n’est, en effet, pas la première sorcière que l’on croise, dit Lucien l’âne. Je me souviens de « Katheline, la bonne sorcière », pour laquelle je demandaisdans le dialogue qui précédait la chanson dans l’édition papier de « La geste de Liberté » (La Légende libertaire) – pourquoi « la bonne sorcière », car généralement, les sorcières ont la mauvaise réputation et on entend plus souvent « la mauvaise sorcière ».

 

Oui, Lucien l’âne mon ami, j’ajouterais pour être complet à propos de Katheline, les deux autres chansons qui racontent son supplice et sa mort : « Katheline suppliciée » et « La douce Mort de Katheline ».

 

En somme, dit Lucien l’âne, il y a là comme une hagiographie et dans le fond, les sorcières le méritent bien. Et puis, toujours dans ce dialogue de la Légende, j’ajoutais parlant de Katheline :

 

« C’est donc une vraie sorcière, une de celles qui dans les villages et les campagnes soignent les gens et les animaux, une de celles ui connaissent les remèdes et les plantes, une de celles qui sont depuis toujours les conseillères intimes des femmes et exercent les talents si essentiels de sages-femmes – un nom très significatif. »

 

Cela étant, reprend Marco Valdo M.I., je n’ai pu résister au vrai désir et au vrai plaisir de (non pas faire une traduction) me confectionner en bon tailleur des mots une version sur mesure de cette « Strega » du Collettivo Víctor Jara. C’est franchement tout autre chose qu’une traduction et cette manière de procéder produit une chanson dans une autre langue, qui a le souci d’être elle-même, tout en gardant bien sûr – autant que faire se peut – la filiation avec le texte d’origine. À l’usage, j’ai pu constater que cette façon ouvre parfois de nouveaux horizons. Mais quoi qu’il en soit, libre à quiconque de composer une autre version ou même d’en proposer une véritable traduction. Et sans doute, tout le monde y gagnerait.

 

Oh oui !, dit Lucien l’âne, je le pense aussi. Maintenant, serait-il possible de dire quelques mots de cette version-ci et de son texte d’origine.

 

De fait, Lucien l’âne mon ami, tu fais bien de me rappeler à ma version et à son origine. C’est donc une sorte de prière-accusation qui met en cause une sorcière et la réponse de celle-ci ; une sorte d’étrange dialogue. Je n’en dirai pas plus : la vérité est poésie et je ne peux faire mieux que de m’en remettre à la chanson.

 

Fort bien, dit Lucien l’âne, c’est une sage précaution et l’expression d’une vérité ; car pas plus qu’on ne peut mettre en mots la musique ou la peinture ou mettre en musique ou en peinture, les mots, on ne peut mettre en prose la poésie, on ne peut la détailler, la décomposer sous peine de la perdre et d’en perdre le sens. On n’obtient pas de bons résultats par l’autopsie d’une chanson ; on se retrouve avec les morceaux de son cadavre. Pour le reste, tissons le linceul de ce vieux monde guindé, sourd, malentendant, malentendu, croyant, vulgaire, brutal et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Brûlez la sorcière, elle lit l’avenir,

Parle au vent, parle à la lune.

Brûlez la sorcière, elle lit l’avenir,

Parle au vent, parle à la lune.

Vous qui connaissez les ombres fugaces,

Vous qui même la mort, ne craignez pas,

Au travers des miroirs, vous tendez les bras

Quand nous avons peur de nos propres faces.

 

 

 

Marbre, mes mains et pierre, ma peau ;

Et un jour, j’ai entendu le fleuve m’appeler ;

Et mes cheveux ont fondu, j’étais l’eau du ruisseau ;

Et feuilles, mes mains dans la rivière qui a chanté ;

Et maintenant, je n’ai plus peur, je n’ai plus peur,

Maintenant, je n’ai plus peur.

 

 

 

Vous qui venez nue, sans éclat,

Baiser notre corps dans nos songes ;

Lèvres humides, peau de neige,

Vous faites désirer ce qu’il ne faut pas.

 

 

 

La règle et le silence, la loi, la peur, le noir,

Un Dieu dirige le monde, la mort est son paladin,

Mais le fou cornu m’a donné de son vin,

Il m’a en chantant menée sur le pont de moire,

Il chantait la forêt, un Dieu pour chaque fleur,

Il m’a appelée la « vierge des couleurs » ;

Et juste à ce moment, le vent m’a parlé,

La lune m’a étreinte et je me suis envolée.

 

 

 

Chevalier et roi sans épée à la main,

Vous qui croyez au destin,

Brûlez la sorcière, elle lit l’avenir,

Parle au vent, parle à la lune.

Brûlez la sorcière, elle lit l’avenir,

Parle au vent, parle à la lune.

 

 

 

Et maintenant je n’ai plus peur, je n’ai plus peur.

Je suis chaux dans le roc ; et cendres dans les airs ;

Et feuilles, mes cheveux ; et blé, mon sourire ;

Et vent, ma voix ; et nuit, ma chimère ;

Et je viendrai encore, dans la nuit dansant,

Siffler avec le corbeau, rire avec le vent ;

Et quand soufflera le feu et son grand air,

Vous me sourirez et je regarderai le firmament ;

Vous me tendrez les bras, en pleurant,

Vous baiserez mon visage d’eau claire.

 

 

 

Et je serai libre.

 

LA SORCIÈRE
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16 juillet 2020 4 16 /07 /juillet /2020 21:26

 

Le Footballiste

 

Chanson française – Le Footballiste – Marco Valdo M.I. – 2020

 

Scènes de la vie quotidienne au temps de la Guerre de Cent Mille Ans.

Histoire tirée du roman « Johnny et les Morts » – du moins de la traduction française de Patrick Couton de « Johnny and the Dead » de Terry Pratchett. (1995)

 

 

 

Les Footballistes

 

par Nicolas de Stael – circa 1950

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

 

Par le grand Onos, dit Lucien l’âne, un footballiste.

 

Oui, dit Marco Valdo M.I., un footballiste. Ce n’est pas tous les jours qu’il y a une chanson pour vanter les mérites d’un footballiste.

 

Pourtant, dit Lucien l’âne, souvent, ils les méritent ces mérites. D’ailleurs,

 

Surtout, continue Marco Valdo M.I., quand ce sont des footballistes émérites comme Stanley Parisi, un gars carrément célèbre qu’on célèbre ici dans cette chanson-ci, comme est fêtédans cette chanson-làVictor le footballiste, une chanson du Grand Jojo (dont on connaît déjà les portraits de héros : Le Sergent Flagada et Jules César).

 

D’ailleurs, dit Lucien l’âne, à bien la réécouter, je me rends compte en effet qu’elle présente une véritable parenté avec Victor : si ce n’est pas là une chanson-sœur, c’est au moins une chanson cousine.

 

Chanson-sœur, chanson cousine, dit marco valdo M.I., il n’y a là rien d’étonnant, car tout en écrivant l’histoire de Stanley Parisi, je fredonnais la chanson de Victor et je dois avouer que ces deux-là ont des points communs. Par exemple, tous deux foncent sur le terrain à toute allure derrière le ballon et tous deux se considèrent comme des artistes ; mais il y a quand même quelque chose qui les distingue et qui justifie la présence de Stanley dans les Chansons contre la Guerre (C.C.G), c’est que ce dernier n’est pas seulement un (anti-) héros du stade, c’est aussi un héros des tranchées de la Somme en 1916, où se perpétra un gigantesque massacre – plus d’un million de victimes. Le premier jour de l’offensive anglaise, le 1er juillet, les seuls Britanniques ramassèrent 20 000 morts. Quant à Stanley, comme le dit la chanson, il s’en tira :

 

« Et Stanley « pas par là » dribbla la mort. »

 

En somme, dit Lucien l’âne, il s’en est tiré probablement par chance, comme tous ceux qui en sont revenus. Ce qui ne fut pas le cas pour l’artilleur de Mayence d’Aragon que chantait Léo Ferré dans « Est-ce ainsi que les hommes vivent ? ».

 

« Pour un artilleur de Mayence
Qui n’en est jamais revenu. »

 

Je vois, Lucien l’âne mon ami, que ta mémoire d’âne est parfaite et connaît bien la chanson ; c’est réjouissant. Maintenant, deux mots de ce héros de la Somme qui dribbla la mort. On sait que c’est un footballiste assez sportif et très enthousiaste et qui a acquis ainsi une certaine célébrité. Cependant, il s’agit de savoir le pourquoi du comment ? À moins que ce ne soit le comment du pourquoi ? Bref, pour élucider ce mystère, on dispose de son nom : Parisi – qui en français peut s’orthographier « par ici » et de son surnom – donné par ses partenaires et par les supporters« Pas par là ». Si on met les deux à la queue, on obtient évidemment : « Par ici, pas par là ! ».

 

Comment mérite-t-il une telle appellation ?, un tel traitement ironique, moqueur, dérisoire et pourquoi ?, demande Lucien l’âne.

 

Tout simplement, répond Marco Valdo M.I., car – et c’est dit dans la chanson, il est dans ses habitudes de partir dans le sens contraire et une fois lancé, il est inarrêtable et dribble tous ceux qu’il rencontre sur sa course vers le but et de marquer. C’est fort bien, à ceci près qu’il se trompe de côté et qu’il marque contre son propre camp. Il le fit tellement souvent qu’en plus sobriquet rigolard, il a, dans les mémoires, gagné le titre de « recordman du monde des buts contre son camp ». Cela étant, il me reste à préciser qu’il a comme amis : l’alderman (voir Le Cimetière), le syndicaliste, le taxidermiste, l’illusionniste et la suffragette qui sont ses voisins à perpétuité et que tout comme eux, il continue à agir post-mortem et donc, naturellement, à pratiquer son sport favori.

 

Comme on le sait, dit Lucien l’âne, un footballiste, comme tous les sportifs, garde longtemps le goût et en quelque sorte, le besoin de pratiquer. Nous, nous tissons le linceul de ce vieux monde sportif, compétitif, footballistique, fanatique et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M. I. et Lucien Lane

 

 

 

Stanley connut les tranchées de la Somme,

Où par milliers tombaient les hommes,

Les obus, les boues, les morts.

Et Stanley « pas par là » dribbla la mort.

 

En retard, Johnny traverse en trombe

Le désert glacé du cimetière

Et stoppe pile devant une tombe

Lovée dans les fougères.

 

Un marbre, gris, plat et banal,

Une paire de bottines de foot gravée

En grand domine le texte bancal :

Le nom et les mortelles coordonnées :

 

— Stanley Parisi, « Pas par là »

Son dernier coup de sifflet.

Un gars presque célèbre, là au-delà.

Et une vedette, une star, ce Stanley.

 

Chez les supporters des Vagabonds de Blackbury

Rouges et blancs, au stade tous les samedis

En rangs par dix, aller dix de front

Et soutenir les as du ballon rond.

 

Stanley « Pas par là » était un bon garçon.

Le Guardian annonce dans sa nécrologie

Toute une carrière chez les Vagabonds,

Et un record de buts d’anthologie.

 

Parisi, un champion historique,

Stan, un marqueur magnifique,

Un joueur absolument fantastique,

Et le plus grand, le plus épique.

 

Stanley Parisi, merveilleux footballiste,

Un géant, un sportif, un artiste.

« Pas par là » fonce tout droit

Et met des buts à chaque fois.

 

Parisi – pas par là à l’avant :

Enthousiaste, excité, enflammé

Est recordman des buts marqués

Et des buts contre son propre camp.

 

Stan en short jusqu’aux genoux, comme avant,

Toujours rapide, toujours fougueux, toujours vaillant,

Montre aux éternels non-vivants

Comment tuer le temps.

 

 Le Footballiste
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11 juillet 2020 6 11 /07 /juillet /2020 20:20

 

La Suffragette

 

Chanson française – La Suffragette – Marco Valdo M.I. – 2020

 

Scènes de la vie quotidienne au temps de la Guerre de Cent Mille Ans.

Histoire tirée du roman « Johnny et les Morts » – du moins de la traduction française de Patrick Couton de « Johnny and the Dead » de Terry Pratchett. (1995)

 

 

 

Portrait de dame

au temps de Liberty

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

 

Par le grand Onos, dit Lucien l’âne, une suffragette.

 

Oui, dit Marco Valdo M.I., une suffragette. Ce n’est pas tous les jours qu’il y a une chanson pour vanter les mérites d’une suffragette.

 

Pourtant, dit Lucien l’âne, souvent, elles les méritent ces mérites.

 

Surtout, continue Marco Valdo M.I., quand ce sont des suffragettes émérites comme Sylvia Liberty, une fille carrément célèbre qu’on célèbre ici dans cette chanson. Comme on le sait, une suffragette est une femme, une demoiselle, une dame qui, en sus de sa vie ordinaire, se consacre à la revendication de droits pour cette moitié (et même statistiquement, un peu plus de la moitié) de l’espèce humaine

 

Permets-moi, Marco Valdo M.I. mon ami, d’interrompre cette intéressante réflexion afin de t’indiquer que c’est pareil chez les ânes ; les ânesses – à juste titre – réclament elles aussi des droits. L’inconvénient, c’est que globalement, je veux dire de façon générale, la question des droits se pose également pour toute l’espèce asine (comme pour toutes les espèces animales), vu que des droits, elle n’en a pas.

 

J’ajoute, Lucien l’âne mon ami, que tu es particulièrement bien au fait de la chose puisque c’est toi l’auteur véritable de la Déclaration universelle des droits de l'âne.

 

Je disais, Marco Valdo M.I. mon ami, que notre espèce, à l’instar de toutes les autres, l’humaine plus ou moins exceptée – car elle en revendique aussi, n’a pas de droits ou à peine et on ne lui reconnaît que des devoirs. Sauf évidemment ici, à l’intérieur du monde enchanté où toi et moi, en toue égalité, nous conversons. Et même, pour les ânes, la situation est pire encore puisque les animaux, ceux des autres espèces, nous traitent mal, elles nous disent « pelés, galeux » et nous accusent d’être porteurs de je ne sais quel virus d’on ne sait quelle peste ; sur quoi, ils se sont empressés de mettre à mort notre pauvre congénère. Dès lors, question de droits, il faudrait commencer par là : les droits élémentaires pour tous sans distinction de race, de sexe, de genre, de tout ce qu’on voudra. Je précise tout de suite que personnellement, si je rencontrais une ânesse suffragette ou n’importe quel genre de suffragette, je m’empresserais de la soutenir et de l’encourager.

 

Voilà qui est bien, Lucien l’âne mon ami, et même prudent, si d’aventure, tu tiens à tes oreilles. Pour en revenir à la chanson, je disais que la femme, demoiselle, dame qui y apparaît est particulièrement renommée par son nom « Liberty » et par la statue qui le représente à Paris et à New-York. Tel est le début de la chanson. Ensuite, j’attire ton attention sur la discussion importante s’il en est à propos de l’utilisation du mot « mort » ou « morte » pour qualifier ou désigner le mort ou la morte. Car certaines mortes et certains morts et bien des non-mortes et des non-morts hésitent à l’utiliser ou s’opposent carrément à son utilisation, allant parfois jusqu’à la violence pour imposer leur desideratum : les premières et les premiers, car elles et ils trouvent cette dénomination offensante, mal venue, méprisante, non respectueuse ou en tout cas, insupportable ; les secondes et les seconds, car ils en ont peur.

 

Oui, dit Lucien l’âne, je sais ça. C’est de la superstition, un curieux processus mental, fondé sur on ne sait quelle croyance, quelle supposition, quelle lubie. Et comme d’habitude, cette croyance, comme toute croyance car telle en est la nature intrinsèque, repose elle-même sur le socle de l’ignorance et de la stupidité. Il y a là comme un strabisme de la pensée.

 

Bien, dit Marco Valdo M.I., pour ce qui est de Sylvia Liberty, on aurait plutôt à faire à une personne vive, intelligente et assez en avance sur son temps ; à une morte qui respire la santé. Il ne t’étonnera pas qu’elle ait un tempérament assez libertaire. Enfin, une dame, etc. comme je les aime : douce, amère et coriace. Avant de te laisser conclure, je signale que la fin de la chanson annonce un fameux combat, sur lequel sans doute, on reviendra.

 

Eh bien, dit Lucien l’âne, pour en savoir plus, lisons et ensuite, tissons le linceul de ce vieux monde bégueule, raidi, tétanisé, prude, correct, trop correct et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M. I. et Lucien Lane

 

 

 

Liberty, championne des droits de la femme

A importé la journée du 8 mars à Blackbury ;

L’Amérique, New-York, Paris, Paname,

La statue de la Liberté, c’est Sylvia Liberty.

 

Au fait, se demande Johnny, est-il correct,

Je veux dire politiquement correct,

Ou socialement, de dire mort

Pour désigner un mort,

 

Ou alors, décédé, enterré,

Ou zombie, ou macchabée,

Ou vaut-il mieux dire à présent,

Non-vivant ou mal-respirant,

 

Ou, pour être plus social,

En quelque sorte, plus à la page,

Dire désavantagé vertical,

Ou carrément, cinquième âge.

 

Les quatre morts discutaient, sans bruit

Il y avait l’alderman, le syndicaliste, l’illusionniste

Et une femme en robe longue, féministe,

Coiffée d’un chapeau chargé de fruits ;

 

Ils regardaient dans le journal la photo

Des filles à la piscine à peine sorties de l’eau :

Des femmes en costume d’Ève, — « Choquant :

On voit leurs jambes, presqu’entièrement. »

 

« Des corps sains au soleil, c’est sympathique ;

Le maillot de bain, c’est un costume très pratique ;

Il n’y a pas de mal à ça, dit le chapeau fruitier ;

Moi, de mon temps, j’aurais bien aimé. »

 

La femme au chapeau végétarien, c’est Liberty,

Avec son parapluie et son galure garni,

Une infatigable suffragette, toujours d’allant

Pour le droit des femmes, le vote et tout le bataclan,

 

L’œil et le corps vifs, toujours manifestant,

Lançant des œufs sur les agents

Et finissant ses protestations

Au bloc, invariablement, sans hésitation.

 

« À la résidence La Dernière Demeure,

Par contrat : une place quand on meurt :

Concession perpétuelle et signature.

Nous déménager, c’est de la dictature. 

 

 La Suffragette
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9 juillet 2020 4 09 /07 /juillet /2020 11:54

 

L’Illusionniste

 

Chanson française – L’Illusionniste – Marco Valdo M.I. – 2020

 

Scènes de la vie quotidienne au temps de la Guerre de Cent Mille Ans.

Histoire tirée du roman « Johnny et les Morts » – du moins de la traduction française de Patrick Couton de « Johnny and the Dead » de Terry Pratchett. (1995)

 

 

L’illusionniste

de ou d’après 

Hieronymus Bosch, vers 1500

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

Par le grand Onos, dit Lucien l’âne, un illusionniste.

 

Oui, dit Marco Valdo M.I., un illusionniste. Ce n’est pas tous les jours qu’il y a une chanson pour vanter les mérites d’un illusionniste.

 

Pourtant, dit Lucien l’âne, souvent, ils les méritent ces mérites.

 

Surtout, continue Marco Valdo M.I., quand ce sont des illusionnistes émérites comme Stefano Vicenzi, un gars presque célèbre qu’on célèbre ici dans cette chanson. Comme on le sait, un illusionniste, au sens propre, est quelqu’un qui fait des tours de passe-passe pour amuser un public.

 

Et, demande Lucien l’âne, qu’en est-il de l’illusionniste au sens opposé, « l’illusionniste au sens sale » ?

 

Oh, répond Marco Valdo M.I., ceux-là existent aussi ; ce sont des escrocs. On les trouve chez les bateleurs, sur les marchés, au coin des rues, ils jouent au bonneteau, ce sont des bonneteurs, des charlatans ; ce sont les petites gens de l’escroquerie. Ensuite, il y a ceux qui pratiquent l’embrouille à plus grande échelle, en quelque sorte, en professionnels. Ils montent des combines, ils mystifient leurs interlocuteurs, ils les hypnotisent un peu comme les charmeurs de serpents, ils les saoulent de paroles, ils les fascinent. Ce sont les artisans de l’embobinage. Et puis, il y a les professionnels, ce sont les hommes d’affaires, qui par l’embrouille s’en foutent plein les fouilles. Le pire c’est quand ces bonimenteurs arrivent sur les tribunes. Leur technique est de divertir, distraire, désorienter, déstabiliser les gens. C’est l’autre extrême du spectre, ce sont les grands escrocs, les géants de l’escroquerie ; ceux -là aiment dominer leur monde et certains même, les plus déments, visent à dominer le monde. On les trouve à la tête des plus grands États. Là, ils se pavanent, ils déploient leur égo et pour ce faire, ils répandent leurs menteries comme on répand le fumier, ils trompent tous ceux qui croient à leurs salades.

 

Soit, dit Lucien l’âne, je vois de qui tu parles. Ils sont vraiment très dangereux ; ce sont des gens qu’il faudrait enfermer ; ce sont de vrais malades mentaux et ils diffusent leurs mensonges à longueur de temps ; c’est leur manière d’exister ; sans ça, ils ne sont rien d’autres qu’eux-mêmes. Ce sont des gens d’une toxicité rare, ils pourrissent la vie de leurs contemporains et peut-être même, au-delà. L’ennui, c’est que tant qu’il y aura des hommes et du pouvoir à prendre, ils tenteront de s’en emparer. Un bon conseil, c’est de fuir le pouvoir, de le tenir à l’écart, de fuir là-bas, fuir avant qu’il ne soit trop tard ou de les faire fuir, ces magnats maniaques de la domination et de l’auto-admiration, mais comment, comment éradiquer le virus de l’ambition, du solipsisme et de l’escroquerie à grande échelle ?

 

Halte, Lucien l’âne mon ami, je voudrais parler de l’illusionniste de la chanson qui lui était un brave homme. S’il faisait des tours, s’il vendait des objets de farces et attrapes : des fausses barbes, des fausses moustaches, des faux dentiers, des faux nez, de vraies perruques, il n’entendait pas tromper les gens sur la marchandise. En quelque sorte, c’étaient de vrais faux, d’authentiques et honnêtes mensonges. Pareil quand il présentait un spectacle d’illusions ; c’étaient de vraies illusions, d’incontestables tours de mains destinés à créer du trompe-l’œil, pas du trompe-conscience. Notre illusionniste vendait de l’illusion, mais de la bonne, de l’artisanale, de la faite maison, de la fait-main. Quand il sortait un colombe de sa manche, c’était une colombe, elle avait des plumes, elle avait des ailes, elle s’envolait – heureuse.

 

Ah, dit Lucien l’âne, moi, j’en ai croisé des comme ça, un peu partout dans mes pérégrinations ; ils ne faisaient du mal à personne.

 

Il faut que tu saches, Lucien l’âne mon ami, que l’autre spécialité de cet immigré ou fils ou petit-fils d’immigrés italiens à Blackbury (à ce propos, déjà au temps de Shakespeare, il y avait toute une immigration italienne à Londres ; on y vit Giordano Bruno en compagnie de John Florio), c’était de se sortir des liens, cordes, menottes, chaînes et du grand sac où on l’enfermait. C’était un spécialiste de l’évasion, une sorte d’Houdini ; à la guerre, il démontra ses talents en s’échappant – ni une, ni deux – du camp de prisonniers où les Allemands l’avaient enfermé. Comme de bien entendu, Stefano Vicenzi est un pensionnaire du cimetière et parle volontiers avec Johnny, comme le font l’alderman dans le cimetière, le taxidermiste, le syndicaliste.

 

Évidemment, dit Lucien l’âne, ça va de soi. Je n’ai pas oublié que ce sont les gens du cimetière de Blackbury qui forment cette galerie de portraits. Moi, il me botte cet Italien – fût-il de la quatrième génération, l’immigré italien se ressent toujours comme s’il avait quitté son pays la semaine précédente. Il suffit de lire l’emblématique histoire de la pizzeria lucaine de New-York et même s’il n’y a pas de race italienne, il y a une revendication d’appartenance – souvent réduite à un goût alimentaire et à un attachement footballistique. Enfin, il nous faut conclure. Alors tissons le linceul de ce vieux monde magique, menteur, escroc, raciste, nationaliste et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M. I. et Lucien Lane

 

 

 

À bord d’une arche immense, de marbre et d’or,

Stefano Vicenzi vivait tranquillement sa mort,

Entouré d’une madone et de douze angelots,

À la place des fleurs, il y avait des pots.

 

Une arche pareille, c’est fastoche.

À l’arrière, il y a un autocollant en couleurs :

« Mon autre tombe, c’est un porche ! »

Plus impressionnant, tu meurs !

 

Un peu compassé, souriant, les cheveux gominés,

Le teint léger, bistre, blafard, hâve, abîmé,

Stefano Vicenzi portait toujours, très fier,

Sur son habit noir, un œillet à la boutonnière.

 

« Au pays, on avait un duo : Ethel et le grand Vicenzi

Je faisais de la magie pour amuser les enfants

Avec des œufs, des colombes, tout ça. — Quel pays ?

— Le pays d’antan, pays d’avant, pays des vivants.

 

Je faisais aussi souvent des numéros d’évasion.

Je m’évadais de tout. C’était ma célébrité.

On m’a mis sous l’eau pour ma dernière démonstration :

Un sac, six chaînes, six menottes. J’y suis resté.

 

Comme Houdini, je m’évade toujours,

Avec mon air chic, élégant, effacé, j’avais le tour ;

Prisonnier de guerre en Allemagne, évidemment évadé ;

Les Allemands ne se sont pas méfiés. »

 

Pépé dit : « Le vieux Stef Vicenzi tenait

Un chouette magasin de jouets très renommé.

On y achetait des pétards et du poil à gratter.

Un homme célèbre : tous les enfants le connaissaient.

 

Je ne l’ai plus vu dans le coin depuis un bail.

Quand ils ont fermé l’usine et que j’ai quitté le travail.

Je me demande souvent où Stef se terre,

Je crois bien que c’est au cimetière.

 

William Stickers, c’était un communiste,

Mais Stefano Vicenzi, c’est un illusionniste.

Des comédiens ces deux-là, mais fort différents.

Dans le coin, seul Stef amusait les petits et les grands. »

 

« Oh, Johnny, je dois m’en aller maintenant. »

Avec sa canne, son chapeau, ses gants blancs,

Il libère ses colombes et s’enfonce dans le néant.

« On peut s’échapper de tout, avec le temps. »

 

L’Illusionniste
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Published by Marco Valdo M.I.
6 juillet 2020 1 06 /07 /juillet /2020 09:28

 

 

 

Le Syndicaliste

 

Chanson française – Le Syndicaliste – Marco Valdo M.I. – 2020

 

Scènes de la vie quotidienne au temps de la Guerre de Cent Mille Ans.

Histoire tirée du roman « Johnny et les Morts » – du moins de la traduction française de Patrick Couton de « Johnny and the Dead » de Terry Pratchett. (1995)

 

 

 

 

Tableau de Boris Koustodiev

 

1920

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Par le grand Onos, dit Lucien l’âne, un syndicaliste.

 

Oui, dit Marco Valdo M.I., un syndicaliste. Ce n’est pas tous les jours qu’il y a une chanson pour vanter les mérites des camarades syndicalistes.

 

Pourtant, dit Lucien l’âne, souvent, ils les méritent ces mérites.

 

Surtout, continue Marco Valdo M.I., quand ce sont des syndicalistes émérites comme William Stickers, un gars presque célèbre qu’on célèbre ici dans cette chanson ; une chanson qui fait en quelque sorte l’histoire des deux derniers siècles et du début de celui-ci, vus au travers du prisme particulier du syndicalisme. En gros, Johnny, tu sais Johnny Maxwell, celui qui rencontre les morts dans le cimetière de Blackbury et qui parle avec eux, vient de rencontrer William Stickers devant sa tombe et entame une conversation avec lui.

 

Oui, répond Lucien l’âne, je sais et même, très bien qui est Johnny ; l’autre jour, il racontait l’histoire de Salomon Einstein, le taxidermiste et la fois précédente, il avait inauguré ces rencontres avec l’alderman Bowler.

 

Donc, dit Marco Valdo M.I., cette fois, c’est un syndicaliste, un nommé William Stickers, presque célèbre au Cygne blanc, le bistro de Blackbury, situé dans la rue du Paradis, où – dans la première moitié du XXe siècle – il haranguait les prolétaires locaux. Avant d’aller plus loin, je voudrais noter au passage que ses initiales – W.S – sont les mêmes que celles de celui que le monde entier connaît sous le nom de William Shakspere, comme il signait lui-même en son testament.

 

Oh, dit Lucien l’âne, ça ne m’étonnerait pas, car le nom complet de William Stickers est presque une transcription de ce nom de William Shakespeare, alias William Shackspeare, tel qu’il apparaît sous la plume du notaire et d’après ses propres signatures : Willm Shakp., William Shakspe, Wm Shaksper., William Shackspeare, Willim Shackspeare, William Shakspeare.

 

L’idée est excellente, Lucien l’âne mon ami, mais nous ne sommes pas là pour débattre de ce sujet si passionnant de la réelle personnalité qui se trouve derrière ce nom de Shakespeare. Il nous faudrait faire le point sur cette délicate question et nous n’avons pas le temps de le faire ici. Pour ce qui est de William Stickers, même mort, il reste lui-même.

 

Soit, répond Lucien l’âne, mais quand même, Shackspeare était-il Shakespeare ? D’aucuns disent que ce serait John Florio et ils avancent des arguments à mes yeux assez fondés. Cependant, passons.

 

Donc, reprend Marco Valdo M.I., j’en reviens à William Stickers qui a vécu toute sa vie avec la conviction qu’une révolution universelle étendrait le communisme depuis l’Union soviétique (patrie des travailleurs) au reste de la planète. Il va être bien déçu quand il apprendra qu’il n’y a plus de patrie des travailleurs ; et Johnny n’ose imaginer de lui dire ce qui s’est vraiment passé en Pologne, en Roumanie, en Ukraine, au Cambodge ou ailleurs ; sans compter les nouvelles révolutions, plus vraiment communistes.

 

Panta rhei, dit Lucien l’âne, mais il y a de quoi être déçu pour ceux qui comme lui ont mené leur vie durant l’inlassable combat pour atteindre le socialisme – antichambre du paradis ou autrement dit, pour faire triompher leur rêve.

 

Bien sûr, Lucien l’âne, et ils sont très nombreux ceux qui voyaient dans la révolution la voie vers un futur meilleur ; ils disaient : « Le communisme est l’avenir radieux du socialisme. » Mais même si la patrie des travailleurs a trahi, même si le rêve s’est évanoui, on peut faire confiance à William Stickers pour assurer que « le combat continue ». Syndicaliste chez les vivants, il transporte son enthousiasme, son militantisme et son indéfectible foi dans la victoire finale dans son nouveau monde, le monde des morts.

 

Je suis très curieux de lire ça, dit Lucien l’âne. Et nous qui sommes aussi obstinés que William Stickers, nous tissons le linceul de ce vieux monde réticent et lent, conservateur, doté d’une incoercible inertie, hypocondriaque et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M. I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Au cimetière, gravé sur la grande pierre,

Au milieu de la tombe de William Stickers,

On lisait : Prolétaires du monde un.

Johnny demande : « C’est quoi le monde un ? »

 

William Stickers dit : Ce devait être « Unissez-vous »,

Un gars a pris la caisse et l’argent manqua pour écrire tout.

À Blackbury, William Stickers un gars presque célèbre,

Avec le temps, jeté par la mort dans les ténèbres.

 

William Stickers est un héraut du syndicalisme,

William Stickers est un héros de la classe ouvrière

Un homme de fer, un homme fier, un prolétaire.

Il a presque inventé le communisme.

 

Derrière ses lunettes et sa barbe noire, il était grand,

Il aurait été Karl Marx, s’il avait existé avant.

« William Stickers, vous êtes un fantôme ? — N’y pensez pas,

C’est des superstitions, les fantômes n’existent pas. »

 

« William Stickers, vous êtes mort ? —

Oui, mort et dans l’ombre, sous la terre,

Mais, l’humanité marche vers la lumière.

Et heureuse et solidaire, elle vit encore.

 

Johnny, dites-moi en quelle année nous sommes. –

En deux mil vingt. Il y a toujours des hommes,

Mais il n’y a plus d’Union soviétique

Et ce n’est pas le plus dramatique :

 

Comment avouer à William Stickers, l’évolution

Terriblement malencontreuse des dernières révolutions,

Quand les masses se sont mises en piste

Pour renverser les tyrans communistes ? »

 

William Stickers dit : « Je suis mort, c’est tout.

Il faut être logique, rationnel ;

Il faut constater, même si ça paraît fou,

Ici, après ma mort, je suis éternel. »

 

« William Stickers, ça fait quoi d’être mort ? —

C’est très long et parfaitement ennuyeux.

On est tout seul et de plus en plus vieux.

On parle, mais on ne revit pas ; enfin, pas encore.

 

Mais je milite pour la résurrection des macchabées.

Levez-vous, levez le poing, levez tout, c’est ma tournée !

Camarades cadavres de tous les pays, avancez !

La révolution universelle va triompher ! »

 

 Le Syndicaliste
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Published by Marco Valdo M.I.

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