Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
18 décembre 2020 5 18 /12 /décembre /2020 11:51

 

HONNEUR AUX DÉSERTEURS

 

Version française – HONNEUR AUX DÉSERTEURS – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson italienne – Onore ai disertoriPeggiorItalia – 2020

 


 

 

LE DÉSERTEUR

Octav Băncilă - 1906

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Je résumerais ainsi la chanson : « Mais finalement, le vrai sage est le déserteur. Le héros inconnu des grands monuments », dit Marco Valdo M.I.

 

Pour ce qui est de la sagesse, dit Lucien l’âne, c’est absolument vrai du point de vue statistique. Il y a beaucoup plus de soldats morts à la guerre que de déserteurs fusillés. Et même, on pourrait en faire une sorte de loi – au sens scientifique du terme, quelque chose comme : plus il y a de déserteurs vivants, moins il y a de soldats morts. C’est mathématique et imparable ; quand il n’y aura plus que des déserteurs, il n’y aura plus de soldats morts. C’était la logique de Pottier :

 

« Les rois nous saoulaient de fumées

Paix entre nous, guerre aux tyrans

Appliquons la grève aux armées

Crosse en l’air, et rompons les rangs

S’ils s’obstinent, ces cannibales

À faire de nous des héros

Ils sauront bientôt que nos balles

Sont pour nos propres généraux. »

 

et de l’Internationale.

 

Ça, dit Marco Valdo M.I., c’est vrai pour le grand nombre, en gros. Mais pour le déserteur individuel, le pauvre pékin, « Le héros inconnu des grands monuments », celui qui ne veut rien grand-chose d’autre que de ne pas être tenu de tuer son vis-à-vis ou un parfait inconnu croisé au coin d’un bois. Pour lui, les choses sont plus complexes, on le met hors la loi, si on l’attrape, dans le meilleur des cas, on le renvoie au feu et souvent même, on le fusille – pour l’exemple.

 

Pour l’exemple, dit Lucien l’âne. Pour quel exemple ? Pour montrer ce que ça fait de tuer quelqu’un, pour montrer de près comment meurt un homme, pour faire voir ce que c’est que tirer sur un homme désarmé, humilié ? Décidément, l’humanité a des côtés bien inquiétants.

 

Donc, dit Marco Valdo M.I., supposons que le déserteur ainsi mis hors la loi et devenu de facto (et même, de jure) un ennemi dans son propre monde, il lui faut fuir, se cacher ; alors, tout va dépendre de la durée. La fuite, c’est comme l’éternité, à la fin, ça devient long et dur à vivre. Plus ça va, moins ça va.

 

Eh oui, dit Lucien l’âne, il suffit de se remémorer la longue fuite de Matthias Kuře, l’Arlequin amoureux, né déserteur à Marengo (1800), repris, réincorporé, renvoyé au champ de bataille et déserteur à nouveau à Austerlitz (1815), où l’on a fait encore une fois de la compote d’hommes :

 

« Par rangs entiers dégringolent les soldats.

Expert, le fantassin Matěj ne reste pas ;

Il noie sa pétoire, jette son barda

Et conclut : « Finissez sans moi !

 

Je me tire ailleurs, chère Cacanie ;

Bien le bonsoir, très chère Patrie. »

Enfin assez loin, il ralentit.

Sous une meule, il s’enfouit. »

 

Quand même, continue Marco Valdo M.I., il a fallu plus de cinquante chansons pour raconter cette terrifiante escapade de l’Arlequin amoureux.

 

C’était même tout un opéra-récit historique en multiples épisodes, tiré du roman de Jiří Šotola « Kuře na Rožni » publié en langue allemande, sous le titre « VAGANTEN, PUPPEN UND SOLDATEN » – Verlag C.J. Bucher, Lucerne-Frankfurt – en 1972 et particulièrement de l’édition française de « LES JAMBES C’EST FAIT POUR CAVALER », traduction de Marcel Aymonin, publiée chez Flammarion à Paris en 1979, dit Lucien l’âne. Il est d’ailleurs assez réjouissant que l’Autriche ait installé à Vienne un monument aux déserteurs de la Wehrmacht ; c’est un bon début ; quoique le plus beau monument à la désertion, c’est la paix pure et simple, tranquille entre tous les êtres.

 

Tout ça est vrai, dit Marco Valdo M.I., le métier de déserteur est fort pénible, mais il faut bien dire qu’ici et maintenant (hic et nunc), on n’a plus trop l’occasion de déserter. Ici et maintenant, j’insiste, car ici et maintenant, il n’y a plus de guerre du genre militaire.

 

Pourvu que ça dure !, dit Lucien l’âne, et que cette curieuse nouveauté se répande au reste du monde. En attendant, tissons le linceul de ce vieux monde quand même toujours belliqueux, mais ici et maintenant, marchand d’armes, profiteur, exportateur, hypocrite et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Pour beaucoup, ce sont des lâches, car ils se sont cachés ;

Car à une sale guerre, ils se sont opposés,

Car tuer un autre, ils ne le voulaient pas.

Alors, ils n’auront jamais de médailles,

Car n’ont pris part à aucune sanglante bataille.

Pourtant, qui a une arme à la main ne raisonne pas.

 

Honneur aux déserteurs, ce sont de braves gars.

Parmi tant de soldats, les seuls à avoir de la pitié.

Honneur aux déserteurs qui n’ont jamais tué

Qui, comme eux, jamais n’a voulu être soldat.

 

Ils n’ont pas servi la patrie, pas servi l’État,

Qui était pris, était torturé ; ils ne portaient pas

D’uniforme, c’étaient de fiers rebelles,

Comme tous les exaltés, ils étaient réticents,

Leur jeunesse se passa à fuir comme des criminels,

Car ils ne voulaient obéir ni aux généraux, ni aux commandants.

 

Honneur aux déserteurs, les seuls hommes sains,

Sans armes ni uniformes, les seuls êtres humains,

Honneur à tous les anti-militaristes,

Car ce sont les vrais pacifistes.

 

Avec un fusil, certains se croient supérieurs,

Mais finalement, le vrai sage est le déserteur.

Le monde n’a pas de frontières et pas de drapeaux,

Pour les renégats, les prisons sont toujours prêtes.

Pourtant, ils refusent ce mal qui les dégoûte ;

Ils ont choisi le bon côté, l’engagement le plus beau,

 

Honneur aux déserteurs, rebelles désobéissants,

Car enfin, tous ceux-là qui ont refusé

De se battre sont des soldats oubliés,

Les héros inconnus des grands monuments.

HONNEUR AUX DÉSERTEURS
Partager cet article
Repost0
Published by Marco Valdo M.I.
16 décembre 2020 3 16 /12 /décembre /2020 12:03

 

LE RAT QUI MANGEAIT

 

LES CHATS

 

 

Version française - LE RAT QUI MANGEAIT LES CHATS – Marco Valdo M.I. - 2020

Chanson italienne - Il topo che mangiava i gatti - Gianluca Lalli - 2020

 

 


 

 


 

IL TOPO CHE MANGIAVA I GATTI est une chanson librement tirée d’une fable de Gianni Rodari contenue dans l’œuvre « Favole al telefono » de 1962. La chanson fait partie de l’album de Gianluca Lalli « LE FAVOLE AL TELEFONO » de 2020.


 

 

Dans une bibliothèque vivait un vieux rat

Qui lisait, lisait, lisait, lisait, lisait, des tas

D’histoires, de livres, de savants ouvrages.

Sans répit, il avalait les personnages

 

Et dévorait des chiens aux blanches dents,

Et des rhinocéros de trois empans,

Des princesses, des frères et des éléphants.

Sa soif de connaissances surprenait tous les gens.

 

À ses cousins incultes, il racontait et se vantait

Que d’un seul coup, un chat il dévorait,

Des chats d’encre et de papier ;

Des chats qu’à tout prix, il fallait déchirer.

 

Mais un mauvais jour, sa tranquillité fut ébranlée, car

Un chat noir en chair et en os surgit de nulle part

Et dit — Mon cher petit rat, j’apprécie la littérature,

Mais tu n’as jamais vu un chat, qu’en peinture !

 

Ainsi disait le chat qui sous ses moustaches riait,

Tandis que le rat pensait à la façon de se libérer

Et contait une histoire qu’il lui fallait improviser :

Une histoire que le chat attentivement écoutait.

 

C’était celle d’une araignée qui luttait contre le vent,

Il la racontait lentement pour gagner du temps,

Une histoire d’araignées, une belle histoire,

Tirée d’un livre d’école trouvé dans une armoire.

 

Le rat connaissait peu les vrais félins,

Mais il profita d’une hésitation du chat

Et pour ne pas devenir un misérable repas,

Il s’enfuit d’un bond rapide et soudain.

 

La fable d’aujourd’hui nous enseigne qu’étudier

Ouvre l’esprit et dans l’inconnu, nous fait alors voyager,

Et nous fait découvrir tant de mondes nouveaux,

Et parfois, peut sauver la peau,

Et parfois peut… sauver… la peau !

 

 

LE RAT QUI MANGEAIT LES CHATS
Partager cet article
Repost0
Published by Marco Valdo M.I.
15 décembre 2020 2 15 /12 /décembre /2020 20:55

Le Rat de Bibliothèque

 

Chanson française – Le Rat de Bibliothèque – Marco Valdo M.I.2020

 

 

 


 

 

Dialogue Maïeutique

 

Avant même d’aller plus loin, je dois, Lucien l’âne mon ami, avouer mon forfait, un forfait au regard de la mission du traducteur, car ma version française s’est quelque peu éloigné de la chanson « Il topo che mangiava i gatti » de Gianluca Lalli, ce qui se traduit par « Le rat qui mangeait les chats » ; à comparer les deux titres, car comme on le sait, j’en ai fait « Le Rat de Bibliothèque », on imagine une histoire différente. Je peux même jurer que je n’aurais pas pu faire autrement ; il est venu tout seul ce forfait. J’en ai donc fait une chanson française.

 

Soit, dit Lucien l’âne. Je vois que c’est là un forfait parfait, un vrai forfait bien fait, car tu es un fortiche ; au lieu de le buter le chat a lié amitié avec le rat, ou l’inverse. Ça, c’est juste pour montrer que j’avais compris l’allusion, car je connais aussi mon Vian et pour preuve, je te cite de mémoire ce début d’Arthur, où t’as mis le corps ? (Boris Vian 1958 – interprétation : Serge Reggiani) :

 

« Ce fut un forfait parfait,

Un vrai forfait bien fait,

Car on est des fortiches.

Le client était futé,

Alors, on l’a buté

Pour faucher ses potiches »

 

Je te dis tout de suite, rien qu’à voir le titre de ta version, que ça me plaît beaucoup et que je suis impatient d’en savoir davantage. Cela dit, ce serait pas mal non plus d’avoir une version française de la chanson italienne d’origine.

 

Certainement, Lucien l’âne mon ami, car au départ, c’était bien mon intention et donc, je la ferai bientôt, c’est juste une question de mise en page, mais je suis trop ravi de celle-ci pour tarder à la faire vivre. Donc, au départ, l’autre jour, on avait découvert du même Gianluca Lalli, « La nave dei folli », dont j’avais fait une version française, je me suis intéressé à ses autres chansons et j’ai trouvé celle-ci qui m’a intrigué. J’ai commencé à la traduite à la grosse louche pour savoir ce qu’elle contait. Je me suis vite rendu compte que si elle était aimable avec le rat, elle était un peu légère avec le chat qu’elle laissait en quelque sorte berner par le muridé. Alors, face à cette inéquité (oui, je sais, iniquité, mais inéquité, c’est la même chose mais comment dire, en plus feutré, en moins dur), j’ai décidé de refaire la chanson (essentiellement la fin) en créant les conditions d’une coexistence pacifique entre le chat et le rat.

 

Oh, dit Lucien l’âne, je ne sais comment tu y es arrivé, mais l’idée me plaît d’autant que cette idée en fait une chanson contre la guerre, une chanson qui dit comment faire la paix. C’est merveilleux. Ça me rappelle « Le fabuleux Maurice et ses rongeurs savants », où Maurice est un chat et mène une troupe de rats réellement savants – je me demande même si celui de la chanson n’est pas un de la bande à Maurice – jusqu’à un village où sous l’égide de Maurice, chat, rats et humains finissent pas vivre en bonne entente, où chacun à son niveau (sol et sous-sol), son rôle et son utilité. C’est un début de réalisation de la Déclaration universelle des Droits de l’Âne. À ce moment, Maurice, un maître chat, un de ces matous prodigieux s’en reparte sur les chemins vers de nouvelles aventures.

 

Oh, dit Marco Valdo M.I., c’est une belle histoire. N’est-elle pas de notre écrivain de chevet ; oui, sans doute, n’est-ce pas ? À propos de chevet, je te signale que le rat lettré de la chanson a bien retenu la leçon de Shéhérazade et des mille et une nuits, ce qui est considérable pour un muridé dont l’espérance de vie est de 600 à 700 jours. D’ailleurs, de ce que j’en sais, il l’applique (lui ou un de ses descendants) encore au clair de lune dans la bibliothèque de mon quartier, comme tant d’autres rats de bibliothèque le font dans le monde entier. Mais, je te laisse conclure.

 

Ainsi, dit Lucien l’âne, à la fin, ces deux-là – chat et rat, vont pouvoir eux aussi partager le plaisir du dialogue maïeutique et nous, nous allons tisser le linceul de ce vieux monde inculte, raciste, illettré, idiot et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Dans une bibliothèque vivait un vieux rat

Qui lisait, lisait, lisait, lisait, à tour de bras.

D’histoires et de livres, il se gavait ;

Les personnages en immense quantité, il rencontrait.

 

Il connaissait des chiens aux crocs blancs,

Des rhinocéros, la reine Frédégonde,

Des princesses, des capucins et des éléphants.

L’étendue de ses connaissances étonnait tout le monde.

 

À ses cousins illettrés, il racontait et se vantait

Que d’un seul coup, il dévorait les chats,

Des chats au goût de papier et d’encre,

Des chats à manger sans attendre.

 

Mais un jour, un chat à la noire fourrure

Surgit de nulle part et sa tranquillité fut brisée

— Mon cher surmulot, j’apprécie la littérature,

Mais ainsi d’un chat, vous n’avez que l’idée.

 

Le chat riait dans sa moustache, sans retenue.

Le rat cherchait comment survivre ; sur le champ,

Il débita une histoire que dans un livre, il avait lue

Et le chat, tel un sultan, l’écouta attentivement.

 

Il était une fois, une araignée qui luttait contre le vent ;

Le rat racontait lentement pour gagner du temps.

Par sa souplesse, l’araignée survécut à Éole,

Comme elle l’avait appris d’un vieux livre d’école.

 

Le rat connaissait peu les vrais félins,

Mais il profita de la bienveillance du sien,

Qui aimait les contes plus que manger du rat.

Contre de futures histoires, le chat laissa vivre le rat.

 

Le chat et le rat, depuis lors, chaque soir,

Et en paix, pour au moins mille et une nuits,

Dans la bibliothèque, ensemble sans plus de tracas,

Par les histoires et les livres combattent l’ennui.

Le Rat de Bibliothèque
Partager cet article
Repost0
Published by Marco Valdo M.I.
14 décembre 2020 1 14 /12 /décembre /2020 20:36
LA NEF DES FOUS ou LE BATEAU FOU

 

Version française – LA NEF DES FOUS ou LE BATEAU FOU – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson allemande – Das NarrenschiffReinhard Mey – 1998

 

 

NARRENSCHIFF

version approximative selon Bosch

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique 

 

 

 

Mon cher ami Lucien l’âne, tu as certainement entendu parler de cette légendaire Nef des Fous, qui a surgi au milieu d’une Europe ballottée par les guerres de religion, car voici une chanson de Reinhard Mey qui porte le titre de La Nef Des Fous dans sa forme originelle allemande de Narrenschiff et aborde cette histoire à sa manière qui est bien différente des deux versions italiennes que nous avons déjà rencontrées : celle d’Ivan della Mea (1975) – La nave dei folli et celle de Gianluca Lalli (2015), également intitulée, La nave dei folli. Très différente d’abord par sa langue évidemment, je ne parle pas seulement de la langue allemande, mais de la manière particulière dont Reinhard Mey traite cette langue ; et puis, son titre qui la rapproche directement du Narrenschiff d’origine et des circonstances dans lesquelles l’original fut conçu, écrit et publié lors du carnaval de Bâle de 1494.

 

Bien sûr, dit Lucien l’âne, que j’en ai entendu parler et même, souvent, et même depuis longtemps. Si j’ai bonne mémoire, en effet, depuis au moins le Moyen Âge. Je voudrais te rassurer tout de suite et te dire que je ne la confondrai pas avec l’arche biblique, même si cette dernière est aussi, à bien des égards, un bateau fou – ce qui est une autre traduction possible de Narrenschiff. Tout comme on peut voir un Narrenschiff, une nef de fous dans le bateau d’Ulysse qui s’en alla lui aussi à la dérive. En fait, il me semble que toutes ces histoires délirantes sont des récits imaginaires, sans doute engendrés au cours de libations prolongées. Mais dis-moi, cette chanson-ci et sa nef des fous.

 

Donc, Lucien l’âne mon ami, sur le thème général de la nef des fous, en ayant parfaitement résumé et l’origine bacchique et les excroissances populaires, tu as fait comprendre combien ce Narrenschiff et tout ce qui tourne autour baignait dans le grand magma imaginaire de l’humaine nation. Cette nef des fous – y compris évidemment celle qui est portraiturée dans le tableau de Hieronymus Bosch – n’est rien d’autre que l’humanité elle-même ballottée au fil des temps et qui dans le meilleur des cas, tente de se donner un destin plus sûr.

 

Quand elle y pense, dit Lucien l’âne en riant, mais elle ne pense pas souvent ; la plupart du temps, elle croit et c’est là le fondement de sa folie et de ses délires.

 

Certes, répond Marco Valdo M.I., et ce n’est pas là son moindre défaut, mais passons. Ainsi, il y a eu autrefois un livre de Sebastian Brant avec ce titre de « Das Narrenschiff », en allemand, publié en 1494 par l’éditeur Johann Bergmann d'Olpe et la chose a son importance – durant le carnaval. Ce livre comporte 113 récits, cent treize narragonies ou histoires du pays des histoires, toutes empreintes d’une lourde morale peu encline à l’évolution, une dénonciation satirique des travers de la société et des vivants. Mais quand même, la nef avait pris la mer et depuis, elle n’a jamais vraiment abordé ; elle poursuit son périple. Elle a eu beaucoup de descendance et court encore les océans imaginaires.

 

Quid dès lors de la chanson de Reinhard Mey ?, demande Lucien l’âne.

 

Eh bien, dit Marco Valdo M.I., elle raconte comme on peut s’y attendre l’histoire d’un bateau fou, d’un bateau où non seulement le capitaine, mais tout l’équipage et les passagers sont soûls ou fous, mais dans tous les cas, hors d’état de comprendre ou d’agir face à la tempête qui s’amorce. Rien, ni personne ne pourra les sauver du récif sur lequel l’ondin, qui n’est autre que le génie des eaux, va les précipiter. C’est évidemment une parabole dont je laisse à chacun le soin de la décrypter à sa manière. L’écologiste y verra l’effondrement par la crise climatique, le malthusien y verra l’humanité s’écraser sous son propre poids démographique, etc. Je te laisse, par exemple, deviner ce qu’y trouvera un évangéliste, un musulman ou un nationaliste. Une dernière chose, sur le bateau, il n’y a pas de migrants. Eux sont sur d’autres bateaux, même si en définitive, ils sont victimes de la même folie qui, chacun son interprétation, mène les riches dans la Guerre de Cent Mille Ans qu’ils font aux pauvres par avidité, arrogance, stupidité et peur.

 

 

Je vois, dit Lucien l’âne. Je m’en vais la parcourir de mes deux yeux et de mes deux oreilles avec beaucoup d’attention. Maintenant, tissons le linceul de ce vieux monde fou, aussi fou qu’on peut l’être, maniaque, brutal, irraisonné, déraisonnable et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Le mercure baisse, des signes annoncent la tempête,

Des ricanements et des cris stupides tombent de la passerelle

Et un grondement lourd sourd de la machine.

Il y a du tangage, il y a du roulis ; sur la mer agitée,

L’orchestre de la nef joue une musique endiablée ;

Un rire maniaque monte des latrines.

La cargaison est pourrie, les papiers sèment le doute,

Les pompes fuient et les cloisons se bloquent,

Les écoutilles béent, toutes les alarmes sonnent.

La mer frappe à hauteur d’homme dans la soute

Et les feux de Saint-Elme coiffent les mats,

Mais personne à bord ne peut interpréter ça.

 

Le timonier ment, le capitaine est n’est plus en état

Et le machiniste est plongé dans une léthargie sourde,

L’équipage n’est plus qu’un ramassis de gourdes,

Et pour envoyer des SOS, le radio est trop las.

L’ondin déchaîné mène la nef

Des fous en avant toute sur le récif.

Tout le monde fait le dos rond, reste passif.

 

À l’horizon, brillent les signes des temps

Bassesse, avidité et vanité.

Sur le pont, les nigauds et les gogos sont agités.

dans les eaux troublées, le requin joue des dents,

Emporte sa prise au sec, au-delà la barre

Sur le banc de sable de l’île au trésor

Les souteneurs, les trafiquants d’or,

Les rois des bordels, les patrons des bars,

Dans la lumière vive, chacun attend.

Dans cette république bananière, où même le président

A perdu sa montre et n’a aucune honte

À s’afficher avec des voleurs dans sa suite.

 

Le timonier ment, le capitaine est n’est plus en état

Et le machiniste est plongé dans une léthargie sourde,

L’équipage n’est plus qu’un ramassis de gourdes,

Et pour envoyer des SOS, le radio est trop las.

L’ondin déchaîné mène la nef

Des fous en avant toute sur le récif.

Tout le monde fait le dos rond, reste passif.

 

Là, tous les grands idéaux tombent à plat,

Et le grand rebelle pas fatigué se bat,

Servile et venimeux, il se transforme en gnome

Et bêlant, chante au vieux méchant homme de Rome

Ses chansons ; précisément : les temps changent.

Là, les jeunes sauvages sont obéissants, pieux et dociles,

Achetés, anesthésiés et sans ailes,

Et contre des griffes émoussées, leurs pattes échangent.

Là, sur le pont, de vieux vaniteux font les beaux

Avec des femmes trop jeunes pour leur peau ;

Elles nettoient leur visage et leur masque

Et réchauffent leur membre flasque.

 

Le timonier ment, le capitaine est n’est plus en état

Et le machiniste est plongé dans une léthargie sourde,

L’équipage n’est plus qu’un ramassis de gourdes,

Et pour envoyer des SOS, le radio est trop las.

L’ondin déchaîné mène la nef

Des fous en avant toute sur le récif.

Tout le monde fait le dos rond, reste passif.

 

Ils s’arment contre un ennemi, depuis longtemps là.

Déjà, il a la main sur ta gorge, il se trouve derrière toi.

À l’abri de la loi, il mélange les cartes en trichant

Tout le monde le voit, tout le monde regarde ailleurs,

Et le personnage louche sort de sa torpeur

Et deale tranquillement devant le jardin d’enfants.

Le guetteur crie du haut du mât : fin des temps en vue !

Mais ils ne l’entendent pas, ils sont comme pétrifiés.

Ils avancent comme des lemmings en hordes sans volonté.

C’est comme s’ils savaient tous la connaissance perdue

Ils ont tous conspiré pour la ruine et la décadence ;

Le feu follet est devenu leur ultime référence.

 

Le timonier ment, le capitaine est n’est plus en état

Et le machiniste est plongé dans une léthargie sourde,

L’équipage n’est plus qu’un ramassis de gourdes,

Et pour envoyer des SOS, le radio est trop las.

L’ondin déchaîné mène la nef

Des fous en avant toute sur le récif.

Tout le monde fait le dos rond, reste passif.

LA NEF DES FOUS ou LE BATEAU FOU
Partager cet article
Repost0
Published by Marco Valdo M.I.
14 décembre 2020 1 14 /12 /décembre /2020 17:12

LA NEF DES FOUS (GL)

 

 

Version française – LA NEF DES FOUS  (GL) – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson italienne – La nave dei folliGianluca Lalli – 2015 (?)

 

LE BATEAU FOU

Adolphus Knelle – circa 1880

 

 

 

 

Das Narrenschiff – LA NAVE DEI FOLLI est un ouvrage satirique en allemand alsacien de Sebastian Brant, dont la première édition a été publiée en 1494 à Bâle.

La chanson de Gianluca Lalli est un hommage à l’anthropologue Michael FOUCAULT et s’inspire de l’essai « Histoire de la folie à l’époque classique » dans lequel l’anthropologue français fait allusion au mythe de la « Nef des Fous » en affirmant qu’il peut être basé sur des faits réels, puisque certaines époques antiques et médiévales mentionnent des navires avec une « cargaison insensée ». Selon ces récits, les imbéciles n’étaient pas autorisés à accoster dans les ports.

 

Moi, dit Lucien l’âne, je voudrais juste rappeler une autre chanson italienne intitulée pareillement La Nave dei folli ; une chanson qu’interprétait, c’était il y a bientôt presque un demi-siècle Ivan Della Mea et dont tu avais fait une belle version française sous le titre La Nef des Fous en 2009.

 

 

Éternels prisonniers de la mer,

Du vaisseau dont on ne s’évade pas,

Confié à la rivière aux mille bras

Et aux mille routes de la mer.

 

Venus de pays ignorés,

Nous ne savons pas où accoster.

Sans patrie, ni vérité,

Eau et sel pour purifier.

 

C’est la nef des fous

Où au rythme de l’onde, nous dansons,

Où la vague agitée nous berce, et où

À la mer, nous nous abandonnons.

 

La danse macabre des possédés

Sur les notes d’une vie insensée

Où la folie saine a exorcisé

Notre mort anticipée.

 

Tout autour, ces masques malitornes

Rient de nous et n’ont pas de visions.

Castrés et castrateurs forment

Un carnaval de figures de télévision.

 

Cet oiseau au cou excessif

Est la pensée au hurlement sinistre,

Au relent transgressif,

Persécutée depuis le Christ.

 

L’arbre sacré est inaccessible

À mi-chemin entre la proue et la poupe

Cette demande, cette requête impossible,

Ce tourment sans jamais de réponse.

 

Sous le vent, on déploie les voiles

Et par le soleil, on se laisse chauffer.

Nous purifions les blessures de nos âmes

Par les eaux et les étoiles.

 

Au-delà de la ligne invisible

Au turquoise contour,

Errent les âmes inquiètes

Dans cet absurde voyage sans retour.

 

Sur les mers depuis tant d’années,

Nous sommes les lépreux sans mémoire

Et de la folie exorcisée

Nous chantons la gloire.

LA NEF DES FOUS (GL)
Partager cet article
Repost0
Published by Marco Valdo M.I.
9 décembre 2020 3 09 /12 /décembre /2020 18:39
MALAIKA

Version française – MALAIKA – Marco Valdo M.I. – 2020

d’après les versions anglaise QLC et italienne de Riccardo Gullotta (2020)

d’une

Chanson en swahili (Tanzanie) MalaikaAdam Salim – 1945

Paroles et musique : Adam Salim

Interprétée par :

1. Harry Belafonte & Miriam Makeba – Album : An Evening With Belafonte/Makeba [1965]

2. Miriam Makeba – Album : Malaika [1979]

3. Fadhili William – Album : Various Top Hits From Kenya [N.A.]

 

 

 

 

 

 

Origine de la chanson

C’est une chanson où transparaissent, à travers un amour impossible, des héritages ancestraux, les conflits de classes et le racisme importés par le colonialisme anglais. C’est la chanson la plus célèbre en swahili après sa diffusion par les interprétations de Miriam Makeba, Harry Belafonte, Pete Seeger et Boney M.

Voici le commentaire du noticien panafricain, comme il se nomme lui-même, Assanj Ayoub :


 

Malaika a été composée [par Adam Salim, Tanzanien] alors qu’il était à Nairobi, au Kenya, vers 1945, ce qui explique comment la chanson a traversé les frontières et pourquoi elle a été enregistrée pour la première fois par un artiste kenyan. Il est largement admis que Salim avait une petite amie de longue date, Halima Ramadhan Maruwa, une fille chaga (l’ethnie dominante au Kilimandjaro). L’amour de Salim pour la belle Halima ne peut être décrit avec des mots, même par les écrivains les plus éloquents, et il est inutile d’essayer. Salim a essayé de joindre les deux bouts avec les quelques opportunités concédées aux indigènes par le système colonial britannique, mais il n’était pas encore en mesure de gagner assez pour satisfaire Halima et ses parents.

La vicissitude de Salim l’a amené à Nairobi, on pense que pendant son séjour il a reçu la nouvelle déchirante qu’Halima avait été donnée en mariage à un tajir asiatique (riche asiatique). Pendant le protectorat anglais, les Asiatiques étaient considérés comme des citoyens de seconde classe par les Britanniques, tandis que les Noirs de souche étaient de troisième classe (la plus basse marche de l’échelle). Cela signifie que la population asiatique possédait des magasins et pouvait se livrer à des activités lucratives qui étaient interdites aux Africains.

Bien qu’on ne sache pas exactement quand le mariage a eu lieu et si Halima était impliquée dès le début avec ses parents, les conséquences pour Salim ont été très claires : il s’est renfermé et est tombé dans un abîme de désespoir. Il était dans un pays étranger avec peu ou pas d’amis pour le réconforter, alors il s’est tourné vers la seule chose qui garde les cœurs brisés en vie, la musique.

Le seul côté positif que je peux voir de cette histoire dramatique est la composition de Malaika, une chanson d’amour sans pareil dans laquelle Adam Salim a versé son cœur. Pour une raison quelconque, Adam n’a jamais réussi à enregistrer la chanson, peut-être à cause de ses moyens limités ou d’un manque de volonté.


 

Voici la suite de l’histoire racontée par Abdulaziz Abdulaziz Y. Lodhi Dept. of Asian & African Languages Université d’Uppsala :

 

Adam Salim & Trio [se sont produits] dans de nombreux clubs au Kenya et au Tanganyika en chantant une quinzaine d’autres chansons d’Adam. En 1959, le jeune Fadhili Williams de Nairobi, qui avait brièvement joué de la mandoline avec Adam & Trio, a enregistré Malaika à l’ancienne Columbia East African Music Co. Adam a reçu soixante shillings ! !! Adam a ensuite été impliqué dans un grave accident, il a été hospitalisé pendant 3 ans à Nairobi, il a déménagé à Moshi où vivaient ses parents. Il a ensuite travaillé pendant 25 ans comme mécanicien de bicyclettes à la sucrerie Kilombero de Morogoro et s’est installé à Moshi avec sa deuxième femme et ses enfants.

En 1986, le SUNDAY NEWS de Dsm [Dar es Salam] a lancé une enquête approfondie sur cette affaire Malaika après que la veuve de l’artiste kenyan Frank Charo ait affirmé que son mari était le compositeur de Malaika. Évidemmente, Fadhili l’a officiellement nié lors d’un concert à l’hôtel Kilimandjaro de Dar en mai 86. Cette histoire a été largement diffusée dans les médias d’EA (d’Afrique d l’Est – anciennement sous domination anglaise) en 86 avec des photos d’Adam, de Halima et des enfants et petits-enfants de Halima. Fadhili a gagné la bataille et dispose d’un droit d’auteur total – il n’a cependant jamais été capable de produire son Malaika (celui de la chanson) !

Halima et beaucoup d’autres ont témoigné qu’Adam Salim a écrit Malaika pour elle. Je l’ai appris en 1967 par mon mjomba Ayoub Ahmed Ayoub Alarakhia Rangooni alias Ustad Mitu qui avait rencontré Adam et Trio pour la première fois en 1948 […].

 

[Richard Gullotta]


 


 


 

Malaika, je t’aime, je t’aime,

Malaika, je t’aime, Malaika !

Je t’épouserais, mon amour, je t’épouserais mon âme,

Si le malheur ne s’y opposait pas.

Je t’épouserais, Malaika,

Si le malheur ne s’y opposait pas.

Je t’épouserais, Malaika.


 

L’argent m’afflige.

L’argent m’afflige.

Et moi, ton jeune amoureux, que puis-je faire ?

Si le malheur ne s’y opposait pas,

Je t’épouserais, Malaika.

Si le malheur ne s’y opposait pas,

Je t’épouserais, Malaika.


 

Mon oiselle, tu es mon rêve,

Mon oiselle, tu es mon rêve.

Je t’épouserais, mon amour, je t’épouserais mon âme,

Si le malheur ne s’y opposait pas.

Je t’épouserais, Malaika,

Si le malheur ne s’y opposait pas.

Je t’épouserais, Malaika.


 

Malaika, je t’aime, je t'aime,

Malaika, je t’aime, Malaika !

Je t’épouserais, mon amour, je t’épouserais mon âme,

Si le malheur ne s’y opposait pas.

Je t’épouserais, Malaika,

Si le malheur ne s’y opposait pas.

Je t’épouserais, Malaika.

MALAIKA
Partager cet article
Repost0
Published by Marco Valdo M.I.
8 décembre 2020 2 08 /12 /décembre /2020 20:46


 

DANS LA TRANCHÉE

 

Version française – DANS LA TRANCHÉE – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson allemande – Hier drüben im GrabenLeichtmatrose – 2015

 

 

 

 

LA TRANCHÉE

Otto Dix – 1915

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique 

 

 

 

Je commencerai, dit Marco Valdo M.I., par une réflexion qui m’est venue en faisant la version française de cette chanson allemande (et comme il apparaîtra, ce n’est pas sans intérêt qu’il y ait une version française de cette chanson allemande), une réflexion qui m’avait amené beaucoup de perplexité, car je me demandais où diable un dénommé Jürgen, soldat allemand, pouvait pleurer dans une tranchée en 2015, date de la chanson. Et pourquoi, un groupe contemporain avait fait une chanson pareille.

 

Et alors, dit Lucien l’âne, si tu situais l’histoire, on pourrait mieux saisir ce que tu racontes là.

 

Soit, dit Marco Valdo M.I. ; en gros, c’est l’histoire d’une tranchée et celle de Jürgen. Mais il me faut revenir sur cette affaire de date, car elle explique tout. Donc, la chanson date de 2015 et en 2015, il n’y a pas de tranchées avec des soldats allemands. Mais en 1915, oui !, il y avait des tranchées, des tas de tranchées avec plein de soldats allemands et l’heure était encore à la victoire prochaine. Concluons : c’est une chanson sur une tranchée d’il y a cent ans (un peu plus à présent) et elle raconte les méditations de la tranchée ou de ceux qui s’y trouvent. Et puis, elle raconte les désarrois de Jürgen, sans doute le plus jeune ou la dernière recrue, mélancolique et triste et amoureux, un peu perdu dans la tranchée et finalement, finalement…

 

Oui, dit Lucien l’âne, finalement quoi ?

 

Finalement, reprend Marco Valdo M.I., à force de consolation manquée :

 

« Dans la tranchée, tout est apaisé.

Sauf Jürgen, qui pleure seul tout bas,

Regarde les étoiles et rêve de chez lui.

Tombent la nostalgie et le froid de la nuit »,

 

à force de converser avec la mort, avec sa propre mort :

 

« Viens, donne-moi la main,

Et enterre-moi au cimetière marin.

Personne ne nous pardonnera.

Ce sera toujours comme ça. »

 

Jürgen, rongé par un remords insondable, finit finalement – même si tout peut s’oublier et pour le monde entier, tout est oublié, sauf pour Jürgen – par mettre fin à son supplice mental insupportablement présent pour rejoindre le paradis baudelairien auquel il aspirait tant :

 

« Là, tout n’est qu’ordre et beauté,

Luxe, calme et volupté. »

 

Oui, dit Lucien l’âne, il arrive que le remords ronge le cœur d’une rage rouge et brûle, brûle l’esprit de ceux qu’il habite. Pauvre Jürgen, il a payé cher son innocence, mais avait-il eu le choix d’échapper à la tranchée ? On ne le sait pas.

 

Oh, dit Marco Valdo M.I., ce n’est pas là un problème individuel, ni même simple. Ils furent des millions dans les tranchées et parmi eux, combien de Jürgen ? Et puis, il y a ceux partis enthousiastes et patriotiques et qui rapidement désenchantés sombraient eux aussi dans d’immenses désarrois. À quel moment étaient-ils eux-mêmes ? Otto Dix, le peintre pacifiste, avait fait la guerre et l’avait finie capitaine. Erich Maria Remarque avait vécu la tranchée, comme Jürgen. On en parlait l’autre fois dans « Boue, bombe, bruit et brouillard ». Jürgen n’est pas Jürgen, il est l’ensemble des jeunes Allemands qu’il incarne et dont il porte à son paroxysme le remords, même cent ans après. Jürgen est une conscience allemande pour tous les temps à venir :

 

« Entends-tu les pleurs des enfants ?

Ce sera toujours comme ça. »

 

Cependant, il est une France qui croit toujours qu’elle a été grandie la victoire lors de la Grande Guerre et qui continue à la célébrer ; comment aurait-elle même l’idée d’un remords ? D’où, l’intérêt d’une version en langue française.

 

Oui, dit Lucien l’âne, les grands massacres font les grandes nations – quand elles sortent victorieuses de la confrontation et alors, comment peuvent-elles avoir du remords ? Comment peuvent-elles proclamer l’absurdité de la victoire ? Peut-être même que tu as raison et que par cette version française, Jürgen incarnera aussi une conscience des tranchées des deux côtés. Enfin, tissons le linceul de ce vieux monde nationaliste, orgueilleux, arrogant, blessé, malmené, médusé, mésusé et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

 

 

Les autres morts, ici, presque tous sont restés.

Dans la tranchée, tout est apaisé.

Sauf Jürgen, qui pleure seul tout bas,

Regarde les étoiles et rêve de chez lui.

Tombent la nostalgie et le froid de la nuit,

Qu’ont fait de nous ces années là-bas ?

 

Viens, donne-moi la main,

Allons notre chemin.

Personne ne nous pardonnera.

Ce sera toujours comme ça.

Tous les rêves, tous les tourments,

Tous les morts du printemps.

Entends-tu les pleurs des enfants ?

Ce sera toujours comme ça.

 

Presque tout me glace,

Toi seulement me déglace.

La lettre de chez nous

Soutient mon bras gourd.

Tout ça rend fou

Et le froid de la nuit et du jour.

Qu’ont fait ces années de nous ?

 

Viens, donne-moi la main,

Et enterre-moi au cimetière marin.

Personne ne nous pardonnera.

Ce sera toujours comme ça.

 

Tous les rêves sont douleur

Et vous brisent le cœur.

Ça meurt seul un soldat,

Ce sera toujours comme ça.

 

Jürgen, entends-tu l’écho ?

Aujourd’hui, tu es un héros ;

Demain, à nouveau seul, tu seras.

Ce sera toujours comme ça.

 

Tous les rêves, tous les tourments,

Et pour toujours ce printemps,

Entends-tu les pleurs des enfants ?

Ce sera toujours comme ça.

Ce sera toujours comme ça.

 

Des fois, l’amour nous saisit

Avec ses rêves de la nuit.

Qu’ont fait ces années de nous ?

Le diable nous attrape

Et dans le noir, les dieux frappent.

Qu’a fait cette guerre de nous ?

 

Viens, donne-moi la main,

Allons notre chemin.

Personne ne nous pardonnera.

Ce sera toujours comme ça.

 

Tous les rêves, tous les tourments,

Tous les morts du printemps sont là.

Entends-tu les pleurs des enfants ?

Ce sera toujours comme ça.

 

Brille, brille, brille mon étoile,

Brille, brille, brille mon étoile,

Brille, brille, brille et ramène-moi à la maison.

Brille, brille, brille mon étoile

Brille, brille, brille mon étoile,

Brille, brille, brille et ramène-moi à la maison.

 

Les autres sont morts !

Ici, dans la tranchée, tout vit encore.

Brille, brille, brille mon étoile,

Ici, dans la tranchée.

Brille, brille, brille mon étoile,

Ici, dans la tranchée.

Brille, brille, brille et ramène-moi au foyer.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,

Luxe, calme et volupté.

 

Maintenant, presque tout est oublié —

Sans aucune raison,

Il a pris son arme et pointé

Sur sa tempe, le canon.

DANS LA TRANCHÉE
Partager cet article
Repost0
Published by Marco Valdo M.I.
7 décembre 2020 1 07 /12 /décembre /2020 21:51

QUELLE VIE MERVEILLEUSE

 

 

Version française – QUELLE VIE MERVEILLEUSE – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson italienne – Che vita meravigliosaDiodato – 2020


 

 

LA DANSE DE LA VIE

Edvard Munch – 1899



 

Comme le dit Marco Valdo M.I., les plus belles chansons anti-guerre sont celles qui ne parlent pas de guerre, mais de paix et de vie. Cette chanson d’amour pour la vie – à mon avis l’une des plus belles chansons italiennes sorties cette année – s’inscrit dans le sillon de chansons déjà présentes sur notre site telles que Gracias a la vida, What A Wonderful World, o A la vida où l’émerveillement et l’étonnement pour ce que la vie nous offre n’excluent pas l’adversité, la douleur et la colère pour les injustices de ce monde, en fait elles sont rendues encore plus fortes.

(Sans oublier : Ma che bel mondo è – Punkreas, I.G.Y. (What a Beautiful World)‎Donald Fagen et évidemment, What a Thunderful World ! (Quel Monde Merveilleux ! Pouah !) – Marco Valdo M.I., dit Lucien l’âne en riant.)

Diodato a écrit un texte entièrement classique, utilisant la métaphore de la vie comme un voyage pour atteindre une Ithaque (voir Itaca) qui donne un sens à notre errance, à notre recherche, un but que nous ne devons pas être pressés d’atteindre. Et je pense que ce n’est pas une coïncidence si, dans le clip vidéo, la chanson est introduite par des fragments d’un bulletin d’information qui raconte les tensions au sein du gouvernement sur la peau de ceux que la Vie a vraiment poussés au milieu de la mer à la recherche d’une vie meilleure, douloureuse mais aussi séduisante et miraculeuse.

Che vita meravigliosa (Quelle vie merveilleuse) est le chant d’un être humain perdu dans la mer de la vie, parmi ses vagues, parmi les chants des sirènes, à la recherche de ports sûrs, de morceaux de terre sur lesquels s’arrêter ne serait-ce qu’un instant, avant de s’abandonner au désir fou de reprendre son voyage. Dans l’enregistrement, le sens de la chanson est fortement révélé, se transformant et prenant la forme définitive d’un hommage harmonique à cette vie merveilleuse, douloureuse oui, mais fortement séduisante, miraculeuse.

 

« Je suis un affamé de vie. Et cette faim s’est intensifiée au fil du temps. Quand j’ai grandi, elle a grandi aussi. Ses odeurs, ses images, ses montagnes russes sans fin, le vide dans son estomac, la souffrance, la joie, les incroyables coïncidences, l’amour, la douleur, cette mer incommensurable de sensations est ce qui me nourrit, ce qui me fait me sentir vivant. Et c’est ce que j’ai essayé de dire, d’enfermer dans cette chanson, dans une tentative désespérée d’arrêter ce qui ne s’arrête jamais. Je voulais qu’elle pue le vécu. Je voulais que ma faim d’elle soit dedans. » – dit Diodato à propos de la chanson.

 

 

Cette vie divague

Avec ses baisers et ses vagues

Elle cogne fort.

Vie, qui chaque jour dévore,

Elle séduit et abandonne

Quand la tête bourdonne.

 

Parmi les choses pas faites pour ne pas avoir à se repentir,

Les promesses faites seulement à moitié,

Quand on pense que cette survie est déjà mourir,

On ferme les yeux sur le temps passé.

 

Ah, quelle vie merveilleuse,

Cette vie douloureuse,

Séduisante, miraculeuse !

Vie qui pousse à prendre la mer,

Fait pleurer, danser, et tout faire

Avec elle, à l’endroit, à l’envers.

 

Oui, on aurait pu aller à l’horizon,

Ne pas s’allumer à chaque émotion,

Pour un cliché, se prendre d’affection.

La vie choisie se décide comme ça

Et ne se regrette pas,

Même quand le vent parle trop bas.

 

On se perd dans le tourbillon des passions,

Les parfums incendiaires des floraisons,

On boit les baisers pour ensuite arriver,

Ivre à hurler, à la dernière nuit de l’été.

 

Ah, quelle vie merveilleuse

Cette vie douloureuse

Séduisante, miraculeuse

Vie qui pousse à prendre la mer

Fait pleurer, danser, et tout faire

Avec elle, à l’endroit, à l’envers.

 

Ah, quelle vie merveilleuse

Cette vie douloureuse

Séduisante, miraculeuse

Vie qui pousse à prendre la mer

Fait pleurer, danser, et tout faire

Avec elle, à l’endroit, à l’envers.

 

On ne voudrait jamais la voir finir,

On ne voudrait jamais la voir finir.

 

Ah, quelle vie merveilleuse,

Ah, quelle vie merveilleuse,

Ah, quelle vie merveilleuse,

Ah, quelle vie merveilleuse !

 

Ah, quelle vie merveilleuse

Cette vie douloureuse

Séduisante, miraculeuse

Vie qui pousse à prendre la mer

Fait pleurer, danser, et tout faire

Avec elle, à l’endroit, à l’envers.

 

Ah, quelle vie merveilleuse

Cette vie douloureuse, séduisante, miraculeuse

(Ah, quelle vie merveilleuse)

Vie qui pousse à prendre la mer

(Ah, quelle vie merveilleuse)

Fait pleurer, danser, et tout faire avec elle, à l’endroit, à l’envers.

(Ah, quelle vie merveilleuse)

 

Ah, quelle vie merveilleuse !

QUELLE VIE MERVEILLEUSE
Partager cet article
Repost0
Published by Marco Valdo M.I.
6 décembre 2020 7 06 /12 /décembre /2020 16:58

GUERRE

 

Version française – GUERRE – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson néerlandaise – OorlogToon Hermans – 2000


 

 

 

 VELOUTÉ DE CHAMPIGNON

 

 

 

Dialogue Maïeutique 

 

 

Je ne te savais pas si savant, Marco Valdo M.I. mon ami, au point que tu puisses traduire le néerlandais.

 

Oh, Lucien l’âne mon ami, c’est là une vilaine taquinerie, car ici, on est tous censés connaître la langue de Vondel ou celle, en l’occurrence, de Toon Hermans. Et pour moi, c’est relativement vrai ; cependant, à la vérité, il faut reconnaître qu’on la connaît mal, moins bien encore qu’on ne sait le français.

 

Soit, dit Lucien l’âne, il doit bien y avoir des raisons à ça.

 

Certes, répond Marco Valdo M.I., et la première raison, c’est qu’on ne peut connaître toutes les langues. À entendre certains, il nous faudrait être tous polyglottes, question de s’entendre entre voisins. Moi, je veux bien, mais dans la ville ici où on vit, on recense plus de 150 langues et ce doit être à peu près pareil un peu partout en Europe dans les villes un peu peuplées. Moi, face à ce déluge, je reste d’avis qu’il conviendrait d’abord d’en maîtriser correctement une, chose que j’ai bien du mal à faire.

 

Évidemment, dit Lucien l’âne, il faudrait définir ce qu’on entend par maîtriser une langue. En prenant le seul vocabulaire, la maîtrise d’une langue comme le français suppose la connaissance fine de plusieurs milliers de mots – si ce n’est plus encore et leurs diverses significations.

 

De fait, dit Marco Valdo M.I. ; en plus, il faut avoir l’oreille et ça, c’est un acquit physiologique culturel, une aptitude – dès la plus petite enfance – à entendre la langue dans laquelle on vit, à entendre, à percevoir certaines sonorités. La tessiture, la tessiture, je te le dis, selon les langues, est plus ou moins étendue. Il paraît que la langue française est assez peu douée pour cet exercice, ce qui expliquerait bien des choses.

 

La tessiture, la tessiture, dit Lucien l’âne, tu as bien dit la tessiture ? Curieux, nous les ânes, on entend tout, mais on ne comprend rien. C’est du moins ce qu’on dit de nous.

 

Enfin, bref, tout ça pour te dire, Lucien l’âne mon ami, que finalement – inspiré par la traduction de Riccardo Venturi, je me suis autorisé à faire une version française d’une chanson en néerlandais et je pense ne pas m’en être trop mal tiré. Sans doute aussi, grâce à la rime, qui est – soit dit en passant – un merveilleux instrument, même si dans son Art poétique, Verlaine, grand rimeur, a tenté de faire croire le contraire.

 

« O qui dira les torts de la Rime ?
Quel enfant sourd ou quel nègre fou
Nous a forgé ce bijou d'un sou
Qui sonne creux et faux sous la lime ? »

 

Pourtant et c’est effet de la rime, il ajoutait :

 

« Il faut aussi que tu n'ailles point
Choisir tes mots sans quelque méprise :
Rien de plus cher que la chanson grise
Où l'Indécis au Précis se joint. 
»

 

Bien sûr, bien sûr, dit Lucien l’âne, mais sansdieu, que raconte cette chanson ? Elle devrait parler de la guerre, il me semble, pas d’art poétique.

 

De fait, dit Marco Valdo M.I., mais elle veut le faire, comme toute bonne chanson, poétiquement et elle fait donc ainsi avec une très jolie rengaine où des enfants s’amusent à sauter à la corde – peut-être, sous-entendu, et que les adultes se massacrent. Oui, une jolie rengaine, qui dit :

 

« Seuls les enfants sautent à la corde,

Sautent à la corde en chantant.

Seuls les enfants jouent à la corde,

Seuls les enfants sont des enfants. »

 

Ah, dit Lucien l’âne, ce sont des enfants qui ont de la chance, s’ils peuvent jouer et s’ils ne sont les cibles de tireurs ou de bombardements.

 

Et puis, la chanson se pose aussi la question du « loup garou », dont on avait déjà causé dans le dialogue préliminaire à « Gare au Garou », quatre-vingt-huitième chanson de la suite Ulenspiegel le Gueux. Pour le reste, il suffit de lire la chanson.

 

Oui, c’est ce que je vais faire, dit Lucien l’âne. Allons, maintenant, tissons le linceul de ce vieux monde tueur, tuant, truand, tué, guerrier, guerroyant et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


 


 


 


 


 

Parfois, par les rats, les chats sont attaqués

Et les moutons dévorent les lions ;

Les mains douces commencent à frapper

Et le tendre murmure se mue en lamentation.


 

Seuls les enfants sautent à la corde,

Sautent à la corde en chantant.

Seuls les enfants jouent à la corde,

Seuls les enfants sont des enfants.


 

Parfois, les gens attaquent les gens,

Parfois, les gens perdent la raison en masse,

Les villes brûlent et les navires périssent.

Le journal dit : c’est la guerre, maintenant.


 

Seuls les enfants sautent à la corde,

Sautent à la corde en chantant.

Seuls les enfants jouent à la corde,

Seuls les enfants sont des enfants.


 

On déchire l’amour en morceaux

Et l’un l’autre, on se fait la peau,

Au lieu de cueillir des fleurs sauvages.

Le monde est mûr pour le carnage.


 

Seuls les enfants sautent à la corde,

Sautent à la corde en chantant.

Seuls les enfants jouent à la corde,

Seuls les enfants sont des enfants.


 

La bête, au fond de nous, gratte

Encore et sort à nouveau ses pattes.

C’est le temps des pleurs et du désarroi,

Encore une fois après déjà tant de fois autrefois.


 

Seuls les enfants sautent à la corde,

Sautent à la corde en chantant.

Seuls les enfants jouent à la corde,

Seuls les enfants sont des enfants.


 

Pourquoi les gens se font-ils tant de mal

Et trouvent ça normal ?

Seraient-ils de ces loups-garous

Qui des morts ont le goût ?


 

Seuls les enfants sautent à la corde

Sautent à la corde en chantant.

Seuls les enfants jouent à la corde,

Seuls les enfants sont des enfants.


 

GUERRE
Partager cet article
Repost0
Published by Marco Valdo M.I.
5 décembre 2020 6 05 /12 /décembre /2020 21:48
TUEZ-MOI

Version française – TUEZ-MOI – Marco Valdo M.I. – 2020

d’après la version italienne – Ammazzami – de Riccardo Venturi

d’une

Chanson macédonienne – Убиj ме (Ubij me) – Bernays Propaganda – 2009

 

 

 

 

EXÉCUTION

Bob Thompson - 1962


 

 

 

 

New Wave / Post Punk de la Macédoine post-yougoslave. Un groupe vraiment remarquable. Nous promettons de chercher d’autres paroles. Tuez-moi / Je ne suis pas comme vous ! La haine de la différence comme base de toutes les guerres.

 Note : Les paroles de la chanson anglaise translittérée avec « x2 » peuvent être trouvées sur l’un des habituels « sites de paroles ». Ici, nous avons soigneusement restauré les paroles dans leur écriture cyrillique (au moins jusqu’à ce soir, la langue macédonienne était encore écrite en cyrillique), en fournissant une translittération légèrement moins anglicisante et également une traduction anglaise complète (en plus de la traduction italienne).

 

Le groupe Bernays Propaganda s’est formé à Skopje, en Macédoine, en 2007, une ville qui a vu naître de nombreux groupes intéressants ces derniers temps. Au chant, Kristina Gorovska, vedette glaciale et charismatique ; à la guitare électrique Vasko Atanasoski, ancien membre de Forever Positively Obsessed (FPO) ; à la basse, Nenad Trifunovski ; à la batterie, Dzano Kuc.

 

Ils portent le nom des travaux (Propaganda) d’Edward Bernays, l’un des premiers à mettre en relation la psychologie du subconscient et l’instrumentalisation de l’opinion publique. Ce n’est pas un hasard si l’un de ses textes les plus célèbres, datant de 1928, s’intitule Propagande. Le premier album des musiciens de Skopje s’intitule Happiness Machines et fait suite à une série de collaborations avec l’éclectique label slovène Moonlee Records, dont le catalogue comprend de brillants groupes tels que Repetitor et Bilk.

 

Dialogue Maïeutique

 

D’abord, Lucien l’âne mon ami, je voudrais attirer ton attention sur le nom du groupe, car il est en soi très intéressant, à condition de décrypter le message. Bernays Propaganda, qu’est-ce à dire ? En fait, il s’agit d’une référence directe à Edward Bernays et à son « œuvre », la théorisation et la mise en pratique de la propagande qu’il vaudrait mieux qualifier de machine à décerveler, comme l’aurait certainement fait Alfred Jarry, car la propagande, vue par Bernays, est principalement, je veux dire dans son principe-même, une machine à laver le cerveau et à manipuler l’être humain. Voir à ce sujet, histoire de te décrasser les méninges : Le Viol des foules par la propagande politique de Serge Tchakhotine, un ouvrage ancien, mais salutaire. Mais écoute bien, il faut ici comprendre la propagande sous toutes ses formes, dans tous ses états : propagande politique, propagande commerciale, mieux connue sous son nom aseptisé de publicité, propagande sociale dont l’euphémisme est « les relations publiques ». On y ajoutera pour compléter la panoplie de Bernays, le « lobbying » et la pratique souterraine des coups d’État.

 

Oh, dit Lucien l’âne, la propagande ainsi développée est à l’œuvre au cœur de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches mènent à l’encontre des pauvres afin d’assurer leur domination, de garantir leur pouvoir, d’étendre leur influence, de multiplier leurs richesses, de reproduire leurs privilèges et encore bien d’autres objectifs tous aussi iniques. La propagande est l’arme la plus redoutable, car elle agit la plupart du temps masquée, maquillée à l’insu de ceux qu’elle séduit. En quelque sorte, elle mène la guerre sous l’apparence la plus pacifique, de façon éminemment clandestine. C’est le jésuitisme élevé en institution sociétale.

 

C’est bien de ça qu’il est question, dit Marco Valdo M.I., quand on parcourt l’« œuvre » de Bernays, son immense travail de sape, d’un demi-siècle, à l’encontre des gens et au profit de la machine à profits. Maintenant, pour ce qui est du choix de ce nom de « Bernays Propaganda » par le groupe musical macédonien, il ne peut être qu’une sorte de mise en garde ironique face au décervelage considéré comme un mode de domestication de la société, objectif de Bernays et toujours en usage chez ses successeurs.

 

Si c’est ça, dit Lucien l’âne, je tire mon chapeau à ce groupe macédonien. Mais la chanson, alors ?

 

Elle raconte tout simplement, répond Marco Valdo M.I., la situation d’un humain mis face à d’autres humains d’une autre couleur et l’horreur qui en résulte, quand la bêtise et la haine s’en mêlent et sans doute aussi, toujours sur le mode sarcastique, l’anticipation par la future victime du massacre annoncé.

 

Brrr, dit Lucien l’âne, ça me hérisse l’échine. C’est encore une fois, l’histoire de l’âne, ce pelé, ce galeux qu’on s’en va sacrifier à la cohésion de la foule, de la tribu, de la nation, de la race ou que sais-je encore, n’importe quoi. Ça me révulse jusqu’en dessous des sabots ; alors, tissons, tissons, le linceul de ce vieux monde manipulé, manipulateur, racial, idiot, barbare et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Pourquoi on naît et pourquoi on meurt,

Pourquoi on vit, on le sait.

Pourquoi on naît et pourquoi on meurt,

 

Pourquoi, on le sait.

Pourquoi on vit, on le sait.

 

Je ne suis pas comme vous,

Je n’ai pas la même couleur,

Votre haine est la vôtre, et votre volonté.

Je ne suis pas comme vous,

Je n’ai pas la même couleur,

Votre haine est la vôtre, et votre volonté.

 

Je ne suis pas comme vous,

Je ne suis pas comme vous,

Je ne suis pas comme vous,

Et pour ça, tuez-moi

Tuez-moi, tuez-moi, tuez-moi.

 

Je ne suis pas comme vous,

Je ne suis pas comme vous,

Je ne suis pas comme vous,

Et pour ça, tuez-moi

Tuez-moi, tuez-moi, tuez-moi.

 

Je ne suis pas comme vous,

Je ne suis pas comme vous,

Je ne suis pas comme vous,

Et pour ça, tuez-moi

Tuez-moi, tuez-moi, tuez-moi.

 

Pourquoi on naît et pourquoi on meurt,

Pourquoi on vit, on le sait.

Pourquoi on naît et pourquoi on meurt,

Pourquoi on vit, on le sait.

 

Je ne suis pas comme vous,

Je ne suis pas comme vous,

Je ne suis pas comme vous,

Et pour ça, tuez-moi

Tuez-moi, tuez-moi, tuez-moi.

 

Je ne suis pas comme vous,

Je ne suis pas comme vous,

Je ne suis pas comme vous,

Et pour ça, tuez-moi

Tuez-moi, tuez-moi, tuez-moi.

 

 

 

TUEZ-MOI
Partager cet article
Repost0
Published by Marco Valdo M.I.

Présentation

  • : CANZONES
  • : Carnet de chansons contre la guerre en langue française ou de versions françaises de chansons du monde
  • Contact

Recherche