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5 novembre 2020 4 05 /11 /novembre /2020 10:29

Vitrines

 

Chanson française – Vitrines – Léo Ferré – 1953

 

 

 

 

L’Atelier du Père Noël


 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

L’autre jour, Lucien l’âne, si tu t’en souviens, on avait interrompu le dialogue que nous tenions à propos de la version française VITRINES d’une chanson de Maria Monti, intitulée Vetrine. Au moment de l’interruption, je parlais d’une chanson de Léo Ferré au titre parfaitement similaire – c’est-à-dire celle-ci : Vitrines. J’indiquais que, en quelque sorte, cette chanson complétait celle de Maria Monti ; sauf que, à y réfléchir, la chanson de Léo Ferré – de 1953est antérieure à celle de Maria Monti – de 1961. Je concluais en disant qu’on y reviendrait ; eh bien, nous y sommes.

 

Ah, dit Lucien l’âne, je me demandais d’ailleurs quand elle reviendrait au premier plan cette chanson de Léo Ferré, dont je me souviens assez vaguement. J’étais impatient de la voir et de savoir ce qu’elle pouvait avoir de particulier.

 

Ce qu’elle a de particulier ?, demande Marco Valdo M.I., c’est assez complexe à décrire. D’abord, c’est une chanson de Léo Ferré, ce qui est – en soi – une particularité et du Ferré des années 50-60, comment dire, du poète – car on ne saurait ignorer cette dimension poétique qui l’éloigne de la fabrication à vocation commerciale –, de l’auteur-compositeur, du musicien, de l’artiste et aussi, d’un moment où la chanson française est en pleine efflorescence, c’est l’époque des chanteurs à texte et à idées, des chanteurs poètes et qui visent à donner à la chanson le statut d’art à part entière, un art qui se crée et se développe dans les cabarets et s’active à faire sortir la chanson du monde vénal de la « variété ». Si on en croit la mémoire du temps et sans vouloir écarter pour autant les autres auteurs, émergent de cette formidable floraison, à mon sens, trois grands noms : Brassens, Brel et Ferré.

 

Certes, dit Lucien l’âne, la chanson française de cette période est vraiment particulière ; mais encore ?

 

Eh bien, Lucien l’âne, et c’est assez particulier et propre à Léo Ferré, il y a là comme une chanson « sociologique », qui annonce les analyses situationnistes incendiant la société de consommation et la société du spectacle.

 

Oh, dit Lucien l’âne, pourquoi veut-on tant faire croire au Père Noël ? Tout simplement, car l’atelier du Père Noël est au cœur de la fabrication de la soumission aux choses. C’est un des aspects les plus prégnants de la Guerre de Cent Mille Ans ; il convient de marquer les gens au cœur dès la petite enfance, par des tours de passe-passe d’enchanteurs masqués comme on marque les moutons ou les brebis par le baptême, les fêtes à répétition, ce sont des promesses de satisfactions frelatées.

 

C’est la chanson qui se met à penser le monde dans un processus kaléidoscopique de décomposition assez acide, reprend Marco Valdo M.I. Ça, c’est la marque de Ferré ; c’est aussi du grand art poétique. L’homme Ferré regarde le monde, il le raconte et en même temps, il en radiographie jusqu’aux moindres défauts. Le tout, au nom d’une vie à faire en dehors, une vie à vivre l’écart de cette société qu’il débecte copieusement. Il y a aussi ce refus de concéder quoi que ce soit au chapitre de la langue, de la phrase et des mots. Comprenne qui voudra, comprenne qui pourra, comprenne qui fera l’effort de comprendre. En cela, Ferré comme tous les auteurs de qualité, se refuse obstinément au populisme. On est loin de la chanson savonnette et de ses anecdotes insipides.

 

Tout ceci devait être dit et sans doute, dit Lucien l’âne, quelqu’un d’autre aurait mieux parlé de cette chanson, mieux détaillé le propos, éclairci l’une ou l’autre des images, mais, finalement, tu as raison, ce n’est pas là notre rôle. Ainsi, on en a dit assez, la chanson dira le reste et le lecteur (car il faut la lire) découvrira le reste ; c’est d’ailleurs tout le charme de la chose. Dès lors, tissons le linceul de ce vieux monde commercial, vénal, méprisant, nul et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Des Cadillacs et des ombrelles,

De l’albuplast et des bretelles,

De faux dollars, de vrais bijoux :

Il y en a vraiment pour tous les goûts.

Des oraisons pour dentifrices,

Des chiens nourris qui parlent l’anglais

Et les putains à l’exercice

Avec leurs yeux qui font des frais,

De faux tableaux qui font la gueule

Et puis des vrais qui leur en veulent.

Des accordéons déployés

Qui soufflent un peu avant de gueuler ;

Des filles en fleurs, des fleurs nouvelles,

Des illustrés à bonne d’enfant

Et des enfants qui font les belles

Devant des mecs bourrés d’argent.

 

Les vitrines de l’avenue

Font un vacarme dans les cœurs

À faire se lever le bonheur

Des fois qu’il pousserait dans les rues.

 

Les faux poètes qu’on affiche

Et qui se meurent à l’hémistiche,

Les vedettes à faits-divers,

Paroles de Jacques Prévert.

Les prix Goncourt que l’on égorge,

Les gorges chaudes pour la voix,

Les coupe-file et les soutiens-gorge

Avec la notice d’emploi.

Des chansons mortes dans la cire

Et des pick-up pour les traduire :

Le microsillon baye aux corneilles,

C’est tout Mozart dans une bouteille.

Le sang qui coule plein à la une

Et qui se caille aux mots croisés ;

« France soir », « Le Monde » et la fortune,

Devant des mecs qui n’ont pas bouffé.

 

Les vitrines de l’avenue

Font un vacarme aux alentours

À faire se lever l’amour,

Des fois qu’on le vendrait aux surplus.

 

Des pères Noël grandeur nature

Qui ne descendent plus que pour les parents

Pendant que les gosses jouent les doublures

En attendant d’avoir vingt ans.

Toupies qui tournent au quart de tour,

Bonbons fondants, bonheur du jour,

Et ces mômes qu’en ont plein les bras

À lécher la vitrine comme ça.

Des soldats de plomb qui font du zèle,

Des poupées qui font la vaisselle,

De drôles d’oiseaux en équilibre

Pour amuser les tout petits ;

À l’intérieur, la vente est libre

Pour ceux qui s’ennuient dans la vie.

Des merveilles qu’on ne peut pas toucher

Devant des mecs qui peuvent entrer.

 

Les vitrines de l’avenue

Font un vacarme dans les yeux

À rendre aveugles tous les gueux

Des fois qu’ils en auraient trop vu.

 

Jambon d’York, garanti Villette,

Des alcools avec étiquette,

Crème à raser les plus coriaces :

« Où l’on m’étend, le poil s’efface »,

La gaine qui fond sous les caresses,

Le slip qui rit, le bas qu’encaisse,

L’escarpin qui use le pavé,

Les parfums qui sentent le péché,

Des falbalas pour la comtesse,

Des bandes en soie pour pas que ça blesse ;

Du chinchilla, de la toile écrue,

Il faut vêtir ceux qui sont nus.

Des pull-overs si vrais qu’ils bêlent,

Des vins si vieux qu’ils coulent gagas,

Des décorations qu’étincellent

Devant des mecs qui n’en veulent pas.

 

Les vitrines de l’avenue

C’est mes poches à moi quand je rêve

Et que j’y fouille à mains perdues

Des lambeaux de désirs qui lèvent.

 

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Published by Marco Valdo M.I.
3 novembre 2020 2 03 /11 /novembre /2020 17:48
Le Virus et le Coca

 

Parodie française – Le Virus et le Coca – Marco Valdo M.I. – 2020

inspirée de la chanson de Claude Nougaro – Le Jazz et la Java – 1962

 

 

 

 

AUTOPORTRAIT

Claude Nougaro – 1996

 

 

 

 

Pour ceux que ça intéresse, je joins le texte complet de la chanson de Nougaro. 

 

Le Jazz et la Java

Chanson française – Le Jazz et la Java – Claude Nougaro – 1962

 

Quand le jazz est,

Quand le jazz est là ;

La java s’en,

La java s’en va.

Il y a de l’orage dans l’air,

Il y a de l’eau dans le gaz

Entre le jazz et la java.

 

Chaque jour un peu plus,

Il y a le jazz qui s’installe,

Alors la rage au cœur,

La java se fait la malle.

Ses petites fesses en bataille

Sous sa jupe fendue,

Elle écrase sa gauloise

Et s’en va dans la rue.

 

Quand le jazz est,

Quand le jazz est là ;

La java s’en,

La java s’en va.

Il y a de l’orage dans l’air,

Il y a de l’eau dans le gaz

Entre le jazz et la java.

 

Quand j’écoute béat,

Un solo de batterie,

Voilà la java qui râle

Au nom de la patrie,

Mais quand je crie bravo

À l’accordéoniste,

C’est le jazz qui m’engueule

Me traitant de raciste.

 

Quand le jazz est,

Quand le jazz est là ;

La java s’en,

La java s’en va.

Il y a de l’orage dans l’air,

Il y a de l’eau dans le gaz

Entre le jazz et la java.

 

Pour moi jazz et java,

C’est du pareil au même ;

Je me saoule à la Bastille

Et me noircis à Harlem.

Pour moi jazz et java

Dans le fond, c’est tout comme,

Le jazz dit « come on »,

La java dit « go on ».

 

Quand le jazz est,

Quand le jazz est là ;

La java s’en,

La java s’en va.

Il y a de l’orage dans l’air,

Il y a de l’eau dans le gaz

Entre le jazz et la java.

 

Jazz et java copains,

Ça doit pouvoir se faire.

Pour qu’il en soit ainsi

Tiens je partage en frère :

Je donne au jazz mes pieds

Pour marquer son tempo

Et je donne à la java mes mains

Pour le bas de son dos

Et je donne à la java mes mains

Pour le bas de son dos.

Et maintenant, il est temps de rire, voici le texte de la parodie.


 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


 


 

Quand le coco,

Quand le coco vide est là,

Le coco, le coco,

Le cocomerce s’en va ;

Il y a du gaz dans le verre

Il y a de la mort dans l’air

Entre le cocovid et le coca.


 

Chaque jour un peu plus,

Il y a le virus qui s’installe ;

Alors la rage au cul,

La cliente se fait la malle,

Ses petites fesses en bataille

Sous sa jupe fendue ;

Elle se marre, elle braille

Et reste dans la rue.


 

Quand le coco,

Quand le coco vide est là,

Le coco, le coco,

Le cocomerce s’en va ;

Il y a du gaz dans le verre

Il y a de la mort dans l’air

Entre le cocovid et le coca.


 

Quand je sors dans une salle

Des mesures en batterie,

Voilà le covid qui râle

Au nom de la patrie,

Mais quand je crie

Bravo aux artistes,

C’est le covid qui cavale

Me traitant de raciste.

 

Quand le coco,

Quand le coco vide est là,

Le coco, le coco,

Le cocomerce s’en va ;

Il y a du gaz dans le verre

Il y a de la mort dans l’air

Entre le cocovid et le coca.

 

Pour moi, covid et coca,

C’est du pareil au même

Moi, j’aime surtout la vie

Et je ris avec ceux qui m’aiment.

Pour moi covid et coca,

Dans le fond, c’est tout comme :

Le coca dit " Buvez ",

Le covid dit " Crevez ".


 

Quand le coco,

Quand le coco vide est là,

Le coco, le coco,

Le cocomerce s’en va ;

Il y a du gaz dans le verre

Il y a de la mort dans l’air

Entre le cocovid et le coca.


 

Cocovid et coca copains,

Ça conduit à l’enfer.

Pour survivre à ce destin,

Tiens, je partage en frère :

Je donne au coco vide du vin,

Pour marquer son tempo

Et j’offre au coca plein mes mains

Pour le jeter au bas de mon dos.


 

Quand le coco,

Quand le coco vide est là,

Le coco, le coco,

Le cocomerce s’en va ;

Il y a du gaz dans le verre

Il y a de la mort dans l’air

Entre le cocovid et le coca.

Le Virus et le Coca
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Published by Marco Valdo M.I.
2 novembre 2020 1 02 /11 /novembre /2020 21:32

 

VITRINES

 

Version française – VITRINES – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson italienne – VetrineMaria Monti1961


 

 

 

La Marchande d'Amours

in Stabies - circa 100



 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

Lucien l’âne mon ami, je vais mettre une chanson tout entière dans notre dialogue, car elle s’est imposée d’elle-même à cet endroit et qu’elle m’a guidé de sa voix si prenante quand j’essayais de donner consistance poétique à ma version française de Vetrine de Maria Monti. C’était aussi donner à Maria Monti une sœur française qui dise avec autant de tranquille passion, l’amoureuse dimension de la vie.

 

Venant de toi, Marco Valdo M.I., ça ne me surprend pas. Tu es capable du meilleur. Mais de qui, de quoi, quelle chanteuse, quelle chanson ?

 

Avant d’en venir aux réponses à tes questions, Lucien l’âne mon ami, je vais te parler un peu de cette chanson italienne, qui est une chanson d’amour où une jeune (ou moins jeune, qui sait ?) personne s’en va-t’en ville, dans le centre où il y a les rues commerçantes et les vitrines pour chercher un cadeau pour son amie ou son ami – car rien n’indique si la personne bénéficiaire de cette excellente intention est un homme ou une femme. Malheureusement, faute d’argent, elle peut juste regarder mais pas toucher et surtout, pas acheter et l’amoureuse déçue ne peut rien rapporter de ce qui s’étale dans les vitrines. C’est donc tout le drame de la pauvreté mis en chanson.

 

M’est avis aussi, ajoute Lucien l’âne, que c’est une variante du proverbe « La plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu’elle a. »

 

Maintenant, reprend Marco Valdo M.I., je réponds à tes questions. La chanson française qui a hanté tout le travail de version s’intitule « Ce Matin-là », l’auteur et l’interprète sont une seule et même personne : c’est Barbara. Comme promis, je la cite intégralement et je laisse chacun découvrir les réminiscences que je n’aurais en vérité pu éviter.

 

J’étais partie ce matin, au bois,

Pour toi, mon amour, pour toi,

Cueillir les premières fraises des bois,

Pour toi, mon amour, pour toi.

 

Je t’avais laissé encore endormi,

Au creux du petit jour,

Je t’avais laissé encore endormi,

Au lit de notre amour.

 

J’ai pris, tu sais, le petit sentier,

Que nous prenions quelquefois,

Afin de mieux pouvoir nous embrasser,

En allant tous les deux, au bois.

 

Il y avait des larmes de rosée,

Sur les fleurs des jardins,

Oh, que j’aime l’odeur du foin coupé,

Dans le petit matin.

 

Seule, je me suis promenée au bois,

Tant pis pour moi, le loup n’y était pas.

 

Pour que tu puisses, en te réveillant,

Me trouver contre toi,

J’ai pris le raccourci à travers champs,

Et bonjour, me voilà.

 

J’étais partie, ce matin, au bois,

Bonjour, mon amour, bonjour,

Voici les premières fraises des bois,

Pour toi, mon amour,

Pour toi.

Pour toi, mon amour,

Pour toi.

(Ce Matin-là – Barbara – L. Gnancia, 1963)

 

C’est avec plaisir et impatience que je m’en vais les chercher, moi, dit Lucien l’âne, ces fameuses réminiscences. Je suis très curieux de voir ce que je vais y trouver.

 

 

Fais-le, je pense que ça te plaira, dit Marco Valdo M.I. Par ailleurs, ça n’a l’air de rien ces petites frustrations du quotidien, tous ces refus, ces manques qui sont infligés à ceux qui n’ont rien ou peu, ça n’a l’air de rien, mais c’est le degré zéro de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres pour imposer leur domination, pour magnifier leurs possessions, pour accroître leurs privilèges, pour étendre leur pouvoir et pour la plupart d’entre eux, pour paoniser tout partout. Elle commence là, à ras du sol, cette Guerre, avec ces signes de richesse, ces faux semblants, ces pacotilles, car les riches peuvent offrir ou s’offrir tout ce qui leur passe par la tête et c’est un de leurs multiples et humiliants privilèges. L’humiliation ne vient pas tellement du fait que le pauvre ne peut tout acquérir, mais bien du fait qu’il veut acquérir. C’est cette envie qui le ronge et le détruit. Le pauvre se laisse prendre au miroir des alouettes ; c’est là le piège de la société. Maria Monti a bien vu ce piège social, ce ressort caché de l’exploitation qui fait que bien des pauvres ont comme but principal dans la vie de devenir riches et en attendant, ils font semblant d’être riches, ils s’épuisent à vouloir faire comme les riches, d’avoir les mêmes objets, les mêmes fanfreluches, les mêmes hochets, les mêmes parfums, les mêmes vêtements (même faux, même au rabais), les mêmes autos, de faire les touristes, de partir en croisière, et ainsi de suite – toute leur vie y passe, toute leur vie se meurt dans son simulacre. Face à cette réification de l’être, face à cette prétention des riches de mesurer le monde et la vie en termes d’accumulation de choses – par nature, insignifiantes, de réduire le monde et la vie à la possession, Maria Monti affirme que la seule mesure de l’homme est l’homme (au sens générique) – mais, entendons bien : l’être ramené à lui-même, comparé à lui-même et pas l’homme dans sa dimension physique, ses performances, sa corpulence, son apparence qui veut s’affirmer (plus ceci, plus cela) par rapport aux autres, pas l’homme concurrentiel et que dès lors, la seule mesure de l’amour, c’est l’amour et comme il est incommensurable, il échappe à la mesure. Il existe d’ailleurs une autre chanson française qui met bien en évidence cette arnaque monumentale que sont les vitrines. Elle s’intitulait également Les Vitrines et elle est l’œuvre de Léo Ferré. On y reviendra tout prochainement.

Oui, oui, dit Lucien l’âne, on verra ça plus tard. D’ici là, tissons le linceul de ce vieux monde possédant, paonisant, accumulateur, riche, vénal, tentateur et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

Je suis partie ce matin dans le centre

Voir dans les vitrines, les choses à vendre

Que j’aurais achetées pour toi,

Pour te donner un peu de joie,

Mais hélas payer, je ne le pouvais pas.

 

Je voulais entrer dans les magasins

Et demander pour toi ce qu’il y avait de bien.

Dans mes poches, j’ai cherché en vain,

Et je savais déjà qu’il n’y avait rien.

 

Chaque fois que je vais dans le centre,

J’ai le cœur plein de cendres.

Je ne vois pour toi mon amour, pour toi,

Que mon amour pour toi, mon amour, pour toi.

 

Chaque fois que je vais dans le centre,

J’ai le cœur plein de cendres.

Je ne vois pour toi mon amour, pour toi,

Que mon amour pour toi, mon amour, pour toi.

VITRINES
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Published by Marco Valdo M.I.
31 octobre 2020 6 31 /10 /octobre /2020 18:56

 

LE CARROUSEL DE L’AVORTEMENT

 

Version française – LE CARROUSEL DE L’AVORTEMENT – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson italienne – Il girotondo dell'abortoMaria Monti – 1977

Album : Muraglie

 


 

SANS ESPÉRANCE

Frida Kalho - 1945

 


 

Dialogue Maïeutique

 

 

Honnêtement, Lucien l’âne mon ami, je ne sais pas comment tes congénères traitent les ânesses, mais sincèrement, j’espère qu’ils les traitent mieux que les humains mâles traitent les femmes. J’admets immédiatement, pour couper court à toute polémique inutile, j’admets donc qu’il y a des exceptions et qu’il est des hommes qui se conduisent correctement. Cependant, la proportion de mecs corrects est assez réduite.

 

On peut toujours imaginer, dit Lucien l’âne, qu’avec le temps et l’éducation et la civilité, elle pourra s’étendre jusqu’à l’entièreté du genre. Cependant, tout est dans « avec le temps ». Quant aux ânes et à leurs pratiques sexuelles, et à leurs relations avec les ânes, la chose est bien documentée par les zoologues, les éthologues et les autres spécialistes des mœurs animales. Peut-être, cependant, pour démêler l’affaire du sexe des ânes faudra-t-il un concile. Un concile scientifique s’entend, car les ânes ne sont tout de même pas des anges et contrairement au sexe des anges – encore un de ces mystères insondables inventé par les religions – il est scientifiquement et rationnellement possible de débattre sereinement et efficacement du sexe des ânes.

 

En effet, c’est une matière palpable, reprend Marco Valdo M.I., mais assez parlé du sexe des ânes ; revenons à notre chanson et à son titre : Il girotondo dell'aborto LE CARROUSEL DE L’AVORTEMENT, qui est tout un programme, car il résume parfaitement la situation des femmes en Italie, un demi-siècle après l’instauration légale du droit à l’avortement et de cette aide salutaire qu’est l’avortement médicalement assisté. C’était une loi sage qui tenait compte de la réalité – l’avortement est un soin comme un autre, qui soigne une blessure profonde infligée à la femme et dès lors, doit être traité comme tel et qui prenait la mesure de la détresse des femmes et de leur douleur et de leur véritable besoin d’aide. Cependant, pour d’absurdes considérations religieuses, pour d’irrationnelles et idiotes croyances, les religieux ont organisé le sabotage de cette loi de santé publique. Ils ont inventé une soi-disant objection de conscience qui dégagerait le médecin de son serment d’Hippocrate (le médecin n’est pas là pour juger, il est là pour soigner) et tous ceux qui l’assistent de leurs obligations morales, éthiques et professionnelles. Il y a là comme un déni du sens même de l’engagement médical.

 

Dis-moi, Marco Valdo M.I., si je comprends bien, il y a des médecins qui pour des conceptions extérieurs à leur métier (et qui n’ont rien à y faire), refusent de soigner des femmes et de surcroît en violant la lettre et l’esprit de la loi commune.

 

C’est bien ça, Lucien l’âne mon ami, et du coup, dans presque tout le système hospitalier en Italie, l’avortement légal ne peut être effectué faute de médecins ou d’équipes médicales et les femmes en sont réduites à chercher d’un hôpital à l’autre quelqu’un qui accepte d’appliquer la loi. Résultat : les plus fortunées se font avorter en privé ou s’en vont à l’étranger, en Belgique par exemple ; et celles qui n’ont pas les moyens se font avorter dans des conditions sanitaires dangereuses – certaines sont mutilées, d’autres en meurent et toutes sont porteuses de cette immense souffrance supplémentaire. Car, il est toujours bon de rappeler que personne au monde n’avorte par commodité ou plaisir.

 

Oh, dit Lucien Lane, j’ai honte pour l’espèce humaine, qui au nom d’on ne sait quelle entité impalpable, laisse ses femmes à l’abandon dans ces moments si angoissants, jusqu’à la mort parfois. Mais j’ai peut-être une solution à cette incurie permanente des médecins.

 

Ah, oui, laquelle ?, demande Marco Valdo M.I. ; quelle pourrait bien être une telle solution ?

 

Eh bien, dit Lucien l’âne, il s’agirait d’enseigner dès l’enfance à tous, outre une éducation sexuelle sérieuse, solidement documentée et agréablement exposée, la bonne manière de pratiquer sans danger majeur dans de bonnes conditions et sans l’intervention médicale un avortement, au-delà duquel le médecin ne pourra plus médicalement refuser de soigner la malade atteinte d’une fausse couche et n’aura plus la possibilité de recourir au faux-fuyant de l’objection de conscience. Pour les jeunes les plus démunis, ce serait une sorte de moyen ultime d’autodéfense contre le malheur. Pratiquement, ce serait juste une question d’éducation (et là, pas d’objection de conscience qui tienne) et compte tenu du savoir ainsi dispensé suffisamment tôt dans la jeunesse, on finirait peut-être même par ne plus devoir avoir recours à l’avortement aussi massivement qu’aujourd’hui.

 

J’aimerais comme toi, Lucien l’âne mon ami, pouvoir parier sur l’intelligence du cœur et la conscience de l’humanité et plus encore sur sa capacité à se débarrasser des entités nébuleuses qui veulent lui dicter sa façon de vivre, c’est à mon sens la seule voie vers vie apaisée.

 

Je te concède qu’on en est loin dit Lucien l’âne, mais ce n’est pas une raison pour se soumettre aux diktats préhistoriques ; c’est d’ailleurs un des sens de notre « Ne jamais se soumettre, car se soumettre ce serait cesser d’exister ». Alors, tissons plus encore le linceul de ce vieux monde croyant, crédule, mythomane, douloureux, injuste et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


 


 


 


 

Au fond, j’angoisse chaque jour,

Chaque fois que je fais l’amour.

En plus, si jamais je tombe enceinte,

Je devrai faire semblant d’être contente.


 

Et si je ne peux qu’avorter encore,

On me dit qu’il y aura une mort.

Et si je poursuis ma grossesse,

On me dit : « Regardez quelle panse ! ».

Et quand j’aurai enfin accouché,

L’enfant né sera ma responsabilité.


 

« Ton enfant est à toi », me dit le monde

Et avec lui, sans cesse, je fais la ronde.

Quand fatiguée, je m’effondre un moment,

Mon homme me dit : « Tu étais belle avant. »


 

 

LE CARROUSEL DE L’AVORTEMENT
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Published by Marco Valdo M.I.
29 octobre 2020 4 29 /10 /octobre /2020 18:46

 

Tripoli

 

Chanson française – Tripoli – Marco Valdo M.I. – 2020

 

 

 

Les Barques

Vincent Van Gogh - 1888

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

Tripoli, Lucien l’âne mon ami, est le nom d’une ville au Liban et aussi, le nom d’une ville en Libye. Ces deux villes sont des ports des bords de la Méditerranée et de ces ports partent – sur des barques de fortune – des gens désespérés qui cherchent à gagner un monde moins absurdement destructeur, qui cherchent à gagner un territoire où la vie peut reprendre d’autres couleurs.

 

Ah, dit Lucien l’âne, ça, je le savais qu’il y a deux Tripoli, moi qui ai depuis tant de temps fait sur mes petits pieds d’âne le tour de la grande mer. J’ai même rencontré deux Alexandrie. Ce n’est quand même pas toute la chanson. Que raconte-t-elle d’autre ?

 

Cette chanson, Lucien l’âne mon ami, est une complainte et comme toutes les complaintes, c’est une chanson triste. Elle parle de mort, elle baigne dans une atmosphère morbide, elle glisse sur une lugubre mer de mort. Elle chante, elle susurre, elle murmure la fin d’un monde, la déliquescence d’un pays (ici, le Liban qui s’enfonce dans un chaos insondable ; il n’est d’ailleurs pas le seul, la Libye et tant d’autres aussi), l’exil, la mort d’un enfant.

 

Comme je vois, dit Lucien l’âne, c’est vraiment une chanson triste.

 

Épouvantablement triste, reprend Marco Valdo M.I., et l’idée m’en est venue à la lecture d’un récent article (« Mourir sur le bateau ? Ici, on meurt aussi, c’est juste plus lent » – Le Soir, Bruxelles – 24-25 octobre 2020), qui narrait l’atroce périple d’une jeune couple de Tripoli (Liban), qui pour fuir le quartier de Qobbé sur les hauteurs de la ville – un lieu de combats, où les gens meurent des balles perdues de tueurs maladroits – avait tenté sur une barque de passage de rejoindre Chypre. C’était ce qu’on leur avait promis comme aux autres passagers, moyennant finances. Mais la barque, dans la nuit, se perd, s’égare et au matin, finalement, tombe en panne quelque part sur la mer immense. Ainsi, ils n’étaient jamais arrivés à Chypre et pire, l’équipée se prolongeant, l’eau vient à manquer et leur jeune enfant meurt de déshydratation et le papa doit se résoudre à jeter son enfant mort à la mer.

 

Mais elle est effroyable, ta chanson, dit Lucien l’âne.

 

Peut-être bien, dit Marco Valdo M.I. ; cependant, elle ne fait que refléter le réel. Et puis, regarde qu’à la fin, elle ouvre quand même une porte sur une autre histoire. Même si les protagonistes ne sont pas des dieux ou des héros antiques, c’est un destin tragique, qui refuse la fatalité. À la première occasion, ils retenteront le passage vers l’Europe. C’est une chanson de l’autre côté du miroir de l’émigration.

 

Enfin, dit Lucien l’âne, on ne va pas épiloguer plus encore, laissons dire la chanson, car il me semble qu’elle conte bien plus que ça et qu’avec un peu d’attention, on peut le découvrir. Alors, tissons le linceul de ce vieux monde sec, rugueux, aride, émacié, étique, mortifiant et cacochyme.

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Il y a deux Tripoli

Aux bords de la même eau ;

Nous partirons de Tripoli

En bateau, en bateau.

 

Vivre à Tripoli,

C’était tout un poème ;

C’était notre pays,

On y vivait bien même.

 

On ne peut plus rester ici ;

On ne peut plus rester à Tripoli ;

Adieu Libye, adieu Liban,

Partons tant qu’il est temps !

 

En Europe, au Canada, bien loin,

Professeurs, ingénieurs, médecins,

Avec de beaux visas et en avion

De Libye, du Liban, tous s’en vont !

 

Il y a deux Tripoli

Aux bords de la même eau ;

Nous partirons de Tripoli

En bateau, en bateau.

 

Quittons le Liban en chantant,

Laissons la Libye, en rêvant,

Nous irons à Larnaca

Sur une grande barque en bois.

 

Vague par vague, hésitantes,

Demain, Chypre, belle île en mer,

Demain matin, l’île rutilante

Accueillera le père, le fils et la mère.

 

Il y a deux Tripoli

Aux bords de la même eau ;

Nous partirons de Tripoli

En bateau, en bateau.

 

Avec mon enfant dans mes bras,

On n'a jamais atteint Larnaca.

Quand il est mort sur le bateau,

Je l’ai jeté à l’eau.

 

Depuis, pauvre de moi,

J’ai du bleu plein la tête,

Depuis des mois et des mois,

La douleur ronge ma bête.

 

On a perdu le gosse,

On se souvient de l’eau atroce.

Vaut mieux subir ce qu’il a subi

Que de rester à Tripoli, à Tripoli.

 

Il y a deux Tripoli

Aux bords de la même eau ;

Nous partirons de Tripoli

En bateau, en bateau.

 

 

 

 

Tripoli
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28 octobre 2020 3 28 /10 /octobre /2020 09:57

 

Erdogan, le prophète s’amuse

 

 

Récemment, Charlie avait republié les caricatures du prophète, afin de rappeler les assassinats de son équipe, perpétrés au nom de Dieu – version musulmane.

 

Notamment, une tête de prophète vue par le dessinateur danois Kurt Westergaard :

 

 


 

 

 

Il avait aussi rappelé la version de Luz, publiée en première page de Charlie :

 

 


 

 

 

Tout ceci n’a pas plu aux fanatiques qui ont recommencé à tempêter, à lancer mille et une menaces de mort et plein d’autres fariboles assassines. Monsieur Erdogan s’est lancé à son tour dans l’aventure ; mal lui en a pris, il s’est fait épinglé par Charlie et son image en prophète amusant fait le tour du monde :

 

 

 


 

 

 

Pour le consoler nous lui offrons la couverture de la vie du prophète ; il peut se procurer un volume aisément en demandant à son ambassade en France d’aller en quérir à la plus proche librairie – c’est en vente libre :

 

 


 

 

 

Et s’il ne comprend pas, il pourra toujours méditer sur ce dessin de Chapatte :

 

 


 

 

 

Et pour conclure, on lui conseille la chanson Erdowie, Erdowo, Erdowahn, œuvre de Dennis Kaupp, dont on avait fait la version française.

 

 

 

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27 octobre 2020 2 27 /10 /octobre /2020 17:15
CONTRE LE VENT

 

Version française – CONTRE LE VENT – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson allemande – Gegen den WindReinhard Mey – 2010

 

Paroles et musique : Reinhard Mey

Album : « Mairegen »

 

 

 

 

 

Éole (Avion de Clément Ader) décolle

Albert Brenet - 1890


 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Voici, Lucien l’âne mon ami, une chanson qui s’intitule Contre le Vent.

 

Oh, dit Lucien l’âne, ne vient-on pas tout récemment encore de publier une chanson Contrevent ? N’est-ce pas la même chanson ? Ne dit-elle pas les mêmes choses ?

 

Sur ces deux points, répond Marco Valdo M.I., la réponse est nettement négative. Non, ce n’est pas la même chanson. Non, elle ne raconte pas du tout les mêmes choses. D’ailleurs, elles ne portent pas le même titre et la différence est encore plus nette en allemand – dans leurs versions d’origine, puisque toutes deux sont des versions françaises de chansons allemandes à peu près contemporaines. Souviens-toi, la précédente, que j’avais nommée Contrevent s’intitulait en allemand Gegenwind der Zeit, ce qui donnerait littéralement Contrevent du Temps et qu’on aurait pu valablement appeler À Rebrousse-temps. C’est une chanson des Toten Hosen et sortie en 2017, elle est la plus récente des deux. Celle qui nous occupe aujourd’hui est une chanson de Reinhard Mey, son titre Contre le Vent est la transcription fidèle du titre allemand : Gegen den Wind.

 

Soit, dit Lucien l’âne, voilà qui clarifie un peu les choses ; mais cette proximité de titres est-elle pur hasard ou lie-t-elle les deux chansons ?

 

Probablement, les deux, dit Marco Valdo M.I. ; mais à vrai dire, je n’en sais rien. Je veux dire que je ne sais vraiment pas si les deux chansons se font volontairement écho. Ce que je constate, c’est un ensemble de coïncidences quant à la forme et une énorme divergence quant au contenu, quant au fond. La plus ancienne, celle d’aujourd’hui, celle de Reinhard Mey est une chanson de révolte, une chanson de libération, une chanson d’émancipation face à la société. Et pour ce qui est du vent, elle incite à aller à son encontre. Pour elle, le vent est le courant d’air qui empêche d’avancer, c’est un vent paralysant, qui souffle vers le passé : c’est l’air de la réaction.

Ah, dit Lucien l’âne, ainsi, la société est une mer des Sargasses, où toute (presque toue) nouvelle génération vient s’engluer.

 

C’est ça, répond Marco Valdo M.I. ; maintenant pour celle des Toten Hosen, c’est une autre affaire ; elle est beaucoup plus amère, elle parle d’un autre vent, d’un vent d’autre temps, d’un vent qui s’en va dans l’autre sens, qui s’en va vers l’avenir et elle dénonce les gens qui s’en vont à contre-sens de ce vent et qui souhaitent le retour aux glorieuses heures du passé, le retour aux grandeurs du Reich de mille ans qui n’a duré que douze ans.

 

Ainsi en emporte les vents, dit Lucien l’âne, : une fois dans un sens, une fois dans l’autre. Mais que retenir de la chanson qui nous occupe aujourd’hui ?

 

S’il fallait la synthétiser, s’il fallait, Lucien l’âne mon ami, la ramener à quelques lignes, je retiendrais ces quatre vers-ci qui la concluent :

 

« Seul un libre penseur, un esprit libre

Trouve son chemin et sort du labyrinthe.

On ne peut décoller que face au vent.

On ne peut décoller que contre le vent. »

 

Eh bien, voilà une chanson, dit Lucien l’âne, qui va dans le sens de notre commune devise : « Ne jamais se soumettre, car se soumettre, ce serait cesser d’exister. » Cependant, il convient comme pour le clavecin de la bien tempérer, d’y mettre une bonne dose de raison raisonnante. Alors, tissons le linceul de ce vieux monde intempérant, souffreteux, mélancolique, fade, falot, fadasse et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I.

 

 


 


 

 

Que puis-je vous transmettre à présent ?

Que m’a enseigné vraiment mon temps ?

Dans ma vie, j’ai appris beaucoup

Et beaucoup de choses ne valent pas beaucoup.

J’ai cherché derrière les façades des bâtiments

Pour voir à l’intérieur des gens :

Je les ai vu aller par des sentiers sinueux

Et au long de chemins dangereux.


 

Presque tous les jeunes deviennent vieux

Avant leur temps.

Le seul moyen de sortir du cercle vicieux,

C’est d’aller contre le vent.


 

Contre le vent,

À contre-courant,

Contre le vent,

Contre l’esprit du temps,

Contre la stupidité, mon enfant.

Seul un libre penseur, un esprit libre

Trouve son chemin et sort du labyrinthe.

On décolle face au vent.

On décolle contre le vent.


 

Que dit-on aux gens d’aujourd’hui ?

Faites ce qu’on vous dit !

Vous plaindre est interdit.

Enlevez votre chapeau, fermez-la !

On ne peut forcer tous les gens ;

On ne peut faire marcher au pas

Et foncer dans l’abîme aveuglément

Que ceux qui acceptent ça.


 

Et si tous les autres avancent,

Sans opposition et en silence,

Alors, debout, allez en confiance

Au pas de parade, au pas de course,


 

À contre-courant,

Contre le vent,

Contre l’esprit du temps,

Contre la stupidité, mon enfant.

Seul un libre penseur, un esprit libre

Trouve son chemin et sort du labyrinthe.

On ne peut décoller que face au vent.

On ne peut décoller que contre le vent.

CONTRE LE VENT
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Published by Marco Valdo M.I.
23 octobre 2020 5 23 /10 /octobre /2020 16:45

 

CONTREVENT

 

Version française – CONTREVENT – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson allemande – Gegenwind der ZeitDie Toten Hosen – 2017

Texte : Andreas Frege (Campino) et Marten Laciny

Musique : Michael Breitkopf

 

 

 

LES GYMNASTES

Gerhard Keil – 1939

 
 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Contrevent ?, demande Lucien l’âne.

 

Oui, Contrevent, dit Marco Valdo M.I., c’est son titre et ce n’est pas une chanson de marins. C’est une chanson qui interpelle frontalement les résidus du nazisme en Allemagne contemporaine et qui les renvoie à leurs calendes, qui les confronte à leur désuétude.

Oh, dit Marco Valdo M.I., « le ventre est encore fécond d’où est sortie la chose immonde » ou quelque chose comme ça, disait Bertolt Brecht. Est-ce bien de ces résidus-là, de ces nostalgiques des reichs qu’il est question dans la chanson ?

C’est bien d’eux qu’elle s’inquiète, répond Marco Valdo M.I., et même si elle les retourne à leur passé ; même si, finalement, elle les moque ; même si elle conseille (à juste titre, selon moi) de se soigner ; elle a comme but primordial de les dénoncer, de dénoncer leur indigente conformité à un songe périmé et tous les dangers qu’une telle déviance recèle. En somme, c’est une Cassandre qui – comme bien des poésies – regarde Ilion et la voit demain sous les flammes. Elle part des résurgences de racisme et de milices qui fleurissent à Berlin et autour et de la réapparition du drapeau Schwarz-Weiß-Rot – « Noir-blanc-rouge ».

 

Oh, dit Lucien l’âne, déjà, un drapeau, tu imagines ? Un drapeau ? Un drapeau, c’est comme un monument : « Un drapeau, un drapeau, mais que voulez-vous que je foute d’un drapeau ? », aurait sans doute dit Michel Simon, ou Serge Reggiani, ou les Charlots ou Boris Vian. (comme je l’ai signalé plusieurs fois dans les commentaires à La Java des Bombes Atomiques).

 

En effet, dit Marco Valdo M.I., qu’est-ce qu’on peut bien foutre d’un drapeau ? Je veux dire qu’est-ce ce qu’on peut faire d’intelligent et d’utile d’autre que d’en faire une couverture ou un drap ou un linceul avec un drapeau ? Un drapeau, par essence, sert à distinguer, à créer une frontière entre le groupe qui s’y soumet et les autres, parmi lesquels il se trouvera vraisemblablement d’autres admirateurs des étoffes colorées. C’est, a priori, une source d’hostilité et il mène inévitablement à la confrontation, si ce n’est à l’affrontement.

 

Oui, dit Lucien l’âne, ça se comprend, sans le drapeau, comment on saurait sur qui il faut taper ?

 

En fait, il sert à ça, c’est son but : transformer le troupeau en meute. Le drapeau instaure la loi des héros, suscite l’héroïsme jusqu’à l’absurdité, jusqu’à le manger :

 

« Puis, après la soie, il mangea la hampe ;

Ce fut le plus dur, le plus valeureux.

 

Il murmurait : France !… Et mangeait, quand même !

Lorsque tout à coup son cœur s’arrêta. »

(Le Salut au Drapeau – Müller et Reboux)

 

Eh bien, reprend Marco Valdo M.I., un drapeau, c’est franchement indigeste et le sort des héros est quelquefois pénible. Par ailleurs, la chanson fait justement remarquer, met adéquatement en exergue ces héros semblables à ceux déjà débusqués par Carlo Levi, sous leur tenue d’athlète, qui se délectaient à écraser les autres et puis qui :

 

« S’éloignent dans le ciel noir,

Avec l’heureuse sensation palpable

De m’être passés par-dessus

De m’avoir foulé aux pieds.

Chose étrangère, négligeable,

Pour eux, je suis le nabot.

Sur le sable, par terre,

vivant mais écrasé.

 

Musculaire jeunesse piaffante

Étalons ardents d’Éros

Les athlètes s’en sont allés

Dans le ciel des Héros. »

 

Ce sont eux, qui déjà au temps de la république de Weimar constituaient les sociétés de gymnastique, ces embryons musclés des milices en « chemise courte », qui incendient les maisons, les livres et finissent par brûler les gens.

 

Oh, dit Lucien l’âne, je savais qu’une chanson pouvait dire tant de choses. Maintenant, tissons le linceul de ce vieux monde sportif, olympique, patriotique, nationalique, hypocondriaque et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Vous dites, on élèvera les murs autour de notre pays ;

Vous dites, maintenant, on protégera notre empire ;

Vous dites, personne n’entrera, tout sera saisi.

Vous dites, comme les Orientaux sont tous les mêmes,

Une unité spéciale de notre milice

Brûlera toutes leurs maisons.

La saucisse, la choucroute et la bière entreront

Dans les restos grecs et les kebabs par la Constitution.


 

Avec votre chemise courte, vous restez

À contrevent.

Vous vous accrochez au passé

À contrevent,

À contrevent !


 

Deux battes de baseball en croix comme symbole,

Un salut hitlérien, vous vous reconnaissez.

Tous les drapeaux arc-en-ciel seront retirés

Et remplacés par le noir-blanc-rouge,

Même pendant vos parties de fesses,

Vous déposez des fleurs pour Rudolf Hess,

À la porte des bistros, des supermarchés,

Droit, figé, se tient un de vos patriotes râblés.


 

Avec votre chemise courte, vous restez

À contrevent.

Vous vous accrochez au passé

À contrevent,

À contrevent !


 

Votre radio joue toujours encore des marches,

Mangez votre plomb et buvez votre essence,

Si le passé n’est pas sorti de vos trombines,

Prenez tous une tonne d’aspirine !


 

Avec votre chemise courte, vous restez

À contrevent.

Vous vous accrochez au passé

À contrevent,

Vous vous accrochez au passé

À contrevent,

À contrevent,

À contrevent,

À contrevent !

CONTREVENT
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20 octobre 2020 2 20 /10 /octobre /2020 20:27
EUROPE

Version française – EUROPE – Marco Valdo M.I. – 2020

d’après la version italienne de Riccardo Venturi

d’une chanson allemande – Europa Die Toten Hosen2012

Album : Ballast der Republik

 

 

 

L'ENLÈVEMENT D'EUROPE

Maerten de Vos - 1590

 


 

 

Chanson du groupe allemand Die Toten Hosen, qui parle de la difficile traversée des migrants en Méditerranée pour rejoindre l’Europe et de la mort que beaucoup d’entre eux trouvent au fond de la mer.

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

 

 

Europe ?, dit Lucien l’âne, la chanson s’intitule Europe ?

 

Euh, oui !, dit Marco Valdo M.I., Europe, tout simplement, Europe. Pourquoi ? Pourquoi elle ne pourrait pas s’appeler ainsi ?

 

Eh bien, non !, dit Lucien l’âne. Elle peut parfaitement s’appeler ainsi, mais je voulais juste savoir de quoi elle causait, ce qu’elle pouvait raconter, car c’est un sujet proprement historique et mythologique. Un sujet épique, tragique, tragi-comique et pour tout dire, continental. Une histoire de nymphe et de taureau et de leurs fricotages érotico-tauromachiques, une histoire qui ne manque pas de sel, pas de piquant, non plus ; l’histoire de la marche de l’homme d’Engis et de Néanderthal vers la démocratie. Un très, très long chemin, tu peux me croire.

 

Donc, Europe, reprend Marco Valdo M.I., c’est logique, même si, en fait, Europe n’apparaît jamais dans la chanson, même si comme l’Arlésienne, elle est le personnage central du drame qui se joue dans la chanson.

 

Et alors ?, demande Lucien l’âne. Il y a une histoire dans cette chanson, j’imagine.

 

Une histoire, certainement, la voici, Lucien l’âne mon ami. C’est une histoire que tu connais quasiment depuis toujours et d’abord, car elle se situe aux pourtours de la Méditerranée, cette mer dont tu as fait le tour des dizaines, si ce n’est des centaines de fois et si j’oserais dire, que tu connais comme ta poche d’Odessa à Madaure, d’Alexandrie à Tanger, toi qui as encore connu Troie debout, toi qui as vu le cheval de bois.

 

Bon, c’est autour de la Méditerranée, dit Lucien l’âne, et puis, quoi ?

 

C’est, Lucien l’âne mon ami, l’histoire désolante de la fuite vers l’Europe, puis en Europe, de gens qui laissent tout derrière eux : famille, amis, village, ville, montagne, forêt, fleuve, lac, plaine, rivages océaniques, désert, que sais-je ? et qui ont comme objectif, comme but, comme destination — mot dont on oublie trop souvent qu’il signifie le lieu du destin et comme on le sait, le destin est versatile — l’Europe, du moins, ses rives méditerranéennes. Pourquoi ? Tout simplement, car ils arrivent du sud ou de l’orient par la mer. Ils viennent chercher refuge face à une destinée contraire. Du moins, c’est ce qu’ils espèrent, et cette espérance est ce qui constitue le drame, qui institue dès le départ la tragédie. En gros, ou ils meurent en route, ou on les ramène de l’autre côté, ou alors, ayant réussi le saut, ils trouvent une vie au rabais. On ne sait ce qui est le mieux.

 

 

Oh, dit Lucien l’âne, j’ai entendu dire que parfois, peut-être, il y a des exceptions, parfois, l’histoire se termine à peu près bien.

 

Pour la chanson, rien n’est moins certain, répond Marco Valdo M.I., et sa conclusion est terrible :

 

« Ce n’est pas un conte pour enfants :

Pas de fin heureuse pour ces gens

Et s’ils ne sont pas morts,

Aujourd’hui, ils meurent encore. »

 

Oh, dit Lucien l’âne, c’est une chanson ancienne, elle date déjà. Les choses se sont sans doute améliorées.

 

Tu rêves, Lucien l’âne mon ami. Pour ce que j’en sais, j’ai quand même le sentiment qu’elles n’ont fait qu’empirer. Cependant, il ne faut pas oublier que toute cette histoire se déroule au cœur de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les nantis font aux pauvres et aux démunis afin de maintenir leurs privilèges, d’assurer leur domination, de garantir leur croissance ad infinitum, de protéger leur eldorado et d’accroître leurs richesses insensées.

 

Alors, Marco Valdo M.I mon ami, tissons le linceul de ce vieux monde féroce, atroce et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


 

 


 

Dans le port, ils lèvent les voiles,

Ils partent vers le grand large.

Les familles leur font signe adieu

Et les suivent longtemps des yeux.


 

L’eau s’étale comme un miroir ;

Ils vont silencieux dans le noir

À cinquante miles de la destination

Si proche derrière l’horizon.


 

Dites-moi que c’est un conte,

Une fin heureuse pour tout le monde,

Et qu’ils ne sont pas morts,

Et qu’ils vivent aujourd’hui encore.


 

Ils viennent par milliers, mais en grande majorité,

La terre promise jamais, ils n’atteindront,

Car les patrouilles les attraperont

Pour, en notre nom, les déporter.


 

Et les rescapés finiront noyés

Dans le charnier de la Méditerranée

 

 

Ce n’est pas un conte pour enfants :

Pas de fin heureuse pour ces gens

Et s’ils ne sont pas morts,

Aujourd’hui, ils meurent encore.

EUROPE
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20 octobre 2020 2 20 /10 /octobre /2020 10:39
IL Y A UN LONG, LONG CHEMIN

 

Version française – IL Y A UN LONG, LONG CHEMIN – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson de langue anglaise (USA) – There's a Long, Long Trail – Stoddard King – 1913

Paroles de Stoddard King (1889-1933), auteur et compositeur

Musique d’Alonzo “Zo” Elliott (1891-1964), compositeur et auteur de chansons

L’interprétation la plus connue est celle du grand ténor irlandais John McCormack, en 1917.

 

 

 

 

LONG, LONG CHEMIN

John Nash – 1918

 

La chanson a été publiée aux États-Unis en 1914, peu avant le déclenchement de la guerre en Europe et est immédiatement devenue très populaire parmi les soldats américains envoyés là-bas pour combattre à partir d’avril 1917. Elle était souvent utilisée pour clôturer les concerts des troupes et la représentation était toujours suivie d’un long silence émouvant et significatif.


 

Il serait intéressant de faire la liaison avec It's a long way to Tipperary (1912) et sa version antérieure, jamais interprétée, It’s a long way to connemara (1909), toutes deux œuvres de Jack Judge et Harry Williams et évoquant la nostalgie des émigrants irlandais. It's a long way to Tipperary (1912) connut rapidement un inoubliable destin militaire auprès des troupes anglaises et ceci fit que durant la guerre, John Mc Cormarck mit à son répertoire It's a long way to Tipperary (1912) et There's a long, long trail (1913). (Lucien Lane)


 


 

Les nuits passent très solitaires,

Les jours sont très longs.

De plus en plus fatigué, sans repère,

Écoutant seulement ta chanson,

Les vieux souvenirs affluent

À ma mémoire

Et le monde semble rêver

Juste pour te ramener.


 

Il y a un long, long chemin serpentant

Dans le pays de mes rêves,

Où les rossignols chantent

Et tombe un rayon de lune blanc.

Il y a une longue, longue nuit d’attente

Jusqu’à ce que mes rêves se réalisent,

Jusqu’au jour où on descendra

Ce long, long chemin toi et moi.


 

Toute la nuit, je t’entends appeler,

M’appeler tout doux, tout bas ;

Il me semble entendre tes pas,

Partout où je vais.

La route qui nous sépare s’étend

Au travers de tant de miles fatigants,

Quand je pense à ton sourire.

J’oublie que tu n’es pas avec moi.


 

Il y a un long, long chemin serpentant

Dans le pays de mes rêves,

Où les rossignols chantent

Et tombe un rayon de lune blanc.

Il y a une longue, longue nuit d’attente

Jusqu’à ce que mes rêves se réalisent ;

Jusqu’au jour où on descendra

Ce long, long chemin toi et moi.

IL Y A UN LONG, LONG CHEMIN
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