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27 septembre 2020 7 27 /09 /septembre /2020 09:01

 

LE CHŒUR DES ÉMIGRANTS

 

 

 

Version française – LE CHŒUR DES ÉMIGRANTS – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson allemande – Der Emigrantenchoral – Walter Mehring – 1934


 

Texte : Walter Mehring

Musique : Walter Goehr

Source : Erinnerungsort.de

Interprété par Ernst Busch et enregistré sur le disque « Walter Mehring, Das Lied vom Leben », neuvième publication de la série « Rote Reihe » d’Aurora-Schallplatten (1974).

Également dans « Entartete Musik – Eine Tondokumentation Zur Düsseldorfer Ausstellung Von 1938 », une grande collection consacrée à la « musique dégénérée » publiée en 1988 par le label allemand Pool.

Et aussi sur la musique de Lutz Görner in « Texte Und Lieder Verbrannter Dichter » (1983).

 

 

TRUMPLAND

 


 

Walter Mehring était un grand satiriste, très détesté par les nazis et de Goebbels en particulier. Il s’est enfui en 1933 en France (pays qu’il connaissait très bien pour y avoir séjourné plusieurs années), alors que ses livres brûlaient sur les places avec ceux de nombreux autres auteurs allemands. Mehring a été pourchassé par la Gestapo qui, lors de l’occupation de la France par les Allemands, a réussi à l’arrêter et à l’emprisonner. Aidé par ses amis, Mehring réussit à s’échapper, avec sa compagne, l’écrivaine et actrice autrichienne Hertha Pauli, et à arriver à Lisbonne. Ils y rencontrèrent Varian Mackey Fry, journaliste américain qui avait fondé le Comité de secours d’urgence, une association liée à l’Église unitarienne qui organisait la fuite des Juifs et des opposants au nazisme hors de la France occupée. Mehring et Pauli font partie des milliers de personnes que Fry a réussi à faire entrer clandestinement aux États-Unis.

 

Dialogue Maïeutique

 

Mon ami Lucien l’âne, cette chanson est la version française d’une chanson allemande de 1934, soit un an après la venue au pouvoir des thuriféraires du Reich de Mille Ans, qui s’est éteint après douze ; autrement dit, un an tout juste après le coup d’État qui jeta l’Allemagne dans les bras des bandits du NSDAP (Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei). Cette chanson, c’est un chœur d’émigrants – un chœur est un chant collectifqui appelait ceux qui étaient encore dans la nasse des nazis à fuir l’enfer qui les attendait, à partir tant qu’il est encore temps en exil comme l’homme aux semelles de vent, surnom que Verlaine donnait à Rimbaud.

 

Oh, dit Lucien l’âne, comme je le suis moi-même un éternel migrant, je sais que l’émigrant est par sa nature toujours un homme (ou une femme ou un âne, ou, ou) aux semelles de vent, mieux et plus encore quand il fait du monde sans frontière son pays et la Chanson d’Automne qu’écrivit Paul Verlaine le dit admirablement :

 

« Je me souviens

Des jours anciens

Et je pleure ;

 

Et je m’en vais

Au vent mauvais

Qui m’emporte

Deçà, delà,

Pareil à la

Feuille morte. »

 

Alors, reprend Marco Valdo M.I., l’homme aux semelles de vent est aussi souvent lui aussi, un homme à la valise. D’ailleurs, la valise transporte aussi une autre et très effroyable mémoire, car des valises, on en a retrouvé par milliers dans les entrepôts des camps de concentration et ces valises étaient celles de ceux qui n’avaient pas voulu ou pas pu émigrer. Ceux qui n’avaient pas répondu à l’appel du chœur des émigrants.

 

Ceux qui n’avaient pas voulu par excès de confiance, pas voulu par un trop grand attachement, pas pu par ignorance des mauvais jours à venir, pas pu par manque de moyens, dit Lucien l’âne, on ne sait jamais trop pourquoi les gens font ou ne font pas. Évidemment, il est trop tard pour tous ceux-là.

 

Oui, Lucien l’âne mon ami, mais cette émigration allemande a subi toutes les affres de l’exil forcé. Comme tous ceux qui fuient en abandonnant derrière eux : maison, famille, amis, emploi, etc., les émigrants allemands – même ceux qui avaient certains moyens ou une réputation – se sont retrouvés dans des situations très difficiles à vivre, comme des lions loin de la savane et certains se sont suicidés (Klaus Mann, Stefan Zweig, Walter Benjamin, Ernst Toller et bien d’autres). Je n’en dis pas plus, je laisse dire la chanson et aussi, tant d’autres chansons. Cependant avant de te laisser conclure, je voudrais faire une petite uchronie et à partir d’elle, demander à quelqu’un de transposer ce chœur des émigrants en langue anglaise, qui pourrait être à l’ordre du jour dans les temps qui viennent. Car, vois-tu Lucien l’âne mon ami, on pourrait (et c’est mon uchronie) imaginer, subodorer qu’aux États-Unis d’Amérique, on se retrouve prochainement dans une situation semblable à l’Allemagne des années 30 du siècle dernier. La République de Weimar était agitée par des groupes plus ou moins armés ; et de soubresauts en manifestations, de proclamations d’autorité en provocations, un homme fort, au langage énergique et brutal, a été propulsé au sommet de l’État en promettant de mettre de l’Ordre dans le grand pays et également, de donner à la nation et à son peuple la première place dans le monde. Le Reich allait montrer la grandeur de l’Allemagne et lui assurer la puissance, la richesse et le bien-être pour tous – à condition qu’ils soient de la bonne race. Le reste de l’histoire est connu : de victoires en victoires, il sombra dans le gouffre et les ruines. Donc, dans mon uchronie, à Trumpland, par un étrange retour des choses, on verrait fuir (et ils auraient grand intérêt à le faire tant qu’il en sera encore temps) – des États-Unis vers la vieille Europe – les artistes, les écrivains, les philosophes, les savants, les intellectuels, soit très exactement la même population que celle qui constituait cette émigration allemande dont parle la chanson. Reste une question primordiale : les militaires du temps de Weimar ont laissé faire et certains ont même appuyé l’instauration du Reich et soutenu le dictateur ; dès lors, la question qui se pose est : que fera demain l’armée de la grande puissance où j’ai situé mon uchronie ?

 

Peut-être que tu te trompes, dit Lucien l’âne, mais peut-être aussi que comme la Pythie, tu pourrais dire juste. De toute façon, on connaît le rôle de Cassandre de la chanson. Personnellement, j’ai l’impression très nette que ce pourrait bien être ce qui arrivera demain. Heureusement nous ne sommes pas dans le pays de ton uchronie et nous pouvons encore tisser le linceul de ce vieux monde détraqué, brutal, absurde et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 

 

Jetez vos cœurs par-delà les frontières !

Et où un regard sourit, jetez l’ancre !

Ne rêvez pas de la Lune ou du printemps.

Un monde est mort, c’était un autre temps !

Enfoncez-vous ça dans la tête et dites-vous

« Ici, nous sommes chez nous ! »

Construisez un nid ! Oubliez !

Oubliez ce qui vous a été enlevé et volé !

Que ce soit l’Isar, le Waterkant et la Sprée,

Tout ça, c’est du passé !


 

La patrie, son pays d’avant,

Emporté par l’émigrant,

Homme par homme,

Poussière à ses semelles,

De ville en village,

Avec lui, loin d’elle,

Dans son voyage.


 


 

Mettez des œillères, des cagoules de moines !

En dessous, vos têtes feront des bosses !

Le destin n’aime pas qu’on le tienne.

Il vaut mieux jouer avec les hyènes

Que pleurer là-bas avec vos compatriotes !

Je vous ai entendu crier et j’ai dit :

Non ! Fuyez le pays à pas feutrés.

Ils vous avaient dit, comme j’ai compris,

De chanter « Haut le drapeau », Dieu l’a ordonné.


 

La patrie, son pays d’avant,

Emporté par l’émigrant,

Homme par homme,

Poussière à ses semelles,

De ville en village,

Avec lui, loin d’elle,

Dans son voyage.


 


 

Emmenez votre espoir au-delà de la nouvelle frontière !

Arrachez la vieille dent énorme !

Tout n’est pas or où brillent les uniformes !

Ils vous calomnient, ils répandent leur colère,

Que dans l’océan, ils déversent leur impuissance !

Laissez-les seuls avec leur vengeance,

Jusqu’à ce qu’ils rendent ce qu’ils vous ont volé !

Maisons et champs, montagnes et fossés

Le diable les emporte dans sa danse !


 

Homme par homme,

D’un bout à l’autre,

L’émigrant emporte

Un peu de son pays

Et toute la patrie

Et quand sa vie

Expire, il l’emmène

Dans sa tombe.

LE CHŒUR DES ÉMIGRANTS
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Published by Marco Valdo M.I.
24 septembre 2020 4 24 /09 /septembre /2020 20:10

 

CHANSON POUR LES CHASSEURS

 

Version française – CHANSON POUR LES CHASSEURSMarco Valdo M.I. – 2020

Chanson italienne – Canzone per un cacciatoreZauber – 2002

 

 

 

 

 

L'Angoisse des Chasseurs


 

Dialogue Maïeutique

 

 

La chasse ou « De l’assassinat considéré comme un divertissement », dit Marco Valdo M.I., car dans ce monde, il en est pour considérer la chasse comme un sport, la chasse comme un loisir.

Oui, dit Lucien l’âne, moi, je vois ça d’ici. Un loisir, un sport et pourquoi pas, un art ?, pour reparaphraser Thomas de Quincey et son « De l’assassinat considéré comme un des beaux-arts ». Mais enfin, quand même, imagine ce qui se passerait « Si les lapins avaient des fusils ».

En effet, dit Marco Valdo M.I., je te suggère d’en rester à cette proposition. Dans la chanson, c’est le chasseur lui-même qui est passé au crible et sa personnalité est décrite sans fard. Et c’est pas beau à voir le mental de ces Tartarins.

 

Oui, dit Lucien l’âne, je ne peux même pas m’imaginer en train de tuer pour le plaisir des êtres désarmés et a fortiori, s’ils sont plus faibles que moi. Et ils le sont tous forcément puisque c’est le chasseur qui tient le fusil.

 

Avant de te laisser conclure, Lucien l’âne mon ami, j’ai une proposition à leur faire à ces tueurs. Si au lieu de chasser le faisan, le lapin, le lièvre ou le canard, ils s’entendaient entre chasseurs pour se chasser eux-mêmes entre chasseurs. Ce serait la chasse aux chasseurs. Du coup, ils n’ennuieraient plus aucun autre animal.

 

C’est une bonne idée, dit Lucien l’âne, mais je doute fort qu’ils la trouvent à leur goût. En attendant leur réponse, tissons le linceul de ce vieux monde stupide, assassin, lâche, criminel et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 

Chez vous, tout n’est pas rose.

Votre vie est un peu ennuyeuse ;

Peu d’argent, des fleurs sans pétale,

Les journées toutes égales.

Sacrifices, déceptions,

Économies et frustrations

Sont à l’ordre du jour,

C’est votre pain de toujours.

 

Mais le dimanche matin,

La roue tourne enfin.

C’est l’heure de votre érection.

Avec votre fusil à l’épaule,

Dressé comme une gaule,

Avec vos chiens et votre collation,

Sur les lièvres et les faisans,

Vous vous vengez maintenant.

 

Tirez vite, tirez ! Tirez à nouveau, tirez !

Tirez sur tout ce que vous voyez !

Avec cette arme en somme,

Oui, vous êtes vraiment un homme.

Et qu’importe si demain,

Vous retournerez à vos misères,

Aujourd’hui, vous êtes craint,

Le lapin vous fuit dans le pays.

 

Merles, moineaux et hiboux,

Rouges-gorges et faucons,

Tirez, tirez, et tous apprendront

Quel grand homme vit en vous !

Le dimanche est passé.

Vous êtes las, mais sans peine,

Car dans votre carnassière pleine,

Repose votre virilité.

 

CHANSON POUR LES CHASSEURS
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Published by Marco Valdo M.I.
23 septembre 2020 3 23 /09 /septembre /2020 20:17

 

MADAME X

Chanson allemande – Frau XErika Mann1933

Texte : Erika et Klaus Mann

Musique : Magnus Henning (1904-1995), compositeur et pianiste bavarois


 

 

Scène de rue à Berlin

Ernst Ludwig Kirchner

1913

 

 

 

 

Une autre chanson au vitriol, où Erika et Klaus Mann, par la bouche de Therese Giehse, pointaient du doigt la riche, grasse et contente bourgeoisie commerçante allemande qui, avec l’aristocratie militaire, fut le noyau dur du consensus nazi : « Un gaz toxique suinte dans nos chambres – ».

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Mon ami Lucien l’âne, je vois bien ton sourire en coin. Sans doute, est-ce à l’idée que tu te fais en lisant le titre de la chanson dont je viens de faire une version française. À ce sujet, j’ajoute tout de suite qu’on pourrait en faire d’autres et des meilleures. Ton sourire en coin, que peut-il signifier ? Serait-ce que tu imagines je ne sais quelle dame tenancière de je ne sais quel boui-boui, quelle maison particulière, une émule de Madame Claude, mère maquerelle de haut vol ou alors, Madame Irma, une voyante rigoureusement extralucide ?

 

Que voyait-elle ?, demande Lucien l’âne.

 

L’avenir, répond Marco Valdo M.I., du moins, un certain avenir. C’était hallucinant de précision et de justesse. La seule chose, mais ça gâchait tout, c’est qu’elle voyait un avenir autre que celui qui se déroulait ensuite. Cependant, sur le moment, quand en tremblant, en se trémoussant, en transpirant abondamment, elle décrivait le futur, c’était convaincant. L’avenir paraissait vrai ; de hauts personnages, des chefs d’État même la consultaient. Tout comme au demeurant, les mêmes recouraient aux services de Madame Claude. Pour ce qui est de Madame X, ce n’est pas du tout pareil. Madame X est une bonne dame de la société allemande, une bourgeoise qui avec son mari, tient un commerce honorable ; quelque chose dans l’épicerie ou le vêtement, on ne sait trop. Ça n’est pas dit.

 

Bien, dit Lucien l’âne, admettons, un commerce qu’on dira respectable. Mais encore ?

 

Peut-être, Lucien l’âne mon ami, si tu y tiens vraiment, pourrais-tu trouver réponse à cette question chez Erika Mann, dans son livre « The lights go down », Farrar & Rinehart, aux États-Unis en 1940 (publié depuis en français sous le titre « Quand les lumières s’éteignent »), mais là n’est pas l’essentiel de la chanson ; disons que c’en est l’anecdote.

 

Oh, dit Lucien l’âne, je comprends ça ; c’est très utile l’anecdote pour la mise en scène. Mais qu’y a-t-il derrière cette anecdote ?

 

Derrière l’anecdote, derrière cette scène de vaudeville, dit Marco Valdo M.I., il y a la situation dans le pays, sa militarisation qu’on approuve et qu’on trouve utile, il y a la guerre à venir, inéluctable. Mais comme le répète le refrain :

 

« Le coq, ni personne ne s’en soucie,

Le coq, ni personne ne s’en soucie »

 

Ce pays, tu le devines, c’est l’Allemagne et l’Allemagne gangrenée par le nazisme. Dans une lettre de 1922, Alexandre Vialatte remarquait déjà pour la mise en scène : « Sachez que le Rhin est vert, la cathédrale rouge et la « tour de la vieille porte » en briques sombres. » On l’a republiée dans l’hallucinant « Les Bananes de Koenigsberg ». Et comme en réponse aux inquiétudes de Madame X, il disait – c’était en 1935 : « L’Allemagne veut-elle la paix ? C’est possible, c’est vraisemblable ; c’est même probable si on satisfait ses désirs. Mais si elle rencontre un obstacle ? Que diront tous ces gens armés quand on leur expliquera que l’honneur de l’Allemagne exige qu’ils versent leur sang ? » Que tout cela est lointain. 

 

N’était-ce pas Histoires d’Allemagne, le titre de ta longue chanson, tirée des bananes de Vialatte ?, demande Lucien l’âne.

 

À propos, reprend Marco Valdo M.I., Alexandre Vialatte terminait ses chroniques par une antienne qui serait très mal vue actuellement en nos temps de « politiquement correct ». C’était en quelque sorte sa signature, une sorte de rite final, comme le nôtre qui en est la réminiscence. Il concluait – quel que soit le sujet par cette phrase sibylline : « Et c’est ainsi qu’Allah est grand. »

 

Cela dit, conclut à son tour Lucien l’âne, tissons le linceul de ce vieux monde gangrené par l’ambition, virusé par l’arrogance, esquinté par l’avidité et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 


 


 


 


 

Je m’appelle X et j’ai un commerce,

On y trouve diverses choses à acheter.

En général, je ne veux blesser personne, -

Mon mari et moi, on est très appréciés.


 

On se ment et on triche toute la semaine,

Alors, on a du vin et du poulet le dimanche.

Avec l’honnêteté et le caractère,

Notre époque n’a plus rien à faire.


 

Le coq, ni personne ne s’en soucie,

Le coq, ni personne ne s’en soucie ;

Les poulets doucement rient,

Quand il n’y a pas de chat.

Car chacun sait bien déjà :

Qui a la poisse, l’aura.


 

Mon mari me trompe souvent, je le sais toujours,

Et quand il est parti la nuit, je le trompe aussi.

Il doit louer une chambre pour ses amours,

Mon amant et moi, souvent on en rit.


 

Et mon amant me trompe avec ma cadette,

Qui me ment, cette enfant sans foi.

Oui, oui, je le sais, c’est à la Pentecôte,

Qu’elle est allée le voir pour la première fois.


 

Le coq, ni personne ne s’en soucie,

Le coq, ni personne ne s’en soucie,

Les poulets doucement rient.

Quand il n’y a pas de chat.

Car chacun sait bien déjà :

Qui a la poisse, l’aura.


 

Et il faut une guerre, il faut préparer ce conflit,

Pourquoi aurait-on des militaires dans le pays ?

Il faut une industrie prospère pour la nation.

Mon mari et moi, on a trouvé une solution.


 

Chez nous, à la radio, on apprend

Comme s’agite et gronde notre pays.

Et que les autres restent indifférents -

Seule l’Autriche un peu transit.


 

Le coq, ni personne ne s’en soucie,

Le coq, ni personne ne s’en soucie,

Les poulets doucement rient.

Quand il n’y a pas de chat.

Car chacun sait bien déjà :

Qui a la poisse, l’aura.


 

Si on n’empêche pas la guerre, vite, on s’y perd.

L’autruche fait une politique sans pareille :

La tête dans le sable jusqu’aux deux oreilles,

Elle chante en sourdine : « Je ne suis pas pour la guerre ».

À la fin, en ruines se réduit,

Notre monde si habilement construit.

Un gaz toxique suinte dans nos chambres –

Mon mari et moi, on ne fait pas de bruit.


 

Le coq, ni personne ne s’en soucie,

Le coq, ni personne ne s’en soucie,

Les poulets doucement rient.

Quand il n’y a pas de chat.

Car chacun sait bien déjà :

Qui a la poisse, l’aura.

 

Derrière l’anecdote, derrière cette scène de vaudeville, dit Marco Valdo M.I., il y a la situation dans le pays, sa militarisation qu’on approuve et qu’on trouve utile, il y a la guerre à venir, inéluctable. Mais comme le répète le refrain :

 

« Le coq, ni personne ne s’en soucie,

Le coq, ni personne ne s’en soucie »

 

Ce pays, tu le devines, c’est l’Allemagne et l’Allemagne gangrenée par le nazisme. Dans une lettre de 1922, Alexandre Vialatte remarquait déjà  pour la mise en scène : « Sachez que le Rhin est vert, la cathédrale rouge et la « tour de la vieille porte » en briques sombres. » On l’a republiée dans l’hallucinant « Les Bananes de Koenigsberg ». Et comme en réponse aux inquiétudes de Madame X, il disait – c’était en 1935 : « L’Allemagne veut-elle la paix ? C’est possible, c’est vraisemblable ; c’est même probable si on satisfait ses désirs. Mais si elle rencontre un obstacle ? Que diront tous ces gens armés quand on leur expliquera que l’honneur de l’Allemagne exige qu’ils versent leur sang ? » Que tout cela est lointain.

 

N’était-ce pas Histoires d’Allemagne, le titre de ta longue chanson, tirée des bananes de Vialatte ?, demande Lucien l’âne.

 

À propos, reprend Marco Valdo M.I., Alexandre Vialatte terminait ses chroniques par une antienne qui serait très mal vue actuellement en nos temps de « politiquement correct ». C’était en quelque sorte sa signature, une sorte de rite final, comme le nôtre qui en est la réminiscence. Il concluait – quel que soit le sujet par cette phrase sibylline : « Et c’est ainsi qu’Allah est grand. »

 

Cela dit, conclut à son tour Lucien l’âne, tissons le linceul de ce vieux monde gangrené par l’ambition, virusé par l’arrogance, esquinté par l’avidité et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


 


 

Je m’appelle X et j’ai un commerce,

On y trouve diverses choses à acheter.

En général, je ne veux blesser personne, -

Mon mari et moi, on est très appréciés.


 

On se ment et on triche toute la semaine,

Alors, on a du vin et du poulet le dimanche.

Avec l’honnêteté et le caractère,

Notre époque n’a plus rien à faire.


 

Le coq, ni personne ne s’en soucie,

Le coq, ni personne ne s’en soucie ;

Les poulets doucement rient,

Quand il n’y a pas de chat.

Car chacun sait bien déjà :

Qui a la poisse, l’aura.


 

Mon mari me trompe souvent, je le sais toujours,

Et quand il est parti la nuit, je le trompe aussi.

Il doit louer une chambre pour ses amours,

Mon amant et moi, souvent on en rit.


 

Et mon amant me trompe avec ma cadette,

Qui me ment, cette enfant sans foi.

Oui, oui, je le sais, c’est à la Pentecôte,

Qu’elle est allée le voir pour la première fois.


 

Le coq, ni personne ne s’en soucie,

Le coq, ni personne ne s’en soucie,

Les poulets doucement rient.

Quand il n’y a pas de chat.

Car chacun sait bien déjà :

Qui a la poisse, l’aura.


 

Et il faut une guerre, il faut préparer ce conflit,

Pourquoi aurait-on des militaires dans le pays ?

Il faut une industrie prospère pour la nation.

Mon mari et moi, on a trouvé une solution.


 

Chez nous, à la radio, on apprend

Comme s’agite et gronde notre pays.

Et que les autres restent indifférents -

Seule l’Autriche un peu transit.


 

Le coq, ni personne ne s’en soucie,

Le coq, ni personne ne s’en soucie,

Les poulets doucement rient.

Quand il n’y a pas de chat.

Car chacun sait bien déjà :

Qui a la poisse, l’aura.


 

Si on n’empêche pas la guerre, vite, on s’y perd.

L’autruche fait une politique sans pareille :

La tête dans le sable jusqu’aux deux oreilles,

Elle chante en sourdine : « Je ne suis pas pour la guerre ».

À la fin, en ruines se réduit,

Notre monde si habilement construit.

Un gaz toxique suinte dans nos chambres –

Mon mari et moi, on ne fait pas de bruit.


 

Le coq, ni personne ne s’en soucie,

Le coq, ni personne ne s’en soucie,

Les poulets doucement rient.

Quand il n’y a pas de chat.

Car chacun sait bien déjà :

Qui a la poisse, l’aura.

 MADAME X
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20 septembre 2020 7 20 /09 /septembre /2020 17:01

 

MÉTROPOLIS

 

Version française – MÉTROPOLIS – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson italienne – MetropoliKaos Rock1980

 

 

 

MÉTROPOLIS

 

Jakob STEINHARDT – 1913

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

 

Lucien l’âne mon ami, la chanson rock est elliptique.

 

Oui, parfois, dit Lucien l’âne.

 

Celle-ci s’appelle Metropoli et est un rock assez chaotique.

 

Oui, court et chaotique, dit Lucien l’âne.

 

C’est pas comme le film de Fritz Lang, quasiment homonyme : Metropolisquelques images du film dans une version elliptique, car c’est un film fort long, qui dès 1927, anticipe certains crématoires – voir la scène où on pousse les gens dans la gueule de feu du monstre divin et qui décrit aussi (visuellement, les grands empires, toutes tendances confondues où les hommes en troupeau se font broyer par le travail et où l’art enchante un paradis de propagande). Il est possible évidemment de voir la version complète, restaurée en langue anglaise.

 

Oui, dit Lucien l’âne, Ce Fritz Lang et les gens de Weimar voyaient très bien dans quel enfer la massification conduirait ; le Berlin de Dada et de l’expressionisme, de Kurt Tucholski et d’Erich Kästner, d’Erich Mühsam et de Max Liebermann, celui de Bertolt Brecht ou le Munich d’Erika Mann, ou, ou… voyait venir les horreurs et il le disait. Je me souviens très bien de ce qu’on disait dans le dialogue à propos de ta chanson « Le Maître et Martha » :

« Donc, le défilé passe devant la maison Liebermann – une grande maison de famille – sur la Pariser Platz, et du haut de son toit, le Maître dit en berlinois la phrase suivante : « Ick kann jar nich soville fressen, wie ick kotzen möchte », autrement : « Je ne pourrai jamais autant manger que je ne pourrai vomir » ou de façon moins léchée : « Je ne peux même pas bouffer autant que j’ai envie de dégueuler ».

 

On disait tout à l’heure, dit Marco Valdo M.I., la chanson rock est elliptique, dès lors, il ne faudrait pas oublier ici Joachim Ringelnatz et Ein Taschenkrebs und ein Känguruh.

 

Une chanson elliptique peut-être, mais toujours d’actualité. Et quant à nous, tissons le linceul de ce vieux monde consommateur, intoxiqué, enfumé, masqué, virusé, irrespirable et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

La métropole est un enfer

En été comme en hiver ;

 

Pas d’air à respirer,

Seulement du gaz à consommer ;

 

Fumée, gaz, dioxine,

Voilà ma vitamine ;

 

Sur la glace à lécher,

Tant de smog à goûter ;

 

Avec la pisse de mon chien,

Je parfume les chemins ;

 

Fumée, gaz, dioxine,

Voilà ma vitamine ;

 

Fumée, gaz, dioxine,

Voilà ma vitamine.

 MÉTROPOLIS
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17 septembre 2020 4 17 /09 /septembre /2020 14:34

 

DERRIÈRE LA COLLINE

 

Version française – DERRIÈRE LA COLLINE – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson italienne – Dietro la collina – Zauber – 1978

 

 

 

 

Enfoncez-vous bien ça !

 

Alexeï Kozine et Oleg Maslov

(1987 – Léningrad)

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

Ne me demande pas, Lucien l’âne mon ami, de quelle colline, il s’agit. Je n’en sais rien et je ne sais même pas si quelqu’un en sait quelque chose. Peut-être, comme on peut le penser, il s’agit tout simplement d’une colline et d’un monde imaginaires. Bref, il y a la colline.

 

Oh, dit Lucien l’âne, des collines, il y en a beaucoup et il y en a partout. Alors, savoir laquelle, c’est peine perdue.

 

Ainsi, Lucien l’âne mon ami, on peut donc paraphraser la chanson en disant : derrière une colline imaginaire, il y a un monde imaginaire. Ou, ce qui serait mieux encore : derrière cette colline imaginée, il y a un monde fantasmé.

 

Oui, dit Lucien l’âne, on peut dire ainsi. Mais encore ?

 

Eh bien, reprend Marco Valdo M.I., dans ce pays imaginé et heureux, les arbres – ce doit être le pays des arbres – ne craignent ni le chaud de l’été, ni le froid de l’hiver. C’est merveilleux, mais c’est de l’autre côté de la colline ; un pays proche de celui d’Alice qui, rappelle-toi, se trouvait de l’autre côté du miroir ; mais de ce côté-ci, les choses sont tout bonnement autres. Les arbres vont souffrir, les arbres vont disparaître pour satisfaire l’insatiable appétit de la race humaine, une espèce pire que les sauterelles, la digne descendante d’Attila.

 

Oh, dit Lucien l’âne, celui-là, je l’ai connu ; un voyou, il ne laissait rien debout derrière lui ; on pouvait le suivre à la trace. Partout où il passait, on ne trouvait que la désolation.

 

Cependant, dit Marco Valdo M.I., on te dira, on me dira, on dira à tout le monde que si on abat les arbres, si on défriche la colline, si on y creuse des mines, c’est pour les besoins de l’économie, cette hypostase de l’espèce qui n’ose pas s’avouer ses désastreuses initiatives. Bienvenue aux mégapoles et tous debout en 3030 – en anglais : « Only stand up ! ».

 

Ou probablement, bien avant – disons en 2222, dit Lucien l’âne, j’en ai bien l’impression. Tous debout, comme les ânes, mais sans arbres, sans air, sans fleurs et sans pérennité.

 

Et puis, Lucien l’âne mon ami, il y a toujours des gens (ce sont les pires des emberlificoteurs) qui vantent l’autre côté de la colline, qui disent que derrière la colline, on trouvera le bonheur et ils promettent monts et merveilles, paradis mystiques, paradis terrestres, paradis célestes ou plus terre à terre, un avenir radieux : « Le communisme est l’avenir radieux du socialisme » – un merveilleux slogan, mais pour le trouver, il faut toujours rêver à parvenir de l’autre côté et de ce côté-ci, comme nul n’est encore parvenu à franchir la crête, on coupe les arbres, on troue la terre, on exploite la crédulité humaine.

 

Oh, dit Lucien l’âne, je le sais, c’est toujours comme ça dans la Guerre de Cent Mille Ans, qui se joue de ce côté-ci de la colline, de ce côté où les riches et les puissants ont leurs domaines, jouissent de leurs privilèges, imposent leur domination et tirent un éternel profit – du moins, tant qu’il y aura des hommes, tant qu’il y aura des gens pour croire à l’autre versant de cette mythique colline. Quant à nous tissons le linceul de ce vieux monde crédule, croyant, exploité, ravagé, amblyope et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

Derrière la colline, mon ami,

Il y a un pays heureux

Qui n’a pas besoin de fous, ni

De saints ou de héros glorieux.

 

Derrière la colline, mon bien-aimé,

Il y a un pays où les sourires des pêcheurs

Donnent à la mer une autre couleur.

Il y a un pays où les bois ne craignent pas l’été

Et l’hiver ne leur fait pas peur.

 

Ils vont abattre les arbres, creuser des mines,

Ils vont faire violence à ta cervelle,

Mais ils ne détruiront pas la colline,

Ils auront toujours besoin d’elle.

 

Ils vont abattre les arbres, creuser des mines,

Ils vont faire violence à ta cervelle,

Mais ils ne détruiront pas la colline,

Ils auront toujours besoin d’elle.

 DERRIÈRE LA COLLINE
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15 septembre 2020 2 15 /09 /septembre /2020 19:06
POINTS DE VUE

 

Version française – POINTS DE VUE – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson italienne – Punti di vistaZauber2001

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Une chanson, même courte, Lucien l’âne mon ami, peut dire beaucoup de choses à propos du monde tel qu’il est, à propos du monde tel qu’il ne va pas ou plutôt, tel qu’il va mal.

 

Sûrement, dit Lucien l’âne, tout le monde sait ça.

 

Peut-être bien, dit Marco Valdo M.I., mais il y a la manière. On peut en condensant faire un petit air qui n’a l’air de rien et qui peu à peu, sans crier gare, peut faire entendre l’indignation face à ce réel que des hommes imposent à d’autres hommes, des femmes ou des enfants. C’est ce que raconte cette chanson en trois petits points de vue portés sur une même chose : une paire de chaussures superflue, absurde, inutile. On a donc : un, le point de vue commercial, celui où seul importe le profit, celui de notre monde actuel en quelque sorte ; deux, le point de vue de l’enfant qui au bout du monde, pour deux fois rien, douze ou quinze heures par jour, trime pour fabriquer ces banales chaussures (une création unique à des millions d’exemplaires) et troisième temps, un homme quelconque achète ces chaussures idiotes et s’empresse d’ignorer dans quelles conditions elles ont été fabriquées. Finalement, que l’enfant ne puisse pas aller à l’école – car il doit fabriquer ces chaussures, que l’enfant perde sa vie à la gagner (à peine) et que tout ça, lui fera un avenir aussi désastreux, malgré ses rêves. De tout ça, l’acheteur s’en fout ; il ne s’intéresse qu’à l’apparence de l’emballage de ses pieds.

 

La belle affaire, dit Lucien l’âne. Vous les humains, quelle race ! Je préfère nettement rester un âne anonyme.

 

Oh, tu as parfaitement raison, Lucien l’âne mon ami, mais il est tout aussi possible d’être un homme anonyme et passer dans ce monde – en évitant de telles chaussures – comme par temps de pluie on passe entre les gouttes ; certes, on sera mouillé, c’est inévitable, mais en l’occurrence, c’est l’intention qui compte et on aura fait sa vie sans exploiter, ni déranger les autres.

 

C’est ça la civilité, mère de la civilisation, dit Lucien l’âne, mais pur ce que j’en sais, la race humaine est très loin d’y parvenir.

Pour en revenir à cette chanson de Zauber, je lui trouve une ancêtre, une sorte d’air de famille, une généalogie dans la conception avec les Actualités de Stéphane Golmann, une chanson écrite et chantée cinquante ans auparavant. Je te laisse découvrir en quoi elles sont proches.

Oui, dit Lucien l’âne, je pense me souvenir de la chanson de Golmann, mais je m’en vais quand même comparer ces deux histoires pour voir en quoi elles sont parentes. D’ici là, tissons le linceul de ce vieux monde exploiteur, bêtasse, frivole, avide, absurde et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


 


 


 


 

L’homme regarde

Son bénéfice de mai.

Il dit : « Je sais.

Il m’a fallu de l’audace

Pour à l’Est, m’en aller

Et venir ici sur place

Créer en Asie

Le Fait main en Italie ».


 


 

L’enfant regarde

Les chaussures et les ballons en cuir,

Cousus par lui et chuchote :

« Je suis sûr que je vais mourir

Avant que ne vienne le jour meilleur

Où j’aurai moi aussi deux

De ces souliers de Dieu

Ou d’un autre basketteur ».


 


 

Un homme regarde

Ces souliers qu’il a payés

Cher, mais il désire

Ignorer qu’il a acheté

En même temps, la vie d’un enfant

Qui a, là-bas au loin,

L’âge de son enfant

Un peu plus ou encore moins.

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12 septembre 2020 6 12 /09 /septembre /2020 11:40

 

La Ville en feu

 

Chanson française – La Ville en feu (chant 3) Marco Valdo M.I. – 2020

 

Petit journal d’exploration, souvenir du Voyage en Laponie de Carl von Linné, du monde créé par Terry Pratchett à partir du travail fabuleux de son traducteur en français Patrick Couton.

 

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Pour débuter une exploration d’un monde, que dès lors par définition, on ne connaît pas, dit Marco Valdo M.I., rien de tel que de se rendre dans sa capitale ou ce qui en tient lieu. En l’occurrence, Ankh-Morpork. Évidemment, je suis sûr que tu en conviendras et même que tout le monde en conviendrait, voir flamber la mégapole dès qu’on l’approche n’est pas ce qu’il y a de plus réjouissant.

 

En effet, dit Lucien l’âne, je me souviens ainsi de mon arrivée par-dessus les collines du Latium et d’avoir vu Rome habillée de flammes. C’était un spectacle étonnant. Je pense d’ailleurs que c’était ce côté spectaculaire qui était la raison pour laquelle l’Empereur Néron, un peu fêlé de la cafetière, avait ordonné cette réjouissance pyrotechnique. Ce n’était pourtant pas le premier incendie que je voyais. Il y en a eu tant tout au travers des temps. C’est d’ailleurs une pratique fort répandue et des plus générales d’incendier les villes pour punir les habitants d’avoir voulu se défendre.

 

Tout cela est exact, Lucien l’âne mon ami, mais en l’occurrence, il ne s’agit pas ici d’une action militaire ou répressive, mais comme on le verra d’un accident fortuit. Pour en revenir à la chanson, je ne pensais pas la faire aussi vite, mais on sait comment ça va avec l’inspiration. Il peut se passer des mois avant qu’elle paraisse et parfois, elle est là pressante qui frappe à la porte. Ici, elle succède aux deux précédentes : L’exploration du Disque-Monde et La Ville-Mère ; elle raconte l’énorme cataclysme de cette ville brûlée ; l’incendie d’une ville de près ou de plus d’un million d’habitants, ce n’est pas rien et ça ne passe pas inaperçu. Maintenant, je crois avoir trouvé l’événement et le tableau qui en est la représentation qui ont inspiré ce récit de l’incendie d’Ankh-Morpork. Selon moi, ce serait l’incendie de Londres de 1666 et le tableau serait celui qu’en fit le peintre hollandais Lieve Pietersz Verschuier (Rotterdam – 1627-1686), lequel vivait à ce moment-là à Londres. L’incendie qui s’étendit durant trois jours détruisit les quartiers populaires, où il avait pris naissance ; il entraîna une fuite massive des populations.

 

D’après ce que tu m’en dis, Marco Valdo M.I. mon ami, et à voir le tableau du Grand incendie de Londres, il me semble en effet que ce serait bien ce grand feu-là qui aurait servi de modèle pour décrire celui d’Ankh-Morpork. Cela dit, je confirme ce que tu notes dans la chanson, à savoir que lors de telles catastrophes, les gens – enfin, une très grande partie d’entre eux – perdent la tête et la raison et se mettent (à mon sens un peu tard) à invoquer les secours de la religion et du Dieu, des Dieux ou de n’importe quelle entité tout aussi imaginaire.

 

Une dernière anecdote, Lucien l’âne mon ami, avant de te laisser conclure. Elle concerne celui par qui cet accident tragique est arrivé, car on connaît l’origine involontaire de ce brasier londonien et son auteur, un certain Thomas Farynor, qui était le boulanger du roi Charles II, revenu de France. Thomas s’était endormi en laissant en laissant son four allu et dans la nuit, le feu s’est activé et répandu aux environs et de proche en proche à une grande partie de la ville. Il a fallu faire sauter des quartiers entiers pour parer à cette extension incoercible.

 

Eh bien, dit Lucien l’âne, il ne reste qu’à lire la chanson et ensuite, tisser encore et toujours le linceul de ce vieux monde chaud, trop chaud, brûlant, torride, enfumé, toxique et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

Un embrasement sauvage ravage

La plus ancienne cité du monde.

Dans une infernale ronde,

Le feu s’enrage.

 

La pauvre Morpork brûle,

L’incendie gronde.

De l’autre côté du fleuve,

Ankh la riche se calfeutre.

 

L’incendie peint d’octarine, la huitième couleur,

Le ciel, le fleuve, la ville, toutes les maisons.

Les gens perdent la tête, égarent leur raison :

Ils implorent un Dieu sauveur.

 

Au port tout entier flambant,

Tout le monde se barre

Et largue les amarres.

Les bateaux s’en vont fumant.

 

Dans la ville-mère,

Insoucieuse des calamités,

C’est soudain la guerre

Et la fin de la tranquillité.

 

L’effroi naît de la flamme,

Tous fuient : hommes, femmes, rats.

Personne ne comprend le drame,

Chacun espère qu’il s’en sortira.

 

Dans l’exubérante fumée du feu de joie,

L’air, courageusement, flamboie.

Et s’élève alors très très haut

En une colonne noir corbeau.

 

Une marée sombre et rougeoyante

Vomit une vapeur brûlante.

Des collines lointaines, il semble

Que l’horizon tout entier tremble.

 

 

 

 

 

 La Ville en feu
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Published by Marco Valdo M.I.
10 septembre 2020 4 10 /09 /septembre /2020 20:27

 

La Ville-Mère

 

Chanson française – La Ville-Mère (chant 2) – Marco Valdo M.I. – 2020

 

Petit journal d’exploration, souvenir du Voyage en Laponie de Carl von Linné, du monde créé par Terry Pratchett à partir du travail fabuleux de son traducteur en français Patrick Couton.

 

 


 

 

Dialogue Maïeutique


 

Ainsi donc, Lucien l’âne mon ami, nous étions partis en voyage d’exploration d’un monde où « La Guerre n’est plus qu’un souvenir… une vieille attraction de foire ».


 

Oui, en effet, Marco Valdo M.I. mon ami, alors, je t’en prie continuons, je suis très curieux de le découvrir et de voir comment il est possible qu’existe un monde dans lequel la guerre est en quelque sorte hors-jeu.


 

Un voyage d’exploration, sans doute aussi étrange que celui que fit Carl von Linné en Laponie ; c’était au temps de Voltaire, en 1732 ; un voyage dans l’immense et très déroutant – à nos yeux de Globiques, d’habitants du Globe-Monde – Disque-Monde, ainsi nommé, car sa platitude sur laquelle reposent les océans, les montagnes et tout le reste, le fait ressembler à un disque. A contrario, il faut bien nommer notre Terre qui se présente – vue de loin, de très loin – sous la forme d’une boule, d’un globe ; de là viennent les appellations de Globe-Monde, globien, globique, globiste, etc. Comme il se doit pour un monde où sévit la vie et où l’évolution s’est suffisamment avancée pour créer ce qu’il faut bien nommer une civilisation, on y trouve des empires, des États, des villages et des villes et bien sûr, une d’entre elles, la plus grande métropole, où il n’y a pourtant pas de métro, mais des dames d’œuvres et des dieux bienveillants qui s’emploient à faire reluire toutes les facettes du bonheur, fait figure de capitale de référence, même s’il s’agit d’une Ville-État.


 

En résumé, dit Lucien l’âne, il y a dans ce monde plat une ville qui, sans l’être réellement et même sans vraiment le vouloir, prend des allures de capitale, disons virtuelle.


 

C’est cela, dit Marco Valdo M.I., si ce monde était un état unique, elle serait la capitale politique, économique et culturelle, à la manière de la Rome antique ou du Londres du temps où il y avait un Empire britannique. Cependant, comme par exemple Budapest, c’est une ville jumelle, une ville faite de sœurs siamoises, reliées par la tête, entre lesquelles passe le fleuve Ankh. C’est la ville d’Ankh-Morpork que nous allons explorer. Il faut aussi savoir que c’est chez elle que va rayonner dans ce monde une civilisation très imparfaite, mais porteuse d’innovations et de progrès et surtout, de paix. Ankh-Morpork déteste la guerre, mais nous y reviendrons.


 

Oui, dit Lucien l’âne, allons-y pas à pas ; c’est la devise des ânes. Pour le reste, tissons le linceul de ce vieux monde globulaire, guerrier, retardataire et cacochyme.


 

Heureusement !


 

Ainsi Parlaient Marco Valdo et Lucien Lane


 

Les visiteurs viennent de loin

Admirer les curiosités touristiques,

Les coutumes désuètes et fantastiques

Et les monuments de ce pays lointain.


 


 

Le cargo lourd accoste au quai,

Débarque le fret et le passager,

L’étranger arrivé dans l’inconnu,

Le visiteur de l’inconnu venu.


 


 

Voici les siamoises Ankh la Fière,

Et Morpork la putifère,

Ensemble, insubmersible ville-mère

Trébuchante et amère.


 


 

La cité double est souveraine,

La plus grande des villes riveraines

De la mer Circulaire

Et des terres qui l’enserrent.


 


 

Ankh-Morpork, ses places, ses rues arpentées

Par les badauds, les marauds, les escrocs, tous héros

Des contes, des chants, des chansons, des épopées,

Des légendes du monde et d’au-delà des flots.


 


 

Une ville pleine de bandes

De malfaiteurs, de guildes

De voleurs, de syndicats d’assassins

Et d’autres groupements malsains.


 


 

Une ville d’exécutions publiques

De duels, bagarres, querelles magiques

Et d’étrangetés ; une ville au train-train

Habituel dangereusement quotidien.


 


 

La fosse aux Catins est bien instructive

Par ses scènes lascives et récréatives,

Là, dans le temple se dresse en hauteur

Le Dieu de tous les bonheurs.


 

 

 La Ville-Mère
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Published by Marco Valdo M.I.
9 septembre 2020 3 09 /09 /septembre /2020 16:31

 

L’exploration du Disque-Monde

 

Chanson française – L’exploration du Disque-Monde – Marco Valdo M.I. – 2020

 

 

Petit journal d’exploration, souvenir du Voyage en Laponie de Carl von Linné, du monde créé par Terry Pratchett à partir du travail fabuleux de son traducteur en français Patrick Couton.

 

 

 

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Sans doute, Lucien l’âne mon ami, as-tu en tant qu’âne errant, un goût pour l’exploration du monde et peut-être même parcouru ce monde en long et en large depuis fort longtemps et contrairement aux touristes, ces pseudo-voyageurs, ces ersatz d’explorateurs, tu l’as fait le plus simplement du monde sur tes quatre pieds.

 

En effet, dit Lucien l’âne, et pour moi, l’exploration est un art très spécifique qui demande une grande disponibilité et beaucoup d’attention. Plus encore quand on visite un monde inconnu, un monde où on n’a jamais vécu, un monde où on n’a jamais mis le pied, on ne sait jamais ce qu’on pourrait y trouver, les obstacles que l’on pourrait y rencontrer, les dangers qu’on pourrait devoir y affronter, mais comme on dit de nos jours, j’ai une certaine expertise en la matière.

 

Oui, je l’imagine volontiers, répond Marco Valdo M.I. en riant. Cela dit, je nous invite à la visite d’un monde hors du monde, d’un monde imaginaire dont tout l’intérêt est d’avoir été pensé par un de nos contemporains. Il s’agit du Disque-Monde dont le créateur, comme je viens de le dire, n’est pas Dieu ou un dieu quelconque, une de ces entités insaisissables, inexistante et carrément, ineffable – ce qui signifie qu’on ne peut même pas exprimer. Assurément, le Disque-Monde est une création et il a un créateur sans l’œuvre duquel il n’existerait pas et ce créateur, comme tu le sais probablement déjà, n’est autre que Terry Pratchett, un homme plein d’imagination, doué pour l’humour et l’écriture. Vu l’ampleur de sa production, il a dû y consacrer une très grande partie de sa vie et de lui-même, on ne pourra qu’y faire écho de temps en temps, sans rien d’exhaustif, ni de systématique. Comme c’est notre habitude et notre méthode, nous procéderons en chansons, allant de l’une à l’autre, chanson après chanson, comme s’il s’agissait de consigner les étapes de notre exploration de ce monde :

 

« Un monde où la guerre prête à rire,

La Guerre n’est plus qu’un souvenir ;

Où désuète, la guerre foire

En vieille attraction de foire. »

 

Voilà qui est intéressant, dit Lucien l’âne, un monde où la Guerre n’est plus qu’un vieux souvenir. N’est-ce pas un mirage ?

 

Disons que c’est globalement vrai, répond Marco Valdo M.I., mais qu’il en reste des séquelles, l’une ou l’autre résurgence, vite éteinte cependant. Mais ce sont des choses qu’il nous faudra découvrir au fil du temps et de nos pérégrinations, ce qui, j’insiste, risque de prendre beaucoup de temps. Combien y en aura-t-il de ces étapes ? Je n’en sais rien ; comme pour la durée de la vie, on verra bien – à la fin. Cependant, il ne faut pas perdre de vue qu’un voyage peut aussi bien tourner court, prendre des raccourcis, se perdre dans des itinéraires de traverse.

 

Oh, peu importe, dit Lucien l’âne, on suivra notre nez, comme d’habitude. D’ailleurs, on a déjà vécu ça avec tes précédentes séries de chansons, dont il faut d’ailleurs considérer que chacune de ces séries n’est en fait qu’une seule et unique chanson ; c’était ainsi pour Dachau Express, Les Histoires d’Allemagne, Le Cycle du Cahier ligné ou Les Histoires lévianes, La Geste de Liberté, Les Lettres de Prison, L’Arlequin amoureux et Les Histoires albanaises. L’important dans un voyage, c’est de le faire et on ne sait trop ce que réserve le chemin. De même, je ne demanderai pas ici plus de détails, plus d’explications quant à cette expédition où l’on sera tels des Cyranos de fantaisie et cela pour la même raison que comme le voyage, comme l’exploration, la chanson se fait pas à pas. Mais dès lors, que dit cette première, celle qui ouvre la voie ?

 

Comme bien on peut le penser, Lucien l’âne mon ami, la chanson initiale présente le monde qu’elle propose d’explorer, mais elle ne dit ni quand, ni comment le faire. Elle ne précise pas non plus qui va le faire. C’est une invitation au voyage, voilà tout.

 

Eh bien, voyons voir, Marco Valdo M.I. mon ami, puis tissons le linceul de ce vieux monde sur lequel nous vivons rond, globulaire, quasi-sphérique et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I et Lucien Lane

 

 

 

 

Un jour, un matin, un soir,

Commence quelque part

Le grand voyage autour du monde,

L’exploration du Disque-Monde.

 

Un monde où la guerre prête à rire,

La Guerre n’est plus qu’un souvenir ;

Où désuète, la guerre foire

En vieille attraction de foire.

 

Où s’entendent les trolls avec les nains,

Les golems avec les gobelins,

Les loups-garous avec les chiens,

Les vampires avec les humains.

 

Monde de gnomes, d’orques et de morts-vivants,

De mages, de fées, d’elfes et de sorcières,

De dieux, de prêtres, de militaires,

Un monde multiple et mouvant,

 

Un monde plein d’océans et de continents,

Porté par A’Tuin la grande tortue,

Portant sur son dos les quatre éléphants

Aux pensées inconnues.

 

Nul ne sait rien au fond :

Ni d’où viennent, ni où vont

La tortue, les éléphants

Et tout le monde des vivants.

 

Tous traversent de part en part,

Pour les mages, de nulle part à nulle part,

D’une lente reptation continue,

Nage indéfiniment l’immense tortue.

 

Pour la religion, la tortue en rut

Fonce vers l’étreinte finale, vers son but :

Créer, par le Big Bang et la grande Secousse,

Les nouvelles étoiles qui poussent.

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Published by Marco Valdo M.I.
6 septembre 2020 7 06 /09 /septembre /2020 13:27
CHAQU’UN
Version française – CHAQU’UN – Marco Valdo M.I. – 2020

Chanson italienne – Chacun de nous – Max Altafronte – 2020

Johann Kaspar Schmidt, alias Max Altafronte,

alias Max Stirner

   
Dialogue Maïeutique
Il existe, Lucien l’âne mon ami, des hétéronymes. Oh, je sais que tu sais ce que c’est mais, il importe de le repréciser ici et maintenant.

 

 

D’autant plus, interrompt Lucien l’âne, que nous en sommes – toi comme moi.

 

 

Oui, certes, Lucien l’âne mon ami, nous en sommes : des hétéronymes, je précise, au cas où. Mais revenons aux hétéronymes et à ce que je voulais en dire et qui rejoint d’ailleurs ton interruption, car l’auteur de la chanson est évidemment un hétéronyme, c’est-à-dire qu’il s’agit d’un des noms multiples d’une personne réelle. Cependant, à la différence du pseudonyme, qui est aussi un nom multiple d’une personne réelle, l’hétéronyme n’a pas pour vocation de camoufler l’auteur réel, mais bien d’indiquer une de ses personnalités particulières. Le cas le plus connu d’hétéronymes est celui de l’inventeur du mot comme concept littéraire : l’écrivain portugais Fernando António Nogueira Pessoa, relayé par José Saramago. De cela, je ne dirai pas plus et je dénoncerai pas l’auteur hétéronyme – ci-devant Max Altafronte.

 

 

Oh, dit Lucien l’âne, un nom pareil ne peut être qu’un hétéronyme est un pseudo-auteur qui semble exister par lui-même et souvent son nom est calqué sur le nom d’un autre auteur – souvent au travers d’un subterfuge destiné à un peu – mais pas trop – égarer le lecteur.

 

 

Lucien l’âne mon ami, tu es digne d’Herlock Sholmes ; tes déductions sont admirables. Je prolonge ton raisonnement et j’en viens à une autre considération, c’est tout comme John Heartfield n’est autre que le peintre dadaiste allemand Helmut Herzfeld, dont le nom hétéronyme, la nouvelle personnalité en exil, comme on peut le voir, est une traduction anglaise de son nom d’origine. Ainsi, Altafronte qui se traduit en français par Haut Front ou Haufront, affublé du prénom de Max, n’est autre qu’un auteur prénommé Max et dont le nom dans sa langue d’origine signifie front. Précisément, c’est le cas du mot Stirn qui signifie Front et Stirner devrait vouloir dire celui qui a un grand front ou aussi, « celui qui fait front » ; c’est le pseudonyme que choisit Johann Kaspar Schmidt, quand il publia (en allemand) Der Einzige und sein Eigentum, traduit habituellement en français sous le titre : L’Unique et sa propriété ; mais selon moi, ce serait plus exact de dire « Seul » ou « Solitaire », un peu comme dans la chanson de Brel, intitulée elle aussi : « Seul ».

 

 

« On est mille contre mille

A se croire les plus forts

Mais à l’heure imbécile

Où ça fait deux mille morts

On se retrouve seul »

 

Donc, dit Lucien l’âne, si je suis ton raisonnement que j’avais amorcé, il s’agirait d’une allusion plus que directe à Max au Grand Front.

 

Évidemment, répond Marco Valdo M.I., et la chanson elle-même est comme une illustration de ce qui est conté dans le livre de Stirner. J’ajouterais volontiers qu’il y a pas mal de résonances avec La Guerre de Cent Mille Ans, en ce qu’au cœur de la vie de chacun, il y a principalement chacun. Par ailleurs, voici un peu de Stirner en direct, en français cependant, une citation qui pourrait commencer par le mot : Chacun ou Chaque Un ou Chaqu’un.

 

« (Chacun) se réalise en cela même qu’il vit sa vie jusqu’au bout, épuisant ses forces vitales, c’est-à-dire se dissout et s’écoule. Il ne réclame pas d’être ou de devenir autre chose que ce qu’il est ».

 

Oh, dit Lucien l’âne, cela, on ne peut le mettre en cause, on ne peut en douter un instant et même quand on en doute, c’est soi-même qui doute et qui le dit. Et il est tout aussi incontestable et fondamental d’affirmer la primauté irrémédiable du « un » de « chaque un » – sans lui, pas de vie possible et pas de mathématique non plus, pas de réel. Mais, je te le dis, il vaut mieux laisser parler la chanson elle-même et de loin, saluer son auteur ; sinon, on finirait pas être traités de philosophes, ce qui de nos jours est une appellation contrôlée et réservée. Et puis, reprenons notre marotte et tissons le linceul de ce vieux monde croyant, crédule, inféodé, massifiant et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Chacun a un silence à combler,

Chacun a une rumeur à répandre,

Chacun a une paix à perdre,

Chacun a une guerre à mener.

 

 

Chacun a ses dilemmes et ses certitudes,

Chacun a ses laideurs et ses béatitudes,

Chacun a une page vide,

Chacun a une page écrite.

 

Chacun a un présent et un passé,

Chacun a un avenir et un parfait,

Chacun a un passé ignoré,

Chacun est un imparfait.

 

Chacun est collodion et tungstène,

Chacun amour et haine.

Chacun étranger et frère,

Chacun pain et couteau.

 

Chacun est pareil et différent,

A le bien et le mal en lui,

Chacun grandit et étrécit.

Chacun bouge et attend.

 

Chacun va sous des noms de papier,

Chacun se fie à des noms étrangers.

Chacun fait partie d’une multitude

Pour cacher sa solitude.

 

Chacun a ses vivants et ses morts,

Ses résurrections et ses regains.

Chacun revit, se souvient, renaît encore

Dans le vent du tout et du rien.

 

Chacun est eau, terre et feu,

Désespoir et jeu,

Chacun est pisse, merde et vomi,

Chacun a des relents moisis.

 

Chacun est son aujourd’hui et son hier,

Chacun est un demain de lumière.

Chacun d’eux est l’obscurité et la nuit,

Chacun a du vin dans son muid.

 

Chacun a une lune rouge,

Chacun a ses astres lointains,

Chacun frissonne et bouge

En songes incertains.

 

À chacun, sa maladie.

À chacun, son médicament.

À chacun, sa vérité,

À chacun, sa fausseté.

 

Chacun est venu à son début,

Chacun délaisse son rebut.

Chacun a en lui sa folie,

Chacun a une mère et des mamies.

 

Chacun a ses quatre murailles

De pierre, d’argile, de paille.

Chacun a un pouvoir qui l’écrase,

Chacun a perdu sa face.

 

Chacun a sa cohérence et ses engagements,

Chacun est inconscient des avertissements.

Chacun est un géant et un nain,

Chacun est un être humain.

 

Chacun est lâche et intrépide ;

Chacun est fusil et fronde ;

Chacun s’embarque, et autour

Luit la multiple splendeur du jour.

 

Il y a l’ombre spectrale, il y a le néant,

Il y a le pleur, le rire et le berceau de l’enfant,

Il y a la fleur qui sourit dans le pré,

Il y a le visage du chien assassiné.

 

Chacun, pour l’essentiel,

Est morte et vive chair.

Chacun est mortel et éternel.

Chacun est été et hiver.

 

Chacun est son Hitler et son Gandhi,

Chacun se tient droit et se balance.

Chacun est idée et suffisance,

Chacun est un bateau d’organdi.

 

« Chacun est seul sur le cœur de la terre »

Mais la nuit ne vient pas aussi tôt.

Chacun vit à l’ombre et à la lumière,

Toute sa vie se tient en ces deux mots.

 

 CHAQU’UN
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Published by Marco Valdo M.I.

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