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25 octobre 2016 2 25 /10 /octobre /2016 11:21

Citizen of Wallonia ! Et ric et rac !

 

Filastroque wallonne à l'usage des riches et des puissants d'Europe et du Nouveau Monde.

Marco Valdo M.I. – 2016

 

 

 

 

Lucien l’âne mon ami, tu te souviens sans doute de cette récente version française d’une chanson de Dario Fo, intitulée « Peuple qui de toujours » et du commentaire où je faisais allusion à la petite ritournelle de révolte wallonne : « Et ric et rac ». Eh bien, aujourd’hui, je vais en faire une chanson pour saluer la résistance qui se dessine face aux impératifs des grands d’Europe et du Nouveau Monde par le biais du refus d’accepter le fait accompli du CETA.

 

« Et ric et rac ! », c’est formidable, Marco Valdo M.I., car je l’aime bien cette ritournelle. Et puis, c’est bien mieux et moins langoureux que « Ma Cabane au Canada », qui comme tout le monde sait « est blottie au fond des bois, on y voit des écureuils sur le seuil » ; une bluette gentille à faire pleurer Margot. Je dis ça, car les ministres du Canada ont l’habitude d’utiliser les larmes comme arguments et à se lamenter qu’on refuse leurs avances « gentilles » ; ce qui est d’un ridicule et particulièrement offensant pour ceux à qui on fait de telles remontrances perverses. Cette « Cabane au Canada » est comme la ministre : pleine de gentillesse et ignore tout du réel et a tout l’air de s’en foutre du réel des gens d’ici et d’ailleurs. « Gentillesse is Bizenesse ». La dame a dû croire qu’on était à Adélaïde. Tant d’indigence, c’est à en pleurer, en effet.

 

Certes, Lucien l’âne mon ami. Et si je te rappelle ceci aujourd’hui, c’est que cette évocation d’  «  Et ric et rac » avec notre dialogue à propos de la situation de la Wallonie et de ses réserves indiennes où nous vivons, était en quelque sorte prémonitoire.

 

C’est d’ailleurs souvent le cas des chansons et de la poésie, rappelle Lucien l’âne. Homère lui-même l’avait relevé au travers de l’histoire de Cassandre.

 

Et c’est précisément cette canzone de Dario Fo « Peuple qui de toujours » qui m’a fait penser à refaire – comme il le faisait ou Giorgio Strehler, pour en rester aux gens de théâtre de Milan – à parodier des chansons existantes et particulièrement dans le genre de Brecht. Ici, d’une filastroque (de l’italien filastrocca : litanie) du pasteur Niemöller. Connue sous le nom de « Quand ils sont venus… ». Comme tu le sais, ça fait longtemps qu’on répète ici – toi et moi – « Regardez ce qu’ils font aux Grecs, ils vous le feront demain » et qu’on tire le signal d’alarme, qu’on sonne le tocsin européen.

 

Et voilà-t-il pas que nos députés wallons et francophones – la chose n’arrête pas d’étonner et de ravir et je pense – même de les étonner et de les ravir eux-mêmes – ont résolument pris position contre les grands de ce monde. On a eu beau les menacer des pires représailles, rien à faire. Ils résistent. D’ailleurs, la chose doit étonner plus d’un. Moi, j’imagine bien que le soir à la veillée, ils chantent avec émotion le « Valeureux Liégeois ! » ou se remémorent les 600 Franchimontois !

 

C’est un peu ça, mais cette fois, il n’est plus question d’histoires anciennes, mais de ce qui se passe « hic et nunc », ici et maintenant ! Un épisode en plein cœur de cette Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants font aux pauvres afin d’établir leur domination, de renforcer leur pouvoir, d’étendre leur exploitation, de multiplier leurs bénéfices, de gonfler leurs richesses et de donner libre cours à leur avidité. Alors, Marco Valdo M.I. mon ami, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde multinationalisé, lobbyisé, atlantisé, anglicisé, marchandisé, mercantile, avide et cacochyme

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

Citizen of Wallonia !

Et ric et rac,

On va squetter l’baraque !

Citizen of Wallonia !

Et rac et ric,

On va squetter l’boutique !

 

Quand ils s’en étaient pris aux Ossies,

On n’a rien dit, on n’était pas des Ossies.

 

Et ric et rac,

On va squetter l’baraque !

Et rac et ric,

On va squetter l’boutique !

 

Quand ils s’en sont pris aux pauvres d’Allemagne,

On n’a rien dit, on n’était pas des pauvres d’Allemagne.

 

Citizen of Wallonia !

Et ric et rac,

On va squetter l’baraque !

Citizen of Wallonia !

Et rac et ric,

On va squetter l’boutique !

 

Quand ils s’en sont pris aux Grecs,

On a laissé faire, on n’est pas Grecs.

 

Citizen of Wallonia !

Et ric et rac,

On va squetter l’baraque !

Citizen of Wallonia !

Et rac et ric,

On va squetter l’boutique !

 

Quand ils ont matraqué les Portugais,

On regardait ailleurs, on n’est pas Portugais.

 

Citizen of Wallonia !

Et ric et rac,

On va squetter l’baraque !

Citizen of Wallonia !

Et rac et ric,

On va squetter l’boutique !

 

Quand ils s’en sont pris aux Espagnols,

On n’a rien fait, on n’est pas Espagnols !

 

Quand ils s’en prendront aux Italiens,

On ne dira rien, on n’est pas Italiens.

 

Citizen of Wallonia !

Et ric et rac,

On va squetter l’baraque !

Citizen of Wallonia !

Et rac et ric,

On va squetter l’boutique !

 

Maintenant qu’ils s’en prennent aux Wallons,

Si on ne fait rien, demain, on aura l’air con.

 

Citizen of Wallonia !

Et ric et rac,

On va squetter l’baraque !

Citizen of Wallonia !

Et rac et ric,

On va squetter l’boutique !

 

Citizen of Wallonia !

Et ric et rac,

On va squetter l’baraque !

Citizen of Wallonia !

Et rac et ric,

On va squetter l’boutique !

 

 

Citizen of Wallonia ! Et ric et rac !
Citizen of Wallonia ! Et ric et rac !
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Marco Valdo M.I.
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20 octobre 2016 4 20 /10 /octobre /2016 20:55

L’ÉTALON EXPLOITÉ


Version française – L’ÉTALON EXPLOITÉ  Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson italienne – Canzone del cavallo bendato  Dario Fo – 1972

 



 

 

 

 

 

Ah, Lucien l’âne mon ami, voici une bien pénible histoire et même sans doute, plus pénible encore pour toi qui es aussi un ongulé. On avait déjà eu l’histoire du cheval pendu et celle du cheval de corbillard et celle du petit cheval , dont tu souviens certainement. Celle-ci est celle du cheval de monte lequel est forcément un étalon, mais certainement pas un de ces fiers étalons qui hantent les rêves des juments et de certaines jeunes cavalières. Il eût pu le devenir, s’il n’y avait les propriétaires de chevaux, les « maîtres » qui vont le réduire en esclavage et dans son cas, en esclavage sexuel ; le but est de recueillir sa semence pour la vendre aux éleveurs, eux-mêmes propriétaires de juments, qu’ils exploitent pareillement à des fins reproductrices. Il y a derrière tout ça un commerce ignoble, qui est dénoncé par la chanson.

 

Oh, j’en ai entendu parler et cela s’est fait, même chez les ânes. C’est évidemment assez cette exploitation, ses méthodes et la fin qu’elle réserve à l’animal dont elle a sucé toute l’énergie. Tout ce processus industriel appliqué au vivant est d’une incroyable brutalité et d’un cynisme écœurant et ces pratiques débordent largement l’exploitation des ongulés. Le nœud de l’affaire, c’est la façon dont l’homme considère les autres espèces animales. Il me semble d’ailleurs qu’il l’a fait à l’égard de sa propre espèce et qu’il le fait encore, d’ailleurs : l’esclavage, la prostitution, la colonisation en sont des exemples.

 

En effet, mais pas seulement et c’est ce que disent les derniers vers de la chanson :

 

« Nous aussi, nous sommes dans l’enclos ;
Le maître a tant de serviteurs. »

 

Ce qui est en cause, c’est la relation du maître et de l’esclave, du maître et du serviteur, du propriétaire et du fermier, du patron et de l’employé, etc. à chaque fois, à chacun de ces binômes correspond une relation d’exploitation, laquelle se fonde sur le pouvoir de l’un sur les autres. C’est le moteur essentiel de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres.

 

Ainsi, Marco Valdo M.I. mon ami, c’est toujours au même mur qu’on se heurte, celui de la richesse, de l’avidité des hommes, à ce que tu avais appelé « L’autre Côté du Mur ». Apportons notre petite contribution à la démolition de l’autre côté du mur et poursuivons notre tâche en tissant sans répit le linceul de ce vieux monde exploiteur, sans moralité, cynique, avide et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Quand un cheval est très fougueux,
Qu’en fait-on ? On l’aveugle et l’enferme.
Puis, on le fait courir tant qu’il peut,
Toujours en rond, en rond sur le sable

Aveuglé, il croit courir en liberté.
Qui sait où il croit courir ?
Qui sait où il croit fuir ?
Mais il est toujours là, enfermé.

Aveuglé, foutu, fourbu.
Des chevaux, il y en a tant en plus,
Le maître en a tellement,
Plus de mille certainement.

Cours, cours, écume, cours à t’estropier,
C’est sur le sable que tu cours,
Pas sur l’herbe ; et tu manges 
La merde, pas le foin ; et tu montes 
Une belle jument blanche
Mais c’est une jument de planches,
Avec un sac pour garder ta semence,
Que très cher, le maître vendra

Aux éleveurs. Et quand tu te calmeras,
Que tu auras passé l’âge de la monte,
Enfin, tu sortiras de ta prison
Pour un long voyage dans un wagon.

 

Ta mort sera rapide chez l’abatteur,
Ta viande sera vendue au kilo.
Nous aussi, nous sommes dans l’enclos ;
Le maître a tant de serviteurs.

L’ÉTALON EXPLOITÉ
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Marco Valdo M.I.
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18 octobre 2016 2 18 /10 /octobre /2016 09:22

La Complainte du P3

 

Chanson française – La Complainte du P3 – Jean Yanne – 1958

 

 

 

 

 

 

Ah, Marco Valdo M.I., mon ami, une chanson de Jean Yanne. C’est toujours une découverte et aussi, j’en suis sûr une fameuse rigolade qui se prépare.

 

Si on veut, Lucien l’âne, mon ami. Cependant, si le rire est le propre des chansons de Jean Yanne.

 

Je pense aussi que le rire est le propre de Jean Yanne lui-même, dit Lucien l’âne de l’air grave de l’académicien.

 

Tu as parfaitement raison, le rire est le propre de Jean Yanne et par conséquent, le sale de ceux qui le méprisent. Donc, je reprends, dit Marco Valdo M.I., il y a sous cette apparente facilité des chansons et des propos, sous le recours à des formes très populaires – ici, une sorte de java de caboulot, sous un air ouvriériste, il y a un vrai portrait – à gros traits, certes – de la vie sociale quotidienne et connaissant les habitudes du citoyen Yanne, une fameuse critique du milieu ; le tout transbahutant une fameuse joie de vivre. Ici, Jean Yanne s’en pend aux prêtres-ouvriers qui s’incrustaient dans les usines et les organisations syndicales, une forme d’entrisme catholique assez pervers. C’est pour mieux te reconvertir mon enfant !

 

Oh, dit Lucien l’âne, on ne dirait pas comme ça, à première vue. Évidemment quand on y songe, on se demande ce que des prêtres viendraient faire dans les usines. La même question se pose d’ailleurs pour les aumôniers aux armées.

 

Quand même, Lucien l’âne mon ami, quand on creuse un peu. Le P.3. qui chante sa complainte : a comme amie la sœur d’un prêtre-ouvrier et à force de chauffer sa gamelle dans son petit bain-marie lui fait un enfant, le tout sans se marier du moins avant que vienne « Irénée le divin enfant » – repris d’un chant de Noël où le calembour couvre d’ironie ce « divin enfant », entouré de l’âne et du bœuf. 

À l’oreille et à l’orgue, on goûte mieux encore la sauce d’acide ecclésiastique dont il enrobe sa chanson, toute ciselée d’Ave Maria.

 

Tu m’en diras tant que je brûle comme l’encens de l’entendre, s’exclame Lucien l’âne en agitant ses oreilles comme des fanaux sur les récifs au large des océans.

 

Mais enfin, Lucien l’âne mon ami, comme Jean Yanne a lui-même présenté cette chanson par une sorte de causerie préliminaire, j’ai pris la peine de retranscrire ce texte pour le mettre ici en guise d’introduction.

 

Voilà une très belle idée, Marco Valdo M.I. mon ami, car en quelque sorte, ces commentaires introductifs de Jean Yanne font intégralement partie de la chanson elle-même et puis, ainsi les voilà gravés dans la pierre du temps et indissociablement liés à la chanson qu’ils éclairent. Et puis, on leur portera ainsi peut-être toute l’attention qu’ils méritent (religieux). Quant à nous deux, pauvres canuts et moi en particulier qui court tout nu à poils, reprenons notre tâche sempiternelle et digne d’une noria (Ave noria !) et tissons avec méthode et obstination le linceul de ce vieux monde miraculeux, illusionniste, clérical et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Je voudrais vous chanter une chanson qui a pour but de réconcilier le clergé et la masse ouvrière.

Je voudrais réconcilier le clergé et la masse ouvrière, car vraiment, il me paraît tout à fait nécessaire à notre époque de tenter ce rapprochement entre les groupes ethniques opposés qui sont quelquefois séparés pour des raisons physiques tout à fait quelconques comme le fait qu’ils ne sont pas vêtus de la même façon ou qu’ils ne mangent pas la même chose le vendredi.

Et en même temps, comme je parle de masses ouvrières, je voudrais attirer votre attention sur une catégorie d’individus dont on ne fait pas assez le cas à notre époque, ce sont les P3.

 

Pour ceux d’entre vous qui lisent attentivement les journaux, vous savez ce que sont les P3, car les firmes automobiles en font une énorme consommation. Ce sont les ouvriers professionnels de 3ième catégorie dont on a eu l’occasion de parler de temps à autre lors des remises de décorations, mais qu’on ne choisit jamais comme personnages de roman ou de chanson. Et à mon sens, c’est un tort, car les P3 sont une belle catégorie d’ouvriers et valent largement tout un tas de personnages qu’on a illustrés ces derniers temps en musique.

C’est pourquoi j’ai voulu réparer cette injustice en écrivant tout spécialement La Complainte du P3.

 

Ainsi Parlait Jean Yanne

 

 

 

Du début jusqu’à la fin de la semaine,
Je suis P3 chez Citroën ;
C’est un bon petit boulot
Avec cantine et avantages sociaux.


Je suis copain avec Nénesse
Qu
i est délégué du syndicat.
À la chaîne des boîtes de vitesses,
Je suis heureux comme un roi.


D’autant plus que le samedi
Et le dimanche aussi :
Avec Maria,

On va danser la java.

Maria, c’est la jouvencelle
Chez qui je vais tous les midis
Pour faire chauffer ma gamelle
Dans son petit bain-marie.

 

Je l’ai connue l’année dernière
Au bal de la RATP,

Là où travaillait son frère
Comme prêtre-ouvrier.

 

Et ce soir-là, messieurs-dames,
À la salle Wagram,
Avec Maria,

On a dansé la java.

On s’aime tout comme Adam et 
Ève,
On va bientôt se marier.
On attend la prochaine grève,
Pour que je sois augmenté.


Mais comme l’a dit mon contremaître,
Quand on est jeune, faut s
e dépêcher.
Ainsi, un enfant va naître
Qu’on appellera Irénée.

 

Irénée le divin enfant
Et le soir sans

Un mot, autour du berceau,
Avec Maria, on ira danser le tango.

La Complainte du P3
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Marco Valdo M.I.
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16 octobre 2016 7 16 /10 /octobre /2016 22:14

PEUPLE QUI DE TOUJOURS

 

Version française – PEUPLE QUI DE TOUJOURS – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson italienne — Popolo che da sempre – Dario Fo – 1971

 

 

 

 

 

Du balcon de la Maison du Peuple 

 

 

Ah, Lucien l’âne mon ami, un comédien qu’on aime bien vient de mourir. Bien évidemment, comme il est aussi l’auteur de cette chanson, dont je présente une version française, tu sais déjà qu’il s’agit de Dario Fo. Boris Vian disait lui-même : « un mort, c’est complet. On n’est pas complet tant qu’on est pas mort. » Il est mort, le voilà donc complet ; elle termine la vie ; la chose est banale et n’a rien de tragique.

 

En effet, dit Lucien l’âne d’un air narquois et aux pieds noirs, ce sont des choses qui arrivent dans la vie. Cependant, je le dis tout net à ceux que ça inquiète, qu’ils se rassurent, ça n’arrive qu’une seule fois. Une seule fois, sauf dans de rarissimes cas et encore. On laissera de côté les erreurs de diagnostic où des gens apparemment morts ont soudain réémergé de cette sorte de coma. On laissera pareillement de côté les ressuscités administratifs ou judiciaires, comme Joseph Porcu. Cependant, on raconte dans un livre ou dans un autre que certains seraient morts plusieurs fois ou étant déclarés morts seraient revenus à la vie, comment dire : miraculeusement – mais nul n’en a gardé trace certaine. Ce sont des fariboles. En vérité, Marco Valdo M.I. mon ami, je te le dis, à part nous, petits personnages imaginaires, qui donc peut être éternel et ressusciter ?

 

Et ressusciter à la demande, de surcroît, précise enthousiaste et joyeux Lucien l’âne ; car moi, par exemple, parfois pendant des siècles on me laisse végéter sur le bord des chemins peu fréquentés et puis soudain, à ta demande, je reprends vie et littéralement, je ressusciteLa seule chose triste dans cette affaire, c’est que Dario Fo, dont je doute fort qu’il ressuscite, n’écrira plus de chansons, ni de pièces et qu’il ne les jouera plus. Encore que, en vérité, dans l’état où il était, il vaut sans doute mieux qu’il ait quitté le monde définitivementDu point de vue professionnel, en quelque sorte, peut-être aurait-il pu comme Molière et bien des travailleurs, rattrapés par la mort blanche et des militaires par une balle perdue ou un coup de mortier, mourir en pleine action et dans son cas, en scène, dans une dernière parade : théâtralement. Mais, parle-moi maintenant de la canzone.

 

Eh bien, Lucien l’âne mon ami, cette chanson est – avant la lettre – une chanson qui raconte à sa manière la Guerre de Cent Mille Ans , cette furieuse guérilla que les maîtres mènent contre les gens du peuple aux seules fins de maintenir leur pouvoir, d’accroître leurs richesses, de renforcer leur domination et de tirer plus de profits encore. Et ils y parviennent : l’écart entre les riches et les pauvres s’accroît encore et encore et partout dans le monde. La canzone s’adresse au peuple et lui propose de réfléchir à cet état de choses. Elle dit exactement :

 

« Cherchons à comprendre, 
Ensemble au moins une fois à comprendre

À découvrir le pourquoi
De ce truc-là. »

 

C’est une excellente idée, Marco Valdo M.I. mon ami, et si je m’en souviens bien, c’était aussi le but de la chanson sur la Guerre de Cent Mille Ans.

 

 

Avant de te laisser conclure, je voudrais éclaircir une singularité de ma version française. Comme on peut le voir, le texte de la version française est plus long que l’original. Ce n’est pas que la langue française soit si peu concise, mais c’est que j’ai rajouté – un peu à la manière de Dario Fo – en manière de refrain un petit quatrain, tiré du folklore populaire contemporain de Wallonie.

 

« Et ric et rac,

On va squetter l’baraque !

Et rac et ric,

On va squetter l’boutique ! »

 

C’est en fait en soi une chanson complète, disons une antienne, une rengaine que chantent les manifestants en colère, annonçant leur intention de faire de gros dégâts s’ils n’obtiennent pas satisfaction. C’est l’expression pure de la colère populaire ; elle veut dire grosso modo : « On va tout foutre en l’air » ; c’est le feulement du tigre, le grondement du séisme qui monte du centre de la Terre, c’est le chant des Canuts : « on entend déjà la révolte qui gronde ». Ce chant accompagnait les grandes manifestations très dures (il y eut des morts) de l’hiver 1960-1961, quand la Wallonie a failli obtenir son indépendance. Finalement, la manœuvre politique n’a fait que renverser le gouvernement belge… et un autre s’est empressé de prendre sa place ; c’est ce que raconte si bien la chanson. Voilà, nous sommes plus de cinquante ans plus tard et l’affaire n’est toujours pas réglée. Et la Wallonie, très largement minoritaire au nombre d’habitants et donc aux élections, au nombre d’élus – dans toutes les structures nationales, elle souffre d’un sous-investissement systématique, d’une sorte de mépris national et paye toujours plus cher son enfermement dans la Belgique sous domination flamande. Tout cela se traduit par une misère grandissante (qu’on essaye de camoufler), par la disparition massive d’emplois, la dégradation se marque dans les paysages urbain et périurbain, on annonce une pénurie de médecins…Voilà pourquoi dans les manifestations, on entend de plus en plus « Et ric et rac… ». À propos de la chanson de Dario Fo elle-même, on comprendra à ce qui précède qu’elle est tout à fait en syntonisation avec la situation contemporaine de nos régions.

 

Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, ce « Et ric et rac » pourrait bien devenir un cri de ralliement à l’échelle de l’Europe entière. Quand on voit ce qu’ils font aux Grecs et qu’ils essayent d’imposer partout ailleurs sur le continent, sans compter le reste du monde. Européens, regardez ce qu’ils font aux Grecs, ils vous le feront bientôt ! Tu as donc bien fait de rajouter ce petit refrain, il pourra servir. Quant à nous, reprenons notre tâche et tissons, autant que nous pourrons, le linceul de ce vieux monde arnaqueur, exploiteur, rusé, flagorneur, écraseur et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Peuple de toujours au boulot assidu,
Couillonné depuis dix mille ans et plus,
Piétiné, divisé,
Raillé et roulé,

Combien de fois as-tu explosé
Et t’es-tu jeté tête baissée dans la bagarre
Et as-tu foutu en l’air toute la baraque ?

 

Et ric et rac,

On va squetter l’baraque !

Et rac et ric,

On va squetter l’boutique !


Et combien de fois as-tu coupé

Les têtes bâtardes des maîtres.
Mais le maître sans attendre pâques et trinité
Est toujours ressuscité.

Alléluia !

Toujours il est reparu.
Alléluia !

Comme avant, encore une fois, oh ! Miracle, il est revenu !
Alléluia !

Avec des flagorneries, avec des cabrioles,
Avec des bons mots, avec des crocs en jambe,
Avec des préfets, avec des prêtres ! 
Alléluia
 !

Avec des réformes, avec des chiquenaudes, 
Avec des policiers, avec des juges ,
Comme avanttoujours, est revenu le maître ! 
Alléluia
 !

Comment y est-il parvenu? 
Le truc est archiconnu.
Dans cette histoire, 
Cherchons à comprendre, 
Ensemble au moins une fois à comprendre

À découvrir le pourquoi
De ce truc-là.

 

Et ric et rac,

On va squetter l’baraque !

Et rac et ric,

On va squetter l’boutique !

 

 

PEUPLE QUI DE TOUJOURS
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Marco Valdo M.I.
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14 octobre 2016 5 14 /10 /octobre /2016 20:32

Le Sâr Rabindranath Duval

Pierre Dac et Francis Blanche – Le Sâr Rabindranath Duval – 1957 (version 1960)

 

 

 

 

Lucien l'âne mon ami, en ce jour de gloire où il m’est arrivé de retrouver le texte de ce sketch mémorable entre tous de Pierre Dac et Francis Blanche et de constater qu’on y trouve une des devises les plus antimilitaristes qui soit, je me suis empressé de la présenter dans les Chansons contre la Guerre. Car, vois-tu, le rire est une des manifestations les plus nettes de la joie des hommes et par conséquent, un grand moment de pacifique détente.

 

Ah, Marco Valdo M.I. mon ami, moi, a priori, je suis toujours enthousiaste à l’idée d’entendre ou de voir ou même de lire les élucubrations de Pierre Dac et Francis Blanche. Ce sont des moments fastueux dans l’existence d’un âne.

Et le Sâr Rabindranath n’échappe pas à la règle. Pour ce qui est de l’insérer dans les chansons contre la Guerre, comme je te le disais, il y a là une phrase qui pourrait servir de devise au site lui-même. Je veux parler de cette réplique de Francis Blanche, qui énonce : « Brahma la Guerre et Vishnou la Paix ».

Tout un programme. J’ai entendu dire que c’était un des grands moments du spectacle comique français. Un de ces numéros qu’on ne se lasse pas d’entendre.

 

Voici deux mots de ce qu’en dit le grand Wiki : « Le Sâr Rabindranath Duval est un des plus célèbres sketchs comiques créés par Francis Blanche et Pierre Dac. C'est une parodie des numéros de divination, qui met en scène un mage, un fakir quasiment nu, assis en tailleur sur un plateau, lequel repose sur un pied, une sorte de guéridon et son assistant, portant turban et une tenue censée être indienne.

 

Faux folklore, faux fakir, fausse Inde, faux numéro qui dénonce de vrais escrocs et quand on connaît les duettistes, deux maîtres de l’humour, quand on se souvient des chansons que Pierre Dac écrivait et interprétait contre les nazis et leurs alliés, on imagine que cette parodie doit aussi être vue comme une parabole et qu’elle déborde le petit monde du spectacle pour s’étende à d’autres domaines du monde : la religion, par exemple ; ce « Votre Sérénité » rappelle singulièrement « Votre Sainteté » et toutes les appellations honorifiques dont on affuble les grands de ce monde : éminence, majesté, grandeur et autres rodomontades protocolaires.

 

Arrêtons-nous là, Marco Valdo M.I. mon ami, si tu veux bien et laissons dire les eux comparses. Quant à nous, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde religieux, protocolaire, conformateur et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Mesdames, mesdemoiselles, messieurs,

 

– J’ai le grand plaisir honorifique de vous présenter ce soir, tout à fait exceptionnellement dans le plus simple appareil, une beauté qu’on vient d’arracher, à on ne sait pas à quoi d’ailleurs ! … de vous présenter le Sâr Rabindranath Duval, qui est le descendant authentique des grands Sârs, des grands visionnaires de l’Inde ! Votre Sérénité…

– Hum ! Hum !

– Vous avez bien dîné déjà ? Bon ! 

– Vous descendez des grands Sârs de l’Inde ?

– Oui.

– Vous êtes né dans l’Inde ?

– Je suis né dans l’Inde.

– À quel endroit de l’Inde ?

– Châteauroux.

– À Châteauroux ! Extraordinaire ! Vraiment ! D’ailleurs, je crois savoir de source sûre que votre père était hindou.

– Hindou, oui.

– Votre grand-père ?

– Hindou.

– Et votre arrière-grand-père ?

– C’était un dur.

– Voilà, donc par conséquent, il a depuis de longues années la pratique de la vision hindoue. Dites–moi, Votre Sérénité, vous avez le don de double vue ?

– Oui, je vois double.

– Il voit double ! Je m’en doutais un peu d’ailleurs ; vous voyez donc, mais c’est héréditaire ?

– Héréditaire !

– C’est atavique.

– Non, c’est à moi !

– Je veux dire, c’est congénital !

– Non, c’est quand j’ai trop bu.

– Il faut dire, je tiens absolument à préciser, que Sa Sérénité fait de grands exercices tous les jours, quotidiennement presque, pour conserver son don de double vue. 
Il fait le yoga, n’est-ce pas ?  Vous faites le yoga ?

– Oui, oui. 

– C’est le yoga de…

– La Marine !

– Et il surveille également de très près son alimentation.

– Quelle est votre alimentation ? Qu’est–ce que vous prenez pour votre dîner ?

– Uniquement de la cuisine à l’huile.

– La cuisine des Sârs ?

– La cuisine des Sârs, oui !

– Oui, mais pourquoi ?

– Parce que les Sârs dînent à l’huile !

– Les Sârs dînent à l’huile ! Vraiment, ce n’est pas trop tiré par les cheveux du tout parce qu’il n’en a plus ! Alors, si vous permettez, nous allons nous livrer sur quelques personnes de l’assistance publique, à des expériences tout à fait extraordinaires. Votre Sérénité, je vais vous demander de vous concentrer soigneusement… 

– Voilà ! Vous êtes concentré ?

– Je suis concentré.

– Il est concentré, comme on dit chez Nestlé… parfait. Votre Sérénité, concentrez–vous bien, vous êtes en transe ?

– Oui, je suis en transe napolitaine.

– En transe napolitaine ? Votre Sérénité, concentrez–vous bien, et dites–moi, je vous prie, quel est le signe zodiacal de monsieur ?

– Monsieur est placé sous le double signe du Lion et du fox à poil dur.

– Oui, dites–moi quel est son caractère ?

– Impulsif, parallèle et simultané.

– Quel est son avenir ?

– Monsieur a son avenir devant lui, mais il l’aura dans le dos, chaque fois qu’il fera demi-tour.

– Il est vraiment extraordinaire ! Voulez–vous me dire, à présent, quel est le signe zodiacal de mademoiselle ?

– Mademoiselle est placée sous le triple signe bénéfique de la Vierge, du Taureau et du Sagittaire avant de s’en servir.

– Ah ! C’est ça. Il a raison ! Il a mis dans le mille, n’est-ce pas ? Il a mis dans le mille, comme disait Jean-Jacques Rousseau. Votre Sérénité, au lieu de vous marrer comme une baleine… 
Excusez–nous, Sa Sérénité est en proie aux divinités contraires de l’Inde : Brahma et Vishnou. Brahma la guerre et Vishnou la paix. Voulez–vous me dire, s’il vous plaît, Votre Sérénité, quel est l’avenir de mademoiselle ?

– L’avenir de mademoiselle est conjugal et prolifique.

– Ah ! Prolifique ?

– Oui.

– Qu’est–ce que ça veut dire ? Elle aura des enfants ?

– Oui.

– Des enfants ?

– Des jumelles.

– Des jumelles !!! Combien ?

– Une paire avec la courroie et l’étui !

– Voulez–vous, à présent, je vous prie, me dire quel est le signe zodiacal de monsieur ? 

– Ce monsieur est placé sous le signe de Neptune, Mercure au chrome.

– Quels sont ses goûts ?

– Monsieur a des goûts sportifs.

 

– Son sport préféré ?

 

– Le sport cycliste.

– Bien. Qu’il peut pratiquer sans inconvénient ?

– Oui, mais à condition toutefois de se méfier.

– Se méfier. De qui ? De quoi ?

– De certaines personnes de son entourage qui prétendent que sa compétence dans le domaine de la pédale exerce une fâcheuse influence sur son comportement sentimental.

– Ah ! Encore une fois vous avez mis dans le mille. Mais, dites–moi, qu’est–ce que vous lui conseillez municipal ?

– Je lui conseille vivement de changer de braquet et de surveiller son guidon.

– Votre Sérénité, tout à fait autre chose à présent. Pouvez–vous me dire quel est le sexe de monsieur ?

– Masculin.

– Oui. Vous êtes certain ?

– Oui. Vous pouvez vérifier.

– Non, non, on vous croit sur parole ! Et dites–moi, quelle est sa taille ?

– Un mètre soixante-seize : debout, un mètre cinquante-six : assis, zéro mètre

quatre-vingt-trois : roulé en boule.

– Et dites–moi, il pèse combien ? 

– Oh… deux fois par mois !

– Non, non ! Excusez le Sâr, il ne comprend pas bien le français. Je vous demande quel est son poids : p.o.i.x. ?

– Soixante-douze kilos cinq cents ! Sans eau, sans gaz et sans électricité.

– Oui, dites–moi quel est le degré d’instruction de monsieur ?

– Secondaire.

– Oui. Est–ce que monsieur a des diplômes ?

– Oui, monsieur est licencié GL.

– Licencié GL ? Qu’est–ce que ça veut dire ?

– Ça veut dire qu’il travaillait aux Galeries Lafayette et qu’on l’a foutu à la porte.

– S’il vous plaît, Votre Sérénité, concentrez-vous bien, combien monsieur a-t-il de dents ? 

– Trente dedans et deux dehors !

– Voilà très bien ! Monsieur a-t-il des complexes ?

– Oui ! Monsieur fait un complexe… À certains moments, il prend sa vessie pour une lanterne.

– Et alors ?

– Et alors, il se brûle !

– Dites-moi, Votre Sérénité, nom d’un petit bonhomme, dites-moi de quelle nationalité est madame ?

– Française.

– Oui. Et son père ?

– Esquimau !

– Et sa mère ?

– Pochette surprise !

– Très bien !… Et ta sœur ?

– Ma sœur, elle bat le beurre et quand elle battra (la merde, tu lécheras le bâton) …

– Bon, bon, oui, ça va ! – Escroc, voleur !

– Espèce de mal élevé, mauvaise éducation, excusez-le. Il n’y a pas longtemps… Il en a une touche là-dessus. Tiens, encore il y a trois ans, il n’avait même pas un plateau, il avait directement le pied de la table… Mais enfin, ça, c’est autre chose… Votre Sérénité, pouvez-vous me dire, s’il vous plaît … ?

– Oui !

– Euh !

– Quoi ?

– Qu’est-ce que vous pouvez me dire ?

– Je peux vous dire que vous ne savez plus votre texte…

– Si vous étiez intelligent, dites-moi donc ce que je dois vous demander à présent ? Votre Sérénité, pouvez-vous me dire, c’est très important, concentrez-vous, pouvez-vous me dire quel est le numéro du compte en banque de monsieur ?

– Oui.

– Vous pouvez le dire ?

– Oui ! !

– Vous pouvez le dire ?

– Oui ! ! ! 

– Il peut le dire ! ! ! Bravo ! Il est extraordinaire, il est vraiment sensationnel. Votre Sérénité, quelle est la nature du sous-vêtement de monsieur ?

– Monsieur porte un slip.

– Oui. De quelle teinte ?

– Saumon fumé.

– Tiens, tiens, en quoi est–il ?

– En chachlik mercerisé.

– Ah ! Il a un signe particulier ?

– Oui. Il y a quelque chose écrit dessus.

– Quoi donc ?

– Suivez la flèche.

– C’est merveilleux. Tout à fait extraordinaire ! ! ! Votre Sérénité, monsieur que voici, que voilà, a-t-il un signe particulier ?

– Oui, un tatouage.

– Ah ! Un tatouvage ! Très intéressant ! C’est bien exact ? Je ne le lui fais pas dire ! C’est bien exact ! Et où se trouve situé le tatouvage de monsieur ?

– Je suis extrêmement fatigué, je m’excuse…

– Allons, allons, voyons… Monsieur Schumacher !

– … C’est très délicat et je suis fatigué.

– Il est dans un état épouvantable, excusez-le. Votre Sérénité, je vous demande où se trouve situé le tatouvage de monsieur ?

– Le tatouage de monsieur est situé à un endroit que l’honnêteté et la décence m’interdisent de préciser davantage. 

– Qu’entendez-vous par là ?

– Par là, je n’entends pas grand–chose.

– Je vous prie de vous concentrer davantage, espèce de malotrou ! Alors, que représente le tatouvage de monsieur, s’il vous plaît ?

– Bon ! Le tatouage de monsieur représente… Enfin lorsque monsieur est en de bonnes dispositions, le tatouage représente : d’un côté, la cueillette des olives en Basse-Provence, et de l’autre, un épisode de la prise de la Smalah d’Abd-El-Kader par les troupes du duc d’Aumale en mil huit cent quarante-trois.

– Ah ! Parfait ! Et de plus ?

– Et c’est en couleurs !

– Et c’est en couleurs ! Bravo ! Mes félicitations, monsieur ! Vraiment, si, si, vraiment très bien ; mes compliments, madame ! Madame a de la lecture pour les longues soirées d’hiver, c’est parfait. Votre Sérénité, vraiment, vous avez été extraordinaire, c’est vrai, vraiment, il est vareuse… il est vareuse…

– Quoi ? …

– Non, il est unique, pardon, je me suis trompé de vêtement, mais ça ne fait rien. Il ne me reste plus qu’à envoyer des baisers à l’assistance publique. 

 

Bonsoir Mesdames, bonsoir Mesdemoiselles et bonsoir Messieurs !

 

Le Grand Sâr sur son plateau

Le Grand Sâr sur son plateau

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Marco Valdo M.I.
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11 octobre 2016 2 11 /10 /octobre /2016 21:29

Le Rêve de Guillaume sur papier

 

 

 

 

 

 

 

Après Dachau Express, voici un autre livre de Marco Valdo M.I. : c’est le premier tome des Histoires d’Allemagne ; il s’intitule Le Rêve de Guillaume et couvre les années 1900 à 1919.

 

Ce qu’il faut absolument dire ici, ce qui mérite d’être dit et souligné ici, c’est que sans les Chansons contre la Guerre (C.C.G.), cette édition papier n’aurait sans doute jamais existé puisque toutes les chansons et tous les textes (ou presque) qui y figurent viennent en droite ligne des C.C.G. Ils y ont été conçus et ils y ont grandi ; l’auteur y a aussi appris à les faire.

Au final, il y a 29 chansons pour 20 années. Il y en a 9 qui sont des versions françaises de chansons allemandes, proposées ici par Marco Valdo M.I. ; pour certaines, il a même fallu faire la version française expressément afin de pouvoir les insérer dans le livre.

 

On y trouvera donc :

 

1900 – L’Été à Pékin ; 1901 – Else du Mont des Oliviers ; 1902 – Canotiers et Casques à Pointe ; 1903 – Les Pragois étaient allés à Sankt Pauli ; 1904 – Une grande Grève ; 1905 – La belle Canonnière ; 1906 – U 1, et cætera ; 1907 – Rappaport au Rapport ! ; 1908 – Une Tradition familiale ; 1909 – Un, deux, trois, quatre, cinq, six Jours ; 1910 – La Grosse Berta ; 1911 – Guillaume dessine des Bateaux ; 1912 – La Havel était lasse ; 1912 – Le Crabe et le Kangourou ; 1913 – Le Monument ; 1914 – Boue, Bombe, Bruit et Brouillard ; 1915 – Casques à Pointe et Casques d’Acier ; 1915 – Lili Marlène ; 1916 – À la Prochaine ! ; 1916 – Chant des Soldats ; 1916 – Danse macabre 1916 ; 1917 – Alerte au Gaz ! Gaaz ! Gaaaz ! ; 1917 – Danse macabre en Flandres ; 1918 – La Der des Ders ; 1918 – La Légende du Soldat mort ; 1919 – Mon Michel ; 1919 – Achats ; 1919 – Guerre à la Guerre ; 1919 – La Paix.

 

Republier ce qui existe déjà dans les C.C.G. et sur au moins, deux blogs (Canzones et Histoires d’Allemagne) peut sembler paradoxal, mais il n’en est rien. Il y a diverses raisons à cela.

 

La première, c’est la demande de plusieurs amis qui souhaitaient pouvoir trouver ces Chansons contre la Guerre (en langue française) sur papier ; essentiellement par commodité de lecture. Les écrans lassent l’œil.

 

La deuxième, c’est le souhait de l’auteur de voir son travail présenté sous une autre forme ; peut-être aussi, son envie de faire des livres et le fait que j’aime les livres.

 

La troisième est une opportunité de l’évolution ; tout comme Internet avait permis la création et le développement (notamment) des Chansons contre la Guerre (et d’un milliard d’autres sites, blogs…), les nouvelles formes d’édition sont apparues qui permettaient de publier des livres sans disposer de grands moyens financiers et pour tout dire, sans moyen. C’est une forme d’édition libre qui naissait. Concrètement, je suis mon propre éditeur, mais également, celui qui écrit les textes, les compose, les met en page, les corrige ; il n’y a que les imprimer que je ne fais pas. Ce travail artisanal se rapproche assez de celui du peintre, du sculpteur. Évidemment, tout ceci n’est possible que parce qu’un imprimeur peut – grâce à des nouvelles techniques – proposer une impression à la demande, un exemplaire à la fois et à un prix raisonnable à l’exemplaire. Ainsi, chaque personne qui le souhaite peut publier un livre (mais il faut évidemment pouvoir faire, c’est-à-dire concevoir et écrire un livre, ce qui est un autre sujet), mais aussi peut commander directement son exemplaire du Rêve de Guillaume à l’imprimeur et régler son dû à l'imprimeur.

Une des conséquences de cette manière de faire est qu’il ne se trouvera pas des paquets de ce livre sur les étals des libraires, sauf si un libraire particulièrement enthousiaste décide de le faire dans sa librairie.

On me demande souvent si je fais ces livres pour gagner de l’argent… Avec ce système de vente à l’exemplaire, c’est à peu près impossible ; mais en fait, comme disait mon grand-père, ce n’est pas le but du jeu ; traduction : on s’en fout. Dès lors, il est clair qu’on ne pousse pas à la consommation : lit qui veut.

 

Une autre raison de cette publication est que les Histoires d’Allemagne avaient été conçues sur une durée de plusieurs années et apparaissaient dispersées et perdaient une bonne part de leur vitalité en raison-même de cet éparpillement. Il convenait d’y mettre de l’ordre et de les rassembler en un ensemble structuré.

 

Bonne idée car en les regroupant, il est apparu que ces chansons jouaient un rôle de catalyseur de la réflexion sur ce qui est actuellement le « problème central de l’Europe » : l’Allemagne.

 

L’Allemagne qui fut le Rêve d’Otto (von Bismarck) est déclinée ici en six rêves qui prolongent celui du premier chancelier. Tous ces rêves tendent vers le même but : la Grande Allemagne.

 

On commencera ici par celui de Guillaume II, qui est donc un chapitre du déroulement du rêve allemand. Comme on sait, il se terminera par un épouvantable désastre.

L’unification allemande était certes un rêve et aurait pu être un rêve réussi, s’il n’y avait une question de méthode : la méthode militaire, l’usage de la force, l’ambition territoriale, le nationalisme et la guerre étaient des erreurs tragiques.

L’idée était bonne, excellente même, mais la méthode absolument exécrable. C’est ainsi qu’on finit par mourir pour des idées…

 

D’autres volumes sont prévus. On en reparlera.

 

 

 

Ainsi Parlait Marco Valdo M.I.

 

On peut le trouver à l'adresse :

 

http://www.publier-un-livre.com/fr/le-livre-en-papier/261-le-reve-de-guillaume

 
 
Le Rêve de Guillaume sur papier
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Marco Valdo M.I.
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10 octobre 2016 1 10 /10 /octobre /2016 17:55

 

 

Le Mambo du Légionnaire

 

 

Chanson française – Le Mambo du LégionnaireJean Yanne1958

 

 

 

 

 

 

 

 

Dialogue maïeutique

 

Lucien l’âne mon ami, je viens de retrouver quelques chansons de Jean Yanne et je me rends compte qu’elles ne sont pas dans les Chansons contre la Guerre, alors que de toute évidence, elles devraient s’y trouver. Au double tertre de chanson folklorique et comme il se doit – au moins pour celle-ci – résolument contre la guerre, même si comme disait un commentateur éclairé, même à la lumière du jour, cela ne se voit pas. Laissons passer la nuit et on comprendra.

 

Pourtant, habituellement, dans la critique, Jean Yanne n’y va pas par quatre chemins, dit Lucien l’âne aux yeux éberlués comme s’il voyait un âne monter droit dans le ciel en emportant un barbu.

 

En effet, Jean Yanne, ordinairement n’y va pas par quatre chemins. Là, tu as raison, Lucien l’âne mon ami, mais ici, non. Il n’y va ni par quatre, ni par un, chemins, mais même il n’y va pas du tout. Je m’explique, car je vois ton désarroi. C’est sa manière. En apparence, il a l’air de raconter n’importe quoi, une histoire pseudo-moyen-orientale de légionnaire et de désert, de chameliers et de mousmés. Une vue teintée de nostalgie post-coloniale. Et elle le serait, n’était la dose d’acide comique et ironique qu’elle contient. En clair, c’est un tableau ravageur, un monument de moquerie à l’égard de la colonisation française et de son bras armé, la Légion étrangère. C’est une chanson aussi peu militariste que Le Déserteur de Boris Vian, qui date d’ailleurs de la même époque. Quoique ! L’année 1958, date du Mambo du Légionnaire, est le moment où la Guerre d’Algérie s’intensifie et où a lieu le coup d’État, parti d’Alger et la venue au pouvoir du Général De Gaulle. D’ailleurs, au récital de Nîmes où Jean Yanne fait la première partie de Dalida (une chanteuse à la mode pendant une grande partie du siècle), les Légionnaires présents dans la salle vont tellement peu apprécier sa chanson qu’il n’aura que le temps de s’échapper. Pourtant, on dirait une sorte de prospectus touristique… Évidemment, on dirait seulement. Car, déjà, un mambo du légionnaire, c’est un peu la Java de Jésus, c’est comme on dit par ici et maintenant : « c’est du foutage de gueule ». Et tout le reste à l’avenant. Je ne sais si les légionnaires ont décortiqué le texte jusque là, mais ils ont immédiatement senti ce dont il s’agissait. D’autant que de « mambo », on peut toujours chercher, il n’y en a pas ; la toccata et le chanteur sont carrément (et volontairement) sinistres.

 

Bon, alors écoutons là. Puis, on reprendra notre tâche et on tissera à quatre mains le linceul de ce vieux monde empli danseuses, de légionnaires, de toccatas, de chameaux et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Pour en revenir à ce que je disais avant les vacances, je voudrais vous chanter une chanson qui remonte aux sources, c’est-à-dire une chanson inspirée par le folklore.

Le folklore est une des bases fondamentales de la chanson humanitaire et sociale et je trouve bien triste qu’il ne soit pas mieux considéré, qu’il n’est. En effet, le folklore est généralement bien considéré, mais uniquement dans son pays d’origine. Ce qui fait que si on prend pour exemple une chanson anglaise comme le « God save the King ! », on constate que c’est une chanson qui a un énorme succès en Angleterre, mais qui en France, n’a presque pas de succès du tout. Sauf de temps en temps, à l’occasion de certaines réunions sportives et encore faut-il que ce jour-là, il y ait des Anglais sur le terrain.

Je trouve ça infiniment dommage et c’est pour redonner ses lettres de noblesses au folklore que j’ai voulu m’inspirer des thèmes folkloriques du Gabon pour écrire une chanson en contrepoint que j’ai dédiée au Docteur Schweitzer et que j’ai intitulée « Le Mambo du Légionnaire ».

 

 

 

Sur un piano systématiquement faux,

Le légionnaire énigmatiquement beau

Jouait, jouait pour oublier ses tourments

La toccata qu’il aimait tant.

 

Une danseuse exceptionnellement belle,

Avec des hanches sensationnellement telles

Qu’on aurait dit un souple tanagra,

Dansait, dansait au son de la toccata.

 

Le simoun hurlait sur les dunes qui coulaient,

Le sable caracolait sur les galets qui roulaient

Sous les palmiers qui penchaient

Leur tronc qui se desséchait.

 

Le sirocco se fâchait et faisait des ricochets

Quand le vent soufflait, que la tempête ronflait

L’eau n’avait pas de reflet, les sources se camouflaient

Et le désert s’étendait.

 

Sous le bruit crescendo du tonnerre qui montait

Quand les éclairs descendaient,

Le soleil dardait ses rayons sur les oueds,

Des moustiques cavalcadaient, fous comme des farfadets.

 

Des chameliers qui passaient, les cheveux se hérissaient

Car devant eux se dressaient des mirages qui plus

Est, ce qui prouvait que lorsqu’on ne pouvait plus

Marcher si l’on avait mal aux pieds, on en crevait.

 

Car le sable faisait des tombes pour ceux qui décédaient

Dans ce curieux bled où dès le matin, on entendait :

 

Mambo

 

Sur un piano systématiquement faux,

Le légionnaire énigmatiquement beau

Jouait, jouait pour oublier ses tourments

La toccata qu’il aimait tant.

 

Une danseuse exceptionnellement belle,

Avec des hanches sensationnellement telles

Qu’on aurait dit un souple tanagra,

Dansait, dansait sous le ciel du Sahara.

 

Gaga désopilant

 

Ah, Sahara ! Sahara ! Sahara !

Tant que les mousmés et les légionnaires

Ah, Sahara ! Sahara ! Sahara !

Pourront faire des fugues et des toccatas.

 

 

Le Mambo du Légionnaire
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Marco Valdo M.I.
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9 octobre 2016 7 09 /10 /octobre /2016 11:39

INVENTAIRE

Version française – INVENTAIRE – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson allemande – Inventur – Günter Eich – 1948

 

 

 

 

 

 

 


Günter Eich écrivit cette poésie alors qu’il se trouvait dans un camp de prisonniers américain.
« Inventur » est une des œuvres les plus connues et les plus représentatives de la « Trümmerliteratur », la littérature des décombres, qui apparut dans l’Allemagne de l’immédiat après-guerre.

 

 

Dialogue Maïeutique

 

 

Mon cher Lucien l’âne, mon ami, tu te souviendras certainement – car nous l’avons croisé fort récemment ici-même – de Günter Eich, ce poète allemand qui écrivit au camp d’internement de Remagen une série de textes poétiques qui allaient ouvrir la voie à une renaissance allemande, du moins pour ce qui concerne la littérature. Comme sans doute tu le sais, il s’agit d’une littérature nageant jusqu’au coup dans l’histoire, une littérature du réel, une littérature assez poétique pour dire le vrai sans fard et assez maître de son geste pour s’affirmer d’emblée. Un des textes fondateurs est le poème de Günter Eich dont je t’avais fait connaître ma version française et qui s’intutilait tout simplement Latrine – LATRINES. Ce poème de Günter Eich est considéré comme une des premières pierres de la Kahlschlagslitteratur (Littérature des essarts, littérature du défrichage), de la Trummerliteratur (Littérature des ruines, des débris, des décombres), tout comme celui-ci, opportunément intitulé « Inventur - INVENTAIRE ». Une littérature du « degré zéro », basique, fondamentale et de ce fait, au début, elle se doit d’être extrêmement sobre, banale, en quelque sorte, factuelle ou si tu préfères, terre à terre. Tu verras qu’Inventur est on ne peut plus conforme à cette définition. La Trummerlitteratur se prolongera au travers particulièrement du Gruppe 47 (dont on a déjà parlé – notamment, car on y retrouve Günter Grass), dont Günter Eich fut un des membres, presque dès le début et dont il fut le premier lauréat en 1948, pour le recueil où on retrouve ces deux canzones. Cet Inventaire venait à point nommé pour marquer le début d’un nouveau monde qui commençait à partir des ruines et des cendres.

 

Halte-là, Marco Valdo M.I. mon ami, on n’est pas ici pour faire un cours de littérature allemande, mais bien plus simplement, pour parler de cette chanson dont – parenthèse – tu ne m’as pas encore dit grand-chose, c’est là ton moindre défaut. Tu t’en vas toujours à la dérive, un peu au gré des vents qui balayent les profondeurs abyssales de ton crâne vide. Alors, je t’en prie, Marco Valdo M.I. mon ami, reviens sur terre et dis-moi, dis-moi quelque chose de cette canzone. Son titre m’inspire mille idées, mille prémonitions que j’aimerais corroborer.

 

Ah, dit Marco Valdo M.I., Lucien l’âne mon ami, je n’ai absolument pas l’intention de faire une cours de quoi que ce soit, ni ici, ni ailleurs. J’ai dans le passé refusé de le faire et je ne reviendrai pas là-dessus. Pourtant, il me faut ajouter le fait que je suis – au moins pour ce qui touche à la littérature en général et à la littérature allemande tout particulièrement, une sorte de Béotien émerveillé, mais terriblement ignorant et cela ne s’arrangera sans doute pas. D’abord, parce que je n’ai pas l’intention de me spécialiser.

 

Comme je te comprends, Marco Valdo M.I. mon ami, dit Lucien l’âne en riant de tout son cou, les naseaux vers le soleil et les oreilles bien à plat, brillant sur le poil noir, il vaut mieux rester un touche à tout. De toute façon, il faut s’y faire, tu n’as rien d’un personnage académique et moins encore de l’esprit de système qui s’impose quand on s’engage dans pareil dédale et si tu veux mon avis et j’espère que tu ne m’en voudras pas, car il est sincère, j’ajouterais volontiers dans tout dédale organisé ou si tu veux que je le dise autrement, dans tout domaine spécialisé, généralement quelconque. En somme, et dans ma bouche tu comprendras que c’est un compliment, tu es un âne qui va obstinément son chemin, broutant de-ci, de-là au gré des chardons et des bords du chemin.

 

Oh, Lucien l’âne mon ami, quelle avalanche de compliments, me voilà portraituré en baudet allant à l’aventure. Cela me convient assez pour que je te remercie. Cependant, il nous faut quand même revenir à la chanson de Günter Eich, à cet inventaire que fait un vagabond de son équipage et comme à l’habitude, ce vagabond, ce mendiant, c’est l’Allemagne, ce sont les gens qui sortent des camps et des ruines du Reich de Mille Ans. Merci Adolf ! Certains avaient derrière eux un passé lourd de mille vilenies et d’atrocités et d’autres avaient tout simplement été pris dans la tourmente comme on est pris dans un mouvement de foule d’où l’on ne peut se dégager. Il convenait de faire le tri ; ces camps d’après-guerre étaient des centres de tri. On peut certes discuter de leur efficacité, pas de leur opportunité. Ceux qui en sortaient libres connaissaient le sort des prisonniers de guerre et se trouvaient souvent face à un vide terrible. On sort rarement indemne d’une guerre, même de celles qu’on n’a pas voulues, qu’on a dénoncées, refusées, contre lesquelles on a lutté, on paie même pour les fautes d’un régime auquel on a résisté.

 

En effet, dit Lucien l’âne en grattant le sol de ses sabots noirs en signe de perplexité, le simple fait d’être Allemand (ou, ou…) était en soi, a priori, une tare. Et pourtant, les premiers assassinés par les nazis furent des Allemands ; à mon avis, on l’oublie trop souvent. Cela dit, il nous revient de poursuivre plus obstinément encore notre tâche et tisser le linceul de ce vieux monde malade de la guerre, riche, trop riche et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Ceci est mon chapeau,
Ceci est mon manteau,
Voici mon matériel de rasage
Dans le sac de linge.


Boîte à conserves :
Mon assiette, ma tasse,
Sur le fer blanc, j’ai gravé 
Mon nom entier.

 

Incisé là avec ce
Clou précieux,
Je le garde avec convoitise
Sous mes yeux.


Dans mon sac à pain, il y a
Une paire de chaussettes en laine
Edeux-trois chosesque moi 
Je ne montre à personne.


Il sert aussla nuit
De coussin pour ma tête.
Je pose ucarton ici
Entre moi et la terre.

 

Mon crayon et sa mine
Me sont particulièrement chers :
De jour, ils écrivent les vers,
Que la nuit j’invente.

 

Voici mon carnet,
Voilà ma bâche,
Voici ma serviette,
Voici mes lacets.

 

 
INVENTAIRE
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Marco Valdo M.I.
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4 octobre 2016 2 04 /10 /octobre /2016 19:38

ATOMEPOÈME 57

 

Version française – Atomepoème 57 – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson allemande – Atomgedicht 57 – Gerd Semmer – 1957

 

 

 

 

Paroles de Gerd Semmer (1919-1967), poète, journaliste et traducteur allemand, considéré comme le « père de la chanson de protestation allemande ».

Musique de Dieter Süverkrüp (1934-), important auteur-compositeur allemand, ainsi que cabarettiste et artiste graphique, avec lequel Gerd Semmer collabora jusqu’à sa disparition prématurée.

 

 

 

 

Une chanson écrite en solidarité avec les « 18 de Göttingen » (Göttinger Achtzehn), dix-huit physiciens nucléaires allemands – parmi lesquels Max Born, Otto Hahn, Werner Heisenberg, Max von Laue e Wolfgang Pauli, tous prix Nobel – qui en 1957, en publiant leur fameux manifeste, s’opposèrent au projet du chancelier Konrad Adenauer et du ministre de la défense Franz-Josef Strauss de doter l’armée de l’Allemagne de l’Ouest d’armes nucléaires tactiques.

 

Je voudrais rappeler que parmi les « 18 de Göttingen », il y avait aussi des savants qui avaient été complètement actifs sous le régime nazi, mais il y en avait un, Fritz Straßmann (1902-1980), un chimiste dont le nom est lié à la découverte de la fission nucléaire, qui en 1933 préféra se retirer de toute charge en déclarant : « Nonobstant ma passion pour la chimie, j’ai tant d’estime pour ma liberté personnelle que pour la préserver j’irais casser des pierres toute ma vie ». Durant la guerre, le docteur Straßmann et sa femme cachèrent chez eux un ami juif, en mettant en danger leur propre vie et celle de leur enfant de 3 ansFritz Straßmann a été reconnu « Juste parmi les nations » et son nom est présent dans le Yad Vashem à Jérusalem.

 

Dialogue maïeutique

 

Souviens-toi, Lucien l’âne mon ami, toi qui as parcouru tant de siècles que je ne saurais dire combien il y en eut, en ce temps-là – dans les années cinquante du siècle dernier (autant dire hier), le monde vivait dans une étrange atmosphère composée principalement de deux grands éléments : la guerre froide et la menace nucléaire. Je laisse évidemment de côté ici l’immense effort contraire qu’était la tentative pacifique des Nations Unies, système aberrant qui repose sur l’existence des nations lors même que la nation et son extension, le nationalisme, est un des plus sûrs fondements de la guerre. C’est comme si on composait le corps des pompiers avec des pyromanes confirmés.

Enfin quand je dis le monde, je n’en sais trop rien. Ce dont je suis sûr, c’est que c’était l’ambiance qui prévalait dans tous les pays qui avaient été mêlés à la Deuxième Guerre Mondiale et dont les habitants s’attendaient tous à une Troisième, laquelle, pensait-on alors, couplée à l’usage de l’arme nucléaire aurait fait énormément de dégâts et aurait vraisemblablement entraîné la disparition d’une grande partie de l’humanité. Certains envisageaient déjà la disparition de l’espèce humaine et les plus imaginatifs pensaient que la planète elle-même exploserait. Il circulait toutes sortes de récits nés de cette inquiétude.

Cependant, comme on peut le voir, il n’en a encore rien été.

 

Et c’est heureux, Marco Valdo M.I. mon ami, c’est heureux, car nous n’aurions jamais eu la possibilité d’entretenir ce dialogue aussi morcela que divers et interminable. Cependant, la menace est encore là et bien réelle, même si elle n’imprègne plus autant notre quotidien. Le climat de l’époque étant ainsi fixé et le danger actuel rappelé, peux-tu me dire un peu plus de choses à propos de cette canzone, de ce poème de l’atome.

 

D’abord, répond Marco Valdo M.I. tranquillement, il te faut considérer que ce poème atomique est écrit en allemand, par un Allemand vivant dans la partie de l’Allemagne dite fédérale, c’est-à-dire celle qui fait partie intégrante de l’Otan (Organisation du traité de l’Atlantique Nord), l’Allemagne, dite Allemagne Occidentale. Une Allemagne qui vivait alors sous domination étrangère et sous la protection du parapluie nucléaire occidental. Ceci implique évidemment que d’autres pays (notamment, l’Allemagne dite Allemagne démocratique) vivaient sous la protection du parapluie nucléaire soviétique, autrement dire russe.

 

Voilà qui précise le cadre dans lequel se situe ce poème de l’atome et j’ai bien noté ce que disait l’introduction à propos de ces « savants » qui interviennent fortement dans le débat pour mettre en garde les gens et les responsables politiques contre le fait de voir le pays où ils vivent s’engager dans la nucléarisation de ses armées ? J’imagine que ce n’est pas sans arrières-pensées et sans effroi, leur pays étant ce qu’il est et dans les faits, l’initiateur des deux premières guerres mondiales.

 

C’est exactement la situation sur laquelle vient se greffer cette chanson qui, avec beaucoup d’ironie, prend le point de vue des responsables politiques qui font valoir aux savants que leur savoir et leur « expertise » comme on dit à présent, n’ont pas de pertinence dans le champ politique et que dès lors ils prient les savants de retourner à leurs recherches.

Cependant, il y a un deuxième niveau à l’ironie de la canzone, c’est que par le biais de la réflexion des « politiques », elle avance l’idée impertinente elle aussi que les savants eux-mêmes ont bien tardé à faire pareille mise au point (par parenthèse, du côté soviétique, il faudra encore au moins dix ans pour voir une telle réaction des physiciens, dont Andrei Zakharov, dont on fit par la suite un prix Nobel de la paix pour sa prise de position) – du moins, les dix-huit signataires de la lettre ont-ils eu le mérite de faire entendre leur voix. Pour les autres, on ne sait.

 

La situation paraît bien embrouillée, dit Lucien l’âne.

 

En effet, c’est le cas, car comme il est aisé de le comprendre, les armes nucléaires ne peuvent exister que parce que des savants les avaient inventées, mises au point et développées. Ainsi, la science depuis qu’elle avait pris une dimension technique n’était pas neutre, ne pouvait pas l’être et entretenait des relations étranges, complexes et compliquées avec le pouvoir, car depuis toujours, mais de plus en plus au fil du temps, elle a eu besoin d’énormes investissements, d’une quantité gigantesque de moyens pour exister et que ce sont les puissants et les riches – et eux seuls – qui les accaparent et les détiennent. En lui donnant d’énormes moyens, en l’incitant à les utiliser, les « scientifiques » ont mis le doigt, la main, et tout le bras dans l’engrenage infernal. Et non seulement, ils ne peuvent s’en départir, mais ils en réclament encore plus ; ils sont dans la même spirale que la société qui s’en va tout droit vers son autodestruction. Du moins dans la forme que nous connaissons. Il est vrai que certains pensent qu’un autre monde est possible.

 

Nous par exemple, dit Lucien l’âne en dressant fièrement les oreilles et la queue. Évidemment, ceci suppose la fin de la Guerre de Cent Mille Ans, que les riches et les puissants font aux pauvres et c’est pourquoi nous tissons le linceul de ce vieux monde amer, atomique, avide, ambitieux et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 

Dix-huit professeurs ont brisé
Le terrible mur du silence
Développé par un journal stipendié
Autour du projet atomique de défense.
Mais enfin, messieurs, ça ne vous regarde pas.
Vous croyez, qu’on peut en discuter comme ça ?
C’est de la politique, vous n’y comprenez rien !
Tenez vos langues, chercheurs, silence !
On ne vous demande rien !
Pas de discussion ! On continue !


Depuis des générations, vous vous êtes lavé
Les mains dans la science.
Vous n’avez jamais assumé les conséquences.
Finalement, dix-huit ont osé parler,
Des hommes ont démontré avoir une conscience.
Mais enfin, messieurs en quoi ça vous concerne ?
Vous croyez, qu’on peut en discuter comme ça ?
Faites votre travail, là vous comprenez quelque chose !
N’avez-vous pas donc de déontologie professionnelle ?
On ne vous demande rien au-delà !
Pas de discussion ! On y va !

 

 

« Vos enfants se réfugient

Derrière leur mère et regardent

Anxieux le ciel et les inventions des savants »
Mais enfin, messieurs en quoi vous concernent les enfants ?
Vous croyez, qu’on peut en discuter comme ça ?
C’est notre politique, que vous ne comprenez pas !
Laissez cela aux experts mandatés !
Pas de discussion ! Disparaissez !

 

 

ATOMEPOÈME 57
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Marco Valdo M.I.
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30 septembre 2016 5 30 /09 /septembre /2016 21:19

LATRINES

 

Version française – LATRINES – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson allemande – Latrine – Günter Eich – 1946

 

 

 

 

 

La description détaillée, obsédante, révoltante des latrines d'un camp de prisonniers allié plein de soldats allemands – l’auteur y a passé beaucoup de temps avant de retrouver la liberté – se réfère une citation de la poésie Andenken de grand Friedrich Hölderlin… S'agripper au beau pour ne pas tomber dans le macabre ? C’est possible, toutefois dans le troisième quatrain, Günter Eich fit rimer « Hölderlin » avec « Urin », déclenchant un scandale parmi ses contemporains… Qui sait si un des poètes plus aimés des nazis (Hölderlin) – abusé, malgré lui – n'était-il par contre rendu à la réalité pénible et difficile de l'Allemagne dans son « Année Zéro » ?

« Latrine » – avec « Inventur » – est une des œuvres les plus connues et représentatives de la « Trümmerliteratur », la littérature des décombres, en Allemagne de l'immédiate après-guerre.

 

 

Dialogue maïeutique

 

 

Cher ami Lucien l’âne, je sais, je sais, oui, je le sais qu’il peut paraître bizarre que je t’appelle toujours Lucien l’âne et non pas, tout simplement Lucien. Je précise tout de suite que je vais continuer à le faire et que je trouverais malvenu de ne pas le faire, tout simplement parce que précisément, tu es un âne et qu’il peut paraître bizarre et même, inconvenant à certains d’appeler un âne son ami et de deviser maïeutiquement avec lui. Maïeutiquement, c’est-à-dire à la manière de Socrate et de ses interlocuteurs. Cela dit, on en tirera les conclusions qu’on voudra, je ne suis pas ici pour nous interpréter. Nous commentons tout le reste et c’est bien suffisant.

 

Merci bien, dit Lucien l’âne en soulignant son remerciement d’une petite génuflexion ironique. Cela dit, moi qui ai vécu toutes ces époques, je peux te dire que cette démarche est singulière, même si tu ne t’en aperçois pas.

 

Oh, dit Marco Valdo M.I., la chanson aussi est singulière : d’abord par son titre et son sujet qui aurait pu être terriblement trivial, si cette trivialité n’avait été contredite immédiatement par la mise en cause d’Hölderlin ou à tout le moins, de l’Höderlin tel qu’il était considéré par les gens du régime défunt ; autrement dit, le fait que les nazis avaient classé Hölderlin parmi leurs auteurs de référence et l’avaient réédité intégralement et en grandes pompes – je rappelle qu’Hölderlin était mort en 1843 au terme de trente-six ans de démence. Les nazis avaient ainsi placé l’écrivain et son œuvre en position de cible potentielle. Et c’est précisément ce qui se passe dans cette chanson, qui s’en prend à la figure d’Hölderlin et à certains de ses vers. Mais à mon sens, là n’est pas l’essentiel. Cette histoire d’Hölderlin, parodié très efficacement, est un point d’appui pour tout autre chose. Un tout autre chose qui ne s’est révélé que bien plus tard quand on a commencé à se rendre compte de ce que je m’apprête à t’exposer.

 

Attends, attends, un instant que je reprenne mes esprits. Jusqu’ici en gros, tu ne m’as parlé que d’Hölderlin et tu m’affirmes maintenant que ce n’est pas l’essentiel. Mais alors, dis-le moi cet essentiel.

 

D’abord, pour aller vite, ce sont les latrines qui sont l’essentiel, en ce qu’elles représentent exactement la situation dans laquelle se retrouve la population allemande en cette année 1946 : très exactement dans la merde et tout le monde ou presque le disait comme ça. La chanson le dit « poétiquement » en parodiant le « grand poète » et en usant d’un de ses textes les plus connus pour construire ces latrines. Ainsi faisant, jetant à bas les idoles – Hölderlin et le Reich de Mille Ans, Günter Eich pose les bases d’une nouvelle poésie allemande et d’une nouvelle littérature d’après le désastre, ainsi que le font ceux du Gruppe 47, dont je t’ai déjà touché un mot. Une littérature qui repart du plus bas, qui naît des ruines et dans les ruines ; une littérature qui s’est conçue dans les latrines de l’histoire. Cela dit, le texte de Günter Eich est à la mesure de cette ambition. Mais comme tu le sais, je n’analyse jamais la poésie ; je ne l’explicite jamais ; elle est assez grande pour le faire elle-même.

 

Et je partage tout à fait ton point de vue, il n’est pas de notre compétence d’équarrir, de décortiquer et d’autopsier les poètes. Nous, on cause ; et on s’appliquerait volontiers l’antienne de Laverdure qui disait « Tu causes, tu causes, c’est tout ce que tu sais faire. » Cela dit, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde merdeux, merdique, merdicole, merdifère et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Sur le fossé puant,
Plein de papiers, d’urine et de sang ,
Les mouches tournoient bourdonnant,
Je m'accroupis fesses au vent,


L’oeil sur les rives boisées,
Des Jardins, une barque échouée.
Dans la boue, putréfiées,
Sèchent les fèces pétrifiées 

À mon oreille résonnent
Les vers d’Hölderlin.
Dans la pureté neigeuse,

Les nues se mirent dans l'urine.

 

« Va donc maintenant et salue
la belle Garonne - »
Sous nos pieds instables
Nagent les nuages.

 

 

LATRINES
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Marco Valdo M.I.
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