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18 mai 2017 4 18 /05 /mai /2017 11:42

FINI LA GUERRE

 

Version française – FINI LA GUERRE – Marco Valdo M.I. – 2017

Chanson italienne – Finì la guerra – Dodi Moscati – 1997

 

 

 

 

 

Si tu veux des soldats, t’as qu’à les faire en bois !

 

 

 

 

C’est l’occasion de rappeler que durant la guerre de 1915-18, les étudiants se proclamèrent interventionnistes.

 

 

Dialogue maïeutique

 

Lucien l’âne mon ami, voici une canzone dont le titre ne demande pas vraiment d’explication et je pense que tu ne m’en demanderas pas. Ce qui nous permettra de commencer notre dialogue maïeutique par une interrogation étonnée à propos du commentaire lapidaire du commentateur italien à mon sens trop général qui désigne les « étudiants » comme « interventionnistes » durant la guerre de 1915-18. D’abord, il convient de préciser ici que s’il s’agit d’étudiants, ce sont les étudiants italiens dont il est question.

 

En effet, Marco Valdo M.I. mon ami, ça paraît surprenant vu de maintenant – un siècle plus tard et après les grands mouvements étudiants contre la guerre au Vietnam et qui ont marqué l’année 1968, tous les mouvements pacifistes des années 50-60 et ceux contre la bombe atomique ; sans doute, les étudiants n’étaient-ils pas seuls à mener ces protestations, mais il y en avait beaucoup.

 

Dès lors, Lucien l’âne mon ami, quand on lit un tel commentaire, on est étonné, pour ne pas dire incrédule. Et pourtant ? Et pourtant, c’est exact, mais partiellement seulement. Il serait plus exact de noter : « une partie des étudiants », tout comme ce fut le cas pour le reste de la population. Pour ce qui est des étudiants de l’époque, je peux au moins citer un étudiant turinois qui ne l’était pas : Carlo Levi (né en 1902 – antifasciste militant de la première heure). Cet étudiant-là était le neveu, par sa mère, du militant socialiste Claudio Treves, nettement anti-interventionniste et ce jeune homme était, comme on dit plus couramment en italien, de matrice libertaire et dans la lutte contre le fascisme rejoindra le mouvement Giustizia e Libertà, dit libéral-socialiste et dont la visée était profondément révolutionnaireCela dit, e fut certainement le cas de la majorité des étudiants et dans les deux camps. L’exaltation patriotique est un virus qui infecte la jeunesse dès lors qu’il existe des frontières, des nations et des engouements massifs.

Au-delà de cette remarque, parlons de cette chanson, qui est composée d’une filastrocca toscane, qui lui sert de support et vise à favoriser la mémorisation. Comme tu le sais sans doute, la filastrocca est cette sorte de comptine, de ritournelle qui est généralement composée de propositions qui s’enchaînent par une logique interne, sans trop se soucier de coller à une réalité. On en connaît beaucoup (Filastrocca burlonaFilastrocca del NataleFilastrocca del precarioFilastrocca delle paroleFilastrocca di Jacob detto il ladroFilastrocca quanto costa Filastrocca vietnamita et Di filastrocche e fucili) qui sont très appréciées des enfants qui les utilisent jusque dans leurs jeux. Quant à celle-ci je ne sais de quand elle date, ni de quelle guerre, elle relate un épisode. Car il y a une contradiction entre elle et le cœur de la chanson qui concerne la guerre de 1915-18, durant laquelle il n’y avait pas de raison d’aller « en France… pour tuer le capitaine ». Par contre, elle est certainement pacifiste et s’adresse en direct au roi d’Italie, Victor Emmanuel. Pour les détails, voir la chanson. Sauf peut-être pour un bout de phrase : « Victor Emmanuel, roi d’Italia : Combien d’hommes, chaque jour tu abats ? » qui anticipe assez bien le slogan des étudiants et manifestants étazuniens lors de la guerre du Vietnam, qui manifestaient en interpellant le président Lyndon Baines Johnson, qui avait pris la suite de J.F. K. (John Fitzgerald Kennedy), d’une façon presque similaire : « Hey ! LBJ ! How many kids do you kill today ? » – Hey! LBJ combien de gars as-tu tués aujourd’hui ? ».

 

Eh bien, Marco Valdo M.I. mon ami, puisque dans la filastrocca, il est question d’un âne, tu penses bien qu’il ne pourrait s’agir de moi qui ai vu des meuniers pendus et bien des fois, quand des mauvaises conditions (sécheresse, orages…) tarissaient les récoltes ou quand les troupes vagabondes ou d’envahisseurs s’en prenaient aux paysans, c’est-à-dire littéralement, aux gens du pays. Pour le reste, reprenons notre tâche et avec la patience du moulin poussé par l’âne ou le vent ou l’eau, tissons le linceul de ce vieux monde belliqueux, absurde, aride, avide et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Trotte, trotte, petit poulain !
Mène l'âne au moulin !
Le moulin est foutu
Et le meunier s’est pendu,
Il s’est pendu au râtelier,
Sa femme prépare le dîner,
Elle le fait pour donner à manger
À Piccirillo qui part en France,
Avec sa hache, avec sa lance
Et son petit couteau dans sa gaine
Pour tuer le capitaine.
Le capitaine tombe à terre
Et ainsi finit la guerre. 

 

Je maudis ceux qui veulent la guerre,
Les premiers étaient universitaires.
Combien de jeunes gens sous la terre ?
Combien de jeune sang pour des frontières ?
Victor Emmanuel, roi d’Italia :
Combien d’hommes, chaque jour tu abats ?
Si tu veux des soldats, t’as qu’à les faire en bois !
Mais les miens, laisse-les-moi.
Victor Emmanuel, que fais-tu ?
La meilleure jeunesse, tu la veux toute entière ?
La meilleure jeunesse, tu la veux toute entière ?
Et mon bel amour, quand me le rendras-tu ?

 

Trotte, trotte, petit poulain
Mène l'âne au moulin
Le moulin est foutu
Et le meunier s’est pendu
Il s’est pendu au râtelier
Sa femme prépare le dîner
Elle le fait pour donner
À Piccirillo qui va en France
avec sa hache et avec sa lance
avec un petit couteau dans sa gaine
Pour tuer le capitaine
Le capitaine tombe à terre
et ainsi finit la guerre.

 

 
FINI LA GUERRE
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Marco Valdo M.I.
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14 mai 2017 7 14 /05 /mai /2017 21:16

EXPLOSIONS NUCLÉAIRES

À 

LOS ALAMOS

 

Version française – EXPLOSIONS NUCLÉAIRES À LOS ALAMOS – Marco Valdo M.I. – 2017

Chanson italienne – Esplosioni nucleari a Los Alamos – Marco Ongaro – 2004

 

 

 

 

 

 

 

Comme d’habitude, Lucien l’âne mon ami, je sais que tu vas me poser la question rituelle à propos de l’étrangeté de ce titre incongru. Et tu auras raison. Comme d’habitude aussi, je vais commencer par te dire que ma traduction ou plus exactement, ma version française de la canzone n’est pas tout à fait conforme à l’originale italienne. Et comment le pourrait-elle ? C’est une absurdité d’imaginer qu’elle pourrait l’être. Il y a mille raisons à ça et la principale, c’est que pour refléter exactement un texte, il n’y a pas d’autre voie que de le recopier tel quel. À partir de là, comme d’habitude, je rappellerai la raison essentielle pour laquelle je me bricole des versions françaises de textes conçus en d’autres langues et là, c’est tout aussi évident, c’est parce que je ne les comprends pas et je ne les comprends pas, car je ne connais pas – disons suffisamment – les langues dans lesquelles ils ont été écrits. D’aucuns imaginent ingénument que je connais d’autres langues que le français. Ils se trompent.

 

Comme je te comprends, Marco Valdo M.I. mon ami. C’est l’évidence-même quand on prend la peine d’y réfléchir : il faut toujours se traduire un texte, même quand il est dans la langue qu’on connaît. Sinon, comment expliquer les exégèses ? Souvent même, les gens demandent qu’on leur traduise ou qu’on leur paraphrase des textes dans leur propre langue. C’est vrai pour des phrases aussi simples que : le chat est sur la table ou le canapé est au milieu du salon, pour lesquelles il faut d’historiques explications. Car, comme l’on sait, ces phrases-là disent autre chose que ce qu’elles ont l’air de dire.

Ainsi, la carte n’est pas le territoire est le fondement de la sémantique générale, laquelle comme son nom l’indique s’applique à tout et donc aussi à la chanson. J’en tiens pour preuves parmi bien d’autres « Le temps des cerises », « I pompieri di Viggiù » ou « Tout va très bien, Madame la Marquise ». Cela dit, en effet, je voudrais bien que tu éclaircisses un peu ma lanterne, car ce titre me paraît fort mystérieux.

 

Dans les faits et au premier degré, « Explosions nucléaires à Los Alamos », c’est clair, c’est limpide. Si l’on s’en tient là, Lucien l’âne mon ami, il suffit de dire que la seule chose mystérieuse est « Los Alamos » et que Los Alamos est un nom charmant qui désigne tout simplement « Les Peupliers », ce qui n’explique pas la présence de ce toponyme dans le titre de cette chanson. En fait, Los Alamos est une petite ville des États-Unis, située au Nouveau Mexique, pas trop loin de Santa Fé et c’est sur son territoire sur le site d’une ancienne école de rancheurs (en français de Camargue : des gardians) – en fait, une ancienne école agricole – que fut établi au cours de la dernière Guerre Mondiale, dans le courant 1943, le centre de recherches nucléaires, chargé de mettre au point la bombe atomique. Mais il y a un mystère complémentaire, à savoir que ce lieu ultra-secret à l’époque n’est en réalité pas celui où eut lieu la première explosion ; il n’y en eut même jamais à Los Alamos. La première explosion de la première bombe, curieusement dénommée Gadget, effectivement conçue à Los Alamos, eut lieu à l'extrémité nord du champ de tir d’Alamogordo dans la vallée de Jornada del Muerto dans le comté de Soccoro au Nouveau-Mexique, à plus de 350 kilomètres de Los Alamos.

Cependant, je te dois quand même une autre explication. Je passe les allusions aux vedettes du cinéma hollywoodien et à l’American Way of Life de cette famille de campeurs du Wyoming et j’en viens à ce que je veux expliciter un brin : le chapeau d’Oppenheimer. Robert Oppenheimer est un physicien étazunien qui à ce moment dirige le projet Manhattan dont le but explicite est la réalisation dans les délais les plus brefs de bombes atomiques, considérées comme l’arme suprême, capable de mettre hors combat les adversaires des Alliés. En l’occurrence, l’Allemagne et le Japon.

Quant à son chapeau, c’est une façon de désigner l’explosion elle-même qui après quelques instants, prit la forme d’un chapeau.

Et ce que raconte la chanson se présente un peu comme un film à la fois précis et vague, une sorte de rêve américain – American dream – assez cauchemardeux dans lequel traîne une terrible pestilence, celle d’Hiroshima, ville japonaise frappée par la première bombe militaire, une odeur nauséeuse qui se répandit au monde entier dans les temps qui suivirent l’explosion du 6 août 1945. Cette sensation est toujours là au cœur de la Terre à hanter l’humanité entière.

 

Alors, Marco Valdo M.I. mon ami, maintenant que tout ça est éclairci, il ne nous reste qu’à reprendre notre tâche et à tisser le linceul de ce vieux monde explosif, nucléaire, pestilentiel, dément, légèrement suicidaire et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

John Ford passa
Avec toute son équipe ;
John Wayne 
passa
Jetant la vie et le whisky par chaque pore ;
Clark Gable 
passa ;
Marilyn Monroe passa
Et d’autres fantômes qui
Qui consumaient des Malboros en tas ;
L'air était chaud en ce matin
Pétillant et cristallin.
Mais qui aurait dit 
comme ça
Que c’était l’air d’Hiroshima ?

 

Une blonde passa 
Dans une Impala
Avec son nouvel amant 
À la recherche d'un motel bon marché.
Une famille : les parents, les enfants, 
Des touristes du Wyoming
Qui partaient en camping :

Le fils avait son air échevelé, 
La fille avait un nœud dans les cheveux.
Il y avait un ciel bleu
Comme on n’en avait jamais vu là.
Mais qui aurait dit comme ça,
Que c’était le ciel d’Hiroshima ?

 

Le chapeau d'Oppenheimer
Poussait comme un champignon
Là-bas tout au fond
De l'ennui du désert.
Fermi était déjà mort
Et le temps long encore 
Avant qu’on accable tout haut
Ce monde bourreau.

 

John Wayne se leva,
John Ford broncha,
Marilyn Monroe, le sourire joyeux,
Cacha son visage dans ses cheveux.
Ainsi, on ne sait pas plus qu’elle
Ce que veut dire
Vivre et mourir.
Avec ce frisson de cellules rebelles
De celui qui dans la nuit, va
À la cuisine à pas discrets
Se chauffer un peu de lait,
De ce lait au goût d’Hiroshima

 

 

 
EXPLOSIONS NUCLÉAIRES À LOS ALAMOS
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Marco Valdo M.I.
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11 mai 2017 4 11 /05 /mai /2017 19:13

LE PLEUR DE L’ÂNE

 

Version française – LE PLEUR DE L’ÂNE – Marco Valdo M.I. – 2017

Chanson italienne – Il pianto dell’asino – Skassapunka – 2017

 

 

 

 

 

Dans silence de la nuit, dans l’obscurité complice de l’homme, un pleur déchire les tympans endormis d’une ville qui dort. Nous venons d’un quartier de la périphérie nord de Milan, qui le jour montre un visage souriant, bien-pensant et de nuit se cache, en faisant place au braiment d’un âne qui, vraiment, presque tous les soirs parcourt les rues du village, comme s’il criait de douleur pour ses conditions et celles du monde dans lequel il vit. Notre ville est aussi le domicile de beaucoup de travailleurs, étant une zone industrielle, une classe ouvrière poussée à la recherche de l’embourgeoisement, au refus de son état, bombardée de centres commerciaux les plus gros du monde et des cochonneries de l’EXPO, rendue docile et domestiquée par le moralisme du moyen âge du vingt et unième siècle. L’âne est la métaphore de cette classe, Notre classe, car ils pensent que nous sommes des stupides, têtus, de rustres animaux de somme utiles au travail et juste bons à être battus par les patrons à chaque tentative de révolte.

 

 

 

Comme une déchirure, un tympan troué,
Un cri dans la nuit, le viol d’un sourire,
Entends-tu la plainte ? Un cœur s’est réveillé 
De trop d’os cassés, les larmes sur le visage.

 

Les rues vides, le monde dort ;
La cage est un lit muet, l’obscur est désormais le maître ;
Les yeux ouverts, on lève la tête.
Dans cette merde, je sens ma révolution.

 

Le monde pleure, il sent la mort 
Dans les décombres d’une fausse bonté ;
Le monde crie toujours plus fort ;
Un poing fermé serrera la liberté.

 

Il y a celui qui résiste, celui qui reste dans le troupeau
Et même, te laisse le poids sur le dos.
Fils de tous les rebelles sans temps,
Même le souverain tremble, il y a un pleur qui résonne ;
Les esclaves ne naîtront pas dans la révolution.

 

 

Le monde crie toujours plus fort
Houuuuuuuu !
Car cette fleur qui ne se rend pas,
Le poing fermé, la liberté serrera.

LE PLEUR DE L'ÂNE
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Marco Valdo M.I.
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10 mai 2017 3 10 /05 /mai /2017 20:42

Avec les Pompiers

 

Chanson française – Avec les Pompiers – Fred Adison – 1934

Paroles : Charlys et Couvé

Musique : Henry Himmel

 

Interprètes :

 

 

 

 

 

Donc, Lucien l’âne mon ami, nous sommes en 1934, année quasiment liminaire de la consolidation du parti nazi à la tête de l’Allemagne et du renforcement de la dictature d’Adolf Hitler sur le-dit parti – par l’élimination de tous ses concurrents nationalistes et même de la SA, milice nazie, par la SS milice hitlérienne, sorte de garde prétorienne du Führer. Les choses prennent tournure et même, mauvaise tournure. Comme tu pourras aisément le comprendre, on était là devant le début d’un formidable incendie qui va embraser le monde entier quelques années plus tard.

C’est à ce moment que Charlys et Couvé pour les paroles et Henry Himmel pour la musique lancent par la voix de Fred Adison, cette chanson qui raconte l’étrange et cocasse aventure des pompiers pyromanes malgré eux.

 

Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, je la connais mi aussi cette et qui ne la connaît pas cette Scie fort populaire (on la chante encore dans ces soirées…) et quand bien même , quelqu’un ne la connaîtrait pas encore, après l’avoir écoutée une seule fois, il ne l’oubliera plus jamais, ne fût-ce qu’à cause de cette musique de fanfare sautillante qui rappelle les tressautements des débuts du cinéma et ces inoubliables fantaisistes que furent Stan Laurel et Oliver Hardy.

 

Ah, Luxien l’âne mon ami, je ne sais si cette chanson rappellera à tout le monde ces deux loustics extraordinaires, d’autant logiquement pour cela, il faudrait déjà les connaître et donc, les avoir vus dans leurs exploits, mais ce que je sais, c’est que les pompiers maladroits de notre chanson farce, annoncent – tels des Cassandres bottées, casquées et ignifugées – des événements nettement plus dramatiques, plus détestables encore qui vont se dérouler sur une échelle terriblement plus grande. D’autant que cette chanson à la gloire de ces héros du feu sera bientôt suivie d’une autre tout aussi enflammée, intitulée « Tout va très bien, Madame la Marquise », que l’on peut caser dans la même veine satirico-prophétique.

D’autant plus encore que d’autres incendies, œuvres de pyromanes patentés, en grandeur réelle cette fois, allaient suivre à brève échéance et finalement, embraser la planète entière : Guernica, Madrid, Barcelone, l’Espagne toute entière étaient mises à feu et à sang par les bandes franquistes, fascistes et nazies ; puis vint le tour de la Tchécoslovaquie, la Pologne, l’Europe entière et au-delà.

Je vois, je vois, dit Lucien l’âne. Cette histoire de pompiers incendiaires par incompétence et incommensurable bêtise, sera reprise quasiment à la lettre, mais localement adaptée en Italie et aux circonstances, quinze ans plus tard, sous le titre I Pompieri di Viggiù.

 

Cela dit, reprend Marco Valdo M.I., outre de donner encore une fois raison à Cassandre, ces chansons prémonitoires me semblent éclairer de leurs flammes fatifdiques les épisodes de la Guerre de Cent Mille Ans  qui vont suivre. Cette Guerre d’usure si sournoise que les riches font aux pauvres depuis déjà pas mal de temps afin de maintenir leur domination, de renforcer leur pouvoir, de multiplier leurs richesses, d’étendre leurs influences, d’accroître leur puissance et d’assurer la pérennité de l’exploitation, cette guerre polymorphe qui parcourt la vie des hommes et qui ne pourra être close que du jour où l’humaine nation y mettra fin en mettant hors jeu la richesse et l’ambition.

 

Mettre fin à la richesse et à l’ambition, que voilà un beau programme, dit Lucien l’âne. Beau et le seul possible, il revient à mettre fin à l’infantilisme, cette maladie qui débilite gravement l’espèce humaine. D’autant plus qu’il faudra que tous s’en convainquent. Alors, nous, nous qui en sommes convaincus, il nous faut reprendre notre tâche et tisser, tisser le linceul de ce vieux monde ambitieux, débile, infantile, perclus de richesses et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Chez nous au village,
On est à la page,
Car nous avons fondé
Une compagnie de pompiers.
Ils se présentèrent
Chez "Mossieu" le Maire
Qui fit un grand discours
Pour fêter ce beau jour.

 

Nous avons bien rigolé,
La fanfare a défilé,
Avec les pompom...
Avec les pompom...
Avec les pompiers.
Au bistrot l’on a trinqué
Et la jeunesse a dansé
Avec les pompom...
Avec les pompom...
Avec les pompiers.

 

Y avait l’instituteur,
Le préfet, le facteur,
La femme au pharmacien
Qui dit du mal de ses voisins.
Dans le pays tout entier,
On a fait tous les cafés
Avec les pompom...
Avec les pompom...
Avec les pompiers.

 

Hier soir une Delage
Prit feu dans un garage.
Ne voyant pas la nuit
Leur pompe à incendie,
Ils prirent sans méfiance
La pompe à essence
Pour arroser le feu,
Ils firent la queue leu leu.

 

Nous avons bien rigolé,
Tout le village a flambé
Avec les pompom...
Avec les pompom...
Avec les pompiers.
Comme ils étaient affolés,
On a fait un défilé
Avec les pompom...
Avec les pompom...
Avec les pompiers.

 

Le capitaine avait
Requis tous les objets :
Des plats, des vieux chapeaux,
Pour faire la chaîne avec de l’eau.
Enfin, ça s’est arrêté :
Y avait plus rien à brûler
Avec les pompom...
Avec les pompom...
Avec les pompiers.

 

Cette chaude alerte
Causa bien des pertes ;
Après les explosions,
Ce fut l’inondation ;
Il fallut à la nage
Traverser le village ;
Oui, mais pour boire un coup,
Il n’y avait plus d’eau du tout.

 

Nous avons bien rigolé,
On a failli se noyer
Avec les pompom...
Avec les pompom...
Avec les pompiers.
Comme il restait un café,
On y entra pour se sécher
Avec les pompom...
Avec les pompom...
Avec les pompiers.

 

Nous n’avions plus beaucoup
Les yeux en face des trous
Et tout en nous tordant,
Nous tordions nos vêtements.
En famille, on est rentré,
Mais tous les administrés
Avaient leur pompon
Avaient leur pompon
Avec les pompiers.

 

Avec les Pompiers
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Marco Valdo M.I.
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8 mai 2017 1 08 /05 /mai /2017 16:18

LES POMPIERS DE VIGGIÙ

Version française – LES POMPIERS DE VIGGIÙ – Marco Valdo M.I. – 2017

Chanson italienne – I pompieri di Viggiù – Gigliola Cinquetti – 1975

 

Auteurs : Armando Fragna – Nino Rastelli

Interprètes :Clara Jaione – Claudio Villa – Gigliola Cinquetti – Quartetto Cetra – Natalino Otto – Nuccia Bongiovanni – Claudio Villa & Nuccia Bongiovanni

 

Interprétations :

Enrico Gentile : https://www.youtube.com/watch?v=QiTJmBH-dSc (1948)

Gigliola Cinquetti : https://www.youtube.com/watch?time_continue=21&v=7BxLY4QC5nA (1975)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dis-moi, Marco Valdo M.I., qu’est-ce que c’est que cette histoire des pompiers de Viggiù ? Je me souviens que tu m’en as parlé l’autre jour à propos d’une chanson d’Eduardo Bennato, qui si j’ai bonne mémoire s’intitulait : « Mesdames et Messieurs [[55008]]».

Tu as bonne mémoire, Lucien l’âne mon ami. À propos des pompiers de Viggiù, je te confirme qu’il s’agit de la délirante histoire d’une compagnie de pompiers d’un village situé au nord de Milan, près de la frontière suisse, histoire qui fut le sujet d’un film italien des années (1949). La chanson I Pompieri di Viggiù, dont le film s’était inspiré, est l’œuvre de l’instituteur, Armando Fragna. Pour moi, cette histoire me rappelle celle, nettement antérieure, que racontait cette inénarrable chanson française (1934) intitulée « Avec les pompiers ». D’ailleurs, je soupçonne fort qu’elle a dû servir de modèle à sa descendante italienne.

Ces Pompiers de Viggiù ont également eu droit aux honneurs d’un filmdont la chanson est le thème musical ; une chanson qui fut reprise par Gigliola Cinquetti : I Pompieri di Viggiù et par bien d’autres encore et non des moindres, tels le Quartetto Cetra.

 

Mais dis-moi, Marco valdo M.I., il me semble qu’il existe vraiment une commune de Viggiù et peut-être a-t-elle un corps de pompiers ?

 

Avant d’aller plus loin, je voudrais te préciser que toute cette histoire est purement imaginaire et que si la petite ville de Viggiù existe réellement, elle n’a jamais flambé et en tout cas, pas le jour de la constitution de son corps de pompiers et encore moins de la faute de ses « soldats du feu ».

 

Je te reprends ici, traduite de ma main, une partie de la longue notice que consacre (wikipedia) à la commune de Viggiù :« Il faut remonter à 1881 pour trouver l’idée de former un groupe volontaire pour un corps de pompiers à Viggiù. Jusqu’alors, pour donner l’alarme quand une cheminée, une ferme ou un bois prenaient feu, on sonnait le tocsin, et intervenaient ceux qui pouvaientAvec des subventions privées et des volontaires, on acquit une pompe manuelle. Cependant, en attente de bouches d’incendie, il fallait utiliser l’eau des puits, dont Viggiù était heureusement très bien fourni. Les premières tenues furent acquises chez les pompiers du groupe de Milan, le matériel fut fourni par l’Administration Communale de Viggiù ; les exercices se déroulaient dans la cour de l’école rue de Rome, où se trouvait le garage des pompiers. Les volontaires étaient à 90 %, les ouvriers carriers et marbriers du village. Pour les avertir, en cas d’incendie, en plus d’employer le tocsin, en 1928 un homme fut chargé parcourir le village en bicyclette en jouant une trompe d’appel. En 1939, on installa une sirène. Le détachement fut dissous en 1962.

Pendant la seconde guerre mondiale, réfugié à Viggiù, l’instituteur Armando Fragna composa la célèbre chanson devenue ensuite le leitmotiv du film I Pompieri di Viggiù. Les Viggiutesi (Vigioutais), qui aimaient tant leurs volontaires, et les volontaires eux-mêmes, n’apprécièrent pas d’être ainsi tournés en bourrique ; toutefois, il fallut se rendre à l’évidence et au succès qu’obtint la chanson. Et, après tant d’années, on peut affirmer que cette joyeuse chansonnette a contribué à répandre le nom de Viggiù ( et de ses pompiers) dans toute Europe et dans le monde entier.

 

Certes, dit l’âne Lucien en riant, c’est d’ailleurs ainsi, j’en suis persuadé que tu as eu connaissance de l’existence de cette petite ville au pied des Alpes.

 

Cela dit, son succès s’explique de différentes façons.

Je te rappelle d’abord pour mettre les choses bien en tête que cette chanson est née en exil du croisement de deux chansons françaises du milieu des années 1930 : Avec les pompiers (1934) et Tout va très bien, Madame la Marquise (1935), chansons pour lesquelles on peut émettre un commentaire « politique » du même ordre, mais bien évidemment rapporté aux temps considérés

D’abord au premier degré, par la façon burlesque dont elle dépeint les pompiers et leur catastrophique et héroïque première intervention, le jour-même de lconstitution de leur escouade. Comme dans la version française, tout le village a flambé en quelque sorte, grâce aux pompiers et à leur sublime incompétence. C’est donc une chanson comique et sa drôlerie a fait beaucoup pour sa diffusion.

Ensuite, comme dans la chanson française d’origine, il y a un double sens, immédiatement perceptible et lui aussi, terriblement moqueur, plein d’essence d’ironie. Ce double sens est éminemment politique et très, très critique vis-à-vis des autorités. En l’occurrence, vu la date à laquelle elle fut conçue, il ne fait doute qu’elle raconte – à sa manière – l’histoire du fascisme. Dès lors, elle peut être comprise comme une allégorie de toute formation de matamores accédant au pouvoir.

Enfin, cette canzone entre temps est tombée dans le fonds commun des chansons qui hantent la mémoire populaire de sorte qu’Eduardo Bennato, auteur-compositeur et chanteur napolitain de grande envergure, dans une chanson de 2016, fait directement allusion aux « glorieux pompiers de Viggiù » (une commune de 5800 habitants située à 850 km de Napleset cette référence renvoie évidemment elle aussi au monde politique contemporain – et à mon sens, pas seulement en Italie.

 

Voilà qui justifie amplement l’insertion de ces chansons (l’originale italienne et sa version française – ainsi que j’espère l’autre chanson française : Avec les Pompiers sera elle aussi bientôt présentée ici) dans un site des chansons contre la guerre. Quant à nous, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde tremblotant, flamboyant, flambant, incendié, incendiaire, inflammable et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 


 


 

Par la volonté du Vicomte et du Roi
Sur l’avis du Baron,
On a formé la section
Des Pompiers de Viggiù, ce jour-là.
Pompe ici, pompe là,
Pompe en haut et pompe en bas.

 

Et aux frais du Marquis,
On a acheté les uniformes requis
Avec bicornes à larges bords,
Avec panaches rouge, bleu et or.
Pompe ici, pompe là,
Pompe en haut et pompe en bas.

 

Comme il fallait les former,
On a allumé un feu de bois
Tout le groupe s’est aligné
Et a crié « Hip hip Hourra ! ».
Vive par-ci, vive par-là,
Vive en haut, vive en bas.

 

Vive les Pompiers de Viggiù !
Quand ils passent,
Les cœurs s’enflamment.
Vive leurs panaches or, bleu et rouge !
Vive les pompes
Des Pompiers de Viggiù !

 

Ils affrontèrent l’incendie
Avec leurs pompes-arrosoirs,
Mais à leur grand désespoir,
L’eau était en pénurie.
Pompe ici, pompe là,
Pompe en haut et pompe en bas.

 

Mais leur Chef, homme de confiance,
Eut une idée vraiment bizarre :
Il emplit d’essence
Le grand réservoir.
Pompe ici, pompe là,
Pompe en haut et pompe en bas.

 

Et sans hésiter
dans le village incendié,
Dans les fumées, s’est précipité
Tout le peloton des Pompiers.
Vive par-ci, vive par-là,
Vive en haut, vive en bas.

 

Vive les Pompiers de Viggiù !
Quand ils passent,
Les cœurs s’enflamment.
Vive leurs panaches or, bleu et rouge !
Vive les pompes
Des Pompiers de Viggiù !

 

Vive les Pompiers de Viggiù !
Vive leurs panaches or, bleu et rouge !
Vive les pompes
Des Pompiers de Viggiù !

LES POMPIERS DE VIGGIÙ
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Marco Valdo M.I.
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7 mai 2017 7 07 /05 /mai /2017 10:03

MESDAMES ET MESSIEURS

 

Version française – MESDAMES ET MESSIEURS – Marco Valdo M.I. – 2017

Chanson italienne – Signore e Signori – Edoardo Bennato – 2016

 

 

 

 

 

Mon ami Lucien l’âne, voici la version française d’une chanson italienne, dont il me paraît qu’elle aurait tendance à dire ou suggérer plus qu’il ne paraît. C’est le discours que tient une sorte de bonimenteur à un public : ce sont les « Mesdames et Messieurs » auxquels il tient les plus extravagantes promesses. Plus exactement, c’est un politicien qui sollicite les suffrages de la population et qui s’essaye à la convaincre de l’élire. Il tient des propos que ne désavoueraient pas les plus populistes des populistes contemporains ou n’importe quel arriviste en mal de reconnaissance et de pouvoir.

 

Oh, dit Lucien l’âne en riant, ce n’est pas ça qui manque et de plus, ces derniers temps, certains ont remporté un succès colossal ; d’autres, un peu moins, mais tous indistinctement me semblent extrêmement pernicieux, comme à toi. Je me souviens très bien de nombre de tes chansons. Par exemple, celles que tu as récemment dédiées au populiste américain que les dernières élections étazuniennes ont porté à la présidence et notamment : Leur bon Président, mais il en est d’autres et par exemple, du côté de l’Hellespont, dont ta version française était intitulée : ERDOQUI, ERDOGOGO, ERDOGAGA, ERDOGAN.

Mais il est une chose qui m’intrigue. Je me demande ce que viennent faire dans cette canzone ces « Glorieux Pompiers de Viggiù ». Si tu avais une explication, elle me serait fort agréable à entendre.

 

À propos des pompiers de Viggiù, Lucien l’âne mon ami, je te confie qu’il s’agit de la délirante histoire d’une compagnie de pompiers d’un village situé au Nord de Milan, qui fut le sujet d’un film italien d’il y a déjà brin des années (1949), elle me rappelle celle nettement antérieure que rapportait cette inénarrable chanson française (1934) intitulée « Avec les pompiers », dont je soupçonne fort qu’elle a dû servir de modèle à sa descendante italienne. Ces Pompiers de Viggiù ont également eu les honneurs d’une chanson italienne, dont nous reparlerons, car ces deux chansons sont liées et le tout mérite une réflexion particulière. Ce sera notre prochaine intervention ici-même que de les publier intégralement et de les commenter également.

Cependant, s’agissant d’une histoire de pompiers qui ne peut être évoquée par hasard par Eduardo Bennato, la question se pose de savoir quelle sirène d’alarme tire la canzone de Bennato ? Je ne compte pas y apporter une plus grande réponse ; je laisse volontairement un peu de place à l’imagination générale. Juste une remarque : sans doute, cette mise en garde s’adresse-t-elle également aux gens d’Italie, auxquels je laisse le plaisir discret de déterminer qui sont les « glorieux pompiers » nationaux. De mon côté, je réfléchirai à ceux de nos régions.

 

Eh bien, Marco Valdo M.I. mon ami, me voilà un peu renseigné et tout émoustillé à l’idée de la suite et des découvertes que pourront nous apporter nos réflexions. Pour le reste, comme toi, je laisse à chacun le soin de décrypter ces propos de Bennato, qui ne me semblent pas vraiment mystérieux. Quant à nous, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde bonimenteur, populiste, truqueur, vantard, retors, captieux, trompeur et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 
 

 

Mesdames et messieurs,
Ayez confiance en moi
Car moi, je parle
Dans votre intérêt exclusif.
Ex-clu-sif !

 

Jeunes gens, jeunes filles,
Votez pour moi, car moi je
Serai comme un frère
Et je tiendrai toutes mes … promesses.
Mes… promesses.

 

Ce sera une grande nouveauté
Dans un concours de bonté.

 

Pour faire place nette à fond chacun s'engagera

Des mendiants et des trafiquants,
Des protestataires et des dissidents,
Des jeunes, des saltimbanques, des fainéants,
Et plus, il y en aura, plus on en chassera.
Un futur radieux nous attend
!

 

Ce n'est pas une harangue,
Ce n'est pas de la publicité,
C’est la dernière croisade
Pour qu’à la fin triomphe :
la liberté.
-
à la fin : la liberté.

 

Sœurs, frères !
Aimons-nous davantage !
Armons-nous
pour la lutte
Aux côtés des vieilles gloires
Des Pompiers de Viggiù,
Des Glorieux Pompiers de Viggiù !

 

Et dans ce concours de bonté
Voyons qui va l’emporter.

 

Il n’y aura plus d’espace
Pour les détracteurs, les imposteurs, les marioles
et chacun devra suivre les règles,
Il n’y aura pas d’exceptions ni de favoritisme,
Personne ne pourra plus salir des façades,
Ni jeter à terre de vieux papiers et des cigarettes.
Aux chiens, il sera absolument interdit de faire caca en rue !

Ce sera un grand concours

De solidarité
Et avec votre aide
À la fin triomphera la justice :
La vérité.
-
à la fin : la vérité.

 

 

Toute la vérité.
Rien que la vérité.

MESDAMES ET MESSIEURS
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Marco Valdo M.I.
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3 mai 2017 3 03 /05 /mai /2017 20:35

Hypatie

 

Chanson française – Hypatie – Marco Valdo M.I. – 2017

 

 

 

 

 

Sans doute, Lucien l’âne mon ami, as-tu quelque souvenir de la belle Hypatie, fille de Cybèle, elle-même déesse-mère porteuse de l’intelligence et du savoir des femmes.

 

Bien évidemment, Marco Valdo M.I. mon ami, et tu fais bien de préciser qu’elle est fille de Cybèle et porteuse de l’intelligence et du savoir des femmes, mais nous y reviendrons plus tard. Pour l’instant, je me contenterai de répondre à ta question et d’éclairer ta curiosité. Je me souviens très bien d’Hypatie, cette philosophe, astronome, mathématicienne et poétesse d’Alexandrie d’Égypte ; son père était le dernier directeur du célèbre Musée que les chrétiens firent fermer, souhaitant liquider la culture ancienne, par trop scientifique et dangereuse pour la foi. Une pratique d’éradication de la mémoire et du savoir qui comme tu le sais est une habitude des religieux et des religions.

 

En effet, Lucien l’âne mon ami, le Museion fut fermé pour de telles raisons ; sans doute, les centaines de milliers de volumes qu’il détenait – accomplissant ainsi la volonté de Ptolémée, constituaient une source de savoirs humains peu compatibles avec les révélations bibliques.

 

Laisse-moi poursuive, Marco Valdo mon ami, car j’ai pas mal de souvenirs à ce sujet, qui vont certainement retenir ton attention et je l’espère même te captiver. Je me souviens aussi, terrible devoir de mémoire, du sort épouvantable que les chrétiens de la ville firent odieusement subir à l’aimable philosophe à qui tu consacres ta chanson. Ces derniers furent menés jusqu’à l’assassinat de la belle Hypatie sous la houlette libidineuse de leur évêque Cyrille, canonisé depuis en Saint Cyrille. Un personnage stupide, jaloux, envieux, présomptueux et dirait-on aujourd’hui, démagogue et populiste. Un psychologue ajouterait : un « refoulé ». Comme d’autres déments le firent il n’y a pas si longtemps, il fit brûler les livres, il fit brûler les gens. C’est lui, le canonisé Cyrille qui commanda le massacre de la belle Hypatie et sans doute aussi beaucoup, car elle était belle ; c’est lui qui présida à son supplice, lequel commença par son enlèvement en pleine rue par les sbires du sieur Cyrille, sa séquestration dans l’église où on lui fit subir l’humiliation d’un déshabillage, une lapidation, un lynchage et avec toujours le même acharnement, une torture effroyable : on l’éventra, on l’écartela, on lui arracha les membres, puis, on traîna sa dépouille derrière un char sur lequel se pavanait son bourreau, jusqu’au bûcher où finalement, ils l’incendièrent avant de jeter ses cendres aux ordures.

 

Tout cela est décidément effroyable et si je n’en ignorais pas l’histoire, je n’en avais jamais entendu récit plus circonstancié. Comment se fait-il, Lucien l’âne mon ami, que tu en aies une telle connaissance ?

 

Mais, mon ami Marco Valdo M.I., tout simplement, car j’y étais à Alexandrie à ce moment et j’y avais été conduit par mes petits pas d’âne, justement pour voir le Museion, la bibliothèque et écouter les conférences que donnait la belle Hypatie. J’étais arrivé à temps cependant pour en entendre l’une ou l’autre. Les choses se passèrent de cette manière, comme tu pourras t’en assurer par un texte d’autres auteurs qui le relate très exactement – je le tire d’une encyclopédie byzantine. Écoute bien, car il donne une précieuse indication pour ta chanson : « Ainsi, une fois que Cyrille, évêque de la faction adverse, passait par la maison d’Hypatie, il vit qu’il y avait une grande bousculade… Lorsqu’il demanda quelle était cette foule et qu’était ce tumulte devant la maison, il entendit de ceux qui suivaient que c’était la philosophe Hypatie qui parlait maintenant et que c’était sa maison. Quand il apprit cela, son âme fut piquée d’envie, de sorte qu’il complota immédiatement sa mort, la plus affreuse de toutes les fins. Car, alors qu’elle sortait d’une réunion, une meute serrée d’hommes féroces, vraiment méprisables, ne craignant ni l’œil des dieux ni la vengeance des hommes tuèrent la philosophe, infligeant une très grande souillure et la honte à leur patrie. »

 

Mais, dis-moi Lucien l’âne mon ami, le texte que tu me cites, en effet, est d’un grand intérêt pour mieux comprendre la chanson. Je te remercie de me l’avoir fait connaître. Cela étant, il est dit « Cyrille, évêque de l’autre faction », de quelle faction s’agit-il ? Le sais-tu ?

 

Pour avoir fréquenté les lieux, comme on dit : « in illo tempore », il me vient aisément à l’esprit une explication assez conforme à la vérité. D’abord, tu remarqueras que le chroniqueur parle de « l’autre faction », ce qui laisse supposer qu’il y en a deux. Je les identifierais aisément comme suit : d’un côté, la « faction », composée de factieux, gens de bandes et de coups de force, ambitionnant de dominer les autres par tous les moyens, c’est le troupeau de Cyrille ; de l’autre, l’assemblée de citoyens, de gens curieux de sciences et de pensées, enfants de la raison et de la philosophie, réunis pour entendre et pour apprendre des réflexions d’Hypatie. Je rappelle, car je ne l’ai pas encore dit ici, qu’Hypatie était considérée comme une des personnes des plus savantes de ce temps. C’était d’ailleurs la raison de cet intérêt que lui portaient les gens cultivés de son époque et bien évidemment, la raison pour laquelle moi, comme tant d’autres, avions fait le chemin d’Alexandrie pour l’écouter.

 

Je vois, Lucien l’âne mon ami, que tu connais l’affaire et que je n’ai pas grand-chose à t’apprendre. Bien au contraire, j’aimerais entendre ce que tu voulais me dire de Cybèle et de la raison.

 

Ce que je voulais préciser, Marco Valdo M.I. mon ami, c’est que Cybèle a dans le monde, tout comme ses sœurs les sorcières, le rôle ou la fonction de sage femme et de femme sage, autrement dit, c’est la savante, celle qui écoute et qui conseille, celle qui porte le savoir, en quoi elles ressemblent (Cybèle et les sorcières) à Hypatie. On sait le sort terrible que les sectes religieuses fanatiques que sont les religions ont de tous temps réservé aux sorcières, ces bonnes fées vilipendées ; c’est un sort épouvantable dont l’apothéose est généralement le feu, un sort semblable donc à celui qui fut imposé par Cyrille et ses chrétiens à la trop belle et trop intelligente Hypatie. À mon sens, cette mise à mort, cet anéantissement a été perpétré pour les habituelles raisons patriarcales, machistes, bêtement masculines et pour tout dire, incultes. Cependant, Cybèle est l’incarnation centrale de la féminité et les mêmes chrétiens, qui depuis des siècles et des siècles tentent de faire oublier le crime de Cyrille sous les habits du saint, s’essayent à récupérer – indûment – la confiance des humains en parant des habits de Cybèle, déesse mère des dieux et en dotant des arts apaisants des sorcières, l’insipide Marie, dont par ailleurs, ils garantissent – tels des maquignons de foire – une virginité, que ne peut assurer la science de l’obstétrique.

 

Soit, tu me vois ravi de ces précisions et je t’invite à présent, Lucien l’âne mon ami, à prendre connaissance de cette ode un peu particulière, dont je ne dirai rien de plus et je t’invite à conclure.

 

D’abord, quelques mots à propos d’Hypatie afin d’éclairer certain passage de ta chanson qui me ravit beaucoup, car il mêle les deux figures d’Hypatie et de Cybèle et que d’autre part, il montre Hypatie telle qu’elle était : une femme que l’intelligence et la science ont préservée de la croyance. Je te cite :

 

Hypatie, nouvelle Cybèle

Avec ses lions, si féline

À la foi si peu encline.

 

Selon la tradition grecque, Cybèle, porteuse de générosité et de raison, était escortée de ses deux lions : Atalante et Hippomène. Ceux qui escortent Hypatie me semblent être – intelligence et science. Quant à Hypatie, elle-même, « si peu encline à la foi », elle me paraît incarner le vieil athéisme universel et rebelle à toutes les évangélisations, comme je le suis moi-même, si on veut bien se reporter à ma déclaration universelle des droits de l’âne.

Que conclure, Ô Marco Valdo M.I. mon ami, moi qui n’aime pas conclure, moi qui laisse toujours place à une liberté d’imagination ? Si ce n’est peut-être qu’il nous revient de reprendre notre tâche et de tisser le linceul de ce vieux monde masculin émasculé, patriarcal, machiste, menteur et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

Et la belle Hypatie,

Hypatie si belle,

Hypatie, fille de Cybèle,

Enfant de la Raison,

Appelle sur elle

Venus des horizons

Amours et sympathies.

 

Et Cyrille ,

Le dévot des villes,

Tel ses sempiternels imitateurs

Promet toujours le meilleur ;

Cyrille d’Alexandrie, évêque

Et pétri de chrétienne ardeur,

Incendia la bibliothèque.

 

Et la belle Hypatie,

Hypatie si belle,

Hypatie, fille de Cybèle,

Enfant de la Raison,

Appelle sans cesse sur elle,

Venus des horizons,

Amours et sympathies.

 

Et Cyrille aux allures martiales,

Chantre de la gloire mariale,

Fait une chasse infernale

Aux philosophies critiques

Aux pensées rebelles

Aux lettrés, aux intellectuels

Peu enclins aux panégyriques.

 

Et la belle Hypatie,

Hypatie si belle,

Hypatie, fille de Cybèle,

Enfant de la Raison,

Appelle encore sur elle,

Venus des horizons,

Amours et sympathies.

 

Et Cyrille ineffable chrétien,

S’imagine bien en saint.

Bon croyant, il hait la terre entière ;

Il chasse le juif et la sorcière,

Hypatie, nouvelle Cybèle

Avec ses lions, si féline

À la foi si peu encline.

 

 

Et la belle Hypatie,

Hypatie si belle,

Hypatie, fille de Cybèle,

Enfant de la Raison,

Appelle toujours sur elle,

Venus des horizons,

Amours et sympathies.

 

Et Cyrille, divin serviteur,

Pyromane à ses heures,

Sur son lit de rancœurs,

Cultive les haines,

Édifie des bûchers,

Brûle la raison souveraine

Aux feux de la chrétienté.

 

Et la belle Hypatie,

Hypatie si belle,

Hypatie, fille de Cybèle,

Enfant de la Raison,

Appelle sereine sur elle,

Venus des horizons,

Amours et sympathies.

Hypatie
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Marco Valdo M.I.
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21 avril 2017 5 21 /04 /avril /2017 09:07

JE TE RACONTE

 

 

Version française – JE TE RACONTE – Marco Valdo M.I. – 2017

Chanson italienne – Io ti racconto – Claudio Lolli – 1973

 

 

 

 

 

 

 

Dans ce morceau Claudio Lolli raconte toute sa vie et il en tire son motif de pessimisme. Il est d’un pessimisme tout à fait radical qui ne couvre pas seulement la nature des choses, mais aussi leur réelle importance de communication de l’expérience.

 

Honnêtement, j’ignorais cette chanson, je l’ai découverte dans Calibre 77 de Gang. Avec Lorenzo, nous nous sommes dits qu’elle manquait… Certes, elle parle de prison et de guerre, mais en s’arrêtant à une lecture superficielle, on peut penser que Lolli parle vraiment d’une prison avec ses barreaux et d’une guerre avec ses bombes, ses chars et cetera, mais on parle d’une prison intérieure et d’une guerre intérieure. Cependant peut-être, parle-t-il de la tristement célèbre guerre de 100 000 ans qui nous relègue à vivre à la marge.

 

 

Dialogue maïeutique

 

 

Comment, Lucien l’âne mon ami, comment rendre vraiment la vraie poésie d’une chanson quand on n’a pas – comme le chanteur – l’occasion de l’enrober de son ; en somme, quand on passe de l’oreille à l’œil, de l’ouïe à l’audition.

 

E effet, Marco Valdo M.I. mon ami, c’est une question que je me pose souvent, car elle est à chaque fois présente quand tu publies une version française d’une chanson étrangère ou même, quand tu proposes une chanson en langue française. Peu importe finalement, puisque à chaque fois quand il s’agit du texte, c’est l’œil qui perçoit et la vision devient le guide de l’émotion.

 

Si c’est exact, mon cher Lucien l’âne, si ce processus est clair et si la vue prend le dessus, cela ne règle par entièrement la question. Il reste qu’il y a d’autres élément qui entrent en jeu. Laissons de côté l’image ou la photo, qui à coup sûr sollicitent et impressionnent celui qui les voit et tenons-nous-en au texte. Là aussi, les choses sont moins simples qu’il n’y paraît. En gros, la distinction entre prose et vers est pertinente et même, elle est contraignante. Autrement dit, il y a une forme du texte – disons d’un roman, qui l’identifie nettement et une autre qui identifie tout aussi nettement le texte « poétique » ou qui – du moins – en a la prétention et la chanson est de ceux-là.

 

Évidemment, Marco Valdo M.I. mon ami, mais cela nous mène où ? Où veux-tu en venir avec cette réflexion à propos de la poésie et de la prosodie ? Parle-moi plutôt de la canzone de Lolli, qui m’a l’air bien intéressante.

 

Mais justement, Lucien l’âne mon ami, je ne fais que ça. Je te parle de la chanson de Claudio Lolli, qui dans la version italienne (l’originale ?) apparaît sous une forme inhabituelle et qui lui donne des airs de prosodie, plus que de poésie. Mais elle n’est là que la transcription de ce qui est chanté. Pour celui qui veut écouter le chanteur, il n’y a là rien d’embarrassant. Mais, voici où je voulais en venir, pour celui qui établit une version dans une autre langue et se doit de la présenter par écrit, la forme doit refléter l’idée de chanson. C’est l’oeil qui sera l’interprète premier. Mais encore une fois, pas seulement.

 

 

Je comprends bien ce que tu dis, Marco Valdo M.I. mon ami, et je suis persuadé de tes raisons. Cependant, que cache ce « pas seulement » ?

 

Eh bien, Lucien l’âne mon ami, ce que cache ce « pas seulement », c’est qu’en définitive, ce n’est pas seulement l’œil qui absorbe et recrée l’émotion, c’est le cerveau, qui – comme l’instrumentiste, le soliste – interprète ce qu’il voit et qui l’ingère et l’intègre – en lui-même. Incidemment, je viens de te décrire le processus d’élaboration de la culture.

 

Où vas-tu ainsi, Marco Valdo M.I. mon ami ? Arrête-toi, reviens à la chanson, à la version française que tu proposes de la canzone de Lolli.

 

Je le fais, Lucien l’âne mon ami. Tout ceci est venu car dans sa version italienne « visuelle », la canzone de Lolli n’avait pas l’air d’en être une, elle n’avait pas du tout un air poétique et à la traduire telle quelle, j’étais gêné et j’avais une sensation, un sentiment d’incomplétude. Dès lors, je lui ai donné une forme (une morphè) poétique ; je l’ai restructurée pour qu’elle rende la musique. Dès lors, à comparer les deux textes, on a l’impression que le second (le mien) n’est pas la version française du premier (celui de Lolli) et pourtant, je maintiendrai qu’il s’agit du même.

 

Je te reconnais bien là, Marco Valdo M.I., toi et tes façons de faire et c’est ce qui me plaît bien chez toi ; ces manières d’assaisonner le monde à ta façon. Néanmoins, il me faut conclure et nous ramener à notre tâche banale et si semblable d’une fois à l’autre qui nous entraîne à tisser le linceul de ce vieux monde informe, désespéré, répétitif, terne, inerte et cacochyme.

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

 

Je te conte la misère d’une vie vécue à l’heure,

De gens qui ne savent plus faire l’amour.
Je te dis la mélancolie de vivre en
banlieue,

Du temps gris qui nous emporte.
Je te raconte ma vie mon passé m
es jours,

Même si à toi, je le sais, peu importe.
Je te raconte des semaines,

Faites d’angoisses surhumaines,

De vie et de tourments de personnes étranges.
Et de dimanches féroces
passés

À écouter les voix d’amis recrutés à la pizzeria.
Je te raconte tant de gens qui vivent

Et ne comprennent rien à la recherche d’un peu de joie.

 

Je te raconte le carnaval,

La fête qui finit mal,

Les faussetés d’une ville industrielle.
Je te raconte le rêve étrange

de poursuivre de la main

un horizon toujours plus lointain.
Je te raconte la névrose de vivre

Les yeux fermés à la recherche d’une compagnie.
Je te dis le désespoir de qui ne trouve pas l’occasion

De connaître un jour de lion.
De celui qui traîne sa vie, si las,

Dans une médiocrité infinie,

Avec quatre sous serrés entre les doigts.
Je te raconte la folie

Qui s’achète en église ou en épicerie,

Un peu de vin, un peu de religion.

 

Mais toi qui écoutes une chanson,

Connais-tu la prison ?

Sais-tu à quoi sert une gare ?
Sais-tu ce qu’est une guerre ?

Et combien il y en a sur terre ?

À quoi peut servir une guitare ?
Nous sommes tous morts

Et nous ne nous en sommes pas aperçus,

Et nous continuons à dire qu’il en soit ainsi.
Nous sommes tous morts

Et nous ne nous en sommes pas aperçus,

Et nous continuons à dire qu’il en soit ainsi.

 

 
JE TE RACONTE
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Marco Valdo M.I.
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15 avril 2017 6 15 /04 /avril /2017 13:02

LES SEIGNEURS DE LA GUERRE

 

Version française – LES SEIGNEURS DE LA GUERRE – Marco Valdo M.I. – 2017

Chanson italienne – Signori della guerra – Uniko neurone – 2013

 

 

 

 

 

 

Vous, vous n’avez pas besoin
De religion ni de foi ;

Vous ne prenez pas soin 
De vos morts partant pour l’au-delà.

 

Vous êtes seulement vous ! 
Les seigneurs de la guerre.
Vous êtes seulement vous ! 
Les maîtres de la Terre.

 

Vos mains sont sales de sang, 
Vos mains sont sales de mort.
Vos mains sont sales de sang,
Vos mains sont sales de mort.

 

On ne vous voit jamais faire
Vos putains de guerres ;

Vous laissez les autres faire
Vos putains de guerres.

 

Vous êtes seulement vous ! 
Les seigneurs de la guerre.
Vous êtes seulement vous ! 
Les maîtres de la Terre.

 

Vos mains sont sales de sang, 
Vos mains sont sales de mort.
Vos mains sont sales de sang,
Vos mains sont sales de mort.

 

Ceux qui sont morts pour vous

Ne vous importent pas du tout ;
Ces êtres humains ne sont
Que chair à canon.

 

Vous êtes seulement vous ! 
Les seigneurs de la guerre. 
Vous êtes seulement vous ! 
Les maîtres de la Terre.

 

 

Vos mains sont sales de sang, 
Vos mains sont sales de mort.
Vos mains sont sales de sang,
Vos mains sont sales de mort.

LES SEIGNEURS DE LA GUERRE
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Marco Valdo M.I.
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14 avril 2017 5 14 /04 /avril /2017 20:55

LA BALLADE DES MORTS BLANCHES

 

Version française – LA BALLADE DES MORTS BLANCHES – Marco Valdo M.I. – 2017

Chanson italienne – La ballata delle morti bianche – Uniko neurone – 2013

 

 

 

 

 

Lucien l’âne mon ami, sais-tu ce qu’est la mort blanche ?

 

Évidemment, Marco Valdo M.I. mon ami, que je le sais. Elle a frappé aussi tant d’ânes qui étaient, comme tout le monde le sait, des bêtes de somme, de véritables esclaves, contraints, forcés au travail. La mort blanche est la mort au travail, car le travail tue et tue beaucoup.

 

En effet, Lucien l’âne mon ami, c’est bien d’elle qu’il s’agit, même si l’expression « mort blanche » désigne d’autres choses. En premier, la mort qu’entraîne une avalanche de neige ou une tempête de neige ou plus généralement, la neige, mais aussi, les périodes de grand froid des régions polaires désertiques ; puis, aussi, plus curieusement, la « mort blanche » est un tireur d’élite finlandais qui dans les guerres contre les Russes – les batailles se déroulant dans la neige du grand nord, tout camouflé de blanc, tua plusieurs centaines d’ennemis au fusil. C’est aussi le nom du sucre en raison de ses effets terribles sur la santé – dont notamment le diabète et l’obésité. C’est aussi la mort, causée elle par des bactéries et qui frappe les bancs de coraux, qui perdent leur belle couleur orangée ou rougeâtre et deviennent tout blancs. Il est aussi question d’un roman, d’un film et que sais-je d’autre encore ? Néanmoins, dans la chanson, c’est de la mort au travail qu’il s’agit et comme tu le dis, elle tue beaucoup. Il y a le plus évident, ce sont les morts directes sur le lieu de travail suite à un accident (chute, noyade, accident de machine, collision, explosion, électrocution, effondrement, écrasement…) ou une catastrophe (incendie, éboulement, avalanche, naufrage…) et puis toutes les autres, celles qu’on n’identifie pas comme des morts résultant du travail – dépression, suicide et celles qu’on ne voit pas directement, et parmi elles, celles qui se passent en dehors des lieux et du temps de travail, mais qui résultent du travail ; on pense immédiatement à des crises cardiaques ou des choses du genre, au karoshi ou la mort par surtravail ou excès de travail ; mais il y a les plus insidieuses comme les maladies professionnelles, les effets des produits sur l’organisme (l’amiante par exemple ou le charbon ou les peintures…), les cancers dus aux émanations ou aux radiations toxiques et sans doute encore bien d’autres façons possibles de mourir au travail ou à cause du travail. Le slogan n’est pas celui libéral de l’ « Arbeit macht frei », mais celui qui dit : « Le travail tue ! ».

 

Que le travail tue, Marco Valdo M.I. mon ami, nous les ânes, nous le savons depuis très très longtemps et de plus, nous n’aimons pas le travail. Tout comme toi d’ailleurs, il suffit d’aller voir ta chanson « Mort au travail ! » et Monsieur de Cro-Magnon  non plus, si on en croit sa chanson où parlant de nos époques :

 

« Il dirait sans faire de détail
Vraiment que nos descendants sont bêtes
D’avoir inventé le travail ! »

 

Et, reprend Marco Valdo M.I., il aurait bien raison ; ces descendants – les vivants d’aujourd’hui vivent dans un monde idiot où l’invention du travail est à l’origine d’une guerre interminable et de ses innombrables victimes. Car, ce foutu travail est une des dimensions fondatrices de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants mènent quotidiennement aux pauvres afin de les contraindre au travail et d’en tirer mille et mille profits.

 

En effet, dit Lucien l’âne, alors, reprenons notre tâche (qui n’est pas un travail, ce supplice romain) et tissons le linceul de ce vieux monde maniaque, exploiteur, tueur, assassin et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Je suis forcé de travailler.
Bureau ou fabrique, c’est égal.
Étranglé par les taxes, le carburant et le loyer,

Ce n’est pas la vie idéale.

 

Pour survivre, il me faut suer ;
Mais sans argent, on ne peut subsister.
Chaque jour, je me lève tôt
Et dégoûté, je vais au boulot.

 

Si je ne travaille pas, je ne peux faire l'amour ;
Mais à peine à l’usine, je suis assailli par la peur.
Pour arriver au soir, il reste huit heures 
Et toutes les trois minutes, un ouvrier meurt.

 

Mais le patron, ça ne l’intéresse pas
Et le gouvernement il pense à quoi ? 
Le syndicat ne proteste pas :
Il parle, il en parle, et il détourne la tête ; 
Il parle, il en parle et il détourne la tête.

 

Dans mon entreprise, je ne suis pas écouté.
Les alarmes ne fonctionnent pas, tout est détraqué.
Le mois passé pour un câble dénudé,
Un collègue est mort, foudroyé.

 

Le patron veut que je me taise.
C’est lui qui commande, c’est lui qui menace. 
Il ne veut pas dépenser pour la sécurité.
Si on dénonce, on est licencié.

 

Si je ne travaille pas, je ne peux faire l’amour ;
Mais à peine à l’usine, je suis assailli par la peur.
Pour arriver au soir, il reste huit heures 
Et toutes les trois minutes, un ouvrier meurt.

Mais le patron, ça ne l’intéresse pas
Et le gouvernement il pense à quoi ? 
Le syndicat ne proteste pas :
Il parle, il en parle, et il détourne la tête ;
Il parle, il en parle et il détourne la tête.

 

Quel malheur, quelle fatalité ! 
L’échafaudage s’est effondré.
Je suis tombé droit dans le vide 
Et je suis mort, avec les six autres.

 

Je ne me désespère pas, je ne suis pas tout seul.
Nous sommes des millions de morts au travail. 
Il y a de la compagnie, de la musique et des danses 
Pour les milliers de morts blanches.

 

Je ne travaille plus, je ne fais pas l'amour non plus
Et dans cette usine, il ne me faut pas retourner. 
Maintenant, 
c’est le problème du nouveau venu : 
Dans trois minutes, il aura trépassé.

 

Mais le patron, ça ne l’intéresse pas
Et le gouvernement il pense à quoi ? 
Le syndicat ne proteste pas :
Il parle, il en parle, et il détourne la tête ; 
Il parle, il en parle et il détourne la tête.

 

 

 

LA BALLADE DES MORTS BLANCHES
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Marco Valdo M.I.
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