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25 mars 2017 6 25 /03 /mars /2017 21:45

 

LE LEGAPÉNISTE

 

Version française – LE LEGAPÉNISTE – Marco Valdo M.I. – 2017

Chanson italienne – Il Legapenista – Beppe Chierici – 2017

 

 

 

 

 

 

 

 

Lucien l’âne mon ami, d’abord, un avertissement : il ne faut pas confondre.

 

Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, je veux bien, mais ne pas confondre quoi ?

 

Lucien l’âne mon ami, il s’agit d’être vigilant et attentif. La chose est sûre, on ne peut pas, mais j’insiste, on ne peut rigoureusement pas confondre légapeniste et mégapénis. Car les malheureux affublés de cette difformité n’ont rien fait pour être confondus avec cette bande d’hurluberlus fascistoïdes, dont je préfère ignorer tout de leurs attributs sexuels. Je proposerais volontiers d’attribuer à ces derniers un légapénis, qui devrait bien signifier : « au pénis lié », si tu vois ce que je veux dire.

 

Je n’ai absolument pas envie de voir ça, dit Lucien l’âne en riant de toutes ses dents. Mais bon, je te rassure, je serai attentif et vigilant et je ne confondrai pas l’un avec l’autre ou inversement. Cependant, j’aimerais quand même que tu parles un peu de la chanson.

 

Mais je n’ai fait que ça jusqu’ici, réplique Marco Valdo M.I., car il s’agit d’une chanson contre les légapénistes, c’est-à-dire des membres de la Lega, la Ligue du Nord, qui suivent le nouveau « lider maximo », le nouveau « Duce », le dénommé Matteo Salvini et qui comme lui, éprouvent une grande admiration pour les Le Pen, toutes générations confondues et sans doute dans la foulée, pour le grand Poutine, qui les finance. Je rappelle au passage qu’à ses débuts, pour se lancer en quelque sorte, le futur Duce, alias Benito Mussolini, était financé par une puissance étrangère. Mais je m’égare. Disons que la chanson cherche à définir ce nouveau courant de la Ligue du Nord, un courant nationaliste primaire, pas vraiment fasciste, disons fasciste du Nord et comme tu le verras dans la chanson, un fascisme sans chemise, un fascisme en maillot. Enfin, le mieux est encore de voir la chanson.

 

Je vais le faire illico et puis, nous reprendrons notre tâche qui consiste à tisser le linceul de ce vieux monde fascisant, xénophobe, indigne, indécent et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Lui aussi, c’est un Matteo, le très beau Salvini,
C’est le plus fou du cortège, le plus aimé des abrutis.
Il est con, il a l’air décidé, il est féroce,
Il a l’air farouche, il fait penser à Mussolini. 
C’est vrai, il est un peu fasciste,

Mais pas seulement fasciste, c’est un Légapéniste !

Un quart de léguiste, pour le reste lepeniste,
Un poupon de Marine, la fille opportuniste
De Jean-Marie, l’islamophobe
Qui dit : « L’holocauste est un détail de l’histoire,
Il n’y a rien de plus funeste que d’en garder la mémoire ! »
Marine lui ressemble : tel père telle fille.

 

Nous sommes les Légapenistes ! Nous l’avons dure !
Un jour, nous enterrerons triomphants
Les intellectuels, les islamistes, les nègres !
Nous sommes de Salvini, les « partisans »
Et les paladins de la race blanche.
Nous sommes le puissant, l’invaincu régiment
Qui changera l’Europe toute entière.
Nous sommes le drapeau et les drapelets
De Matteo Salvini, notre Mahomet !

 

Salvini tempête et crie : « Nous rejetterons à la mer 
Ceux qui accostent et se moquent des frontières.

Il faut bombarder les barques en haute mer.
Qu’ils se noient par millions, ces nègres fainéants !
Les coups de pied au cul, comme une mule, jamais il ne les sent
Et dans sa tête, il a un cerveau en parmesan. 

Il a la haine dans le sang, Salvini, ce bravache !
Et il dit aux lepenistes : « Du jour où je vous ai vus,
Je vous ai aimés tous, imbéciles et obtus !
Faisons une alliance de ceux que fâchent
De voir tous ces étrangers en Europe
Qui volent le travail aux cueilleurs de tomates ».

 

Nous sommes les Légapenistes ! Nous l’avons dure !
Un jour, nous enterrerons triomphants
Les intellectuels, les islamistes, les nègres !
Nous sommes de Salvini, les « partisans »
Et les paladins de la race blanche.
Nous sommes le puissant, l’invaincu régiment
Qui changera l’Europe toute entière.
Nous sommes le drapeau et les drapelets
De Matteo Salvini, notre Mahomet !

Les élucubrations de Salvini n’ont plus de frontières :
« Marine est un homme d’État ! Ça se voit à première vue.
Elle supprimera les visas à l’étranger.
Elle visite le juif quand il est au cimetière.
À grands coups de balai, elle effacera l’Europe
Sur le pont de commandement, nous serons à ses côtés ! »

 

Sur les maillots, il affiche des télégrammes,
Il écrit ses revendications, il annonce son programme. 
C’est un grand malotru, mais il peut se rassurer,
Qui ne sait pas penser pour lui ira voter.
Mais moi, je suis avec les gars d’ici
Qui votent pour qui peut nous sauver de Salvini.

 

Nous sommes les Légapenistes ! Nous l’avons dure !
Un jour, nous enterrerons triomphants
Les intellectuels, les islamistes, les nègres !
Nous sommes de Salvini, les « partisans »
Et les paladins de la race blanche.
Nous sommes le puissant, l’invaincu régiment
Qui changera l’Europe toute entière.
Nous sommes le drapeau et les drapelets
De Matteo Salvini, notre Mahomet !

 

Nous sommes le drapeau et les drapelets
De Matteo Salvini, notre Mahomet !

LE LÉGAPENISTE
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Marco Valdo M.I.
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23 mars 2017 4 23 /03 /mars /2017 12:34

LE TRIOMPHE DE L’IDIOTIE

Version française – LE TRIOMPHE DE L’IDIOTIE – Marco Valdo M.I. – 2017

Chanson allemande alémanique – Tubel Trophy Baby JailBoris Koller – 1992

 

 

 

 

 

 

Une chanson en « Schweizerdeutsch », en allemand alémanique, qui raconte l’histoire– ainsi au moins ai-je pu comprendre de la traduction de l’allemand par Google – d’un gros et hautain nazi local, d’un prototype du grand buveur de bière et animateur de bar (et, comme nous savons, l’inventeur même du nazisme s’est lancé en offrant des bières dans un bar de Munich en 1923 – voir à ce propos la chanson française Mr Pif Paf lequel, au cours d’une de ses interminables beuveries, assaisonnées d’insultes aux immigrés, aux noirs et aux homos, se laisse convaincre de participer à un trophée de survie dans la jungle, une compétition pour les vrais hommes… Il ne reviendra jamais plus raconter des conneries dans son bar préféré, où il sera vite oublié et remplacé par un autre idiot décérébré comme lui.

 

 

Dialogue Maïeutique

 

J’imagine, Lucien l’âne mon ami, que tu te souviens de Mani Matter qui s’accompagnant de sa guitare chantait des histoires inquiétantes en un étrange allemand de Berne.

 

Bien sûr que je m’en souviens, Marco Valdo M.I. mon ami, et comment aurais-je pu l’oublier, lui qui, comme je te l’avais dit, je crois bien déjà précédemment, moi qui l’avais croisé au creux des Alpes, quelque temps avant qu’il n’écrase son véhicule contre un arbre.

Et comment pourrais-je oublier « Dynamite », cette inquiétante histoire de l’anarchiste qui voulait faire sauter (de nuit, quand il n’y avait personne) le Parlement suisse, qui se situe sur la terrasse à Berne.

Et comment pourrais-je oublier ce Guillaume Tell de Schiller joué avec tant d’ardeur patriotique dans les villages suisses ?

Comment je te le demande, comment oublier tout ça et Mani Matter ?

Et dès lors, je suis d’autant plus impatient de connaître cette nouvelle histoire et ce nouvel auteur.

 

Bien, bien, Lucien l’âne mon ami, voilà qui me réjouit grandement et qui simplifie tout, car ainsi je ne dois pas expliquer toute la singularité du Schweizerdeutsch, ni même t’indiquer l’humour qu’il recèle.

Tout ça pour te préparer à cette nouvelle chanson qui s’inscrit assez bien dans la descendance de Mani Matter. Sache pourtant qu’elle s’intitule Tubel Trophy – un titre apparemment anglais, mais il ne l’est pas ; elle est l’œuvre de Boni Koller et bien évidemment, elle est en Schweizerdeutsch.

 

Avec toutes ces précisions, ces tours et ces détours linguistiques, dit Lucien l’âne en rigolant, je suis bien servi ; je ne sais toujours rien de la chanson, si ce n’est son titre mystérieux et le fait qu’elle est en suisse allemand et d’où, cela n’est pas précisé. Autrement dit, tu m’as mené jusqu’ici en bateau, mais sur quel lac ? On ne sait et comme âne, je n’aime pas beaucoup ça. Et puis d’abord, qu’est-ce qu’un Tubel Trophy ?

 

Mais, Lucien l’âne mon ami, tu es bien susceptible, car tu es trop pressé et cela ne convient pas à ta nature.

Pour ce qui est du lac sur lequel je t’aurais baladé, ou plutôt Baby Jail t’aurait promené, ce ne peut assurément être que le lac de Zurich.

Et puis pour le reste, nous avons tout le temps. Cependant, je m’en vais soulager ta tension nerveuse.

D’abord, je vais t’avouer à propos du Tubel Trophy que je me suis posé exactement la même question et qu’il m’a fallu tourner et retourner l’affaire pour trouver un titre en français. Au début– enfin pas immédiatement quand même, j’avais opté pour La Coupe de l’Idiotie. Mais, me suis-je dit, c’est assez ambigu. En fait, j’avais en tête le sens de Coupe comme on l’utilise en football avec la Coupe du Monde ou en tennis avec la Coupe Davis et je figurais que tout le monde le comprendrait ainsi jusqu’au moment où j’ai eu l’impression qu’on pouvait tout aussi bien entendre « coupe » du point de vue tailleur ou du coiffeur. Plutôt du coiffeur, d’ailleurs.

 

Oh, dit Lucien l’âne, à voir la tête de certains hommes, on pourrait fort bien penser qu’il y a quelque part un coiffeur qui a mis à la mode une telle coupe de l’Idiotie et qu’elle s’est répandue subrepticement dans les rues et sur les écrans.

 

Sans doute comme tu le dis, à voir certaines têtes… mais ce n’est pas de cela qu’il s’agit, reprend Marco Valdo M.I.. Dès lors pour éviter cet amphibologique casse-tête, je me suis rabattu sur l’histoire et son déroulement. Pour ta gouverne, je vais te retrace ce parcours.

L’histoire est celle d’un Tubel, d’un idiot, vantard, hâbleur, raciste, grande gueule, buveur, un pilier de cabaret, généralement assez alcoolisé auquel les amis de bar, les habitués du bistrot inventent toute une histoire pour se débarrasser de lui. Et ils vont y arriver.

Cette histoire est assez grosse pour que tous, excepté l’intéressé, comprennent la blague ; l’idiot s’y laisse prendre. Il s’agit, lui dit-on, d’un concours doté d’un grand prix (deux kilos d’or fin) qui se déroule au cœur de la forêt vierge en Afrique où il s’agit de survivre pendant un mois sans argent et sans papiers – ce qui en soi est déjà une énormité : que faire dans la jungle avec de l’argent et des papiers ?

Évidemment, lui dit-on, comme c’est en Afrique, les concurrents africains ont de bonnes chances de l’emporter.

L’idiot ne se démonte pas et proclame qu’il s’en va leur montrer « à ces singes » et qu’il entend bien remporter le concours.

D’où le titre : « Le Triomphe de l’Idiotie », ambigu aussi, mais pour le bon motif du double sens humoristique de triomphe au sens de « prix, récompense, célébration de la victoire » – et notre idiot s’y voit déjà ; et de deuxième part, le sens qu’avait donné Jules Romains avec Le Triomphe de la Médecine. Par parenthèse, le Docteur Knock avec ses allures et ses méthodes assez manipulatrices et son tempérament autocratique avec lesquels il soumet tout un village, annonce – dès 1923 – d’autres thaumaturges et l’empire qu’ils peuvent prendre sur les gens et les ravages qu’ils peuvent causer.

Mais je dévie.

Dans le titre tel que je l’ai finalement pensé, c’est l’idiotie qui triomphe – sur toute la ligne, puisque notre idiot (nullement métaphorique) s’engagera dans ce concours imaginaire et finira par se perdre dans la forêt africaine.

 

Certes, certes, Marco Valdo M.I. mon ami, j’entends bien ce que tu dis. Mais, j’aimerais que tu me dises si cette chanson aborde aussi nettement cette interprétation politique que tu évoques.

 

Bien sûr qu’elle le fait, Lucien l’âne mon ami, et même avec une virulence, une force rare de ces temps-ci, elle s’en prend au populisme, aux populistes ; elle met en garde contre les hommes ou les femmes à poigne :

 

 « Vous les idiots qui marchez derrière n’importe quel imbécile,
Qui baignez dans votre merde, avec la poigne qu’il a, il vous tirera à lui. »

 

Et mieux encore, par sa parabole, elle met à jour les racines, la racine du mal, le fondement du pouvoir fort que sont précisément l’idiotie et son triomphe et je te laisse faire le lien avec certains personnages contemporains.

 

Merci beaucoup, Marco Valdo M.I., je relève ton défi. Je verrai donc bien parmi ces personnages contemporains, que je n’hésiterai pas à définir comme des Tubels, comme de dangereux crétins :

Tubel n°1 : le Président des USA – Donald Trump (Leur Bon Président)

Tubel n°2 : le Président de la Russie – Vladimir Poutine

Tubel n°3 : le Président de la Turquie – Recep Tayyip Erdoğan (Erdowie, Erdowo, Erdowahn )

Tubel n°4 : le Premier Ministre de la Hongrie : Viktor Orban

et tout un tas d’autres dont la liste serait tellement longue que j’arrête ici.

Et d’ailleurs, assez causé, passons à la canzone et reprenons ensuite notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde cerné par les populistes et le populisme, qui est la maladie sénile des nations, gangrené, pourri jusqu’à la moelle et cacochyme.

 

Heureusement

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Il était une fois un idiot à la boisson mauvaise
Qui croyait que la peau blanche résulte du lavage.
Il croyait que le boucher cultive les saucisses
Et que partout, où le soleil brille, il y aurait une carte de glace.
Il pensait qu’il aurait droit à la sécurité pour toujours ;
Il s’imaginait que sa maman nettoierait sa chambre tous les jours.

 

Il était une fois un idiot qui était assis à la table des habitués.
Il
disait : Celui qui travaille, mérite aussi quelque chose à manger ;
Il criait : C’est un scandale, c’est une catastrophe,
Quand on a besoin d’un serveur, il vient tout de suite avec ses enfants.
Il faisait des plaisanteries bêtes sur les pédés et les nègres.
Il disait : Je ne vais quand même pas encore payer des impôts pour des fainéants.

 

Il était une fois un idiot qui payait des tournées de bière.
Alors, ils lui dirent qu’il y avait un concours dans la forêt vierge :
Survivre un mois, sans banque et sans papiers.
Ensuite, il y aura une fête et même deux kilos d’or comme premier prix.
Ils lui ont montré un cahier avec une grande publicité ;
Là, tout y était précisément décrit.

 

Il y avait une fois un idiot et un café plein d’ivrognes.
Tous le suppliaient : Idiot, fais donc cette coupe !
Fier et tout seul, il est monté sur la table,
Il criait : « Oui, je vais leur montrer à ces singes ! »
Il a commandé encore de la bière et on l’a entendu dire
Que même dans la forêt vierge, il serait supérieur aux nègres.

 

Il était une fois un idiot qui en avion s’est rendu
En Afrique, car là-bas, il était très attendu.
Il est monté comme un roi dans une grande auto ;
Ses aides ont mis des vivres dans son sac à dos,
Pendant des jours, ils avancèrent, jusqu’au bout du monde.
Et là, sans passeport et sans argent, ils le laissèrent.

 

Il était une fois un idiot qui se traînait à terre.
On lui avait promis la dernière grande aventure,
Il errait tout sale et tout seul dans la forêt vierge.
Enfin, dans un village, il rencontra des soldats.
Il criait : Je veux rentrer chez moi, ça ne m’amuse pas ;
On voudrait voir votre passeport, ont dit les soldats :

 

Il était une fois un idiot, un vrai de vrai ;
Il a disparu quelque part, très loin d’ici, dans la forêt.
Il n’a jamais compris que cette coupe,

Avait été inventée pour se débarrasser d’un idiot.
Ils l’ont très vite oublié dans son bistrot,
Et un nouvel idiot s’est bientôt assis à sa place.

 

Le triomphe de l’idiotie n’a pas besoin d’autant de strophes ;
Chaque idiot le comprend et
même les philosophes.
Vous les idiots qui colportez vos sottises,
Vous les idiots qui marchez derrière n’importe quel imbécile,
Qui baignez dans votre merde, avec la poigne qu’il a, il vous tirera à lui.
Mais vous ne manquerez à personne, si vous n’êtes plus ici.

 

 

 
LE TRIOMPHE DE L'IDIOTIE
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19 mars 2017 7 19 /03 /mars /2017 20:05

L’EAU DOUCE

 

 

 

Version française – L’EAU DOUCE – Marco Valdo M.I. – 2017

Chanson allemande – Das weiche Wasser – Dieter Dehm -1988

 

 

 

 

Mon ami Lucien l’âne, voici une chanson qui me semble se référer à une sagesse des plus anciennes et pour nous, des plus lointaines. À ce propos connais-tu Lao Tseu ? Est-ce que ce nom te dit quelque chose ?

 

Et comment !, Marco Valdo M.I. mon ami. Je l’ai rencontré là-bas dans la montagne cheminant sur un buffle énorme et placide, dont le nom était Chemin Pesant. J’ai salué le gros ongulé et j’ai salué l’humain. Alors, l’homme m’a dit : « Qui es-tu âne savant et causant, personnage bien surprenant ?

Car, dit le philosophe, car Lao Tseu était lui aussi philosophe, comme tous les buffles que j’ai rencontrés, notre ami le buffle Chemin Pesant, ici présent, ne dit pas un mot, ce qui est bien reposant pour les longs voyages. Je ne savais trop que lui répondre.

Alors, je lui révélai que j’étais âne et homme tout à la fois – ceci expliquant cela et comme lui, déambulant dans le monde. Il allait à sa retraite, dont il m’a fait jurer de ne jamais révéler l’endroit et moi, j’allais vers mon destin.

Cependant, Marco Valdo M.I. mon ami, ce n’est pas le moment ni le lieu ici et maintenant de raconter tout ce qu’il me confia au long de notre bout de chemin d’exil en commun.

D’autres l’ont déjà fait et particulièrement, Bertolt Brecht dans une de ses Kalendergeschichten, une de ses histoires de calendrier, celles qui accompagnent l’année tout au long de son chemin et qu’on nommerait en français plus volontiers : Histoires d’almanach.

 

Bertolt Brecht, dis-tu Lucien l’âne mon ami. Voilà qui est intéressant, car on l’a déjà rencontré plusieurs fois ici ; c’est un habitué, en quelque sorte. Peux-tu préciser à quoi tu fais allusion ?

 

Marco Valdo M.I. mon ami, je m’en vais illico satisfaire à ta dévorante curiosité. Il se fait, vois-tu, que Bertolt Brecht, un homme curieux de tout, s’est fortement intéressé à l’Asie et particulièrement, à la Chine ancienne.

Ainsi, un jour alors qu’il vivait en exil, il en vint à écrire un poème, assez long d’ailleurs où il raconte l’histoire de Lao Tseu partant en exil.

Il l’avait intitulé : « Legende von der Entstehung des Buches Tao Te King auf dem Weg des Laotse in die Emigration  », ce qui se traduit, écoute bien, par : « Légende de la naissance du livre Tao Te King de Lao Tseu sur la route de l’émigration ».

On voit déjà que rien que ce titre confirme ce que je t’ai dit à propos de Lao Tseu, du buffle Chemin Pesant et de leur voyage vers l’endroit de la retraite cachée du vieux maître chinois, il y a plus de deux mille cinq cents ans d’ici. C’était aux alentours d’environ 550 ans avant Zéro et pour la bonne forme, je te cite le passage où il est question de l’eau douce et qui à mon idée devrait bien être celui auquel renvoie la chanson :

 

« Daß das weiche Wasser in Bewegung 
Mit der Zeit den harten Stein besiegt. »

 

« L’eau douce en mouvement

Défait la pierre dure, avec le temps. »

 

Tout à fait exact, Lucien l’âne mon ami, c’était bien là aussi mon sentiment. Il faut tout aussi évidemment comprendre que ce texte n’est pas sans rapport avec l’exil de Bertolt Brecht lui-même au temps du frénétique moustachu.

Cette parabole du sage chinois monté sur le buffle parle de bien autre chose qu’elle n’en laisse entrevoir au départ. Il s’agit d’une double réflexion adressée aux Allemands (notamment) : d’une part, aux hitléristes pour leur signifier leur futur et inéluctable effondrement et d’autre part, aux exilés et aux résistants de l’intérieur (Widerstand) pour leur donner confiance et courage.

Et le texte de Brecht, dans son préambule, met clairement en évidence le contexte – pour qui veut bien lire entre les lignes ou entre les mots :

 

« Comme dans le pays, le bien s’émoussait

Et le mal se répandait

Il mit ses souliers

Et s’en alla sur le sentier… »

 

Oh, Marco Valdo M.I., voilà qui est bien intéressant. Cependant, ne pourrais-tu dire deux trois choses, une sentence ou l’autre de ce Tao Te King, dont on attribue la paternité à Lao Tseu.

 

Bien évidemment, Lucien l’âne mon ami, mais ma version n’a certainement qu’une très lointaine parenté avec le texte d’origine et je ne puis te garantir que Lao Tseu lui-même y reconnaîtrait ses propos ; cela d’autant plus que je ne puis moi-même vérifier la pertinence des sources ne connaissant absolument pas le chinois Mais enfin, voici mon adaptation et tu en feras ce que tu voudras.

C’est une série de préceptes paradoxaux comme le sage ancien aimait à en faire. C’est un peu comme en musique, une variation sur le thème du TTK 63.

 

« Use de la paresse,
Abuse du farniente
Savoure le fade
Regarde le minuscule comme immense
Le peu comme multiple
Construis ton œuvre

Avec une lente patience

Partout, le difficile débute par le facile
Toujours, le géant par la petitesse »

 

Merci beaucoup, dit Lucien l’âne en riant, mais avec tout ça, je ne sais encore rien de la chanson elle-même, je ne sais même pas de quoi elle parle.

 

 

 

En effet, Lucien l’âne mon ami. Réparons immédiatement cet oubli. La canzone examine la possibilité, la forte probabilité d’une troisième guerre mondiale et tente de la conjurer en appelant à une résistance festive et douce ; douce comme l’eau qui dissout la pierre et finit par la traverser de part en part et par la briser.

 

La canzone date d’il y a maintenant environ trente ans, pense à haute voix Lucien l’âne, et la troisième guerre mondiale n’a pas encore eu lieu.

Oh, ce n’est pas que le feu ne couve pas sous la cendre, ce n’est pas que les braises ne flambent pas ici ou là, mais enfin, la grande explosion n’a pas encore éclaté. À mon sens, on ne peut l’exclure et cette chanson est comme en écho, me semble-t-il, avec la toute dernière histoire d’Allemagne, intitulée d’ailleurs : « La Troisième Guerre » et qui a sans doute raison quand elle dit :

 

« La guerre se fait autrement
En civil, maintenant
On conquiert par l'argent
Avec lui, on asservit les gens.
Les temps ne sont plus les mêmes
Déjà a commencé la troisième. »


Dès lors, reprenons notre tâche et tissons, tissons encore et toujours le linceul de ce vieux monde plein de rumeurs, de furieux, absurde, abominable et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

L’Europe a connu deux fois la guerre,

La troisième sera la dernière.

Ne faiblissez pas, ne laissez pas faire.

L’eau douce défait la pierre

 

La bombe qui n’épargne aucune vie,

Sauf les machines et les pierres,

Par une chanson tous nous relie.

L’eau douce défait la pierre.

 

Elle perce les parois les plus épaisses,

Doux et tendres,

Comme l’eau nous voulons être.

L’eau douce défait la pierre.

 

Les fusées devant notre porte

Sont là pour nous défendre.

On se passerait bien de cette défense

L’eau douce défait la pierre.

 

Elle perce les parois les plus épaisses,

Doux et tendres,

Comme l’eau nous voulons être.

L’eau douce défait la pierre.

 

Les armes couvrent la table du monde,

Quand des enfants pleurent de faim.

Pour les armes, l’argent coule à plein.

Mais l’eau douce défait la pierre.

 

Elle perce les parois les plus épaisses,

Doux et tendres,

Comme l’eau nous voulons être.

L’eau douce défait la pierre.

 

Venez avec nous en paix faire la fête

Et montrer comment les hommes vivent.

Hommes ! Les hommes peuvent être des hommes.

L’eau douce défait la pierre.

 

Elle perce les parois les plus épaisses,

Doux et tendres,

Comme l’eau nous voulons être.

L’eau douce défait la pierre.

 

L'EAU DOUCE
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17 mars 2017 5 17 /03 /mars /2017 20:39

LA GUERRE DES IMBÉCILES

 

Version française – LA GUERRE DES IMBÉCILES – Marco Valdo M.I. – 2017

Chanson italienne (Emiliano Bolognese) – La guera di inbezell – Malnàtt – 2005

 

 

 

 

 

Déterminés, nous allions tous à la guerre, 
Nos tambours faisaient trembler la terre !
Nos chants secouaient la voûte céleste
Devant nous s’inclinaient les arbres !

 

Nous sommes forts, en avant !
Allons à la victoire ! Nous épandrons le sang ! 
Il y aura des larmes et des grincements des dents,
Et la victoire sera pour nos gens !

 

Arrivés sur le champ de la bataille,
Nous n’avons trouvé vivant qu’une canaille.
Il nous a dit que le combat était déjà terminé,
Mais au moins nos alliés avaient gagné…

 

Dis-moi l’ami, qui nous oblige, 
D’aller pour dieu encore nous battre ? 
Allons aux tonneaux et mettons les en perce,
Buvons tous la gueule ouverte,
Rotons et fêtons toute la nuit encore
Le beau cadeau que ne nous a pas fait la mort !

 

 
LA GUERRE DES IMBÉCILES
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13 mars 2017 1 13 /03 /mars /2017 18:49

LE TROISIÈME REICH


Version française – LE TROISIÈME REICH – Marco Valdo M.I. – 2017

Chanson italienne (Emiliano Bolognese) – Al Têrz Inpêr – Malnàtt (Porz) – 2007

 

 

 

 

 

 

 

L’Ordre Nouveau est arrivé

Porté par quatre crochets

Et nous soudain levons la main

Pour saluer ce moustachu crétin.

 

Les fils de Jéhovah seront des étrangers

Dans leur propre pays

Car une loi l’a dit ainsi…
Après, gratis dans les « camps », ils vont travailler 
Jusqu’à ce qu’ils commencent à avoir de la peine à respirer…

 

Nous ne savons pas ce qui s’est passé
Au-dehors et à l’intérieur de nos frontières.
Plus tard aussi, nous dirons pareil au procès.
Que personne n’est coupable de ce massacre.

 

 
LE TROISIÈME REICH
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12 mars 2017 7 12 /03 /mars /2017 19:08

LA FÉE

 

Version française – LA FÉE – Marco Valdo M.I. – 2017

Chanson italienne – La Fata – Edoardo Bennato – 1977

 

 

 

 

 

La mémoire de cet album d'Edoardo Bennato s’est peut-être perdue un peu, remontant à 1977 l’année « fatidique », où l’auteur-compositeur architecte napolitain revisitait à sa manière l’histoire de Pinocchio. Il eut un gros impact sur ceux qui alors, comme moi, se trouvaient dans leur prime adolescence : 14, 15, 16 ans. On voyait des groupes de gamines sur les autobus chanter presque à gorge déployée cette chanson sur la « Fée turquoise ».


Il se peut que le public de Bennato fut précisément celui-là, les très jeunes qui en raison de leur âge, ne faisaient pas partie intégrante du mouvement, même si beaucoup d’entre eux en étaient. Mais, ensuite, y a-t-il un sens à parler d’une « partie intégrante » ? D’une manière ou d’une autre tous y étaient dedans, tous autant qu’on était, nous y étions, vivant ces instants. Personne n’était et ne pouvait être indifférent. Mais je divague sûrement ; je cesserai donc immédiatement, n’ayant pas à m’aventurer en choses trop vastes pour une… chanson.

Ce fut du reste le même Bennato, peu temps après, qui déclara que « c’étaient toutes des chansonnettes ». Entretemps il fit cet album, ciblé ou non vers un certain « target » (une cible de toute façon atteinte, vu le nombre d’adolescents qui alors épuisèrent les stocks de gazous dans les magasins d’instruments de musique). Les personnages de Pinocchio comme métaphore du pouvoir, et cette « Fée turquoise » qui est toutes les femmes, qui joue le rôle de toutes les femmes, imposé par la société et le pouvoir.

Il lui faut être belle, disponible, sœur/mère/épouse, et à cause de cela, elle ne peut se déplacer : si elle veut voler, ils la tirent vers le bas. Peut-être quelque jeunette de quinze ans passait chaque jour de cette chanson aux collectifs féministes des lycées (ils existaient, ils existaient), ou bien la méprisait, car de toute façon écrite et chantée par un « maskietto », ou bien peut-être on ne sait quoi. Mais trente ans après, vu comme s’est « avancé le neuf », il ne serait de toute façon pas mal la reproposer. [RV, 9 août 2007]

 

 

 

Il y a une fleur seule dans cette chambre
Et tu te meus avec patience.
La potion est amère,

Tu sais déjà qu’il va la boire.

 

S’il ne se rend pas, tu le tentes ;
Tu dénoues le nœud de tes hanches
Que ce vêtement dévoile déjà.
Cueillir la fleur l’affolera.

 

Il fera pour toi n’importe quoi,
Sœur et mère et épouse,
Reine ou fée, toi

À plus, tu ne pourras prétendre

 

Peut-être est-ce vengeance,
Peut-être est-ce désarroi,
Ou seulement inconscience,
Mais depuis toujours, c’est toi
Celle qui paie.
Si tu veux voler, ils te tirent vers le bas.
Quand commence la chasse aux sorcières,
La sorcière, c’est toujours toi.

 

Tu poursuis des rêves de fille ;
Tu quêtes l’amour et tu es sincère ;
Tu ne fais pas de magie, tu ne truques pas.
Personne désormais n’y croit.

 

Il y a celui qui te hurle que tu es belle,
Que tu es une fée, que tu es une étoile,
Puis, il te fait esclave, ainsi tu vois
L’appeler amour ne se peut pas.

 

Il y a celui qui t’exalte, qui t’adule,
Il y a celui qui t’expose en vitrine.
Il se dit amour, cependant tu vois
L’appeler amour ne se peut pas

 

 
LA FÉE
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Marco Valdo M.I.
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10 mars 2017 5 10 /03 /mars /2017 14:44

FRÈRES ?

 

Version française – FRÈRES ? – Marco Valdo M.I. – 2017

Chanson italienne – Fratelli? – Roberto Vecchioni – 1973

 

 

Être tant et partir ensemble,

Tout droit vers la lumière.
Pendant des semaines et des semaines,
On partage le vin, on casse la graine ;
Où nous allons ? Peu importe !
Plus nous sommes, plus la route est courte.
Pendant des semaines et des semaines,
S’aimer et boire aux fontaines.

 

Amour, le monde seul est amour :
Diverses couleurs, divers atours,
Mais qu’importe, le cœur est velours.

 

Le voyage est long et le jour vient
Où l’on se demande : « Ça me convient ? »
Yahvé, guide du passé
Fixe les prix du marché ;
Certains naissent perdants,
À eux, la faim, la soif, les tourments.
Le blanc exploite et hausse le ton
À la moindre récrimination.

 

L’amour meurt ;

où il meurt ne naît jamais une fleur
L’amour meurt, où il meurt naît la douleur.

 

Quand volent les couteaux,
On se dit : « Soyons frères !
En avant, à l’assaut !
Être tous égaux et puis s’aimer ».
Aimons-nous veut dire :
« Aim
ez-vous pour commencer »
Chacun pense à soi seulement ;
Quand ça va mal, il tombe en pleurant. 

 

Garçon, encore à boire !
Je veux noyer dans la boisson
Leurs faces, leurs dieux et leurs drapeaux.
Nous chantions une chanson,
Nous la chantions tous ensemble,
Passe le temps, le soleil brûle,
Qui se rappelle les paroles ?

FRÈRES ?
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Marco Valdo M.I.
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8 mars 2017 3 08 /03 /mars /2017 21:15

UN JOUR PEUT-ÊTRE


Version française – UN JOUR PEUT-ÊTRE – Marco Valdo M.I. – 2017

Chanson italienne – E forse un giorno – Carmen Consoli – 2015 

 

 

 

 

Pendant combien de temps,
Devrais-je chercher le moyen de surnager ?
Mon mari ne travaille pludepuis longtemps
Et avec son sourire, il a perdu sa santé et sa dignité.

 

Pendant combien de temps,
Devrais-je demander à mes fils de serrer les dents ?
Entre pain, livres, électricité, gaz et loyer, 
Sur la ville plombe déjà un autre été.

 

Mais le printemps reviendra, 
Dans nos pauvres cœurs abrutis et vieillis et il les chauffera
Et peut-être un jour, ils nous donneront l’air 
À un prix plus avantageux que l’essence.
Un sourceau authentique de sainte patience,
À la loterie, j’ai gagné une misère.

 

Pendant combien de temps, qui sait ?,
Devrais-je porter le poids de cette indignité ?
Nous dormons dans l’auto, cet été ;
Aux yeux du quartier, nous sommes devenus des étrangers.

 

Mais le printemps reviendra 
En nos pauvres cœurs humiliés et malades et il les guérira
Et peut-être un jour, ils nous donneront l’air 
À un prix plus avantageux que l’aspirine.
En attendant, à la loterie, j’espère,
Cette année encore, gagner une rente à vie.

 

Ce joli papillon posé sur le pare-brise 
Est la preuve qu’à nous encore, on pense.
Quelle belle surprise entre brouillard et givre !
Comme il est chaud le baiser de la providence.

 

Et un jour peut-être, ils nous donneront l’air 
À un prix plus avantageux que les ordures.
Et un jour peut-être, ils nous donneront l’air 
À un prix plus avantageux que les ordures.

 

Pendant combien de temps 
Devrais-je demander à mes fils de serrer les dents…

 

 
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Marco Valdo M.I.
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6 mars 2017 1 06 /03 /mars /2017 14:29

CHANT DES MORTS EN VAIN

Version française – CHANT DES MORTS EN VAIN – Marco Valdo M.I. – 2017

Chanson italienne – Canto dei morti invano – Primo Levi – 1985

 

 

 


Il y a là des accents d’ode, des accents et des réminiscences de poésie lapidaire et peut-être même, une volontaire parenté avec l’Ode à Kesselring de Piero Calamandrei. Cette armée des morts en vain est de la même famille, du même peuple que celui de Lo avrai qui attend l’envahisseur aux bords des chemins.

« Si tu voulais un jour revenir sur ces routes
tu nous trouverais à nos postes
morts et vivants avec le même engagement
peuple serré autour du monument
qui s’appelle
aujourd’hui et pour toujours
RÉSISTANCE ! »

 

Dis-moi, Marco Valdo M.I., mon ami, dis-moi avant d’aller plus avant : ce peuple qui parle dans cette canzone de Primo Levi, ce peuple quel est-il ? Cette armée de morts en vain, quelle est-elle ?

Elle est longuement décrite et énumérée dans la chanson, Lucien l’âne mon ami. Je résumerai la chose en disant : ce sont les derniers morts de la Guerre de Cent Mille Ans, cette guerre longue, en apparence éternelle, que les riches font aux pauvres, depuis qu’il y a des riches, depuis qu’il y a des pauvres, depuis qu’il y a des faibles, depuis qu’il y a des puissants, depuis qu’il y a des escrocs, depuis qu’il y a des exploités. J’ai dit les derniers puisque la chanson ne commence son énumération qu’au début du siècle dernier, puisque la liste ne commence qu’avec ceux de la Grande Guerre, celle de 1914-18 et tous ces morts en vain s’additionnent jusqu’au moment où Primo Levi écrivit sa chanson – 1985. Depuis, comme tu le sais, il y en eut encore des tas d’autres et aussi loin et aussi longtemps que je puisse voir, il en sera encore pareil. C’est terrible, mais on ne saurait se faire d’illusions à cet égard. Du reste, nous le savons bien tous deux et tous les autres qui fréquentent ici les chansons contre la guerre. Tous ici – nous et les autres – mènent une action de longue, longue haleine sans même imaginer qu’elle puisse aboutir – disons, de leur vivant.

 

Donc, si je comprends bien ce que tu viens de me dire, Marco Valdo M.I. mon ami, la guerre en tant que phénomène humain – n’est pas près d’être éradiquée, n’est pas près de disparaître. Les amis, les intervenants, les commentateurs ou je ne sais comment les nommer, tous ceux qui d’une manière ou d’une autre développent ou soutiennent les CCG, le savent pertinemment : toute action contre la guerre est forcément une action au long cours. J’en déduis que chacun ici ne se fait aucune illusion sur la possibilité de mettre fin à la guerre. On peut évidemment imaginer d’intervenir utilement dans un conflit spécifique avec une certaine influence, mais à supposer que ce conflit particulier se termine, on peut en trouver d’autres qui persistent ou qui naissent. À première vue, à l’infini. Ma question est tout simplement : pourquoi ?

 

Mon ami Lucien l’âne, ton « tout simplement : pourquoi ? » est une question à laquelle je n’ai pas de réponse définitive et certainement, pas de réponse qui puisse être entièrement formulée ici. Mais néanmoins, je vais t’indiquer deux éléments en précisant que ton « pourquoi ? » auquel je réponds porte sur l’idée que « toute action contre la guerre est forcément une action au long cours ». Premier élément, c’est le nombre d’intervenants potentiels – il y a environ neuf milliards d’humains et je ne sais combien de formes de regroupement : États, nations, religions, partis, tribus, etc., tous susceptibles de vouloir ou de lancer des actions guerrières.

Deuxième élément : les vies des personnes humaines – aussi longues soient-elles, aussi longues pourrait-on les souhaiter sont d’une durée calculable en dizaines d’années – 6, 7, 10, 20 dizaines d’années  et celles des entités se mesurent en centaines d’années ? Et puis quoi ?

Tout ceci n’est pas sans conséquence si l’on considère que la guerre ne disparaîtra que du jour où – imposant aux entités leur décision – tous les humains s’y opposeront et auront mis fin aux causes de toutes les guerres, causes qui, me semble-t-il, sont d’ordre psycho-sociologique.

Ce sont des générations nouvelles de personnes et d'entités qu’il faudrait gagner à cette opposition consciente, raisonnée et obstinée à la guerre et gagner sans retour au refus de se laisser aller à la richesse, à l’avidité, à la domination, etc. Comme on peut l’imaginer, pour celles qui sont là, c’est déjà trop tard – et on parle en milliards d’êtres humains. Il suffit, en vérité, de regarder la réalité en face. La guerre et nous ne vivons pas dans le même temps. On peut chanter contre elle et c’est certainement indispensable, mais ce n’est pas suffisant. En somme, on peut chanter contre le malheur, mais il faut aussi étudier, rechercher, mettre en place les conditions du bonheur.

 

Et moi, moi, Marco Valdo M.I. mon ami, moi qui suis depuis si longuement en route autour et alentour et même au cœur du monde des hommes, moi qui ai vu les batailles de l’Iliade et bien d’autres avant encore, moi qui ai croisé Ulysse plusieurs fois et qui l’ai accueilli avec le vieil Argos, chose que le conteur semble ignorer (ce qui est une grave erreur de sa part), car il aurait pu donner plus de véracité encore à son récit en me donnant un instant la parole. J’aurais de mille détails attesté qu’Ulysse était bien Ulysse et j’aurais aussi pu révéler quelques particularités de son périple que tous ici de ce fait ignoreront toujours, car à présent je ne m’en souviens plus trop.

Moi qui ai toujours croisé la guerre, moi qui ai vu tant et tant de fuyards, de blessés, de morts, de pays entiers ruinés par la faute de quelques-uns, moi qui ai croisé tant de « morts en vain » depuis des millénaires, moi qui ne suis qu’un âne errant au travers du temps, moi qui aurais tant aimé que la guerre ne me soit plus qu’un mauvais souvenir, moi, il me faut – comme il vous faut à vous pauvres vivants – souffrir qu’elle soit encore notre avenir, car je dois à la vérité dire que je ne vois pas plus que toi venir la fin de la guerre et j’ajoute, atterré, pour les mêmes raisons que toi.

Je persiste et signe : on ne pourra mettre fin à la guerre qu’en bannissant hors du monde la richesse, l’avidité qui n’est que l’appétit, la soif et le goût de richesse, l’ambition qui n’est que le goût, la soif et l’appétit du pouvoir et de la puissance.

 

Ainsi, Lucien l’âne mon ami, comme moi, tu attestes de la difficulté qu’il y a à comprendre comment en venir à bout, à se faire à l’idée qu’on n’y arrivera qu’en extirpant les racines de cette plante maudite de l’humaine nation et nécessairement, du cœur des humains, de chaque humain.

 

Alors, Marco Valdo M.I. mon ami, nous savons que nous ne pouvons faire ni plus ni moins que ce que nous faisons ici, nous ne pouvons faire ni plus ni poins que de tisser obstinément, inlassablement le linceul de ce vieux monde mortifère, nécrocole, thanatocole et cacochyme.

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

Asseyez-vous et discutez

À votre aise, vieux renards argentés.

Nous vous emmurerons en un palais splendide

Avec de bons lits, un bon feu, du vin et de la nourriture

Pour que vous négociiez et échangiez

Les vies de vos enfants et les vôtres.

Que toute la sagesse de la création

Converge pour bénir vos raisons

Et vous guide dans le labyrinthe.

Mais dehors dans le froid, nous vous attendrons sans fin,

Nous, l’armée des morts en vain,

Nous ceux de Montecassino et de la Marne,

Ceux de Treblinka, ceux d’Hiroshima et ceux de Dresde,

Et il y aura avec nous

Les lépreux et les trachomeux,

Les disparus de Buenos Aires,

Les morts du Cambodge et les mourants d’Éthiopie,

Les pactisés de Prague,

Les exsangues de Calcutta,

Les innocents déchiquetés à Bologne.

Malheur à vous si vous ne pouvez vous accorder,

Par notre étreinte, vous serez écrasés.

Nous sommes invincibles, car nous sommes les vaincus.

Invulnérables, car déjà disparus :

Nous, nous nous moquons de vos missiles.

Asseyez-vous et négociez

Tant que votre langue n’aura pas séché,

Tant que la damnation et la honte dureront,

Nous vous noierons dans notre putréfaction.

CHANT DES MORTS EN VAIN
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Marco Valdo M.I.
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2 mars 2017 4 02 /03 /mars /2017 21:04

RIEN NE RESTE DE L’ÉCOLIÈRE

 

D’HIROSHIMA

 

Version française – RIEN NE RESTE DE L’ÉCOLIÈRE D’HIROSHIMA – Marco Valdo M.I. – 2017

Chanson italienne – Nulla rimane della scolara di Hiroshima – Primo Levi – 1978

 

 

 

 

À Hiroshima, Japon, où tomba la première bombe atomique, il existe un Parc de la Paix, dans lequel on a bâti un monument aux enfants. Voici ce qu’en dit le site qui y est consacré :

« Le Monument des Enfants est dédiée à Sadako Sasaki, fillette de 2 ans lors de l’explosion de la bombe, qui vivait alors à deux kilomètres de l’épicentre.

Alors que la plupart de ses voisins furent tués ou blessés, Sadako sembla être épargnée. Aucune blessure… visible.

Jusqu’en 1954, ce fut une petite fille comme les autres.

Bonne élève, enfance sans problème. Tout allait bien. Elle faisait même de la compétition de course à pied.

Mais, en 1954 tout bascula.

Après une course, elle fut prise de vertiges. On crut à une fatigue passagère.

Mais les vertiges se multiplièrent. Emmenée à l’hôpital de la Croix Rouge on diagnostiqua une leucémie, le « mal de la bombe atomique ».

Elle n’avait plus beaucoup de temps à vivre. Son souhait fut alors d’avoir son tout premier kimono. Ses parents lui offrirent également un sac-pochette et des zori (sandales) traditionnels.

A l’hôpital, sous l’influence de sa compagne de chambre, Kiyo Okura, de deux ans son aînée, elle se mit à lire des romans et écrire à des correspondantes dans des magazines pour filles.

L’hôpital de la Croix Rouge reçut alors du papier coloré et le distribua aux enfants pour qu’ils fassent des pliages (origamis).

On raconta alors à Sadako la « légende des 1000 grues ».

Au Japon, la grue est symbole de longévité. On raconte qu’elle peut vivre 1000 ans. En pliant du papier en forme de grues selon l’art de l’origami. ("ori", plier et "gami" papier) et en confectionnant une guirlande de 1000 grues (un senbazuru ou zenbazuru, せんばづる), on fait plaisir aux dieux et ceux-ci peuvent alors nous faire vivre 1000 fois 1000 ans

Sadako se met alors à confectionner des grues de papier, avec tout le papier qu’elle put trouver.

On dit qu’elle en confectionna 644.

Elle mourut le 25 octobre 1955 à l’âge de douze ans.

Ses camarades de classe terminèrent la guirlande.

Sadako Sasaki est devenue une héroïne et la grue en papier, "ori-tsuru", est un symbole de paix à travers le monde.

Chaque année, des millions de grues sont envoyées au Japon et déposées autour du Monument des Enfants érigé à la mémoire de Sadako Sasaki et des milliers d’enfants victimes de la bombe atomique d’Hiroshima.

Sadako Sasaki est devenue une héroïne et la grue en papier, "ori-tsuru", est un symbole de paix à travers le monde.

Ce monument a été construit en utilisant l’argent provenant d’une campagne de collecte de fonds menée par les écoliers japonais, dont les camarades de classe de Sadako.

Le monument des Enfants (genbaku no ko no zōa – Statue des enfants de la Bombe Atomique) été inauguré le 5 mai 1958 (le 5 mai est le « jour des enfants » au Japon).

Tout en haut du monument une statue représente Sadako qui tient une grue dorée au bout de ses bras.

Sous le dôme du Monument, un carillon fait d’une cloche et d’une grue dorée, que le vent agite et que l’on peut aussi faire sonner.

Ces deux objets ont été donnés par le lauréat du prix Nobel en physique Hideki Yukawa.

À la base du monument, on peut lire ces paroles gravées, écrites par les élèves de l’école que fréquentait Sadako :

 

 これはぼくらの叫びです    Ceci est notre cri.

これは私たちの祈りです    Ceci est notre prière.

世界に平和をきずくための    Pour construire la paix dans le monde »

 

(https://onsenfuton.jimdo.com/hiroshima-miyajima/hiroshima-m%C3%A9moire/parc-de-la-paix/)

 

 

 

 

Dialogue maïeutique

 

 

Voici, insérée aujourd’hui en italien, une chanson que je me suis empressé de traduire ou plus exactement, dont je me suis empressé de donner une version en langue française, car, je l’avoue, ma version n’est pas une « vraie traduction » du texte de Primo Levi. On y trouvera sans doute des dissemblances qui pourraient être prises pour des erreurs de traduction ; ce qu’elles ne sont pas.

Par ailleurs, je suis persuadé que Primo Levi n’aurait rien trouvé à y redire ; finalement, l’essentiel, c’est qu’elle existe.

 

Sans doute, sans doute, Marco Valdo M.I. mon ami, et il aurait raison. Car, du moment – et moi, je t’ai vu travailler – du moment que tu fais ce travail – simple en apparence, et que tu rends in fine un texte correct et qui tienne en lui-même, bref, qu’il n’ait pas l’air d’une pièce rapportée, il n’aurait pu qu’en constater le résultat. Certains pourraient l’aimer, d’autres pas, mais là, on est dans le domaine de la sensation. C’est une autre histoire. Peut-être, en effet, aurait-on pu espérer meilleur interprète, mais enfin, ça faisait près de quarante ans qu’il attendait. Cela dit, on est très loin des catastrophes lexicales que sont les traductions des « traducteurs automatiques ». Il y a d’ailleurs là tout un domaine d’étude, à mon sens d’âne, d’une complexité quasiment infinie.

 

Tu m’as bien compris, Lucien l’âne mon ami. Toutefois, on peut imaginer qu’un autre fera mieux ; en tout cas, moi, je le souhaite. Maintenant, je voudrais te parler de la canzone, de ce qu’elle raconte et surtout, de ses deux héroïnes, puisqu’elle est bâtie autour de leurs terrifiants destins.

Il y est donc question de deux écolières, de deux filles aux deux bouts du monde, aux deux bouts d’une guerre.

L’une, celle dont le titre dit : « Rien ne reste de l’écolière d’Hiroshima » me paraît être Sadako Sasaki, une enfant, encore presque un bébé au moment de la chute de la bombe (le 8 mai 1945), sur la ville où elle était née et où elle vivait, une enfance commune dans une ville jusque-là tranquille et indemne, jusque-là, très loin du front et des combats.

L’autre, que Primo Levi met en résonance avec la petite Japonaise, est une jeune fille allemande juive, exilée aux Pays-Bas quand elle était encore une petite enfant, qui mourut du typhus au camp de Bergen-Belsen sans doute en février 1945. Comme les autres morts du camp, elle fut réduite en cendres et fumée dans le crématoire. Elle s’appelait Anneliese Marie Frank. Elle raconta ses jours de claustration clandestine dans son journal en néerlandais : Achterhuis (littéralement, arrière-maison), publié en français sous le titre : « Le Journal d’Anne Frank ».

 

 

Ce sont là des histoires terribles et il est bon de les raconter, dit Lucien l’âne. D’une part, tout simplement afin que nul n’en ignore, mais aussi pour pousser à la réflexion, y compris ceux qui sont amenés à prendre les décisions les plus graves. Cependant, malgré le fait que tous les jours ou presque nous disons notre mépris de la guerre et la nécessité de l’éviter, si nous trouvons que c’est là une des plus stupides choses à faire, on ne peut que constater qu’elle se perpétue et resurgit inlassablement ici, là et ailleurs encore.

 

 

En effet, Lucien l’âne mon ami, on sait tout autant que la Guerre de Cent Mille Ans, bien que sa durée réelle soit indéterminée et indéterminable, implique la longue durée (très longue durée) du phénomène de la guerre, qui ne peut que perdurer tant que les hommes voudront des richesses, voudront du pouvoir, voudront de l’adulation, tant qu’il y aura de l’avidité, de l’ambition, de l’envie et le goût de paraître. Une telle mutation de l’espèce dans son entier suppose une autre dimension temporelle que la vie commune de l’individu humain. Cependant, il faut par tous les moyens tenter de faire évoluer l’ensemble des humains. Il est même possible que l’espèce n’arrive pas à le faire à temps… Cela dit, ces deux jeunes filles me rappellent d’autres chansons comme La petite Juive ou Auschwitz  ou la Comptine de Thérésine ou d’autres encore.

 

 

Conclure, Marco Valdo M.I. mon ami, il est difficile de conclure. Sauf à dire ce que nous disons depuis des années maintenant : tissons, tissons sans discontinuer le linceul de ce vieux monde malade de la richesse, de l’ambition, de l’avidité et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Puisque l’angoisse de chacun est la nôtre

Nous revivons encore la tienne, fille maigre

Qui te serre convulsivement contre ta mère

Comme pour rentrer en elle

Quand à midi le ciel est devenu si sombre.

En vain, car l’air devenu poison s’est infiltré

À ta recherche par les fenêtres fermées

De ta maison tranquille aux murs solides,

Enchanté par ton chant et ton rire timide.

Des siècles sont passés, la cendre s’est pétrifiée

Emprisonnant pour toujours ces jolis membres.

Ainsi tu restes parmi nous, tors calque de plâtre,

Agonie sans fin, terrible témoignage

De combien importe aux dieux l’orgueil de nos semences.

Mais rien ne reste parmi nous de ta sœur lointaine,

De cette fille de Hollande, entre quatre murs serrée

Qui raconta pourtant sa jeunesse étouffée ;

Ses cendres muettes ont été par le vent dispersées ,

Dans un cahier chiffonné, sa courte vie enfermée.

À Hiroshima, rien ne reste de l’écolière,

Ombre confite dans le mur par la lumière

De mille soleils, victime sacrifiée sur l’autel de la peur.

Puissants de la terre, maîtres des nouvelles horreurs,

Tristes gardiens secrets du tonnerre dernier,

On en a assez des tourments par le ciel donnés.

Avant de presser votre doigt, arrêtez-vous et réfléchissez.

 

 
RIEN NE RESTE DE L'ÉCOLIÈRE D'HIROSHIMA
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Marco Valdo M.I.
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