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28 janvier 2017 6 28 /01 /janvier /2017 15:32

 

Le Rêve d’Adolf sur papier

 

 

 

Après le Rêve de Guillaume, premier tome des Histoires d’Allemagne et le second tome intitulé : Le Rêve de Weimar, voici un autre livre de Marco Valdo M.I. : il s’intitule Le Rêve d’Adolf et couvre les années 1933 à 1945, les années où un Reich à vocation millénariste s’est essayé à dominer le monde. Certains crurent à ce délire et imposèrent leurs folies sadiques à leurs contemporains. Il en résultat des dizaines de millions de morts et tant d’autres malheurs et destructions. Le Reich fit lamentablement plouf après douze ans.

Ce qu’il faut absolument dire ici, ce qui mérite d’être dit et souligné ici, c’est que sans les Chansons contre la Guerre (CCG), cette édition papier n’aurait sans doute jamais existé puisque toutes les chansons et tous les textes (ou presque) qui y figurent viennent en droite ligne des C.C.G. Ils y ont été conçus et ils y ont grandi ; l’auteur y a aussi appris à les faire.
Au final, il y a 30 chansons pour 13 années. Il y en a 13 tirées des récits de « Mein Jahrhndert » de Günter Grass et mises en chanson, une est une évocation des Bananes de Koenigsberg d’Alexandre Vialatte et 16 qui sont des versions françaises de chansons allemandes, proposées ici par Marco Valdo M.I. ; pour certaines, il a même fallu faire la version française expressément afin de pouvoir les insérer dans le livre.

 

Republier ce qui existe déjà dans les CCG et sur au moins, deux blogs (Canzones et Histoires d’Allemagne) peut sembler paradoxal, mais il n’en est rien. Il y a diverses raisons à cela.

La première, c’est la demande de plusieurs amis qui souhaitaient pouvoir trouver ces Chansons contre la Guerre (en langue française) sur papier ; essentiellement par commodité de lecture. Les écrans lassent l’œil.

La deuxième, c’est le souhait de l’auteur de voir son travail présenté sous une autre forme ; peut-être aussi, son envie de faire des livres et le fait que j’aime les livres.

La troisième est une opportunité de l’évolution ; tout comme Internet avait permis la création et le développement (notamment) des Chansons contre la Guerre (et d’un milliard d’autres sites, blogs…), les nouvelles formes d’édition sont apparues qui permettaient de publier des livres sans disposer de grands moyens financiers et pour tout dire, sans moyen. C’est une forme d’édition libre qui naissait. Concrètement, je suis mon propre éditeur, mais également, celui qui écrit les textes, les compose, les met en page, les corrige ; il n’y a que les imprimer que je ne fais pas. Ce travail artisanal se rapproche assez de celui du peintre, du sculpteur. Évidemment, tout ceci n’est possible que parce qu’un imprimeur peut – grâce à des nouvelles techniques – proposer une impression à la demande, un exemplaire à la fois et à un prix raisonnable à l’exemplaire. Ainsi, chaque personne qui le souhaite peut publier un livre (mais il faut évidemment pouvoir le faire, c’est-à-dire concevoir et écrire un livre, ce qui est un autre sujet), mais aussi, chaque personne peut commander directement son exemplaire du Rêve de Weimar à l’imprimeur et régler son dû à l’imprimeur.
Une des conséquences de cette manière de faire est qu’il ne se trouvera pas des paquets de ce livre sur les étals des libraires, sauf si un libraire particulièrement enthousiaste décide de le faire dans sa librairie.
On me demande souvent si je fais ces livres pour gagner de l’argent…

Avec ce système de vente à l’exemplaire, c’est à peu près impossible ; mais en fait, comme disait mon grand-père, ce n’est pas le but du jeu ; traduction : on s’en fout. Dès lors, il est clair qu’on ne pousse pas à la consommation : lit qui veut.

Une autre raison de cette publication est que les Histoires d’Allemagne avaient été conçues sur une durée de plusieurs années et apparaissaient dispersées et perdaient une bonne part de leur vitalité en raison-même de cet éparpillement. Il convenait d’y mettre de l’ordre et de les rassembler en un ensemble structuré.

Bonne idée car en les regroupant, il est apparu que ces chansons jouaient un rôle de catalyseur de la réflexion sur ce qui est actuellement le « problème central de l’Europe » : l’Allemagne.

L’Allemagne, qui fut le Rêve d’Otto (von Bismarck), est déclinée ici en six rêves qui prolongent celui du premier chancelier. Tous ces rêves tendent vers le même but : la Grande Allemagne.
On commence par celui de Guillaume II, dit le Kaiser, qui est donc un chapitre du déroulement du rêve allemand. Comme on sait, il se terminera par un épouvantable désastre.

Ensuite, à l’effondrement du Reich, apparaîtra une République, connue sous le nom de République de Weimar; elle aussi fera un rêve tumultueux qui se termine tragiquement par la venue au pouvoir des nazis.

C’est ce troisième rêve qui est présenté ici sous titre : « Le Rêve d’Adolf », un rêve effroyable, qui se termine aussi par la disparition du régime et dans ce cas, de son Führer dans les ruines et le désastre de tout le pays et même au-delà.
L’unification allemande était certes un rêve et aurait pu être un rêve réussi, s’il n’y avait une question de méthode : la méthode militaire, l’usage de la force, l’ambition territoriale, le nationalisme et la guerre étaient des erreurs tragiques.
L’idée était bonne, excellente même, mais la méthode absolument exécrable. C’est ainsi qu’on finit par mourir pour des idées…

D’autres volumes sont prévus. On en reparlera.

Ainsi Parlait Marco Valdo M.I.

On peut le trouver à l'adresse :


http://www.publier-un-livre.com/fr/le-livre-en-papier/333-le-reve-d-adolf

 

 

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Marco Valdo M.I.
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27 janvier 2017 5 27 /01 /janvier /2017 18:22

LA NEIGE N’ARRIVE JAMAIS

(pour ceux qui ne sont plus Charlie !)

 

Version française – LA NEIGE N’ARRIVE JAMAIS (pour ceux qui ne sont plus Charlie !) – Marco Valdo M.I. – 2017

 

 

 

Du lynchage médiatique et autres

modernités

Cher Lucien l’âne, voici une chanson écrite à chaud malgré son titre et les circonstances climatiques qu’elle évoque. Ce qui est certain dans ces temps tourmentés par un vent d’hiver, c’est que rien que ma formulation me vaudrait auprès de certaines gens – au minimumune excommunication ou carrément une pendaison. On évoquerait le « mauvais goût » de cette « chanson écrite à chaud », alors qu’elle raconte une histoire de gens ensevelis sous des mètres de neige. Personne ne pourra prétendre que je ne l’ai pas remarqué et que par ailleurs, je le revendique. Mais voilà, je n’ai pas plus l’intention de retirer cette expression «  écrite à chaud » que d’émasculer la langue française.

 

Émasculer la langue française ?, en voilà une drôle expression. Que veux-tu dire, Marco Valdo M.I. mon ami ?

 

Il se trouve, répond Marco Valdo M.I., qu’en français, cette expression signifie tout simplement « écrite tout de suite », « écrite sans délai » et ne pas en user, car certains pourraient mal comprendre, ce serait plus qu’une faute, ce serait une erreur ; ce serait abdiquer devant le règne de la facilité et m’incliner à mon tour devant la conjuration des imbéciles, déjà dénoncée par J.K. O’Toole, un auteur étazunien. De plus, l’écrire de cette manière, c’est-à-dire « à chaud » et dans l’urgence, était en quelque sorte une nécessité interne aux événements que la chanson relate et une urgence qui ne résultait pas de la « faute » de l’auteur – le célèbre Anonyme Toscan, mais bien de celle des médias rapporteurs, qui dès demain passeront à une autre catastrophe, à un autre désastre.

 

De quelle catastrophe, de quel désastre est-il question dans la canzone ?, demande Lucien l’âne.

 

En deux mots, Lucien l’âne mon ami, la canzone réagit à un lynchage de Charlie (hebdo – anciennement Hara-kiri hebdo, journal bête et méchant, définitivement interdit après une première page, une « une » mémorable où il était titré sous une croix de Lorraine : « Bal tragique à Colombey : Un mort » – le mort était l’ex-Président de la République, Charles De Gaulle. C’était le choc de deux événements. D’un côté, la mort de Charles De Gaulle (1 mort) ; de l’autre, il y avait eu au même moment, un bal tragique (dans la région parisienne) avec des dizaines de morts, mais la presse se souciait bien plus du cadavre de Colombey que de ces anonymes citoyens rôtis dans un dancing.

Je disais un lynchage de Charlie (hebdo) par des national-populistes italiens qui s’en prenaient violemment à l’hebdo (Charlie) suite à une caricature montrant la mort skiant à vive allure sur une pente enneigée et s’écriant : « Italie : de la neige, il n’y en aura pas pour tout le monde ». Une caricature violente ?

 

D’abord, Marco Valdo M.I. mon ami, je me demande ce que serait une caricature molle ? Un dessin de Dali, peut-être ?

 

 

Il me semble que s’ils réfléchissaient un brin…, dit Lucien l’âne, mais peut-être est-ce là précisément le problème : ils ne réfléchissent pas. Comme certain ministre de chez nous, ils ont comme devise : « J’agis d’abord, je pense après ! ». Je ne sais trop s’ils ne peuvent pas réfléchir (insuffisance) ou s’ils ne veulent pas réfléchir (inconscience). Je ne sais d’ailleurs pas quel est le pire.

 

 

 

Soyons sérieux : c’est le propre d’une caricature que de choquer, c’est dans sa nature, elle est faite pour ça : créer un choc mental salutaire. En vérité, la caricature ne choque que les gens inintelligents, précisément parce qu’ils le sont et qu’ils ne comprennent pas. En s’en prenant à la caricature, ils s’en prennent à leur propre insuffisance. On comprend fort bien que ça leur fasse mal et qu’ils soient en rage et comme ils ne peuvent, ni ne veulent – ce serait d’ailleurs assez suicidaire – tourner leur rage contre eux-mêmes, il leur faut donc un bouc émissaire pour diriger leur fiel en dehors d’eux-mêmes ; alors, ils s’en prennent au dessin (avant de s’en prendre physiquement au journal, au livre – ce sont les bûchers et ensuite, à l’auteur, au dessinateur – ça s’est déjà vu) pour purger leur bile.

Il y avait donc nécessité de sortir du bois pour que ne puisse prospérer sans réplique la lâcheté de s’en prendre à Charlie (hebdo bête et méchant) et calmer ces gens qui se comportent comme les fanatiques d’un Prophète ou d’un Dieu idiots ou de je ne sais quelle idéologie totalitaire.

 

Pour mieux faire comprendre la chose, dit Marco Valdo M.I., je vais parler brièvement d’une autre affaire à cet égard similaire.

Pareillement donc, ces jours-ci, un processus similaire s’est mis en action de l’autre côté de l’Atlantique lorsque dans le cadre d’une cérémonie officielle à vocation télévisuelle universelle, un homme public met sur l’estrade ses enfants et petits-enfants, y compris un certain Barron qui serait mineur d’âge.

Puis, cet homme s’étonne qu’on s’en étonne et s’indigne qu’on s’en indigne et qu’une journaliste prenne la défense de cet enfant ainsi exposé et otage de l’ambition et d’un orgueil mal placé – un orgueil mal placé a ceci de commun avec un furoncle mal placé, il suppure.

La question qui se pose ici est de savoir à qui revient la responsabilité de la mise en cause de l’enfant Barron de 13 ans ?

Elle ne peut en aucun cas être attribuée à la journaliste qui a fait remarquer cette incongruité, cette immense faute déontologique et les dégâts que pareil traitement pourraient comporter pour cet enfant jeté dans la cage aux lions.

 

En effet, dit Lucien l’âne. Réglons d’abord cette première question.

À mon sens, et au sens de toute personne raisonnable, si faute il y a et il y en a même plus d’une, elles sont imputables entièrement et uniquement aux adultes « responsables » qui ont organisé cette pratique monarchique, de surcroît hors de propos dans une République.

On a élu Monsieur Machin, soit, même si la chose n’est pas claire et qu’elle est mise en discussion ; mais on n’a certainement pas élu sa femme, son fils, son petit-fils, son oncle, sa tante, son petit ami, son chien

Dès lors, à partir du moment où l’enfant (ici, le prénommé Barron) est mis en avant sur la scène comme une marionnette, il devient une marionnette présidentielle et cet enfant-marionnette risque de subir le sort d’une figurine de foire qu’on place comme cible au tir à pipes.

C’est précisément un des dangers que dénonçait la journaliste.

D’accord avec toi, Lucien l’âne, ton raisonnement est imparable. Il s’agit avant tout d’épargner l’enfant et il serait parfaitement imbécile et injuste de s’en prendre à la journaliste. De plus, s’il n’y avait pas eu cette malheureuse exposition en public, qui aurait su que Barron s’appelait Barron, si on l’avait laissé avec les enfants hors des affaires de son grand-père. À cet égard, la journaliste notait aussi l’isolement du gamin dans la Tour patriarcale et elle y voyait – à juste titre – une situation qui serait préjudiciable pour un enfant, quel que fut cet enfant. Je continue le récit : il y a comme un soupçon de mégalomanie chez ce président dont il appert qu’il devrait être affublé d’un titre plus conforme à ses comportements de satrape et de monarque absolu. Peut-être y rêve-t-il ? Peut-être va-t-il l’exiger et qui sait, vu la tournure des choses, l’obtenir aux forceps ?

Oh, dit Lucien l’âne en riant, j’ai quelques propositions : dans un premier temps, Ras, Rais, Roi, Koning, Koenig, Dux, Duce, Conducator.

Puis, dans quelques semaines, car les choses vont vite : Kaiser ou mieux encore, Empereur ou Imperator.

De ce fait, tout qui se trouve sous la houlette du berger immobilier est en quelque sorte devenu, comme dans l’entourage des rois de France, un oint du Seigneur.

En l’occurrence, de ce que j’ai entendu de cette Cour relookée, il y en a tant à oindre, qu’on s’y trouve dans la nécessité impérative d’accélérer la réalisation des oléoducs en construction.

Oindre et adouber, ce sont là des pratiques féodales et franchement, moyenâgeuses tout comme serait une pratique ancienne de faire la guerre au pays voisin, mettons pour une histoire de mur mitoyen. Toutes ces pratiques me paraissent assez déplacées dans un pays qui, au départ (1776) et dans sa Constitution (1787), s’est construit contre ce genre de pratique.

 

Voilà qui est bien dit, reprend Marco Valdo M.I., et à présent, revenons à la chanson de l’Anonyme toscan qui elle aussi met en cause certain lynchage journalistique, certaines attaques partisanes contre la liberté artistique, journalistique, de création, de pensée, d’expression et tout ce qui s’y rattache.

La parole, l’écrit, le dessin et la caricature sont libres et doivent le rester.

Il reste néanmoins entendu qu’on peut toujours les contester, y apporter des remarques, des appréciations – qui sont elles-mêmes des paroles, écrit

Mais là où ça ne va plus, c’est quand on répond au dessin par le TNT, la mitraillette ou le lynchage médiatique.

Ils ont lynché Charlie par analphabétisme, car ils ne savent pas lire l’image ; ils ont lynché Charlie par manque de culture et de sens civil ; ils ont lynché Charlie tout simplement par bêtise.

 

Cela dit, l’Anonyme pose une question pour laquelle il n’y a jamais eu de bonne réponse de la part d’une presse qui entend vendre du papier, du son (pas celui que mangent les ânes), de l’image ou le tout ensemble, une presse qui entend satisfaire les plus basses des pulsions et joue sur la fascination de la mort – ce qui lui rapporte énormément.

Cette présse (ces médias…) en sont restés à la loi du mort-kilométrique, à savoir que plus le mort est lointain, moins il importe ; plus il est proche, mieux il se vend ; plus il est riche, plus il fait recette – là aussi, le pauvre ne compte pour rien.

Ce qui dans la chanson se traduit par :


« De tout ceci, on peut tirer :
Qu’une avalanche au centre de l’Italie,
Et les barouds racistes organisés
À Goro-Gorino, par quelques chrétiens fanatisés
Importent plus que tous les réfugiés de la Syrie. »

 

Oh, dit Lucien l’âne, il faudrait y ajouter l’« étranger-kilométrique » et les conséquences racistes de pareils principes.

 

Juste une dernière note complémentaire. En parallèle à la canzone, il serait bien de renvoyer, car elle aide à comprendre, à cette réflexion poétique et caricaturale d’Erich Kästner qu’était « Wintersport », dans laquelle – était-ce par anticipation ou prémonition ? – il écrivait :

 

« Des avalanches dévalent de temps en temps
Et elles sont fort critiquées.
En quoi la neige intéresse-t-elle les gens ?
Elle tombe. Et
c’est bien assez. »

 

À ce propos, à quoi bon accuser la nature, les intempéries, le relief, le temps, les nuages, le froid ou que sais-je ?

La neige est comme le chameau : la neige s’en fout.

Elle tombe et puis, c’est tout.

 

Ce qui me désole dans toutes ces affaires, dit Lucien l’âne, c’est de découvrir la bassesse d’une grande partie de l’espèce humaine et spécialement, dans celle qui bénéficie et tire le plus profit des efforts de toute l’espèce, y compris des anciens et des ancêtres. Ça me déçoit tant que je me demande si j’accepterai jamais de redevenir un être humain et je me pose la question de savoir comment et quand l’humanité va arriver à se débarrasser de ces comportements nombrilistes et racistes.

Cela dit, je propose de lire cette chanson sans musique, comme l’étaient celles d’Homère, de Villon, de Pétrarque ou de Kästner et puis, de reprendre notre tâche et tisser tranquillement mais obstinément le linceul de ce vieux monde réactionnaire, borné, nationaliste, autoritaire, myope et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Cantate ou « oraison civile », si on veut ainsi dire,

Sur certains événements d’une brûlante actualité.

 

1.

Comme c’est archiconnu,
Quand la neige n’arrive plus,
L’économie s’en ressent,
Et en pareille circonstance évidemment
Pour des secteurs entiers, c’est embêtant.

 

Se lamentent les aubergistes ,
Et les économistes,
Et les skieurs,
Et les restaurateurs
Et même les alpinistes.

 

Un jour la neige arrive
Et même beaucoup qu’il en arrive .
Le
téléski est comble,
Fini la neige artificielle,
Enfin, voici l’hiver réel.

 

La neige est une charogne,
Elle m’insupporte.
La neige m’est étrangère,
Et pas pour rien :
Je suis un Méditerranéen.

 

Elles me font toujours un peu rire
Ces foules à skis, au fort sourire,
Ces familles qui pratiquent le telemark,
Et se prennent pour Ingemar Stenmark,
Et ces hors-pistes, fétus de marques.

 

Il y a des hôtels de luxe
Dans les Apennins ou les Alpes,
Construits au pied de la montagne.
Mais très sûrs, on vous l’assure
Et vive l’aventure !

 

Un jour la neige arrive,
Il en tombe beaucoup même.
Elle arrive, et comme on sait,
Là où frappa le séisme,
En lieu plutôt reculé.

 

Avec sa petite route sinueuse
sous des mètres de neige
 ;
Soudain, c’est l’avalanche,
Et la poudreuse déboule,
Mort, deuil, ruine.

 

À ce moment, cette histoire

Au début touristique,
Devient tragique et très héroïque.
À l’heure où j’écris, il y a encore

Sous l’auberge ensevelie, des corps.

 

Dans ce pays, nous avons
Toujours des héros de l’après.
Avant, c’est un tissu très épais
D’idiotie et de prétention,
Assaisonné de mafias et de cohésion.

 

Et lorsque la neige arrive
Il faut un chasse-neige,
On en achèterait tant et tant
Pour le coût de seulement
Un F 35 d’entraînement.

 

Et lorsque la neige arrive
(
prévue et annoncée)
On oublie, on se grime

Pour faire la rime
À secours et héroïsme.

 

On pleure nationalisme.
On prie bienfaisance.
On oublie tous les torts,
On ramasse les morts
En creusant le décor.

 

Mais jamais question de conscience,
L
a conscience gêne,
On doit rester unis
Et sous peine d’ennuis,
Épargner le fortin et la garnison.

 

Chez nous, les héros sont légion :
Jamais dans l’action et toujours au balcon.
Ce pourquoi, on enquête à reculons
Sur l’habituel désastre frauduleux,
On enquête, mais respectueux

 

Des morts de la route soudain sous terre,
Des morts d’avalanches de luxe,
Des morts de négligences et de crises,
Des morts tués par le néant,
Des morts d’un État déficient.

2.

Et pendant que les héros excavateurs
Et les courageux sauveteurs
Attendent depuis des années en vain,
Enterrés eux aussi sous des trains
De discours malsains,

 

Leur contrat de travail ;
Tandis que les politiques réunis
S’en allaient tous en une belle pagaille
Se donner de l’excellence et du cher ami,
Et se faire des selfies en après-ski ;

 

Et pendant que l’on fait des veillées funèbres
Et des neuvaines de prières,
Et pendant qu’on vend pour urgence
Ce qui est chose
qui serait normale

 

En un hiver banal,

Resplendit une évidence première :
On n’installe pas de résidence de luxe

Dans les vallées glacières,
Une petite revue française

 

Sans doute un peu tigneuse
Publie un dessin, une simple image
Où l’on voit la camarde
Descendant à ski, dire rigolarde :
« Italie
 : de la neige, y en aura pas pour tout le monde ! »

 

Pas de quoi fouetter une chatte, dit-il là-bas.
Elle a déjà fait de meilleures caricatures.
Pourtant, quand elle en fait de meilleures,
Certains messieurs, n’est-ce pas,
Ne le digèrent pas.

 

Ils prennent un café au bar,
Puis, hurlent « Allah akbar ! »,
Et tirent comme des sapeurs
Sur ces maudits dessinateurs.
Et alors, tous sont Charlie dans l’heure.

 

La liberté d’expression ! La belle affaire !
Et soudain,

Le manque de respect sacro-saint
Ne vaudrait seulement que s’il moque
Mahomet le prophète.

 

La satire, on le sait, fait mal,
Même quand en passant, elle parle
D’une avalanche normale,
Naturellement mortelle,
Dans un hiver banal.

 

Alors que la neige enterre
Les zones sinistrées,
Précisément là on a ouvert
L’hostellerie multistellaire
Si mal placée.

 

La liberté d’expression !
Qui ne vaut seulement que
Si elle ne vous vise pas.
Q
ui ne vaut seulement que
Si elle ne vous touche pas.

 

À ce moment, inévitablement,
Se manifeste bruyamment
Le national-populiste :
Le maire d’Amatrice
Dont par ailleurs, on attend

 

Qu’il pense plus aux préfabriqués
Par le sort attribués
Plutôt que de répondre à des images,
Par une caricature
Héroïque et nationaliste

De ce Ghisberto, raciste
Et même, notoire fasciste,
Qui exalte le « Secours Alpin » ;
Ces Tartarins
Du Pays du lendemain.

Puis, Fiorello le clownique,
Paradigme emblématique
Du cerveau italique ;
Répond sans retard :
« Charlie
 ? Des salopards ».

Et entre temps, on espère
Sauver d’autres victimes
Terrées sous cette auberge
Comme si ce quatre étoiles

Était une mine.

 

Comme au Bois du Cazier à Marcinelle,
On creuse, on creuse et on espère
Tandis quà une frontière,
Dans l’indifférence générale
Et le gel d’une froidure banale

 

Des milliers d’êtres humains
Qui crèvent de froid chaque matin
Et attendent que les gardiens
Libèrent une barrière ;
Mais là, vraiment, on désespère.

 

De tout ceci, on peut tirer :
Qu’une avalanche au centre de l’Italie,
Et les barouds racistes organisés

À Goro-Gorino, par quelques chrétiens fanatisés

Importent plus que tous les réfugiés de la Syrie.

3.

Morale finale : dans leur Italie,
On n’est plus Charlie.
On est Charlie dans le brouhaha,
Quand Charlie moque Allah ;
Quand il y a de l’indignation

Pour une sorte de liberté d’expression.
Quand par contre, on crève,
Et quand le mouroir arrive

D’une criminelle gestion
(dans un hiver maison)

Sur son propre territoire,
Alors, il faut et faut sur le champ
Un bouc émissaire.
Et combien sont-ils, maintenant,
À penser
 : quelle misère !

Ils pensent qu’au fond,
Ils ont eu ce qu’ils méritent
Et que l’Isis a bien fait de tuer
Ces impudents détracteurs
De nos italianissimes grands
cœurs,

Ce Pays de Sauveteurs
Qui secourent à toute heure
Le blessé, l’assassiné
Par son État national;
En traitant de « chacal »

Celui qui met les points sur les « i »,
Comme le fit un jour, à propos de Longarone,
Le fasciste Indro Montanelli
(À propos de barrages –
Soit dit entre parenthèses).

Ce n’est que prières et bavardages
Et statuettes du Père Pie,
Quand dans les intempéries,
On creuse parmi les ruines
Éternelles de cette belle Patrie.

Ils disent
 : Désastre par imprudence.
Ainsi, on escamote toute faute
Et seul reste le désastre.
Sur la prochaine maisonnette
On mettra une caricature.

Et l’hiver prochain, la jérémiade
Sonnera en échos la même litanie,
Là-haut sur la montagne :

« Il ne neige pas ! Il n’y a pas de neige !
Une catastrophe pour l’économie !
 »

Sur les montagnes éventrées
Aux pistes de ski si bien fréquentées,
Aux pentes violées
Par les
tire-fesses et les télésièges,
Aux forêts entières essartées,

Pour faire place aux banales
Idioties hivernales,
Aux hôtels dans les vallées glacières,
Aux spas, aux bien-être et autres piscines,
Aux victimes d’avalanches.

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Marco Valdo M.I.
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21 janvier 2017 6 21 /01 /janvier /2017 18:46

 

L’ÂNACORNE

 

Version française – L’ÂNACORNE – Marco Valdo M.I. – 2017

Chanson italienne – La ballata del ciucciocornoDario Fo – 1973

Texte : Dario Fo et Franca Rame

 

 

 

 

 

 

Dialogue maïeutique

 

 

Cette fois, Lucien l’âne mon ami, je vais te faire découvrir une fable. Une fable tout à fait dans la tradition d’Ésope, de Phèdre, de Jean de Capoue et de Jean de La Fontaine, pour ne citer qu’eux, et tu dois connaître assez les fables d’avoir été si souvent sur ces scènes sollicité.

 

Évidemment, d’ailleurs ne suis-je pas moi aussi un animal fabuleux, étant Lucien l’âne, figure moderne de cet Âne d’Or que l’on connut autrefois, dont je me demande parfois s’il ne viendrait pas de Chine et passant par l’Inde. Peut-être, me dis-je, car j’ai en tête de lointains souvenirs de mes pérégrinations en ces pays où je fus bien avant d’arriver par ici ; il m’en reste aussi quelques idées de sagesse et de raison. Dès lors, je le sais pardi que dans les récits des fabulistes, l’âne est un personnage qu’on rencontre fréquemment.

D’ailleurs, avant même de l’entendre, j’imagine une certaine parenté entre la chanson et la fable de La Fontaine où l’âne est trompé et raillé et condamné pour avoir mangé un peu d’herbe et surtout, de l’avoir avoué, alors que les pires dévastateurs et les plus odieux criminels niant tout continuent leurs méfaits en toute équanimité.

Une fable dont Chamfort estimait qu’elle racontait l’histoire humaine. Tu sais, celle qui se termine par cette morale quasiment universelle et qui pourrait figurer parmi celles de la Guerre de Cent Mille Ans :

 

« Selon que vous serez puissant ou misérable,

les jugements de Cour vous rendront blanc ou noir ».

 

Au cas bien improbable où tu ne l’aurais pas reconnue, il s’agit…

 

De l’une des plus célèbres du fabuliste français, « Les Animaux malades de la peste », enchaîne Marco Valdo M.I. et tu l’as pointée à juste titre, car elle me semble avoir inspiré Dario Fo et je ne pense pas que ce fut à son insu.

Dario Fo, homme de théâtre, ne pouvait ignorer les fabulistes, leurs fables et leur fabuleuse technique du récit.

Ainsi, comme tu l’auras compris, cette chanson, cette histoire est une fable. On y voit évidemment les animaux carnassiers assemblés sous la présidence du roi Lion, lesquels sont bien embêtés et empêchés de commettre leurs habituels crimes et forfaits à cause du fait que l’âne est nanti d’une redoutable corne terriblement dissuasive, d’où son nom « ciucciocorno » que j’ai rendu en français par « ânacorne », animal rappelant à l’évidence la mythique licorne, dont nul n’a encore percé le secret.

Les fauves délibèrent en Congrès d’une alliance et organisent ainsi un piège pour se débarrasser de ce défenseur des plus faibles (plus spécialement ici, des herbivores), cet empêcheur d’assassiner en rond, cet affameur de tigres, de chacals et de lions. Les conjurés l’attirent à de grandes agapes faussement végétariennes, organisées afin de prouver leur innocuité et le convainquent ainsi de se laisser scier la corne, afin – disent-ils – de les rassurer et de ne pas mettre en doute leur bonne foi.

Évidemment, ce qui devait arriver, arriva et à peine la corne coupée, ils s’en prennent à l’ânacorne (sans corne), qui réussit à s’échapper et les fauves se répandent dans les environs tuent moutons, chèvres et autres paisibles ruminants. Et le vieux bouc, animal sage et prudent, qui avait prévenu l’âne et lui avait dit de se méfier de cette embuscade et de surtout, surtout ne pas se laisser désarmer, l’accuse de négligence, de stupidité et de trahison.

 

Oh, dit Lucien l’âne en rigolant, je n’ai jamais eu de corne, mais j’ai de solides sabots et des dents assez dures ; de plus, j’ai un cerveau et je sais m’en servir et je connais les arcanes de la Guerre de Cent Mille Ans que les forts font aux faibles. Pour ce qui est de cette histoire, elle me semble des plus classiques, mais j’imagine qu’elle a d’autres dimensions.

 

En effet, Lucien l’âne mon ami, il fallait s’y attendre avec un auteur comme Dario Fo, dont les représentations théâtrales furent plusieurs fois interdites et qui fut lui-même poursuivi et censuré.

Donc, la canzone parle du coup d’État qui eut lieu au Chili en 1972 qui mit fin à l’illusion démocratique et dévoila l’impossible union des militaires et de la démocratie, disons, évolutionniste de Salvador Allende, président élu du Chili, arrivé au pouvoir porté par une coalition des gauches chiliennes, elles-mêmes soutenues par tout un peuple.

 

Excuse-moi d’interrompre ton propos, mais il me semble avoir compris, Marco Valdo M.I. mon ami, qu’elle raconte aussi d’autres choses, cette canzone.

 

En effet, Lucien l’âne mon ami, elle va plus loin et raconte aussi une histoire italienne, celle de la démocratie imaginée dans la Résistance au fascisme et qui aurait dû se traduire dans la Constitution et abolir les lois et structures mises en place par le régime mussolinien.

Là aussi, après le référendum instaurant la République, voulu et remporté par la résistance, on allait tout changer et il y eut un grand congrès – la Constituante et comme dans la canzone, il y eut une victime des agissements stupides d’un « ânacorne » et cette victime ou plutôt, ces victimes, ce furent le peuple partisan, ces gens qui avaient donné ou risqué leur vie et celles des leurs pour liquider le fascisme, l’éradiquer jusqu’au fondement et pour établir une république généreuse et pacifique.

Aux gens d’Italie, cet ânacorne italien promit la démocratie et le peuple une fois désarmé, on lui a resservi les anciens plats et on inséra dans la Constitution les Accords du Latran, autrement dit la religion d’État, la domination de l’Église catholique, et conséquemment, celle de la démocratie chrétienne, courroie de transmission d’un pouvoir en quelque sorte théocratique.

Et sous la houlette de l’ « ânacorne », les communistes du PCI, censés être les meilleurs défenseurs du peuple lui ont raconté une histoire à la Pangloss, comme quoi tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes – imagine, Lucien l’âne mon ami, ils étaient au gouvernement. Il convenait d’y rester.

C’est ainsi que se fiant aux promesses de la démocratie chrétienne, ils ont de fil en aiguille, de compromissions en compromis « historique », été complètement laminés et ce sont les gens d’Italie qui à présent encore doivent payer le prix de cette brillante politique. C’est ce que j’ai appelé la Trahison des Clercs à l’italienne. Évidemment, comme pour toutes les fables, la vérité transcende la petite histoire.

 

Mais enfin, Marco Valdo M.I., tout cela est bien désolant. À la lecture de cette Trahison des Clercs en Italie, il me semble qu’il y a eu une sorte de coup de Jarnac à la dernière minute et que cette position de ralliement subit du PCI aux sirènes vaticanes est surtout le fait d’un homme et que, dès lors, ce serait donc lui cet « ânacorne » dont il est question dans ta chanson.

 

À la vue des événements historiques et à celle de la biographie du personnage, on peut sans crainte désigner Palmiro Togliatti, comme l’« ânacorne ». à la fin de la toute dernière séance consacrée au vote de l’article 5 de la Constitution – l’article qui insère les « Accords du Latran » dans la Constitution, C’est lui, Togliatti Palmiro, secrétaire général du PCI, qui va contrairement à toute attente et à ce qu’il avait promis au peuple, conclure son discours par le ralliement aux manigances chrétiennes et cela, à l’encontre de l’avis du peuple italien et de la Constitution elle-même, qui proclamaient l’Italie comme une république laïque. Voilà pour les événements.

 

Et, il me semble Marco Valdo M.I. mon ami, que tu as évoqué des éléments biographiques pour expliquer cette volte-face de Palmiro Togliatti.

 

En effet, Lucien l’âne mon ami, mais je ne vais pas faire sa biographie, d’autres s’en sont chargés ou s’en chargeront. Je retiendrai deux ou trois faits terriblement clairs. D’abord, en 1936, le dénommé Palmiro Togliatti lance, depuis l’exil, un « Appel aux fascistes » :

« Pour le salut de l’Italie, réconciliation du peuple italien ! La cause de nos maux vient du fait que l’Italie est dominée par une poignée de grands capitalistes. (...) Seule l’union fraternelle du peuple italien obtenue par la réconciliation entre fascistes et non-fascistes pourra abattre la puissance des requins dans notre pays. (...) Les communistes adoptent le programme fasciste de 1919 qui est un programme de paix, de liberté, de défense des intérêts des travailleurs. Peuple italien, fascistes de la vieille garde, jeunes fascistes, luttons ensemble pour la réalisation de ce programme ! »

 

On dirait un cauchemar, une blague, dit Lucien l’âne. Un discours digne du grand Dictateur de Chaplin ou du Big Brother d’Orwell.

 

C’est, en effet, une proclamation aux ordres d’un grand Dictateur. Mais il va persister dans ses attitudes conciliatrices avec les fascistes et les gens de l’autre bord et il va y pousser tout le PCI et avec lui, tous ceux qui lui ont fait confiance, c’est-à-dire une bonne part des ouvriers et des gens du peuple italiens.

Parmi ces gestes de conciliation, il y a l’inquiétante amnistie qu’il va – comme ministre de la Justice – accorder aux fascistes dès 1946. On s’étonnera après qu’il n’y eut pas de véritable défascistisation de l’Italie.

Et, bien entendu, cette allégeance au Vatican et à la démocratie-chrétienne qu’est son ralliement à l’inclusion des Accords du Latran – signés entre les fascistes et la Papauté, qui font de l’Italie un protectorat pontifical, une sorte de Catholie, de Catholand ou de Catholikistan, selon l’endroit d’où on la regarde.

 

Tu y vas fort, Marco Valdo M.I. mon ami. Mais il me semble bien, à voir l’Italie d’aujourd’hui et son histoire depuis la fin de la guerre, que tu pourrais avoir raison. Ce pourrait bien être la vérité vraie à voir cette désolation : un parti qui a commencé son histoire avec Antonio Gramsci et l’achève avec Matteo Renzi.

Enfin, soupire Lucien l’âne, passons et – retrouvant son sourire – voyons cette canzone de l’ « ânacorne » et reprenons notre tâche qui est de tisser sans jamais dévier le linceul de ce vieux monde ignoble, ambitieux, avide, croyant, conciliateur et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

Le lion a trouvé dans un livre de la Curie

Qu’au lieu de cabri, on peut manger la pastèque ;

La pastèque rouge dite aussi melon

Sera dorénavant la pitance des lions.

Le loup est fou des pommes de terre,

Le lynx, aux poules, les choux et les raves préfère,

La hyène est folle de la salade,

La fouine raffole de céleri et de carottes.

Ah, dit le lion, pour toi et les tiens, ne crains plus rien,

Nous sommes à présent tous végétariens.

Tu pourras le vérifier à notre Congrès des fauves

Et des rapaces où personnellement, je t’invite.

 

L’ânacorne se rend à ce congrès de brigands ;

Le croisant le vieux bouc lui dit sagement :

Attention, Ânacorne, c’est un piège !

Surtout, ne laisse pas couper ta pointe !

Car l’arme terrible de ta corne

Est notre plus sûre défense.

L’ânacorne se mit à braire

Et dit : Je suis un âne, certes ;

Je suis cornu, oui, mais ne suis pas bête !

Je la connais cette bande de gangsters.

 

Au Congrès, le lion et la panthère,

Lui firent grande fête,

On l’installa sur le trône du roi

Et commença le fastueux repas.

Œufs durs, aubergines au fromage,

Haricots verts et pois chiches.

Le tigre buvait de l’eau plate,

Avec un sandwich à la ricotta douce.

Étendu langoureux, un fort reptile

Léchait gourmand un sorbet à la fraise.

Le renard suçait des scorsonères,

Il criait : « Plutôt le choléra que manger de la chair ».

C’était à se pisser dessus

De voir tous ces carnassiers se gaver de légumes crus ;

Le loup grignoter le melon, boire son jus,

La hyène suçoter des choux pourris et des fruits charnus.

Et tous mangeaient avec grand plaisir,

À son tour, en cachette, chacun allait vomir.

Fini le repas, le roi lion demanda :

Alors, Ânacorne, il t’a plu ce petit repas ?

 

Tu vois, depuis longtemps, tel est notre régime ;

Nous sommes des êtres pacifiques à cette heure.

Il est temps qu’on vive ensemble en bonne entente,

Qu’on collabore pour édifier un monde de bonheur.

Le tigre entre ses dents murmure :

Il n’y a plus rien à craindre ;

Le faucon crie en se lissant les plumes :

Oublions nos rancunes !

Déposons les armes, les becs, les griffes et les cornes,

Il faut la confiance pour créer un nouveau monde

Et tous le cajolaient de façon presque sincère :

L’ours embrassait Ânacorne et même la panthère,

Le python ensuite d’une telle étreinte le serre

Qu’il s’en faut de peu qu’il l’étrangle.

 

Eh bien, dit le lion,

Maintenant que règne la confiance,

Cette corne au front,

Que veux-tu en faire encore ?

Je la garde pour nous défendre moi et mes amis,

Mais si tu es armé où est la démocratie ?

Avec cette corne, tu nous tiens tous en respect,

Dit le renard et pleurniche le crocodile,

On dirait que tu nous trouves suspects,

La confiance et la bonne foi sont choses civiles.

Maintenant que nous sommes végétariens,

Cette corne est un comportement de vilains.

Nous te donnons notre parole de citoyens,

Parole de vrais démocrates et chrétiens :

Jamais plus les armes ne saliront nos doigts !

Parole de vieux militaire, parole de roi,

Parole de prêtre, d’évêque, de pape et de sacristain,

Ôte cette corne et nous te baiserons les mains.

 

Mais l’ânacorne n’était pas crétin

Pourquoi n’ôtes-tu pas ton bec, Faucon, mon ami ?

Car il me sert à picorer le raisin ;

Sans mon bec, je ne peux pas vivre ainsi !

Et pourquoi ne scies-tu pas tes dents, cher Lion ?

Avec quoi mangerais-je la pastèque et le melon ?

Sans dents, je ne peux pas me nourrir ;

Sans la pastèque, de faim, je vais mourir.

Et les fauves tous en chœur se désespèrent :

Les griffes, becs et dents ne sont pas des armes,

Ce sont des couverts ; sans eux, on ne peut manger.

Si on nous en prive, on est condamnés

Comme des enfants sans leur mère.

Ému, gêné, honteux, pleure l’ânacorne.

Alors, il plie le genou ; à la scie, il abandonne,

En baissant le front, sa longue corne.

 

Quand la corne fut sciée et l’âne désarmé,

Les fauves se mirent à crier :

Âne ! Nigaud ! Nous t’avons bien coincé !

Coups de patte et grandes morsures,

Blessures profondes, presqu’égorgé,

L’ânacorne fuit par le bois jusque sur la montagne

Où il arrive presque mort et sans souffle.

De là-haut, il voit lions, tigres, loups et panthères,

Happer les moutons, dépecer les vaches et les chèvres.

Il voit impuissant égorger ses enfants, ses compagnes ;

Il voit du sang et des larmes couler dans les campagnes.

 

Ils m’ont trahi – criait-il – cette bande de chacals,

M’ont dupé le renard prêtre, le lion général

Et la louve perverse de la démocratie chrétienne.

Ils m’ont rempli la tête de fanfares,

De promesses et de louanges, ces charognards.

Ne pleure pas – dit le bouc en furie

Dorénavant à juste titre par tout le monde, tu seras appelé

L’âne cocu, cornu, décorné pour la vie

Qui par cette bande de truands s’est laissé désarmé.

Tu as cru au compromis historique, comme à la démocratie

Croient les vieux socialistes séduits par la bourgeoisie.

Tu ne mérites aucune compréhension,

Juste du mépris pour ta compromission,

Une ruade terrible de vieux bouc en colère

Et méritent pareil sort tous ceux qui s’entichent

De collaborer dans cette guerre

Avec les fauves, les puissants et les riches !

 

 

L’ÂNACORNE
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Marco Valdo M.I.
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17 janvier 2017 2 17 /01 /janvier /2017 10:04

GANDHI

Version française – GANDHI – Marco Valdo M.I. – 2017

Chanson italienne – GandhiAlessandro Mannarino – 2017

 

 

 

 

« J’en ai contre les icônes pop comme Marylin Monroe et Einstein, contre la paix édulcorée de Gandhi. Je vois une subtile ligne qui divise le pacifisme de la complaisance et de la résignation, car celui qui passe sa vie à asphalter des routes sous le soleil cuisant d’août, on ne peut pas enseigner le pacifisme, il le subit. Dans mes fréquents voyages au Brésil, à Rio de Janeiro, j’ai vu toutes les contradictions enter celui qui vit dans les favelas et celui qui par contre vit entouré du luxe, forcé cependant à se barricader chez lui. Où est la méchanceté du pauvre ? Il serait utile refonder la pensée de l’être humain. J’en ai contre les intellectuels que je trouve totalement abstraits de la réalité. Je ne suis pas parmi ceux- même si j’ai étudié philosophie, je fais un travail manuel et je me salis les mains comme un ouvrier ».

 

 

 

 

On se rassemblait sur les places les fleurs à la main.

Suivant la doctrine des gourous indiens,

Nous évitions les coups de fusil en psalmodiant leur refrain.

Toutes les fois qu’un coup de feu sur la rue répand le sang,

Au niveau supérieur, quelqu’un accumule de l’argent.

Un vieil avare a élevé un mur, le jardin pour les grands ;

Le vin blanc frémit encore plus blanc servi avec des gants,

Des gants blancs

Et des ongles noirs sous les gants,

Des mains sales de chantier.

Dans les poumons, des cheminées,

Dans la tête, des fourrés,

Tous à la queue chez l’épicier

Qui nous donne la carte de fidélité,

Avec le visage de Gandhi, de Gandhi

Et nous allons tous en file chez le baron

Nous inscrire pour ouïr la leçon

Sur les discours de Gandhi,

(Pour les petits et pour les grands) Gandhi.

 

Il y a celui qui change de vie et va en Inde,

Le change a plein d’avantages.

Tant gens pour rien lavent, repassent,

Courent les rues nommées,

Je ne vous dis pas ici du nom de qui,

Vous l’avez deviné. Gandhi !

Maintenant méditez, méditez :

À quoi sert de travailler ?

Si les Indiens sont nombreux,

On peut compter sur eux

Grâce à la monnaie avec le visage de Gandhi, de Gandhi.

 

Allons dans les usines parler de Gandhi,

Allons dans les prisons parler de Gandhi,

Allons dans les écoles de quartier

Inaugurer une autre école de Quartier,

Nommée Mahatma Gandhi, Gandhi.

Dans les usines chinoises,

Au milieu des champs de Calabre,

À Raguse, ramassent les tomates

Des adeptes du Mahatma Gandhi,

Gandhi, Gandhi, Gandhi, Gandhi.

 

Quand un pauvre gars

Sur sa croix

Par une mouche a le nez mangé,

Il ne peut la chasser,

La mouche a grandi dans le caca

De la vache sacrée,

La vache a maigri pour pouvoir participer à la corrida.

Riez madame, riez.

Détendez-vous et dites à votre fils de ne plus lancer

De cailloux, s’il vous plaît.

Polichinelle, enlève ton masque,

Baisse le rouleau à pâte,

Et maintenant, qui est la plus belle ?

Calme, détendu, avec le visage souriant,

Tout vêtu de blanc, il rit.

Il me rappelle quelqu’un, ce Polichinelle.

Il me rappelle…

Un certain Gandhi, Gandhi, Gandhi.

 

Luana Gandhi, Moira Gandhi, Natasha Gandhi,

Emanuele Gandhi, Mauro Gandhi, Danilo Gandhi.

Jennifer Gandhi, Cristina Gandhi, Alessandro Gandhi,

Magasins Gandhi, Électricité Gandhi, Collège technique commercial Gandhi,

Pour apprendre à confectionner la tunique de Gandhi.

Machines à laver Gandhi, Gandhi affaires, Institut Gandhi

Polichinelle, comme vous êtes élégant,

Quel plaisir de vous revoir ainsi,

Sans bâton, avec le visage souriant, tout vêtu de blanc.

Polichinelle, l’apéritif est servi

Venez, ne restez pas à penser

Imaginez que, dans cette société,

Il y a celui qui fait la grève de la faim

Et celui qui fait grève, car il a de la faim.

Mais, toujours à la fin,

Arrive la police qui

N’a jamais lu un livre de Gandhi.


 

 

GANDHI
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Marco Valdo M.I.
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14 janvier 2017 6 14 /01 /janvier /2017 12:54

 

LE PANZER DE LA PAIX

 

Version française – LE PANZER DE LA PAIX – Marco Valdo M.I. – 2017

Chanson allemande – Friedenspanzer – Rod Gonzalez & Farin Urlaub (Die Ärzte) – 1994

 

 

 

 

 

 

"Friedenspanzer" [LE PANZER DE LA PAIX] est une chanson punk du groupe allemand Die Ärzte, une chanson à propos d’une machine de guerre qui répand la paix, l’amour, les solutions aux problèmes et aide les gens.

 

Dialogue maïeutique

 

Vois-tu, Lucien l’âne mon ami, dit Marco Valdo d’un ton un petit peu docte, contrairement à ce qu’on raconte, la naïveté n’est pas un vilain défaut, même quand elle est fausse.

Et c’est précisément le ton de cette chanson que cette fausse naïveté, voulue ou non, ce n’est pas la vraie question. La vraie question est toujours est-ce une bonne chanson ? Raconte-t-elle quelque chose qui intéresse ?

Car il y a mille et une manières de faire une chanson, comme il y avait mille et une manières de charmer un sultan par des contes susurrés à son oreille. Il n’y faut pas nécessairement la pesanteur académique ou l’amplitude des grandes œuvres, qui d’ailleurs sont rares ; une œuvrette suffit souvent.

 

Oh oui, je le sais bien, Marco Valdo M.I. mon ami, dit Lucien l’âne en se dandinant curieusement. Jean Constantin avait réussi à faire une chanson très appréciée du public avec ce texte assez déconcertant : « Où sont passées mes pantoufles ? » (https://www.youtube.com/watch?v=MrhnnmQzjwA), qui de plus sert de titre à la chanson. Une belle économie de moyens !, rattrapée par un énorme talent de comédien-pianiste-chanteur.

 

On n’est pas à ce degré de simplicité dans les moyens avec LE PANZER DE LA PAIX. On a là une structure plus classique : un soliloque, un monologue transformé en une sorte de discours à la cantonade. Sur le fond, il s’agit d’une réflexion paradoxale où l’on transforme l’engin guerrier et répressif par excellence en machine à paix. L’idée est curieuse et le projet étrange, mais il s’agit juste d’un moyen poétique de dire l’angoisse qui rémane dans la société. Il s’agit d’une angoisse diffuse sans vraiment de raison et de contour précis, mais elle est d’autant plus difficile à exprimer et à traduire en chanson. Et puis, il y a ce souhait – somme toute rassurant – de trouver une solution universelle face à la propension des humains à s’affronter – LE PANZER DE LA PAIX, instrument idéal pour faire la « Guerre à la Guerre ».

 

Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, tout cela me paraît bien sympathique, mais – comme tu l’as laissé entendre dès le départ, carrément cousu de naïveté. Reste à savoir si c’est une naïveté volontaire, ce que tu appelais une « fausse naïveté ».

 

Lucien l’âne mon ami, les choses sont évidemment très claires, car la chanson est portée par un personnage imaginaire qui est effectivement la naïveté personnifiée, une sorte de doux rêveur et donc, si sa naïveté est réelle, celle de la chanson est feinte. C’est un jeu d’ombres, un jeu dans un miroir où tout s’inverse et où cette feinte naïveté sert également à alléger le propos, à médiatiser l’angoisse. Il reste cependant qu’il s’agit d’évoquer cette Guerre de Cent Mille Ans que les puissants et les riches (ou l’inverse) font aux pauvres pour assurer leur domination, bétonner leurs privilèges, renforcer leur pouvoir, étendre l’exploitation et satisfaire leurs ambitieuses avidités.

 

Si c’est ainsi – et ce l’est, alors il ne nous reste qu’à reprendre notre tâche et tisser le linceul de ce vieux monde ambitieux, avide, avare, assassin, absurde et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 
 

Le journal télévisé n'est pas ma tasse de thé,

Rien que des meurtres et des tas de morts partout.

Les chiens de guerre sont à nouveau lâchés,

Quand frères et sœurs se détestent tout d’un coup.

Quand tombent les bombes

Les hommes se prennent de haine.

 

Ce qui me vient en tête,

Pour sauver ce monde,

C’est un Panzer de la Paix

Il bombarde d’amour les cœurs,

Il apporte la paix sans douleur,

C’est le Panzer de la Paix, le Panzer de la Paix

 

Il lance des fleurs au lieu d’obus

Il touche tout le monde, même les insensibles

Au lieu de gaz toxique, il envoie du parfum de rose

Il purifie l’air pollué en lançant l’encens dessus

Il ne nous laisse plus jamais solitaires

Vous, moi, tous, nous sommes ses mercenaires.

 

Ce qui me vient en tête,

Pour sauver ce monde,

C’est un Panzer de la Paix

Il bombarde d’amour les cœurs,

Il apporte la paix sans douleur,

C’est le Panzer de la Paix, le Panzer de la Paix

 

Il bouche le trou de la couche d’ozone,

Il replante sans tarder une forêt équatoriale.

Avec son canon à tofu, il arrête les famines.

Il empêche la pêche à la baleine,

Il neutralise même la bombe à neutrons,

À se demander si ce n’est pas la solution.

 

Ce qui me vient en tête,

Pour sauver ce monde,

C’est un Panzer de la Paix

Il bombarde d’amour les cœurs,

Il apporte la paix sans douleur,

C’est le Panzer de la Paix, le Panzer de la Paix

 

Il met fin à toute dictature :

Comment il fait ça, je me le demande.

Il nous aide pour la rime,

Il porte les sacs des grands-mères.

C’est le Panzer de la Paix,

Le Panzer de la Paix !

 

 
LE PANZER DE LA PAIX
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Marco Valdo M.I.
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11 janvier 2017 3 11 /01 /janvier /2017 11:59

MOINS CINQ

Version française – MOINS CINQ – Marco Valdo M.I. – 2017

Chanson allemandeFünf vor zwölf Campino (Andreas Frege) et Andi (Andreas Meurer) [Die Toten Hosen] – 1990

Reprise sur le disque collectif intitulé : « Nazis Raus ! (Nazis Dehors !) » en 1991, republié en CD en 2003.

 

 

 

Lucien l’âne, à voir ce qu’on y raconte, on ne dirait pas que c’est une chanson qui date de plus d’un quart de siècle. Elle raconte l’attaque d’un commerçant, un verdurier, un épicier turc quelque part dans une ville allemande.

 

Chez nous aussi, il y a des commerçants turcs qui vendent les légumes, le pain, l’épicerie. Il y a aussi le « paki », le « marocain »… Drôle comme on désigne les gens ainsi par une sorte de qualificatif générique. Comme si parlant de moi, il dirait « l’âne » ; pas Lucien l’âne, mais juste « l’âne ». À propos, le garagiste du coin est d’origine turque, mais tout le monde l’appelle Jacky. Il y a plus de vingt ans qu’il est là. Mais en face, le marchand de pneus est « italien », la supérette sur la place est tenue depuis vingt ans par des « italiens »- tiens, c’est Nino et Francesca. On remarquera que dans ces dénominations génériques, on oublie souvent la majuscule ; c’est sympathique, mais aussi symptomatique. En fait, au stade suivant et généralement à la génération suivante, les gens commencent à appeler ceux venus d’ailleurs par un nom, généralement un prénom. Mais, revenons à la chanson.

 

Oui, alors, reprend Marco Valdo M.I., cette histoire est simple . Comme on est en Allemagne, il est Turc, originaire de la Mer Noire, il se nomme Erdal ; le protagoniste de la chanson qui raconte qu’il va chez ce « Turc » chercher ses légumes, on comprend ainsi que cet « immigré » est là depuis un certain temps – des années sans doute. Il est là probablement depuis que l’Allemagne (la Fédérale, celle de l’Ouest) est devenue tellement obèse qu’elle a dû importer des travailleurs étrangers – spécialement, Turcs ou Grecs, pour suppléer à son manque de main d’œuvre pour remplir les fonctions et les tâches subalternes de la société. Cependant, il faut quelques années, sans doute de longues années, à un immigré pour installer un commerce et ensuite, avoir pignon sur rue. Dans la chanson, il n’est pas dit s’il est de première ou deuxième génération d’émigration. Par ailleurs, si cette histoire s’était déroulée ailleurs en Europe (disons, de l’Ouest), il aurait tout aussi bien pu être Kurde, Roumain, Bulgare ou si l’on élargit le spectre à la Méditerranée : italien, marocain, grec, algérien ou même, portugais ou espagnol.

 

Oui, cela peut se produire maintenant ici, à tout moment, dit Lucien l’âne. C’est devenu banal.

 

C’est bien ce qui encore plus inquiétant, dit Marco Valdo M.I. On aurait pu penser que ces attitudes xénophobes s’estomperaient avec le temps et avec la banalisation de la présence des émigrés – de tous horizons, dans les villes et les agglomérations d’Europe. Il semble bien que ce ne soit pas le cas et que contrairement à ce qu’on pouvait espérer il y a une cinquantaine d’années, l’humanisation de la société n’arrive pas à éradiquer les comportements imbéciles.

 

Dans quoi donc vasouille notre « civilisation » ? Quels sont ces gens qui traitent les autres par le mépris, les maltraitent, les matraquent et finissent par les tuer ? Sont-ce vraiment des gens, ces gens-là ? Il est vrai que bon nombre d’entre eux cherchent le sens de leur propre vie dans des entités extérieures à eux-mêmes prétendent appartenir à un groupe, un parti, une nation, une religion, un Dieu, un Prophète ou que sais-je encore. Dans tous les cas, une seule chose ressort de ce constat, c’est qu’ils ne s’appartiennent pas et ispo facto, se transforment eux-mêmes en pions, en sujets obéissants d’une chose qui les envoûte, qui les englue, qui les englobe, qui les enferme. Ils vivent prisonniers d’une entité qui les manipule.

 

Ainsi, conclut Lucien l’âne, l’homme a encore pas mal de chemin à faire pour devenir lui-même et ne plus envier ou haïr ses semblables. Par parenthèse, un des premiers pas vers l’humanisation de l’homme serait qu’il accepte d’être lui-même, qu’il se débarrasse des armures psychologiques dans lesquelles il s’enferme et qu’il garde pour lui-même ses croyances bien au chaud dans son intimité. Je dis cela, car dès lors qu’il ne ferait plus état, ni usage de ces béquilles mentales, il grandirait à ses propres yeux et entretiendrait des rapports détendus avec les autres humains. Ce serait un excellent début. Quant à nous, chi siamo somari, reprenons notre tâche, aidons l’humanité à se débarrasser de ces poids encombrants et trompeurs et tissons de ce fait le linceul de ce vieux monde envieux, avide, ambitieux, absurde, atroce et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Chez lui, j’achetais toujours mes légumes.
Il a dans la trentaine, un enfant et une femme.
Nous nous comprenons très bien,
Nous buvons parfois une bière ensemble
Au café d’en face,
Quand on s’y rencontre.
Lundi, son magasin si matinal
Au lever n’était pas ouvert encore.
Des voisins me dirent,
Il est à l’hôpital.

 

Erdal vient de la Mer Noire,
Cependant, il habite dans notre ville.
Il est chez lui ici.
Erdal – peux-tu m’entendre ?
Cela se passe toujours ici aussi –
Je suis avec toi, l’ami !

 

Il a buté dans vos rangs,
En marchant dans notre rue paisiblement.
Vous chantiez des slogans,
Ne plus jamais voir Erdal.
Seul, il a essayé encore de résister,
Vous étiez bien cinq contre Erdal.
Avant que ça ne soit commencé ,
C’était aussi déjà terminé.

 

Qui ici croit encore
Que cela ne nous concerne en rien ?
Quand vient la rage
Qui desserre tous les freins ?

 

Erdal – tu m’entends ?
Je veux te dire seulement ,
J’ai honte de tout ceci !
Erdal – tu m’entends ?
Face à ce qui se passe encore ici -
Je suis avec toi, l’ami !

Erdal vient de Turquie
Et celui qui ici est contre lui,
Est mon ennemi aussi !

MOINS CINQ
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Marco Valdo M.I.
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9 janvier 2017 1 09 /01 /janvier /2017 13:49

Ils ont marché sur la Lune

Chanson française – Ils ont marché sur la Lune – Jacques Debronckart – 1969

Interprètes : Isabelle Aubret et Christophe. (Mp3 : http://musicandmusic.centerblog.net/2365-isabelle-aubret-ils-ont-marche-sur-la-lune)

 

 

 

Lucien l’âne mon ami, il est des chansons qui passent inaperçues et qui mènent une petite vie de chanson sans jamais atteindre à la notoriété auprès des grandes foules. C’est le cas de cette chanson de Jacques Debronckart, dont je n’ai pas trouvé le texte et j’en ai donc fait une transcription « à l’oreille ». C’est toujours délicat ces transcriptions à l’oreille, surtout si la chanson est ancienne et qu’on ne dispose pas d’un enregistrement de bonne qualité. De plus, c’est une chanson enfantine et qu’une partie est chantée par un enfant.

 

La chanson enfantine est un genre un peu trouble : il se doit d’être enfantin, de s’adresser aux enfants, tout en sachant qu’il parle aussi aux adultes.

 

Quel mic-mac entre les Dupondt et le Pierrot Lunaire de Giraud, celui de Brahms et celui de Schoenberg, on s’y perd, sans compter le Tintin marchant sur la Lune avec 15 ans d’avance d’Hergé et rencontrant les scaphandriers marcheurs étazuniens.

 

Une chanson d’actualité puisque c’est le jour où Eddy Merckx remporte son premier Tour de France sur les Champs-Élysées, ce qui devait plaire à Tintin et Haddock scotchés devant leur télé et qui ont découvert dans la même journée que deux Zétazuniens, qui étaient partis bien avant eux, arrivent quatre heures plus tard qu’Eddy à l’étape du jour, mais il est vrai, sur la Lune.

 

C’était aussi une étape dans la grande compétition internationale entre États dans le Tour de la Guerre. Tiens, ils recommenceraient bientôt qu’on ne s’en étonnerait pas.

 

À mon avis, ils n’ont jamais cessé. C’est juste la forme et les lieux qui ont varié. Cependant, je te comprends, le Tour de la Guerre revient d’Ukraine et de Syrie ; on dirait une noria tirée, poussée par un baudet aveuglé et la pierre moud, moud, moud les gens comme si c’étaient des grains à faire une farine pour enrichir les riches meuniers. Écoutons la chanson et reprenons notre tâche et tissons, tissons, tissons le linceul de ce vieux monde guerrier, compétitif, militaire, belliciste et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

Ils ont marché sur la Lune, tu sais ;

Ils ont marché sur la Lune, c’est vrai !

Ils ont mis le pied là-haut,

Chez Pierrot,

Sur la Lune,

Sur la Lune, sur la Lune !

 

Alors, dis-moi !

Dis-moi, pourquoi,

Je n’ai pas le droit

De mettre le pied, c’est vrai

Sur les pelouses de la Terre ?

La Terre est à nous, tu sais,

Tandis que la Lune, elle est aux Lunaires.

 

Et pour aller sur la Lune, tu sais,

Marcher sur la Lune,

Ils ont allumé un feu merveilleux,

Le plus grand feu

Qu’on ait jamais vu, tu sais

Pour aller sur la Lune.

 

Alors, dis-moi !

Dis-moi, pourquoi,

Il y a des enfants qui meurent de froid

Dans certains pays.

Le maître me l’a dit.

Et pourquoi, en hiver

On n’allume pas

Des feux comme ça

Partout sur la Terre, pourquoi ?

 

Et pour aller sur la Lune, tu sais,

Sur la Lune, c’est vrai,

Sur la Lune,

Il a fallu des milliards, des milliards,

Des milliards de dollars

Pour aller sur la Lune.


Alors dis-moi !

Dis-moi pourquoi

Il y a des malheureux

Et pourquoi

Dans tous ces milliards,

Pourquoi

Il n’y en a pas un ou deux

Pour eux ?


Tu as raison, cent fois raison,

Mais vois-tu, vois-tu, petit garçon,

Peut-être un jour, les gens de la planète Terre

Deviendront meilleurs pour leurs frères

Quand ils auront marché sur la Lune, tu sais

Sur la Lune, c’est vrai.

Sur la Lune,

Ils ont mis le pied là-haut,

Chez Pierrot,

Sur la Lune,

Sur la Lune, sur la Lune !

Ils ont marché sur la Lune
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Marco Valdo M.I.
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8 janvier 2017 7 08 /01 /janvier /2017 12:24

Ils ont brûlé

 

Chanson française – Ils ont brûlé – Marco Valdo M.I. – 2017

 

 

 

 

 

 

Avant de parler de la chanson, Lucien l’âne mon ami, je reviens un instant sur son titre et sur son antienne.

 

D’accord, Marco Valdo M.I. Et pour dire quoi exactement ?

 

Ceci très exactement que cette chanson comme d’autres de celles que j’ai écrites, est bâtie sur une ritournelle qui me trotte en tête ou sur une chanson antérieure qui me sert de canevas. Ici, c’est une chanson de Léo Ferré qui sert de base à cette histoire : « Ils ont voté », dans laquelle Léo Ferré dit, notamment :

 

« Ils ont voté et puis, après ? »

 

Ce qui pour moi reste la question centrale qui se pose à la « démocratie ». Il suffit de penser à quelques grands pays de notre monde… Je te laisse le choix.

Ici, il ne s’agit pas seulement de voter, mais aussi de brûler. Et ça sent.

Je raconte l’affaire pour qu’on situe la chanson. Elle se réfère à un événement tout, tout, tout récent.

 

Dernière petite nouvelle d’Italie :

 

Dans la région de Florence, quelque part en Toscane, le 3 janvier 2017, à 11 heures du matin, ils ont brûlé un bâtiment détruisant tout le matériel de La Ronce, une commune agricole autogérée. Un repaire de communistes ? Oui, la Ronce est une commune comme en faisaient autrefois les socialistes, les anarchistes et les communistes – avant qu’ils ne deviennent des apparatchiks.

La Ronce accueille aussi des réfugiés, des émigrés.

Elle s’est bâtie au fil des années sur cette terre en désuétude, sur cette terre abandonnée. La loi italienne de 1948 prévoyait pourtant que les terres abandonnées étaient libres d’occupation et qu’elles revenaient alors à ceux qui les entretiennent et les cultivent. L’a-t-on abrogée cette loi ?

Je ne sais, mais on a pris prétexte de l’occupation de la terre pour refuser d’alimenter la commune en électricité.

Les gens de la commune n’ont pas baissé les bras. Ils se sont passé des raccordements à la modernité urbaine.

La Ronce : c’est le travail en commun, c’est les légumes et les fruits au naturel et frais, c’est un lieu d’accueil et de fêtes aussi. On y travaille, on y chante, on y mange, on y boit et mille autres jolies choses aussi. Elle augure d’un autre monde.

Mais ça ne plaît pas. Alors ? Alors, on brûle. Ô, on ne sait pas qui, ni vu ni connu. Ô ce sont certainement des malfaiteurs qui ont fait ça. Des malfaiteurs ? On a déjà connu ça vers 1920 : ils se nommaient eux-mêmes des fascistes.

Au début aussi, on brûla juste un bâtiment pour donner un avertissement, pour impressionner, pour faire peur. Il n’y eut pas de poursuites ; dans le fond, la chose arrangeait bien les gouvernants.

Puis, on brûla une grange, on brûla une ferme, on en brûla plusieurs. Puis, on bastonna les paysans, puis, on tua les gens. La chose fit scandale un moment. Il n’y eut pas de poursuites ; dans le fond, la chose arrangeait bien les gouvernants.

De fil en aiguille…

On connaît la suite : elle mit le monde à feu et à sang.

Donc, ça recommence : c’est un recommencement.

Dans le fond, la chose arrange bien les gouvernants.

Et pas seulement en Italie…

 

La question est : va-t-on une fois encore fermer les yeux et faire semblant de rien ?

Je vais conclure, dit Lucien l’âne, car tel est mon rôle. Joseph – sur la couverture de Dachau Express – disait :

« Refuser le fascisme. La bête vit encore. Elle sourit à la télévision ».

Il est temps de relire L’Ode à Kesselring ! Dans laquelle Piero Calamandrei, un Florentin perspicace, disait : Ora e sempre : Resistenza !

Il le disait à Kesselring, mais ça vaut pour les autres nazis et fascistes :

Si tu voulais un jour revenir sur ces routes,
Tu nous trouverais à nos postes :
Morts et vivants avec le même engagement,
Peuple serré autour du monument
Qui s'appelle
Aujourd’hui et pour toujours
RÉSISTANCE !

Nous, on est là, dit Lucien l’âne. On n’en démordra pas. Jamais. C’est notre tâche et notre volonté de tisser le linceul de ce vieux monde avide, hargneux, envieux, sournois, fourbe et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I et Lucien Lane

 

 

 

Ils ont brûlé

Et puis après ?

Chez ces gens-là, c’est une habitude,

Jamais tombée en désuétude.

Hier encore, près de Florence,

Ils ont brûlé la Ronce.

Ils sont fascistes :

Ça existe.

Et puis après ?

 

Ils ont brûlé

Et puis après ?

Ils brûlent les livres,

Ils tuent les gens.

Ils rôdent depuis longtemps,

En rangs sur la même piste.

Ils sont fascistes,

Évidemment !

Et puis après ?

 

Ils ont brûlé

Et puis après ?

Au début, ils bavaient dans leur coin,

Puis, ils sont sortis dans les campagnes,

Ils ont brûlé les fermes et les foins,

Ils ont chassé les gens et leurs compagnes,

Ils sont fascistes,

Évidemment !

Et puis après ?

 

Ils ont brûlé

Et puis après ?

Puis, ce fut le tour des villages,

Puis, ce fut dans les villes,

Ils rôdent près des usines ;

Partout, ils laissent leur odeur d’urine,

Ils sont fascistes,

Évidemment !

Et puis après ?

 

Ils ont brûlé

Et puis après ?

La caque sent toujours le hareng.

Ils jouent aux hommes parfois :

Ils sourient, ils font semblant,

Mais nul n’est dupe de ces gens-là.

Ils sont fascistes,

Évidemment !

Et puis après ?

 

Ils ont brûlé

Et puis après ?

Ils vont à la télé, ils ont l’air de braves gens ;

Certains fascistes sont intelligents,

Ils parlent de démocratie en souriant

Et méprisent les autres gens.

Ils sont fascistes,

Évidemment !

Et puis après ?

 

Ils ont brûlé

Et puis après ?

Il y en a partout

Dans les parlements, dans les partis,

Dans les églises, sur les parvis,

Il y en a près de chez nous.

Ils sont fascistes,

Évidemment !

Et puis après ?

 

Ils ont brûlé

Et puis après ?

Ils ont des représentants

Ils sont ministres au gouvernement,

Dans des villes, des pays, sur d’autres continents

Ils sont élus présidents.

Ils sont fascistes,

Évidemment !

Et puis après ?

 

Ils ont brûlé

Et puis après ?

Ils n’aiment pas qu’on vienne d’ailleurs,

Ils portent les costumes, elles s’habillent en tailleur.

Ils parlent de bonheur, ils apportent le malheur.

Ils se disent apôtres, elles se déguisent en fleurs.

Ils sont fascistes,

Évidemment !

Et puis après ?

 

Ils ont brûlé

Et puis après ?

Chez ces gens-là, c’est une habitude,

Jamais tombée en désuétude.

Hier encore, près de Florence,

Ils ont brûlé la Ronce.

Et puis après ?

Ils brûlent les livres,

Ils tuent les gens.

Ils sont fascistes

Ils rôdent depuis longtemps

En rangs sur la même piste.

Et puis après ?

Après ?

Après, ils restent fascistes

Évidemment !

Ils ont brûlé
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Marco Valdo M.I.
7 janvier 2017 6 07 /01 /janvier /2017 14:09

Toute l’Allemagne transpire

Version française – TOUTE L’ALLEMAGNE TRANSPIRE – Marco Valdo M.I. – 2017

Chanson allemande – Ganz Deutschland im Fieber – Juliane Werding – 1995

 

 

 

 

 

« Toute l’Allemagne transpire », quel titre fabuleux, Marco Valdo M.I. mon ami. J’aime autant ne pas y penser, car rien que d’y penser je me sens mal. Imagine l’atmosphère !

 

Comme dirait Bartleby : « I would prefer not to». C’est d’ailleurs, Lucien l’âne mon ami, l’attitude de Juliane Werding vis-à-vis de toute l’agitation sportive et le fanatisme du fitness dominical et vespéral. Comme tu l’entendras, elle – dans ces cas-là, elle reste au lit. C’est du moins le sens revendicatif de la chanson. Dans les faits, c’est aussi une chanson contre l’effort et sa mythologie, contre le « arbeit macht frei » de si jolie mémoire.

 

À propos de formules qui se rencontrent ou qu’on fait, comme tu viens de le faire, se rencontrer, je trouve ce tandem : « Arbeit macht frei » – « I would prefer not to », absolument renversant et délicieux et conforme, me semble-t-il, au personnage de Melville et à sa confrontation obstinée et en sens contraire avec la logique de Wall-Street.

Mais quand même, tout cela nous éloigne assez de Juliane et d’Essen ou de Berlin, qu’importe. Toute l’Allemagne transpire : il y a ses odeurs, il y a ses allures et ses tenues rigoureusement à la mode. On ne transpire pas n’importe comment, ni n’importe où. Juliane, elle, se tient en son lit le dimanche matin – comme dans la vieille chanson française : « Le dimanche matin, c’est le moment rêvé pur faire la grasse matinée » et en son chez soi, les soirées de semaine. En quoi, elle aurait reçu l’entier soutien de Winston Churchill, lequel interviewé le jour de ses 90 ans sur sa longévité remarquable, répond un porto dans une main et un havane dans l’autre : « Never sport ! ».

 

C’est drôle cette chanson. Moi, je l’aime beaucoup et Marco Valdo M.I. mon ami, elle me rappelle tout à la fois Boris Vian Je ne peux pas travailler et Henri Salvador Le Travail, c’est la santé. Et j’ajouterais volontiers, une de tes canzones : Dormir. Pas étonnant que tu aies été dégotter cette chanson de Juliane Werding.

 

En fait, Lucien l’âne mon ami, tu as raison. D’une certaine manière, il y a une cohérence dans ce monde ; en quelque sorte, tout se tient.

C’est d’ailleurs ce qui m’inquiète aussi, car ce grand mouvement moutonnier d’une large frange de la population allemande et cette aspiration aux exercices au grand air et aux entraînements excessifs font remonter des effluves inquiétants. Oh, je ne parle pas de ces relents de transpiration qui doivent parfumer ces jeunes gens énergiques, je pense plutôt à des remugles anciens. On pratiquait beaucoup le sport en tenue appropriée en Allemagne dans la première moitié du siècle dernier ; ces exercices d’hygiène collective ont conduit à d’innommables défilés. Il y eut d’ailleurs à l’époque toute une jeunesse rétive à la sportivité organisée et musculeuse et tout spécialement, dans la région de la Ruhr où se trouve Essen ; comme tu sembles t’en souvenir, il s’agit bien évidemment des Edelweiss Piraten, dont Franz-Josef Degenhardt racontait l’histoire en l’année 1941.

 

En fait, considéré de ce point de vue, dit Lucien l’âne en riant, Juliane fait de la résistance.

 

Évidemment et ce n’est pas un hasard, déclare Marco Valdo M.I., il suffit de voir d’autres de ses chansons. Mais que dit-elle exactement dans celle-ci ? En fait, elle fait une peinture de genre, elle peint une certaine partie de population qui se livre à ces pratiques sautillantes et elle entend se démarquer nettement de cette coterie. Ce qui n’est pas directement dit, mais qui est exposé, c’est la fracture sociale et les comportements qu’il convient d’adopter si l’on aspire à utiliser l’ascenseur social, à être dans le coup, à profiter de la conjoncture. Et si on replace cette appétence dans le cadre de la Guerre de Cent Mille Ans, on comprend le « I would prefer not to » que Juliane oppose à l’effort socialement bien considéré. C’est le sens de tous les signes de reconnaissance sociale, en l’occurrence, c’est la marque (les marques, les bleus, les crampes) de l’appartenance (volontaire) au groupe des prétendants, ceux marqués au signe du buffle, selon Heinrich Böll.

 

Arrête, Marco Valdo M.I. mon ami, arrête tout de suite, tu t’envoles, tu vas te predre dans ton propre discours. On sait toujours quand et où tu commences, mais on ne sait jamais tu vas, ni quand tu vas aboutir. Je te dis halte, suffit, on y reviendra. Maintenant la chanson et puis continuons notre tâche simple et tissons le linceul de ce vieux monde sportif, attelé à l’effort, musculeux et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Dimanche matin, quand le soleil sourit,
On s’entraîne dehors,
En short et tricot de sport.
Voyez-les déguisés en Pochettes-surprise,
Manger des Power-Food, d’ISO drinks se gaver,
Courir en baskets dans les bois,
Et faire du vélo par plus de 30 degrés.
C’est admirable, mais pourquoi, pourquoi ?

 

Hey, hey, hey,,
Toute l’Allemagne transpire.
Hey, hey, hey,
Je glande seule au lit.
Je lis un livre, j’ai de la visite
Et en dormant, j’entretiens ma forme.
Hey, hey, hey,
Toute l’Allemagne transpire.
Hey, hey, hey,
Je suis celle, celle qui ne fout rien ;
Je me laisse aller et je me ménage
Et ça me va bien.

Lundi matin – je suis fraîche et dispose,
Les autres sont foutus,
Malgré leurs bleus et leurs crampes
C’est encore tout pour le sport et les exercices
À midi du pissenlit en salade
Et du thé vert, par-dessus
Et le soir quand chez moi, je me délasse,
Alors, ils suent au club de mise en forme.


Hey, hey, hey,,
Toute l’Allemagne transpire.
Hey, hey, hey,
Je glande seule au lit.
Je lis un livre, j’ai de la visite
Et en dormant, j’entretiens ma forme.
Hey, hey, hey,
Toute l’Allemagne transpire.
Hey, hey, hey,
Je suis celle, celle qui ne fout rien ;
Je me laisse aller et je me ménage
Et ça me va bien.

 
Toute l’Allemagne transpire
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Marco Valdo M.I.
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6 janvier 2017 5 06 /01 /janvier /2017 15:34

La Source

 

Chanson française – Isabelle Aubret – 1968

Interprète : Isabelle Aubret

Auteurs : Henry Djian – Guy Bonnet

 

 

 

 

 

 

 

La Source, Lucien l’âne mon ami, est certainement une des plus belles chansons du répertoire de langue française, une source sourçant tout droit d’une légende répercutée par un film suédois ; intitulé en français : La Source. Cependant, pour la commenter, il eût mieux valu une fille ou une femme ou une ânesse, bref, un être du genre féminin, car, vois-tu, Lucien l’âne mon ami, nous autres, avec nos sabots – mes gros et tes petits – nous sommes trop sujets à certaine pesanteur et nous manquons, je tel dis en vérité, un peu de légèreté. Notre habitude est grande de mettre les pieds dans le plat et je vais m’empresser de le faire à l’instant.

 

M’est avis, Marco Valdo M.I., que tu tournes autour du pot ou comme on dit chez nous, tu touilles. Alors, viens-en au fait et à la canzone.

 

C’est une chanson qui sous des dehors de conte, de légende ou de comptine, raconte une histoire terrible : une histoire de viol et de meurtre. Une histoire qui créant par là même une source et comme tu le sais, les sources sont éternelles – relativement autant que la terre d’où elles surgissent et cette source est la dénonciation de ce viol-assassinat collectif aussi longtemps que la source coulera. Mais, bien évidemment, tu t’en doutes, elle ne dénonce pas seulement ce fait crapuleux particulier, mais elle dénonce toutes les violences que les hommes – seul ou en bande – font aux femmes. En cela, elle est une chanson aussi éternelle que la source qu’elle a engendrée.

 

Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, quelle bonne idée, tu as eue d’aller rechercher cette chanson au fin fond de ta mémoire et de nous la restituer. D’autant meilleure qu’il ne sera jamais dénoncé assez ce foutu penchant masculin, brutal et stupide, de s’en prendre aux femmes. Moi qui suis d’une autre espèce d’homme, de celle qui s’efforce d’atteindre à l’humanité morale et juste, qui ait le plus grand et le plus délicat sentiment de la liberté de l’autre – quel que soit son sexe, je peux assurer que l’homme ne deviendra jamais humain, l’homme n’atteindra à sa propre humanité que du jour où il aura banni cette violence stupide de son comportement quotidien, de ses actes de tous les jours. Cela suppose un effort constant de maîtrise de soi, de remise en cause de ses propres gestes, du fondement de sa personnalité. La chose n’est pas simple : elle demande du courage et de la persévérance ; elle demande aussi de rejeter certaines injonctions religieuses ou sociales. Il s’agit d’être une être humain et de ne plus se soumettre à des ukases prophétiques ou divins.

 

J’entends bien tout cela, Lucien l’âne mon ami, et je pense que tu as raison. Simplement, j’ajouterai qu’il faut aussi prendre en compte tout ce que cette sale habitude des hommes de vouloir dominer les femmes est probablement une des racines les plus solides de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants (ici, les hommes qui se croient tels) font aux pauvres (ici, les femmes que les « mâles » croient telles) afin d’imposer leur domination, de satisfaire leur boulimie, de maintenir l’atmosphère de peur et de terreur et de prolonger et de renforcer leur régime d’exploitation (ici de la femme). Et cette sale habitude est installée dans leur comportement dès l’enfance et renforcée par la religion qui est franchement misogyne.

 

En effet, Marco Valdo M.I., partout où je suis passé, ce que tu rapportes était exact. Mais alors, si cela est exact, pour extirper ce mal, il faut s’y prendre dès l’enfance et en corollaire, il faut empêcher les religions de nuire aux enfants, tout comme il faut empêcher les religieux d’avoir accès à l’enfance et à son intimité. Ce serait là de premières mesures prophylactiques. Quant à nous, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde violeur, violent, avide, boulimique et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Elle chante au milieu du bois,
La Source et je me demande,
S’il faut croire à cette légende
D’une fille qu’on y trouva.

Elle était blonde, elle était douce,
Elle aimait à se reposer
Dans le bois couchée sur la mousse,
Écoutant les oiseaux chanter.
Un jour qu’elle allait à la ville,
Par le bois où elle passait,
Elle vit soudain, immobiles,
Trois hommes qui la regardaient
Trois hommes qui la regardaient

Elle chante au milieu du bois,
La Source et je me demande,
S’il faut croire à cette légende
D’une fille qu’on y trouva.

Ils étaient là trois à l’attendre,
Trois hommes loups, cette brebis,
Elle avait la chair bien trop tendre,
Ils avaient bien trop d’appétit.
Elle ne savait pas défendre
Le souffle léger de sa vie ;
Elle tomba sur l’herbe tendre
Comme un oiseau tombe du nid,
Comme un oiseau tombe du nid.

Elle chante au milieu du bois,
La Source et je me demande,
S’il faut croire à cette légende
D’une fille qu’on y trouva.

Quand on l’a soulevée de terre
Comme une grande fleur coupée,
Sa robe blanche et la lumière,
On aurait dit une mariée ;
Quand on l’a soulevée de terre
On aurait dit comme un grand lit
Entre les feuilles, entre les pierres,
Une claire source a jailli,
Une claire source a jailli.

Elle chante au milieu du bois,
La Source et je me demande,
S’il faut croire à cette légende
D’une fille qu’on y trouva.

La Source
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