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6 janvier 2017 5 06 /01 /janvier /2017 15:34

La Source

 

Chanson française – Isabelle Aubret – 1968

Interprète : Isabelle Aubret

Auteurs : Henry Djian – Guy Bonnet

 

 

 

 

 

 

 

La Source, Lucien l’âne mon ami, est certainement une des plus belles chansons du répertoire de langue française, une source sourçant tout droit d’une légende répercutée par un film suédois ; intitulé en français : La Source. Cependant, pour la commenter, il eût mieux valu une fille ou une femme ou une ânesse, bref, un être du genre féminin, car, vois-tu, Lucien l’âne mon ami, nous autres, avec nos sabots – mes gros et tes petits – nous sommes trop sujets à certaine pesanteur et nous manquons, je tel dis en vérité, un peu de légèreté. Notre habitude est grande de mettre les pieds dans le plat et je vais m’empresser de le faire à l’instant.

 

M’est avis, Marco Valdo M.I., que tu tournes autour du pot ou comme on dit chez nous, tu touilles. Alors, viens-en au fait et à la canzone.

 

C’est une chanson qui sous des dehors de conte, de légende ou de comptine, raconte une histoire terrible : une histoire de viol et de meurtre. Une histoire qui créant par là même une source et comme tu le sais, les sources sont éternelles – relativement autant que la terre d’où elles surgissent et cette source est la dénonciation de ce viol-assassinat collectif aussi longtemps que la source coulera. Mais, bien évidemment, tu t’en doutes, elle ne dénonce pas seulement ce fait crapuleux particulier, mais elle dénonce toutes les violences que les hommes – seul ou en bande – font aux femmes. En cela, elle est une chanson aussi éternelle que la source qu’elle a engendrée.

 

Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, quelle bonne idée, tu as eue d’aller rechercher cette chanson au fin fond de ta mémoire et de nous la restituer. D’autant meilleure qu’il ne sera jamais dénoncé assez ce foutu penchant masculin, brutal et stupide, de s’en prendre aux femmes. Moi qui suis d’une autre espèce d’homme, de celle qui s’efforce d’atteindre à l’humanité morale et juste, qui ait le plus grand et le plus délicat sentiment de la liberté de l’autre – quel que soit son sexe, je peux assurer que l’homme ne deviendra jamais humain, l’homme n’atteindra à sa propre humanité que du jour où il aura banni cette violence stupide de son comportement quotidien, de ses actes de tous les jours. Cela suppose un effort constant de maîtrise de soi, de remise en cause de ses propres gestes, du fondement de sa personnalité. La chose n’est pas simple : elle demande du courage et de la persévérance ; elle demande aussi de rejeter certaines injonctions religieuses ou sociales. Il s’agit d’être une être humain et de ne plus se soumettre à des ukases prophétiques ou divins.

 

J’entends bien tout cela, Lucien l’âne mon ami, et je pense que tu as raison. Simplement, j’ajouterai qu’il faut aussi prendre en compte tout ce que cette sale habitude des hommes de vouloir dominer les femmes est probablement une des racines les plus solides de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants (ici, les hommes qui se croient tels) font aux pauvres (ici, les femmes que les « mâles » croient telles) afin d’imposer leur domination, de satisfaire leur boulimie, de maintenir l’atmosphère de peur et de terreur et de prolonger et de renforcer leur régime d’exploitation (ici de la femme). Et cette sale habitude est installée dans leur comportement dès l’enfance et renforcée par la religion qui est franchement misogyne.

 

En effet, Marco Valdo M.I., partout où je suis passé, ce que tu rapportes était exact. Mais alors, si cela est exact, pour extirper ce mal, il faut s’y prendre dès l’enfance et en corollaire, il faut empêcher les religions de nuire aux enfants, tout comme il faut empêcher les religieux d’avoir accès à l’enfance et à son intimité. Ce serait là de premières mesures prophylactiques. Quant à nous, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde violeur, violent, avide, boulimique et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Elle chante au milieu du bois,
La Source et je me demande,
S’il faut croire à cette légende
D’une fille qu’on y trouva.

Elle était blonde, elle était douce,
Elle aimait à se reposer
Dans le bois couchée sur la mousse,
Écoutant les oiseaux chanter.
Un jour qu’elle allait à la ville,
Par le bois où elle passait,
Elle vit soudain, immobiles,
Trois hommes qui la regardaient
Trois hommes qui la regardaient

Elle chante au milieu du bois,
La Source et je me demande,
S’il faut croire à cette légende
D’une fille qu’on y trouva.

Ils étaient là trois à l’attendre,
Trois hommes loups, cette brebis,
Elle avait la chair bien trop tendre,
Ils avaient bien trop d’appétit.
Elle ne savait pas défendre
Le souffle léger de sa vie ;
Elle tomba sur l’herbe tendre
Comme un oiseau tombe du nid,
Comme un oiseau tombe du nid.

Elle chante au milieu du bois,
La Source et je me demande,
S’il faut croire à cette légende
D’une fille qu’on y trouva.

Quand on l’a soulevée de terre
Comme une grande fleur coupée,
Sa robe blanche et la lumière,
On aurait dit une mariée ;
Quand on l’a soulevée de terre
On aurait dit comme un grand lit
Entre les feuilles, entre les pierres,
Une claire source a jailli,
Une claire source a jailli.

Elle chante au milieu du bois,
La Source et je me demande,
S’il faut croire à cette légende
D’une fille qu’on y trouva.

La Source
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Marco Valdo M.I.
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5 janvier 2017 4 05 /01 /janvier /2017 18:25

RELIGION

 

Version française – RELIGION – Marco Valdo M.I.– 2012
Chanson allemande – Religion – Slime – 1983

 

 

 

 

 

 

 

 

L’autre jour, Lucien l’âne mon ami, comme tu le sais, je cherchais une chanson athée en langue allemande. Comme ça, pour voir s’il en existait. Enfin, une chanson franchement athée, une chanson qui dit son fait aux dieux, aux religions et aux religieux, une chanson qui énonce clairement les griefs que tout homme sensé a contre dieux, religions, religieux, prophètes et autres charlatans. D’aucuns penseront que c’est là une marotte et ils auraient raison. C’est une marotte de désintoxication, car il s’agit bien de désintoxiquer l’espèce humaine de ces miasmes.

 

Donc, tu cherchais une chanson de langue allemande contre la religion, les religions, les religieux, le religieux et tous les dieux. La question que je me pose est de savoir si tu as trouvé une telle chanson (on le dirait bien), de qui elle est et ce qu’elle raconte.

 

En fait, je voulais aussi faire un peu le point sur cette question centrale de la nécessité de l’athéisme aux moments où les religions, religieux, prophètes, etc. réenvahissent la monde à grand bruit de bobards, de bottes et de bombes. Je voulais aussi voir comment un tel problème serait abordé. Ainsi, je suis fort surpris de ces derniers vers, où il est que les « églises sont toujours pleines ». C’est très étonnant, mais il s’agit d’une chanson allemande et d’il y a trente ans. Ce n’est évidemment plus le cas dans nos régions et depuis longtemps, où tant le sentiment d’appartenance à une religion que la pratique religieuse sont en chute libre ; malheureusement, elles n’ont pas encore atteint le sol. Elles poursuivent cependant d’année en année leur bienheureuse descente. Selon les études, il semblerait que cette tendance soit semblable en Allemagne, mais avec un certain retard.

 

Alleluia !, s’écrie Lucien l’âne en se dandinant comme à l’office. Alleluia !, mais au fait que dit cette chanson ?

 

Au fait ?, eh bien, Lucien l’âne mon ami, cette chanson est véritablement une attaque frontale contre la religion – essentiellement, dans les formes pratiquées majoritairement en Allemagne, c’est-à-dire chrétienne protestante ou catholique et musulmane. Ce qui fait quand même la quasi-totalité des croyants et des religions locales. Je résume son propos : la religion est un tissu de mensonges, les dieux n’ont jamais existé, elle a tué des millions de personnes, elle est un opium pour le peuple, elle est un instrument d’oppression.

 

Oh, dit Lucien l’âne. Ce sont là toutes des choses exactes, comme on le voit si on jette un rapide coup d’œil sur l’histoire des humains et moi qui ai couru le monde avant l’arrivée de celles-ci, je peux te dire que les précédentes ne valaient pas mieux. En fait, la religion est un instrument de pouvoir, elle l’a toujours été et si on la regarde au travers du prisme de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants font aux pauvres, même si parfois certaines d’entre elles prenaient le parti des pauvres, ce ne fut jamais qu’une attitude minoritaire, considérée comme hérétique, excommuniée, exilée, bannie et pourchassée jusqu’à travers les déserts, les plaines et les montagnes et le plus souvent, éliminée par la terreur et les massacres. Les religions et les religieux ne sont pas tendres entre eux, mais ils le sont plus encore avec les athées. Tiens-toi le pour dit, Marco Valdo M.I. mon ami, raison pour laquelle il nous revient de tisser le linceul ou le (saint) suaire de ce vieux monde religieux, croyant, crédule, bigot, dévot, pieux, mystique, fétiichiste, illuminé, fanatique et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Ne me dites rien de vos dieux,
Car ils n'ont jamais existé.
Jésus Christ ou Mohammed ou les deux
N'empêchèrent jamais la guerre d’éclater.
N'affirmez pas que vous connaissez
La réponse à la question qui vous ronge !
N'affirmez pas que vous dites la vérité,
Parce que votre vérité est mensonge.
Religion signifie oppression ;
La religion, c'est l'opium du peuple ;
Elle a tué des millions de personnes
La religion, mais les églises
Sont encore toujours pleines.

 

 

Vous avez béni la bombe
D’Hiroshima et Nagasaki
Tout comme vous étiez solidaires

De Hitler et de Mussolini

Ça vous est égal de savoir qui est au pouvoir
Du moment que vous y êtes aussi.
Vous amputez les gens de leur vouloir
Avec votre hypocrisie.
Religion signifie oppression ;
La religion, c'est l'opium du peuple ;
Elle a tué des millions de personnes
La religion, mais les églises
Sont encore toujours pleines.

 

RELIGION
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Marco Valdo M.I.
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4 janvier 2017 3 04 /01 /janvier /2017 20:00

ANARCOÏDE

 

Version française – ANARCOÏDE – Marco Valdo M.I. – 2017

Chanson italienne – AnarcoideLitfiba – 2012

 

 

Voici, Lucien l’âne, à part le titre, un texte que je qualifierai volontiers de classique.
 
À part le titre ? Et puis, texte classique ?, Marco Valdo M.I. mon ami, tu m’inquiètes ; tu commences à parler comme un professeur. Je dis tout de suite – avant que tu ne te récrimines et que tu ne m’accuses d’analphabétisme ou de je ne sais quoi – que je n’ai rien contre le rôle de professeur et même que je le trouve utile, mais parfois, les professeurs peuvent être bien ennuyeux avec leurs discours.
 
Dis tout de suite que je t’ennuie, Lucien l’âne mon ami. Ce sera plus simple et plus direct et en prime, je ne te dirai plus rien.
 
Ho, Marco Valdo M.I. mon ami, ne prends pas la mouche ainsi et réponds plutôt à mes questions. Par exemple, que veut dire ce titre, que veut-il dire exactement. C’est quand même un mot bizarre que ce mot « anarcoïde », on dirait un alcaloïde anar.
 
Eh bien, soit, Lucien mon ami, je m’en vais te répondre de façon détaillée et forcément, un peu didactique. D’abord, je te félicite, car tu n’es pas loin de la réponse exacte avec ton « alcaloïde anar » ; ce serait même une façon cocasse de faire de l’étymologie brute. Une étymologie brute, comme on parle d’art brut. On pourrait imaginer qu’il serait aussi une sorte de mot provenant du grec ancien où l’on trouvait pour Atrée toute une descendance d’Atrides et là, un anarcoïde (le tréma s’impose en français pour éviter que le « o » suivi de « i » ne soit prononcé « wa ») serait donc un descendant d’« anarco » ou une sorte d’anarchiste héréditaire.
 
En effet, un tel personnage est tout à fait plausible et j’en connais même beaucoup du genre, dit Lucien l’âne en riant. Cependant, ce n’est pas une règle absolue. On naît anarchiste, après, c’est un choix : on le reste ou on se laisse prendre aux sirènes de l’autorité. Comprenons-nous bien : quand je dis qu’on naît anarchiste, c’est qu’au moment où on naît, il n’y a pour le nouveau-né ni Dieu, ni maître. Ce n’est que plus tard qu’il les découvre et qu’il accepte ou refuse qu’on les lui impose.
 
Lucien l’âne mon ami, tu dis là des choses essentielles et bien profondes. Et puis, des choses très belles : « Pour le nouveau-né, il n’y a ni Dieu, ni maître » ; autrement dit, « Au commencement, il n’y a ni Dieu, ni maître ». Bien entendu, si au commencement de la vie, il n’y a ni Dieu, ni maître, cela implique qu’il faut les inventer, les créer et les imposer, car fondamentalement, il n’y a aucune raison qu’ils existent, sauf à y trouver une utilité et cette utilité, c’est l’affirmation et l’instauration du pouvoir. Ainsi commence la Guerre de Cent Mille Ans  que les puissants et les riches font aux pauvres. J’en viens au terme « anarcoïde », tel qu’il doit être compris ici. On dit que spécialement en italien, on distingue « anarchico » qu’on dit en français :« anarchiste » d’ « anarcoïde » qu’on dit en français « libertaire ». C’est évidemment une nuance qu’on ressent très bien, mais qu’il est difficile et délicat de préciser. Pour exposer la chose sur un plan logique ou du point de vue de la théorie des ensembles, on peut dire que tous les anarchistes sont censément libertaires, mais que tous les libertaires ne sont pas nécessairement anarchistes ; autrement dit : l’ensemble des libertaires inclut l’ensemble des anarchistes, mais que l’ensemble des anarchistes ne comprend qu’une partie de l’ensemble des libertaires. Une autre façon de voir est de dire que si on situe ces deux mots très proches sur un axe pouvoir – liberté, l’anarchiste se définit contre le pouvoir et que le libertaire insiste plus sur l’aspect liberté.
 
Étant nettement entendu, précise Lucien l’âne en riant à belle gorge, que ces caractères sont relatifs l’un à l’autre et que le mélange des deux est instable et fluctuant.
 
Oui, reprend Marco Valdo M.I., dit ainsi, c’est plus nuancé et plus proche de la réalité. Et, maintenant, quand on se reporte à la chanson, on s’aperçoit qu’en effet, l’ « anarcoïde » qui en est le personnage principal, celui qui la chante se définit lui-même plus comme libertaire que comme « anarchiste ».
 
Moi, en finale, ce que j’aime le plus, c’est le « Ni Dieu, ni maître ».
 
Je dois t’avouer que pour moi aussi, c’est l’essentiel et j’ajoute un aveu complémentaire du « traducteur », c’est que j’ai ajouté tout à la fin, à ce ni Dieu, ni maîtres… un « ni prêtres », qui faisait si bien la rime et pas seulement, car tous nos amis italiens se plaignent de cette incessante présence des prêtres, curés, prélats de tous rangs, papes et autres nonnettes « à la télé » et bien sûr, dans la presse, dans les écoles et dans les rues… Ils y en a partout et ils mettent leur longs nez jusque dans les affaires intimes des gens.
 
Oui, je les entends aussi ces récriminations de nos amis et ils ajoutent souvent que l’Italie est une véritable Katolikistan. Voyons cette canzone « anarcoïdale » et reprenons notre tâche qui est de tisser le linceul de ce vieux monde autoritaire, dominateur, responsable, religiolâtre et cacochyme.
 
Heureusement !
 
Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane
 
 
 
Je suis d’une autre pâte que les gens qui s’abaissent ;
Je veux autre chose que les distractions de masse ;
J’emploie ma tête, je suis un casse-couilles ;
Je suis hors système.
 
Je suis d’une autre pâte que les patrons de la guerre ;
Je suis pacifiste jamais masochiste, je n’use pas de la violence ;
Je suis autre et je ne suis pas un militaire ;
Je suis libertaire, je suis ma voie.
 
Je veux de l’énergie, je veux de l’énergie
Hors des jeux de l’hypocrisie ;
Je veux de l’énergie,
De l’énergie pure contre toute forme de tyrannie.
 
Non l’État n’est pas une entreprise,
L’État est chaque citadin qui pense.
Je veux de l’énergie, je veux de l’énergie
Contre toute forme de lobotomie
 
2+2 fera toujours 4, mais 3 ou 5 en option.
Les mathématiques sont une opinion
Et la réalité est une illusion.
Je suis
un anarcoïde, je suis un casse-couilles ;
Je suis libertaire, je suis ma voie.
 
Je veux de l’énergie, je veux de l’énergie
Hors des jeux de l’hypocrisie ;
Je veux de l’énergie,
De l’énergie pure contre toute forme de tyrannie.
 
Non l’État n’est pas une entreprise,
L’État est chaque citadin qui pense.
Je veux de l’énergie,
je veux de l’énergie
Contre toute forme de lobotomie.
 
Je suis énergie, je suis énergie
Hors des jeux de l’apathie ;
Je suis énergie, pure énergie,
Je veux l’idée, pas de l’idéologie.
Je crois au cerveau, je crois au respect,
Je ne crois pas à ce monde parfait.
 
Nous sommes énergie,
Énergie pure
Hors des jeux de l’hypocrisie
À la télé, ni Dieu, ni maîtres,
Ni politiciens, ni prêtres.
ANARCOÏDE
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Marco Valdo M.I.
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30 décembre 2016 5 30 /12 /décembre /2016 20:40

LE PAUVRE SOLDAT

 

Version française – LE PAUVRE SOLDAT – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson italienne – Il povero soldatoGigliola Cinquetti – 1972

Texte et musique : Vassallo-Rubino

 

 

 

 

 

 

 

 

« Exécutions de guerre. Témoignages et épisodes de justice militaire du front italo-autrichien, 1915-1918 », par Massimiliano Magli, Nord Press Éditions

 

 

Lors de la première guerre mondiale des milliers de soldats italiens moururent pour la Patrie et des centaines d’autres soldats pour cette même Patrie eurent le « devoir » de mourir exécutés. Telle est la tragique constatation de cette étude qui reconstruit le destin de militaires envoyés à la mort parfois, car ils contrevenaient à une cruelle loi martiale ; le plus souvent car, même en respectant cette loi, ils représentaient une occasion idéale d’inspirer la terreur et réduire à une aveugle obéissance les troupes sur le front italien.

L’exécution était la peine la plus grave prescrite par les Codes Militaires Italiens (art. 8-29 Codes Pénaux Armée – art. 7-31 Codes Pénaux Marine) et représentait l’unique manière prévue par notre vieille législation militaire pour infliger la peine de mort. On distingue l’exécution de face et l’exécution de dos.

La première était prescrite pour délits des très graves mais pas déshonorants. Elle était faite par une escouade de douze soldats et un caporal, choisis à l’ancienneté parmi toutes les compagnies présentes au Siège du Corps auquel appartenait le condamné. Pour l’exécution, l’officier plus élevé en grade rangeait les troupes et faisait présenter les armes, il lisait la sentence. Puis, il faisait avancer le condamné, qui pouvait être assisté d’un ministre du culte et après l’avoir fait asseoir, il lui faisait bander les yeux. Si le condamné le demandait pouvait rester debout et sans bandeau. Ensuite, le peloton d’exécution accomplissait sa mission.

L’exécution de dos était infamante et était prescrite pour les délits qui dénotaient une extrême infamie. Avant l’exécution de dos, on procédait à la dégradation. Ensuite, on passait à l’exécution : on faisait asseoir le condamné, les yeux bandés, avec les épaules tournées vers le peloton d’exécution ; le peloton lui-même, s’il était déjà présent sur place avant le condamné, était rangé de dos, de sorte que condamné et le peloton ne se regardaient jamais de face ; après un demi-tour du peloton, la sentence était exécutée.

 

Parfois simplement fumer devant un officier signifia jouer sa vie ; d’autres fois, il suffisait de céder à la peur de la mort et de se soustraire aux armes, ou bien encore de vouloir abandonner la tranchée en recourant l’automutilation. Cela arriva même à celui qui avait accompli des gestes héroïques dignes d’une médaille, quelques heures avant de finir devant le peloton.

 

Dialogue maïeutique

 

Voici, Lucien l’âne mon ami, une chanson qui narre une triste aventure : celle du soldat qui est fusillé quelques instants avant que sa grâce ne soit signifiée. C’est une chanson anonyme, une histoire qu’on se passait sans doute dans les tranchées et pas seulement, je pense, dans l’armée italienne. On fusillait beaucoup dans toutes les armées ; un excellent moyen – pensait-on de maintenir la discipline, laquelle – selon les militaires les plus experts – est la force des armées.

 

C’est certain, répond Lucien l’âne qui s’y connaît en matière militaire vu qu’il a côtoyé les armées depuis des millénaires. C’est certainement un moyen de discipliner le fusillé. Lui au moins, il ne désobéirait plus, il n’essayerait plus de déserter, c’était déjà fait par la grâce du règlement. Mort, il n’aura plus à se donner la peine d’aller mourir au front.

 

C’est à peu près ce que la version de langue française de cette chanson et si elle le dit plus nettement que dans la version italienne, il faut y voir la patte du traducteur et son goût pour un peu plus d’ironie.

 

Je vois, dit Lucien l’âne, je vois, Marco Valdo M.I. mon ami, que nous sommes pour une fois sur la même longueur d’ondes.

 

Mais, Lucien l’âne mon ami, ce n’est pas tout. En cours de traduction, il m’est venu l’idée d’ajouter un distique.

 

Un distique ?, dit Lucien l’âne. D’abord, quel distique et que vient-il faire là ?

 

 

Tout simplement :Regrets éternels !, dit le colonel, Lucien l’âne mon ami. Tel est le petit distique que j’ai ajouté entre chaque quatrain. Quant à expliquer sa présence, tout ce que je peux en dire, c’est qu’il me semble qu’il venait tout seul pour donner un rythme plus martial à cette histoire ; il explicite à sa manière ce qui peut bien se passer dans la tête d’un colonel, quand il doit procéder à une exécution capitale. Lui-même n’est finalement qu’un rouage de la machine à broyer des hommes ; il n’a pas plus le choix que le condamné. L’un est condamné à mourir ; l’autre est condamné à tuer. Évidemment, il aurait pu échapper à ce destin de brute…

 

Ah, oui ?, dit Lucien l’âne. J’aimerais bien, Marco Valdo M.I. mon ami, que tu me dises comment.

 

Mais tout simplement en n’étant pas colonel. Tu comprends cela, Lucien l’âne mon ami. C’est évidemment un raisonnement spécieux, car – par exemple – on peut imaginer que le colonel est moins directement impliqué que ceux qui tiennent (soldats et peut-être camarades de celui qu’on fusille) les fusils dans le peloton d’exécution. On finit par comprendre ainsi que la vraie saloperie, c’est la guerre elle-même ; en filigrane, se pose également la question de la peine de mort. Tout cela est absurde. Quant à y mettre le holà, on n’a pas encore trouvé le moyen d’y parvenir, même si on en connaît l’origine et le principe moteur.

 

Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, je vois aussi bien que toi quelle en est l’origine et son principe moteur : c’est la Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants font aux pauvres pour installer d’abord, puis maintenir ensuite leur domination, leur richesse, leur pouvoir, assurer leurs privilèges et poursuivre et développer l’exploitation. Le principe moteur est vraisemblablement l’avidité, l’envie, l’ambition ; ce monde est malade de tout cela. Pour en venir à bout, il n’y a pas mille manières, il faut et il suffit de tisser le linceul de ce vieux monde avide, aride, assassin, ambitieux et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Un pauvre soldat
À mort, on condamna.
Regrets éternels !,
Dit le colonel.

 

Regrets éternels !,

Dit le colonel.

 

Au matin, on vient le réveiller.
C’est l’heure d’être fusillé.
Il dit : je suis malade et dans ce cas,
Me fusiller, on ne peut pas.

 

Regrets éternels !,

Dit le colonel.

 

Mais le médecin militaire
Tâte son pouls
Et dit : son malaise
N’existe pas du tout.

 

Regrets éternels !,

Dit le colonel.


Les soldats sont arrivés
En file et affligés.
Leurs fusils de guingois
Avaient peine à tenir droit.

 

Regrets éternels !,

Dit le colonel.

 

L’honnête condamné
Demande alors à parler,
Mais la loi militaire
Lui ordonne de se taire.

 

Regrets éternels !,

Dit le colonel.

 

Le colonel en grand uniforme
Empoigne son épée
Et dit que dans les formes,
On va le fusiller.

 

Regrets éternels !,

Dit le colonel.

 

Les fusils tirent,
Le soldat s’effondre ;
Son sang salit
Sa tunique et son képi.

 

Regrets éternels !,

Dit le colonel.

 

À cet instant, arrive la grâce
Qui l’aurait sauvé,
Alors, content, à la caserne, il serait rentré
Pour aller au front se faire tuer.

 

Regrets éternels !

Dit le colonel.

LE PAUVRE SOLDAT
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Marco Valdo M.I.
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29 décembre 2016 4 29 /12 /décembre /2016 16:53

 

À L’AUBE SOMBRE DU DIX AVRIL

 

Version française – À L’AUBE SOMBRE DU DIX AVRIL – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson italienne – E’ l’alba cupa del dieci aprile – anonyme – s.d.

Interprétation : Anton Virgilio Savona – s.d.

Texte : Savona A. Virgilio, Straniero Michele L., Canti della Resistenza italiana, Milano, Rizzoli, 1985

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

Sur l’air de « Monte Canino », elle raconte un épisode de la Résistance.

 

« Elle raconte un épisode de la Résistance… » me semble un peu trop expéditif, vu que le protagoniste de cette chanson – cité nom et prénom – a donné, comme tant d’autres, sa vie pour libérer l’Italie du nazifascisme…


Si par contre on veut activer un peu la Mémoire (qui ne fait jamais mal), on dira que Mario Allegretti était de Vignola, en province de Modène, où il était né en 1919. Il avait fait des études et passé la licence en Droit. Le 8 septembre 1943 le trouva à Parme, sous-officier dans les tankistes. Il décida immédiatement de combattre les Allemands et contribua à la constitution des groupes de partisans de « Justice et Liberté » – « Giustizia e Libertà » dans les environs de Modène et de Reggio.

 

Commandant d’un groupe appelé « Italie Libre »« Italia Libera » (en référence à la formation créée en Piémont de Duccio Galimberti, de Dante Livio Bianco et de Benedetto Dalmastro, mais aussi à une des premières organisations antifascistes, créée en 1924 par les frères Rosselli), il participa à l’aventure de la « République de Montefiorino »zone « dénazifascistifiée» et indépendante du 17 juin au 1er août 1944, en réponse aux massacres de Monchio, de Susano et de Costrignano perpétrés la même année par les occupants nazis et les milices des collaborateurs (136 morts. On parle de ces massacres dans la chanson Sopra le nuvole de Saverio Grandi)et ensuite, après la brutale réaction nazifasciste qui en entraîna la fin, Mario Allegretti contribua à la réorganisation des groupes partisans disparus et fut appelé au commandement de la 34ª Brigade « Monte Santa Giulia ».
Le 10 avril 1945,
tout près de Montefiorino, dans le bourg de Saltino di Prignano sulla Secchia, le commandant Mario Allegretti trouva la mort dans un accrochage avec les Allemands.

Je ne sais pas si
c’est vrai tant, avec l’habituelle emphase, en usage sur les notices de ANPI (Association Nationale des Partisans d’Italie) et autres, il est dit qu’il mourut en criant « Vive l’Italie ! » ; de toute façon, il mourut en combattant pour la Libération et à peu de jours de son advenue (25 avril 1945).

 

 

Le dix avril, l’aube est sombre,
Qui mène à Saltino par la crête.
D’un pas alourdi par un long cheminement,
L’arme à épaule passent les partisans.

 

C’est la brigade « G & L » de montagne,
« Sa
nta Giulia » de Mario Allegretti
Qui s’en va débusquer de l’allemand la tanière
Car la liberté se rapproche d’ici.


Il y a de longs mois qu’ils sont des « bandits »,
Depuis longtemps, ils vivent en frères,
Les « braves » gens les nomment rebelles,
Ce sont Volontaires de la Liberté.

Mais ce 10 avril est un jour sombre,
La lutte dure et veut les meilleurs.
La mort a saisi le commandant
Et pleure la douleur des partisans.


Ils pleurent muets la valeur du mourant,
Tremble sur la lèvre son nom de gloire,
Mario Allegretti passe à l’histoire,
Grand cœur de chef partisan.

 

 

À L’AUBE SOMBRE DU DIX AVRIL
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Marco Valdo M.I.
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26 décembre 2016 1 26 /12 /décembre /2016 20:12

LA BALLADE DU FACTEUR WILLIAM L. MOORE DE BALTIMORE, QUI EN 1963, S’EN ALLA SEUL DANS LES ÉTATS DU SUD. IL PROTESTAIT CONTRE LA PERSÉCUTION DES NOIRS. IL FUT TUÉ AU BOUT D’UNE SEMAINE. TROIS BALLES AVAIENT TROUÉ SON FRONT

 

 

Version française – LA BALLADE DU FACTEUR WILLIAM L. MOORE DE BALTIMORE, QUI EN 1963, S’EN ALLA SEUL DANS LES ÉTATS DU SUD. IL PROTESTAIT CONTRE LA PERSÉCUTION DES NOIRS. IL FUT TUÉ AU BOUT D’UNE SEMAINE. TROIS BALLES AVAIENT TROUÉ SON FRONT – Marco Valdo M.I. – 2016
Chanson allemande – Die Ballade von dem Briefträger William L. Moore aus Baltimore, der im Jahre 63 allein in die Südstaaten wanderte. Er protestierte gegen die Verfolgung der Neger. Er wurde erschossen nach einer Woche. Drei Kugeln trafen seine Stirn. – Wolf Biermann – 1965

 

 

 

Mon ami Lucien l’âne, commençons par le commencement : l’histoire que raconte la canzone de l’alors citoyen de la République Démocratique Allemande, vivant à Berlin (Est), Chausséestrasse 231, dénommé Wolf Biermann, ci-devant poète interdit d’exercice, est – la chose peut paraître curieuse à première vue – celle d’un facteur de Baltimore, ville située dans l’État du Maryland aux Zétazunis.

 

Il est, en effet, curieux, dit Lucien l’âne, qu’un poète allemand écrive une Ballade à propos d’un postier d’outre-Atlatntique.

 

C’est d’autant plus curieux, Lucien l’âne mon ami, que Wolf Biermann va insister lourdement en dotant sa chanson d’un des plus longs titres qu’il m’a été donné de voir. Un titre qui est presqu’une histoire en soi. Écoute bien ça, car il faut du souffle pour le dire – et encore, je ne le dirai qu’en version française. J’ajouterai l’original allemand entre parenthèses ; car je prononce mal l’allemand.

LA BALLADE DU FACTEUR WILLIAM L. MOORE DE BALTIMORE, QUI EN 1963 S’EN ALLA SEUL DANS LES ÉTATS DU SUD. IL PROTESTAIT CONTRE LA PERSÉCUTION DES NOIRS. IL FUT TUÉ AU BOUT D’UNE SEMAINE. TROIS BALLES AVAIENT TROUÉ SON FRONT. (Die Ballade von dem Briefträger William L. Moore aus Baltimore, der im Jahre 63 allein in die Südstaaten wanderte. Er protestierte gegen die Verfolgung der Neger. Er wurde erschossen nach einer Woche. Drei Kugeln trafen seine Stirn.)

 

C’est effectivement assez époustouflant, Marco Valdo M.I. mon ami. Moi, je me demande ce qui a bien pu justifier un pareil titre.

 

À mon sens, Lucien l’âne mon ami, ce qui a poussé Wolf Biermann à user d’un titre aussi long, c’est le fait qu’il souhaitait de cette manière, faire ressortir l’histoire de William Lewis Moore (c’est le fameux postier) et ainsi la faire connaître du public. Et aussi, je pense, faire qu’on ne l’oublie pas. Et il y est parvenu ; vois : nous sommes un demi-siècle plus tard et n’était cette chanson, on n’aurait (au moins dans les pays de langue allemande ou en dehors des Zétazunis) jamais plus parlé de ce courageux facteur. Pourtant, courageux, il le fut et même héroïque comme on va le voir. Un héros civil ô combien ! Je ne retracerai pas son parcours, c’est le propos de la chanson de Biermann, comme celui d’autres chansons qui lui furent dédiées, comme par exemple : William Moore– Phil Ochs – 1963 ; Ballad for Bill Moore Don West - 1963 ; WilliamMoore The Mailman - Seymour Farber – 1963. Résumons l’affaire : William L. Moore était facteur et de ce fait, était un infatigable marcheur ; mais c’était aussi, un militant des droits de l’homme, ce qu’aux Zétazunis, on appelle un activiste ; un athée, ce qu’aux Zétazunis on appelle « an athéist ». En l’occurrence, son action consistait en une longue marche de Chattanooga jusque Jackson (environ 630 km) pour aller remettre en mains du gouverneur de l’État du Mississippi une lettre où il demandait de mettre fin à la ségrégation raciale qui frappe les Noirs aux Zétazunis. Avant celle-ci, il avait déjà marché afin de porter une lettre au Président de l’époque, lettre dans laquelle il annonçait son intention d’aller à Jackson. En avril 1963, alors qu’il portait cette lettre, il fut abattu un soir au bord d’un chemin. Trois balles dans la tête, et hop, terminé. William Lewis Moore allait avoir 36 ans. On connaît le tueur, un certain Floyd Simpson, membre du KKK (Ku – Klux – Klan). On ne l’a jamais poursuivi.

 

Oh, moi, dit Lucien l’âne, quand j’entends parler de ce KKK étazunien, ça me donne toujours la nausée et je pense pour éloigner cette pénible sensation qu’on devrait l’appeler le Cul-cul-clan, tellement il est stupide et ridicule ; ce qui ne l’empêche pas d’être bêtement assassin.

 

On a retrouvé la lettre que comptait remettre personnellement au gouverneur du Mississippi. Il y écrivait notamment : « l’homme blanc ne pourra jamais se sentir vraiment libre tant que tous les hommes n’auront pas des droits égaux ».

Mais l’aventure de cette lettre ne s’arrête pas là ; des années plus tard, en avril 2008, Ellen Johnson et Ken Loukinen reprirent la marche interrompue du postier William Lewis Moore pour aller remettre en mains du gouverneur (enfin, son successeur) à Jackson, la lettre retrouvée. Le (nouveau) gouverneur a refusé de recevoir ce pli postal.

 

Finalement, conclut Lucien l’âne, ils avaient bien raison ceux qui ont fait à l’époque des chansons à propos de l’assassinat du facteur William Lewis Moore de Baltimore, sans eux, on aurait complètement oublié son geste et son histoire. Et il avait eu bien raison Wolf Biermann de faire un titre kilométrique. Cependant, il nous faut à présent reprendre notre marche à nous, reprendre notre tâche et tisser le linceul de ce vieux monde raciste, absurde, méprisant, méprisable et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 


Dimanche

Ce dimanche-là, William L. Moore 
Se reposait de son labeur.
C’était un pauvre facteur ;
Il habitait à Baltimore.

Lundi

Le lundi, c’était à Baltimore,
Bill dit à sa femme :
« Je ne veux plus être facteur encore,
Je m’en vais dans le Sud – faire un voyage. »
Noirs et blancs, unis ! Unis !
Il avait écrit sur sa pancarte :
Blancs et noirs, à bas les barrières !
Et tout seul, il partit.

Mardi

Le mardi, dans le train, 
Plus d’un demanda à William L. Moore
Ce que signifiait l’écriteau qu’il portait à la main,
Et chacun lui souhaitait bonne chance pour son parcours.
Noirs et blancs, unis ! Unis !
Il avait écrit sur sa pancarte :
Blancs et noirs, à bas les barrières !
Et tout seul, il était parti.

Mercredi

Le mercredi en Alabama, 
Il marchait sur le macadam ; 
Longue était la route de Birmingham, 
Et ses pieds lourds entravaient son pas. 
Noirs et blancs, unis ! Unis !
Il avait écrit sur sa pancarte :
Blancs et noirs, à bas les barrières !
Et tout seul, il était parti.

Jeudi

Le jeudi, un shérif l’arrêta sur le trottoir ;
Il lui dit : « Mais tu es un blanc ! »
Et dit encore « Qu’as-tu à faire des Noirs ?
Mon gars, réfléchis convenablement ! » 
Noirs et blancs, unis ! Unis !
Il avait écrit sur sa pancarte :
Blancs et noirs, à bas les barrières !
Et tout seul, il partit.

Vendredi

Le vendredi, un chien, courut après lui ;
Il devint son meilleur ami. 
Mais dès le soir, on jeta des pierres sur eux ;
Alors, ils sont partis plus loin, à deux.
Noirs et blancs, unis ! Unis !
Il avait écrit sur sa pancarte :
Blancs et noirs, à bas les barrières !
Et tout seul, il était parti.

Samedi

Le samedi fut chaud à mourir,
Une femme blanche est venue
Lui donner à boire, et en secret lui dire :
« Vous m’avez convaincue ! »
Noirs et blancs, unis ! Unis !
Il avait écrit sur sa pancarte :
Blancs et noirs, à bas les barrières !
Et tout seul, il partit.

Dernier jour 

Le dimanche, un beau jour d’été bleu,
On l’a trouvé dans l’herbe verte –
Trois œillets rouge avaient mis le feu 
À son front soudain livide. 
Noirs et blancs, unis ! Unis !
Il avait écrit sur sa pancarte :
Blancs et noirs, à bas les barrières !
Et tout seul, il partit.

Mort tout seul
Il n’est plus seul.

 

 
William Lewis Moore 1963

William Lewis Moore 1963

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Marco Valdo M.I.
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24 décembre 2016 6 24 /12 /décembre /2016 18:58

42 ÉCOLIERS

 

Version française – 42 ÉCOLIERS – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson allemande – 42 Schulkinder – Erich Fried – 1966

 

 

 

 

 

 

 

Erich Fried, né l6 mai 1921 à Vienne (Autriche) et mort le 22 novembre 1988 à Baden-Baden est un poète, traducteur, essayiste juif autrichien, établi en Angleterre.

Avec Hans Magnus Enzensberger et Wolf Biermann, il est considéré comme un des représentants de la littérature engagée de langue allemande d’après la Seconde Guerre Mondiale. Pour beaucoup, il est aussi le meilleur traducteur de Shakespeare en allemand.

Fils unique d’une famille juive viennoise, Erich Fried perd en mai 1938 son père, victime d’un interrogatoire de la Gestapo peu après l’Anschluss : « Lycéen autrichien de dix-sept ans, je me transformai en juif persécuté », résumera-t-il plus tard. Il se réfugie alors en Angleterre en passant par la Belgique, crée un groupe de « jeunesse émigrée » (Emigrantenjugend) qui a réussi à faire venir à Londres avant que la guerre n’éclate 70 personnes, dont sa mère. Il survit pendant la guerre grâce à divers emplois. Dès 1943, il quitte une organisation de Jeunesses communistes dont il refuse le stalinisme croissant. De 1952 à 1968, il est commentateur politique au German Service de la BBC.

(pour la suite voir Erich Fried dans Wikipedia)

Ses premières œuvres poétiques remontent aux dernières années de la guerre et son premier roman – « Ein Soldat und ein Mädchen » (« un soldat et une fille ») – date de 1948.
Nombreux sont ses ouvrages de poésies et de récits, mais il fut même librettiste d’opéra, dramaturge radiophonique et traducteur, surtout de T.S. Eliot, Dylan Thomas, Sylvia Plath et William Shakespeare.

 

 

Dialogue maïeutique

 

Je n’ignore évidemment pas, Lucien l’âne mon ami, que tu as connu et sans doute, suivi comme tout un chacun à l’époque, l’interminable « Guerre du Vietnam ». Je dis interminable, car c’est ce qu’ont dû penser les Vietnamiens eux-mêmes, surtout le petit peuple, celui qui est toujours du côté oublié, celui qui en fait ne demande que de vivre en paix.

 

Interminable, qu’est-ce à dire ?, demande Lucien l’âne en inclinant le front. Il faudrait m’expliquer, même si je considère aussi – moi qui ai vu Troie et MycènesMarathon, Alésia, Andernach, Tolède, Jérusalem, Constantinople, Poitiers, Pavie, Iéna, Verdun, l’Ardenne et j’en passe – je considère donc aussi, spécialement quand il s’agit d’une guerre armée, qu’une guerre est toujours trop longue. J’imagine qu’on pourrait m’objecter que c’est là un point de vue civil, peu expert en la matière et même, si c’était quelqu’un d’ici, il n’hésiterait pas à me jeter au visage : « Les rwétans n’ont rin n’à dire ».

 

En fait, Lucien l’âne mon ami, il y a eu deux guerres qui s’enchaînèrent et qui mirent le Vietnam littéralement à feu et à sang et si elles le laissèrent finalement réuni et débarrassé des occupations étrangères, elles le laissèrent aussi exsangue et en ruines, une ruine qui frappa autant les villes surpeuplées que les campagnes les moins habitées. C’était le résultat de bombardements intenses, les plus intenses que le monde ait jamais connus. Il s’agissait en bombardant de nettoyer le pays de la guérilla vietcong. L’autre bord, question massacres et assassinats ne fut pas en reste ; c’était juste plus artisanal.

Quant à la longueur de la durée de cette guerre, il faut considérer qu’elle avait commencé dès le jour de la première colonisation française. Elle aura donc duré à peu de chose près un siècle et demi – de 1858 à 1975. Dans sa phase finale, on la connut sous deux noms : la Guerre d’Indochine – c’était la version française, qui se clôt en 1954 ; et la Guerre du Vietnam, qui s’achève en 1975 – c’était la version vietnamienne-étazunienne – les Zétazunis s’engageant de plus en plus dans l’affaire ; elle dura vingt ans. Elle fit côté vietnamien environ 3 000 000 de morts et environ 150 000 soldats étazuniens. On dit que les Zétazunis avaient gagné sur le sol vietnamien et perdu chez eux.

 

Arrête, Marco Valdo M.I. mon ami, c’est suffisant. Si tu continues à parler de cette guerre, on n’en sortira plus. Parle-moi de la canzone.

 

Si je t’ai tant parlé de l’Indochine et du Vietnam, Lucien l’âne mon ami, c’est que, vois-tu, si la chanson s’intitule 42 écoliers, il s’agit de 42 écoliers du village vietnamien de Mang Quang, victimes d’un bombardement étazunien lors de cette fameuse guerre. Ce sont des écoliers, en quelque sorte, emblématiques de l’ensemble des Vietnamiens victimes de cette effroyable confrontation, des 3 000 000 de morts, sans compter les blessés, les veufs, les veuves, les orphelins, les villes, les villages, les forêts, les fleuves et bien évidemment, les animaux. L’essentiel de ces destructions a été le fait des bombardements aériens entre 1965 et 1972, on a relevé 3 400 000 sorties aériennes, rien que du côté des Zétazunis et de leurs alliés. Dans une région, Quang Tri, on a calculé qu’il était tombé 3000 bombes au km².

Un observateur étazunien, travaillant pour le US Forest Service, Arthur Westling notait en 1973 à propos du paysage de Quang Tri :

« Malgré un an de combat sur le front de Corée et malgré trois voyages précédents en Indochine pour étudier les zones de guerre au Cambodge et au Sud-Vietnam, je n’étais pas préparé (à voir) l’horrible dévastation que j’ai rencontrée partout où je suis passé…

Jamais nulle part ailleurs, nous n’avions rencontré un panorama infini de cratères. Aussi loin que nous pouvions voir pas un seul bâtiment, urbain ou rural, n’était intact : plus d’habitations, plus d’écoles, plus de bibliothèques, plus d’églises ou de pagodes et plus d’hôpitaux… la seule voie de chemin de fer à travers cette province avait aussi été effacée. »

Ces 42 écoliers emblématiques de ce village rasé à l’heure de classe étaient ceux-là qui étaient censés se poser la question de la distance entre Mang Quang et toutes sortes de villes ou entre ces villes elles-mêmes ; toutes ces villes – on trouve aussi le nom d’une personne : Adolf H., comme ce village, comme aujourd’hui Alep en Syrie et demain d’autres encore évoquent des bombardements et des massacres de civils. Il faut dire que depuis Mang Quang, on ne compte plus les écoliers écrasés sus les bombes, depuis cette lointaine guerre du Vietnam (depuis il y a eu l’Afghanistan, le Biafra, l’Irak, le Liban, la Libye, l’Iran, l’ex-Yougoslavie et que sais-je encore la Grenade, on a eu le temps d’en fabriquer – et d’en vendre – des avions, des bombes et toutes ces sortes de choses écrasantes. Au fait, les B 52 qui ravagèrent le Vietnam sont toujours en service.

 

J’imagine, dit Lucien l’âne, que depuis la fin de cette guerre militaire, le Vietnam a pu reprendre une vie plus tranquille. Quant à nous, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde où fleurissent les canons et les guerres, ce vieux monde meurtrier, avide et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 


De Guernica à Mang Quang, quelle distance ?
De Washington à Berchtesgaden, quelle distance ?
De Munich à Prague, quelle distance ?
De Berlin et de Moscou à Varsovie, quelle distance ?
De Guernica à Munich, quelle distance ?

Une année et cinq mois, au fond,
Ce n’est pas très long.

Quelle distance y avait-il de Guernica à Varsovie,
D’Hitler à n’importe qui et à n’importe quel pays ?

De Saigon à Hanoi, de Berlin à Kiev, quelle distance ?
Ou de Münster à Guernica, quelle distance ?

J’ai cherché Guernica sur la carte soigneusement,
Car je ne peux pas me représenter Mang Quang autrement.

Qu’ont appris des bombes les écoliers de Mang Quang ?
Qu’avons-nous appris des écoliers Mang Quang ?
De Guernica et de la Pologne, qu’avons-nous appris ?
De Coventry, Stalingrad, Dresde, Nagasaki, Suez et Sakiet, qu’avons-nous appris ?
Que ce n’est vraiment pas si loin,
Ou qu’il n’est pas encore assez loin,
Ou que ça ne peut pas venir de si loin ?

 


Les parents ont pris les enfants dans leurs cercueils
Pour l
es porter aux soldats.
Ils ont été r
epoussés par les soldats
Et
à Mang Quang, sont retournés les cercueils.

42 ÉCOLIERS
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Marco Valdo M.I.
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23 décembre 2016 5 23 /12 /décembre /2016 10:51

BRISEZ CE QUI VOUS BRISE !

 

Version française – BRISEZ CE QUI VOUS BRISE ! – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson allemande – Macht kaputt was euch kaputt macht – Norbert Krause – 1969

 

Interprétation : Ton Steine Scherben

Paroles : Norbert Krause

Musique : Ralph Möbius (alias Rio Reiser)

 

 

 

LE VIEUX MONDE CACOCHYME

 

 

Ah, regarde Lucien l’âne mon ami, nous sommes en 1969 et le soufflé de la prospérité allemande (en RFA tout au moins) n’est pas prêt à retomber ; bien au contraire, il gonfle, gonfle, gonfle autant qu’il peut gonfler. C’est cette atmosphère à la dynamique adipeuse que décrit la chanson ; une atmosphère étouffante pour les gens qui ne partageaient pas cette grandiose euphorie.

 

Oh, dit Lucien Lane, c’est souvent, sinon toujours ainsi. C’est un des aspects de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres afin de faire taire toute protestation contre leur insolente escroquerie généralisée que d’aucuns nomment exploitation ; d’autres qualifient de profit ; bref, ce comportement de sangsues cannibales. Il y a de quoi avoir une solide envie de tout foutre en l’air, de crier sa honte et d’appeler à la révolte

 

C’est précisément, reprend Marco Valdo M.I., le propos de la canzone. En deux temps, assez rationnels. Temps un : description des faits ; temps deux : appel à la révolte. Cette incitation, lancée à la cantonade à détruire ce qui détruit, à réduire à néant toutes ces choses toxiques est nettement exposée dans le titre : Macht kaputt was euch kaputt macht – Détruis ce qui te détruit. La preuve que cette proclamation rencontrait un sentiment fort répandu dans la population de l’Allemagne nouvelle – en ces années-là, celle qui regroupait ceux qui avaient résisté aux temps du Reich de Mille Ans qui n’en avait duré que douze ; ceux qui en avaient été dégoûtés après y avoir cru ; ceux qui trop jeunes avaient grandi dans la terreur et l’abjection ; ceux qui venus au monde après la fin du Millénaire de douze ans qui, etc, et n’avaient connu au départ de leur vie que ruines, ressentiments et misères, tous ceux-là qui avaient aussi vu gonfler la baudruche.

 

À propos du titre de la canzone, dit Lucien l’âne en riant, il est curieux qu’en allemand, Kaputt – peut être traduit utilement par « foutu ». Chez nous, je ne sais par quel héritage, on utilise en français pour dire « c’est foutu », l’expression « c’est kaputt », alors qu’en latin, « caput » désigne la tête.

 

Laissons ce casse-tête à notre ami Ventu, friand de philologie. Ceci dit, une manière de rendre ce titre – il y en a tant et tant de ces tournures que je renonce à en faire une énumération exhaustive, donc, une façon de le faire sonner en français est : « Foutez en l’air ce qui vous en l’air ! ». Le titre de cette chanson correspondait tellement bien à un sentiment général chez certains (ceux ci-dessus recensés) qu’elle fut immédiatement adoptée comme une antienne qui fut scandée dans les manifestations, écrites sur les murs, peintes sur des panneaux et des pancartes, imprimées sur des vêtements, et ainsi de suite. Ce titre servit quasi-immédiatement de slogan aux Autonomes allemands ; on le retrouva repris en chœur dans les mouvements pour le logement et fit florès dans tout le mouvement étudiant et anarchiste, un peu partout en Allemagne. C’était un début et on n’était qu’au début.

 

Début ? Quel début ? Début de quoi ?, Marco Valdo M.I. mon ami. Tout cela est bien énigmatique. Pourrais-tu éclairer ma lanterne ?

 

On était au début des remous qui vont faire suite à 1968 ; les générations nées autour de la guerre avaient commencé leur vie dans la misère et les ruines, avait entretemps accédé aux richesses d’ersatz de la société de consommation où on leur avait proposé des objets, des ombres, des silhouettes, des plaisirs insipides et mornes, des attrape-nigauds en lieu et place de leur vie et de leur propre bonheur. Les plus lucides ouvraient la voie au rejet de l’imposture démocratique et consommatrice, de la réification de leurs êtres et de leurs sentiments ; tout s’évaluait, la valeur – qui n’est rien d’autre qu’un concept marchand – tenait lieu de conscience de soi et du monde. L’homme se mesurait sur la balance de l’épicier, le bien-être tournait à la boulimie. Ce double mouvement : l’accession aux objets, aux choses et la réduction concomitante de la personne au consommateur, d’une part et d’autre part, la volonté rationnelle et raisonnable de rejeter les faux semblants et les icônes, a commencé à se préciser et à se développer autour de ces années-là et la confrontation est toujours en cours. On n’était pas passé impunément des Lumières aux bilans trimestriels, de la philosophie émancipatrice au voile publicitaire du mercantilisme. Les Dieux – la plupart monomaniaques, sous les formes les plus communes en nos régions de Yahvé, de Dieu ou d’Allah – entendaient sauvegarder leur valeur à la bourse des éternités de pacotille ainsi que multiplier leurs clientèles ; leurs courtiers s’activent encore dans le placement des assurances vie-éternelle. Ces assureurs comme leurs confrères d’autres domaines ont le tour professionnel pour vendre du vent et des leurres. Face à ces religions prônant dieux, commerces et imageries, la chanson est un hymne iconoclaste.

 

« Brisez ce qui vous brise !

Détruisez ce qui vous détruit ! »

 

Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, comme elle disait juste, comme elle avait raison. Et ses échos se répercutent encore à présent. Quand donc comprendront-ils ces humains drogués au salut et aux hochets des apparences ? C’est tout l’enjeu de la Guerre de Cent Mille Ans, cette guerre aux mille méandres et détours, que les riches, les puissants et leurs séides font aux pauvres du monde entier afin de maintenir la richesse, de rencontrer leur adipeuse ambition, leur domination stupide et mortifère. Reprenons notre tâche et brisons ce monde qui nous abîme la vie, tissons le linceul de ce vieux monde mercantile, intéressé, ambitieux, impotent, avide et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 


Les radios parlent, les disques chantent,
On tourne des films, les télés se vendent,
On achète des voyages, on achète des voitures,
On achète des maisons, on achète des meubles.
Pour quoi ?


Brisez ce qui vous brise !

Détruisez ce qui vous détruit !

Les trains roulent, les dollars roulent, 
Les machines tournent, les hommes triment ,
Des usines fabriquent, fabriquent des machines,
Fabriquent des moteurs, fabriquent des armes.
Pour qui ?


Brisez ce qui vous brise !

Cassez ce qui vous casse !

Les bombardiers volent, les chars roulent ,
Les policiers frappent, les soldats meurent,
Protègent les chefs, protègent les riches,
Protègent le Droit, protègent l’État.
Avant nous !

 

Brisez ce qui vous brise !

Cassez ce qui vous casse !

LE VIEUX MONDE CACOCHYME

LE VIEUX MONDE CACOCHYME

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Marco Valdo M.I.
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22 décembre 2016 4 22 /12 /décembre /2016 21:40

JEAN LE VIOLONEUX

 

Version française – JEAN LE VIOLONEUX – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson italienne – Il suonatore Jones – Fabrizio De André – 1971

Texte : Fabrizio De André et Giuseppe Bentivoglio
Musi
que : Fabrizio De André et Nicola Piovani

 

 

 

 

Toi et moi, Lucien l’âne mon ami, et tous les gens des communes et des villages de par ici savent ce que c’est qu’un violoneux et celui qui ne le sait pas ne sait rien des musiciens populaires, des musiciens de rue et de campagne. Il y en avait jusqu’au Québec comme ce Monsieur Pointu, qui avec son instrument conquiles oreilles et les cœurs de bien des gens dans le monde.

 

Et comment donc, Marco Valdo M.I. mon ami, que des violoneux j’en ai connus et pour cause, on marchait de concert. Et même, de concert en concert, vu qu’ils allaient de village en village, de hameau en hameau, de bourg en bourg animer les fêtes et les bals. Et moi, moi je suivais ou même, parfois, j’aidais à porter leur personne et leur violon. Ah, pour faire des fêtes, on en a fait des fêtes. Et les filles dansaient, le plaisir qu’elles avaient, le plaisir que leur donnait le violoneux et son violon. Oh, il en a connu de bonnes fortunes, le coquin grâce à son instrument. Pour ce qui est violoneux, j’en ai connus qui venaient de partout. Faut dire que c’est plus facile à transporter que les grandes orgues. Mais dis-moi, Marco Valdo M.I. mon ami, le violoneux de la canzone que raconte-t-il ? D’où vient-il ?

 

Eh bien, dit Marco Valdo M.I., c’est une excellente question. Ho, je t’arrête tout de suite, car je vois à tes yeux moqueurs que tu penses que j’ai répondu « une excellente question » comme un orateur embarrassé qui ne saurait quoi te répondre et qui aurait dit ça pour se donner le temps de réfléchir. Rassure-toi, ce n’est pas le cas. Mais la réponse à ta question peut être très courte ou bien, prendre le chemin de circonlocutions indéfinies. Mais commençons par le commencement : Jean le Violoneux est un violoneux régional, un de ceux qui vivent d’une certaine activité et pratiquent le violon à la manière d’un violon d’Ingres.

 

Oh, Ingres, Ingres, mais c’était un peintre, ce gars-là ! Il était encore tout jeune quand j’ai passé les Alpes avec lui quand il se rendait à Rome. Un bien beau jeune homme et un peintre qui savait peindre les femmes. Enfin, passons ! Ce que je peux en dire, c’est qu’il jouait du violon comme un violoneux, c’était sa passion cachée, le violon. Évidemment, on l’a su plus tard et on a parlé du violon d’Ingres, précisément pour désigner une passion, disons, un peu collatérale, dont on ne fait pas profession. Le photographe Man Ray, des années plus tard, a réussi à joindre en un joli tableau les deux passions de Monsieur Ingres et a proposé aux regards ravis un très sensuel Violon d’Ingres à la tête enturbannée.

 

 

 

Merveilleux dos, superbe personne, très décent turban, mais on s’égare, Lucien l’âne mon ami, on s’égare. Revenons à Jean le Violoneux, si tu veux bien, Lucien l’âne mon ami. À la différence des violonistes tziganes qui sont des itinérants du spectacle, Jean le Violoneux est un artisan musical amateur et strictement local. Il ne court pas le monde derrière son violon ; il vit, s’essaye à travailler, joue et meurt au pied de la colline où coule la rivière à travers les champsC’est du cimetière local qu’il nous narre sa vie. Voilà pour notre Jean le Violoneux, incarnation paysanne de culture française du « suonatore Jones » de Fabrizio De André, incarnation paysanne de culture italienne, lui-même incarnation du Fiddler Jones, qu’évoquait Edgar Lee Masters dans sa Spoon River Anthology, publiée en 1916 à New-York ; une anthologie qui décrit post-mortem la vie de plus de 200 personnages, tirés des gens de deux petites villes de l’Illinois – Peterburg et Lewistownque connut le poète ou dont il entendit parler.

 

Voyons donc ce Jean le Violoneux que tu nous as concocté et reprenons notre tâche à la durée indéfinie et tissons le linceul de ce vieux monde, que nous mettrons pour l’occasion sous la colline avec Jean le Violoneux et tous les autres cacochymes.

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Dans un tourbillon de poussière,
Les autres voient la sécheresse,
Moi, il mrappelle
La jupe de Fanfan
Dans un bal d’antan.

Dans un tourbillon de poussière,
Les autres voient la sécheresse,
Moi, il mrappelle
La jupe de Fanfan
Dans un bal d’antan.

Je sentais ma terre
Vibrer de musique
C’était mon cœur
Et alors pourquoi la cultiver encore,
La penser meilleure.

Je l'ai vue dormir, Liberté,
Dans les champs cultivés,
Ciel et argent, un jour,
Ciel et amour, toujours,
Protégée par un fil barbelé.


Je l'ai vue se réveiller, Liberté,
Chaque fois que j'ai joué,
Pour un frou-frou de filles
Au balà l’hiver, à l’été,
Pour un ami ivre.

 

Et puis quand les gens savent,
Et les gens le savent que tu sais jouer,
Il te faut jouer
Toute ta vie sans rechigner
Et il te plaît qu’on t’écoute.

 

J’ai fini chez les macchabées
Avec une flûte cassée
Et un rire secret,
Et tant de pensées,
Et pas un regret.

 

 
 
JEAN LE VIOLONEUX
JEAN LE VIOLONEUX
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Marco Valdo M.I.
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16 décembre 2016 5 16 /12 /décembre /2016 19:57

TOUT CHANGE

 

Version française – TOUT CHANGE – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson allemande – Alles verändert sich – Gert Möbius – 1971

Interprétation : Ton Steine Scherben

Texte : Gert Möbius

Musique : Rio Reiser

 

HÉRACLITE

 

 

Voici, Lucien l’âne mon ami, une chanson assez courte et en apparence assez simple. Mais la réalité apparente est souvent trompeuse. C’est le cas cette fois avec cette chanson qui relève de l’épigraphe ; d’ailleurs, elle fut gravée elle aussi, non dans la pierre, mais dans le vinyle. Elle s’intitule Tout change.

 

Marco Valdo M.I. mon ami, tu sais comme moi d’où je viens et combien longtemps j’ai aprcouru les rives de la mer Égée, celles de l’Hélespont et d’autres encore aux bords de la Méditerranée, que les Romains ont appelée Mare nostrum, un propos d’impérialistes et de colonisateurs. Enfin, soit, passons. D’ailleurs depuis la plus haute Antiquité, cette « mare nostrum » a toujours vu sur ses bords fleurir les dictateurs sous les formes et les apparences les plus diverses. C’est encore le cas aujourd’hui. Aujourd’hui, les dictateurs ne se veulent plus (provisoirement ?) empereurs ; ils se proclament présidents. C’est le cas du côté de la Corne d’Or.

Cela dit, le titre me paraît être en syntonie avec le Πάντα ῥεῖ (Tout coule) d’Héraclite et de ce fait, être une proclamation relative au destin de notre monde, qui a ainsi une histoire et s’en vient de la plus haute Antiquité, bien avant Lucie et Cro-Magnon, jusqu’à aujourd’hui sans qu’il y ait autre chose qu’un sens de consécution, car tel est le sens du monde et il ne pourrait y en avoir d’autre. Seul ce qui sera peut être changé et ne peut être univoquement déterminé. Panta rhei, ainsi va le monde, ainsi va la rivière. Est-ce bien là la philosophie de la canzone?

 

En effet, Lucien l’âne mon ami, c’est une chanson philosophique au plein sens du terme et au-delà, une chanson qui invite à l’action. Elle est tout à fait dans le sens de son époque et dans celui du mouvement qui la sous-tend, un mouvement issu de 1968 et qui se traduisait hors des institutions et des organisations établies ; c’est ce qu’on a connu sous le nom de mouvement autonome ou extra-parlementaire. Un mouvement qui n’est d’ailleurs pas disparu et qui comme à l’époque déjà se propage par la chanson, à l’écart et en dehors des structures qui pèsent sur la société, la contrôlent, la manipulent et au besoin, la censurent.

 

Pourtant, dit Lucien l’âne en faisant l’âne pour avoir du foin, la presse est libre, les médias sont libres – du moins, dans notre partie du monde.

 

Libres, libres, c’est vite dit, répond Marco Valdo M.I. C’est ignorer qu’ils sont aux mains soit de pouvoirs sous contrôle de l’État ou de pouvoirs publics – en gros, sous contrôle des milieux politiques ; soit des groupes financiers qui s’emparent des moyens de diffusion ou les tiennent par la manne publicitaire. Dans un cas comme dans l’autre, on comprend immédiatement les limites de la « liberté » de paroles et d’action des médias, de la presse, de la radio, de la télévision et même, de ce qui circule sur le Net et on n’a aucune peine à imaginer le rôle que ces pouvoirs entendent leur faire jouer vis-à-vis des gens, un peuple devenu public. Et cette censure, cette main mise impose ses diktats la plupart du temps de façon implicite. Les médias comprennent très bien et très vite qu’il serait en effet assez contre-indiqué de révéler aux gens qu’on les contrôle, les manipule et les censure. Ce serait découvrir le pot aux roses de la démocratie. En somme, la démocratie est un peu comme le clavecin, une démocratie très tempérée.

 

Parfois cependant, il y a un responsable qui lâche le morceau, qui dévoile la supercherie. Ainsi, un ancien dirigeant d’une télévision française n’a pas pu s’empêcher de dire, en un terrible lapsus :

 

« Or pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible ».

Dans le cynisme, on a rarement été aussi loin.

De même, question de faire avaler tout ça aux gens, jeunes et vieux, on leur parle du changement, on leur fourgue du changement par charretées entières.

Comme l’écrivait Lampedusa : « Tout doit changer pour que rien ne change ». Comme quoi, tout change sans que rien ne change tout en faisant croire qu’il y a du nouveau. On maquille – c’est mieux pour le spectateur – le passé, le présent et même le futur.

 

La chanson aussi parle du changement, appelle à changer le monde et ce qui la distingue, c’est qu’elle appelle à changer en dehors du système, en dehors des mantras que marmonnent ses hérauts, de ces messages liminaires ou subliminaires diffusés par les médias.

Mais la réalité revient au galop et elle s’impose dès qu’on commence à la penser simplement, sans fioritures, telle qu’elle est en dehors des marchands de sable, des dealers d’informations, des fabricants de menteries. Elle rappelle aussi que le changement ne peut se faire que dans le réel, qu’il n’est pas une image, qu’il ne se réduit pas à une apparence (vestimentaire, esthétique, maquillage) ; on n’est pas ce qu’on paraît, on est ce qu’on fait (en ce compris, « ne rien faire et refuser de participer à la mascarade »).

 

Eh bien , Marco Valdo M.I. mon ami, même si nous avons l’idée que le monde dans lequel nous vivons est doté d’une formidable pesanteur sociale, qu’il est doué d’une faculté extrême d’inertie, qu’il aime par-dessus tout le changement qui ne change que les apparences, qu’il apprécie une sorte d’irisation, de voile irisé qui couvre d’un chatoiement trompeur son immobilité obstinée, et parce que nous savons tout cela, nous tissons obstinément son linceul à ce vieillard injuste, inique, avide et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Il n’y a pas de soleil, quand on ne le voit pas.
Il n’y a pas de vérité, quand on ne la cherche pas.
Il n’y a pas de paix, quand on ne la veut pas.


Tout change, quand on le change.
Mais on ne peut gagner, tant qu’on reste seul !
Tout change, quand on le change.
Mais on ne peut gagner, tant qu’on reste seul !

Un arbre ne peut fleurir, si aucun soleil ne brille.
Il n’y a pas de fleuve, si aucune pluie ne tombe.
Il n’y a pas de vérité, quand on ne la cherche pas.
Il n’y a pas de liberté, quand on ne la prend pas. 

Tout change, quand on le change.
Mais on ne peut gagner, tant qu’on reste seul !
Tout change, quand on le change.
Mais on ne peut gagner, tant qu’on reste seul !

 

Tout change, quand on le change.
Mais on ne peut pas gagner, tant qu'on reste seul !
Tout change, quand on le change.
Mais on ne peut pas gagner, tant qu'on reste seul !

 

Tout change, quand on le change.
Mais on ne peut gagner, tant qu’on reste seul !
Tout change, quand on le change.
Mais on ne peut gagner, tant qu’on reste seul !

 

 

TOUT CHANGE
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